DICT. ENC. 2* S IV. SQ
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La classe des mammifères se trouve ainsi partagée en neuf ordres, qui sont : l' les bimanes ou l'homme ; 2" les quadrumanes (singes et lémuriens) ; 5" les carnassiers, sous-divisés en chéiroptères, insectivores, plantigrades, digitigrades et amphibies ou phoques; 4° les marsupiaux; 5" les rongeurs ; 6° les édentés ; 1° les pachydermes ; 8° les ruminants; 9" les cétacés.
Quelques modilications ont dû être apportées à ce mode de classement des mammifères.
L'homme a trop de rapports par sa structure anatomique avec les singes et en parlicuher avec les premiers genres de cette famille d'animau\ pour qu'il soit nécessaire d'établir pour lui un ordre à part et le caractère qu'il présente d'être bimane, au Ue\i d'avoir les quatre membres également transformés en mains, ne justifie pas le groupe des bimanes proposé par Blumenbach, et adopté par Cuvier. Il est plus convenable de revenir à l'ordre des primates de Linné, qui répond aux bimanes et aux quadrumanes réunis. Les chéiroptères, les insectivores et les phoques ne sauraient rester associés dans un seul et même ordre avec les carnivores ; ils constituent autant d'ordres distincts. Quant aux marsupiaux, leur mode de i^eproduction ainsi que les particularités anatomiques qu'ils présentent doivent les faire éloigner de tous les mammifères à génération ordinaire. Les pachydermes ne constituent pas un groupe naturel. Les éléphants sont trop différents des rhinocéros, des chevaux et des hippopotames pour qu'on les laisse avec eux, et ces derniers ne doivent pas davantage être réunis les uns aux autres ; les rhinocéros forment le noyau d'un ordre à part auquel se rapportent aussi les tapirs de même que les chevaux, et l'on doit au contraire rapprocher les hippopotames ainsi que les sangliers et les autres porcins des ruminants, qui sont bisulques comme eux, c'est-à-dire à pieds fourchus. Cuvier a fait connaître plusieurs genres de mammifères éteints qui relient d'une manière si intime les porcins aux ruminants qu'il est difficile de dire pour certains d'entre eux s'ils doivent être associés aux ruminants et placés à côté des chevrotains ou reportés au contraire auprès des bisulques qui ne ruminent pas. Restent les cétacés. En classant les lamantins et les dugongs dans le même ordre que les dauphins et les baleines, parce qu'ils manquent comme eux de membres postérieurs ou n'en ont que des rudiments invisibles au dehors, Cuvier n'a pas tenu un compte suffisant des autres particularités anatomiques de ces deux sortes d'animaux. A part leur forme extérieure, les lamantins et les dugongs, dont on fait aujourd'hui l'ordre des sirénides, ont beaucoup plus d'analogie avec les proboscidiens et avec certains porcins qu'avec les cétacés souffleurs, et de Blainville a même proposé de les mettre dans le même ordre que les éléphants, en les regardant comme les représentants aquatiques de ce groupe d'animaux. Les proboscidiens et les sirénides constituent l'ordre des gravigrades : les premiers sont les gravigrades terrestres, et les autres les gravigrades aquatiques. Quant aux monotrèmes dont Cuvier faisait une simple famille d' édentés, ils diffèrent des autres animaux de ce groupe par des caractères si importants, et ils ont à certains égards tant de ressemblance avec les marsupiaux, qu'on a dû les rapprocher de ces derniers. C'est un point j sur lequel nous reviendrons plus loin. 1
Classification d'après le système dentaire. Il est peu d'organes qui fournissent de meilleurs caractères pour la distinction des mammifères en espèces et en genres que le système dentaire ; et connue les pièces qui le constituent résistent plus facilement que les autres à la destruction, les naturalistes y ont plus fréquemment recours. Aussi a-t-on soin de réunir dans tous les musées d'anatomie
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comparée des exemples de toutes les diversités qu'il présente, et leur examen continué dans les différents genres de chaque ordre n'offre pas un médiocre intérêt. La diagnose de certaines familles repose en partie sur des caractères de dentition communs aux différents animaux réunis dans ces familles, et la définition des ordres eux-mêmes est confirmée par des particularités analogues. Amsi les dents molaires des singes, des ruminants, des porcins et des jumentés ont une forme facile à définir et qui est spéciale à chacune de ces grandes dmsions. Les molaires des édentés et celles des cétacés offrent cela de particulier, qu'elles ne possèdent qu'une seule racine chacune, tandis que celles des animaux précédents peuvent en avoir plusieurs. On établit encore que les espèces de ces deux ordres de mammifères n'ont que des dents molaires; l'encoubert a cependant des incisives, et la première paire de dents de certains paresseux soit vivants, soit fossiles, pourrait très-bien être considérée comme une cauine. Quoi qu'il en soit, les édentés et les cétacés sont des mammifères homoJoiites, c'est-àdire à dents semblables entre elles, tandis que les autres mammifères, soit placentaires, soit marsu[iiaux, ont au moins deux sortes de dents, des molaires et des incisives, ce qui a lieu pour les rongeurs, les éléphants et les wombats, et le plus souvent trois sortes de ces organes, comme nous le voyons pour les primates, les insectivores, les carnivores, les ongulés et la plupart des niarsupiau\. On pourrait ajouter que la structure des dents offre dans certains groupes des particularités qui ne se retrouvent point ailleurs. C'est ce que M. John Tomes a fait voir pour le> marsupiaux qui, sauf le wombat, présentent cette particularité que les canalicules de la denline se continuent jusque dans l'émail, quelle que soit d'ailleurs la formule dentaire de ces animaux.
Frédéric Cuvier, à qui l'on doit d'importantes recherches sur les dents considérées au point de vue des caractères qu'elles peuvent fournir pour la distinction des genres de cette classe, a fait intervenir le système dentaire dans la distribution des mammifères en ordres. 3Iais, dans certains cas, il a accordé, aux indications tirées de ce système, plus de valeur qu'elles n'en ont réellement; aussi ii-t-il été conduit à disperser les marsupiaux dans plusieurs de ses groupes au lieu d'en former une sous-classe à part, comme le voulait de Blainville, ou uaèrae un ordre, comme G. Cuvier avait proposé de le faire. Le travail publié à cet égard par F. Cuvier constitue l'article Zoologie du Dictionnaire des sciences naturelles (t. LIX, p. 557 à 519). 11 a paru en 18!29. L'auteur y admet onze ordres, qui sont: 1" les quadrumanes, divisés en familles sous les noms de singes, sapajous et lémuriens ; 2" les insectivores, partagés en roussettes, chauves-souris, insectivores proprement dits, auxquels l'auteur rattache avec raison le galcopithèque, et insectivores à poche, tels que les péramèles, les sarigues, les phascogales et les dasyures ; 5" les carnivores, auxquels F. Cuvier associe le thylacyue, qui est un genre de gros marsupiaux appartenant à la même famille que les dasyures ; -4" les phoques ; 5° les marsupiaux frugivores, divisés en phalangers et kangurous ; les genres koala et phascolome font partie de la même famille que les kangurous; 6" les rongeurs : l'auteur leur réunit le chéiromys, rapproché des lémuriens par de Blainville et par d'autres zoologistes; 7° les édentés, partagés en tardigrades,doracophores ou tatous, orycléropes, myrmécophages, lépidophores ou pangolins ; 8° les monotrèmes; 9° les pachydermes, divisés en pachydermes proprement dits, proboscidiens et solipèdes; 10° les ruminants répondant aux chameaux, aux chevrotaius, aux girafes, aux cerfs et aux ruminants à cornes creuses; 11° les cétacés, dont les difierentes familles sont celles des cétacés
horbivores, des cétacés pisciformes, des narvals, des cachalots et des baleines.
Classification d'après le mode de développement. La classe des mammifères, telle que tous les naturalistes la corapreuueut depuis Linné, s'est trouvée déûnitivement constituée, lorsque, sur la remarque de Bernard de Jussieu, cet auteur eut associé aux quadrupèdes vivipares, c'est-à-dire aux mammifères terrestres, aux phoques et aux sirénides (lamantins et dugongs), les cétacés proprement dits, qu'on en avait laissés éloignés à cause de leurs habitudes cssentielJemeit aquatiques et de leur apparence pisciforme. Ces cétacés devaient, en effet, être réunis aux animaux qui nous occupent, puisqu'ils nourrissent, comme eux, leurs petits avec le lait sécrété par leurs glandes mammaires, et qu'ils sont vivipares à la manière des mammifères ordinaires, pourvus également d'un cœur à quatre cavités, de sang chaud à globules circulaires, de poumons, etc. Mais depuis cette importante rectiûcatioa apportée au classement des mammifères ordinaires et des cétacés, d'autres animaux de la même classe, dont on ne connaissait alors que quelques espèces, toutes du genre des sarigues, furent découverts en Australi''. On les réunit d'abord aux sarigues véritables, sous le nom ^^énérique de didelphis. Toutefois il ne fut pas difficile de constater que ces didelphes australiens devaient constituer des genres particuhers, dont les principaux sont ceux des phascolomes, des kangurous, des phalangers, des dasyures et des myrniécobies. L'exploration des Terres australes ajouta à cette liste les deux genres plus singuliers encore des ornithorhynques et des échidnés , qui furent d'abord rapprochés dos édentés, et placés auprès des fourmiliers. .Mais des caractères importants ont conduit à les séparer de ces derniers sous le nom de monotrèmes.
Les didelphes américains et les mammifères australiens, qui leur avaient d'abord été associés génériquement par Linné, n'ont pas la même conformatiou des organes génitaux que lis espèces de cette classe qui vivent dans nos pays, en Asie et eu Afrique, ou que les représentants américains de ces dernières. Les didelphes australiens ont, comme les sarigues, les mamelles placées dans une poche abdominale, et leurs petits, qui naissent avant terme, par suite d'une sorte d'avortement naturel, sont également reçus dans cette poche, où ils passent les premiers temps de leur vie extérieure, attachés au mamelon de leur mère.
L'ornilhorhynque et l'échidné ont un cloaque comme les oi.-eaux; leurs ovules sont plus gros que ceux de ces animaux ; leur allantoïde ne fournit pas de véritable placenta, particularité que présentent d'ailleurs les didelphes; et leur fœtus, quoique subissant toutes les phases de sou évolution dans l'oviducte, s'y développe plutôt à la manière de celui des reptiles ovovivip ires que suivant Je mode propre aux mammifères placentaires. Telles sont les considérations sur lesquelles, dans un mémoire sur la place que doivent occuper dans la série animale l'ornithorhynque et l'échidné, publié en 1815 \ de BÏainville s'est appuyé pour rejeter les mammifères à bourses et les monotrèmes après tous les animaux de la même classe, soit mammifères terrestres soit cétacés, qui sont pourvus de placenta et ne présentent pas la double gestation caractéristique des marsupiaux. Plus lard, il a distingué trois sous-classes de mammifères : 1° les monodelphes ou placentaires,, qui possèdent un placenta, et ont la génération normale ; 2° les didelphes ou mar supiaux, manquant de placenta, engendrant avant le complet développement du fœtus, mais pourvus d'une poche mammaire, dans laquelle le développement de ce dernier se complète; 5° les orwii/iOc/e//^/ies ou monotrèmes, plus semblables.
* On a observé tout récemment une sorte de marsupialité de l'échidné [Voy. Owen, Transactions de la Société royale de Londres pour 1865)
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aux oiseaux par la présence d'un cloaque, et à génération plutôt ovovivipare que réellement vivipare.
L examen du mode de pjacentatioii des mammifères monodelplies pouvait jeter quelque jour sur les affinités qu'ont entre eux les différents ordres de cette sousclasse. 11 était donc intéressant de coordonner les faits recueillis à cet égard par les auteurs, et de chercher à en tirer [larti. C'est ce qu'a fait M. Milne-Edwards, dans un mémoire publié en 1844. Je me suis servi moi-même de ces indications dans le premier volume de l'histoire de ces animaux, que j'ai publiée en 1854. Parmi les mammifères monodelplies dont la vie se passe à terre, on reconnaît trois sortes de placentas bien distincts : [° les placentas discoïdes, propres à l'homme et aux autres primates (singes et lémuriens), iiinsi qu'aux chéiroptères, aux insectivores et aux rongeurs ; 2° les placentas zonaires, particuliers aux carnivores, et 3" les placentas diffus, en général, divisés en cotylédons multiples, que l'on observe chez les pachydermes, les porcins et les ruminants; de là, la distinction de trois groupes correspondants de monodelphes sous les noms de discoplacentaires, zonoplacentaires et polyplacoutaires. M. Edwards a depuis lors (1868) remplacé ces dénominations par les suivantes : hématogénètes, mésallantoïdés et mégallantoïdiens. Mais il ne faudrait pas avoir dans la disposition de cet organe transitoire, et surtout dans son apparence, uae coniiance absolue. On risquerait, en effet, de rapprocher des animaux très-différents par tous leiu's autres organes. Ainsi les damans, qui sont, comme G. Cuvier et de Blainville l'ont reconnu, des mammifères plus voisms des rhinocéros que de tous les autres, ont un placenta d'apparence zonaire, qu'on pourrait croire, si l'on n'en faisait une étude plus attentive, comparable à celui des carnivores. Cependant les villosités y ont un autre caractère. Le daman ne saurait donc être placé auprès des carnivores, comme M.Edwards avait d'abord proposé de le iaire. D'après M. Huxley, le placenta des chevrotains diffère à quelques égards de celui des autres ruminants et il en est de même de celui des chameaux ; celui des éléphants offre aussi une disposition particulière. Ajoutons qu'on n'a pas encore de notions suffisamment complètes au sujet du même organe chez les édentés et chez les mammifères aquatiques, ce (jui rend difficile d'établir sur les dispositions qu'il affecte une classification définitive. Caractères tirés de l'encéphale. Un autre mode de classification des mammifères repose sur la considération de leur cerveau, dont les hémisphères ont tantôt des circonvolutions plus ou moins semblables à celles de l'homme, et tantôt manquent de ces circonvolutions, ce qui semble d'abord indiquer deux grandes catégories parmi ces animaux. Comme les mammifères pourvus de circonvolutions sont en même temps plus intelligents que ies autres, et que c'est parmi eux que se rangent nos espèces réellement domestiques, ainsi que toutes celles qui sont susceptibles de recevoir une sorte d'éducation, on leur a donné le nom de mammifères éducables [educahilia). Le chien, le chat, l'éléphant, le cheval, l'àne, b bœut, la chèvre, le mouton, le chameau, le lama et le por'i sont dans ce cas. Les singes, les makis, les carnivores sauvages, les pachydermes, les ruminants et les cétacés ont aussi des circonvolutions très-apparentes, et font partie des mammifères éducables. Les autres animaux de la même classe,' c'est-à-dire ceux qui manquent de circonvolutions cérébrales, ou qui ont ces circonvolutions peu développées, sont plutôt instinctifs qu'intelligents ; aucane de leurs espèces n'a pu être attachée à la nôtre à la manière des précédentes. En eftèt celles que nous élevons dans nos habitations sont moins nos associés que nos captifs; tels sont le lapin et le cochon d'Inde. On a donné à la division qui les comprend
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le nom à'inéducables [ineducabilia). Les chéiroptères, les insectivores, les rongeurs et les édentéssont tous des mammifères inéducables.
M. Ûwen a accepté ces deux grands groupes admis antérieurement par plusieurs auteurs, et il en a tenu compte dans la classification, basée sur l'encéphale, qu'il a donnée des animaux mammifères ; il y en a ajouté deux autres, l'un pour l'homme, l'autre pour les marsupiaux et les monotrèmes réunis. Il y a donc, pour ce savant, quatre catégories j rimordiales ou sous-classes de mammifères caractérisées par autant de formes particulières du cei-veau.
Ce sont :
i° Les archencéphales, dont l'homme seul fait partie;
2° Les gyrencéphales^ comprenant les quadrumanes, les carnivores, les proboscidiens, les pachydermes, les ruminants et les cétacés, tous supposés pourvus de circonvolutions ; ils répondent exactement aux mammifères éducables ;
0° Les iisiiencéphales ou les chéiroptères, les insectivores, les rongeurs et les édentés, animaux qui, suivant M. Owen, n'ont jamais de circonvolutions proprement dites, n'en ont que de très-iaibles, ou ont même le cerveau tout à lait lisse; ce sont les inéducables, dont il a été question plus haut;
4° Les lyeticéphales , c'est-à-dire les marsupiaux et les monotrèmes, considérés par M. Owen comme n'ayant point de corps calleux, destiné à relier l'un à l'autre les deux hémisphères droit et gauche.
Mais cette classification des mammifères doit être bien plutôt envisagée comme l'expression de certaines affinités qu'ont entre eux les différents groujjes naturels qu'elle associe sous les noms de gyrencéphales et de lissencéphales, que ];rise dans l'acception rigoureuse des noms qu'elle emploie pour désigner les grandes divisions reconnues par elle et en particulier les deux sous-classes des gyrencéphales et des lissencéphales.
En effet, l'on savait déjà, lorsqu'elle a paru, que certaines espèces de (a catégorie des gyrencéphales ou mammifères à cerveau plissé, ont parfois le cerveau lisse, et que plusieurs de ceux qui rentrent dans les hssencéphales ou mammifères à cerveau supposé constamment lisse sont, au contraire, pourvus de véritables circonvolutions. En ce qui concerne les gyrencéphales, Isid. Geoffroy avait montré comment les circonvolutions s'effacent graduellement chez les derniers singes du nouveau continent jusqu'à conduire au cerveau à peu près lisse des ouistitis, qui sont les plus petits des animaux de cette famille, et l'on peut constater une semblable décroissante de l'encéphale chez les lémuriens, si l'on passe des plus grosses espèces de cette famille, les indris et les makis, à celles qui ont une moindre taille, les galagos, les microcèbes ou le tarsier. Les petits chevrotains ont moins de circonvolutions que le porte-musc et que les antres ruminants, et il en est de même du daman, comparé au reste des pachydermes, animaux qui le dépassent d'ailleurs beaucoup en dimensions. D'autre part, les lissencéphales sont bien loin d'être toujours privés de circonvolutions ; et quoique ceux qui en présentent en aient, en général, moins que les gyrencéphales, il existe ég dément chez eux un rapport entre l'abondance de ces plis de !a surface des hémisphères cérébraux et le volume relatif des espèces que l'on observe. Les gros rongeurs ont des circonvolutions, et le plus volumineux d'entre eux, le cabiai {Hydrochœrus capyhnra), est celui chez lequel elles sont le plus accentuées. Il y en a aussi chez les grandes roussettes, tandis que les autres chéiroptères, dont la taille est inférieure à la leur, en sont à peu près dépourvues. Les insectivores, parmi lesquels se rangent les plus petits mam-
mitères, en sont presque entièremerit privés. Quant aux édentés, ils en présentent, au moins, quelques traces, même dans les pius petites espèces ; et les plus grandes, telles que le fourmilier tamanoir et l'oryctérope, en ont de très-éndentes. Si les glyptodontes, animaux acluoilement éteints, qui étaient de très-gros tatous propres à l'Amérique méridionale, semblent avoir été moins bien doués sous ce rapport que certains tatous actuels, le priodonte et autres, on peut dire que les grands édentés du groupe des paresseux, comme les scélidothériuras, les mylodons et les mégathériums rentraient, au contraire, dans la règle, puisque leur cerjveau présentait des plis plus noralireux et mieux marqués que ceux de leurs anajlogues encore existants. Le développement des circonvolutions cérébrales est donc en rapport avec la taille des animaux, et plus ils sont volummeux, plus ils peuvent en posséder. Cela se voit aussi chez les marsupiaux qui surpassent les autres en dimensions : les espèces d'une même famille ont des circonvolutions ou en sont au contraire privées suivant qu'elles acquièrent une plus ou moins grande taille. Les kangurous, envisagés dans leurs différents genres, nous en fournissent une démonstration évidente.
Toutefois, ce n'est pas le volume absolu qui détermine, pour un groupe donné, la présence ou l'absence des circonvolutions chez les espèces qui s'y rapportent ; certaines espèces appartenant à des groupes différents peuvent en avoir oii en être privées, quoique atteignant des dimensions comparables. Ainsi la fouine en présente, et le lapin et le lièvre n'en possèdent pas ou n'en ont qu'une faible trace. Il peut même arriver que les circonvolutions cérébrales manquent à une espèce de grandeur supérieure à une autre espèce qui en possède, ce que l'on constate, si l'on examine le lièvre et le lapin ou la belette et l'hermine. Mais dans chaque groupe naturel on voit les circonvolutions augmenter ou, au contraire, s'effacer, suivant l'accroissement ou le décroisseiuent de la taille; et dans une même espèce gyrencéphale elles peuvent exister ou manquer entièrement, suivant que l'exemplaire de l'espèce étudiée est adulte ou jeune, ou mieux encore fœtus, et surtout embryon. De la sorte, on peut considérer les mammifères à cerveau li>se appartenant à des séries qui renferment aussi des espèces à cerveau plissé, comme étant des arrêts de développement de ces dernières, et, ce qui est digne de remarque, ces espèces sont aussi les plus petites pour chaque groupe naturel. L'homme, pris aux différentes époques de sa vie intra-utérine ou extérieure, passe par de semblables conditions; et pour la série des primates à laquelle il appartient, il est aussi l'espèce dont le cerveau subit les moditîcations les plus considérables. C'est là un gage de sa supériorité intellectuelle.
La classification de M. Owen, qui nous fournit ces remarques, ne présente donc pas les avantages que son auteur lui supposait alors qu'il proposait de partager les mammifères monodelphes, l'homme mis à part, en gyrencéphales et lissencéphales, et, il faut bien le reconnaître aussi, il a été conduit à une innovation trèsdiscutable en établissant une sous-classe à part pour l'homme, parce que le cerveau de ce genre de mammifères est plus riche en circonvolutions que celui des autres primates, et que son intelligence dépasse celle de tous les animaux de sa classe. La valeur des caractères qui rattachent l'homme aux primates ne saurait être contestée, et l'analogie de conformation de son cerveau avec celui des premiers genres de ce groupe reste évidente quelque supériorité qu'on lui reconnaisse.
La sous-classe des lyencéphales, fondée sur la considération exclusive du cerveau est-elle mieux justifiée? Nous allons voir qu'il n'en est pas ainsi.
Le cerveau des marsupiaux n'est pas aussi différent de celui des monodelphe
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que l'a cru le savaut naturaliste anglais. Si ce célèbre anatoniiste nie la présence du corps calleux chez les mammifères de cette sous-classe et chez les monotrèmes, c'est parce qu'il regarde à torl comme répondant à la commissure antérieure la bande de substance blanche qui relie les deux lobes de leurs hémisphères. Mais cette bande, ayant bien les rapports et l'emplacement de celle qu'on appelle ailleurs le corps calleux, elle ne doit pas porter ici un autre nom, et, depuis que de Blaiuville et Leuret en ont établi la véritable signification anatoniique, tous les auteurs qui se sont occupés du cerveau des mammifères implacentaires ont rejeté l'mtei'prétation donnée par M. Owen.
Sans nier l'utilité des indications que l'examen du cerveau peut fournir à la classification générale des mammifères, on doit donc reconnaître que les caractères cérébraux de ces animaux ne nous 'sont pas encoi'e assez bien connus pour que l'on puisse s'en faire une idée rigoureuse et exacte. Ce n'est qu'après avoir fait, dans les différents ordres de cette classe, une étude détaillée des particularités de toutes sortes qu'ils présentent que l'on pourra subordonner ces particularités les unes aux autres d'une mauière définitive, et apprécier leurs rapports avec les mœurs de ces animaux et leurs dilférents act'js. Cette étude, commencée par Cuvier et Tiedemann au point de vue anatoniique, a été continuée avec succès par Leuret, et plus récemment étendue à différents groupes de la même classe par Gratiolet, par M. Dareste et par plusieurs autres auteurs ; mais elle est loin d'être achevée. 11 faut nicme le reconnaître, les découvertes auxquelles elle a conduit nous font plutôt connaître la conformation extérieure du cerveau envisagé dans ses hémisphères que le rapport de ces dispositions avec les actes des mêmes animaux, actes dont Frédéric Cuvier avait entrepris l'élude; aussi savons-nous encore très-peu de chose sur les différei>ces profondes que le même organe présente dans sa disposition intime. C'est pourquoi il est jusqu'à [résent si diftjciie d'apprécier la valeur zooclassique des caractères sur lesquels ces savantes observations ont appelé l'attention des zoologistes.
La phrénologie scientifique, c'est-à-dire la notion exacte des particularités auatomiques de l'encéphale envisagées dans leurs relations avec la physiologie et la psychologie comparées, est encore trop peu avancée pour que l'on puisse attacher une confiance absolue aux résultats obtenus jusqu'à ce jour dans cet ordre de recherches; et cependant ce n'est qu'en en poursuivant la difficile analyse qu'on arrivera à appliquer d'une façon à la fois utile et sérieuse la notion des caractères tirés du cerveau à la classification des mammifères. Parles fonctions élevées dont il est chargé, l'encéphale domine l'organisme tout entier; il doit donc fournir des caractères de [reraier ordre ; mais, tantque les corrélations existant entre les particularités qu'il présente et celles qui distinguent les autres organes nous échapperont, les caractères qu'il nous fournit n'auront pas la valeur qui leur appartient, et il sera impossible de se laisser guider par eux, comme on le fait pour ceux que présentent les autres systèmes d'organes, tels que les membres, les dents ou lappareil reproducteur. C'est pour cela qu'en tenant uniquement compte du faciès cérébral, au lieu de remonter aux caractères profonds de l'encéphale, Leuret est arrivé à une répartition à la fois si arbitraire et si peu acceptable des animaux de cette classe. On en jugera par la distribution qu'il a proposée en 1859 et que nous reproduisons d'après son Anatomie comparée du système nerveux.
Il reconnaît quatorze formes principales du cerveau et groupe ainsi, en se laissant guider par elles, les mammifères qu'il a pu observer. Le premier groupe com» prend des chéiroptères, des insectivores et une grande partie des rongeurs associés
à rornithorhynque ; le second, d'autres rongeurs, le tanrec et la sarigue ; le troisième, les canidés ; le quatrième, les félidés et les hyènes ; le cinquième, l'ours, le coati, les mustélidés, la civette etlagenette; le sixième, la mangouste; le septième, Jes paresseux, les tatous, les pangolins, l'encoubert, le wombat et le daman; le huitième, l'oryctérope, le kangurou et la roussette; le neuvième, les ruminants ; le dixième, les porcins ; le onzième, le phoque ; le douzième, les cétacés; le treizième, l'éléphaut, et le quatorzième, les makis ainsi que les singes. Mais il n'y en a pas moins des caractères importants à tirer du cerveau des mammifères, et, si l'on joint ces caractères à ceux que fournissent les autres systèmes d'organes dont nous avons déjà parlé, tels que les membres, les dents et le développement, on confirme par de nouvelles preuves les différents groupes naturels dont l'ensemble forme la clause de ces animaux, et on arrive à une distinction plus rigoureuse de chacun d'eux.
Ainsi des particularités communes se retrouvent dans l'encéphale de l'horam» et des singes, quoique les plus petits de ces derniers n'aient pas de circonvolutions et qu'ils semblent sous ce rapport très-éloignés de l'espèce humaine dont le cerveau est si riche en plis de cette nature. Voilà donc une première catégoiie, et c'est de cette catégorie que l'on doit rapprocher les lémuriens, animaux chez lesquels on remarque d'ailleurs une gradation parallèle à celle que nous constatons pour les singes américains, si nous nous élevons des ouistitis, qui sont les derniers d'entre eux, aux sapajous, aux atèles ou aux hurleurs, par lesquels commence la série des cébiiis.
En néghgeant certaines variations secondaires et de peu d'importance, on reconnaît aussi aisément que le cerveau des carnivores présente, dans l'ensemble de ces animaux, des dispositions communes, et il est flicile de démontrer par la considération de cet organe qu'ils forment im groupe non moins naturel que celui des primates.
Les jumentés, les ruminants et les porcins ont aussi des affinités qui les relient les uns aux autres si l'on considère non-seulement leur encéphale mais aussi leiTs autres traits distinclifs, et l'on peut en conclure qu'ils ne doivent pas être éloignes dans la classification. Cependant les éléphants paraissent différer des autres ongulés sous plusieurs rapports.
Les cétacés proprement dits forment aussi une catégorie distincte. Quant aux autres mammifères, leurs différentes séries présentent moins d'homogénéité ; et, si l'on peut regarder comme ayant de l'analogie entre eux les chéiroptères, les insectivores et les rongeurs, ce qui est même contestable à certains égards, il semble que les cerveaux des édentés se rapportent à plusieurs formes, et qu'il en est de même pour ceux des marsupiaux. Le cerveau d'un wombat, d'un kangurou, d'un dasyure ou d'une sarigue n'ont certainement pas la même apparence, et les deux genres connus de monotrèmessont aussi très-différents l'un de l'autre par leur conformation encéphali([ue, puisque l'échidné a des circonvolutions ra[:pelant celles des pangolins, taudis que l'ornithorhyiique, dont l'encéphale a d'ailleurs une autre apparence, est complètement dépourvu de plis cérébraux. Classification actuelle. Nous venons de voir qu'aucune des classifications proposées par les naturalistes postérieurement à Linné ne répondait d'une manière absolue aux exigences delà méthode naturelle. Elles n'en ont pas moins concouru dans une large part aux progrès de la mammalogie, en appelant l'attention sur les différents oidrcs de caractères qui peuvent être employés pour arriver à un résultat définitif. Si l'on connaissait d'une mr^nière encore plus complète ces ca-
ractères, et s'il était possible d'en établir une subordination rigoureuse, le but serait bien plus près d'être atteint. Mais la science n'est pas encore parvenue à se soustraire à toute idée systématique; c'est en particulier ce qui a lieu lorsque l'on prend séparément les membres, les dents, le mode de développement ou le cerveau, dans l'espoir d"y trouver la notion des affinités réelles qu'ont entre eux les différents groupes dont se compose la classe entière des mammifères, et de juger de leur distribution en séries naturelles. Aussi reste-t-il encore bien des questions à élucider, et de nouvelles recherches sont indispensables pour arn\er à un résultat défuûtif.
Quoi qu'il en soit, on est d'accord sur certains points, et il est possible, dans l'état actuel de nos connaissances, de répartir les animaux qui nous occupent en groupes véritablement naturels et d'établir de ces groupes une classification qui, sans être définitive, en exprime cependant la valeur et consacre d'une manière utile les affinités qui les rattaclient les uns aux autres. Les vues théoriques relatives à la filiation des espèces, que préconisent maintenant un grand nombre de personnes, peuvent y puiser de nouvelles indications, en même temps que la stience réellement positive, je veux dire celle qui ne procède que par l'observation éclairée de l'expérience , n'a point à en désavouer les conclusions, quelque provisoires qu'elles paraissent à certains égards.
I. Une première grande division de mammifères, à laquelle ou attribue le rang de sous-classe, est celle des Mo.nodelphes, aussi appelés mammifères placentaires. Leur mode de génération est franchement vivipare, et leur allantoïde reçoit un système de vaisseaux placentaires destinés à niettfc le fœtus en comnmnication avec sa mère pendant toute la durée de la vie iuLia-utcrine. C'est ainsi que leur parviennent les matériaux de leur premier développement. Leur placenta peut différer not^iblement de celui de l'espèce humaine, rester villeux, former des amas multiples en rapport avec plusieurs points du chorion, ou bien acquérir la forme de gâteau discoïde propre au foetus humain. Il ne manque jamais, et au moment oii le petit brise ses enveloppes pour se détacher de cet appaieil transitoire et commencer sa vie extérieure, il a déjà terminé tout son développement fœtal. Sa nourriture consiste en lait; il est apte à opérer la succion des mamelles, et il quitte le mamelon ou le reprend suivant ses besoins, sans y rester adhérent; il n'a pas besoin de séjourner dans une poche pour compléter son développement, et dans certains cas il est même assez fort pour suivre immédiatement sa mère. Les animaux de cette catégorie n'ont jamais d'os marsupiaux.
1 . Il en est parmi eux qui se rapprochent notablement de l'homme par certains points de leur conformation cérébrale, par la disposition de leur système dentaire, par leur n'^gime ainsi que par d'autres particularités faciles à saisir ; ils doivent être classés dans le même ordre que l'homme lui-même. Tous ont les doigts onguiculés; leurs pouces sont habituellement opposables aux quatre extrémités, et leur placenta est, comme celui du fœtus humaiu, de forme discoïde. Ce sont les singes. On pourrait leur laisser en propre le nom de primates. Auprès d'eux se placent, comme ordre à part plutôt que comme simple flunille, les lémures, chez lesquels on retrouve encore une partie des caractères qui viennent d'être signalés. Arrivent ensuite les chéiroptères ou chauves-souris, les insectivores et les rongeurs. Ceux-ci, bien que onguiculés, ne possèdent plus de véritables mains. Les premiers d'entre eux sont faciles à distinguer par leurs membres antérieurs transformés en ailes; les seconds ont les molaires relevées par des saillies en forme de pointes, et les troisièmes sont pourvus de deux sortes de dents seulement. Les
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singes, les lémures, les chéiroptères, les insectivores et les rongeurs sont tous zouoplacentaires.
2. Les Proboscidiexs ou éléphants, qui rappellent les rongeurs par plusieurs de leurs principaux caractères, mais qui ont les mamelles pectorales, n'ont pas les pieds réellement pourvus de sabots, quoiqu'on les réunisse souvent aux ongulés proprement dits, comme ayant sous ce nipport la conformation propre à ces derniers. Ils forment une catégorie à part, peu nombreuse dans la nature actuelle, mais à laquelle s'ajoutent plusieurs espèces éteintes comparables aux éléphants encore existant de nos jours, et des genres entièrement anéantis, tels que les mastodontes et des dinothériums. Les éléphants ont d'ailleurs une forme particulière de placenta rappelant celle des carnivores par son apparence zonaire; mais ils ont l'allantoïde lobée.
3. Ainsi que nous 1 avons vu, de Blainville proposait de classer dans le même ordre que les proboscidiens, les sirénides, c'est-à-dire les dugongs, les rytines et les lamantins, animaux aquatiques à membres antérieurs transformés en rames
' natatoires et qui n'ont point de traces apparentes des membres postérieurs. Nous les laisserons auprès d'eux; mais en en faisant un ordre à part.
4. Chez les ongulés véritaliles, tels que les jumentés ou pachidermes herbivores, les ruminants et \qs porcins, répondant aux pachidermes omnivores, l'allantoïde s'allonge en avant ei en arrière du fœtus, et les villqsités placentaires y forment en général des amas multiples dits cotylédons, ce qui a valu à ces animaux la dénomination de polyplacentaires. Ainsi que nous l'avons déjà rappelé, on est conduit par l'étude des fossiles à réunir les deux ordres des ruminants et des porcins sous le nom de bisulques, comme le laisaient déjà les anciens. Si dans la nature vivante ces deux groupes semblent isolés l'un de l'autre, parce que les espèces qui appartiennent au premier jouissent seules de la possibilité de ruminer, et que, sauf les liyémosques ou chevrotains de Guinée, elles ont tontes les métacarpiens et les métatarsiens principaux réunis en canons, certains genres éteints les relient aux porcins, qui n'ont pas de canons et ne ruminent pas.
L'examen que G. Cuvier et de Blainville ont fait des damans ou hyraciens ne semble pas permettre de les séparer des jumentés malgré l'apparence zonaire de leur placenta et la disposition incomplètement ongulée de leurs pieds. Isidore Geoffroy a cependant proposé d'en faire un groupe à part.
5. Nous passons ensuite aux carnit'ores, animaux à doigts onguiculés, qui sont pourvus de trois sortes de dents, dont le cerveau possède toujours des circonvolutions, et que leurs autres caractères font aussi reconnaître aisément. Leur placenta est de forme zonaire, ce qui les a fait appeler dans la classification d'après le mode de développement des zonoplacentaires.
' 6. Ces animaux nous conduisent aux phoques, ordre particulier de mammifères quadrupèdes, onguiculés, à cerveau pourvu de circonvolutions, dont la conlormation est appropriée à la nage. Les phoques vivent dans les eaux delà mer et se nourrissent de substances animales.
7. L'ordre suivant est celui des cétacés, dont les particularités distinctives sont bien connues. Nous en avons déjà indiqué les principales familles.
8. Un autre groupe comprend des edentés, dont les caractères sont si importants, qu'ils justifieraient jiresque la distinction d'une sous-classe à part. L'infériorité de leur conformation cérébrale, l'unilormité presque absolue de leurs dents, la disposition onguiculée de leurs doigts, joints au r.aiid développement de leurs ongles, et la bizarrerie de leurs formes extérieures, qui indique une
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sorte de tendance vers les reptiles, ne permettent de les confondre avec aucun des autres ordres de la même classe. Ils se partagent en bradypes ou paresseux, fourmiliers, pangolins, oryctéropes et tatous. La plupart sont américains, et c'est aussi dans cette partie du monde qu'ont vécu différents genres de grande taille, éteints depuis la période quaternaire. Le macrothérium, animal gigantesque, qui habitait l'Europe pendant l'époque miocène, était aussi un édenté. Quoique pourvu de dents, il semble avoir eu surtout de l'analogie avec les pangolins, dont les espèces vivent ou Asie et en Âlrique. On n'a pas encore de renseignements suffisamment exacts sur le mode de développement des édentés et leurs lormes de placentation ont été encore peu étudiées.
IL La seconde sous-classe des mammifères est celle des didelphes ou marsupiaux. Ces animaux, tout en ayant dans leur appareîice extérieure beaucoup de ressemblance avec lesmonodelphos terrestres, tels que les lémures, les insectivores, les rongeurs, les carnivores, etc., s'en éloignent par une disposition spéciale des organes génitaux, et ils ont u:a autre mode de développement. Avec l'absence de véritable placenta coïncide chez eux une expulsion précoce du fœtus qui est mis au monde peu de temps après sa phase embryonnaire, avant que son développement ne soit achevé ; il le complète au mamelon de sa mère, dans une poche ventrale enveloppant les mamelles, ou dans des phs de la peau du ventre, qui sont un rudiment de cette poche.
Les didelphes ou mammifères à double gestation sont tantôt pourvus de circonvolutions cérébrales et tantôt dépourvus de ces plis du cerveau; presque tous ont trois sortes de dents, et ces dents répètent souvent par leur apparence celles des mammifères placentaires.
C'est surtout en Australie que vivent les marsupiaux; ils y constituent les différentes familles des phascolomes, des phalangers, des kangurous, des dasyures et des myrmécobics comprenant elles-mêmes plusieurs tribus et un assez grand nombre de genres. Ils forment en grande partie la population de ces régions lointaines. On en trouve déjà à la ]Nouvelle-Guhiée, et la famille des phalangers a même des représentants aux îles Moluques. Tous ces mammifères sont pourvus d'os marsupiaux.
Les sarigues sont les seuls marsupiaux actuels qui soient étrangers aux terres australes; elles vivent en Amérique. Un genre éteint qui paraît avoir eu avec elles beaucoup d'analogie, a vécu autrefois en Europe. On en trouve les débris dans les terrains tertiaires, éocène et miocène. La faune éocène inférieure possédait un animal très-singulier dont Blainville a fait un genre de carnivores sous le nom d'arctocyon, mais qui appartenait peut-être à la sous-classe des marsupiaux.
111. Dans les 0RNI^HODEL^HES ou mcnotrèmes, qui ne comprennent que les deux familles des ornithorhynquefi et des échidnés, l'une et l'autre fomiées d'un seul genre, nous trouvons une disposition particulière des organes génitaux femelles. Les oviductes aboutissent séparément à un cloaque, comme cela a lieu chez les allanloïdiens ovipares ; en outre les ovules sont d'un volume relativement considérable, et l'allantoïde ne fournit pas de placenta. Le fœtus se développe donc à la manière de celui des ovovivipares, des vipères par exemple. C'est une condition encore inférieure à celle des m;irsupiaux. Les monotrèmes présentent d'ailleurs quelques autres particularités en rapport avec ce caractère d'infériorité. La présence d'os marsupiaux semble les rapprocher des didelphes, et il paraît que le jeune des échidnés passe les premiers temps qui suivent sa naissance, relenu à la mamelle, ce qui indique dans ce genre une sorte de marsupialité. Toutefois
les motiotrcmes se ratt;iclicnt aussi aux édentés par plusieurs traits imporlants, et nous avons déjà dit que les auteurs les ont d'abord associés à ces animaux. Seuls parmi les mammifères ils possèdent des os coracoïdiens distincts, ce qui établit une nouvelle analogie entre eux et les ovipares aériens.
BépartUion géographique et paléonlologique. Il résulte des détails qui précèdent que certains groupes de mammifères n'ont de représentants que dans des régions limitées du globe, et que les conditions géographiques de ces dernières semblent avoir régi leur distribulioii à la surface du globe. Suivant que les obsta clés qui séparent ces régions sont plus difficilement surmonlables et qu'ils remontent à une époque géologique plus ancienne, les faunes mammifères sont ellesmêmes plus différentes les unes des autres. Les monotrèmos ne vivent qu'en Australie, et la population de ce singulier continent est presque enlièrement formée de marsupiaux. Quelques espèces de rats peu différentes, il est vrai, par leur genre, de celles de l'ancien continent, s'y font cependant remarquer, et l'on voit avec elles un petit nombre de chéiroptères, également plus semblables à ceux qui vivent en Asie et en Afrique qu'aux espèces sud-américaines. La Nouvelle-Guinée appartient au même système, mais aux îles Moluques les marsupiaux ne sont plus représentés que par un seul genre, et ce sont les monodelphes qui dominent. Ailleurs, ces derniers constituent seuls la faune, et si les édentés, plus nombreux dans l'Amérique que dans l'ancien monde, fournissent aux contrées méridionales de ce continent différentes familles qui n'ont point de représentants chez nous, toutes les divisions secondaires de la classe dont nous traitons ne sont p;is astreintes à une répartition aussi régulière. Cependant les singes américains diffèrent, comme tribu, de C3ux de l'ancien continent. Les lémures fournissent à Madagascar dos genres qu'on ne retrouve point autre part, pas même en Afrique; les pliyllostomidés sont des chéiroptères exclusivement américains, et aucune espèce de ptéropodidés, c'est-à-dire de roussettes, ne se rencontre avec eux. En outre, il n'y a des viverrins et des mangoustes que dans l'ancien continent, et quelques divisions de môme valeur sont également particulières à certaines régions. Au contraire, d'autres groupes ont des représentants dans le nouveau continent aussi bien que dans l'ancien. On remarque alors que les genres on les tribus communs à ces deux continents fournissent le plus souvent des espèces aux régions arctiques en même temps qu'aux régions tempérées. Ceux qui sont circonscrits aux abords de l'équateur, ou s'avancent davantage vers le pôle sud, comme au cap de Bonne-Espérance ou en Patagonie, sont rarement communs au nouveau continent et à l'ancien.
L'association d'animaux si différents les uns des autres dans les grandes circonscriptions géographiques et la manière dont les principales faunes se sont trouvées (onstit.ices est un des problèmes les plus difficiles que soulè\e l'origine des espèces. Un fait non moins curieux est la dispersion de certaines tribus sur tous les points du globe. Ainsi il y a partout des murins et des vespertilions ; mais remarquons en passant que ces groupes cosmopolites comptent parmi les derniers de leurs séries respectives, tandis que les genres supérieurs, comme les roussettes, les phyllostomes et ceux des premières tribus de rongeurs, sont circonscrits dans leur habitat.
A part l'énhydre ou loutre marine, les animaux marins appartiennent à d'autres ordres que ceux qui occupent la surface des continents ou celle des îles, et l'on constate qu'en général leurs espèces australes ou propres au Pacifique , par- Ibis même les genres représentés sur cette immense surface diffèrent de ceux
que l'on observe dans l'océan Atlantique boréal ou sous le pôle arctique. C'est ce que nous constatons pour les phoques et po\ir les cétacés. Les sirénides sont assujettis à un autre mode de répartition: le rvtine, anéanti depuis moins d'un siècle, était limité à quelques points du grand Océan voisins des lies Ak'outiennes; les 'dugongs sont de la mer des Indes et la nier Rouge ; ils s'étendent aussi sur les côtes de l'Australie ; quant aux lamantins, on en trouve sur les côtes septentrionales de l'Afrique et dans les parties de l'Amérique qui .ivoisinent le golfe du Mexique, mais ils y sont d'espèces différentes. Dans quelques pays, ces animaux remontent assez avant dans les fleuves ; ainsi il y en a jusque sur le cours du haut Amazone, dans la région dite le Maragnon. Il y a donc des sirénides dans les eaux douces aussi bien que dans les eaux marines ; ceux-ci conservent, il est vrai, des habitudes httorales. Les cétacés, bien (|u'on les suppose exclusivement propres aux eaux marines, ont aussi leurs représentants fluviatiles. En effet, indépendamment des animau>c de cet ordre qui se tiennent aux embouchures des grands fleuves, comme le plitaniste, du Gange ou de l'indus, il y a des delplîinidés exclusivement fluviatiles ; tels sont l'inia et certains dauphins d'espèce particulière, vivant exclusivement dans l'Amazone et dans, ses principaux affluents et qui ne se rendent jamais à la mer.
On reconnaît plusieurs grands centres d'apparition des mammifères terrestres : celui de l'Australie, plus nettement caractérisé qu'aucun autre par les particularités propres aux espèces qui l'occupent ; celui de Madagascar, riche en quadrumanes de la famille des lémures, et qui, malgré son voisinage de l'Afrique, ne possède aucune espèce de singes ; celui de l'Amérique méridionale, et celui de l'ancien continent, auquel se rattache comme sous-division la faune de l'Amérique septentrionale. Les autres démembrements de ce dernier nous sont fournis par plusieurs faunes secondaires, au nombre desquelles on distingue celles de l'Asie septentrionale, de l'Europe et de la partie méditerranéenne de l'Afrique. Il tant y ajouter la faune de l'Al'rique proprement dite et celle de l'Inde, qui ont l'une et l'autre des caractères plus tranchés et sont plus riches en espèces et en genres.
La faune européo-asiatique, aujourd'hui décimée et réduite à un nombre assez restreint d'animaux, a été, à une époque géologiquement peu reculée, presque aussi variée que celles de l'Afrique et de l'Inde. En effet, pendant l'époque quaternaire, elle a possédé des éléphants, des rhinocéros, des hippo[)otames, de grandes espèces de bœufs et de cerfs. Des carnassiers redoutables, tels que le lion des cavernes, la panthère, des hyènes, le grand ours et d'autres encore, en faisaient également partie; mais peu à peu tous ces animaux ont disparu par l'influence de la période glacière et, concurremment, des espèces du Nord, telles que le renne, le glouton, sans doute aussi l'isatis, se sont étendues jusque dans nos contrées pour en disparaître ensuite.
De semblables extinctions ont eu lieu en même temps dans l'Amérique méridionale, ainsi qu'en Afrique, et l'on constate que les espèces alors anéanties dans ces deux continents se rattachaient par les traits principaux de leur organisation à celles qui de nos jours sont plus particulièrement caractéristiques des pays dont il s'agit. Beaucoup d'édentés se remarquent parmi les fossiles de l'Amérique et, en Australie , ce sont surtout des marsupiaux que l'on reconnaît parmi les espèces perdues.
En s'étendant sur tous les points du globe, l'homme a contribué, après les éléments, à faire disparaître toutes ces espèces ou à diminuer le nombre de leurs représentants. L'Europe a surtout été le témoin de ces anéantissements; mais la
conquête de certains animaux a donne le moyeu de repeupler toutes ces contrées, et, par la culture, elles ont formé des centres de civilisation. Le chien, le cheval, l'âne, le bœuf et diverses autres espèces du même genre, la chèvre, le mouton, le porc, sont devenus, en Asie, en Europe et en Afrique, la source de nc.^ richerses, comme le lama l'est encore pour certaines parties de l'Amérique méridionale. Des lieux déserts ont été transformés par l'agriculture, et les Européeiis ont porté sur tous les points da globe ces espèces empruntées à la nature sauvage et modifiées dans leurs caractères pour les propager à l'infini et en multiplier les races.
Antérieurement à ré[)oque quaternaire, avaient existé sur plusieurs parties du monde d'antres populations de mammifères, et on a la preuve qu'il y a eu en Europe plusieurs successions analogues. Dans l'Inde, de nombreux mammifères vivaient pendant la période miocèiirS. Quoique différents par leurs espèces de ceux qui habitaient l'Europe, ils avaient cependant avec eux une certaine ressemblance générique. Le^ traces d'une population non moins singuHère ont été retrouvées dans le Nébraska, aux États-Unis. Elle se rattache par des liens analogues à celle dont nous observons les restes fossiles dans les marnes de Ronzon, près le Puy en Velay et dans quelques autres localités. Antérieurement avaient apparu dans nos contrées les paléothériums, les anoplothériums, les hyénodons, etc., qui, ont laissé leurs débris dans les dépôts gypseux de Paris, et plus anciennement encore les lophiodons, enfouis dans le calcaire grossier. Ce ne sont pas là les plus anciens mammifères de la période tertiaire. Les lignites du Soissonnais et les argiles de Meudon, dont le dépôt est antérieur à celui du calcaire grossier et dos argiles plastiques, ont fourni plusieurs genres différents des précédents, parmi lesquels il nous suffira de citer le paléonicfis, de l'ordre des carnivores, et le corypliodon, qui appartenait aux jumentés. L'arctocyon, dont nous avons déjà parlé, n'est pas moins ancien.
La période secondaire a eu aussi ses mammifères, mais ceux dont les débris ont été découverts dans les sédiments qu'elle a laissés étaient de petite taille, et leurs caractères semblent tellement différen-ts de ceux des espèces propres à la période tertiaire ou encore existants, qu'on n'a pu les attribuer à aucune des familles auxquelles appartiennent ces derniers. On les a presque exclusivement rencontrés en Angleterre. Ce sont, pour l'étage de Purbeck, les plagiaulaux, ainsi que plusieurs autres également très-singuliei s, et, pour l'oolithe de Stonesfield, différents genres, dont les principaux sont considérés par beaucoup d'auteurs comme appartenant à la sous-classe des marsupiaux. Ainsi que nous l'avons déjà dit, tous ces anciens mammifères étaient de petite taille. Tels étaient aussi les raicrolestes du Wurtemberg. Ce genre, très-incomplétement connu, appartenait à une date plus reculée encore, puisqu'on l'a trouvé dans des couches du trias.
Ces curieuses découvertes ont été le fruit des recherches faites par les naturalistes soit sur les débris fossiles que l'on rencontre sur tous les points du globe, soit sur les parties osseuses ou le système dentaire des animaux actuels. Elles nous montrent l'importance des comparaisons ostéologiques entreprises dans les principaux musées. L'un des plus savants naturahstes du siècle dernier, Gueltard, avait entrevu la nécessité de recourir à cet examen lorsque, après avoir essayé en vain de se faire une idée exacte des caractères anatomiques des animaux enfouis dans le gypse de Montmartre, il disait que leur détermination restera incomplète tant que l'anatomie comparée ne viendra pas au &s^urs des géologues.