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MALADIE DU SOMMEIL

le sommeil, des veinules saillantes parcourent la surface de la sclérotique; les conjonctives sont humides, le globle oculaire semble faire saillie. Déjà, à cette période, on peut reconnaître, à première vue, la maladie du sommeil, même ej> dehors des accès de somnolence. Pendant cette phase, le pouls est ordinairement plein, sans dureié, il varie de 70 à 75. La température de la peau est le plus .souvent normale, elle tend plutôt à diminuer qu'à augmenter ; du reste, quand la maladie touche à sa fin, il n'existe que de la sécheresse, sans augmentation notable de la chaleur. L'appétit se maintient, la langue humide est quelquefois recouverte d'un enduit blanchâtre. Les fonctions de la vie animale s'accomplissent assez régulièrement. Sur cent quarante-huit observations que nous avons recueilhcs, contrairement à ce qu'a dit Dangaix, nous n'avons jamais constaté de diarrhée chez les somnolents; ils ont plutôt une tendance à la constipation due au défaut d'exercice qui e.-t une conséquence inévitable dans la dernière phase de la maladie. Les urines ne contiennent jamais d'albumine à quelque période qu'on les examine.

« Les accès de sommeil devenant de plus en [dus fréquents, de plus en plus longs, le malade arrive à ne pouvoir plus s'éveiller spontanément. Les mouvements deviennent saccadés. La marche est chancelante, la station debout est difticile, l'équilibre paraît instable, il faut exciter le malade po'ir qu'il résiste au sommeil et encore n'y parvient-on pas toujours ; il s'endort dans tontes les positions.

« Enfin, arrive le moment où le sommeil devient une véritable léthargie; le malade passe à l'état de masse inerte. La mort a lieu, le plus ordinairement, sans secousse; dti moins, c'est ce qui se présente dans la forme adynamique. D'autres fois, vers la seconde période, souvent dès le début, apparaissent des accidents nerveux variables ; tantôt ce sont des crises violentes, des mouvements désordonnés, dont le malade se rend compte sans qu'il puisse les modérer. D'abord, les attaques convulsives sont éloignées ; après chacune d'elles, les accès de sommeil deviennent plus graves, et, vers la fin de la troisième période, les convulsions sont incessantes; leur intensité est alors moins grande, les muscles ne sont agiles parfois que d'un mouvement imperceptible. Dans les derniers jours, le pouls est faible, petit, fréquent, à peine sensible.

« L'intelligence est conservée intacte pendant les deux premières périodes, sou activité est moins grande pendant la troisième, et, lorsque le malade apjiroche de sa fin, bien qu'il n'existe jamais de délire, les facultés intellectuelles semblent complètement anéanties. Nous n'avons pas remarqué de troubles, ni de la vision, ni de l'odorat, ni du goût. La sensibilité générale tend à s'émousser avec les progrès de la maladie. Dans la dernière période, il faut une excitation violente pour ranimer les sens endormis, et, lorsqu'on y parvient, se n'est qu'au bout d'un certain temps après que l'excitation s'est produite que le mouvement réllexe semble se manifester. Nous sommes porté à admettre que ces mouvements saccadés qui ont lieu pendant la marche du relâchement musculaire, croissant avec l'intensité du mal, sont la conséquence de la compression de l'encéphale. Le docteur Nicolas n'a pas observé de convulsions chez ses malades. Cependant ces accidents existent souvent dans cette maladie, mais ils peuvent parfois passer inaperçus, surtout lorsqu'ils sont peu violents. »

Marche et durée. « Le cours de la maladie du sommeil, dit le docteur Guérin, est ordinairement lent et continu ; elle parcourt ses différentes périodes dans un temps qui varie de trois mois à une année au plus. Dans quelques rares ex-

MALADIE DD SOMMKIL. 2S0

ccpUons, la marche est interrompue par des moments d'amélioration qui peuvent même abuser le médecin et lui Dure croire à une convaicscence. D'antres ibis, les symptômes, sans diminuer d'intensité, restent stationnaires ; puis la maladie reprend sa marche progressive. La deuxième période est celle qui a le plus de durée. Lorsque la troisième période apparaît, le malade est près de sa fin. »

Pkonostic. Le pronostic est des plus graves. Aucune guérison n'avait été signalée avant la thèse du docteur Guérin. Sur 148 cas traités à la Martinique par ce distingué conirère, une seule guérison avait été obtenue ; mais la maladie avait été prise tout à fait au début, avant que les symptômes fussent très-accusés.

Anatomie pathologique. Sur trente-deux autopsies pratiquées douze heures au plus après la mort, le docteur Guérin a trouvé presque toujours les sinus de la dure-mère dilatés, plus ou moins gorgés de sang; les vaisseaux arachnoïdiens et ceux de la surface de l'eacéphale présentaient une très-notable augmentation de volume, quelquefois même ils étaient variqueux.

Les méninges n'offraient jamais de traces d'inflammation récente ou chronique. Leur surface était toujours lisse, sans granulations.

Sur trois sujets seulement, il a trouvé le liquide céphalo-rachidien un peu plus abondant qu'à l'état normal. Ce liquide, d'une limpidité parfaite, ne contenait aucun flocon albumineux. Chez l'un de ces trois sujets, il existait une infiltration séreuse modérée de l'arachnoïde siégeant au niveau de la surface basilaire ; cet œdème ne s'étendait pas à toute la circonférence du bulbe. Dans ces trois cas, il existait également une dilatation anormale des veines méningées.

La masse encéphalique a toujours offert une consistance normale ; une seule fois elle était manifestement indurée, concurremment avec la dilatation des vais- .'jeaux méningiens. Un examen minutieux du tissu du cerveau et de ses annexes n'a jamais pu faire découvrir ni ramollissement, ni aucune autre lésion. Dans une autopsie que le docteur Griffon du Bellay a faite au Gabon, il a cru remarquer le ramollissement de la protubérance. Gaigneron, qui a assisté à une autopsie faite par le docteur Lherminier, à la Pointe-à-Pitre, aurait observé la même lésion; mais ces deux médecins ajoutent que cet état pouvait bien être la conséquence de la décomposition si rapide dans les pays chauds, les autopsies ayant été pratiquées longtemps après le décès.

Le docteur Guérin n'a pas trouvé de piqueté exagéré en pratiquant des coupes sur le cerveau. Les cavités des ventricules étaient dans des conditions normales; dans quelques cas, ou y trouvait une sérosité limpide, mais en très-petite quantité. Chez les trois sujets où il paraissait y avoir une augmentation du liquide céphalo-rachidien, les cavités des ventricules étaient vides.

Aucun autre organe de ces trente-deux cadavres soumis à l'autopsie n'offrait d'altérations pathologiques. Les cavités séreuses ne contenaient pas d'éptinchenient. Sur aucun point de l'économie, il n'y avait d'infiltration œdémateuse.

« Si on accepte, dit le docteur Guérin, la lliéoric qui attribue la production du sommeil naturel à une congestion momentanée de l'encéphale^ on trouve une analogie frappante entre la production du sommeil naturel et l'état pathologique qui constitue Vhypnosie. Il existe cependant une différence dans la forme des deux sommeils. Le sommeil naturel est précédé d'un sentiment de bien-être ; le sommeil de l'hypnosie débute par du malaise, de la céphalalgie, et, lorsqu'il est développé, il rapj)t'lle le sommeil de l'intoxication par l'opium. »

Pour cet observateur distingué, la maladie de sommeil serait due à un»' congestion passive de l'encéplialc. Jusqu'il meilleure interprétation, nous nous rangeons

WCT. liXC 2 s. lY. li)

i'inj Î1ALA.GA (eaux minéPiALes de).

à cette opinion. Mais pourquoi cette maladie pai'aît-eiie spéciale aux nègres du Congo? C'est ce qu'il serait important d'élucider.

TRAiTEMEiNT. Lcs résultats négatifs tournis par tous les moyens qui ont été essayés contre la maladie du sommeil ne permettent pas de lormuler un traitement .elficace.

On a employé inutilement les émissions sanguines locales appliquées à la nuque, aux masloïïles, ou à l'anus. Les purgatifs les plus divers ei les plus énergiques ont été administrés. On a largement usé des révulsifs, des frictions excitantes, pendant qu'on faisait des alfusions froides sur la tète. Dans tous les cas qu'il a traités, le docteur Guérin a appliqué un séton à la nuque. Le café, rationnellement indiqué, a été donné à toute dose pour combattre le sommeil, mais en vain. La faradisatiou cutanée n'a pas eu plus de succès.

Malheureusement tous ces moyens, jusqu'à présent, n'ont pu réussir à conjurer une terminaison fatale.

Bibliographie. — Clark. In Lond. Med. Gazette, 1840, septembre, p. 970. Et Edinburgh monthhj Journal ofMed. Sciences, 1842. Et Transact. of tke London Epidemiol. Society, I, HG. — Dangaix. Moniteur des liôintaux, 1861, n° 100. — Gaigneron, cité par DuriiouLEAU. Traité des Maladies des Européens dans les pays chauds. 1" édit., Paris, 1861, p. 101; et 2' édit., 1868, p. 159. — Nicolas. In Gazette hebdomadaire, 1861, octobre, p. 670. — Boudin. Annales d'hygiène imblique, etc., 2= séi". t. XVII, p. 69, 1862. — Hirscu. Handbuch der hislor.gcayraph. Path., t. IF, p. 658. — Guérin (P. M. A.). De la Maladie du sommeil. Tlièse de Paris, 1869. A. L. de M,

MALAHME DE WERLHOFF {Voy. PuRPUKa).

MALADIES RELIGIEUSE»» {Voy. FolIë).

9IALADRER1ES {Toy. Éléphantusis).

MALAGA (Eaux minérales et station hivernale de), athermales, bicarbonatées ferrugineuses faibles, carboniques faibles. Nous n'indiquons que pour mémoire les eaux ferrugineuses froides que signale M. le docteur Rubio dans la province de Mâlaga et auprès de la ville de ce nom. Cet auteur dit qu'elles émergent au bord du chemin de la Abadia, dans le lit du ruisseau le Peral, à la fontaine de Cerezo et près du pressoir de Bastant.

Nous devons étudier avec d'autant plus de soin les avantages et les inconvénients du climat de Mâlaga que nous avons passé sous silence, à dessein, Alicante et Almerîa qui sont regardées comme stations hivernales par presque tous les auteurs. Nous ne dirons rien non plus de Valencia parce que les conditions climatériques de ces trois ports de l'Andalousie sont à peu près les mêmes que celles de Mâlaga, à l'exception qu'elles sont beaucoup plus favorables dans cette dernière ville, qui est sans contredit, avec Séville, le séjour le plus agréable de toute la péninsule ibérique.

Jlâlaga, en Espagne, dans l'Andalousie, est une ville de 70,000 habitants et un port sur la mer Méditerranée; elle est le chef-lieu d'une intendance. La ville, assise sur le torrent Guadaljore, est remarquable par une promenade nommée l'Alameda, plantée de beaux arbres et ornée de statues de marbre blanc, par sa cathédrale et son palais épiscopal, par ses aqueducs, par ses doubles murs, par la tour de Pimentai et par ses trois châteaux forts de Gibralfaro, d'Atarazana et d'Alcazaba. Le port, fermé par un môle, est éclairé par un phare à loyer tournant.

MALAGA (eaux MiNÉr.ALES de). 2'Jl

Mâlaga, par 36"'42' de latitude et par 6H8' de longitude, a été bâtie au fond d'un golfe limité par la pointe de los Cantales, incliné au sud et complètement découvert du coté du large ; la ville est abritée au nord et à l'est par une chaîne de montagnes qui n'a d'interruption que dans un seul point et très-peu protégée du côté de l'ouest. La montagne du nord a 1,000 mètres d'élévation ; la Cordillera s'abaisse progressivement de l'E. à l'O. et forme une vallée où les vents du N. 0. ont un accès assez facile. La base de ces montagnes qui ont reçu les noms de Chiurana, de Jonquera et d'Altron est couverte de figuiers sauvages, d'oliviers, d'amandiers, d'orangers, de citroimiers, de cactus et surtout de vignes qui produisent des raisins que l'on fait sécher [pasas) et dont les plus beaux sont exportés surtout en Angleterre et en France. Les moyens et les petits servent à faire les vins sucrés qui constituent le commerce principal de Mâlaga. La culture du cotonnier, de la canne à sucre et de la cochenille a réussi dans ces derniers temps et produit une récolte qui, chaque année, acquiert une plus grande importance.

C'est de l'E. que souffle surtout le vent à Mâlaga ; les points d'où il vient le ])lus souvent ensuite sont le N. 0., l'O., le S. 0.,leS. E., le N. E., leN. et le S. Les Espagnols appellent levante le vent de l'E., ponente celui de l'O., vendehal c lui du S. 0. lorsqu'il est fort, leveche lorsqu'il est faible; les autres vents de Mâlaga sont des vents de terre désignés sous le nom de terrai. Le levante apporte, eu général, une assez grande humidité et tempère les grandes chaleurs, il existe yen en hiver; le ponente donne au contraire la sécheresse et le beau temps, mais c'est lui qui est le plus froid pendant la mauvaise saison ; le vendehal apporte la tempête, c'est le plus froid et le plus humide. Le vent 'du S. E. correspond au siroco et, cependant, il est doux et agréable pendant les mois de novembre, de décembre, de janvier, de février et de mars ; celui qui vient du S. 0. est tiède et facilite la respiration de ceux surtout qui n'ont pas les voies aériennes dans un état d'intégrité complet. Le vent du N. est rare et cela se comprend aisément à cause de l'élévation des montagnes à cette orientation. La température hivernale est abaissée pendant sa durée, mais il rend le ciel plus clair et chasse les nuages. Le vent du N. E., en passant sur la sierra Nevada {chaîne de montagnes couvertes déneige), prend une température beaucoup moins élevée, aussi est-il le plus froid des vents de l'hiver. Le terrai, qui n'est autre chose que le mistral, passe au travers de la solution de continuité de la chaîne des montagnes du N. et de l'E., en apporte une certaine quantité de sable qui se substitue à l'eau vésiculeuse de l'air: il ne dure presque jamais plus de quarante-huit heures de suite pendant lesquelles le thermomètre baisse en hiver.

M. le docteur Martinez y Montes a pris très-exactement, pendant neuf années, la température des différentes heures du jour à Mâlaga et il a trouvé que la moyenne de l'année est de 19",! centigrade, que la chaleur moyenne de l'été est de 29",8, que celle de l'automne est de 16", o, que celle de l'hiver est de 13°,l et qu'enfin celle du printemps est de 20", 3. La température moyenne de chacun des mois de la saison d'hiver est, suivant le même observateur, de 19", 8 centigrade pour le mois d'octobre, de 16", 3 pour novembre, de 12",6 pour décembre, de 11",? pour janvier, de 12", 7 pour février, de 14", 8 pour mars et enfin de 17",6 pour le mois d'avril MM. les docteurs Edwin Lee et Boudin qui ont aussi expérimenté la température de Mâlaga ne sont pas tout à fait arrivés aux mêmes résultats. Amsi M. Lee n'indique pas une variation de températiire s'élevant au-dessus de 2" centigrade par jour à Mâlaga, taudis qu'on se souvient qu'à Madère et en

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particulier à Funclial, la variation est quelquefois d'au moins 6°,5 centigrade par vingt-quatre heures. Suivant M. Boudin la température moyenne des douze mois de l'année diffère sensiblement de celle que nous venons de donner d'après le travail de M. le docteur Martinez y Montes, M. Boudin dit que la température moyenne de Tannée est, à Mâlaga, de 20" centigrade, celle de l'hiver de Ï5°,l , celle du printemps de 18''2, celle de l'été de 21", 6 et celle de l'automne également de 21°, 6 centigrade. D'après nos observations personnelles et surtout d'après les renseignements que nous avons pris àMâlaga, nous sommes porté à penser que la statistique de M. Martinez est la plus exacte et la plus complète et que l'écart de température journalière que M. Lee n'évalue pas à plus de 2" centigrade est beaucoup plus considérable et s'élève à environ 6" à 7° centigrade. Ce qui est certain, c'est qu'après le coucher du soleil la température s'abaisse le plus sensiblement, et cependant il est très-remarquable que la fraîcheur des nuits ne soit jamais assez marquée pour que les habitants aient senti la nécessité de garnir de vitres les châssis do leurs fenêtres, clos seulement la nuit par des volets de bois qui garantissent plus contre la lumière que contre le froid et l'humidité. Si le thermomètre conserve à Mâlaga une assez grande régularité, le baromètre est encore plus stable; sa hauteur moyenne est de 762 millimètres. Les pluies sont très-peu fréquentes, mais elles sont intenses pendant qu'elles existent ; c'est surtout du mois de septembre au mois de décembre qu'elles arrivent. Leur hauteur moyenne dans une année est de 420 millimètres seulement d'après M. Lee. L'air de Mâlaga est remarquablement sec dans les quartiers de la ville qui ne sont ])as trop voisins de la mer; aussi le iinge imbibé d'eau cesse-t-il promptement d'être mouillé et les sels déliquescents à un haut point s'effleurissent très-lentement à Mâlaga, pendant le jour au moins; car, pendant les nuits, il y a quelquefois une rosée assez abondante. C'est le rayonnement tellurique qui accélère surtout la végétation que les pluies ne pourraient seules entretenir. Le ciel est presque toujours clair à Mâlaga. M. Martinez résume ainsi la moyeime des jours pendant les 454 jours qu'a duré son observation. Le ciel a été serein pendant 219 jours, légèrement nuageux pemlaut 109 jours, couvert pendant 76 jours, pluvieux pendant 29 jours et brumeu.v 1 jour seulement.

Mâlaga est, selon nous, le poste d'hiver le plus complet qui existe sur les bords do la mer Méditerranée. Nous avons vu que dans presque toutes les autres stations, les malades, et particulièrement les phthisiques, ne peuvent utilement prolonger leur séjour au delà du mois de février ou de mars pendant lesquels le mistral souffle avec une telle violence qu'il pénètre, malgré toutes les précautions, dans les appartements les mieux clos. Il n'en est pas de même à Mâlaga, qui peut devenir alors un séjour complémentaire que nous avons plusieurs fois utilisé avec un grand profit pour les malades. Ils doivent être prévenus cependant qu'd faut garder le lit ou au moins la chambre pendant les deux ou trois jours que souffle le terrai. Les poitrinaires, quel que soit leur tempérament, ceux surtout qui ont une constitution assez peu excitable, se trouvent, engouerai, très-bien de passer la mauvaise saison à Mâlaga dont le climat sec a une action tonique et reconstituante qui leur permet de revenir dans leur pays avec une amélioration souvent très-manifeste. A. Rotuheau.

Bibliographie. — Martinez y Mo.Mtz. Topographia niedica de la ciudad de Mdlaga. Mâlaga 1852. — Lee (Edvviii). Spain and ils climates, p. 04. — Boldix. Géographie et statistique mcdicnles, l. I, p. 255. — Ûelaborde (Alexandre), itinéraire en Espagne. — Delà vigne (Germond). Itinéraire en Espagne et en Portugal. Paris, 1861. — Gigoi-Suaud (L.). Des elimats sous le rapport hygiénique et médical, guide prnii'2Uc dans les régions du globe les plus

MALAIRE (os), 293

propices à la guérison den maladiex chmniques. Paris, 18()'2, in-12, p. 5i5-559. — Lambron (Eiiiest). IjCS Pijrcnées et les eaux thermales sulfurées de Bacjncrps-de-Luchon . .. . Indications générales pour le choix d'une résidence d'hiver. Paris, 1864, in-12, p. 1002-1063.

WALAGIJETTA. Synonyme de Maniguette, appliqué comme ce dernier mot e^nx Graines de Paradis, et, par extension, à un certain nombre d'autres produits, qui n'ont entre eux d'autres rapports que d'avoir une saveur piquante plus ou moins poivrée {Voij. Maniguette). Pi-.

SALAIRE (0>;). Os de la face, situé sur la partie latérale et supérieure du maxillaire supérieur, qu'd unit, d'une part, à l'apophyse zygomatique du tem[)0ral, d'autre part, à l'apophyse orbitaire externe du frontal et à la grande aile du sphénoïde. On l'appelle aussi os jugal ou zygomatique, puisqu'il complète l'espèce d'arc-boutant osseux qui unit le crâne à la face, et os de la pommette, à cause de la saillie des téguments qu'il détermine.

Aplati de dehors en dedans, l'os nialaire a la forme d'un quadrilatère irrcgulier,dont deux angles sont situés sur une ligne verticale, et les deux autres sur une ligne horizontale. Une de ses faces regarde en dehors et un peu en avant, l'autre, en dedans et un peu en arrière.

La face externe ou cutanée de l'os malaire est verticale, lisse, convexe dans le sens antéro-postérieur. Elle présente plusieurs petits orifices, qui livrent passage à des nerfs, et donne attache, en bas, au muscle grand zygomatique et au muscle petit zygomatique, quand il existe. Cette face est recouverte, dans une grande partie de son étendue, par le muscle orbiculaire des paupières.

La face interne ou temporale, légèrement concave, présente, à sa partie supérieure et antérieure, une apophyse aplatie qui s'en détache pei'pendicnlairement, et qui est désignée sous le nom d'apophyse orbitaire. C'est une lame triangulaire, •A base postérieure et supérieure, recourbée d'avant en arrière, dont la face supérieure, concave, fait partie de la paroi externe et un peu du plancher de l'orbite et offre un ou deux orifices malaires internes , dont lu face inférieure, convexe, fait partie de la fosse temporale. Le bord supérieur de l'apophyse orbitaire est dentelé et anguleux, et s'articule avec le bord externe de la facette orbitaire de la grande aile du sphénoïde ; son bord externe s'unit à angle mousse avec le bord supérieur et antérieur de l'os malaire ; son bord interne s'unit avec la face orbitaire du maxillaire supérieur.

Au-dessous de l'apopliyse orbitaire, la face interne de l'os malaire présente, en arrière, une surface lisse, qui concourt à former la paroi externe de la fosse zygomatique, et sur laquelle on voit un ou plusieurs trous malaires ; en avant, une surface triangulaire, extrêmement raboteuse, qui s'articule avec l'apophyse nialaire du maxillaire supérieur.

Des grands hords de l'os malaire, deux sont supérieurs : l'un antérieur ouorbitaire, est semi-lunaire, mousse, arrondi, et forme le tiers externe de la base de l'orbite; l'autre postérieur ou temporal, mince, sinueux et recourbé en S italique, donne attache à l'aponévrose temporale. Des bords inférieurs, Vantérieur, trèsinégal, dentelé, s'articule, avec l'apophyse pyramidale du maxillaire supérieur ; l'autre postérieur ou massétérin^ presque horizontal, est épais, tuberculeux et. donne insertion au muscle masséter.

V angle supérieur ou frontal de l'os est le plus allongé et le plus épais des quatre. Formé par la convergence des deux bords supérieurs de l'os et de l'apo-

20//. M AL Al SI E.

physe orbitaire, il est vertical et se termine par des dentelures profondes, par les- (juelles il s'unit intimement à l'apophyse orbitaire externe du Irontal. Vangle postérieur ou zygomatiqiie, plus large et plus mince que le précédent, est taillé en biseau aux dépens de son bord supérieur, et s'articule avec l'extrémité de l'apophyse zygomatique, qui repose sur lui. h' angle antérieur, mince et aigu, s'unit au maxillaire supérieur au niveau du trou sous-orbitairc ; \ angle inférieur, enfin, est droit, ou même obtus, et s'articule avec le bord externe de l'apophyse malaire du maxillaire supérieur. Un tubercule, appelé tubercule malaire, se voit trèsprès de cette union.

Ainsi donc, l'os malaire s'articule avec le maxillaire supérieur, le frontal, le sphénoïde et le temporal. Il constitue la charpente de la joue et contribue à former les parois de l'orbite, de la fosse temporale et de la fosse zygomatique, ainsi que l'arcade zygomatique.

Composé presque exclusivement de tissu oompact, il est traversé par un ou plusieurs canaux dits malaires.

Cet os se développe par un seul point d'ossification, qui apparaît vers le cinquantième jour de la vie fœtale. M. Sée,

MALAISIE {Synonymie : Notasie, grand Archipel indien, Inde archipélagique, grand Archipel malais).

Définition. C'est le nom qu'on donne aujourd'hui à la portion la plus occidentale des trois grandes divisions de l'Occanie et qui comprend les groupes de .lava, de Sumatra et de Sumbava-Timor, qu'on appelle aussi îles de la Sonde; l'archipel des Moluques, le groupe de Célèbes, le groupe de Bornéo et l'archipel des Phihppines.

Le nom de Malaisie est tiré de celui de la race indigène prépondérante en cette partie du monde, les Malais. La Hollande et l'Espagne se partagent aujourd'hui cet immense domaine. Cependant, l'Angleterre et le Portugal y occupent quelques points, et la moitié du pays est encore indépendante de fait.

Position géographique. La Malaisie s'étend entre le lO"' degré de latitude S. et le 19« de latitude N. et entre les 90*^ et 128* de longitude 0.

TopofiBAPHiE. Elle se compose d'une multitude d'îles de toutes grandeurs depuis Bornéo dont la superficie est plus considérable que celle de la France, jusqu'aux rochers de corail dont le nombre et l'étendue augmente sans cesse par le travail incessant des zoophytes. Toutes les îles de quelque importance sont montagneuses et la plupart de constitution volcanique. Il en est qui ne sont formées que d'un seul volcan dont la base plonge dans les flots; d'autres, comme Java, déroulent un véritable chapelet de ces cônes éruptifs. Java en compte quinze en activité et un nombre plus grand d'éteints ; Sumatra en compte cinq en ignition; les Philippines au moins autant, etc.

Les volcans de Java ont ceci de particulier qu'ils ne vomissent plus guère aujourd'hui de laves ou de matières en ignition, mais des masses énormes de boue liquide et sulfureuse et des torrents d'eau bouillante chargée d'acide sulfurique. Ces eaux corrosives dissolvent les roches dans les entrailles de la montagne et il arrive un jour où la croûte amincie cède à la pression des vapeurs et fait explosion, laissant passer des flots dévastateurs qui inondent la contrée à plusieurs lieues à la ronde. Il arrive même que la montagne entière s'effondre et disparaît engloutie dans un lac de boue, entraînant dans la catastrophe, villages et h;tbitants. C'est ce qui a eu lieu en 1772, 1817, 1822.

Les îles Nias qui dépendent du groupe géographique de Sumatra, les Moluques, etc., ne sont pas moins que Java exposées aux catastrophes volcaniques et aux tremblements de terre. Sous les splendeurs d'une végétation exubérante qui couvre jusqu'au sommet des montagnes, la terre cache des fentes et des crevasses qui lancent des torrents de vapeur sulfureuse. En 1845, à la grande Nias, la terre et la mer s'étreignirent en d'horribles convulsions pendant 9 minutes. Une montagne entière, VEarifa, avec un village et une multitude d'Iiabitations rurales disparurent dans le gouffre, et les bâtiments à l'ancre furent lancés à 160 pieds dans l'intérieur des terres, «quoiqu'ils fussent éloignés de plus de 1 lieue de la montagne. Un événement à peu près semblable eut lien à l'île Banda (Moluques), en 1855, et nous en pourrions citer beaucoup d'autres.

Les montagnes de la Malaisie atteignent des hauteurs très-diverses, mais le plus hautes, qui sont dans l'île de Java, ne dépassent pas 4,500 mètres. C'est presque la limite des neiges perpétuelles sous l'équateur ; aussi sont-elles souvent couronnées de glace et la végétation des hauts sommets présente-t-elle tous les caractères de la flore alpestre.

Les rivières sont nombreuses. Les plus grandes sont à Bornéo et à Sumutra. Celles de Bornéo sont même navigables pour les plus grands bâtiments dans une étendue considérable, et, durant la saison des pluies, des navires calant de 12 à 15 pieds peuvent remonter jusqu'au centre du j.ays. Dans les îles de moindre étendue qui sont parcourues d'un bout à l'autre, par une ou plusieurs chaînes de montagnes, comme Java, par exemple, les rivières dont le cours est transversal sont nécessairement moins importantes. Tous les fleuves et rivières de la Malaisie ont cela de commun qu'ils débordent, dans la saison des pluies, entraînant des montagnes où ils prennent leur source un limon fertile qu'ils déposent tout le long de leur cours et qui fait la richesse de l'agriculture. Cependant, les alluvions qu'ils entraînent en trop grande abondance ont aussi un inconvénient : celui de déterminer des deltas fangeux à leur embouchure et des marécages dans toutes les dépressions de terrain qu'ils rencontrent sur leur parcours. C'est ainsi que la côte orientale de Sumatra est en grande partie rendue inhabitable.

Des plaines alluviales entrecoupées de rivières et de marais composent en résumé la topographie de cette région couverte de forêts impénétrables et où la circulation n'est possible que par le lit des rivières. Les miasmes qui s'en dégagent lui ont valu des marins le nom de « côte de la peste. » La population ne consiste qu'en quelques hordes nomades qui parcourent dans leurs chétives embarcations ces lieux solitaires ; les villes qui furent jadis construites dans les locahtés les plus favorisées, à l'embouchure des principaux fleuves, ont été peu à peu reléguées à plusieurs lieues du bord de la mer par la formation progressive des atterrissements.

Une grande partie de Bornéo, la plus considérable peut-être, est dans des conditions analogues. A Java, oii les rivières ont plus de pente, les inconvénients sont moindres ; cependant les villœ que les Hollandais trouvèrent, il y a deux siècles et demi, établies sur les bords de la mer et Batavia elle-même qu'ils construisirent dans la même condition en sont aujourd'hui très-écartées. Sans doute l'assiette de Batavia a été en partie déplacée par le gouverneur Daendels et ses successeurs, mais je parle de l'ancienne ville construite sur les ruines de la cité indigène de Jacatra, au bord de la mer, et qui se trou\e éloignée aujour-

296 MALAISIB.

d'huide plus cle5, 000 mèlresdela rade par suite de l'accroissement continuel des alluvjons sur le littoral. La population extrèmementdense de Java forcée d'asservir de plus en plus le sol à ses besoins ne permet pas aux marécages de s'étendre dans la même proportion que dans les îles peu peuplées de Sumatra et de Bornéo. Un syslème compliqué de canaux contient ou régularise les inondations et en tire parti pour l'agriculture. Les rivières y sont d'ailleurs plus encaissées et ont plus de pente que dans les deux autres grandes îles. Cependant les déserts fangeux et couverts de jungles de la province de Bantam font un lugubre contraste avec les campagnes florissantes des autres parties de l'ile de lava.

Les lacs sont nombreux dans les grandes îles de la Malaisie. On en trouve à tontes les hauteurs et bien des cratères éteints recèlent aujourd'hui dans leur vaste excavation une nappe d'eau dormante. Près du village de Siampore, dans l'ilc de Sumatra et à une altitude considérable, se voit un lac long de 20 milles et large de 12 à 15. Sa profondeur est de 80 brasses el il est encadré de montagnes dont deux sont ignivomes. L'Indrargéri, un des principaux fleuves de l'île, y prend sa source.

La carte hypsograpliique de Mûller en indique un autre situé à 6,000 mètres de hauteur, près du volcan Mérapi, dans la même île. On en connaît aussi dans les Philippines, aux Célèbes, aux Moluques, à Bornéo.

MiNijRALOGiE. Ce serait une tâche tout à fait hors de proportion avec le cadre qui nous est tracé et les limites qui nous sont imposées que d'entreprendre la description géologique de la Malaisie. La multitude d'îles non moins que la grande étendue de beaucoup d'entre elles et leur variété s'oppose à tout tableau d'ensemble. Nous devons donc nous borner à signaler les minéraux précieux à (liflérents titres que ces îles renferment. Java la plus riche à tous autres égards est la plus pauvre en métaux. La lignite, le naphte, V asphalte et les mines de sel, sont jusqu'à ce jour ses seules richesses minéralogiques. Sumatra possède de l'or, du cuivre, du fer, de Yarsénic, de Vétain, du pétrole et de la lignite. Grawfurd porte à 36,000 onces d'or la quantité annuelle extraite de l'île de Sumatra.

L'acier fabriqué par les Malais de Menang-Kabo (Sumatra) , passe pour aussi bon que le meilleur qui se fabrique en Europe. Banka, île de moyenne grandeur, voisine de la précédente, est célèbre dans le monde entier pour l'excellence de l'étain qu'on y recueille. Le gisement s'étend par toute l'île qui n'a pas moins de 112 myriamètres carrés; il est enveloppé d'une couche d'alluvion noirâtre mais peu profonde, de sorte que l'extraction du métal est facile. En 1844, les mines ont fourni 1,757,225 livres d'étain et la production a dû beaucoup augmenter depuis. Indépendamment de l'étain, Banka renferme de ïargent, du cuivre, du plomb, de Varsénic, du fer, de Vaméthyste et du cristal de roche. L'île de Bilitoen qui touche presque à la précédente en est comme une succursale au point de vue des mines d'étain ; mais le gouvernement hollandais y lait exploiter de préférence le fer qui s'y trouve à la superficie du sol à l'état oxydulé magnétique et on en fabrique, sur place, de l'acier ,

Le sol de Bornéo est le plus riche de la Malaisie, au point de vue minéralogique : le diamant, l'or, le platine, le fer, le cuivre, le charbon y sont les principaux produits de ce règne. Landak et Langouw sont les deux localités cil les naturels et les Chinois très-nombreux à Bornéo recherchent surtout le diamant. C'est toujours dazis des couches de gravier et de galets, à une prolbn-

xMALAîSlE. :07

ilenr de 20 à 25 pieds, et dans les flancs des coteaux à pente douce que se trouvent les dépôts de cette pierre précieuse.

On en rencontre aussi quelquefois dans le lit de la rivière de Djambi, mais la recherche en est difficile.

Les mines d'or de Montrado, de Mandor et de Lara sur la côte occidentale de Bornéo occupent au moins huit mille ouvriers.

Le plaline est plus rare (jne l'or. L'antimoine est très-abondant. La ville de Sadong a pris une grande importance grâce à l'exploitation de ce métal.

A Célèbes plusieurs districts sont riches en terrains aurifères : toutes les mines connues se trouvent dans la péninsule septentrionale.

L'or en paillettes ou en grains est obtenu au moyen de lavage, comme ù Bornéo, et il s'en perd beaucoup par les procédés imparfaits de manipulation. Le minerai d'or est ordinairement accompagné de cuivre, quelquefois de platine. Le cuivre existe aussi isolément et en dépôts considérables; les indigènes s'en servent pour confectionner des ustensiles de ménage, des bracelets, etc. L'étain y existe aussi mais en moindre quantité qu'à Banka. Avec le fer et l'acier les naturels fabriquent des armes élégamment damasquinées et d'une trempe excellente.

On trouve aux Philippines de l'or en paillettes dans le lit de quelques rivières, mais son extraction a été jusqu'ici fort négligée. 11 en est de même des mines d'argent, de fer, de cuivre, de plomb, de mercure qu'on dit y exister.

Botanique. 1" Géographie botanique. Dans presque toutes les îles de la Malaisie, la végétation est d'une richesse luxuriante. Les pentes des montagnes, les vallées et les terrains d'alluvion en général, sont couverts de cultures ou de forêts vierges.

Il n'est même pas rare que les bois envahissent jusqu'aux plus hauts sommets des montagnes. Les îles et les parages où celles-ci manquent, sont moins bien partagées parce que les rivières plus rares et moins profondes n'arrosent qu'imparfaitement la terre. Les terrains calcaires et granitiques sont peu fertiles : cependant il n'y a que les crêtes décharnées des montagnes primitives qui se refusent à toute végétation de haut jet.

Les Moluques sont de toutes les îles du grand archipel indien les moins fertiles et les moins boisées; Java, au contraire, occupe le premier rang sous ce rapport. La fécondité du sol, la variété et la profusion des espèces végétales qui se disputent l'espace, sont telles qu'on ne saurait f;îire un pas hors des sentiers battus sans une hache à la main pour se frayer la voie. Les plantes croissent sur les plantes; des milliers de parasites s'acharnent sur les géants de la forêt, les serrent de leurs bras noueux, s'entrelacent, descendent vers le sol, remontent à la cime et fournissent à leur tour un point d'appui aux lianes dont les tiges entre-croisées s'élancent d'une cime à l'antre, et forment avec le feuillage des arbres un dôme de verdure à travers lequel les rayons du soleil ne fournissent qu'une clarté douteuse. A une hauteur de 7,000 pieds, alors que la terre végétale devient rare et l'air froid, la végétation commence à se montrer rabougrie et clair-semée; de nombreuses espèces de mousses couvrent les troncs, de longues barbes d'Usjiées pendent des branches. Des troncs courbés, des rameaux tortus, un feuillage nain, roide et sec caractérisent les arbres et les buissons de cette haute région. C'est la flore alpestre et son triste aspect qui succède aux splendeurs de la végétation exubérante des tropiques.

Voici les éricées et surtout les vaccinie'es, arbustes dont le nombre domine celui des rliododemlron, leptospermum et myrica qui sont des arbres.

La grande famille des figuiers ne compte plus qu'un seul représentant : le ficus heterophilla qui croît en broussaille. Des fougères peu différentes de celles d'Europe se mêlent aux précédents. A. la cime du mont Gedé (9,000 pieds) croît abondamment un chèvrefeuille [lonicera), un lujpericum, un bellis, un gnaphalium arborescent, une valériane, une renoncule, une siuertia et jusque dans les cendres volcaniques une petite gentiane^ formes végétales qu'on ne s'attendrait pas à rencontrer sous une latitude de 6 degrés, mais qui diffèrent cependant, comme espèces, de toutes celles connues en Europe. Les cryptogames seuls [ont exception vu que le plus grand nombre ne diffèrent pas de ceux d'Europe, à tel point que quand on foule les pelouses formées par les Sphaignes sur la cime du Patocha, on se croirait, dit Temminck, transjjorlé dans les tourbières de la Hollande.

La végétation envahit donc tout l'espace, depuis les bords de la mer jusqu'à la cime des montagnes et même jusqu'aux bords des cratères en éruption, car certaines espèces de fougères, telles que le pleris aurita et le blechnum pyropliilum couvrent de leurs frondes les bords des gouffres dans lesquels des matières boueuses sont en ébuJlition. Les mêmes plantes servent de bordure aux mares sulfureuses et plongent leurs racines dans ces eaux acides. Il semble que la chaleur de la terre compense la iraîcheur de l'air sur les hautes cimes volcaniques. A ce luxe de végétation naturelle vient se joindre, en l'île de Java, la fécondité produite par de nombreuses cultures exploitées avec persévérance par des millions de bras. Des rizières immenses s'étendent à perte de vue et donnent jusqu'à trois récoltes par an; des plantations de café couvrent le flanc des montagnes ; la canne à sucre et le thé récemment introduit de Chine fournissent dos produits abondants.

Les autres îles de la Malaisie ne sont ni aussi fertiles, ni aussi bien cultivées que Java ; mais toutes possèdent plus ou moins des cantons en culture et des beautés naturelles et pittoresques. Sumatra produit en plus grande variété ([u'aucune autre les bois de construction, d'ébénisterie, de teinture, et ceux à gomme et à résine. On y cultive le cotonnier, le caféier^ le tabac, \' indigotier , le riz qui fait la base de la nourriture des indigènes et plusieurs plantes de la famille des légumineuses. Le camphre de Sumatra, le meilleur du monde, est tiré du Bryobanalops camphora et s'exporte au Japon oîi on le mêle au produit du laurus camphora pour être ainsi consommé ou livré au commerce européen.

Une exploration scientitique, faite par des Anglais, a fait découvrir à 4" de l'équateiir et à une hauteur de 1,700 mètres seulement, une flore alpestre dans l'île de Sumatra. C'est au sommet du Goimong-Bonko, à 18 milles du port de Benkonlen, que s'est montré ce phénomène tout à fait remarquable à si petite distance de l'équateur et à une si faible altitude. Le sommet de cette montagne est couvert de Vaccinium, de Wwâodendron, à coté d'une nouvelle espèce de myrtacée, tandis qu'une mousse épaisse tapisse les rochers et les troncs des arbres.

Une merveille d'un autre ordre nous a été révélée par un Anglais encore. Le D'' Arnold découvrit à Sumatra la plus grande fleur connue qu'il dédia à sir Staniford P.afles, alors gouverneur (pour l'Angleterre), et qu'il appela en conséquence Raflesia. Cette Heur, qui a la forme d'un choux énorme, a 8 pieds de circoniérence et ne pèse pas moins de 15 livres. Ajoutons, pour que rien ne manque à un tel prodige, que cette fleur croît et s'épanouit sans tige ni feuille, et qu'elle constitue presque tonte la plante, car la mince lacine qui l'attache à la terre n'a pas G ponces de longueur. La suhsiance des pé'ales et du nectaire est nourrissante et

probablement très-azotée, car elle exhale une odeur de viande. C'est une plante parasite qui pousse sur les racines et le tronc du Cissusangustifolia. Elle se forme et croît sous une enveloppe globuleuse, comme plusieurs plantes de la famille des Champignons. La Raflesia a depuis été trouvée dans d'autres îles de la Sonde.

Les Moluques sont célèbres par leurs arbres à épices. C'est aux îles volcaniques que croissent de préférence le poivrier, le rmiscaclier, le giroflier, le cannelier. Du reste on ne saurait les mettre en parallèle avec le sol magnifique et inépuisable de Java. Autant les terres incultes sont rares en cette dernière, autant les terrains cultivés sont rares aux Moluques. La nature pierreuse et rocailleuse du sol n'est guère propre aux entreprises agricoles de quelque importance et la culture obligatoire des arbres à épices absorbe tout le labeur des habitants. En outre, ces îles sont peu peuplées et le palmier-sagou qui fournit à la nourriture des habitants n'exige aucun soin de leur part.

Ce'lèbes est fertile, mais peu cultivée, d'autant moins que le système des cultures obligatoires et des corvées n'y a pas encore été établi par les Hollandais comme dans les autres îles.

Les Philippines, très-fertiles, mais encore livrées à la barbarie pour les S/^ de leur étendue et aux Espagnols pour l'autre quart, ne produisent pas beaucoup, en comparaison de ce qu'elles pourraient donner. Le tabac, le riz et le sucre en sont les principales denrées.

Timor est de toutes les grandes îles la moins favorisée par la nature. 2° Nomenclature des principales familles. Après ce coup d'oeil général sur la géographie botanique de la Malaisie, nous passerons en revue les principales familles végétales dont nous ne citerons guère que les espèces qui intéressent l'hygiène et la matière médicale.

î" Monocotylédones . Plusieurs plantes qui croissent dans les marais et les eaux stagnantes ressemblent à celles d'Europe ; telles sont celles des genres lotus, nymphœa, urticularia lemna.

Les Pandanées, les Cypéracées, les Restiacées sont abondantes. La grande famille des Graminées est représentée par Oryza saliva et glutinosa, Zea maïs, Saccharum officinarum, Bambusia. Les Bambous acquièrent une hauteur et une grosseur extraordinaire et contribuent avec les Palmiers et les Fougères arborescentes à donner un cachet spécial à la végétation.

Les principaux palmiers sont le cocos niicifera, le metroxylon sagus qui donne le sagou, Vuncaria gambir dont on extrait le cachou. On tire aussi ce produit de Varcea catechu. Le suc de l'arcea fermenté avec du riz se transforme en une liqueur fortement alcoolisée, Varac.

VArenga saccharifera fournit aux indigènes du sucre qu'ils préfèrent à celui de la canne et une liqueur fermentée, le toddi.

Le palmier Nipa et le Calamus rottan (rottang) abondent dans les terrains d'alluvion, rendent souvent inaccessibles les berges même des rivières et opposent le plus grand obstacle à la circulation.

Citons encore le Sangdragon {Calamus draco) et le palmier à éventail {Chamœrops humilis),

Liliacées : Diverses espèces d'aloës.

Dioscoréacées : Agave, Dioscorea hirsuta, plante vénéneuse.

Broméliacées : Ananas.

Masacées : Bananier en variétés innombrables.

oOO MALAlSIE.

Amaryllidées ■ Scilla marilima, Radix toxicaria, ('métique puissant usité par les indigènes contre les intoxications ot contre les blessures empoisonnées.

Amomacées : Maranta indica (arrow-root) , gingembre.

Orchidées : Vanilla planifolia, aromatica importée à Java en 1825.

2" Dijcotylédonées. ùjcadées, Conifères, Cupulifères dont le genre quercus forme des forêts entières.

Pipéracées • piper nigrum, piper bétel.

Artocarpées . arbre à pain ; ficus elastica qui donne le caoutchouc ; Sycomore, Cannabis indica \e\ saliva qui sert à préparer le haschisch; Antiaris toxicaria, arbre gigantesque dont l'écorce laisse écouler après incision un suc laiteux qui sert aux Dayaks pour empoisonner leurs llèches.

Eiiphorhiacées : Riciniis comtnunis; Aleurites moluccana; Curcas purgàns; Croton-tiglium , hnra crepitans ou sablier dont les feuilles ont été essayées sans grand succès contre la lèpre, mais qui paraisser.f, avoir plus d'efficacité en application topique contrôla frambœsia : Manhiot utilis&nna (manioc, pain de cas^ave).

Laurinées : Cinnamomum zeylanicum (cannellier) , Dryobasialops campnora .; laurus persea (avocat).

Myristicacées : Myristica fragrans (muscadier).

Apocynées : Strychnosticuté ou IJpasIicuté ^erl avecl'antiaris, déjà cité, et avec d'autres apocynées du genre nerium à empoisonner les flèches. Une plante de la même famille, VOphioxylon serpenlimim, passe pour le contre-poison.

Solane'es : Datura stramoniimi ; Nicotiana tabacum ; Solamim tuberoswn ; Solanmn ovigerum; Capsicum annuum.

Verbénacées : Tectona grandis, vulgairement Teck, l'un des plus beaux arbres qu'on connaisse et le plus durable dans les constructions, forme des forèls entières.

Ebénace'es : Ebenus ; Styran benzdi.

Ruhiacées : Caféier, Cinchonas importés d'Amérique et cultivés avec succès. Nauclea orientalis, lébi'iliige.

Rhizophorées, forment des forêts aux bords de la mer et T. l'embouchure des rivières sur les terrains alternativement inondés et abandonnés par l'eau salée. Contribuent à l'insalubrité du pays.

Oinbellifères : Hydrocotyle asiatica préconisé contre la lèpre et les affections herpétiques.

Rliamnées : Ziziphus jujuha, dont l'infusion tonique et amère donne de bons résultats dans le traitement des diarrhées atoniques et de la dysenterie chronique.

Myrtacées : Syncarpia vertholenia, espèce de bois de fer ; Melaleiieca leucodendron et cajeputi, dont les feuilles fournissent une huile bonne en frictions contre le rhumatisme et que les indigènes prennent à l'intérieur contre certaines maladies de l'estomac. On l'a vantée pour le traitement du choléra asiatique, sans beaucoup de raison, je crois ; Caryophijllus aromaticus (giroflier) ; Punica granatorinm, très-efficace contre le tieina.

Légumineuses : Indigofera tinctoria; Acacia catechu, donne du cachou; Tamarindus indiens.

Térébenthacées : Mangifera indica, aux fruits délicieux.

Cactées : Nopal, sur lequel vit la cochenille.

Papavéracées : Papaver somnifemm, dont on tire un opium de qualité inférieure et en petite quantité.

Ménispermace'es . Anamirta coccuJus, dont le fruit louniit \\\\ suc vénéneux qui sert aux Dayaks de Bornéo dans la préparation de leur poison. On s'en sert aussi pour la pêche.

Rutacées : Quassia, Simaronha.

Meliacées : Licjuidambar alibujuiana, arbre gigantesque, le plus grand de la Malaisie et qui atteint une hauteur de 140 à 180 pieds.

Cédrélacées : Surecena mahocjoni, espèce d'acajou.

Cucurbitacées : Cilrillus edulis; cucumis melo.

Stercidiacées ou Bombacées : Piper' cubebce ; theobroma cacao, Duno libctliinus, dont leiruit est dit vulgairement ;;am des sinrjes, mais que les indigènes mangent aussi.

Malvacées : Gossypium arboreum el G. herbaceum (cotonniers).

Gnttifères : Mangoustan, au fruit délicieux.

Aurantiacées : Oranger ; Citronnier; Limonier.

Sapotacées : Acer javanicum (érable blanc) ; Nepheliutn cappaceum.

A une altitude de 3 à 4,000 pieds croissent en abondance les fruits et légumes d'Emope ; mais il est nécessaire de renouveler souvent les semences pour qu'elles ne dégénèrent pas. Le rosier fleurit toute l'année en ce climat délicieux et contribue à en embellir le séjour.

Faune. Elle n'est pas moins riche que la flore et nous devrons nous borner à en fournir un aperçu caractéristique.

Mammifères. 1° Quadrumanes répandus partout, excepté aux Moluques, présentent à considérer : l'orang-outang [Simia satyrus), plusieurs espèces de gibbons {Hylobates), de Semnopithèques, dont le plus curieux est le S. nasicus, et de Cercopithèques ; le Tarseum spectrum (dans l'ile Célèbes) jusqu'ici l'unique du gem-e ; le Stenops tardigradus de mœurs nocturnes.

2° Marsupiaux, à Célèbes et à Timor, mais inconnus dans les îles de la Sonde et aux Philiiipines, sont représentés par des Phalangers, particulièrement le Plialangista cavifrons.

0° Carnassiers. Plusieurs espèces de tigres, de panthères et de chats-tigres. Les plus remarquables sont le tigre royal, le tigre longibande, la panthère noire {felis mêlas) dont Temminck conteste l'existence, mais que d'autres naturalistes assurent avoir vu à Sumatra. A cette classe se rattache un carnassier anomal qui a la robe de la panthère, mais qui tient pour son genre de vie des Viverrins et des Ichneumons : c'est le Linsang gracilis de MùUer. Bornéo est la patrie unique de la Viverra-Boici et du Potamophilus barbatus qui forme la transition des Paradoxures aux Loutres. L'ours noir ou des cocotiers {Ursus malayanus) vit à Bornéo et à Sumatra. Cette île nourrit aussi une espèce nouvelle de chiens, Canis sumatranus , grand et bel animal.

4° Ruminants : Cervus equinus, très-grand cerf; Cervus russa , Antilope depressicornis (aux Célèbes), ruminant remarquable qui forme la transition des antilopes aux bœufs. Bos bubalus ou buffle domestique, probablement originaire de l'Inde continentale, et Bos sondaïcus, buffle indigène d'un naturel indomptable.

5° Rongeurs, représentés par des porcs-épics, des écureuils, des lièvres, dont le plus remarquable, Lepus melanonauchen, est propre à Java, enfin par les rats et les souris.

6" Pachydermes : Elephas sumatranus, distinct de l'élépliaut d'Asie et de celui d'Afrique, e,\iste à Sumatra, peut-être à Bornco, mais pas lillcurs. Ces deux

îles sont aussi la patrie unique du Rhinocéros bicorne et du tapir. Java nourrit le rhinocéros unicorne; Célèbes le babi-russa {sus babi riissa), animal singulier qui tient du cerf et du cochon. Les sangliers {sus vittatus et verrucosus) sont beaucoup plus cosmopolites. Bornéo possède en propre le cochon blanc (sms barbatus) ou Babi-puti, à tête hideuse et pourvue de longues moustaches.

6" Insectivores : Hyloniis suillius, genre nouveau et rare découvert par Mûller. Gymnura raflesii, semble servir de transition à la classe des Didclphes. Cet être singulier n'existe qu'à Bornéo et à Sumatra.

7" Chéiroptères. Java est la patrie de la plus grande des roussettes, le Péteropns cdîdis, dont les plus grands individus ont près de 5 pieds d'envergure et qui dévaste les vergei's. Les Pachysomes elles Vespertillions sont aussi très-nombreux dans toutes les îles ; les Galéopythèques, aux Philippines.

Nous signalerons eniin les animaux domestiques, dont les principaux sont le cheval, la vache, la chèvre, le mouton, le buffle ap[)elé karbo {bos bubalus), le chien et le chat.

Oiseaux. La classe des oiseaux est principalement représentée par les perroquets, le cacatoès, Voiseati du paradis, le lori, le colibri, le chanteur des montagnes {musicarpa cantatrix), le béo {gracula religiosa) qui apprend vite à imiter la voix humaine; quelques espèces de perdrix ; la [lOide sauvage [gallus bankiva et fuvcatus), le paon, compagnon du tigre, dont il annonce l'approche par son cvi aigu ; l'oiseau-rhiuocéros {Buceros lunatus), qui doii son nom vulgaire à la corne recourbée en faucille qu'il porte sur son bec.

La famille des pigeons se signale par Columbo malaccensis, Columbaœnece, Phasianella. Les oiseaux nocturnes sont : Strix flammea, Caprimidgus affinis. Les échassiers comptent des hérons et des cigognes, tels que Cantalus lactus, Ardea nigripes, Cicoyiia leucocephala, Ciconia capillata. Les Gallinacées sont remarquables par leur grossein- on l'éclat de leur plumage comme la potile et le coq d'Inde, le faisan doré. A cette tribu se rattache la section anomale des Mégapodes, qui ne couvent point leurs œufs, mais, à l'instar des reptiles, en confient l'incubation à la chaleur solaire ou à celle de la fermentation produite dans les détritus végétaux qu'ils accumulent à cet effet. Ces singuliers oiseaux construisent ainsi des monticules de terre et de feuilles en forme de tumulus où ils enfouissent les œufs isolément. C'est au mojen de leurs pieds qui sont munis de doigts plus ou moins préhensibles qu'ils élèvent ces monticules de plusieurs pieds de hauteur. On présume que, comme les reptiles encore, ils ne prodiguent aucun soin à leurs petits.

Le charmant oiseau nommé voleur de riz {fringilla orizofora) et le moineau franc importé de Hollande sont les passereaux familiers des maisons rustiques. Les niarfms- pêcheurs et chasseurs brillent par l'éclat de leur plumage.

Citons enfin deux espèces d'hirondelles ou plutôt de martinets, Cypselus esculentus et C. fucifagus, souvent confondus sous la désignation commune d'hirundo esculenta, qui fournissent les nids comestibles connus sous le nom de nids de Salanganes.

Ces nids, qu'on recueille deux fois par an dans les rochers caverneux voisins de la mer, se vendent jusqu'à 20,000 francs les 125 livres. 11 est vrai qu'il faut 50 à 60 nids pour faire une livre.

Reptiles. Crocodile {Crocodilus biporcatus), Monitor bivittatUs, tacerta azurea; Hemidactylus frœnatus, Platydactylus guttatus (Gekko). Les Crapauds et les Grenouilles représentent les Batraciens. Les Serpents sont nombreux, et

plusieurs sout venimeux, tels ([ue : Naja sputatrix, Trigonocejihalus rhodostomen, Elaps furcalus, et uu Hydrophis ou serpent de mer, répandu dans toutt la mer des Indes. Parmi les non venimeux, nous citerons le Python bivittatiis, qui atteint une longueur de '20 pieds et plus, et qui remplace le Boa couslrictor, inconnu dans la Malaisie.

Poissons. Us sont nombreux dans la mer, les lacs et les rivières, et la plupart sains et agréables. Quelques espèces, cependant, sont vénéneuses, et ce sont les seules que nous citerons : 1° le Tetrodon^ de la famille des Gymnodontes et le plus dangereux de tous; 2° et 3" Balistes monoceros et B. vetula, de la famille des Sdérodermes ; 4° Clupea nasus {Malacoptérygiens), espèce de Hareng; 5° l'espèce Chœtodon, de la famille des Squammipennes, et la Bonite {Scomber pelamys), d'une chair délicate et très-saine en temps ordinaire, acquièrent à certaines époques des propriétés vénéneuses. Ces observations, empruntées au docteur .van Leent, de la marine royale hollandaise, concordent parfaitement avec colles que nous avons faites nous-mème en Océanie, il y a douze ans {Topographie hygiénique et médicale de la Nouvelle-Calédonie, 1860; Thèses de Paris). Nous croyons avoir établi, par des expériences, que les poissons toxicopliores doivent généralement leur propriété malfaisante et trop souvent mortelle aux modillcations physiologiques qu'ils subissent à l'époque du frai, et que ce sont les œufs de l'animal qui renferment la plus forte proportion de principe toxique. C'est au point que quelques grammes d'œufs du Tétrodon occasionnent la mort, alors que la chair du même poisson ne produit que des accidents légers ou même point du tout. Nous avons fait la même observation à Cuba, sur des espèces propres à la mer des Antilles.

Mollusques. Céphalopodes : Sépia. Conchifères : huîtres, parmi lesquelles la Perlière donne lieu à une pêche fort active aux Moluques et aux Philippines. Crustacés. Genres Fragurus, Cancer^ Astacus, sont les plus communs. Les Gécarciens sont plus rares.

Arachnides, Scorpions de différentes espèces, dont la piqûre cause quelquefois des accidents douloureux et fébriles. On a même observé des cas mortels causés par le gros Scorpion des bois.

Les Phrynus et les Mygales (Araignées monstrueuses) sont presque aussi venimeux que les Scorpions.

Les Millepieds, Scolopendres, sont très-incommodes.

Insectes. Les Moustiques, les Cancrelats et les Fourmis, pullulent. Les plus terribles parmi celles-ci senties Fourmis blanches. Termes fatalis (Névroptères), qui ruinent tout et rendent inhabitables les lieux qu'elles envahissent. Dans les forêts, surtout à Java, ces insectes creusent et soulèvent le sol de façon à former une série régulière d'éminences que le Fourmiher {Munis javanica) a fort heureusement Je soin de creuser pour en manger les hôtes. Les Fourmis noires gâtent les aliments ; les rouges causent une piqûre cuisante.

Les Hyménoptères présentent à considérer l'Abeille commune {Apis meUifica)^ une espèce pas plus grosse qu'une tourmi {Apis meliita), et qui donne aussi le miel et la cire; le Bourdon des bois y qui creuse le bois et cause du dégât, même dans les maisons.

Les Hémiptères sont représentés principalement par les genres Cimex et Cicada.

Lépidoptères : Phalènes, Papillons, Bombix mora, ou Ver à soie du mûrier.

504 MA.LAiSIE.

Orthoptères : une Sauterelle verte qui dégage une odeur uisnpportahle; Mantis laticoUis, vulgairement Feuille ambulante, parce que, les ailes de l'insecte étant repliées, on le confond avec les feuilles des arbres auxquelles il ressemble parfaitement.

Aknélides. Sangsues {Hirudo vittata eijavanica), abondent à Java. Sumatra, Bornéo.

Échinodermes, très-nombreux. Les Holothuries ou Tripangs donnent lieu à une pèche fort active à Gélèbes et aux Moluques.

Pohjpes. Ceux du corail particulièrement sont partout sur la côte, et transforment sans relâche le fond de la mer.

^ Pour achever de donner une idée exacte de la richesse et de la variété de la l'aune malaisienne, et comme pour combler les lacunes que nous avons forcément laissées, nous reproduirons une appréciation faite par l'un des plus savants naturalistes de la Hollande, Temminck : « Cette zone géographique (la Malaisie), qui, dans plus de la moitié de son étendue territoriale, n'a pas encore été étudiée, nous offre dès à présent un nombre bien plus considérahie d'animaux que n'en fournit l'Europe entière. La quantité vraiment prodigieuse de mammifères, d'oiseaux, de reptiles, de poissons, de crustacés, dé mollusques, d'insectes et de zoophytes, surpasse de beaucoup, dans quelques classes, la richesse de la nature dans la vaste Afrique, les Antilopes de cette partie du monde seules exceptées. Ou peut établir, sans crainte de s'abuser beaucoup, que la population ailée des îles de l'archipel Indien égale et peut-être surpasse même en nombre la grande multitude d'espèces d'oiseaux trouvée dans l'Amérique méridionale. »

Clim.ivt. La Malaisie, située tout entière dans la zone intertropicale, appartient nécessairement à la catégorie des climats chauds et humides. Elle est coupée par l'équateur, s'avance jusqu'au 10" degré de latitude dans le S., et jusqu'au 19* vers le N.; ce qui nous fait préjuger une égalité de température dont l'ilc de Luçon seule est exceptée par sa situation au delà du 10^ degré. Celle-ci a, en revanche, le triste privilège des typhons, ouragans qui maïquent le renversement des moussons à la limite géographique imposée par la nature à ces vents périodiques. Durant l'été de l'hémisphère sud, le vent de N. 0. règne dans l'archipel Indien; il y porte le nom de mousson d'O., mousson des pluies^ mousson mauvaise. Puis, quand le soleil passe dans l'autre hémisphère, c'est-à-dire durant l'été septentrional, le vent change de direction avec lui, car il souffle toujours vers l'hémisphère le plus échauffé, et il devient alors S. E. C'est la mousson d'E., mousson sèche ou bonne. Dans les îles de la Sonde, la mousson d'O. dure d'octobre en avril. Alors commence le renversement de mousson, période transitoire et de courte durée, marquée par des calmes, de courtes brises d'E., qui peu à peu s établissent et fmissent par dominer tout à fait. La mousson d'E. occupe le reste de l'année. Celle-ci se trouve donc partagée en deux saisons ou moussons à peu près égales, l'une pluvieuse et de vents d'O., l'autre sèche et de vents d'E., sauf deux périodes transitoires et de courte durée qui marquent le passage d'une mousson à l'autre. Nous avons déjà signalé celle d'avril. Quant à celle d'octobre, elle est marquée par la variabilité du temps qui, de constamment beau, devient capricieux et changeant. Des calmes interrompent la fraîche brise d'E., mais ils ne sont que les avant-coureurs des bourrasques du N. 0. ou de l'O., constamment accompagnées de tonnerre et de pluie. Le ciel se couvre de plus eu plus; des masses de nuages obscurcissent l'horizon, et à la hn le vent (mou.sson) de l'u, sort triomphant de la lutte et atteint son apogée un mois de novembre.

Pour l'ile Luçon (MaiiiUc, Philippines), située entre le 12« et le 19« degré de latitude N., les moussons sont du S. 0. et du N. E. La première règne quand le vent souffle du S. E. dans les îles de la Sonde ; la deuxième, quand le vent y souffle du N. 0 Ce sont les mêmes vents du N. et du S. qui dévient en sens opposé au sud et au nord de l'équateur. ALuçon, c'est la mousson de S. 0., durant de mai en octobre, qui est la- saison pluvieuse, et c'est la mousson de N. E. qui est la saison sèche. Les typhons, qui soufflent en tourbillon (cyclones, ont lieu durant la saison pluvieuse et surtout aux renversements de mousson. Ils ne descendent pas au sud des Philippmes. Les grains du N. 0., qui s'abattent de temps en temps sur les côtes N. 0. de Sumatra, sont de courte durée et ne sont que la queue des ouragans lointains du golfe du Bengale. Les coups de vent de la côte N. 0. de Célèbes tout de courte durée, et les bourrasques de Timor -Coupang n'ont pas non plus la violence des typhons.

La température moyeime dans l'archipel Indien est de 30°, suivant van Leent. Le matin, à six heures, le thermomètre indique en moyenne 24" centigrades; à trois heures de l'après-midi, 31", et, deux ou trois heures après le coucher du soleil, 27°. Les mois de la belle saison donnent la température la plus élevée; les pluies rafraîchissent l'air dans l'autre saison, surtout quand elles sont tombées déjà depuis quelques jours. La différence nyctémérale du thermomètre varie de 4",2 à 5",6.

Les oscillations diurnes du baromètre n'offrent que peu d'amplitude, comme dans tous les pays très-rapprochés de l'équateur. Van Leent les estime à peine à 5 millimètres du matin au soir.

Du mois d'avril au mois d'août, le baromètre indique la plus forte pression atmosphérique, et la plus basse d'août en avril.

Le psychromèlre marque, en moyenne, dans la saison sèche, 0,80 à 0,81, et dans la saison des pluies 0,91 à 0,98, c'est-à-dire une saturation presque complète. C'est que les pluies tombent alors par torrents, et le bruit des eaux du ciel est tellement assourdissant qu'il couvre tous les autres, hormis celui des coups de tonnerre qui les accompagnent. « C'est alors que les rivières, débordant de leur lit, menacent de ruine les plaines qu'elles parcouraient naguère comme des filets d'eau calme et peu profonde. Alors les tourbillons déracinent et emportent les arbres ; les chemins des montagnes sont rendus impraticables par des éboulements de terre, et les lieux où peu de jours avant la nature avait l'aspect le plus riant deviennent le théâtre d'incroyables dévastations. Mais, avec la bonne saison, tout cela est bien vite réparé et oublié; l'homme jouit alors largement des splendeurs incomparables de la nature dont Java surtout est si largement dotée et dont toutes les îles de l'archipel des Indes orientales ont une bonne part (Van Leent). »

Les orages ont lieu surtout dans la saison pluvieuse. Ils éclatent alors chaque jour, dans l'après-midi, et s'accompagnent d'une pluie abondante. Mais ils sont encore fréquents, sans être violents, dans la belle saison, qui n'est pas aussi sèche qu'on pourrait le croire. Us se lient à l'apparition de la brise de terre et reparaissent chaque soir peu de temps après le coucher du soleil, aussi bien dans la bonne que dans la mauvaise saison. Indépendamment des vents alizés et des moussons, qui sont les vents généraux des contrées intortropicales et qui soufflent librement en pleine mer, le littoral de ces mêmes contrées est rafraîchi par des brises locales soufflant alternativement du côté de la mer et du côté de la terre, et qui ne sont que des échanges atmospliérJques tenant à l'inégalité d'écliaulfemeut de l'écorce

DICT E.NC. 2' s. IV. 20

terrestre et de la surface ]i(|uitle. Ces brises ont une grande importance partout, uon-seulement parce qu'elles tempèrent l'ardeur du littoral qui sans elles serait souvent inhabitable, mais parce qu'elles dispersent les miasmes qui se dégagent des côtes d'alluvion. A ce point de vue, elles méritent une attention toute particulière sur les côtes basses et marécageuses des îles de la Sonde. Si la brise déterre purifie l'air que respirent leurs habitants, elle porté aux. marins des bâtiments à l'ancre ou naviguant près du rivage les émanations malsaines des alluvions et de la flore palustre.

Les données générales que nous avons fournies jusqu'ici ne s'appHquent qu'à la zone torride ou zone du littoral. Mais on comprend facilement qu'elles ne sauraient s'appliquer à l'intérieur des terres si vastes et si accidentées qui constituent les grandes îles de la Malaisie. Nous allons jeter un regard sur leur climat, en nous bornant à Java, pris comme type, pour ne pas donner trop d'extension à cette partie de notre travail. Cette île, la plus importante par sa richesse et sa population, a été divisée par le savant Junghubn en quatre zones. La première, ou torride, comprend le terrain situé entre la mer et une hauteur de 2,000 pieds. Elle a une température moyenne de 27", 5 centigrades aux limites intérieures et de 23" aux supérieures. Son humidité moyenne est de 20^%25 de vapeur d'eau par mètre carré.

La zone d'alluvion, qui forme la côte nord et une petite partie de la côte sud, produit ces émanations funestes désignées sous le nom collectif de miasme paludéen.

La deuxième zone ou tempérée s'étend d'une altitude de 2,000 [ieds à celle de 4,500. La température y est de 25" (limite inférieure) à 18", 7 (limite supérieure). L'humidité y est moindre que dans la zone torride, ^58^7 en moyenne.

La troisième zone ou fraîche, d'une altitude de 4,500 à 7,500 pieds, a une température moyenne de 18°,5 à 13° (limite supérieure). C'est la zone des nuages qui enveloppent tout d'un épais brouillard vers le milieu du jour et se déchargent alors en pluies et en coups de tonnerre. Puis le ciel se dépouille et le temps redevient superbe. Si l'orage n'éclaté pas, la terre reste ensevelie dans les brouillards, qui ne se dissipent qu'après le coucher du soleil par leur condensation en rosée abondante. Dans cette zone, le vent de S. E. règne presque constamment.

Dans la quatrième zone ou froide, la température moyenne est de 15" à la limite inférieure (7,500 pieds), et de 8° seulement à la supérieure (10,000 pieds). Elle descend même quelquefois au point de congélation sur les sommets les plus élevés, où manque l'abri des arbres de haute futaie. L'humidité y est en moyenne de lls^ôO à la limite inférieure, et de 08'",70 àla supérieure. Les vapeurs n'y forment point de nuages, et la pluie y est rare. Durant le calme des nuits, quand le vent d'E., qui règne ici sans interruption, est tombé, il arrive parfois que les vapeurs qui montent des zones inférieures sont transformées en grésil dans cette atmosphère glacée. C'est dans cette région que les convalescents des maladies contractées sur le littoral vont rétablir leur santé tout en s'épargnant ainsi un voyage en Europe. 11 existe des maisons de convalescence établies dans ce but à Malang, à Ounarang, où se trouve un établissement thermal, et à Gadock. « Certains points de la zone tempérée de Java paraissent aussi favorables aux malades atteints de tuberculisation pulmonaire que les localités les plus renommées sous ce rapport. Dans la partie orientale de cette île, et par la latitude de la zone tempérée, l'air est sec, la température n'a pas de brusques variations, et la moyenne thermométrique est de 18" à 22" (Van Leeiit). »

Batavia, la capitale de Java et de toutes les possessions hollandaises qui comprennent à peu près toute la Malaisie, saut les Philippines, est si célèbre, dans le monde entier, par son insalubrité autant que par ses richesses, que nous ne saurions nous dispenser d'en dire quelques mots. Cette grande ville, réputée comme type de colonie insalubre, ne môrite plus autant sa funeste renommée depuis que le gouverneur général Daendets (1811) et ses successeurs en ont profondément modifié l'assiette en desséchant les marigots, écartant les cimetières, abandonnant en partie l'ancienne ville pour s'étendre dans les vastes faubourgs qui occupent aujourd'hui un rayon de deux lieues en dehors de l'ancienne enceinte. On ne trouve plus à présent dans la ville proprement dite que les magasins du gouvernement et du commerce retenus là par le voisinage de la baie. De neuf heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, la longue et unique rue qui renferme ces entrepôts se remplit d'une foule agitée ; puis chacun retourne à son habitation des faubourgs, et un silence sépulcral succède à l'agitation bruyante de la journée. La température moyenne de l'année à Batavia est de 27", 80. Celle du mois le plus chaud (novembre) est de 29", 14 ; celle du mois le plus frais (février) est de 27", 08. La température est donc aussi uniforme qu'on pouvait l'attendre d'une localité maritime qui n'est qu'à six degrés de l'équateur. Les variations nyctémérales sont assez régulières. Le matin, à six heures, la température est à son minimum ; de midi à une heure, elle atteint son maximum (30" à 31") ; le soir, de huit à neuf heures, 27" à 28°. Une température aussi élevée et aussi uniforme doit certainement être très-énervanfe, surtout accompagnée d'une humidité moyenne annuelle de 21«'',65 de vapeur d'eau par mètre cube d'air atmosphérique.

La quantité moyenne mensuelle de pluie est de 0™,1 608. La plus forte quantité tombe en février et mars; la moindre, en août et septembre.

11 est évident que chacune des îles montagneuses de la Malaisie pourrait être décomposée, comme Java, en un certain nombre de zones jouissant de conditions climatériques propres. Gélèbes est dans des conditions meilleures que toute autre, parce que les terrains d'alluvion y sont remplacés par de belles plaines herbeuses et ondulées; c'est la plus salubre de toutes. Les Moluques sont assez saines également. Cependant Amboine, la principale, a beaucoup perdu de sa salubrité depuis 1835, en raison des tremblements de terre qui en ont bouleversé le sol et changé ses conditions hygiéniques.

Une autre remarque doit être faite, à propos du climat de ces îles, c'est que quand la saison pluvieuse règne depuis les îles de la Sonde jusque sur la côte occidentale de Célèbes, l'atmosphère des Moluques, de Céram et de toute la côte orientale de Célèbes jouit de la belle saison ou de la mousson sèche.

Pathologie. La connaissance du climat nous a préparés à aborder la question des maladies. Il en est trois qui peuvent être raisonnablement imputées aux conditions climatériques soit qu'elles dépendent du solou des météores. Ce sont la fièvre paludéenne, la dysenterie et Vhépatite. Les fièvres paludéennes doivent être mises au premier rang. Elles se rencontrent presque partout et il n'est pas rare de les voir sévir sous forme épidémique. C'est pendant le changement de mousson et dans la saison des pluies que cela arrive.

De 1840 à 1850, les fièvres ont régné à Java sur une très-grande étendue et avec un caractère fort grave. Depuis qu'un tremblement de terre épouvantable a bouleversé l'Ile à' Amboine, en 1855, les fièvres ont souvent sévi avec intensité dans ce pays où elles étaient presque inconnues avant cette catastrophe.

Les formes sous lesquelles les maladies palustres se montrent dans le grand archipel des Indes sont, par ordre de fréquence, les types quotidien, tierce, quarte de la fièvre intermittente ; le type irrégulier et enfin la cachexie paludéenne. Ceci ressort du tableau suivant, fourni par van Leent auquel nous emprunterons presque tout ce que nous allons dire sur la pathologie de la Jlalaisie. Les bâtiments hollandais en station dans cet archipel ont fourni de 1855 à 1857 :

Fièvres intermittentes quartes 46

— tierces 990

— quotidiennes 2,889

— irrégulières 164

Total 4,089

La statistique des années ultérieures donne des résultats analogues, quant aux rapports des différents types entre eux. Ces fièvres sont parfois franches, mais ordinairement accompagnées d'un état oatarihal du tube digestif, ainsi que de troubles plus ou moins accentués des fonctions du foie ou enfin des manifestations rhumatismales.

Quand elles prennent le caractère pernicieux , c'est ordinairement la forme sy7icopale chez l'indigène, tandis qu'elles revêtent indifféremment toutes les formes de la perniciosilé chez l'Européen.

Assez fréquemment, soit après soit avant les accès intermittents, la fièvre revêt le mode rémittent a( On a distingué les rémittentes catarrhale, gastrique, bilieuse, etc. Cette fièvre aux formes multiples doit être désignée simplement sous le nom de fièvre rémittente endémiqtie (Van Leent). »

Se manifestant souvent avec une certaine bénignité, la fièvre rémittente prend parfois toute la gravité d'une maladie mahgne; dans ce cas elle a été décrite par les médecins des colonies hollandaises sous le nom de fièvre typhoïde. Il nous semble que c'est à tort et la remarque suivante de l'auteur déjà cité paraît indiquer qu'il y a eu en effet confusion de deux maladies bien distinctes ou que du moins on a employé une expression vicieuse au point de vue de la nomenclature française. « Si les fièvres typhoïdes , dit-il, s'y rencontrent assez fréquemment si les fièvres rémittentes déforme gastrique ou bilieuse prennent souvent, lors de la période d'adynaiiiie, le caractère typhoïde, nous ferons remarquer que les résultats des autopsies ne donnent que fort rarement les altérations pathologiques du véritable typlius. Gomme par ailleurs les pétéchies se montrent encore plus exceptionnellement dans le cours de ces fièvres, nous croyons être en droit d'affirmer que le typhus péféchial et Yileo-txjphus (typhus abdominal) doivent être compt s parmis les maladies peu fréquentes des Indes orientales (Op. cit.) *. » En effet, s'il en était autrement, l'archipel des Indes présenterait une exception entre les pays tropicaux où la fièvre typhoïde est relativement rare.

La Dysenterie est une des maladies les plus redoutables dans ces parafes. En tout temps et presque partout sporadique, elle se présente souvent à l'état d'épidémie. Européens et indigènes y sont également sujets. Pourtant, dans quelques épidémies, ce sont surtout les Européens nouvellement débarqués que la maladie choisit pour victimes. Les anciens résidents , sans être exemptés, jouissent du même degré d'immunité relative que les indigènes. La dysenterie est peu fréquente dans les Moluques, et à Âmboine elle est même exceptionnelle.

Un fait très-remarquable c'est qu'à Java , sur quelques [)lateaux situés à une

* U lîéo-typhus ou typhus abdominal, des Allemands, correspond à notre fièvre typhoide.

hauteur considérable, la dysenterie sévit beaucoup plus que dans des lieux moins élevés. Nous en prenons occasion pour riip]>eler la théorie étiologique exposée par M.Dutroulan dans son livre Maladies des Européens dans les pays chauds, théorie fondée sur une observation analogue laite par lui dans nos Antilles.

Relativement à la fréquence de la maladie en question dans les possessions hollandaises, il est intéressant de citer le relevé statistique fait par le D' Pop sur le personnel maritime embarqué et à terre

1860, sur 2,996 Européens 215 dysentérique 7,17 T

Quand la dysenterie passe à l'état chronique, il n'y a guère d'espérance de salut pour le malade que dans un changement de climat , soit en Europe, soit en certaines localités placées dans la zone froide des hauteurs que nous avons déjà signalées à propos du climat de Java.

L'hépatite accompagne souvent la dysenterie, mais elle est aussi fréquemment primitive. C'est dans le premier cas surtout qu'on la voit suivie à^ abcès. L'hypertrophie du foie est une conséquence de l'influence climatériqueet, en particulier, de l'intoxication palustre. A ce titre elle accompagne Vhypertrophie splenique plus fréquente qu'elle encore. L'ascite arrive naturellement comme conséquence de cet engorgement prolongé.

Ce sont les Européens qui payent le plus lourd tribut aux maladies du foie ; ce qui s'explique par la perturbation profonde des fonctions de cet organe, par suite du passage dans un climat brûlant. Mais ce qui prouve bien que la chaleur est la moindre cause de ces affections, c'est qu'elles sont rares à Célèbes, aux Moluqiies «tdans les baies de l'archipel de Riow-Lingga, situées ^ous la même latitude que le littoral de Java, Sumatra, Bornéo, où elles sont fréquentes. Les lièvres palustres en sont évidemment la cause immédiate ; au moins des engorgements et des hypertrophies. On recommande beaucoup à Java et à Sumatra le séjour dans les montagnes pour rétablir les malades atteints d'affection du foie.

Le choléra existe en peimanence dans toutes les îles. Plusieurs auteurs fixent à l'année 1819 la première appirition du choléra aux Indes oiientales. Mais il paraît que c'est à tort; car le D"' Pop, inspecteur du service de santé de la marine de Pays-Bas, apublié une lettre de Bontius, écrite de Batavia en 1631, et dans laquelle ce célèbre médecin fait part des ravages que faisait alors le choléra dans celte ville, « où il régnait tout comme la peste en Hollande. » Toutefois, ce n'est que depuis 1819 que le choléra s'est étendu successivement à toutes les îles sous forme épidémique. Il disparut cependant de 1850 à 1853, époque à laquelle il fit une nouvelle apparition sur la côte de Sumatra et se propagea dans tout l'archipel où il est demeuré constamment depuis, soit sous forme épidémique soit à l'état sporadique. L'épidémie de 1864 à 65 fit à Java des ravages épouvantables. Comme en Europe , et probablement même partout, la cholérine qui n'en est qu'une forme mitigée précède et accompagne les épidémies cholériques.

Les affections catarrhalçs de la muqueuse digestive , suitout la diarrhée, sont fréquentes. C'est au commencement de la saison des pluies que le médecin a le plus d'occasion de les observer. Le catarrhe gastro-intestinal attaque de prétérence les indigènes et les jeunes sujets qui , nouvellement arrivés, s'exposen

5ir MALAISIE.

aux indigestions. On accuse aussi les suppressions de sueur de les provoquer. La diarrhée bilieuse n'est pas moins fréquente et sert souvent de précurseur à la dysenterie. Ces différents llux intestinaux compliquent parfois la fièvre palustre et cessent avec elle quand la médication antipériodique est employée avec succès.

Enfin la diarrhée chronique peut être à la fois la suite et la conséquence de la dysenterie.

Les hémorrhoïdes se montrent chez presque tous les Européens d'un certain âge qui ont séjourné longtemps dans le pays. On les voit aussi apparaître à la suite des flux intestinaux ou comme conséquence des engorgements du foie.

Le béribéri est une affection des indigènes, comme la lèpre et Y éléphantiasis des Arabes, bien qu'il puisse, comme ces dernières affections , attaquer accidentellement les Européens. LeD' van Leent et plusieurs de ses conlrères hollandais font du béribéri, une forme du scorbut et proposent de remplacer cette désignation bizarre par ceWe à'hydrémie scorbutique. « Le béribéri ne se montre jamais, dit-il, qu'à la suite d'un appauvrissement considérable du sang. C'est la condition indispensable du développement de cette maladie. »

On le rencontre, du reste, dans toutes les localités de la Malaisie, mais là surtout où les conditions hygiéniques de la population sont mauvaises, que ce soit sous le rapport du logement, de la nourriture ou du travail forcé. On a généralement remarqué que les convalescents de maladies graves et surtout de fièvre intermittente sont le plus exposés à la maladie ; ce qui viendrait à l'appui de l'opinion précitée que partagent plusieurs médecins anglais exerçant dans les Indes, entre autres Carter et Morehead. U ivrognerie de l'opium (une des causes principales de la décadence de la race indigène dans l'archipel indien) détermine une forme d'aliénation mentale connue sous le nom à'omok et qui n'a pas été, que nous sachions, signalée avec cette violence en Chine oij l'ivresse de l'opium n'est cependant pas rare. Sous l'influence de cette exaltation cérébrale, les individus ont un penchant irrésistible à répandre le sang et tuent toutes les personnes qui leur tombent sous la main, fussent-elles de leur propre famille. Aussi la loi autorise-t-elle à les assommer comme des chiens dans la rue. Ce délire aigu ne nous semble pas assez distinct de Yœnomanie pour qu'on en fasse une entité morbide. Il doit se confondre avec elle. Nous en dirions volontiers autant du 7nata-glap{ littéralement : yeux aveuglés). « Les individus atteints de cette étrange hallucination, dit van Leent, commettent un ou plusieurs meurtres, croyant voir dans leurs victimes des animaux féroces, surtout un tigre. Ils ne choisissent pas les personnes qu'ils font tomber sous leurs coups, mais ils frappent au hasard toutes celles qui les fréquentent ou qui se trouvent accidentellement à leur portée. Le mata-glap a déjà souvent mis à l'épreuve la perspicacité et l'expérience des magistrats et des médecins. Les légistes n'ont pu nier l'existence de cette sorte d'aliénation (Op. cit.). » Soit: mais alors en quoi ce délire diffère-t-il du précédent? Eu rien, et dès lors c'est la même manie. « Une autre forme non moins singulière, dit le même auteur, mais qui n'a jamais de conséquences terribles est connue sous le nom de lata. Elle ne se rencontre guère que chez les femmes indigènes. Elle se manifeste par une impulsion démesurée, irrésistible vers l'imitation de tous les actes qu'exécutent les personnes qui attirent l'attention du malade. C'est une sorte de danse de Saint-Gui, accompagnée de folie momentanée, mais dans laquelle les mouvements sont provoqués et réglés par ceux qu'exécute une autre personne. Les tribunaux ont eu également à se prononcer sur

la iioii-culpabilifé d'actes commis dans des cas de cette nature. Cette manie momentanée paraît être une des formes innombrables de l'hystérie (Op. cit.). » Nous ne saurions accepter cette assimilation et nous croyons plutôt qu'il faut la rapprocher de la forme convulsive ou diorélque de l'alcoolisme chronique décrite par MagnusHuss.Nousy sommes d'autant plus autorisés que nous savons que les femmes fument aussi l'opium. « A ma grande surprise, dit Ida Pfeiffer, je rencontrai dans les maisons consacrées à l'opium juscpi'à des femmes qui fumaient aussi passionnément que les hommes. »

î h'asthnie nerveux nous est signalé comme attaquant de préférence la même classe d'hidividus. Cette dernière affection nous amène à parler des affections de l'appareil respiratoire dont la fréquence et la gravité paraissent être moindres qu'en nos climats. 11 n'y a pas à en douter au moins en ce qui regarde \di pleurésie et \di pneumonie. Eu effet, dans l'espace de cinq ans (1860-1865) la pleurésie idiopathique ou primitive ne s'est montrée que vingt-quatre fois chez 12, 661 Européens et la pneumonie vingt-deux fois seulement.il est très-remarquable que cette affection ne se présente non plus qu'exceptionnellement dans la zone Iroide des montagnes.

Nous regrettons de ne pas trouver les mêmes données statistiques à propos de la phthisie dont nous aurions quelque raison de soupçonner la fréquence. Mais on nous apprend seulement qu'elle règne chez les Européens, aussi bien que chez les indigènes. Selon le D'^Heymann, les Javanais et les Africains y seraient plus sujets que les Chinois habitant de la même contrée.

Les affections légères du larynx et des bronches ne sont pas rares. La grippe et la coqueluche se sont montrées quelquefois à l'état épidémique. Les maladies de Yappareil circulatoire sont très-communes. L'hypertrophie concentrique ou excentrique du cœur (anévrysmes actif et passif) sont, dit-on, le triste apanage des Européens que leurs occupations retiennent dans les locahtés les plus chaudes du littoral. Ne faut-il pas faire quelque réserve en faveur des palpitations nerveuses de la chlorose et de l'anémie?

La péricardite et l'endocardite sont des conséquences du rhumatisme articidaire qui n'est pas une maladie rare.

Les fièvres e'ruptives {rougeole et variole) se montrent assez fréquemment, même sous forme épidémique. La première est très-bénigne et, quoique les indigènes ne prennent aucune précaution dans le cours de l'éruption, il n'en résulte pas de ces affections consécutives si redoutables en nos climats froids. Les épidémies de variole sont au contraire très-meurtrières, fait concordant avec ce que nous savons de la plus grande gravité de cette affection dans les pays chauds.

Les maladies de la peau sont communes chez les Européens et surtout chez les indigènes. A eux appartient exclusivement le bouton d' Amboine, sorte de pian dont on trouvera la description à l'article Frambœsia. Ils n'ont pas moins souvent la gale, mais ils la partagent avec les Européens. Ceux-ci ont la spécialité de l'herpès circinné et du lichen tropicus. Ily a une forme d'ic/if%ose très-commune aux Moluques où elle est connue sous le nom de cascadoë.

On observe fréquemment Véruption furonculeuse qui, de temps en temps, se montre même sous forme épidémique. Yan Leent croit avoir constaté, sur la côte de Sumatra où les fièvres palustres régnent presque partout avec intensité, que ces éruptions coïncident avec la période de rémission de l'épidémie palustre , et qu'elles atteignent de préférence les personnes qui ont été épargnées par la fièvre intermittente.

L'albinisme partiel ou général s'observe quelquefois concurremment avec l'hypertrophie de la glande thyroïde chez les indigènes qui habitent les hautes vallées et qui sont alors les légitimes représenlants de nos crétins des Alpes. A Java, on les appelle vulgairement kakerjaks (cancrelats). Il seraii instructif dctabhr un parallèle entre la constitution géologique de ces hautes vallées et celle des Alpes où règne le goitre. C'est ce que nous ne saurions faire ; mais nous rappellerons du moins l'opinion qui attribue le goitre à l'usage des eaux magnésiennes. Ce doit être le cas habituel dans les montagnes volcaniques de Java.

Les maladies consiitutionnelles, telles que la scrofule et la syphilis, ne sont pas rares. I.a chlorose et Vanémie sont fréquentes chez les EuropJeus comme chez les indigènes. La tuberculose n'attaque pas seulement les poumons, mais aussi le foie et, chez les enfants, les méninges.

Les affections vermineuses sont fort répandues. Ce sont les oxyures et les lombrics que l'on rencontre le plus fréquemment, chez les enfants indigènes surtout ; mais le <<»«/a so/iwm et le trigonocephalus dispar , sont eux-mêmes assez répandus dans la zone chaude du littoral comme dans la région montagneuse.

Nous avons déjà eu l'occasion de parler de quelques névroses. Ajoutons-y le tétanos dont la fréquence, bien connue dans les pays chauds en général, n'est pas démentie en celui que nous décrivons.

Entin les maladies des yeux. La conjonctivite est plus fréquente et surtout plus tenace qu'en Europe. Sa gravité nous est démontrée par ce fait qu'elle se complique de chéniosis et d'abcès. Le pterygion est très-commun chez les indigènes. La kératite affecte volontiers chez eux la marche chronique, landis qu'elle est plutôt aiguë chez l'Européen. L'hémeralopie, Vhypérémie de la rétine et même la retinite ne sont pas rares. Cette dernière affection est une des plus sérieuses dont l'organe de la vue soit menacé chez l'Européen habitant du littoral.

La cataracte sénile et la presbytie se montrent très-souvent avant Tàge chez les Chinois répandus dans toute la Malaisie. Mais, comme on ne les signale pas chez les autres peuples qui vivent sous le même climat, il faut les attribuer à une idiosyncrasie de race plutôt qu'a\i.K influences chmatériques. Le fait n'en est pas moins intéressant à constater.

Acclimates) E.NT. La faculté d'acclimatation pour la race blanche européenne dans la Malaisie, ne peut entrer en question que par rapport à la zone brûlante du littoral. 11 faut donc de suite mettre au-dessus de toute discussion les 5/4 du pays ; comme toutes les fois, à notre avis, qu'il s'agit d'acclimatement dans les régions tropicales. Mais il reste encore à distinguer, sur la zone restreinte qui fait l'objet d'une suspicion légitime, les côtes basses et marécageuses de celles qui ne le sont pas. Ce n'est pas la chaleur qui rend un pays inhabitable, car un pays peut être à la fois très-chaud et très sain, comme Taïti, par exemple; et l'Européen peut y propager sa race aussi bien que dans sa patrie. Il ne saurait donc être question ici que des localités notoirement insalubres de l'Archipel indieu, et pour serrer la question d'aussi près que possible je prendrai pour type Batavia, dont la renommée d'insalubrité égaL ou surpasse toutes les autres. Il est bien vrai que depuis deux siècles et demi que les Hollandais s'y sont étabhs ils ne s'y sont guère multipliés; mais cela paraît tenir à d'autres causes qu'au climat. D'abord au petit nombre d'Européens qui venaient s'y établir, puis au défaut de mariages. Aujourd'hui même que la population européenne a beaucoup augmenté, nous dit-ou, il n'y a encore que 5,576 individus de race blanche

MALAÎSIE. 515

dans toiife la Résidence (province) de Batavia, sur une population totale de 517,762 habitants. Encore, sur ce chilïre si faible de sujets de race blanche, 4,128 sont nés dans les Indes de parents européens et 981 seulement venus d'Europe. Cette statistique ne comprend pas l'armée qni ne compte pour elle que 1 ,000 Européens.

Il faut aussi considérer que les mariages entre Européens sont rares et le concubinage avec les lëmmes indigènes le mode d'alhance le plus ordinaire. Mais les enfants qui naissent de ces unions sont des métis qui ne figurent pas dans le dénombrement de la race blanche ou européenne. Ainsi, il ne se contracte, bon an, mal an, que 52 mrriages à Batavia, dans la race européenne et le chilfre moyen des naissances légitimes n'est que de 180. En général, il nait plus' de garçons que de filles, ce qui réfute suffisamnient l'objection opposée par les non-partisans du cosmo olitisme humain. Dans les pays intertropicaux, disent-ils, les Européens produisent plus d'enfants femelles que de niàles. On a même été jusqu'à dire qu'à Batavia, les descendants d'Européens à la troisiiîme génération ne faisaient plus que des filles. Cette assertion parait démentie par la statistique. En réalité si l'on n'est pas encore suffisamment fondé à affirmer l'acilimateuient de la race européenne à Batavia, parce que la statistique n'a pu opérer que sur des éléments trop réduits, il n'y a pas de raisons plausibles pour la nier.

L'acclimatement individuel que quelques auteurs appellent petit acclimatement (par oj^position au nom de grand acclimatement qu'ils donnent à l'acclimatement de race), nous parait possible et même probable; au moins dans certaines conditions qui sont précisément celles où se trouvent les Européens.

Ils exploitent la terre par l'entremise des bras des indigènes ; ils sont l'intelligence qui dirige et les autres sont le bras qui exécute. Mais eux et même leur postérité indigénisée seraient-ils capables de se livrer à tous les travaux sur cette terre, tout en croissant et multipliant, de façon à en faire une nouvelle patrie ; ce qui serait le vrai, le grand acclimatement? C'est ce que l'expérience n'a pas encore résolu et ne sera probablement pas appelée de sitôt à résoudre.

Ce qu'on peut affirmer, c'est que la mortalité jadis effrayante parmi les Européens a diminué considérablement depuis les mesures prises par le général Daendels et par ses successeurs, dont nous avons dit quelques mots au païagra^ihe consacré au cliuat, et grâce aussi aux progrès acquis dans l'hygiène privée. Les chances de longévité, à Batavia, sont trois à quatre fois plus grandes qu'il y a 50 ans, dit le docteur van Leent. De nos jours, le chiffre moyen de la mortalité pour les Européens se trouve dans la proportion relativement favorable de 1 : 18. (La proportion est plus fiwomble chez les indigènes, car elle est de 1 : 24, 80.) Il est permis d'espérer que l'extension des cultures et l'assainissement des terres par la canalisation, le drainage, etc., non moins que les progrès dans l'hygiène privée feront des loisirs de plus en plus grands à la mort.

Anthropologie. La population totale de la Malaisie, dont on ne peut du reste fixer le nombre quetrès-approximativement, peut être évaluée à 26,000,000 d'habitants ainsi répartis suivant leur origine :

Européens et métis assimilés 330,000

Chinois 230, nOO

Arabes 19.000

Autres étrangers orientaux 37,000

Indigènes 25,500,000

514 MÂLÂISIE.

Les indigènes prt^seiitent de nombreuses variétés anthropologiques qu'on peut cependant rattacher à trois troncs principaux. ;

La race malaise ;

La race malayo-polynésienne ; i

La race indo-chinoise ; ;

La race nègre.

Cette dernière qui fut peut-être la population primitive de la Malaisie et qui, en tous cas, est de date fort ancienne, a été de plus en plus refoulée dans les forêts et les localités inaccessibles de l'intérieur des grandes iles Philippines; dans la petite « ile de les negros » dépendant du même groupe, dans l'intérieur de Halmaheira ou Gilolo une des Moluques et enfin peut-être dans l'intérieur de Bornéo et de Sumatra. Mais leur existence en ces dernières iles n'est pas encore bien prouvée. Il reste tant de territoires inexplorés et le nombre des petites îles où les Européens ne mettent pour ainsi dire jamais le pied est si considérable qu'il est impossible d'arrêter les limites de l'établissement actuel des nègres dans la Malaisie. .

Ceux qui sont le mieux connus et en apparence les plus nombreux de beaucoup sont aux Philippines. « Les noirs des îles Philippines, dit Bernardo de la Fuente, missionnaire qui a vécu parmi eux, sont de deux races différentes. Onsup" pose, dans le pays, que l'une descend des Malabars, parce que, bien queleur peau soit tout à fait noire, leurs cheveux sont longs, fins et brillants comme ceux des autres Indiens, et leur visage n'est point défiguré par le nez épaté et les grosses lèvres des nègres de Guinée. Ce peuple, soit qu'on l'observe dans l'état d'esclavage, soit qu'on le considère dans l'état de liberté, a des manières qui indiquent un certain degré de civilisation. Quant aux noirs de la seconde race que l'on coniiait sous le nom à'Aetas, ils sont dispersés dans les montagnes où ils mènent une vie errante; ils ont dans les traits quelque chose de la difformité des nègres et comme eux ils ont des cheveux crépus. On en trouve quelques-uns dans l'île de Luçon, et ils sont très-nombreux dans la isla de îos negros^ dont ils se croient les premiers habitants. Ils errent à l'aventure, par familles séparées, en se nourrissant des fruits que la terre produit spontanément. Il n'est jamais venu à ma connaissance qu'une de ces familles nègres ait fixé sa demeure dans un village. S'il leur arrive d'être faits esclaves par les mahométans, ils se laissent battre jusqu'à la mort plutôt que de se soumettre à aucune fatigue, et ni la force ni la persuasion ne peuvent obtenir d'eux le moindre travail. »

Le Gentil, Gabriel Lafond, Domény de Rienzi et autres voyageurs, s'accordent à nous représenter ces sauvages que les Espagnols appellent negritos ciel monte (petits nègres des bois) ou simplement negritos comme des nègres de trèspetite taille, au nez épaté, aux cheveux laineux mais moins courts que ceux des nègres de Guinée, aux lèvres grosses et à la peau d'un noir roussàtre. La taille de beaucoup d'entre eux atteint à peine 4 pieds et demi, mais Lafond en a vu de plus grands. Par cet ensemble de caractères, il est facile de reconnaître leur parenté avec les tribus noires des montagnes de la péninsule, de Malacca et des îles Ândaman dans le golfe du Bengale, limite occidentale de la région où on les a trouvés. Crawford a signalé la même petitesse de taille de certains Samangs (tribus noires) de la presqu'île de Malacca.

Les nègres des possessions hollandaises de l'archipel Indien appartiennent aussi à la même race. « Les negritos, dit le docteur van Leent, sont d'une couleur noire-roussàtre. Il n'ont lias la peau couleur d'ébène des nègres d'Afrique,

Ils sont petits et frêles ; mais leur système musculaire est assez développé. Leur chevelure est crépue; le front est plus découvert que chez la race nègre proprement dite. Ils ont le nez camus, retroussé vers le bout ; la bouche aux lèvres épaisses proémine fortement. La lèvre supérieure est allongée au milieu et relevée ; la mâchoire inférieure est très-étroite. »

Ce portrait est un peu plus complet que celui qui nous a été fourni pour les nègres des Philippines, mais il est facile de voir qu'il s'applique à une même race. C'est, à notre avis, celle que nous trouverons avec des modifications diverses produites par des croisements et des influences de milieu dans toute la Mélanésie. Et si nous voulons remonter à sa source ce n'est pas en Océanie mais sur le continent asiatique, au milieu des populations dravidiennes, qu'il en faut chercher le berceau. Le Mounda de nos jours avec sa peau noire ou couleur chocolat, ses cheveux tantôt lisses, tantôt frisés et même crt^pus, sa bouche grande, prognathe, à lèvres épaisses et renversées, son nez gros et épaté, sa tête rétrécie à la région frontale et enfin sa petite taille (1"^,61) nous en représente la souche. Mais, modifié pai' les résultats de la conquête, c'est-à-dire par une longue promiscuité avec les envahisseurs, il nous représente peut-être moins fidèlement la race primitive de l'Inde et de l'Indo-Chine que les négritos des Philippines. Bien qu'il ne nous soit pas encore donné de déchirer le voile qui nous cache les obscures profondeurs de l'histoire de l'humanité, il est permis de conjecturer que les anciens Moundas poussés par les flots pressés des envahisseurs dravidas, puis Aryas, sont descendus par la péninsule de Malacca dans l'archipel Indien d'oià ils se sont répandus ensuite dans la Mélanésie et dans l'Australie. Toujours est-il, que les idiomes austrahens se rattachent, suivant le savant linguiste français Maury, aux langues dravidiennes de l'Inde et que Pickering a rencontré parmi les tribus qui parlent ces langues les mêmes types qu'il venait d'observer en Australie (de Quatrefages). La race de nègres à cheveux hsses et de couleur fuligineuse qu'on observe aux Philippines et dans quelques autres îles de l'archipel Indien, côte à côte avec les Aétas ou négritos avec lesquels ils se confondent par des transitions insensibles, nous semblent devoir être rattachés à la même famille que les Australiens. Les uns et les autres qui sont arrivés à constituer une race fixe nous paraissent issus du croisement de la race Munda primitive avec les anciens Dravidas, peuple de race jaune. Les Dravidas actuels de l'Inde, ont perdu plusieurs des caractères de leurs ancêtres pour prendre en échange quelques-uns de ceux de la race noire à laquelle ils se sont mêlés après l'avoir conquise. Leur peau est de couleur chocolat ou de café brûlé qui est bien celle des Australiens ; ils ont, comme eux, la tête rétrécie au niveau de la région frontale, le front médiocrement découvert et un peu fuyant, la face en losange par l'élargissement des pommettes et le rétrécissement de la mâchoire inférieure et du iront, la bouche prognathe et les lèvres un peu épaisses et renversées. Mais ils ont le nez droit quoique un peu écrasé à la racine, les yeux sensiblement oblicpies et les cheveux lisses et rudes.

Ce portrait qui nous révèle un mélange des deux types noir et jaune paraît devoir s'appliquer aux noirs à cheveux plats des Philippines dont parle Bernardo de la Fuente et sauf l'obliquité des yeux, nous ne voyons pas en quoi il diffère de celui des Australiens que nous avons vus nous-même dans la Nouvelle-Galles du Sud.

En résumé les Aétas sont la race primitive (ou au moins la plus ancienne qui

reste) des Philippines, des Moluques et probablement de toute la Malaisie. Les nègres fuligineux, à cheveux lisses ou frisés en longues mèches qu'on a quelquelois nommés Endamènes, sont une race mixte et par conséquent moins ancienne qu'on trouve en des degrés divers de civilisation, mais avec des caractères physiques communs aux Philippines et dans quelques autres îles de la Malaisie, surtout en Australie oii ds forment la masse de la populntion.

Nous ne dirons qu'un mot de l'état social et des mœurs des Actas qui sont à peu de chose près (elles des Endaniènes; car, comme le dit Rienzi, « les noirs se son tellement mêlés dans les Philippines, que leurs coutumes ainsi que leurs traits et leur taille offrent peu de différences ». Gabriel Lafoud prétend avoir visité « un de leurs villages dans la montagne », ce qui prouve déjà qu'ils ne sont pas tout à fait aussi brutes que le dit Bernardo de la Fuente, puisqu'ils ont au moins un rudiment de société. Les Es]iagnols prétendent que toutes les tentatives faites pour les civiliser sont restées infructueuses et qu'ils ont un pinchant irré. sistible pour la vie sauvage. C'est le raisonnement des Anglais en Australie, mais nous savons ce qu'il vaut. L'extrait suivant du récit de l'auteur espagnol déjà cité vaut une réfutation en règle ; « Non loin de ma mission de Bugunam dans l'île de los Negros, dit le P. Bernardo de la Fuente, se trouvait une horde de familles de noirs qui avait certains rapports de commerce avec quelques Indiens barbares. Ceux-ci leur donnèrent l'idée que les tentatives que je faisais pour les engager à recevoir le baptême n'avaient d'autre objet que de les mettre dans une position oii le gouvernement pût les forcer à payer le tribut. En conséquence, je ne parvins jamais à réussir auprès d'un seul. Je crois en général que bien peu de nègres ont été convertis.... J'ai toujours été trèsdoux et très-bienveillant avec ces familles de noirs, espérant que la grâce du Seigneur finirait par tructifier dans leurs cœurs et je m'aperçus à la fin qu'ils commençaient à avoir confiance en moi et qu'ils m'obeissaient pour plusieurs choses. »

Notre auteur ajoute qu'ils parlent la langue bohalane, distincte de la langue tagale, qui est celle ('-es Indiens jaunes dont nous parlerons bientôt.

Les negrilos connaissent l'usage de l'arc, dont ils se servent très-habilement à la chasse des bêtes fauves, au dire de M. Ed. Plauchut. « La religion des Aétas, suivant Rienzi, est plutôt une crainte servile qu'un véritable culte. Us croient à la puissance de certains génies malfaisants, auxquels ils offrent des sacrifices de riz, de coco et de cochon. Ces sacrifices sont également offerts aux âmes de leurs ancêtres. » Ce dernier trait seulement mérite d'être relevé comme ayant été également noté par Dumont d'Urville chez les Papous de la Nouvelle-Guinée, et par nous chez les Néo-Calédoniens ; et enfin comme une analogie avec le culte des ancêtres professé chez les races jaunes de l'extrême Orient.

2. Race indo-chinoise, représentée par les Tagals des Phdippines. Plusieurs auteurs, et entre autres Prichard, ont fait des Tagals une branche de la famille malaise ; mais nous adoptons la classification de M. de Quatrel'ages, qui en fait des Indo-Chinois, comme les peuples voisins de la Cochinchine; de Siam, etc. Ils ont bien quelques traits de ressemblance avec les Malais ; mais, comme le dit Piienzi, leur peau tire plus sur le blanc (elle est d'un jaune citron) ; leur nez e^t plus saillant, la mâchoire et les pommettes moins proéminentes, et ils ont cette obli(iuité des yeux qui caractérise la race mongole et qu'on frouve d'une façon si prononcée chez les Chinois et les Indo-Chinois. Ils sont en général petits, mais bien faits et robustes. Leurs cheveux sont noirs et roides, et ils leur

donnent une espèce de vernis pai' Tapplication habituelle de l'tiude de coco. Les femmes déploient beaucoup de goût dans l'arrangement et l'enbellissement de leur chevelure qu'elles attachent avec de longues é| ingles d'or ou d'argent. Les Tagals, qu'on appelle aussi les Indiens des Philippines, Ibrment la masse de la population de cet archipel ; mais les Malais sont nombreux aussi sur la côte, particulièrement de la grande île de Mindanao, où ds font la loi. Ceux-ci bont mahoniétans, tandis que les Tagals sont [resque tous chrétiens. Ils étaient, il y a quatre siècles, [ilongés dans la barbarie; mais ils ont atteint un certain degré de civilisation sous la direction dès moines espagnols. « Ils sont intelligents, mais paresseux, amis du plaisir et surtout du jeu, et livrés à toutes sortes de superstitions. Ce sont des instruments servilement dociles entre les mains des moines, dont la puissance est sans bornes sur leurs esprits. Il faut cependant avouer que ces religieux défendent avec un zèle et un courage infiniment louables les chrétiens de ce grand archipel contre le despotisme et la cupidité de certains magistrats e^pagnols 'Rienzi). »

5. Race nialayo-polynesienne. Nous désignons sous ce nom une grande famille humaine qui s'est étendue des grandes îles de la Malaisie (Sumatra, Bornéo, Célèbes) jusqu'aux confins orientaux de la Polynésie. Ce sont les Battaks de Sumatra, les Dayalis de Bornéo, les Bouyuis de Célèbes, les Alfores ou Harfores de la même île et des Moluques, les indigènes de Timor et des petites îles voisines, et enfin quelques autres peuplades moins considérables. « La race des Battaks (celle que j'appelle malayo-polynésienne) est de grandeur moyenne, fortement bâtie et bien musclée ; la forme du crine tient le milieu entre celui des races caucasique et malaise. Les Battaks ont l'occiput arrondi, le front large et aplati, la figure oblongue, les lèvres bien proportionnées. En comparaison de la race malaise, ils ont les os jugulaires moins proéminents, la mâchoire inférieure moins large, le nez plus mince, plus droii, moins aplati et la bouche plus petite. Les traits sont réguliers et souvent véritablement beaux ; les hommes ont la bai'be assez épaisse. Les femmes battaks oui les seins plus volumineux et plus en demiglobe cjue ceux des lèmmes malaises. La race battak a la peau de couleur brun clair; les joues ont quelquefois une teinte rose ; la chevelure est fine et noire, quelquefois de couleur châtain (van Leeiit). » Ajoutons que la tête est dolycliocéphale.

On trouve parmi les Lampongs de la côte de Sumatra et les iiidigènes des des Nias, qui sont de même race, des femmes d'une rare beauté. Chez eux, comme chez les indigènes de Sumatra et de Célèbes (Battaks proprement dits, Macassars, Bouguis), la taille s'élève souvent bien au-dessus de ce que nous appelons la moyenne, et tous les voyageurs s'accordent à signaler la haute et belle stature des hommes de certaines tribus. La couleur de la peau varie du blanc jaunâtre au brun clair; l'angle facial est aussi ouvert que chez les Européens. En somme, si l'on avait à tracer un portrait général des Polynésiens, même des plus belles tribus, comme sont celles de Taïti, de Tonga-Tabou, de iVouka-Hiva, on ne pourrait donner d'autre signalement que celui qui précède. L'analogie des caractères physiques se renforce des rapports qu'on découvre entre les langues, l'organisation sociale et les croyances religieuses, rapports qui, quoique altérés, sont cependant indubitables. Telles sont les raisons qui nous ont conduit à admettre une parenté étroite entre les Polynésiens et les peuplades malaisiennes ci-dessus désignée^, et à les réunir dans une même race sous le nom de malatjo-pohjnésienne. Mais nous nous refusons catégoriquement à y faire entrer les .Malais,

qui ont des caractères parlaitemeiit distincts et dont l'origine ne saurait être identique.

Nous allons emprunter à différents voyageurs, et surtout aux résidents hollandais, quelques renseignements propres à fixer l'opinion du lecteur sur l'état social des principales nations de cette race.

Les Battaks de Sumatra, d'après Oppe, fonctionnaire hollandais établi parmi eux, et d'après Ida Pfeiffer, qui a visité récemment jusqu'à leurs tribus les plus sauvages, vivent en société. Ils ont un code de lois, des chefs dont ils respectent l'autorité et qui, conjointement avec les plus âgés du village, règlent les affaires de la communauté et forment un tribunal pour juger les déhts et aplanir les différents. Le peuple leur est soumis; celui-ci est même, à certains égards, le serf du rajah (chef). L'inceste, le meurtre, le vol, le rapt, sont punis de mort. La peine capitale s'exécute d'une manière qui doit être décrite, parce qu'elle a donné lieu à une imputation qui n'est pas parfaitement exacte, celle de cannibalisme. Le coupable, lié à un poteau, y demeure quelque temps exposé aux regards de la foule ; on lui transperce ensuite le cœur avec un glaive étroit, et aussitôt api'ès les assistants lui coupent les chairs vives et en dévorent les lambeaux palpitants. Les parents de l'offensé et l'offensé lui-même, s'il existe encore, sont de droit les premiers admis à prendre part à cet horrible lestin. « En aucune autre circonstance le Battak ne montre de penchant décidé à dévoiler son semblable, ni même les prisonniers de guerre. On ne peut dire conséquemment qu'il soit anthropophage; aussi l'administration n'éprouve-t-elle pas de résistance sérieuse à interdire ces exécutions barbares qui n'ont plus lieu maintenant que dans les localités les moins accessibles des vallées solitaires (Temminck, d'après Oppe). )) Ces peuplades sont vêtues grossièrement, mais décemment. Elles cultivent la terre pour en tirer leur principale subsistance, à laquelle elles ajoutent assez rarement la chair des buffles et des porcs qu'elles élèvent. Les tribus qui vivent disséminées dans les gorges des montagnes et les localités arides se nourrissent principalement de lézards, de serpents, de bêtes fauves et d'une très-grande espèce de fourmis.

Les villages situés non loin de la côte et sous la protection du pavillon hollandais sont construits sur pilotis, comme ceux des Malais, et n'offrent rien de particulier à signaler ; mais ceux de l'intérieur sont établis dans les gorges des montagnes, et de façon à ce qu'on ne puisse y pénétrer que par une entrée unique qui donné dans la rue principale. Cette rue est une plate-forme élevée à 6 ou î pieds au-dessus du sol, au niveau des maisons également sur pilotis et qui sont alignées de chaque côté. Ce sont des hangars dont le plancher est formé de lattes à claire-voie, à travers laquelle passent les imm.ondices qui s'accumulent au-dessous, au profit des animaux de basse-cour qu'on y élève, et d'où se dégagent naturellement des miasmes putrides. Chaque case donne asile à deux ou trois lamilles. Le village est entouré et protégé par des haies impénétrables de bambou et de rottan épineux. Le but des indigènes, en s'établissant de cette façon, est autant de se mettre à l'abri des attaques de l'ennemi que des atteintes du tigre, de l'éléphant et du rhinocéros. C'est ainsi qu'on fait nos premiers ancêtres.

On manque encore d'observations exactes et suffisantes sur le culte de cette nation et sur la langue qui lui est propre. Cejoendant on a pu constater, quant à la langue, une liaison intime entre les dialectes des différentes peuplades de la même race étabhes dans la Malaisie, et des rapports plus éloignés, mais encore très-recoiinaissables avec ceux de la Polynésie.

« Les Battaks, comme les Dayaks, dit Ida Pfeiffer, n'ont point de rite religieux ; ils ne prient pas et n'ont ni prêtres, ni temples. Ils croient aux bons et aux mauvais génies; ils en admettent un petit nombre de bons et un grand nombre de mauvais. » Cependant elle fut témoin, durant son voyage dans l'intérieur de Sumatra, d'une cérémonie religieuse accompagnée de sacrifice, d'invocation et de danse, « pour prier, dit-elle, les mauvais esprits de ne traverser d'aucun obstcicle le dangereux voyage « qu'elle exécutait en compagnie d'un rajah. Les Israélites dansaient devant l'arche. Les derviches musulmans ne croient pas moins être agréables à Dieu enentremèlantleursprièresde danses solennelles. On ne voit pas pourquoiles Battaks n'auraient pas la même idée. La célèbre voyageuse semble donc contredire sa première assertion, et elle ajoute : « Celui qui n'aurait pas su que cette invocation s'adressait au chef des mauvais esprits, ou, comme nous disons, à Lucifer, aurait regardé tout cela comme un culte très-beau de la divinité. Jamais, chez aucun peuple, je ne vis une cérémonie d'une apparence aussi solennelle. » De son côté, Temminck, après nous avoir dit que les Battaks ne professent aucun culte et ne révèrent pas un être tout-puissant, ajoute : « Leur divinité tutélaire du bien comme du mal est leur Bégo. Cet être invisible n'est invoqué comme protecteur, ou conjuré co?nme malfaisant, qu'en vociférant des cris tumultueux ; ce bruit assourdissant a heu lorsqu'ils projettent quelque expédition guerrière, et lorsqu'ils veulent écarter un danger dont ils sont menacés ou une maladie qui les afflige. » C'est là une forme très-barbare de culte, sans doute ; mais ce n'en est pas moins un culte, et il est alors inexact de dire qu'ils n'en ont pas.

Leur code est écrit sur des feuillets d'écorces d'arbres en caractères bizarres et différents de ceux des autres peuples de l'archipel. Rienzi prétend que ces caractères s'écrivent de gauche à droite comme le sanscrit, tandis que les Malais écrivent de droite à gauche avec les caractères qu'ils ont reçus des Arabes.

Les grandes phases de l'existence, naissance, mariage, enterrement, ne sont marquées par aucune cérémonie, si ce n'est quand il s'agit d'un chef.

Les hommes doivent aclieter leurs femmes. Si un homme est trop pauvre pour en acheter une, il va s'établir dans la famille de celle qu'il veut épouser et y travaille comme esclave. On achète quelquefois sa future dès l'âge le plus tendre, sans doute pour l'avoir à meilleur marché, et on l'élève dans sa propre maison comme un enfant jusqu'à l'âge des fiançailles. Au reste, les femmes sont soumises aux plus rudes traitements, car les hommes se contentent de construire leurs maisons et de planter le riz, et leurs compagnes font tout le reste. Les infortunées ont en outre la charge d'allaiter leurs enfants jusqu'à l'âge de trois à quatre ans et de les porter sur leurs épaules pendant leurs travaux, (juant aux hommes, ils se contentent de porter leurs armes qui ne les abandonnent point. « Mâcher du siri (bétel), fumer du tabac est leur principale occupation : leur bouche ne se repose pas un seul instant. On peut dire la même chose des femmes qui fument aussi et même des enfants de cinq ou six ans à peine (Ida Pfeiffer) . » Les Dayaks sont les aborigènes de Bornéo comme les Battaks le sont de Sumatra. Ils forment un grand nombre de tribus qui se distinguent plus ou moins entre elles par le dialecte et les mœurs quoique parlant au fond la même langue, professent des idées et des usages sociaux analogues et vi\ant toutes à peu près au même état de civilisation ou plutôt de barbarie. En tout et pour tout ils se rapprochent des aborigènes de Sumatra. Ils sont généralement bien conformés : leur chevelure est épaisse, noire et luisante et leur peau est d'un jaune tirant sur le briui clair ou foncé suivant l'habitat»

Les hommes soiiî presque tous musculeux et d'une stature moyenne. Leur force est moindre que ne senil)lerait le comporter leur développement musculaire, ce qui est le propre dés sauvages en général. Leurs pieds courts larges et plats sont tournés en dedans, disposition que j'ai notée chez les naturels des Pômolous (Poly ■ nésie) et qui permet de cheminer avec aisance dans des sentiers fort étroits, mais qui pourrait bien aussi être une conséquence de la même habitude prolongée de génération en génération. Leur physionomie régulière et avenante porte l'empreinte d'un caractère doux.

Les femmes sont généralement de petite taille et présentent moins d'harmonie dans les formes qi:e la plupart, des hommes. Les Dayaks sont très-sujets à des affections herpétiques qui paraissent provenir de leur nudité partielle et de la malpropreté dans laquelle ils croupissent. Il se trouve parmi eux, aussi bien que chez les indigènes des îles Nias, cette forme d'ichtliyose qu'on rencontre chez beaucoup de peuplades demi-sau\ages de la Mélanésie et que nous avons notée chez les Néo-(^alédoniens. Quelques tribus Dayaques sont sédentaires et industrieuses et s'adonnent à la culture du sol, ainsi qu'à la fabrication du fer; d'autres sont nomades et vivent du produit de leur rapines ainsi que des productions spontanées de la terre. Les peuplades agricoles se déplacent elles-mêmes au gré de leurs intérêts passag^>rs. Les obstacles qui s'opposent à ce que ces tribus puissent se fixer (juelque part sont ou les incursions des Malais ou la nature du pays qu'ils habitent. La plus grande partie de Bornéo ne consiste guère, en effet, qu'en terres alluviales basses et marécageuses , entrecoupées d'iimombrables rivières et renfermant une infinité de lacs répandus çà et là. Ajoutons encore que le pays est presque partout couvert de forêts impénétrables. Une partie considérable de ces terrains se trouve plus ou moins submergée pendant toute l'année et, durant la mousson d'ouest, les hautes terres elles-mêmes, quand elles sont à proximité des rivières, sont couvertes de plusieurs pieds d'eau pendant des semaines et des mois. De là vient que d'immenses espaces sont forcément incultes et que d'autres ne sont habités que dans la saison favorable. On y trouve alors des champs de riz, de maïs, de cannes .sacre, de courges, de pastèques, de patates, etc. L'existence nomade que mènent la plupart des Dayaks est vraisemblablement la cause pour laquelle ils tiennent si peu à se construire de bonnes habitations. Ordinairement leurs demeures ne consistent qu'en une bâtisse légère de troncs et de feuilles de palmier, dont le plancher, formé de lattes à claire voie, est élevée de 4 à 5 pie.ls au-dessus du sol. Ces habitations de forme oblongue ont le toit assez bas et sont d'autant plus malsaines que les porcs et la volaille grouillent et picorent dans le fumier qui s'accumule au-dessous, comme à Sumatra. Elles ne renferment ordinairement qu'une ou deux familles et sont destinées à être délaissées ou transportées ailleurs. D'autres habitations construites dans des localités meilleures ou par des tribus plus stables comme sont celles qui exploitent lesminesde fer, présentent des conditions de solidité et d'ampleur vraiment remarquables. Elles sont exhaussées sur des piliers de 12 à 15 pieds de hauteur et ont 140 pieds de longueur et au delà. Douze ou quinze familles y trouvent asile. Chez les Dayaks-Pari, un village ne se compose souvent que d'une ou deux cases de plusieurs centaines de pieds de long et logeant chacune 4 ou 500 individus. Mais petites ou grandes les habitations sont également sales et misérables ; un tronc d'arbre grossièrement entaillé sert d'échelle pour y donner accès. Les villages sont défendus par une lorle palissade de troncs de palmier ou de bois de fer. Le costume des Dayaks ne consiste guère qu'eu une sorte de pagne qui couvre le milieu du cor[is et en un

bandeau qui maintient leur chevelure. Ces deux pièces sont fabriquées d'écorce d'arbre. Les jours d© gala, une petite veste complète la toilette. Certaines tribus usent du tatouage dont les premiers linéaments sont tracés dans le jeune âge et qu'on augmente progressivement, comme pour marquer en signes indélébiles les principales phases de l'existence, jusqu'au point de couvrir le corps, des pieds à la tête, de festons et d'arabesques. L'opération du tatouage, qui est propre aux hommes, s'accompagne de fêtes et de cérémonies qui ont peut-être quelque chose de religieux. Non contents de pareils ornements , hommes et femmes portent encore dans le lobe de l'oreille des rondelles de bois de 2 ou 5 pouces de diamètre et qui donnent à cet organe une extension démesurée. Ces pendants d'oreille sont ornementés de sculpture et de plaques d'or. Les deux sexes portent des colliers de cornalines et de bulles d'or et des bracelets de cuivre jaune. Leurs armes les plus généralement usitées sont le coutelas et la sarbacane qui sert à lancer avec une adresse étonnante, à 50 ou 40 mètres de distance, de petites ilèches empoisonnées, La sarbacane qui est surmontée d'un 1er aigu sert en même temps de lance. Un bouclier de bois tenu au bras gauche complète l'armure de guerre du Dayaque qui d'ailleurs ne sort jamais sans armes. Cette coutume, commune à toutes les tribus sauvages ou sim|ilement barbares que nous connaissions personnellement, n'est pas seulement l'effet du défaut de sécurité, mais d'un point d'honneur barbare dont quelques-unes des nations les plus policées n'ont pas encore perdu tout vestige. Les Dayaks chassent tous les animaux avecleurs flèches empoisonnées, ce qui ne les empêche pas de se nourrir de leur chair.

Le poison s'extrait par décoction du suc que fournissent l'écorce, les rameaux et les feuilles des arbres cités au paragraphe consacré à la botanique et, après qu'on a laissé reposer et fermenter convenablement les décoctions, on les mélange en diiférente proportion, on les concentre et on les conserve pour l'usage.

Les rivières de Bornéo étant très-poissonneuses, le poisson entre pour une large part dans la nourriture des Dayaks qui le harponnent avec une espèce de lance ou le prennent avec des filets.

Jetons maintenant un regard sur l'état social et le caractère moral de ce peuple. Comme pour les Battaks de Sumatra, il y a lieu de distinguer les tribus indépendantes de celles qui ne le sont pas. Il ne s'agit pourtant pas ici de la domination hollandaise beaucoup plus récente et moins bien établie à Bornéo qu'à Sumatra, mais de celle déjà ancienne des Malais. Loisque ces conquérants barbares, poussés tout à la fois par le fanatisme musulman et par l'esprit de rapine, se furent ré"pandus dans le plus grand nombre des iles de la Malaisie, les naturels contraints d'abandonner le littoral aux nouveaux venus s'écartèrent de plus en plus du voisinage de leurs oppresseurs. Suivant la voie des rivières dont le pays est semé, la plupart des tribus indigènes de Bornéo se retirèrent dans l'intérieur où elles se choisirent des asiles a un difficile accès au milieu des bois et des montagnes, ou bien vécurent nomades sur le bord des cours d'eau entre les marais qui les défendent et les ciiamps qu'elles cultivent autant que le besoin s'en ïa\l sentir et que la saison le permet. Ce sont celles qu'on trouve aujourd'hui dans la jouissance de leurs mœurs indépendantes et de leurs coutumes sauvages réunies par groupe de 20, 40 et tout au plus 60 individus; fréquemment obligées de changer de séjour pour se soustraire aux violences des Malais qui cherclient à s'emparer de leurs récoltes ou à les réduire en esclavage.

Les tribus plus éloignées des côtes ou retirées dans les montagnes sont mieux assurées de leur tranquilhté et partant plus stables. Elles se composent d'un plus

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grand nombre d'individus et se soustrairaient assez lacilenient aux exigences des Malais, n'était le besoin incessant qu'elles éprouvent de se procurer du sel. Les unes et les autres vivent chacune sous la direction dun chef dont l'autorité paraît fort restreinte, mais dont la personne est très-respectée. Enfin un certain nombre de tribus qui ont embrassé l'islamisme vivent sur le littoral d'une vie commune avec les Malais, dont elles ont adopté ou plutôt subi les lois et les mœurs. Nous ne parlerons ici que des tribus païennes et plus ou moins indépendantes. Les résidents hollandais et lesvoyageurs s'accordent assez à représenter les Dayaks comme naturellement doux, traitables et pacifiques.

« J'avoue sans peine, dit Ida Pleilïer, que j'aurais eu du plaisir à voyager plus longtemps parmi les Dayaks indépendants. Je les trouvai généralement honnêtes, bons et réservés ; et, à cet égard, je les mets au-dessus de tous les peuples dont j'avais fait jusqu'alors la connaissance. On m'objectera peut-être que couper des tètes et conserver des crânes, ce ne sont pas précisément des marques de bonté ; mais il faut considérer que cette triste coutume est plutôt le résultat d'une profonde ignorance et d'une grande superstition. On lit dans beaucoup de descriptions do voyages (jue les Dayaks trmoignent leur amour à leur bien-aimée en déposant une tète d'homme à ses pieds. Cependant un voyageur, M. Temminck, prétend que ce n'est pas vrai. Je serais tentée de me ranger à son opinion. Oii ces sauvages prendraient-ils toutes ces têtes, si tout amoureux faisait un pareil cadeau à sa tiancée? La triste coutume de la décollation semble plutôt avoir pris son origine dans la su]ierstition ; car quelque rajah tombe-t-il malade ou bien entreprendil un "voyage chez une autre tribu, lui et sa tribu s'engagent à faire le sacrifice d'une lète d'homme en cas de guérison ou d'heureux retour. Le rajah meurt-il, on sacrifie une tète ou même deux. Dans les traités de paix plusieurs tribus fournissent également de part et d'autre un homme pour être décapité, mais dans la plupart on sacrifie des porcs à la place des hommes. S'il a été fait vœu de fournir une tête, il faut qu'on se la procure à tout prix. En ce cas quelques Dayaks se mettent d'ordinaire en embuscade dans l'herbe des jungles ou sous des feuilles sèches et guettent leur victime des journées entières. Quelque être humain que ce soit, homme, femme ou enfant, qui approche, ils lui décochent un trait empoisonné, puis s'élançant sur lui, comme le tigre sur sa proie, détachent d'un seul coup de sabre la tète du tronc. Cette tête mise dans un panier destiné particulièrement à cet usage et orné de cheveux d'hommes est rapportée dans la tribu. Ces meurtres deviennent naturellement l'occasion de représailles sanglantes.... Malgré cela je maintiens mon dire et pour en donner des preuves, je n'ai qu'à citer leur vie domestique vraiment patriarcale, leur moralité, l'amour qu'ils portent à leurs enfants et le respect que les enfants témoignent à leurs parents. » (Ida Pfeiffer, Mon second voyage autour du monde. ) L'dlustre voyageuse est par trop optimiste si les Dayaks sont aussi chasseurs de tête^ qu'elle le djL II n'est malheureusement guère permis d'en douter, car les rapports hollandais et anglais s'accordent avec le sien. Dans ces tristes équipées, suivant le voyageur S. Muller, un rôle important est réservé aux bilian ou chanteuses publiques, qui cumulent avec ces fonctions celles de devineresses, de magiciennes, de conjuratrices des mauvais esprits, de sages-femmes, etc. Aucun acte important de la vie ne peut se faire sans la présence de quelque bilian. Les fêtes qu'elles dirigent s accompagnent de libations copieuses d'arack ou d'une autre liqueur enivrante qui disposent agréablement

* C'est le nom que leur ont donné les Anglais (Head huniers). Les Hollandais les ont gratifiés d'un nom analogue.

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à célébrer ia conquête d'une tête. «Celle-ci est déposée sur une natte au milieu de l'habitation et l'on danse tout autour avec des contorsions diaboliques. Le vainqueur reçoit des louanges exagérées sur la valeur qu'il vient de déployer, ce qui ne manque pas d'exciter, au plus haut degré la jalousie des autres et ne les détermine que trop facilement à mériter, par le même moyen, d'aussi Ilatteuses distinctions (S. Muller).» Comment à de si barbares coutumes les Dayaks peuvent-ils aUier des vertus domestiques comme celles dont les voyageurs cités leur délivrent le certificat? « Ils se contentent généralement d'une seule femme et la traitent bien, se réservant la partie la plus difficile de l'ouvrage. Les divorces , les querelles sont excessivement rares et les mœurs incomparablement plus pures que celles des Malais. Les jeunes gens et jeunes filles sont tenus assez séparés les uns des autres. » Suivant Muller et Temminck, la religion des Dayaks consiste en un mélange d'anthropomorphisme et de fétichisme. Ils ont des idoles de bois et des amulettes qui sont censées garder les habitations, protéger la récolte de riz, préserver des maladies. Dans toutes les entreprises importantes qu'ils ont en vue ainsi que dans les événements décisifs de leurs existence, ils consultent le vol de VAntang, espèce d'oiseau de proie fameux, chez leslndous, sous le nom sanskrit de Kstremankara (oiseau de bon augure). Us ont une foi entière dans les bons ou mauvais présages qu'ils tirent du vol de cet oiseau, après l'avoir invoqué et lui avoir offert du riz. Quant aux divinités qu'ils supposent revêtues de la forme humaine quoique invisible, ils paraissent aussi les avoir empruntées à l'ancien culte indien, comme leur Sancj-Jang et leur Maharadja, termes qui rappellent leur origine.

Les naissances, les décès et les funérailles sont accompagnées d'une multitude de cérémonies dont on trouve les analogues chez les peuples barbares de l'Inde, soit anciens, soit modernes. Les morts sont inhumés ou bien réduits en cenc^re et ce qui reste de leurs dépouilles est enfermé dans de petites cabanes ou dans un tronc d'arbre creusé à cet eflet. On orne le tombeau d'un ou plusieurs crânes humains, quand le défunt est de noble condition , dans la persuasion que celui-ci pourra disposer des services de l'individu immolé à cette fin. «Ni la soif du carnage, ni le désir du meurtre, ni aucun esprit de vengeance, dit Temminck, ne les porte à couper des tètes; ils ne sont pas non plus anthropophages. Une superstition héréditaire, passée en coutume, les porte à commettre ces actes qu'ils croient méritoires. »

Les voyageurs auront beau plaider les circonstances atténuantes qu'il n'en sera pas moins acquis que les Dayaks sont plongés dans une barbarie sauvage qui les laisse aujourd'hui en arrière de tous les Polynésiens.

Les détails dans lesquels nous sommes entrés, nous permettront d'être courts sur hsAlfores. Ils font la chasse aux têtes, comme les Dayaks et par des procédés aussi traîtres. Ils estiment du reste les tètes des femmes et même des enfants autant que celles des hommes. En revenant avec leur butin ils annoncent de loin leur succès en sonnant de la conque marine qui est leur cor de chasse. Les femmes et les enfants viennent au-devant des vainqueurs avec des chants d'allégresse et les conduisent en triomphe au baileo ou case consacrée à recevoir et conserver les hideux trophées comme des drapeaux pris sur l'ennemi. Là on abandonne les tètes aux enfants qui en sucent le sang, pour acquérir du courage et de la bravoure, puis les crânes dépouillés de leur chair que les Alfores ne mangent pas, car ils ne sont pas cannibales, sont suspendus dans le baileo.

C'est dans ces occasions solennelles, qui s'accompagnent de fêtes bruyantes, que

les enfants re(;oivent leur premier vêtement : les garçons, une ceinture d'écorce large comme la main, et les filles, une pièce d'étofie de 30 centimètres environ de largeur qu'on roule autour des reins. Tel est le costume national. L'homme qui a conquis une tète orne son vêtement de dessins et de coquillages blancs. Ce sont les décorations des Alfores. « En elfet, pour eux, la conquête d'une tête est un aussi glorieux fait d'armes que pour un général européen une bataille gagnée, et pour un soldat le coup mortel par lequel il terrasse son ennemi. Au fond, l'un vaut l'autre (Ida Pfeilfer). »

Malgré cela, on dépeint en général les Alfores comme des gens « bons, tranquilles et de mœurs honnêtes. » Ils cultivent la terre mieux que les Malais, paresseux et larrons. Ils sont groupés en tribus, tantôt isolées les unes des autres, tantôt confédérées comme le sont celles de Gér.im, la principale des iles Moluques. En ce cas, les chefs de tribu reconnaissent l'autorité d'un roi, forme de gouvernement qui rappelle celle des peuplades les plus avancées de la Polynésie. Leur religion comporte la croyance à un grand nombre de divinités qui sont censées résider en certains arbres, rivières, oiseaux, et qui influent sur toutes les circonstances de la vie. Les Alfores de Gélèbes, qui sont les moins barbares, croient eu outre à une divinité suprême [Epong). Comme les Battaks, ils croient que l'esprit des morts passe dans le corps d'un animal. Quoiqu'ils n'aient pas de culte proprement dit, ils ont des prêtres sorciers qui président à tous les actes principaux de

I existence, particulièrement à la cérémonie du tatouage que les enfants subissent en grande pompe vers l'âge de dix ans. Cependant il y a des tribus qui ne se tatouent pas. Ils ont une formule Ae serment très solennelle et très-respectée. On a noté chez eux, comme chez les précédentes peuplades, quelque chose d'analogue au tahou polynésien ; mais cette institution y est moins systémati(pienient réglée. Ils portent les morts sur les cimes escarpées ou les brûlent. Les Allores achètent leurs femmes et se contentent généralement d'une seule. Les séparations sont rares. Les femmes s'occupent des travaux agricoles ; les hommes n'y ])rennent part que lorsqu'il s'agit de défricher le sol. Leurs habitations sont semblables à celles des Dayaks. La législation des Alfores a beaucoup d'analogie avec celle des Battaks. L'adultère est puni de mort ; aussi est-il fort rare. « Toucher du bout du doigt une femme mariée , entrer dans une case en l'absence du propriétaire, nous dit M. Bick, résident hollandais, suffit pour mériter une forte amende. » C'est pousser un peu loni le respect de la propriété mobilière. Les anciens du village forment le tribunal qui connaît des crimes et délits, et règle les différends.

II est remarquable que les Alfores, grands buveurs d'arak comme tous les habitants de la Malaisie, n'aient point de querelles et que, dans les différends qui peuvent survenir pour des questions de propriété ou autres, ifs se soumettent sans contrainte à fa décision des anciens de la tribu dont l'opinion chez eux tient lieu de lois. Ces jugements sont dictés par les coutumes de leurs ancêtres et des traditions auxquelles ils portent une vénération toute particulière ^ Nous en avons dit assez pour montrer l'analogie de mœurs et d'état social qui existe entre les Alfores et les deux nations précédemment étudiées. Elle vient à l'appoint des res-

' Voici un exemple de jugement à mettre à côté de celui de Salomon. Un Alfore part pour un petit voyage sur mer sans avoir pris la précaution de laisser des moyens d'existence à sa lemnie. Mais le vent contraire le relient loin des rivages de sa patrie plus longtemps qu'il ne l'avait prévu. Sa lemme désespérée et mourant de laim reçoit d'un voisin toutes sortes de secours. Arrive le mari qui traduit les coupables devant le tribunal. Mais les juges, eu égard aux circonstances atténuantes, n'infligèrent que l'amende au ravisseur et au mari l'admonition de ne plus être si imprévoyant. ♦

semblances physiques ponr témoigner de l'identité d'origine et de race que nous voulons établir et qui constitue le point capital de notre thèse. Les Alfores ont le teint brun très-clair, de beaux yeux noirs, des cheveux de même couleur, frisés et longs, qu'ils nouent par devant, en forme de disque et dont ils grossissent le paquet en le bourrant de pailles de riz, comme nos belles grossissent leur chignon avec du crin. Beaucoup aussi la-issent flotter leur riche chevelure sur les épaules. S'ils ont beaucoup de cheveux, en revanche ils ont peu de barbe. 11 ne paraît pas cependant qu'ils s'épilent comme les Malais, et quelques-uns portent une fine moustache dont ils semblent très-fiers. Us ont le corps svelte et bien iiroportionné, le nez long, les lèvres larges, mais pas proéminentes ; la physionomie légulière, l'air avenant. Leur figuie, dit-on, respire la bonté et la douceur. Les femmes alfores sont assez belles, et parmi les jeunes filles il y a des figures extrêmement jolies.

On voit quelle erreur a été introduite en anthropologie en faisant des Alfores (Harefores, Alfouras, Alfourous) une race noire, à l'instar de Prichard et Lesson, qui ont entraîné la croyance de leurs contemporains. Les Alfores ne constituen point une race distincte, mais sont un rameau de celle que nous appelons Malayo-polyjiésienne. Ils ne forment pas même une nation ; car on les trouve à Célèbes, aux Moluques et dans les îles situées entre l'extrémité occidentale de la Papouasie ou ISouvelle-Guinée et la côte occidentale d'Australie, c'est-àdire dans les îles Arrou, Timor-Laout, Key, et autres moins importantes. 11 n'est même pas impossible qu'ils habitent à l'intérieur de la Nouvelle-Guinée, car on y a signalé aussi des « Alfourous. » Mais, comme ce mot ou autre analogue signifie simplement sauvages dans la langue des Malais, il s'applique peut-être, en cette grande île, à des noirs. Tels étaient, du moins, les « deux ou trois » hommes qu'y vit Lesson et qui lui furent signalés par les Papouas du havre Dorey comme appartenant à des tribus sauvages et féroces de l'intérieur. C'étaient des nègres fuligineux, à cheveux lisses, comme ceux de l'Australie qu'il avait déjà ba[itisés du nom d'Endamènes, ce qui lui donna l'idée de créer son rameau Alfourou-Endamène.

Profitons de l'occasion pour signaler une erreur partagée par Prichard et beaucoup d'autres. Les Igorrotes des Philippines, confondus avec les Aétas ou nègres, nous paraissent être, au contraire, des jaunes purs. Ce sont probablement des représentants de la race jaune primitive dont le croisement avec les Aétas a donné naissance aux Endamènes ou noirs fuligineux signalés par Bernardo de la Fuente.

A côté des peuplades encore sauvages dont nous avons eu à faire le triste tableau, vit un peuple de même race, remarquable par son intelligence et son énergie, qui prime déjà les conquérants malais et finira peut-être par leur faire expier les outrages dont ils ont abreuvé la race indigène. Nous voulons parler des Bouguis, qui forment la principale population de la grande île Célèbes, et qui, en y joignant les Macassars, leurs frères, sont au nombre de plus de deux millions. Hommes et femmes sont de haute taille, très-bien faits, forts, d'un teint jaune cuivré ou rouge brun clair, d'une physionomie bien supérieure à celle des Malais. Ils ont l'œil noir et pétillant d'mteUigence, le nez bien conformé, les pommettes et les mâchoires très-peu saillantes, les lèvres belles, le visage ovale, le front haut et une opulente chevelure. Ce sont les hommes les plus beaux et les plus adroits de l'archipel, ceux qui rappellent le mieux les Taïtiens. Ils se distinguent parleur instruction, leur politesse, leur habileté dans l'art nautique et dans celui de tisser et de teindre les étoffes. Dans les classes aristocratiques, les femmes elles-mémeg

savent ordinairement lire et écrire. Ils professent le culte de l'islam, mais sans fanatisme, et, chose bien curieuse chez des musulmans, les femmes Aivent sur le même pied d'égalité que les hommes. On les peint, du reste, comme « bien faites, assez jolies, propres, modestes, chastes, constantes, douces, aimantes et dignes d'être aimées. » Que pourrait-on désirer de mieux, même eu Malaisie? Aussi, les hommes se conientent-iîs généralement d'une seule femme, ou, s'ils Teulent doubler leur bonheur, il faut au moins que la première épouse consente à recevoir une compagne. En effet, les droits sont égaux et réciproques, et la gestion des affaires pubhques n'échappe même pas au beau sexe. Il y a même un certain rovaume à Célèbes dont les habitants pacifiques et commerçants préfèrent être gouvernés par des reines « qui ont moins le goût de la gueiTe et qui sont plus calmes et plus paisibles que les rois. » C'est vraiment dommage qu'elles se fassent limer et noircir les dents comme les Malais. Au moins faudrait-il les enchâsser après dans de belles plaques d'or, comme on fait à Sumatra. Les hommes sont vifs, gais, braves, résolus, mais colères, rusés et extrêmement vindicatifs. Us sont excellents cavaliers et manient toutes les armes, y compris les arnaes à feu, avec une extrême dextérité. Les deux sexes aiment la poésie, la musique, la danse et la parui'e. Malgré ces goûts raffinés et les étoffes de soie dont ils se couvrent, ils vivent dans de grandes cages en bambou tout à fait semblables aux habitations de Taïti, et, ce qui est pire, bon nombre d'entre eux sont des pirates déterminés. La civihsation des Bouguis, qui est à peu près celle de nos aïeux au moyen âge, n'est pas due au mahométisme, car l'introduction de ce culte à Célèbes est de date plus récente. 11 est même postériem" à la première apparition du christianisme en cette île (1572) avec les Portugais. Mais, à peu près à la même époque, les musulmans y établirent leurs iraans, et, dès 1660, la plus grande partie de la population était convertie au culte du prophète. Depuis lors, le catholicisme n'y a plus d'autels et les missionnaires protestants établis par les Hollandais ont fait peu de prosélytes. Ce sont les Indous qui, vers les premiers siècles de notre ère, paraissent avoir civilisé une partie des Alfores aborigèues de Célèbes, comme ils civilisèrent à la même époque les Javanais et quelques tribus de Sumatra. Ces Alfores, cixilisés et probablement mêlés de colons indous, constituèrent deux corps de nation qu'on appela depuis Bouguis et Mankassars. Il parait qu'on rencontre dans le pays des restes de sculpture hindoue et de tombeaux anciens couverts de figures et d'inscriptions analogues à celles qu'on rencontre dans l'Inde. La langue ancienne de Célèbes, qui sert aujourd'hui de langue savante et exotérique, a un alphabet analogue à l'alphabet sanskrit, et il est remarquable que cet alphabet, ainsi que la langue bouguise, offre peu de difléreuce avec l'alphabet et la langue des Battaks de Sumatra (Rienzi). Parmi les noms des douze mois de l'ancien calendrier, aujourd'hui remplacé par le calendrier mahométan, on en rencontre six qui sont éndemment indous.

Les Célébiens possèdent des notions assez étendues en astronomie. Leur code de lois est réputé très-sage. Rienzi cite un fragment d'un de leurs poèmes, qui ne manque ni de délicatesse ni de grâce.

Nous en avons dit assez pour donner une idée des caractères physiques, intellectuels et moraux comme aussi de l'état social des différents peuples de la race malayo-polynésienne. Nous n'avons omis que les indigènes de l'ile de Timor proprement dite, que les Hollandais appellent Timor -Koupang pour la distinguer de la petite île de Timor-Laout. Leur ci\iUsation est à peu de chose près la même que celle des Coaguis et, quant à lem-s caractères physiques, il nous suftira de

dire, d'après Temminck : « Les naturels de Timor appartiennent à la race jaune polynésienne. Sons le rapport de la taille, de la conformation et des traits du visage, ils ressemblent beaucoup aux Dayaks de Bornéo et à certaines tribus alfores. Cette affinité évidente est confirmée par leurs traditions. »

4"^ Race malaise. Elle est un peu plus petite, moins musculeuse et plus frêle que la précédente. Chez elle, la couleur de la peau est plus foncée et varie de la teinte cuivrée ou brun clair au rouge de brique foncé et au bistre tirant plus ou moins vers le noir. Le nez est court, aplati et large, avec les narines très-dilatées. Les mâchoires sont très-proéminentes et l'inférieure est très-large. Les os jugulaires sont très-accentués. Le ^^sage est presque aussi large que long, de sorte que la face est osseuse et carrée. La bouche est très-grande, avec des lèvres épaisses. L'œil est petit et l'espace interorbitaire large. L'angle facial est de 80 à 8o degrés au plus ; mais cette dernière ouverture angulaire est rare, de sorte que le front est plus fuyant dans la race malaise que dans la nôtre. L'occiput est aplati et carré. Les hommes n'ont presque pas de barbe. Les femmes ont les seins petits et coniques. Tous ont la chevelure très-noire, épaisse et assez dure, toujours abondante, rarement bouclée. Ils sont brachycéphales tandis que les Malayo-Polynésiens sont dolichocéphales.

En somme, c'est un type qui se rapproche du Chinois. Pour achever de le faire connaître, nous transcrirons un portrait tracé sans prétention, mais aussi sans esprit de système et qui, à ce titre, mérite attention. « La race malaise, dit madame Ida Pfeiffer, ne se distingue pas pai" sa beauté. Ils sont encore mieux de corps que de figure. Celle-ci est déformée au dernier point par une large mâchoire très-saillante, par une grande bouche, des dents noires, hmées et une lèvre inférieure très-flasque et très-saillante. Leurs dents sont teintes d'un noir très-brillant qu'ils composent avec de l'antmioine, du gambir et autres ingrédients. Beaucoup hment aussi leurs dents jusqu'à la moitié ou bien les affilent en pointe aiguë. La grosseur de la lèvre inférieure provient du siri qu'ils mâchent et qu'ils tiennent souvent entre la dent d'en bas et la lèvre. Leur corps est généralement de grandeur moyenne ; les hommes ont la taille un peu plus élancée que les femmes. La couleur de leur teint est d'un rouge brun clair et quelquefois d'un brun foncé ; leurs cheveux et leurs yeux sont noirs ; ils ont le nez plat avec de larges narines ; leurs mains et leurs pieds sont petits, mais trop maigres et trop osseux (Prichard prétend que leurs bras sont un peu longs) .

« Dès l'âge de 8 ou 10 ans, ils commencent à mâcher du siri, qui se compose d'une feuille de bétel dans laquelle on enveloppe un petit morceau de noix d'arec, de la chaux et un peu de gambir (espèce de cachou extrait des feuilles du Nuclea gambir). Ils se frottent aussi d'une manière dégoûtante les dentset les lèvres de tabac, et en mettent également dans leur bouche à laquelle le siri donne une teinte rouge de sang. »

Les Malais sont mahométans, mais professent d'une manière fort lâche le culte du prophète. Leurs femmes jouissent de beaucoup de liberté, elles sortent seules et sans voiles ; elles sont mêmes trop légèrement vêtues, car lu plupart ne portent que le sarong, pièce de coton fixée au-dessous ou au-dessus des seins et descendant jusqu'aux genoux. Les femmes des classes élevées y ajoutent une courte jaquette ou une robe. Le costume des hommes diffère peu de celui des femmes : ils ajoutent au sarong un pantalon court. Au premier abord, on ne distinguerait souvent pas les deux sexes si les hommes ne portaient autour de la tête un mouchoir, tandis que les femmes ne se coiffent qu'avec leurs cheveux.

« Les mariages se font et se rompent sans beaucoup de cérémonie. Chacun des époux a le droit de divorcer. On trouve des hommes et des femmes jeunes qui en sont déjà à leur sixième divorce. »

Les Malais sont intelligents, mais paresseux, libertins et perfides. Antipathiques à la vie agricole par paresse et par orgueil, car ils considèrent le travail de la terre comme avilissant, ils s'adonnent avec succès à la navigation et au commerce et sillonnent les mers de l'Indo-Chine depuis l'Australie jusqu'aux côtes du Céleste- Empire. Ils ont aussi d'adroits artisans qù travaillent l'or et l'argent avec une perfection qui étonne, eu égard à la grossièreté de leur outillage, fabriquent des armes blanches excellentes et des armes à feu passables, fondent dos canons, construisent des bâtiments légers et rapides (prahos), tissent des étoffes de soie et de coton, et construisent enfin sur pilotis des habitations vastes, mais généralement malpropres. Par-dessus tout, malheureusement, le Malais est pirate et se fait honneur de son infâme métier, comme naguère les Algériens. Toutes les petites îles de l'archipel Indien, toutes les côtes des grandes îles indépendantes, comme Mindanao, et la plus grande partie de Bornéo, sont des repaires d'écumeurs de mer.

Les Malais joignent volontiers au métier de pirates celui de marchands d'esclaves et sont un véritable fléau pour les peuplades encore sauvages dont ils retardent la civilisation, loin de la favoriser. En effet, quand ils ne les réduisent pas en esclavage pour leur propre service ou pour celui des princes musulmans, ils les corrompent en les associant à leur infâme métier, ou tout au moins leur volent leur récolte et les écrasent d'exactions. En résumé, pour la religion, la civilisation et les mœurs, les Malais disséminés sur toutes les côtes de l'archipel Indien, et que Junghuhna baptisés du nom de cosmopolites malais, peuvent être comparés aux Barbaresques de la Méditerranée. Ils occupent aussi la partie méridionale de la péninsule de Malacca où ils ont fondé de nombreux établissements et une partie considérable de l'intérieur de Sumatra, d'oii la race entière a pris origine suivant l'opinion du savant Marsden.

C'est là, en effet, dans l'ancien royaume de Ménangkabo, aujourd'hui soumis aux Hollandais, qu'on parle le plus purement la langue malaise. C'est aussi le foyer persistant de ce fanatisme musulman qui, du quatorzième au seizième siècle de notre ère, lança ses adhérents à la conquête de tout l'archipel et qui, de nos jours, entreprit une nouvelle croisade par le fer et le feu, sous couleur de réforme religieuse, et l'eût probablement achevée si les Hollandais n'avaient à grand'peine arrêté les progrès des fanatiques Padris.

Toutes ces peuplades dispersées sont malaises, dans le sens le plus rigoureux du mot : elles parlent un même dialecte, ont à peu près les mêmes mœurs, sont sensiblement au même état de civilisation , usent de l'alphabet et de l'écriture qu'elles ont reçus des Arabes, leurs premiers apôti'es. Il y a, en outre, des tribus qui parlent des dialectes assez voisins de la même langue, mais qui diffèrent par le degré de civilisation, comme les Reyangs de Sumatra et les Orangs-Bénoa qui vivent dans les montagnes de la péninsule de Malacca. Ceux-ci forment une peuplade encore sauvage que quelques-uns supposent être la souche première de toute la race.

Il y a enfin un peuple, plus distinct encore des cosmopolites malais par les mœurs, la civilisation, les caractères physiques et qu'on classe généralement dans la race malaise parce qu'il s'en rapproche plus que de toute autre pour les traits et pour la langue qui n'est qu'un dialecte malais. Nous voulons parler des

inclisènes de Java, qui sont au nombre de plus de 10 millions et qui sont formés de Soudanais (race aborigène), d'indous et de Malais, proprement dits. C'est sur un fait historique des mieux établis et non sur une hypothèse que nous étayons notre jugement sur ce peuple. Dans les premiers siècles de notre ère, les Indous apportèrent leur civilisation et leur culte aux aborigènes encore sauvages de la grande île de Java et des autres moins importantes du même groupe géographique.

Ces Indous étaient des Âryas sectateurs de Brahma. Mais la révolution religieuse qui s'opéra peu de temps après sur le continent de l'Inde ne pouvait manquer d'avoir son contre-coup dans les îles. Les Bouddhistes (Aryas aussi), envahirent à leur tour Java et en convertirent les habitants au nouveau culte. Aux temples .'.^traits de Brahma et Çiva, succédèrent ceux de Bouddha.

Un empire (qui fonda plus tard des colonies dans les îles voisines de Sumatra, Bornéo et Célèbes) éleva l'île de Java à un degré de civilisation et de grandeur qu'elle ne connaît plus depuis bien longtemps, ainsi que l'attestent les milliers de temples, de statues, de bas-reliefs dont les forêts cachent aujourd'hui les splendeurs déchues, mais encore reconnaissables. Les ruines de la grande ville de Modjapahit, antique capitale de cet empire, occupent plusieurs milles carrés de terrain. Des débris d'aqueducs, de fontaines et de bains ; les murs encore debout de palais et de temples, l'innombrable quantité de statues et de sculptures qui jonchent le sol témoignent de son luxe et de sa prospérité. On trouve disséminés par toute l'ile des ruines de palais et de monuments religieux {Boro-Boro, Brambanan, les Mille- temples, etc., etc.), antiques et muets témoins d'une civilisation que les affreux et fanatiques Malais vinrent détruire au quatorzième siècle, en y jetant le brandon des discordes religieuses et achevant la conquête par les armes.

Le mahométisme était déjà devenu la religion des Javanais et l'ile était partagée en un grand nombre de petits états musulmans rivaux, quand les Hollandais vinrent y planter leur pavillon en 1610. Seuls, les montagnards de Tangger étsiient et sont encore restés fidèles à l'ancien culte corrompu, il est vrai, par d'autres superstitions. C'est aussi le cas des insulaires de Bali qui professent toujours le brahmanisme.

Les Javans de nos jours, tous soumis à la Hollande, professent l'islamisme, mais d'une façon peu correcte et non sans avoir conservé plusieurs des anciennes croyances. On les divise en deux tribus : les Soudanais qui peuplent les districts de la Sonde (partie occidentale) et les Javanais proprement dits, qui occupent le reste de l'ile. Les premiers sont considérés comme les descendants les plus authentiques et les moins mélangés de la race aborigène. « Ils offrent une différence remarquable, quant à l'extérieur, avec les autres. En général de taille petite et bien prise, le Soudanais est fort, musculeux ; il a le front haut, les os jugulaires et maxillaires larges, le nez aplati, la bouche grande, les dents trèsblanches et les lèvres épaisses. La peau est d'un teint brun clair. Le Javanais est plus élancé mais moins fort. En général, cette tribu est douée d'une beauté supérieure, ce qui surtout se remarque chez les femmes dont la taille est svelte et gracieuse. La couleur de la peau est plus foncée, si ce n'est chez le Javanais des montagnes dont le teint est beaucoup plus clair. 11 y a même parmi ceux-ci des femmes d'une remarquableblancheur et d'une grande beauté. Cette différence existe également chez les familles de naissance aristocratique, ce qui tient à l'influence de la vie à l'intérieur et à l'abstention du travail des champs. Les Javanais, en

général, ont le nez moins plat que les Sondanais ; toute la figure est plus allongée; les hommes ont souvent des moustaches (van Leent). »

Les différences qu'on remarque entre les deux tribus de Java tiennent aux degrés divers de mélange des trois peuples qui ont cohabité sur le même sol. Elles sont moins grandes que celles qui distinguent le Javan pris en masse du Malais proprement dit, et ce n'est vraiment que pour ne pas multiplier les races à l'infini qu'on fait entrer les indigènes de Java dans la race malaise. Au moins faut-il en faire une branche à part, comme nous l'avons fait. Ils ne se distinguent pas moins par les mœurs que par les caractères physiques. D'une nature douce avec une grande tendance pour Tapathie, dit van Leent, d'accord en son jugement avec les autres auteurs hollandais et anglais que nous avons lus, le Javanais a une foule de bonnes qualités qui, d'ordinaire, prédominent en lui. Aimant son sol natal, attaché aux us et coutumes de ses ancêtres qui forment un code traditionnel {hadat}, il est sobre et n'est pas paresseux quand il s'agit d'un travail qui lui sert à s'entretenir avec les siens. Il aime sa famille ; il est sans contredit modéré, honnête, hospitalier, poli. Très-soumis à ses supérieurs, il est envers lee prêtres de sa religion d'un respect qui dégénère facilement en fanatisme aveugle. L'aristocratie, quoique d'une courtoisie remarquable, est inférieure aux gens du peuple quant aux qualités morales. En général fière, encline à la mollesse et à la vie voluptueuse des Orientaux, c'est une caste dégénérée et vicieuse. Deux passions sont communes à toutes les classes de ce peuple : la passion de l'opium et celle du jeu. Toutes les deux mènent à la ruine; elles sont avec le fanatisme les causes presque uniques de tous les méfaits, de tous les crimes (van Leent), Insouciant et prodigue, routinier et crédule, le Javanais est, pour le caractère, les mœurs, l'état social et politique que les Hollandais ont conservé à leur profit, au môme degré de civihsation où les Européens se trouvaient vers la fin du moyen âge.

Pour achever notre tâche peut-être déjà trop longue, nous dirons, en nous appuyant sur la haute autorité de M. de Quatrefages, que la Malaisie présente un véritable fouillis de races qu'on a beaucoup de peine à distinguer aujourd'hui, tant elles se sont mêlées et jusqu'à un certain point confondues. Toutes les races de l'Inde et de l'Indo-lihine s'y sont donné rendez-vous depuis les siècles pré-historiques jusqu'à l'ère moderne. Dravidas et Mundas, AUophyles et Aryas, Indo-Chinois, Malayo-Polynésiens, Nègres, Malais enfin s'y sont successivement établis, on ne sait trop dans quel ordre chronologique. Du mélange des races primitives : jaune, blanche et noire, sont sorties les races mixtes que nous y voyons aujourd'hui. Cependant, les Âétas ou Negritos nous semblent les rejetons purs ou presque purs de la race noire la plus ancienne connue. Les Malayo- Polynésiens sont probablement aussi anciens et descendants des blancs allophyles de l'Inde* ; du moins, ils ne paraissent pas avoir subi beaucoup de mélanges avec les races hétérogènes. Les beaux types de Taïti, par exemple, ne se distinguent par aucun caractère saillant des blancs. C'est ce que nous avons pu constater nous-même sur le vivant et ce que Blumembach remarquait dans sa collection comparative des crânes {Collectio craniorum variarum gentium). Quant aux Malais, c'est une race oîi domine le type jaune. Dans cette ignoble face, il y a du Mongol surtout, mais il y a aussi du Nègre. Fidèles aux us de leurs ancêtres, ils

* On sait que les blancs allophyles {âUoçcpv^-fi, autre tribu), ainsi nommés pour les distinguer des blancs Aryas et Sémites, forment par leurs caractères physiques comme la transition entre les trois grandes races blanche, jaune et noire.

continuent de se retremper dans le sang des esclaves, de toutes races et de toutes couleurs qu'ils font chez leurs voisins. Us prêtent aussi leurs filles aux Chinois répandus au nombre de plus d'un million dans la Malaisie, et qui ne peuvent amener des compagnes du Céleste-Empire, parce que l'émigration des femmes y est sévèrement interdite. Or, ce commerce dure de[)ius des siècles. « Les Chinois établis dans presque toutes les îles malaises s'y marient avec des femmes du pays, parce qu'ils ne peuvent en amener de Chine et de ce mélange il résnlte que beaucoup de Malais ont les yeux bridés et obliques, comme les Chinois (Rienzi). » Oo peut donc, à bon droit, nommer les Malais, une race métisse. Une religion commune, le mahométisme, leur a donné une cohésion et une force qui leur ont permis de dominer les autres peuplades barbares et sans liens politiques. Cette domination va diminuant depuis que la Hollande a solidement fixé son pavillon dans les principales îles de l'archipel. Il est à souhaiter, dans l'intérêt de l'humanité, qu'elle cesse tout à fait. V. de Rochas.

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MAIiAMBO (ÉcoRCE de). On donne ce nom à une écorce de diverses provinces de la Nouvelle-Grenade (Choco, Antioquia et Popayan), que Bon[iland apporta en Europe, à la suite de son voyage avec de Humboldt. Cadet, auquel il la communiqua, en étudia la composition chimique, et la fit connaître aux médecins. Cette écorce est peu usitée. Elle est en morceaux plus ou moins cintrés, épais de 10 à 15 millimètres; son périderme est mince, blanc, un peu rosé par places, marqué de tubercules et de petites taches noires, dues à la présence d'un lichen. Au-dessous, l'écorce est dure, filandreuse, d'un gris un peu rougeâtre, contenant entre ses fibres une résine amère et aromatique. La saveur du Malambo est acre, très-amère et aromatique.

L'origine de l'écorce de Malambo est restée longtemps inconnue. Bonpland paraissait disposé à la rapprocher de. l'écorce d'Angusture produite par un Cusparia; Zea, botaniste néo-granadin, auquel Cadet l'avait soumise, lui trouvait de grands rapport? avec l'écorce de Winter et pensait qu'elle pourrait bien être produite par un Drymis ; Guibourt, dans la ¥ édition de sou Traité des drogues simples, la comparait plus volontiers aux produits du Cannella alba. On sait maintenant que c'est à côté des Cascarilles, qu'il faut placer ce produit. Karstcn a pu s'assurer, en effet, que c'est l'écorce d'une Euphorhiacée du genre Croton, qu'il a décrite sous le nom de Croton Malambo {Voy. pour la description de la plante le mot Croton).

Cadet. Sur le Malambo. In Journal de Pharmacie, I, p. 20. — Guibourt. Drogues simples, 4» édit., m, p. 507, et 6« édit., II, 365. — KARSTE>f. Flora Cohmihiœ. Berlin, 1860. Pl.

MALiAMIDE (C^H^Âz^O®) . Nous n'avons presque rien à ajouter à c« qui a été dit de ce corps à l'article Asparagine. On examine, dans cet article, la question de savoir jusqu'à quel point Vasparagine peut être considérée comme l'amide de l'acide malique et mériter, à ce titre, d'être assimilé à la malamide.

Cette substance s'obtient en faisant passer un courant de gaz ammoniac sec dans

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