MOIS
J^nTicr.
Février.
Mars.
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Vat.
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Juillet.
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Sept.
Octobre.
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Décembre
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La somme des moyennes mensuelles donne pour moyenne annuelle de température -i- 7,5. Certes ce n'est pas un climat glacial comme celui du Groenland qui est de 7,7 au-dessoiàs de zéro, ni même un climat très-froid comme celui de Stockholm qui est de -+- 5,6 au-dessus de zéro ; c'est simplement un climat froid comme celui de Copenhague : H- 7,6 (la moyenne de Paris est de H- 10, 8).
Le lecteur a déjà remarqué, sans doute, combien est petite la dilférence entre les moyennes d'iiiver et d'été.
Prenant les quatre mois les plus chauds et les quatre mois les plus froids nous trouvons, pour moyenne des premiers + -1 1 °,61, et pour les deuxièmes -+- 2°, 92. Diftérence 8%69.
L'écart de température entre le mois le plus chaud, janvier, et le plus froid, juillet, n'est que de U°,16.
Certes ce n'est pas là un climat extrême comme celui de New- York, par exemple, mais un climat uniforme comme celui d'Edimbourg, dont la diflérence entre l'hiver et l'été n'est que de H".
Quoique la moyenne annuelle de cette dernière ville soit un peu plus haute que celle de Magallanes (elle est de 8°, 8), je crois que les deux climats se ressemblent beaucoup et que l'Ecosse est le pays d'Europe dont le climat, à tous tgards, a le plus d'analogie avec celui de l'extrémité australe de l'Amérique. Même égaUté des saisons, mêmes lirouillards, mêmes pluies, même humidité, même verdure des prairies. Ici et là les myrtes et les lauriers fleurissent en pleine terre; mais ce que nous verrons de mieux encore dans le règne végétal de Magellan, ce sont les fougères arborescentes et les petits palmiers. Le nord et l'intérieur de la Patagonie jouissent d'un climat tout différent. Bien que nous soyons loin de posséder sur ces régions
C64 MAGELLÂiNIQUES (terres).
des donnces aussi positives que sur le Sud, ce que nous en eut révélé les explorateurs et les colons du Carnieu concorde bien avec ce que nous savons de l'aridité du pays.
La sécheresse est telle, dans l'intérieur, que le peu de pluie qui tombe est aussitôt évaporé et que les cadavres des animaux abandonnés à la surface du sol se momifient et restent ainsi plusieurs années sans se décom.poser. Même dans le IN'ord, sur les bords du Rio-IS'egro, il pleut très-rarement, et les vents d'ouest qui jjrodui^ent la sécheresse, règuent presque constanmient. Le climat de la colonie du Carmen est tempéré et assez agr: able, il y gèle peu et n'y neige jamais. On se plaint seulement de la fraîcheur des nuits qui contraste vivement avec la chaleur du jour en été, l'absence du soleil laissant libre champ à l'e fet du rayonnement terrestre et à celui du vent, seul fléau de la localité. Cependant la salubrité du pays est, dit-on, remarquable.
Le climat de la Terre-du-Feu est natuicllenient plus rigoureux que celui de la Patagonie, tant à cause de sa situation plus australe que par sa structure montagneuse et sa libre exposition aux grandes brises de l'océan Antarctique. Les glaces flottantes détachées du pôle sud (tern; de Victoria , terre Adélie) viennent refroidir la mer et l'air qui baignent les côtes de la Terre-du-Feu. Nous les avons rencontrées, au mois d'octobre et de novembre, entre les 50 et 5Ô'' degrés de latitude et non loin du pays dont nous nous occupons. Une autre cause de refroiilisssment sont les glaciers et les neiges jerpétuelles des hauts pics de l'Archipel magellanicjue, comme le mont Sarmiento déjà cité. Malgré tout, le climat de cet archi[3el n'est pas uniformément rigoureux et les renseignenjents contradictoires des explorateurs s'expliquent, non-seulement par la différence des saisons en lesquelles ils ont observé, mais par la différence de situation et d'exposition des points qu'ils ont visités.
Ansoii, Banks et Solander ont dépeint la Terre-du-Feu, à tous égards, sous les plus soiuhres couleurs, et n'ont pas jieu contribué sans doute, de concert avec les récits exagérés des marins qui doublaient le cap Horn, à populariser les fausses idées qui ont cours sur ce pays. Par amour de l'antithèse et le nom du pays y aidant, des géographes sérieux représentèrent le pauvre Fuégien « entre les glaces de ses rivages et les feux de ses volcans. »
Cook qui visita la partie sud-est ea 1769, dit que l'erreur de ses devanciers doit être attribuée à la saison pendant laquelle ils se sont trouvés dans ces parages. Il y était dans le mois de janvier et assure que, non-seulement il y vit des aibres, mais que, bien qu'il aperçut çà et là des espaces couverts de neige, les pentes des collines et les côtes voisines de la mer présentaient la plus agréable verdiire. Le se. des vallées est riche et d'une grande profondeur, etc. Ce ne sont pas là les attributs d'un climat groënlandais,
Parker-King, l'un des deux commandants de l'expédition du Beagle et de l'Adventiire, qui a exploré avec soin toute la Terre-du-Feu, confirme les assertions de Cook; il dit que, dans presque toutes les îles, la végétation est magnifique, et qu'il y a vu la véronique et la fuclisie, qui ne sont pas précisément des plantes sibériennes.
Fitz-Roy, de son côté, affirme qu'à aucune époque de l'année, les arbres ne se dépouillent complètement de feuilles.
Nous avons dit combien la côte N. 0. de l'archipel (île de Désolation) était froide et désolée, ainsi que l'indique son nom. lien est de même, sans doute, de toute la côte ouest, depuis le détroit jusqu'au cap Horn, sans cesse balayée par
MAGELLAMUUES (terres). 665
l'àpre bise et les coups de vent qui viennent de cette direction. En effet les explorateurs du Beugle et de VAdventure nous apprennent que cette réf^ion, découpée d'une infinité de canaux, accidentée par de hautes montagnes, aux sommets chargés de neiges éternelles, est le séjour favori des nuages, des brouillards et des tempêtes et que les beaux jours y sont fort rares.
Nous noterons, en terminant, la rareté des éclairs et du tonnerre dans toute la zoneclimatérique dont nous venons de nous occuper, et, au contraire, la Iréquence des grains et des raffales. Celles-ci viennent généralement du sud et du sud-ouest et s'accompagnent de neige et de grêle en hiver.
En somme, la Terre-dii-Feu n'est pas un séjour de déhces, mais on en a exagéré les rigueurs. Le climat du détroit, dans sa moitié orientale, n'est pas désagréable, et les colons de Puata-.\rena se louent de sa salubrité. Deux fois nous avons visité la petite colonie, en 1856 et en 1859, et nous n'y avons vu qu'un malade, sur une population de 250 individus, sold.its, déportés et colons libres. Ce malade était un entant atteint d'ophthalmie.
Quant à la côte occidentale de Patagonie, abritée par la chaîne d'îles qui vont du détroit au sud du Chili, elle paraît jouir d'un climat fort doux, d'après les observations que nous y avons recueillies en plein hiver et ainsi que suffirait à le faire présumer la puissance et la nature de la végétation dont nous aurons à entretenir le lecteur.
La bénignité du climat et l'humidité de l'air, entretenues par les masses lloconneuses de nuages qui couronnent le front de laCordilière, peuvent seuls expliquer cette végétation.
On a dit que la température de l'hémisphère austral était, à égahté de la'itude, plus basse que celle de l'hémisphère boréal. Nous nous permettrons d'en douter et de croire que la température du Labiador et de la baie d'HuiIson, par 55° de latitude boréale, même celle de Terre-Neuve, entre 46° et 50° latitude nord, est plus basse au contraire que celle du détroit de Magellan et même de la Terre-du- Feu. Ho iibron, médecin de l'expédition de Dumont d'Urville au pôle sud, raconte qu'ayant doublé huit fois le cap Horn (o5°5d' la ilude) en toute saison et ayant pu faire au moins 1 5 jours d'observation chaque fois, il a obtenu des moyennes comprises entre 4° au-dessous de zéro et 9° au-dessus. Nous avons, nous-même, navigué pendant 55 jours entre 48^12' et 52"2r de latitude australe (de l'antipode de Paris au détroit de Magellan) durant le [irintemps de cet hémisi hèie (octobre et novembre), et nous avons obtenu pour moyenne de te:u|ératiire -1-7,1. La moyenne barométrique a été de 755, un peu basse, par conséquent, comme dans le détroit de Magellan où l'on vient de voir qu'en toute une nnnée elle n'a jamais atteint la hauteur normale de 760, quoique les observations aient été faites k \:en près au niveau de la mer. Dj n)ême que l'observateur de Magallanes^ nous avons constaté que le baromètre monte par les vents du sud à l'est, et baisse par ceux du nord à l'ouest.
Pathologie. Aucune étude sérieuse n'a pu encore être faite sur la nosologie des contrées magellanii|ues. Deux points seidement, au Nord et au Sud, sont habités par des peuples civUisés : la colonie du Carmen et celle de Magallanes, celle-ci depuis 1852 seuLment. Le nombre des résidants y est excessivement restreint. 11 ne s'élève pas à 1,000 en total. Il n'y existe point d'hôpitaux ni même souvent de médecins. Les voyageurs qui les ont visités, étaient attirés par un tout autre but que celui d'y étudier Ihygiène et la pathologie qui, d'ailleurs, n'étaient pas dans leur compétence; de sjrte que nous ne possédons que quelques renseignements
«6G MAGELLANIQUES (terres).
tout à fait superficiels. Nous avons déjà signalé la salubrité des deux petites colonies. On ne se plaint, au Carmen, que de diarrhées et de dysenteries qu'on attribue à l'eau saumàtre des puits. A Magallanes, qui n'avait point de mé iecin, la premiè[ e fois que nous la visitâmes, on nous dit qu'il n'y avait jamais de maladie grave, et nous n'y avons vu qu'une ophtlialmie strumeuse chez un enfant.
En ce qui concerne les tribus indiennes, on nous dit que les maladies d'yeux sont très-lréquentes chez elles, ce que l'on attribue à la fumée qui remplit perpétuellement leurs tentes, aux nuages de sable fin que soulève le vent du désert, à la réflexion solaire sur les napfies de cristaux qui couvrent les étendues considérables imprégnées de sel dont nous avons pa>lé, enfin à la fraîcheur des nuits qui contraste, en été, avec la chaleur du jour. .Martin de Moussy dit que beaucoup d'enfants meuient en bas âge faute de soins suffisants, que les fièvres éruptives déciment les tribus, et que la population indienne, loin d'augmenter, va diminuant chaque amiée. On sait, en effet, que les fièvres éruptives ont beaucoup plus de gravité chez les Indiens de l'Amérique que parmi nous. On peut même affirmer, d'une façon générale, qu'elles sont plus souvent mortelles, dans l'Amérique du Sud, à quelques races qu'elles s'attaquent, qu'en Europe. C'est ce que Martin de Moussy a constaté durant un long séjour dans la Plata et ce que nous avons observé nous-même à Cuba.
De tous ces fléaux la variole est, sans contredit, le plus cruel. Ecoutons comme parle sur ce sujet A. d'Orbigny. « La crainte de la contagion rend souvent les Patagons, ainsi que les autres nations australes, des plus inhumains; mais ne sont-ils pas excusables, après avoir eu la moitié des leurs emportés par la petite vérole par suite de leurs relations avec les blancs? Ils regardent cette maladie apportée d'Europe comme un effet du malin esprit qui passe successivement d'un corps à l'autre; aussi, dès qu'ils craignent une épidémie et qu'un des leurs en est supposé atteint, de suite tous s'éloignent de sa tente ne laissant au malade qu'un peu de viande et de l'eau ; puis ils vont s'établir au loin. Si un deuxième individu meurt et que d'autres soient immédiatement atteints des mêmes sym[!tômes, il n'y a plus de doute et la tribu entière décampe en al^andonnant ses malades qu'elle sème, le long du chemin, à chaque étape. On sent combien peu de malheureux doivent échapper, car ils périssent de faim dans le désert quand ils ont résisté à la maladie.» Il paraît que, de 1809 à 181 1, une maladie épidémique décima les Patagons qui perdirent dès lors l'importance qu'ils avaient eue jusque-là comme nation, d'autant plus qu'ils furent attaqués, à la suite, par les Araucans qui en firent un horrible massacre.
Botanique. Nous savons que la plaine patagonienne est stérile, si ce n'est sur le bord des rares cours d'eau qui l'arrosent, au i ied des Andes et près du détroit de Magellan. Ce que nous pouvons en dire d'intéressant se rapporte donc à ce que nous avons observé dans le détroit et dans les canaux qui baignent le pied occidental de la Cordillère.
Les colons espagnols onf acclimaté, sur les bords du Rio-Negro et sur la presqu'île de Saint-Joseph, la plupart des arbres fruitiers et des plantes potagères de l'Europe, qui se sont même propagés à l'état sylvestre assez loin des anciens établissements.
La même acclimatation réussit très-bien à la colonie chilienne du détroit. Mais les productions spontanées, à part celles qui peuvent servir d'alimentation à l'homme, et qui sont assez rares, n'ont rien à envier aux pays les plus privilégiés.
MAGELLANIQUES (terres). 667
En quelle contrée de la terre trouvera-t-on des forêts plus épaisses qu'au Port- Famine, à Punta-Ârena, à la baie Saint-Nicolas, à la baie Bougainville, et, pour tout dire, en un mot, dans le tiers médian du détroit? Les géants des forêts secouent leur verte chevelure à 40 mètres de hauteur, étendent et entrelacent leurs bras puissants de façon à étouffer toute basse végétation en la privant d'air et de lumière et laissent, entre leurs pieds, de 5 à 6 mètres de circonférence, des allées qu'on dirait entretenues [)ar la main de l'homme. Je me trompe pourtant, car un de ces géants, tombé de vieillesse, intercepte çà et là la circulation en couvrant le sol de ses détritus que mordent h mousse, le lichen et le hjcopode, seuls parasites qui trouvent à vivre sous les sombres voûtes de la nécropole. Une barrière de buissons et de bruyères, de houx, de chênes verts, d'éjnnes-vinettes en défend l'accès ; mais bientôt l'air et la lumière leur manquent, ils étouffent, ils s'arrêtent, et l'espace reste libre pour les courses de la bète fauve ou les exiursions du voyageur, qui se console de ses misères en contemplant ces sauvages beautés, 11 se rapi elle alors la mélancolique exclamation du poète :
« Combien la nature est féconde En plaisirs ainsi qu'en douleurs! »
Les principales essences de ces bois sont le hêtre et le bouleau antarctiques. Ils composent en majeure jiartie la forêt, mais on y trouve aussi, en moins grande abondance le Winieria aromattca (Lauriuées), arbre élégant, beaucoup moins haut que les précédents (15 à 20 mètres sur O'",o0 de diamètre), et dont l'écorce est une espèce de cannelle ; l'Araucaria., qui est probablement le même que celui du Chili (Araucaria chilensis). Au reste, l'analogie entre la flore magellanique et celle du Chili ne se borne pas là. Dans les canaux latéraux de la côte occidentale de Patagonie, et aussi bien au pied de la Cordillère que sur les des qui lui font face, j'ai vu des arbres superbes de la famille des Mijr lacées (Leptospermum), dont un gros tronc fut porté abord pour faire un niàt de hune'^. C'est là aussi, plutôt qu'ailleurs, qu'on trouve les Fougères arborescentes de plusieurs mètres de hauteur, et les Palmiers rabougris. Mais j'ai aussi trouvé les premières plus bas, à Plava-Parda,dans le tiers occidental du détroit, à côté d'une Saxifragée (Wenmania) qui, chose remarquable, est un arbre assez grand. Les Yacciniées et, en particulier le Pernettia miicronata de Gaudichaud, VAndromeda rosmarinifolia dePursh sont très-communs et forment la basse végétation de tous ces parages, en compagnie d'une multitude d'arbustes et arbrisseaux épineux ou à feuilles coriaces, et armées de piquants comme les diverses espèces de Houx et de Berberis, et d'une espèce très-abondante de Bruyères. La basse végétation est si touffue et d'un bois si résistant, quoique très-délié, qu'au Cap Tamar, dont le lecteur connaît déjà la sauvage nature et l'anfractuosité du sol, j'ai pu franchir des ravins en passant sur la crête de ces arbrisseaux enchevêtrés comme sur un pont. Sur les rochers les plus décharnés de la base des monts croissent les mousses et les lichens, dont les détritus donnent bientôt prise aux fougères et aux lycopodes, de sorte que la verdure tapisse les montagnes de la base au sommet ; les plus hautes, seulement, conservent en toute saison une couronne de neige dont la blancheur immaculée tranche brusquement sur le vert sombre de leurs flancs. Le lecteur notera que ces observations s'appliquent aussi bien à la saison d'hiver qu'à celle d'été, <îar la plupart des arbres conservent leurs feuilles au milieu des frimas, de sorte
* Il avait 8 mètres de hauteur sur l^jSO de circonférence,
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que les forets ne sont jamais chenues comme dans notre pays, en hiver. Il faut avoir vu la vigueur delà vi'g;'tation eu ces parages pour s'en faire une idée; elle a tout le luxe de celle des tropiqi;es 5ans en avoir l'élégance et la vari 'té.
Par exemple, à l'entrée des canaux latéraux, au noid-ouest du détroit, une pléiade d'îlots, à peine émergés du sein de la mer, épanouissent à la surface des eaux, autant de bouquets de verdure. Ce sont les ilôts Utter. La plupart d'entre eux n'ont pas 5 mètres de diamètre. On dirait, à distance, des corbeilles fleuries flottant sur le miroir de l'eau. Ce sont les saillies d'une crête de montagne ensevelie dans les profondeurs de l'Océan, et dont les pics granitiques élèvent leurs flancs accores dans le voisinage des îlots, qu'ils protègent contre la lame du large. Eux-mêmes sont couverts de verdure, au moins vers la base. C'est à l'abri de l'un d'eux que nous Jetâmes l'ancre pour y passer la nuit. A quelques dizaines de mètres du niouillage la sonde ne trouvait plus le fond. Sur de pareils rochers, la végétation, comme on le pense bien, est rabougrie, quoique vivace, et le seul intérêt qu'ell ■ inspire, c'est de la trouver sur une pareille assiette. Mais remontons vers le nord. Du 50" au 47* degré de latitude nous sommes dans le labyrinthe des îles de la Mère-de-Dieu. Ce sont autant de montagnes granitiques qui forment des îles plus ou moins grandes, suivant que leurs sommets sont plus ou moins émergés. 11 y en a de fort hautes, couronnées de neige ;cesoat aussi les plus grandes ; elles ont une surface accidentée de mornes et de vallons, ou au moins de gorges et dera\ins. D'autres, plus modestes, n'ont qu'un seul pic qui s'élève comme une pyramide au-desîus des eaux. Eh bien, toutes sont plus ou moins couvertes d'une végétation luxuriante dans leurs moindres anfractuosités, ce qui semble difficile, au moins pour les pyramides granitiques Mais voici ce qui est arrivé : le frottement des neiges et des glaçons qui s'écroulent du sommet, venant en aide à l'action lente mais persistante de l'air, des brouillards et de la pluie, a dégradé les flancs accores de ces pyramides de gneiss, de façon à y tailler des gradins informes qui s'élèvent en amphithéâtre, de la base au sommet; des cryptogames ont pris racine sur les éboulis retenus dans leur chute sur ces gradins et les y ont fixés; puis, sur leur détritus, ont pris naissance des arbrissaux, et enfin quelquefois des arbres. On suit l'envahissement progressifde la végétation dans sa marche ascendante, et l'on voit ses derniers représentants cran> ponnés aux moindres anfractuosités pousser des pointes jusqu'au sommet de la pyramide. Dans les grandes îles, comme celle de Wellington ou Madré de Bios, c'est autre chose. La flore y est aussi coaipiète que sur les flancs opposés de la Cordilière, de l'autre côté du canal, et l'on trouve une forêt de Mutacées, de Laurinées, et surtout d'Araucarias qui, à cette hauteur, jouent le rôle prépondérant du hêtre et du bouleau, devenus plus raivs que dans le détroit. La végétation de deuxième ordre est fournie par les Vacciniées et les Saxifragées. C'est ici qu'où se fait la meilleure idée de la transformation d'un rocher aride en une terre verdoyante. Tantôt on enfonce jusqu'à mi-jambe dans une couche d'humus qui ne repose que sur le roc, sous laquelle se glisse furtivement un ruisseau ; tantôt il faut faire l'escalade de monticules constitués par les seuls détritus de la forêt.
Les végétaux les plus humbles forment les premières assises de ces dépôts organiques sur lesquels croissent des plantes plus élevées dans la série qui meurent à leur tour et nourrissent de leurs dépouilles des arbrisseaux, et enfin des arbres dont lés vieux troncs couchés pêle-mêle, quand arrive leur fin, désagrégés et tapissés de mousse, forment les monticules dont il vient d'être question.
La côte de Patagonic, au promontoire d'Exmouth, à la péninsule de Tresmontes,
MâGELlAMQUES (tcres). 669
est très-boisée et peuplée des mêmes essences végétales dont il a été question. Il serait donc oiseux d'en parler, et nous terminerons cette revue par une an.ilyss succincte de ce que nous savons sur la Terre-du-Feu. Les naturalistes Banks et Solander y découvrirent les premiers le Winter, un cresson qu'ils nommèrent Cardamus antiscorhutlca, et une. espèce di^ céleri qu'ils appelèrent Apium antiscorbiiticnm, enfin une sorte de Canneberge. Toutes ces plantes croissent aussi sur le bord opposé du détroit. Les bois sont en plus grande partie formés par le bouleau (Betula antarctica), le hêtre (Fagus) moins nombreux, et entin le Winter {Wlnteria aromatlca).
La basse végétation d'arbrisseaux épin?u\, de bruyères, etc., est la même que sur la côte Oj:po>ée. Seulement elle y domine, ce qui n'a pas lieu sur la côte continentide. C'est même à peu près la seule que j'ai vue au havre Mcrcy sur la Terre-de-Désol ation .
La plante qui piésente le plus d'intérêt, mais qui n'appartient pas plus, à vrai dire, à la Terre-du-Feu qu'à la Patagonie, c'est le Fucus giaauteus (de Solander). Nous l'avons vue couvrant la surface de la mer, au havre Mercy, mais elle s'étend bien au delà dans le détroit, et elle se représente çà et là dans toute l'étendue des canaux latéraux et sur la cote de Cliiloé. Ce fucus croit sur les rochers au fonddes eaux les plus profondes, et vient étendre ses longs bras à leur surface. Cook lui accorde jisqu'à Ô60 piids de longueur, Darwin dit l'avoir rencontrée partout sur son passage dans les longues pérégrinations du Beafy/e elàeVAdventure. Elle occupe donc au moins 15 d.grés de la'itude, sur la côte occidentale de l'Amérique du Sud. Les feuilles ont d mètre 1/4 de longueur, et sa tige arrondie est grosse à peu près comme le pouce. Darwin raconte qu'en remuant une n;asse de ces immenses tiges il en tomba une quantité de petits poissons, de coquillages, de sèches, de crabes, d'oursins, d'astéries, d'holoturies, de planaries et de néréides. « Toutes les fois, ajoute-t-il, que j'examinai un fragment du fucus giganteus j'y découvris des animaux de forme nouvelle et curieuse. De nombreuses espèces de poissons vivent au milieu des feuilles et y trouvent une nourriture abondante. Ces immenses couches végétales, chargées d'animaux, sont une ressource pour les cormorans et autres oiseaux de mer, pour les loutres, les phocjues, les marsouins, et le sauvage de la Teri e-de-Feu lui-même. »
En somme, la dore de l'archipel magellanique n'a aucune famille qu'on ne trouve sur le continent voisin , et elle est plus pauvre. Cette pénurie est encore plus marquée pour la faune dont nous allons noi:s occuper.
Zoologie, l" Carnivores. Le loup rouge, Canis jubatus, ou Canis rufus, animal particulier au bassin de la Plata et de la Patagonie, est intermédiaire au loup et au renard : il a la taille et la forme du premier, la tête du deuxième, le pelage rougeàtre et une sorte de crinière. Azara, qui a fait l'histoire naturelle du bassin de la Plata, dit qu'il hurle et aboie comme un chien. 11 fréquente de préférence le bord des lagunes et a des habitudes nocturnes. 11 est en réalité omnivore et pas très-commun ; inconnu à la Terre-du-Feu.
Lâhulre {M ustela), très-abondante dans le Rio-Negro, les lacs et lagunes, existe à la Terre-du-Feu.
Le renard tricolore, Canis cinereo-argentatiis, est le carnassier américain par excellence, car on le rencontre du cap Horn au pôle arctique.
Le raton-crabier, Ursus lator Lin., Canis azarce, autre renard plus petit.
Le chien domcsliqiie, comiiagnon fidèle de l'homme sous tous les climats, parait être l'ami par excellence du pauvre Fuégien. Il l'accompagne dans sa pirogue
670 MaGELLANIQUES (terres).
comme sous Vajovpa. Pour un Fuégien qu'on rencontre, on est bien sûr de voir deux ou trois cljiens. Us sont de l'espèce que nous appelons chiens-loups. Je crois que c'est le seul animal que le Fuégien ait su domestiquer. Les Palagons en ont aussi et de la même espèce.
La moufette {Viverra mephitis) lance sur l'ennemi qui l'attaque un liquide «à « empester tout Paris, )> dit Azara. Toute part faite à l'exagération, il reste assez de réalité pour justifier l'épitliète donnée à cet animal.
Le huron (Viverra zorilla), espèce de putois, répand aussi, quand il est irrité, une très forte odeur ; mais celle-ci sent le musc. Bufion le nomme fouine de Cayenne, d'autres gloutou-grlson.
Dans le genre Chaty on connaît le couguar (Felis puma), qu'on a appelé lion d'Amérique. Mais il est beaucoup moins fort et moins courageux que le lion et n'a pa> de crinière. Le jaguar ou tigre d'Amérique, beaucoup plus redoutable, ne descend pasaussi bas que la Patagonie. Mais on connaît deux espèces plus petites de chats-tigres (felis ligrina).
2" Rongeurs. La viscache (Cavia acuschi), espèce de grande marmotte, sans sommeil hibernal, fouille la plaine de façon à y creuser des terriers immenses. Elle est spéciale aux Pampas de la Plata et de la Patagonie.
Le Lepus patagonicus, espèce d'agouti, atteint la grandeur d'un chien de moyenne taille. Les indigènes lui font une chasse acharnée. C'est aussi un animal fouisseur.
Le chinchilla [Callomys chiucliUla), bien connu pour sa précieuse fourrure, ne descend pas dans la plaine, mais se trouve dans la Cordilière.
Le cavia capybara [Sus palustris), rongeur amphibie, aux pieds de derrière palmés, répandu dans toute l'Amérique du Sud.
Enfin, le rat et la souris. Les preiuicrs sont très-nombreux •.
5° Pachydermes. Pécari ou sanglier à collier (Sus tajassu), a les mœurs du sanglier d'Europe, est susceptible de domesticité comme le porc.
4** Ruminants. Le guanaco [Camehis huanacus) se trouve partout, dans la plaine comme sur les sommets de la Cordillère et jusque sur la Terre-du-Feu. Sa chair est excellente et analogue à celle du cerf. Nous en avons fait l'expérience dans le détroit de Magellan. C'est une véritable ressource pour les navigateurs qui peuvent s'en procurer à la colonie chilieime ou entre les m;iias des Fatagons eux-mêmes à la baie Gregory, près de laquelle il y a toujours quelque campement d'Indiens.
Le guazuti [Cervus nemorivayus) est un cerf très-commun dans le nord seulement. Il n'y en a pas à la Terre-du-Feu, mais on y trouve quelques sujets d'une autre espèce le Cervus campestris.
5° Marsupiaux. 11 n'y a que la sarigue (Didelphis-manica) .
6" Édentés. Plusieurs espèces du genre tatou (Dasipus) .
7" Cétacés. Les phoques de toute espèce sont extrêmement nombreux à la Terre-du-Feu et sur la côte de Patagonie. Les Fuégiens leur font la chasse pour se nourrir et pour se barbouiller le corps d'huile. 11 y aussi quelques baleines.
Oiseaux. Trois espèces d'autruche : ie^ixndu (Strutio-Rhea), et une espèce un peu différente qui se trouve jusqu'à la Terre-du-Feu, tandis que la première reste dans le Nord. D'Orbigny distingue la deuxième sous le nom de Rhea-pennata.
* On trouve à la Terre-du-Feu une espèce particulière de souris; le reithrodon, de \yaterhouse, et deux autres espèces.
MAGELLANIQUËS (terres). 671
Il y aussi le nandii nain que les colons du Carmen appellent avestruzpetiso.
On sait que l'aiitruclie d'Amérique est moins belle et moins grande que celle d'Afrique, et qu'elle a quatre doigts aux piods, trois en avant, un en arrière. Quoique son plumage ne soit pas aussi brillant et varié que celui de l'autruclie africaine, car il est presque tout gris, il ne laisse pas de làire bon effet en tapis, préparé par les Palagons.
Les Échassiers et les Palmipèdes sont les oiseaux les plus nombreux sur le continent et dans les îles, à cause de l'abondance des lagunes et de la grande étendue des rivages. Nous citerons les cigocjnes, bécassines, raies, pluviers, aigi'ettes {Arclea egreta), spalules roses {Platea rosea), ibis, courlis hérons, dont l'un est couronné d'une magnifique aigrette blanche, l'autre [Mycteria americana), baut d'un demi-mètre, parait, de loin, un homme occupé au travail.
Le llamant (Phœnicopterus) bâtit son nid au milieu des vastes salines naturelles dont la blanche surface fait ressortir l'éclat de son pkniiage rouge. Ces nids d'un pied de haut el groupés quelquetois par milliers, d'une façon symétrique, font l'effet d'un îlot au milieu d'un lac de crislal.
On compte deux esjjèces de cygnes, dont un à tète noire et treize espèces de canards; loie antarctique, di^e ausri magcllanique, car elle est très-commune au détroit. Les canards et les oies sont d'unr giande ressource pour les navigateurs qui passent le détroit, quoiqu'ils aient une loite saveur d'huile de poisson qui répugne. Ce dernier gibier surtout qui est énorme a besoin d'être écorché et laissé ensuite exposé à Lair peiidant deux ou trois jours, il est alors très-mangeable. On peut faire des hécatombes de ces oiseaux à Port-Famine et h la baie Bougainville. .
Le pingouiti {alcn) , oisesiU singulier, a des rudiments d'aile qu'il agite pour s'aider à courir, mais dont il ne peut se servir pour voler. 11 nage très-vite avec la tète seule hors de l'eau, et plonae très-longtemps. C'est une esjèce d'amphibie. A terre, il se tient presque debout, car il a les pieds placés très en arrière.
Le pingouin de Magellan a la taille et la forme d'un très-gros canard, à plumage noir ; une espèce voisine et plus grande, qu'il ne m'a pas été donné de voir, fréquente aussi les côtes de Patagonie, c'est le grand manchot [Aptenodijptes patagonica de Forster).
Enfin, les deux mers qui baignent les côtes abondent en pétrels, albatros, mouettes, alcyons.
Les Gallinacés sont représentés par les tinamus,' espèce de perdrix (Tinamus major et Tinamus maculosus) ; le premier plus semblable à notre perdrix que le deuxième, qui a la couleur, la grosseur de notie caille. C'est un excellent gibier. Les tourterelles et les pigeons, très-nombreux, \emlromie, espèce de perdrix avec le plumage de la pintade. Enfin une espèce de lagopède, qui niche dans les Andes et ne descend pas en plaine, et une grive.
Grimpeurs et préhenseurs. Différentes espèces de pics, et Yara patagon, qu'on rencontre jusqu'au détroit de Magellan. A la Terre-du-Feu, il y a un pic noir à la crête rouge et le Synallaxis tupinieri, qui est l'oiseau le plus commun.
Passereaux. Plusieurs merles, dont un mo jueur {Turdus polyglottus) ; une espèce d'alouette ; le tanrjara, espèce voisine des colibris dont j1 a l'éclat et la variété des couleurs. C'est sans doute cet oiseau dont veulent parier
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les voyageurs qui disent avoir vu le colibri au Détroit et sur la Terre-du-Feu, Le roitelet (Scytalopvs fuscvs), commun à la Patagonie et à la Terre-du- Feu ; la rhinomie, que Geofiroy Saint-H laire place entre leç mainates et les mai tins; une e>pèce de gobe-mouche [Musicapa] et d'engoulevent {Caprlmulgus americanus) ; le fournier {Furnarms rufïis), oiseau familier, qui joue à peu pi'ès le rôle de notre moineau ; une hirondelle voyageu-^e comme la nôtre; différentes espèces de cassiques (Cassiciis), la veuve {Vidua lonyicaida), une espèce d'étourneau que d'Orbiguy a nommé Sturmis militaris, de la couleur de son plum;ige. Presque tous ces oiseaux exis'ent aussi à la Tcrredu-Feu.
Rapaces. Condor (Sarcoramphus gryphns), le plus grand des vautours dont les ailes atteignent jusqu'à 5 mètres d'envergure. Catharte aura et Catharte urubu\autonvs très-communs dans tonte l'Amérique du Sud où ils jouent autour des villes et même en dedans un rôle hygiénique qui les fait respecter. Ce sont ceux qu'on appelle vulgairement et, suivant les pays, carancros, auras, zopilotes.
Plusieurs espèces d'aigleft, de buses, de faucons, et enfin les rapaces nocturnes dont les plus curieux sont le Strijx magellanica, sorte de grand-duc et une orfraie {Slnjx urucurea), de d'Orbiguy, qui a la singulière habitude, raconte Martin de Moussy, de percher des journées entières sur les terriers de vizcache où elle sendjle postée en sentinelle, de façon iavertirThôtedu terr>er de l'approche du chasseur.
L'ornithologie de Li Terre-du-Feu est presque la même, seulement elle est moins riche.
Les reptiles sont peu nombreux : on a trouvé la tortue Au cap de Bonne-Espérance, 4 espèces de lézards et une seule espèce de crapaud. Il n'y a pas de reptiles à la Terre-du-Feu.
Les Poisso7îS d'eau douce ne sont qu'au nombre de deux ou trois espèces.
Les Mollusques ne sont nulle part plus abondants et plus variés que dans le détroit de Magellan. Non-seulement ils conslituenl l'une des principales ressources alimentaires des Pécherais, tribu Fuégienne dont nous parlerons plus tard, mais ils peuvent délasser et rafraîchir (comme on dit en terme de marine), les équipages fatigués par la nourriture uniforme et salée des longues navigations.
En quelques heures à la baie Saint-Nicolas, nous ramassâmes une quantité énorme de moules excellentes {Macra edulis), beaucoup plus belles que celles de France, de Solens {Solen cultellus), de Venus, et beaucoup d'autres coquilks qui n'ont guère de valeur que pour le naturalisle, telles que la Patelle d'Urville, le Chiton magellanique, des Tére'bratules, des Mactres, des Triions, Licornes, Fissurelles, Pectens, etc.
Animaux domestiques. Le chien, le chat, le cheval et le bœuf sont les seuls animaux domestiques connus en Patagonie. Encore le bœuf n'existe-t-il que dans les établissements des Européens sur le Rio-.Negro et peut-être sur la péninsule de Saint-Joseph, où les Espagnols l'avaient introduit, mais il ne s'est pas multiplié en Patagonie, comme dans le reste de l'Amérique, ce qu'il faut attribuer à l'aridité du pays eu général et à la barbarie des peuplades qui l'habitent. Celles-ci, restées nomades, n'ont compris que l'utilité du cheval qui les aide dans leur chasse et dans la traversée du désert. Et, comme la chair et le lait de jument leur paraissent préférables à tout, elles n'ont point cherché à multiplier le bœuf et la vache. En revanche, le cheval estde'.enLi à la fois leur mon-
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ture et leur bête de boucherie. On élève des troupeaux de juments dans le but de multiplier la race, mais surtout pour s'en nourrir. Le cheval patagon, descendant del'andalou, en a gardé les verlus principales, la sobriété et la résistance. Nous avons vu et monté ces petits chevaux vifs et fringants, quoique très-doiiles et surtout doués d'une agilité prodigieuse à la course. Â cet égard, ils ont gagné sur leur père l'andalou et ont retrouvé entre les mains des cavaliers du désert la vitesse proverbiale du cheval arabe qui en est la souche première
Anthropologie. On estime à 10,000 âmes environ, le nombre d'Indiens errants entre le Rio-Nogro,les deux Océans et le détroit de Magellan. C'est bien peu pour une surface de 33,000 lieues carrées. Mais, indépendamment de la stérilité fatalede la [dus grande parliedupays, on saitqu'ujr peuple chasseur a besoin pour vivre d'une étenduede terre beaucoup plus considérable qu'une population agricole ou même de pasteurs. La race américaine, d'ailleurs, reproduit peu et la détestable habitude de l'avortement provoqué, non moins que la dure condition domestique delà femme, contribuent à restreindre cette reproduction.
Trois races, ou plutôt trois rameaux d'une même race, se rencontrent aujourd'hui entre le Rio-Negro et le cap Ilorn.
Les Télmelches ou Patagons occupent la plaine continentale , les Huilliches habitent le versant oriental et le pied de la Cordillère. Les uns et les autres, voya- 'T-ent, dans leurs chasses, du Rio-Negro au Détroit. Enfin, les Fuégiens errent dans toutes les îles de l'Archipel niagellanique depuis le cap Ilorn jusqu'au golfe dePénas, sur la côte occidentale de Patagonie, c'est-à-dire entre les 55^ et 45^ degrés de latitude australe. Ces derniers peuvent être ou nombre de 4,000 tout au plus, ce qui porterait à 14,000 le chiffre total de la population comprise entre le Rio-Negro et le cap Horn.
Les Téhuelches et les Huilliches se ressemblent beaucoup ; aussi les a-t-ou confondus souvent sous le nom de Patagons nom donné par Magellan et Pigafetta, l'historiographe de son expédition, aux Indiens qu'ils virent sur les bords du Détroit et qui étaient, ce semble, des Téhuelches ; car d'Orbigny a retrouvé, dans la lancine de ceux-ci, les mots indiqués par Pigafetta dans le petit dictionnaire qu'il avait formé.
Celte désignation qui s'applique en- espagnol à celui qui a de grands pieds (patagon et, par contraction, paton), leur vint des grossières bottes qu'ils portaient et qui faisaient paraître leurs pieds plus grands qu'ils ne sont réellement, car ils n'ont rien de disproportionné avec leur taille. Les dénominations de Téhuelches et de Huilliches, propres à la langue indigène signifient hommes du pays de l'Est et hommes du pays du Sud ; la terminaison che, qui sert à caractériser toutes les nations et tribus australes (Puelches, Molluches, Péhuenches, etc.), signifie pays.
Les Téhuelches et les Huilliches sont des hommes de haute taille, 1™,75 en moyenne, aux formes athlétiques, à la tète grosse et carrée, au teint brun rougeàtre, à la chevelure noire et plate. « Ce qui distingue surtout les Patagons des autres indigènes et des Européens, dit Alcide d'Orbigny, ce sont des épaules larges et effacées, un corps robuste, des membres bien nourris, des formes massives et tout à fait herculéennes. Leur tète est grosse, leur face large et carrée, leurs pommettes un peu saillantes, leurs yeux horizontaux et petits. »
Les caractères que le même auteur assigne au rameau qu'il a appelé Pampeen et dont les Patagons font partie, sont les suivants : « couleur brun olivâtre ou marron foncé, formes herculéennes, front bombé; face large, aplatie; nez très-
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court, très-cpaté, à narines largement ouvertes ; bouche très-grande ; lèvres grosses, très-saillantes ; yeux horizontaux, quelquefois bridés à leur angle externe, pommettes saillantes ; traits mâles et Irès-prononcés ; physionomie souvent féroce. » Ces caractères généraux s'appliquent sans doute, plus ou moins rigou reusement, aux Indiens que d'Orbigny a vus dans leN. E. sur la pai'tie delà Patagonie qu'il avait visitée, car on ne peut douter de l'exactitude d'un observateur aussi sagace, mais ils ne s'appliquent pas aussi bien aux Indiens qui campent dans le Sud, aux environs du détroit de Magellan. Ceux-ci n'ont pas la peau si foncée : leur teint est brun et rouge tout à la fois, grâce à la belle injection capillaire qui se dessine sous l'épiderme, particulièrement aux joues ; leur nez est large et court, mais pas épaté comme celui du nègre, et leurs lèvres n'ont rien de disgracieux, leur physionomie n'est point féroce ; le reste du portrait tracé par d'Orbigny leur est parfaitement applicable. Ce qui les distingue, c'est la disproportion entre les jambes et le tronc, qui est telle, que de géants qu'ils paraissent être à cheval ou assis, ils ne sont plus que des hommes grands pour qui les voit debout. Cette remarque avait été déjà faite parle capitaine King (dans sa relation du voyage du Beagle), qui distingue les Patagons du Sud sous le nom iVlnahen, de ceux du Nord qu'il appelle comme d'Orbigny Tchuelches, non-seulement pour les caractères physiques, mais aussi pour les caractères moraux. D'Orbigny déclare n'avoir pas observé cette disproportion chez les Indiens qu'il appelle Téhuelches ou Patagons, car pour lui les deux termes sont identiques. Nous en concluons qu'il n'a pas connu les Indiens du Sud, et qu'il s'est mépris en avançant qu'une seule famille humaine habite entre le Rio-Negro et le détroit. Mais que sont les Inaken du capitaine King ? Vraisemblablement une tribu de Huilliches, car ceux-ci, comme les Téhuelches, sont subdivisés en un grand nombre de tribus qui prennent chacune le nom du pays qu'elles occupent le plus habituellement. Les Huilliches, d'après d'Orbigny et Martin de Moussy, sont d'origine araucane, comme les Auccas, les Péhuenches, les Fumquels, et ont conservé en partie la langue de leurs aïeux, langue douce, harmonieuse, très-différente de l'idiome fortement guttural que parlent les Téhuelches. Or, voici les caractères que d'Orbigny assigne au rameau araucanien : « couleur brun olivâtre pez( foncé ; taille moyenne l'°,641, formes massixes, tronc im peu long comparativement à l'ensemble; front peu élevé ; face presque circulaire ; nez très-court, épaté, yeux horizontaux; bouche médiocre, lèvres minces, pommettes saillantes, traits efféminés, physionomie sérieuse, froide. » Voilà le portrait qui s'applique le mieux: aux Indiens que nous avons vus à la colonie de Punta-Arena, et qui venaient les uns de la baie Gregory, les autres des environs du Cap-Negro. Les Chiliens, à l'exemple des Espagnols, leur donnent indistinctement le nom de Patagons, et, quant aux Indiens eux-mêmes, ils se désignent par le nom de leur tribu, et non par celui de leur nation. Martin de Moussy dit que les Huilliches sont les plus grands de tous les Indiens d'origine araucane, que ce sont en général des hommes de trèshaute taille, et qu'ils représentent en partie les Patagons, tels que les récits fabuleux les dépeignent. Il est certain, ajoute-t-il, que Llampico, un de leurs caciques, qui vivait au siècle dernier, avait une taille qui dépassait 2 mètres. Ils habitent le versant oriental des Andes et les plaines qui gisent à leurs pieds, entre le Rio- Negro et le Détroit. » [Description de la Confédération argentine, t. II.) Nous n'avons pas vu, quant à nous, d'hommes de cette taille, mais des individus trèsgrands, de 6 pieds 7 à 8 pouces, et de formes herculéennes. Les autres étaient moins grands, et les plus petits, de la taille quenous appelons en France moyenne ;
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mais tous solidement bùtis et à l'orta carrure. Les femmes presque aussi grandes et aussi fortes que les hommes. Lti femme d'un chef (cacique) du Cap-Negro (jtalt grcvnde de 5 jiieds 5 pouces environ, et découplée en proportion.
En résumé, nous dirons que les tribus indiennes qui habitent entre le Rio- ?jegro et le détroit, et qu'on confond dans le langage ordinaire sous le nom do Palagoos (Patagones), appartiennent à deux rameaux distincts de la race rouge américaine, remarquables l'un et l'autre par une haute stature et des formes athlétiques, sans atteindre cependant les proportions gigantesques que les récits labuleux des anciens voyageurs ont popularisées.
Il nous reste à décrire une troisième famille, distincte des deux précédentes par une taille plus petite, et des formes plus bestiales. C'est celle des Fuégiens dont une tribu, les Pécherais, erre sur les deux rives du détroit, dans sa portion occidentale, et dans le labyrinthe d'iles qui s'étendent le long de la côte de Patagonie jusqu'au golfe de Penas.Nous avons pu examiner un nombre respectable de sujets de cette l'amUle, et voici le portrait que nous en avons tracé sur le vif ; taille moyenne de 5 pieds 2 pouces environ , formes massives , large carrure, membres bien nourris, corps gros d'embonpoint plutôt que fortement musclé, ventre un peu proéminent, teint bruu, moins foncé au visage que sur le reste du corps. La teinte brune est assez prononcée (un peu plus que chez les Patagons), mais pas plus cependant que chez certains Européens. Cheveux longs, noirs, raides et grossiers, peu ou point de barbe, sourcils rares, yeux petits, noirs, horizontaux et bridés, nez épaté et fortement déprimé entre les deux orbites, bouche médiocrement grande, pommettes saillantes, très-saillantes même chez quelques-uns, front petit et fuyant, grosse tête, face carrée, physionomie inintelligente et pusillanime. Les fennues sont toutes fortes, bien prises, aux mamelles volunîineuses et coniques, presque aussi grandes que les hommes; jeunes, elles ne sont pas laides. On voit qu'il y a plus d'un rapport entre ces Indiens et leurs voisins du continent, et qu'il y a évidemment un lien de parenté entre eux. D'Orbigny, qui déclare n'avoir vu qu'un seul Fuégien adolescent dans le nord de la Patagonie, fait de cette famille une branche de son rameau araucanien, ce que nous admettrions volontiers par les rapports de voisinage et de l'essemblance qu'ils ont avec les Huilliches. Ils sont cependant moins grands, moins forts, et plus laids, parce qu'ils ont le nez plus épaté et plus déprimé entre les orbitjes,au point que sur un crâne que j'ai recueilli au havre Mercy (Terre-de-Désolation) , et offert au Muséum d'histoire naturelle de Paris, les os nasaux décrivent, par leur union à la bosse nasale proéminente, un arc de cercle à concavité supérieure. Les pommettes sont très-saillantes, le front est bas et fuyant, l'angle facial peu ouvert, les arcades sourcilières très-saillantes, les os épais. La tête est brachycéphale orthognathe comme chez leurs voisins. Une autre difficulté se présente: c'est la différence radicale d'idiome. Fitz-Roy, qui a donne un vocabulaire restreint des idiomes alikoulip et tékinika, dit qu'ils sont horriblement gutturaux. C'est aussi ce que nous avons pu constater nous-mêmes en écoutant parler les Pécherais. Or on assure que la langue araucane est trèseuphonique.
Humboldt, il est vrai, a fait observer qu'il y a en Amérique des langues-mères entièrement différentes par leurs racines, et qui se ressemblent par le mécanisme et la physionomie ; que, par conséquent, il faut s'attacher peu aux mots etbeaucoup aux constructions et au génie des langues américaines. Il n'en est pas moins étrange qu'une langue harmonieuse et douce soit devenue, dans la bouche des enlants perdus des Aucas, rude et gutturale.
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Une autre chose nous frappe en lisant le petit vocabulaire de Fitz-Roy, c'est que les idiomes des grands et des petits Fuégiens, c'est- ;i-diie des Tékiiiika et des Alikoulips, n'ont pas la moindre ressemblance de mots, ce qui semblerait témoigner d'une origine différente. Nous avons déjà noté un phénomène semblable chez les tribus mélanésiennes de l'Océanie. {Voy. ÎS'ouvelli;-Cai.édome.) C'est chose vraiment étrange que de voir, sur des iles d'étendue médiocre, autant d'idiomes que de tribus.
King, Fitz-Roy et Darwin, qui ont eu tout le temps d'étudier les Fuégiens,. les partagent en quatre tribus : i" les Yacana-Kunny, qui habitent les plaines du N. E., sur un territoire qui a plus d'un rapport avec les cantons les j)lus favorisés de la Patagonie, ressemblent auv habitants de celle-ci pour la taille, la couleur et le vêtement, ils paraissent être aujourd'hui dans la situation où étaient les Patagons avant de connaître les chevaux. Avec leurs chiens, leurs arcs, leurs bolas, leurs frondes, leurs lances et leurs massues, ils tuent des guauaques, des phoques, des autruches. Le climat et le sol ont évidemment favorisé le développement physique et mtellectuel de cette famille humaine, à moins qu'étant naturellement plus forte elle ne se soit rendue maîtresse du terrain à l'exclusion des tribus plus faibles. Il e-t certain que la partie N. E. de la Terre-du-Feu est placée dans des conditions beaucoup meilleures que le reste. On ne trouve plus ici les montagnes boisées ou arides des iles occidentales, mais des plaines ou des plateaux peu élevés où s'entremêlent les bosquets et les pâturages. Le climat tient le milieu entre les extrêmes de sécheresse et d'humidité, qui sont le partage de la plaine patagonienne et des iles montagneuses de la Terre-du-Feu. De toutes ces conditions réunies découlent plus de facilités et de douceurs pour l'existence qui nous expliquent la supériorité relative des habitants.
2" Les Tékinika, habitants du S.E.de la Terre-du-Feu, sur les bords et dans le voisinage du canal du Beagle, sont petits et mal faits ; la couleur de leur peau est celle de l'acajou le plus vieux, ou plutôt participe de la couleur du cuivre et du bronze, leurs jambes sont minces et disproportionnées avec le buste, leur Iront est très-étroit. Ils vivent dans un état de stupidité et de saleté dégradant, se graissent le corps d'huile de poisson, et se nourrissent des aliments les plus grossiers, et quelquefois putréfiés. C'est qu'ils habitent le territoire le plus pauvre, le plus froid et le plus humide, du côté du cap Horn.
5° Les Alikoulips se rapprochent des Yacana-Kunny, mais leur restent cependant inférieurs. Leur territoire est l'un des mieux partagés sous le rapport du climat et des productions, entre le bord occidental du canal du Beagle et le détroit de Magellan.
4" Les Pécherais habitent toute la côte N. 0., depuis le cap Froward jusqu'au cap Pilares, qui est le promontoire de l'entrée occidentale du détroit ; mais ils remontent en pirogue jusqu'au golfe de Pénas, passant la nuit sous un ajoupa qu'ils improvisent sur le rivage du continent ou d'une île, et errant de jour sur la plage, à la pêche du coquillage et du poisson. C'est à eux, en particuher, que s'applique le portrait que nous avons tracé après en avoir examiné un grand nombre, de tout âge et de tout sexe.
Leur état social est rudimentaire, et ce n'est vraiment qu'en considération d'une communauté de mœurs et d'habitat qu'on peut faire une tribu de gens qui vivent par familles isolées les unes des autres, errant sur les rivages et sur l'eau. Où sont leurs villages ? on ne les découvre nulle part, mais seulement des huttes disséminées. Où même est le foyer domestique? dans une pirogue faite de bran-
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cbes et d'écorces, le plus souvent ; quelquefois composée des épaves d'un naufrage, grossièrement assemblées. En ce frêle esquif s'entassent père, mère, enfants et chiens ; les femmes rament avec une pagaie, et les hommes se chauffent devant un petit feu entretenu sur du gravier. Il arrive que les pagaies sont remplacées par des avirons primitils faits d'un long bâton, au bout duquel est amarrée une planclie amincie sur It-s bords, que les hommes manoeuvrent. C'est alors la nièredefamillequi gouverne. Pour laisserpasser le mauvais temps, prendre les repas et dormir on haie la pirogue sur la grève, et alors les pénates sont transportés dans une hutte, improvisée avec des branches d'arbres qu'on courbe en forme de berceau et qu'on recouvre de broussailles, le dos appuyé à la forêt, l'ouverture béante du côté de la mer, avec un grand feu par devant. La preuve que ces ajoupas ne sont pas seulement des abris provisoires, c'est qu'on y trouve accumulés des monceaux de coquilles, de débris de poissons, d'os et de lambeaux de peau, en un mot, des restes de repas qui témoignent d'un séjour prolongé ou réitéré.
Il faut fouiller bien profondément dans le passé de notre race pour y trouver l'analogue de cet état social embryonnaire. L'histoire n'en a point gardé le souvenir, la mythologie seule en a conservé les traces, et la paléontogie en a déterré les muets témoins. C'est à l'âge du renne, à l'époque des peuplades belges ou provençales, dont M. Dupont et M. Marrion ont mis au jour les ossements et les ustensiles qu'il nous faut remonter. Tels étaient alors nos aïeux, tels sont aujourd'hui les Pécherais. Voici les lances barbelées ou les piques faites d'un os de phoque emmanché au bout d'un bâton ; voici les flèches terminées par un silex aigu ; voici la fronde, voici les amulettes d'os et de coquille au cou des femmes et des enfants, voici la chaux, l'ocre rouge, l'huile de phoque qui doivent servir à barbouiller la tête et le corps dans les grandes occasions, le tatouage n'étant pas inventé ; voici le fin duvet qui doit recevoir les premières étincelles destinées à rallumer le feu.
Point d'aiguilles pour rassembler les peaux d'animaux dont On se couvre ; l'arLdu tailleur n'est pas encore né, et le vêtement est toujours trop court pour se garantir des rigueurs du froid. Les femmes sont moins bien vêtues que les hommes, les enfants eu bas âge ne le sont pas du tout. Comme on n'est pas sans pudeur, on applique une petite pièce ou une sorte de sac de peau d'autruche, garnie de ses plumes, sur les parties génitales. Si l'on manque de cet objet de luxe, on surveille ses mouvements de façon à ne pas mettre à nu ce qui doit rester caché.
Comme on ne fait aucune agriculture et que la terre ne donne spontanément que quelques baies et un gros champignon, la nourriture est précaire, à part le coquillage qui donne toujours. Ne ferait-on pas, d'occurrence, main basse sur son prochain, fût-ce une vieille femme, pour la provision d'hiver? Les officiers du Beagle et de VAdventure les en ont soupçonnés, et même Fitz-Roy les eu a formellement accusés ; mais son chef d'accusation ne repose pas sur une observation directe, et seulement sur le témoignage de Fuégiens qui, conduits par lui en Angleterre et suffisamment familiarisés avec la langue anglaise, auraient donné des dél?ils précis sur ce fait. Je pense que c'est une faible preuve en matière aussi grave, et qu'un jury ne s'en contenterait pas. Si le cannibalisme existait dans les mœurs, même à titre exceptionnel, comment, en cinq ans, les officiers de l'expédition anglaise n'auraient-ils pas acquis mieux que des soupçons II ne leur eût pas fallu cinq mois, en Océanie, et peut-être l'eussent-ils appris à leurs dépens.
Il faut donc au moins faire toute réserve sur cette hideuse particularité qui distinguerait si profondément les Fuégiens des Patagons. A vrai dire, ceux-ci sont
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moins sauvages, sans être encore des barbares comme les Tartares auxquels on les a comparés. Ils sont moins avancés que cela iL bon nombre de peuplade» océaniennes qu'on qualifie de sauvages les devancenl dans la voie de la civilisation parce qu'elles sont agricoles et sédentaires au lieu d'être cliasseresses et nomades. Les mœurs agricoles, en effet, entraînent des j)rogrès sociaux encore inconnus des Patagons comme la propriété territoriale individuelle, l'habitude du travail, la réglementation des instincts brutaux par un code de lois inscrites dans les mœurs et consenties par chacun des membres de la communauté dans l'intérêt de tous. C'est la vie en société qui ne peut exister qu'à la condition qu'un groupe plus ou moins nombreux de lamilles liées par des intérêts communs s'astreignent à une vie sédentaire.
Le Patagon ne connaît rien de tout cela; le désert qui s'ouvre devant lui appar» tient à chacun comme à tous; il erre toute sa vie sans se fixer nulle part; son foyer s'établit là où le caprice ou bien les ressources changeantes de la chasse le conduisent. Il plante alors de grands bâtons en cercle et jette par-dessus des peaux de chevaux solidement réunies pour se garantir des intempéries de la nuit. Chaque membre de la famille attache son cheval à un pieu ou lui met une entrave pour le laisser paître plus librement. Voilà le toïdo (tente), le foyer delà famille. Que cinq ou six familles, réunies par des liens d'amitié ou dans un but de protection commune, plantent leur tente sur le même terrain et ce sera la tolderia (campement) ouïe village. Les groupes de population ne sont généralement pas plus nombreux que cela. Seulement un certain nombre de tolderias sont convenues de marcher ensemble, en cas de guerre, sous les ordres d'un individu dis-^ tingué par sa bravoure ou sa force musculaire, mais qui, en dehors de cette circonstance, n'a presque aucune autorité. C'est à ce heu bien lâche que se reconnaît la tribu. On ne peut se refuser d'y voir, néanmoins, un commencement d'organisation sociale. La domestication du cheval marque une autre phase de progrès dans l'histoire de ce peuple ; la même qu'elle marqua dans les temps préhistoriques chez nos aïeux vers la lin de l'âge du renne.
Les Patagons, élevant des troupeaux de chevaux pour s'en nounir, commencent à devenir pasteurs. Ils ne sont plus aussi esclaves des chances aléatoires de la chasse et peuvent compter sur la nourriture du lendemain. La chair de cheval fait aujourd'hui la base de leur alimentation comme chez les races préhistoriques auxquelles nous les comparions tout à l'heure, et ils boivent avec avidité le sang de l'animal qu'ils égorgent.
Mais ils n'en sont pas encore arrivés à faire de l'agriculture, ni à construire des habitations fixes, nous voulons dire des cabanes. Ils ne travaillent aucun métal. Leurs armes sont de bois ou de pierre : bolas, lances, arc et flèches terminées par un silex aigu avec deux crochets à la base. Ils se servent aussi beaucoup du lazo^ longue corde à nœud coulant. On sait que les boîas sont deux grosses pierres' enveloppées dans du cuir et fixées aux deux extrémités d'une corde, que le Patagon lance aussi loin et avec autant de précision qu'une pierre de fronde. Ils n'ont d'autre industrie que la préparation des peaux qui servent pour leurs tentes et leurs vêtements; mais cette préparation est, à vrai dire, parfaite, car la peau garde toute sa souplesse et le poil tout son lustre. Le côté du cuir est orné de dessins faits avec l'ocre rouge et jaune et sans doute avec le noir de fumée. Les pièces dont se compose chaque fourrure sont coupées en carrés très-réguliers et parfaitement ajustées par la couture. Pour ce faire, ils ont des aiguilles d'os et du fil fait avec des tendons d'autruche. Ce travail est particulièrement le partage des femmes
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comme tout ce qui coacerne le ménage, car l'homme ne s'occupe que de la chasse et de la guerre. Le vêtement des deux sexes est le même et consiste en une grande fourrure sans autre façon que celle que j'ai dite, et dont on se drape comme d'un manteau. II laut y ajouter une sorte de poche en peau plus fine et plus rare qui recouvre les parties sexuelles. Voilà pour leur industrie.
Ont-ils acquis quelques connaissances qui témoignent d'un esprit d'observation et de l'exercice des opérations de l'esprit?
Oui, ils ont créé une année de douze mois basés sur les lunaisons, et qui commence au printemps. Des jours complémentaires règlent, quand il le laut, l'année écoulée, de façon à attendre la première lunaison qui coïncide avec la floraison des plantes.
La contemplation de la voiate céleste leur a fait naître l'idée d'y prendre des points de repère pour se diriger dans leurs courses vagabondes et, à l'exemple des anciens peuples orientaux, ils ont poétisé certaines constellations par l'allégorie. C'est ainsi que la voie lactée est le chemin parcouru par le chasseur céleste qui sème les plumes d'autruche, fiction qui vaut bien celle de la chèvre Amalthée imaginée par les Grecs. Leur langue est riche en noms de nombre et ils sont capables de compter assez longuement en chiffres abstraits; ce qui est fort rare chez les sauvages.
Tout ceci sen)ble révéler une certaine dose d'intelUgence, et l'aptitude à une culture moins bornée de l'esprit.
D'Orbigny les dit pourvus d'imagination et le montre dans la tendance poétique de leur génie national, comme dans l'emploi fréquent de la métaphore dans le langage.
Voyons maintenant quelles sont leurs croyances religieuses. Nous passerons sous silence les mille superstitions qui sont la pâture banale des esprits incultes en tous pays, comme la foi aux sorciers qui sont en même temps leurs médecins, etc. Ce qu'il importe de savoir, c'est comment ils ont conçu la divinité et la destinée finale de l'homme. Sur ce dernier point ils n'ont rien imaginé qui ne soit du domaine commun à toutes les peuplades barbares. Ils croient à la pérennité de l'homme, et non pas, comme on le dit souvent, à l'immortalité de l'àme, conception socratique d'un ordre plus élevé. C'est-à-dire qu'ils se figurent une autre vie matérielle, une autre terre où les hommes qui ont vécu sur celle-ci emportent les mêmes besoins et les mêmes passions. Ils n'ont fait que changer de dépouille comme on troque un vêtement et ils continuent, dans leur nouvelle résidence,- les mêmes chasses et les mêmes festins. Seulement on se figure que, dans ce monde idéal, les chasses seront toujours heureuses, les festins toujours succulents, les femmes toujours belles.
Leur conception de la divinité est brutale et tout à fait primitive. Ils croient à un dieu bienfaisant dont ils ne s'inquiètent guère et auquel ils ne rendent aucune espèce de culte. A quoi bon, puisqu'ils n'ont rien à en redouter? Ils croient en même temps à un dieu mali'aisant qui est le seul qu'ils honorent. « Ce méchant dieu, dit d'Orbigny, est tout simplement un arbre rabougri qui, s'il avait crû dans un bois, n'aurait pas atiiré l'attention, tandis que, perdu au milieu des plaines immenses, il anime cette étendue et sert au voyageur. 11 est haut de 20 à 50 pieds, tout tortueux, tout épineux, à moitié vermoulu par le nombre des années; c'est uoe espèce de caroubier. Remarqué par les peuples -iovageurs de ces contrées, il a dû les étonner et leur paraître une merveille, ce qui a peut-être contribué au culte dont il est l'objet. » [Voyage clans l Amérique méridionale.) Gela est sur, et il
680 MAGELLANIQUES (terres).
n'en faut pas chercher d'autre cause. Peu soucieux de l'ordre admirable de l'univers et inattentif aux phénomènes réguliers du monde physique, le sauvage est très-impressionnable aux phénomènes anormaux et tout ce qui est en dehors des lois ordinaires de la nature, tout ce qui fait disparate avec l'objectif habituel de son œil et de son entendement le frappe d'étonnement et de crainte. C'est ce que nous avons déjà fait remarquer, M. deMéricourt et moi, en traitant de li théogonie des Néo-Calédoniens. D'Orbigny nous fournit lui-même une preuve à l'appui de notre assertion. « S'ils voyagent, dit-il en parlant des Patagons, et que, passant près d'une rivière, ils aperçoivent quelques gros morceaux de bois emportés par les eaux, ils les prennent [lour des divinités malfaisantes, ils s'arrêtent pour les conjurer et leur parler à haute voix. Si le hasard lait que ces troncs, transportés dans un remous, semblent arrêtés et tournoient sur eux-mêmes, les Indiens croient qu'ils s'arrêtent pour les écouter et alors ils promettent beaucoup pour se les rendre favorables, et remplissent ensuite tidèlement leurs promesses. Leurs armes, leurs objets les plus précieux sont pour ce motif jetés à l'eau et jusqu'à des chevaux attachés par les pieds, » {Op. cit.)
L'arbre sacré qui fait peur parce qu'il est laid et se dresse subitement comme un fantôme sur la surface dénudée du désert ne reçoit pas moins d'offrandes. On y voit suspendus des vêtements, des rubans de couleur et jusqu'à des crins de cheval qui sont le denier de la veuve pour celui qui n'a rien. Le tronc caverneux de l'arbre sert de dépôt à des verroteries, du tabac et même quelquefois on y trouve des pièces de monnaie. Triste analogie avec ce qui se passe chez des peuples plus civilisés ! « Ce qui atteste encore plus que tout le reste Je culte des sauvages, c'est le grand nombre de squelettes de chevaux égorgés, offrande la plus précieuse qu'un Indieu puisse faire et celle qui doit être la plus efficace ; aussi les chevaux ne sont-ils sacrifiés qu'à l'arbre du Gualychu et aux rivières qu'on redoute également parce qu'on est obligé de les j asser continuellement et de braver à la fois leur courant et leur profondeur. » [Op. cit.) C'est bien cela eu effet; mais cette religion est un grossier fétichisme et non [as une sorte de cliamanisme dont on a voulu faire honneur aux Patagons.
11 ne nous reste plus à connaître que leur moralité pour pouvoir nous faire une opinion sur le degré de civihsation relative ou de développement intellectuel et moral des Patagons et sur le rang qu'ils doivent occuper dans l'échelle humaine.
Les voyageurs ont constaté, et nous avons pu entre\oir nous-mêmes le sentiment instinctif de la pudeur très-développé. Les Patagons adorant leurs enfants, dit-on. La chose est probable, car l'amour instinctif de la progéniture s'est rencontré chez presque tous les sauvages.
Les filles sont libres de leur corps et le mari ne juge point à propos d'avoir à s'inquiéter de ce qui s'est passé avant ses noces; mais après, la fidélité conjugale est une loi, et l'adultère est sévèrement puni^ Le mariage, marqué par des cérémonies qui témoignent de la gravité qu'on attache à ce pacte synallagmatique, n'est jamais rompu par le mari sans les raisons les plus graves. Les Indiens du Nord n'ont qu'une femme, tandis que la polygamie est en faveur chez les Indiens ■du Sud, de même que dans les autres tribus d'origine araucane. Les uns et les autres sont très-sensibles à la perte de leurs parents et de leurs amis, leur font des funérailles touchantes et conservent religieusement leur mémoire. Dans le Sud, on élève des lumulus aux morts ; dans le Nord, on dissimule au contraire le plus
* On nous apprend cependant que les choses peuvent s'arranger moyennant un dédommagement pécuniaire offert par le séductem-. Mais ceci s'est vu aussi ailleurs qu'en Patagonie.
possible la place où ils reposent comme pour éviter toute profanation de la part des tribus ennemies.
A la colonie cbilienne de Puuta-Arena, les Patagons passent pour doux et inoffensifs. Il n'en est pas tout à fait de même dans le Nord. On les a dit rusés et cruels; ce qui est en effet le propre des sauvages en général; mais malbenreusement les peuples policés avec lesquels ils sont en contact provoquent trop souvent par leur conduite l'explosion de ces mauvais instmcts.
On les accuse enfin d'être voleurs, et non sans fondement, ce qui, chez eux, ne serait point un vice s'il est vrai que, comme chez les Spartiates, le plus voleur est le plus estimé comme étant le plus adroit.
Comme ils ignorent la propriété innnobilière, s'ils ne respectent pas la mobilière, que seule ils connaissent, ils nous paraissent avoir le sens moral juste aussi développé, en cette grave matière, que certains réformateurs modernes.
En somme, les Indiens des contrées magellaniques nous paraissent, à des degrés divers, tous plongés dans un état de barbarie que bien des peuplades noires de la côte d'Afrique et d'Océanie ont déjà dépassé. V de Piochas.
Bibliographie. — D'Oreigny ^Alcide]. Voyage dans l'Amérique méridionale, exécuté dans le cours des années 1826-1833, spécialement la partie intitulée : L'homme américain. Paris, 1839, in-8°, 2 vol. — Darwin (Ch.]. Journal ofResearches into the Geology aud Natural Historyoftlie Varions Countries. London, 1859. — Dd même. Geological Observations on Soul/i- America. London, 1850. — Moussy (Martin de). Description géographique et statistique de la Confédération argentine. Paris. 1861. — Lacroix (Frédéric). Patagonie, Terre-de-Feu et îles Malouines. In Univers pittoresque. — Rochas (V. de). Journal d'un voyage au détroit de Magellan et dans les canaux latéraux de la côte occidentale de Patagonie en 1856 et 1859 In Tour du monde, 3° volume, 1861. V. de R.
MAGENDIE (François). Né à Bordeaux le 6 octobre 1785, mort à Paris le 8 octobre 1855. Magendie, dont la gloire a été un psu surfaite, fut un physiologiste éminent et habile ; il lui a été donné surtout de fonder une école féconde, celle de la physiologie expérimentale, et de laisser après lui une pléiade d'élèves remarquables qui ont continué son œuvre, en la complétant, en la rectifiant dans certains cas. Magendie était le fils d'un chirurgien, démocrate convaincu, qui s'occupa plus de la politique que du soin de sa fortune ; le jeune homme puisa donc dans le sein de sa famille des idées et des sentiments qu'il sut conserver toute sa vie. 11 tit ses études à Paris, et le 7 floréal, an Xi, âgé seulement de dix-huit ans, il fut nommé interne des hôpitaux par concours. Quelque temps après, il devint prosecteur des hôpitaux et soutint sa thèse de docteur en 1808. rdent au travail, ambitieux de savoir et de connaissances, il chercha quelque temps sa voie, songea d'abord à la chirurgie, puis se tourna vers la médecine et s'occupa bientôt, d'une manière spéciale, de physiologie. 11 débuta par une critique un peu vive des travaux de Bichat et des attaques violentes contre le vitalisme, dont il fut toute sa vie, un adversaire aussi sérieux que convaincu. Dès ses premiers pas, Magendie indiquait les principes philosophiques qu'il devait développer pendant toute sa carrière. Il tit de nombreuses lectures à l'Académie des sciences et, quoique fort jeune, il se fit remarquer du monde savant. Par un décret spécial, en date du 20 janvier 181 i, Magendie fut exemple de la conscription. Au moment où l'ambition démesurée et insensée d'un seul homme livrait toute la jeune génération de la France aux hasards d'une guerre surhumaine, le gouvernement eut le bon esprit de laisser Magendie à ses études. Celui-ci prouva en redoublant de zèle, en continuant sans trêve ses travaux et ses recherches
qu'il était digne de l'exception inouïe que l'on faisait pour lui. — Mageiidie, nous l'avons dit, se livrait à d'incessantes recherches de physiologie ; il avail, non pas inventé, mais renouvelé et ap|;liqué, sur la plus vaste échelle, les exprriences sur les animaux vivants. 11 faut l'avouer, l'illustre physiologiste ne tenait pas un compte suffisant de la douleur; il a trop souvent oublié que les êtres qu'il sacrifiait étaient sensibles et qu'il n'est jamais permis de les faire souffrir ou de les sacrifier que dans l'intérêt seul et bien compris de la science. M. Dubois (d'Amiens) a même accusé Magendie d'avoir fait des expériences sur l'homme vivant. Quoi qu'il en soit, dans un voyage en Angleterre, pendant lequel, au miheu des bravos des savants qui l'entouraient, il répéta la plupart de ses expériences, le physiologiste français fut accusé devant Je Parlement par un ami trop zélé des animaux. Magendie fut éloquemment défendu par James Mackintosch et la plainte n'eut pas de suites. H y a quelques années à peine, nous avons vu ces mêmes Anglais revenir à la charge et ];orter plainte en France môme, cette fois, et la cause se plaider devant l'Académie de médecine. On a pu voir, non sans étonnement, des savants français et notamment M. Dubois (d'Amiens) s'élever avec violence contre les vivisections et les vivisecteurs. L'Académie, dans sa sagesse, a donné gain de cause à la science et désintéressé tout à la fois Magendie et ses imitateurs. — En 1821, les travaux du physiologiste reçurent la plus belle et la plus légitime des récompenses; il fut nommé membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine. A la mort de Laennec, il demanda la chaire de médecine au collège de France ; l'abbé Frayssinous ne le trouva ni assez dévot, ni assez royaliste, et lui préféra Récamier. Mais après la révolution de 1850, celui-ci s'étant retiré, Magendie fut nommé et occupa jusqu'à sa mort cette chaire de médecine dont il fit une chaire de physiologie expérimentale et oîi sont venus l'écouter et l'applaudir, non pas seulement de nombreux élèves, mais tout Je que la France et l'Europe ont compté de savants illustres. — En 1851, ilîillaen Angleterre, étudier le choléra et sa marche, et en revint, il l'a dit lui-même, aussi peu instruit qu'à son départ. On sait qu'il traitait les cholériques par le rhum et les excitants. — Magendie continuait le cours de ses brillants travaux quand le gouvernement l'appela à présider le comité consultatif d'hygiène publique. Bien qu'il ne fût pas tout à fait dans sa sphère, il trouva à rendre, dans ce nouveau poste, de notables services. — Vers la fin de sa vie, quoique toujours actif et dévoué à la science, il commença cependant à prendre quelque repos et il se retirait volontiers à sa magnifique campagne de Sanois, abandonnant presque complètement sa chentèle, et se livrant à des expériences de physiologie végétale. Depuis 1845, il avait quitté le service hospitalier de l'Hôtel-Dieu. 11 mourut d'une maladie du cœur, après d'horribles souffrances, mais courageux, impassible et ne démentant, en rien, les croyances philosophiques de son existence tout entière. — Il avait été fait chevalier de la Légion d'honneur, à la suite du choléra de 1832 ; à sa mort, il était commandeur du même ordre et se vantait, non sans un légitime orgueil, selon nous, de n'avoir jamais rien demandé à aucun gouvernement.
Cette biographie serait par trop incomplète si nous ne disions pas quelques mots des travaux scientifiques de Magendie. — Une de ses premières recherches a trait au mécanisme de l'absorption. Celle-ci se fait-elle uniquement par les vaisseaux chylifères? 11 étabht qu'elle se fait et par ceux-ci et par les veines et par les vaisseaux lymphatiques. Pour lui, l'absorption s'explique par l'imbibition. Les idées de iMagendie sur l'absorption ont été depuis modifiées sur bien des points et complétées par des expériences nouvelles, — 11 étudia ensuite lacircu-
lation et en particulier l'élasticité des artères qu'il démontra expérimentalement. — Après Haller, Lamure et Lorry il étudia l'influence des mouvements de la poitrine sur la circulation et conclut que la respiration modifie le cours du sang veineux: 1" par l'influence qu'elle exerce sur le sang artériel ; 2° par son action directe sur le mouvement du sang dans les veines. —Parmi les recliercbes les plus curieuses de Magendie, on doit signaler celles qu'il a faites sur le vomissement ; il n'en est pas qui aient eu plus de retentissement. On sait qu'ayant remplacé la vessie d'un chien par une vessie de cochon, et ayant provoqué le vomissement, il en conclut que l'estomac est inerte dans l'acte du vomissement et que celm-ci est un fait purement mécanique. La conclusion est moins rigoureuse que ne le pensait Magendie ; il y a quelque chose de plus dans le vomissement qu'un acte exclusivement mécanique. — Nous ne parlerons pas de ses expériences sur les poisons, de ses recherches sur l'encéphale, de sa démonstration évidente du liquide céphalo-rachidien, signalé déjà par Cotugno; nous avons hâte d'arriver à celle de ses découvertes qui a le plus d'importance, qui était selon lui son plus beau titre de gloire et qui a donné lieu à tant de polémiques, nous voulons parler de ses recherches sm^ le système nerveux.
Depuis bien des siècles les anatomistes et les physiologistes avaient entrevu que la sensibihté et le mouvement sont deux fonctions si distinctes qu'elles devaient correspondre à deux ordres d'organes spéciaux et cependant ils ne voyaient qu'un seul cordon nerveux destiné à conduire tout à la fois la sensibilité et le mouvement. Comment un pareil fait pouvait-il bien se produire? Dès 1811, un anatomiste anglais, très-habile et devenu illustre, Ch. Bell, démontra, plus encore par le raisonnement que par l'expérience, qu'il fallait chercher l'expUcation du phénomène dans les deux ordres de racines qui partent de la moelle ; que l'une, l'antérieure, était destinée au mouvement (cela, il le démontra expérimentalement), que l'autre, la postérieure, était destinée au sentiment (ceci, il le conclut non pas d'une expérience directe, mais du raisonnement). Ch. Bell alla plus loin, il fit des recherches sur les neris intra-cràniens. Mais ici, il ne s'adressa guère qu'au raisonnement, si bien qu'au milieu d'idées très-sensées et très-exactes, il en émit d'autres fort contestables ou même erronées. C'est en 1821 que l'anatomiste anglais institua et fit connaître sa seconde série d'expériences et de déductions. — Les choses en étaient là et les découvertes de Bell n'avaient pas trouvé en France le retentissement qu'elles ont eu depuis, quand Magendie, reprenant la question, institua des expériences aussi ingénieuses que variées, à l'aide desquelles il put conclure et démontrer d'une manière incontestable que les opinions de Bell étaient, non-seulement justes et fondées en théorie, mais surabondamnient établies par des preuves directes. — Un point cependant resta longtemps obscur pour Magendie ; il lui arriva souvent de voir que la racine antérieure ou motrice donnait des signes de sensibilité. D'où venait celleci? Le physiologiste français résolut le problème ; cette sensibilité, la racine motrice l'emprunte à la racine sensible, c'est ce que l'on a appelé depuis la sensibilité récurrente, non peut-être sans faire jouer un rôle trop important à cette singulière propriété. — Cette découverte des deux ordres de nerfs, une des plus importantes que la physiologie ait faite depuis bien longtemps, à qui réellement appnrtient-elle? à Ch. Bell ou à Magendie? Cette question a donné lieu aune polémique des plus ^ives et à de longues discussions. Voiai l'opinion de M. Flourens : « 11 (Ch. Bell) soumet donc chaque racine à l'expérience. Il obtint pour l'iaie des deux un résultat net et précis; et de la propriété manifestée par celle-
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là, il conclut la projjriété qui réside dans l'autre. Celte expérience, essai immortel, quoique incomplet, fut le premier pas. Dix ans plus tard, M, Magcndie lut à l'Académie un mémoire cii il annonçait qu'ayant coupé la racine antérieure d'un nerf, il n'avait aboli que le mouvement, et quayant coupé la racine postérieure, il n'avait aboli que \e sentiment. M. Magendie n'avait fait que compléter l'expérience de Ch. Bell; mais là, dans ce complément même, était un pas nouveau et immense; car rien n'était plus laissé à la seule déduction, tout était positif; la démonstration expérimentale était entière. » — M. Dubois (d'Amiens), dans un Eloge de Magendie, qui n'a de l'éloge que le titre, et dans lequel l'auteur se montre d'une sévérité et d'une injustice dont û serait facile de trouver la cause, M. Dubois s'exprime ainsi : « On a coutume, disait Magendie, d'associer mon nom à celui de Ch. Bell lorsqu'il est question de celte découverte; je crois que j'aurais beaucoup plus à gagner si l'on me faisait ma part distincte. — Cette paît est maintenant facile à faire; la découverte telle que l'avait énoncée Ch. Bell en 18H était déjà positive et complète (évidemment ici M. Dubois se trompe volontairement, la découverte n'était pas complète) ; seulement une dernière et surabondante démonstration était encore à faire, la démonstration sur le vivant.
Or, cette démonstration, c'est Magendie qui l'a faite Ainsi ce que l'un avait
découvert, l'autre l'a démontré; ce que l'un avait annoncé, l'autre l'a vérifié; ce que l'un avait vu avec les jeux de l'esprit, l'autre l'a vu avec les yeux du corps. » C'est eu vérité faire à Magendie une part trop petite. — Cette part qu'il réclamait, un de ses élèves et l'homme le plus compétent dans ces matières, M. Cl. Bernard, vient de la lui assurer. Nous citerons ses propres paroles : « Ch. Bell vit toutes ses expériences au travers du prisme de son système, et c'est pourquoi il les interpréta encore faussement. Il dota le nerf facial d'une faculté motrice exclusivement respiratoire, qui est chimérique, et il accorda au nerf trijumeau
une influence motrice volontaire sur les lèvres et les narines qui n'existe pas »
Après avoir cité diverses expériences de Magendie, M. Bernard continue : « De ces résultats directs de l'expérience .Magendie tira cette conclusion : que les racines antérieures président au mouvement et les racines postérieures au sentiment. Telles sont, en effet, les véritables fonctions des nerfs rachidiens, dont la découverte appartient à Magendie En résumé, la grande découverte des fonctions des nerfs rachidiens a été préparée et poursuivie par Ch. Bell ; mais elle lui a échappé; il a fiiit fausse route à travers ses systèmes. Elle a été réalisée et établie par Magendie : elle appartient à la France, n — Dans un ouvrage de la nature de celui-ci, nous ne pouvons pas pousser plus loin cette discussion; si nous n'avons pas suffisamment éclairé le lecteur, nous lui avons au moins fourni les éléments d'un jugement.
Comme savant, ainsi qu'on l'a pu voir, Magendie est surtout l'homme de l'empirisme et de l'expérimentation; c'est à elle seule qu'il demande la vérité. Il ne l'ut peut-être pas un grand faiseur de découvertes et ses élèves l'ont dépassé de beaucoup, mais il fut un grand expérimentateur et, sans lui, peut-être, ses élèves les plus illustres ne seraient point arrivés au point qu'ils ont si brillamment atteint. — Comme médecin, Magendie fut toujours un sceptique ; il croyait peu à la médecine et moins encore ù la thérapeutique, et cet homme, qui cependant a composé un formulaire, célèbre dans son temps, s'en rapportait presque uniquement à la nature du soin de guérir ses malades. — Comme homme, Magendie avait l'abord dur et majestueux, il n'était pas fâché de poser un peu et d'imposer beaucoup ; mais au fond il était juste, bon et bienveillant. Il avait
connu la misère et su l'endurer noblement; un jour vint où il connut l'opulence, et ce jour-là il n'oublia point les mallieureux.
i\oiis croyons devoir citer la liste à peu près complète des travaux de Ma^endie ; nous l'empruntons à M. Dubois (d'Amiens).
I. Sur les usages du voile du palais, et la fracture descôtes. Paris, 1808,in-4o. — H. i/g,,, sur les organes de l absorption chez les mammifères. Ibid., 1809. \n Journal de physiologie expérimentale, à& Magendie, t. I, 1821. — III. Expériences pour servir à l'histoire de la transpiration pidmonaire. \n Nouveau Bulletin de la Société philomalhique. Ibid., 1811, t. n. — IV. Mémoire sur le vomissement, lu à Tlnstitut le 1" mars 1813; suivi d'un rapport par MM. Cuvier, de Humboldl, Pinel et Percy. Ibid , 1815. —V. Mémoire sur l'usage de l'épiglotte dans la déglutition, présenté à la 1" classe de l'Institut le 22 mais 1815; suivi d'un rapport fait à la classe par MM. Pinel et Percy, et d'un mémoire sur les images qui se forment au fond de l'œil. Ibid., 1815. Le deuxième mémoire in Journal de médecine, de Leroux, t. XXVI, 1815. — ^l. Mémoire sur un moyen très-simple d'apercevoir les images gui se forment au fonddel'œil. Ibid., 1815 —Vil. De l'influence de Vémétiquesur Vhomme et les animaux. Mémoire lu à la Isolasse de l'Insiilutde France, le 25 août 1815, et suividu rapport fait à la classe par MM. Cuvier, de Humboldt,Pinel et Percy. Ibid., 1813.— VIII. 3/c«ioiVe sur l'œsophage. Vbiù., 1815. — 1\. Mémoire sur la dégluhtionde l'air atmosphérique. Ibid., 1816. — Le même, avec rapport par Halle et Pinel, in Journal de médecine, de Leroux, t. XXXVI, 1816. — X. Mémoire sur les propriétés nutritives des substances gui ne contiennent pas d'az'tc. Ibid., 1816. Rapport par Thénard et Halle. — Le même in Journal de médecine, de Leroux, t. XXXVIII, 1817. — XI. Précis élémentaire de physiologie. Ibid., 1816, 2 vol. in-8° ; 2= édition, 1825 ; 5= édition, 1855; 4= édition, 1856. — XII. Mémoire sur l'action des artères dans la circulation ; rapport fait à l'Institut. In Journal de médecine, de Leroux, t. XL, ISn, ei Journal de physiologie expérimentale, de Magendie, t. I. — XllI. Recherches physiologiques et médicales .<iur les causes, les symptômes et le traitement de la gravelle, avec quelques remarques sur la conduite et le régime que doivent suivre les personnes auxquelles on a extrait des calculs de la vessie. Ibid., 1818; 2'édit., 1828, in-8°, avec 1 pi.
— XIV. Recherches ])hysiologiques et chimiques sur l'emploi de l acide prussigue ou hi/drocyanique dans le traitement des maladies de poitrine, et particulièrement dans celui de la phtlih'ie pulmonaire ; lu à l'Académie des sciences le 17 novembre 1817. Ibid., 1S19.
— XV. Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques des oiseaux. Ibid., 1819. In Journal de physiologie expérimentale, de Magendie, t. I. — XVI. Formulaire pour l'emploi et la préparation de plusieurs nouveaux médicaments, tels que la noix vomique, la morphine, l'acide prussique, la strychnine, la vératrine, les alcalis des quinquinas, l'iode, etc. Ibid., l"juill. 1821 ; 2' édit., 1822; 5' édit., 1822; 4= édit., 1824; 5^ édit., 1825; 6«édit., 1827; 7= édit., 1836, in-12. — XVII. Mémoire sur quelques découvertes récentes relatives aux fonctions du système nerveux, lu à la séance de l'.^cad. des sciences le 2 juin 1825. Ibid., 1825. — XVIH. Mémoire physiologique sur le cerveau, lu à r.\c,)démie le Itj juin 1828. Ibid., 1828. — XIX. Anatomic du système nerveux des animaux à vertèbres, appliquée à la physiologie et à la zoologie, par A. Desmoulins. Ou\rage dont la partie physiologique est faite conjointement par Fr. Magendie. Ibid., 1825, 2 vol. in-8° et atlas in-4°. — XX. Journal de physiologie expérimentale. ]h'id., 1821-1851, 11 vol. in-8° avec planches. — XXI. Recherches .sur la vie et la jnort par Xav. Bichat, avec des additions par F. Magendie. Ibid., 1822, in-S».
— XXII. Traité des membranes en général et des diverses membranes en particulier, de Xav. Bichat. avec des annotations par F. Magendie. Ibid., 1827, in-S". — XXIII. Recherches chimiques et physiolog. sur l'ipécacuanha. Mémoire lu à l'.Acad. des sciences le 25 février 1819 avec Pelletier). In Journal universel des sciences médicales, t. IV, 1816. — XXIV. Note sur les gaz intestinaux de l'homme. In Annales de chimie et de j}hysique, t. II, 1816.
— XXV. Note sur les effets de la strychnine sur les animaux. In Annales de chimie et de physique, t. XVI, 1819. — XXYt. Note sur l'emploi de quelques sels de morphine comme médicament. In Nouveau Journal de médecine, t. I, 1818. — XXVII. Déflexwns sur un mémoire de M. A. Portai relatif au vomissement. Ibid., même année, t. I. — X.XVIII. Mémoire sur le mécanisme de l'absorption chez les animaux à sang rouge et chaud, lu à 1 Acad. des sciences en octobre 1820. In Journal de physiologie expérimentale, de Magendie, 1. 1, 1821.
— XXIX. Note sur l'introduction des liquides visqueux dans les organes de la circulation et sur la formation du foie gras des oiseaux. Ibid., t. I. — XXX. Expériences sur la rage. Ibid., t. 1. —XXXI. Mémoire sur la structure du poumon de l'homme, sur les modifications qu'éprouve cette structure dans les divers âges, et sur la première origine de la phthisie pulmonaire. Ibid., t. I. — XXXII. Considérations générales sur la circulation du i^ang. Ibid., t. I. — XXXllI. De l'influence des mouvements de la poitrii.e et des efforts sur la circulation du tang. Ibid., t. I. — XXXIV. Sur l'entrée accidentelle de l'air dans les
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veines, sur la mort subite qui en est l'effet, sur les moyens de jJrévenir cet accident et d'y remédier. Ibid., t. I. — XXXV. Sur un mouvement de la moelle épinière isoclirone à la respiration. Ibid., t. I. — XXXVI. Sur les organes gui tendent ou relâchent la membrane du tympan et la chaîne des osselets de l'ouïe, dans l'homme et les animaux inammifcres. Ibid., n" 4, t. I. — XXXYII. Anatomie d'un chien cyclope et astome. Ibid., t. I. — XXXVIII. Histoire d'une maladie singulière du système nerveux. Ibid., t. II. — XXXIX. Mémoire sur plusieurs organes propres aux oiseaux et aux reptiles, lu à l'Acad. des sciences, 1819. Ibid., t. II. — XL. ligote sur l'anatomie de la lamproie Lu à l'Acad. des sciences, avec Desmoulins. Ibid., t. II. — XLI. Expériences sur les fonctions des racines des nerfs rachidiens. Ibid., t. II. — XLII. Remarques sur une fièvre muqueuse et adynamique observée par P.-L. Dupré, avec quelques expériences sur les effets des substances en putréfaction. Ibid., t. III.
— XLllI. Note sur le siège du mouvement et du sentiment dans la moelle épinière. Ibid., t. III. — XLIV. Remarques sur une destruction d'une grande partie de la moelle épinière, observée par Rullicr. Ibid., t. III. — XLV. Note sur les fonctions des corps striés et des tubercules quadrijumeaux. Ibid., t. III. — XLVl. Histoire d'un hydrophobe traité à V Hôtel- Dieu de Paris au moyen de l'injection de l'eau dans les veines. Ibid., t. III. — XLVil. Le
nerf olfactif est-il l'organe de l'odorat? Expériences sur cette question. Ibid., t. IV.
XLVIII. De l'influence de la cinquième paii'e de nerfs sur la nutrition et les fondions de l'œil. Ibid., t. IV. — XLIX. Mémoire sur les fonctions de quelques ])arties du syslcme nerveux, lu à l'Acad. des sciences le 7 mars 1825. Ibid., t. IV. — L Mémoire sur le liquide qui se trouve dans le crâne et l'épine de l'homme et des animaux vertébrés, lu à l'Acad. des sciences le 4 décembre 1825. Ibid., t. V, 1825, et t. VII, 1827. — LI. Sur deux nouvelles espèces de gravclles. Mémoire lu à l'Acad. des sciences le 18 seplembre 1826. Ibid., t. VL
— LU. Notice sur l'heureuse application du galvanisme aux nerfs de l'œil, lue à l'Acad. le 19 juillet 1825. In Archives générales de médecine, t. II, 182(J. — LUI. Rapport avec C. Duméril .sur les maladies scrofuleuses traitées à l'hôpital Saint-Louis, jm^' M. Lugol. In Arch. génér. de méd., t. XXV, 1851. — LIV. Choléra-morbus de Sunderland. In Revue inédicale française et étrangère, 1852, t. I. — LV. Leçons faites au Collège de France sur le choléra mer bus. Paris, 1832, in-S". — LVI. Action exercée sur les animaux et sur l'homme malade par le nitro-sulfate d'ammoniaque. In Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. I, 86. — LVII. Communications relatives à une guérison obtenue par des courants électriques portés directement sur la corde du tympan ; restitution des sens du goût et de l'ouïe abolis par suite d'une commotion cérébrale. Déductions tirées de ce fait quant à l'origine du nerf du tympan. Ibid., t. II, 447. — LVIII. Note sur le traitement de certaines affections nerveuses par l'élcctro-puncture des nerfs. Ibid., t. V, p. 855. — IjW. Résultats de quelques nouvelles expériences sur les nerfs scnsitifs et sur les nerfs moteurs. Ibid., t. VIII, 187 et 865. — L\.Note sur la paralysie et la névralgie du Disffgre.Ibid.,t. VIII, 951. — LXI. Tableau contenant les lésultals de recherches sur les variations de proportions de quelques-uns des éléments du sang dans certaines maladies. Ibid., t. XI, 161. — LXII. Communication relative à un cas de cow-pox et à l'inoculation de la matière des pustules sur plusieurs enfants. Ibid., t. XVIII, 'J86. — LXIII. Note sur la présence noi^male dusucre dans le sang. Ibid., t. XXIII, 336. — LXlV. Note sur la sensibilité récurrente. IWià. , t. XXIV, 1150. — LXV. De l'influence des nerfs rachidiens sur les mouvements du cœur. Ibid., t. XXV, 875, 926, — LXVf. Mémoire sur l'origine des bruits normaux du cœur. Paris, 1834, in-4°. — LXVII. I^eçons sur les phénomènes physiques de la vie, professées au Collège de France par Magend'ie, et publiées par M. Constantin James. Ibid., 1855, 1836, 1857, 18j8. 4 vol. in-8°. — LXVIll. Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux, professées au Collège de France. Ibid., 1839, 2 vol. in-8°. — LXIX. Recherches physiologiques et cliniques sur le liquide céphalo-rachidien ou cérébro-spinal. Ibid.^ 18i2, in-4'', avec 3 planches in-tolio. — LXX façons faites au Coll. de France ]>endant le semestre d'hiver [l85l-l8o'2,) , recueillies et analysées par le docteur V.-A. Fauconneau-Dufresne. Ibid., 1852, in-S". Publiées dans l'Union médicale. H. Montaxier. [
MAGGI (Bartolomeo). Naquit à Bologne en 1477, et professa longtemps la cliirurgie dans cette ville; les détails sur sa vie sont peu connus, et les biographes sont peu d'accord sur la question de savoir s'il l'ut, oui ou non, à Rome, le médecin du pape Jules III. En tout cas il n'aurait pas rempli pendant longtemps ses l'onctions, car Jules III fut exalté en 1549, et Maggi dont la santé s'était, dit-on, altérée pendant son séjour dans la ville éternelle, revint mourir dans sa patrie en 1552.
On a voulu faire honneur, à Maggi, de la belle découverte généralement attribuée à
MAGISTÈRE. toS7
Paré, et relative au traitement raisonne des plaies d'armes à feu par les limollients. On sait que, d'après Jeaii de Vigo et les premiers chirurgiens qui ont eu à traiter ces blessures, on les regardait comme brûlées et envenimées. Or, dans l'ouvrage de Paré, publié en 1545, il est démontré que la balle n'est pas assez chaude pour déternnnerl'ustion des chairs et que la poudre n'est nullement vénéneuse, pas même irritante. D'un antre côté Maggi ne commença à s'occuper sérieusement des plaies par armes à feu que vers 1550, et il avait alors soixante-treize ans, à l'occasion d'une blessure à la cuisse reçue devant Mantone, par J. B. del Monte, neveu de Jules III, et général en chef des armées pontificales. Là, comme il nous le dit dans sa préface, interrogeant les soldats et les chirurgiens, il en arriva à se faire de ces blessures une idée semblable à celle qu'avait émise Paré, cinq ans auparavant et il conclut à l'adoption de la méthode émoUiente. Le livre qu'il écrivit à cette occasion parut Tannée même de sa mort, en 1552, par les soins de J. B. Maggi son h^ère. Paré n'est donc jias le plagiaire de Maggi, bien que, dans une édition subséquente de son Traité des plaies cVhacquehutes publiée également en 1552, il donne les mêmes aro^uments que Maggi. Au total et sans vouloir empiéter sur l'historique des plaies d'armes à feu, nous dirons qu'à l'époque où Paré suivit nos armées dans la Péninsule, les chirurgiens italiens semblaient partagés en deux camps, comme du temps de la rivalité de Salerne et de Bologne. Les uns, disciples de Vigo, tenant pour la vénénosité de la plaie et la cautérisatien; les autres, partisans de la méthode adoucissante. Le fait est qu'un baume vanté par Paré, en 1545, lui avait été communiqué à grand'peine par un chirurgien de Turin, célèbre dans le traitement (les plaies par armes à feu, et auquel il avait, à force de cajoleries, fini par arracher le secret de cette recette. La méthode vulgarisée chez nous par notre grand chiruro^ien paraît donc avoir été connue avant lui en Italie, mais empiriquement. L'ouvrage de Maggi est ainsi intitulé :
De vuhierum hombardarum et sclopetoriim globulis illatorum, et de eorum symptomatum curatione tractatus. Bononiœ, 4552, in-i" ; Tiguri, 1555,ia-fol. (coll. Gesner); Veneliis, 1566, iii-S" (avec Rota et Ferri). — Marini lui attribue aussi un petit ouvrage sur les maladies vénériennes, qui aurait été écrit en 1550. £• Bg»-
lUAGlRl (Jean), médecin-anatomiste distingué, né à Coblentz, et mortàMarbourcr, le 28 août 1596, après avoir professé avec distinction dans cette dernière université. Il a enrichi la science médicale de ces trois productions :
T Anthropoloqia hoc est commentnrius in Philippi Melanchthoms hbellum de anima . Francf 1603 in-8°'. — II. Plujùoloqiœ peripateticœ libri VI. Francf., 1005. in-8°. - III. Pathol'oqia id est, morborum et affcclaum omnium prœternaturahum, qui corpus humanum invadere salent, emimemtio. Francf., 1615, m-S". A. C.
MAGBSTÈRE (du mot latin magister, maître). Terme de chimie ancien. Ce nom a été donné autrefois à des composés, le plus souvent minéi^aux, auxquels on supposait des vertus supérieures, qu'on tenait tout préparés dans les pharmacies, et dont la préparation était presque toujours secrète. Les corps qui se précipitaient, dans les opérations chimiques, étant regardés comme doués de toutes les propriétés des substances dont ils se séparaient, on les comprit parmi les magistères, et ce mot devint synonyme de précipité. Tels étaient le magistère de bismuth (sousazotate de bismuth), le magistère de soufre (soufre obtenu par précipitation), le magistère de plomb (oxyde de plomb obtenu par précipitation), etc., etc. {Voy. BisMDTH, Plomb, Soufre, etc.) T. G.
688 MAGNÉSIE (chimie).
IWAGIVAC (Eau minérale de), atliermale, bicarbonatée ferrugineuse faible, carbonique et sulfureuse faible. Dans le département du Cantal, dans l'arrondissement de Saliit-Flour, dans le bassin de la Truyèie, dans la commune de Magnac, et à 300 mètres du bourg de ce nom, au bord d'un ruisseau nommé le Bex, émerge une source dont l'eau, limpide et transparente, a une odeur et une saveur ferrugineuses et Uépatiques, elle laisse déposer sur les parois de sa fontaine et sur la terre avec lesquelles elle est en contact, une notable couche de rouille; il s'en dégage des bulles gazeuses dont les unes sont assez grosses et les autres d'un tiès-i)etit volume ; sa température est de 14" centigrade. M. Verdier, qui eu a fait l'analyse qualitative, a trouvé qu'elle renfermait des bicarbonates de soude, de chaux, de magnésie et de fer et que les gaz qui s'en échappent sont de l'acide carbonique et de rhydrogène sulfuré.
L'eau de Magnac est exclusivement employée en boisson par les habitants du voisinage qui l'emploient empiriquement dans les maladies où ils pensent que convient un traitement tonique et reconstituant. Ils ont souvent observé que cette eau a un effet enmiénagogue et diurétique; cette double action physiologique les a conduits à l'utiliser dans les alfections oii la menstruation doit être provoquée ou augmentée, et oîi la quantité des urines ne leur semble pas suffisante.
Bibliographie. — Vehdier. Analyse manuscrite de Veau ferrugineuse de Magnac. — Nivei (V.). Eaux minérales du département du Cantal. Clermont-Ferrand, 1851, in-8°, p. 52.
HAGIVAIVERIE. Voy. MANUFACTURES ET VENTILATION.
MAGI^IÉSIE [Oxyde de magnésium, magnésie caustique ou calcinée).
g I. Chimie. Bien qu'on trouve dans la nature de l'oxyde de magnésium, cependant celui du commerce connu sous le nom de magnésie est le produit de l'art. On le prépare en calcinant la magnésie des pharmaciens [magnesia alba), ou en décomposant par une dissolution de potasse un sel magnésien, dissous dans l'eau; ou bien encore en calcinant de l'azotate de magnésie. Le premier de ces trois procédés de préparation est le plus suivi étant le plus commode et le plus économique. En effet, il ne s'agit que de chauffer au rouge sombre, dans un creuset de platine, la magnésie blanche des pharmaciens (hydrocarbonate de magnésie) pour lui faire perdre son eau et son acide carbonique, et pour le convertir en magnésie ou oxyde de magnésium, dont la composition est représentée par la formule chimique MgO.
Cette substance est plus ou moins volumineuse, selon la manière dont on la prépare. Obtenue par le |)rocédé que nous venons de décrire elle est toujours trèslégère. Dans tous les cas elle est blanche et infusible aux plus hautes températures. Lorsqu'elle n'a pas été fortement calcinée, elle est un peu soluble dans l'eau, et, par conséquent, un peu sapide, et ramène légèrement au bleu le papier de tournesol préalablement rougi par un acide. Suivant M. Dineau, la magnésie ne se dissout dans Teau que dans la proportion de -ro*^W' ^'^ ^^ solululité est relativement plus prononcée à froid qu'à chaud. La magnésie, ou oxyde de magnésium, peut se combiner avec une molécule d'eau et former un hydrate (MgO. HO) que l'on trouve cristallisé dans la nature (brucite). On obtient ce composé à l'état amorphe lorsqu'on décompose par la polasse un sel magnésien dissous dans l'eau, ou bien lorsqu'on laisse la magnésie anhydre en contact pendant longtemps avec de l'eau.
MAGNESIE (chimie). 68d
L'hydrate amorphe de magnésie exposé à l'air en absorbe peu à peu l'acide carbonique, tandis que l'hydrate cristallisé, tel que celui que l'on trouve dans la nature ne se carbonate pas.
L'importance de la magnésie comme médicament est devenue considérable ; elle joue aussi, depuis quelque temps, un rôle en toxicologie. (Voy, plus loin.)
L'oxyde de magnésium est la base de sels dits magnésiens, et il renferme
Magnésium ggg;
Oxygène 5903
Sulfate (sulfate d'oxyde de magnésium, sel d'Epsom, sel de Sedlitz, sel amer, sel d'Angleterre). L'eau de la mer et certaines eaux douces telles que celles d'Epsom en Angleterre, de Sedlitz et de Pullna en Bohème, renferment des quantités notables de sulfate de magnésie d'où on l'extrait par évaporation. Cependant une grande partie de ce sel que l'on trouve dans le commerce est préparée en traitant des carbonates (carbonates calcaires très-riches en magnésie) par l'acide suH'urique; il se forme du sulfate de magnésie et du sulfate de chaux, en même temps il se dégage de l'acide carbonique; on sépare ensuite, par l'évaporation de la liqueur, le sulfate de magnésie qui est soluble du sulfate de chaux qui l'est fort peu.
Le sulfate de magnésie se présente sous la forme de petites aiguilles incolores transparentes qui rappellent le sulfate de soude . Leur forme cristalline est le prisme rhomboïdal droit; leur saveur est amère et salée. 100 parlies d'eau à 100° en dissolvent 72, 6 ; à H- 14\ 52,76, et à 0°, 25,76.
La composition du sulfate de magnésie est représentée par la formule
MgO,S05+7Aq
mais ce sel varie de degré d'hydratation et de forme cristalline, suivant la température à laquelle il cristallise. Celui du commerce qui a cristallisé à la température ordinaire, est en petits prismes allongés, renfermant 7 équivalents d'eau, ainsi que le montre la formule précédente, mais il en contiendrait seulement 6 s'il avait cristallisé à + 30", et 12 si avant de se prendre en cristaux la température ambiante était descendue à 0°.
Lorsqu'on chauffe le sulfate de magnésie, il fond d'abord dans son eau de cristallisation, puis devient anhydre, si la température s'élève au-dessus de 210^ ; au rouge clair il subit la fusion ignée et finit par se décomposer, en perdant tout son acide, si la température est soutenue longuement au blanc vif. Chauffé, étant encore hydraté, avec du chlorure de sodium (sel marin), il se décompose complètement, donne lieu à un dégagement d'acide chlorhydrique, tandis qu'il se forme du sulfate de soude qui se trouve mêlé avec de la magnésie.
Nous avons dit que, par son aspect, le sulfate de magnésie a une grande ressemblance avec le sulfate de soude, ce qui pourrait donner lieu à une fraude, le prix de ce dernier sel étant moindre que celui de l'autre. Si la substitution était complète, il serait facile de la reconnaître en dissolvant dans de l'eau distillée un peu du sel suspect, et en introduisant dans la dissolution un peu de carbonate de soude qui ne troublera pas la liqueur, il donnera lieu au contraire à ui! dépôt DICT. ENC. 2' s. IIL H
690 MAGNÉSIE (chimie).
blanc très-divisé de carbonate de magnésie, si le sel essayé est du sulfate de cette base.
Si la substitution frauduleuse est seulement partielle, en d'autres termes, si le suliate de magnésie a été mêlé avec du suHate de soude, on s'en apercevra en inlroduisant dans la solution du mélange présumé un excès de sulfure de baryum : il se déposera du sulfate de baryte et de la magnésie, et il restera en dissolution du sulfure de sodium avec un excès de sulfure de baryum. On filtre, on ajoute un petit excès d'acide sulfurique, on filtre de nouveau et on évapore : le sulfate de soude cristallise.
Le sulfate de magnésie est employé comme laxatif à la dose de 10 à 50 et même dans quelques cas à 50 grammes.
On s'est demandé quelle est la provenance du sulfate de magnésie dont sont si ricbes certaines eaux naturelles. Tout porte à attribuer ce phénomène à l'action réciproque du gypse (sulfate de cbaux) et du carbonate magnésien naturel. Si l'on filtre en elfet, à plusieurs reprises, de l'eau saturée de sulfate de chaux à travers une couche épaisse d'un calcaire magnésien (dolumie) pulvéïùsé, cette eau finira par ne plus contenir que du sulfate de magnésie.
Phosphate ammoniacal (pbosphate ammoniaco-magnésien). On prépare le phosphate ammoniaco-magnésien en versant dans une -dissolution de sulfate de magucsie du chlorhydrate d'ammoniaque, puis de l'ammoniaque, ensuite du pbosphate de soude ordinaire ; il se forme un dépôt blanc grenu qui est un phosphate ordinaire dont les f de la base sont de la magnésie, et l'autre tiers de l'ammoniaque, plus de l'eau de cristallisation. Voici sa formule chimique :
AzH% HO (MgO)^ Pb 0^ -h 12 aq.
Ce sel est un peu soluble dans l'eau, il y est insoluble si elle contient des phosphates et des sulfates ou tout simplement de l'ammoniaque ; il est décomposable par la chaleur, perd son ammoniaque et son eau, et laisse un résidu de pyrophosphate de magnésie contenant 56, 60 | de cette base.
Ce sel existe dans certains calculs urinaires. Il se forme spontanément et se dépose dans l'urine qui se putréfie.
La présence de ce sel dans l'urine humaine putréfiée, explique les bons effets de ce liquide appliqué à la culture des céréales.
Le phosphate ammoniaco-magnésien est un composé précieux pour les chimistes puisqu il leur sert de réactif pour doser et pour reconnaître la présence de la magnésie.
Carbonates. Il existe dans la nature un carbonate de magnésie neutre (MgO, C0-) et rhomboèdre obtus (giobertite), que M. Senarmout est parvenu à préparer artificiellement en chauffant dans des tubes fermés un mélange de sulfate de magnésie et de carbonate alcaUn. On connaît aussi deux antres carbonates de magnésie, chimiquement neutres, mais différemment hydratés, et qui sont des produits artificiels. Enfin, on peut encore obtenir un carbonate magnésien neutre, anhydre, n'ayant pas la forme de la giobertite, mais bien celle de l'aragonite.
En abandonnant à l'évaporation spontanée une dissolution de carbonate neutre de raaguésie dans de l'eau saturée d'acide carbonique, on obtient des prismes hexaèdres de carbonate triliydraté (MgOCO^ + oAq). Si l'évaporation a fieu à 0°, on aura des cristaux tubulaires penthydraîés (MgO C0*4-5Aq), effloresceuts, altérables par la chaleur, tandis que les cristaux hexacdriques résistent à latem-
MAGNÉSIE (emploi mkdical). 691
pérature de 100'^ et ne s'iiltcrent pas à l'air. Enfin, si l'évaporation a lieu à la tenii'érature de l'eau bouillante, il se forme des cristaux anhydres, avautla forme de l'aragonite, c'est-à-dire, de prismes rectangulaires de 116" 16'.
En résumé, outre la giobertite ou carbonate magnésien neutre, rhomboédrique, <jue l'on peut préparer par double décomposition, on connaît :
i° Le carbonate neutre anhydre prismatique ;
'2' Le carbonate neutre trihydraté ;
3" Le carbonate neutre pcntliydraté, ,
IIydrocarho7iate (magnesia alba — magnésie des pharmaciens). On prépare' la magnesia alba en faisant bouillir une dissolution de sulfate de magnésie avec \ un léger excès de carbonate de potasse; la composition est exprimée par la formule
3MgOCOSMgO,HO + 5aq..
Ce serait donc un carbonate basique de magnésie hydraté, si toutefois on ne préière pas y voir un mélange en proportions constantes de carbonate de magnésie et de magnésie. Et Ton serait porté à adopter cette dernière hypothèse, quand on pense que la composition de la magnesia alba est toute autre que celle que nous venons d'indiquer quand elle a été préparée à froid ; dans ce cas sa formule est
4Mg0C0SMg0H0 4-9aq.
En la préparant à chaud, c'est-à-dire en mêlant les dissolutions bouillantes, il y a un déTaoement d'acide carbonique, ce qui indique qu'il se forme pendant l'action mutuelle des liqueurs, du bicarbonate de magnésie que la chaleur décompose, et que l'on peut isoler lorsqu'on opère à froid.
On fabrique actuellement l'hydrocarbonate de magnésie en Angleterre, en traitant la dolomie (carbonate de chaux et de magnésie) par de l'eau chargée d'acide carbonique à la pression de plusieurs atmosphères. On obtient ainsi une dissolution de bicarbonate de magnésie, qui, soumise à l'ébullition, laisse déposer l'hydrocarbonate de magnésie, tandis qu'une partie de l'acide carbonique se dégage. La magnesia alba du commerce à la forme de gros pains rectangulaires blancs et trèslégers. Il happe à la langue, est insipide quoique un peu soluble. Par la calcination, il perd son eau et son acide carbonique et passe à l'état d'oxyde de magnésium (magnésie caustique). Il sert aux mêmes usages que la magnésie calcinée.
Citrate. En dissolvant de la magnésie, soit calcinée, soit carbonatée dans une solution d'acide citrique ; en concentrant la liqueur par évaporation, et en y versant de l'alcool, il se dépose une sorte de bouillie, qui, séparée du Uquide surnao-eant et lavée plusieurs fois à l'alcool et desséchée, constitue le citrate de magnésie ayant pour formule (MgO)S G^^HoO^', t>nO.
La solution de citrate de magnésie renferme un léger excès d'acide citrique et entre dans la composition de la limonade Rogé, purgatif très-employé.
Malagoti.
2 II. Emploi médical. Il serait difficile de dire utilement quelque chose de Général de ces substances, si diverses quant à leurs propriétés physiques et à leurs applications, mais que réunit cependant un fait commun : l'action purgative. La magnésie, introduite à l'état d'alcali ou de sel, est-elle susceptible de produire dans l'économie une sorte d'accumulation analogue il celle qui résulte de l'absorption prolongée d'autres substances? Rien ne le
692 MAGNÉSIE (emploi médical).
prouve, et cette innocuité rapproche les sels magnésiens de ceux de chaux et de bismuth, avec lesquels ils ont d'ailleurs d'autres analogies, et les dislingue nettement des sels métalliques. Je rappellerai cependant à ce sujet l'opinion de Granger, quia rattaché la production du goitre à l'introduction dans l'économie de sels magnésiens par l'intermédiaire des eaux potables. Cette théorie étiologique, qui a été fortement combattue, peut cependant revendiquer en sa faveur ce fait important, que le domaine géologique préféré par le goitre a pour caractère l'existence de calcaires métamorphosés par la magnésie, et que la présence de masses adventives de dolomie dans des terrains d'une autre nature y coïncide avec la production de l'endémie goitreuse. Rien ne prouve jusqu'ici cependant que l'emploi quotidien et très-prolongé de la magnésie, qui est si habituel eu Angleterre, ait jamais produit le gonllement du corps thyroïde. Le plan de cet article est tout tracé par avance : faire une histoire complète de la magnésie qui domine tout ce groupe par l'accentuation de ses effets aussi bien que par le caractère usuel de son emploi, et fau'e saillir, à propos des autres substances, les différences d'action, d'activité ou d'applications qui les distinguent du type magnésien. L'histoire de ces substances a pris dans ces dernières années un intérêt réel par suite de l'introduction dans la médication purgative d'un nouveau sel, le citrate de magnésie, qui joint aux avantages d'une purgation assez sûre celui d'être d'un goût agréable, mais qui, nous le verrons bientôt, a été un peu étourdiment substitué à tous les autres purgatifs. Il a son utilité réelle dans la série; il ne saurait avoir la prétention de les remplacer tous; éviter le dégoût est un avantage, mais il ne îaut pas oublier que chaque groupe de purgatifs a son cercle bien défini d'applications ; ce serait tout confondre que d'adopter un de ces agents à l'exclusion des autres.
L Magnésie CALCI^ÉE. A. Pharmacologie. Il n'y a guère plus d'un siècle (1755) que la magnésie a été découverte; on n'a pas tardé à l'utiliser en médecine, mais elle n'a pas également pris racine dans tous les pays ; les Anglais en l'ont un usage infiniment plus habituel que nous, c'est une des ressources ordinaires de leur médecine diurétique; ils en abusent peut-être, mais nous n'en usons pas assez. La magnésie calcinée est, en effet, un agent susceptible de rendre de nombreux services, nous le verrons tout à l'heure, non-seulement dans la médecine des enfants, mais aussi dans celle des adultes.
On distingue deux sortes de magnésie calcinée : 1° la magnésie calcinée ordi' naire; 2" la magnésie calcinée lourde {heavy calcined magnesia). Cette dernière est aussi désignée quelquefois sous les noms de magnésie anglaise, magnésie de Henry [Henri/ s calcined magnesia), du nom d'un fabricant renommé pour la préparation de la magnésie lourde.
En décomposant l'hydrocarbonate de magnésie par la chaleur pour l'usage médical, il faut avoir soin que le sel de magnésie employé à sa préparation soit pur, qu'il ne contienne ni fer, ce qui doîinerait à la magnésie un œil roux désagréable; ni chaux, ce qui altérerait sa saveur; il faut aussi éviter soigneusement que des substances étrangères, telles que des cendres, n'aillent l'altérer, le blanc éblouissant de la magnésie étant une qualité qu'on recherche.
Cette magnésie est légère ; elle est habituellement mélangée de carbonate qui a échappé à l'action décomposante du leu, et par suite elle fait effervescence avec les acides. Pereira donne, dans son Traité (vol. I, p. 644), un dessin représentant le résultat de l'examen microscopique de la magnésie calcinée ordinaire ; on y voit une matière grenue entremêlée de fragments de cristaux analogues à ceux
MAGNESIE (emploi médical). 693
du carbonate de magnésie, preuve positive qu'une partie de cette dernière substance est demeurée intacte.
La légèreté de la magnésie calcinée et son impureté portent à lui préférer la magnésie lourde, telle que celle de Henry, qui est préparée en Angleterre par un procédé tenu secret. Collas {Bidlet. de th., t. XXVllI, \k 180) et Mohr ont proposé d'imiter ce procédé en mouillant et tassant fortement le carbonate de magnésie que l'on doit calciner. Mohr indique le procédé suivant : on décompose le sulfate de magnésie pur (ne contenant pas de fer), par une solution de carbonate de soude jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de précipitation, et on continue l'ébuUition tant qu'il se dégage des bulles d'acide carbonique ; on sépare le précipité par décantation; on le lave à l'eau chaude jusqu'à ce que l'eau de lavage ne soit plus acide. On a ainsi du carbonate de magnésie qui, pressé, séché, et décomposé dans un creuset de Hesse, donne une magnésie blanche, finement aranulée, d'une pesanteur spécifique de 5,14, tandis que celle de Henry est de 2,6 seulement. (Bidlet. de thérapeut., 1852, t. XLIII, p. 118. Procédé particulier pour obtenir Ja magnésie anglaise dite de Henry.)
Pereira, qui a un double motif pour bien connaître la magnésie lourde et comme thérapeulistc exercé et comme Anglais, en décrit ainsi les caractères : « Elle est soluble sans effervescence dans les acides minéraux dilut^s ; cette solution étendue ne donne pas de précipité avec les ferro-cyanures, les hydro-sulfates, les oxalates ou les bicarbonates ; mais les carbonates neutres alcalins, purs de tout mélange de bicarbonates, donnent un précipité blanc de carbonate de magnésie ; le phosphate de soude et l'ammoniaque donnent aussi un précipité blanc de phosphate ammoniacal de magnésie. La magnésie est insoluble dans les solutions alcalines et se distingue par cela de l'alumine. Sa solution dans l'acide sulfurique est remarquable par son extrême amertume. Aucun des échantillons commerciaux de la magnésie calcinée lourde que j'ai examinés, ne contient autant de carbonate que la magnésie ordinaire, et par conséquent ne fait effervescence d'une manière aussi marquée quand on la délaye dans l'eau aiguisée d'acide acétique; elle est habituellement comme granulée et quelquelbis même elle produit, quand elle tombe dans un flacon, un son assez sec. Examinée au microscope, elle se présente sous la forme de petites masses plus ou moins cohérentes, sans mélange de fragments de cristaux.» (Pereira, The Eléments of Mater ia Me dica and Therapeutics, vol. I, p. 644.)
Les prescriptions de notre Codex semblent, au contraire, avoir en vue de faire de la magnésie calcinée légère, puisqu'il recommande de chauffer l'hydrocarbonate de magnésie, « de façon à éviter une très-haute température qui aurait pour effet de rendre la magnésie plus dense et moins facilement soluble dans les acides. » {Codex medicamentarius , 1866, p. 157.)
n est à regretter que la densité de la magnésie calcinée ne soit pas ramenée à un chiffre déterminé. Cette propriété, facilement constatable, la blancheur et le défaut d'effervescence, seraient alors des critériums suffisants de la bonne qualité de ce produit.
Au reste, il y a divergence sur le choix à faire entre les deux magnésies. La magnésie française a l'avantage de mieux se dissoudre dans les acides. La magnésie anglaise de Henry ou de Howard a l'avantage d'offrir, à poids égal, un moindre volume, et de se carbonater et de s'hydrater moins aisément au contact de l'air.
B. Action vhysiologiqice. La magnésie calcinée a peu de saveur; son action
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topique est minime, si elle n'est nulle. Toutefois, Dorvault admet que, ramenée par la calcination à son summum de causticité, elle peut irriter la peau, ou du moins qu'elle crispe ou dessèche l' épidémie en s'hydratant à ses dépens. {Monographie chimique, médicale et pharmaceutique de la magnésie; mém. couronné par la Société de médecine de Toulouse, 1849.)
Introduite dans l'estomac, elle en absorbe les acides, se salifie et devient ainsi soluble ; mais, si elle est prise par quantités trop considérables, elle reste inaltérée, traverse la filière intestinale et va solliciter l'action purgative. Celle-ci serait due en partie, suivant Dorvault, à un phénomène d'endosmose qui attirerait à travers les parois des vaisseaux et vers la cavité intestinale la partie aqueuse du sang; d'oiî la conceutration des parties solides de ce fluide et le phénomène de la soif, si habituel à la suite des purgatifs magnésiens. La portion de magnésie saliliée qui entre, au conlmire, dans la circulation y subit des modifications chimiques et va, en fin de compte, chercher dans les urines une voie d'élimination; d'où une diurèse marquée. C'est ingénieux sans aucun doute; mais il y a autre chose, dans l'action purgative, qu'un fait d'endosmose ou d'exosmose, et j'ai une invincible défiance pour les explications simples des choses complexes. Pour([uoi ne pas admettre, par exemple, que les sels formés par la rencontre de la magnésie calcinée et des acides excitent la sécrétion des glandes intestinales et réveillent en même temps, comme l'admettait Paris, les contractions des parois musculaires de l'intestin?
L'action un peu crispante que la magnésie calcinée exerce sur la muqueuse stomacale chez les individus irritables et surtout chez les gastralgiques tient à une sorte de happement particulier à cet aleah et puis aussi à son avidité pour l'eau.
Trousseau et Pidoux ont signalé, d'après les auteurs anglais, le caractère leculent des selles qui se produisent sous l'influence de la magnésie calcinée. Cela dépend uniquement, comme Dorvault l'a démontré, de ce qu'une grande partie de la magnésie ingérée est évacuée par le bas sous forme de carbonate. Il s'en est assuré en constatant que de l'acide sulfurique, versé sur les fèces, produisait une vive effervescence. La transformation en carbonate se fait sous Tinfluence de l'acide carbonique des gaz intestinaux et aussi des carbonates alcalins que rencontre la magnésie salitiée. Dorvault a même émis l'opinion que, quand les selles ne prenaient pas le caractère féculent, il fallait en conclure que l'mtestin n'avait pas la réaction alcaline qui lui est habituelle, et que par suite l'examen des évacuations pouvait fournir des renseignements précieux sur l'état chimique des humeurs intestinales. {Bullet. de thérap., 1849, t. XXXVIl, p. 124.)
Le même observateur a fait remarqiier que ces selles ont peu d'odeur, ce qu'il expUque par l'aptitude de la muqueuse à absorber l'ammoniaque et l'hydrogène sulfuré.
L'action purgative se fait attendre, mais elle est plus durable qu'avec d'autres agents. « Il n'est pas rare de lavoir se manifester, dit Trousseau, après vingt, vuigi-quaire et même trente-six heures. » [Traiié de thérapeut. et de mat.méd., t. l, p. 790.) Les médecins anglais n'ont pas observé, que je sache du moins, cette lenteur dans les effets. Cette divergence tient simplement à ce que, de l'autre côté de la Manche, on associe volontiers certains purgatifs aux aliments, tandis que nous considérons bien à tort la diète absolue comme devant toujours accompagner l'administration d'un médicament. .l'ai réagi de mou mieux contre cette exagération : « Les purgatifs eux-mêmes, sauf les purgatifs salins, naissent d'au-
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tant plus sûrement et avec d'autant moins de coliques et de flatuosite's qu'on facilite leur action par la concession simultanée d'un aliment léger. La ma-mésie est, dans ce cas, prise dans une tasse de chocolat ; elle purge mieux et plus vite que quand elle est ingérée à jeun. Le chocolat Debrièredoit son efficacité, comme purgatif, à cette association ; l'huile de ricin passe mieux quand elle est enveloppée dans du lait ou dans du bouillon gras. L'action si tardive du calomel se prononce au bout de peu d'heures chez les enfants, quand on ne change rien à leur alimentation. Les purgatifs résineux surtout, la gomme-gutte, la scainmonée, l'aloès, n'excluent en rien le maintien des heures ordinaires des repas. L'habitude vulgaire de donner du café au lait ou du bouillon aux herbes pour faciliter l'action des purgatifs est fondée sur une observation très-exacte. » (Fonssagrives, Hyg. alim. des malades, des convalescents et des valétudin., 2« édit., Paris, 1867,
Trousseau a institué en 1835, à l'Hôtel-Dieu, des expériences comparatives entre la magnésie calcinée et le sulfate de soude. Elles lui ont montré que 2 grammes de magnésie équivalaient à une dose purgative de sulfate de soude ; que, quand on continue l'emploi de celui-ci, la diarrhée cesse; qu'elle augmente au contraire, quand on insiste sur l'emploi de la magnésie, et que celle-ci finit par produire une irritation presque dysentérique. (0;j. cit., p. 790.) J'ai eu l'occasion d'observer les mêmes effets. Du reste, cette sensation de brûlure, de ténesme, d'irritation vive, se retrouve dans les effets produits par tous les purgatifs magnésiens, sauf le sel d'Epsom. Les selles qu'ils provoquent irritent l'anus d'une façon pénible ; celles produites par le sulfate de magnésie et surtout le sulfate de soude n'ont pas le même inconvénient.
La douceur et la sûreté d'action de la magnésie calcinée, son absence de saveur qui en rend la dissimulation facile, sont des avantages précieux dans la médecine des enfants.
Là ne se borne pas l'emploi de cette terre; on l'utilise surtout comme anti-acide dans les cas de gastralgie avec pyrosis. Rien de mieux ; mais cemédicament est devenu, dans les troubles très-divers de l'estomac, et à titre à'anti-acide, un médicament en quelque sorte banal. 11 est des gens qui ont leur flacon de magnésie sur leur cheminée et qui en prennent tous les jours. Or cette pratique empirique n'est pas sans inconvénients : « Une dame, dit Pereira, prit pendant deux ans et demi de une à deux cuillerées à café de magnésie de Henry, en tout 9 à 10 livres de cette substance, à la suite d'une attaque de coHque néphrétique ; un jour, elle fut prise d'une douleur vive au-dessus de l'aine gauche ; la main percevait sur C3 point une tumeur profondément située. Celte malade était sujette à des constijiations opiniâtres avec douleurs intestinales, ténesme et troubles sympathiques de l'estomac ; dans une de ces attaques, elle rendit deux pintes de sable, et une autre fois elle évacua des masses molles et brunes qui n'étaient autre chose que du carbonate de magnésie mêlé, dans les proportions de 40 pour 100, au mucus intestinal. Dans un autre cas, on trouva engagée dans le côlon une tumeur magnésienne pesant de 4 à 6 livres. Il y avait six mois que le malade avait cessé de se servir de magnésie. ( Voy.E. Brande, Quarterhjjournalof Science, vol. I, p. '297.'! Ces faits curieux ne doivent pas être perdus de vue ; ils montrent jusqu'à quel point est poussé l'abus de cette substance en Angleterre.
C. Emploi thérapeutique. 1° Couane purgatif la magnésie calcinée est un des purgatifs les plus usuels dans la médecine des enfants. Quand ils sont très-jeunes ou leur en donne de 0=%50 à ôO centigrammes. Chez l'adulte, il ne faut pas
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moins de 6 à 8 grammes de magnésie calcinée pour obtenir un efl'et puigatif ordinaire.
En 1843, Mialhe a fait connaître sous le nom de médecine de magnésie une formule qui lui avait été communiquée par M. Capitaine, pharmacien de la Guadeloupe, et qui consistait à délayer 8 grammes de magnésie calcinée dans de l'eau fortement sucrée; il attribuait l'action purgative très-efficace de cette mixture à ce que le sucre transformé en acide lactique salifiait la magnésie et la rendait soluble. Mialbe, après plusieurs tâtonnements, a formulé de la façon suivante sa médecine à la magnésie : on fait bouillir 8 grammes de magnésie calcinée dans 40 grammes d'eau ; on agite ; ou ajoute 50 grammes de sucre, 20 grammes d'eau de fleur d'oranger ; on passe à travers une étamine à looch. Ce purgatif al agréable et d'une action suffisamment sûre. Le lait de magnésie du même pharmacien est préparé au sucre avec 10 grammes de magnésie calcinée bouillie dans 80 grammes d'eau pure; on ajoute 10 grammes d'eau de fleur d'oranger» Mialhe regarde ce lait comme moins désagréable que la magnésie calcinée.
Dorvault attribue à la magnésie calcinée l'avantage d'être un purgatif doux et de ne pas laisser àsa suite de dépression des forces. (Loc. «7., 126. )Trousseaula recommande surtout commepurgatif des gastralgiques, qu'il soulage non-seulement en rétablissant la liberté du ventre, mais en neutralisant les sécrétions trop acides de l'estomac.
2° Comme absorbant. L'action absorbante de la magnésie calcinée doit s'entendre de deux façons : elle sature les acides qui surabondent dans l'estomac sous des influences diverses ; elle absorbe certains gaz, tels que l'hydrogène sulfuré, l'acide carbonique. Cette substance joue donc un rôle utile dans les gastralgies acides et flatulentes, et aussi comme moyen de diminuer les (roubles intestinaux qui succèdent aux indigestions lentes. C'est un moyen usuel contre les acidités gastriques des enfants au sein et aussi contre le pyrosis des femmes grosses. La dose, chez les enfants, est de quelques grains ; chez les adultes elle est de0s'",50 à 1 gramme. Il n'est pas besoin de dire que, dans ce cas particulier, l'association avec du sucre serait vicieuse, puisqu'elle serait de nature à augmenter l'accident qu'on a en vue de combattre. La magnésie peut quelquefois, et suivant le but à remplir, être mêlée à d'autres médicaments, tels que le sous-nitrate de bismuth, la craie lavée, la poudre de columbo, etc. Ces associations peuvent en quelque sorte être variées à l'infini, suivant les indications à remplir.
5" Comme lithontriptique. Si l'on veut donner à ce mot, dont on a singulièrement abusé, le sens de médicament qui diminue la sécrétion urique ou la sature, la magnésie peut revendiquer cette propriété. Sous son influence, en etiet, l'acide urique est sécrété en moindre abondance, les urines perdent leur acidité et deviennent même alcalines. Pereira recommande à ce titre la magnésie aux goutteux, dont les urines sont acides, et qui sont en même temps sujets à des troubles digestifs. M. T. Brande la considère comme très-utile pour les calculeux et les graveleux auxquels les alcalins sont prescrits. La magnésie a l'avantage d'être mieux supportée par leur estomac. Ce médicament est donc indiqué dans les formes variées de la diathèse urique.
4° Comme antidote. Bussy a signalé, en 1846, dans une note communiquée à l'Académie des sciences, la magnésie faiblement calcinée comme étant le meilleur antidote contre l'empoisonnement par l'acide arsénieux ; elle fournit avec ce poison un composé insoluble même dans l'eau bouillante. Peu après d'Ardière et Lepage ont vérifié sur une femme qui avait avalé une forte cuillerée de mort'
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aux-rats l'efficacité de ce contre-poison. {Bull, de thér., t. XXXI, 1846, p. 118.) Le docteur Legris a signalé un succès de même nature. J. B. Caventou a apporté aussi en faveur de cet agent l'appui de son autorité ; mais en justifiant toutefois, et par des expériences précises, la supériorité qu'il attribue au sesquioxyde de fer hydraté. Il croit, en effet, avec Chevalier, que le composé insoluble d'acide arsénieux et de magnésie doit se solubiliser en partie en présence du chlorhydrate d'ammoniaque que contiennent les hquides de l'intestin, et reprendre par suite des propriétés agressives, {Bull, de thér., 18i7, t. XXXIIl, p. 219.) Si la supériorité ne peut être contestée à l'hydrate de peroxyde de fer, il faut remarquer cependant qu'on a plus habituellement de la magnésie sous la main, et qu'en l'absence de l'autre, il faut commencer par ce contre-poison La magnésie française, plus légère, moins cohérente, vaut mieux pour cet usage que la magnésie! lourde.
La magnésie est un excellent neutralisant à opposer aux empoisonnements pai* les acides minéraux. Elle peut aussi rendre des services dans le cas d'emj oisonnement par l'eau de Javelle. Le Journal de médecine de Bordeaux (n° de novembre 1845) renferme deux observations qui montrent l'utihté de la magnésie calcinée dans cet empoisonnement. Dans un de ces faits, 700 grammes d'eau de Javelle avaient été ingérés ; on administra 20 grammes de magnésie calcinée. La gucrison fut très-prompte. Dans le second il ne s'agissait que d'un verre ; les accidents se dissipèrent très-promptement. Ces deux faits ne doivent pas être perdus pour la p'-atique.
IL Hydrate de magnésie. La magnésie calcinée s'hydrate au contact de l'eau ; qu'elle emprunte cette eau au véhicule dans lequel on l'administre, comme dans la médecine purgative de Mialhe, ou qu'elle la jn-enne aux liquides de l'estomac. Dorvault et d'autres auteurs ont attribué à cette dernière action la sensation quelquefois pénible de constriction, de malaise que la magnésie calcinée produit dans la région épigastrique quand elle est prise eu poudre non délayée.
Le Codex indique la préparation d'un hydrate de magnésie en poudre qui s'obtient en faisant bouillir pendant vingt minutes une partie en poids de magnésie dans 20 à 30 parties eu poids d'eau. On fdtre et on recueille l'hydrate de magnésie, qu'on dessèche à 50° dans l'étuve. Cet hydrate de magnésie contient 31 pour 100 d'eau.
Un pharmacien, Âm. Vée, a imaginé une mixture de magnésie hydratée qu'il prépare en ajoutant à l'hydrate de magnésie encore humide une certaine quantité de sucre. Les proportions sont arrangées de telle façon que le mélange contient un dixième de magnésie calcinée non hydratée; soit 0^^,50 à Oe%75 par cuillerée à café, et 2 à 3 grammes par cuillerée à bouche. Cette mixture doit se prescrire en poids à une dose décuple, et en volume, à la même dose que la magnésie calcinée; on la prend dans l'eau pure, le lait, du chocolat. (Vée, Formule dune mixture de magnésie hydratée. In Bull. de. thérap, t. XLYI, p. 124, 18(34.) Cette préparation mériterait d'être plus employée.
III. HïDROCARBoxATE DE MAGNÉSIE. C'cst la magiiésie blanche. On la prépare en traitant une solution de sulfate de magnésie par une solution de carbonate de soude; il se forme par double décomposition du sulfate de soude et du carbonate de magnésie insoluble que l'on recueille et que l'on fait sécher. On a soin d'employer du sulfate de magné.sie qui ne contienne pas de fer, pour obtenir de la magnésie d'une grande blancheur.
On trouve dans le commerce deux sortes de magnésie blanche : 1" la magné-
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sie légère, 2° la magnésie lourde. La première [light carbonate ofmagnesia) est la magnésie usuelle ordinaire : la seconde {heavy carbonate of magnesia) est très-recherchée en Angleterre, où l'on a multiplié les procédés qui conduisent à l'obtenir avec une densité suffisante.
Pereira a décrit ainsi les propriétés de ces deux sortes pltarmaceutiques : la magnésie blanche commune ou légère se trouve en poudre ou en petits gâteaux cubiques {carbonate of magnesia in squares) ; elle se mêle difficilement à l'eau. Elle a, quand on la prend dans une quantité assez copieuse de liquide, un goût désagréable qui dépend probablement de ce qu'elle a été mal lavée. La magnésie blanche, dite lourde, occupe à poids égal trois fois moins de volume que l'autre. Elle a un aspect granulé et, à l'inverse de la magnésie blanche commune, on n'y trouve pas de cristaux prismatiques. (Peireira, vol. I, p. 652.)
Le même auteur indique comme démontrant la pureté de la magnésie blanche, les caractères suivants : pas de saveur ; blancheur éblouissante ; si on la fait bouillir, l'eau qui a servi à cette opération ne doit avoir aucune réaction alcaline sur les papiers de couleur, ni précipiter par l'addition du chlorure de baryum ou de l'azotate d'argent. Dissoute dans l'acide acétique étendu, l'action des oxalates et des carbonates solubles ne détermine pas de précipité, ce qui exclut l'idée de l'existence d'aucun sel calcaire. L'acide sulfurique dissout la magnésie blanche, et quand l'effervescence a cessé, le bicarbonate de potasse ne donne pas de précipité dans cette solution.
La magnésie blanche a les mêmes usages que la magnésie calcinée ; elle paraît plus douce que celle-ci ; c'est-à-dire produit une moindre action topique sur l'estomac : mais il ne faut pas perdre de vue qu'au contact des acides de l'estomac elle est effervescente ; le dégagement de l'acide carbonique peut être un inconvénient ou vm avantage suivant les cas; c'est ainsi que, lorsqu'on veut arrêter les contractions de l'estomac soulevé par des vomissements, l'hydrocarbonate de magnésie agit à la faveur de cette réaction comme une sorte de potion de Rivière. Dans les empoisonnements par les acides, au contraire, la magnésie calcinée vaut mieux; le dégagement d'une quantité considérable de gaz acide carbonique pourrait en effet n'être pas inoffensif pour l'estomac altéré déjà dans sa texture, et d'ailleurs le développement considérable de ce viscère distendu par ce gaz pourrait devenir une cause redoutable d'asphyxie.
« On administre, ordinairement, la magnésie blanche en poudre, à la dose de 50 centigrammes à 5 grammes, délayée dans de l'eau ou enfermée dans du pain azyme. Mais on prépare aussi une eau magnésienne et une eau magnésienne gazeuse, dans lesquelles le carbonate de soude et le sulfate de magnésie donnent lieu, par double décomposition, à du carbonate de magnésie et à du sulfate de soude, le premier étant maintenu en dissolution par 6 volumes d'acide carbonique, introduits par pression. L'eau magnésienne gazeuse ne diffère de l'autre que par une quantité moitié moindre de substances salines. On le? prescrit toutes deux par verrées dans l'ascescence gastrique et la gastralgie concomitante, et l'on doit les préférer à d'autres absorbants lorsqu'on veut obtenir concurremment des effets laxatifs. » (Gubler, Comment, thérap. du Codex, p. 594.)
IV. BiCARBOiNATE DE MAGNÉSIE. C'cst la mognésic fluide des Anglais [Flnid Magnesia). Ou le prépare en faisant arriver du gaz acide carbon'que dans un mélange de magnésie blanche lourde et d'eau distillée. La magnésie se bicarbonate et devient soluble. Cette solution, abandonnée à l'air, peid une partie de sou acide carbonique, et il se précipite des cristaux prismatiques d'hydro-carbonate
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de magnésie, mélange de deux hydrates, l'un MgOCO'-5HO, contenant trois équivalents d eau et cristallisant en aiguilles, l'autre, en renfermant cinq et cristallisant en tables, MgO ;0-5H0. (Fritsche.) L'eau magnésienne, dont j'ai parlé tout à l'heure, contient naturellement sa magnésie à l'état de bicarbonate.
En Angleterre, on distingue plusieurs magnésies fluides pai' les noms des pharmaciens qui les préparent, telles les magnésies fluides de Dumeford, de Murray, etc., etc. C'est un bon moyen d'administrer le carbonate de magnésie, à titre d' anti-acide et de laxatif en même temps. On l'emploie dans les cas de dyspepsie, de pyrosis, de diathèse urique. On en fait aussi usage dans la médecine des entants. Pye Henri Chavasse conseille, dans le premier âge, et comme très-bon laxatif, une ou deux cuillerées à café de magnésie fluide additionnée d'un peu de sucre. {Conseil à une mère sur la manière d'elevei^ ses enfants. Premier âge, trad., Didsbury, 1868, p. 113.)
V. Sulfate de magxésie. C'est le type des purgatifs salins ; c'est aussi le plus usuel de tous; mais, il faut bien le dire, c'est un des plus désagréables. Malgré l'opinion contraire de Pereira, il est difficile de ne pas accorder, à ce point de vue, la supériorité au sulfate de soude, qui est au moins débarrassé de cette saveur amère qui est une complication du goût salin commun aux deux substances.
Y a-t-il similitude absolue dans les effets physiologiques et médicamenteux des deux sels purgatifs? Quelques auteurs croient que le sel d'Epsom produit moins facilement des troubles gastriques et concentre plus particulièrement son actioa sur l'intestin. C'est contestable, et le premier est généralement plus nauséeux que l'autre.
Un point important et qui n'a pas été traité par les auteurs, est celui de l'innocuité plus absolue du sulfate de soude. On a signalé, en Angleterre, deux cas d'empoisonnement par le sul/ate de magnésie. Dans l'un, il s'agissait d'un enfant de 10 ans qui, ayant pris deux onces de sel d'Epsom, mourut en dix minutes, sans avoir eu de vomissements (Christison) ; l'autre fait est relatif à un ivrogne, qui succomba après avoir ingéré une quantité, non déterminée, de sulfate de magnésie dissoute dans de la bière (Taylor).
Je crois ces faits, bien exceptionnels, et leur singularité même les a fait remarquer. Je ne puis m'erapêcher, cependant, de les rapprocher des cas d'empoisonnement qui ont été observés aussi à la suite de l'emploi d'un autre purgatif salin bien inoffensii, en apparence, le sulfate de potasse, qui était jadis, on le sait, le purgatif des accouchées. Rien de semblable n'a été sii;nalé pour le sulfate de soude. Ne serait-ce pas que nos humeurs, étant alcalinisées par la soude, I irrupiionbrusque d'unegrande quantité de sel magnésien ou potassique dans le sang change brusquement l'état chimique de ce liquide, et que des accidents plus ou moins graves pL'Uvent ainsi surgir ?
Quoi qu'il en soit, le sulfate de magnésie à la dose de 50 à 45 grammes, chez les adultes, est un purgatif très-commode et très-sùr, et qui a, de plus, l'avantage de déprimer la circulation et la calorification d'une façon très-favorable à la jolution des mouvements fluxionnaires, fébriles et inflammatoires.
11 sera question, plus tard, de l'eau naturelle de Sedlilz [voy. ce mot), qui contient environ 14 grammes de sulfate de magnésie par litre, de celle de Seidschûtz (wcî/. ce mot), dans laquelle on trouve 11 grammes de ce sel purgatif. Dans d'autres sources minérales purgatives, le sulfate de magnésie est associé au sulfate de soude comme à Friedriclishall, à Pullna, etc.
L'eau de Sedhtz artificielle que préparent les pharmaciens, en chargeant d'acide
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carbonique une solution de sel purgatif, est neuf fois sur dix, composée de sulfate de soude, au lieu de sulfate de magnésie ; substitution très-innocente, je l'ai dit plus haut, et qui atténue le dégoût inspiré par cette eau purgative.
Peu de temps après que M. Desvouves eût signalé la propriété que possède le café de diminuer l'amertune du sulfate de quinine, un élève en pharmacie, M. Combes, conseilla l'emploi de la première de ces deux substances pour faire disparaître le goût du sulfate de magnésie. Sa formule consiste à faire bouillir, pendant deux minutes, 10 grammes de café torréfié pur et 30 grammes de sulfate de magnésie dans 500 grammes d'eau; on sucre et on boit chaud. Le sulfate de magnésie, suivant M. Combes, ne subirait aucune décomposition. Le tannin a la mèmeaction désavourante. Il faut 10 centigrammes de tannin pour 50 grammes de sulfate de magnésie, bouillie dans la même quantité à'eâu. {Bull, de tliérap., 18-47, t.XXXlIl, p. 151.)
Je ne sache pas que cette pratique ait pris racine dans les habitudes médicales. On se contente du sulfate de magnésie dissous dans la moindre quantité possible d'eau gazeuse, ou introduit dans une tasse de bouillon. La précaution de mâcher auparavant de l'écorce d'oranges sèches ou de tenir dans la bouche quelques pastilles de menthe anglaise permet d'arriver plus simplement au même but.
En Angleterre, on associe volontiers de l'eau de menthe, ou de l'eau aiguisée d'un peu de teinture de gingembre pour prévenir la flatulence incommode que produit quelquefois le sulfate de magnésie Dans les maladies fébriles et inflammatoires, on acidulé parfois avec de l'acide sulfurique les solutions de sultate de magnésie. (Pereira.)
Le sulfate de magnésie était la base du traitement purgatif de la dysenterie, recommandé avec tant de raison par Heberden. Il l'administrait dans du bouillon de mouton dégraissé.
On l'associe quelquefois à d'autres purgatifs. La poudre saline comparée [Pulvis salinus compositus) de la pharmacopée d'Edimbourg est un mélange, à parties égales, de sulfate de soude, de magnésie et de potasse. On l'emploie comme iaxative à la dose de 12 à 15 grammes. Les associations du séné au sulfate de magnésie sont classiques pour la préparation de breuvages ou de lavements purgatifs. 11 est aussi l'un des constituants de la médecine noire anglaise {Black draiight). C'est le sulfate de soude qui figure dans notie médecine noire.
VI. Chlorure de m.\g.\ésium. Ou prépare le chlorure de magnésium en traitant le carbonate de magnésie par l'acide chlorhydrique. C'est une substance purgative, étudiée par Lebert, qui l'a prescrite à la dose de 30 grammes pour les adultes, de 10 à 15 grammes pour les enfants. On lui attribue une action particulière sur la sécrétion biliaire qu'il e.xcite, et sur l'augmentation de l'appétit. (0. Réveil, Formulaire raisonne des mcd. nouveaux, iSoi, p. 456.) Le chlorure de magnésium e.xistedans les eaux salées naturelles. C'est ainsi que les eaux de Scliœnebeck et de Moutiers, qui servent dans l'industrie à la préparation du chlorure de sodium, contiennent, la première 0=^085, la seconde 0='',030 sur 100. Les eaux minérales salées en renferment aussi des proportions notables. La plus usuelle de ces eaux minérales, l'eau de mer, contient sur 100 p. 0,36 de chlorure de magnésium. Mais ce sel abonde surtout dans les eaux-mères des salines. Celles des salines d'eau de mer qui marquent 30" à l'aréomètre contiennent 16, 6 de chlorure de magnésium pour 100 ; celle des eaux-mères des sources salées de Moutiers n'en ont que 48 pour 100. C'est le chlorure de magnésium qui donne à l'eau de nier son amertume désagréable ; il doit aussi contribuer pour sa part aux
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qualités purgatives de cette eau. Les propriétés déliquescentes du chlorure de magnésium contenu dans les eaux-mères des salines ont été utilisées d'une manière ingénieuse pour l'arrosage des voies publiques pendant l'été. Un essai de ce genre a été tenté, à Montpellier, il y a quelques années. Le sol est ainsi humidifié, et, grâce à sa déliquescence, le chlorure de magnésium absorbe la vapeur d'eau des couches inférieures de l'atmosphère pendant la nuit, humecte et fixe la poussière. Ou a ainsi une sorte d'arrosage perpétuel, dont les avantages sont fort appréciables dans les localités dont le sol crayeux et très-meuble, fournit pendant l'été une poussière incommode. Il est à regretter que ces essais n'aient pas été poursuivis. L'idée est ingénieuse et utile.
Vil. Silicate HïDRMÉ DE magnésie. En 1866, le silicate de magnésie (magnésite, écume de mer, talc, serpentine) a été proposé, par Garraud, comme susceptible de remplacer le sous-nitrate de bismuth, dont le prix, s'élevant en même temps qu'on en élève les doses, est devenu inabordable pour les pauvres. Il a pensé que le silicate de magnésie hydraté aurait les mêmes avantages thérapeutiques et aurait de plus sur le bismuth cette sui^ériorité, qu'il ne coûte qu'un centime le gramme. Des essais, tentés avec cette substance par Trousseau qui l'a prescrite à des doses de 4 à 10 grammes par jour dans des cas de flux diarrht^iques, ont été confirmatiis des expériences de M. Garraud. {Journal de méd. et de chir. pratique, 1866.) Je ne sache pas toutefois qu'ds aient été poursuivis. Je le regrette, sans supposer pour cela qu'il y ait identité d'action entre les deux substances. J'ai dit à l'article Bismuth {voy. ce mot), que les effets du bismuth ne pouvaient être considérés comme dérivant exclusivement d'une action mécanique. Il y aurait lieu d'essayer, en tout cas, et de comparer le silicate de magnésie à la craie lavée et au sous-nitrate de bismuth.
VIII. Acétate de magnésie. Ce sel, dont la formule est représentée par C*IPÛ^MgO, cristallise mal ; il a été recommandé par Renault comme purgatif à la dose de 30 grammes. Ce nouveau venu dans la catégorie des purgatifs magnésiens ne paraît pas appelé à une grande fortune.
IX. Tartrates le magnésie. Je range sous cette désignation : 1° les tarlrates de magnésie ; 2° le tartrate boro-magnésique ; 3° le tartrate double de potasse et de magnésie; 4" le boro-tartrate de potasse et de magnésie.
1° Le tartrate de magnésie est peu soluble; il lui faut 122 parties d'eau à H- 16° ; il a deux équivalents de base. C'est le bitartrate de magnésie (MgO) HO C*II*0^°), analogue du bitartrate de potasse qui est employé en médecine. A. Chevallier et J. Aviat ont proposé ce bitartrate pour remplacer le citrate de magnésie. (Réveil, loc. cit.) Garnier a indiqué une formule de hmonade tartromagnésienne qui se prépare avec 15 grammes de carbonate de magnésie, 22 grammes d'acide tartrique et 200 grammes d'eau. On dissout, on filtre, on édulcore avec 60 grammes de sirop tartrique, on aromatise au citron et à l'orange. [Ibid., p. 462.)
2" Le boro-tartrate de magnésie est une crème de tartre soluble de magnésie. On s'est proposé, par cette association, d'avoir un sel purgatif plus soluble que le précédent. Il s'emploie aux mêmes doses que lui, mais il est d'un goût moins agréable que le citrate.
3^ Le tartrate double de potasse et de magnésie est l'analogue du sel de Seignette ; préconisé par Mailliez comme pouvant remplacer le citrate de magnésie, il est plus soluble et plus actif que lui, mais son goût est amer.
4° Le boro-tartrate de potasse et de magnésie a été proposé par Garot en
''Oa MAGNÉSIE (emploi médical).
i848. 11 se prépare en traitant le boro-tartrate de potasse ou la crème de tartre solublepar le carbonate de magnésie ; ce sel, au contact du jus de citron ou l'acide citrique, se dissout dans 8 ou 10 fols sou poids d'eau, et ne se précipite plus par refroidissement. Un auteur a proposé une limonade purgative composée de 50 grammes de ce sel, 2 grammes d'acide citrique, 60 grammes de sirop aromatisé au citron, et 300 grammes d'eau. {Bullet. de thérap., 184S, t. XXXIV,
X. Citrate de magnésie. Un pharmacien du département de l'Aisne, Rogé Delabarre, a proposé en 1847 l'usage du citrate de magnésie comme purgatif. Un rapport favorable fut lu à l'Académie, le 25 mai 1847, sur cette question, et le nouveau purgatif ne tarda pas à prendre une vogue énorme, qu'il dut surtout à sa saveur agréable. Elle continue encore sous nos yeux, et ce purgatif a, pendant un certain nombre d'années, fait en quelque sorte oublier tous les autres. C'est une exagération réelle; les gens du monde peuvent croire que tous les purgatifs se ressemblent, à la différence près de leur énergie, et que l'action purgative est une. Les médecins ne peuvent ni partager une pareille erreur, ni eu favoriser la diffusion par leur condescendance aux désirs des malades qui n'ont qu'un but, c'est de s'affrancliir de l'obligation de prendre un purgatif nauséeux et désagréable. La limonade au citrate de magnésie joue un rôle utile dans tous les cas où l'action purgative doit être associée à l'action tempérante, dans les lièvres, les inflammations, etc. C'est un purgatif salin qui a son utiliié dans ces cas, mais il n'a pas la sûreté d'action du sulfate de soude ou du sel d'Epsom, et il faut aussi tenir compte des effets d'irritation intestinale qui suivent souvent son emploi, et qui ne permettent pas de le substituer aux autres purgatifs salins, à l'eau de Sedlitz, par exemple, dans certains cas, dans le traitement de la dysenterie en particulier.
Cette protestation contre l'abus véritable que l'on fait du citrate de magnésie, formulée une fois pour toutes, je reconnais que ce purgatif agréable a ajouté un moyen de jdIus, et un moyen utile, à la série des agents de la médication évacuante.
Rogé Delabarre préparait le citrate de magnésie en traitant par la magnésie calcinée ou le carbonate de magnésie une solution d'acide citrique. Chaque bouteille pour un adulte contient 50 grammes de citrate de magnésie et '2^'',b0 d'acide citrique libre. On peut rendre ces limonades magnésiennes gazeuses de plusieurs façons : en les saturant directement de gaz acide carbonique; en achevant de remplir la bouteille avec de l'eau de Seltz, quand la solution dans laquelle le carbonate de magnésie a été décomposé par l'acide citrique est refroidie, ou bien en ajoutant, suivant le conseil de E. Robiquet, 5 grammes de bicarbonate de soude. Ce procédé a été essayé, mais il a l'inconvénient de ne pas se prêter à une bonne conservation de la limonade mao^nésienne. La Commission de la Société de pharmacie u fixé à H grammes d'acide citrique cristallisé et 12 gramme^ de magnésie blanche (hydro-carbonate de magnésie) les proportions qui conviennent pour une limonade purgative à 50 grammes; et à 24 du premier et 21 du second les quantités nécessaires pour une limonade à 50 grammes. « On délaye le carbonate de magnésie avec 250 grammes ou 500 grammes d'eau, selon que l'on veut obtenir une demi-bouteille ou une bouteille de limonade; on l'introduit dans une bouteille en verre résistant, on y met l'acide citrique; en cristaux, on bouche fortement et on ficelle ; on conserve ces bouteilles à la cave et couchées. Au moment de faiie usage de celte solution pour obtenir la limonade, on débouche la
MAGNÉSIE (emploi mébical). 705
\)Outeille, on jette le liquide sur un filtre lavé, et on reçoit sur 60 grammes de sirop uou claritié au blanc d'œut' auquel on a ajouté 8 grammes d'acide citrique en cristaux ; le sirop préserve les cristaux de l'action du liquide ; on achève de remplir avec de l'eau ordinaire et ou bouche ; la réaction ne commence que lorsque le sirop est délayé dans l'eau. (Réveil, p. 460.)
On a imaginé, dans ces dernières années, des sels magnésiens effervescents sous forme granulée. Le citrate de magnésie effervescent des Anglais est un citrate de soude et de magnésie. Hébrard et le Perdriel ont préparé une série de sels granulés purgatifs qu'on dose à l'aide de l'opercule creux qui ferme le flacon, et qui contieut 10 grammes de sel.
On le voit, la magnésie et ses sels offrent à la thérapeutique une série nombreuse et très-importante de moyens purgatifs. Je ne saurais mieux terminer cet article, dans lequel j'ai été obligé d'étudier un à un les principaux composés maonésiens, qu'en analysant les expériences instituées par Dorvault pour apprécier la valeur et l'énergie comparatives de ces diverses substances, oa ce qu'il a appelé la balistique des purgatifs magnésiens. Il a expérimenté sur 7 jeunes gens du même âge, dans les conditions les plus normales ; chacun d'eux a pris, à dix jours d'intervalle, une dose de magnésie calcinée (T^^oO), une dose de citrate de magnésie (50 grammes), une dose de sulfate de magnésie (44 grammes). Ces purgatifs ont été administrés dans 150 grammes d'eau, et l'on s'est placé dans des conditions identiques de préparation et de régime. Or, voici les résultats qui ont été constatés :
1» Relativement au nombre des évacuations : il y en a eu, en moyenne, 2,83 avec la magnésie calcinée, 5,28 avec le citrate, 4 avec le sulfate de ma-
gnésie
2" Relativement à la durée de V action purgative : elle a été pour la magnésie calcinée de 18,83 heures, pour le citrate de 11 heures, pour le sulfate de
8,60 heures ;
5° Relativement au poids des évacuations : il a été pour la magnésie calcinée de 1^017 en moyenne, pour le citrate de i'',771, pour le sulfate de 2^100;
4° Relativement à la nature des selles : elles ont été féculentes pour la magnésie (j'ai expliqué ce fait plus haut), demi-séreuses pour le citrate, séreuses
pour le sel d'Epsom;
5^ Relativement aux effets produits : l'action nauséeuse a été très-marquée avec le sulfate de magnésie, moindre avec la magnésie, nulle avec le citrate; ces trois purgatifs ont produit du ténesme, mais le sulfate de magnésie plus que les autres (?). La soif, ardente avec ce dernier sel, a été modérée avec la magnésie, et nulle avec le citrate. (Dorvault, Balistique des purgatifs magnésiens, action purgative de la magnésie comparée à ses composés salins. In Bullet. dethérap., 1851, t. XL, p. 406.)
Ces expériences sont fort intéressantes, quelques réserves que l'on fasse en faveur de la susceptibilité individuelle et des différences réelles qui peuvent se cacher sous l'uniformité apparente des conditions hygidcs et physiologiques dos individus soumis à ces expériences comparatives ; mais cela vaut mieux que les termes vagues dans lesquels se tient le parallèle de l'action d'agents médicamenteux d'un^même grouiie, et il serait bien désirable que des recherches de même nature fussent instituées entre les diverses classes de purgatifs : purgatifs salins, huileux, résineux, etc.; elles conduiraient certainement à des résultats pratiques d'une grande importance. Fo.nssagrives.