SI MANCENILIER
un suc laiteux abondant, surtout avant la maturité complète. Le noyau est épais, osseux ou pierreux, très-inégal en dehors, couvert de rugosités et d'angles saillants, enveloppé par la pulpe du mésocarpe qui pénètre dans leurs anfracluosités. A l'intérieur, il est partagé en un nombre variable de logetles (0-8, ou davantage), contenant chacune une graine descendante qui, sons ses téguments minces, i renferme un épais albumen charnu, huileux, entouiaut lui-même un embryon à radicule supère, cylindro-conique, à cotylédons foliacés. Au centre du fruit est i une columelîe épaisse, hgneuse, qui supérieurement est séparée des loges ou coques du noyau par un canal oblique, donnant, au niveau de chaque loge, passage au funicule séminal. Les Manceniliers sont des arbres de l'Amérique tropicale. Tous leurs organes sont gorgés d'un suc laiteux acre, renfermé dans des vaisseaux laticifères. Leurs feuilles sont alternes, simples, pétiolées, accompagnées de deux stipules latérales caduques. Leurs Heurs forment des épis terminaux composés, chargés de bractées alternes, avec des bractéoles latérales. Dans l'aisselle des quelques bractées inférieures se tro\ivent des fleurs femelles, ordinairement solitaires. Plus haut, il y a dans l'aisselle de chaque bractée un glomérule de fleurs mâles.
La plus célèbre des espèces de ce genre est le Mancenilier commun ou vénéneux, on Hippomane Mancinella L. {Spec, 1431), qui est le Mancanilla de Plumier (Gen., 49, t. 30), et le Mancinella venenata de Tussac (F/. Ant., IIl, 21 , t. 5) . C'est un arbre des plages maritimes des Antilles et des côtes voisines de la terre ferme, car on l'a retrouvé sur le littoral du Mexique méridional, à Costa- Rica, Panama, Carthagène, Caracas, au sud de la Floride et même sur la côte mexicaine du Pacifique. Il croît souvent sur les sables et dans les mares saumàtres de ces côtes, où plusieurs animaux marins rongent son écorce ou son feuillage,. et peuvent, dit-on, devenir par là vénéneux. Toutes ses parties sont glabres. Son tronc, lisse et nu, se partage ensuite en branches vigoureuses, chargées de feuilles alternes, persistantes. Son bois est pâle et, mou, mais ouvrable ; son écorce, lorsqu'on l'incise, laisse échapper uno quantité quelquefois considérable de lait épais, d'un blanc pur, visqueux, tachant les vêlements, la peau, le fer, et qui se retrouve dans beaucoup d'autres parties de la plante. On a dit avec raison que le feuillage rappelle beaucoup celui d'un Poirier. Les feuilles , ovales-aiguës, arrondies à la base, plus ou moins acuminées au sommet, ont un hmbe de 10 à 12' centimètres de longueur, sur 5 ou 6 de largeur. Leurs bords sont découpés en petites dents ou crénelures glanduleuses, quelquefois fort peu marquées. Elles sont presque coriaces, glabres, penninerves , finement veinées, d'un beau vert brillant et lisse en dessus, d'un vert blanchâtre et terne en dessous. Leur pétiole, cylindrique et assez grêle, accompagné <à sa base de stipules peu développées , atteint quelquefois la longueur même du limbe, bien qu'en général il soit un peu plus court. Au point de rencontre de son sommet avec la face su| érieure du limbe, on observe deux petites glandes orbiculaires, ti'ès-rapprocliées l'une du l'autre, se touchant même sur la ligne médiane, et légèrement sadlantes. L'épi a d'un demi-décimètre à un décimètre et demi de longueur. Les fleurs, distantes les unes des autres, sont très-peu visibles, sans éclat ; les mâles, jaunâtres ; les femelles, verdàtres, avec des styles pourprés. Le fruit a Fair d'une petite Pomme d'api; il est globuleux et déprimé, large d'environ 3 ou 4 centimètres, porté par une queue longue d'environ un demicentimètre. Sa couleur est jaune, avec une teinte d'un beau rouge d'un côté feulement j et son aspect est tellement apj étissant, que la plupart des em poison-
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iienieiUs ])rofl(iits par Je Mancetiilier sont déterminés par cette poninie que Jes voyageurs portent ù leurs lèvres pour se rafraîchir ou se nourrir. Les ei'rcuis iunestes provoquées par cette ressemblance étaient fréquentes autrefois, surtout parmi les étrangers. Aussi le gouvernement fait- il détruire autant que possible, au dire de Tussac et de sir Schomburgk, cet arbre dont le fruit et le feuillage sont aussi agréables à la vue que pernicieux pour la santé. Les habitants le connaissent généralement beaucoup mieux et s'en éloignent avec horieur; i'.s le désignent sous les noms d'Arbre-poison, Arbre de mori, Noyer vénéneux, et ils répètent un grand nombre de légendes plus ou moins fabuleuses sur cet arbre, qui l'ut longtemps considéré comme le plus terrible des poisons végétaux. Non-seulement ses feuilles, son fruit, son suc laiteux, passaient pour donner la mort, pour brûler la peau, détruire les yeux ; mais encore, le voyageur imprudent qui s'endormait sous son feuillage charmant ne devait plus se réveiller. Etait-ce une vapour subtile qui s'échappait du Mancenilier pour causer ces accidents formidables? Ou bien fallait-il que la pluie ou la rosée qui avaient séjourné sur les feuilles tombassent en suite sur le corps de l'imprudent pour agirtopiquement, au contact de la peau et de-; muqueuses? Le célèbre Jacquin, dans son voyage aux Antilles, réduisit à leur véritable valeur ces assertions exagérées. Il reçut pendant plusieurs heures, sur le corps presque nu, une pluie violente, traversant le feudiage d'un Mancenilier, et il n'en ressentit aucun mal. C'est qu'il n'y a, en effet, de dangereux dans le Mancenilier que sou latex, lequel ne s'écoule que quand il y a solution de continuité des organes qui le renferment. Et encore faut-il que la plante soit fraîche pour que ce latex conserve toute son intensité d'action ; car son poison s'altère ou disparaît par le fait de la chaleur, de la dessiccation. Il m'est arrivé, pendant près d'un mois, d'étudier sur des échantillons secs les feuilles, les fleurs et les fruits de VHipponiane, de les faire bouillir pour les ramollir, de passer des heures d'étude, le visage penché sur le porte-objet où ces parties étaient déposées, de goûter l'eau dans laquelle elles avaient bouilli, sans avoir éprouvé le moindre accident. Le seul point important, c'est de ne pas manger la portion charnue du l'ruil frais, et de ne pas appliquer sur la peau le latex, qui la brûle à la façon d'iui corps vésicant, et surtout de ne pas laisser couler sur la conjonctive une goutte de ce liquide, qui produit des ophthalmies intenses par son contact. Les sauvasses s'en servent pour empoisonner leurs llèches. D'aille\irs, la médecine et l'industrie peuvent en tirer quelque profit. Il y a beaucoup de caoutchouc dans le latex, mais il est peu exploité. A petite dose, les fruits et le bois sont diurétiques. J^'écorce le bois, sont sudoriiiques, et on les a préconisés contre les accidents syphiUtiques. On s'est servi du suc comme irritant pour le tr.aitement d'ulcères tenaces ou de mauvais.; nature. On dit même qu'avec un extrait de son écorce, on a pu guérir des fièvres intermittentes rebelles. Aux Antilles, on croit que le Bignonia Leiicovylon, vulgairement désigné sous le nom de Poirier, est le meilleur conlrepoisoii du Mancenilier.
Le Maneenilier épineux, nommé par Linné Hippomane spinosa, est une espèce mal connue. On n'a guère de renseignements sur cet arbre américain que la figure qu'en a donnée le P. Plumier (op. cit., t. CLXXl, fig. 1), et celle de la Flore des Antilies de Tussac. L'échantillon de M. épineux, qui existe dans l'herbier du Muséum de Paris, et qui a des feuilles de Houx (d'où le nom de Sapium ilicifotium W., Spec, IV, 515), paraît bien appartenir à une plante du même genre que VH. Mancinella; ma\s ses tleiirs nous sçnt inconnues. Tussac cite cepandant VH. spinosa comme un poison redoutable et comme un remède contre