‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.56Chapitre 45 sur 80 · MAMELLES (pathologie · texte numérisé non relu

MAMELLES (pathologie

îa plupart des observations que j'ai vérifiées m'en ont offert un exemple. Cela signifierait-il que la lésion dont dépend ies engorgements soit un chancre primitif? Pas le moins du monde. S'il en était ainsi, si les tuméfactions glandulaires offraient les mêmes conditions pathogéniques que les bubons produits par le chancre primitif, elles devraient suppurer quelquefois. Or l'absence de suppuration est, au contraire, un de leurs caractères les plus constants, pathognomoniques » [loc. cit., p. 293).

Sans doute, l'adénite de l'aisselle symptomaliijue du chancre mammaire reste généralement indolente et se termine presque toujours par résolution ; mais en est-il donc autrement de l'adénite des autres régions quand elle est provoquée, non par le chancre simple, mais par le chancre induré, er. M. Diday ne faisait-il pas, en 1854, une confusion qu'il serait le premier à condamner aujourd'hui?

Cette adénite doit être recherchée, non-seulement dans le creux axillaire, mais encore au-devant de cette région, sous le grand pectoral, où je l'ai constatée plusieurs fois.

Ajoutons que si la suppuration de l'adénite axillaire à la suite des chancres syphilitiques du sein est rare, elle n'est pas sans avoir été observée. Hunter eu a cité un cas {Traité de la mal. vén., p. 660).

Le chancroïde syphilitique n'a jamais été observé au sein, à moins qu'on ne considère comme telles certaines lésions, de nature suspecte, contractées par des nourrices en allaitant des enfants sy|jhilitiques et qui sont signalées comme avant rétrocédé. M. Roger a cité un cas de ce genre, M. Diday aussi. C'est cependant une variété chancreuse qu'on devrait rencontrer spécialement chez les mèresnourrices.

Le chancre simple ne se montrant que très-exceptionnellement au sein, il est naturel qu'on ne rencontre pas de chancre mixte dans cette région ; je n'en connais aucun exemple.

Diagnostic. Le diagnostic du chancre mammaire est le même que celui du chancre syphilitique, à peu de chose près, et pour ne rien dire qui fasse double emploi, nous devons nous borner à des considérations exclusivement applicables à la syphilis primitive du sein.

On pourrait confondre ce chancre avec des fissures, des aphthes, du muguet, des excoriations eczémateuses ou des tumeurs furonculeuses ou papillaires du sein. Il a été décrit maintes fois dans ces dernières années comme un tubercule muqueux, une plaque muqueuse, précisément en raison de la grande tendance qu'il a à se transformer, in situ, en papule.

Ici, comme dans les autres régions, on a pour se guider les caractères généraux du chancre, c'est-à-dire l'ulcération avec sa forme, sa couleur et la disposition habituelle de son fond et de ses bords ; ou a en outre l'induration de la base du chancre, et l'adénite axillaire qu'on retrouve, il est vrai, dans d'autres lésions ulcéreuses du mamelon, mais pas avec l'indolence, ia rénitence et la midlipHcilL' propres à l'adénite syphilitique pnmitive.

Du reste, le diagnostic de ce chancre a une importance particulière due aus constatations médico-légales que motive si souvent la transmission de la syphilis entre nourrissons et nourrices.

Diagnostic médico-légal. Fabre est le premier auteur, à notre connaissance, qui ait envisagé la question de la transmission de la syphilis du nourrisson à la nourrice, et réciproquement, au point de vue de la médecine légale.

lirassavolc avait déjà dit : « Si infans, a Berephotrophio receptus, pustulas per

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corpus habeat et nutrix in mammis ac papillis pustulas quse facile curari non possint, judica nutricem hanc ab infante récépissé contagiuni. » Jlais le mot judica était probablement pris par cet auteur dans son sens le plus général, et peut aussi bien s'entendre d'un diagnostic simple que d'un diagnostic médico-légal. D'ailleurs l'hisloire de la pauvre femme, dont parle A. Paré, qui fut fouettée sous ' la custode, est bien la preuve qu'à c^tte époque la justice était, dans ces cas, tout à fait sommaire, et réclamée contre les nourrices plutôt qu'en leur faveur.

Au contraire, il semblerait, d'ci|:îès F.abre, que de son temps comme du nôtre c'était la famille du nounissoii qui était le plus souvent l'objet des poursuites. « On sait, dit-il, que les pèr.;L> et mères qui ont la vérole s'attirent des procès ;-'.:i.'ieux et déshonorants de la part des nourrices qui ont été infectées par leurs nourrissons. Dans ces occasions, les juges ne peuvent prononcer que sur la con- : ultation des médecins et des chirurgiens. »

CuUerier a cherché {Journal général de médecine, t. IV, p. 3'2 ; 1816) à formuler quelques règles générales applicables aux dilférents cas de cette nature, mais il lui manquait la connaissance exacte du chancre mammaire et ses rapports judiciaires sont loin d'être inattaquables.

La doctrine huntérienne touchant l'innocuité de la syphilis secondaire, c'est-àdire de toute espèce de lésions syphilitiques, hormis la lésion primitive, vint interrompre momentanément ces expertises. En effet, bien peu de médecins, surtout à l'époque où cette doctrine régnait dans toute sa plénitude à l'hôpital du Midi, osèrent s'élever contre elle au point de venir la contredire devant les tribunaux. Et encore cette abstention des experts fut-elle toute au profit de la vérité et de la justice, car avec les idées d'alors, et tout en admettant la contagion de la syphilis héréditaire, comme M. Diday, par exemple, il suffisait de tiouver chez une nour^ rie e un chancre primitif pour conclure (|ue c'était elle, et non le nourrisson, qu'on (levait incriminer. On ne s'arrêtait même pas là, et poussant la logique jusqu'au bout, ce n'était pas seulement chez la nourrice qu'on tenait le chancre primitif pour un indice accusateur, mais encore chez son mari, à qui il était cependaui, impossible que cette femme transmît autrement sa maladie, après l'avoir reçue, elle aussi, sous cette forme de son nourrisson.

On comprend dès lors combien devaient être embrouillées, incertaines et périlleuses toutes ces expertises devenues aujourd'hui, dans la plupart des cas, si claires, si simples et si sûres.

J'ai exposé dans un travail spécial les règles qui devaient diriger l'expert dans ces recherches [De la transmission de la syphilis entre nourrissons et nourrices au point de vue de la médecine légale. In Gazette hebdomadaire, 1861 , p. 589). Ces règles qui n'étaient elles-mêmes qu'une déduction logique de mes recherches générales sur la contagion de la syphilis secondaire, n'ont pas tardé à entrer dans la pratique. M. Tardieules a appliquées aux divers ordres de laits, dans un travail très-s.^gemeut conçu [loc. cit.), où son expérience consommée comme médecin légiste, lui a permis de formuler plus d'un précepte nouveau toujours de nature il simplifier plutôt cju'à compliquer l'expertise.

11 est bien entendu que les deux parties doivent être examinées, et qu'il ne fai.t pas plus négliger la visite du nouveau-né, de ses parents, si c'est possible, que celle de la nourrice. Toutefois, ce n'est pas ici le lieu d'exposer les symptômes de la syphilis congénitale, qu'on est appelé à constater chez le nouveau-né, dans ces c;is, et de la distinguer delà syphilis acquise que celui-ci présente aussi quelquefois. Ce diagnostic trouvera place adleurs, ainsi que tout ce qui est de nature à

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porter la lumière sur ce côté de l'expertise {Voy. Nouveau-nés, Syphilides).

Mais, qu'on le sache bien, c'est du côté de la nourrice qu'on trouve en général le plus d'éclaircissements dans ces sortes d'atfaires, et le chancre mammaire est le véritable pivot sur lequel roule presque toute l'expertise.

Si la nourrice a été infectée par son nourrisson, la maladie a dû suivre, chez elle, au sein, les phases régulières que nous venous d'exposer.

A partir du jour oii des symptômes syphilitiques quelconques se sont montrés chez le nourrisson, ou seulement à [jartir de l'époque ou des lésions ont a)!paru chez lui à la bouche on dans les fosses nasales, il s'est opéré chez la nourrice le travail particulier que nous avons lait connaître, lequel est d'abord lalent et constitue l'incubation de la maladie, puis apparent et concentré dans le principe sur le lieu même où s'est effectuée la contagion, c'est-à-dire sur le sein.

Le chancre mammaire, avec l'incubation qu'il présente et le siège qu'il occupe habituellement, avec l'ulcération, Tniduration, l'adénite axillaire indurée et tous les autres caractères du chancre syphilitique primitif, non moins prononcés au sein que partout ailleurs, est donc Ja lésion la plus importante à noter, soit qu'elle se présente au début ou à l'état de plein développement, soit qu'il n'en reste que des traces ou des vestiges plus ou moins anciens.

Après le chancre mammaire, et dans un délai dont nous apprécierons ailleurs la durée, éclatent chez elle les accidents secondaires. Ces accidents peuvent se manifester partout, car la syphilis consécutive des nourrices ne diffère pas de celle des autres malades ; on les observe aux organes " génitaux comme sur les autres parties du corps, et même dans ces régions de préférence à toutes les autres; mais cette éruption secondaire ne se montre jamais qu'à une date postérieure à celle de la lésion mammaire primitive; il y a entre les deux séries de symptômes un intervalle bien marqué, et pendant longtemps le chancre du sein reste seul, sans qu'il y ait rien de syp'.iilitique aux organes génitaux notamment. MM. Cullerier et Bardinet ont eu l'occasion de faire l'examen des parties génitales de la nourrice au début de la maladie, l'un huit jours avant l'apparition de la syphilis secondaire, l'autre aussitôt après l'explosion des accidents ; je l'ai fait moi-même plusieurs fois à l'apparition de chancres mammaires bien caractérisés; mais, même plus tardive, cette exploration des organes sexuels peut fournir de précieux renseignements, et l'expert ne doit jamais ip.anquer de la pratiquer.

La nourrice a d'habitude des enfants vivants dont la bonne santé peut être encore invoquée en sa faveur. Cependant elle aurait pu, et ces faits ne sout pas rares dans la science, après avoir été infectée par son nourrisson, communiquer sa maladie à ses enfants, ou à son raari, ou à des enfants du voisinage, ;\ qui elle aurait donné le sein accidentellement ; mais chez eux la syjihilis se manifesterait aussi sous forme de chancre primitif d'abord, d'accidents secondaires ensuite, et tout cela à des époques telles, que cette descendance de la syphilis delà nourrice serait nécessairement plus jeune, -de date plus récente, et presque toujours non moins bien accusée que la maladie originelle.

Le nourrisson a quelquefois été confié ù plusieurs nourrices : les premières peuvent n'avoir rien contracté, surtout si elles l'ont allaité avant que la maladie fiit déclarée chez lui. Habituellement la contagion n'en épargne aucune. Un nourrisson des environs de Lyon, qu'on m'a présenté il y a (Quelque temps, a\ait infecté successivement trois nourrices. Nous avons vu que la contagion pouvait s'éteudre encore plus loin, au point que la maladie formait parfois une csjièce d'endénio-épidémie plus ou- moins étendue.

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Quand c'est, au contraire, la nourrice qui donne la maladie au nouveau-né, on peut encore trouver chez elle un chancre primitif, mais c'est un cliancre génital. Il y a des cas plus embarrassants : c'est quand la nourrice a un chancre mammaire, qai lui a été communiqué par un adulte faisant auprès d'elle l'olTice de psylle, ou 1 ar un uouveau-né du voisinage à qui elle a donné accidentellement le sein, ou enfin par un premier nourrisson syphilitique, dans les conditions particulières signalées par M. Dron et que nous avons exposées plus haut. Au milieu de ces difficultés, qui sembleraient de prime abord devoir être insurmontables,, l'examen de l'enfant permet encore d'arriver à la vérité.

En effet, c'est dans ces circonstances, évidemment les plus rares de toutes, que le nourrisson a les symptômes, non de la syphilis congénitale, mais de lu sy[>liiUs acquise, laquelle se manifeste presque toujours alors par un chancre buccal [voy. Bouche), plus récent bien entendu, et par conséquent encore plus facile à reconnaître que celui de la nourrice.

Dans ces expertises, souvent très-délicates, chaque détail dcit être méthodiquement exposé et les dates exactement précisées, afin qu'on saisisse bien l'ordre d'évolution et la concordance des symptùmes chez les deux individus examinés. Plusieurs rapports, cités par M. Tardieu, mentionnent jusqu'au traitement institué par des médecins appelés à visiter, dans le principe, soit le nourrisson, soit la nourrice. Les laits seront contradictoirement discutés, s'il y a lieu ; mais surtout les conclusions seront nettes et précises. C'est ce que la justice demande au médecin expert, et c'est ce qu'elle a le droit d'exiger dans l'état actuel de nos connaissances en syphiHographie, et spécialement pour tout ce qui concerne le diagnostic du cliancre mammaire ot du chancre buccal.

Prophylaxie et traitement. La nourrice à laquelle on va donner un nouveauné peut avoir la syphilis. On reconnaîtra qu'elle est malade soit en l'examinant elle-même, soit aussi en examinant ses enfants et surtout le dernier-né, celui qui est encore à la mamelle et que va remplacer le nourrisson qu'on se propose de lui confier. On se défiera d'une nourrice qui aura allaité un premier nouriisson mort prématurément. Les observations rapportées par M. Dron sont bien de nature, en semblable occurrence, à motiver une enquête sur les principaux symptômes présentés par l'enfant dans sa maladie et sur les causes de sa mort prématurée.

L'administration ne se désintéresse déjà plus de ces questions, et tous les bureaux de nourrices dans les grandes villes sont pourvus d'un médecin chargé de constater l'état de santé de ces femmes chez qui d'ailleurs la sypliilis est beaucoup plus rare que chez les nouveau-nés qu'on leur confie.

C'est donc le nouveau-né qui doit être examiné à ce point de vue avec la plus scrupuleuse attention. L'examen doit même porter, si c'est possible, sur les parents. La syphilis communiquée aux nourrices par les nourrissons cause assez de ravages pour que les médecins ne négligent, ni dans les maternités, ni dans la clientèle civile, cet examen préalable qui est la première des mesures de prophylaxie en pareil cas.

Toutefois, il ne faut pas se le dissimuler, les difficultés de ce triage des enfants sypliilitiques sont très-grandes, et tiennent à ce que la maladie n'éclate pas en général au moment de la naissance, mais seulement après un temps d'incubation parfois assez long. Il est même bon de savoir à quoi s'en tenir sur les règles de conduite applicables aux différents cas, règles sur lesquelles on n'est pas complètement d'accord et dont la transgression est pourtant de nature à engager la respon-

sabilité légale du médecin.

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Un enfant vient au monde en apparence bien portant ; ses parents n'ont aucun signe de syphilis ; on le donne à une nourrice étrangère, puis au bout d'un, deux ou trois mois la maladie se déclare chez lui et il infecte sa nourrice. Évidemment la responsabilité du médecin est tout à fait à couvert. 11 y a tu, il est vrai, une contagion qu'il n'a pas prévue, mais il ne pouvait pas la prévoir; les parents de l'enfant lui ont caché leurs antécédents syphilitiques, et il n'a été appelé a visiter ce dernier qu'à sa naissance, ou un peu plus tard, mais à une époque où la syphilis n'était pas déclarée chez lui ; eux seuls sont responsables.

Le même cas peut se présenter, avec cette diftérence que le médecin connaît les antécédents syphilitiques des parents. La syphilis est probable ou possible chez l'enfant, bien qu'il soit né en apparence bien portant; le médecin le sait, que doit-il faire ?

C'est dans ce cas que les tribunaux peuvent avoir à se prononcer sur la conduite du médecin, si celui-ci a donné à la nourrice l'assurance qu'elle n'avait rien à craindre de l'enfant. Deux procès en dommages-intérêts intentés à des médecins dans des circonstances de ce genre, ou h. peu près, et relatés l'un par M. Tardieu [loc. cit., p. 68), l'autre par moi {Traité des maladies vén., p. lùà), montrent que ce n'est pas seulement à la iamille du nourrisson, mais encore au médecin de cette famille, que certames nourrices infectées dans l'allaitement entendent fliire remonter la responsabihté de leur mal.

Quand le médecin a lieu de craindre le développement de la syphihs chez l'enfant, il n'a, selon nous, qu'un parti à prendie : pas de nourrice étrangère, conseiller l'allaitement maternel, et, à défaut de cette ressource, faire pratiquer l'allaitement artificiel. Voilà mon avis, mais dès à présent je ne dois pas dissimuler que cette manière de voir ne paraît pas avoir prévalu.

MM. Fournier et Chauffard (Société médicale des hôpitaux, séance du 25 février 1865) croient qu'alors, à défaut de la mère, on ne doit pas renoncer absolument à l'allaitement naturel et qu'on peut sans scrupule confier l'enfant à une nourrice étrangère, poursu qu'on l'avertisse des dangers de contagion auxquels elle s'expose. M. Roger avait déjà exprimé une opinion analogue {Union médicale, 1865, p. 297), et plus récemment M. Jacquemier {Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. III, p. 260) s'est encore prononcé dans le même sens.

Une nourrice qui aurait gagné la maladie dans ces conditions, c'est-à-dire après avoir été avertie, et probablement aussi après avoir exigé une rémunération plus forte, ne pourrait évidemment pas intenter une action civile, pas plus à la famille de l'enfant qu'au médecin, puisqu'elle aurait été pour. ainsi dire indemnisée d'avance d'un dommage amoncé et prévu.

On est même allé plus loin : on a pensé qu'il n'était pas toujours nécessaire de prévenir la nourrice, et qu'en exerçant sur elle et sur l'enfant une grande surveillance, et en remédiant de suite aux premiers accidents, en cautérisant la plus petite ulcération à la bouche de l'enfant, la plus légère écorchure sur le sein de la nourrice, on pourrait éviter sûrement l'infection. C'est ainsi que M. Diday s'est' comporté dans un cas particulier qu'il recommande comme exemple à suivredans la pratique courante.

Nous n'en maintenons pas moins l'opinion exprimée plus haut. Nous admettons volontiers que la contagion n'est pas inévitable chez les nourrices qui allaitent des nouveau-nés syphilitiques. Le virus ne s'inocule au sein, comme ailleurs, qu'à la laveur de gerçures ou d'excoriations auxquelles les mamelons de certaines femmes sont beaucoup plus exposés que d'autres. L'emploi des bouts de seins artiticiels

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<jue peu d'entants, il est vrai, prennent volontiers; l'habitude d'enduire le mamelon d'un corps gras avant de le livrer à l'enfant (Guérard) et de le lotioiiner dès qu'il sort de la bouche de celai-ci avec une solution de chlorure de chaux, ou de bichlorure de mercure (Lallemand), ou bien de perchlorure de fer, d'acide phénique ; la suspension momentanée de l'allaitement dès que l'enfant a des lésions suspectes à la bouche ou la nourrice des excoriations au sein ; la cautérisa, tion hâtive de chacune de ces lésions, ainsi que nous l'avons déjà dit ; toutes ces précautions sont d(> nature à diminuer beaucoup les chances d'infection et sont pour la nourrice de bons movens prophylactiques. On doit toujours les employer quand il y a lieu, et on a d'assez fréquentes occasions de le faire, le médecin ne sachant souvent la vérité sur l'état du nonveau-né qu'après que celui-ci a été confié à la nourrice, ou même quand l'infection est déjà déclarée chez lui. Mais ces moyens sont trop éventuels dans leurs résultats, même quand on en use avec le plus de diligence et d'assiduité, pour qu'on puisse adopter des règles de conduite fondées sur la certitude de leur succès.

M. Jacqueraier a proposé un moyen qui, s'il était praticable, mériterait d'avoir le pas sur tous ceux qui précèdent. Il consisterait à éloigner l'enfant du sein de la nourrice, tout en conservant celle-ci qui trairait le lait nécessaire pour chaque repas et qui le donnerait à l'enfant à la cuiller ou au biberon; il faudrait pour cela se procurer une nourrice bonne laitière et très-exercée à traire sou lait ; si une seule ne suffisait pas, deux pourraient atteindre le but (Voy. Ali.aitemem). Toutefois, cet expédient n'est qu'un détour par lequel on entre dans la pratique de l'allaitement artificiel.

L'allaitement naturel par une nourrice étrangère saine qu'à notre avis le médecin ne doit jamais conseiller est, nonobstant, un fait accompli : c'est le cas, comme nous l'avons dit, de mettre en usage toutes les ressources de la prophylaxie.

Mais alors il peut arriver que la nourrice, quoique ne présentant point encore de symptômes d'infection, effrayée seulement par l'apparition de lésions suspectes chez le nouveau-né, vienne auprès de la famille de celui-ci, auprès du médecin, avec l'intention de ne plus allaiter. Le médecin doit la vérité toute entière aux deux parties. Il sait qu'il y a dans la syphilis un temps d'incubation, et s'il juge que la nourrice est probablement infectée, bien qu'aucun sigrte ne l'annonce encore d'une façon apparente au dehors, il pourra, sans rien lui dissimuler bien entendu, user de son autorité morale pour lui faire continuer l'allaitement. En tous cas, il doit lui défendre de toutes ses forces de prendre un autre nourrisson, à qui elle risquerait de communiquer la contagion. C'est encore dans le même sens qu'il devrait agir, si la nourrice venait à lui avec des signes non douteux d'infection. Loin de cesser l'allaitement, c'est le cas, au contraire, de profiter des incidents spéciaux que celui-ci a lait surgir. Le traitement, en effet, peut se faire, alors comme si le nouvtau-né était allaité par sa mère, c'est-à-dire qu'il peut ■être à la fois direct et indirect. Le médecin s'empressera donc de traiter la nourrice, puisqu'elle est malade; on aura, par ce moyen, un lait mercurialisé qui suppléera, pour l'enfant, à ce que la médication directe pourrait avoir d'insuffisant.

Ce que nous venons de dire montre assez que le traitement général du chancre mammaire, soit qu'il s'adresse à la nourrice seule, soit qu'il ait une double destination et qu'on le dirige aussi contre la maladie du nourrisson par l'interooédiaire du lait, ne diffère pas sensiblement de celui qui est applicable au

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chancre syphilitiriue en général. L;i base de la médication interne est le mercure et les principes que comporte l'administration de ce médicament, ainsi que celui des autres antisyphilitiques, sont les mêmes pour les nourrices que pour les autres malades {Yoy. Chancre syphilitique).

Le traitement local n'offre, lui aussi, que des particularités peu importantes dans ses applicatious aux chancres syphilitiques du sein. Il y a lieu, évidemment, de renoncer à l'emploi de pommades ou de solutions qui pourraient devenir un obstacle à l'allailement. Il y a lieu aussi de précipiter, autant que possible, la guérisondu chancre mammaire, et c'est dans ces cas surtout que les cautérisations légères avec le crayon de nitrate d'argent, renouvelées tous les jours ou tous les deux jours, trouvent leur application. Dans l'intervalle, on panse le chancre avec de la charpie imbibée de vin aromatique, ou bien ou le saupoudre légèrement de calomel. C'est le pansement le plus inoffensif et le moins répugnant pour le nourrisson.

II. Si/philis consécutive du sein, accidents secondaires et tertiaires, lait syphilitique. La région mammaire peut être affectée d'accidents sy( hilitiques secondaires ou tertiaires, aussi bien à la suite d'un chancre situé n'importe où, qu'à la suite d'ini chancre du sein. C'est déjà une remarque que nous avonsfaite à propos du chancre buccal et des accidents consécutifs de la bouche et du gosier : les lésions syphilitiques secondaires et tertiaires ont certains sièges d'élection déterminés par des causes diverses, mais tout à fait indépendants du siège précédemment occupé "par la lésion primitive.

La peau du sein n'est exempte d'aucun genre de syphilide : la roséole, les papules, les pustules, les tubercules s'y rencontrent plus ou moins fréquemment, et toujours avec les caractères généraux que ces éruptions' présentent dans les autres parties du corps.

L'aréole et le mamelon ont une organisation qui semblerait les prédisposer plus particulièrement aux larges papules humides, c'est-à-dire aux plaques muqueuses. Sans doute on observe au sein des plaques muqueuses, mais celles-ci ne figurent guère qu'au dernier rang dans les statistiques où les plaques muqueuses des diverses parties du corps sont rangées par ordre de fréquence. En outre, il y a, au sein, à distinguer les plaques muqueuses consécutives, de celles qui sont primitives et qui résultent de la transformation du chancre in situ. Cette distinction ne présente pas de difficultés sérieuses, et, somme toute, les syphilides mammaires rentrent complètement dans le type général des syphilidcs, il n'y a donc pas à en faire l'objet d'observations spéciales {Voy. Svphi-

LIDES).

La glande mammaire devient parfois le siège d'altérations particulières, rentrant dans la catégorie des accidents de transition ou des accidents tertiaires. C'est une forme encore incomplètement connue de mammite et de tumeuisgoinmeuses suivant d'ailleurs au seiu la même évolution que dans les autres organes, et principalement dans les organes externes et dans le tissu cellulaire. Ces lésions, observées en petit nombre, et seulement dans ces dernières années, |jarVirchow, Lancereaux, Ollier, Richet, Verneuil, n'ont au seiu que l'intérêt qui résulte de la comparaison que l'on peut faire de leurs caraclères cliniques avec ceux des autres tumeurs du sein. Il en a été question précédemment {Voy. TuMEur.s de la mamelle).

La question la plus spéciale, la plus intéressante, et aussi la plus controversée qui ait été soulevée à propos des lésions syphilitiques de la glande mammaire, est

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celle qui louche à l'état clans lequel se trouve le produit de sécrétion de cette glande, c'est-à-dire le lait, chez les femmes affectées de syphilis.

Le lait d'une nourrice syphilitique est-il apte à transmettre la syphihs au nourrisson? Autrefois, on ne mettait pas en doute le caractère contagieux des sécrétions normales chez les syphilitiques: c'était le sperme qui était censé transmettre la maladie dans le coït, la salive dans les rapports buccaux et le lait dans l'allaitement. Ou n'admettait pas qu'il pût exister au sein des produits plus manilestement imprégnés de virus syphilitique que le lait lui-même.

Hunter nia, bien entendu, les propriétés contagieuses du lait, au même titre qu'il niait celles du sang et de toutes les sécrétions normales ou pathologiques. Pour ce qui concerne le lait, il cite deux observations qui ont, à coup sur, beaucoup moins d'importance qu'il ne leur en attribue. Un petit garçon, une jeune femme, avalèrent, l'un du lait contenant une certaine quantité de pus cliancreux, l'autre du lait mêlé de muco-pus blennorriiagique, sans en être aucunement indisposi's. Il en conclut que le véritable pus vénérien, lors même qu'il est ingéré dans l'estomac, n'affecte ni ce viscère, ni la constitution. Comme on le voit, Hunter ne rapportait pas des faits où du lait véritablement sypliilitique fut en cause.

D'ailleurs, cette ([uestion de savoir si le lait syphilitique est, oui ou non, contagieux, est complexe. On peut se demander, en premier lieu, si ce liquide est inoculable et apte à fuire développer un accident primitif au point inoculé. C'est ce qui arrive, même quand on opère avec le sang, dont linoculatiou est suivie du développement d'un chancre au point inoculé, cliancre après lequel surviennent, dans leur ordre normal d'é\oluliou, les accidents secondaires et autres. C'est ce qui arrive, en un mot, toujours après l'inoculation du virus syphihtique, à quelque produit pathologique ou normal qu'il soit attaché.

Or, sur ce côté d j la question, tout le monde est à peu près d'accord. On a fait des expériences d'inoculation, et l'on a pu voir que le lait syphihtique n'était ]ias inoculable.

M. Profeta a pratiqué, sur des individus sains, trois inoculations de lait provenant de femmes aflectées de syphilis. Deux de ces faits remontent à 18G6 {loc. cit., p. 16) ; un autre, plus récent, est une expérience d'inoculation de lait sypliilitique pratiqué sur le bras d'un médecin, M. Perelli, par injection, au moyen de la seringue Pravaz, et cela sans résultat [Prodotli cli secrezione normale et pathologica degr individid sifilitici, 1869, p. 7). On doit aussi à M. Padova {Giornale italiano, 1867, vol. IV, p. 405). Six expériences semblables, et également négatives, faites dans les années 1866-67, à la clinique de Scarenzio de Pavie.

Déjà M. Dugès {Thèse de Paris, 1852) avait rapporté le cas remarquable d'une petite fille veime au monde bien portante, qui suça pendant cinq mois le lait d'une nourrice affectée d'une syphilide tuberculeuse sans contracter la maladie. Il est vrai que la nourrice fut mise tout de suite à l'usage des mercuriaux. MM. tlicord, Cullerier, iVonat, Vcnot, ont également rapporté quelques faits à l'appui de la même opinion négative. D'autres observations, plus récentes, ont peut-être plus de valeur en raison du soin que l'on a pris d'éviter autant que possible les causes d'erreur. De ce nombre sont trois observations de M. Proleta {loc. cit., p. 9j et six de .M. Pellizzari [Giornale italiano di malattie veneree, 1866, vol. Il, p. 205, et 1867, vol. IV, p. 318).

Les faits cliniques, il faut bien l'avouer, ont beaucoup moins de valeur dans celle question que les expériences d'inoculation. Nous ne parlons pas des faits négatifs qui précèdent, mais surtout de ceux qui ont été ail-'^gués ou qu'on pour-

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rait alléguer comme positifs. Eu effet, à combieu de difficultés les observateurs n'ont-ils pas à se heurter ! Si le lait est infecté, celle qui le sécrète ne peut manquer de l'être aussi, et l'on est toujours en droit de soupçonner que c'est, uou par le lait, mais par le contact d'une lésion syphilitique du sein, ou même d'une simple excoriation saignante (puisque le sang syi>hilitique est contagieux), avec la bouche de l'enfant que la maladie s'est communiquée à celui-ci. Si l'on ne trouve pas de symptômes apparents sur le sein au moment où on l'examine, il sera difficile de prouver qu'il n'en avait pas existé auparavant. Et même eùt-on pu constater leur absence pendant toute la durée de l'allaitement, il resterait eucon^ à invoquer contre les partisans de ce mode de communication par le lait la possibilité d'une contagion médiate, comme divers observateurs, et notamment Bertin, en ont ciié des exemples, ou d'une contagion par une autre voie que l'allaitement.

Et pourtant c'est moins à ceux qui nient la contagiosité du lait des sujets syphilitiques qu'on est en droit de demander leurs preuves, lesquelles ne peuvent être que négatives, qu'à ceux qui l'affirment et qui jusqu'à ce jour n'ont pu fournir que des faits positifs passibles de toutes les objections qui précèdent, et par conséquent très-contesl-ables. Telles sont les observations citées en faveur de la contagion du lait par Bell, Double, Mahon, Lane et Parker, Melchior Robert, Filippo Cerasi, BruneUi.

11 est vrai que les coulagionnisles ne se sont pas demandé seulement si le lait était inoculable. Ils ont pensé que les produits contagieux delà syphilis ne se comportaient peut-être pas tous de la même façon, et l'on a fait pour le lait, comme pour le sperme, une exception. Le sperme est contagieux, puisqu'il y a des syphilis héréditaires transmises par le père; cependant ce liquide n'est pas inoculable. De même on a supposé que le lait, sans produire aucun effet au point contaminé, et par suite de la digestion régulière à laquelle il est soumis dans les voies gastrointestinales, portait le virus syphilitique dans l'économie, et avait le privilège de faire développer des syphilis acquises dépourvues d'accident primitif. C'est à la démonstration de ce fait que s'était attaché Melchior Robert ; c'est du moins le sens qu'il a donné à ses observations.

Une dame, infectée par son mari pendant qu'elle nourrissait, communiqua la syphihs à son enfant ; mais par quelle voie? Ses mamelons étaient on ne peut plus sains. Du côté de l'enfant on ne trouva ni piaie, ni cicatrice, ni pléiade engorgée ; le seul phénomène patent était une roséole généralisée.

Un autre enfant, après avoir été allaité pendant deux mois par une nouixice syphihiique, fut sevré. Quinze ou vingt jours après, cet enfant avait six plaques muqueuses à l'anus, des taches sur le corps et une éruption impétigineuse sur la tête. Aucune ulcération, aucune cicatrice à la bouche; pas d'engorgement ganglionnaire au cou, ni à l'aine. Au dire de la mère, la nourrice n'avait aucune lésion syphilitique aux seins.

Ainsi, voilà deux enfants qui n'ont eu, en apparence, aucun accident primitif, et chez qui la syphdis est censée avoir éclaté d'emblée dans l'ensemble de l'organisme; et c'est parce que chez eux l'accident primitif a fait défaut que l'observateur rapporte l'infection au lait des nourrices.

Quant à nous, qui venons de refuser au prétendu virus dont le lait serait le véhicule le pouvoir d'inoculer la syphilis sur des surfaces oij rien n'est de nature à le désagréger, il nous répugnerait sans doute beaucoup de lui accorder la i^ropriété de subir impuiiLnient i'ac.iou du sac gastrique, de survivre à la digestion

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du lait, et, après avoir ainsi échappé à une cause de destruction à laquelle ne résistent pas en général les autres virus, d'aller infecter tout le système sans contaminer les points qu'il touche le plus immédiatement.

Tout cela est évidemment contraire aux notions les plus élémentaires de la physiologie. Mais, n'importe, si des faits comme ceux de Melchior Robert se produisaient en grand nombre, nous n'hésiterions pas à les expliquer comme lui. Toutefois, la grande loi que la syphilis acquise commence toujours par le chancre , flous a paru si vraie, et les exceptions qu'elle présente en apparence s'expliquent ' si facilement, surtout chez la femme et chez le nouveau-né, comme nous le verrons plus tard {Voy. Syphilides), que nous nous croyons autorisé, jusqu'à preuves nouvelles, à nier ce mode de contagion. J. Rollet.

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]UAmiLli<tlRES (Tubercules) . Deux tubercules, blanchâtres extérieurement, gris intérieurement, situés en arrière du tuber cinereum, en avant de l'espace interpédonculaire [Voy. Cerveau).

JMAmiMA ou Arbor phigiiis. Sous ces noms, Piumphius a décrit un arbre qui croît à Amboine et qui laisse découler de son tronc une sorte de lait épais, visqueux et blanchâtre, qui se concrète en une substance .jaunâtre, de saveur astringente et désagréable. Cet arbre est de grandeur niédiocie : ses rameaux allongés et recourbés portent des feuilles alternes, ovales aiguës, de la longueur de la main et de la largeur de 3 ou 4 doigts, grossièrement dentés en scie, glabres, fermes^ luisantes, parcourues de rares nervures transversales. Les plus jeunes feuilles sont un peu plus grandes, moins fermes, de coulenr foncée et si luisantes qu'on dirait qu'elles ont été enduites d'huile. Les fleurs sont en petites grap|jes pendantes et sont formées de trois sépales jaunes entourant de petites étamines de même couleur. Le Irutt, qui est rare, est une petite baie, oblongue, ombiliquée, rouge à la maturité, contenant sous une pulpe lactescente, peu épaisse, une noix dure, avec une amande de saveur agréable.

Les jeunes feuilles de cet arbre ont une saveur d'abord acidulé, puis amère, astringente. On les emploie à Amboine pour purger les enfants de naissance du meconium ou pour calmer les coliques des tout jeunes enfants. Chez l'adulte, ces feuilles ne produisent aucun effet purgatif; elles peuvent être mangées en guise de légume.

Le suc qui découle du tronc est employé comme vernis. On le donne aussi comme purgatif, lorsqu'il a été délayé dans l'eau.

On ne connaît pas encore la vraie place de cette plante dans les familles naturelles.

Ruupuius, Amboin. Ilerb. II, 249, pi. 83 Pi-

MAMMAIRE INTERNE (artère). 459

iDSAi^liViAlRE I^TERXE (Artère). Tronc commuu des artères intercostales antérieures, qui fournit également quelques ramifications aux organes contenus dans le médiastin antérieur et au diaphragme.

L'artère mammaire interne, z^emarquable par l'étendue de son trajet et la multiplicité de ses branches, est une artère du calibre de la temporale et dont le diamètre est d'environ 3 millimètres. Elle nait de la sous-clavière au même niveau que la thyroïdienne inférieure, mais sur un point diamétralement opposé, se dirige immédiatement en bas, au devant du sommet de la plèvre, derrière l'extrémité interne de la clavicule, pénètre dans la poitrine en croisant le cartilage de la première côte, se porte un peu en dedans, vers le sternum, puis continue à descendre verticalement, parallèlement au bord de cet os, dont elle est distante de 8 à 1 0 milhmètres, quelquefois de 5 milhmètres seulement, et, arrivée au niveau de la sixième côte, se divise en deux branches : l'une interne, l'autre externe.

Située, à son origine, au devant du scalène antérieur et croisée par le nerf phrénique, qui passe au devant d'elle pour se placer à son côté externe, la mammaire interne est recouverte à ce niveau par le tronc veineux brachio-céphalique, qui la sépare de l'extrémité interne de la clavicule. Plus bas, elle répond, en avant, aux cartilages des côtes et aux muscles intercostaux externes; en arrière, au muscle triangulaire du sternum et à la plèvre paiiétale. Elle est accompagnée dans tout son trajet par deux veines, excepté à son origine, où ces deux veines se réunissent en un vaisseau unique, qui va se jeter dans le tronc veineux brachiocéphalique, et quelquefois, à droite, dans la veine cave supérieure.

Elle fournit un nombre considérable de branches collatérales, dont les unes, postérieures, se distribuent aux organes de la cavité thoracique, taudis que les autres sont destinées aux parois de la poitrine ; ces dernières sont distinguées en antérieures ou perforantes, et en externes ou intercostales.

Les branches postérieures ou viscérales, très-variables quant à leur nombre et leur volume, se dirigent vers la cavité thoracique et se ramifient dans le thymus, le tissu graisseux et les glandes lymphatiques du médiastin antérieur, et dans le péricarde, parfois aussi dans la portion inférieure de la trachée et dans les bronches. Constamment une branche, longue et grêle [artère diaphragmattque supérieure, péricardiaco-phrénique), née souvent à la hauteur de la première côte, descend, avec le nerf phrénique, au devant de la racine du | oumon, accolée par la plèvre à la surface du péricarde, auquel elle donne des ramifications, s'étend jusqu'au diaphragme et s'y distribue, en s'anastomosant avec les divisions des diajihragmatiques inférieures ; cette artère établit doue une communication entre la sous-clavière et l'aorte abdominale.

Parmi les branches pariétales, les plus considérables sont les externes ou intercostales antérieures . Chacundes six premiers espaces intercostaux en reçoit deux, qui souvent naissent par un tronc commun et dont le calibre augmente de haut en bas, de même que lalongueur de ces espaces. Elles se détachent un peu au-dessus de l'espace intercostal auquel elles sont destinées, et descendent derrière le cartilage costal supérieur de cet espace pour gagner, l'une, le bord inférieur de la côte qui est au-dessus, l'autre, le bord supérieur de la côte qui est au-dessous. Elles longent ces bords en fournissant des ramifications aux muscles intercostaux, au périoste et aux côtes, et s'anastomosent par inosculation avec les intercostales aor« tiques, de telle sorte qu'il est souvent imposeii-is de déterminer la limite respective de ces deux ordres de vaisseaux.

460 MAMMAIRE INTERiVE (artère).

Les branches antérieures on perforantes, eu nombre égal à celui des espaces intercostaux, vont directement d'arrière en avant, traversent les muscles intercostaux internes et se divisent en une multitude de rameaux musculaires, cutanés et mammaires. Les rameaux musculaires se recourbent en dehors, sous le grand pectoral, dans lequel ils se distribuent. L^s autres rameaux traversent ce muscle et se répandent dans la peau de la région antérieure de la poitrine; ceux des trois premiers espices intercostaux fournissent à la mamelle, particulièrement chez la femme, des divisions qui prennent un grand développement dans les derniers temps de la grossesse et qui, après l'accouchement, ont quelquefois jusqu'à 2 millimètres de diamètre. Dans ces circonstances, M. Cruveilhier a vu la deuxième perforante atteindre le volume de la radiale et décrire de nombreuses flexuosités. Ces rameaux mammaires se dirigent de dedans en dehors et passent, les uns, sous la mamelle, qu'ils pénètrent par sa face profonde, les autres, plus nombreux, dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Les branches antérieures, avant de traverser les muscles intercostaux, fournissent, en dedans, quelques rameaux très-grèles qui se dirigent vers le sternum et forment à la face postérieure de cet os, en s'anastomosant avec des rameaux semblables venus du côté opposé, un réseau assez fourni, d où se détachent des ramifications périostiques et osseuses Quelquefois ces rameaux naissent directement de la mammaire interne.

Des deux branches terminales, l'interne, ordinairement plus petite, continue le trajet primitif des vaisseaux, passe entre la portion sternale et la portion costale du diaphragme, descend le long delà paroi antérieure de l'abdomen, derrière le muscle grand droit, dont elle traverse la gaine pour pénétrer dans l'épaisseur du muscle et s'y diviser en un grand nombre de rameaux descendants. Quelquesuns de ces rameaux, en général d'un faible calibre, s'anastomosent avec les ramifications de l'artère épigastrique et établissent une communication entre l'artère sousclavière et l'iliaque externe ; d'autres perforent d'espace en espace le feuillet antérieur de la gaîne du grand droit et se distribuent à la peau de la région. On a signalé ds ramuscules qui s'engagent dans le ligament suspeiiseur du foie pour s'anastomoser avec l'artère hépatique. Enfin Luschka a mentionné une artériole d'un calibre variable qui se détache de cette branche près de son origine, descend au voisinage de l'appendice xiphoïde, et s'unit, au devant de cet os, avec le vaisseau correspondant Ju côté opposé, par une anastomose transversale d'où part une artériole destinée au péricarde ; cette dernière traverse l'appendice xiphoïde ou passe entre ses deux moitiés.

La branche terminale externe se dirige obliquement en bas et en dehors, derrière les cartilages de la septième, huitième, neuvième, dixième et onzième côte, qu'elle croise obliquement, le long des insertions costales du diaphragme, fournit, dans ce trajjt, deux artères intercostales antérieures à chacun des espaces correspondants, lesquelles se comportent comme celles qui naissent du tronc du vaisseau, et donne de nombreux rameaux, les uns postérieurs, destinés au diaphragme, les autres antérieurs, qui se distribuent aux muscles de la paroi abdominale.

Anomalies. « Il esl peu d'artères, dit M. Cruveilhier, qui soient moins variables dans leur origine ; les seules variétés qui aient été observées se réduisent à celles dans lesquelles cette artère provient du tionc brachio-céphalique, de la crosse de l'aorte ou d'un tronc commun avec la thyroïdienne inférieure. » Quain, dans un cas, a vu l'artère mammaire interne naître de la sous-clavière en arrière

MAMMIFERES. 461

du scalène antérieur. Plusieurs fois son origine a été trouvée au côté externe de ce muscle. Lorsque la mammaire interue naît de la portion terminale de la soiis-clavière, elle se dirige d'abord en dedans, en passant, soit en arrière, soit en avant du scalène antérieur. Quelquefois l'artère, à son origine, est ascendante, et, après un court trajet, elle se réfléchit de haut en bas pour prendre sa direction habituelle.

On a rencontré, sur quelques sujets, une ou deux artères mammaires internes accessoires, provenant de la sous-clavière et descendant le long de la face interne de la paroi tboracique, à une distance variable de l'artère principale ; ces artères accessoires étaient parfois unies entre elles par des anastomoses transversales.

La mammaire interne peut fournir des branches surnuméraires ou des artères qui naissent habituellement de la sous-clavière ou de l'axillairfi; ainsi, elle donne quelquefois naissance à une thyroïdienne surnuméraire, àla scapulaire trans\erse, ii la cervicale superficielle ou à la cervicale profonde. Les rameaux destinés à la trachée jet aux bronches peuvent prendre un certain développement. Plusieurs auteurs ont mentionné l'existence d'une artère mammaire externe, naissant de la mammaire interne àla partie supérieure du thorax et s'en écartant à angle aigu derrière les quatre ou six premières côtes; dans ces cas, c'est la mammaire externe qui fournit les intercostales antérieures. M. Sée.

IHA5IMÉE. Mammea L. Genre de plantes Dicotylédones, de la famille des Guttifères, caractérisé de la manière suivante : arbres à feuilles opposées, coriaces, ponctuées, marquées de nervures réticulées, à fleurs axillaires ou terminales. Le calice s'ouvre à la floraison en deux valves caduques ; les pétales sont au nombre de 4 à 6, à estivation imbriquée; les étamines nombreuses, libres, bypogynes ; l'ovaire est ové, biloculaire, à loges biovulées, ou 4-loculaire à loges uniovulées. Les étamines ou le pistil avortant chez un certain nombre de fleurs , on trouve sur le même pied des fleurs mâles, femelles et hermaphrodites. Le fruit est une grosse liaie à mésocarpe pulpeux et fibreux à la fois, contenant de 1 à 4 graines. Ces semences ont un tégument épais, formé à l'extérieur de fibres qui se confondent avec celles du péricarpe, lisse à l'intérieur. L'embryon, sans albumen, a une petite radicule et deux gros cotylédons réunis en une seule masse.

Les plantes de ce genre habitent les régions tropicales du globe ; l'espèce la plus connue et la seule qui nous intéresse est le Mammée d' Amérique ou l'Abricotier de St-Domingue. C'est un bel az'bre des Antilies, portant de grandes fleurs blanches et odorantes, à quatre pétales. Le fruit est gros, arrondi, ou un peu tétragone, charnu. Une enveloppe coriace, astringente, et une pellicule amère recouvrent une chair ferme, dorée, parcourue de fibres, ayant la saveur et la consistance des pêches jaunes, nommées pavies. Ce fruit est mangé aux Antilles, soit seul, scit coupé en tranches et imbibé de rhum. On en fait aussi des marmelades. L'écorce de Mammée donne avec l'eau une décoction qu'on utilise aux Antilles soit contre le farcin des chevaux, soit pour détruire les chiques ou puces péne'trantes, dont les nègres sont fréquemment attaqués.

En distillant les fleurs avec de l'eau-de-vie on obtient une liqueur très-connue aux Antilles sous le nom d'eau des Créoles.

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BlAiïliniFÉRES (Gl.\ssific.\tion) . Les mammifères constituent le groupe le plus

-ieS MAMMIFÈRES.

élevé de tout le rèpne animal, c'est-à-dire celui dont l'organisation offre le plus haut degré de complication. Ils fout partie du sous-embranchement des vertébrés allantoïdieus, qui comprend aussi les oiseaux et les reptiles proprement dits. Presque tous ont le corps couvert de poils, et l'oîi trouve des traces de ce mode de téguments même chez les cétacés. Ils sont pourvus de mamelles, ont le sang rouge et chaud, les globules presque toujours discoïdes, le cœur a quatre cavités, et la respiration pulmonaire. On peut se faire une idée de leurs principaux caractères organiques par ceux de l'homme, qui constitue la plus parfaite de toutes les espèces qui s'y rapportent ; leur mode de reproduction est toujours analogue au sien, en ce sens que tous produisent des petits vivants. Il y a cependant parmi eux des genres qui n'ont pas de placenta. Ostéologiquement, les mammifères diflèrent des autres animaux en ce qu'ils ont un double condyle occipital et que leurs maxillaires inférieurs droit et gauche sont constamment d'une seule pièce, au lieu d'être formés de plusieurs os, comme cela se voit chez les vertébrés ovipares. Ce groupe d'animaux renferme les espèces dont le rôle au sein de la création est le plus important, et l'homme tire de beaucoup d'entre eux un parti considérable. C'est dans cette classe qu'il a lr>:uvé ses principaux animaux domestiques, et le nombre des produits qu'ils lui iournissent est pour ainsi dire infini. C'est ce que nous aurons l'occasion de constater en passant en revue, dans d'autres articles de ce Dictionnaire, les différentes familles de mammifères. Nous nous occuperons donc ici de préférence de la classitîcation générale de ces animaux.

Les anciens ne connaissaient qu'une taible partie des mammitères qui sont aujourd'hui décrits dans les ouvrages des naturalistes ; ceux qui sont propres au nord de l'Europe ou de l'Asie, à l'Afrique méridionale et à l'Inde, étaient restés ignorés tout aussi bien que les populations animales des deux Amériques et de l'Australie. Les Grecs et les Romains n'avaient pas même eu la possibilité de relever quelques indications relatives à des mammifères de la Syrie et de l'extrême Orient, dès lors consignées, les premières dans les livres saints, les autres dans les ouvrages des Chinois ou des Japonais ; et, si quelques espèces des régions arctiques furent signalées aux savants du moyen âge par les manuscrits Scandinaves, ce ne fut qu'à l'époque de la Renaissance que les cadres mammalogiques purent être enrichis de la liste des animaux propres aux régions de l'ancien continent un peu éloignées de l'Europe centrale et méridionale ou vivant en Amérique; ceux de rOcéanie et de l'Australie ne furent même découverts que plus tard, à la fin du dix-huilième siècle ou depuis le commencement du dix-neuvième. On comprend combien les progrès de la zoologie durent être lents, et pourquoi il fut si difficile d'amener au j^oint où elle est aujourd'hui cette science dont Aristote a jeté les premières bases il y a déjà vingt-deux siècles. Les données fournies par l'étude des mammifères actuellement existants à la surface du globe étaient elles-mêmes insuffisantes pour conduire à un résultat définitif. L'examen de leurs caractères, tant spécifiques que génériques ; la recherche des lois qui ont régi leur répartition à la surface du globe, soit sur les différents continents ou dans les îles, soit dans les principales mers, ne pouvaient, il faut bien le reconnaître, cx)nduire à des résultats sérieux et concluants que si l'onsavait d'autre part à quelle époque de la vie du globe toutes ces espèces et tous ces genres différents les uns des autres avaient apparu dans les contrées qu'ils habitent, de quelles régions ils provenaient, et quelles ont été les causes de leur première apparition, ainsi que les liens, soit généalogiques, soit purement zoologiques, qui les rattachent aux èlros qui ont existé précédemment. Pour bien classer les mammifères, il fallait, en effet, les

connaître tous et les connaître sous les différents rapports de leur structure auatoniique, de leur physiologie et de leur distribution géographique ou paléontologique.

Mais, si l'absence de relations entre les Européens et les autres parties du monde et la lenteur avec laquelle ces relations se sont plus récemment établies ont longtemps empêché les progrès des différentes branches de l'histoire naturelle, l'anatomie et la physiologie comparées, qui sont si utiles à étudier lorsque l'on veut se faire une idée exacte de la nature des êtres, ne firent à leur tour que des progrès peu rapides et d'ailleurs subordonnés à la découverte des animaux eux-mêmes. Il fallait approfondir la structure de ces derniers, comprendre le jeu des organes dont leur corps est constitué, apprécier les conditions de leur existence, et éclairer par un examen attentif du mode de développement leur constitution individuelle et les rapports qu'ils peuvent avoir les uns avec les autres ou avec notre propre espèce. C'est ce qui invita les savants à ces investigations, à la fois si attrayantes et si utiles pour les autres branches des connaissances humaines , qui ont produit tant de résultats si remarquables et donné lieu à des applications si précieuses.

Mais, il faut bien l'avouer, quelque remarquables que soient ces résultats, ils sont encore bien incomplets, et le grand problème de l'origine des êtres est jusqu'à présent resté sans solution. L'appréciation des affinités des espèces et, par suite, celle de leur filiation apparente ou réelle, qui s'y rattache d'une manière si directe, n'ont pu de leur côté être formulées que d'une manière incomplète. De nouvelles tt nombreuses recherches pourront seules nous en donner une idée sinon les établir d'une manière définitive. Aussi, ne doit-on attribuer qu'une valeur purement relative aux hypothèses que certains naturalistes, éminents sans doute, mais à vues plus spéculatives que réellement scientifiques, ont, à l'exemple de Buffon, proposées pour répondre à toutes ces grandes questions. Le voile qui les enveloppe encore n'a pu être soulevé qu'en partie ; et la classification qui serait tout à fait naturelle, définitive même s'il en était autrement, n'a de son côté qu'une valeur relative. Ses progrès sont incontestables sans doute, surtout en ce qui concerne les mammifères, et telle qu'on peut l'établir aujourd'hui, elle nous donne de ces animaux ainsi que de leurs affinités, une idée bien plus exacte que ne pouvaient le faire les essais tentés précédemment. C'est ce que nous constaterons en passant en revue les phases diverses qu'elle a successivement traversées, et en discutant les données sur lesquelles on a tour à tour essayé de l'établir.

Aristote n'a pas eu à sa disposition les matériaux nécessaires pour établir une classification des mammifères capable de donner une idée suffisamment exacte des animaux de cette classe. Le nombre de ceux que l'on connaissait de son temps était trop peu considérable, et certains groupes ne s'y trouvaient d'ailleurs représenté par aucune espèce. Cependant il était déjà arrivé, à cet égard, à quelques rapprochements dignes d'être remarqués, et, s'il ne plaçait pas les cétacés avec les mammifères terrestres, appelés par lui quadrupèdes vivipares, il savait parfaitement qu'ils ont le même mode do reproduction que ces derniers. D'autre part un des groupes acceptés par lui réunit sous le nom de bisulques les ruminants et les orcins, ce qui est une association tout à fait naturelle et qui a prévalue.

Au treizième siècle, Albert le Grand ajouta l'indication de quelques espèces de mammifères à celles dont on avait parlé avant lui ; le morse et quelques cétacés furent de ce nombre.

Plus tard, au seizième siècle, Césalpin tenta de classer les animaux qui nous

occupent, mais sans arriver à des résultats aussi précis que ceux que publia, cent ans plus tard, un savant anglais nommé Jean Ray. Celui-ci fit remarquer que des animaux à cœur pourvu de deux ventricules comme les quadrupèdes vivipares, produisant également des petits vivants et qui ont la respiration pulmonaire ainsi que le corps couvert de poils, peuvent n'avoir que deux pieds au lieu de quatre, par exemple le manati ou lamantin, qu'il classe auprès des phoques. En parlant des cétacés proprement dits, il montre qu'ils ont aussi l'organisation des quadrupèdes vivipares et non celle des poissons. Il ajipelle les cétacés pisces cetacei vel helluœ marinœ, ajoutant que, sauf le milieu dans lequel ils vivent, la conformation extérieure de leur corps, leur peau privée de poils et leur mode de progression, qui est la nage, ils n'ont presque rien de commun avec les poissons, tandis que le reste de leur organisation s'accorde avec ce que l'on connaît des quadrupèdes vivipares.

Dans son Sijstema naturœ {éà'iûon àe 1748), Linné, qui avait d'abord continué à séparer, sous le nom de plagiuri, les cétacés des quadrupèdes vivipares, les rapporta à la même classe qu'eux sous la dénomination commune de Mammalia^ d'où l'on a tire le mot mammileres, et il partagea l'ensemble de cette classe en sept ordres distincts qui sont :

1° Les Primates, d'abord nommés anthropomorphes. Ce sont, indépendamment de l'homme, les singes, les lémures et les chauves-souris, animaux auxquels le naturaliste suédois ajoute les bradypes ou paresseux, qu'il a quelquefois, et avec plus de raison, associés aux brutes, c'est-à-dire aux édentés.

2" Les Bruta ou ces mêmes bradypes, réunis aux myrmecophaga ou fourmilliers, aux vianis ou pangolins, aux dasypus ou tatous, et, ce qui ne peut être accepté, au rhinocéros, à l'éléphant ainsi qu'aux trichecus, comprenant le lamantin, le dugong et le morse.

0" Fer.e ou les botes féroces. Ce sont les genres pkoca, felis, viverra et nuistela, plus ceux des didelphis (les sarigues), talpa, sorex et erinaceuus^ qu'on a dû éloigner des précédents.

¥ Les Glires ou rongeurs.

5" Les Pecora ou les genres camelus, moschus, cervus, camelopardalis et bos.

6° Les Bellu^, comprenant les genres equus, liippopotamus, tapiras et sus. Limié avait d'abord employé pour ces animaux le nom de Jumenta, que j'ai repris pour ime partie d'entre eux, en réservant pour les autres la dénomination de porcins, emprunté de Vicq-d'Azyr.

7° Les Cete, vulgairement appelés cétacés, tels que les Dauphins, les Cachalots et les Baleines.

Vers la même époque, Buffon publiait sonHistoire naturelle générale etparliculière, ou\rage si riche en observations relatives aux mammifères et que rendaient plus précieux encore les descriptions anatomiques que Daubenlon y ajoutait. Bientôt après Pallas réunit, pendant ses Aoyages dans les différentes parties de l'empire russe, des documents d'une grande importance ; Shaw fit connaître plusieurs des genres si singuliers que les navigateurs rapportaient des terres australes, et beaucoup d'autres savants étendaient à leur tour les horizons de cette branche de la science. Aussi, Yicq-d'Azyr, à la fois zoologiste distingué et anatomiste éminent, Storr, Blumeubach et d'autres encore, purent-ils apporter des pei-fectionnements réels à la classiiication de Linné; mais, n'ayant pas toujours su se laisser guider dans leurs travaux par les prin(;ipes de la métliode naturelle

MAMMIFÈUES. 405

que A. L. de Jussieu avait formulée dès l'année 1789, ils n'arrivèrent pas à des résultats durables. Quelques années après, G. Guvier et Etienne Geoffroy Saint- Hilaire commencèrent la publication de leurs beaux travaux sur différents groupes de mammifères; Lacépède et Camper s'occupèrent des cétacés, et dans d'autres parties de l'Europe la mamnialogie recruta de nouveaux adeptes. La ménagerie du Muséum de Paris et les ricbes collections de cet établissement ont aussi fourni à Frédéric Cuvier les matériaux de nombreuses publications, dans lesquelles les mœurs des mammifères sont exposées avec autant de soin que leurs principaux caractères distinctifs. Son Listoire des mammifères est un véritable monument élevé à la mamnialogie. L'Angleterre, la Hollande, l'Allemagne, la lîus>ie, l'Amérique ont également pris part à ce grand mouvement. Aussi, à diverses époques, l'accumulation de tous les matériaux nouveaux a-t-elle permis de remanier la classification mammalogique et de lui faire faire des progrès importants. Les découvertes de G. Cuvier sur les mammitères fos^iles vinrent à leur tour fournir de précieuses indications, et l'on lut dès lors conduit à tirer de l'ostéologie même des mammifères des caractères d'une grande iitdité.

Plusieurs classifications dignes d'être exposées et discutées ici ont été publiées dans le courant de ce siècle, ce sont : 1° celle de G. Cuvier, reposant principalement sur la considération des membres et du système dentaire ; 2" celle de Blainville, qui subordonne ces caractères à ceux fournis par le mode de développement; 3° celle de F. Cuvier, qui attribue une importance particulière au mode de dentition, et i" celle de M. Ricbard Ovven, qui repose sur la considération du cerveau. Nous allons donc exposer les résultats obtenus au moyen de ces quatre modes de classilications, ce qui nous permettra de formuler ensuite, d'une manière plus utile, l'état actuel de la distribution méthodique des mammifères. 11 nous sera dès lors facile de nous faire une idée des affinités qui rattachent les unes aux autres les principales familles de cette classe, et de comprendre le mode suivant lequel elles doivent être groupées en ordres et en sous-classes.

Classification d'après les membres. En combinant les caractères des membres avec ceux que fournit le système dentaire, on est conduit à distinguer plusieurs ordres dans la classe des mammifères. Sauf les sirénides et les cétacés, tous ces animaux ont deux paires de membres apparentes extérieurement, et ces membres sont terminés tantôt par des doigts pourvus d'ongles ou de griffes, comme chez les singes, les ours, les chiens, les lapins, etc. ; tantôt par des doigts engagés dans des sabots, comme cela se voit chez les ruminants, ainsi que chez le rhinocéros, le cheval, le porc, etc. Sur cette différence repose la distinction des mammifères en deux catégories principales, les onguiculés ou mammifères à doigts terminés par des ongles, et les ongulés, qui possèdent des sabots.

Les mammifères quadrupèdes qui sont pourvus de doigts onguiculés, se subdivisent en deux groupes, suivant qu'ils ont des mains, c'est-à-dire les extrémités terminales pourvues d'un pouce opposable aux autres doigts, ou bien au contraire le pouce dirigé dans le même sens que ces doigts, et dans l'impossiLilité de leur être opposé. Aux premiers appartiennent l'homme, ainsi que les sino-es et tout l'ordre des quadrumanes; le reste comprend les carnassiers de toutes sortes, les marsupiaux, les rongeurs et les édentés. Quaut aux animaux à sabots, ils ont l'estomac disposé pour la rumination, ou au contraire incapable de se prêter à cet acte; ce sont les ruminants et les pachydermes. 11 n'y a pour Cuvier qu'un seul ordre parmi les mammifères qui ne possèdent que les deux membi es antérieurs : c'est l'ordre des cétacés.

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