MÉCANIQUE ANIMALS
partiels, dont ils trouvent le point de départ en eux-mêmes. Cette dernière circonstance les dislingue des corps inorganiques, incapables de changer, par leur propre spontanéité, leur état de repos ou de déplacement actuel.
D'autre part, en tant que corps ou objets matériels, les êtres vivants sont soumis à toutes les lois de la mécanique inorganique. Certains conflits ou, plus exactement, certaines résultantes sont donc produits par la rencontre en eux des forces de la physique proprement dite, et de celles que manifestent les conditions propres à la biologie. C'est l'étude de ces résultantes qui constitue la mécanique animale.
A un point de vue plus général et plus élevé, empruntant à la physique cosmique ses formules nouvelles, on peut rappeler que tous les phénomènes quelconques accomplis dans le monde sont des manifestations d'un principe de mouvement soit observable en lui-même, soit non directement observable, mais caractérisé alors par ses effets.
Or, d'après les acquisitions nouvelles de la science, les lois qui président au maintien comme à l'altération de la constitution moléculaire d'un corps quelconque ne diffèrent en rien de celles qui régissent la translation des mondes planétaires. Le principe de transformation du mouvement en chaleur, comme sa réciproque, se retrouvent, à l'état latent, au milieu de chaque groupe atomique du microcosme ; et la résultante de ce débat intime n'est autre que le phénomène observé de repos ou de mouvement apparent de ce groupe moléculaire.
Si telle est la conclusion de la science dite physique générale, on peut dire que sa formule offre plus d'évidence que nulle part ailleurs sur le terrain de la biologie, où chaque acte de mouvement observé correspond à une modification déterminée ou déterminable de la température générale ou locale.
Nous pourrions donc donner de la mécanique animale une définition plus compréhensive encore que la première : cette branche de la science ne serait autre que le tableau des lois générales du mouvement exprimées par les corps aptes à modifier spontanément en eux les rapports ou la distribution de leur quantité de chaleur ou de mouvement.
Cette définition si vaste aurait l'avantage de conquérir à la mécanique animale un département qui a paru jusqu'ici lui échapper. Nous voulons parler de celui qui embrassera un jour la connaissance des mouvements moléculaires, des échanges opérés sur le terrain de la chimie vivante, des actions encore bien obscures produites dans les corps eux-mêmes par les vibrations des fluides interstitiels ou éthérés. Borelli, à la fin du dix-septième siècle, avait bien tenté une excursion sur ce domaine de la mécanique intime des tissus; mais les connaissances générales et spéciales étaient encore et trop imparfaites, et chargées de trop d'éléments confus pour permettre dans cet ordre d'idées l'espoir d'une acquisition sérieuse. Sur le terrain pratique, la science doit, à cet égard, modérer peut-être pour longtemps ses ambitions. Son domaine accessible n'intéresse encore que les mouvements facilement mesurables, ceux qu'expriment les phénomènes soumis à l'observation directe de nos sens, les manifestations grossièrement visibles de déplacement d'un corps ou d'un organe ; en un mot, les actes compris dans l'expression usuelle de « locomotion. »
Dans cet ordre de faits, et avant qu'on pût même songer à faire rentrer dans la formule cosmique générale ses propres manifestations biologiques, on était en présence de certaines difficultés logiques très-voisines de la contradiction. L'analyse des mouvements dans l'économie vivante reposait bien, à la vérité, sur
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l'idée d'une applicittion conforme et régulière des forces de la mécanique inorganique à l'être vivant, mais, en même temps, comme nous venons de le dire, sur un certain contlit entre lesdites forces et d'autres énergies de nature inconnue, mais différentes des premières, et que l'on supposait cachées au fond de tout organisme.
Dans quelques esprits,- ces dernières suffisaient même, à elles seules, [à tout expliquer, ou plutôt à endormir toute velléité d'explication ; le principedogme de la force vitale étant évidemment assez lumineux pour éclairer la scène.
C'est à la lumière de ces conflits présumés entre des forces organiques et inorganiques, les unes connues, les autres entièrement ignorées, qu'a été étudiée jusqu'ici, et que nous avons poursuivi nous-même autrefois, l'analyse des mouvements en biologie. Quoiqu'aujourd'hui les données fournies par ces études puissent être avantageusement reprises au point de vue plus général de la physique cosmique, quoiqu'elles soient susceptibles de formules nouvelles, les résultats acquis n'en sont pas moins utilisables dans leur forme ancienne, et peuvent, sans péril pour la science, être conservées telles longtemps encore. C'est le parti auquel nous nous arrêterons. Pour être rendues intelligibles et conduire à des conséquences suffisamment fertiles, ces questions n'exigent pas une refonte complète de leur exposition.
Les problèmes qui se rattachent à la mécanique animale ont, de tout temps, et au plus haut degré, attiré l'attention des biologistes et même des médecins praticiens. Lisez la plupart des classiques : Tout phénomène qui s'offre à l'observation y trouve quelque explication plus ou moins exactement fondée sur les lois de la mécanique. N'a-t-on pas eu toute une école de iatro-mécaniciens ?
Dans la liste indéfinie qu'il nous faudrait ouvrir pour un tel catalogue, nous ne prendrons, comme simple exemple et pour payer tribut à leur mémoire, que les auteurs les plus illustres. Le premier en date et non le moins profond, ni le moins intéressant, ni le moins exact est Galien, dont le traité « de nsu partium » est un véritable programme de mécanique animale. Après lui, nous rencontrons les noms les plus considérables, comme : Léonard de Vinci, Boerhaave, J. Bernouilli, Fabrice d'Aquapendente, Borelli, Haller, Barthez, J. Mûller, etc. et tant d'autres parmi les plus classiques. Nous nous apercevons ici que nous avons négligé de mentionner leur maître à tous, Aristote !
L'importance d'un tel sujet, l'illustration des noms qui servent de jalons à l'histoire de la mécanique animale nous autoriseraient à donner à ce chapitre un développement en rapport avec son degré d'intérêt ; mais nous ferons observer que la plupart des questions de détail qui s'y rattachent ont déjà fuit l'objet d'une dissertation assez longue que l'on trouvera au mot « Locomotion, » A ce mot sera donc renvoyé le lecteur pour toute définition ou discussion afférente à l'un des titres secondaires que nous indiquons ci-dessous par ordre alphabétique :
Appui (point d'). Attitudes (de repos ou d'action). Base de sustentation. Dynamique animale. Equilibre (stable et instable). Forces (musculaires : contractilité, tonicité, élasticité). Forces (équivalence des). Gravité (centre de). Inertie. Leviers. Locomotion. Progression (marche, saut, course, vol, natation, reptation, grimper), Puissance et résistance. Statique animale. Station.
GlRAUD-ÎEULOiV.