A DOMICILE
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Mais l'intérêt principal est moins de savoir si les ressources qu'offre l'assistance publique par ses maternités, ses services spéciaux des hôpitaux et ses bureaux de bienfaisance, sont suffisantes et si le nombre de femmes assistées répond aux besoins réels de la population indigente, que de s'assurer si les secours et les soins que reçoivent ces femmes ont toute l'utilité et toute l'efficacité déîirables, et si le
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prix auquel sont achetés les services rendus n'en atténue pas le bienfait. 11 s'agit, en un mot, après avoir constaté l'influence pernicieuse de la promiscuité et de l'encombrement des femmes en couches dans des salles d'hôpitaux et dans les dortoirs communs des maternités, qui d'une fonction physiologique fait trop souvent une maladie mortelle, d'exposer la succession des améliorations et des transformations qui ont été apportées, dans ces derniers temps, dans le régime hospitalier des femmes en couches et l'ensemble des moyens proposés pour améliorer encore cette situation.
On a vu plus haut combien on s'était préoccupé déjà, vers la fin du siècle dernier, de la mortalité des femmes en couches dans les hôpitaux et particulièrement dans les salles de l'Hôtel-Dieu. Malheureusement la création d'établissements spéciaux, tout en constituant sans doute un progrès sur ce triste état de choses, a été loin encore, malgré les sages mesures que l'on a prises, soit pour le choix de l'emplacement (nous n'entendons parler ici, bien enlendu, que de la Maternité, car pour l'hôpital des GUniques l'emplacement est à tous égards détestable), soit pour l'aménagement intérieur, la propreté, l'aération et les soins médicaux et hygiéniques de toute sorte, de donner les heureux résultats qu'on en avait attendus. Déjà en 1852, dans le Dictionnaire de médecine en 50 vol., M. P. Dubois constatait les épidémies meurtrières qui s'étaient si souvent renouvelées dans les établissements consacrés spécialement aux femmes en couches, et les comparait aux rares accidents qui compliquent les suites de couches dans la pratique civile, même parmi les classes qui, par leur pauvreté et leurs habitudes, se rapprochent le plus de celles qui demandent un asile aux hôpitaux. Il se demandait s'il ne serait pas mieux d'accoucher ces femmes à leur domicile. Et plus tard, en 1855, dans une discussion à l'Académie de médecine qui a eu un grand retentissement, M. Dubois ne craignait pas de dire qu'à ses yeux il y avait moins de danger pour une femme d'accoucher dans la rue, sans aucun secours, que d'accoucher dans les salles de la Maternité ou de la Chnique. Depuis lors, il n'est pas un médecin ou interne, qui, après quelques années de pratique dans l'un de ces étabhssements, n'en soit sorti en prononçant son dele^ida Carthago Suppression ou tout au moins réforme radicale des maternités, telle était la conclusion à peu près unanime de tous les mémoires, détentes les thèses, de toutes les monographies qui avaient \u le jour entre les murs de la maison de la rue de la Bourbe. Le plus éloquent et le plus décisii de tous ces témoignages était le calcul fait par M. Tarnier étabhssant cette triste balance entre la mortalité des femmes accouchées à la Maternité qui donne l'effrayante moyenne de i sur 19, et celle de la pratique obstétricale îvile, qui est évaluée, par les statistiques mortuaires, à 4 sur 1000 ou 1 sur 250. L'administration n'était pourtant pas restée sourde à ces avertissements, et les pouvoirs publics eux-mêmes se préoccupaient de la gravité de ces faits. Une enquête instituée sous le gouvernement provisoire de 1848 concluait à la reconstruction delà maison d'accouchement sur le modèle des maisons analogues existant à Vienne et à Dublin, et qui consiste en un établissement double, dont une moitié reste vide pendant que l'autre moitié est seule occupée, de manière à pouvoir, en cas d'épidémie, transférer immédiatement le service d'un corps de bâtiment dans l'autre. Mais la dépense qu'eût entraînée ce projet en empêcha la réalisation. L'administration dut se borner à quelques mesures partielles d'assainissement dont l'insuffisance devait malheureusement être trop vite démontrée. C'est amsi qu'à partir de 1854 elle a étabh dans les salles d'accouchées une meilleure ventilation, qu'elle a pris le parti de les faire évacuer aussitôt qu'une épidémie se manifestait,
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répartissant alors les femmes enceintes dans les hôpitaux les plus rapprochés, l'Hôtel-Dieu, la Pitié, Cochin. C'est à la maison d'accouchement surtout qu'elle a introduit des améliorations considérables.
Les grandes salles occupées par les accouchées saines, et qui auparavant régnaient, comme on l'a vu, sur toute la longueur du bâtiment, ont été divisées par des cloisons vitrées complètes, percées de portes qui ne s'ouvrent que pour les besoins du service, en quatre compartiments ou petites salles de six lits chacune. Au centre, existe une petite cuisine, ou office, séparée également du reste des salles. Le premier étage possède extérieurement une galerie couverte qui règne autour de la cour centrale, et qui sert de moyen de communication particulière avec chaque section principale de la salle. Les petites salles servent alternativement. Pendant les intervalles de repos, elles sont soumises à un nettoyage complet, les fenêtres restant largement et constamment ouvertes, et les literies sont renouvelées. Enfin, chacune de ces petites divisions possède une cheminée placée au milieu de la salle, à foyer ouvert, comme dans les cheminées à la prussienne. Le tuyau de fumée et le foyer sont environnés d'une seconde enveloppe dans laquelle circule l'air puisé à l'extérieur par un canal s'ouvrant sur le mur de façade, et qui passant sous le parquet et arrivant sur les côtés et en dehors du foyer, s'échauffe au conlact des parois de la cheminée, monte dans la double enveloppe extérieure au tuyau de fumée, et se répand dans la salle à travers des ouvertures percées au niveau du plaibnd.
L'infirmerie des accouchées malades est tout à fait séparée des salles occupées par les accouchées saines,
Toutes ces améliorations n'empêchèrent pas les épidémies de se reproduire et de prélever encore sur les malheureuses assistées un tribut énorme. « Ainsi, écrivait M. Husson, en 1862, dans son Étude sur les hôpitaux de Paris, depuis soixante ans tous les efforts combinés de l'administration et des chefs du service de santé n'ont pu conjurer le fléau de la contagion puerpérale, et le seul palliatif un peu efficace qu'on ait trouvé à opposer au mal, a été, jusqu'à ce jour, l'évacuation momentanée des salles infectées. Les chiffres qui se rapportent à la situation actuelle des services d'accouchement accusent encore une mortalité assez considérable pour solliciter les investigations et pour engager les amis de la science et de l'humanité à rechercher, de concert avec nous, par quelles dispositions il serait possibled'arrêter les progrès d'une maladie terriblequi a déjoué jusqu'ici tousles calculs.»
Cette déclaration ne pouvait rester à l'état de lettre morte, elle imphquait trop directement, de la part de l'administration, l'intention formelle d'agir en s'éclairant des avis de tous les hommes compétents pour qu'il n'en dût pas sortir, en effet, un mouvement, une sorte d'agitation autour de cette grande question d'hygiène hospitahère, qui ne devra avoir de terme que lorsqu'une satisfaction entière sera donnée aux légitimes exigences de la science et de l'humanité. L'enquête était ouverte; de toutes parts on se mettait à l'œuvre; et pendant que l'administration chargeait M. le docteur Leiort d'aller, dans les diverses capitales de l'Europe, étudier sur les lieux la situation des maternités et l'état des divers modes d'assistance des femmes en couches, sans en attendre les résultats, elle faisait encore une expérience partielle en créant, d'après un plan nouveau, le service d'accoucheraent-modèle de l'hôpital Cochin. Faisons comme elle, et exposons cet essai avant de faire connaître les résultats de l'étude de M. Lefort.
C'est au mois de juin 1865 qu'a été inaugurée la nouvelle maternité de l'hôpital Cochin. Cette maternité, placée au fond du jardin de l'hôpital Cochin, est bâtie
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sur le plan des pavillons isolés, à escalier central. Elle se compose d'un rez-dechaussée et de deux étages. Le rez-de-cbaussée et le premier étage sont destinés aux femmes accouchées saines; le second étage renferme (juelques petites chambres isolées, destinées aux accouchées malades, l'appartement de la sagefemme, le dortoir des infirmières, etc. Au premier étage, en face de l'escalier, se trouve la chambre d'accouchement prenant jour sur la façade principale par deux larges fenêtres et s'ouvrant sur le corridor central par une porte. Cette salle renferme trois hts pour raccoucbement. A côté et à droite de cette salle s'ouvre un corridor aboutissant à un office et donnant accès, sur le côté, à un petit cabinet éclairé indirectement par la cloison vitrée qui le sépare de l'office ; il renferme une baignoire, un lavabo et un appareil à douches utérines. De l'autre côté du corridor se trouvent, à gauche de l'escalier (en y faisant face), une chambre destinée aux opérations obstétricales et servant'de cabinet au médecin; adroite de l'escalier et au fond d'un étroit corridor, des water-closet, un évier et l'ouverture de la trémie. A chaque extrémité du corridor s'ouvrent deux belles salles éclairées de chaque côté par quatre fenêtres et renfermant chacune dix lits. Le chauffage est effectué par une cheminée ouverte placée à l'extrémité opposée à la porte, et par un calorifère à air chaud dont le cylindre traverse la salle du parquet au plafond.
Peu de temps après, en 1866, l'administration a élevé dans les dépendances de l'hôpital de la Pitié, un bâtiment spécial pour les accouchements, d'après les mêmes principes.
On ne pourrait assurément contester, malgré quelques petites imperfections de détail faciles à corriger, que la nouvelle maternité de l'hôpital Cochin réalise un progrès considérable sur tous les autres services d'accouchement. Cependant, on n'avait pas encore atteint l'idéal cherché. A peine s'était-il écoulé deux mois, qu'il s y manifesta une petite épidémie qui donna en quelques mois une mortalité de 3,3 pour 100, ou de 1 accouchée sur 50 ; en 1868, la mortalité a été de 4,49 pour 100, et, dans les premiers mois de l'année 1869, elles'est élevée jusqu'à 9,'26.
On a vu que déjà avertie par le retour malheureusement si fréquent des épidémies de fièvre puerpérale, l'administration ne s'était pas bornée à apporter successivement de grandes améliorations dans les maternités ; mais qu'elle avait pris encore de sages mesures pour multiplier les accouchements à domicile par le soin des médecins et des sages-femmes des bureaux de bienfaisance. En présence de ce nouvel enseignement, qui montrait encore une fois combien il faut peu compter sur la disparition complète de tout danger d'épidémie dans les maternités, alors même qu'elles présentent les meilleures conditions possibles, elle a fait dans ces derniers temps une nouvelle tentative consistant à placer des femmes en couches chez des sages-femmes de la ville, choisies par les directeurs des hôpitaux parmi celles qui se trouvent dans les meilleures conditions d'habitation et d'installation. Ce moyen, qui avait déjà été proposé par M. Depaul, lors de la discussion à l'Académie de médecine, en 1858, et qui a été recommandé dans un rapport de M. Devergie, en 1866 S a été expérimenté dans le courant de 1869. Voici, à la fin de cette année, les résultats qu'il avait donnés.
* Dans un rapport fait en 1866 par M. Devergie, au nom d'une commission dont faisaient partie MM. Rayer, Bouchardat, Bouillaud, Bucquet, Devergie, Husson, de Lurieu, Payen et de Watteville, sur la proposition de M. le docteur Boulu, à qui revient l'honneur de l'initiative, et approuvé par le comité consultatif d'hygiène du service médical des hôpitaux, il fut formulé les conclusions suivantes ; a 1» Placer, à titre d'essai, mais sur une échelle suffisante, un certain nombre de femmes mariées nécessiteuses, ou de filles-mères qui réclament leur entrée dans les maternités ou hôpitaux, chez des sages-femmes de la ville, choisies
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391 femmes ont été accouclices chez 68 sages-femmes dans différents quartiers; sur ce nombre 5 seulement ont succombé, ce qui donne une mortalité de 0,70 pour 100, ou 1 décès sur 150 accouchements, proportion très-inférieure, comme on le voit, à la moyenne des décès dans les hôpitaux, qui a été de 4 pour lÛO pendant les dix premiers mois de la même année.
Telle est la série des améliorations qui ont été effectuées jusqu'à présent dans les établissements hospitaliers dépendant de l'administration de l'assistance publique, et des tentatives qui ont été faites, en dehors de ces établissements, dans le but même d'en diminuer à la fois les charges et les dangers.
Les choses sont-elles beaucoup mieux dans les autres capitales de l'Europe qu'à Paris ? c'est ce qu'il nous reste à voir.
Nous avons parlé de la mission dont M. Lefort avait été chargé. C'est le moment d'exposer quelques-uns des résultats principaux qui ressortent de son étude. « Quand on visite les capitales étrangères, dit M. Lefort, on est tout d'abord étonné de trouver si restreints, en apparence, les secours hospitaliers spéciaux à l'accouchement. » Ainsi, à Londres, il n'existe guère que quatre petites maternités, renfermant chacune une quarantaine de lits et ne recevant, toutes ensemble, qu'une moyenne annuelle de mille à douze cents accouchées. Il faut tenir compte, il est vrai, des workhouses, qui donnent un asile aux filles-mères que n'admettent pas les maternités^, A Vienne, la maternité destinée spécialement aux femmes mariées, est non-seulement fort petite, mais encore on y exige une légère rémunération. A Berhn, à Leipzig, à Dresde, à Munich, les maternités sont peu considérables et ne renferment qu'un petit nombre de pensionnaires mariées. Mais cette insuffisance est plus apparente que réelle, grâce au développement qu'a pris, dans la plupart de ces capitales, le système d'assistance à domicile. Cette circonstance rend d'autant plus facile la comparaison des deux modes d'assistance.
Presque toutes les maternités d'Europe, d'apiès le travail de M. Lefort, répondent à deux destinations : donner asile aux femmes qui doivent accoucher et qui ne peuvent le faire à leur domicile; utiliser, pour l'éducation des sages-
et surveillées par les soins des autorités compétentes, telles que les administrations d'assistance publique, les bureaux de bienfaisance, etc., avec le concours des sociétés de charité maternelle et autres, distribuant des secours à domicile aux femmes en couches.
Les femmes accouchées devraient, en moyenne, séjourner neuf jours chez les sagesfemmes ainsi désignées, et recevoir, au besoin, des secours à domicile, lorsqu'un repos plus long serait nécessaire à leur rétablissement.
a 2° Supprimer les services d'accouchement dans les hôpitaux où il n'existe pas d'enseignement; instituer dans ces hôpitaux une salle de travail ; répartir, peu après l'accouchement, les femmes accouchées dans les services généraux de médecine. »
L'exécution de cette mesure a été prescrite à titre d'essai par une circulaire ministérielle en date du 30 juin 1866. Bb.
1 II existe à Londres quatre hôpitaux spéciaux d'accouchement, British Lying-in H' (H. Britannique d'accouchement) et City of London Lying-in H. (H. d'accouchement de la cité de Londres), qui ne reçoivent que les femmes mariées, avec ou sans recommandation, après qu'elles ont justifié, par serment ou par certificats, de leurs qualités d'épouses légitimes; Queen Charlotte's Lying-in H. (H. d'accouchement de la reine Charlotte) et General Lying-in H. (H. général d'accouchement), destinés également aux femmes mariées, mais où les filles-mères sont exceptionnellement reçues une première fois seulement.
A Londres, le plus grand nombre des accouchements se fait toujours à domicile et par les soins des hôpitaux généraux, qui, ne recevant jamais de femmes enceintes, font pratiquer par leurs élèves l'accouchement des femmes mariées indigentes domiciliées dans la circonscription de ces établissements. Il reste pour les femmes qui sont trop pauvres pour pouvoir être accouchées à domicile, ainsi que pour toutes les filles-mères indigentes en récidive, la ressource des workhouses, dont nous avons fait connaître ailleurs la destination multiple et le mode d'organisation et de fonctionnement (voy. Assistance). Bb.
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iemmes et des élèves en médecine, l'enseignement spécial dont ces établissements concentrent les éléments. Il est même un certain nombre de maternités en Allemagne qui, destinées spécialement à l'enseignement clinique de l'obstétrique, sont fermées pendant les vacances, cessant ainsi pendant plusieurs mois de recevoir des pensionnaires. Quelques maternités, telles que celles de Wurtzbourg, Munich, Berlin, reçoivent des étudiants en médecine pendant l'année scolaire, et des élèves sage-femmes pendant les quatre ou cinq mois de vacances. Les maternités de Londres sont, au contraire, exclusivement des institutions charitables.
Le plus souvent la maternité forme un établissement distinct et isolé, comme ;i Wurtzbourg, Munich, Dresde, Paris (maison d'accouchement), Berlin (clinique de la Faculté), Leipzig, Francfort, etc. ; d'autres fois elle forme section d'un hôpital général, comme à Paris (Clinique), Vienne, Bruvelles, Berlin (Charité), Stuttgart, Zurich, etc. ; d'autres fois, enfin, elle se réunit à l'hospice des enfantsh'ouvés, dans lequel elle se trouve placée comme à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Prague, etc.
Ce n'est qu'en France et en Belgique seulement que les maternités et maisons d'accouchement sont soumises à une direction administrative. Dans tous les autres pays oîi M. Lefort a pu étudier sur place l'organisation hospitalière, en Angleterre, en Prusse, en Autriche, dans les États allemands, dans le Danemark, la Bussie, la Suisse, l'Italie, les maternités, comme tous les autres établissements hospitaliers, sont dirigées par des médecins. Dans l'ordre de la hiérarchie médicale, après le médecin-directeur, vient l'assistant, qui remplit des fonctions analogues à celles de nos chefs de clinique.
La sage-femme en chef a la surveillance directe et spéciale des élèves sagesfemmes; mais elle est subordonnée au directeur et à l'assistant. Dans quelques maternités il y a alternance dans le service des élèves en médecine et des élèves sages-femmes, la clinique se faisant pour les étudiants pendant le semestre d'hiver, et pour les élèves sages-femmes en été. A Vienne, à Saint-Pétersbourg comme à Paris, il y a deux services séparés, pour les uns et pour les autres.
Les conditions d'admissibilité diifèrent à quelques égards dans les différents pays de l'Europe. La gratuité des secours hospitaliers pour les accouchées est la règle en France, en Belgique, en Russie, en Angleterre ; elle existe également à Vienne, à Prague, à Munich, à Dresde, d'après M. Lefort. Mais elle n'est absolue et sans condition qu'en Russie. En Autriche, en Prusse, en Belgique comme à Paris, la lémme qui reçoit gratuitement l'assistance et les secours médicaux doit en échange se prêter aux besoins de l'enseignement des étudiants en médecine et des élèves sages-femmes.
A Paris, toutefois, les conditions d'admissibilité diffèrent suivant qu'il s'agit d'un hôpital ou d'un service spécial d'accouchements. Ainsi, tandis que, dans ces derniers, comme on vient de le dire, les femmes sont reçues à partir du huitième mois de la grossesse, ou doivent se soumettre, si elles sont reçues plus tôt, aux explorations obstétricales, dans les hôpitaux généraux, les femmes n'y sont reçues qu'en cas d'urgence, et lorsqu'il y a lieu de présumer que l'accouchement est très-prochain.
Voici quelles sont, d'après le rapport de M. Lefort, les conditions hygiéniques de la plupart des grandes maternités qui ont fait l'objet de ses études, et les précautions qui ont été adoptées dans quelques-unes d'entre elles.
Dans les maternités anciennes, telles que celles de Vienne, Dresde, Prague,
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Moscou, les salles, en général vastes, renferment un grand nombre d'accouchées et communiquent plus ou moins facilement les unes avec les autres, comme cela existait à la Maternité de Paris avant les modifications que nous avons fait connaître.
Les maternités nouvelles, au contraire, telles que celles de Leipzig, de Munich, de Hanovre, de Wurtzbourg, Francfort-sur-Mein, Stuttgart, Zurich, Kiel, Saint- Pétersbourg, sont généralement divisées en petites salles.
Les précautions principales adoptées dans un but prophylactique sont : le blanchiment complet de l'hôpital une fois au moins tous les ans et quelquefois même deux fois par an ; le nettoyage des parquets, qui, dans la plupart des nouvelles maternités de l'Allemagne et de la Russie, sont imbibés une fois ou deux, tous les ans, avec une préparation huileuse spéciale, lavés à grande eau tous les huit jours et nettoyés tous les jours à l'éponge ou au linge mouillé ; l'alternance des salles se faisant d'une manière régulière dans les maternités de Saint-Pétersbourg, de Leipzig, de Wurtzbourg, de Munich, de Bruxelles ; le système des iiifirnieries pour les accouchées malades, adopté dans [ilusieurs maternités et notamment celle de Paris, mais sans distinction de nature de maladie, ce qui atténue l'efficacité de la mesure ; les divers procédés de chauffage et de ventilation artificielle, qui varient suivant les pays et le climat ; la suppression des rideaux de lits dans la plupart des maternités ainsi que des hôpitaux de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Russie ; le renouvellement plus ou moins complet de la literie après chaque accouchement, presque universellement suivi dans les mêmes pays, ainsi qu'en Belgique ; le changement fréquent des draps de lit ; le renouvellement pour ch;ique accouchée, et à plus forte raison pour chaque malade, des éponges et des linges servant aux soins de propreté; l'usage, pour ce qai concerne le service et le personnel de service, de commencer la visite par les femmes saines et de finir par celles qui sont malades ; l'interdiction d'entrer dans les salles après avoir lait une autopsie ou après avoir manié ou touché des produits morbides et des pièces d'appareils imbibées de liquides purulents, et la séparation absolue des infirmières qui soignent les femmes saines d'avec celles qui soignent les accouchées malades, comme dans l'Hebammen-Institut de la grande-duchesse Hélène à Saint- Pétersbourg, etc.
Malgré les conditions favorables d'aération, d'exposition et de distribution de la plupart de ces maternités; malgré les mesures de précaution poussées dans quelques-unes jusqu'à la minutie peut-être, les effets ont été loin de répondre aux espérances que l'on aurait pu en concevoir, et la mortalité dans la généralité de ces établissements reste toujours très-élevée. On n'a pas oubhé la sensation que produisit, il y a une douzaine d'années, lors de la discussion de l'Académie de médecine sur ce sujet, l'énoncé des résultats obtenus par M. Tarnier en comparant pour une seule année, l'année 1856, la proportion de la mortalité parmi les femmes accouchées à la Maternité de Paris avec celle de la mortalité des femmes accouchées durant la même période de temps dans l'ancien Xll^ arrondissement de Paris, c'est-à-dire celui même au sein duquel se trouve placé cet établissement , et qui, par sa situation comme par sa population, se rapproche le plus des conditions dans lesquelles se trouvent placées les accouchées de la Maternité. La mortalité, qui avait été, pour cette année, de 1 sur 19,62 accouchées dans cet étabhssement, n'avait été, dans la même période, que de 1 sur 322,20 en dehors. Barnes, en Angleterre, fit, à peu près à la même époque (en 1858), un calcul analogue qui le conduisit à constater une différence énorme entre la mortalité des
femmes accouchées dans leurs demieures, et celle des femmes reçues dans les maternités spéciales ou dans des services d'accouchement dépendant des hôpitaux d'Angleterre. Ces mêmes différences se retrouvent dans des calculs analogues faits eu 1860 pour la Maternité de Leipzig par M. Crédé, en 1865 pour la Maternité de Saint-Pétersbourg par M. Hayeuberger, et en 1864 pour celle de Vienne par MM. Statli et Braun.
Réunissant ces diverses statistiques à celles qu'il a pu recueillir lui-même dans toutes les villes de l'Kurope où il existe des maternités, et les comparant aux statistiques connues des accouchemenis à domicile dans quelques-unes de ces villes, M. Lefortest arrivé au résultat général suivant :
Sur 888,512 lemmes accouchées dans des maternités ou dans des hôpitaux, 50,594 sont mortes;
Sur 954,781 accouchements opérés en ville, soit par des médecins appartenant à un service d'assistance publique ou privée et parmi la classe pauvi'e, soit dans la clientèle civile, 4,405 ont été suivis de mort.
La morlahlé des femmes accouchées dans les maternités ou hôpitaux a donc été de 1 sur 29, tandis que pour les femmes accouchées à domicile elle n'a été que de 1 sur 212 '.
On voit, par ces chiffres, que la mortalité excessive des femmes dans les maternités n'est pas un fait spécial à tel établissement, à telle ville, à tel lieu et à tel temps, mais bien un fait général et commun à tous les étabhssemenis de ce genre. La question qui est posée aujourd'hui entre les divers modes d'assistance des femmes en couche est donc d'un intérêt général.
S'il n'y avait à considérer que la différence énorme du contingent de mortalité fourni par les maternités avec celle que donne l'assistance à domicile, la question se trouverait tout naturellement résolue. 11 n'y aurait plus qu'à détruire toutes les maternités. Mais les choses ne sont pas tout à fait aussi simples. L'assistance à domicile, quelque développement qu'on lui donne et bien qu'elle soit à nos yeux le but vers lequel on doit tendre, est et sera encore longtemps insuffisante et même inapplicable à toute une catégorie de femmes. Si l'on considère, en effet, quelles sant les conditions dans lesquelles se trouvent la plupart des femmes qui se présentent aux maternités et aux hôpitaux, on voit que la grande générahté se compose de filles-mères qui fuient momentanément la maison paternelle, d'ouvrières vivant le plus souvent isolément, de domestiques sans domicile propre ^ On se rend aisément compte, dès lors, non-seulement de l'impossibilité de supprimer les maternités, mais encore de la difficulté même de réduire, autant qu'il serait désirable de le faire, le nombre des admissions dans ces étabhssements. Soit par suite du développement continu de la population des grandes villes, soit aussi par faugraentation des naissances illégitimes, le nombre des lemmes qui ont recours à l'assistance pour accoucher augmente sensiblement d'année en année. A ce
* A Paris, la Société médicale d'accouchements, sous le patronage de la reine Amélie, constatait, dans son rapport annuel pour l'année 1841, que sur i09 accouchements faits, à domicile, par ses soins, elle n'tivait pas eu à déplorer un seul cas de mort, tandis que, pendant la même année, à l'hôpital des Cliniques, sur 0'23 accouchements il y avait eu 22 décès.
Br.
* Il résulte des relevés statistiques faits par les soins de l'administration de l'assistance publique pour les sept, dernières années (de 1863 à 1870], que la proporiion des femmes sans domicile sur la totalité de celles qui réclament leur admission à la Maternité et à l'hôpital des Cliniques est de 4 sur 5. Cette proportion avait été plus élevée antérieurement àcette période. Pour l'année 1S62, elle était de D sur G. Ba.
point que, bien que le nombre des femmes assistées à domicile et chez les sagesfemmes ait été beaucoup plus considérable à Paris dans le cours des dernières amiées, comme on a pu le voir déjà par le tableau que nous avons donné plus haut, le nombre des accouchements effectués dans les hôpitaux n'a point diminué. On a pu voir même que ce dernier chiffre s'était encore sensiblement élevé.
Le dernier mot n'est donc pas dit encore sur les maternités et les services spéciaux d'accouchenieut des hôpitaux. Dans l'obligation où l'on est de reconnaître encore leur uiilité, il reste à poursuivre les essais d'améliorations et de réformes susceptibles d'en atténuer le plus possible les inconvénients et les dangers. Plusieurs moyens ou systèmes ont été proposés.
M. Léon Lelort, à qui ses études spéciales de la question ont donné le droit d'être écouté, formule ainsi en manière de vœu les conclusions de ses recherches : il voudrait que toute maternité renfermât une intirmerie spécialement affectée aux femmes atteintes de fièvre puerpérale, et placée dans un bâtiment tout à fait isolé; qu'elle contint le double de lits régulièrement occupés, de façon à ce que chaque salle, après avoir été occupée pendant le temps nécessaire au rétablissement des accouchées qui y ont reçu asile, pîit être ventilée et rester inoccupée pendant un temps égal; que, lorsqu'un cas de fièvre puerpérale se serait développé dans une salle, après le transport de la malade à l'infirmerie et le départ des autres femmes accouchées de la même salle et gardées dans une sorte de quarantaine jusqu'à leur rétablissement, la salle fût entièrement badigeonnée; que, lorsqu'une épidémie se serait développée à la maternité, aucune nouvelle accouchée n'y fût admise, que l'établissement fût évacué, soumis à tous les moyens de désinfection et qu'il ne fût remis en activité qu'après un repos d'un mois au moins.
Le système de mesures proposé par M. Lefort est basé sur l'opinion de l'origine et de l'extension par contagion de la fièvre puerpérale, opinion dominante parmi les médecins des maternités et que l'étude des épidémies récentes tend de plus en plus à démontrer ; d'où la nécessité logique d'isoler les femmes atteintes de fièvre puerpérale et de soumettre les services d'accouchement au double système de la désinfection et du rechange.
C'est en vue des mêmes interprétations de l'origine et de la propagation des affections puerpérales, et du même but à atteindre, que M. Tarnier a proposé un plan spécial de maisons d'accouchement.
Le plan de M. Tarnier repose tout entier sur cette pensée : transporter à l'hôpital la plupart des conditions de la ville ; la plus essentielle de toutes ces conditions étant l'isolement des nouvelles accouchées, c'est la réalisation la plus complète possible de cet isolement qu'il s'agit d'obtenir.
Lebàliment de l'accouchement, d'après le projet de M. Tarnier, serait construit eu ligne droite, sans ailes en retour ni saillies, afin que le vent puisse balayer facilement la surface extérieure. Il présente deux façades exposées au levant et au couchant. Ce bâtiment est séparé en compartiments isolés par des cloisons transversales qui vont d'une façade à l'autre, du plancher au plafond ; ces cloisons sont pleines, sans ouverture d'aucune sorte. L'hôpital est divisé, pour ainsi dire, en tranches uniformes placées les unes à côté des autres. Chaque compartiment forme vine chambre complètement séparée des chambres voisines^ sans aucune communication avec elles, sans corridors intermédiaires.
Chaque chambre contient une cbemmée servant à la fois pour le chaulfage et
l'aération ; un lavabo à deux robinets pour l'eau chaude et l'eau froide ; une sonnette électrique à côté du lit, afin que les femmes puissent appeler à volonté la surveillante et les infirmières.
Au milieu du bâtiment se trouvent une salle d'accouchements, une cuisine, une chambre pour la sage-femme ou une surveillante, une salle de bains, des
latrines.
Le service de l'accouchement a son personnel particulier, composé d'un médecin et d'un chirurgien, de deux sages-femmes, de surveillantes et dintirmières.
Le bâtiment de l'infirmerie est placé aussi loin que possible du bâtiment de l'accouchement ; il est construit sur le même modèle. Il contient de quatre ù six chambres isolées. Il est desservi par un personnel spécial, absolument différent du personnel des accouchements.
Voici maintenant quelle serait la mise en activité d'une maternité construite sur ce modèle. Quand une femme se présentera pour accoucher, elle sera conduite a. la salle d'accouchements ; après l'accouchement la femme sera transportée, sans changer de lit, dans une sorte de wagon-brouette jusqu'à lu chambre qui lui est destinée.
A la rigueur on pourrait, dans le plan de M. Tarnier, supprimer la salle d'accouchements et faire accoucher les femmes dans les chambres qui leur sont destinées, comme cela se fait dans la pratique privée.
Dès que l'accouchée sera rétablie et quittera l'établissement, sa chambre sera soumise à l'alternance avant de recevoir une autre accouchée. On la videra aussitôt de tout son mobilier, pour la laver à grande eau dans toutes ses parties, sol, plafond et parois ; les objets de literie seront eux-mêmes lavés, brossés et lessivés avec grand soin ; et la chambre ainsi assainie pourra être occupée de nouveau après complet assèchement, c'est-à-dire au bout de vingt-quatre heures environ.
Pour les chambres isolées en projet, M. Tarnier demande que les parquets soient supprimés et remplacés par de l'asphalte, qui offrirait une surface unie, beaucoup plus facile à laver. Les murs seraient passés à la chaux de haut en bas, ainsi que le plafond; M. Tarnier préfère ce mode de blanchiment simple et économique à la peinture à l'huile et au stuc, qui peuvent se laisser imprégner à la longue.
Que si, malgré ces précautions, des femmes viennent à tomber malades dans les chambres ainsi isolées, elles seront aussitôt, sur l'avis du médecin, transportées dans le bâtiment de rinfirmerie, lequel sera toujours garanti de toute communication médiate ou immédiate avec le service d'accouchement.
Avec ce système l'isolement serait réel, presque absolu. Mais dans l'application a-t-on suffisamment prévu toutes les difficultés, toutes les possibilités d'exécution ?
Ce projet a soulevé des objections et des critiques assez nombreuses. La première objection qui lui a été faite, et qui est loin d'être sans valeur au point de vue pratique, est la dépense considérable qu'il nécessiterait, dépense hors de proportion, non pas, comme cela a été dit, avec les services qu'elle serait destinée à rendre, des services de cette nature ne peuvent jamais être trop chèrement payés, mais avec les ressources dont peut disposer l'assistauce pubhque. Parmi les autres objections qui méritent aussi d'être prises en considération, on a fait valoir l'inconvénient de nécessiter des services médicaux multiples, un personnel extrêmement nombreux et, même avec ce nombreux personnel, l'extrême difficulté d'une surveillance suffisante, d'où des dangers possibles pour les mères et
208 MATERNITES.
pour les enfants. Enfin, et comme subsidiairement, se présente la question des intérêts et des nécessités de l'enseignement, question, il faut le dire, qui est bien plus immédiatement engagée encore dans le système de la généralisation de l'assistance maternelle à domicile, que dans celui des petites maternités.
La Société médicale des hôpitaux, qui avait chargé une commission clioisie dans son sein d'étudier tous les points de la question, a| rès une longue et minutieuse discussion d'un rapport savamment élaboré de M. Bourdon, s'est trouvée mise en demeure de se prononcer entre les divers systèmes qui lui étaient proposés : la répartition et la dissémination des femmes en couches dans les services généraux des hôpitaux, ce qui eût été revenir au système primitif qui a donné de si déplorables résultats ; la réunion dans des services et dans dos établissements spéciaux, maternités grandes ou petites, ce qui serait le maintien de l'ordre de choses présent ; et enfin le système de l'isolement ou du placement dans des chambres particulières. Elle a rejeté le premier à cause des inconvénients nombreux qui résultent du voisinage des femmes en couches pour les femmes malades; elle a rejeté le second comme étant le plus dangereux de tous, se fondant particulièrement sur ce que, dans la petite maternité de l'hôpital Cochin, où l'on a réuni tous les perfectionnements possibles, tels que bâtiment isolé, grandes salles, alternance de ces salles, ventilation et chauffage parfaitement organisés, etc., on avait encore eu une mortalité très-supéiùeure à la moyenne générale et qui, pour certaines périodes épidémiques, s'est élevée jusqu'au chiffre considérable de 17 0/0'.
Elle s'est arrêtée, en définitive, à un système mixte qu'elle a formulé dans les conditions suivantes :
1° Etendre, autant que possible, l'assistance à domicile, en fournissant aux femmes enceintes et accouchées des secours de toute nature ;
* En parcourant les divers calculs qui ont été faits à diverses époques, dans ces trente dernières années, on est frappé des écarts considérables qu'ils présentent, les conditions étant en apparence égales d'ailleurs. D'après un calcul faitpoui'la Maternité de Paris, par M. Hervieux, pour une période de dis années, de 1852 à 1842, la mortalité aurait été de 5,28 0/0. Voici en particulier les chiffres qu'il a relevés pour les années 1856, 57, 38 et 40.
En 1836 sur 2.562 accouchées. . . 57 décès 2,22 0/0.
1840— 5,676 (encombrement) 94 — 2,56
Les années 1848, 1865, 66 et 67 auraient présenté la même innocuité relative. Le même fait s'est reproduit dans diverses autres maternités. Mais il ne faudrait pas conclure de ces périodes de bénignité et de cette innocuité relative de l'encombrement à certaines époques comme l'a fait M. llervieux, à l'inutilité des réformes proposées.
Ainsi, si la période décennale de 1852 à 1842 ne donne pour la Maternité qu'une moyenne de mortalité de 5,28 0/0, la période décennale de 1859 à 1869 donne, pour le même établissement, une moyenne de 10, 12 0/0, de 6,76 0/0 pour l'hôpital des Cliniques, et de 4,85 0/0 pour les salles d'accouchement des hôpitaux. Ce chiffre paraît s'être abaissé depuis quelques années et être tombé même, pour quelques établissements, notamment pour Lariboisière, l'IIôtel-Dieu et la Pitié, au-dessous de la moyenne générale, résultat favorable qu'on pourrait légitimement attribuer, jusqu'à un certain point, à l'ensemble des mesure prophylactiques qui ont été adoptées dans ces dernières années, telles que le passage immédiat des accouchées atteintes d'accidents puerpéraux de la salle d'accouchements dans les salles de médecine, la diminution du nombre des entrées dans les services d'accouchements dès qu'une épidémie devient imminente, leur évacuation complète dès que l'épidémie est déclarée, et, aussi, l'alternance des salles et des lits, en laissant constamment vacant le tiers ou le quart des lits, de manière à pouvoir toujours assainir les derniers occupés. Mais qu'on n'oublie pas combien les épidémies déjouent souvent et les calculs les plus probables et les mesures prophylactiques les plus sages. Hr.
2' Domier au système du placement des femmes en couches chez les sagesfemmes toute l'extension dont il est susceptible.
5" Remplacer les grandes maternités avec écoles d'accouchement pour les sages-femmes, par de petites maisons d'accouchement à chambres séparées, en les plaçant en général dans le périmètre des grands hôpitaux.
Malgré les objections qu'on peut lui adresser, surtout au point de vue pratique, essayer le système de M. Tarnier qui paraît répondre aux conditions les plus importantes de l'hygiène des femmes en couches.
4" Comme mesure transitoire, appliquer à tous les services d'accouchements des hôpitaux la mesure déjà mise en pratique dans plusieurs d'entre eux, et qui consiste à faire passer immédiatement dans les salles de médecine les accouchées qui sont atteintes d'accidents puerpéraux.
Dans ces mêmes services, laisser constamment inoccupés le tiers ou au moins le quart des lits destinés aux femmes en couches.
5" En cas d'épidémie, évacuer les services d'accouchements, disséminer les accouchées dans les salles communes.
Restait à pourvoir aux nécessités de l'enseignement dont les maternités sont uu élément important. Pénétrée de la valeur des objections faites, à ce point de vue, au système de l'isolement et de la dissémination des accouchées, la Société médicale des hôpitaux a ajouté aux propositions précédentes les deux paragraphes suivants qui forment la sixième et dernière conclusion de son rapport.
6° Afin de rendre plus complètes les connaissances obstétricales des élèves des hôpitaux, la commission propose que, dans le concours de l'internat, des questions soient posées sur les accouchements, comme sur la médecine et la chirurgie.
Dans ce même but, les chirurgiens-accoucheurs attachés aux services des femmes en couches seraient chargés de faire, au commencement de chaque année, un cours pratique d'accouchements aux élèves internes et externes des petites maternités.
On le voit, par tout ce qui précède, à quelque point de vue que l'on se place, une réforme plus ou moins radicale est urgente dans le système d'assistance des femmes en couches. Cette réforme, qui est déjcà heureusement commencée par l'adoption partielle du système des accouchements à domicile, devra se compléter par l'abandon complet du système des grandes maternités qui est entièrement jugé maintenant. Nul doute que l'administration ne tienne compte des vœux exprimés par la généralité des médecins. A elle de choisir dans les divers moyens proposés ceux qui lui paraîtront se concilier le mieux avec le but sur lequel les opinions sont unanimes et les intérêts économiques dont elle a la garde.
Brochin.
MATIcnVE. Voy. Matico.
SlâTiCO. ^ I. Botauiqoe. Plante péruvienne dont on emploie les feuilles eu médecine, et qu'on désigne habituellement sous le nom à'Artantke elongata^ que lui a donné Miquel, botaniste hollandais, quelque temps après son introduction comme médicament eu Europe, qui date de 1859 pour l'Angleterre, et de 1850 environ pour la France. Cette plante était connue de Ruiz et Pavon, qui la récollèrent vers 1790, à Huanuco, dans les Andes péruviennes. Ils reconnurent on elle un Poivrier, et lui dounèi'ent, dans leur Flore du Pérou et du Chili (I, 58,
DIOT. ESC. 2» s. V. 14
210 MATICO.
t. 57, f. a), le nom de Piper anijustifoUum, qui doit èlre conservé : 1° parce qu'il est le plus ancien de tous (1794); 2" pai'cc que les Artanthe ne peuvent être conservés comme genre distinct, et doivent se rapporter, comme simple section, au genre Poimer. La plante a d'ailleurs reçu beaucoup d'autres noms depuis 1794 ; voici les principaux :
Piper gmnulosum Ruiz et Pav., op. cit., I, 58, t. 64 (1794).
P. eloïigatum^knL, Emim. pi., I, 512 (1804-1806).
P . piirpurascens Dietr., Syn., I.
Steffensia elongata Gaudich., voy. Bonite, Bot , t. 95.
Artanthe elongata Miq., Syst. Piperac., 454.
A. graniilosa ^\iQ., op. cit., 455.
A. Kunthiana Miq., op. cit., 453.
A. cearensis Miq., op. cit., 456.
Le Piper angustifolium est un arbrisseau à branches grêles, marquées de nœuds saillants, glabres, tandis que les rameaux sont chargés d'un fin duvet, un peu rude parfois, dont la couleur varie du blanc à une teinte ohvàtre, brunâtre ou jaunâtre. Ses feuilles, qui sont les parties employées, sont brièvement pétiolées, obloniïues-lancéolées, ou ehiptiques-oblongues, avec un hmbelong de 1 à 2 décimètres, large de 5 à 6 centimètres. Son sommet est longuement acuminé ; sa base est insymétriquement arrondie, ou plus ou moins cordée. Le tissu en est épais, mou ; aussi est-il souvent brisé dans les surons du commerce où les feuilles ont été plus ou moins fortement comprimées. La nervation du limbe est pennée, et sa surface supérieure est entièrement marquetée de petits îlots proéminents, entourés de sillons creux, tandis que l'inférieure est comme gaufrée de dépressions que sépare les unes des autres un riche réseau de nervures saillantes, chargées d'un fin duvet velouté. Le limbe est, en outre penninerve, et tout parsemé de points pellucides, réservoirs d'une huile essentielle très-aromatique. Le pétiole, long de 5 à 6 millimètres , est aussi couvert de duvet et dilaté en gaîne à sa base. Les fleurs sont, comme dans les Poivres en général, réunies en épis ou chatons. Ici, ils sont oppositifoliés, longs de 10 à 15 centimètres, cylindriques, i;ros comme une plume de corbeau au plus, tout chargés d'étamines jaunâtres et de petites bractées. Les fruits sont des baies glabres, peu volumineuses.
On mêle souvent, oul'on substitue au P. angustifolium d"autres espèces voisines, originaires également de l'Américjue équinoxiale, aromatiques aussi, notamment le P. lanceœfolium (II. B. K., iSov. gen. et spec. pi. œquin., 1, 49. — Artanthe lanceœfolia ^Iiq., Syst. Piper., 455, t. 79), qui croit au Pérou et en Colombie, dans l'Equateur, et qui a des feuilles oblongues-lancéolées, acuminées-cuspidées ; le P. aduncum (L., Spec, 41. — Saururus arborescens fructu adunco Plum., Amer., 58, t. 77. — P. scabrum Lamk, ///., 80. — Steffensia adiinca K., in Linnœa,W\\, 665. — Artanthe adunca Miq., in Comm. phyt., 49, t. 4, — A. Velloziana Miq.), espèce qui croît au Mexique, aux Antilles, à la Guyane, eu Colombie, etc., et qui a des feuilles oblongues-elliptiques, acuminées, inégalement arrondies à la base. Plusieurs autres espèces voisines sont probablement dans le même cas. H. Bn.
Feow, in the North-Americ. med. and surg., oct. 1827, ex Méh. et Del., Dict. Mat. méd., IV, 254. — MiQTOL, Comment., II, 40. — Endlicher, Gen. plant., 1574, n. 1820, c. — Bentley, in Pharm. Joiirn., ser. 2 (1865), 290. — Marcotte, Du Matico, in Thés. Ec. pharm. Par., 1864. — Gdib., Drog. simpl., éd. 6, II, 278. — Rév., in FI. méd. du XIX' siècle, II, 507. — C. DC , Prarfr, XVI, sect. I, 251; 265, n. 92; 285, n. 184, 185; 317, n. 325.- II. Baiuon, Histoire des plantes, III, Pipéracées, icon,
MATICO. 2H
g II. Emploi médical. Le matico est un médicament originaire de la Bolivie et
du Pérou, et d'iiuc introduction assez récente eu thérapeutique. Sa place y paraît bien justifiée , et nous allons, dans cet article, nous efforcer de la déterminer.
On sait que. le matico (piper anguslifolium) est un poivre. Ses feuilles, soumises à l'analyse, ont donné : une essence vert-clair, crislallisable, et une résine brune et active. Ces feuilles ont de 19 à 20 centimètres de long et 0'",045 de largeur; leur odeur aromatique rappelle celle du cubèbe ; quand on les mâche, elles ont d'abord peu de saveur, mais leur goût devient bientôt chaud, acre et r.mer, un peu slrangulant. On n'y a pas trouvé de tannin. Le principe amer a été décrit sous le nom de maticine, mais il n'est pas cristallisable et n'a aucun des caractères d'un alcaloïde.
L'étude médicale et pharmacologique du matico se rattache aux noms de Cazentre, Dorvault, Debout, etc. En Angleterre, Pereira et Moore Nélizan ont contribué à son histoire et à son introduction définiLi\e eu thérapeutique.
M. Cazentre, médecin français, qui avait servi en Bohvie et au Pérou, a adressé, eu 1850, à l'Académie de médecine, des échantillons de cette plante, en même tcuips qu'un travail qui fut l'objet d'un rapport lu devant cette compagnie par MM. Mérat et Velpcau [Bull, de VAcad. de médecine, t. XV, p. 809).
Un bon nombre de propriétés ont déjà été attribuées au matico. Nous n'en retiendrons que ce qui paraît jusqu'ici bien démontrer une réelle action hémostatique, et une influeuce favorable contre les écoulements bleunorrhéiques.
Dans l'Amérique du Sud, on croit tellement à l'utilité du matico contre les hémonhagies traumatiques, que ses feuilles ont reçu le nom d'herbe dit soldat. Sans croire que l'application des feuilles du matico sur une partie qui fournit une hémorrhagie ari'ète immédiatement le sang, on ne peut au moins contester que les hémorrhagies capillaires, ou bien celles consécutives à une amputation ou à une ligature, les hémorrhagies de sangsues, si difiiciîes à arrêter chez les enfants, ne s'accommodent très-bien de ce moyen. La poudre de matico remplacerait, au moins avec avantage, la poudre inerte qu'on emploie dans ces cas, la poudre de colophane, par exemple. Elle devient donc un utile adjuvant du lampoiu\ement hématosique. M. Cazentre y a recouru avec succès dans les cas d'épistaxis, de niétrorrhagie.
Quant à l'emploi du matico à l'intérieur, dans les hémorrhagies de cause interne, son utilité ne me paraît pas douteuse. Je le prescris habituellement dans les métrorrhagies de la ménopause, soit seul, soit associé à l'ergotine, et j'en retire de beaux résultats. Les hémoptysie? s'en accommoderaient sans doute également bien, mais je n'ai pas d'expérience personnelle à ce propos [voy. Bull, de titérap., t. XLI, p. 32).
Le matico a été conseillé dans les cas où on a recours au copahu ou au cubèbe. Cullerier, Schuster, Favrot, Debout, ont constaté son utilité à ce point de vue. M. Grimault a formulé un électuaire dans lequel 100 gramnues de baume de copahu associés à 5 grammes de matico et solidifiés par une quantité suffisante de magnésie calcinée, forment cent bols recouverts de gluten et contenant chacun : 1 gramme de baume de copahu et 5 centigrammes d'essence de matico. L'injection dite de matico contre les écoulements contiendrait, paraît-il, une petite quantité de sulfate de cuivre.
En résumé, le matico est un médicament très-utile contre les hémorrhagies spontanées et les hémorrhagies capillaires, et d'un usage que son inodoréité et sou insipidité relative rendent très-avantageux dans les llux blennorrhagiques de
l'appareil génital. Il se rauge sous ce rapport, mais sur un rang inférieur, à côté du cubèbe. '
M. Dorvault a étudié avec beaucoup de soin la pharmacologie et la posologie du matico (Pharmacologie du maiico. Formules pour son emploi. Bull, de thér., t. XLII, p. 70).
La poudre doit être conservée avec soin dans des flacons bouchés. On l'emploie en substance pour l'usage externe. Quand on la donne à rintérieur, c'est sous la forme de pilules, d'opiat, ou suspendue dans de l'eau sucrée.
L'infusion de matico se prépare avec 10 à 20 grammes des feuilles incisées par un litre d'eau.
L'hyJrolat de matico est au 5*.
L'extrait hydroalcoolique de matico paraît à M. Dorvault la meilleure des préparations de ce médicament ; il est quatre fois plus actif que la poudre. Le sirop de matico de Dorvault est au 10^ ; chaque cuillerée à bouche représente 2 grammes et chaque cuillerée à café O^^ôO. La teinture alcoolique de matico est préparée avec 1 partie de feuilles et A parties d'alcool à 85°.
L histoire du matico en est là. Nous ne savons pas tout sur les deux applications indiquées ici ; il n'est pas supposable que son utilité s'arrête là. C'est une acquisition intéressante et à revoir. Fokssagrives.
MATIÈRE MÉDICALE. VoiJ. PHARMACOLOGIE.
MATITÉ. Le terme qualificatif de Mat, dont l'introduction dans la littérature générale est assez récente, et qui y est particuHèrement usité pour désigner Vabsence d'éclat dans les objets ou dans les couleurs, a été, plus récemment encore, introduit dans la httérature médicale, et approprié à la quahfication collective des bruits de percussion, à caractères négatifs, qu'Avenbrugger appelait « obscurs, presque étouffés » ; par extension, l'adjectif mat est apphqué aux organes et aux régions qui ont fourni le son : thorax mat, abdomen mat, etc.; et c'est pour désigner abstractivement le phénomène de percussion que le terme de mafife a été créé.
C'est en vain qu'on chercherait dans les traités généraux ou spéciaux de percussion une véritable définition de la matité; les auteurs, en efk't, n'ayant généralement pas fait de ce phénomène de percussion une analyse acoustique confoi'me aux lois de la physique, n'ont pu le définir. On a d'abord classé quelques types : son presque étouffé, son obscur, son de chair frappée [tanquam percussi femoris), .\venbrugger ; son jécoral, splénique, etc., Piorry ; plus tard ces diverses désignations furent généralement remplacées, par le mot unique de maliié, considéré comme terme générique, accompagné d'un qualificatif destiné à en indiquer le degré : matité absolue, complète, incomplète, légère [submatité), etc. Cette nomenclature, simple et claire, serait parfaitement suifisante si ses termes divers correspondaient à des variétés de bruits bien définies au point de vue de l'acoustique, et nettement connues dans leurs conditions anatomiques et cliniques; mais les travaux récents de Skoda, "SValshe, FUnt, H. Roger, Woillez, Guéneau de Mussy, etc., ont surabondamment montré qu'il était loin d'en être ainsi. Cependant , dans ce pays au moins , les notions nouvellement acquises ne sont nulle part exposées dogmatiquement ; on semble oublier que, dans un enseignement bien coordonné, tous les éléments d'étude doivent être développés dans une égale mesure; et les recherches de percussion restent, comme toutes celles
MATITE. '213
dont la nouveauté ne forme pas le principal attrait, à peu près complètement délaissées.
Il est donc nécessaire, aujourd'hui, d'envisager les phénomènes de percussion à un point de vue général, et non plus seulement de les étudier incidemment, à propos d'une région, d'un organe, ou d'un état pathologique ; il est nécessaire de reviser les divisions classiques qui sont trop éti'oites et se piètent mal aux progrès de la chnique ; il faut enfin, avant tout, rechercher s'il n'est pas possible de rattacher d'une manière plus précise les lois de la percussion aux lois de l'acoustique générale, et d'avoir ainsi pour l'étude médicale une base réellement scientifique. On trouvera exposés à l'article Percussion les principes généraux que nous professons à cet égard, et nous nous bornerons ici à émettre les propositions strictement nécessaires à l'étude de la matité.
I. Caractères physiques et conditions anatomiques de la matité. Il n'y a, en réalité (Gavarret), aucune distinction fondamentale à établir entre le Broit (sensation acoustique plus ou moins confuse) et le Son; d'ailleurs, il est beaucoup de phénomènes de percussion qui constituent de véritables sons, dans toute l'acception de ce mot. C'est donc chose rationnelle que de chercher à appliquer les règles générales de l'acoustique à l'étude des sons que le médecin détermine en percutant les diverses régions du corps, et d'essayer de distinguer dans ces sons les trois qualités fondamentales, à savoir : 1° le ton ou la tonalité (c'est-à-dire la gravité ou Y acuité); 2" Y intensité ; 5° le timbre. Il ne s'agit pas, bien entendu, d'assimiler absolument la tonalité des bruits de jjercussion à celle des sons musicaux proprement dits, ni d'établir une gamme ou une échelle diatonique parfaite, mais seulement, comme l'a iait très-explicitement comprendre "Woillcz dans ses travaux, de tenir compte, dans l'appréciation des bruits de percussion, de leur qualité élevée ou grave, c'est-à-dire de leur tonalité, de leur intensité, et, ajoutons-nous, de leur timbre, parfois si caractéristique. A part quelques exceptions très-rares, tout le monde est apte, sinon à mesurer, au moins à percevoir comparativement le caractère élevé ou grave d'un bruit ; et, comme ce caractère de tonalité fait partie intégrante et capitale des éléments acoustiques dont la réunion constitue le bruit mat , nous l'étudierons d'abord.
Que l'on percute alternativement et à plusieurs reprises, d'un seul choc chaque fois, la partie antérieure du thorax, par exemple, dans les points les plus sonores et la région hépatique (ou toute autre région sonore comparativement aune partie parfaitement mate), et il suffira d'un peu d'attention pour constater de la manière la plus évidente que le bruit mat est d'une tonalité beaucoup ;j/ms élevée que le bruit sonore. Une oreille exercée parviendra à constater facilement la tonalité absolue des sons de percussion ; mais il n'est personne qui, avec quelque attention, ne puisse apprécier leur tonalité relative : un habile constructeur d'appareils d"acoustique, Marloye [Bict. encyclop., t. I, p. 626, art. Acoustique), avait taillé des cubes de bois de dimensions déterminées ; chacun de ces cubes, jeté seul contre terre, produisait un bj'uit difficile ou même impossible à classer ; mais, quand on les projetait .successivement à intervalles trèsrapprochés, l'oreille la moins exercée éprouvait très-nettement la sensation musicale d'une gamme. D'ailleurs, comme l'a fait très-justement remarquer "Woillez, on peut, en dehors de la notion du ton lui-même, arriver plus sûrement encore à distinguer l'acuité ou la gravité des résonnances de percussion en faisant intervenir certaines particularités connexes et plus facilement appréciables; ainsi,
dit ce savant médecin, « les sons franchement aigus sont durs et brefs, et les sons fraricbement graves, au contraire, moelleux et prolo7igés. »
II y a longtemps que la notion de la tonalité des bruits de percussion eiit été acquise, si l'on eiàt mieux compris et plus exactement traduit le texte d'Avenbrugger ; en effet, indiquant sommairement qnelques-unes des variétés de son que donne la percussion du thorax, l'auteur écrit, obs. III, § 10 : « Scholiwn. So nitus vel ALTion, vel profundior, vel clarior, vel ohscurior, vel qucmdoque prope siiffocatus deprehenditur . » Or le sens bien net du mot altior est : plus élevé', et le premier traducteur d'Avenbrugger, de Rozière de la Cbassagne, le comprend en effet ainsi ; mais Corvisart, qui est en outre commentateur et qui n'a pas été frappé de la tonalité des bruits de percussion, ne se souvient pas assez de l'engagement qu'il avait pris, dans sa préface, de traduire « mot à mot, » rend cdtior par « superficiel, n et fait les plus laborieux raisonnements pour justifier sa raduction.
Un peu plus loin, § 12, Avenbrugger, développant sa pensée malheureusement enveloppée encore de quelque obscurité, ajoute : « Si in aliqiia parte thoracis sonora, eadem intensitate percussa, sonus altior; morhosum ibi subesse notai uhi A.LTITCD0 major. » L'embarras de Corvisart redouble ; il avoue que traduire ici altior par « superficiel » serait « absurde, » et il est forcé de conclure « que les mots sonus altior, altitudo major, ont une signification analogue à celle de sonus ohscurior. Ce n'est pas tout : § 35, pour la troisième fois, Avenbrugger signale encore cette même élévation du son dans des conditions oîi elle existe en effet d'une manière positive : « Callosus parum pidmo, parvus scirrhus,vomica exicjiia et levis extravasatio liaud detegiiur nisi quandoque altiori resonantia affectœ thoracis plagœ. » Cette dernière proposition, qui indique chez Avenbrugger une observation médicale merveilleusement délicate, déroute encore plus les deux traducteurs : l'un, de Rozière, transforme » altiori resonantia » en « son plus fort ; b et l'autre, Corvisart, en « résonnement plus léger. » Il était difficile d'être plus malheureusement inspiré ; le germe iécond produit par Avenbrugger est détruit par son commentateur, sans qu'aucune protestation s'élève. Nous devons dire, toutefois, que le regi^ettable Aran, qui avait le bien rare mérite de contrôler les textes, ne s'était pas laissé induire en erreur par la traduction française : « Avenbrugger, dit-il dans une de ses notes à l'ouvrage de Skoda, a proposé, lui aussi, une classification des sons de percussion, qu'il désigne par altior, profundior, etc., ce qui revient à dire qu'il n'admet que deux caractères principaux : le nombre des vibrations ou la tonalité {altior, profundior), et la clarté, etc.; » mais Aran, pas plus que Skoda, n'avait suffisamment médité Avenbrugger, et ni l'un ni l'autre n'ont apprécié les préceptes de l'inventeur à leur juste valeur. Assurément il est regrettable qu 'Avenbrugger ait été aussi peu explicite, et que son texte ait ainsi prêté à une fausse interprétation ; mais on voudra bien ne pas oublier que son livre émane de la patrie de Skoda, et, s'il fallait décider lequel est le plus intelligible pour nous, de l'inventeur de la percussion ou de son réformateur, nous n'hésiterions pas à désigner le premier.
Piorry, qui eût certainement plus fait pour la percussion s'il eût été préoccupé à lin moindre degré du plessimètre et du procédé, n'a pas tenu compte de la tonalité des bruits; une fois cependant, parlant du bruit humorique,\\ le déclare « plus aigu, plus harmonique que les autres sons. »
Walter H. Walshe réclame pour lui {Physical diagnosis of diseases of the
MATITÉ. 21o
lungs, p. 470) la priorité de la notion exacte du rapport qui existe entre la tonalité du son et ses caractères d'obscurité ou de clarté; mais Austin Flint (1852) paraît être certainement le premier qui ait formulé d'une manière précise les caractères diatoniques de la niatitéen disant : « Un son mat, fourni par la percussion, est en même temps élevé en ton; » toutefois, c'est particulièrement à Woillez que revient le mérite d'avoir bien conçu et exposé clairement les caractères acoustiques de la matité; il faut ajouter que Guéneau de Mussy enseigne depuis plusieurs années dans ses cliniques l'importance diagnostique de la tonalité des sons organiques ; et il est légitime de reconnaître que Walslie a approfondi plus que personne l'étude acoustique de la matité, ce dont il est facile de se convaincre en parcourant l'excellente traduction française qui vient d'être donnée par Fonssagrives de la troisième édition de l'ouvrage du savant clinicien anglais.
L'élévation diatonique des sons obteniis [lar la percussion, constitue le caractère fondamental de la matité ; elle précise, par le degré qu'elle atteint, le degré de l'altération du son ; elle est appréciable, par comparaison, alors même qu'elle est peu considérable, et elle peut déceler, tout à fait à leur début, des altérations organiques peu étendues : c'est cette observation dont nous avons tout à l'heure montré l'existence dans le texte d'Avenbrugger, § 55, que Skoda formule à sa manière en disant que l'élévation du son de percussion précède la conversion du son pulmonaire non tympanique en son tympanique, et qu'il indique comme liée à la période initiale des tubercules pulmonaires (« callosiis pardm pidmo, PARVos scirrJms » d'Avenbrijgger) ; c'est cette observation qu'Austin Flint le premier (1858) a formulée d'une manière nette et précise en disant que la notion de l'augmentation d'acuité du son constitue une règle « très-utile dans la pratique, pour déterminer l'existence d'un léger degré de matité relative d'un côté de la poitrine, règle surtout appréciable aux cas de pbtbisie dans lesquels il y a une petite quantité de tubercules disséminés. » C'est cette même observation que Woillez déclare également avoir faite plusieurs fois lorsqu'il dit, qu'il a trouvé « en dehors de toute matité » une diiférence de tonalité entre les deux côtés de la poitrine, comme signe de tubercule, Vacuité la plus grande indiquant le côté plus spécialement affecté; c'est la même enfin que signale Walshe en disant que l'élévation du son existe quelquefois comme signe de tuberculisation commençante.
En même temps que la tonalité s'élève lorsqu'une région préalablement sonore devient mate, ïintensité du son, diminue progressivement au point de devenir presque nulle {(( prope suffocatiis » d'Avenbrugger).
C'est la diminution d'intensité an son, c'est-à-dire la diminution de l'étendue des vibrations du corps sonore autour du point d'équilibre, qui donne aux sons de percussion ce caractère que Skoda a désigné par l'expression de son vide par opposition au son plein, plein étant pour le médecin de Vienne synonyme de sonore ; et la matité proprement dite n'étant pour lui que le son complètement vide.
Skoda, bien qu'il ait mieux analysé que ses devanciers les caractères de la matité, puisqu'il a précisé par l'expression de vide (quelque impropre qu'elle soit) la diminution d'intensité, et qu'il ait fait remarquer que le son doimé par la percussion des corps privés d'air, et par conséquent la matité, n'a pas de timbre, a laissé son étude incomplète en ne tenant pas compte de la tonalité dont Flint, Woillez, Walshe, Guéneau de Mussy ont parfaitement saisi l'importance.
En résumé, nous pouvons formuler au point de vue de l'acoustique une définition précise en disant : La' matité diffère de la sonorité par Y élévation du ton, Y abaissement de V intensité, et V absence de timbre appréciable. L'élévation du ton, l'acuité; qui est absolue dans la matité vraie pourra toujours être constatée même par une oreille peu exercée, re/afii^emen^ comparativement, au ton du bruit obtenu par la percussion d'une région sonore. Walshe attache avec raison la plus grande importance à cette qualité fondamentale des sons de percussion comme de tous les sons en général et déclare que la hauteur des bruits de percussion lui paraît, sans contredit, celle ds leurs qualités, qui mérite le plus de confiance.
Quant à la diminution d'intensité du son (diminution de l'amplitude des vibrations) elle se traduira à l'oreille par la brièveté de l'onde sonore. Ainsi donc, gravité, intensité, prolongement, pour les bruits de percussion qui constituent la sonorité; acuité, faiblesse, brièveté, pour les brui's de percussion que comprend la matité, voilà les caractères acoustiques essentiels , fondamentaux; leurs degrés établissent les degrés de la sonorité et de la matité.
En dehors du timbre qui est parfaitement appréciable dans un grand nombre de . bruits de percussion sonores, et que nous déclarons avec Skoda, mais contrairement à Guéneau de Blussy, n'être plus appréciable dans les sons parfaitement mats, les conditions anatomiques variées, dans lesquelles se produit la matité, donnent lieu à des variétés ou à des nuances de son ne dépendant absolument que des modifications de tonalité ou d'intensité et qui méritent dans une certaine mesure d'être dénommées; telles sont par exemple, la. dureté deh matité absolue, comparée à la douceur du son de percussion opposé, h sécheresse, nuance difficilement traduisible en mots, etc.
Indépendamment des phénomènes acoustiques de la matité, il existe, pour le médecin qui percute, des sensations exclusivement tactiles, qu'un observateur privé de l'ouïe pourrait parfaitement percevoir, et qui consistent essentiellement dans la notion de résistance au doigt qui percute, notion dont la valeur est très-grande en médecine clinique. On attribue généralement à Piorry la découverte de ce signe important ; c'est une erreur : j'ai déjà démontré en traitant de l'ascite {voy. ce mot) que Sauvages distinguait l'ascite de la tympanite « en ce qu'on ne sent aucune élasticité ni aucun bruit lorsqu'on frappe sur le ventre » et que P. Frank enseignait aussi que la tumeur gazeuse est plus « élastique » que la tumeur liquide. On ne trouve, il est vrai, dans Âvenbrugger aucune indication analogue pour le thorax, mais Corvisart, dans ses commentaires, déclare positivement qu'en dehors du caractère acoustique il existe un phénomène tactile distinct, perçu exclusivement par la main : « Lorsque, dit-il, une des cavités de la poitrine est parfaitement pleine, la difficulté du diagnostic me paraît à peu près insurmontable sous le rapport de la nullité absolue du son ; mais je dois dire cependant qu'une grande habitude de percuter fait ressentir au bout des doigts je ne sais quelle sensation qui avertit quelquefois si c'est un solide ou un fluide. )) Laënnec rectifie l'observation, la dégage de son obscurité et en précise d'une manière peu douteuse les conditions : « La sensation d'élasticité, dit-il, que l'observateur perçoit en percutant ajoute souvent à la certitude de son jugement lorsqu'il n'existe qu'une différence douteuse de résonnance. Dans tous les cas, la conscience du plein ou du vide est toujours beaucoup plus certaine pour l'observateur qui percute que pour celui qui entend seulement la percussion exercée par un autre. »
Le fait n'était donc pas entièrement à découvrir au moment où il attira spécia-
lement l'attention de l'inventeur de la percussion médiate, et pour rester à la fois dans la vérité et dans la justice, il suffit de reconnaître à. Piorry le très-grand mérite d'avoir compris toute l'importance de cette donnée clinique et d'en avoir vulgarisé l'application pratique.
Cette sensation tactile de résistance se lie dans ses conditions étiologiques aux r.onditions anatomiques et physiques mêmes qui donnent lieu, comme nous allons le voir, à la matité: densité, volume ou masse, consistance, degré de tension, proposition que Walshe a formulée en disant : « Tout ce qui élève le ton, raccourcit la durée, et rend dur le timbre d'un bruit de percussion, augmente, en même temps, le degré de résistance. »
C'est aussi aux caractères tactiles de la matité et non à ses caractères acoustiques qu'il faut rapporter le phénomène de percussion désigné sous le nom de frcmissement kydatique, et dont Davaine a donné une fort bonne idée en le comparant à celui que produit un siège élastique, que l'on frappe avec la main ; la main étant appliquée sur la tumeur hydatique la percussion pratiquée sur l'un des doigts fait percevoir le frémissement aux autres doigts. Davaine a, en outre, rectifié l'assertion émise par Skoda et, quelques autres auteurs qui rapportent à Piorry la découverte de ce phénomène de percussion ; cette découverte appartient à P. -A. Briançon {Ess. s. le diagn. et le trait, des acéphalocystes. Thèses de Paris, 26 août d828, n* 216, p. 28). On trouve encore dans une oLservatiou antérieure de Blatin, de Clermont-Ferrand [Mém. de la soc. méd. d'émulation, an X, 1802), un cas de tumeur hydatique abdominale, non fluctuante, à laquelle « la percussion faisait éprouver un mouvement de totalité avec tremblottement semblable à celui qu'eût présenté une masse de gélatine )) ; mais, comme le fait très-judicieusement remarquer Davaine, la découverte appartient réellement à celui qui a saisi la valeur sémiologique du phénomène (voy., pour plus de détails sur cette question, lesrnots Hydatide, Frémissement).
Nous nous sommes attaché, dans les pages qui précèdent, à préciser, conformément aux lois de la physique, les caractères acoustiques et les caractères tactiles, des sons mats considérés en général ; il s'agit maintenant de rechercher les rapports qui unissent ces sons aux conditions anatomiques, et de réunir, ainsi, les éléments nécessaires pour établir d'une manière méthodique et rationnelle la valeur sémiologique de la matité.
Avenbrugger, qui avait mené la percussion à un degré de perfection beaucoup plus avancé que son commentateur et ses successeurs ne paraissent l'avoir admis, s'était préoccupé des conditions anatomiques auxquelles devait être rapporté le son contre nature de la cavité thoracique, seule région à laquelle il avait applicjué la percussion. Voici ce qu'il a écrit à propos des dégradations du son normal fourni par la percussion de la poitrine : « Ces variétés dépendent de la cause qui peut diminuer ou supprimer le volume ordinaire de \air contenu dans le thorax. Cette cause, masse liquide ou solide, produira ce que nous observons, par exemple, sur les tonneaux qui, lorsqu'ils sont vides, résonnent sur tous les points, mais qui, remplis, perdent d'autant plus de son que le volume d'air qu'ils contenaient a été plus diminué. »
Skoda n'a rien dit antre chose lorsqu'il a écrit cet aphorisme : « Tout son fourni par la percussion du thorax ou del'abdomen, qui diffère du son de percussion de la cuisse ou d'un os, est l'indice de la présence de l'air ou d'autres corps gazeux dans les cavités du thorax ou de l'abdomen. )^
Cette interprétation, basée sur l'observation clinique et sur les recherches cada-
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vériqiies, fut en outre appuyée par Avenbrugger sur V expérimentation : « Si in cadavere quocumque sononim thoracis cavinn Uqiddo impletur injectionis o;îe, tune sonitiis îateris repletipro illa altitiidine ohscuratur quant injectumUquidum occitpaverit (§ 18). »
Ainsi qu'on peut le voir, Avenbrugger indique par l'expérimentation non-seulement l'une des conditions anatomiques de la raatité, l'épanchement liquide, mnis il précise encore les rapports qui unissent la hauteur du liquide avec les dimensions de la matité.
Corvisart ne paraît pas avoir saisi toute la portée de l'expérimentation d' Avenbrugger, qui indiquait ainsi une voie dans laquelle on a été si longtemps à s'engager; le traducteur reproche à l'auteur de n'avoir pas complété son expérience, (reproche sans portée comme nous le verrons) en injectant aussi du liquide dans les bronches, mais il ne lui vient pas à l'idée de comljlcr lui-même cette lacune, ni de répéter l'expérience du médecin de Vienne. Piorry, dans son traité de la percussion médiate, reproduit et multiplie l'expérience d' Avenbrugger; mais il n'y ajoute rien de fondamental, et il n'indique pas qu'il avait été devancé dans cette voie de l'expérinjentation cadavérique, par l'inventeur de la percussion.
Il faut arriver à Skoda, pour rencontrer enfin une étude expérimentale, rationnelle et originale des conditions anatomiques de la matité, et si le réformateur n'a pas atteint complètement son but, au moins a-t-il eu le mérite, qu'on ne saurait trop louer, de chercher à voir et à entendre par lui-même, et de préparer la voie en rompant avec la tradition.
Tous les corps organiques ou inorganiques quels qu'ils soient, dépourvus de fluides aériformes, fournissent à la percussion médiate ou immédiate un son mat alors qu'ils sont disposés en masses compactes, et non en lames ou en membranes minces.
Que l'on appUque le plessimètre à la surface d'une couche liquide de quelque épaisseur, sur les masses musculaires de la cuisse, sur le foie ou sur la rate, sur un poumon complètement hépatisé ou sur une masse tuberculeuse ou cancéreuse, c'est toujours un son mat {son parfaitement vide àe Skoda), que donnera la percussion à quelque degré qu'elle soit pratiquée. Percutés dans des conditions identiques et à masses sensiblement égales, tous ces corps produisent un son uniformément aigu, uniformément peu intense, et dépourvu de timbre. Skoda et Woillez se sont élevés avec la plus grande raison contre la prétention, émise par Piorry, de créer des matités spécifiques, et la critique reconventionnelle adressée par Aran sur ce sujet au médecin de Vienne, n'est en aucune manière fondée. En fait, est-il aujourd'hui un médecin qui ait la prétention justifiée de distinguer par le seul caractère acoustique la matité du foie, de la rate, ou du cœur ; il est évident que non et la controverse est inutile. Si l'on peut à la rigueur admettre (ce dont nous n'avons pas à nous occuper en ce moment), les sons puhnonal, stomacal, intestinal, de Piorry, nous rejetons absolument d'une semblable classification tous les sons dépourvus de timbre, et, en fait, personne ne se sert plus aujourd'hui des locutions de son splénique, jecoral, rénal, etc.
L'élévation de la tonalité dans les circonstances que nous venons d'indiquer est évidemment due à une condition physique identique, commune aux corps organiques et aux corps inorganiques, aux parties mortes ou aux parties vivantes; elle se rehe à la rapidité ei au peu de durée des vibrations produites
par le choc d'une masse compacte. On comprendra aisément encore que l'intensité du son, qui dépend de l'amplitude des \ibrations d'un corps, soit ^amininnim dans la percussion des organes qui donnent lieu à la matité ; masses musculaires, parenchymes compactes normalement ou pathologiquement , épanchements liquides, etc.
Quant au timbre, qualité spécifique de certains sons dont la cause est encore un problème d'acoustique, il est également aisé de comprendre qu'il manque dans des circonstances où les caractères négatifs prédominent.
Mais les conditions que nous venons d'indiquer (compacité des masses percutées), ne sont pas les seules dans lesquelles on rencontre un son à tonalité L'ievée et à intensité très-médiocre, c'est-à-dire un son plus ou moins mat.
Lorsqu'une corde est tendue à l'excès entre deux points très-rapprochés, elle atteint les limites de l'acuité, descend au minimum d'intensité et produit une véritable matité musicale. Lorsqu'une membrane distendue à l'excès est mise en vibration, Vamplitude de ses vibrations diminue en même temps que la tension de la membrane augmente, ce que Savart démontrait de la façon la plus simple en faisant voir que le sable répandu à la surface d'une membrane mise en vibration était projeté de moins en moins haut à mesure que celle-ci était -plus tendue. Dans les cavités membraneuses de l'organisme, lorsque la pression gazeuse excentrique devient assez forte pour distendre à un certain degré la paroi, le son de percussion au lieu de devenir plus grave s'élève de ton, et diminue rapidement d'intensité au point d'atteindre le degré inférieur qu'il a dans la matité confirmée.
Chacun peut, à l'instant, en faire la preuve en percutant avec un peu de force la cavité formée par les deux joues distendues par l'air et progressivement amenées depuis le degré le plus léger de tension jusqu'au plus extrême, et constater au degré moyen un bruit à timbre amphorique, analogue à celui de l'estomac moyennement distendu, et à un degré extrême un bruit qui se rapproche singulièrement de la matité (son atympanique de Skoda, obtusion du son de Woillez, son voilé ou couvert de Walshe, etc.). C'est évidemment ce que Skoda a voulu exprimer en disant que, lorsque la tension des organes qui contiennent de l'air est directement ou indirectement excessive , le son perd presque complètement, sinon complètement, son caractère tympanique et peut devenir ainsi plus sourd.
Henri Roger, dans ses études de percussion et ses commentaires de l'œurre de Skoda, a parfaitement saisi le fait anatomique et indiqué sa valeur clinique. « Si l'on percute, dit-il, un poumon sain pendant qu'un aide insuffle l'organe, on constate avec étonnement que le son devient de moins en moins clair et moins tympanique, à mesure que la distension des cellules est plus forte, et qu'il finit par être presque mat lorsque cette distension est excessive. » Pour l'estomac, même observation : « Le son devient de plus en plus obscur, jusqu'à ce qu'il soit presque tout a fait mat lors de la distension extrême du viscère. »
Henri Roger déclare également avoir bien des fois été frappé, avant de connaître les travaux de Skoda, de l'effet produit par la tension des parois musculaires sur les résultats de la percussion. « Que de fois, dit-il, en percutant sur la poitrine ou sur le ventre, chez des enfants qui s'agitent et contractent leurs muscles dans les efforts qu'ils font pour se soustraire à l'examinateur, il nous est arrivé de percevoir de la matité, juste au moment des contractions musculaires, sur des points tout à l'heure sonores ; dans le même examen, les mêmes régions donnent alter-
nativement un son clair et obscur, suivant l'état de relâcliement ou de tension delà paroi. » Cette influence des contractions musculaires sur les modifications de la tonalité n'a pas échappé à Guéneau de Mussy, qui en a signalé avec soin la valeur climque.
Il y aurait le plus grand intérêt à poursuivre ici cette étude, en montrant comment la combinaison des divers caractères acoustiques, ton, intensité, timbre, donne lieu à des bruits de percussion qui participent à la fois de la matité et de la sonorité, tels que le bruit skodique, le bruit de pot fêlé, etc., par exemple ; mais, lié étroitement par la lettre de cet article, nous ne pouvons qu'indiquer ici celte catégorie, que nous désignerons sous ce nom : bi^uits mixtes (pseudo-mats ou pseudo-tympaniques), absolument méconnue avant Skoda, encore aujourd'hui incomprise presque universellement, et dont il n'a pas été fait d'exposé suffisamment clair et précis, pour arriver à la vulgarisation {voy. Percussion, Tïmpamsme) .
Les conditions anatomiques générales de la matité étant ainsi établies, il reste à rechercher la relation qui unit les bruits mats aux différents états normaux ou pathologiques qui peuvent être rencontrés dans le thorax et dans l'abdomen.
Il importe d'abord de tenir compte du rôle que peuvent jouer, dans l'élévation du ton des bruits de percussion, les parois elles-mêmes du thorax et de l'abdomen, en dehors des conditions de tension excessive que nous avons déjà signalées. il est, en effet, certaines régions où le son monte de ton et diminue d'intensité, dans les conditions les plus normales ; telles sont les régions mammaires chez la femme, et la région du musde grand pectoral droit cliez les sujets à profession manuelle; cette dernière cause de matité a été spécialement signalée par Walshe, qui indique l'importance clinique de ce fait au point de vue de la recherche de la tuberculisation pulmonaire. En arrière, les masses musculaires de la région scapulaire produisent également une élévation considérable du ton des bruits de percussion. A l'abdomen, deux conditions surtout peuvent modifier les bruits de percussion; ce sont l'embonpoint excessif, et la tension musculaire, si difficile à éviter pendant l'examen de cette région.
Dans l'état pathologique, il est assez rare que les altérations des parois du thorax ou de l'abdomen modifient considérablement les bruits de percussion et produisent de véritables matités ; il est nécessaire d'en tenir compte cependant, et de se rappeler les principales de ces altérations : infiltrations ou collections séreuses, sanguines o\x purulentes ; lésions osseuses et périostiques du cancer et de la syphilis; enfin fausses membranes pleuro-costales. Cette dernière cause de matité, toute réelle qu'elle puisse être, a certainement été exagérée, et est aujourd'hui trop facilement invoquée dans la pratique commune, on l'on voit tons les jours considérer comme dues à des fausses membranes les matités parfois absolues qui survivent à la période active des épanchements pleurétiques. Cette erreur ne prend cependant pas sa source dans l'enseignement des maîtres ; Andral ne dit nulle part qu'une matité absolue puisse être produite par des fausses membranes, mais seulement « que la sonorité des parois thoraciques peut être diminuée d'une manière plus ou moins notable. » Piorry déclare que « rarement l'épaississement ouïes adhérences sont portés au point de former une couche assez considérable pour altérer le son que donne la percussion du thorax. » On ne saurait nier, à la vérité, comme le fait observer Aran, le fait de la persistance, longtemps après la guérison de la pleurésie proprement dite, d'une matité plus ou moins prononcée à la partie postéro-inférieure du thorax ; mais il n'est pas
probable que cette élévation du sou soit due seulement à la présence des fausses membranes, et nous sommes disposé, lorsque la matité est considérable, à la rapporter, eu outre, à un certidn degré d'impennéabilisation persistante de la base du poumon, ou même à la "permanence d'une couche liquide. Fournet déclare avoir constaté, par l'autopsie, qu'il suffit souvent d'une fausse membrane, même récente, de l'épaisseur d'uue ligne, pour communiquer au son que développe la percussiù]! ime obscurité bien distincte ; mais Skoda s'appuie également sur des vérifications cadavériques pour contester le fait ; et Henri Roger, qui a fait un contrôle expérimental, déclare également qu'une fausse membrane de 2 à 4 millimètres ne modifie en rien la sonorité pulmonaire, à moins que cette feusse membrane ne contienne des concrétions ostéo-calcaires.
C'est surtout dans les lésions intra-thoracUiues et intra-abdominales que résident les causes communes des divers degrés de matité : épanchements liquides des plèvres, du péricarde et du péritoine ; accumulations liquides dans des réservoirs naturels, vessie, utérus, ou dans des cavités accidentelles, abcès et phlegmon périutérins, kystes ovariqués, etc.; tumeurs du médiastin, de la plèvre, ou des viscères abdominaux; indurations ou infiltrations diverses du parenchyme pulmonaire.
Toutes les fois que ces lésions seront au contact de la paroi percutée ou qu'elles pourront y être amenées par dépression de celle-ci, la matité qui les indique sera facilement perçue, mais il faut que ce contact ait lieu sans interposition d'une partie sonore. Un corps solide interposé, à moins d'être très-considérable, n'enqièche pas de percevoir dans une certaine mesure la sonorité des parties sous-jacentes ; mais une masse sonore, à moins qu'elle ne puisse être convenablement déprimée, s'oppose à la perception des sons mats. C'est ainsi, par exemple, qu'une portion de poumon indurée, selon la remarque de Skoda, échappe à la percussion la plus attentive, à moins qu'elle ne soit considérable et entourée seidement d'une mince couche de tissu pulmonaire normal ; les infarctus pulmonaires, les noyaux de pneumonie lobulaire, etc., échappent de la sorte, le plus ordinairement, à la percussion. Dans d'autres cas, le yoiswa^e de parties sonores donnera heu seulement à de ;)sej(f/o-ma^iïes. « Que l'on percute, dit Henri Roger, le poumon dans la pneumonie lobulaire on des lobules hépalisés continent à d'autres lobules engoués seulement et encore aérés, et l'on percevra non nue vraie matité, mais un son tympanique, ordinairement creux et sourd, et parfois d'un timbre assez élevé. » Et ailleurs : « C'est seulement lorsque les lobules hypérémiés ont conflué et qu'ils sont déjà un peu indurés qu'il y a parfois de la submatité à la base du thorax. »
L'œdème puhnonaire est généralement considéré comme produisant cette matité que l'on observe si communément aux deux bases chez les sujets atteints d'iniiltration séreuse cardiaque ou rénale ; nous pensons que, dans les cas de ce genre, il faut faire intervenir aussi la sérosité épanchée dans les plèvres. En etïet, Skoda et Woillez ont démontré que, tant que l'imperméabilisation du poumon n'est pas effectuée, la matité ne saurait être complète, et ce sont d'autres variétés de bruits de percussion qui signalent les tubercules disséminés, les infiltrations sanguines du poumon, les diverses variétés de congestion, etc. L'eau injectée dans les bronches ne parvient pas à chasser l'an- des radicules, et ne rend pas le poumon mat à la percussion. La condition anatomique essentielle de la matité proprement dite réside dans l'imperméabilisation du poumon, dans l'hépatisation. II. Valeur sluiologique de la. matité. La matité, dans ses diiférents degrés,
constitue un signe physique direct d'une importance considérable en médecine clinique, mais dont la valeur n'est pas plus absolue que celle des autres signes physiques ; très-facile à constater et à apprécier dans sou degré le plus extrême, elle demande pour être exactement perçue et judfcieusement interprétée dans ses nuances diverses une grande attention et uue grande habitude de la percussion; elle constitue l'élément diagnostique capital d'un grand nombre d'états morbides, mais cet élément n'a rien de spécifique par lui-même, et il n'acquiert toute sa valeur qu'après avoir été rapproché des autres signes physiques, et mis en regard des signés rationnels ; dans un certain nombre de cas, elle acquiert une importance de premier ordre pour déceler la présence de tumeurs, ou de lésions abdominales, ou thoraciques peu appréciables soit à la vue, soit à la palpation et quelquefois tout à fait latentes : les auévrysmes thoraciques, par exemple.
Une étude spéciale longtemps prolongée et une aptitude toute personnelle permettront pt,ut-étre h. quelques cliniciens d'apprécier par les seuls caractères acoustiipes et tactiles les dilférentes espèces de mafité, mais ces différences échappent à toute descriplion. En fait, la cHnique recherche purement et simplement si la matité existe, à tjuel degré, et de quelle sensation tactile elle est accompagnée ; mais elle n'a nullement la prétention de spécifier par la qualité seule du son mat s'il s'agit de tel ['arenchyme ou de tel autre, d'un épanchement liquide ou d'une induration pulmonaire. Que l'on percute, par exemple, à la base du thorax, à droite et en arrière, un épanchement pîeurétique ou uue pneumonie hépatisée, y a-t-il un seul clinicien qui ait la pensée de distinguer par le caractère de la mdtité le lobe hépatique de la couche liquide ou du parenchpic induré qui lui sont immédiatement superposés? On peut lire dans Corvisart l'observation d'un cas de kyste (hydatique) du foie qui avait soulevé le diaphragme, sans le rompre, jusqu'au niveau de la troisième côte ; les élèves se fondant exclusivement sur la matité qui occupait la presque totalité du côté droit de la poitriue, cl ne tenant pas compte des autres signes, admettaient malgré l'avis contraire du maître l'existence d'un épanchement pleural ; l'autopsie donna raison à Corvisart.
La nécessité de contrôler, sans cesse, la valeur de la matité, en sémiologie, reparait à chaque instant en clinique : pour les épanchemeats du péricarde, par exemple, quel est le médecin d'hôpital qui n'ait pas rencontré à l'autopsie des îiydropéricardes considérables, alors que la matité péricardique ne semblait indiquer rien de semblable? Deux fois en peu de temps, j'ai pu faire cette observation à riiôpital Saint-Âiit»ine : dans un cas l'examen cadavérique fit reconnaître un épancliement péricardique infiniment plus considérable que la matité, recherchée cependant pendant la vie avec le soin le plus minutieux, ne pouvait le faire supposer, et dans l'autre, qui se termina favorablement, tous les signes d'une hydropisie du péricarde considérable existaient sauf les proportions de la matité. Jaccoud, rapportant dans ses leçons cliniques l'enseignement Je Diichek sur ce sujet, a très-clairement exposé ce point délicat de médecine clinique et précisé avec son talent habituel son importance pratique : « Si donc, dit-il, avec une madté trèspeu étendue ou même normale, vous observez, d'autre part, les signes d'un épanchement abondant, ne vous endormez point dans une fausse sécurité basée sur les résultats de la percussion, et prenez pour guide les autres symptômes, n Combien de fois, dans l'emphysème, par exemple, la matité du cœur n'esl-elle pas masquée par la sonorité d'une lame de poumon interposée ? Et par inverse, ne voit-on pas quelquefois les poumons, entraînés et maintenus en dehors de la
MATITE. 225
êiuJace du péricarde par des adhérences, laisser le cœur directement en contact avec la paroi (Skoda, Duchek, cit. Jaccoud) et donner lieu ù une matité anormale, le cœur et le péricarde étant sains, ou, ceux-ci clant altérés, tromper sur l'étendue réelle de la matité pathologique.
Toutes les fois que la matité n'est pas entière, absolue, elle devra, toujours être contrôlée par la percussion comparative de la région symétrique, seul moyen de percevoù- la différence de ton et d'intensité et d'apprécier le degré de résistance au doigt. Cette étude comparative est d'une importance capitale dans le diagnostic des lésions qui ont leur siège au sommet des poumons ; elle réclame de la part de l'observateur un soin et une attention extrêmes, et elle n'est jamais sans difficultés même pour le praticien le mieux doué et le plus expérimenté.
On ne saurait trop le répéter, si la matité absolue présente des caractères acoustiques tellement précis que l'erreur ne soit jamais possible, il est loin d'eu être de même des degrés moins accentués ; tantôt cette matité' relative sera méconnue faute d'une comparaison exacte avec le côté symétrique, tantôt c'est de cette comparaison même que pourra venir l'erreur, comme dans les conditions suivantes : Henri Roger, parlant des caractères du son tympanique sus-plcurétique, rapporte que dans ses observations cette résonnance était parfois si grande que Ion eût été porté à prendre pour une matité légère le sonpulmonal naturel perçu sous la clavicule du côté sain.
Les divers degrés de la matité (matité absolue, relative, sub-matité, matité légère) sont conliiiuellenient invoqués en clinique pour contribuer à l'appréciation de la densité Q^i de h profondeur d'une induration pulmonaire, et pour suivre les différentes phases de ïétat local; pour juger de ï épaisseur de la couche liquide interposée entre la paroi et les organes sonores ; quelquefois même pour décider de la nature de la lésion, la matité due à un épanchement pleural, par exemple, étant considérée comme plus prononcée que celle qui est produite par l'induration pulmonaire phlegmasique ou hétéromorphique.
Mais, il faut le répéter, cette signification n'est jamais absolue, et des lésions de nature différente peuvent donner lieu à une matité également parfaite : AndraJ rapporte avoir observé quelque? cas dans lesquels un son au moins aussi mat que celui qui est donné par un épanchement résultait de la présence dans la plèvre d'énormes masses cancéreuses interposées entre les côtes et le poumon.
Dans cette appréciation souvent déhcate du degré de la matité, il ne faut pas omettre, pour la notion exacte des choses, de tenir compte de la région percutée et de l'état des parois. Une matité, franchement perçue dans un point où il existe à l'état normal de la sonorité, alors que les parois sont minces, flexibles, à leur degré normal de tension, doit être rapportée, en entier, aux parties sousjacentes : organes compactes, tumeurs, condensations de tissus, accumu'ations liquides, etc*
Au niveau du poumon, par exemple, une matité bien accentuée indique toujours l'existence d'un épanchement, d'une tumeur, ou d'une lésion pareiichymateuse assez considérable pour avoir imperméabihsé l'organe dans une plus ou moins grande étendue. Nous en avons indiqué les raisons en traitant des conditions anatomiques de la production des sons mats, et l'on se rappellera par exemple que chez un tuberculeux une matité très-marquée au sommet du poumon indique une nifiltration considérable, car des tubercules isolés et non confluents donnent lieu seulement à des altérations mixtes de sonorité qui ont pour caractère com-
muu rélévation du son et raugmentatiou de la résistance digitale, niyis qui ne sont pas la matité absolue.
Dans d'autres circonstances il faudra tenir compte des conditions accidentelles qui peuvent donner lieu à une matité trompeuse : déformations du thorax, incurvations du rachis, accumulations adipeuses ou masses musculaires considérables, tension ou contraction des parois (pleurodynie, angine de poitrine, coliques abdominales diverses, etc.) ; et il sera nécessaire d'en tenir compte pour ajjprécier à sa juste valeur le degré de matité auquel peuvent donner lieu ces différentes circonstances.
Le siège occupé par la matité a une valeur qu'il est facile de comprendre et sur laquelle il n'est pas nécessaire d'insister ; il suftit de rappeler, par exemple, la signification toute différente de la matité suivant qu'elle siège au sommet ou à la base du poumon, en avant ou en arrière, suivant qu'elle existe dans l'abdomen sur la partie médiane, dans les régions déclives, supérieures ou latérales. Dans toutes CCS circonstances, le siège occupé par la matité jouera un rôle considérable dans l'instilutioa du diagnostic, et il suffit souvent à mi praticien exercé pour prendre dès le début de l'examen du malade une idée précise et certaine de la nature de la maladie.
De même, la connaissance du siège de début de la matité a souvent une grande importance diagnostique : latéralité ou région supérieure pour les tumeurs abdominales, déclivité pour les épauchements thoraciques ou abdominaux, base de la région précordiale pour les épauchements du péricarde (Skoda et Zehetmayer, cit. Jaccoud), le sommet du poumon pour la tuberculisatiou, les régions médianes de l'abdomen pour l'utérus ou la vessie, etc.
L'étendite de la matité, envisagée d'une manière générale, indique l'étendue superficielle de la lésion ou de l'organe qui lui donnent lieu, mais il est nécessaire de faire ici quelques restrictions, notamment pour les épauchements liquides des séreuses péricardiaques, pleurales ou abdominales : lorsqu'on explore, par exemple, la paroi du ventre aux environs des couches supérieures d'une ascite, si l'on n'a pas recours à une percussion extrêmement superficielle et légère, les anses intestinales qui se trouvent à la surface même du bquide, ou en arrière, consonnent inévitablement, et l'on peut, souvent, percevoir une sensation de flot très-nette dans le point même oii une percussion moyenne donne la sonorité intestinale. Dans les e'panchements thoraciques, une cause d'erreur analogue existe en raison de la présence du poumon à la surface et dans la masse même du liquide, et la ligne supérieure de matité n'indique certainement pas toujours la ligne de niveau de l'épanchement. Dans le pneumohydrothorax, la cavité sonore qui existe au-dessus du liquide rend l'erreur encore plus considérable et le niveau de l'épanchement est certainement toujours supérieur à la ligne de matité donnée par la percussion; j'ai pu, il y a plusieurs aimées déjà, remplaçant Monneret dans son service de l'ilôtel-Dieu, acquérir la preuve de ce fait, en ponctionnant vers la partie inférieure du thorax, un malade atteint d'un pneumo-thorax excessif avec phénomènes asphyxiques. Bien que la ponction ait été faite en un point où la percussion donnait une sonorité tympanique, le liquide contenu dans la plèvre ne s'en écoula pas moins par la canule du trocart explorateur.
Dans l'abdomen, on peut souvent constater par la palpation que le bordinféroantérieur du foie descend plus bas que ne l'indiquerait la percussion, car ce bord aminci fait office de plessimèlre et transmet la vibration aux anses intestinales
MATITE. 225
qu'il recouvre ; il faut donc pour cet organe une percussion très-forte pour retrouver la limite supérieure, et, au contraire, une percussion extrêmement délicate pour fixer la limite inférieure.
De même encore pour le cœur, que l'on pratique la percussion avec tout le soin et toute l'habileté possibles, en usant de l'artifice de la percussion alternativement superficielle et profonde, il n'en faudra pas moius toujours rectifier les doniiées fournies par la matité au moyen d'une correction basée sur la ligne de niveau du foie, l'état du poumon, le lieu où bat la pointe, etc. « L'existence d'un son mat à la région du cœur, dans une plus grande étendue que de coutume, indique que le cœur ou son enveloppe sont malades; mais l'absence de son mat ne suffit pas pour prononcer que cet organe n'est pas augmenté de volume (Andral). »
11 peut y avoir intérêt, dans ces circonstances, à pratiquer la percussion comparativement pendant l'inspiration et l'expiration forcées et maintenues, mais il s'agit là de nuances bien délicates à percevoir, et comme le fait très-judicieusement remarquer Jaccoud dans sa clinique, ce moyen, quelque bon qu'il soit, n'est accessible qu'aux « virtuoses de la percussion. »
L'augmentation ou la diminution de Vétendiie de la matité, l'abaissement ou l'élévation des lignes de niveau qu'elle indique dans les épanchemerits ne suffisent pas pour affirmer l'augmentation ou la diminution du liquide, car les cavités de la plèvre et du péritoine sont soumises cà des causes complexes d'ampliation ou de retrait qui peuvent faire varier le niveau du liquide, indépendamment de sa quantité absolue : dilatation ou retrait du thorax ; abaissement ou élévation du diaphragme, augmentation ou diminution du moignon pulmonaire, distension ou affaissement des cavités digestives, du réservoir urinaire, etc. Skoda a parfaitement exprimé cette vérité en disant : « Un côté du thorax, rempli tout entier par du liquide, donne partout une matité complète ; cette matité pourra, au bout d'un certain temps, être remplacée sous la clavicule et même plus bas par un son clair, plein, et même évidemment tympanique sans que l'épanchement ait diminué, si la cavité du thorax vient à s'agrandir, ou si le lobe inférieur du poumon, comprimé, perd encore de son volume. » Woillez a donné de ces faits une démonstration péremptoire dans ses belles études sur la pleurésie, en montrant que la mensuration circulaire de la totalité de la poitrine permet de suivre exactement les vicissitudes de l'épanchement et qu'elle constitue le meilleur contrôle des variations de la matité.
La forme et les dimensions des matités obtenues par la percussion constituent des signes physiques directs de première valeur, dont Pion-y a compris et enseigné toute la portée clinique; il est à craindre, toutefois, que les exagérations de l'auteur de l'organographisme n'aient été nuisibles à la méthode, car il n'est pas ordinaire aujourd'hui de voir un médecin d'hôpital y recourir d'une manière suivie; bien peu d'élèves de la génération actuelle sont exercés à ce procédé clinique dans le cours de leurs études nosocomiales, et il est aisé d'en conclure ce qui en résultera pour la pratique générale. C'est là une des nombreuses et regrettables lacunes de l'enseignement clinique actuel; l'habitude de limiter exactement avec le crayon la forme et l'étendue de la région dans laquelle on perçoit de la matité doit être donnée à l'élève, qui apprendra à préciser le siège et la dimension des viscères sains ou malades, et acquist r le praticien qui en trouvera l'application quotidienne aux maladies de l'appareil respiratoire, du cœur et du péricarde, du foie et de la rate, aux tumeurs de l'abdomen, etc.
DICT. E>;c. '2° s. V. lô
226 MATITÈ.
La mobilité ou la fixité des limites de la matité suivant les diverses attitudes données aux malades dont ou avait invoqué d'abord l'existence pour le diaguostic des épanchements de la plèvre, n'est plus guère recherchée aujourd'hui, dans la pratique commune, que pour les épanchements abdominaux. Tout le monde sait aujourd'hui, grâce aux travaux de Frank, de Rostan et de Piorry, distinguer presque à coup sur les épanchements intra-péritonéaux des tumeurs liquides enkystées, et si le diagnostic n'est pas toujom's aussi facile, aussi certain que l'avait avancé Piorry, il n'en est pas moins vrai que grâce à lui ce procédé de diagnostic est devenu classique, qu'il est absolument vulgarisé, et qu'il suffit à faire éviter l'erreur dans l'immense majorité des cas.
La persistance ou la disparition de la matité à la suite de l'évacuation de certains réservoirs est souvent un élément important de diagnostic, le cathétérisme, par exemple, faisant disparaître la matité de la région hypogastrique peut souvent faire reconnaître la cause réelle de celle-ci et ne doit jamais être omis dans l'étude des tumeurs de l'hypogastre. Dans le cas encore oiî une hernie serait supposée contenir la vessie, la disparition de la matité à la suite du cathétérisme acquerrait une grande importance, etc., etc.
Les caractères tactiles de la matité, que nous avons dû séparer des caractères acoustiques dans la partie analytique de ce travail, sont, dans la pratique de la percussion, simultanément perçus ; et les deux éléments dont se compose cette sensation unique sont appréciés en même temps par l'observateur, qui est plus ou moins impressionné par l'un ou par l'autre, suivant ses aptitudes personnelles. De même que, pour les caractères acoustiques isolément considérés, la difficulté pratique réside surtout dans l'appréciation des nuances légères, car, lorsque le ton d'un bruit de percussion est au maximum d'acuité et que la résistance au doigt est considérable, il ne peut y avoir pour personne ni doute, ni difficulté. De même encore l'appréciation de ces nuances ou des degrés moyens sera singulièrement facilitée par l'étude comparative, soit avec les caractères connus de la région percutée à l'état normal, soit avec les caractères obtenus de la percussion de la région symétrique. Mais c'est surtout dans la recherche des signes locaux de la phthisie pulmonaire que la résistance digitale est invoquée pour rectifier la sensation acoustique ou pour déceler l'existence de lésions qui n'altèrent pas le phénomène acoustique, ou, du moins, ne donnent pas lieu à une matité appréciable ; et, comme le fait remarquer Walshe : « qu'il y ait souvent du doute dans l'esprit quand il s'agit de comparer la sonorité des deux côtés du thorax, c'est incontestable ; dans ces cas, la sensation de résistance au doigt vient singulièrement en aide au diagnostic. »
Dans la percussion des organes parenchymateux, foie, rate, la résistance au doigt, considérable à l'état normal, peut être encore accrue dans l'état pathologique; dans les diverses variétés d'imperméabilisation pulmonaire, elle peut dans une certaine mesure faire apprécier l'étendue, la profondeur et le degré de la lésion; dans les épanchements cavitaires, comme dans les épanchements enkystés, la résistance digitale présente des degrés en rapport avec l'épaisseur de la couche hquide, et avec la distension plus ou moins considérable qu'elle fait subir aux parois de la cavité ou du kyste.
A côté des caractères tactdes de la niatiié, il est nécessaire d'indiquer, à titre accessoire, le phénomène de la persistance ou de la suppression des vibrations vocales ou des murmures respiratoires au niveau des régions occupées par la matité. Laennec connaissait le phénomène de la suppression des vibrations, mais
MATRIGAIRE (botanique). 227
il le croyait commun aux indurations pulmonaires et aux épanchements pleuraux ; c'est à Heynaud (1829, Thèse inaugurale) qu'est due l'application de ce si^ne au diagnostic et à l'évaluation quantitative des épanchements thoraciques. Monneret a tait de ce signe une étude plus approfondie, mais il en a quelque peu exagéré la valeur et le degré de fréquence (voy. les mots Frémissement, Palpation, Percussion, Vibrations thoraciques, etc.). Ernest Besnier.
Bibliographie. -- Ademrdgger. Inventum novum ex percussione thoracis humani ut signa abstrusos interni pectoris morbos delegendi. Vienne, 1760, in-8°, i" trad. franc, par de Rozièrede la Chassagne, in-12 de 60 pages, annexé au Manuel des pulmoniques, etc. Paris, 1770; 2°" frad. par Corvisart avec texte latin, notes, comment. Paris, 1808, in-8°; réirapr.' in Encyclop. méd. après VEssaisiir les maladies et les lésions organ. du cœur, etc. in-8°. — PioERï (P. k.). De la percussion médiate et des signes obtenus, etc. Paris, 1828, in-S" et œuvres postërieures. — Laë\>ec (R. T. H.). Traité de l'auscuU. méd., i' édit. Paris, 1837, Annot. Andral, in-8°. — Barth et Roger. Trait, prat. d'Auscult. suivi d'un précis de. Percussion. — Zehetmayer. Ùrandzûge der Percussion und Auscultation, etc. AVien, 1842, in-8° — Dd même. Die Herzkrankheiten. Wien, 1845. — Skoda (J.). Trait, de perc. et d'auscult. Vienne, 1850, 4= édit ; trad. par Aran, avec notes et comment. Paris, 1854. — Roger (Henri). Recli. clin. s. q.q. nouv. signes fournis par la percussion, etc. In Arch. gen. de méd. Août 1852; voy. aussi Bullet. de la Soc. méd. des Hôp. de Paris, t. 1, 1" série, 1849-1852, p. 159, exposé analytique de ces recherches, et discussion. — Flint (Austin), Résumé de rec/i. clin, sur, etc., et sur les variations de ton dans les sons fournis jiar la percuss. et l'auscult. Paris, 1854, in-8°, p. 105, 105. — Woillez. Études sur les bruits de percussion thoraciqae. In Arch. gén. de méd., mars et août, 1855. — Legroux. Note s. la transmiss, des bruits respir, à travers les épanch. pleuret. In Bullet. de la Soc. méd. des Hôp. de Paris, 1" série, t. III, 1856, p. 176, 179. — Dcchek. Die Krankheiten des Herzens. Erlangen, 1862, in-8». — Davaine. Trait, des Entoz Fremiss. hjdat. Paris, 1860, in-S", p. 586, 502, 590. — Guéneau de Mussï. In Gazette des Hôpitaux, 4 juin 1868, n">65, de la tonalité des sons organiques, et des signes diagnostiques qu'on peut en tirer. — Wai,she(Walier,H.). Trait, clin, des mal. de poitrine, traduct. de la •> édit. par J. B. Fonssagrives. Paris, 1870, in-8°. Voyez aussi les divers traités de percussion et la bibliographie de l'article Percussion. E. Besnier.
MATBAS, On appelle ainsi des vases de verre, ronds ou ovoïdes, à col plus ou moins long, diversifiés suivant l'usage auquel ils sont destinés ; le col, par exemple, est très-long quand il importe de faire condenser sur ses parois des corps qui pourraient s'échapper en se volatilisant avec l'eau ; il est très-large quand l'opératiou doit laisser dans le vase des résidus cpi'il faudra ensuite en retirer, etc. Les matras reçoivent quelquefois des tubulures et peuvent servir aux distillations. Ils sont, en un mot, d'un usage fréquent et varié en chimie et en pharmacie. D.
MatricairE {Matricaria L.). § 1. Botanique. Genre de j)lantes, de la famille des Composées et du groupe des Chrysanthémées, dont les caractères sont : des capitules multiûores, hétérogames; des fleurs de la circonférence unisériées, ligulées, femelles, rarement absentes; des fleurs centrales (ou du disque) tubuleuses; un involucre imbriqué, à bractées subégales, paucisériées ; un large réceptacle globuleux, ovoïde ou conique, et nu; des fleurons à 4, 5 dents; des stigmates sans appendices ; des fruits anguleux, sans ailes, sans aigrette ou avec une aigrette très-courte ; enfin un gros disque épigyne. Les Matricaii'es sont des herbes annuelles, des pays tempérés ; glabres, rameuses, à feuilles alternes, inultipartites, à lobes hnéaires-sétacés, à capitales groupés en corymbes au sommet nu des rameux, à fleurons du disque jaunes et à demi-fleurons de la circonférence blancs. Ces plantes sont en général odorantes, aromatiques, amères. Plusieurs Mafricaires sont employées en médecine, savoir :
I. La Matricaire officinale {Mali icaria Parthetiium L. , Spec. , 1255. — Guib. ,
228 MATRICAIRE (matière médicale),
Drog. simpl, éd. 6, III, 52, fig, 565. —Pyrethrum Parthenium Sm., FI. hit., 900 — Leucanthemiim Parthenium Gren. et Godh., FI. de Fr., II, 145. — Chrysanthemum Parthenium Pers., Enchirid., Il, 462). C'est une herbe haute d'un demi-mètre à un mètre,, qui croît dans une grande partie de la France, sur les graviers des rivières, les vieilles murailles, etc. Ses tiges sont épaisses, fermes, cannelées, très-rameuses, chargées de feuilles pétiolées, pinnatiséquées. Les segments sont pinnatifides, dentés, légèrement velus ou pubescents. Les capitules floraux sont réunis en un large corymbe, avec des demi-fleurons deux fois plus longs que l'involucre. Quelquefois, mais rarement, ils avortent à peu près complètement. L'odeur de cette herbe est énergique, désagréable ; la plante est toute chargée d'une huile volatile à senteur vive. C'est au genre Pyrethrum plutôt qu'au genre Matricaria qu'il conviendrait de rapporter cette espèce. C'est elle que Lamarck [FI. fr., II, 455) nomme Mafricaria odorata.
II. La Matricaire-Camomille (Goib., Dtvg. simpl., éd. 6, III, 54, fig. 566) est, au contraire, une espèce vraie du genre Matricaria, et Linné (Spec, 1266) l'a nommée M. Chamomilla. Il ne faut pas la confondre avec la Camomille romaine, qui appartient au genre Anthémis. On l'en a souvent distinguée, dans la pratique, par les noms de Camomille commune ou d'Allemagne. C'est une herbe dont les tiges menues n'atteignent guère qu'un demi-mètre de hauteur. Elle a des feuilles deux fois pinnatipartites, à segments linéaires, entiers ou souvent divisés. Ses capitules sont isolés et supportés par des pédoncules nus au sommet. Leur réceptacle est conique, nu, avec un involucre à bractées oblongues, blanchâtres sur les bords. Les fleurs ligulées de la circonférence sont beaucoup plus longues que l'involucre. Les fruits, ou achaines, sont nus, tétragones; ceux du centre de l'inflorescence, à face extérieure élargie ; ceux de la circonférence, à côtés égaux. Cette plante a une odeur forte, assez agréable. Ses capitules ont une saveur peu amère. L'huile essentielle bleue qu'on en retire par la distillation est d'une odeur agréable, moins pénétrante que celle de VAtithemis nohilis. Cette espèce croît dans les moissons, où elle fleurit d'avril à juillet; elle est commune par toute la France. Sa synonymie est : Chamomilla officinalis C. Kock (in Linnea, XVII, 45) et Leucanthemiini Chamœmelum Lamk (FI. fr.. Il, 159).