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P.SCH

MECKGL (Les). Famille de savants illustres qui, pendant trois générations, a rempli l'Europe de l'éclat de ses tj:'avaux et de son enseignement.

Meckel (JoH. Fried.) ou l'ancien {Gross-Vater) , le chef de cette illustre dynastie, naquit à Welzlar (Vétéravie) le 51 juillet 1724. Il étudia d'abord à Gœttingen sous le grand Haller et se montra digne d'un tel maître. Après avoir ensuLt3 séjourné quelque temps à Berlin pour compléter son instruction, il revint à Gœttingen, et c'est là qu'il prit le bonnet de docteur en 1748, montrant, dans sa dissertation inaugurale^ sur la cinquième paire des nerfs cérébraux, le fruit qu'il avait tiré des leçons de ses maîtres et de ses propres recherches. Ses talents, la réputation dont il jouissait déjà, lui valurent la place de démonstrateur à l'École des sages-femmes (1751) ; deux ans après (1753), il était professeur d'accouchements. Les cours qu'il professait, sur cette science et sur l'anatomie, attiraient un grand concours d'élèves nationaux et étrangers désireux d'entendre un maître aussi habile. Il ne fallut rien moins que la haute position qui lui était offerte à Berlin, comme chirurgien du roi, pour l'enlever, en 1773, à sa chaire d'anatomie. Mais il jouit peu des honneurs qu'il avait conquis; il succomba le 18 septembre 1774,

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trois ans avant Haller qui s'est complu, dans sa Bibliothèque anatomique, à faire ressortir le mérite des travaux de son élève.

Nous avons parlé de sa thèse inaugurale, on lui doit encore une description des nerfs de la face remarquable de précision et d'exactitude, d'importantes recherches sur le rôle et les fonctions des ganglions nerveux, la découverte du ganglion qui porte son nom e't qui est situé dans la fente ptérygo-maxillaire ; des recherches sur les calculs de la glande pinéale chez les déments ; sur la structure de la peau du nègre, sur la structure du cerveau ; sur la terminaison des veines et des vaisseaux lymphatiques dont il admettait la communication parles radicules ultimes, etc. , etc.

Voici la liste de ses principaux écrits :

I. Diss. inaug. de quinto pare nervorum cerebri duahua figuraritm tabulis illustrata. Gœttingœ, 1748, in-4°.— II. Physiologische und anato7tmche Abhandlungen, von einer ungewôhnlichen Erweiteriing des Her zens, und denen Spannadern des Angesichls; ans, etc. Berlin, 1755, in-4°. — III. Dissert, epistolaris ad Alb. de Haller de vasis lymphaticis glandulisque conglobatis. Ibid., 1757, m-S», et in Opusc. anat. de vasis lymphaticis (avec Monro). Leipzig, 1760, in-8°. — IV. î^ova expérimenta et observationes de finibus venariim ac vasorum lymphaiicorum in diictus visceraque excretoria corporis humani, ejusdenique structurai idilitate. Berolini, 1771, in-S". — V. Tractatus de morbo hernioso congenito singulari et féliciter curato. — VI. Une multitude de mémoires, insérés parmi ceux de l'Académie des sciences de Berlin, de 1749 à 1765, et qui sont relatifs à des questions d"anatomie, de physiologie et d'anatomie pathologique, ainsi qu'au nouveau ganglion découvert par lui (1749); sur un anévrysme du cœur avec rétrécissement de l'aorte (1750); sur la description des nerfs de la face (1751); sur la nature de l'épiderme et du réseau malpig-hien; sur la couleur de la substance médullaire du cerveau des nègres (1753); sur les pierres trouvées dans les différentes parties du corps humain (1754); sur les maladies du cœur (1755-56); sur l'épiderme et le cerveau des nègres (1757) ; sur l'endure extraordinaire de l'abdomen, procédant de diverses causes (1758) ; sur quelques maladies assez rares (1759) ; sur le squirre et les abcès du cerveau (1761) ; sur les causes de la folie, qui viennent du vice des parties internes du corps humain (1764); sur la glande pinéale, sur la cloison transparente, et sur l'origine du nerf de la septième paire (1765).

Meckel (Piiilipp-Fmedreich-Théod.), fds du précédent, naquit à Berlin le 50 avril 1 756. 11 étudia d'abord sous son père, puis il alla continuer ses études à Gœttingen et, de là, à Strasbourg, où il remplit les fonctions de prosecteur auprès de Lobstein, cet autre chef d'une famille chère à la science. C'est sous les auspices de ce maître éminent, qu'il soutint sa dissertation, sur le labyrinthe de l'oreille, que consultent encore aujourd'hui ceux qui veulent connaître à fond ce qui a été écrit de remarquable sur l'organe de l'ouïe. Après avoir donné ces preuves de son talent investigateur, il parcourut successivement la France, l'Angleterre et l'Ecosse, ne négligeant aucune occasion d'augmenter la somme de ses connaissances. 11 revint de ses voyages en 1779 pour occuper à Halle la place de professeur d'anatomie et de chirurgie ; mais, au bout de quelques années, la Faculté de Strasbourg, désireuse d'ajouter à l'éclat de son enseignement une réputation aussi solidement établie, l'appela, en 1783, pour remplir dans l'École de médecine la même place que celle qu'il remplissait à Halle. Enfin, après la suppression de l'université de Strasbourg, par une de ces migrations si communes chez les savants de l'Allemagne, il alla en 1 795, en Russie, appelé par Paul P'' qui le nomma médecin de l'impératrice, conseiller privé et inspecteur des hôpitaux de Saint- Pétersbourg. C'est là qu'il mourut dans tout l'éclat de son talent, à peine âgé de quarante-sept ans, le 18 mars 1805.

I. Dissert, inauguralis de labyrinthi auris coH^en^js. 'Argentorati, 1777, in-4"', — II. Neueà Archiv des praktiscken Arzneykunst fur Aerzte, Wundârzte und Apotheker, von verschiedenen Verfassern. Leipzig, 1789-90, in-8°. — III. Uebcr die Lungenprobe, ein Fragment. Jii Pyl's Repertarium, 1789, t. I. — IV. Vori einem zwar lebendig, abaràussert sckwach und

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7hU einem unheilbaren Schaden [einer spina bificla) ziir Welt gebornem, auck gleich, etc. In Pyl's Aufsàtzen und Beobacht. VI. Samml., 1789. — V. Leichenerbffnungen der in dcr Pocken épidémie zu Halle 1791 Verslorbenen. In Eyerels mcd. Chrome. , 17',i3, t. I. — VI. Trad. allem. de l'ouvrage de Baudelocque sur les accouchements, a\ec notes; a concouru avec Sœmmering à l'édition allemande des primée lineœ de Haller, qu'il a également enrichie de notes importantes.

Meckel (Joh.-Friedreich) OU le jeune [der jûngere) est, sans contredit, le membre le plus illustre de cette famille. Il était fils du précédent et naquit le 17 octobre 1781, dans la ville de Halle oiî professait encore son père. C'est dans cette même ville qu'il fit ses études médicales, et qu'il prit le bonnet de docteur eu 1802. Pendant quelques années, à l'exQmple de son père, il parcourut la France et l'Italie, faisant ample moisson de connaissances auprès des savants de ces divers pays. Revenu à Halle, il fut, en 1808, nommé professeur ordinaire d'anatomie, à la place de Loder (V. ce nom) que sa brillante réputation avait fait appeler en Russie. Malgré sa jeunesse, il avait alors à peine vingt-huit ans, Meckel se montra à la hauteur de la périlleuse mission de remplacer un savant aussi éminent que Loder, dans la chaire d'anatomie et de chirurgie. L'importance de ses travaux, l'éclat de son enseignement montrèrent bientôt ce que l'on pouvait attendre de lui. L'anatomie humaine, l'anatomie comparée lui durent une foule de recherches intéressantes publiées, pour la plupart, dans les journaux qu'il rédigeait; il en a donné, en quelque sorte, la synthèse, dans les deux grands ouvrages qui, sous les titres de Manuel cVanatomie humaine et de Système d'anatomie comparée, ont élevé si haut sa réputation. De même que les autres membres de cette remarquable famille, J.-F. Meckel mourut dans toute la force de l'âge, le 31 octobre 1833, à cinquante-deux ans, et avant qu'il eût pu mettre la dernière main au second des deux ouvrages que nous venons de signaler. 11 était membre de la plupart des sociétés savantes de l'Europe, qui avaient tenu à honneur de se l'adjoindre, chevalier de plusieurs ordres, etc.

Suivant le torrent des idées qui avaient cours, parmi les physiologistes, à la fui du siècle dernier et au commencement de celui-ci, .Meckel s'est beaucoup occupé d'établir des relations entre les différentes phases de l'évolution des organes depuis le commencement de l'état embryoïmairii jusqu'à la pL'riode de complet accroissement. Étendant cette étude à l'ensemble des êtres créés, il admet, avec quelques autres, que les degrés de développement que l'homme parcourt depuis sou origine première jusqu'au moment de sa parfaite maturité, correspondent à des formations constantes dans la série animale, et que les organismes avec lesquels on doit comparer l'embryon, sont d'autant plus inférieurs qu'on fait le parallèle à une époque plus rapprochée du point de départ. Enfin, il fait observer que l'homme se distingue des autres animaux par lapins grande rapidité avec laquelle il parcourt les formations inférieures. Pour lui, les monstruosités, doirt il s'est tant occupé, ne sont et ne peuvent être que des formations anormales ou abefrations de formation.

Suivant Meckel, les organismes sont doués de forces mortes et de forces vL vantes, qui diffèrent les unes des autres en ce que ces dernières ne leur appartiennent que pendant un certain laps de temps appelé vie. Les forces mortes, qui dépendent de la forme et de la composition des parties, diffèrent nécessairement pendant la vie et après la mort. Les forces vivantes peuvent être rapportées à trois: la productivité, ou force plastique, la motilité et la sensibilité. Ces forces produisent des phénomènes qui, en dernière analyse, peuvent être ramenés à deux classes, les phénomènes matériels ou qui tombent sous !esseus (formation, mou-

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vement), et intellectuels (sensibilité). Quant à ce qui regarde cette dernière faculté laquelle consiste à recevoir les impressions et à les propager, Meckel la rattache au système nerveux. Ce système, dit-il, doit être considéré comme l'organe du principe intérieur ou organe de l'âme, puisque c'est dans une de ses parties que le principe spirituel éprouve les modifications que lui font ressentir les impressions reçues à la périphérie, et les changements spontanés transmis ensuite aux autres organes par la partie purement conductrice, Meckel a laissé les ouvrages et mémoires suivants :

I. Dissert, inaug. de cordis conditionibus. Halse, '1802, m-¥, fig. — II. Abhandlungen ans der menschlichen und vergleichetiden Analomie und Physiologie. Halle, 1806, in-8°. — in. Yersuch iïber denBau des kleinen Gehirns in Menschen und Tliieren (avec Reil). In Bcils Arch. f. Physiol. 1808. — IV. Handbuch des i^alhologischen Anatomie. Leipzig, 1812, 1816, 1818, in-S", 3 tomes en 2 volumes. — V. Diss. de ascidiamm structura. Halœ, 1814, in-4'', lig. — VI. De duplicitate monstruosa commentavius. Ilalœ et Berol., 1815, in-fol., pl 8. — VII. Handbuch der menschlichen Anatomie. Halle et Berlin, 1815-1820, in-B", 4 vol. Trad. franc., augm. de notes par G. Breschet et Jourdan. Paris, 1825, in-8°, 3 vol. — YlII. Berichtigender Nachtrag zu der Apologie des Herrn Dzondi. Halle, 1817, in-8°. — IX. Tabulée anatomico-pathologicœ modos omnes quibus partium corporis humani omnium forma externa atque interna a norma recedit exhibentes. Lipsise, 1817-26, in-fol., fasc. 4. — X, System der vergleichenden Anatomie. Halie, 1821-31, in-8°, 6 tomes en 5 volumes. Trad. franc., sous le titre: Traité général d'ancdomie comparée, par Riester et Alph. Sanson. Paris, 1829-38, in-S», 10 vol. — XI. Anatomisch-physiol. Beobachtungen and Vntersuchungen. Halle, 1822, in-S". — XII. Descriptio monstrorum nonnullorum cum corollariis anatomico-physiologicis. Lipsiœ, 1826, in-4°, pi. 6. — XII. Ornithorynchi paradoxi descriptio anatomica. Ibid., 1826, in-fol., pi. 8. — XIII. Samucli Thomœ Sœmmerringio (six planches sur le système lymphatique, qu'avait fait dessiner et graver Meckel l'Ancien, et qui étaient restées inédites). HaUe, 1828, in-fol. — XIV. Il a publié les journaux suivants : 1» Journal fur anatomische Varietâten feinere und pathologische Anatomie. Von Phil. Fried. Meckel, Bd I, St. I. Halle, 1805, in-8°. (Cette publication ne comprend qu'un cahier; le premier mémoire est bien de Phil.-Fr. Meckel, mais les autres sont de son iils. i" Beitrâge zur vergleichenden Anatomie. Leipzig, 1808-12, in-ë", 2 vol.— 3° Deutscher Àrchiv fur die Physiologie (faisant suite à celle de Reil). Halle et Berlin, 1815-25, in-8°, 8 -vol. — 4" Archiv fur Anatomie und Physiologie (nouvelle suite). Leipzig, 1826-32, in-S", 6 vol. — XIV. Une multitude de mémoires, publiés pour la plupart dans les recueils précédents, à commencer par les Archives de Reil, et dont quelques-uns ont été traduits dans divers journaux français, et notamment dans le Journal complémentaire des sciences médicales. Dezeimeris a donné dans son dictionnaire la liste complète de ces mémoires. Il faut encore y joindre une traduction des Observations médico-chirurgicales d'Abernethy et des Leçons d'anatomie comparée de Cuvier. E. Bgd.

IIIÉCOIVA.1I11DE. Voy. Acide méconique.

MÉCOIVAXES. Le méconale de morphine intéresse seul la médecine.

Voy. Méconine, Méconique (acide) et Opium.

MÉCOIVIIVE (ou HYDRUKE d'opianylë) ^'^H'^O*. Principe neutre contenu dans l'opium, découvert par Dublanc {Ann. ch. phys., t. XLIX, p. 17) et étudié avec plus de soin par Couerbe {Ann. ch. phys., t. XLIX, p. 11 . L, p. o57. LIX, p. 148) . La méconine se forme, en même temps que d'autres produits par l'action de l'acide nitrique étendu et chaud sur la narcotine (Andersen, Edimb. philos. Trans., XX, p. 547. XXI, p. 204). Mathiessen et Foster {Ch. S. J., XVI, p. 549) l'ont aussi obtenu par l'action des alcalis caustiques ou de l'hydrogène naissant sur l'acide opianiqiie.

9 amm^ = ^^oRioo* + «^"H^oo^ ou G'mm' ^ n^ = Gmm' -+- h^o

Acide Méconine Acide Acide Méconine.

opfa"k,ue hémipinique opian.que

On retire la méconine de l'opium (opium de Smynie) eu précipitant l'extrait

MCT. ESC. rs.'^. '^^

562 MÉCONIQUE.

aqueux par le chlorure de calcium, filtrant et évaporant le liquide filtré : après la cristallisation du chlorhydrate de morphine, on étend d'eau l'oau-mère brune ; on filtre pour séparer quelques flocons bruns et on précipite la narcotine, la thébaïne, ainsi qu'une résine psir l'ammoniaque. On filtre, on précipite par l'acétate de plomb, on filtre de nouveau; l'excès de plomb est éhminéparune addition convenable d'acide sulfurique étendu. Le liquide concentré à une douce température dépose des cristaux de narcéine et de sel ammoniac. L'eau-mère est traitée à plusieurs reprises par la moitié de son volume d'éther à 26". L'extrait éthéré est évaporé et le résidu traité par l'acide chlorliydrique qui dissout lapapavérine et laisse la méconine sous forme d'une poudre cristalline grise. On la purifie par le charbonanimal et des cristallisations répétées dans l'eau bouillante, La méconine est incolore, sans odeur, d'une saveur d'abord nulle, puis acide. Elle cristallise en prismes hexagonaux, fond vers 98" ; fondue, elle ne reprend l'état solide qu'à 75". Elle peut être distillée sans altération. Soluble dans 265,7 parties d'eau froide et 18,5 parties d'eau bouillante ; plus soluble dans l'alcool etl'éther, soluble dans les alcalis fixes, insoluble dans l'ammoniaque. Elle se dissout sans altération dans l'acide sulfurique étendu ; la solution prend une teinte vert foncé par la concentration. L'acide sulfurique concentré fournit une solution incolore qui devient pourpre à chaud.

Chauffée en tube fermé à 100" avec de l'acide chlorhydrique concentré, la méconine se dédouble en chlorure de mélhyle et en un acide de formule €^H^0*. MM. Mathiessen et Foster lui donnent d'après cela la formule constitutiomielle :

{G Rr\

On a obtenu des dérivés mono-chloré, mono-bromé, mono-iodé, mono-nitré, pour l'étude desquels nous renvoyons aux mémoires cités d'Anderson.

P. SCHUTZEJNBERGER.

€''HÔ* ) MÉCONIQUE (Acide) GWQ^ = ê'. Découvert en 1805 par Sertiir-

ner {Gilb. Ann., t. LV, p. 72 ; LVII, p. 185, LXIV, p. 65), étudié par Robiquet [Ann. ch. phijs.,t. V, p. 282 ; Ll, p. 236. LUI, p. 425), Liebig {Ann. Ch. Pharm., t. VII, p. 37; XX\I, p. 113, 147), Gregory {Ann. Ch. Phar., t. XXIV, p. 45), How(^/iw. Ch. Pharm., t. LXXXIII, p. 350). L'acide méconique constitue un des éléments de l'opium ; il s'y trouve combiné aux alcaloïdes de coproduit. Pour le préparer, le procédé le plus avantageux consiste à épuiser l'opium par de l'eau à 38°. L'extrait aqueux est neutralisé par du marbre pulvérisé, on évapore à consistance sirupeuse et l'on ajoute une solution concentrée de chlorure de calcium. Le précipité de méconate de chaux est lavé à l'eau et exprimé. On en délaye une partie dans un mélange de trois parties d'acide chlorhydrique et de vingt parties d'eau bouillante ; l'ébullition est maintenue quelque temps jusqu'à dissolution parfaite. Par le refroidissement il se sépare du méconate acide de chaux qu'on recueille sur une toile ; on lave avec un peu d'eau et on exprime, puis on redissout dans un mélange bouillant de 3 parties d'acide chlorhydrique et de 20 parties d'eau ; l'acide méconique se sépare presque exempt de chaux après refroidissement. Pour purifier le produit on le transforme en sel de potasse ; celui-ci est cristallisé plusieurs fois et. enfin décomposé par l'acide chlorhydrique.

L'acide méconique se dissout facilement dans l'eau et l'alcool, moins dans

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l'élher, il est peu soluble dans l'eau additionnée d'acide chlorhydrique. Il cristallise en prismes rhombiques minces ou en feuillets micacés conlenant 3 atomes d'eau éliminable à 100°. Incolore, saveur acide, rougit le tournesol.

La chaleur (120°) le transforme en acide comémique avec dégagement d'acide carbonique

Acide Acide

comémique. méconiquc.

Le chlore le convertit en acide carbonique et acide comémique chloré. Par l'ébuUition avec un excès d'acide chlorhydrique la même décomposition a lieu. L'acide nitrique le convertit en acide oxalique ; le perchlorure de fer donne avec les solutions d'acide méconique une coloration rouge foncé.

Méconates. L'acide méconique est tribasique et donne trois séries de sels qui sont caractérisés par les formules générales :

(G'H'MO'' — ^■'H^M^O^) méconates acides €^HJPÔ' méconates neutres.

Les méconates dimétalliques sont neutres aux papiers réactifs. Les méconates alcalins sont solubles dans l'eau, on en connaît de trois séries, sauf pour les méconates ammoniques dont on n'a pu obtenir que les deux variétés acides. Les méconates alcalino-terreux et métalliques sont généralement insolubles.

Amides méconiques. On connaît deux acides amidés dérivés de l'acide méconique, savoir :

l'acide méconaniique G^H^AzO« = €^H^(AzH*)§"' — Um et l'acide méconodiamique C^H^Az^O* = Gm^iAzWyê' — 2H^Ô ;

ils se forment par l'action de l'ammoniaque sur les acides éthyl et diéthyl-méconiques. P- Schutzen berger.

MÉCONIVIM. Le nom de méconium {méconium animal. Bordeu) est doimé, par analogie de couleur et de consistance avec le suc du pavot, aux matières qui s'accumulent dans les intestins du foetus, à compter de la fin du troisième mois de la gestation, et que l'enfant rend presque immédiatement après sa naissance.

Caractères et constitutioïn du méconium. Bu premier méconium. Le contenu de l'intestin du fœtus est visqueux, grisâtre, entièrement composé de mucus et d'épithélium prismatique jusqu'à la fin du troisième mois. A compter de cette époque, il commence à être légèrement teinté en jaune par la bile, vers le duodénum et le haut de l'intestin grêle. Du quatrième au sixième mois, la coloration devient plus prononcée, mais reste toujours d'un jaune clair et ne dépasse guère la valvule iléo-caecale ou le caecum. Ces épithéliums sont, soit des cellules isolées, soit surtout des gaines encore entières reproduisant la forme des villosi tés dont elles se sont détachées, ou des lambeaux de celui qui tapisse l'estomac et le gros intestin. La substance ainsi composée est pâteuse, molle ; aucun liquide n'accompat^ne le mucus fluide neutre ou légèrement acide que renferme dès lors l'estomac ne sortant pas de la cavité gastrique.

Lehmann a noté que, du cinquième au sixième mois, le contenu de l'intestin grêle du fœtus est neutre ou très-faiblement acide. L'extrait éthéré donne des acides maro'arique et oléique et une graisse saponifiable. On peut y constater la présence de la matière colorante de la bile. On en retire aussi une matière analogue à la caséine, des traces d'une substance coagulable par le tannin et de sul-

564 MËCONIUM.

fales alcalins. Le reste est formé de mucus et d'épithélium dans la proportion de 89 à 96 pour 100 des parties qui restent après la dessiccation La quantité de ces épilhéliums morts et desquames, se colorant en brun verdàtre ou jaunâtre au contact de la biliverdine, comme tous les éléments sur qui les phénomènes de rénovation moléculaire ont cessé, la quantité de ces épithéliums, dis-je, va toujours en augmentant,^et nulle part ailleurs chez les fœtus, on n'en trouve une semblable accumulation. Nulle part on ne voit une telle masse d'éléments détachés de l'organisme devant séjourner des mois dans l'économie au milieu de conditions de température et d'humidité favorables à leur décomposition cadavérique, t

11 importe de noter que ces caractères n'appartiennent qu'au méconium contenu dans le gros intestin, à compter du cœcum. La ténacité et la teinte foncée diminuent même sensiblement à compter de l'S iliaque; au-dessus du c;ecum, il devient moins consistant et moins visqueux en remontant vers le duodénum. De plus, sa couleur passe en même temps au jaunâtre, puis au gris jaunâtre; elle est pauvre en granules de bihverdme et ses épithéliums desquames n'y sont pas colorés par celle-ci.

. Du méconium proprement dit. Du septième au neuvième mois, le méconium est déjà semblable, à pende chose pi'ès, à ce qu'il est api'ès la naissance. Il forme une sorte de pâte homogène, visqueuse, foncée, d'un brun verdàtre, parfois presque noir, sans odeur, ordinairement ou parlois d'une odeur fade et sans saveur. Lehmann l'a trouvé ordinairement de réaction faiblement acide, rarement neutre et se putréfiant rapidement, et déterminant, d'après Hoile, rapidement le passage de l'alcool à l'état d'acide acétique.

La coloration d'un vert foncé que présente le méconium, dans l'intestin du fœtus, avant la naissance, montre nettement que le propre de la bile n'est pas d'être sécrétée incolore ou avec une teinte jaune qui passerait au vert au contact de l'air seulement, par oxydation de sa matière colorante.

On n'a pas cherché jusqu'à présent dans le méconium la pancréatine qui rougit par le chlore, pour voir si le suc pancréatique concourt à le constituer et si par suite la sécrétion biliaire susciterait l'entrée en action du pancréas. On sait que la sécrétion biliaire a lieu d'une manière continue, ou à peu près continue, et qu'elle augmente temporairement sous l'influence de la présence des alimenls qui lui servent de stimulants par action réflexe, fait analogue à ce qui a lieu pour les autres sécrétions. Ce sont certainement les épithéliums et le mucus qui, en s'accumulant dans l'intestin du fœtus, suscitent la sécrétion de la bile dès que le Ibie biliaire est suffisamment développé. Sous ce rapport, on ne saurait considérer la bile fœtale comme sécrétée sans stimulant, de la même manière que le sont les humeurs excrétées, telles que l'urine et la sueur. Ici la bile ne remplit, nou plus que plus tard, le rôle à' excrétion anticipée, si l'on peut dire ainsi, mais bien au contraire, elle a pendant des mois un des usages qu'après la naissance elle remplira chaque jour à l'égard des matières alimentaires séjournant dans l'intestin ; en d'autres ternies elle exerce une action antiputride, sur ces épithéliums et ce mucus, qui, dans le tube digestif comme à la surface de la peau se, produisent et tombent incessamment dès l'âge embryonnaire comme après la naissance. John Davy attribue à la matière colorante biliaire la propriété antiputride du méconium dans l'intestin (j¥erfico-C/iirMr^tca/ Transact., 1844. In-4'', vol.XXVIIj.

L'absence de l'odeur spéciale aux matières fécales dans le méconium, alors qu'on sait que ce sont des modifications de la bile qui amènent cette odeur,

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dans les résidus de la digestion, montre nettement que pour qu'ait lieu cet ordre de décomposilion de la bile, il est nécessaire qu'elle soit mélangée aux sécrétions . sus-pyloriques et aux résidus alimentaires solides ; car cette odeur ne se développe pas pendant la durée de l'alimentation purement lactée des jeunes enfants, dont les matières fécales n'ont pas l'odeur qu'elles auront plus tard. Elle montre de plus que la durée du séjour de la bile dans l'intestin n'est pas la condition essentielle de la production des principes volatils qui se forment et donnent aux fèces leur odeur.

Caractères physico-ciiimiqdes et composition du méconium. Au moment de la naissance, il est brun ou brun verdàtre, pâteux, visqueux, tenace, adhérent aux doigts ou aux linges, qu'il tache fortement ; il a une saveur fade, et non amère comme la bile. 11 présente ces caractères à partir du sixième mois de la vie intra-utérine. D'après J. Davy, sa densité, lors de sou expulsion, dépasse 1150.

Bordeu, lîayen et Leury (dans Bordeu, Analyse médicinale du sang, 1775, §§LXXV à LXXVII. OEuvres complètes. Paris, 1818, in-8°, p. 989 à 992), après avoir exactement décrit les caractères extérieurs du méconium, ont, les premiers, insisté sur ce que dans l'intestin ou lors de son évacuation, frais ou sec, il est insipide ou presque insipide, sans odeur ou parfois d'une odeur terreuse désagréable, qui devient fétide si on le dessèche à la chaleur et qu'il tache fortement le linge en vert olive. Bordeu ne l'a trouvé ni acide ni alcalin, et l'a vu rejeté par le vomissement dans un cas de rétrécissement du côlon gauche.

Le méconium offre, comme véhicule en quelque sorte, un mucus transparent, tenace, qui tient en suspension tous les éléments dont il va être question. Par luimême ce mucus est peu caractéristique, parce que la plupart des matières muqueuses, quelle que soit leur origine, offrent la même transparence et le même aspect finement strié que l'on peut constater ici. Ces stries sont ordinairement parallèles entre elles, rectilignes ou onduleuses, rapprochées les unes des autres en certains points, et elles s'écartent çà et là de manière à disparaître complètement par places. 11 est, du reste, difficile de donner par une description une idée nette de ces dispositions à qui ne les a pas vues. Elles disparaissent totalement ou presque totalement par la dessiccation.

Dans ce mucus se voient d'abord beaucoup de granulations moléculaires grisâtres, très-petites, éparses d'une manière à peu près uniforme, quelques granulations graisseuses, larges de 1 à 6 millièmes de millimètre environ. Avant l'emploi des réactifs elles peuvent déjà être reconnues par leur coloration jaunâtre, leur centre brillant et leur contour foncé. On rencontre encore dans le méconium les cellules et les lambeaux d'épithélium signalés ci-dessus.

A l'époque de la naissance, les cellules prismatiques qu'on y trouve sont tantôt isolées, tantôt juxtaposées en nombre plus ou moins grand. Elles sont généralement peu régulières, à bords moins nets que ceux des cellules prises à la surface même de la muqueuse ; elles sont en même temps plus granuleuses, et peu laissent encore voir leur noyau ovoïde. On distingue pourtant leur extrémité adhérente ou la plus étroite de l'extrémité libre un peu plus large qui était tournée vers la cavité de l'intestin. La plupart sont teintes en jaune verdàtre foncé par la matière colorante de la bile. 11 est facile de reconnaître la nature de ces cellules, lorsque déjà on a vu les cellules semblables qu'on observe dans la bile prise dans la vésicule du fiel.

A partir du septième mois environ de la vie intra-utérine, on rencontre dans le méconium des cristaux de cholestérine ; ils n'existent généralement que trois fois

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sur cinq fœtus observés, mais on peut dire que leur présence est normale, tandis qu'elle se décompose dans l'intestin et concourt aux actes digestifs pendant la vie extra-utérine. Lorsqu'ils existent dans le méconiuni, leur présence est trèscaractéristique, et de plus ils sont assez nombreux pour être rencontrés facilement dans chaque préparation.

Dans le méconium, les cristaux de cholestérine sont généralement petits, relativement à ce qu'ils sont dans la plupart des régions où on les trouve pathologiquement. Leur forme de lamelles transparentes losangiques, à bords et angles trèsnets, leur superposition et imbrication en nombre plus ou moins considérable, les font reconnaître au premier coup d'œil, avant même qu'il soit besoin de recourir à l'emploi des réactifs chimiques.

La partie constituante qui prédomine dans le méconium et le caractérise essentiellement, se compose de grains ou grumeaux de la matière colorante verte de la bile [bUiverdine ou biliphœine) . Cette matière, qui à l'état normal, durant la vie extra-utérine, existe à l'état liquide seulement, mêlée intimement au fluide biliaire, se trouve ici à l'état solide ou demi-solide, en petits grains isolés et distincts ; mais le mucus intestinal qui les tient en suspension reste incolore. Ils sont parfois seulement maintenus agglutinés les uns aux autres par ce mucus, mais il est facile de les isoler.

Ces granules ou grumeaux de matière colorante sont globuleux quelquefois, ovoïdes le plus souvent ou polyédriques à angles arrondis. On peut d'un sujet à l'autre les trouver la plupart polyédriques ou au contraire presque tous ovoïdes ou sphéroïdaux. Ils sont remarquables par leur couleur d'un beau vert lorsqu'ils sont vus par lumière transmise sous le microscope. Quelquefois ils offrent une teinte jaunâtre ou mieux jaune verdâtre. Pour être nettement constatée, cette couleur, qui est très-caractéristique en ce que nulle autre partie du corps ne la présente, doit être examinée à la lumière blanche des nuages. Vus à la lumière jaune orangé de la lampe, ils prennent une teinte violacée ou grise à reflets violets qui est moins caractéristique. Le contour de ces grains ou grumeaux est net, plus pâle que le centre ; celui-ci est généralement homogène, quelquefois un peu granuleux.

Le diamètre de ces grains est de 5 à 30 et même 40 millièmes; la plupart ont de 10 à 20 millièmes. Ce seul caractère suffit pour empêcher de les confondre avec quelque variété des granules de la chlorophylle que ce soit.

L'emploi de l'acide nitrique permet de constater, sur ces grains placés sous le microscope, les changements de couleur qu'il détermine dans la matière colorante de la bile ; toutefois c'est la coloration violacée qui est seule nettement reconnaissable. Cette réaction, dont l'usage est du reste inutile pour reconnaître la nature de ces corps, doit être observée à l'aide de la lumière blanche des nuages, et non avec celle de la lampe.

Chez les enfants nés depuis douze à vingt-quatre heures et ayant déjà pris le sein, le méconium est encore tenace, mais d'un gris verdâtre. On y trouve les mêmes éléments que dans tout autre méconium, même les cristaux de cholestérine, seulement les granules verts de matière colorante y sont peu abondants. La couleur grisâtre est due principalement à la présence d'un grand nombre de cellules épithéliales pavimenteuses, pâles, la plupart sans noyaux, quelquefois plus foncées par suite de la présence d'un grand nombre de granulations jaunâtres. Ces cellules sont généralement étalées, quelques-unes plissées; rarement elles sont imbriquées. Leur grande analogie avec celles qu'on voit à cet âge à la surface de

MÉCONIUM. 567

l'épithélium pharyngo-œsophagien ne permet pas de douter qu'elles ne proviennent de ces organes dont elles ont été détachées et entraînées par les premiers mouvements de déglutition. Ce sont sans doute ces premières matières fécales que Fœrster a prises pour du méconium véritable ; après avoir considéré les cellules épithéliales pavimenteuses comme partie principale du méconium, ce qui n'est vrai à aucune époque de la vie intia-utérine, il admet que le méconium vient de ce que le fœtus avale le liquide amniotique et avec lui les cellules pavimenteuses de l'enduit sébacé tombées dans ce liquide ; cette hypothèse est absolument en contradiction avec les faits (Fœrster, Wiener medicinische Vochenschrift, 1858).

Bouillon-Lagrange a montré que le méconium renferme 700 p. d'eau pour 1000 et pas de matière propre de la bile. Il y signale la présence de petits poils, et note les observations de Girard (de Lyon) et de Montègre à cet égard ; mais leur présence était certainement accidentelle et doit être rattachée au mélange des poils de duvet venant delà peau du fœtus ; carie méconium pris dans l'intestin ou ([uand il est rejeté sans contact avec la peau, ne montre jamais de poils. Lassaigne {Annales de physique et de chimie, 2^ série, Paris, 1821 ; in-8, t. XYII, p. 304) a trouvé dans la bile du fœtus de vache et dans son méconium de la matière résineuse verte, une autre jaune, du mucus, du chlorure de sodium, du carbonate de soude et du phosphate de chaux. J. Davy indique encore la présence d'un peu de phosphate de magnésie et des traces de carbonate dans le méconium. Nul n'en signale la quantité. Lassaigne le premier a noté que la bile fœtale ne renferme pas le picromel qu'on trouve dans la bile de l'adulte. F. Simon, qui le premier a signalé dans le méconium la présence des celluies épithéliales, des cristaux de cholestérine et des gouttes huileuses, indique dans le résidu, outre 16 p. de cholestérine, 10,40 de résine biliaire (mélange de principes colorants et autres) et de matières extractives, 4 p. de vert biliaire, 6 de picromel, 54 de matière caséeuse et 26 de mucus, cellules et matières albuminoïdes [Archiv fur Pharm., 1840; in-8", avril, p. 39). John Davy, pas plus que Lassaigne, n'y a signalé de principe amer de la bile, mais seulement 727 p. d'eau, 436 de mucus et d'épithéhum, 7 de cholestérine et de margarine et 50 p. de matière colorante de la bile et d'oléïne. Lehmann en a extrait par l'eau un peu de matière coagulable par le tannin, mais non par les sels métalliques, et y a noté l'absence de sulfates {Plnjsiologische Chemie. Leipzig, 1855; in-8", t. II, p. 116).

Quant à l'oxyde de fer signalé par J. Davy dans les cendres du méconium, il vient manifestement du ter de la matière colorante biliaire. Comme Leury, Bischoff a noté l'aspect rougeâtre et mucilagineux de la bile du fœtus et du nouveau-né et sa saveur douceâtre ou fade, mais non amère [Développement de Vhomme, 1842. Trad. franc, par Jourdan. Paris, 1843; in-8°, p. 502). Avant le septième mois de la vie intra-utérine, cette bile est, de plus, presque incolore et fdante comme du mucus. Le canal hépatique et le canal cholédoque renferment seuls alors un liquide d'un vert jaunâtre, ce qui porte à croire que ce n'est que dans les derniers temps de la grossesse que la bile s'accumule dans la vésicule au lieu de couler directement dans l'intestin comme auparavant.

La saveur fade que possède le méconium, au lieu de l'amertume si caractéristique de la bile, rend indubitable l'absence dans le premier du /(rmcipe amer de la bile, c'est-à-dire les taurocholates, glycocholates ou hyocholates, suivant les espèces animales, qui à l'état d'impureté représentent le picromel de Thenard. Les sels propres de la bile ne sont sécrétés et la cholestérine n'est décomposée en

b'îS MÉDECIN (hygiène).

stercoriue que lorsque les aliments viennent susciter ces actes physiologiques et chmuques. Jusque-là, les sels d'origine minérale, la cliolestérine et la biiiverdme sont seuls versés dans l'intestin. Ces faits montrent l'intérêt qu'offrirait une bonne analyse de la bile cystique du fœtus ou des nouveau-nés, et que c'est à l'étude du suc intestinal, autant qu'à celle de la bile, que se raltacbe la des> cription du méconium.

Pour ce qui concerne les considérations sémiologiques auxquelles peut donner lieu l'examen du méconium {voy. Nouveau-né). C. Robi.n.

Bibliographie. — Outre les ouvrages cités dans le cours de cet article (dont sont tirées les indications sur le méconium que donnent quelques livres classiques), voyez Robin (Ch.) et Taruieu. Mém. sur l'examen microscopique des taches formées pa\; le méconium et l'enduit fœtal. In Ann. d'iujgiène et de médecine légale. 2= sér., t. VIT, 4857; et Robin (Ch.). Leçons sur les humeurs. Paris, 180G, in-8% p. 578. — Gardien. Art. Méconium àxxBict. de Méd. en 60 vol., t. XXXI, Paris, 1819, in-8°. — Focrcroy. Sijst. des connaiss. chimiq. Paris, an IX, in-4°, t. V, p. 405. — Bouillon-Lagrange. Examen du méconium des enfants et de celui des agneaux . In Annales de chimie. Paris, 1813, in-S», t. LXXXVI, p. 291); et suite de ce mémoire, t. LXXXVII, p. 19. — Chevreul. Art. Méconium du Dictionnaire des sciences naturelles. Pans, 1825, in-8°, t. XXIX, p. 582. C. R.

MÉDAGUi; (Eaux minérales de). Voy. José.

MÉDECIIV. (Hygiène.) Il pourra sembler étrange, au premier abord, de donner des règles de conduite à ceux dont la mission est précisément d'en dicter aux autres. Cette réflexion a dû frapper Requin quand, dans le mémorable concours d'hygiène de 1858, il reçut, par la voie du sort, cette question de thèse : Hygiène de l'étudiant en médecine et du médecin. N'ayant pas eu le temps de faire des recherches suffisantes, il ne croyait pas que, jusqu'à lui, un seul auteur eût tracé ou même simplement envisagé, comme matière spéciale, l'hygiène des médecins. La bibliographie de cet article nous montrera que le sujet, bien que très-peu exploré et, il faut l'avouer, assez mal exploré, n'était cependant pas absolument nouveau. Outre quelques dissertations déjà anciennes sur ce sujet. Pâtissier, dans son Traité des maladies des artisans (Paris 1822, p. 171-179), y avait consacré quelques pages et signalé les principales causes qui peuvent altérer la santé et abréger la vie des médecins ; Turner Thackrah {The Effects of the Principal Arts, etc. 2« édit. Lond. 1 852, p. 174) en avait dit également quelque chose.

Les termes de la question posée à Requin nous indiquent la meilleure division que l'on puisse adopter dans cet examen. Nous partagerons donc en deux phases fort inégales d'ailleurs, la vie du médecin : le temps des études dont la durée ne saurait être moindre de quatre ans, et le temps de la pratique qui s'étend au reste de la vie, ou du moins jusqu'au moment de la retraite. Il va sons dire que dans cet article nous mettrons largement à profit l'excellente thèse de Requin.

I. Hygiène de l'étudiant en médecine. Suivant notre coutume dans l'étude des professions, nous examinerons en premier lieu la vie privée (Hygiène extrinsèque), puis le genre de travail et les inconvénients qu'il peut déterminer [Hygiène intrinsèque).

i^ Hygiène extrinsèque. Il nous faut, tout d'abord, faire une distinction fondamentale entre les étudiants qui étudient et ceux qui n'étudient pas. Nous avons nécessairement bien peu de choses à dire de ces derniers, qu'on voit plus souvent dans les cafés et les bals pubhcs, que dans les amphithéâtres ou les bibliothèques. Aux éporjues des examens, ils apprennent par cœur un certain nombre de questions qu'on sait être souvent demandées et finissent toujours, après quel-

MÉDECIN (hygiène). 569

ques refus, par trouver des chances fortuites qui leur permettent de passer avec .des notes médiocres. La thèse, sur un sujet banal, rédigée par un camarade ou copiée sur d'autres thèses de la collection, est soutenue tant bien que mal, et le nouveau doc ti LU- va grossir la première des catégories de praticiens si judicieusement établie par Requin, et dont nous parlerons plus bas. Heureux encore quand deshabitués du travail, criblés de dettes, dévorés de cette ambition malsaine qui n'a pour but que l'assouvissement des passions grossières, ces fruits secs de la science ne vont pas demander à quelque révolution de passage, des positions qu'un gouvernement régulier leur eût assurément refusées.

Mais passons à une classe beaucoup plus intéressante et, hàtons-nous de le dire, de beaucoup la {ilus nombreuse, celle des jeimes hommes studieux et honnêtes qui veulent parvenir par le travail.

Les études médicales sont tout particulièrement pénibles et fatigantes ; le séjour dans les amphithéâtres de dissection, dans les salles d'hôpital épuisent promptement les forces, et exigent une alimentation réparatrice. Mais, malheureusement, à l'École de médecine plus qu'à l'École de droit, se trouvent en grand nombre des étudiants peu aisés, et, par cela même, forcés de s'imposer des privations qui portent une atteinte profonde à leur santé. De là, assurément, le grand nombre de ces fièvres typhoïdes et de ces diarrhées, plus ou moins graves, que l'on observe chez eux, surtout pendant la période que Requin a appelé à' acclimatement. C'est, en effet, chez les jeunes gens venus de la province qu'on les rencontre plus spécialement. On le comprend ; les mauvaises conditions de nourriture, de logement et, trop souvent, dans les premiers temps surtout, des excès de tout genre, succédant sans intermédiaire à une vie régulière, au séjour dans une contrée salubre, doivent activer singulièrement l'influence des causes patliogéniques spéciales. Enfui, on observe quelquefois un peu de nostalgie qui s'ajoute encore aux conditions déprimantes que nous venons de signaler. Requin reproche beaucoup aux étudiants l'abus, sinon l'usage, du tabac; le fait est que, sans accorder à la nicotine une action exagérée, il faut reconnaître que ses effets sont loin d'être favorables {voy. Tabac) à l'économie, que c'est au moins une dépense ])Ius nuisible qu'utile, dont les frais seraient beaucoup mieux employés à améliorer le régime et, enfin, pour le reste de la vie, une habitude qui rend l'homme esclave et tributaire d'un besoin ridicule.

2° Hygiène intrinsèque. La vie spéciale à l'étudiant en médecine, mais surtout la nature de ses travaux, de ses occupations, deviennent facilement la source de maladies quelquefois fort graves. En tète de ces travaux nuisibles à la santé, il faut placer les études anatomiques ; il y a là aussi un acclimatement qui ne se fait pas toujours sans inconvénients, nous en avons déjà dit quelques mots à propos des amphithéâtres. On sait que les émanations putrides pénètrent avec l'air dans les voies respiratoires oii l'absorption est très-active, et même qu'elles peuvent être absorbées par la peau. Outre la mauvaise odeur qui les rend, tout au moins répugnantes, il faut se rappeler que ces émanations {voy. Miasmes putrides) renferment du gaz hydrogène sulfuré dont l'action nuisible est bien connue ; les adversaires les plus décidés de la nocuité des émanations putrides, tels que Parent- Duchâtelet, Warren, sont obligés de convenir que les élèves en médecine sont, quand ils commencent à disséquer, fréquemment atteints de coliques, de diarrhée, d'anorexie avec sentiment de malajse et de faiblesse. 11 faut, du reste, tenir grand compte de la durée du temps pendant lequel on est exposé à ces émanations, et des conditions plus ou moins mauvaises de santé et de régime dans les-

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quelles se trouve l'élève. Aussi, dans les premiers temps, les stations doivent-elles être aussi courtes que possible, sans nuire, toutefois, au progrès des études, et prolongées peu à peu de manière à permettre ce nouvel acclimatement. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que, dans la première année, les études, pour la plupart des jeunes gens, sont partagées entre la physique, la chimie, l'histoire naturelle, l'ostéologie, que les dissections n'y jouent pas encore un grand rôle et qu'on n'y dépasse guère la connaissance de la myologie.

Jusqu'à quel point la respiration des gaz putrides concourt-elle à la production des fièvres typhoïdes si communes chez les étudiants ? C'est là un problème qui n'a pas été complètement résolu. « La diarrhée mentionnée plus haut pourrait, non sans apparence de raison, être considérée comme une forme légère et bénigne d'un empoisonnement septique dont la fièvre typhoïde serait le plus haut terme (Requin, thèse, p. 22). »

Parent-Duchâtelet qui voulait à tout prix innocenter les émanations putrides, a mis en première ligne, dans les travaux anatomiques, les inconvénients présentés parles salles de dissections, le froid et l'humidité qui y régnent nécessairement, et, moins sévère pour cette cause que pour les émanations, il se contente ici de l'induction sans se livrera une enquête rigoureuse ; il y ajoute aussi la station debout longtemps continuée, les attitudes gênantes, l'immobilité prolongée, etc.

Ces inconvénients sont aujourd'hui notablement amoindris par les nombreuses et importantes modifications accomplies dans les amphithéâtres ; les injections, à l'aide desquelles on conserve plus longtemps les cadavres, détruisent en grande partie les exhalaisons nuisibles, les salles sont beaucoup mieux aménagées et sont chauffées de manière à atténuer les effets d'un froid trop rigoureux. Quand aux inconvénients de la station debout et des attitudes, rien de plus aisé que d'y porter remède à l'aide de tabourets suffisamment élevés, et de l'alternance dans les travaux accomplis par les quatre ou cinq élèves occupés à un même cadavre. Chacun dissèque et prépare à son tour une région, tandis que les autres peuvent sortir pour prendre l'air, s'asseoir, lire, etc.

Enfin, il est des précautions qu'en tout état de cause il est bon d'observer, tels sont les soins minutieux de propreté; se laver les mains soit avec une solution légèrement chlorurée ou, mieux encore, une solution d'hypermanganate de potasse. Il est aussi très-bon, pour les commençants, et surtout quand on est affaibh par une cause quelconque, de ne pas trop prolonger les séances de dissection.

Un danger très-sérieux, malheureusement assez fréquent et à peu près inévitable, c'est celui qui résulte des blessures que l'on se fait soit en disséquant, soit en pratiquant des autopsies. Tantôt c'est la pointe ou le tranchant du scalpel, tantôt une esquille, un éclat d'os brisé, d'une côte par exemple, qui entame la peau à une profondeur plus ou moins considérable. Ces lésions, il faut bien le dire, guérissent le plus souvent avec assez de rapidité on après une suppuration plus ou moins prolongée, laissant parfois à leur suite une petite lésion locale dont nous parlerons bientôt. Mais, dans certains cas, au bout de très-peu de temps apparaissent des accidents généraux graves: frissons, fièvre; un phlegmon qui occupe quelquefois seulement le niveau de la blessure, ou s'étend à toute la main et à l'avant-bras avec traînées lymphatiques, remontant à l'aisselle, se développe ; puis surviennent des phénomènes de septicémie et, trop souvent, le malade succombe. Il en sera traité ailleurs au point de vue pathologique {voy. Phlegmon). Nous ne parlerons ici que des circonstances qui semblent favoriser les

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effets de ces blessures. En général, les conséquences sont d'autant plus graves que les cadavres sont arrivés à im degré de putréfaction plus avancé, ou que les sujets avaient succombé à des maladies septiques ou infectieuses. Une blessure faite par un éclat d'os qui déchire et forme dans la petite plaie des anfractuosités, des sinus, est plus à craindre que celle qui provient d'une coupure bien nette. Suivant quelques médecins anglais, tout dépend de la partie atteinte, ime gaîne tendineuse, par exemple; d'autres pensent qu'il faut, en outre, une prédisposition constitutionnelle (Strafford). Le fait est que les sujets irritables, présentant une mauvaise constitution (lymphatiques, convalescents), sont plus exposés que les autres. Au total, il faut admettre une inoculation septicémique. Suivant plusieurs auteurs anglais, tels que John Glarke {AnEssay on the Epidémie Disease ofUjincjin Women. Lond., 1788, in-8.), Shaw, etc., il faudrait particulièrement se défier des individus morts d'affections des membranes séreuses. Chez nous, Chaussier, A. Baudelocque, ont émis la même opinion pour les femmes ayant succombé à la fièvre puerpérale {Traité de la périt, puerp., p. 275. Paris, 1830, in-8). On pense que les parties ligamenteuses, mais celles-là surtout qui ont été soumises à une longue macération sont plus spécialement dangereuses. Enfin, on a noté, à la suite de ces accidents, des accidents consécutifs plus ou moins sérieux, des ulcérations pharyngiennes, et même de l'alopécie.

Parmi les phénomènes qui peuvent succéder à ces lésions, et en outre des ulcérations quelquefois assez longues à cicatriser, il faut encore tenir compte du tubercule anatomique : c'est une petite tumeur du volume d'une lentille ou d'un pois, à base mal limitée, grisâtre, violacée, indolente, saignant avec facilité dans certains cas, quelquefois suppurante, rarement sensible. Elle se montre ordinairement à l'extrémité des doigts, là où l'on est le plus exposé à se piquer, ou bien autour des ongles, où existent souvent des excoriations. Catte tumeur n'est pas toujours isolée, chez certains sujets il s'en forme d'autres autour de la première. Le tissu en est gris rougeâtre et renferme, d'après M. Robin, une trame de tissu lamineux, une matière amorphe, et des cellules de diverses sortes; il y a là des vaisseaux capillaires nombreux {voy. Tubercule).

Le docteur Wilks a communiqué en 1862 à la Pathological Society, quelques observations sur une espèce de verrue qui se montre quelquefois chez les personnes adonnées au travaux d'amphithéâtre, et à laquelle il donne le nom de verruca necrogenica. Elle serait produite par les matières cadavériques irritantes, avec lesquelles la main est habituellement en contact. Wilks ne connaît pas d'autre substance irritante qui puisse produire le même effet; cette production n'est autre chose que le tubercule anatomique dont nous venons de parler. Une action analogue aurait lieu, suivant Baudelocque, par le fait de la sérosité-purulente dans les péritonites puerpérales. « La matière de l'épanchement est si irritante, dit-il, que, presque toujours, quand on fait plusieurs ouvertures de femme, ayant succombé à la péritonite puerpérale, on voit, malgré les plus grands soins de propreté, les mains se couvrir de gros boutons qui s'enflamment, suppurent, et dont on a beaucoup de peine à se débarrasser. Il reste quelquefois à la place de ces boutons un engorgement qui n'est plus douloureux, mais qui persiste longtemps (/. c, p. 276). »

Dans les cas où les blessures anatomiques sont suivies d'accidents graves, on admet généralement l'inoculation d'un principe putride comme cause des phé nomènes observés. Aussi a-t-on conseillé, dans le but d'en éviter les conséquence'» fi\clieuseSj de recourir à la cautérisation immédiate, comme on le fait dans les

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cas de morsure par les animaux venimeux. Les uns emploient simplement le nitrate d'argent, d'autres préfèrent un caustique liquide et trcs-éaergiquei le beurre d'antimoine par exemple, qui puisse pénétrer jusqu'aux extrêmes anfractuosités de la piqûre et détruire le principe morbifiqne ; d'autres, enfin, veulent qu'on ait recours à une incision immédiate, puis, la plaie ayant bien saigné et ayant été bien abstergée à grande eau, qu'elle soit cautérisée avec le fer rouge. Telle est, en particulier, l'opinion émise par Bonnet (de Lyon), dans son remarquable mémoire sur la cautérisation considérée comme moyen de prévenir et de guérir la phlébite et V infection purulente {Gaz. méd., 1843), et par Brierre (d'Orléans), dans sa dissertation inaugurale (Paris 1845). D'autres pensent qu'il suffit de laver avec un courant d'eau tiède et de sucer très-soigneusement la pe tite plaie, etc. Une précaution qu'on ne saurait trop recommander, c'est de ne pas se livrer à la dissection, de ne pas pratiquer d'autopsie quand on a une écorclnire ou une plaie quelconque aux doigts ou à la main. Est -il nécessaire de dire que le scalpel doit être manié avec précaution, et qu'il faut surtout faire attention aux éclats d'os ou aux esquilles dans les parties où des os ont été brisés, le crâne, les côtes par exemple.

Mais l'étudiant n'a pas seulement à redouter le contact des cadavres ; il faut encore tenir compte des rapports avec les corps vivants, mais altérés par la maladie. Ainsi, outre Y amphithéâtre, il y a les hôpitaux dont la fréquentation pent exercer une action iiîcbeuse que, d'ailleurs, personne n'a songé à contester. Ici encore il y a un acclimatement, que Requin nomme acclimatement nosocomial, et qui exige un certain temps.

Dans les hôpitaux (V. ce mot) et surtout pendant l'hiver, alors qu'on ne peut pas ouvrir les fenêtres, l'air est vicié non-seulement par les produits des exhalations pulmonaires et cutanées d'un grand nombre d'individus malades, ce qui les rend plus malsaines encore, mais aussi par les miasmes qui se dégagent des plaies eji suppuration, des ulcères, des surfaces cancéreuses, etc. La respiration de pareilles émanations et, particulièrement le matin chez de jeunes sujets, l'état de vacuité de l'estomac et des vaisseaux rendant l'absorption plus facile, doit, cela est évident, exercer une fâcheuse influence. Peut-être faut-il voir là, comme beaucoup de personnes le pensent, une des principales causes de ces fièvres typhoïdes si communes chez les jeunes étudiants.

Mais ce ne sont pas seulement des exhalaisons malsaines que l'on rencontre dans les salles d'hôpital ; il y a aussi d'autres produits et dont quelques-uns sont plus dangereux encore parla faculté qu'ils ont de transmettre une maladie semblable à celle qui leur a donné naissance, des contages en un mot. Ces dangers, et surtout le dernier, étant communs non-seulement aux étudiants et aux médecins des hôpitaux, mais encore aux praticiens ordinaires, il en sera traité plus loin: les causes, les accidents, les moyens prophylactiques sont nécessairement les mêmes dans tous les cas.

Requin a beaucoup insisté, et avec juste raison, sur les règles qui doivent présider aux travaux chez les étudiants, Il a fait ressortir les avantages, pour la santé, des courses nécessaires pour se rendre du domicile aux amphithéâtres de dissection, aux hôpitaux, etc. ; il y a là un exercice éminemment salutaire qui interrompt avantageusement le travail et permet de respirer l'air plus pur du dehors.

Pour bien distribuer les différentes sortes de travaux a il faut, dit-il, que dans le train régulier de la vie scolaire, chaque journée soit convenablement partagée

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entre ce que j'appellerai les études pratiques et les études de cabinet ; entre les travaux anatomiques, les visites cliniques, les promenades botaniques, etc. et la lecture réfléchie des bons ouvrages, la rédaction des notes prises à la leçon des professeurs et au lit des malades, etc. En s'imposant cette règle, on ne gagne pas moins sous le rapport de l'instruction que sous celui de la santé (Thèse citée, p. 45). » En général, on consacre la journée à ce que Requin appelle les études pratiques et l'on réserve les soirées pour les travaux de cabinet. Requin craint que la vue ne s'en ressente, aussi pense-t-il que souvent les soirées pourraient être employées à suivre des cours où l'on ne prend pas de notes ou à des couférences dans lesquelles on s'accoutume à exposer de vive voix les connaissances acquises età soutenir des discussions scientifiques. Enfin il conseille divers exercices; nous avons traité cette question à propos de l'hygiène des gens de lettres [voy. ce mot).

Hygiène des praticiens. Il y a un certain nombre de points de contact entre l'hygiène de l'étudiant et celle du médecin proprement dit. Mais, d'abord, il ne saurait être question ici que du praticien, car le médecin littérateur rentre entièrement par son genre de vie, ses habitudes, etc., dans la catégorie des gens de lettres.

Nous avons reconnu deux classes d'étudiants. Requin admet, lui, plusieurs variétés de praticiens : « 1° le praticien pur qui une fois lancé dans le métier ne lit que peu et raètue pas du tout, écrit encore moins si ce n'est des ordonnances et dont la vie se passe à courir à pied ou à cheval, de malade en malade, variété que ie n'imagine pas, qui peuple surtout les campagnes, mais qui, déclarons-le surle-champ à riionneur de notre temps, diminue de jour en jour pour faire place à une jeune et nouvelle génération plus instruite et plus éclairée ; 2° le praticien, homme de cabinet et d'études, qui est convaincu que Vart est long, qui se tient au courant de la science par la lecture des journaux et des livres, et qui, quelquefois même, contribue au progrès de la science par ses propres travaux ; 3" le médecin militaire qui partage avec le soldat toutes les chances funestes de la guerre, affronte même la mort sur les champs de bataille ; 4° le médecin de marine, à qui les préceptes de l'hygiène navale doivent être familiers, comme au précédent ceux de l'hygiène militaire ; 5" le médecin de campagne qui vient, pour ainsi dire, de se peindre lui-même dans le livre spirituel et intéressant du docteur Munaret, qui doit marcher comme un facteur rural et monter à cheval aussi solidement quun postillon; 6° le praticien citadin, et encore à l'égard de celui-ci y a-t-il lieu d'établir des distinctions hygiéniques, s'il est médecin d'hôpital, ou qu'il soit exclusivement livré à la pratique civile, s'il est anatomiste, s'il est accoucheur de profession, non pas que, dans ce dernier cas, il ait à craindre, comme Ramazzini se l'imaginait {Mal. desartis. c. 18. Mal des sagesfemmes), avec bien d'autres auteurs anciens, une influence maligne exercée au contact et même à distance par les lochies, mais, surtout, parce que moins que tout autre, il ne peut compter sur des habitudes réguUères de sommeil et de

veille {Th. cit.). »

Si nous examinons les causes qui peuvent altérer la santé du praticien, nous les trouvons nombreuses et énergiques ; les unes sont purement physiques et n'attei-^nent que le corps, les autres appartiennent à l'ordre moral.

11 est peu de professions plus pénibles que la nôtre : courses continuelles pendant toute la journée, ascension plusieurs fois répétée d'étages élevés, sommeil fréquemment interrompu pour des visites quelquefois assez éloignées et par con-

574 MÉDECIN fHVGiÈNE).

séquent d'assez longue durée ; irrégularité dans les heures des repas, souvent eux-mêmes interrompus, telle est la vie matérielle du médecin. Combien ces fatigues doivent-elles être plus grandes encore en temps d'épidémie, alors que le nombre des malades est de beaucoup augmenté et que l'on est appelé à la moindre indisposition.

Qu'il soit étudiant, médecin d'hôpital ou simple praticien, suivons-le dans ses visites. Quels sont les sujets avec lesquels il est en rapport? Ici se place ce que nous avions à dire des maladies contagieuses. Nous ne devons pas discuter dans cet article le degré de contagiosité ni le mode particulier de transmission des maladies susceptibles de se communiquer de l'homme à l'homme, nous avons seulement à constater des faits. Et, pour n'en citer qu'un certain nombre d'exemples, on sait que des élèves, des médecins ont contracté l'angine couenneuse en soignant des sujets atteints de cette maladie ; que dans les localités où règne le typhus, soit développé sur place, soit importé par suite du déplacement de troupes ou de l'évacuation d'hôpitaux infectés, médecins, élèves, infirmiers succombent en grand nombre ; d'un autre côté, on a vu mourir de la morve des étudiants qui avaient, sans précaution, touché et examiné des sujets affectés de cette affreuse maladie. Les exemples abondent de médecins, de sages-femmes qui, avec des écorchures aux doigts, ayant touché des femmes infectées de vérole, ont ainsi gagné une syphilis quelquefois mortelle. Les piqûres que Ton peut se faire en opérant de pareils malades sont nécessairement très-graves. On sait que le célèbre Culterier perdit un œil dans lequel avait jailli quelques gouttes du pus d'un bubon qu'il ouvrait.

On s'opposera, dans une certaine mesure, aux dangers de la transmission en évitant tout contact prolongé qui ne serait pas absolument indispensable, comme l'est un pansement, par exemple; on fera en sorte de ne pas respirer l'haleine des malades, etc. Quant aux affections facilement inoculables, on ne devra pas mettre ses doigts en contact avec les parties ou les matières imprégnées de virus, si l'on porte quelque écorchure, quelque excoriation. En cas de piqûre, on agira comme pour les blessures anatomiques. Dans toutes ces circonstances une grande propreté est indispensable ; on se lavera souvent la figure, la bouche, les narines et les mains avec des liquides désinfectants (chlorures, permanganate, etc.).

Les maladies simplement épidémiques elles-mêmes menacent plus fortement le médecin que les autres classes de la société, en raison des fatigues extrêmes que lui occasionnent l'augmentation dans le nombre des malades qu'il a à visiter, les dérangements nocturnes plus fréquents, etc.

A ces causes purement physiques se joignent les influences morales; les inquiétudes sur l'avenir qui viennent assaillir le médecin au début de sa carrière, lorsqu'il voit se dissiper les illusions qu'il s'était faites, et qu'il se trouve en présence des difficultés réelles de la vie; les anxiétés, les tourments auxquels il est en proie auprès de certains malades dont peut dépendre sa réputation ; les déceptions sans nombre que lui causent l'ingratitude, la mauvaise foi de ses clients ; et, il faut le dire, les tracasseries, les persécutions même que peuvent lui susciter la jalousie, la haine de quelques confrères indignes de ce nom. Telles sont, en quelques mots, les influences morales qui viennent ajouter leur action déprimante à toutes les autres causes de maladie et de mort. C'est ce qui va se traduire en chiffres dans les paragraphes suivants où nous allons examiner la durée de la vie chez les médecins.

De la durée de la vie chez les iriédecins En 1642, Un certain Michel Dupont

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soutint, sous la présidence de Nicolas Héliot, une thèse intitulée : An medicorum vita loncjior et salubrior ? question qu'il résolut bravement par l'affirmative, en faisant observer que la vie du médecin, réglée selon les lois de l'hygiène la plus scrupuleuse, défendue par les soins intelligents qu'il reçoit de ses confrères, quand il est malade, doit nécessairement se prolonger plus longtemps que dans les autres carrières. Cette vue purement théorique avait effectivement cours dans les siècles derniers ; mais un homme, dont l'immense bon sens et l'impitoyable logique ont fait justice de tant d'erreurs et de préjugés, Voltaire, avait fait observer que, parmi les centenaires, on n'en trouvait pas un seul appartenant à la Faculté et il ajoute : Le roi de France a déjà enterré quarante de ses médecins, tant premiers qu'ordinaires, par quartier, etc. — C'est le célèbre Casper qui, le premier, a démontré par la statistique, la réaUtéde cette assertion. Ceci demande quelques détails.

Casper fit paraître ses premières recherches en 1834. Il a examiné 624 cas de décès choisis parmi les médecins, presque tous allemands, à l'exclusion des anatomistes, des naturalistes et des médecins s'occupant seulement de science ; il a pris pour point de départ l'âge de 25 ans auquel a lieu généralement le début dans la carrière médicale. De la table qu'il a dressée de ces 624 cas, il ressort la triste certitude de la courte durée de la vie chez les médecins. Si la durée ordinaire de la vie humaine est d'environ 70 ans, nous voyons à peine le quart des médecins atteindre cet âge, et, tout au plus, 1 sur 15 arriver à 80 ans; la moitié périssent avant d'avoir atteint la cinquantaine.

Si l'on met les médecins en regard des autres professions dites libérales, les théologiens par exemple, on arrive aux résultats suivants : A l'âge de 62 ans, sur 1000 médecins il en est mort 601, tandis qu'au même âge, il n'y a encore eu que 345 décès sur un nombre égal de théologiens, différence de près de moitié ; de même l'âge de 73 ans n'a été atteint que par 171 médecins, tandis que 327 théologiens y sont parvenus.

Voici un petit tableau qui montre combien sont peu nombreuses les chances de longévité chez les médecins, comparés avec les autres professions non manuelles.

Sur 100 individus sont arrivés à l'âge de 70 ans :

Théologiens 42 Employés subalternes 32

Agriculteurs, agents forestiers. . 40 Avocats 29

Employés supérieurs 33 Artistes 28

Commerçants, industriels. ... 35 Instituteurs, professeurs ..... 27

Militaires 32 Médecins 24

Ainsi, parmi les professions libérales, les médecins occupent le dernier

rang.

Dans un travail plus récent (1850), Casper emprunte ses documents à VAlmanach médical de Prusse, pubhé en 1851, qui donne la liste des médecins pratiquant dans le pays. Supposant encore le diplôme délivré à l'âge de 25 ans, il en déduit 1 a^e actuel de 3462 docteurs ; de ce nombre 35 seulement ou 1 sur 100 avaient été reçus dans le siècle dernier et avaient par conséquent, 74 ans passés. Un résultat remarquable de cette enquête, c'est la prédominance des jeimes praticiens de 24 à 29 ans. A Berlin ils forment à peu près le tiers, 51 sur 100, des médecins de la ville, et^ pour tout le royaume, le quart. Près de la moitié du hombre total des praticiens (47,5 sur 100) est comprise entre 24 et 54 ans ; on en trouve à peine un cinquième (21 sur 100) dans l'âge de la maturité intellec*

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tuelle, c'est à dire entre 45 et 60 , et seulement un seizième (6,3 sur 100) à 60 ans et au delà.

De son côté Madden, comparant la vie moyenne des hommes célèbres de ditférentes classes, a trouvé : i^aturalistes, 75 ans ; philosophes, sculpteurs, peintres, 70 ; jurisconsultes, 69 ; médecins, 68 ; théologiens, 67. Ici les médecins occupent l'avant-dernicr rang avant les théologiens ; mais remarquons qu'il s'agit seulement ici d'hommes célèhres, c'est-à-dire plus occupés, pour la plupart, de travaux de cabinets que de pratique proprement dite.

Lombard (de Genève) dont les recherches ne portent que sur 18 décès de médecins, a trouvé pour moyenne 66,4 ans, résultat bien plus avantageux que ceux de Casper et de quelques autres dont nous allons parler, et que Lombard attribue aune aisance plus grande chez les médecins genevois. Remarquons, en effet, que 41 chirurgienset officiers de santé, vivant dans une position moins heureuse, ont atteint seulement 54 ans, chiffre au-dessous de la moyenne générale à Genève qui est de 55 ans {Ann. d'hyg., !■•« sér., t. XIV, p. 88 ; 1835),

Neufville, dans ses recherches statistiques sur différentes professions, calculant la durée de la vie sur 89 médecins et chirurgiens, a trouvé 52 ans, 3 mois; le chiffre le plus élevé étant 65 ans, 11 mois pour les ecclésiastiques, et le plus bas 40 ans pour les lithographes et les graveurs. Relativement aux maladies, causes de la mort chez les médecins, il a trouvé : pour la phthisie 18,2 p. 100, la moyenne étant 25,6 : pour les maladies du système circulatoire 6,1, la moyenne étant 4,5 ; pour les maladies de Tapp.ireil digestif 3,0, la moyenne étant 4,9; pour l'appareil urinaire 6,1 sur une moyenne de 2,4; enfin, pour les affections typhoïdes 18,2, la moyenne générale étant seulement 8,4. Bien que fondés sur un chiffre total assez restreint, ces résultats n'en sont pas moins très-remarquables, le dernier surtout {Lebensdauer und Todesursachen, etc. Frankf, a. M., 1855, in-S").

Escherich qui, en 1854, a publié des recherches sur la durée de la vie suivant les professions, a également trouvé que les médecins se présentent avec une trèsfaible longévité ; les trois quarts, d'après lui, succombent avant cinquante ans et les dix-onzièmes avant 60 ; sur 1168 médecins vivants, en Bavière, en 1852, ou n'en trouva que 4, c'est-à-dire neuf fois moins que de ministres protestants ayant atteint l'âge de 80 ans, et notez qu'aucun d'eux ne s'était li\ré exclusivement à la pratique. Les dix médecins les plus âgés avaient ensemble 729 ans ou en moyenne 72,9 ; tandis que les dix prêtres catholiques les plus càgés avaient, en moyenne, 87,8 ; les dix agents forestiers les plus âgés avaient 87,6; les dix instituteurs ou professeurs les plus âgés avaient 87,5, etc. De 100 individus ayant embrassé la carrière médicale, 26 seulement avaient atteint l'âge de 50 ans, tandis que les ecclésiastiques protestants (mariés) en avaient fourni 53, les professeurs, instituteurs, 41, les juristes, les magistrats, 59, les prêtres catholiques (ceWataires), 34. Enfin, un autre stalisticien, Gussmann, est arrivé à des résultats tout à fait analogues ; il a trouvé pour duiée moyenne de la vie, l'âge de 55 ans, 16, ce qui atteste amplement la déplorable infériorité de la profession médicale sur toutes les autres.

Nous avons parlé des dangers auxquels les médecins ?ont exposés dans les épidémies, et quand ils ont à traiter des maladies contagieuses. Voici, à cet égard, une note très-curieuse publiée par deux hommes éminents, Curack et Stokes (de Dublin), sur la mortalité des médecins en Irlande, ce pays si fréquemment ravagé par le typhus. Leurs recherches s'étendent de mars 1843 à décembre 1847, formant ainsi une période de 4 ans et 9 mois. Le nombre total des médecins prati-

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quant en Irlande n'excède pas 2700. Sur ce chiffre, chose vraiment effrayante, il succomba, en 1847, année de grande épidémie, 178 médecins, c'est-à-dire environ 1 sur 15, parmi lesquels H4 avaient péri sous les atteintes de l'épidémie. Si à ce chiffre de 178 on ajoute les élèves et les pharinaciens on obtient, pour les décès, un total de 191 cas dont 123 par le typhus. Or il faut remarquer que pendant 10 années, de juin 1851 à juin 1841 (Wilde, Report, etc.), la mortalité par le typhus, en Irlande, lut par rapport à la mortalité par d'autres causes : : I : 10,59, Le tableau suivant montre comment le rapport de léthahté se comporte pour les médecins, élèves et pharmaciens réunis.

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