D. DE S
MARRUBE (Marriihium). § I. Botanique. Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des Labiées. Établi par Tournefort, et admis par Linné, ce genre présente les caractères suivants : Plantes le plus souvent herbacées et \ivaces, à feuilles opposées. Fleurs groupées à l'aisselle des feuilles en cymes figurant des verticilles par leur ensemble. Calice tubuleux à \ 0 stries, à 10 dents, dont 5 plus grandes que les autres, ou à 5 dents égales non épineuses. Corolle bilabiée, à lèvre supérieure droite, linéaire et bifide ; à lèvre inférieure réfléchie, plus large, à 5 lobes. Étamines au nombre de 4, didynames, incluses, placées sous la lèvre supérieure. Anthères didymes, s'ouvrant par une fente longitudinale commune. Fruit à 4 lobes tronqués au sommet, et contenant chacun une seule graine.
Les marrubes croissent surtout en Europe et dans toute la région méditerranéenne. Une seule espèce intéresse la médecine. C'est le Marrube vulgaire {Marnibium vulgare L.), plante herbacée, d'aspect blanchâtre et cotonneux, atteignant 5 à 6 décimètres de hauteur. Ses tiges quadrangulaires portent des feuilles fortement ridées en réseau, blanchâtres et tomenteuses, en dessous ou même sur les deux faces, ovales orbicuJaires, inégalement crénelées. Elles sont portées sur un pétiole canaliculé, assez long pour les feuilles inférieures, beaucoup plus court pour les supérieures. Les fleurs sont sessiles en glomérules serrés à l'aisselle des bractées, et forment par leur ensemble un long épi interrompu, occupant presque toute la longueur des rameaux. Le calice est tomenleux, à 10 dents sétacées, crochues au sommet, fortement étalées à la maturité ; sa gorge est formée par une touffe de poils inclus ; il est accompagné de petites bractéoles subulées. La corolle est pubescente, de couleur blanche; sa lèvre supérieure est divisée en deux lobes qui n'atteignent point son milieu.
Le marrube a une saveur amère, un peu acre, et une odeur forte, désagréable. Les Grecs le préconisaient déjà sous le nom de Prasion, comme expectorant et antiasthmatique. A titre de tonique excitant, on l'utilisait contre l'action des poisons et la morsure des serpents. On dira plus loin ce qu'il faut penser de i'action thérapeutique de ce médicament.
Le nom pharmaceutique du Marruhium vulgare est Marrube blanc (M. album). Le Marrube noir (M. nigrum) des officines appartient à un autre genre; c'est le Ballota fœtida, dont il a déjà été question au mot Ballote.
DioscoRiDE. Materia medica. — Bauhin (J.). Hist. Plantar., III, part. 2, 316. — Lobel. Observât., 278. In Adversaria, 222. — Linné. Spect. Plant., 816. — De Caxdolle. Flore française, 2577. — Bentham in De Candolle, Prodrom. 433. — Grenier et Godro.v. Flore de France, II. — Berg etScuMioT. Darstell. und Beschreib. der Offizin. Gewàchse, III, pi. 24, b.
§ II. Emploi médical. Le médicament employé sous le nom de marrube est constitué par les feuilles et les sommités fleuries du marruhium vulgare, ainsi qu'il vient d'être dit.
MARRUBE (empj"! médical). 145
Pharmacologie. Infusion ; 15 à 50 grammes pour 1 litre d'eau.
Décoction : 50 à 60 grammes pour 1 litre d'eau.
Ce sont les deux formes pharmaceutiques les plus habituelles du marrube ; la première préférable pour l'usage interne, la seconde recommandée pour l'usage externe.
Viennent ensuite un extrait aqueux et un extrait alcoolique, qui ont encore été, le second surtout, employés de nos jours.
On donnait enfin autrefois au marrube les formes de sirop, de suc exprimé, de conserve, de poudre, de vin, d'eau distillée ; on en a extrait une huile essentielle.
U a fait partie de la thériaque d'Androinaque, des pilules d'agaric de Charas, de Vhiera diacolocijnthidos, du sirop de marrube de Mésué.
L'odeur du marrube, surtout à l'état frais, est aromatique, un peu musquée; sa saveur est chaude, amère, un peu acre. Il contient une huile essentielle, un principe amer, de l'acide galhque, un peu de fer. Thorel dit avoir extrait de cette plante une substance alcaloïde, Idimarruhine.
Action physiologique. Le marrube fait partie du groupe des labiées amères aromatiques, et doit à ce double caractère des propriétés toniques et stimulantes, comparables à celle de l'hyssope et du lierre terrestre. Comme à ces deux dernières plantes, dont il est sous ce rapport le succédané, on lui attribue une action spéciale sur la muqueuse respiratoire; et, de plus, comme les amers fétides avec lesquels on lui a trouvé quelque analogie, il exerce une certaine influence sur l'utérus. Enfin il a été invoqué comme diurétique, comme sudorifique, par excitation des systèmes rénal et cutané, et comme désobstruant contre les engorgements abdominaux.
AcTiOiN THÉftAPEUTiQUE. C'est particulièrement contre les affections de poitrine que le marrube a été préconisé ; il y favorise l'expectoration, tout en tendant à modifier et à tarir les sécrétions bronchiques et pulmonaires. 11 a ainsi son utilité dans la bronchite catarrhale et sur le déclin des pneumonies ; on l'a surtout recommandé contre l'asthme humide, la bronchorrhée, la bronchite chronique. On l'a vanté jusque dans la phthisie, oix Alexandre de Tralles, Cselius Aurélianus, Celse en faisaient grand cas ; ils prescrivaient le suc exprimé, édulcoré avec du miel; Celse l'associait en outre à la térébenthine. En somme, comme médicament béchique et pectoral, mais sans lui demander plus qu'il ne peut domier, le marrube n'est pas à dédaigner par les praticiens.
Parmi les modernes, Losecke, Lange, Dehaën, Freind, Forestus, Haller, Fernel, Borelh, Chomel, ont employé et conseillé le marrube, tant contre les affections de poitrine que contre les engorgements du foie et de la rate, et contre l'ictère.
On le trouve encore indiqué contre la chlorose, l'aménorrhée, l'hystérie; contre la gastro-atonie ; contre le scorbut ; contre l'anasarque.
On a cru enfin pouvoir en faire un succédané du quinquina dans le traitement de la fièvre intermittente. Proposé d'abord par Wauteis, il a été expérimenté de nouveau par Thorel, qui dit avoir reconnu à son extrait alcoolique d'activés propriétés fébrifuges {Annuaire de thérap. de Bouchardat, 1849).
Le marrube est donc un agent toni-stimulant et antispasmodique, dont on peut tirer un certain parti dans diverses circonstances.
Il a aussi été employé à l'extérieur, en décoction, contre les engorgements œdémateux et les ulcères de mauvaise nature.
L'extrait alcoolique de marrube se prescrit à la dose de 1 à 5 grammes,
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