MASSA
la cour de Mecklembourg-Schwerin et médecin pensionné du canton de Gnesen. En 1806, il fut nommé professeur de médecine à l'Université de Rostock, et devint enfin premier médecin et conseiller du giand-duc de Mecklembourg. On a de lui :
I. Thèses inaugurales. Gœttingue 1795, in-S». — II. Dissertatio inauguralis de Ycsanik in génère, et pi-œsertim de insaniâ universali. Goeltingue, 1796, in-S". — III. Almanach fur die medicinische, polizeigerichtUche Arzneiwissenschaft und Volksarzneikunde, mit besonderer Hinsicht au f die Medicinal-Bediirfnisse Mecklenburgs fur das Jahr 1797. Scbwerin, 1797, in-S". — IV. Gemeinniitziger Unterricht ûber die Behandlung der Scheintodten, nebst einem Plan zur Errichtung eines Leichenhauses . Schwerin, 1797, m-¥. — V. IJntersuchungen und Beobacktungen ûber naliirlicke, zufàlUge und geimpfte Kuhpocken. Leipzig, 1802, in-8°. — VI. Progr. quid de trismo Sauvagesii dolorifico experientiâ duce statuendum sit. Rostock, 1807. in-4°. — VII. Medicinische Bemerkungen iiber eiiiige altère und neuere Gesetze, besondeis ûber einige Artikel du Code Napoléon. Erste Abtheilung-. Rostock, 1811, in-4°. — YIII. Lehrbuck der gerichtlichen Arzneikunde fiir Revhtsgelehrts. ErsXer Iheil: Propœdeudk zur gerichtlichen Arzneikunde. Zweite, selir verraehrte und verbesserte Ausgabe. Altona,18I2; 2ter Theil : System der gericlitlichen Arzneikunde. Zweite sehr vermehrte und verbesserte Ausgabe. Altona, 1812, in-8°. — IX. Med. Kalender auf das Jahr 1813. Rostock, in-8°. Auf das Jahr 1814. Ibid., in-8». Auf das Jahr 1815, in-8°. — X. Almanach fur Aerzte auf das Jo/ir 1817. Ibid., in-8°. Auf das Jahr 1818. Ibid., in-8\ \l. Grundriss anthropologischer Vorlesungen fur Aerzte und Nichtârzte. Rostock, 1814, in-8°. — XII. Die Hundetollheit, ihre Folgen und Verhutung ; eine zunâchst fiir das nicIUârztliche Publikum entworfene Abhandlung. Stralsund, 1815, in-8°. — XIII. Veber dieHundetollheit und Wasserscheu ; eine fiir jûngere Aerzte getriebene Abhandlung . Rostock, 1815, in-8°. — XIV. Handbuch der Volksarzneiwissenschaft. Ibid., 1818. in-8°. —XV. Handbuch der Medizinal-Polizei-Gesetzgebung ini Grossherzogthuni Mecklenburg-Schwerin . Ibid., 1818, in-S". — XVI. Handbuch der gerichtlichen Arzneiwissenschaft. Erster Band, Ite, 2te, ^iteAbtheilungen; Zweiter Band, Ite Abtheil. i^tendal, 1821-1823, in-8°. Klose a donné la 5= partie de ce manuel de médecine légale en 1831. H. Mr.
IHJlSQUE des FE^ii^nES GROSSES. L'étude des taches fauves qui se montrent fréquemment sur la face des femmes grosses, et qu'Hippocrate avait signalées [quœ utero gerunt in facie macidam hahent quam îu-£n-j vocant)., cette étude rentre naturellement dans l'histoire de la grossesse. Mais il faut remarquer ici que les colorations particuhères, parasitaires suivant les unes, pigmentaires suivant d'autres, appartiennent aussi, quoique moins fréquemment, à la dysménorrhée {chloasma aménorrhéique des auteurs). Il arrive fréquemment alors que le masque disparaît quand se rétablissent les fonctions menstruelles ; mais dans certains cas, il survit plus ou moins longtemps à la cause qui l'avait produit. Tout porte à croire qu'on doit rattacher les colorations du visage à des congestions partielles, de la nature de celles qui déterminent dans d'autres parties du corps, chez les aménorrhéiques, tantôt des taches bleues ou rouges, tantôt des hémorrhagies.
On consultera avec intérêt sur ce sujet, un mémoire inséré par M. Jeannin, dans le tome V de la 2® série de la Gazette hebdomadaire [voy. Aménorrhée et Grossesse). D.
MASSA (Nicolas). Ce médecin est digne de mémoire pour avoir fait partie de cette phalange de savants du commencement du seizième siècle qui ont créé l'anatomie scientifique, et qui, dignes devanciers de Vesale, ont voulu échapper à la tyrannie de Galien, voir par eux-mêmes, et étudier l'homme sur le cadavre. Il peut être mis, à cet égard-là, au rang de Mundini, de .Mathieu Curtius, Gabriel de Zerbis, Alexandre Benedetti, Galeottus Martius, Ale.xandre Achillini, De Cirpo, Jacques Bérenger, Spigell, André de Lacuna, etc. Il naquit à Venise, et moumt dans cette ville en 1569, après avoir obtenu le doctorat à Padoue, et enseigné
MASSARIA. 173
avec éclat l'anatomie. On raconte que sur la fin de ses jours il perdit la vue, et qu'il supporta cette cruelle privation avec beaucoup de courage et de résignation. Ses découvertes, sans être du premier ordre, ont cependant leur iniportauce. On lui doit une description assez complète du péritoine, ainsi que des changements de situation que l'estomac et la vessie subissent dans l'état de plénitude. C'est lui qui a décrit le premier la prostate. Il a décrit la première paire de nerfs clairement, et les muscles du bas-ventre avec plus d'exactitude que ses devanciers. Massa s'est aussi beaucoup occupé de la maladie vénérienne, du morbiis galUcus, comme on appelait cette affection en Italie. On recherche encore aujourd'hui son livre, dans lequel il décrit parfaitement les symptômes de la vérole, qu'il semble, quoique confusément, rattacher à un germe particulier, à un véritable virus. Mais, chose singulière, il donne le foie pour siège à la maladie. Le mercure est le grand spécifique qu'il préconise, et il le recommande surtout en frictions et en fumigations. Les ouvrages de Nicolas 3Iassa portent ces titres :
I. Nicolai Massa, Veneti... Liber de morbo gallico, 1532, in-8°; avecles ouvrages, sur le même sujet, de Jean Almenar, de Nicolas Leonicène et d'Angelo Bolognini. Lugduni, 1534, in-4'' (caractères gothiques). Yenetiis, 1563, in-i", 3» édit. — II. Mcolai Massa, Veneti... liber introductorius anatomiœ, sive dissectionis corporis hurnani, nunc primum ab ipso auctore in lucem éditas, in quo quant plurinia membra, operationes et iitUitatts tant ab aniiquis, quam a modernis prœtermissa tnan i [estant ur.. . Yenetiis, 1536, in-4°. — III. De febre pestilentiali, peteckiis, morbillis, variolis, et aposteniatihuspestilentialibus, ac eorum omnium curatione; necnon de modo' quo corpora a peste preservari debeant. Yenetiis, 1540, in-4''; 1556, in-4='. — lY. Epistolœ médicinales. Yenetiis, t. I, 1542; t. II, 1550, in-4''. — V. Examen de venœ sectione et sanguinis inissione in febribus ex humorum putredine ortis, ac in aliis prœter natuvam affectibus. Yenetiis, 15G0, in-4''. A. G.
1IIA§SIAGE. On explique au mot JL^nipdlation comment le mot Massage répond mal aux pratiques diverses qu'il entend exprimer. Tous les massages sont des manipulations, tandis que toutes les manipulations ne sont pas des massages [voij. Makipulatioi\s) . D.
IHASSARIA (Alexandre.) Très-savant médecin du seizième siècle, né à Vicence vers 1510, et mort à Padoue le 17 octobre 1598. Malheureusement, il ne sut pas s'affranchir de la secte galénique, et il est un des savants du seizième siècle qui combattirent avec acharnement l'esprit de recherches et d'observations qni commençait à exercer un louable empire. Pourtant Massaria avait eu pour maîtres Fraucaziani et Fallopio, et au contact de ces deux hommes illustres, il eiit dû écouter la voix de la raison. Quoi qu'il en soit, on le voit successivement pratiquer avec beaucoup d'honneur la médecine à Vicence, devenir membre de l'Académie Olympique de cette ville, et professeur à l'Université de Padoue, eii remplacement de Mercuriali. C'est lui, dit-on, qui répétait à qui voulait l'entendre, qu'il valait mieux avoir tort avec Galien que d'avoir raison avecles modernes. Cette absurdité a lieu de nous étonner aujourd'hui, et, cependant, il était commun, au seizième siècle, de l'entendre exprimer par des hommes du plus grand mérite, et qui font honneur à leur temps : c'est que la vraie science, la métliode expérimentale, étaient à peine à leur aurore, que les Arabes exerçaient un joug terrible, et que des esprits, d'ailleurs très-élevés, ne saisissant pas encore les idées neuves qui commençaient à germer, professaient, en haine de la droguerie arabique, un véritable culte pour les grands maîtres de l'antiquité. Il était logique que le règne de l'érudition précédât celui de l'observation, et c'est déjà beaucoup que de ramener la première aux bonnes sources.
iU MASSON.
Un fait qui honore particulièrement Massaria, c'est le dévouement sans bornes et le grand courage qu'il déploya pour secourir ses compatriotes dans l'épidémie horrible qui, en 1576, en fit périr les deux tiers.
On a de lui :
I. De peste libri duo. Venetiis, 1579, in-4°. — II. De abusu medicamentorum vesicantium et theriacœ in febnbus pestilentialibus. Padoue, 1591, in-4°; Vicence, 1593, in-4°. — III. Disputationes duce, quarum prima de scopis mittendi sanguinem in febribus, altéra de purgatione inmorborum principio. Vicence, 1598, in-4°; Lyon, 1622, in-4">. — IV. Prœlediones de morbis mulierum, conceptus et parlas. Leipzig, IdOO, in-4° — V. Practica medica seu prœlectiones acadetnicas, continentes methoduni ac rationem cognoscendi et curandi totius humani corporis tnorbos ad nativam Hippocratis et Galeni mentem, cuni tractationibus de peste, affectibus renum, et vesicœ, et de pulsibus et urtnis. Francfort, 1601, in-4'', etc., etc. — VI. Opéra omnia. Francof, 1608, in-lol., etc., etc. A. C.
MASSÉTER (Muscle). Épais muscle de la face, de forme quadrilatère. Il s'attache eu haut au bord inférieur de l'arcade zygomatique et à la partie inférieure de sa lace interne, au moyen d'une forte aponévrose qui s'étend sur toute la partie antérieure du muscle. Celles de ses fibres qui viennent de la partie antérieure de l'arcade zygomatique, se dirigent de haut en bas et d'avant en arrière; celles qui viennent de la partie postérieure de cette arcade descendent verticalement; d'où il résulte deux plans musculaires distincts, le premier superficiel, le second profond, séparés par du tissu cellulaire qufe traverse le nerf massétérin.
Le muscle masséter est recouvert en arrière par la glande parotide, qui en embrasse également le bord postérieur; le canal de Sténon et les branches du nerf facial passent en travers sur sa face externe ; son bord extérieur est longé par l'artère faciale ; sa face profonde est quelquefois séparée de l'articulation teraporo-maxillaire par une bourse séreuse.
Il est animé parle nerf massétérin et reçoit, par sa face profonde, l'artère massétérine.
Il élève la mâchoire inférieure en agissant comme un levier du troisième genre {voy. Face et Mastication). D.
MASiSÉTÉRliV (Nerf). Voy. Maxillaire inférieur (Nerf).
MJlSSÉTÉREME (Artère). Voy. Maxillaire interne (Artère).
MASSICOT. On donne quelquefois ce nom au protoxyde de plomb {voy. Plomb) .
MASSITI]. Nom vulgaire, en Savoie, d'après Mérat et de Lens {Dict. Mat, méd., VI, 250), du Pied de Griffon {Helleborus fœtidus L.).
MASSOM (Antoine), physicien distingué, dont les travaux ont côtoyé de trop près les questions du ressort de la médecine, pour que nous le passions sous silence. Il naquit à Auxonne le 22 avril 1806, el commença, fort jeune encore, par remplir les fonctions de préparateur de chimie à l'École forestière de Nancy ! mais, désireux de posséder des connaissances plus approfondies, il se fît recevoir à 1 École normale, d'où il sortit avec le titre d'agrégé, et la place de professeur de physique au collège de Caen (1851). De là, il fut appelé à Paris, et conquit le titre de docteur es sciences; puis, ayant obtenu, au concours, la place d'agrégé à la Faculté des sciences, il se trouva chargé, pendant trois ans, du cours de physique à
cette B'aculté. Il tut ensuite nommé professeur au lycée Louls-le-Grand et à l'École centrale des arts et manufactures; c'est dans cette situation au-dessous de son mérite qu'il fut laissé vingt ans, cherchant à conquérir, par un travail surhumain, une position plus élevée, à laquelle il se sentait tant de droits. Mais, épuisé avant l'âge, il succomba le 1" décembre 1860, âgé de cinquante-quatre ans.
Masson a publié une série de mémoires très-remarquables sur V électricité, sur la tension des courants induits, sur les mouvements des fluides élastiques à travers les ouvertures percées dans des parois plîis ou moins épaisses ou dans les tuyaux, et, de là, d'importantes considérations sur la production du son et la théorie de la voix humaine, dans lesquelles notre regretté Longet lui prêta l'aide de ses connaissances anatomiques et physiologiques. Ces différents travaux ont été publiés de 1837 à 1868, dans les Annales de chimie et de physique. Le mémoire sur la voix a été inséré dans la Gazette hebdomadaire, 1858, p. 117.
E. Bgd.
MjtSSOT (Écorce de). Écorcè qui se vend à Java et à la Nouvelle-Guinée, comme un excellent remède contre les diarrhées, dysenteries, cohques, etc. Elle est chaude, piquante, aromatique, stimulante, et possède, en un mot, à peu près toutes les qualités des Drimys, de la Cannelle; ce qui n'est pas surprenant, car elle est fournie par une Lauracée, le Cinnamomum Kiamis de Nées d'Esenbeck.
H.BiN.
RosËNTH., Syn. pi. diapkor., 230. — H. Bailion, Hist. des plantes, II, 462, not. 5.
MASSUET (Pierre), né en 1698, à Mouzon-sur-Meuse, près de Sedan. Ilavait d'abord prononcé des vœux à Metz, dans l'ordre des bénédictins, mais bientôt dégoûté de l'état monastique, il s'enfuit en Hollande, où il embrassa le protestantisme, et se fit recevoir docteur à Leyde, en 1729. Plus tard, il alla se fixer à Amsterdam, et mourut le 6 octobre 1776, à Lankeren, près Amersfoor, en Hollande. C'était xm savant distingué, doctus vir, comme le dit de lui le grand Haller ; il s'est, outre la patique de son art, spécialement occupé de sciences naturelles et d'histoire. Nous ne citerons de lui que les ouvrages relatifs aux sciences naturelles.
I. De generatione ex animalculo in ovo. Leyde, 1729, in-4». — II. Recherches intéressantes sur l'origine et la formation des vers à tuyaux qui infestent les vaisseaux et les digues des Provinces-Unies. Amsterdam, 1733, iu-S». — III. Table générale des matières contenues dans l'Histoire et dans les Mémoires de l'Académie des sciences, depuis 1699 jusqu'en 1734. Ibid., 1741, in-4'', ou in-12, 3 vol. — H. Éléments de la philosophie moderne, Amsterd., 1752, in-12, 2 vol. — V. On lui doit encore : 1° la traduction des ouvrages suivants : KuLM. Tables anatomiques. Amsterd., 1734, in-8°, 8 vol. ; 2° De l'amputation à lambeaux par M. Verduijn (avec notes et additions). Paris, 1756, in-8° ; 5° les Essais de physique de Musschenbroek. Amsterd., 1759, in-4°, 2 vol. ; 4» il a collaboré avec beaucoup d'assiduité à la Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de l'Europe, pendant toute la durée de cette publication (1728-53), et surtout à partir de 1741. E. Bgd.
MASTIC. Origine. On donne le nom de mastic à la gomme-résine du lentisque, Pistacia Lentiscus, famille des térébinthacées, en grec paa-t;^/;, de ij.(K(x-:<i.^(ù, je mâche; nom qui résulte de l'emploi de ce produit comme masticatoire dans les pays du Levant.
Quoique le lentisque croisse sur divers points des rivages de la Méditerranée, il n'y fournit pas en tous heux l'exsudation résineuse qui lui donne son prix ; il faut pour cela, non-seulement une température élevée, mais certaines conditions de terroir; car, sous des influences thermométriques à peu près égales, onle voit*
par exemple, en Provence, impropre à l'exploitation à laquelle il se prête admirablement en Grèce. Encore est-ce la Grèce insulaire, autrement dit l'Archipel, qui fournit les meilleurs lentisques masticifères ; et parmi les lies de l'Archipel, c'est Chios, Xîoç (défigurée en français sous les noms de Chio et Scio) qui se distingue par l'abondance de sa récolte et la qualité de ses produits.
Historique. L'usage du mastic comme masticatoire remonte vraisemblablement à une haute antiquité. Cependant, il n'en a pas été fait mention, à ma connaissance, dans les anciens auteurs. Pline, qui nous a laissé des renseignements si précieux sur les usages des anciens, sur leurs agents hygiéniques et médicamenteux, et qui connaissait le mastic produit par le lentisque, constate seulement sa propriété de purifier la bouche (lib. XIV, 36, et XXIV, 74). Il signale aussi (lib. XV, cap. 31) l'emploi alimentaire des fruits dulenlisque, confits à l'instar des olives. D'après MératetdcLens, Galien cite, en le vantant beaucoup, le mastic d'Egypte. Toujours est-il que, lors de leur invasion au quinzième siècle, les Turcs se passionnèrent, comme le peuple conquis, pour le mastic; et sous leur domination, Chios, qu'ils appelaient l'île du Mastic, sakis acîassina, dut à leur prédilection pour la résine délicate et odorante qu'elle produisait, de nombreux privilèges une protection particuhère, des exemptions de dîmes et de corvées. Mais les despotes reprennent assez habituellement d'une main ce qu'ils ont donné de l'autre; ainsi les Turcs réglementaient très-sévèrement, à Chios, la culture des lentisques, ne l'autorisaient que dans certains districts de l'île, accaparaient presque entièrement la récolte du mastic et prélevaient les plus belles sortes pour la Sublime- Porte et pour le Sérail. Grâce à cette culture, jointe à celle de vignobles qui donnaient l'un des vins le mieux famés de la Grèce, Chios jouissait d'une prospérité souvent enviée des îles voisines, jusqu'au jour où, entraînée dans la guerre de l'Indépendance, elle devint le théâtre de l'un des massacres les plus horribles qui aient ensanglanté les eaux de l'Archipel. Restée au pouvoir de ses anciens maîtres, elle a été longtemps à se remettre de la dévastation et de la ruine, et elle a fini néanmoins par recouvrer l'avantage de fournir jusqu'à nos jours le mastic-le plus estimé, et même la plus grande partie, sinon la totalité du mastic hvré au commerce, sa culture étant négligée partout ailleurs.
Pharmacologie. Le mastic s'obtient au moyen d'incisions pratiquées sur le tronc et sur les grosses branches du Pistacia Lentiscus ; l'exsudation se manifeste sous forme d'un suc liquide qui s'épaissit à l'air et se concrète sous forme de larmes dont les unes restent adhérentes à l'arbre, tandis que d'autres tombent à terre; on dispose à cet effet autour du pied de l'arbre des toiles, afin de prévenir le mélange de toute impureté. Cette récolte s'effectue pendant les mois de juillet, août et septembre.
Le mastic de bonne qualité se présente sous forme de petites larmes sphéroïdes de la grosseur moyenne d'un pois ; il en est qui atteignent trois et quatre fois cette grosseur; elles sont alors plus ou moins déformées et aplaties. Les plus pures sont petites et blanches; les autres sont jaunes pâles, ou d'un blanc tirant sur le jaune, plus ou moins recouvertes d'une poussière farinease attribuée au lirottement des larmes l'une contre l'autre, et d'autant plus abondante que le produit est plus ancien. Dépouillées de cette poussière, les larmes de mastic sont translucides ; leur cassure est vitreuse ; leur odeur est un arôme faible, sui generis; leur saveur est d'abord un peu amère, puis aromatique et rappelant l'odeur en somme agréable.
Cette description est faite en présence d'un échantillon de mastic, dit de pre-
mière qualité, envoyé de Constantinople par M. Délia Suda à l'exposition universelle de 1867.
En introduisant dans la bouche quelques lai-mes de mastic et en les mâchant, ces larmes s'aplatissent sous la dent, se tassent, s'agglomèrent, et forment bientôt une pâte blanche, opaque, tenace et ductile. Le mastic qui ne se comporte pas ainsi, qui s'émiette et ne peut former sous la dent une masse pâteuse homogène, est vraisemblablement falsifié par quelque autre produit résineux.
Le mastic est insoluble dans l'eau, soluble en partie seulement dans l'alcool, soluble en totalité dans l'éther et dans l'essence de térébenthine. U est probable que d'autres essences le dissolvent également.
L'analyse chimique du mastic me paraît laisser à désirer. On dit qu'il est composé d'un peu d'huile volatile et de deux résines : l'une, formant presque toute la masse, est soluble dans l'alcool froid ; l'autre ne s'y dissout qu'à chaud, et encore faut-il que l'alcool soit absolu. Cette seconde résine a été considérée comme un principe particulier et nommée masticine (Soubeiran, Traité de pharmacie ; Dorvault, Officine).
J'ai appelé tout à l'heure le mastic une gomme-résine; j'ai peut-être tort; mais en voyant sa solubiUté seulement partielle dans l'alcool, en appréciant la manière dont elle se comporte sous la dent, on est bien tenté de croii'e en effet à sa constitution gommo -résineuse. Je demande donc une nouvelle et rigoureuse analyse pour juger la question.
Formes pharmaceutiques. Poudre de mastic. Résine de mastic. Q. V. Pulvérisez par trituration dans un mortier de fer, et passez au tamis de soie.
Teinture de mastic (Soubeiran). Mastic,!; alcool à 86", 5. Faites macérer pendant 15 jours ; filtrez. 11 vaudrait mieux employer 10 d'alcool, on obtient ainsi la dissolution d'une plus forte proportion de mastic.
Je préférerais une teinture éthérée, que je formulerais dans les proportions données par Soubeiran pour sa teinture alcoolique ci-dessus.
On trouve dans la Pharmacopée universelle de Jourdan plusieurs formules pour l'emploi interne du mastic, toutes plus ou moins défectueuses, souvent compliquées, et d'une utilité contestable.
La pharmacopée de Londres l'inscrit au nombre des éléments de ÏEau de iuce.
Pour l'usage externe, on l'a incorporé à des onguents, pommades, emplâtres, cataplasmes.
On fait entrer le mastic dans quelques dentifrices, élixirs ou poudres.
Où son utilité est plus admissible, c'est dans la préparation des mastics dentaires, dont il est bon, en conséquence, de reproduire quelques formules, sans préjudice de ce qui pourra être dit aux articles carie et dents.
Teinture éthérée de mastic ou mastic pour les dents (Codex). Mastic en larmes choisies, 100 grammes ; éther alcoolisé à 0,76, Q. S. Mettez un excès de mastic par rapport à l'éther, de manière à saturer celui-ci ; après quelques jours de contact, décantez, et distribuez le liquide épais dans des flacons à l'émeri, à large ouverture et de petite capacité.
11 est mieux, à mon avis, d'employer l'éther pur, et des flacons bouchés au liège, ceux à l'émeri pouvant devenir très-difficiles à ouvrir par suite d'interposition de quelques parcelles d'éthérolé déterminant adhérence enlre le bouchon et le goulot.
Dorvault conseille la dissolution du mastic dans le coUodion. Le coUodion seul a été employé par Debout et Strohl {Bull, de thcr. 1850, t. XXXVIII), Dici. t.Nc. 2* S. V. 12
h'odontdîde de Billard est une dissolution éthérée de mastic.
Le ciment oblitérique de Taveau est la même dissolution, additionnée d'alun calciné, selon Soubeiran, d'alumine anhydre d'après Dorvault, de sursulfate d'alumine anhydre d'après le bulletin de thérapeutique (1857, t. XIII). Dans un autre ciment, indiqué par le même bulletin, on fait entrer le tannin (1849, t. XXXVI).
Pour se servir de ces diverses préparations, on en imbibe une petite boule de ouate que l'on introduit, en la tassant, dans la cavité de la dent cariée; l'éther, en se vaporisant, laisse un mastic solide, adhérent à la dent. Toutefois, ce n'est, en général, qu'un mode d'obturation provisoii-e, qu'il faut renouveler plus souvent que les obturants métalliques {voy. Carie dentaire).
Soubeiran recommande, comme étant d'un bon emploi, le ciment ou 7nastic dentaire suivant : Poudre de mastic, grammes, 15 ; poudre de sandaraque, 15; poudre de sang-dragon, 7; poudre d'opium, 1 ; essence de girofles, 1 goutte; alcoolat de cochléaria, S. Q. F. S. A. une pâte épaisse.
Esprit de mastic. On peut donner ce nom à la liqueur fabriquée par les Levantins avec le mastic et l'alcool, et préparée, je crois, en distillant sur du mastic de l'alcool ou de l'eau-de-vie. Cette liqueur est connue dans le Levant sous le nom de mastic, de même que nous nommons absinthe, genièvre, d'autres liqueurs bien connues; elle ne s'appelle pas raki, comme le disent quelques auteurs. Le raki, espèce de rak, est une eau-de-vie de grains qui ne sert que pour le mastic inférieur, tandis que le mastic de première qualité est fabriqué avec de l'alcool de vin. Ce mastic constitue alors une liqueur agréable, moins souvent consommée pure qu'en grog ou étendue d'eau qu'elle blanchit fortement.
Action phïsiologiqde. On peut attribuer au mastic des propriétés analogues à celles des médicaments balsamiques, dont il se rapproche pour l'action plus que des résineux ; si petite que soit en lui la proportion d'huile essentielle, elle n'est donc pas indifférente à son action. Il agit comme un léger excitant et païaît exciter particulièrement la muqueuse digestive. Il serait peut-être dilfîcile qu'il en fût autrement. En effet, lorsqu'on voit la résine du mastic ne se dissoudre qu'incomplètement dans l'alcool, on est porté à craindre que les agents de dissolution qui, dans les humeurs digestives, réagissent sur d'autres résines, n'échouent contre celle-ci. Il ne lui resterait donc, au moins en grande partie, qu'une action topique, ce qui peut être suffisant pour influencer en bien dans certains cas la muqueuse gastro-intestinale, mais aussi ce qui autorise un doute légitime sur une portée quelconque au delà. Nous faisons donc nos réserves relativement à l'influence qu'il peut exercer sur les muqueuses bronchique et génito-urinaire, et, en tous cas, nous la croyons bien faible, bien inférieure à celle des baumes et des térébenthines.
Action thérapeutique. Mérat et De Lens [Dict. de mat. me'd., article Pistacia) ont complaisamment énuméré les maladies contre lesquelles certains voyageurs ont prétendu que le mastic était employé en Orient. J'ai vécu dans le Levant pendant deux années, et je n'y ai jamais remarqué qu'il fût employé à un titre quelconque en médecine. Je constate toutefois que M. Landeyrer, pharmacien du roi de Grèce, et en meilleure position pour observer, l'a vu usité comme agent médicamenteux, notamment, sous forme d'infusion, contre le choléra infantile {Bull, de thérap. 1860, t. LK).
Je l'y ai vu exclusivement employé comme masticatoire; mais, sous cette forme, son usage est général, et ou ne peut plus en faveur, non-seulement chez les individus originaires des contrées levantines, turcs, grecs, arméniens, juifs, mais
encore chez les Francs, ainsi que l'on y a^;pelle les habitants provenant de l'Europe occidentale. Les femmes surtout s'en sen'ent avec passion, et la plupart, hors le temps des repas, en ont constamment dans la bouche. Ce masticatoire n'a pas du moins les inconvénients de beaucoup d'autres, tels que le bétel et le tabac; il n'est ni malpropre, ni irritant, ne provoque qu'une sécrétion modérée de sahve qui ne se crache jamais, et même, avec l'habitude, il ne semble pas exciter outre mesure cette sécrétion. 11 parfume l'haleine, tonifie les gencives et blanchit les dents par le frottement continu que le mastic ainsi réduit en pâte dure exerce sur ces organes. Je crois que les personnes disposées à la carie dentaire se trouveraient bien de son usage.
Les propriétés stomachiques du mastic me semblent les moins contestables de toutes celles qui lui ont été prêtées. Mâché, il livre à la salive qui les transporte ensuite dans l'estomac, quelques particules résineuses et quelques molécules d'huile essentielle qui ne sont pas sans action sur la muqueuse gastrique, stimulent l'appétit et favorisent la digestion. Des effets analogues se produisent si cette substance est ingérée plus franchement et sous d'autres formes dans les voies digestives. Ainsi, dans quelques formules de pilules antecibuin (grains de vie de Mésué, dinner-pills) , nous trouvons l'utile association du mastic avec l'aloès. Le mastic pourrait aussi, comme la myrrhe, avec laquelle il n'est pas sans analogie, calmer les dyspepsies douloureuses.
Quant à ses propriétés anticatarrhales du côté de la muqueuse génito-urinaire, nous n'y croyons guère, de même qu'à l'efficacité que lui attribuent contre la phthisie quelques médecins allemaiids.
Debout dit avoir appliqué le mastic avec succès au traitement de l'incontinence nocturne d'urine. Voici sa formule : Poudre de mastic, 52 grammes ; sirop de sucre, Q. S. pour une masse pilulaire que l'on divise en 64 bols, et en 128 pilules si les jeunes malades avalent difficilement; on peut aussi alors faire un électuaire avec le miel. Si l'enfant a plus de dix ans, les 52 grammes sont pris en quatre jours, 4 grammes matin et soir; au-dessous de cet âge, on met 6 à 8 jours à consommer la dose totale. Si la guérison ne suit pas le premier traitement, on en institue un second de la même manière. Si l'incontinence persiste, on renonce au mastic, convaincu alors d'inefficacité. Mais dans les deux tiers des cas ainsi traités, Debout dit avoir complètement réussi {Bull, de thérap., 1859, t. LYII).
Doses et mode d' administration. Le mastic est une substance assez inoffensive pour être donné à telle dose qu'on le jugera nécessaire à l'obtention d'effets sensibles ; on voit, par la formule qui précède, qu'il peut être prescrit jusqu'à 8 grammes par jour ; mais, selon les cas, une dose moindre pourrait suffire.
Le meilleur mode d'administration et le plus simple est la poudre, enveloppée de pain azyme; peut-être en l'additionnant de bicarbonate de soude favoriseraiton l'absorption de la résine de mastic, association qui favoriserait aussi les effets stomachiques au cas oii ce serait ceux que l'on aurait en vue d'obtenir.
La forme pilulaire rendrait encore plus problématique l'absorption de ce médicament, et priverait en grande partie la muqueuse gastro-intestinale des avantages topiques que la poudre peut procurer en s'étalant à la surface de cette muqueuse.
Quelques grammes de teinture alcoolique ou étliérée de mastic, dans une potion, me paraissent susceptibles de produire de bons effets ; mais mieux vaudrait encore recourir à l'esprit de mastic, pur, étendu d'eau, ou, selon l'indication, associé à d'autres médicaments stomachiques, toniques, antispasmodiques, et en cela analogues à l'esprit de mastic lui-même. Delioux de Sa.vig^a.c«
180 MASTIOàTlON.
MASTICATIOIV. La mastication comprend une série d'actes mécaniques destinés à diviser et broyer les substances alimentaires au moment où elles vont subir dans les sucs gastrique et intestinaux les phénomènes chimiques de la digestion.
La mastication est inséparablement liée à un autre acte également préliminaire de la digestion, V insalivation, qui ne constitue d'ailleurs, ainsi que le premier et contrairement aux opinions anciennes, qu'un fait purement mécanique de ramollissement, dissociation ou dissolution des aliments sans aucune action chimique.
Les animaux présentent , au point de vue de la mastication , des différences infinies qui tiennent aux dispositions mêmes de l'appareil digeslif, à la constitution physique et chimique des aliments, et, pour l'homme, en particulier, aux préparations qu'ils peuvent artificiellement subir.
Considérés dans la série animale, les organes masticateurs suivent à peu près, dans leurs degrés d'évolution, l'échelle même des êtres. Sans parler des espèces les plus inférieures, chez lesquelles le tube digestif ne représente qu'un sac alimentaire à une seule ouverture, et chez lesquelles manquent complètement les actes de préhension et de mastication, il faut s'élever encore assez haut pour rencontrer les premières traces d'organes masticateurs véritables. Ainsi, chez les acéphales, les arachnides, il y a simple pénétration de matières liquides tenant en suspension des substances alimentaires, tandis que les l'ésidus sont éliminés par l'extrémité opposée du tube digestif.
Les premiers organes masticateurs assez nettement définis se rencontrent chez quelques crustacés qui sont pourvus de mandibules cornées disposées en ciseau tranchant. Chez quelques espèces, crustacés suceurs, les mandibules sont remplacées par une modification des lèvres qui constitue une véritable trompe. Certains animaux, manquant complètement de cavité buccale, ont un pharynx garni de petits appendices dentaires, cornés et pointus, qui servent à pratiquer une blessure d'où s'opère la succion du sang, il en est ainsi des hirudinées, des helminthes, etc. D'autres animaux, malgré leur infériorité relative, sont munis d'un appareil masticateur véritable, composé de deux lames cornées, armées ou non de dents, et dont le rapprochement s'effectue latéralement. Les échinodeimes présentent, à cet égard, un développement remarquable, et sont pourvus de moyens masticateurs très-complets.
La plupart des insectes avalent leur proie sans la mâcher ; c'est leur estomac musculeux qui se charge de la fonction dont le siège se trouve ainsi déplacé. Cette disposition se trouve d'ailleurs plus remarquable encore chez les oiseaux.
Les poissons, qui sont particulièrement voraces, possèdent une cavité buccale parfaitement distincte, et cependant ils ingurgitent directement les petits animaux qui se trouvent sur leur passage. Ils ne sont pas toutefois dépourvus de dents, mais ces organes, parleur forme, leur direction et leur disposition, sont bien plus destinés à la préhension qu'à la mastication proprement dite. Certains d'entre eux ont des dents jusque dans le pharynx, les os palatins, l'œsophage, les arcs branchiaux, et c'est en cheminant dans la portion antérieure du tube digestif que les aliments sont déchirés et préparés à la digestion intestinale. Il en est encore de même pour les reptiles, qui avalent leur proie et la font cheminer lentement jusqu'à l'estomac, où s'opèrent à la fois les phénomènes mécaniques et chimiques.
Chez les oiseaux carnassiers, insectivores ou granivores, le bec représente par
excellence un organe de préhension, et c'est l'estomac, pourvu d'un appareil musculeux puissant, qui procède à une véritable mastication.
Ce n'est, en définitive, que chez les mammifères que se rencontre un véritable appareil masticateur, composé d'un squelette garni d'organes durs constituant le système dentaire, lequel est infiniment variable dans la forme, le nombre et la disposition des pièces qui le composent, suivant le régime alimentaire de chaque espèce. La série des vertébrés présente bien effectivement une disposition commune de deux mâchoires placées l'une au-dessous de l'autre, mais c'est chez les animaux supérieurs, les quadrumanes, et surtout chez l'homme, que s'observe l'appareil masticateur dans sa perfection relative la plus complète, et dans l'équilibre le plus parfait des parties qui le composent. Ce sont ces caractères qui fout de l'homme une espèce essentiellement omnivore.
L'appareil masticateur comprend un certain nombre de parties constituantes, qui sont : les mâchoires inférieure et supérieure, les dents, c'est-à-dire les organes masticateurs proprement dits. Quant aux agents de la fonction, ce sont les muscles qui meuvent ces parties, et, comme éléments accessoires : les joues, les lèvres, la langue, parties actives, et la voûte palatine et le voile qui jouent un rôle passif.
Les mâchoires sont au nombre de deux, placées l'une au-dessous de l'autre dans des conditions de rapports parfaits. Cette disposition est, comme nous l'avons dit, commune à tous les vertébrés. La mâchoire supérieure est fixée aux os du crâne, l'inférieure est mobile. La forme générale des deux mâchoires est celle d'un arc plus ou moins allongé et dont l'étendue, dans le sens antéro-postérieur, est en raison directe du degré d'infériorité de l'espèce, et en raison inverse de l'ouverture de l'angle facial. Cette disposition est particulièrement très-frappante dans îa série des races humaines, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le signaler [voy. Bouche, t. X, p. 180. — Voy. aussi Maxillaires (Os)].
Les deux mâchoires sont en rapport direct par une portion du maxillaire inférieur qui forme, avec le corps principal de cet os, un angle à ouverture antérieure et supérieure, et qui va s'articuler à la face inférieure du crâne, en arrière du maxillaire supérieur, au moyen d'uncondyle. Cette portion ascendante du maxillaire inférieur ou branche montante, offre dans la série des mammifères des différences notables. Elle est d'autant plus longue que les phénomènes de la mastication ont besoin d'être plus complets. Son maximum d'étendue se trouve chez les herbivores. Chez les carnassiers, au contraire, elle est fort courte, et l'articulation temporo-maxillaire se trouve presqu'au niveau de la série dentaire. Chez l'homme et les quadrumanes, son importance est à peu près intermédiaire aux deux états précédents, mais elle présente encore de nombreuses variations dans la série simienne. La branche montante, pourvue du condyle articulaire, dont nous étudierons plus loin le mécanisme, est plus ou moins large, toujours dans le sens antéro-postérieur. A son extrémité céphalique, elle se bifurque et, tandis que la saillie postérieure porte le condyle, l'antérieure présente une apophyse, l'apophyse coronoïdc dont le volume est proportionné au volume même du muscle qui y prend insertion, le temporal. De cette double disposition dépend la plus ou moins grande énergie des actes masticateurs. Il en est de même des rapports du condyle avec cette même apophyse ou avec la série dentaire, c'est-à-dire le niveau de la dernière molaire. De la distance comprise entre le sommet de l'apophyse et le condyle, dépendra, en effet, la puissance du levier, tandis que la résislance variera suivant l'intervalle compris entre le condyle et la dernière molaire. Dans
tous les cas, c'est toujours au niveau de cette dernière que se rencontre le maximum de puissance masticatrice. Chez les carnassiers, les dispositions réciproques des mâchoires présentent, d'une part, une grande longueur de bras de levier, le maxillaire inférieur s'allongeant considérablement, tandis que, d'autre part, l'apophyse coronoïdetrès-développée, donne insertion à un temporal énorme. On adonné comme explication à cet arrangement la faculté pour ces animaux de fournir un large écartement des mâchoires pour saisir plus aisément leur proie. Les rongeurs présentent, au point de vue de la physionomie des organes masticateurs, une particularité remarquable : c'est la largeur extrême de la branche montante, de sorte que l'apophyse coronoïde surplombe les dernières molaires. Nous trouvons l'explication de cette disposition dans la nécessité d'assurer une grande puissance aux dents incisives qui jouent, comme on sait, chez ces animaux, un très-grand rôle dans les fonctions de la bouche pour couper les herbes, les racines, les écorces d'arbres, etc.
A ces remarques touchant le volume et l'importance de la branche montante, nous rapprocherons les variations dans l'ouverture de l'angle du maxillaire inférieur : presque effacé chez les cétacés, il est très-ouvert chez les carnivores, et il se rapproche de l'angle droit chez les herbivores, les singes et l'homme. Chez ce dernier il offre encore, suivant les âges et aussi suivant la race, des différences sur lesquelles nous avons insisté dans un autre article de ce Dictionnaire {voy. Bouche, loc. cit.).
Si nous étudions maintenant la constitution anatomique de l' articulation temporo-maxillaire, nous trouvons à mentionner des considérations importantes : d'une manière générale l'étendue des surfaces articulaires, tant du côté du condyle que de la cavité glénoïde, est toujours en rapport avec les nécessités d'une mastication plus prolongée et plus complète. Chez certaines espèces (putois, etc.), la cavité articulaire du temporal est bornée en avant et en arrière par deux saillies tellement prononcées, que le condyle n'est pourvu que d'un mouvement transversal très-restreint, qui rend presque nulle la mastication proprement dite.
Chez les rongeurs, le condyle ainsi que la cavité glénoïde ont une direction artéro-postérieure très-marquée, de sorte qu'au mouvement d'abaissement du maxillaire inférieur, s'ajoute un mouvement qui permet la trituration antéro-postérieure si remarquable, par exemple, chez les lapins.
Les herbivores et, en particulier, les ruminants offrent une disposition remarquable, et tandis que le condyle est peu volumineux, la cavité glénoïde est extrêmement étendue, plutôt convexe que concave, ce qui permet à la mâchoire inférieure des mouvements dans tous les sens, disposition tout à fait en rapport avec le rôle important des molaires aux dépens de celui des incisives, qui manquent, comme on sait, à la mâchoire supérieure, excepté chez les solipèdes.
Il est d'autres animaux chez lesquels les mouvements articulaires des mâchoires sont relativement bornés, ce sont les carnassiers. La cavité glénoïde est alors très-creuse, et le condyle est dirigé dans le sens transversal avec une légère obliquité postérieure, ce qui limite les mouvements du maxillaire inférieur au seul sens vertical.
Les dispositions les plus favorables, les mouvements les plus variés et les plus complets se rencontrent chez l'homme en raison de la constitution des parties : le condyle présente une direction qui peut être regardée comme intermédiaire entre celle des carnassiers et celle des rongeurs. Le condyle est un peu oblique d'avant en arrière et de dehors en dedans ; la cavité glénoïde est, de son côté,
plus étendue que la surface articulaire coaJylieuae, de sorte que, outre les mouve.uents d'abaissement fort étendus que possède le maxillaire inférieur, les mouvements de latéralité et ceux d'arrière en. avant sont très-notables. La cavité articulaire offre, en avant des condyles, une saillie qui rappelle un peu la disposition des carnassiers et qui, dans certains cas de laxité des ligaments articulaires, se trouve dépassée par le condyle, et peut produire certains bruits de craquement qu'on constate chez quelques sujets, et entraîne parfois la luxation de la mâchoire.
Les physiologistes se sont préoccupés depuis longtemps de la détermination de l'axe du mouvement de la mâchoire inférieure. La plupart d'entre eux ne prenant en considération que les seuls mouvements d'abaissement et d'élévation de la mâclioire, ont admis un axe fictif qui passerait au niveau des trous dentaires inférieurs : ce résultat est erroné. Si nous considérons que les mouvements sont complexes, nous trouverons la fixation du centre de mouvement dans le procédé dû à Longet : la bouche étant largement ouverte, si l'on prolonge en arrière, d'une part, le plan horizontal qui passe au niveau des dents de la mâchoire supérieure, et d'autre part le plan ascendant qui passe au niveau de l'arcade dentaire inférieure, on reconnaît que les plans se rencontrent en une ligne qui passerait vers le milieu des deux apopliyses mastoïdes. On a aussi longuement agité la question de savoir si la mâchoire supérieure fixée à. la face et au crâne concourait à l'ouverture de la bouche. Malgré les assertions formelles de Monro, Winslow, Bordeu, etc., il est de toute évidence que le maxillaire supérieur reste absolument fixe et horizontal dans les mouvements masticateurs. La tète n'exécute donc aucun mouvement.
Les agents de la mastication consistent dans un appareil musculaire divisé en deux séries d'actions opposées, les muscles élévateurs et les muscles abaisseurs de la mâchoire inférieure. A ces deux sortes d'agents nous devons ajouter quelques muscles dont les contractions produisent des mouvements de diduction et de propulsion. Ils seront les muscles triturateurs par excellence.
Les muscles masticateurs sont le temporal et le masséter. Le volume de ces muscles, chez l'homme, n'est pas considérable; il acquiert sou summum chez les carnassiers et devient rudimentaire chez les édentés. Il n'en faudrait pas conclure que chez l'honuue la puissance des actes masticateurs soit bornée; il n'en est rien; seulement cette puissance réside surtout dans la brièveté de l'arcade dentaire dans le sens anléro-postérieur, plutôt que dans l'énergie musculaire ellemême.
Les agents d'abaissement de la mâchoire inférieure sont les muscles sus-hyoïdens, le digastrique et jusqu'au peaucier. Toutefois, il est utile de remarquer quelle énorme différence de puissance musculaire sépare les muscles élévateurs des muscles abaisseurs au profit des premiers. C'est ce qui explique l'impuissance relative des abaisseurs dans les cas de rétraction morbide des élévateurs ou de lésion articulaire, et la persistance, souvent très-grande, de l'occlusion partielle ou totale de la bouche.
Tous les autres mouvements du maxillaire inférieur, ceux de latéralité, de propulsion ou de rétropulsion sont dus aux muscles ptérygoïdiens externes et internes, dont l'action est alternative et antagoniste. Les ptérygoïdiens externes agissent spécialement sur le condyle, et les internes sur l'angle de la mâchoire. Ces muscles n'ont pas chez l'homme un très-grand développement relatif; mais on les retrouve très-volumineux chez les ruminants et surtout chez les rongeurs, oiî ils sont en rapport avec l'intensité des mouvements de latéralité. Après l'étude
des mâchoires et de leurs rapports réciproques, nous devons fournir quelques indications sur les dents considérées exclusivement au point de vue des actes masticateurs.
Les dents, dans la série des vertébrés, présentent de nombreuses variations de forme, de nombre et de disposition. Nous avons vu plus haut que le système dentaire offre toujours un développement proportionnel à l'énergie des actes masticateurs. Chez les vertébrés qui déglutissent leur proie directement, il manque ou reste destiné à un rôle de préhension simple ou de défense : tels sont les poissons, les reptiles, les oiseaux. C'est chez les mammifères qu'on observe son développement le plus grand, et chez l'homme qu'il acquiert sa perfection relative la plus élevée. On doit, à cet égard, ranger les dents sous trois types : les incisives, les canines et les molaires.
Les dents présentent, à leur tour, dans leur physionomie et leur arrangement réciproque, des oscillations considérables : chez l'homme et les anthropomorphes, la série est continue sans interruption, en présentant, des incisives aux molaires inclusivement, un volume croissant. Nous citerons toutefois, chez certains anthropomorphes, un plus grand développement relatif de la canine, qui devient alors un moyen de défense, et non un agent de mastication, le mode d'alimentation de ces animaux n'en justifiant nullement la présence. Chez les carnassiers, qui, en raison de la nature de leurs aliments, doivent exécuter de grands efforts, le système dentaire est composé de pièces qui sont toutes aiguës et tranchantes. Les herbivores sont les premiers mammifères chez lesquels disparaît la canine d'abord, puis les incisives supérieures pour certains d'entre eux. Les aUments, aussitôt saisis par la partie antérieure de la bouche, sont portés sur les molaires, (jui ont un très-grand développement, et là ils sont lentement triturés et broyés. 11 en est de même des rongeurs, chez lesquels manque la canine, et dont le mode d'alimentation et les actes masticateurs sont très-analogues à ceux des herbivores proprement dits. Chez l'homme, l'organisation dentaire présente toute l'harmonie désirable, au point de vue de l'ahmentation variée qui le caractérise. Les aliments, saisis et déchirés par es incisives et les canines, sont portés entre les molaires, qui les divisent, les triturent et les réduisent en cette masse molle et pulpeuse qui constitue le bol alimentaire.
Si nous examinons maintenant l'acte masticateur dans son ensemble, nous constaterons les particularités suivantes : Au moment où une certaine quantité d'ahments se trouve introduite dans la bouche, elle éprouve d'abord, au centre de la cavité buccale, un moment d'arrêt fort court, pendant lequel la salive l' entoure et la pénètre. Si la masse est molle, le phénomène peut être le seul, et la déglutition se fait directement. Si, au contraire, elle est dure, elle est portée entre les molaires, et, suivant sa résistance physique, sur un point plus ou moins rapproché de l'angle de la mâchoire inférieure. Sa trituration s'effectue alors sans que cesse l'intervention salivaire, qui est permanente pendant toute la durée de l'acte masticateur. La trituration des éléments a pour effet, en écrasant la masse alimentaire, d'en rejeter des portions en dedans et en dehors de l'arcade dentaire; alors interviennent, d'une part, les joues et les lèvres, qui repoussent entre les dents les aliments, et, d'autre part, la langue qui, dans la direction opposée, remplit le même office. La trituration s'opère donc de nouveau, et ainsi successivement un nombre de fois variable. C'est pourquoi les contractions des joues et les mouvements de la langue alternent constamment avec le mouvement de resserrement des mâchoires. Lorsque, au contraire, celles-ci sont écar-
tées, les joues, les lèvres, la langue, entrent en activité pour rassembler les parcelles alimentaires et les porter de nouveau entre les arcades dentaires. Lorsqu'enfin la masse est suffisamment préparée, elle ss trouve, par les mouvenients combinés des parois buccales et de la langue, portée vers le centre de la bouche sur la convexité que présente la base de la langue. Elle y prend la forme que lui impriment les parties, et y séjourne un instant avant que s'opère le premier temps de l'acte de la déglutition qui la pousse dans les voies digestives. Avec la mastication se terminent les actes volontaires de la digestion, s. l'exception, toutefois, du premier temps de la déglutition. Tous les phénomènes ultérieurs sont absolument involontaires.
Ainsi qu'on le voit, les phénomènes masticateurs sont complexes ; ils exigent pour être normaux un ensemble harmonique de toutes les parties qui y concourent, et une coordination parfaite des agents qui meuvent les parties. Aussi la complexité même de ces actes est-elle la raison des troubles si fréquents qui surviennent dans la mastication, par suite des perturbations physiques ou fonctionnelles de la bouche. Nous avons déjà insisté longuement dans un autre article sur la part qui revient aux dents dans les causes de troubles des fonctions buccales {voy. Bouche, loc. cit., p. 209). Nous n'y reviendrons pas. Seulement, nous devons ajouter quelques remarques touchant certains troubles provenant de lésions des joues, des lèvres, de la langue, etc. Une cause fréquente des troubles de la mastication est la paralysie faciale qni, immobilisant les joues, laisse incomplète la mastication, en même temps que des fragments alimentaires séjournent dans la gouttière extérieure de la bouche. Toutefois, il est digne de remarque que les rpouvements mêmes des mâchoires ne sont nullement troublés par la paralysie faciale, ce qui tient à ce que, de tous les muscles de la face, le masséter, seul, échappe à la distribution nerveuse de la septième paire, et reçoit son filet du maxillaire inférieur. A cette remarque, nous en ajouterons une autre, c'est que, par contre, le tic douloureux qui siège essentiellement dans la cinquième paire, est provoqué ou rappelé par le mouvement des mâchoires, d'où la crainte des malades de voir reparaître les crises au moment des repas. Les lésions de la langue n'ont pas moins de gravité que celle des lèvres et des joues, au point de vue de la mastication. Nous devons même ajouter que la mastication n'est pas seule troublée alors, mais bien aussi Tinsalivation et la déglutition. Nous ne pouvons envisager ici toutes les perturbations qui résulteraient des lésions si variées des mâchoires, de l'articulation temporo-maxillaire ou de l'appareil musculaire lui-même. Nous signalerons seulement un cas fréquent de rétraction des muscles élévateurs et, en particulier, des masséters sous l'influence de cer-' taines lésions dentaires ou des.phlegmasies de la face. Cette rétraction peut être partielle ou complexe. Dans -le deuxième cas, la mastication peut être rendue absolument impossible, par le rapprochement complet des mâchoires, et l'alimentation du sujet doit se faire avec des substances liquides, ingérées, soit par la bouche, au moyen du passage qui reste pratiquable au delà de la tubérosité du maxillaire supérieur, soit par un vide dans la série dentaire. Chez l'homme, toutefois, les troubles de la mastication sont le plus souvent susceptibles d'être atténués ou supprimés par divers procédés. S'ils proviennent des joues, des lèvres, de la langue, la thérapeutique des causes de troubles doit être invoquée; s'ils proviennent des dents ou des mâchoires, la prothèse intervient utilement, comme on sait. Enfin, dans les différents cas, il y a dans notre état de civilisation des ressources infinies pour la préparation et la coction des aliments, de
18Fi MASTICATOIRES.
sorte qu'à la rigueur ceux-ci peuvent être amenés, par des procédés artificiels, à un tel état, que la mastication peut être, à la rigueur, réduite à un rôle, sinon absolument nul, du moins partiel ou secondaire. E. Magitot.
MilSTICALTOIRES. Les masticatoires sont des substances molles ou solides, que l'on introduit dans la bouche, et que l'on mâcbe pour deux genres de motifs ; comme passe-temps, comme plaisir, et pour satisfaire ainsi la sensualité ou obtenir des modifications agréables du système nerveux ; comme médicaments, et pour en retirer en conséquence des effets thérapeutiques. Les masticatoires font donc question d'hygiène ou de matière médicale; ils doivent être envisagés sous ce double point de vue.
Tous les masticatoires excitent plus ou moins la salivation; cette sécrétion résulte, non-seulement de l'irritation locale déterminée par les composants de plusieurs d'entre eux, mais du fait seul de la présence permanente d'un corps étranger dans la bouche, et surtout de l'acte de la mastication. Le mâchonnement des substances les plus inertes, les plus insipides, provoque l'afflux de la salive. Tous les masticatoires sont donc des sialagogues, et ceux-ci n'agissent, comme leur nom l'indique, qu'autant qu'ils sont employés sous forme de masticatoires; en d'autres termes, leurs effets spéciaux dépendent de leur action topique, et sont favorisés par la contraction maxillaire. 11 n'y a, ainsi que CuUen l'a justement fait remarquer, qu'un seul sialagogue interne : c'est le mercure. Mais il ne viendra à l'esprit d'aucun médecin sensé de prescrire le mercure, dans le but de provoquer l'hypercrinie salivaire; la salivation est un accident, un inconvénient, un danger même de la médication mercurielle ; pour la déterminer, nul n'est autorisé à recourir qu'aux sialagogues externes ; et ceux-ci alors étant administrés sous forme de masticatoires, il en résulte que les masticatoires et les sialagogues, sans être pour cela synonymes, ne peuvent pas être séparés en deux ordres dans la matière médicale ; que les premiers sont la forme pharmaceutique des seconds, et que l'histoire des uns et des autres se fusionne.
Cependant, ne méconnaissons pas qu'un long usage des sialagogues émousse, et la sensibilité locale de la muqueuse de la bouche, et la sensibihtê réflexe des glandes salivaires. Beaucoup de fumeurs, par exemple, arrivent à ne plus saliver en brûlant une pipe, un cigare ou une cigarette. En revanche, les chiqueurs de tabac salivent toujours plus ou moins ; il en est de même des chiqueurs de bétel. Mais les masticatoires, composés d'éléments ppu excitants, tels que le mastic et la myrrhe, finissent généralement, comme je l'ai dit à l'article Mastic, par ne plus déterminer un accroissement notable de la sécrétion salivaire.
Après l'action sialagogue, commune aux masticatoires, examinons l'action spéciale des plus connus et des plus usités.
Dans le premier des deux genres que nous avons établis en commençant, nous trouvons le tabac, le bétel, la coca, le mastic et la myrrhe. Nous n'entrerons pas, "bien entendu, dans les détails que comportent, seuls, les articles relatifs à ces substances, ainsi qu'à celles qui seront énumérées plus bas, articles auxquels nous renvoyons {voy. Bétel, Coca, Mastic, Tabac) ; un exposé succinct de leur emploi comme masticatoires et de leurs propriétés comme tels suffira ici.
La chique, autrement dit le tabac mis en masticatoire, est incontestablement le plus malpropre de tous, sinon, en outre, le plus nuisible. Elle empuante l'haleine, jaunit et déchausse les dents, et provoque l'expuition la plus déplaisante. C'est une grande erreur, de la part de certains auteurs, et entre autres de
MÂSTICA.TOIRES. 187
Guersent (art. Masticatoire du Dictionnaire de médecine, 2* éd.), de croire qu'elle prévient les fluxions et les inflammations chroniques de la bouche et même le scorbut; le tabac ne jouit d'aucune propriété prophylactique contre l'affection générale qui constitue cette cachexie; et quant aux altérations buccales, il est plus apte à les produire qu'à les prévenir. Si la chique a un avantage, c'est d'engourdir, de tromper le sentiment de la faim, d'aider ainsi à supporter le jeune. Est-ce à dire que le tabac possède la propriété, dont on gratifie la coca, de ralentir les actes désassimilateurs, et d'amortir, par suite, le besoin de réparation organique? Je ne le pense pas, et je crois plutôt que, narcotisant jusqu'à un certain point le nerf grand sympathique, il atténue, il suspend momentanément l'appétence pour les aliments. Le tabac fumé, du reste, produit un effet analogue. Le chiqueur et le fumeur attendent plus patiemment leur repas; ils mangent moins même que ceux qui n'ont pas leur habitude; mais ils boivent davantage. Le tabac coupe la faim, mais il altère. Certes, l'organisme ne gagne rien à ce change. En outre, la chique, par un long séjour dans la bouche, prête mieux que tout autre mode d'user du tabac, à l'absorption de ses principes toxiques; il est impossible que quelcpies parcelles n'en pénètrent pas avec la salive dans l'estomac. Aussi l'abus est-il plus dommageable pour celui qui mastique le tabac que pour ceux qui le fument ou le prisent.
Le bétel, ou masticatoire indien, sous bien des rapports, n'est pas plus justifiable que la chique. Avec la prétention que, du moins, n'a pas celle-ci d'embaumer la bouche, il arrive le plus souvent, par les désordres qu'il y laisse, à la rendre infecte et hideuse. Mais il ne paraît pas avoir d'inconvénient pour la santé, sauf une légère ébriété qu'il détermine parfois, ainsi qu'une certaine excitation des sens. On lui attribue même quelques avantages, qui seraient précieux sous les climats où règne si universellement l'habitude d'en user. "Ses principes, en partie introduits dans les voies digestives, y détermineraient une action tonique, communiquant à l'organisme la force de résister à l'influence déprimante des chaleurs tropicales et à l'atteinte des maladies endémiques, particulièrement de la dysenterie. Sa composition justifie jusqu'à un certain point ces présomptions; elle consiste eu feuilles de poivre bétel, noix d'arec, cachou, et un peu de chaux : mélange de substances stimulantes et toniques astringentes, pouvant avoir, en effet, son utilité dans les conditions climatériques où il est employé. Ayant suffisamment envisagé tout ce qui a rapport au bétel, dans l'article que nous lui avons consacré, nous n'y insisterons pas davantage, et rappellerons que dans les Indes orientales ce masticatoire varie dans sa composition selon les lieux, selon le goût et la fortune des individus.
Les Indiens du Pérou ont un masticatoire dont on dit des merveilles, c'est la feuille de coca, assaisonnée de chaux, laquelle, mâchée continuellement, suspendrait pendant un jour entier le besoin d'alimentation, et leur permettrait ainsi de faire de longues courses, de vaquer à de durs travaux, sans avoir à se préoccuper de leur nourriture. Les effets de ce masticatoire sont appréciés dans l'article Coca.
Enfin, la résine-mastic sert de masticatoire dans l'archipel grec et les pays qui l'avoisinent. La myrrhe sert au même usage en Egypte et en Abyssinie. Ces deux substances, que, d'ailleurs, nous retrouvons, dans plusieurs formules de masticatoires, inscrites dans les pharmocopées, ont, et surtout la seconde, une valeur médicale incontestable. Elles parfument réellement la bouche, celles-là, bénéfice positif pour la conservation des dents; elles tonifient les gencives; et, de plus,
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leurs principes volatils et résineux, importés par la salive dans l'estomac, exercent souvent une salutaire influence sur les lésions nerveuses de cet organe.
Ce n'est point aux prescriptions médicales qu'est dû l'emploi le plus fréquent des masticatoires. La preuve en est que ceux que nous venons de passer en revue sont les plus usités. Fantaisie, mode, recherche et désir de sensations nouvelles, de diversion dans l'ennui, d'occupation dans le désœuvrement, voilà ce qui en inspire l'essai, dont la répétition dégénère bientôt en habitude, et crée un besoin i'actice, aux sollicitations impérieuses duquel on ne peut plus échapper. Désintéressée dans ces pratiques, la thérapeutique ne doit avoir en vue que les masticatoires pouvant agir réellement comme médicaments. C'est de ceux-ci maintenant que nous allons nous occuper.
Ces masticatoires sont simples ou composés.
Dans les premiers, nous trouvons : les racines de guimauve et de réglisse, que l'on donne à mâchonner aux jeunes enfants souffrant des douleurs de la première dentition, tant pour produire des effets émollients, adoucissants et, par suite, un peu calmants sur leurs gencives enllammées, que pour aplatir la gencive sur la dent prête à percer et favoriser sa sortie de l'alvéole, que pour satisfaire aussi au désir de mâcher, de mordre même, que sollicite le prurit de la dentition. Nous y trouvons encore la racine de rhubarbe que, d'après une méthode ancienne, renouvelée par Martin Solon, et recommandée par Giacomini, on fait mâcher le matiy à jeun. Quoique, à l'occasion, la muqueuse buccale puisse bénéticier de l'action topique de la rhubarbe, substance tonique amère, comme on recommande en même temps aux malades d'avaler la salive et ensuite la racine après qu'elle a été suffisamment mâchée, c'est là plutôt un mode d'administration de la rhubarbe qu'un masticatoire proprement dit.
(hi trouve encore dans les masticatoires simples, c'est-à-dire comme substances que l'on emploie isolément à cette intention, les racines de pyrèthre, d'iris, de gingembre; les tiges d'angélique, d'impératoire ; les feuilles de cochléaria, de cresson de Para {Spilanthus oleraceus), et de cresson des Indes {SpUanthns acmella). CuUen indique la racine fraîche de raifort sauvage comme le masticatoire sialagogue le plus efficace.
Les masticatoires composés se préparent en mélangeant entre elles plusieurs des diverses substances qui viennent d'être citées, auxquelles s'en ajoutent d autres encore. Tantôt on pulvérise certaines de ces substances, et après leur mélange on les enferme dans un nouet de linge; tantôt, si ce sont des feuilles surtout, on les tasse, on les roule en boule, on en fait une espèce de chique, et l'on y fait parfois entrer des fruits, tels que des graines de poivTiers, des semences de cardamomes, des piments, des clous de girofle ; d'autres fois, enfin, on incorpore les ingrédients du masticatoire avec une térébenthine ou un baume semi-liquides, ou bien encore avec de la cire, et l'on partage cette masse en bols.
Voici quelques exemples de ces médicaments composés (Jourdan, Pharmacopée universelle ; Dorvault, Officine) :
Masticatoire aromatique, de Rolland. Myrrhe, 4; camphre, 4 ; cannelle, 3; térébenthine cuite, 16. Pulvérisez la myrrhe et la cannelle, et incorporez les deux poudres dans la térébenthine fondue avec le camphre.
Masticatoire irritant de JinÛev. Mastic pulvérisé, 6 ; liquidambar, 5 ; faites fondre et ajoutez : pyrèthre pulvérisé, 2; piment capsique pulvérisé, 1.
Masticatoire de mastic et de gingembre. Mastic, gingembre, cire blanche, âà. P. E. Faites des trochisques de 20 centigrammes.
MASTITE. 189
On fait parfois entrer dans les masticaton-es du quinquina et du charbon. On peut y faire entrer, d'ailleurs, toute substance sur laquelle on croirait pouvoir compter, soit pour modifier en un sens déterminé la muqueuse de la bouche, soit pour surexciter la sécrétion de ses follicules muqueux et des glandes salivaires. Mais c'est surtout la production de ces phénomènes hypercriniques que l'on recherche ordinairement, comme ou le voit d'après la composition habituelle des masticatoires, dont les éléments sont empruntés, la plupart du temps, aux stimulants et même aux irritants.
Moyens assez usités jadis de la médecine humorale, ces médicaments étaient principalement considérés comme propres : i° à dériver, par une sorte de contreflux, les fluxions établies sur divers points de la tète, névralgies et rhumatismes péricràniens et circum-maxiSaires, ophthalmies, coryzas, otorrhées; 2" à résoudre, par une sorte de dégorgement, les indurations ou tuméfactions chroniques des glandes salivaires et des ganglions cervicaux ; succès possible dans ce second genre de cas, mais douteux pour la plupart des cas du premier genre. On les conseillait également contre les lésions du cerveau entraînant l'affaiblissemeut des sens, comme un moyen de stimuler ce centre d'innervation, et l'on allait jusqu'à les croire capables de détourner une apoplexie imminente. Enfin, leur action excitante était particulièrement invoquée contre les paralysies de la langue.
Là ou ailleurs on interprétait leur action excitante, locale d'abord, puis sympathique, par leurs effets topiques plus ou moins irritants ; leur action dérivative, par le flux salivaire qu'ils provoquaient, évacuation favorable pour des maladies auxquelles étaient presque constamment attribuée une cause humorale. Il faut dire aussi que la salivation ayant parfois été observée, peut-être plus souvent supposée comme une crise heureuse dans certaines évolutions morbides, on l'invoquait comme une solution, en la sollicitant par les masticatoires sialagogues.
Aujourd'hui, nous sommes loin de ces idées, et déshabitués de l'emploi des masticatoires, k titre de moyens thérapeutiques. Ces moyens, notre expérience nous empêche de les juger complètement. Pour se former une opinion sérieuse à leur égard, il ne faut pas les laisser dans l'oubli, mais en faire, à l'occasion, une application rationnelle. Il est peu probable que beaucoup d'avantages, gratuitement prêtés, se vérifient ; mais il en est d'autres qui pourraient se confirmer, tels que la résolution des engorgements salivaires, tonsillaires, peut-être même cervicaux.
Il est incontestable que les masticatoires seraient un moyen souvent efficace, comme ils l'ont été jadis, de modifier, selon leur composition qui varierait d'après l'indication, diverses lésions de la muqueuse buccale; de prévenir ou de borner la carie dentaire ; de corriger la fétidité de l'haleine. En tous cas, ils ne devront jamais contenir de substances capables de nuire, ni par une action locale trop vive, ni par leur action générale, si leurs principes venaient à être absorbées, soit par la muqueuse buccale, soit par celle des voies digesti\es.
Delioux de Savignac.
Bibliographie. — Delics (H. F.). Diss. de medicamentffi'iim maslicatorium usu etprœstantia. Erlangfe, 1766. — Culles. Matière médicale. — Mérat et Delens. Dict. univ. de matière médicale, art. Masticatoires. — Gdersest. Dict. de médecine, 2» édit., art. Masticatoires.
D. de s.
BIASTITE. Vo}). Mamelles.
190 MASUYER.
MASToirDE (Apophyse). Voy. Crasse et Temporal (Os).
ISUSToÏdie]!! (Nerf). Voy. Cervical (Plexus).
MASTOIDIEIVIVE (Artère). Voy. Occipitale (Artère).
MASTlIBBATIOlIV. VoiJ. OnAiMSME.
MASUYER (Marie-Gabriel). Médecin et chimiste distingué, né à Bellevesvre (Saône-et-Loire), le 11 février 1761, étudia la médecine à Montpellier, où il se fit recevoir docteur le 10 juillet 1783, et fut, l'année suivante, agrégé au collège des médecins de Dijon et membre associé de l'Académie des sciences, arts, etc., de cette ville. Telle était l'estime qu'il avait su inspirer par son savoir et ses talents qu'à peine âgé de vingt-sept ans, il fut choisi, en 1786, pour remplacer le célèbre Maret, comme professeur de matière médicale et de chimie. Le renversement des facultés pendant la Révolution, l'obhgea de prendre du service dans les armées; mais, dès l'année 1798, on le nomma professeur de chimie et de pharmacie à l'école de Strasbourg qui venait d'être constituée. C'est là qu'il passa sa vie toute de labeur et d'études incessantes sur les phénomènes de la nature. Cet homme distingué, simple et modeste autant que savant, succomba, eu 1849, aux accidents d'une hernie étranglée.
M. Coze, doyen de la faculté de Strasbourg, son élève, a résumé ainsi les travaux de cet éminent professeur. «De 1785 à 1800, Masuyer livre à l'impression quatre volumes de sa traduction du Journal anglais de médecine: en 1801, un discours sur la doctrine de Brown, et sur les systèmes eu médecine ; puis des observations sur la nouvelle organisation de l'art de guérii\ 11 traduit et annote bientôt après la chimie de Thomson. A ses expériences cliniques sur l'emploi de l'acétate d'ammonisque dans le typhus, de l'acétate de potasse dans le traitement des hydropisies, succèdent de nombreux travaux sur le chlorure de chaux comme moyen désinfectant. Eu 1814, il extrait la gélatine des os pour venir en aide à la classe indigente alTamée par le blocus de Strasbourg. L'année suivante paraît le premier volume du Précis d'un cours de chimie ; puis, notre infatigable collègue reprend ses études sur l'acétate d'ammoniaque ; il montre la valeur et la promptitude de ce contre-poison de l'ivresse. 11 cherche ensuite à blanchir le chanvre sur sa tige ; il étudie la (question de l'identité de l'électricité et du fluide magnétique ; il expose ses vues sur le rôle des alcalis dans l'économie animale et sur la préférence à donner à la potasse dans le traitement alcalin des atfections goutteuses ; la publication d'un travail philosophique sur la nécessité et sur l'expérienpe comme critérium de la vérité ; celles d'une nouvelle théorie sur la nature et sur le traitement du choléra sont suivies d'un aperçu sur les conséquences que pouvaient entraîner plus tard l'énorme consommation de houille occasionnée par la multipucité des chemins de fer (Gaz. méd. de Strasb,, 1850, p. 33). )) '
Voici l'indication de ses principaux écrits :
I. Sur la doctrine de Brown et sur les différents systèmes de médecine. Strash. et Paris, an X (1802], in-8°. — II. 06s. sUr le projet d'organisation de l'art de guérir en France. Ibid., an X (1802). — HI. Introduction à l'étude de la physique et de la chimie (dise, de rentrée), etc. Strasb., an XIII (1805j, in-4°. — IV. Observ. faites à l'iiâjntal militaire de Strasb. iur la maladie dite fièvre des liôpitaux. Strasb., 1812, in-5°. — V. Esprit de Mindererus dans les fièvres adynamiques. In Atin. de la Soc. de méd. prat. de Montpellier, t. XXVIII,
p. '91; 1812. — VI. Lettre à M. le baron de Férussac (sur l'emploi de la gélatine). Strasb., 1826, in-8°. — VII. Essai de chimie médicale sur l'emploi des trois anciens alcalis et sur les lois de l'économie animale. In Journ. de chimie méd., t. VI, p. 545; 1850. — VIII. Obs. sur la véritable nature du ckoléra-morbus et instructions, etc. Ibid., 1832, in-8°.
E. Bgd.
MATAIVI (AjNTOiMo). Médecin italien qui s'était fait, dans son pays, une réputation méritée vers le milieu du siècle dernier, il était né à Pistoja et professa pendant assez longtemps à l'université de Pise. On lui doit les ouvrages suivants qui le signalent comme un observateur attentif:
I. De anevrysmaticis prœcordioiiim morbis. Florentise, 1756, in-4°,et 1761, in-4°; et in Collect.de Lauth, sur les anévrysmes. — II. De osseiis tumoribus observationes , etc. Pistoja, 1761. — III. De remediis tractatus, 17C9, in-8°. E. Bgd.
MATÉ {mate, au Brésil, veut dire herbe, comme qui dirait « herbe par excellence ))), portugais, mate; espagnol, yerba ciel Paraguay, yerha mate, ou simplement yerha, herbe par excellence ; anglais, Paraguay Tea ou South Sea Tea; allemand, Jesuiten Tea; français, maté, thé du Paraguay, thé des Jésuites.
Comme pour le thé, le mot maté s'emploie pour désigner, à la fois, une infusion aromatique très-usitée parmi les populations d'une portion de l'Amérique du Sud et les parties desséchées de la jilante qui sert à la préparer. Cette plante est un arbrisseau, Vilex paraguayensis (De Candolle), ilex mate (A. de Saint-Hdaire), de la famille des llicinées {voy., pour la botanique, le mot ilex), qui croît abondammeiit entre le 29^ et le 52* degré de latitude sud, mais surtout dans les parties voisines des fleuves Parana et Uruguay. Comme tous les arbres de la famille des llicinées, le maté renferme un principe amer ; mais il joint h une amertume prononcée un arôme particulier assez agréable contenu dans les feuilles et les jeunes tiges. Ce sont ces parties du végétal qui, recueillies et très-légèrement torréfiées, servent à préparer une sorte de thé en usage dans la Plata, le Chili, la Bohvie, une partie du Pérou et du sud du Brésil (Martin de Moussy),
Lors de la découverte de l'Amérique, les Indiens Guaranis, qui peuplaient les bords du Parana et de l'Uruguay, usaient de la yerba mate en infusion ; c'est d'eux que les Hispano-Américains ont adopté cet usage qui s'est répandu de plus en plus. Tandis que l'importation de cette espèce de thé est presque nulle en Europe, que le maté est à peu près introuvable dans les pharmacies de Paris, sa consommation, dans l'Amérique du Sud, s'élève à plusieurs millions.
Les jésuites établis au Paraguay s'adoimèrent, pendant longtemps, à la culture àeVilex mate: ils en avaient, par suite, très-notablement perfectionné la qualité; mais, atijourd'hui, le maté n'est cultivé nulle part, et un affreux gaspillage préside à la récolte de ses feuilles et de son bois (Martin de Moussy).
La récolte se fait toute l'année; cependant la feuille est meilleure à la lin de l'été.
Voici, d'après Montegazza, la manière dont on recueille et dont on prépare les feuilles et les sommités de l'ilex maté pour les livrer au commerce.
« Au Paraguay) dit-il, le gouvernement, qui est le maître de tout, et qui a le droit d'autoriser toute espèce d'industrie, se réserve l'intérieur du pays, qui est garni de bois oii l'on trouve beaucoup d'ilex. Là, au milieu de ces forêts épaisses, une petite troupe se fraye un passage avec la hache et se met au travail. Ces hommes sont presque nus, exposés à une chaleur insupportable, aux piqùi'es des moustiques, aux morsures des serpents et aux attaques des jaguars.
i Les branches de maté sont abattues et hachées sans précaution, ce qui a peu
d'inconvénients au point de vue de la récolte suivante ; car la végétation est trèsactive et les arbrisseaux repoussent très-vite ; de plus, il existe des forets vierges composées d'ilex et qui s'étendent à plusieurs lieues.
« Les rameaux garnis de leurs feuilles et souvent de leurs petites baies, sout placés sur un espace de 6 pieds carrés environ ; on allume du feu de manière à leur faire subir une première torréfaction ; cette première opération se nomme tatacica.
« Puis on met les branches d'dex sur une petite claie d'osier appuyée sur une sorte d'arcade solidement construite et sur laquelle on allume un second feu. Dans cette seconde opération, qu'on appelle harhacica, les feuilles et les ramuscules qui ont été séparés, dans la première opération, des rameaux plus forts, subissent une torréfaction particulière pour développer le principe aromatique du maté.
a Ces opérations se font d'une manière si grossière et si imparfaite, que souvent les flammes atteignent les feuilles du maté et y mettent le feu; aussi faut-il éteindre, à chaque instant, ce commencement d'incendie.
« Les feuilles et les extrémités des branches sont alors réduites en poudre grossière dans des mortiers préparés à cet effet; ils consistent en cavités creusées dans le sol et dont le fond est assez fortement battu pour offrir une certaine résistance.
Le maté ainsi préparé est renfermé dans des peaux de bœuf fraîches ; le tout, séché au soleil, devient aussi dur que la pierre, et forme des colis de 200 à 250 livres. »
La yerba versée dans le commerce arrive de trois provenances principales, le Paraguay, les Missions et la province de Saint-Paul, par le port de Paranagua. La sorte la plus estimée est celle du Paraguay ; vient ensuite celle des Missions ; la yerha paranagua occupe le dernier rang. La méthode suivie dans la récolte des feuilles détermine ces différentes qualités, suivant Bonpland, qui s'est occupé particulièrement de cette plante (Martin de Moussy) .
La yerba proprement dite est sous la forme d'une poudre verte, un peu grossière, d'une odeur aromatique forte et pénétrante, contenant de nombreux débris de petites branches et de baies noirâtres de la grosseur d'un grain de poivre ; sa saveur anière et piquante, est surtout très-prononcée dans les baies.
Elle s'emploie en infusion ; celle-ci se prépare d'une façon qui diffère des pracédés habituellement en usage pour la préparation de ce genre de boisson. On en met uue bonne cudlerée (10 à 15 grammes) dans une petite calebasse ou n'importe quel petit récipient qui porte le nom de maté et dans lequel on a placé d'avance la homhïlla, chalumeau ordinairement d'argent dont l'extrémité sphérique est percée d'une multitude de petits trous qui permettent d'aspirer le liquide sans laisser passer les fragments de feuilles. L'eau est versée bouillante. Cette infusion doit se prendre très-chaude ; car tiède, elle perd une partie de son arôme et devient fade. La première infusion est généralement très-forte; aussi, quand le maté est de bonne qualité, on peut, avec une même dose, préparer cinq du six autres infusions. Les vrais amateurs, à la campague principalement, prennent le maté sans sucre; c'est le maté cimarra. En vdle on le prend avec du sucre en poudre que l'on met chaque fois dans la calebasse. Les raffinés, les femmes, ajoutent un peu de caramel, de zeste d'orange ou de citron, de la cannelle; la boisson devient ainsi plus agréable (Martin de Moussy) .
Dans toutes les maisons de la Confédération argentine, comme nous avons pu
le constater par nous-ineme pendant notre séjour à Buenos-Ayres, le maté circule indélînimeut du matin au soir, et si la famille est assez nombreuse, une personne peut n'avoir rien autre chose à faire qu'à préparer cette boisson. C'est la politesse que l'on fait à son hôte dans une visite. « Le même vase et la même bombilla servent atout le monde; on se les passe de main en main, de bouche en bouche, et malheur à celui qui témoignerait le moindre dégoût, il serait certain, dit Montegazza, d'offenser son hôte. >, Les femmes, particuhèrement, se livrent, avec excès, à cette boisson. On s'habitue très-vite à l'usage du maté, et une foule d'étrangers en prennent aussi souvent que les gens du pays. Cette infusion est surtout agréable le matin, au réveil, et au milieu du jour, entre les repas.
Au point de vue chimique, le maté n'a été réellement étudié que dans ces dernières années. D'après Montegazza (1859), il contient \in acide particulier, des substances aromatiques et de la caféine. Cette substance y existerait en moins grande proportion que dans le café. Par un procédé à la fois très-sûr et très-délicat, M. Lacour, pharmacien militaire à l'hôpital de Bordeaux, a extrait 11^,85 % de caféine. Voici, d'après ce chimiste, le résultat de l'examen d'une infusion de maté. i L'infusion produite par l'action de 250 grammes d'eau bouillante sur 10 grammes de feuilles de maté est jaune foncé; son odeur est tout à fait celle d'une forte infusion de thé; sa saveur est amère et très-astringente. L'alcool ne le précipite pas. Les acides donnent avec elle un précipité blanc grisâtre, et les alcalis le rembrunissent, surtout l'ammoniaque.
« Avec de l'eau de chaux, elle donne un précipité vert. Les sels de protoxyde et de sesquioxyde de fer déterminent un abondant précipité vert foncé, qui se redissout lorsqu'on verse un acide dans la hqueur. Avec les sels de cuivre on a un précipité vert peu sensible: mais dès qu'on ajoute à la liqueur de la potasse caustique au 20% il se forme un magnifique précipité vert pomme. L'acétate tribasique de plomb détermine un précipité jaune clair, et les sels de zinc un précipité blanc grisâtre. La noix de galle et la gélatine ne fournissent aucun jjrécipité. On doit remarquer que ces caractères ont la plus grande analogie avec ceux que présente l'infusion du café, ce qui porte à croire que le tannin, qui existe en assez forte proportion dans la feuille de Vilex paraguayensis est de même nature que celui du café, y,
D'après Moiitegazza, cette boisson exerce sur l'estomac une action particulière et toute spéciale, difficile à définir, que l'on peut qualifier d'irritante; chez les personnes qui n'y sont pas habituées, elle détermine un sentiment de faiblesse et de douleur. Prise immédiatement avant les repas, suivant Martin de Moussy, elle émousse rap[jétit; c'est même là un de ses inconvénients. Aussitôt après les repas, elle trouble la digestion; et il n'y a que quelques estomacs privilégiés qui peuvent la supporter facilement. Elle active, chez certaines personnes, les mouvements péristaltiques de l'intestin et, par suite, combat la constipation.
Le maté surexcite le système nerveux, spécialement les facultés intellectuelles, à un plus haut degré que le café et le thé. Au dire de Montegazza, grâce à la caféine qu'il contient, il pourrait, selon cet auteur, diminuer les exsudations et restreindre les pertes de l'organisme : « Stimulant en même temps le cerveau et le grand sympathique, il repose de la fatigue et excite au travail. Bien des fois, ajoute Montegazza, affaibli par de longues courses et par une chaleur accablante, je me suis immédiatement soulagé, en avalant le maté que mon hôte m'offrait. En ce moment, aucune autre boisson ne m'aurait rétabli aussi promp-
Dicr. ESC. 2' s. Y. 15
teaitiut et aussi facilement que cette substance. Quand on a l'habitude de prendre du maté, et qu'on en est privé pendant quelque temps, on éprouve du malaise, de la mélancolie, de la tristesse. Dans les marches forcées, les soldats qui manquent de maté, remplissent d'eau chaude la gourde dans laquelle ils portent leur boisson privilégiée, aspirent cette eau avec un chalumeau, et trompent ainsi leur estomac par le léger goût que prend le liquide en contact avec les parois de la gourde. Enfin, le maté excite le cœur beaucoup plus que les autres boissons aromatiques, telles que le café et le thé, et détermine une accélération assez considérable du pouls et de la respiration. »
M. Marvaud, professeur agrégé au Val-de-Gràce, dans son remarquable travail sur les Effets physiologicfies et thérapeutiques des aliments d'épargne ou antidéperditeurs , a confirmé rectifié et complété, par la méthode ex[;énmentale, les appréciations que nous avons empruntées à Montegazza.
En raison de la caféine qu'il contient, notre distingué confrère classe le maté parmi les excitants du système cérébro-spinal. C'est surtout un stimulant intellectuel. Après l'avoir expérimenté sur lui-même, il compare son action à celle du thé ; seulement son amertume prononcée, le tiraillement qu'il détermine dans l'estomac aussitôt après son ingestion (quand on n'y est pas habitué), en font une liqueur moins agréable que le thé. Mais du côté de l'infelfigence, les résultats sont plus accentués que ceux produits par cette dernière substance. « Cette satisfaction et ce contentement de toute chose, ce sentiment de bien-être et de bonheur calme et tranquille, sont beaucoup plus marqués avec le maté, dont l'action peut être encore comparée, à certains moments, à la première période de l'ivresse, chez les gens qui ont le ^in gai. »
M. Marvaud a fait une étude comparative très-minutieuse, à l'aide du sphygmographe, de l'alcool, du café, de la coca, du thé et du maté sur la circulation. Si l'on compare les tableaux sphygmographiques qu'il a obtenus, on constate un fait étrange et inattendu, c'est que le café et la coca, d'une part, le thé et le maté, de l'autre, agissent d'une façon différente sur la circulation et le pouls. Les deux premiers augmentent la tension artérielle, tandis que le thé et le maté la diminuent. C'est à cette diminution, de tension et à la dilatation des artérioles cutanées, phénomènes qui suivent l'ingestion du thé et du maté, qu'il faut attribuer l'augmentation de la ti-anspiration causée par l'usage de ces boissons prises même à la température de l'air ambiant.
L'action des aliments dits d'épargne, ou antidéperditeurs (Marvaud), ou dynamophores (Gubler), se révèle : 1° par une proportion moins considérable de principes éliminés par les urines (urée, acide urique) ; 2° par la diminution de l'acide carbonique dans les gaz expirés; 5° par un abaissement de la température animale. En comparant, à ce triple point de vue, l'alcool, le café, le thé, la coca et le maté, c'est le maté qui occupe, suivant M. Marvaud, le dernier rang, sous le rapport du pouvoir antidéperditeur.
Comme il arrive pour tous les excitants qui entrent dans les habitudes des po^ pulations, il n'y a qu'un pas de l'usage à l'abus ; et de même que l'alcoolisme est devenu une plaie sociale, le maté, pris en excès, peut avoir des effets Làcheux sur la santé, au même titre que le café, le thé et la coca, à un degré moindre cependant. Ses effets pernicieux peuvent surtout être comparés à ceux que détermine l'abus du thé (théisme).
Montegazza mentionne dans la population de la Confédération argentine une sorte de gastralgie {gastralgia matica)^ causée par l'abus de l'infusion de la
yerba. Il affirme avoir connu des personnes qui, à la suite de l'usage immodéré du maté (50 à 40 grammes en infusion par jour), étaient plongées dans un état d'abattement, de prostration et d'abrutissement tel, qu'elles ne pouvaient plus faire que trois choses : absorber du maté, manger et dormir.
Martin de Moussy constate aussi, dans son magnifique ouvrage sur la Confédération argentine, que l'abus du maté constitue une habitude fâcheuse, en ce qu'elle affaiblit, à la longue, les forces digestives, fait perdre l'appétit, et conséquemment débilite toute l'économie.
Nous ne nous étendrons pas longuement sur le rôle du maté en thérapeutique, attendu que, d'une part, il n'a guère été jusqu'ici employé à titre d'agent médicamenteux; et que, de fautre, sa très-grande analogie d'action physiolof^ique avec le thé permet de conclure qu'il pourrait être prescrit dans tous les cas oii le thé peut remplir une indication utile dans le traitement des maladies {voy. Thé). Toutefois, en raison de sa saveur amère et astringente, l'infusion de yerba ne saurait remplacer, comme boisson digestive, ni le thé, ni surtout les infusions aromatiques de bon goût, telles que celle de Labiées, du tilleul, en France, de la citronelle, de l'ayapana, du fabam, dans les différentes colonies tropicales. C'est surtout comme agent dynaniophore ou antidéperditeur que le maté peut, en hygiène, remplacer le thé ou le café. Toutefois, nous doutons que jamais ru:-aae de cette plante s'introduise en Europe, en raison de sa saveur fort peu agréable, répugnante même, pour ceux qui n'en ont pas acquis l'assuétude. Mais, dans les contrées où Vilex mate croît en abondance, il serait avantageux, sous bien des rapports, de procurer les bénéfices de cette boisson aux hommes qui ont de grandes fatigues à supporter, tels que les marins ; et surtout à ceux qui sont exposes à une haute température, tels que les mécaniciens et les chauffeurs des bâtiments à vapeur, qui naviguent dans les eaux de la Plata etde ses affluents, ou sur les côtes de 1'A.mérique du Sud.
k. Le Roy de Méricourt.
BiBLiOGRAPBiE. — MÉRM et Delens. Dict. uiiiv. de mat. méd., t. lll, p. 590. — De Saint- HiLAiREJA.). Plantes remarquables du Brésil, Introduction, p. 49. — Momeggazza. Gaz. med. di Lombardia, 1859. — Marti.n de Modssï. Description de la Confédération argentine, etc. t. I. — Gcbler. Commentaires thérapeut- duCodex médicament., p. 194. — Lacouu. In Hecueil de méni. de méd-, de chirurg. et de phartn. milit., 5' sér., t. XXV, p. 78. — Mabvaud. Effets physiologiques et thérapeutiques des aliments d'épargne ou anlidéperditcurs. Paris ^871. A. L. de m.
n^TELiiS. Voij. Lit.
MATELASSIEBS. VoiJ. CbiNIERS.
MATERNITÉ. Ce qui concerne la maternité, au point de vue médico-légal, sera traité en même temps que ce qui a trait à la paternité [voij. Pater.mté)
MATERflIITÉS. Dans l'exposé qui a été fait, au mot Assistance, de l'état des hôpitaux et hospices en France depuis la fin du dix-huitième siècle jusqu'à l'époque actuelle, il n'a été fait mention que très-secondairement et en quelques mots seulement des établissements et des services consacrés spécialement aux accouchements. Pendant longtemps les femmes enceintes que leur indigence forçait de recourir à la charité publique n'ont eu d'autre refuge que les hôpitaux ordinaires où elles étaient placées dans les salies communes. C'est ce qui existe encore daus
la plupart de nos villes. A Paris, l'Hotel-Dieu était le seul asile ouvert aux femmes en couches. C'est sur la situation de ces malheureuses femmes dont la mortalité atteignait alors un chiffre effrayant, que les auteurs du rapport d'enquête, Tenon et Larochefoucauld, appelaient plus particuUèrement l'attention de l'administration. Nous n'insisterons pas ici sur les faits lamentables que révéla cette enquête et sur la séried'épidémies meurtrières qui se sont si souvent renouvelées depuis ; nous n'en évoquons le souvenir, en ce moment, que parce qu'ils constituent le faitdominant de l'histoire des maisons d'accouchement, et que c'est partie ulièrem.ent en vue d'en prévenir autant que possible la reproduction qu'ont ealieu toutes les tentatives d'améliorationSjtoutes les réformes proposées, essayées ou discutées sur le meilleur mode d'assistance des femmes en couches. C'était déjà dans ce but que Tenon proposait, dans son rapport, d'accorder un lit particuher à chaque femme enceinte et à chaque accouchée, de leur procurer des salles mieux disposées, plus saines, ne communiquant point entre elles, oii il y eût moins d'encombrement et où l'on séparât les femmes grosses des accouchées, les femmes saines des femmes malades ; d'éloigner surtout les différentes classes des maladies qui pouvaient se répandre et se propager aux accouchées. Dès cette époque Tenon posait la rpiestion de savoir s'il convenait d'affecter aux femmes en couches un hôpital particulier, et il concluait en proposant de faire des services des accouchées une espèce d'hôpital distinct, dans lequel on placerait 5 à -400 lits, distribués par salles de 4, de 10 et de 24 lits, pour séparer les femmes enceintes des accouchées, les accouchées à leur première semaine de celles de seconde semaine, les femmes enceintes et les accouchées saines des malades, les malades atteintes de maladies qui ne se gagnent point de celles dont les maladies se communiquent. Suivaient, dans le projet de Tenon, les détails les plus précis sur le classement, la répartition des femmes, suivant leurs divers états, dans l'hôpital modèle dont il faisait un devis complet. Ce fut en conformité de ces propositions que, plus tard, le conseil général des hospices décida que tous les accouchements se feraient* désormais dans une maison spéciale, et ordonna la suppression de la salle des femmes en couches à l'Hôtel-Dieu.
Telle fut l'origine de la maison qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de Maternité ou Maison d'accouchement, établie dans les anciens bâtiments de l'abbaye de Port-Royal, et qui a été assimilée aux hôpitaux et soumise au régime administratif commun par décret du 13 juillet 1795. Elle comprenait alors, sous la même direction et sous la désignation commune d'Hospice de (a maternité, deux divisions ou deux sections distinctes, l'une pour les accouchées et l'autre poiirles enfants trouvés. En 1814, la section des enfants trouvés en fut disjointe, pour cire transférée rue d'Enfer où elle est aujourd'hui ; et, à dater de cette épocpie, la maison de laxuede la Bourbe, ainsi qu'on la désignait aussi alors, resta exclusivement consacrée aux femmes en couches. C'est à cette même époque que fut instituée, par les soins du ministre Chaptal, l'école d'accouchement pour les élèves sages-femmes.
La Maison d'accouci^ement ou hospice de la Maternité de Paris, a donc aujourd'hui pour double but : de recueillir les femmes enceintes indigentes f[ui n'ont point de domicile propre ou ne iiourraient convenablement faire leurs couches chez elles, et de constituer une école d'accouchement pour les jeunes filles de Paris ou des départements qui se destinent à la profession de sage-femme.
La Maternité est soumise, sous le rapport administratif, aux mêmes dispositions réglementaires générales que les hôpitaux et hospices, sauf cette disposition spé-
ciale qin"iiiterdit l'enlrée des salles au public et à toute personne étrangère à l'établissement.
On y admet avec la plus grande latitude toutes les femmes ou fdles-mères qui s'y présentent pour faire leurs couches, sous la seule condition qu'elles soient parvenues au huitième mois de leur grossesse, ou que, moins avancées, elles soient malades ou menacées d'accoucher avant terme.
Elle renferme aujourd'hui 402 lits, savoir : 228 lits pour les accouchées, 80 berceaux, et 94 lits d'élèves sages-femmes.
La maison de la Maternité, qui n'a pas été construite spécialement en vue de sa destination actuelle, se compose d'un quadrilatère de bâtiments circonscrivant une cour centrale. Le biÀtiment du sud est destiné aux accouchées ; le premier et le deuxième étage ont une disposition identique ; chacun d'eux comprenait naguère (nous ferons connaître plus loin les améliorations qui ont été introduits récemment) une seule salle régnant sur toute la longueur du bâtiment, coupée en deux parties par un office ou petite cuisine. De chacun des murs de la salle parlaient des cloisons n'arrivant qu'au tiers de sa largeur et circonscrivant de petites cellules, ouvertes dans la partie qui répond au centre de la salle, laquelle se trouvait ainsi constituer une sorte de long conùdor sur lequel s'ouvraient des deux côtés deux rangées de cellules. Chacune de ces cellules renfermant un lit et un berceau, avait une fenêtre ouvrant à l'extérieur.
L'infirmerie des femmes accouchées occupe le bâtiment de l'ouest; elle se compose, pour chacun des deux étages, de trois petites salles de trois ou quatre lits, donnant pour chaque étage dix lits.
La salle pour l'accouchement communique directement avec l'amphithéâtre des cours et des opérations, de telle sorte qu'en cas de nécessité d'une intervention chirurgicale, dans un moment où plusieurs femmes sont à la fois en travail, il est ficile de transporter sur le lit d'opération celle dont l'état réclame le secours du chirurgien.
L'établissement est confié, comme le sont tous les autres hôpitaux, àundirecteur administratif. Le service obstétrical est placé sous la direction d'un chirurgien en chef chargé des opérations et du service de l'infirmerie pour la partie chirurgicale, et qui fait, en qualité de professeur, un cours d'accouchement pour les élèves sages-femmes. Il est suppléé, au besoin, par un chirurgien- adjoint. Un médecin des hôpitaux est chargé du service de l'infirmerie des femmes accouchées, de celle des femmes enceintes et de celle des élèves, sages-femmes.
Une sage-femme en chef résidant dans la maison est chargée, avec l'assistance d'un certain nombre d'aides sages-femmes, de l'éducation pratique et de la surveillance des élèves. (On trouvera autre part des détails .plus complets pour tout ce qui concerne l'enseignement.)
La création d'un service clinique d'accouchements à l'hôpital des cliniques a ouvert un nouvel asile supplémentaire pourles femmes enceintes. Cet hôpital, construit sur l'emplacement de l'ancien couvent des Cordeliers.et administré longtemps par la faculté de médecine, a été placé définitivement en 1 834 sous la direction de l'administration hospitalière. Nous n'avons à nous occuper ici que de la partie de cet hôpital qui est consacrée au service clinique des accouchements. Ce service contient cinquante-quatre lits d'accouchées et trente-sept berceaux, répartis en six salles : quatre petites ne renfermant chacune que quatre hts; deux grandes l'une contenant douze lits et l'autre huit. Les deux grandes salles ont chacune deux chtminc-es à foyer ouvert aux extrémités, et chacune des petites salles a sa che-
minée opposée à la porte d'entrée. 11 n'y a point d'infirmerie, et les accouchées malades, qu'elles soient ou non atteintes de fièvre puerpérale, sont soignées dans le lit où elles avaient d'abord été placées après leur accouchement.
A la Clinique comme à la Maternité, les femmes enceintes sont reçues à partir du huitième mois de leur grossesse. Une salle spéciale renfermant seize lits leur est affectée au deuxième étage de l'étabhssement.
Le service est fait par une sage-femme en chef, une aide sage-femme et une surveillante assistée de six infirmières. Deux infirmières se tiennent pendant le jour dans les salles d'accouchées, une y veille la nuit; deux autres se partagent le service de jour et de nuit à la salle de l'accouchement. La sixième est attachée à la salle des femmes enceintes.
Le personnel médical se compose du pro esseur de clinique d'accouchement, d'un chef de clinique, d'un interne en pharmacie et d'élèves.
Pendant quelques années ces deux établissements pourvurent seuls aux besoins des femmes de la classe indigente. Jlaisils ne tardèrent pas à devenir insuffisants. En présence des nécessités croissantes on dut rétablir des services d'accouchement et de nourrices dans les hôpitaux généraux. Il a été réservé dans neuf de ces hôpitaux des services destinés spécialement aux femmes en couches et aux enfants nouveau-nés, et auxquelles on a donné le nom de crèches : ce sont l'Hôtel-Dieu, la Pitié, la Charité, Saint- Antoine, Necker, Beaujon, Lariboisière, Saint-Louis et Cochin. On y a ajouté plus tard un service à Lourcine. Enfin, plus récemment, en 1864, l'administration a fait construire dans l'une des dépendances de l'hôpital Cochin une petite maternité modèle, dont nous allons parler tout à l'heure.
Telles sont, avec les accouchements faits à domicile par les soins des bureaux de bienfaisance, les ressources dont l'administration de l'assistance publique dispose en faveur des femmes enceintes indigentes.
Voici, d'après l'exposé des progrès et des améliorations réalisés dans les services dépendant de l'administration générale de l'assistance publique (1868), les chiffres totaux des accouchements pratiqués par les soins de l'administration dans les hôpitaux et à domicile, pendant les années 1864, 65, 66 et 67.