MALPIGHI
donnant les théories préconçues, les raisonnements métaphysiques, les disputes stériles de la scolastique, ont étudié et observé la nature, ne racontant que ce qu'ils ont vu, ne tenant compte que de ce qui est bien observé. C'est là un des traits caractéristiques du talent de Malpighi ; aussi alors même qu'il n'a pas bien vu ou complètement observé , alors même qu'il se trompe , ses erreurs ne sont pas préjudiciables à la science, il suffira à un travailleur nouveau de les reprendre ou de les contrôler après lui pour les compléter ou les corriger. Cette tournure d'esprit, si commune aujourd'hui, ne constitue pas pour Malpighi un mince titre au respect de la science ; il vivait au miheu des insanités arabesques, dans un temps et dans un pays où la scolastique était encore triomphante en médecine ; son premier maître en anatoniie, Massari, s'efforçait de démontrer, comme notre Riolan, que la circulation du sang est une erreur; Malpighi sut résister à ce courant. Le dut-il à Borelli, le dut-il à son propre génie? peu importe. Toujours est-il que peu d'hommes ont fait plus que lui de grandes et d'utiles découvertes. Il est le premier ou un des premiers qui se soit occupé de l'anatomie de structure, cette science qui sous le nom d'histologie a lait depuis de si grands progrès en Allemagne et en France ; c'est-à-dire qu'il fut un des premiers à appliquer le microscope à l'étude de l'anatomie. 11 est également un des premiers qui ait eu recours à l'usage des injections dans les préparations cadavériques. 11 serait fastidieux et inutile de démontrer toutes les découvertes de Malpighi, nous nous occuperons seulement des plus importantes.
Une des premières et une de celles qui prouvent le mieux sa sagacité et sa profonde observation est la démonstration de la structure des poumons. Avant lui cet organe était regardé comme un viscère charnu dans lequel l'air se mélangeait au sang. Il démontie que le poumon est composé d'un nombre infini de lobules, suspendus aux dernières ramifications des bronches ou de la trachée, complètement distincts et séparés entre eux ; que chaque lobule est formé d'un nombre considérable de vésicules communiquant entre elles et avec les bronches; qu'il n'est pas vrai que l'air et le sang se mélangent directement dans le poumon, que l'air se trouve dans les cellules et le sang dans les parois de leurs enveloppes. Mais Malpighi se trompa en prenant pour de vrais cellules le tissu intercellulaire auquel il attribue les mêmes fonctions ; il ne vit pas non plus très-bien la fonction vraie du poumon et se rendit mal compte de la l'açon dont l'air et le sang peuvent se mettre en contact. Ces belles découvertes firent déjà beaucoup d'envieux à Malpighi, et ils lui contestèrent la priorité de la découverte. Le savant prit la peine de répondre et d'une façon fort juste : le véritable inventeur, dit-il, n'est pas celui qui trouve par hasard et presque en aveugle tel ou tel point de la science, mais celui qui sait féconder la découverte et l'asseoir sur des expériences bien faites qui permettent d'en déduire toutes les conséquences; de même que le fondateur d'une ville n'est pas celui qui a ramassé au hasard quelques habitants, mais celui qui leur a donné les lois et les institutions qui les gouvernent.
Les recherches de Malpighi sur la peau, ne sont nimoins ingénieuses, ni moins célèbres ; il a découvert les papilles de l'enveloppe cutanée sur les animaux d'abord, puis sur l'homme, et cette découverte, confirmée par Ruysch et par Albinus est, aujourd'hui, hors de doute. C'est lui qui "le premier a mis à nu la couche profonde de l'éjjiderme, qu'il désigne sous le nom de corpus mucosum, corpus r et cil lare et que la science reconnaissante a appelée le corps miiqueux de Malpighi. Certes les découvertes de l'anatomiste italien ont été singulièrement
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dépassées et complétées depuis, mais à lui revient le premier mérile d'une étude où il fallait autant de laborieuse patience que de sagacité. Malpiglii entreprit également l'étude si délicate et si féconde du rein et c'est lui qui a découvert les glandules qui portent son nom et qui sont bien réellement des glandes, ainsi qu'il l'avait dit : « En résumé, dit à ce sujet M. le professeur Sappey, Malpiglii a démontré que le rein est formé par la réunion de plusieurs lobes ; il a reconnu que la substance corticale est essentiellement constituée par les circonvolutions des tubes; le premier aussi, il a signalé l'existence et même la texture intime des glandules urinaires ; et, en même temps qu'il dotait la science de ces conquêtes nouvelles, il réfutait l'erreur commise par Bellini en établissant que tous les tubes viennent se réunir dans les papilles et que c'est par ces papilles seules que s'écoule l'urine. Ce travail est un de ceux où se révèlent de la manière la plus éclatante la rare sagacité et le grand sens dont il était doué. » Malpighi s'est également occupé de la structure du foie, de la texture du cerveau, de la formation du poulet dans l'œuf, etc., etc. Il ne borna pas ses recherches à l'homme ; insatiable de découvertes et comprenant déjà toute l'importance de l'anatomie comparée, il dissèque non pas seulement les animaux supérieurs, mais même les insectes et les végétaux. Mais, à propos de ceux-ci, il eut peut-être le tort d'abandonner sa méthode et de procéder un peu trop par analogie. Ainsi que l'a observé Cuvier, il s'est trompé en regardant les trachées des végétaux comme de véritables organes respiratoires, et les vaisseaux propres comme de véritables vaisseaux de circulation. Malgré ces erreurs, son traité d'anatomie végétale mérite une mention toute spéciale et une place très-distinguée. Aussi Plumier, en signe de reconnaissance, sans doute, a-t-il désigné sous le nom de Malpighia, un genre de plantes de la famille des érables ; depuis la science a fait des Malpighiacées une famille tout entière, à laquelle appartient le genre Malpighia. On a de Malpighi :
I. Obsenationes anatomicœ de pulmonibus. Bologne, 1661, in-fol., avec la dissertation de BartlioUn : De pulmomim suhstantiâ et motu. Copenhague, 1665, in-S"; Leyde, 167-2, in-12, et dans la Bibliothèque anatomique de Mangct. — II. Exercitatio de omento, et adiposis ductibiis. Bologne, lti61, in-l'i. — III. Epistola anatomica de cerebro. Ibid., 1G65, in-12. — IV. Epistola anatomica de lingua. Ibid., 1665, in-l'î. — V. Epistola de externo tactûs organo. Naples, 1664, in-12. — VI. De viscerum nominatim pulmonum, hepatis, cerebri corticis, renum, lienis, structura, exercitationes anatomicœ. Acccdit dissertalio ejusdem, de polypo cordis. Amsterdam, 1669, in-12; léna, 1077, in-12 ; ibid., 1683, in-12; Francfort, 1678, in-12; Toulouse, 1682, in-12; Montpellier, 1685, in-12; léna, 1697, in-12; Amsterdam, 1698, in-12. Trad. en franc. Paris, 1687, in-12. A été inséré également dans la Bibliothèque anatomique de Mangct. — VU. Dissertatio epistolica de Bombyce cum figuris. Londres, 16fi9, in-4°. Trad. en français. Paris, 1686, in-12. — VIII. De formatione piilli in ovo dissertatio epistolica. Londres, 1675, in-4°. Trad. en français. Paris, 1686, in-12. — IX. Anatnme plantarum. Cui suhjungitur appendix iteratas et auctas ejusdem auctoris de ovo incubato observaiiones continens. Cum figuris elegantissimis. Londres, 1675, in-fol. — X. Anatomes plantarum pars altéra. Ibid., 1679, in-fol. ; ibid., 1686, in-fol. — XI. Appendix repetitas auctasque de ovo incubato observationes continens, epistola de glandulis conglobalis. Londres, 1789, in-4° ; Leyde, 1690, in-4°. — XII. Consultationum medicinalium centuria. Publiées par Jérôme Gaspari. Padoue, 1713, in-4'' ; Venise, 17 44, {11-4°. Par Cajetan Armillei. Venise, 1747, in-8\ — XIII. Marcelli Malpighii opéra omnia, figuris elegantissimis, in ces incisis illustrata, tomis duobus coniprehensa. Londres, 1686, in-fol. ; Leyde, 1687, in-4'', 2 vol. — XIV. Opéra posthuina, figuris œneis illustrata. Quibus jjrcefixa est ejusdem vita ab ipsomet scripta. Londres, 1697, in-fol.; Venise, 1698, in-fol. ; Amsterdam, 1698, .in-4''; ibid., 1700, in-4-; Venise, 1743, in-lol. H. Mb.
MALPaoïIiACÉES. Famille de Dicotylédones, voisine des Acérinées et des Sapindacées. Elle comprend des plantes ligneuses, à feuilles stipulées , le plus
356 MALPI6HIE,
souvent opposées, tantôt glabres, tantôt portant des poils, les uns soyeux, les autres en forme de navette, fixés par leur milieu et urticants. Le calice est persistant, à 5 lanières, munies à la base d'une ou plus souvent de deux grosses glandes. Les pétales, au nombre de cinq, sont longuement onguiculés, frangés ou dentés sur leur bord. Les étamines sont en général au nombre de dix, soudées toutes ensemble à leur base, et terminées par des anthères courtes, qui avortent chez plusieurs d'entre elles. L'ovaire est libre, composé de trois, plus rarement de deux carpelles, cohérents ou distincts au sommet, contenant chacun un ovule, pendant à l'angle interne de la loge ou au milieu de la cloison, et qui reste presque ortliotrope. Les styles au nombre de trois sont libres ou soudés. Le fruit est tantôt drupacé, tantôt sec et relevé d'ailes membraneuses ou de pointes épineuses ; d'autres fois , il est formé de trois carpelles distincts ailés, indéhiscents ou rarement bivalves. Les loges du fruit, dont le nombre peut varier de 3 à 1, contiennent chacune une seule graine, dont le testa double recouvre un embryon exalbuminé, droit, courbe ou même circulaire.
Les Malpighiacées habitent surtout les plaines et les forêts vierges de l'Amérique tropicale. Rares dans l'Asie équatoriale, elles le sont encore plus dans l'Afrique australe.
Elles ne fournissent que peu de plantes à la médecine. On utilise les fruits acidulés de certains Malpighia comme rafraîchissants et antiputrides ; et les écorces de plusieurs Byrsonima comme astringentes et toniques.
JussiEU. Ann. Muséum, XVIII, p. 479. — De Candolle. Prodrom., I, 577. — Adrien de JussiEu. Monographie des Malj)higiacées. Paris, 1834. — Lindley. Nat. Syst. 121. — Bentham et HooKEn. Gen. Plant., l, 251. Pl.
MALPIGIIIE, Malpighia Rich. Genre de Dicotylédones, qui donne son nom à la famille des Malpighiacées. Étabh d'abord par Linné, ce grouije a été depuis lors revisé par les botanistes qui l'ont subdivisé en plusieurs genres et qui, à l'exemple de Richard, ne font rentrer dans les Malpighia que les espèces répondant aux caractères suivants : Calice 5 partite, marqué de 6 à 10 glandes. Pétales onguiculés, glabres, à limbe denticulé. Dix étamines fertiles, monadelphes à la base. Ovaire glabre, triloculaire, surmonté de 5 styles distincts. Fruit charnu, à
nucules à peine cohérents, marqué de crêtes ou d'ailes sur le dos. Semences ovoïdes, contenant un embryon droit.
Les plantes de ce groupe sont des arbrisseaux ou de petits arbres. Leurs feuilles opposées, munies de stipules fugaces, sont entières ou dentées, tantôt glabres, tantôt munies de poils. Parfois ces poils prennent la forme de navette et sont placés horizontalement, attachés à la feuille par leur milieu: ils sont urticants.
Certaines espèces de Malpighia nous intéressent par leurs fruits, qui sont mangés sous le nom de Cerise ou de Merise d'Amérique ou des A7itill.es. ^ ; Tel est le Malpiglda glabra L., arbrisseau de la Jamaïque, de Cayenne et du Brésil, à feuilles glabres, entières, dont les fleurs sont disposées en ombelles, à l'aisselle des feuilles, et dont les fruits ressemblent à une petite cerise rouge, sillonnée de rainures. Ils ont une saveur acidulé assez agréable et sont rafraîchissants.
Le Malpighia punicifolia, qui diffère du précédent par ses fleurs solitaires, donne des fruits analogues, qu'on mange aux Antilles, roulés dans du sucre. Son écorce est astringente. De ses branches découle une gomme qu'on a comparée à la gomme arabique.
Le MalpicjJde urem L., arbrisseau à rameaux glabres, mais à feuilles armées sur la face inférieure de poils en navette prurients, est connu sous les noms de Bois Capitaine, Brin d'Amour, Coiihaya, Cerisier de Courwith. Ses baies acidulés et astringentes sont employées contre la dysenterie. Son écorcc est aussi astringente.
Un certain nombre d'espèces , qui rentraient autrefois dans les Malpighia,
les M. crassifolia L., 5Io7ireila Aubl., spicata Cav., verbascefolia L. , et dont
on fait maintenant des Byrsonima sont remarquables par leur bois ou leur écorco
toniques et astringents.
AuBLET. Plant, de la Guyane, I, 461. — Richard. In Jussieu, Annal. Mus., XVIII, p. 480. — De Candolle. Prodr. I, p. 577. — Endmcher. Gêner. Plant., 5585. — Bentham et Hooker. Gêner. Plant., I, 251. Pt-
MALT (Voy. Bière).
MALTE. Géographie, L'île de Malte est située dans la Méditerranée, sous le 35» 53' de latitude N., et par le 12» IV de longitude E. Elle est à 100 kilomètres environ au sud de la Sicile, et à 250 kilomètres des côtes d'Afrique. Autour d'elle, d'autres îles, à distance' très-rapprochée, forment un archipel compacte, Gozo, la plus grande, est un peu plus au nord, et séparée de Malte par un chenal de 5 kilomètres de large, au milieu duquel se trouve la petite île de Comino.
La forme de l'île principale est ovale ; elle a 28 kilomètres de long sur 16 de large; sa superficie est d'environ 180 kilomètres carrés. Son aspect est celui d'un grand rocher blanc, descendant régulièrement à la mer par une pente rapide, du sud au nord. Le point le plus élevé, la colline de Bingemma, n'a pas plus de 250 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'intérieur de l'île est accidenté, onduleux ; les côtes sont déchiquetées par des ravins profonds, à bords escarpés, et partout inabordables. Il n'existe à l'intérieur ni lac, ni rivière. Pendant la saison des pluies, les ravins et les vallées se transforment en petits cours d'eau, qui, du reste, sont vite absorbés par la nature poreuse du sol. La terre est rare sur ce rocher. Mais l'industrie des habitants y a pourvu ; on a été en demander à la Sicile, et on l'a, parcimonieusement mais habilement, distribuée dans les heux propres à la culture. On en fabrique aussi de toutes pièces en broyant la surface molle des rochers, et en laissant exposé à l'action de l'atmosphère ce pulverin de nouvelle espèce. En deux ou trois ans, assure-t-on, le terrain ainsi préparé peut recevoir les semis ou les plantations.
C'est donc à force d'art que l'on a pu instituer dans l'île de Malte l'industrie horticole et maraîchère, qui constitue aujourd'hui son principal commerce. Les oranges et les mandarines, les citrons, le coton, les roses y sont cultivés avec succès, et, pour ces premiers produits, l'exportation arrive à un chiffre considérable. Avec ces quelques pelletées de terreau, précieusement recueillies au delà des mers, les Maltais sont devenus les fournisseurs de tout le Levant, et bon nombre d'entre eux ont, en émigrant sur les côtes voisines, inauguré la culture maraîchère; en Algérie, notamment, où elle n'existait pas, et où elle est encore, en grande partie, entre leurs mains.
Le Maltais est une race absolument vouée à l'activité, au travail; gens robustes, bons matelots, hardis nageurs, jardiniers consommés, on les rencontre partout où leur industrie peut prospérer ; et si l'on a égard cà la densité de la population résidant sur l'île-mère, on est étonné de la densité également remarquable de la
population flottante, au dehors. Les Maltais sont très-nombreux en effet sur tout le littoral de l'Afrique; et, à Smyrne, à Beyrouth, à Constantinople, dans l'archipel Grec, on les compte par milliers. Ils sont facilement reconnaissables à un type particulier, à une langue qui leur est propre, et qui semble formée de vocables appartenant à tous les idiomes du Midi, à leur prodigieuse mobilité, et à leur intelligence commerciale. Généralement sobre, du reste, et d'une constitution où le inuscle domine, tel est l'homme que Malte envoie, avec les produits de son sol, des colonnes d'Hercule jusqu'au fond de la Corne-d'Or.
Météorologie. Le climat est ordinairement chaud dans l'île, surtout à Civita- Vecchia, ancienne capitale située dans l'intérieur. L'influence des vents d'Afrique et de Syrie s'y fait sentir, et la réverbération d'un ardent soleil sur la surface uniformément blanche du sol et des maisons y rend la température souvent difficile à supporter. Ce qui caractérise cette situation pendant l'été, c'est le peu de différence que l'on constate entre la chaleur du jour et celle de la nuit. Il semble que cette porosité du rocher et des matériaux de construction retienne plus facilement le caloriqiie ; de sorte que c'est tout au plus s'il y a un écart de quelques degrés dans les hauteurs thermométriques prises à douze heures de distance.
Voici quelles ont été, en 4867, les conditions météorologiques de l'ile : (L'observatoire est situé à une altitude de 35 mètres environ au-dessus du niveau de la mer.)
La hauteur barométrique moyenne pour toute l'année a été 757 millimètres ; le maximum a été de 769 millimètres, en février, et le minimum de 746 millimètres, en janvier. La température moyenue a été de 20" centigrades pour l'année ; mais elle est montée jusqu'à 40" en moyenne pour le mois de juillet ; l'écart moyen entre les températures les plus hautes et les températures les plus basses de la journée n'a jamais dépassé 5 à 6 degrés. Du reste, il ne gèle jamais à Malte, et Boisgelin raconte comme un fait extraordinaire la congélation d'une mare d'eau sur les hauteurs, en 1788. Les vents dominants sont ceux du nord. Ils ont régné pendant 121 jours, et surtout en juin ; les vents d'ouest ont soufflé pendant 99 jours, et surtout en décembre; les vents d'est pendant 81 jours, et surtout en mai ; les vents du midi pendant 46 jours seulement; enfin il y a eu calme plat pendant 1 8 jours. Ces observations sont, à très-peu près, identiques à celles des années 1866 et 1865 ; ce qui permet de les considérer comme normales. 11 y a eu 81 jours de pluie, dont 22 en décembre et 16 en novembre; mai, juin et juillet comptent deux jours de pluie pour tout le trimestre. En 1866, ^m avait eu 90 jours de pluie, et 82 en 1865. La quantité d'eau tombée en 1867 est évaluée à 32 ou 33 centimètres ; et ce chiffre est à noter, si l'on veut se rendre compte tout à l'heure des conditions du régime des eau.x. dans ce pays, entièrement dépourvu de lacs et de rivières.
On peut dire en effet que le Maltais ne boit que de l'eau de pluie. Aussi tous les aménagements désirables sont-ils institués pour la recueillir et la conserver. Les habitations sont construites dans ce but, c'est-à-dire qu'elles sont terminées en terrasses, d'où l'eau s'écoule par des conduits spéciaux jusqu'à la citerne de la cour intérieure. Il en est de même dans la campagne, où un drainage intelligent amène l'eau vers des réservoirs cl des bassins publics. 11 y a cependant des sources dans l'île; et deux aqueducs en amènent les produits jusqu'.à la cité. De ces deux aqueducs, l'un, celui de Wignancourt, alimenté par dix sources, donne environ 17U0 litres d'eau à la minute; l'autre, celui de Fanara, avec trois prises d'eau, fournit 295 htres, par minute aussi. Ces conditions permettent môme à la ville
de se donner des fontaines ; mais, encore une fois, c'est la citerne intérieure, alimentée par la pluie, qui fournit la boisson de l'habitant.
Quant à ces réservoirs, bassins et citernes, ils étaient, en 1865, au nombre de 4294, dans la ville; les réservoirs publics étaient au nombre de 274 ; et, dans la campagne, on en comptait 125. Toutes mesures sont donc sagement prises pour utiliser le peu de ressources du pays en eau potable; et la disette est, là, moins à craindre que dans certaines parties de notre beau pays de France. ; Géologie. La structure géologique du sol est cependant, plus que partout ailleurs, défavorable à la conservation de l'eau. Le rocher de Malte, les assises de l'ile sont un calcaire grossier, qui forme la masse la plus considérable du soussol; au-dessus se trouvent des bancs de pierres à sablon, molles et poreuses, et de nuances diverses, jaunes, blanches ou rougeàtres. La surface de l'île en est couverte presque entièrement, les trois quarts pour le moins, surtout au centre et à l'est. Vers l'ouest, on rencontre des marnes et des sables de couleur, et aussi des bancs de corail calcaire. Très-peu d'alluvions, si ce n'est dans les vallées de l'intérieur, et surtout vers l'ouest. Ces pierres à sablon, dont nous venons de parler, sont celles dont on se sert pour les constructions dans le pays ; elles se laissent facilement tailler et mettre en œuvre ; mais elles n'offrent aucune résistance à l'action du temps, et elles absorbent beaucoup d'eau pendant la saison des pluies.
Flore et fadne. Nous avons dit plus haut dans quelles conditions la culture avait du se développer, et à travei s quelles difficultés on a pu arriver à la constituer. 11 ne faut donc pas s'étonner si la flore du pays est fort peu diversitiée. Mais, sur ces terres rapportées, sur ce sol hétérogène dont chaque parcelle représente une somme de travail et de dangers, les plantes parasites seraient, en vérité, mal à leur place. Aussi n'y connaît-on guère que les plantes de rapport, blé, coton, orge, avoine, luzerne, etc. La somme de blé récoltée ne suffit pas à la consommation du pays, et l'on évalue à un tiers la quantité demandée à l'importation. En revanche, le coton s'exporte vers les marchés étrangers ; on le sème en mars et avril, et on le récolte en octobre. En dehors de ces deux produits principaux, la culture du pays se porte de préférence vers les légumineuses, dont il se fait aussi un commerce assez fort. Les melons de Malte sont surtout renommés, ainsi que les pastèques. Quant aux orangers, on comprendra facilement, d'après ce qui vient d'être dit, qu'ils ne poussent pas en pleine terre ; on les plante dans des fosses ou des caisses préparées ad hoc, et c'est dans ces conditions qu'ils produisent les fruits savoureux que nous connaissons. Les figues y sont excellentes aussi, mais en petit nombre, et consommées dans le pays.
La faune comme la flore, et pour les mêmes raisons, est réduite à un petit nombre d'espèces, et exclusivement aux espèces utiles; le cheval est petit, mais très-vigoureux ; l'àne, au contraire, est de grande taille et de belles formes ; il rend les plus grands services dans cette contrée si accidentée, et les voyageurs surtout l'apprécient et le préfèrent. Par sa situation même, Malte était naturellement désignée comme un point de repère pour toutes les émigrations ailées ; aussi, à certaines époques fixes, le gibier à plume est-il très-commun dans l'île, pigeons, cailles, bécassines, alouettes, grives, canards sauvages. Mais ce sont là des passagers, et il ne reste guère de races domestiques à demeure. Le poisson, en revanche, est bon et abondant.
Les abeilles fournissent un miel exquis, doué d'un parfum tout particulier, et très-apprécié dans le Levant ; on assure que la grande quantité de fleurs d'oranger
qui eA.iste dans l'île serait la cause première de cette particularité. Les habitants se livrent du reste à l'apiculture avec un soin eNtreme, et digne en tous points de la signification étymologique du nom primitif du pays, Melita.
Aspect. La seule ville importante de l'île est la cité Valette. L'ancienne capitale, située à l'intérieur, Civita-Vecchia, est aujourd'hui presque déserte. La cité Valette, au contraire, offre le spectacle de la plus prodigieuse activité. Son vaste port, partout bordé tle quais larges et commodes, est encombré de naviies de tous les pays et de toutes les dimensions ; et les constructions, étagées les unes audessus des autres, et les rues reliées entre elles par des escaliers monumentaux, tout cela fourmille de gens et de bêtes. L'habit rouge des soldats anglais tranche hardiment sur le blanc vif des rochers et des murailles ; les vêtements noirs des femmes et des religieux forment un autre contraste aussi saisissant, et la netteté de ces diverses nuances accuse davantage encore la mobilité de cette foule, que l'on voit monter et descendre avec une vivacité d'allures peu habituelle chez les peuples méridionaux.
La cité Valette occupe l'extrémité d'une langue de terre qui partage le port en deux anses profondes, divisées elles-mêmes en un grand nombre de petites criques. De ce point culminant, le terrain descend en pente vers l'intérieur; la Floriana, autre partie de la ville, se trouve au point de jonction de la presqu'île; à l'est, de l'autre côté du grand port, est le quartier nommé Vittoriosa, et, dans la marse de l'ouest, on voit l'île de la Quarantaine. Tout cet énorme pâté de constructions, casernes, hôpitaux, habitations particulières, édifices publics, est environné d'une ceinture de fortifications presque inexpugnables, qui dominent au loin la mer et le pays. On se souvient du mot plaisant qui échappa à Cal'arelli- Dufalga, chef du génie, lorsque Bonaparte prit possession de l'île, au mois de juin 1798 : « Heureusement, dit-il, qu'il y avait là quelqu'un pour nous ouvrir les portes. » Nous verrons tout à l'heure que, malgré cette longue suite de murs blancs, réverbérant violemment la lumière solaire, les ophthalmies sont relativement peu fréquentes chez les habitants.
Démographie. Les Maltais sont d'origine carthaginoise; mais la race s'est fortement imprégnée du type arabe, surtout pour les traits du visage ; les yeux sont noirs et brillants, la bouche est large et bien garnie ; le front est bas et les cheveux à peu près crépus. La physionomie, prise dans son ensemble, est plus significative à ce point de vue que le détail des traits ne permettrait de le faire comprendre. La musculature est très-développée chez les hommes ; les femmes ont les extrémités très-délicates, et le teint chaud, mais pâle cependant.
On comptait, en 1865, 144,868 habitants dans les deux îles. En voici la répartition :
HOMMES. FEMMES. AU lOTAL.
1" Population civile : Maltais 66836 68206 133042
— — Anglais résidents.. . . 749 638 )407
— — Étrangers 8S6 407 1263
Total de la population civile. . . 6S441 69271 157712
2» Population militaire 6015 1141 7156
Totaux 74456 70412 14i8tis
La première impression que doit produire la lecture de ces chiffres est celle d'une densité de population très-considérable. Malte et le Gozo ont, en effet, h. elles deux, une superficie totale de 180 kilomètres carrés seulement ; ce qui donne une proportion de 805 liabitants par liilomèti'e. Si l'on compare ce chiffre avec celui
des autres pays d'Europe, et, pour plus de sûreté, avec ceux de ces pays récemment étudiés dans ce Dictionnaire par notre savant confrère le docleur Bertillon, on se rendra facilement compte de l'énorme différence constatée. En Autriche, en effet, on trouve 55 habitants par kilomètre; en Bavière, 60 ; en France, 69; dans le duché de Bade, 95 ; en Angleterre, 152 ; en Belgique, 162. On voit que les chiffres les plus élevés sont encore loin de la densité de population particulière à Malte. Un grand nombre de ces habitants sont, il est vrai, pendant une grande partie de l'année, répandus sur lehttoral de la Méditerranée pour les besoins de leur commerce. Mais il y a aussi beaucoup de Maltais fixés à demeure au dehors, et si la densité réelle se trouve ramenée, par les nombreuses absences, à un chiffre un peu moindre, il reste certain que la race maltaise est, dans son pays d'origine, bien au-dessus des conditions normales.
Si l'on déduit, des chiffres ci-dessus, les étrangers, les résidents anglais et la population militaire, il reste un total de 135,042 habitants, qui donne encore la proportion de densité 750 par kilomètre carré.
Cependant, en 1813, la peste a sévi dans l'île avec rigueur; on ne compte pas moins de 4486 décès de cette cause pour cette année; en 1857 et en 1865, le choléra a fait aussi de nombreuses victimes. Les épidémies antérieures de peste, bien que fort éloignées de l'époque actuelle, doivent encore être mentionnées, comme fait historique d'une certaine valeur, au point de vue de cette exubérance de population. Et Malte n'a point été ménagée ; car elle a eu quatre fois la peste, en moins de deux siècles, en 1519, 1593, 1623 et 1663.
Quoi qu'il en soit, la population de Malte, Gozo non compris, était de 92,500 en 1819; en 1828, elle était de 99,876; et en 1838, de 103,000. Eu 1851, le census officiel comptait 108,835 âmes, plus 14,663 pour le Gozo; 123,496 au total. Le document publié eu 1865 porte ce chiffre à 155,042 pour les deux iles, abstraction faite des étrangers. L'accroissement, de 1819 à 1851 , aurait donc été de 5 pour 1000 en moyenne; del851àl861, il aurait plus que doublé. Les documents du commencement du siècle sont probablement entachés de quelque inexactitude; cependant il convient de faire entier en ligne de compte la prospérité qu'a dû provoquer dans le pays le mouvement, tous les jours plus considérable, de la navigation dans la Méditerranée, et, en particulier, les conditions favorables oii s'est trouvé le commerce maltais lors de la guerre de Crimée.
La natalité, cependant, ne fournit pas de résultats hors ligne. Si l'on prend les chiffres de la période 1819-1854, on trouve un total de 54,625 naissances, soit 5,414, année moyenne, pour une population, moyenne aussi, de cent mille âmes; la proportion est donc de 54 pour 1,000. Pour les trois années 1865, 1864 et 1865, les naissances ont été au nombre de 14,400; 4,800, année moyenne; proportion : 56 pour 1,000 de la population native, 53 pour 1,000 de la population totale. En France, nous n'avons, il est vrai, que 26 pour 1,000 ; mais, en Angleterre, le chiffre est de 55; en Belgique, il est de 55; et, en Autriche, il monte même à 45.
Parmi ces naissances, la proportion mâle est supérieure, au moins pour les dernières années, à la proportion féminine. On a, en eflét, dans la période triennale 1865-65, 51,6 garçons contre 48,4 filles, pour 100 naissances. Ce résultat, s'il se confirme dans l'avenir, modifiera profondément les conditions actuelles de la population maltaise ; car, parmi les indigènes, les proportions sont : 49,5 hommes, 50,5 femmes pour 100 habitants. L'adjonction de la population militaire et des étrangers, ou des Anglais, change absolument ces chiffres, comme il est
facile de le comprendre. On trouve alors, pour le total, le rapport masculin 51,4 contre 48, G, rapport féminin.
La matrimonialité donne une moyenne de 970 mariages par an, de 1863 à J865. La proportion est de 6,7 pour 1,000 âmes de population; c'est un chiffre relativement inférieur. Les chances de mariage sont de 6,5 pour les femmes, et de 6,9 pour les hommes. Cette infériorité du chiffre des mariages, mise en regard de la proportion des naissances, laisserait à penser sur les conditions de moralité de la population. De tout temps, du reste, Malte a été citée pour la facilité de ses mœurs, mais nous n'avons aucun renseignement concernant les naissances illégitimes, et il serait inexact, dans ces circonstances, de tirer aucune conclusion touchant la fécondité des unions. L'absence des documents relatifs aux catégories d'âge ne permet même pas d'établir la fécondité du sexe féminin
La mortalité de l'île de Malte doit être envisagée à un double point de vue. Dans un pays oiî l'élément étranger apporte un appoint de population aussi considérable, il serait utile, en effet, de pouvoir séparer nettement les résultats afférents à la race indigène, de ceux qui concei'nent les habitants venus du dehors, et qui sont soumis, par conséquent, aux mfluences de l'acclimatation. Les documents ne sont pas toujours kvovables à cette distinction si importante; et, cependant, si l'on se reporte aux chiffres donnés pour la population en 1865, ou verra qaun quinzième de cette population est exotique. Nous tâcherons d'exclure, autant que possible, de nos calculs cette fraction hétérogène, et nous aurons, du reste, comme expression des effets de l'acchmatation, les résultats particuliers aux troupes de la Grande-Bretagne en garnison à Malte.
Les chiffres de la période 1822-1831, qu il est intéressant de citer à différents points de rue, donnent une moyenne annuelle de 2,580 décès pour une population civile, moyenne aussi, de 100,270. La proportion est donc 25,8 pour 1,000, Mais les étrangers sont compris dans ce chiffre, à 1 exception de l'armée.
Aussi, n'insisterions-nous pas sur ce calcul, si le documeiit qui le fournit ne donnait, en même temps, un précieux renseignement sur la mortalité par mois de l'année. Ce relevé, opéré pour une période de treize années, offre des garanties d'exactitude suffisantes, au point de vue de l'influence saisonnière. Voici donc les proportions obtenues :
Sur 100 décès constatés, il s'en produit : en janvier, 8,72; en février, 8,28; en mars, 8,52 ; en avril, 7,19; en mai, 6,85; en juin, 7,67 ; en juillet, 9,19; en août, 8,72; en septembre, 7,99; en octobre, 9,20; en novembre, 9; en décembre, 8,95.
Ainsi, et comme conséquence assurément digne d'attention, on peut dire que les mois d'avril, mai et juin sont la saison la plus propice, tandis que juillet est, au contraire, un mois à éviter, ainsi que octobre et novembre, dans des conditions de constitution médicale toutes difiérentes, cependant.
La mortalité observée pendant les années 1858, 1859, 1860 et 1861 donne des résultats plus précis en ce qui touche la population native, du moins au point de vue des décès; car le recensement de 1851 est déjà bien éloigné pour tournir une base de calcul tout a fait exacte; et les chiffres de 1865 constatent une progression tellement considérable, qu'il est à peu près impossible de la considérer comme s'étant effectuée dans des conditions normales. Il y a, en effet, une différence de 37,000 âmes entre les deux chiffres. Nous avons dt^'à fait observer que la guerre de Crimée avait eu, pour Malte, pour sa prospérité, pour son développement, des conséquences exceptionnelles ; il est donc probable que l'accroisse-
^ment de population a eu lieu, à cette époque, dans des proportions plus élevées fque pour les années suivantes, et dès lors le calcul de cet accroissement perdrait , toute signification.
'' Prenons donc, sous cette réserve, les chiffres de 1851, quoique, évidemment, beaucoup trop l'aihles, et constatons une mortalité par conséquent supérieure à la réalité. Le total des décès, pour les populations urbaine et rurale réunies, donne la proportion moyenne : 24 pour 1,000 habitants.
Si nous avons ainsi mentionné la circonstance des deux populations, c'est qu'il existe entre elles un écart de moyennes tellement élevé, qu'il est di''ficilement explicable. On trouve, en effet, de 1859 à 1861, une proportion de 20,8 pour les babitants de la ville, et une proportion de 27,7 pour ceux des 21 districts de la campagne.
La dernière période d'observation, relative aux trois années 1865-65, donne une proportion plus forte que celles constatées jusqu'à cette époque ; mais ici les chiffres contiennent la population étrangère et l'effectif de la garnison. La moyenne est de 50 pour 1,0(J0, c'est-à-dire supérieure à celles de la France et de l'Angleterre. Relativement au sexe, on trouve la portion féminine de la population, favorisée dans les premiers chiffres; à la ville, on compte 21 ,-iO décès pour 1,000 hommes, et 20,16 pour 1,000 femmes. A la campagne, on a 27,95 pour 1,000 hommes, et 27,55 pour 1,000 femmes. Mais cette proportion s'est complètement modifiée pour la période suivante : 28,95 décès masculins, 51,10 décès féminins.
En résumé, les conditions statiques actuelles de la population agglomérée de toute l'ile sont celles d'un excédant de 5 naissances pour 1,000 sur le chiJfre des décès.
Nous avons dit que les conditions de mortalité du soldat anglais à Malte pouvaient donner une idée de l'influence de l'acclimatation. Pour la période de neuf années, comprise entre 1859 et 1867, cette garnison a perdu, année moyenne, 15,84 pour 1,000 de son effectif. Mais ce chiffre n'est absolument significatif que si on le compare à celui de la troupe indigène {fencible artillerij), qui ne perd, dacs la même période et dans les mêmes conditions, que 8,58. 11 faut ajouter encore, à la charge de l'effectif anglais, une moyenne de 15,40 pour 1 ,000 renvoyés en Angleterre pour raison de santé, ce qui doit augmenter, en fait, la proportion mortuaire réelle, l'état de ces derniers étant, en effet, assez mauvais pour nécessiter la réforme définitive du plus grand nombre, 75 sur 100. NosoGR-iPHiE. L'étude de la constitution médicale de Malte est rendue difficile par la différence des dénominations scientifiques appliquées aux maladies, et par le vague que comportent certaines désignations. Ainsi, non-seulement les termes techniques ne sont pas ceux que nous employons en France ; mais là même, dans le pays, les documents de l'hôpital ne donnent pas la même nomenclature que ceux de l'état civil. Un certain nombre de maladies, il est vrai, porte des noms généralement adoptés, et pour celles-là, du moins, la certitude existe.
Quoi qu'il en soit, nous suivrons ici l'ordre méthodique adopté par les registres de l'hôpital. Cet établissement, l'Hôpital civil central, est situé dans la partie de la ville appelée Floriana. Il reçoit les indigènes et les étrangers. Pendant les trois années 1859, 1860 et 1861, il a eu en traitement 4,044 malades, dont il faut déduire 81 enfants admis avec leurs parents, et 20 parents admis avec leurs enfants. La moyenne anmielle des malades traités est donc de 1,454. Mais il
lions a semblé plus exact de prendre ici le chiffre total de la période pour base de comparaison.
Les documents de l'état civil fournissent la mortalité par maladie, pour ies mêmes années, parmi la population urbaine native, et, pour les années 1858, 1859 et 1860, parmi la population rurale. Comme il n'y a pas eu d'épidémies ni de circonstances anormales dans la sauté publique pendant ces deux périodes, on peut parf;iitement les considérer comme analogues, et les totaliser pour le calcul proportionnel. Enfin, la garnison a été observée, avec plus ou moins de détails, depuis 1849 jusqu'en 1867.
La variole occupe le premier rang dans la nomenclature adoptée. La proportion des entrées à l'hôpital est de 4,5 pour 1,000 malades. La mortalité, en ville, a été de 1,25 pour 1,000 habitants; à la campagne, 0,94; au total, 1,15. A l'hôpital, la mortalité a été de 5,5 pour 100 malades. Il faut faire observer, avant d'aller plus loin, que cette mortalité de l'hôpital est généralement trèsconsidérable. On ne compte pas moins de 561 décès en trois ans, ce qui donne la proportion 150 pour 1,000. On verra plus loin que la mortalité infantile est pour peu de chose dans ces chiffres, ce qui rend la moyenne encore plus élevée.
La vaccination est pratiquée à Malte, grâce aux prescriptions assez sévères de l'autorité anglaise. Une ordonnance de 1855 la rend absolument obligatoire, et condamne à une amende de 20 schellings, au maximum, les parents ou tuteurs qui auraient négligé d'y soumettre leurs enfants. Du 14 mars au 6 juillet 1861, les vaccinations pratiquées dans les deux îles ont été au nombre de 7,410.
La rougeole et la scarlatine ont ensemble une moyenne de 50 décès par année, soit 0,51 pour 1 ,000 habitants.
Nous avons fait remarquer que, malgré la vivacité des rayons solaires et leur réverbération sur les murs et les rochers blancs, l'ophthalmie était relativement peu fréquente; on ne constate, en effet, qu'une moyenne annuelle de 45 cas à l'hôpital pour 1,000 malades. La cataracte et Vamaurose ont chacune ù peu près deux entrées par an, 1,6 pour 1,000 malades.
L'érijsipèle a une moyenne de 9,2 décès par an poiir 1,000 habitants.
hà dysenterie esl ixssez fréquente, 15 cas pour 1,000 malades; sa gravité, à l'hôpital, est de 55 pour 100. La diarrhée donne 47 cas comme fi^équence; gravité 30 pour 100. Ces chiffres sont d'autant plus difficiles à comprendre, que l'on ne retrouve ni la diarrhée ni la dysenterie parmi les causes de mort sur les registres de l'état civil. En revanche, la gastrite et Y entérite donnent un total de 699 décès, soit 2,38 par au pour 1,000 habitants.
La fièvre intermittente est rare, 19 cas pour 1000 malades ; et la fièvre typhoïde bien plus encore, à peine 5 cas. On n'en trouve pas trace aux documents de la mortalité. Mais, sous la désignation fièvre nerveuse et typhus, on a une moyenne annuelle de 0,75 décès par 1000 habitants.
Ici se présente une difficulté réelle dans l'appréciation de ces diagnostics. Si nous nous reportons, en effet, à la nomenclature des maladies, adoptée l'an dernier par la commission du Collège médical de Londres, nous n'y voyons pas trace de la (( fièvre nerveuse », et la définition donnée du « typhus » se rapproche tellement de celle qui nous est connue, que l'on se trouverait dans l'obligation d'admettre l'existence de cette maladie, à Malte , si, d'autre part, son absence du registre d'hôpital ne laissait espérer une fausse interprétation. La solution de cette difficulté se trouve peut-être à la ligue suivante : fièvre continue. C'est ce qu'il
importe d'examiner, pour une étude sérieuse du climat de Malte ; car, ici, les cas sont nombreux; on les trouve dans la proportion 64 pour 1000 malades, avec une gravité de 11 pour 100.
Qu'est-ce donc que cette fièvre continue, terme adopté, non-seulement pour Malte, mais pour la métropole britannique et ses autres possessions? La nomenclature que nous venons de citer, et qui, bien que récente, a dû cependant tenir compte des termes jusqu'alors usités, donne la définition suivante : « fièvre continue simple, n'ayant aucun caractère spécifique. » Mais il n'est pas admissible qu'une affection de cette gravité soit aussi dénuée de symptômes trancbés, et il y a lieu de penser que le petit nombre constaté de fièvres typhoïdes s'explique par l'adjonction de la plupart des cas au chapitre de la fièvre continue.
Il existe aussi, dans le pays, une fièvre spéciale dont nous trouvons la mention détaillée dans la statistique médicale de l'armée, et qui porte hardiment le nom de fièvre de Malte. Cette affection présente les caractères habituels de la fièvre, qui n'est, pour nous, la plupart du temps, qu'un symptôme elle-même; mais ici la durée de la maladie, et l'absence de toute lésion organique, de toute perturbation nerveuse, de toute intermittence appréciable, constituent réellement une entité morbide particulière, si les descriptions sont exactes et complètes. Voici le tableau qu'en donne le docteur Boileau, aide-chirurgien au 29^ régiment.
Fièvre de Malte. Invasion brusque de phénomènes lébriles du type continu, disparaissant graduellement au bout de sept jours environ, par détente, sans aucune éruption concomitante, et caractérisée par la faiblesse, l'anorexie, la soif, la langue blanche, le pouls rapide, et la céphalalgie. Le malade se présente à la visite, dans un état de langueur marqué, avec des vertiges, chancelant comme un homme ivre, la bouche pâteuse, les yeux humides, la face rouge, frissonnant, se plaignant de douleurs dans les jambes et dans les lombes. 11 est rare que cet état date de plus de vingt-quatre heures ; il y a eu la plupart du temps des vomissements biheux. C'est là, au premier abord, un état gastrique fébrile tout simplement. Ce qui différencie peut-être la fièvre de Malte de cette affection bien connue, c'est la marche réguhère des symptômes qui vont en s'exaspérant jusqu'au soir du troisième jour; le pouls bat jusqu'à 148 pulsations; la température du corps monte jusqu'à 39 degrés ; il y a des symptômes d'angine et même d'inflammation pulmonaire. Puis, à partir du quatrième jour, un amendement très-notable se déclare, et l'amélioration continue jusqu'au septième jour, oià le malade est considéré comme guéri. L'auteur que nous citons attribue ces manifestations à des conditions hygiéniques mauvaises, et quelquefois à des intempérances de régime. Il établit une différence marquée entre cet état et la fièvre rémittente gastrique, qui a, dans ces parages, une durée beaucoup plus longue, et dont le malade ne se débarrasse que difficilement, après de fréquentes rechutes.
Les chiffres donnés par le document militaire attribuent à cette fièvre continue une proportion très-considérable. Ainsi, pour la période 1859-66, la moyennedes admissions de cette cause a été de 182 pour 1000 hommes de garnison ; et, en 1867, elle est montée à 229. Son summum de fréquence est en juin, juillet, août et septembre. La gravité a été, en 1867, de 3, 5 pour 100 malades ; le docteur Boileau a mentionné, dans son rappoii, que la mortalité était presque toujours due à des complications exceptionnelles, en ce qui touche à la fièvre de Malte proprement dite.
Le rhumatisme, terme un peu bien vague aussi, accuse une proportion de 85 cas pour 1000 malades ; sa gravité est de 6,8 pour 100.
Le nombre des vénériens et syphilitiques traités est de 1 1 1 , année moyenne, pour 1000 malades.
La catégorie des maladies zymotiques épuisée, nous arrivons aux maladies constitutionnelles .l^ous y trouvons, en premier lieu, Vhydropisie^ avec une gravité exceptionnelle, 54 décès pour 100 malades. Pour la population native, la proportion est de 0,51 pour 1000 liabitaiîts. Les scrofules comptent seulement 11 admissions à l'hôpital sur 1000 malades ; c'est peu; la proportion de mortalité parmi les natifs est de 0,10 pour 1000 habitants.
La phthisie pulmonaire mérite un examen plus détaillé. Malte est, en effet, une des stations indiquées comme résidence propice aux tuberculeux ; il y a donc un intérêt spécial à donner les chiffres recueillis, comme enseignement pour cette catégorie de malades. Si l'on se reporte à la période 1822-1854, on trouve un chiffre de 1565 décès, soit en moyenne 105 par année, ou 1,05 pour 1000 habitants, population civile, étrangers compris. De 1858 à 1861, la moyenne est de 0,8 pour 1000, population native seulement. Relativement au sexe, les proportions, pour les natifs, sont : 0,05 parmi les hommes, 0,92 parmi les femmes; un tiers en sus. Comme influence de la résidence, on a : 1,0 parmi la population urbaine, et 0,52 seulement parmi la population rurale ; moitié moins. L'influence de la saison se détermine, pour la mortalité phthisique, par les proportions suivantes : sur 100 décès phthisiques, on en a, en janvier, 8,44 ; en février, 6,89 ; en mars, 8,44 ; en avril, 8,95 ; en mai, 10,8 ; en juin, 6,67 ; en juillet, 8,07 ; en aoiit, 8,07 ; en septembre, 7,56 ; en octobre, 9,47 ; en novembre, 7,71 ; en décembre, 8,95. Ces chiffres résultent de l'observation de treize années consécutives ; et il n'est pas impossible de leur attribuer une signification assez exacte. Si l'on consulte les observations météorologiques de cette époque, aucune connexion n'existe, il est vrai, entre les chiffres mortuaires et les conditions de la température. Mais février, qui a ici une mortaUté très-inférieure, présente, si l'on s'en souvient, le maximum de hauteur barométrique, tandis que janvier, avec le minimum de cette hauteur moyenne, a une mortalité phthisique très-élevée ; ainsi, s'expliquerait peut-être cet écart considérable entre ces deux mois voisins. Mai, le mois le plus éprouvé, est celui où prédominent les vents d'est ; juin, qui a le chiffre le plus faible, est noté comme l'époque où les vents du nord sont le plus fréquents. A l'hôpital, c'est-à-dire parmi la population pauvre, la proportion des admissions est de 20 pour 1000 malades, et la mortalité est de 52 pour 100 phthisiques.
Les affections de l appareil respiratoire, bronchite, pneumonie et pleurésie ont ensemble une mortalité de 1,97 pour 1000 habitants. La pneumonie, à elle seule, donne un peu plus de moitié de cette proportion. Pour la population rurale, la moyenne monte à 2,58 au lieu de 1,97. A l'hôpital, on compte 85 cas de ces trois maladies pour 1000 malades, et la gravité y est de 22 pour 100.
Les maladies du foie et de la rate sont fréquentes, et ces dernières surtout parmi les habitants de la ciimpagiie. On compte 0,51 décès par hépatite, et, pour les décès par splénite, 0,25 au total, 0,42 à la campagne.
La coqueluche a une mortalité assez forte ; et, sous la rubrique dentition, on trouve des chiffres tellement élevés qu*il serait imprudent de les accueillir. Nous n'avons, du reste, pas les éléments de population^ par âge, nécessaires pour cette appréciation. Il en est de même pour les décès par vieillesse, en moyenne 55 par an, les deux tiers appartenant à la population rurale, mais dont on ne peut fournir que le rapport à la population de tout âge^ 0^25 à la Ville, 0*50 à la campagne.
Nous avons dit plus haut que les chiflres de mOrbiditê et de mortalité des troupes
anglaises pouvaient donner une idée à peu près exacte des conditions sanitaires pour les étrangers, et des chances d'acclimatation, surtout en les comparant aux chiffres analogues de la troupe indigène, l'artillerie de remparts ; mais il faut tenir compte aussi des conditions d'âge, qui sont plus élevées parmi ces derniers; les proportions sont cependant à leur avantage.
Pour les Anglais, voici comment s'est répartie la mortalité en 1867 : sur un effectif de 2,291 hommes au 1*"' janvier, effectif qui ne comprend qu'une partie des corps en garnison, il y avait 214 hommes au-de«sous de vingt ans, parmi lesquels la mortalité a été de 4,68 pour 1,000; 557 de vingt à vingt-quatre ans, mortalité, 1,80; 1023 de vingt-cinq à vingt-neuf ans, mortahté, 1,47; 532 de trente à trente-quatre ans, mortalité, 5,92; 152 de trente-cinq à trenteneuf ans, mortalité, 52, 7 ; 15 au-dessus de quarante ans, mortahté, 77, C'est là le seul document que nous ayons sur l'influence de l'âge dans ce
pays- Pendant la période de neuf années comprises entre 1859 et 1867 il y a eu en moyenne un chiffre de 5,610 Anglais en garnison à Malte, officiers non compris. L'effectif de la milice mdigène a été, ponr le même espace de temps, de 597. Ces hases posées, voici comment s'est comportée la morbidité, c'est-à-dire l'admission à riiôpital : pour les Anglais, 886 malades par 1000 hommes; pour les Maltais, 823. Nous avons dit plus haut que la mortalité avait été de 8,08 seulement parmi les indigènes, et qu'ehe montait à 15,84 parmi les Anglais, indépendamment des hommes renvoyés en Angleterre pour raison de santé. Voici quelles sont les proportions des principales maladies pour ces étrangers, comparativement avec là partie armée de la population indigène :
La maladie vénérienne n'offre pas un chiffre élevé, relativement surtout à ceux de l'armée en Angleterre, ou ailleurs ; c'est cependant à peu près le chiffre le plus fort de la nomenclature. Les proportions sont 79 pour 1 ,000 Anglais, 69 pour 1,000 Maltais. En Angleterre, l'armée ai une moyenne de 329 vénériens ; il est donc permis d'espérer que la facihté de mœurs reprochée aux Maltaises a rarement, toute proportion gardée, des conséquences fâcheuses. Cependant la différence devrait être plus grande des indigènes aux Anglais. Inutile d'insister sur ce point.
Les ophthalmies, dont nous avons constaté le peu de fréquence dans la population, sont plus nombreuses parmi la garnison. Il y a, en effet, 81 cas sur 1,000 malades admis parmi les Anglais, au lieu de 45, chiffre de l'iiôpital civil. Quant à la garnison indigène, une épidémie par lien lière a sévi sur elle pendant les années 1865 et 1866; pour les années précédentes, la moyenne est de 90. Il est fort possible que le service militaire donne lieu à cette affection plus frénnemment que toute autre condition d'existence, et l'on s'en rend parfaitement compte, du reste, quand on a vu les factionnaires exposés à un ardent soleil, sur un mur blanc, entouré d'autres constructions également blanches, avec le scintillement des flots pour tout horizon, et pour tout abri une espèce de bouclier mobile au haut d'une perche.
Le rhumatisme est très-fréquent aussi parmi les Anglais ; la proportion des atteintes est de 47 pour 1,000 hommes. Pour 1,000 malades, on compte 53 cass C'est un chiffre très-inférieur cependant à celui de la population maltaise, 85, et aussi à celui de la mihce indigène, qui est le même à peu près, 82.
Nous avons donné les chiffres relatifs à la fièvre continue. Nous nous abstiendrons, en ce qui concerne les flux intestinaux et les maladies du foie ou de la