MARQUET
se distingue tout d'abord en ce qu'elle est presque glabre et d'une odeur trèsdésagréable. Elle possède une racine annuelle et des tiges hautes de 30 à 40 centimètres, des feuilles bipinnées à segments étroits, pointus. Ses inflor(?Scences sont terminales. L'involucre de ses capitules est hémisphérique, formé d'écaillés imbriquées, à bords scarieux. Le réceptacle conique porte des fleurons centraux, jaunes, petits, serrés, hermaphrodites et fertiles. Les demi-fleurons de la circonférence sont blancs, étalés, à trois dénis obtures, femelles et stériles. Les achaines sont ovoïdes et tuberculeux. Cette plante est commune en France, dans les moissons, les champs en friche, sur les bords des chemins, des rivières. Elle fleurit de juin a septembre. Ses propriétés sont celles des autres Camomilles ; elle en possède en outre de spéciales, qui ont été exposées à l'article Camomille (tomeXII, p. 5). H- Bx.
MARQL'E (Jacques de), l'un des chirurgiens les plus méritanis du commencement du dix-septième siècle, savant, judicieux, observateur habile, ennemi de la routine. Il naquit à Paris, en 1569, et y mourut le 22 mai 1622 {Index funereus, de Devaux). Les ouvrages qu'il a laissés sont vraiment très-remarquables. Ses recherches sur la nutrition et les maladies des os font époque dans l'histoire de la science. Le premier, il a démontré, en effet, tant par l'expérience que par le raisonnement, que les os sont nourris, comme toutes les autres parties du corps, par les vaisseaux sanguins, et que la moelle n'entre pour rien dans leur développement. On sait le rôle que les anciens ont fait jouer à cette moelle, qui n'était pour eux qu'une espèce de magasin alimenlaire, dans lequel l'os allait puiser selon ses besoins. De Marque fait aussi des réflexions fort judicieuses sur la formation du cal. Un autre chirurgien de son temps, Jean Lannay, a été assez téméraire pour combattre des idées si saines, que les recherches modernes n'ontK fait que justifier. Mais Lannay n'a. pas eu les rieurs de son côté ; de Marque l'a battu à plate couture dans une réponse qui fit beaucoup de bruit. Notre digne chirurgien a eu encore un autre mérite, celui de condenser sous une forme de manuel la cliirurgie de Tagault, célèbre médecin de la Faculté de Paris. Ce manuel, écrit exclusivement pour les élèves en chirurgie, est resté classique pendant longtemps et a eu un grand nombre d'éditions. 11 le méritait par la manière simple qui a présidé à sa composition et par les préceptes essentiellement pratiques qu'il renferme. Au reste, voici les titres des ouvrages de Jacques de Marque ;
I. Paradoxe, ou traité médullaire, auquel est amplement prouvé, contre l'opinion vulgaire, que la moelle n'est pas la nourriture des os. Paris, 1609, in-8°. — II. Paradoxe de Jacques de Marque contre Lannay. Paris, 1609, in-S". (Réponse au pamphlet de Lannay, intitulé : Réponse au paradoxe de Jacques de Marque. Paris, 1609, in-S°.) — III. Question chirurgicale, en laquelle il est proposé et débattu que le chirurgien ne doU jamais pratiquer les opérations appelées pérlscijlhisme et hypospathisme. Paris, 1616, in-S". — IV. Introduction méthodique à la chirurgie. Paris, 1651, in-8°. — V. Traité des bandages. Paris, 1618, in-8». A. C.
BIABQIJET (Frakçois-Nicolâs), né à Nancy en 1687, se fit recevoir docteur à l'université de Pont- à-Mousson, oiiil avait commencé ses études médicales, achevées à MontpeUier. Marquet s'étant surtout livré à l'étude de la botanique, le duc de Lorraine, jaloux d'encourager les sciences dans son petit État, lui fournit les moyens de créer un jardin de botanique et lui accorda une pension. Mai'quct s'était attaché ù rassembler la liste des plantes qui croissent eu Lorraine, de ma-
MARQUISES (archipel des). 135
nière à composer une flore très-volumineuse. Cet ouvrage servit plus tard à son gendre, le trop fécond Buc'hoz (voy. ce nom, bibliographie n'' 1), pour composer son Traité des plantes de la Lorraine. Lorsque, en 1752, on établit le collège de Nancy, Marquet en fut nommé doyen. Il mourut d'une sorte d'épuisement,
le 'i9 mai 1 759.
On a de cet estimable et laborieux savant les ouvrages suivants, dont la plupart ont été publiés après sa mort, par les soins de Buc'hoz.
I, Nouvelle méthode facile et curieuse pour connaître le j^ouls jmr les notes de la musique. Nancy, 1747, in-4°, 2" édit. (avec l'éloge de Marquet, par Buc'hoz). Amst. et Paris, 1768 iii-12. — II. Obs. sur la guérison de plusieurs maladies notables, aiguës et chroniques, auxquelles on a joint, etc. Paris, 1750-70, 2 vol. in-12. — III. Traité de l'apoplexie, paralysie, etc., auquel on a joint deux discours latins, etc. Paris, 1770, in-12. — lY. Traité pratique.de V hydropisie et de la jaunisse développé, etc. (revu par Buc'hoz). Paris, 1870, in-8°. — V. Médecine jjratique et moderne appuyée sur l'observation (publiée par Buc'hoz). Paris, 1782-85, in-8°, 5 vol., etc. E. Bgd.
MARQIJIS (Alexandre-Locis), médecin botaniste et littérateur fort distingué, né à Dreux en 1777, mort à Rouen le 17 septembre 1828. Il fut professeur au Jardin des plantes de cette dernière ville, en 1811 ; il était docteur en médecine depuis 1810. Nous regrettons de ne pouvoir faire connaître, au moins, le fond de tous les ouvrages qu'il a écrits. Us se distinguent tous par la sagesse des vues et la haute philosophie qui y règne ; plusieurs d'entre eux respirent la grâce et la fraîcheur. Marquis était né poëte : on le voit bien par la manière avec laquelle il a envisagé les êtres charmants qui furent le but constant de ses études et de ses méditations. Voici la liste de ses ouvrages. Nous omettons les nombreux articles dont il a enrichi les Mémoires de l'Académie et de la Société d'émulation de Rouen, le Magasin encyclopédique, la Bibliothèque physico-économique, le Dictionnaire des sciences médicales et d'autres recueils.
I. Essai sur l'histoire naturelle et médicale des gentianes. Paris, 1810, in-4''. — II. Plan raisonné d'un cours de botanique spéciale et médicale. Rouen, 1815, in-S". — III. Podalire ou le premier âge de la médecine. Paris, 1815, in-12. — IV. Réflexions sur le népentès d'Homère. Rouen, 1815, in-8. — V. Éloge de Linné. Rouen, 1817, in-8°. — VI. J.es solanées ou les plantes vénéneuses, idylle. Rouen, 1817. — VIL Esquisse du règne végétal, ou tableau caractéristique des familles, des plantes, avec l'indication des propriétés des plantes de chaque jamille, suivant la classification adoptée pour le cours de botanique du jardin de Rouen. Rouen, 1820, in-8°. — VIII. Fragments de philosophie botanique, ou de la manière la plus convenable de voir et de travailler en histoire naturelle, et particulièrement en botanique et des moyens de rendre cette science plus simple et plus facile. Paris, 1821, in-8°. — IX. Notice sur le chêne-chapelle d'Assonville, dans le piays de Caux. Rouen, 1822, in-8''. — X. Notice nécrologique sur A.-E.-M. Havet, naturaliste. Rouen, 1823, in-8°. — XI. Du caractère distinct if de la poésie. 1827, in-8". — XII. Considérations sur l'art d'écrire. 1827, m-8°. — XIII. De la délicatesse dans les arts, 1827, in-8°. A. C.
MARQUISES (ARCHIPEL des). L'archipel des Marquises se compose de onze îles ou îlots, dont plusieurs sont déserts. Nous ne possédons quelques renseignements que sur Nukahiva, l'une des îles du groupe du N, 0. ou sous le vent.
Nukahiva est située par 8'35' lat., 142°20' long. La distance qui la sépare de Papeete est de 250 lieues, en ligne directe. On attribuait à cette île, en 1862, une population de 12,000 habitants; mais une épidémie de petite vérole, survenue en 1863, à la suite du rapatriement d'indigènes ramenés du Pérou, a enlevé 2,000 Marquisiens environ, quoique la maladie eiit été circonscrite dans les îles Nukahiva et Lapa.
C'est sur les bords de la belle baie de Tai-o-Hae que l'amiral Dupetit-ïhouars
134 MARQUISES (archipel des).
fonda notre premier établissement, ramené aujourd'hui à la minime importance d'un simple poste d'observation.
La baie de Tai-o-Hae est un bassin circulaire de 8 à 10 milles de circonférence, formé par une ceinture de montagnes de médiocre élévation (de 800 à 1,100 mètres), mais dont la pente très-rapide ne laisse, entre la mer et le pied des montagnes, qu'une bande étroite inclinée elle-même, et non continue dans tout son contour; cette bande est constituée, sur une grande étendue, par une plage de galets et de sable. Les jolies vallées de Uata, Avao, Meao, Jeoabi, qui viennent s'ouvrir à la plage, contrastent, par leur verdure et leur richesse, avec la stérilité générale des pentes, où la roche granitique, souvent à nu, est maigrement recouverte d'herbes sèches et de rares bambous. Quelques ravins interrompent encore ces pentes, et, grâce à des infiltrations d'eau, présentent alors une fraîche végétation, formée d'hibiscus, goyaviers, pandanus, bois de rose, etc. Les vallées conduisent chacune à la mer un cours d'eau peu abondant que les fortes chaleurs tarissent quelquefois, en grande partie. La baie est ouverte au sud ; les vents régnants sont de la partie de l'est, au large. Dans l'intérieur de la baie, les brises sont sujettes à de brusques et fréquents revirements que la forme et les découpures du bassin expliquent sans peine.
La position géographique de Nukahiva doit lui faire attribuer, comme aux autres contrées intertropicales, une saison humide et une saison sèche. Il faut convenir que cette division semble être ici purement théorique. Ni les missionnaires, ni ceux qui ont séjourné depuis l'occupation, n'ont pu assigner de retours à peu près régulier de saisons fixes : telle année semblera se prêter à cette division, et les années suivantes viendront renverser toute observation. En 1851, une époque de sécheresse a duré de septembre, et surtout d'octobre, jusqu'en janvier 1852. En 1852, la même période de temps a été signalée par des pluies presque continuelles. Vers la fin d'août 1852, et en septembre, il y a eu, par intervalles, un assez bon nombre de beaux jours; mais juillet, novembre, décembre, ont été presque continuellement pluvieux ; la température était fort élevée, lourde, le temps à l'orage ; une chaleur molle, énervante, vous enveloppait d'une vapeur tiède, et produisait, chez les uns, des déperditions considérables parla sueur, en même temps qu'un affaissement nerveux; chez les autres, une turgescence des vaisseaux, des étourdissements, une sensation indicible de malaise qui rend impropre à tout exercice soutenu. Les torrents d'eau qui tombent rafraîchissent peu l'atmosphère, qui demeure lourde, étouffante, chargée de vapeurs ; le ciel est voilé de nuages épais. Les observations thermométriques permettent d'évaluer la température moyenne de la journée entre 28° et 29°, et celle de la nuit, entre 27' à 28°. Les oscillations barométriques s'étendent entre 0,754 et 0,765.
L'on serait disposé à en conclure, par la concordance relative d'observations multipliées, qu'il y a peu de différence entre les températures du jour et de la nuit. H y a cependant des nuits où le thermomètre a donné des chiffres plus élevés que dans la journée. Mais, au point de vue hygiénique, il faut ajouter à ces moyennes météorologiques un élément important, et qui, la nuit, est bien plus prononcé que le jour. La ceinture montagneuse qui enserre la baie de Tai-o-Hae donne lieu à de subites et passagères variations de température. Si l'on se trouve dans la direction d'une gorge, d'une coupée, au milieu d'une chaleur extrême, tout à coup une rafale vient porter une vive impression de froid qui disparaît bientôt. Lorsque les ralales sont fréquentes, ce qui arrive surtout dans la soirée, ces variations sont fort dangereuses : elles régnent dans toute l'étendue de la
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baie, et sont surtout marquées dans la plaine oiî s'élèvent les constructions de l'établissement français. Au mouillage, pendant la nuit, les rafales sont Iréquentes, et souvent très-fortes.
La rapidité des pentes, la perméabilité du sol argileux, la compacité du soussol presque partout constitué par le squelette granitique, font que les pluies torrentielles qui inondent la baie n'ont que peu d'inconvénients. Les dislocations des roches par une série probablement nombreuse de soulèvements partiels et par l'action volcanique réitérée qu'atteste la nature métamorphique et magnésiiere ^ de la plupart des dépôts, ont été aidées encore par une désagrégation permanente que produit la richesse des eaux en acide carbonique; aussi les eaux pluviales trouvent-elles un écoulement très-facile vers la mer. Les cours d'eau des vallées en charrient une niasse prodigieuse; chaque ravin se crée sa cascade, son petit torrent, qui souvent se perd dans le sol, d'où il regagne sans doute un torrent plus rapide, ou bien, filtrant dans les fissures des roches, on le voit sourdre à la plage où, dans le sable, se dessinent de nombreuses sources découvertes à mer basse. Grâce à la forme et à la composition du sol, il n'y a donc pas, à bien dire, d'eaux stagnantes dans la baie; la terre, imprégnée d'humidité, cède d'ailleurs rapidement à l'atmosphère ce qu'elle pouvait encore retenir, et quelques heures de soleil ou de vent produisent un assèchement rapide. Dans certains points, sur un petit plateau horizontal, où l'argile est mêlée de terre végétale, la superficie du sol retient plus longtemps l'eau : ces points sont trop bornés pour qu'il en advienne aucun résultat sous le rapport hygiénique ; nulle part ce séjour n'est assez prolongé pour déterminer ensuite ces exhalaisons miasmatiques dues aux matières végétales en décomposition.
L'irrégularité des saisons et des températures doit faire pressentir qu'il est difficile de fixer, avec précision, la constitution climatérique de la baie de Tai-o-hae. Le type bilieux et le type catarrhal prédominent irrégulièrement dans les constitutions médicales annuelles, selon le degré de sécheresse ou d'humidité de l'année.
Outre la difficulté d'obtenir des indigènes de bons renseignements, il faut tenir compte, chez eux, du mélange funeste de quelques liabitudes européennes avec leurs mœurs primitives, ainsi que de la syphilis, qui les atteint souvent au berceau. La phthisie d'abord, la dysenterie ensuite, sont deux grandes causes de dépopulation parmi eux; mais leurs conditions de vêtements, d'habitations sont si irrégulières, leur insouciance hygiénique si complète, que, dans leur état de santé, l'influence chmatérique est difficile à démêler de celle de leur état social.
11 n'y a pas d'endémie proprement dite aux Marquises. Quant aux épidémies qui ont pu sévir sur les Européens, nous rappellerons seulement que, vers 1847, la Galathée eut une épidémie de fièvre typhoïde, et, en 1849, le Cocijte eut à souffrir des coliques sèches. Mais, dans ces circonstances, à bord de ces deux navires, la mortalité fut minime. En 1855, la Durance, pendant les mois de février et de mars, eut un grand nombre de cas de fièvre bilieuse, sans gravité.
Les fièvres typhoïdes se rencontrent aux Marquises comme à Tahiti ; le plus souvent, il est vrai, elles sont d'une intensité moyenne. Les aftections aiguës des voies respiratoires y sont très-fréquentes ; au premier rang, se trouve la bron-
* M. Lépine, pharmacien de la marine, a constaté la présence de la magnésie dans les sources de la vallée (Annales maritimes de 1830).
Quant aux sources d'eaux gazeuses, elles sont extrêmement nombreuses. Le puits de la Mission est un puits d'eau de Seltz légère.
136 MARRONNIER D'INDE (botanique).
chite, qui ne tarde pas à passer à l'état clironique, et qui n'est que trop souvent le point de départ de la tuberculisation. On y observe également d'assez nombreux cas d'asthme, soit idiopathiques, soit dépendants de l'emphysème pulmonaire.
Moins boisées, moins bien arrosées que Papeete, les vallées de Tai-o-bae peuvent cependant être considérées comme saines. On ne peut reprocher à cette locahté que les inconvénients qui résultent de sa situation géographique dans la zone des pays très-chauds, et de la disposition circulaii'e des montagnes, dont les gorges laissent passer des rafales qui balayent la baie.
Le travail du sol est incontestablement sans danger aux Marquises pour les Européens, à condition qu'ils y trouveront une alimentation variée et réparatrice.
Le Roy DE Méricourt.
Bibliographie. — Mailué. Rapport médical sur la campagne du transport la Durance (1849-1853) (inédit).
HABRON. Variété très-estimée de châtaignes {voyez Ch.\taigmer).
BIARRO^'IER {Voy. Chataigniek).
SIARRO^'\'KER D'iiVDG. § L Botanique. Sous le nom vulgaire de marronnier d'Inde, tout le monde counait un bel arbre de la famille des Hippocastauées, très-répandu dans nos promenades et dans nos parcs. Le genre auquel il appartient avait été désigné par Tournefort sous le nom d'Hippocastamnn, traduisant la désignation de Castanea œquina, employée par les auteurs de la Renaissance. Linné changea ce nom générique en celui à'^sculiis, et réserva le mot Hippocastanum pour la désignation spécifique de la plante.
Le marronnier d'Inde [JEscuIils hippocastanum L.) est un arbre de première grandeur, dont le gros tronc supporte une belle tète pyi'amidale. Les jeunes rameaux ont une écorce lisse et unie, qui se crevasse en vieillissant. De gros bourgeons, munis d'écaillés imbriquées et réunies entre elles par une sorte d'enduit résineux et gluant, s'ouvrent au printemps, et se développent en grandes feuilles, d'une belle couleur verte, et en nombreuses panicules th\TSoides d'une odeur agréable, de tleurs blanches teintes de l'ouge. Les feuilles sont opposées, longuement pétiolées, sans stipules, aiTondies dans leur contour général, composées de sept folioles, divergeant en éventail de la base du pétiole, oblongues, rétrécies à la base, acuminées au sommet, doublement dentées sur les bords. Les fleurs sont polygames. Leur calice est campanule, qninquétide, à lobes inégaux, imbriqués, ciUés. Les pétales, au nombre de cinq, sont inégaux, onguiculés à la base, étalés en une large lame un peu onduleuse et ciliée. A l'intérieur d'un disque hypogyne, s'insèrent sept étamines, inégales, déclinées, velues à la base. L'ovaire est triloculaire, et contient dans chaque loge deux ovules, dont le supérieur a le micropyle tourné vers le haut, tandis que l'inférieur est pendant. Le style est allongé, pubescent ; le stigmate, simple. Le fruit est une grosse capsule, coriace, hérissée de pointes, triloculaire, à déhiscence loculécide, devenant souvent bis ou uniloculaire par avortement. D'ordinaire, un seul des ovules se développe dans chacune des loges, et donne un grosse semence, rappelant tout à fait la figure d'un marron. Elle est formée d'un testa brun, lisse, coriace, marqué à la base d'un large bile de couleur grisâtre. L'amande se compose d'un gros embryon, albuminé, courbé sur lui-même, dont les cotylédons, épais et charnus, sont plus ou moins soudés ensemble.
MARRONNIER D'INDE (BROHATor.ociE). 157
La plupart des espèces d'^scuhis sont des régions chaudes de l'Amérique. Le Marronnier d'Inde fait exception à Cet égard. Originaire d'Asie, il est passé en Europe, dans la seconde moitié du seizième siècle, par l'intermédiaire de Constantinople. En 15G8, Clusius l'introduisit dans le jardni botanique de Vienne, oii il s'établit. En 1615, Bachelier en transporta un pied à Paris, dans le jardin de l'hôtel de Soubise, au Marais. Il réussit, du reste, fort bien dans foute l'Europe, jusque sous le chmat de la Suède.
Dans le genre Mscuhis L., rentrent des espèces à capsule inerme, dont quelques auteurs ont formé le genre Pavia. Le paria rouge est uu arbre d'ornement qu'on cultive dans les jardins. Le P. Macrostachya donne, d'après Mérat et de Lens, des fruits bons à manger.
Cldsius, Histor., I, p. 7 et append. 2, p. 1. — Bachin (Jean). Eist. Plant., I,part. 2, p. 128.
— LoBEL. Adv., 435. — Tocrnefort. Inst., 611, tab. 582.— Li.nxé. Gênera, 462 et Spec, 488.
— Ddhamel. Traité des arbres. Edit. 1804, H, p. 53, planch. 15 et 14. — Exducher. Gênera, 5641, — Bentham et Hoockeh. Gênera, p. 598. — Guiboort. Drogues simples. 6* édition, III, p. 593, Pl.
§ II. Bromatoiogie. Le marron d'Inde, d'après Baume, contient :
1" Une matière sucrée très-abondante ;
2" Une substance extractive d'une amertume insupportable ;
3° Une très-petite quantité d'huile douce sans saveur particulière ;
4° Une gomme résine très-abondante ;
5" De l'amidon et un parenchyme pulpeux.
Selon le même auteur, 100 parties en poids de marrons récents donnent 15,53 d'écorces et 29 à 30 de farine.
En 1825, M. Vergnaud-Romagnési dit que les marrons les plus beaux donnent 0,30 de fécule.
D'après M. Salesse (de Bourg), la proportion de fécule est 0,165.
M. Lepage, pharmacien à Gisors, a publié, en 1856, un important travail sur le marron d'Inde. Voici, d'après lui, la composition des marrons décortiqués au moment de la récolte :
Eau 45,00
Tissu végétal 8,oO
Fécule 17,bO
Huile douce saponifiable 6,50
Glucose ou sucre analogue 6,75
Substances particulières d'une saveur à peine douceâtre . . 5,70
Saponine ou principe amer 4,45
JJatières protéiques (albumine, caséine) 3,33
Gomme , 2,70
Acide organique indéterminé et substances minérales (potasse, chauï, magnésie, chlore, acide sulfurique et plios-
phorique, trace de silice). 1,55
Ces analyses montrent suffisamment le parti qu'on pourrait tirer de cette graine, dont la récolte ne fait jamais défaut et dont le prix est minime. Un marronnier de 20 ans donne en moyenne un hectolitre de marron : l'arbre adulte en fournit le double ; aussi a-t-on depuis longtemps songé à l'utiliser. Le président Bon (1720), Parmenlier (1771), Baume (an V), Vergnaud-Romagnési (1825), M.\I. Salesse (1845), Chevalier (1848), Flandin (1849), Calmus (1850), Lepage (1856), ont tous insisté sur les avantages que l'industrie pourrait en retirer. Comment se fait-il donc que, en dépit de tous ces travaux, l'industrie, qui cependant ne néghge guère les opérations lucratives, abandonne celle-ci? C'est que le
138 MARRONNIER D'INDE (emploi wÉDiCAt).
marron d'Inde n'est pas directement alibile à cause de son amertume. La fécule qu'on peut en extraire est, il est vrai, comparable, quand elle est purifiée par les lavages, à celle du blé ou de la pomme de terre, mais il ne paraît pas démontré que son extraction soit rémunératrice. Sans aucun doute, les marrons sont aujourd'hui perdus, mais qu'un industriel vienne à les utiliser, et il aura immédiatement à compter avec le propriétaire, qui absorbera et au delà les bénéfices. De semblables tentatives ont été faites souvent, et ont toujours échoué *. •
Les procédés d'extraction de la fécule sont, du reste, les mêmes que pour les autres graines. Les marrons, décortiqués ou non, sont réduits en farine. On lave celle-ci sur des tamis, et la fécule passe. L'eau dissout et entraîne le principe amer. On peut également employer pour cet usage les eaux alcalines proposées par le président Bon, les eaux acides, l'alun, etc. ; mais Parmentier a démontré le premier que l'eau simple suffisait pour obtenir de l'amidon exempt d'amertume. Le rendement, d'après MM. Thibierge et Remilly {De l'amidon du marron d' Inde , etc. Paris, 1857), est de 16 à 17 p. 100. C'est le rendement de la pomme de terre.
L'amidon ainsi extrait se divise en aiguilles comme celui du blé. Les graines vues au microscope sont à bile punctiforme, excentrique, et à stratifications peu marquées. Parmentier avait déjà proposé de fabriquer de la colle avec la farine de marron. L'amidon peut remplacer celui du blé dans les arts industriels.
On a cherché à utiliser dans ces derniers temps l'huile de marrons d'Inde dans le traitement local de la goutte {voy. ci-après). P. Coulier.
§ m. Emploi médical. Pharmacologie. Parties usitées : Ve'corce et les fruits.
i° Écorce de marronnier d'Inde, souvent désignée plus succinctement sous le nom à'écorce de marronnier. On la récolte au printemps sur les jeunes branches de 2 à 3 ans, en les dépouillant de leur épiderme extérieur. Séchée à l'air, elle est mince, cassante, rugueuse et d'un brun rougeâtre au dehors, plus pâle en dedans, assez ressemblante à l'écorce de quinquina. Elle a une saveur astringente et amère très-désagréable. On en prépare : une poudre, une décoction, une infusion, un extrait aqueux, un extrait alcoolique, un vin, une teinture alcoolique. Ces diverses préparations se font comme les préparations analogues d'écorce de quinquina,
L'écorce de marronnier est inscrite dans la formule de quelques anciens remèdes fébriluges, aujourd'hui oubliés; on ne se souvient guère que de Vélixir fébrifuge de Reil : extrait d'écorce de marronnier d'Inde, 4 grammes ; eau-devie, 30. Dose, 60 gouttes toutes les trois heures.
2° Fruits. Marrons d'Inde. Ils ont servi à faire des pois à cautère; on en fait une poudre, ou plutôt une farine. On en extrait une fécule et une huile.
La poudre de marrons d Inde peut se préparer en râpant les marrons décortiqués, faisant sécher à l'étuve et pulvérisant ensuite dans un mortier de marbre. On l'a employée telle, comme poudre sternutatoire, ou torréfiée, et destinée alors à des usages internes ou externes.
La farine de marrons d'Inde s'obtient en grand en passant au moulin les fruits décortiqués, séchés à l'air ou à l'étuve et concassés. Elle sert à divers usages hygiéniques et industriels dont nous reparlerons
La fécule de marrons d'Inde, très-abondante dans ces fruits, s'y trouve en
* Il y a environ îivilte ans, on interdit aux enfants de ramasser les marrons d'Inde dans les jardins publics de Paris. Cette interdiction fâcheuse ne fut pas maintenue.
MARRONNIER D'INDE (emploi médical). 139
présence de principes amers, irritants, peut-être même toxiques, se révélant au goijt par une saveur acre, nauséabonde, insupportable. Cette fécule est donc inadmissible dans l'alimentation avant d'avoir été purifiée. Mais par cela même, avec son impureté naturelle, elle peut servir à faire une colle ou des enduits préservant les papiers ou autres tissus de la morsure des insectes.
L'idée d'utiliser les marrons d'Inde et d'approprier leur matière amylacée à divers usages, a justement préoccupé de nos jours des économistes et des industriels, qui ont proposé différents procédés de purification. Mais, comme Guibourt l'a fait remarquer avec raison, cette idée n'est pas nouvelle, non plus que les procédés signalés de nos jours. Parmentier avait conseillé de faire macérer les marrons d'Inde dans une eau alcaline pour les dépouiller de leur principe amer. Mérat dit avoir constaté que l'on peut ainsi obtenir une fécule très-pure, qui l'emporterait comme aliment sur celle de la pomme de terre. Baume recommande expressément une division parfaite de la pulpe du fruit, suivie d'un lavage répété au moyen de l'eau, soit pure, soit additionnée d'une petite quantité de carbonate alcalin. MM. Flandin, Raspail, ont rappelé ce moyen de purification, et MM. Lepage, Remilly, Tbibierge, de Callias ont démontré tout le parti qu'on pouvait retirer de la matière amylacée des marrons d'Inde, sinon pour l'alimentation, du moins pour un grand nombre d'usages industriels, ce qui permettrait de réserver plus largement les céréales et la pomme de terre pour la nourriture de l'homme.
Le procédé proposé par M. Flandin, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences en 1848, consiste à mêler 100 kilogrammes de pulpe de marrons avec 1 ou 2 kilogrammes de carbonate de soude, à laisser macérer pendant quelques temps, puis à laver et à passer au tamis.
L'huile de marrons d'Inde, spécialité pharmaceutique prônée par M. Genevoix, s'est préparée d'abord par déplacement à l'aide de l'éther. Actuellement, M. Genevoix l'obtient en grand, directement, en râpant les marrons non décortiqués ; ceux-ci sont recueiUis et soumis pendant quelques jours ta une fermentation libre. La pulpe est ensuite chauffée avec de l'eau, puis additionnée d'acide sulfurique (2 kilogrammes pour 100 kilogrammes de marrons) ; après deux heures d'ébullition, la fécule étant transformée partie en dextrine, partie en glucose, on transvase le liquide dans une autre cuve on l'on continue l'ébullition pendant deux heures, en remplaçant l'eau évaporée ; l'huile préexistant dans le marron d'Inde surnage; elle est recueillie séparément et filtrée (Dorvault, Officine).
La saponine étant très-soluble dans l'eau et insoluble dans l'éther, devait man quer dans l'huile obtenue par le premier procédé, et doit se trouver, au contraire, dans celle obtenue par le second, ce qui ne peut que lui donner des propriétés plus actives.
L'huile de marrons d'Inde, d'une densité comparable à celle de l'huile d'olives, est jaunâtre un peu foncé, et d'un goîit légèrement acre qu'elle doit probablement à de la saponine.
Analyse chimique. Malgré plusieurs analyses, la composition de l'écorce et du fruit du marronnier d'Inde ne semble pas être parfaitement déterminée.
L'écorce est riche en tannin. Son infusion aqueuse rougit le tournesol, précipite la gélatine, verdit et forme un précipité vert par le sulfate de fer; ne précipite pas l'émétique; précipite par les acides, par la baryte et la chaux, ne précipite pas par la potasse, qui lui donne une couleur bleu intense {Annales de chimie, t. LXVII, p. 210). Cette infusion forme, avec le nitrate d'argent, un pré-
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cipité gris, passant de suite au noir, ce qui la distingue de l'infusion de quinquina qui produit avec le même réactif un précipité blanc permanent (Bulletin de pharmacie, 1. 1, p. 35, Guibourt, Hist. nat. des drogues simples, 6« édit., t. Iir, p. 504).
On a retiré de cette écofce deux glycosides : la fraxine ou paviine, qui, pat les acides étendus se dédouble en fraxétine ou paviétine et en glycose (Rochled r) ; et Vesculine (Trommsdorff) .
Les feuilles, les fleurs et les fruits contiennent du quercitrin (Rochleder).
En outre de l'amidon et de l'huile dont il a été question plus haut, le marron d'Inde contient, d'après Baume, un principe très-amer sohible dans l'alcool, une substance particulière qu'il désigne sous le nom de gomme-résine, une matière sucrée, une matière azotée analogue au gluten du froment. Il avait aussi remarqué les propriétés mousseuses que le marron d'Inde, à l'instar du savon, communique à l'eau.
La matière savonneuse du marron d'Inde a été reconnue par M. Fremy [Annales de chimie et de pJnjsique, t. LVIII, p. 101) être identique avec la saponine, retirée de la saponaire du Levant par M, Bussy, et que l'on a trouvée depuis dans plusieurs autres végétaux.
Enfin, Vesculine a été extraite primitivement de l'écorce des fruits du marronnier d'Inde, par Canzonieri, puis de leur pulpe même, par Mouchon.
Dans les capsules de ces fruits, Hochleder a trouvé un acide particulier, cristallisable, Vacide capsulœscique.
L'esculine ou œsculine, bicolorine , matière opalisante (G"H^*0^^), est légèrement amère, presque insoluble dans l'eau froide, soluble dans 12 parties d'eau bouillante, plus soluble dans l'alcool, dont elle se dépose par évaporation en groupes formés de petites aiguilles. Elle forme avec l'acide sulfurique un sel cristallisant en aiguilles soyeuses.
La solution aqueuse d'esculine, se rapprochant, en cela, de celle du sulfate de quinine, présente le phénomène du dicbroïsme; elle est bleue par réflexion, et incolore par transmission (Trommsdorff).
Sirop d'esculine de Mouchon. Esculine, 125; alcool à 56°, 2,500; sirop de gomme, 8,000. On fait dissoudre l'esculine dans l'alcool, on filtre, on ajoute au sirop, et on distille l'alcool dans le bain-marie d'un alambic.
Historique. L'écorce de marronnier d'Inde fut proposée comme fébrifuge, par le président Bon, dans une note lue en 1720 à l'Académie royale des sciences. Pontedera, à Padoue, et Zanichelli, pharmacien à Venise, s'emparèrent de la question et se mirent à vanter cette écorce, non-seulement contre la fiè.vre intermittente, mais contre plusieurs autres maladies. Leurs assertions furent plus ou moins confirmées successivement par Leidenfrost, Peiper, Sabarot, Cusson, Turra, Eberhard, Bucholz, Desbois de Rochefort, Gosle, Wilmette, Hufeland, etc. Néanmoins, le succès de l'écorce de marronnier restait médiocre, comparativement à celui de l'écorce de quinquina, lorsque, au commencement de ce siècle, les entraves apportées au commerce par les guerres continentales et maritimes, obligèrent à rechercher des succédanés indigènes au quinquina. Le marronnier fut alors soumis à de nouvelles et nombreuses expériences ; et si Ranque (d'Orléans) et Lacroix (de la Ferté-Bernard) produisirent à ce sujet des observations favorables, Bourdier, chargé d'expériences officielles par l'École de médecine de Paris, n'arriva qu'à constater l'insuffisance de ce médicament. Plusieurs médecins militaires, entre autres Gasc et Bourges, n'eurent pas davantage à s'en louer. Bre-
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tonneau, à Tours, le vit aussi, la plupart du temps, échouer contre les fièvres paludéennes. Le marronnier retombait dans l'oubli, lorsque la découverte de l'esculine le remit en scène ; il semble, en efièt, que ce glycoside soit appelé à remplir un rôle plus sérieux, comme remède antipériodique, que les autres produits du marronnier antérieurement employés.
AcTioîj physiologique; L'étude des effets physiologiques des diverses préparations de marronnier d'Inde n'a jamais été rigoureusement entreprise. On admet qu'elles agissent à la manière des toniques amers. Cazin, en relatant l'emploi de la teinture alcoolique contre les affections nerveuses de l'estomac, opine qu'elle paraît agir sur le système nerveux en vertu d'une huile volatile associée au principe amer. D'un autre côté, s'il était vrai que l'huile fixe amendât les douleurs goutteuses et rhumatismales, il y aurait donc dans le marronnier d'Inde quelques propriétés calmantes. Par son tannin, ce végétal agit aussi comme astringent. Et, cepenelant, on dit que la poudre de sonécorce produit tantôt de la constipation, tantôt de la diarrhée. A la saveur acre et nauséabonde de cette écorce, et surtout des marrons d'Inde, on soupçonnerait volontiers quelque principe irritant dont il y aurait lieu de se défier. La sapoiiine, au surplus, contenue dans les marrons d'Inde, est un éméto-cathartique ; mais l'étude physiologique et toxicologique de cette substance active reste aussi à faire. Lorsque l'on voit M. Mouchon retirer son esculine de la pulpe des marrons d'Inde, et dire que peu importe le nom qu'on donne à son produit, esculine ou saponine (voy. Bull. gén. de thérap., 1858, t. LV, p. 554), on s'en étonne, car ce sont deux substances (|ue les chimistes distinguent l'une de l'autre. Quoi qu'il en soit, et admettant que ce soit bien de l'esculine qui ait été mise eu expérience, M. Mouchon attribue à cette substance les eflèts suivants. Lorsqu'on en ingère quelques décigrammes, on se sent sous l'influence d'une stimulation générale assez prononcée pour reconnaître une action tonique manifeste, et cependant telle, qu'il ne puisse en résulter aucune perturbation, aucun malaise appréciable, lorsque l'état des organes digestifs n'en contre-indique pas l'emploi. Donc, lorsque ceux-ci ont besoin d'être solUcités, cette action tonique doit leur être favorable {loc. cit.).
Action thérapeutique. Ainsi que nous venons de le dire, introduit dans la thérapeutique à titre de fébrifuge, le marronnier a eu peine à s'y soutenir; pour en obtenir quelque efficacité, il fallait d'ailleurs porter ses préparations à des doses tellement élevées, que souvent elles fatiguaient l'estomac. La poudre d'écorce, par exemple, l'une des formes pharmaceutiques les plus employées se donnait au moins à 15 ou 20 grammes, et l'on était obligé d'en arriver jusqu'à 50, 40 et même 50 grammes, entre deux accès de fièvre intermittente. Et encore ne parvenait-on pas toujours à prévenir ni l'accès prochain, ni les rechutes ou récidives. 11 s'agit évidemment, là, moins d'un succédané que d'un adjuvant du quinquina, qui, comme les substances analogues contenant du tannin et un principe amer, peuvent plutôt appuyer, à certains moments, l'action du quinquina, en concourant à fortifier l'organisme, que prévenir les manifestations périodiques de l'affection.
L'esculine paraît jouir de propriétés antipériodiques plus positives que les autres préparations du marronnier. Les expériences instituées par MM. Mouchon, Durand de Lunel, Diday, Vernay, et surtout celles de M. Montevoux, démontrent que ce glycoside, déjà comparable à la quinine pour ses propriétés dichroiques, peut aussi en être rapproché pour ses effets contre le périodisme morbide. L'esculine s'est néanmoins montrée inférieure à la quinine contre l'inlermittence
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fébrile, mais elle lui a été supérieure dans quelques cas de névralgies périodiques. Cette substance se recommande donc à l'attention des praticiens.
Jobert (de Lamballe) administrait contre les gastralgies une teinture alcoolique d'écorce de marronnier d'Inde, qui lui réussissait à faire cesser assez promptement les crampes épigastriques, les vomissements, les oppressions et battements de cœur, accompagnant, surtout chez les femmes chloro-anémiques^ les lésions nerveuses de l'estomac. Sa formule était : écorce concassée de marronnier d'Inde, 125 grammes; a/coo/, 500. Faites macérer pendant quinze jours; passez avec expression, et filtrez. Une cuillerée à bouche de cette teinture daiis un quart de tasse de décoction de chicorée sauvage, le matin à jeun ; Jobert n'était que trèsrarement obligé de porter la dose à deux cuillerées [Bull. gén. de thérapeutique, 1842, t. XXII, p. 386).
A l'extérieur, l'écorce de marronnier a été employée en décoction, comme tonique, astringente et antiseptique, dans les mêmes cas où l'on emploie la décoction de quinquina, mais, là encore, avec moins de succès.
Les marrons d'Inde étaient employés dans l'hippiatrique, à Constantinople, d'où est venu le nom de hippocastanum ; réduits en poudre, on les mêlait au son pour prévenir ou guérir la pousse. Parmi les chevaux, il en est qui mangent ces fruits avec plaisir, d'autres les repoussent. Les animaux de l'espèce bovine acceptent plus généralement les marrons dinde, mais il en est aussi qui les refusent. Nous avons constaté souvent ces différences de goûts.
En médecine, on a cherché à tirer parti de la poudre de marrons d'Inde en l'employant comme sternutatoire. On l'a vantée, torréfiée, contre les hémorrhagies utérines dites atoniques.
Peu importants, en somme, au point de vue thérapeutique, ils sont plus intéressants au point de vue de la bromatologie, puisque leur matière amylacée peut servir à l'alimentation [voy. plus haut).
Mais il est une application très-utile qui pouvait se prévoir et qui commence à être faite sur une assez large échelle ; c'est de concourir à la préparation des cosmétiques connus sous le nom àe poudres pour les mains. Dans ces préparations, dont la base, autrefois, était une poudre ou farine d'amandes, de noisettes, de pistaches, on fait entrer une proportion plus ou moins forte de farine démarrons d'Inde. Il y a en cela double avantage, économique et hygiénique. La farine de marrons d'Inde, en sa qualité de substance amylacée, concourt aux proirictés émollientes du produit ; mais, en outre, par la saponine qu'elle contient, elle lui communique la propriété de mieux nettoyer la peau. Néanmoins, plusieurs industriels croient devoir augmenter encore les qualités savonneuses de la prépai'ation p.ar l'addition d'une petite quantité de sous-carbonate de potasse. Mais pour les peaux délicates, cette addition est nuisible, et mieux vaudrait compter exclusivement sur l'action décrassante de la saponine du marron d'Inde, dût la poudre de ce fruit composer totalement le cosmétique en question, auquel il ne resterait à ajouter, pour l'aromatiser, qu'un peu de poudre de racine d'iris, ou quelques gouttes d'une essence odorante. Dans certaines fabriques de tissus et de teintures, on utihse la poudre des marrons d'Inde pour le dégraissage des laines, lequel s'effectue alors, pai' l'intervention de la saponine, comme lorsque l'on opère avec ia saponaire ou l'écorce de quillaya.
Voici, comme exemple, une formule de ces poudres cosmétiques pour les mains, dont nous parlions plus haut, et qui, comme la plupart des produits de la ]^ arfumerie, intéressent directement l'hygiène, parfois même la thérapeutique.
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Il est, en effet, telles conditions physiologiques ou pathologiques de la peau où le savon ne peut être employé pour les ablutions manuelles et doit être remplacé par un moyen plus doux de nettoyer la peau. C'est à ce besoin que répondrait l'usage de la préparation ci-dessous :
Prenez : Farine de marrons d'Inde, 480 grammes ; amandes amères pulve'risées 560 o-rammes; poudre de racine d'iris, oO grammes ; sous-carbonate de potasse, 7 grammes; essence de bergamote, 4 grammes.
Cette formule, inscrite dans la Pharmacopée unive7-seUe de Jourdan, est reproduite par Piesse dans sou Traité des parfums et des cosmétiques. Comme je l'ai dit si l'état de la peau l'exigeait, il faudrait en supprimer l'alcali et même l'essence. L'usage exclusif de farine de marrons d'Inde pure, à l'exclusion du savon de toute substance alcaline, convient pariaitement aux personnes atteintes de trerçures des mains pendant les froids de l'hiver, de même, et alors en toutes saisons, qu'à certaines autres dont le savon aggrave ou provoque des irritations, des manifestations herpétiques sur la peau.
L'huile de marrons d'Inde a été préconisée par M. Genevoix comme agent topique au début des accès de la goutte et du rhumatisme. Elle s'emploie en onctions douces à l'aide d'un pinceau. Lorsque la sensibilité est grande, ces onctions sont pratiquées circulairement sur les points périphériques pour arriver peu à peu au centre du Ueu endolori. On recouvre avec du papier brouillard, de la ouate ou de la flanelle, et par-dessus le tout avec du taffetas gommé. Malgré quelques essais favorables de M. Ch. Masson et de Debout [Bull. gén. de thérap., t. LV, p. 217, 1858), ce topique ne passe pas, près de la généralité des médecins, pour avoir une efficacité réelle contre les douleurs goutteuses et rhumatismales.
Doses et modes d'administration. La poudre d'écorce de marronnier se donne, à l'intérieur, comme tonique, depuis 1 jusqu'à 4 grammes; comme fébrifuge, depuis 15 jusqu'à 50 grammes pendant Papyrexie.
Les extraits ont été prescrits depui» 1 jusqu'à 4 grammes.
h'esculine se donne depuis 50 centigrammes jusqu'à 2 grammes, en pilules ou dans une potion. D. de Swignac.
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