‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.56Chapitre 49 sur 80 · MANCHOT · texte numérisé non relu

MANCHOT

les fièvres intermittentes quartes. C'est aussi l'extrait de l'écorce qui sert à cet

usage. Ses graines sont purgatives H. Bn.

L.. Gcn. n. 1088. — Lamk, Illustr., t. 793. — A. Juss., Tent. Euphorblac.,h\, \.. i6, fig. 5i. — GuiB., Drog. stmpt., éd. 6, II, 314, dg. 44(j. — Rosentii., Syn. plant, diaphor.., 820. — H. Bâillon, Élud. gén. du groupe des Euphorbiacées, 539, t. 6, fig. 12--0.

MA^'CnOT. Genre d'oiseaux palmipèdes marins, dont l'organisation est Ircsremarquable et dont la chair est comestible. Les caractères du genre sont d'avoir un bec renQé et dilaté à la base de la mandibule supérieure, convexe en dessus; des ailes impropres au vol, réduites à des moignons aplatis ressemblant à des nageoires, pourvues de vestiges de plumes sous forme de squames ; les tarses portés tout à fait en arrière, très-gros, très-courts, très-élargis; quatre doigts, trois antérieurs réunis par une membrane, plus un pouce petit et collé à la partie inférieure du bord.

Ces oiseaux diffèrent des Pingouins, avec lesquels on les a souvent confondus, car ces derniers ont des ailes à rémiges et leurs pieds n'offrent pas de pouce. Les Pingouins habitent les régions boréales et au contraire les Manchots sont des contrées australes dans les mers du Sud.

Buffon a dit que les Manchots sont « le moins oiseaux possible, » et en efi'et leurs mœurs répondent à leur organisation. Ces animaux ont une vie tout aquatique; ils vivent sur mer pendant huit mois de l'année et sou\ent au large, soit gîtes sur un glaçon, soit nageant jusqu'à 130 lieues des côtes. Leurs évolutions sur l'eau ou dans l'eau sont des plus vives : ils nagent le corps submergé, la tête seule en dehors ; ils plongent à de grandes profondeurs et restent longtemps sous l'eau. Quand ils rencontrent un obstacle, ils s'élancent hors de l'eau, et retombent au delà de l'objet qui gênait leur marche.

Si les mouvements de ces oiseaux sent aisés et très-faciles dans l'eau, ils sont au contraire lourds et embarrassés lorsqu'ils sont à terre. Leurs pieds, placés à l'arrière de l'abdomen, les obligent à se tenir debout, le corps vertical, ayant pour point d'appui non-seulement les doigts, mais le tarse entier. Cette altitude et la coloration du corps blanche et noire les a ftiit comparer par les voyageurs à des fdes de petits enfants ayant des tabliers blancs. Du reste, l'indolence de ces oiseaux posés à terre est extrême : ils ne fuient qu'à regret, se laissent approcher de très-près et ne se défendent qu'à coups de bec. Ils pincent fortement ot peuvent enlever le morceau sur une jambe nue. Le cri des Manchots rappelle le braiement de l'âne.

La ponte a lieu vers la fin de septembre ou au commencement d'octobre, dans des trous pratiqués dans le sable, et, pour quelques espèces, sur la roche ellemême. Les œufs ne sont pas nombreux, un ou deux tout au plus. Ce peu de fécondité rapproché des récits des voyageurs, oii il est dit que ces oiseaux sont en nombre prodigieux, prouve leur longévité dans les endroits inhabités dont l'homme ne trouble pas la solitude. Mais déjà les localitées visitées autrefois par Narborough, Drake et par Cook sont moins peuplées: dans quelques endroits ces oiseaux ont presque entièrement dis-paru, et les espèces actuellement existantes finiraient par s'éteindre à la manière du Dronte de l'ile Maurice, si leur habitat glacé et porté jusqu'aux zones polaires australes ne les préservait très-efficacement.

La chair de ces oiseaux offre une grande ressource aux marins dans les mers inhospitalières habitées par les Manchots ; les navigateurs sont unanimes à cet é-gard ; mais les uns lui trouvent le goût de l'oie, d'autres la déclarent médiocre.

MAÎSDRAGOliE (botanique). 483

d'autres enfui la disint musquée et d'un goût de poisson prononcé. 11 s'ugit peut-être d'oiseaux d'espèce et d'âges diflcrents.

L'espèce de iViancliot la plus comumue est le grand jukchot de Buffon [Aptenodytes patagonica Forst., in-ôv, -âvoç sans ailes, Sv-m, plongeur), qui se trouve à lu Terre-de-Feu, aux îles Malouines et à la Nouvelle-Guinée, dont la couleur est d'un blanc ardoisé en dessus, d'un blanc lustré et satiné en dessous, avec masque noir entouré d'une sorte de cravate d'un jaune vif et doré. La fourrure en est estimée. A. Labodlbène.

MANDCnoLRlE [Vojj. GhiiNois (Empire)].

MAMDïOCCA {Voy. Manioc, Manihot).

MAWDiitACiORE {Mandragora T.)- § I- Botanique. Genre de plantes, de la famille des Solanées, que Linné a fait rentrer dans le genre Atropa. Leurs fleurs ont un calice turbiné, à cinq divisions profondis, et une corolle gamopétale, campaïuilée, quinquéfide, plissée dans sa longueur et imbriquée dans le bouton. Les étamines, au nombre de cinq, sont insérées sur la portion inférieure de la corolle ; elles se composent d un filet dilaté à sa base, au-dessus de laquelle il porte une sorte de mancliette de poils nombreux ; après quoi, il se rétrécit et supporte une anthère bilocul.iire, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales. Le gynécée est formé d'un ovaire, dont la portion inférieure est épaissie en un disque glanduleux superticiel, et qui s'atténue supérieurement en un style dont le sommet stigmatifère est renflé en tête. Dans chacune des deux loges de l'ovaire se trouve un placenta épais, adné à la cloison, et niultiovulé. Le fruit est une baie qu'accompagne, à sa base, le calice persistant et à peine accru. La cavité de cette baie est unique, par suite de modifications dans les tissus du placenta et de la cloison ; elle renferme de nombreuses graines réniformes, dont l'embryon arqué est entouré d'un albumen charnu. Les Mandragores sont des plantes herbacées, vivaces, origi naires de l'Europe méridionale. Leur racine est épaisse, charnue, pivotante, souvent bifurquée. Les feuilles forment, sur une tige extrêmement courte, une rosette serrée qui s'étale à la surface du sol ; chacune d'elles est ovale, longuement atténuée à sa base, entière, ondulée. Les fleurs naissent aussi à la surface du sol, portées chacune par un pédoncule plus ou moins dilaté dans sa portion supérieure. Pendant longtemps les botanistes modernes n'ont parlé que d'une .Mandragore, employée en sorcellerie et en médecine ; c'était le Mandragora officinariwi L. Cependant les anciens distinguaient deux Mandragores. « Dioscoride et Pline, dit Fuchs {Hlst. des plantes, 369, ch. 202), mettent deux espèces de Mandragores, à savoir le masle et la femelle. Le masle est blanc, lequel les Grecs appellent (j-ûpiov. De cestui-cy nous baiilons icy le pourtraict (cette figure représente certainement un Mandragora) sans les pommes, toutes foys lesquelles nous n'avons peu rencontrer. La femelle est noire, appelée des Grecs epuîazîa;, pour la semblance des ieuilles. Théophraste toutes foys, au sixième livre de \ Histoire des plantes, second chapitre, semble constituer une troisième espèce de Màdragore, de laquelle le fruict est noir, amassé comme grains de raisin. » Cette dernière description s'applique, sans doute, à la Morelle maniaquedes médecins de ce temps, c'est-à-dire probablement à la Belladone. Mais les deux premières se rapportent à des Mandragores véritables, celles dont Dioscoride « afferme publiquemêt que les pommes des deux premiers Mandragores sont semblables aux moyeux d'œufz, et pâlies. » Toutes les véritables Mandragores d'Europe ont en effet le fruit vert

^86 MANDRAGORE (botanique).

(l'abord, puis jaune à la maturité. C'est ce que l'ou voit très-bien représenté dans le travail spécial que Bertoloni a publié en 1855, àBologne, sous le titre àeCommentarms de Mandrayoris, et dans lequel il établit que la seule espèce de Mandragore admise par Linné peut être décomposée en trois espèces dillérentes, qu'il a nommées Mandragora officinarum, vernalis et viicrocarpa.

I. La Mandragore olllcinale (il/, officinarumh., Spec, 181, (part.); Vis., Vir. bonon.,^. — Atropa Mandragora h. , Spec, eà. 2,259. — Sieth., FI. gjxec, lll, 26, t. 232 (part.) est une plante cultivée en Sicile. On la trouve aussi en Calabre, en Crète, en Cilicie, dans le nord de l'.^frique, dans le midi de la France, et en Espagne. On l'appelle vulgairement, en Italie, Mandragola femmina, et chez nous Mandragore femelle, Main de gloire, Herbe aux magiciens. Sa racine est épaisse, longue, iusiforme, blanchâtre en dedans, noinUre à la surface, entière ou bifurquée, et, dans ce cas, plus ou moins analogue de forme à la partie inférieure du tronc, avec les membres abdominaux de l'homme ; d'où les noms anciens d'.4?ithropomorpkon ou de Semi-homo. Les feuilles sont assez grandes, les extérieures obtuses au sommet, les intérieures aiguës, d'un vert un peu glauque, luisantes en dessus, plus j)àles en dessous, plus ou moins hérissées de poils et ciliées sur les bords, à pétioles allongés. Les fleurs se succèdeni pendant longtemps sur la plante, et ont des pédoncules d'un vert rougeàtrc, dilatés et pentagonaux dans leur portion supérieure. Les corolles sont grandes, trois fois environ aussi longues que le calice, d'un violet pâle. Le fruit est ovoïde-oblong, obtus, avec un petit apicule, égal en longueur au calice qui l'entoure. Sa couleur es( jaune fauve à la maturité, et son odeur forte, mais non désagréable. Bertoloni croit que Matthiole, Lobel, Dodoens, etc., n'ont pas connu cette plante, et que c'est la seule que Linné ait pu étudier et décrire.

II. La Mandragore mâle (Mandragola maschia ou Mêla canina des Italiens), 'nconnue de Linné, est le ^xvSpayôpo(.ç de Dioscoride (lib. IV, cap. 74). Bertoloni l'a nommée Mandragora vernalis. Elle développe, en effet, ses feuilles et ses fleurs au commencement du printemps. Cultivée dans nos jardins, elle y fleurit en mars ou en avril. Sa véritable patrie paraît douteuse; on sait seulement qu'elle existe depuis une haute antiquité dans les jardins d'Italie. Sa racine est semblable de forme à celle de la précédente, mais plus grosse et pâle à l'extérieur (ordinairement d'un blanc sale). Ses feuilles sont bien plus grandes également. Les fleurs sont nombreuses, pressées, à pédoncules d'un vert pâle, plus courts que les feuilles, velus. Leur corolle est d'un blanc verdâtre ou un peu jaunâtre. Les fruits sont beaucoup plus volumineux que ceux de l'espèce précédente, gros comme une pomme d'api, globuleux, lisses, jaunes, dépassant de beaucoup le calice. Linné n'a pas connu cette espèce. Mais c'est celle que Dioscoride a mentionnée, et Fuchs l'a figurée, sans fleurs ni fruits, dans son Histoire des plantes.

m. Bertoloni a observé une troisième espèce, bien distincte, suivant lui, des précédentes, et originaire de la Sardaigne. 11 l'a nommée M. microcarpa. C'est le Mandragola minore des Italiens. Celle-ci a une racine bien plus petite que les précédentes, noirâtre à l'extérieur. Ses feuilles sont étroites, ovales-lancéolées, aiguës ou obtuses au sommet, d'un vert sombre, entières et ordinairement unies, tandis qu'elles sont plus ou moins corruguées dans les deux espèces précédentes. Ses fleurs sont disposées comme celle du M. officinarum.Lenr corolle est deux fois aussi longue que le calice, et d'un violet foncé. Les anthères sont d'un blanc violacé. Le fruit est très-petit, globuleux, apiculé, plus court que le calice au fond duquel il se trouve logé. Telles sont les trois plantes qui paraissent avoir étéindiffé-

MANDRAGORE (emploi médical). 487

remment employées en Italie, comme médicaments ou comme poisons, sous le nom de Mandragore officinale. H. Bn.

TouRNEFORT. Iiist. Reî hcrh., 76, t. 12. (M. vernalis). — J., Gen., 125. — Gartner, De friict., II, 236, t. !51. — Enducher, Gen., n. 5859 ; Enchir., 534. — Duu., in UC. Prodromus,

— GuiD., Brog. simpl., édii. G, II, 494, fig. 509. — Rich. (\), FAém. cVRist. nat. méd., éd. 4, II, 421. — MÉR.et Del., Dict. mat. méd., I, 498. — Cazis, PL médic. buL, éd. 3, 611.

— RosENTfr., Syn. plant, diaphor., 466.

^ 11. Emploi médical. Toutes les parties de la mandragore ont été employées en médecine : les feuilles, les semences, la racine; celle-ci est la partie la plus usitée, sous forme de -poudre. Ces diverses parties peuvent être soumises aux mêmes préparations pharmaceutiques que la belladone. Les feuilles •de mandragore pourraient entrer dans le baume tranquille au même titre que •celles des autres solanées.

Action PHïsioLOGiQut:. Elle est analogue à celle de la belladone, avec laquelle •d'ailleurs la mandr.igorc offre de grandes ressemblances, tant sous ce rapport •que sous celui des effets thérapeutiques, paraissant seulement lui être un peu inférieure en énergie. Ainsi, la mandragore dilate la pupille, provoque la sécheresse et la coustrietion du gosier, et suscite le délire atropique avec ses rêves fantasques et ses hallucinations bizarres. Mais si à trop fortes doses elle produit ces accidents, auxquels s'ajoutent l'agitation et l'iusomnie, à doses modérées elle calme la douleur et apaise l'excitation nerveuse. 11 semblerait aussi que, mieux que la belladone et à l'instar de l'opium, elle provoque le sommeil. A «eltc action hypnotique se joindraient encore des propriétés anesthésiques qui ont ■attiré l'attention des plus anciens observateurs. Il résulta des proprii'l''-; stupéfiantes et délirantes de cette plante qu'elle servit à des buts divers. La magie et ia sorcellerie en usaient ou plutôt en abusaient sur leurs adeptes ou leurs victimes, pour leur communiquer les troubles cérébraux qui les mettaient à leur merci et faisaient ressortir la puissance de leur art pernicieux. Souvent aussi la mandragore entra dans ces breuvages narcotiques destinés à provoquer une léthargie qui allait jusqu'à simuler la mort, pratique périlleuse que certaines œuvres dramatiques ont rendue célèbre. Mieux inspirée, la médecine grecque et romaine tira parti de cette faculté d'engourdir et même d'abolir momentanément la sensibilité pour supprimer la douleur. On trouve, en effet, dans plusieurs passages des ouvrages d'Hippocrate, de Galien et de Celse le conseil d'administrer la mandragore préalablement aux grandes opérations chirurgicales; et ces prescriptions de nos premiers maîtres viennent ainsi, en s'y reliant, devancer les méthodes anesthésiques plus parfaites, conquises par la chirurgie contemporaine {Voy. dans ce Dictionnaire, l'article Anesthésie chikurgicale, aux pages 434 et 455).

Action thérapeutique. Si d'une part, ainsi qu'il a été dit plus haut, Hippocrate, Galien et Celse, d'autre part Dioscoride, et plus tard son commentateur Mattioli, avaient signalé et recommandé la mandragore comme somnifère, narcotique et anesthésique, elle n'était plus au moyen âge qu'une sorte à'Iierbc aux sorciers, et comptait à peine parmi les médicaments. On voit cependant Boerhaave y revenir et l'employer en cataplasmes, bouillie dans du lait, sur les iumeurs scrofuleuses ; Hoff bert et Swediaur la consedlent contre les indurations squirrheuses et syphilitiques ; Gilibert, comme calmant, contre les accès de goutte. Quelques médecins allemands tentent aussi sa réhabilitation. Elle n'en Teste pas moins méconnue et délaissée, et la belladone lui est préférée dans tous

488 MANETTIE.

les cas où néanmoins il n'aurait pas été sans intérêt d'examiner comparativement l'actiou de ces deux plantes congénères. L'étude de la mandragore mériterait donc d'être reprise et sérieusement faite, au double point de vue cliimique et pharmacodynamiquc ; il y a encore d'utiles applications cliniques à en espérer.

Ainsi, de nos jours, en a pensé M. Michéa, qui a expérimenté avec succès la mandragore dans le traitement de l'aliénation mentale. Sur quatre cas, il a obtenu une guérison, et deux améliorations. Il a fait usage de la poudre de la racine, à doses croissantes, jusqu'à un gramme.

Les doses et anodes d' administration de la mandragore sont indiqués comme devant être à peu près les mêmes que pour la belladone ; la (iremière toutefois paraît pouvoir être prescrite à doses supérieures à celles de la seconde. C'est à de nouvelles et précises expériences à les mieux déterminer. Bodard dit que l'écorce est un purgatif drastique et unémétique violent ; il serait donc bon d'en dépouiller la racine avant de la pulvériser.

Les considérations toxicologiqiies relatives à la belladone sont également applicables à la mandragore. Tontes les parties de celle dernière plante possèdent les propriétés toxiques communes aux solanées vireuses ; et ses fiuits notamment, par suite de leur ressemblance avec de petites pommes, ont parfois donné lieu à des empoisonnements accidentels.

BibLiOGnApHiE. — Catelan (L.). Rare et curieux discours de la plante appelée mandragore. Paris, 1659. — Scmmio (J.). De mandragora, disp. philologica. Leipzig, 1051. — Dedsing (A.). Diss. de pumis mandragorœ. Groiiingue, 1859. — Holtzbom (A.). Diss. de mandragora. Upsal, MVti. — Gleditscii (,).-G.). Sur la mandragore, dont l'iiistoire a été l'amilière dans l'antiquité. In Mémoires de l'Académie de Berlin. 1778. — Mkkit et pe Lens. Article ^//-opa mandragora. In Diction, iiniv. de matière médicale, t. I, p. 498. — Michéa. De l'emploi de la mandragore dans l'aliénation 7nentale. In Gazette médicale de Paris, 1854 et Annuaire de thérap. de Boucliardat, 1855, p. 20. D. de Savuînac.

MAI^DRILL. Nom vulgaire d'une espèce de singe du genre Mandrilla {Simia maimon Liim., jeune âge, et Simia mormon, L., adulte), habitant la côte d'Afrique, et surtout la Guinée.

Le mâle a jusqu'à 5 pieds de longueur ; son corps est trapu, les membres robustes ; le pelage d'un gris brun, olivâtre en dessus, blanchâtre en dessous, La face est longue, coupée obliquement, le menton porte une barbiche jaune, les joues sont nues, renflées, à rides profondes, d'un bleu changeant en violet, le nez est d'un rouge vif avec l'extrémité écarlate; les oreilles, les mains et les pieds d'un noir bleuâtre ; les fesses nues, larges, ont une coloration rosée fort vive, à teintes bleues et lilas sur les côtés. L'anus est placé très-haut, les parties génitales sont d'un rouge vif.

Les jeunes et les femelles ont le museau plus court que le mâle et d'un bleu uniforme. Le nez devient rouge chez les jeunes au moment où les canines se développent.

Les Mandrills sont d'un aspect hideux, d'une brutalité et d'une lascivité remarquables. C'est à eux qu'on peut attribuer les enlèvements de négresses dont on parle à propos des Orangs-outans. Ils portent d'ailleurs avec ces derniois et d'autres singes anthropomorphes le nom vulgaire d'hommes des bois [Yoy. Mammifères et SiisGEs). ' A. Laboulbène.

Ai.%i>lETriE. Manettia. Mutis. Genre de Dicotylédones, de la famille des Rubiacées. Aublet avait nommé ces plantf's Nancitœa, mais le nom qui a prévalu est celui de Manettia, sous lequel Mutis les avait désignées. La seule espèce, qui

MANGANÈSE (chimie). 489

mérite l'altentlon du médecin, est le Manettia cordifolia, décrite et figurée par Martius dans son Spécimen materice niedicœ brasiliensis. C'est une plante de la province des Mines et de Villa-Rica, dans le Brésil. Sa tige herbacée est volubile : ses feuilles opposées sont ovales, cordées à la base, aiguës au sommet, finement pubescentes sur les deux faces. Les pédoncules axillaires sont uniflores. Le calice de la fleur a quatre lobes ovales, lancéolés, pubescents ; la corolle est infundibuhiorme, longue d'un pouce, rouge, glabre extérieurement, villeuse à rintérieur : elle porte, insérée à sa gorge, 4 anthères sessiles. Le fruit est une capsule ovale, s'ouvrant de haut en bas en déhiscence septicide.

Les racines du Manettia cordifolia sont ligneuses, de couleur brune. D'après Martius, elles sont émétiques, et leur écorce est usitée dans le Brésil, à la dose de un demi-gros à un gros, contre les hydropisies et la dysenterie.

AuKLKT. Plantes de la Guyane, I, 06, pi. XXVII, — Mutis in Linné. Mantis. 556. — Martius. Specim. mat. medic. brasil. pag. 19, tabl. 7. — De Candolle. Prodr. IV, 363. — Lindlet. Médical Botany. 239. Pu

iiiA:%GAiVATES {Voy. Manganèse).

MAl^GAlXÈSE Mn=28. § I. Chimie. Le manganèse métallique a été isolé presque en même temps par Scheele et par Gahn en 1774. C'est un métal d'un gris blanchâtre ressemblant à certaines fontes de ter; il est cassant, d'une extrême dureté. La lime ne l'attaque pas : il raye au contraire l'acier le mieux trempé ; un fragment à angle aigu coupe le verre comme le ferait un diamant. 11 est inaltérable à l'air humide ; chauffé au contact de l'air, il s'oxyde en se colorant de diverses couleurs comme l'acier. Il n'est pas magnétique. 11 n'entre en fusion qu'aux températures les plus élevées. Sa densité est de 7,20.

Extraction. M. II. Deville l'a obleiiu en traitant le carbonate de manganèse par du charbon de sucre dans un creuset brasqué; on chauffe le mélange dans un feu de forge, à la plus haute température que Von puisse produire. On obtient ainsi un culot de manganèse métallique. Mais le métal ainsi obtenu n'est pas pur; il est combiné à du carbone et constitue ainsi une sorte de fonte de manganèse, dont les propriétés s'écartent sensiblement du manganèse pur.

M. Brunnet a obtenu du manganèse ne renfermant que quelques traces de silicium de la manière suivante : on place, par couches alternatives, deux parties de fluorure de manganèse et une partie de sodium en plaques minces, on tasse avec un j^ilon, on recouvre le tout d'une forte couche de sel marin fondu et pulvérisé, et on finit de remplir le creuset avec des fragments de lluorure de calcium. On chauffe le creuset, muni de son couvercle, au feu de forge. On chauffe doucement d'abord; bientôt la réduction a lieu, elle se manifeste par un sifflement dans la masse, et par une flamme jaune sortant du creuset. On chauffe alors jusqu'au ronge blanc pendant une demi-heure, et on laisse refroidir lentement, en bouchant toutes les ouvertures du fourneau. On casse le creuset et au fond on trouvera un culot de manganèse qui représente à peu près la moitié du métal renfermé dans le fluorure.

Combinaisons du manganèse avec l'oxygène. Les composés oxygénés du manganèse sont nombreux : on en connaît six. La première combinaison, le protoxyde MnO est une base énergiiiue; la seconde le sesquioxyde Mn*0'' est une base très-faible; la troisième est une combinaison des deux premiers oxydes MnO. Mn"^0^ = Mn^O*; la quatrième le peroxyde n'est ni acide ni base ; enfin

490 MANGANÈSE (chimie).

la cinquième l'acide manganiqiie MiiO', et la sixième l'acide permanganique Mn^O^ sont des acides bien caractérisés.

Protoxyde de manganèse MnO. On obtient le proloxyde de manganèse en calcinant au rouge le carbonate de protoxyde dans un tube de verre à travci s lequel on fait passer en même temps un courant de gaz hydrogène sec que l'on continue jusqu'au refroidissement de l'appareil. L'acide carbonique se dégage, et l'hydrogène, en s'opposant à 1>, rentrée de l'air, prévient la suroxydation du produit. On peut l'obtenir plus simplement en calcinant au rouge l'oxolate de manganèse préalablement desséché, dans un tube de verre reposant sur un6 grille. 11 se dégage des volumes égaux d'acide carbonique et d'oxyde de carbone; le résidu est du protoxyde de manganèse pur. Ainsi préparé, il se présente sous la forme d'une poudre vert clair, très-ténue; il se suroxyde facilement, et s'enflamme même quand on le touche avec un corps incandescent, et se transforme en une poudre brune foncée, l'oxyde mangano-manganique MnO. Mn-0'.

En traitant un sel de protoxyde de manganèse par la potasse caustique, on obtient un précipité blanc, l'hydrate de protoxyde de manganèse; mais cet hydrate n'est pas stable; il attire rapidement l'oxygène de l'air, brunit peu à peu et devient hydrate de sesquioxyde.

Le protoxyde de manganèse est une base puissante ; il se combine facilement avec les acides pour former des sels qui, pour la plupart, sont isomorphes avec les sels de fer correspondants .

Sesquioxyde de manganèse Mn^O^. On l'obtient en chauffant l'azotate de manganèse dans une cornue de grès jusqu'au rouge sombre ; c'est une poudre d'un brun foncé. Calciné plus tortement, il prend de l'oxygène et se transforme, comme le peroxyde, en oxyde intermédiaire MnO. Mn^O'\

Le sesquioxyde de manganèse est une base faible et très-peu stable. Mis en contact avec l'acide sulfurique à la température ordinaire., ou au plus à la température de 40 à 50°, il se dissout en donnant une teinte brune à la liqueur. En élevant la température jusqu'à 100°, de l'oxygène se dégage, le sel est transformé en sulfate de protoxyde de manganèse, et la liqueur se décolore.

Oxyde manganoso-manganique Mn'0'=MnO. Mn^O'. Il résulte de la combinaison du protoxyde avec le sesquioxyde de manganèse. H se dissout à la température ordinaire dans l'acide sulfurique en produisant un mélange de sulfate manganeux et de sulfate manganique. Par l'ébullition ce dernier est décomposé, de l'oxygène se dégage, et la liqueur ne renferme plus que du sulfate manganeux. Cet oxyde prend naissance lorsqu'on chauffe au rouge, au contact de l'air, tous les autres oxydes ou acides de manganèse. C'est une poudre rouge brim.

Bioxyde ou peroxyde de manganèse MnO^. Il existe tout formé dans la nature. On le trouve quelquefois cristallisé sous forme d'aiguilles brillantes, quelquefois aussi en stalactites; mais le plus souvent en masses compactes douées de l'éclat métallique, ou en masses ternes dont la couleur varie du noir au brun. On peut l'obtenir pur et anhydre, en chauflaivt graduellement une solution très-concentrée d'azotate de protoxyde de manganèse jusqu'à 150°. Il se dégag des vapeurs nitreuses, et il se dépose une masse d'un brun noir brillant qui constitue le bioxyde anhydre.

MnOAzO'' = MnO^ -+- AzO\

Dans ces derniers temps on a réussi à régénérer le bioxyde en utilisant les résidus de la préparation du chlore. On sait que le chlore se prépare en faisant

MANGANÈSE (chimie). 491

réagir l'acide chlorhydnque sur le peroxyde de manganèse. Il se forme de l'eau, du chlore et du protochlorure de manganèse.

MnO- + 2HC1 + 2110 = MnCl + Cl.

Le résidu consiste donc en une solution de protochlorure de manganèse. On le décompose par de l'hydrate de chaux eu quantité double de celle qu'il faudrait pour opérer la décomposition. Il en résulte du chlorure de calcium et un mélange de chaux et de protoxyde de manganèse.

MnCl + 2 CaO = CaCl 4- MnO + GaO.

On laisse déposer et on décante la solution de chlorure de calcium. Dans le résidu en bouillie on lait passer un courant d'air très-divisé. L'oxygène est absorbé et il se forme une combinaison de chaux et de bioxyde de manganèse, trèslourde et se déposant facilement. Elle peut servir immédiatement en une nouvelle production de chlore en la traitant par l 'acide chlorhydrique. On voit que, de cette manière, une même quantité de peroxyde de manganèse peut servir indéfiniment pour la préparation du chlore.

En n'ajoutant qu'un seul équivalent de chaux au chlorure de manganèse, on obtient du chlorure de calcium et du protoxyde de manganèse hydraté ; ce dernier absorbe encore l'oxygène de l'air qu'on y injecte; mais, au lieu de peroxyde, on n'obtient plus qu'une combinaison de protoxyde avec le bioxyde qui, traité par l'acide clilorhydrique, donnerait beaucoup moins de chlore.

On peut obtenir le peroxyde de manganèse hydraté en faisant passer un courant de chlore dans de l'eau tenant en suspension du carbonate de manganèse très-divisé. Cet hydrate est une poudre d'un brun foncé.

Le bioxyde de manganèse ne joue le rôle ni d'un acide ni d'une base; mais en perdant ou en gagnant de l'oxygène, il peut devenir l'un ou l'autre. Chauffé avec de l'acide sulfurique concentré, il perd la moitié de son oxygène, et il se se forme un sulfate de piotoxyde.

MnO^ 4- SO^'HO = MnO SO' + HO -h 0.

Chauffé a ; rouge sans addition d'acide, il ne perd que le tiers de son oxygène, et se convertit en oxyde intermédiaire MnO. M'O'.

Lorsqu'on le chauffe avec une solution d'acide oxalique, une vive effervescence a lieu, il se dégage de l'acide carbonique, et il reste de l'oxalate de protoxyde de manganèse,

2 (C*0«2H0) -f- 2 MnO* = (C*0''2MnO) + 4C0* + 4H0

Acide oïalique. Bioxyde Oxalatedeman- Acide Eau.

de man- ganè^e. carbo-

ganèse. nique.

Cette dernière réaction peut servir à constater la pureté du bioxyde. On reçoit l'acide carbonique qui se dégage dans une solution de potasse caustique; cette solution pesée avant et après l'absorption, donne le poids de l'acide carbonique dégagé. Le poids, connu, on calcule facilement celui du bioxyde de manganèse auquel il correspond :

2 CO» : MnO' : :p:x.

Acide manganique MnO'. A cause de sa facile décomposition, on n'a pas encore réussi à obtenir cet acide à l'état de liberté, et on ne le connaît qu'en combinaison avec la potasse ou la soude. Le manganate de potasse étant facilement

-492 MANGANÈSE (chimie).

cristallisable, celui de soude, au contraire, étant déliq\iescent, c'est dans le premier de ces sels (ju'il est utile d'étudier l'acide manganique.

Le manganate de potasse se prû'pare en calcinant jusqu'au rouge, dans un creuset, parties égales de potasse caustique et de peroxyde de manganèse en poudre fine. Au bout de trois quarts d'heure on retire le creuset du feu, on coule la matière dans une capsule, et l'on verse de l'eau sur la matière encore chaude. On obtient ainsi une solution d'un vert émeraude très-intense, on la filtre sur un tampon d'amiante placé au fond d'un entonnoir en verre. La liqueur est ensuite évaporée dans le vide de la machine pneumatique, au-dessus d'une cajisule remplie d'acide sulfurique concentré. Ou obtient ainsi des cristaux d'un beau vert de manganate de potasse. Ou dépose ces cristau.x. sur une plaque de porcelaine dégourdie qui absorbe promptement l'excès de potasse mélangé aux cristaux.

Pendant la calcination, une partie du peroxyde de manganèse a cédé de son oxygène à une autre partie, il en est résulté de l'acide m.mganique MnO^ qui s'est combiné à la potasse, et l'oxyde intermédiaire MnO.Mn^O^, que le filtre d'amiante a séparé de la liqueur.

Les cristaux verts de manganate de potnsse se dissolvent sans altération dans une dissolution de potasse caustique un peu concentrée, et se déposent de nouveau par l'évaporation de la liqueur. Mais si on les fait bouillir dans de l'eau pure, la solution devient d'un beau rouge, et il se dépose des flocons bruns d'hydrate de peroxyde de manganèse. Une partie de l'acide manganique a cédé de son «xygène à l'autre, il en est résulté du peroxyde de manganèse et de l'ac'ide permanganique reste combiné à la potasse.

SKO.MnO^

MnO'

2Ko

Ko.Mn^O^

Manganate de

Peroxyde

Potasse.

Permanganate

potasse.

de

manganèse

de potasse.

Cette facile décomposition de l'acide manganique, même combiné à une base puissante, rend impossible l'isolement de l'acide manganique.

La décomposition a encore lieu quand on ajoute un acide à la solution verte de manganate. 11 ne se forme plus alors du bioxydede manganèse, mais du protoxyde qui reste combiné avec l'acide ajouté, et du permanganate rouge de potasse.

5K0.Mn05 + 480^ = MnOSO'H- 5K0.S0^ -h 2mMi\^0\

L'eau pure seule, ajoutée en grande quantité au sel vert, le fait passer au rouge, c'est alors l'oxygène dissous dans cette eau qui a fait passer l'acide manganique à l'état d'acide permanganique. Au contraire un excès de potasse caustique versée dans le permanganate rouge le fait repasser à l'état de manganate vert ; il se dégage alors de l'oxygène. Le passage du vert au rouge et du rouge au vert n'a pas lieu d'une manière brusque; si l'on ajoute les dissolutions altérantes par petites portions, la liqueur, renfermant alors des quantités variables, de manganate et de permanganate, passe par toutes les nuances intermédiaires entre le rouge et le vert, c'est-à-dire par toutes les nuances du violet. Ce sont ces changements de couleurs qui ont l'ait donner au manganate de potasse le nom de caméléon minéral.

Acide permanganique Mn*0^. Nous avons vu qu'en faisant bouillir le manganate dépotasse vert avec de l'eau, on le transformait en permanganate rouge, mais le procédé le plus simple pour préparer ce dernier sel et le suivant ; on introduit dans un creuset de fer 5 parties de potasse caustique qu'on a fait dissoudre dans

MANGANÈSE (cniMtE). 495

la plus petite quantité d'eau possible; d'un autre côté on fait un mélange intime de 5 parties et demie de clilorate de potasse et de 4 parties de peroxyde de aiangaiiôse, le tout finement pulvérisé et on ajoute le mélange à la potasse. On chauffe doucement d'abord pour dessécher la pâte; pendant cette dessiccation il se forme déjà vme partie notable de manganate de potasse, on chauffe ensuite lentement jusqu'au rouge sombre. Après le refroidissement, on pulvérise le produit, et on le fait bouillir avec 200 parties d'eau. La dissolution, qui est maintenant d'un rouge intense, est filtrée à travers de l'amiante, puis, après l'avoir saturée par l'acide azotique étendu, on l'évaporé à une douce chaleur ; par le refroidissement, le permanganate de potasse cristallise. Pour obtenir le sel pur, il faut le dissoudre dans une petite quantité d'eau, et le faire cristalliser de nouveau ; on fait sécher les cristaux sur des briques.

Ces cristaux se présentent sous la forme de longues aiguilles, presque noirs et à reflet métallique; ils sont peu solubles dans l'eau, il faut 16 parties d'eau froide pour eu dissoudre une partie. La solution est d'un rouge pourpre très-intense. La facilité avec laquelle elle abandonne de l'oxygène aux corps qui peuvent s'y combiner, le fait ranger parmi les oxydants les plus puissants; elle oxyde la plupart des matières orgauinues, l'acide sulfureux, l'hydrogène sulfuré, le soufre et le sulfure de carbone, ce dernier corps qui n'est pas attaqué par l'acide azotique fumant, est transformé en acides carbonique et sulfurique.

C'est du permanganate de potasse ainsi préparé que l'on extrait l'acide permangauique. Pour cela, on réduit le permanganate en poudre, et on l'introduit peu à peu dans de l'acide sulfurique refroidi à l'aide d'un mélange réhigérant. L'acide permanganique, mis en liberté, gagne le lond du vase sous la terme d'un liquide brun-rouge foncé, et très-dense. Soumis à un froid de — 20°, il ne se solidifie pas. 11 est très-instable. Il attire l'humidité de l'air en se décomposant. Chauflé au-dessus de 65", il détone avec violence. Ou peut obtenir le même acide en solution dans l'eau, en décomposant ime solution de permanganate de baryte, obtenu, comme nous le dirons plus bas, par de l'acide sulfurique ajouté goutte à goutte. Il se précipite du sulfate de baryte insoluble, et la liqueur décantée renferme l'acide permanganique ; cette dissolution est d'un beau rouge, mais elle se décompose promptement, même à froid.

Permanganates me'talliqties . Nous venons de voir la préparation et les propriétés du permanganate de potasse ; la plupart des autres permanganates peuvent être préparés de la manière suivante. Dans une dissolution chaude de permanganate de potasse, on verse une solution de nitrate d'argent, il se forme, par double décomposition, du nitrate de potasse et du permanganate d'argent ; ce dernier se dépose, par le refroidissement de la liqueur, en beaux cristaux peu solubles. Un poids connu de permanganate d'argent est ensuite broyé avec une solution concentrée de chlorure, du métal que l'on veut transforiiier en permanganate, et pris en quantité telle, que le chlore qu'il renferme transforme exactement l'argent du permanganate en chlorure d'argent ; on sépare ce dernier j ar filtration sur de l'amiante, et on concentre la solution dans le ^ide. Le permanganate cristalhse après l'évaporation de l'eau.

Combinaison du manganèse avec le soufre. On ne connaît que le protosulfure. On le prépare en chauffant du peroxyde de manganèse avec du soufre, de l'acide sulfureux se dégage.

MnO^ -+- 2S = MnS -^ SO».

494 MANGANESE (chimie).

Vers ]a fin, la chaleur doit être poussée jusqu'au rouge sombre pour chasser l'excès du soufre.

On peut l'obtenir à l'état d'hydrate en précipitant un sel de protoxyde de manganèse par un monosulfure alcalin. Il se forme un précipité, couleur de chair, que l'on lave cl que l'on fait sécher. Le protosulfure de manganèse se dissout dans les acides étendus avec dégagement d'acide suif hydrique.

Chlorure de manganèse. On peut obtenir le protochlorure de manganèse en traitant le carbonate de manganèse par l'acide chlorhydrique , mais il vaut mieux utiliser les immenses quantités de ce chlorure qui restent comme résidu dans la fabrication du chlore. Zn chauffant le peroxyde de manganèse avec de l'acide chloihydrique, il se dégage du cldore, et il se forme du protoxyde de manganèse. On le débarrasse du perchlorure de fer qui se forme en même temps (le peroxyde de manganèse contient toujours une quantité plus ou moins grande de peroxyde de fer) ; on évapore la solution à siccité, pour éliminer l'excès d'acide chlorhydrique; on reprend par l'eau; puis on fait bouillir la solution pendant quelque temps avec un peu de carbonate de manganèse. L'acide carbonique se dégage, et le protoxyde de manganèse déplace le peroxyde de fer pour former du protochlorure de manganèse. Le peroxyde de fer se précipite.

Le protochlorure de manganèse cristallise en lames quadrangulaires renfermant tpiatrc équivalents d'eau de cristallisation. Soumis à une température élevée, il perd son eau et éprouve la fusion ignée. C'est un sel blanc, styptique, déliquescent, par conséquent Irès-soluble dans l'eau, soluble aussi dans l'alcool; la solution alcoolique brûle avec une flamme rouge scintillante.

SesquicJilorure. On l'obtient en traitant à froid l'hydrate de sesquioxyde de manganèse par l'acide chlorhydrique étendu. La solution est rouge, A chaleur la décompose, du chlore se dégage , et il reste du protochlorure incolore.

Bromure etiodure de manganèse. On peut les obtenir par double décomposition. On fait dissoudre dans la plus petite quantité d'eau possible un mélange d'équivalents égaux de sulfate de protoxyde de manganèse et de bromure ou d'iodure de potassium. Eu ajoutant son volume d'alcool à la solution, le sulfate de potasse se précipit3, et dans la liqueur il ne reste que du bromure ou de l'iodure de manganèse, qui se dépose, cristallisé, par l'évaporation du hquide.

Sulfate de manganèse. On retire le sulfate de protoxyde de manganèse des résidus de la préparation de l'oxygène par le protoxyde de manganèse et l'acide sulfurique. Ces résidus renferment le sulfate de manganèse, toujours accompagné de sulfate de peroxyde de fer; on traite par l'eau, on fdtrc et on fait bouillir la dissolution avec un peu de carbonate de manganèse ; tout le fer se précipite à l'état de peroxyde. On peut encore le préparer en traitant le carbonate de manganèse par l'acide sulturique étendu.

Le sulfate de manganèse cristallise avec des quantités d'eau de cristallisation^ et sous des formes cristallines différentes, suivant la température à laquelle la cristallisation a lien. Ainsi, les cristaux qui se déposent entre 0 et 7", renferment 7 équivalents d'eau de cristallisation et ont la forme de prismes rhomboïdaux obliques Ces cristaux sont roses et isomorphes avec le sulfate de fer. Les cristaux qui se déposent entre 7 et 20" renferment 5 équivalents d'eau. Dans cet état, ils sont plus pâles, et sont alors isumorphes avec le sulfate de cuivre. Déposés entre 20 et 30°, ils renferment 4 équivalents d'eau et ont la forme de prismes rhomboïdaux droits ; ils sont alors presque incolores.

Azotate de manganèse . Le protoxyde de manganèse se combine facilement

MANGANÈSE (pharmacologie). 4<j5

avec l'acide azotique ; Tazotate qui résulte de la combinaison est très-soluble et difficilement cristallisable. Le sesqûioxyde est transformé par l'acide azotique, en protoxyde, qui se dissout, et en peroxyde, qui se précipite.

Carbonate de manganèse. 11 se rencontre dans la nature, sous forme de rhomboèdres très-semblables à ceux du spath d'Islande. Il a toujours une teinte io<ée plus ou moins prononcée, souvent il présente un éclat nacré. On peut l'ob- (enii'par double décomposition, en précipitant le chlorure ou le sulfate de pro- I loxyde de manganèse par une dissolution de carbonate de i^ouc!e. C'est une poudre blanche, légèrement rosée, insoluble dans l'eau, soluble dans l'eau chargée d'acide carbonique. Exposé à une température élevée, au contact de l'air, il abandonne son acide carbonique, attire l'oxygène et se transforme en oxyde intermédiaire :

Mn.O.Mr^OS.

Chauffé à l'abri de l'air, il perd encore son acide carbonique, et il reste du protoxyde de manganèse.

Caractère des sels de protoxyde de manganèse. Les sels de protoxyde de manganèse sont d'un blanc d'autant plus rosé qu'ils renferment plus d'eau de cristallisation. La potasse et la soude caustiques produisent dans leur dissolution un précipité blanc d'hydrate de protoxyde, qui attire promptement l'oxygène de l'air et devient brun foncé. L'ammoniaque produit, dans les sels neutres, le même précipité, mais la moitié seulement de l'oxyde de manganèse est éliminée, l'autre moitié forme, avec le sel ammoniacal formé, un double sel, sur lequel un excès d'anmoniaque n'a plus d'action.

Les sels de manganèse avec excès d'acide, ne sont pas précipités par l'ammoniaque. Le précipité d'hydrate de protoxyde est soluble dans un excès d'ammoniaque tant que l'oxygène n'a pas exercé son influence sur lui. La solution ammoniacale étant exposée à l'air, il y a absorption d'oxygène, et le manganèse finit par se précipiter complètement à l'état d'hydrate de sesqûioxyde. Les carbonates alcalins produisent dans les sels de protoxyde un préci[iité d'un blanc sale, insoluble dans un excès de réactif. Le ferrocyanure de potassium produit un précipité blanc rosé. L'hydrogène sulfuré est sans action sur les sels de manganèse. Les monosulfures alcalins les précipitent, au contraire, en couleur de chair. Cette dernière réaction est caractéristique. Toute substance renfermant du manganèse, sous quelque forme que ce soit, calcinée au contact de l'air avec un excès de potasse caustique laisse un résidu de caméléon minéral facile à reconnaître.

Ldtz.

§ II. Pharmacologie. On peut établir deux Sections dans la série des composés du manganèse employés en médecine.

Dans la première, se trouvent les composés qui, primitivement, paraissaient suffire pour des cas. d'ailleurs assez restreints.

Dans la seconde, viennent se placer des préparations très-nombreuses, suggérées par le perfectionnement des manipulations chimiques et surtout par les applications nouvelles du manganèse à la thérapeutique dans ces vingt dernières années.

Parmi les jjremiers composés sont :

Le bioxijde ou peroxyde de manganèse. 11 ne faut employer, dit le Codex, que celui qui est en masses composées d'aiguilles brillantes d'une couleur gris d'acier.

496 MANGANESE (pharmacologie).

Le sulfate de manganèse. Le Codex conseille de le préparer en faisant réapir le sulfate ferreux sur le bioxyde de manganèse.

Le chlorure de manganèse {mnriate, hydrochlorate de manganèse; hjdrochlorate de protoxyde de manganèse). Sel rosé, cristallisé m lames quadrilatérales, contenant 5 pour 100 d'eau, déliquescent, très-soluble dans l'eau et djiis l'alcool. On évapore pour faire cristalliser (Soubeiran).

Dans le second ordre de composés, nous iniliquerons :

Le carbonate de manganèse. C'est, dit avec raison Soubeiran, le composé nianganique le plus avantageux pour l'emploi médical. 11 est insipide, se dissout dans les acides de l'estomac, et se conserve parfaitement, n'étant pas oxydable au contact de l'air comme le ]irotocarbonate de fer.

Les pilules de carbonate ferro-manganeux . P.r. : sulfate ferreux cristallisée pur, 75 ; sulfate manganeux cristallisé pur, 25; carbonate de soude cristallisé, 120 ; miel fin, 60; eau, q. s. F. S. A. (même mode de préparation que pour les pilules de Vallet) des pilules de 20 centigramuies cbacune.

En outre de ces pilules, M. Burin du Buisson prépare un saccharure et un chocolat au carbonate ferromanganeux.

La poudre pour eau gazeuse. Bicarbonate de soude, 20 ; acide tartrique, 25 ; sucre pulvérisé, 55 ; sulfate ferreux, 1 ,50 ; sulfate manganeux, 0,75. Mêlez avec soin et enfermez dans des flacons bien bouchés. On met une cuillerée à café de cette poudre pour chaque verre d'eau et de vin que l'on boit aux repas (Pétrequin).

Le lactate de manganèse. On l'obtient en traitant une solution de sulfate de manganèse par du lactate de soude ou du lactate de chaux. Le précipité est lavé à l'alcool et séché. 11 se présente sous forme de plaques cristallines, légèrement colorées en rose, assez solubles dans l'eau bouillante et très-peu solubles dans l'eau froide (Dorvault).

Le lactate de fer et de manganèse, plus employé que le précédent, peut s'obtenir directement ou par simple mélange des deux sels. 11 est en plaques jaunes rougeàtres.

Le sirop de lactate de fer et de manganèse. Lactate ferromanganeux, 4 ; sucre en poudre, 16. Triturez ensemble, et ajoutez eau distillée, 200. Dissolvez rapidement ; versez la liqueur dans un matras au bain-marie, contenant sucre cassé, 384. Filtrez après solution. Ce sirop contient environ 15 centigrammes de lactate de fer et 5 centigrammes de lactate de manganèse par oO grammes. On en prend une ou deux cuillerées par jour (Burin du Buisson, Pélrcquin).

Les pastilles de lactate ferromanganeux. Lactate de fer et de manganèse, 20; sucre fin, 400; eau, q. s. Faites des pastilles à la goutte de 5 centigrainmes (Burin du Buisson). Six à huit par jour, à l'instar des pastilles de Gélis et Conté (Pétrequin).

Liodurede manganèse. Burin du Buisson le prépare en décomposant une solution d'iodure de baryum par du sulfate de manganèse. Deschamps, d'A vallon, le prépare en traitant du carbonate de manganèse hydraté par de l'acide iodhydrjque. Ce procédé est celui adopte par Hannon pour la préparation du sirop d'iodure manganeux. Pr. carbonate manganeux, 4 grammes; dissolvez dans s. q. d'acide iodhydrique, et mêlez le soluté à 550 grammes de sirop de gayacetde salsepareille. Deux à six cuillerées par jour.

L'iodure manganeux, sous forme de cristaux blancs (Burin du Buisson} ou roses (Deschamps, d'A vallon), est un sel très-altérable et d'une conservation difficile, analogue en tout, du reste, à l'iodure ferreux.

MANGANÈSE (TiiÉr.APEUTiQOE). 497

h'iodure ferromanganeux. Burin du Buisson, procédant belon la formule de Diipusiiuier pour l'iodure de fer, compose un soluté officinal d'iodurc ferromanganeux qui contient un tiers de son poids de proto-iodure de fer et de manganèse; ces deux s. Is s'y trouvent environ dans la proportion de 3, iodure ferreux, et 1 , iodure manganeux. Ce soluté sert à la préparation du sirop et des pilules ci-dessous :

' Le sirop d'iodure ferromanganeux. Soluté officinal d'iodure ferromanganeux, 6; sirop blanc, 294. Mêlez. 50 grammes de ce sirop contiennent '20 centigrammes de proto-iodure ferromanganeux. M. Pétrequin en donne une ou deux cuillerées par joiu\

Les pilules d'iodure ferro-manganeux. Soluté officinal, ut supra^ 1 6 ; miel, 5; poudre absorbante, 9,5. F. S. A. une masse pilulaire, dont les portions divisées par le pilulier, comme ensuite les pilules elles-mêmes, sont roulées dans du fer réduit par l'hydrogène; on termine par un enrobage au baume de Tolu, selon le procédé de Blancard pour les pilules d'iodure de fer. On fait ainsi cent pilules, dont chacune contient environ 5 centigrammes d'iodure ferromanganeux. Pétrequin en prescrit deux à quatre par jour.

Le protoxyde de manganèse ou oxyde manganeux, le phosphate de manganèse, le citrate de manganèse, le citrate de fer et de manganèse, le tartrale de manganèse, le malate de manganèse, le valérianate de manganèse, objets de divers essais, sont moins employés que les composés précédents, et il suffit en conséquence de les mentionner.

Enfin le permanganate de potasse. 11 s'emploie en solution aqueuse, pour hquelle il importe de faire exclusivement choix de l'eau distillée. Ce sel, en effet attaque fortement toutes les matières organiques et est de même décomposé par elles ; il y a donc incompatibilité entre toutes préparations de substances organiques, infusions, décoctions, etc., et ce sel, dont la solution ne doit pas même être . filtrée au papier, mais seulement, s'il y avait lieu, à travers du verre pilé, un sable quartzeux ou de l'amiante. On évitera notamment l'adjonction à toute solution de permanganate de potasse, de la glycérine, une vive réaction, avec projection et inflammation, résultant du contact de ces deux substances (Stan. Martin, Bidl. gén. dethérap., 1864, t. LXVI, p. 405).

Solution de permanganate de potasse de Demarquay, Permanganate de potasse, 1 ; eau distillée, 1000.

Ce sel, pour l'emploi thérapeutique, doit être chimiquement pur ; déjà irritant par lui-même, il le devient d'autant plus qu'il a été imparfaitement préparé.

§ III. Tiiérapentique. I. HISTORIQUE. Le peroxyde de manganèse était connu <le toute antiquité ; il est indiqué par Pline sous lenom de lapis magnes, autrement dit pierre magnétique ou aimant, et confondu par lui avec le véritable aimant ou fer magnétique ; il en mentionne l'emploi dans la fabrication du verre (liv. XXXVl, 1), [pratique fort ancienne, comme on le voit ; nmis il n'est pas question dans cet auteur 'de son emploi en médecine. Les peintres de l'antiijuité l'ont utilisé, d'après H. Davy i Transactions philosophiques, 1815). Plus tard el pendant bien longtemps le miserai de manganèse était aussi désigné sous le nom de magnesianigra, magnésie iiioire. L'erreur des anciens naturalistes qui n'y voyaient qu'une variété de fer magnétique fut rectifiée seulement en 1774, par Scheele, qui y reconnut un oxyde métallique particulier. Peu après et dès la même année, Gahn en relira et isola le manganèse; mais auparavant, dit-on, Gromstedt avait soupçonné l'existence de ce métal. A la fin du dernier siècle et ar. commencement de celui-ci, les prépa-

wcr. ENc. 2* s. IV. * 32

498 MANGANÈSE (thérapeutique).

rations de manganèse commencent à être employées en médecine, d'abord pour l'usage externe, puis pour l'usage interne. Bréra, en Italie, devançant les applica tions spéciales qui devaient en être faites de nos jours, se sert du peroxyde de manganèse, dès 1822 et 1825, contre la diarrhée atonique {Saggio clinico suW iodio), puis comme emménagogue et anticlilorotique [Voy. ionrdan , Pharmacopée universelle, 2" éd., 1840, t. II, p. 9). Cette initiative avait été peu remarquée et restait sans imitateurs, lorsque, de 4848 à 1850. M. Hannon, professeur à l'université de Bruxelles; en 1850 et 1851, M. Pétrequin, professeur à l'École de médecine de Lyon, et M. Burin du Buisson,' pharmacien à Lyon, donnèrent à la double question de l'emploi du manganèse en thérapeutique, et de son rôle comme élément des principes immédiats de l'organisme, une importance toute nouvelle.

Le point de départ de la question se trouvait, en effet, dans les récents travaux d'hématologie. La présence du manganèse sur divers points de l'organisme, dans les os, l'épiderme, les poils, avait été signalée par Fourcroy, Vauquelin, Burdach^ de Bibra, Marchand : Berzelius l'avait trouvé dans les os, le suc gastrique, le lait; John, Lassaigne, de Bibra, dans l'urine. Son existence dans le sang pouvait donc se présumer; eu 4850, Wurzer la démontre; en 1844, Marchessaux la constate également [Anatomie générale, p. 159); en 1848, Millon annonce à l'Institut qu'il a reconnu et dosé, dans le sang, non-seulement le manganèse, mais, en moindre proportion, de la sihce, du cuivre et du plomb [Comptes rendus des séances de l Académie des sciences, t. XXVI, p. 41). L'analyse de Millon est vivement critiquée par Melscns, qui conteste l'existence normale, dans le sang, des métaux signalés par Millon [Annales de chimie et de physique, 5^ série, t. XXIIK p. 358). Alors Wurzer, revenant sur ses premières expériences, reconnaît de nouveau et maintient la présence du manganèse dans le sang [Gazette médicale de Strasbourg, 1849, p. 177). Deschanips, d'Âvallon, soutient la même opinion, ainsi que Malaguli, Durocher et Sarzeaud, qui décèlent dans les êtres organisés, non-seulement le cuivre, le plomb, le manganèse, mais encore l'argent [Comptes rendus de ÏAcad. des sciences, t. XXIX, p. 780, ei Annales de chimie, 5^ série, t. XXVIII, p. 129). L'une des pièces les plus importantes du procès, lemémoire de M. Hannon, conclut à la démonstration de l'élément manganique du sang, ainsi que les observations de Martin-Lauzer [Gazette méd. de Paris, 1849, p. 753), et les études et recherches de Pélroquin et Burin du Buisson. Mais, à côté même des défenseurs les plus persistants de la cause du manganèse, M. Bonnewyn, à Tirlemont, ne peut, dans cinq analyses minutieuses de sang humain, déceler ce métal (Victor Guibert, Hist. des nouv. médicaments, Bruxelles, 1860); et M. Glénard, professeur de chimie à l'École de médecine de Lyon, dans quarante analyses de sang, dit n'avoir rencontré qu'une seule fois le manganèse [Gazette méd. de Lyon, et Journal depharmacie, 1854). Faut-il donc, ainsi que le pense M. Glénard, ne considérer le manganèse que comme un élément accidentel du sang (comme le sont probablement le cuivre, le plomb et l'argent) ; ou faut-il se rendre aux opinions, si habilement déduites, de M. Pétrequin, s'appuyant d'ailleurs sur les expériences de MM. Lecanu et Lhéritier, d'après lesquelles les oxydes de fer et de manganèse seraient en proportion constante dans l'hématosine? Il est si habituel de rencontrer, l'un à côté de l'autre dans la nature, le fer et le manganèse, que l'on se sent disposé à pencher en faveur de ceux qui soutiennent l'existence en commun, quoique en proportions très-différentes, de ces deux métaux dans les globules sanguins. Mais encore est-il à désirer que le tait soit pé-

MAISGA.NÉSE. 40ft

rcmj)loiremcnt ut tléfiiiitivemeiit élucidé. Selon la teneur de la décision scienlifiquc à col égard, le rôle du niangunèse en thérapeutique sera dilléremnieiit interprété.

II. Action physiologique. Même dans les travaux modernes où l'on s'est le plus occupé des applications cliniques des préparations de manganèse, leur action physiologique a été peu ou point étudiée. On leur attribue généralement des propriétés toniques et stimulantes, comparables à celles des préparations lérrugineuses, et encore ne serait-ce que par les effets thérapeutiques qu'on les aurait

'constatées. Les composés insolubles paraissent pouvoir se dissoudre dans les acides de l'estomac et se prêter facilement à l'absorption. Leur action locale semble être un peu excitante, du moins celle du peroxyde, si l'on en juge par les effets qui résultaient lorsque celui-ci était appliqué sur les plaies ou employé au pansement des dartres. Peut-être aussi ce peroxyde peut-il agir, soit en cédant de l'oxygène, soit en absorbant les acides, se comportant ainsi à l'instar de la magnésie, avec laquelle du reste il a été parfois associé dans cette intention, contre le pyrosis et les dyspepsies flatulentes. Les composés manganiques solubles sont dissolvants, détersifs, un peu irritants et le desiendraient beaucoup si l'on en exagérait la dose ou si l'on n'étendait pas suffisamment leur dissolution. C'est ce dont on a pu s'assurer, par exemple, dans les essais récents d'emploi extérieur dont le sulfate de manganèse et le permanganate de potasse ont été l'objet. Pur ou en solution concentrée, ce dernier sel agit même comme caustique. Enfin le manganèse tend à produire des effets purgatifs, contrairement au fer; en outre, les sels solubles de fer sont astringents et coagulants, tandis, comme nous le disions plus haut, que ceux de manganèse sont fluidifiants. Prenons donc garde que l'on ne se soit trop préoccupé aujourd'hui des analogies thérapeutiques de ces deux métaux sans remarquer assez leurs dissemblances.

III. Action thérapedtique. Ce fut sous l'influence d'idées chimiatriques que le bioxyde de manganèse s'introduisit dans la thérapeutique interne. La facilité avec laquelle il cède de son oxygène avait fait supposer qu'il pouvait modifier certaines maladies inflammatoires oîi domine l'élément putride.

Kapp en fit usage dans la syphilis, tant en pommade dont il se servait comme de l'onguent mercuriel, qu'en gargarismes et à l'intérieur sous forme de pilules. Les succès qu'il dit en avoir retirés furent-ils de même nature que ceux que Ion obtient par le fer contre les formes cachectiques de cette maladie ? A la rigueur on pourrait admettre cette analogie, mais non une action spécifique comparable à celle du mercure.

La thérapeutique externe tira-t-elle un parti plus positif de l'emploi du bioxyde de manganèse? On en peut douter d'après l'abandon qui en fut bientôt fait. Si Grille prétendit que, à la mine de manganèse de Màcon, la gale était inconnue parmi les ouvriers et que les galeux venaient s'y guérir, si Morelot et Jadelot assurèrent que les dartres et la teigne elle-même étaient heureusement modifiées par des pommades au peroxyde de manganèse, Alibeit {Élém. de mat. méd. et de thérap.) déclare que, après des expériences très-suivies, il n'a pu obtenir les mêmes résultats.

L'acétate et le chlorure de manganèse lurent employés, en gargarisme, contre les aphthes. Le second de ces sels fit partie de mélanges purgatifs.

Mais c'est dans le sulfate de manganèse que réside au plus haut degré une propriété purgative, qui paraît avoir été pour la première fois bien constatée par Gmelin. Ce sel détermine surtout des évacuations bilieuses. Il suffit d'en près-

500 MVNGANESE.

crire 4 grammes ; et si l'on peut aller jusqu'à 8 ou 1 0, il faut se défier de l'exemple de Thompson, qui prescrivait ce sel depuis J5 jusqu'à 30 grammes. On a vu une dose de 1 ou 2 grammes déterminer de la diarrhée et des coliques chez certains sujets. Quant aux doses exagérées de ce sel, elles provoquent, aiiisi que l'a dit Gmclin, une vive iriitation des voies digestives avec accompagnement de graves iiccidents toxiques. C'est donc là un purgatif cliolagogue oublié et négligé à tort, mais dont il faut user avec ménagement. Je l'ai vu autrefois employé avec avantage par l'un de mes anciens maîtres, le D'' Quoy, alors professeur de clinique médicale à l'école de Brest ; il le prescrivait à la dose de 4 grammes seulement, souvent en dissolution dans une infusion de séné. Pour ne pas rompre l'ordre historique, nous remettons à parler plus loin de l'emploi de ce sel à Textérieur.

Autant vaut dire que les préparations de manganèse étaient à peu près inusitées, au point qu'il en était peu ou pas question dans les traités de matière médicale, lorsque MM. ïlannon, Pélrequiu et Burin du Buisson vinrent les préconiser dans le traitement de la chlorose, des anémies, des cachexies, en un mot dans celui des diverses maladies oiî il y a lieu d'opérer la régénération du sang et d'accroître l'énergie des fonctions vitales. Se fondant sur les études d'hématologie que nous avons dû résumer succinctement plus haut, comme point de <lépart et justification de l'emploi thérapeutique du manganèse, ces expérimentateurs crurent doter la médication tonique et reconstituante d'un agent, qui, dans des cas donnés, allait lui imprimer une nouvelle efficacité. Reprenant en même temps l'étude de la chlorose, M. Hannon établit que cette maladie revêt trois formes, selon que l'organisme pèche par la diminution du fer, du manganèse, ou de ces deux métaux à la fois. Et il s'efforçait même de tracer la distinction symptomatique de ces trois formes, à chacune desquelles aurait correspondu l'indication de l'emploi isolé de l'un ou l'autre de ces deux métaux, ou de leur emploi simultané.

M. Pétrequin du moins ne suivit pas M. llannon sur ce terrain spéculatif; il jugea le manganèse comme pouvant diminuer, dans l'organisme, en même temps que le fer, au furet à mesure de la diminution des globules du sang, la proportion de chaque élément métallique étant supposée rester la même dans chaque globule ; et, pensant alors qu'il était rationnel, pour régéîiérer ces globules, d'apporter à l'organisme du manganèse aussi bien que du fer, il considéra le premier comme l'adjudant du second, et les associa l'un à l'autre dans ses formules pharniacologiques. Ce point de vue, cette façon d'agir étaient plus conformes aux données de l'observation. La distinction d'une chlorose ferrique et d'une chlorose manganeuse est impossible en clinique, si même elle n'est pas inadmissible en théorie. Néanmoins il n'était pas sans intérêt de vérifier si le manganèse, seul et par lui-même, avait les propriétés toniques, excitantes, reconstituantes, et toutes autres qualités voulues pour réformer la dyscrasie sanguine et relever les fonctions alanguies dans les chloroses et les anémies. C'est ce que nous avons expérimenté, en feisant choix des anémies les plus prononcées, telles que celles qui s'étaient longuement établies sous l'influence énervante des pays chauds ; et jamais, par l'emploi du manganèse seul, nous n'avons obtenu de résultats satisfaisants. Toutefois, une observation contraire aux nôtres a été produite par Henri Gintrac, qui par l'administration du sulfate manganeux seul, progressivement porté jusqu'à \ gramme par jour, après insuccès de tous autres remèdes, a triomphé d'une grave cachexie paludéeane, avec hydropisie, importée d'Algérie. Pour nous ce succès est une exception, et le manganèse est incontestablement

MA^;GA^ÈSE. ^oi

inférieur au fer comme tonique et reconstituant; il est au surplus, à ce titre, généralement abandonne aujourd'hui conmie moyen isolé. Mais n'en reste-t-il pa5 moins un nd.jiivant réel du fer, et quel est le degré d'eflicacité des préparations ferro-niangani(iues ?

L'expérimentation ne leur a pas manqué. Indépendamment des très-intéressants travaux de leurs préconisât eurs, de nombreuses observations ont été produites à leur sujet {Voy. le résumé de ces observations et les noms de leurs auteurs dans le mémoire de M. Burin du Buisson, De la présence du manganèse dans le sancj et de sa valeur en tlérapeutiqne, Paris-Lyon, 1854). On les a recommandées particulièrement dans les cas oîi le fer seul avait échoué ; mais quelques observateurs vont jusqu'à les mettre, en toute occurrence, au-dessus des préparations qui ne contiennent que du fer. Cependant elles ontassez peu prévalu dans la pratique, et les remèdes exclusivement ferrugineux ont contmué à leur è!re préférés. Elles n'en méritent pas moins ds rester inscrites dans nos formulaires ; l'idée en est rationnelle; et si l'on a peut-être parfois surfait leur vertu, il n'en paraît pas moins acquis qu'elles ont été une ressource chez quelques sujets soumis infructueusement à d'autres modes de médicamentation. Nous croyons que les préparations feno-nianganiques, surlout celles qui contieiment du sulfate de manganèse, conviendront spécialement chez les sujets que le fer constipe obstinément, de même que chez les chlorotiqucs les plus disposés, comme cela a lieu. si souvent, à la constipation. Ainsi encore là oii le fer réveillerait ou susciterait des douleurs gastralgiques, l'adjonction du manganèse pourrait prévenir cet accident, et même le manganèse pourrait être exclusivement invoqué dans certains cas analogues à ceux dont nous allons parler.

Le docteur Arthur Leared, à Dublin, a récemment appliijué le bioxyde de manganèse à une certaine forme de dyspepsie douloureuse, se manifestant peu après l'introduction des aliments dans l'estomac. Ce médicament lui a généralement réussi, mieux que le carbonate de fer et le sous-azotate de bismulh en pareil c.is, avec l'avantage en sus de ne point provoquer ou entretenir la constipation comme le font ces deux dernières préparations [Médical circular et Dublin médical Press, janvier 1844. Bidl. gén. de thérapeutique, 1864, t. LXVI, p. 577). A son exemple, le D'' Goddard Rogers, à Londres, a .usé du mémo moyen, en l'étendant à d'autres lormes de gastralgies, quelques-unes avec vomissements, et les mêmes succès ont suivi ce mode de traitement [Lancet, mars 1864. Bull, gén. de thérapeutique, 1864, t. LXVII, p. 41). C'est donc un nouveau médicament à essayer contre les affections nerveuses de l'estomac, surtout si elles se lient à un état chloro-anémique. Le bioxyde de manganèse était administré à la dose de 50 à 60 centigrammes, trois fois par jour, avant les repas.

Une autre apphcation nouvelle du manganèse a été faite par le D' Hoppe ; il s'agit ici du sulfate et de son emploi externe, sous forme de pommade : sulfate de manganèse, grammes, 4 ; axonge, 50 ; préparez par solution. Pour M. Hoppe, c'est un résolutif préféra! de à la pommade iodée, particulièrement dans les cas où domine un certain degré de racornissement des produits fibreux, comme dans les anciens engorgements glandulaires, et dans les cas de roideur persistante après la guérison des affections articulaires, lésions traumatiques, arthrites rhumatismales et goutteuses. Sont cités encore comme ayant été favorablement modifiés parce moyen, di's gonflements scrofuleux, des épi[)hyses, des os longs, des engorgements des glandes cervicales, salivaires, mammaires, le goitre, l'hypertrophie du foie. Les frictions avec la pommade au sulfate manganeux provoquent

parfois une éruption pustuleuse, pouvant même apparaître lom du lieu de l'application de la pommade, comme pour la pommade stibiée, éruption considérée par Hoppe plutôt nuisible qu'utile, sauf dans les cas d'engorgements ganglionnaires et glandulaires. Lorsqu'on veut obtenir des pustules, on porte la dose du suUate de manganèse à 6 grammes pour 50 d'axonge {Wûrt. Corr.-Blatt. et Med. chirurg. Monatsb., mai 1857. Bull. gén. de thérap., 1857, t. LUI, p. 257).

Le permanganate de potasse diffère par son mode d'action des autres composés de manganèse. Il agit par la vivacité d^' ses r'actions sur les substances organiques qu'il décompose en se décomposant lui-même en partie ; de là sou enq^loi pour dénaturer les matières putrides et annuler leur fétidité. Il était depuis quelques années déjà employé conmie désinfectant par les Américains, les Anglais, les Allemands, lorsque, en 1860, Demarquay l'introduisit en France au même titre. Son efficacité est en effet remarquable, et se constate par la disparition soudaine de l'odeur fétide des plaies et des divers produits de sécrétion morbide ou d'altération organique ; en même temps les surfaces suppurantes se modifient et tendent à la cicatrisation. Demarquay, qui le considère comme le désinfectant par excellence et qui l'a exclusivement adopté comme tel dans sa pratique, l'a employé et l'em.ploie journellement dans les circonstances les plus variées, plaies de mauvaise nature, affections gangreneuses et diplithériques, scrofules et cancers ulcérés, ozène, sueurs fétides, catarrhes purulents de la vessie, ulcères phagédéniques, etc. Eu présence de résultats qui, sous beaucoup de rapports, ne laissent rien à désirer, on pourrait s étonner que le permanganate de potasse ne se soit pas encore plus généralisé dans la pratique chirurgicale. Il a cependant des avantages réels et peu d'inconvénients ; lorsqu'il est pur et très-étendu, au millième, par exemple, il ne cause pas de douleur ; il n"a aucune odeur, supérieur en cela aux solutions chlorées et phéniquées ; il tache le linge et la peau ; à cet inconvénient, Réveil conseille d'opposer des lavages avec l'eau acidulée d'im centième d'acide chlorhydrique. Au contact des linges et de la charpie, il se décompose, et c'est encore un inconvénient si l'on a intérêt à le maintenir intact à la surface d'une plaie; pour éviter cette réduction, lorsque l'on doit recourir à des pansements permanents, Réveil a employé avec succès une charpie d'amiante dont on recouvre les plaies et que l'on arrose avec la solution de permanganate de potasse.

Ce sel, avons-nous dit, est communément employé dans le service de M. Demarquay, à la Maison municipale de santé, en solution au millième. On a cette solution toute préparée, ou bien l'on en tient une autre plus concentrée, au centième, par exemple, que l'on étend, .m moment du besoin, en telles proportions que l'on désire. On emploie même des solutions concentrées jusqu'au dixième pour agir à la fois comme désinfectantes et caustiques sur les cancers. Enfin, dans certains cas, M. Demarquay emploie le permanganate de potasse sous forme sohde : permanganate pulvérisé, carbonate de chaux, amidon, parties égales; mêlez. On saupoudre avec ce mélange la charpie posée sur la plaie, et l'on termine le pansement comme à l'ordinaire.

Le permanganate de potasse a été l'objet d'expérimentations d'autres genres, parmi lesquelles nous trouvons son usage interne.

M. Olifle s'en loue contre la fétidité de l'haleine, l'ayant fait boire en solution à la dose de 15 et 20 centigrammes par jour. Ce médicament lui a paru supérieur, en pared cas, au chlorate de potasse.

M. Van den Coiput l'a souvent fait prendre à l'intérieur en solution, jusqu'à

1 gramme et demi par jour, progressivement et par cuillerées, dans les maladies ^ymoliques.

En Angleterre, on a employé une solution à un ou deux centièmes en gargarismes, dans les angines, surtout Tangine couenneuse ; cette médication aurait aussi, d'après Réveil, fourni quelques bous résultats à l'hôpital des Enfants malades, dans les services de MM. Blache, Bouvier, Roger et Bouchut.

Le DrJ.-G. Rich se sert contre la blennorrhagie d'une injection de permanganate de potasse, 50 centigrammes pour 30 grammes d'eau, qui lui réussirait presque constamment {Canada Lancet et Edinhurgh med. Journ., septembre 1864. la Bull. gen. de thérap., t. LXVII, p. 379). Van den Corput se loue aussi d'injections au permanganate contre certaines uréthrites, mais à 1 pour

Le D' Duncan (de Dublin), se basant sur une théorie patbogénique contestable ■du rhumatisme, propose, citant à l'appui deux faits peu concluants, le permanganate de potasse contre cette maladie {Med. Press and Circulai'., 16 mai 1866. In Bull. gén. de thérap., t. LXXl, p. 377).

Le bioxyde de manganèse sert à la préparation de l'oxygène, du chlore, et «ntre dans le mélange destmé au\^ fumigations guytonniennes : chlorure de sodiwn pulvérisé, grammes, 200 ; hioxijde de manganèse, 100 ; acide sulfuri- 4jue, 200; eau commune., 200 [Codex). On peut également faire ces fumigations avec le bioxyde de manganèse et l'acide chlorhydrique. Dans les deux cas, elles consistent en un dégagement de chlore.

Le manganèse existe dans plusieurs eaux minérales, mais généralement en trop minimes proportions pour que l'on puisse dire en quoi et jusqu'à quel point il contribue à leurs propriétés thérapeutiques. Ce sont les eaux : de Carisbad, Marienbad, Seidschulz, Fazenbad, en Bohème; de Spa, en Belgique; d'Ems, de Marienfels, de Langenschwalbach, de Kreulziiach, de Pyrmont, en Allemagne ; de Tunbrigde, en Angleterre ; de Luxeuil et de Cransac, en France. C'est à Cransac que se trouvent les sources les plus riches en manginèse ; lune d'elles, la source Haute, contient jusqu'à, grammes, 1,55 de sulfate de manganèse pour 1,000.

Les doses et modes d'administration des préparations manganiques et ferronianganiques ont été suffisamment indiqués dans le cours de cet, article; leur posologie est la même que celle des préparations correspondantes du fer.

IV. Toxicologie. Le professeur Cowper a signalé plusieurs cas d'une affection observée sur des ouvriers d'une manufacture de produits chimiques, spécialement employés à [julvériser de l'oxyde noir de manganèse. Cet oxyde aurait produit •chez les ouvriers des accidents eu partie analogues à ceux que déterminent les <;omposés de plomb et ceux de mercure. Ainsi, le manganèse paralyserait les nerfs du mouvement; mais il différerait du mercure en paralysant surtout les membres inférieurs et en ne produisant pas de tremblement ; et il différerait du plomb en n'agissant pas comme lui sur le canal intestinal. On ajoute que cette |)aralysie du manganèse s'est montrée très-rebelle à tous les modes de traitement {Revue médicale., t. H, p. 267, année 1837).

Le chlorure de manganèse et le permanganate de potasse, introduits dan» l'estomac, agiraient comme les caustiques et les poisons irritants ; il en serait de même du sulfate de manganèse à forte dose, le seul de ces composés sur lequel on trouve quelques documents toxicojogiques.

Le sulflite de manganèse produit des vomissements, une sécrétion abondante

de bile, une vive irritafion de l'estomac, des convulsions, la paralysie, et peut amener la mort à la suite d'une dépression extrême ou d'un état apoplectique LGnielin, Orfiln).

Si une trop forte dose de chlorure ou de sulfate de manganèse avait été ingérée, on leur opposerait comme contre-poison une solution de carbonate ou de phosphate de soude, qui donnerait lieu à la précipitation immédiate d'un sel insoluble et non irritant.

En présence d'un empoisonnement par le permanganate de potasse, dont aucun cas jusqu'ici n'est venu à notre connaissance, mais qu'il faut prévoir, vu l'emploi fréquent de ce sel de nos jours, on pourra, se fondant sur sa décomposition au contact de toute substance organique, administrer la première substance de ce genre qu'on aura sous la main : du lait, du bouillon, une infusion végétale, telles que celles de thé ou de café, une décoction de quinquina; mais il faudra surtout préférer le sucre, qui, même à froid, décompose rapidement le permanganate de potasse, c'est-à-dire, l'acide permanganique ; de cette décomposition résultent du sesquioxyde de manganèse, de la potasse et de l'oxygène.

Nous conseillons donc, en cas d'empoisomiement par le permanganate de potasse, d'administrer le plus tôt possible de l'eau fortement sucrée, qui agira en même temps comme. émollient et adoucissant sur la muqueuse gastrique trèscompromise par ce poison caustiqvie, et comme neutralisant ; pour rendre cette neutralisation doublement conijdète, il serait peut-être bon d'aciduler avec un peu de vinaigre l'eau sucrée, afin de saturer la potasse mise en liberté. Peu après ce traitement chimique, on s'efforcera d'ailleurs, comme dans tous les cas analogues, de vider l'estomac par un vomitif. On pourrait aussi bien du reste administrer dès le début et du même coup une forte dose de sucre et 10 à 15 centigrammes de tartre stibié en dissolution dans un grand verre d'eau.

Le choix des moyens ultérieurs se déduira, comme dans tous les empoisonnements de ce genre, du degré des lésions produites sur les organes digestifs et de la nature des phénomènes consécutifs exprimes par les autres appareils.

Delioux de Savignac.

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MAIVGARA (ou Tajaoba). Aroïdées du Brésil dont la souche est acre, vésicante ou caustique. Cu.te, elle perd ce principe irritant ; et, riche en fécule, elle devient alimentaire. Pisou {BrasiL, 95) en distingue plusieurs sortes, nommées M brava, M. miri, M. peuna (Mér. et Del., Dicf. 7iat. méd., lY, 216).

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