C. Villain; Foubert; Labrûe, curé. A. C
MALAXATlORi de p-a^affcrw, j'amoUis, CHIRURGIE. Ce terme désigne un procédé de massage qui n'a reçu que de rares applications, et qui consiste à pétrir avec les doigts des tumeurs, de façon à en diminuer la consistance, à en dissocier les éléments et à en déplacer les particules.
Fergusson a imaginé sous ce nom une méthode de traitement des anévrysmes dont il est parlé à l'article Anévrysme (t. IV, p. 604).
La malaxation est usitée dans le traitement des épanchemeuts sanguins, à une période dans laquelle le dépôt fibrineux est devenu résistant. Elle constitue alors une sorte de broiement ou d'écrasement à l'aide des doigts, et doit être suivie du massage méthodiquement pratiqué au voisinage de l'épanchement. Son emploj repose sur ce principe, que dans les larges épanchemeuts sanguins les dépôts fibrineux qui s'accumulent à la périphérie forment une masse résistante qui n'est résorbée qu'après une durée assez longue. En brisant et dissociant les caillots par la malaxation, on favorise la régression graisseuse et la résorption ; de filus, le massage fait au voisinage de l'épanchement tond à faire infiltrer les parties liquides dans les interstices cellulaires, et par suite en facilite la résorption.
.'iSG MàLÊON.
Dans le traitement des kystes syuoviauv et des kystes tendineux. la malaxation liratiquée à la suite de la ponction sous-cutanée ou de l'écrasement remplit un but analogue.
Après une injection iodée dans la cavité vaginale pour le traitement de l'hydrocèle, on exécute une manœuvre qui se rapporte à la malaxation et qui a pour but d'assurer le contact de la solution avec toutes les parties de la séreuse.
Velpeau a signalé plusieurs fois dans ses leçons cliniques la malaxation qui résulte des examens répétés des tumeurs. Sous l'influence des pressions et de la palpation il se produit souvent, au bout de quelques jours, une augmentation du volume des tumeurs à consistance molle. L'examen aiiatomique rend compte de cet effet, en démontrant dans beaucoup des tumeurs recueillies dans les services hospitaliers les plus fréquentés, des épanchements sanguins dus à des ruptures vasculaires, et dont il faut tenir compte dans les études anatomo-pathologiques. A. H.
MALDIVES {Voy. Indûustan).
niALÉON (Eau minérale de), athermaîe, bicarbonatée sodique moyenne, carbonique forte. Dans le département de l'Ardèche, dans l'arrondissement de Privas, dans la commune de Saint-Sauveur-de-Montagut, à 3 kilomètres du village des Ollières, émerge, au milieu du lit du ruisseau l'Ozène, la source de Maléon dont le griffon était complètement submergé, dans les grandes eaux, avant les travaux de captage exécutés pendant les années 18:j7 et 1858. L'eau de Maléou est claire et limpide ; son odeur et sa saveur sont manifestement sulfureuses; sa température est de IS",? centigrade; elle a été analysée en 1859 par M. Ossiaii Henry qui a trouvé que 1,000 granmies renferment les principes suivants :
Bicarbonate de soude d,260
— potasse 0,180
— r. ux 0,172
— magnésie 0,030
— fer traces.
Chlorure de sodium 0,588
Sulfate de soude 0,027
Phosphate de chaux et d alumine 0,010
Silice 0,020
lodure alcalin indices.
Total des MATiÈnEs fixes 1,987
Gaz acide carbonique libre 2 gr. 630
Le gaz acide sulfhydrique, qui existe au griffon, n'a jamais été dosé.
Les propriétés thérapeutiques de la source de Maléon sont depuis longtemps appréciées des habitants de la contrée; mais il n'y avait pas d'établissement minéral avant l'année 1858. Depuis cette époque, une salle de buvette, dix cabinets de bains munis d'appareils de douches de toute forme et de tout calibre, sont à la disposition des malades qui viennent essayer de se guérir, à Maléon, de dyspepsies rebelles; d'engorgements hépatiques et spléniques occasionnés par mie fièvre intermittente, ou produits par un état morbide des vaisseaux hépatiques ou une altération de la bile ; de troubles des voies uro-poiétiques, utilement combattus, ordinairement, par une médication alcaline. Les bicarbonates, et particulièrement le bicarbonate de soude et l'acide carbonique libre que l'eau de Maléon renferme en proportion notable ou considérable, donnent une explication sulfisaute de son action curative. C'est, au contraire, le gaz acide sulfhydrique
MALÉIQUE. 337
que l'odorat n'a aucune peine à constater au point d'émergence de cette source, qui rend un compte suffisant de l'indication de celte eau minérale dans les affections légères et sécrétantes de la peau. Ces dermatoses doivent être surtout traitées par l'eau en bois-on, car, en bains et en douches, on aurait tort d'en attendre une grande efficacité, attendu que son gaz sulfureux ne peut avoir une grande influence thérapeutique, puisque l'eau de Maléon doit être artificiellement chauffée avant de servir à l'usage externe.
On exporte, en petite quantité, cette eau bicarbonatée.
A. RoTBEEÂU.
Bibliographie. — Mazade. Analyse chimique de l'eau de Maléon. 1859. — Henry (Ossian) . Rapport sur Veau minérale de Maléon, commune de Saint-Sauveur-de-Montagut [Ardècke) . In Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXV, p. 1000. A. R.
MALÉIQUE (Acide). Acide pyromallique. Acide pyrosorbique. L'acide maléique est un produit pyrogéné dérivé de l'acide malique.
Si l'on compare les formules de ces deux acides, on voit qu'elles ne diffèrent que par les éléments de deux molécules d'eau :
QsjjiQs — acide maléique.
QsjjeQio - acide malique.
En eflet, on prépare l'acide maléique, en chauffant rapidement de l'acide malique dans une cornue spacieuse, jusqu'à ce que le résidu commence à s'épaissir. On retire alors le feu, et la distillation continue encore d'elle-même pend:mt quelque temps. La liqueur distillée donne l'acide maléique après a\oir été concentrée au bain-marie. L'acide maléique se présente sous la forme de prismes rhonibo'idaux obliques, dont les sommets portent ordinairement des faces octaédriq'ies. Il est incolore et inodore; sa saveur, d'abord acide, est bientôt suivie d'une sensation très-désagréable, presque nauséabonde. Il est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther : sa dissolution, abandonnée à elle-même dans un vase ouvert, grimpe le long des parois, se dessèche et donne lieu à une efflorescence ayant l'aspect de choux-fleurs.
L'acide maléique cristaUisé fond vers 130", entre enébullition vers 160, dégage de l'eau et passe à l'état d'anhydride maléique, ou d'acide maléique anhylre. La composition de cet anhydride est la même que celle de l'acide maléique, moins les éléments de deux molécules d'eau.
C*H*0' = acide maléique, Q8JJ2Q6 __ ^q[^q maléique anhydre.
Il est à remarquer que, si au lieu de chauffer brusquement à 60" l'acide maléique, on le fait bouillir dans un tube long et étroit, de façon que l'eau qui se dégage retombe sans cesse, il se convertit en acide fumarique, son isomère, doué exactement de la même composition, mais dont les propriétés sont toutes différentes.
La dissolution d'acide maléique n'est pas troublée par l'eau de chaux ; elle l'est par l'eau de baryte, et le dépôt qui se forme dans le liquide se change peu à peu en paillettes cristallines ; cependant ce dépôt disparaît dans un excès d'eau de baryte ou d'acide maléique.
L'acétate de plomb versé dans une dissolution étendue d'acide maléique y détermine un précipité blanc, qui bientôt prend l'aspect micacé.
BicT. EiNc. r i.W. 22
L'acide maléique se convertit en acide succinique lorsqu'on abandonne du raalatede chaux à la fermentation avec du fromage (Dessaignes).
C'est à Vauquelin d'abord et plus tard à Braconnot, qu'on doit les premières notions sur la production de l'acide maléique {An. de Ch. et de Phys.,t. VI, p. 337 ett-VIlIp. 159).
Lassaigne en a étendu l'examen (An. de Ch. et de Phys., t. XI, p. 93), et Pelouze eu a lait une étude presque complète {An. de Ch. et de Phys., t. LVI,
Maléique anhydre {kcide). Anhydride maléique. Ce corps a été découvert par M. Pelouze en 4854 (Voy. Annales de Chimie et de Physique, t. LYI, p. 72). Il prend naissance dans la distillation de l'acide malique, de l'acide maléique, et de l'acide fumarique.
Le procédé le plus commode pour préparer cet anhydride consiste à distiller rapidement l'acide maléique, jusqu'à ce que le résidu renferme de l'acide fumarique cristallisé ; on rectifie le produit distillé, en ayant soin de mettre de côté les premières portions qui sont aqueuses, et l'on répète les rectifications jusqu'à ce qu'd n'apparaisse plus d'eau en distillant, ni résidu d'acide fumarique dans la cornue.
Cet anhydride est cristallisé, fond à 57° et bout à 176°. Sa composition (C^ir^O") est la même que celle de l'acide malique, moins quatre molécules d'eau, et que celle de l'acide maléique moins deux molécules d'eau.
Malaguti.
MAELFWISMATIOIV. On s'accorde généralement à désigner sous le nom de malformation ou de vice de conformation, toute une classe à' anomalies simples ou mieux d'hémiteries généralement apparentes à l'extérieur, produisant un degré variable de difformités capables de mettre obstacle à l'accomplissement d'une ou de plusieurs fonctions, résultant enfin presque toujours d'un arrll de développement. Lés malformations offrent un intérêt d'autant plus grand que plusieurs d'entre elles peuvent être corrigées par la main du chirurgien. Comme exemples de malformations, nous citerons : le bec-de-lièvre, la division de la voûte palatine, l'imperforation de l'anus, la syndactyhe, etc., etc. Nous renvoyons, pour l'histoire générale des malformations, aux articles Tératologie et Hémitérie et, pour leur histoire particulière, aux articles spéciaux concernant les malformations des diverses régions. A. Duplay.
]lIALGii.ICi>NE (Joseph-Fbahçois), né à Charmes-sur-Moselle, département des Vosges, le 14 février 1806 ; mort à Paris, le 17 octobre 1865. Fils d'un pauvre officier de santé, Malgaigne fut, dès son jeune âge, destiné à la médecine; seulement, cet homme qui devait être un des esprits les plus distingués de la médecine contemporaine, un chirurgien éminent, professeur de la Faculté, membre et président de l'Académie, qui devait laisser un nom justement estimé et célèbre, était destiné purement et simplement à remplacer son père, comme officier de santé, dans le petit village de Charmes. Après avoir passé par l'école de la commune, Malgaigne fut envoyé dans un petit collège du voisinage, dirigé par un ecclésiastique instruit, et où il reçut une excellente et très-complète éducation universitaire. En 1821, il se rendit à Nancy, et, en même temps qu'il y commençait ses éludes médicales, il y compléta ses études littéraires. C'était déjànnjeune homme ardent au travail, quelque peu ambitieux, sentant sa valeur réelle et me-
MALGÂIGNE, 339
nant de front la médecine et la littérature. Pendant qu'il publiait quelques articles dans le Propagateur de la Lorraine, il se faisait recevoir officier de santé à l'âge de dix-neuf ans. Le but du père était atteint, et il exigea que le fils vînt exercer sa profession auprès de lui. Malgaigne visait plus haut, et, malgré son père, il se rendit à Paris. La misère l'y attendait ; il dut y vivre avec 85 centimes par jour, et plus d'une fois il se trouva dans le plus entier dénûment ; mais le courage ne lui fit jamais défaut. Il donne quelques leçons d'anatomie et de physiologie, et entre, en 1828, à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, comme élève stagiaire. Au bout de deux ans, se croyant la victime d'une injustice, il donne sa démission, et se hâte de passer sa thèse de docteur en 1831. A cette époque, la malheureuse Pologne essayait de reconquérir sa liberté ; la France avait pour elle les plus nobles sympathies (et rien de plus, hélas !), et quelques-uns de ses enfants ambitionnèrent l'honneur de combattre et de mourir pour elle ; Malgaigne parîit comme chef d'une ambulance militaire, organisa le service médical, assista à l'assaut de Varsovie, et ne quitta la Pologne qu'avec son dernier défenseur. En revenant à Paris, il put entendre cette parole d'un ministre français : L ordre règne à Varsovie ! En 1835, Malgaigne fut nommé professeur agrégé, et, à la suite d'un brillant concours, chirurgien du bureau central des hôpitaux. Il fut successivement attaché à l'hôpital Saint-Louis et à celui de la Charité. Dès qu'il fut nommé au bureau central, Malgaigne institua à l'École pratique des cours publics sur i'anatomie chirurgicale ; il les continua pendant quatre ans au milieu d'un grand concours d'auditeurs qu'attirait tout à la fois sa science profonde, son talent de parole, son originalité, et, il faut le dire, son amour pour la discussion et pour le paradoxe. Jamais homme, ni professeurnefutplus convaincu quelui, et, alors même qu'ilse trompait, c'était de la meilleure foi du monde et en se croyant absolument sûr de la vérité. Au milieu de quelques erreurs, parmi quelques paradoxes, combien d'idées vraies et neuves d'ailleurs et de jalons posés pour les découvertes ultérieures les plus fécondes. Quelque temps après, il organisait ses conférences célèbres du bureau central sur les hernies et sur les bandages. Malgaigne concourut quatre fois pour le professorat, et ce ne fut qu'au quatrième concours, en 1850, qu'il futnomméà la chaire de médecine opératoire, où il succédait à Blandin. Il était, depuis 1846, membre de l'Académie de médecine, qui le choisit, en 1865, pour son président. C'est sur son fauteuil présidentiel, et dans l'accomphssement de ses fonctions, qu'il fut frappé d'une attaque d'apoplexie dont il ne se releva pas ; c'était à la séance du 10 janvier ; M. Malgaigne n'a donc présidé l'Académie que deux fois.
Malgaigne fut un homme remarquable à tous les points de vue, la nature l'avait excellemment et exceptionnellement doué, il ajouta à tout ce que donne la nature un travail incessant, pour lequel il ne consulta pas assez ses forces, car il était déhcat et fréquemment indisposé. Ses œuvres, dont nous publierons la nomenclature, ne sont pas seulement nombreuses, elles sont pour la plupart originales et remarquables. Il est impossible de ne pas signaler, d'une façon toute spéciale, son Manuel de médecine opératoire, devenu classique, et qui est encore le meilleur, le plus complet et le plus impartial des résumés sur cette partie de la science; son Traité d'anatomie chirurgicale, où l'esprit paradoxal et critique de l'auteur s'est donné libre carrière, « et qui est bien plus l'œuvre d'un chirurgien que celle d'un anatomiste », selon M. Jarjavay et tous ceux qui ont lu cet ouvrage, remarquable à plus d'un titre. L'œuvre capitale de Malgaigne est son Traité des frac^ tures et des luxations, T^oar lequel il a recueilli un nombre prodigieux d'observations, étudié toutes les pièces anatomiques réunies dans les musées nationaux
54e MALGAIGNE.
0.1 étrangers, et qui constitue un véritable monument de l'art chirurgical. Ici, comme dans tous ses travaux, Malgaigne se montre extrêmement sévère sur les preuves, et ses déductions sont rigoureusement appuyées sur les données de la méthode numérique, duntil était un partisan trop absolu; cette exagération, toutefois, en donnant à la science une base solide, et à l'esprit d'observation une métitode rigoureuse, a été beaucoup plus utile que nuisible ; les exagérations de Malgaigne sont peu dangereuses, les préceptes qu'il a donnés sont de la plus incontestable utilité. A côté de ces travaux de premier ordre, on doit signaler son édilioti d'Âmbroise Paré. Ce travail qui semble se lier à une histoire générale de la chirurgie, restée en projet, a montré que Malgaigne n'était pas seulement un savant, mais en même temps un écrivain et un critique très-remarquable. 11 ne s'est pas contenté d'enrichir de notes précieuses le texte du vieux chirurgien, il l'a i'ait précéder d'une introduction qui est véritablement une œuvre magistrale, et dont la chirurgie moderne a le droit d'être justement fière. A côté de ces travaux, signalo\is encore ses Leçons sur les hernies, ses mémoires sur la luxation de la l'Otule, ses leçons d'orthopédie, etc., etc. Nous croyons savoir que, dans ses dernières années, Malgaigne a\ait fait sur la Bihle un travail très-important au point de vue historique, critique et philologique. Cette étude, que l'auteur avait laissée à peu près complète et qui contenait la matière d'un volume, était en opposihon avec les données de 1 orthodoxie catholique. Nous avons tout lieu de craindre, et cela est à regretter, que ce curieux ouvrage de Malgaigne soit à jamais perdu.
Malgaigne a été, sans conteste, un des plus brillants professeurs de l'époque aclueile; li avait, on doit le reconnaître, tout ce qu'il faut pour instruire, attirer et captiver l'atteulion ; la science et l'érudition dont nous avons déjà parlé, et, de plus, une grande clarté d'exposition, une élocution facile, et ce qui constituait l'homme, à proprement parler, un accent spécial, un timbre de voix singulier, mais fait pour frapper, une grande énergie d'expression, des attaques subites, des invectives, des prosopopées, etc., tout ce qui, en un mot, et dans une certaine mesure, constilue l'oraleur. Malgaigne, en elïet, était vraiment orateur, et il en fournit la preuve dans un procès célèbre que lui avait intenté le docteur J. Gucrin. Comme notre vieux Gui Patin, Malgaigne voulut se détendre lui-même en première instance et en a[ipi'!, et, comme le médecin du dix-septième siècle, non-seulement il gagna ses procès, niais il sortit de l'audience après avoir charmé ses juges et son auditoire, et en laissant de lui cette opinion que, s'il n'a\ait pas été un grand chirurgien, il aurait pu être un avocat éminent. Son talent de parole, sa réputation étendue le désignèrent, en 1847, au choix des électeurs du quatrième arrondissement de Pai is ; il fut nommé député et vint siéger dans les rangs de l'opposition. Son début oratoire ne fut pas heureux à la Chambre. Soit qu'il eût mal choisi son sujet, soit qu'il n'eût pas mesuré ses forces ou que l'auditoire ne lui iût pas sympathique, il éprouva un véritable échec. La révolution de 1848, survenue quelques jours après, le rendit lort heureusement à ses études premières et à un milieu qui lui convenait mieux de tous points. A l'Académie de médecine, comme à la Faculté, c'est-à-dire sur son vrai terrain, il eut toujours les plus légitimes succès .
Comnîe homme et comme chirurgien, Malgaigne fut plein d'honneur et de loyauté, et il a emporté la réputation incontestée d'un homme de bien. Il avait proposé à la Société de chirurgie, qui l'adopta, la devise suivante : « Vérité dans LA soENCE ; MORALITÉ DANS l'art. )) C'était également la sienne.
Voici la liste de ses ouvrages les plus importants :
I. Nouvelle théorie de la vision (lu à l'Institut en 1830). — II. Mémoire sur les luxations scapulo-humérales. In Journal des progrès, 1850. — III. Nouvelle théorie de la voix. In Archives générales de médecine, ISTA. — IV. Coup d'œil sur la médecine et la chirurgie en Pologne, pendant la dernière révolution. In Gazette médicale de Paris, 1832. — \. Des polypes utérins (Th. agrég.). Paris, 1853, in-4°. — VI. Manuel de médecine opératoire. Ibid., 1834; 7° édit., 1861. Traduit dans la plupart des langues de TEurope. — VU. iMtresur divers points de l'histoire et de la thérapeutique des hernies, adressée à l'Académie des sciences et à l'Académie de médecine. In Gazette médicale, 1835. — VIII. Mémoire sur la détermination des diverses espèces de luxations de la rotule. Paris, 1836, in-8°. — IX. Considérations sur l'opération de la cataracte, etc., etc. In Bulletin de thérapeutique, 1837. — X. Sur une nouvelle méthode de réduction des luxations scapulo-humérales. In Bull, de thérap., 1838. — XI. Mémoire sur le rectocèle vaginal. In Mémoires de l'Acad. de méd., 1858. — XII. Traité d'anatomie chirurgicale et de chirurgie expérimentale. Paris, 2 vol. in-8°, 1838; 2° édit., 1858. — XIII. Recherches statistiques sur la fréquence des hernies selon les sexes, les âges et les diverses populations. Lu à l'Académie des sciences, séance du 15 juillet 1839. — XIV. Nouvelle méthode d'opérer les kystes séreux et synoviaux. In l'Examinateur médical, 1840. — XV. Examen des doctrines sur l'étranglement des hernies. In Gaz. méd., 1840. — XVI. Ponction dans l'hydrocéphale chronique. Paris, 1840, in-8°. — XVII. Œuvres complètes d'Amhroise Paré, revues et collectionnées sur toutes les éditions, avec variantes, ornées de 217 planches, accompagnées de notes historiques et cri~ tiques, et précédées d'une introduction sur l'origine et les progrès de la chirurgie en Occident du sixième au quatorzième siècle et sur la vie f.t les ouvrages d' Ambroise Paré. Ibid.' 1840, 3 vol. in-8''. — XVIII. Etude statistique sur les luxations. In Annales de la chirurgie française et étrangère, 1841. — XIX. Recherches sur les fractures des cartilages intercostaux. Paris, 1841, in-S". — XX. Des appareils dans le traitement des fractures en général [conc. méd. opér.). Ibid., 1841, in-4°. — XXI. Mémoire sur un nouveau moyen de prévenir l'inflammation après les grandes lésions traumatiques, et spécialement après les opérations chirurgicales. Ibid., 1841, in-8'>. — XXII. Statistique des résultats des grandes opérations dans les hôpitaux de Paris. In V Examinateur médical, 1841. — XXIII. Leçons cliniques sur les hernies (recueillies par M. Gelez). 1841. — XXIV. Étude sur l'anatomie et la physiologie d'Homère. Paris, 1842, in-8°- — XXV. Études statistiques sur les étranglements herniaires et sur les opérations de hernies étranglées. Paris, 1842. — XXVI. Du traitement des grands emphysèmes traumatiques. Ibid., 1842, in-S"'. — XXVll. Lettres sur l histoire de la chirurgie. Etudes chirurgicales sur la Bible. Des Asclrpiades et des Asclépions. Histoire de Jean de Troijes, etc., etc. In Gazette des hôpitaux, 1842. — XXVI 11. De quelques dangers du traitement généralement adopté pour les fractures de la rotule. In Journal de chirurgie, 18*5 — XXIX. LeI très sur l'histoire de la chirurgie. Ibid., 1845. — XXX. Mémoire sur la valeur réelle de V orthopédie et spécialement sur la myotomie rachidienne dans le traitement des déviations latérales de l'épine. Paris, 1845, in-8''. — XXXI. Traité des fractures et des luxations, tome i" , des fractures; tome II, des luxations . Ibid., 1847-1854, 2 vol. in-S", avec un atlas de 50 planches in-folio.
Malgaigne a, en outre, rédigé dans la Gazette médicale les Leçons de Dupuytren et de Lis franc ; il a été le rédacteur en cliei', de 1843 à 1855, du Journal de chirurgie, devenu en I8il la Revue médico-chirurgicale. A l'Académie deméde- *cine, il a prononcé plusieurs discours et rédigé des rapports très-importants, insérés dans les bulletins de cette société. Enfin il a prononcé, à la Faculté de médecine, VEloge de Roux, et écrit un certain nombre d'articles dans la Biographie générale de Firniin Didot, et, entre autres, l'article Dupuytren.
H. Mr.
niiiLLiGlViTÉ. La notion de malignité, dans le cours des temps, n'a pas été invariable. Dans Hippocrate, elle s'appelle xaxovjQsa qui signifie méchanceté, malveillance ; l'irrégularité des symptômes y est attachée. Ainsi, les fièvres mahgnes sont pour lui celles dont l'issue est incertaine, les crises anormales, avec abcès ou métastase. En maint passage, la gravité semble peu distincte de la malignité ; elle paraît pourtant plus spécialement exprimée par le mot zazôv, qui est le mot sacramentel des préuations défavorables. Galien, dans ceux de ses ouvrages oii il parle le plus de la malignité, notamment dans les Commentarii et le De
probis pravis que alimentorum succis, n'ajoute rien au double senshippocratique.
Ce double sens a été formellement accepté par certains auteurs qui ont admis par cela même deux genres de malignité. Ainsi, on lit dans les Defimtiones, ouvrage qu'on a faussement attribué à Galien, mais qui est du moins fort ancien : « Malignus morbus est qui facultate quidem magnus est et difficilis, specie vero debilis, neque statutajudicationis habet tempora. Alitermalignus morbus vocatur qui aigris periculum minatur neque spem salutis admittit. » Mais, en général, on s'en est tenu à l'interprétation que comporte l'expression de y.xy.ohOix, et les écrivains latins l'ont souvent rendue par le mot pravitas, qui signifie irrégularité, état tortueux. Foës, par exemple, appelle la malignité « naturœ quœdam pravitas. » Mais c'est Dolœus qui en donne la meilleure idée [Encyclop. méd., lib. IV, de febribus, c. v,); elle tient, dit-il, du serpent plus que du lion « nec enim leonis robur sed et serpentis astutia. » Dès les premiers temps, un dissentiment s'est établi, qui a fait couler beaucoup d'encre. Les uns ont attribué aux fièvres putrides d'alors le caractère de la malignité, laquelle pouvait provenir, suivant eux, d'une corruption particulière et putride des humeurs tout aussi bien que d'une corruption par simple contagion ou par quelque cause intrinsèque (Linden, Ex. viii. § 57) : Soboles laientis cacochymiœ pessimœ. D'autres, spécifiant davantage encore le sens de malignité, et l'identifiant avec celle à'ataxie, ont retiré ce caractère aux fièvres putrides. G. Baldinger est un de ceux qui ont fortement insisté sur cette distinction. Dans les fièvres malignes, peau sèche, constipation, absence de crises; dans les putrides, diarrhée, hémorrhagie, etc. {Opus. med., Gœtting, 1727, program. v).
On devine que la notion dont nous nous occupons est une de celles qui devaient être le plus atteintes par les progrès de l'anatomie pathologique et de l'étiologie positive. La raison en est simple. Cette notion, on vient de le voir, ne représentait qu'une manière d'être de la maladie considérée comme espèce ou comme variété; que son génie propre, son caractère particulier, abstraction faite de ses conditions anatomiques, qui étaient presque toujours ignorées, ou de ses conditions étiologiques, qui n'avaient de fondement que dans les théories du temps. La maladie avait un bon ou un mauvais caractère, comme une personne ; et le mot de mali' gnité, repondant à quelque chose d'offensif et d'insidieux, n'avait pas foncièrement un autre sens en pathologie qu'en morale. Comme espèce, la maladie était maligne en soi, par nature ; comme variété, elle était maligne privativement, par une disposition secrète, assez analogue au caprice des gens. Dans la première catégorie se rangeaient, par exemple, certaines fièvres, la peste, la fièvre cérébrale, la miliaire, la fièvre jaune, etc. ; dans la seconde, toute maladie présentant inopinément des symptômes graves (délire, sueurs, faiblesse et précipitation du pouls, marche rapide, etc.,) que ne comporte pas son évolution habituelle ; et ces symptômes ont été rapportés en général à des perturbations des fonctions nerveuses {Voy. Ataxie).
En ce qui concerne les fièvres, on comprend aisément le peu de fixité qu'offrait, pour la détermination des espèces mahgnes, un caractère tiré de circonstances aussi mobiles. C'est pourquoi beaucoup d'auteurs se sont plaints de l'usage qui en a été fait. Sydenham, en termes assez crus, accuse les médecins de couvrir volontiers du mot de malignité leur ignorance et leur impéritie, et met sur le compte d'une mauvaise direction thérapeutique les symptômes violents qu'on se plaît à traiter de malins. C'est un genre d'interprétation que pouvait peut-être se permettre l'auteur d'une Méthode complète pour guérir presque toutes les maladies^ mais
qui était loin de suffire à lever la difficulté. Les vraies fièvres malignes « ne sont pas communes, » dit Sydenham; mais à quels signes les reconnaître? En quoi se différencient-elles clairement de celles dont la gravité, étrangère à toute influence maligne, ne serait que l'effet d'un traitement inhabile? Voilà ce qu'il ne lui eût pas été facile d'établir. Ce qu'il y a d'assez curieux, c'est que, une soixantaine d'années plus tard, lui-même, Sydenham, était accusé par un autre observateur célèbre et l'un de ses admirateurs, parHuxham, de n'avoir pas su traiter les fièvres mahgnes [Essct,isur les fièvres, chap. viii) ; d'où l'on pourrait induire qu'il en a, à son tour, involontairement exagéré le nombre. Pinel se tire d'affaire en empruntant aux Coaques et à différents pyrétologues, Huxham, Lind, Pringle, Selle, des tableaux de fièvres, continues ou intermittentes, marquées par des symptômes d'origine encéphalique, le tremblement de la langue, la garrulité, le coma, ou par de brusques changements dans l'ordre des phénomènes, par l'irrégularité du type ou des stades, parla coexistence de certaines complications, etc.; et avec ces éléments il façonne des fièvres malignes, cérébrale, lente nerveuse, inflammatoire, bilieuse, muqueuse, adynamique. Tout cela, on ne le conteste pas, pouvait être l'expression d'une ob servation exacte des phénomènes objectifs des maladies, et avoir son application dans la pratique ; mais ce n'en était pas moins, comme nosologie, un arrangement artificiel ; et Pinel, en appuyant Sydenham dans sa revendication en faveur des fièvres malignes, tombait avec lui dans la même illusion, ou plutôt dans la même impuissance. Pas plus que lui, en effet, il ne donnait et ne pouvait donner le moyen de distinguer les fièvres inflammatoire, bilieuse, muqueuse et adynamique malignes de celles qui n'étaient que graves, ou qui, simples et bénignes à leur début, revêtaient soudainement un caractère pernicieux et tournaient vers une issue funeste. Ajoutons que, dans ce système, les deux classes des fièvres adynamiques et des fièvres ataxiques ou malignes ne sont qu'un dédoublement du groupe des symptômes malins, et que nombre de ceux qui ont été rangés dans les premières, comme la convulsion, les vertiges, les troubles de l'ouïe et de la vue, le tremblement de la voix, appartiennent tout aussi bien aux secondes. Ajoutons encore que les traits qui étaient censés donner à la fièvre dite maligne une physionomie tantôt inflammatoire, tantôt muqueuse ou bilieuse, n'avaient souvent rien qui répondit réellement à cette caractéristique ; exemple : les pe'te'chies dans la fièvre maligne inflammatoire. Arbitraire et anarchie, voilà ce qu'on ne peut s'empêcher de constater aujourd'hui dans cette subordination d'une partie importante de la nosologie à une simple expression symptomatique, telle que la malignité.
Dans les maladies extérieures, ce caractère a été attaché à certains phénomènes morbides, de nature diverse, témoignant de la gravité exceptionnelle du mal et de l'impuissance de la thérapeutique. Ainsi la terminaison d'un érysipèle par gangrène, l'état charbonneux, la tendance d'une tumeur à récidiver ou à se généraliser, celle d'un ulcère à s'agrandir, à ronger les tissus, à s'irriter par l'application du remède {noli me tangere), ont été considérés comme des signes de malignité, lesquels pouvaient être inhérents à une maladie déterminée, en être inséparables, ou bien ne s'y joindre qu'à titre d'accident, d'une manière plus ou moins imprévue et insidieuse.
Les progrès de l'anatomie pathologique ont, disions-nous, à l'égard des maladies internes comme des maladies externes, modifié et rectifié la notion de la malignité, L'anatomie pathologique intervient de deux manières principales dans la distinction nosologique des états morbides. Elle assigne, quand elle le peut, aux symptômes leur raison physiologique par la détermination du siège et de la nature
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de la lésion; et, quand elle n'est pas assez heureuse pour aller jusque-là, elle attache au moins à certains états pathologiques un signe anatomique fixe, dont l'observation lui a révélé l'existence, alors même qu'elle ne peut encore saisir la corrélation entre ce fait anatomique et l'appareil symptomatique. C'est ce qu'elle a fait pour la fièvre typhoïde, pour la maladie de Bright, et plus récemment pour la maladie d'Addison. Or, cette double lumière, elle l'a portée dans l'histoire des maladies malignes.
Elle en a détaché d'abord, par ses études sur le système nerveux, tous les désordres fonctionnels directement et naturellement liés à des lésions matérielles des centres nerveux et de leurs enveloppes ; car, ainsi que nous le disions au mot Ataxie, il n'y a rien absolument d'anormal et partant de malin, dans des convulsions, du déUre, de la loquacité, qui ont leur raison d'être dans une méningite* Qu'on puisse, à la rigueur, conserver l'épithète de malin à un exanthème compliqué de délire alors même que le fond de cette complication consiste dans une lésion cérébrale, soit ; c'est une satisfaction qu'on peut se donner. Mais ce serait se payer de mots que d'étendre cette épithète aux cas où la lésion cérébrale est l'élément constitutif de la maladie, comme il l'était en réalité dans la fièvre maligne continue des anciens ; ce serait un jeu d'esprit comparable à celui qui tendrait à ranger dans les maladies malignes toutes les pleuro-pneumonies ou toutes les péritonites assez graves pour donner lieu à des symptômes inquiétants et mettre la vie en péril. Des réflexions analogues seraient applicables à beaucoup d'autres points de l'histoire des fièvres malignes, notamment de la bilieuse, dont beaucoup de symptômes malins trouvent dès à présent leur explication dans les altérations de la glande et des voies biliaires.
En second lieu, l'anatomie pathologique, en joignant simplement, à défaut d'interprétation, ses données brutes aux autres apports de l'observation, est parvenue tout au moins à revêtir d'un certain caractère scientifique et à rendre profitables à la clinique elle-même certains faits qui ne sont pourtant connus jusqu'ici qu'empiriquement. Ainsi, devant l'ensemble fortement relié de tous les caractères anatomiques et symptomatiques de la fièvre typhoïde, les évacuations alvines, le météorisme, les taches lenticulaires n'apparaissent plus comme des indices banals de malignité pouvant se montrer au cours de diverses pyrexies, mais comme des parties d'un tout, comme des traits d'une même figure ; et la clinique en tire avantage, encore qu'elle ne voie pas parfaitement clair dans la corrélation des ulcérations intestinales ou d'un exanthème cutané de forme aussi spéciale avec tous les autres éléments constitutifs de la fièvre typhoïde. Même genre de progrès en ce qui concerne les tumeurs. On sait les discussions qui se sont élevées à l'Académie de médecine, il y a une quinzaine d'années, sur les caractères anatomiques de la bénignité ou de la malignité des tumeurs. Sur ce point, nous devons nous borner à la simple remarque générale que comporte cet article : on ne voit assurément aucun rapport étiologique nécessaire entre la présence de tel ou tel élément histologique dans une tumeur et la tendance de cette tumeur à s'accroître indéfiniment en dépit de toute médication, à s'ulcérer, à récidiver après l'ablation, à infecter enfin l'économie. Il est vrai encore que ce rapport, non-seulement ne paraît pas étiologiqueinent nécessaire, mais, de fait, n'est pas constant. Et, néanmoins, l'anatomie micrographique démontre de la façon la plus péremptoire que cette corrélation existe réellement. Chondromes, fibromes, cancers à noyaux, n'ont pas la même marche, la même tendance à récidiver, et la différence qui les sépare sous ce dernier rapport est telle, qu'elle peut et doit peser d'un poids
considérable dans le pronostic et le traitement chirurgical. La forme extérieure d'une tumeur, sa consistance, sa couleur permettent souvent d'affirmer que celle-ci est sujette à récidive ; mais c'est sa composition intérieure qui dira toujours le mieux dans quelle mesure. Ce résultat n'est-il point un grand pas fait dans l'étude de la malignité ?
L'étiologie est encore, avons-nous dit, un ordre de connaissances hostiles à l'ancienne conception de la malignité. Nous parlons ici de ces causes palpables qui tantôt, dans une lésion anatomique, livrent le mécanisme intelligible de la maladie, et tantôt, dans un agent venu du dehors, livrent le vrai moteur du mouvement pathologique. L'étiologie en rattachant la maladie à une origine certaine, comme l'anatomie en révélant la localisation morbide de laquelle procèdent les troubles fonctionnels, ne pouvaient que démolir peu à peu une notion déduite d'une nosologie exclusivement symptomatologique. Du pus est accidentellement résorbé à la surface de quelque foyer interne ; des abcès se montrent au loin : signe de malignité de la maladie principale ! Un vaisseau s'oblitère dans le cours d'une phlegmasie ; de là, gangrène : la phlegmasie était maligne! Qu'était-ce encore que la malignité du charbon avant qu'on connût les bactéridies? Quelle belle maladie maligne on eût faite (et on l'a peut-être faite) avec les symptômes de la trichinose ! C'est le pendant du changement de point de vue que la découverte des alfections parasitaires a introduit dans la pathologie cutanée où le prurit, les vésicules et la plupart des dermatoses étaient rattachées à l'élaboration secrète, aux pérégrinations et à la décharge d'humeurs acres.
Sur le terrain de l'étiologie comme sur celui de l'anatomie pathologique, on voit donc la maladie successivement ramenée de la malignité à la gravité, et la nature ou l'énergie de la cause morbigène, ainsi que le mode particulier de son effet, se substituer à l'inconnu, à l'imprévu, au soudain, à l'insidieux. On peut encore, si l'on veut, persister à ranger dans la catégorie des maladies malignes celles mômes dont la cause provocatrice est [)his ou moins saisissable, si les manifestations directes de cette cause ou ses manifestations deutéropathiques ont ce caractère de l'insidiosité; mais le nombre n'en sera pas grand et l'on n'accolera plus, par exemple, dans une même interprétation nosologique, une encéphahte et une fièvre cérébrale pernicieuse.
Et ceci nous amène à conclure sur le sens qui doit être réservé à la notion de malignité et sur le rôle qui peut lui rester acquis dans la clinique.
Etant écartés les symptômes et groupes de symptômes, qui, ayant pour moteur une lésion anatomique connue et étant physiologiquement explicables, ne peuvent, pour cela seul, alors même qu'ils porteraient sur le système nerveux, être, au vrai sens, réputés malins;
Etant écartés les symptômes et groupes de symptômes qui, sans être physiologiquement explicables, sont manifestement inhérents à une lésion ou à un ensemble de lésions anatomiques déterminées ;
Etant écartés enfin les symptômes et groupes de symptômes qui sont l'effet direct et l'effet ordinaire, normal, régulier d'une cause appréciable, fussent-ils de la plus haute gravité ; Il reste :
Premièrement, des maladies dans lesquelles la tendance funeste, la mobilité des manifestations morbides (anatomiques ou fonctionnelles), leur expression insolite, leur marche irrégulière, une réaction languissante ou violente à l'excès, un danger imminent sans signes avant-coureurs, — ou bien sont
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l'expression anormale et irrégulière d'une cause plus ou moins connue et dont les manifestations sont habituellement différentes (miasme varioliqiie : variole maligne et variole bénigne) ; — ou bien ne peuvent être dérivées, dans l'état actuel de la science, d'aucune cause, d'aucune lésion et sont pour le praticien une énigme indéchiffrable (fièvre pernicieuse) ;
Secondement, de secrètes dispositions de l'organisme vivant, en vertu desquelles il répond anormalement à l'action offensive des agents morbifères , connus ou inconnus, et, après une lutte bizarrement accidentée, succombe à une attaque dont, en d'autres circonstances, il se fût dégagé sans peine.
Cette seconde proposition se recommande par sa portée pathogénique. Elle écarte la fausse idée d'un rapport constant entre le symptôme et la cause morbigène ; elle ne subordonne pas arbitrairement la malignité de la maladie à la malignité de la cause ; elle laisse à l'économie la part qui lui revient dans le drame pathologique et ouvre à la thérapeutique une voie jjraticable d'intervention.
Dans notre manière d'entendre la question, toutes les anciennes disputes sur le cadre des maladies malignes, sur le point de savoir si l'on doit les distinguer des putrides, si elles doivent ou non sortir du domaine de la pyrétologie, si elles sont passibles de la médication chaude ou de la médication froide ; toutes ces disputes disparaissent. On peut appeler maligne telle ou telle maladie ayant les caractères indiqués plus haut, mais il n'y a plus de place pour aucune dans le cadre nosologique ; plus de classe des fièvres malignes ; plus de groupe des maladies malignes ; plus de traitement propre aux fièvres ou maladies malignes, mais seulement des mdications corrélatives aux expressions particulières, aux modalités symptomatiques ou anatomiques de la malignité. A. Dechambre.
Bibliographie. — Nous avons, autant que possible, donné seulement les dissertations et mémoires, dans lesquels la question a été traitée d'une manière générale, quoiqu'il soit bien difficile de séparer l'histoire de la malignité de celle des lièvres auxquelles elle est si étroitement liée dans les idées doctrinales des siècles passés. — Betera (Félix). De cunctis corporis humaniaffectibus, maligna et deleteria qualitate, febribus malignis, etc. Brixia?, 1591, in-fol. — Colle (Joh.). De morbis malignis. Patav. 4620, in-fol. — Hoffmann (Fred.). De malignitatis natura, origine et causa. Halae, 1695, in-4°. — Starcke. De morbis malignis. Ultrajecti, 1701, m-¥. — Wedel (G. Wolffg.). De tnalignitate in morbis. Jenae, 1721, in-4°. — Ehler (J.-P.) De malignitate morborum. Wurceburgi, 1760, in-4°. — Buchner (Andr.-El. v.). De gradibus malignitatis in morbis malignis. Halse, 1755, in-4°. — Nicolai (Ern.-Ant.). Denotione morbimaligni. Jena, 1763, in-4°. — Bœhmer (Ph.-Ad.). De notions malignitatis morbis adscriptœ. Lepsiae, 1772, in-4°. — Fahner (Joli.-Christ.). Ejnstola de dissentione medicorum quoad malignitatis notionem. Jenœ, 1779, in-8°. — Du même. De causis et signis malignitatis. Ibid., 1780, in-é». — Ackermann. De malignitatis morborum dissertioribus signis. Kilonipe, 1782. — Baldinger. Malignitas in morbis. In opusc Gœttingae, 1787, in-8». — Chambon de Montaux. Traité de la fièvre maligne simple, et des fièvres compliquées detnalig/iité. Paris, 1787, in-12'', 4 vol. — Lacanal (P.). Essai sur la pulridité et la malignité dans les maladies aiguës. Th. de Montp. au V. n° 8, in-4°. — Nicolet (S.-M.) Quelques idées sur la malignité. Th. de Montp. an VII, n» 5, in-4°. — Jaumes (FI.) Tableau analytique de la malignité considérée comme élément essentiel. Th. de Blontp. 1817, l IV, n" 107. — Mérat. Art. malignité. In Dict. e«60 wZ.. t.XXX ; 1818.— Stosch(V.). Art. Malignitas. In Encijclop.Wôrterb. t. XXII, Berlin, 1840. — Devay (Fr.) Rech. et observ. cliniques sur la malignité dans les maladies fébriles . In Rev. méd., 18i5, 1. 1, p. 305 et t. II, p. 51, 321. — Bos (L.-G.). Traité spécial de la malignité dans les maladies. Montpellier, 1848, in-8. E. Bgd.
MAMIVGA. {Voy. Cocotier).
MALIQUE (Acide). Cet acide existe à l'état hbre ou à l'état de combinaison dans presque tous les fruits rouges, dans les pommes, les poires, les prunes, les groseilles vertes, l'ananas et le raisin, dans les champignons, dans les feuilles de joubarbe, d'épinard, de tabac, dans les feuilles et les tiges d'aconit, de belladone,
MALIQUE (acide). 347
de chanvre, de laitue, de pavot, de rue, de sauge, de tanaisie, de thym, de valériane, de mélilot ; dans les fleurs de camomille, de sureau, de bouillon-blanc ; dans les graines de cumin, de persil, d'anis, de lin, de poivre ; dans les racines de guimauve, d'angélique, d'aristoloche , de bryone, de réglisse, de primevère, de garance, dans la carotte et la pomme de terre. Sa grande diffusion dans le règne végétal expiique pourquoi tant d'acides organiques portant des noms particuliers, ont été trouvés identiques avec l'acide malique, dès qu'ils ont été bien étudiés : tels sont les acides sorbique, de Donovan ; ménispermique , de Boullay ; solanique et tanacétique, de Peschier; achilléique, de Zenon; manihotique , d'Henry et Boutron Gharlard ; euphorhique, de Riegel, etc., etc.
On doit à Scheele (Opusc. II, 196) la découverte de cet acide, et à M. Liebig {Annal, de Poggend., t. XYIII, 357) l'établissement de sa formule chimique
C8H6010 csH^O'HO j