MÉDECINS SANITAIRES D'ORIENT
d'envoyer, chaque année, à l'administration un rapport comprenant le résumé des observations qu'il a pu faire dans son service.
Il a été peu dérogé à ces dispositions primitives. En janvier 1860, l'inspection s'est trouvée comprise dans la réorganisation du service des eaux minérales, qui eut heu par décret, sur un rapport de M. Rouher. La base de classement des inspecteurs est restée la même, avec cette différence que chaque classe correspond à un revenu des sources plus élevé qu'antérieurement. Ainsi, « la première classe se compose des inspections où le revenu net est de 10,000 francs ; la seconde, des inspections où ce revenu est de 5,000 à 10,000 francs ; la troisième, des inspections où ce même revenu est de 1,500 à 5,000 francs. Au-dessous d'un revenu de 1,500 francs, il n'y a pas d'inspection spéciale attachée à la locahté, et l'inspection consiste dans des visites faites par des inspecteurs envoyés en tournée par le ministre de TAgriculture et du Commerce, lorsqu'il le juge convenable. »
Les inspecteurs sont nommés par le ministre, sur la présentation du conseil d'hygiène. Leur traitement estresté fixé à 1,000, 800 et 600 francs. Celui des inspecteurs des étabhssements de l'État, qu'une loi de finance du 1^ mai \ 849 leur avait enlevé en retranchant la somme du budget, leur a été restitué, mais en le prenant, comme le traitement des autres inspecteurs, sur le produit de l'exploitation.
Nous n'irons pas au delà de ces indications sommaires. La question des eaux minérales et celle notamment de l'inspectorat sont sur le point d'être soumises aux délibérations de l'Assemblée nationale, et déjà elles ont été l'objet d'un rapport de M. Talion. Nous renvoyons, pour ce motif, l'appréciation de la valeur de l'inspectorat à l'article où il sera traité des eaux minérales en général. D'ailleurs la question de l'inspectorat se relie si étroitement elle-même à celle du service des eaux, qu'il vaut mieux ne pas les distraire {voy. Eaux minérales).
Médecins sanitaires d'Orient. Dans le but d'affranchir la navigation et le commerce des ports de la Méditerranée des entraves qu'y apportaient des précautions quarantenaires vexatoires, quoique nécessaires, une convention sanitaire internationale fut conclue en 1853, à Paris, entre les principales puissances maritimes. Sans se relâcher de la surveillance des maladies pestilentielles, on eut recours à un artifice ingénieux qui consista à déplacer cette surveillance, à la transporter sur les lieux mêmes qui sont les foyers originaires de ces maladies infectieuses, et à affranchir ainsi les ports européens des mesures sanitaires éminemment tracassières et gênantes pour le commerce.
Ce but fut atteint par l'établissement, en Orient, d'un service de médecins européens chargés de fournir aux gouvernements des informations positives sur la situation sanitaire de leur résidence, sur les causes des maladies infectieuses qu'on y constate, et sur les moyens d'en empêcher le développement et la propagation.
Le nombre de ces médecins est fixé à 26, répartis en quatre arrondissements, dont les chefs-lieux sont Smyrne, Beyrouth, Alexandrie et Constantinople,
Dans chacun de ces chefs-lieux réside un médecin central, qui, sans avoir de suprématie réelle sur les collègues de son arrondissement, réunit et coordonne leurs rapports, et les transmet au corps consulaire local et au conseil supérieur de santé, siégeant à Constantinople.
Depuis l'extinction de la peste, ce n'est guère qu'en vue du choléra que ce système sanitaire est organisé, et l'on sait les services signalés qu'il a rendus, et
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les données précieuses dont il a enrichi la science, sous la direction de notre éminenl confrère, M. Fauvel.
Les médecins sanitaires d'Orient se recrutent parmi le corps médical de toutes les nations signataires de la convention de 1855 ; mais la plupart d'entre eux sont des médecins français.
Pendant un certain temps, surtout depuis l'épidémie de Saint-Nazaire, on a eu le projet d'établir un service analogue en prévision de la fièvre jaune, sur les côtes du golfe du Mexique ; mais ce projet n'a jamais été mis à exécution.
L'Angleterre entretient pour son propre compte, dans le delta du Gange, un service sanitaire chargé de surveiller le choléra, endémique, comme l'on sait, dans ces régions {voy. Quarantaines). A. D.
Médecins Tacctnatenrs. Il ne sera question ici, et d'une façon succincte, que de l'organisation officielle de cette branche de la médecine publique (pour les détails, voyez Vaccination).
Dès 1800, et par conséquent trois ans avant la fondation à Londres de l'Institut jennérien, il s'établit à Paris un comité central de vaccine. En 1805, une circulaire ministérielle recommande aux préfets de faire tous leurs efforts pour répandre ce précieux préservatif.
Un arrêté en date du 51 octobre 1814 institua des prix dans le but de favoriser la propagation de la vaccine : ils consistaient en un premier prix de 5,000 fr., deux seconds prix de 2,000 fr., et trois autres de 1,000 fr., accordés à ceux qui auront pratiqué le plus de vaccinations et obtenu le plus de succès dans la propagation de la vaccine.
Enfin, voici le dernier règlement, datant de 1827 et dont les principales dispositions sont encore en vigueur :
Les préfets adresseront au ministère de l'intérieur l'état des vaccinations pratiquées chaque année dans leur département.
Tous ces documents relatifs à la vaccine seront communiqués à l'Académie de médecine qui compte la surveillance et la propagation de la vaccine au nombre de ses attributions, et remplace, à ce titre, le comité central de vaccine, supprimé en 1825.
L'Académie soumettra annuellement au ministre un rapport sur les travaux entrepris pour la propagation de la vaccine. Des récompenses seront décernées, sur la proposition de l'Académie, aux plus zélés vaccinateurs ; ces récompenses consistent : en un prix de 1 ,500 fr.; 4 médailles d'or, 100 médailles d'argent.
En 1845, une circulaire ministérielle revient sur ces points et porte à la connaissance des préfets la conclusion de l'Académie. Elle rappelle les différents systèmes adoptés dans chaque département pour pratiquer les vaccinations. La plupart des conseils généraux votent des allocations pour encourager la pratique de la vaccine. Du reste, ces dépenses sont rangées par la loi au nombre des dépenses départementales obligatoires.
Dans plusieurs départements, les vaccinateurs ont un traitement fixe ; dans d'autres les vaccinateurs nommés d'avance reçoivent une indemnité proportionnelle au nombre des vaccinations qu'ils pratiquent : ailleurs, tous les médecins sont appelés à concourir, sur la production de leurs états de vaccination, aux primes décernées par le préfet ; chacun de ces systèmes, dit la circulaire a ses avantages et ses inconvénients ; et elle ajoute : « Dans plusieurs départements on a institué des médecins cantonaux qui sont, entre autres soins, chargés de celui
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de la vaccine. On a souvent demandé que cette institution fut adoptée pour toute l'étendue du royaume. Si le service des vaccinations était bien organisé, il pourrait, mieux que tout autre moyen, préparer et faciliter l'institution des médecins cantonaux et la suppléer là où les circonstances locales s'opposeraient à ce qu'elle fut prochainement réalisée. «
Les dernières épidémies de variole que nous avons traversées ont prouvé d'une façon péremptoire, la nécessité de revaccinations périodiques, et des instructions dans ce sens ont été répandues par l'Académie de médecine et par l'administration. A. D.
MÉDECINS (Femmes). Cette question de l'exercice de la médecine parles femmes est trop intéressante et trop actuelle, pour que nous la passions sous silence. Un résumé historique nous montrera d'abord que dans.l'antiquité et dans le moyen âge, plusieurs femmes ont très-positivement pratiqué l'art de guérir ; nous aborderons ensuite le sujet à l'ordre du jour. Il va sans dire que nous n'avons pas à nous occuper ici, des sages-femmes {voy. ce mot), si nous venons à en parler ce sera seulement d'une manière incidente et comme terme de comparaison.
I. Historique. Les mytliologies anciennes nous montrent certaines déesses, certaines divinités de second ordre s'occupant de sciences naturelles et surtout des vertus des plantes, cette matière médicale des premiers âges. On les voit secourant les mortels, et plus particulièrement les femmes, dans leurs maladies.
Isis, suivant les Égyptiens, a découvert plusieurs médicaments, elle veille sur la santé des humains auxquels elle envoie des songes, quand ils sont malades afin de leur enseigner ce qu'ils ont à faire. Les Grecs regardaient Junon sous le nom de Lucine, ou Diane, à qui Ton donnait parfois le même nom, comme présidant aux accouchements et hâtant la délivrance. Hygiea, fille ou femme d'Escuiape, Ocyroe, fille du centaure Chiron, étaient, dit-on, savantes en mi>decine. Médée possédait l'art de rajeunir àl'aide de certaines plantes. Circé connaissait les propriétés des herbes contre les venins, elle les employait dans ses enchantements. Ces fables purement allégoriques semblent démontrer que la tradition, remontant à une très-haute antiquité, avait transmis le fait de la pratique de la médecine par les femmes.
Un témoignage intéressant à invoquer eût été celui d'Homère. Nous trouvons malheureusement ici très-peu de chose à noter. Plusieurs auteurs ont dit que Machaon blessé et transporté dans la tente de Nestor est pansé par Hécamède aux cheveux bouclés, esclave du vieux roi de Pylos. En réalité, elle se borne à lui servir du vin épais dans lequel elle râpe du fromage, et à faire chauffer de l'eau pour laver ses blessures (1. XIV). Nestor, racontant les exploits de sa jeunesse, parle de la belle Agamède, dont il vainquit l'époux, et qui connaissait toutes les plantes qui croissent sur la terre (l. XI). Le même poëte dans l'Odyssée (1. IV), nous montre Hélène ranimant la joie d'un festin troublée par le souvenir de ses fautes et des malheurs des Grecs, en mêlant au vin des convives, le suc merveilleux d'une plante qui amène l'oubli et dont la reine d'Egypte lui avait enseigné le secret. On voit d'ailleurs dans Diodore de Sicile, que l'on trouvait à Thèbes et à Diospohs, une substance semblable à celle dont parle Homère et dont les femmes connaissaient la composition {voy. Moly, Nkpenthès). Ainsi, dès les temps les plus reculés, les femmes étaient réputées pour leur savoir en médecine ; à la même époque les Égyptiens et les Hébreux possédaient des sages-femmes, la Bible nous a même transmis les noms des deux sages-femmes, Puha et Sciphra,
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qui sauvèrent un grand nombre d'enfants voués à la mort par le Pharaon {Exode, c. i).
Si de l'époque mythologique et légendaire on passe aux temps historiques, on voit, chez les Grecs, encore imbus des traditions de l'Orient et chez lesquels le gynécée est comme une forme atténuée du harem, on voit l'art des accouchements et certaines pratiques médicales, confiées à des femmes. Hyginus dit le contraire, et ici se place la fameuse histoire d'Agnodice, rapportée sérieusement par plusieurs auteurs qu'aurait dû mettre en garde le titre de Fables qu'Hyginus donne à ses récits. Siiivant cet auteur qui vivait sous Auguste, si tant est que le livre en question soit bien de lui, les anciens (grccs)n'avaient pas de sages-femmes, et une loi des Athéniens interdisait aux esclaves et aux femmes la pratique de la médecine; aussi beaucoup de malades que la pudeur empêchait de se confier à des hommes succombaient-elles faute de secours. Ce que voyant, une jeune fille, nommé Agnodice, se mit en tête de leur venir en aide. Elle coupe ses cheveux, prend des vêtements d'homme et suit les leçons d'un certain Hiérophile. Sou éducation terminée, dès qu'elle apprend qu'une femme est atteinte d'une maladie de son sexe, elle se rend auprès d'elle, et si la patiente la prenant pour un homme refuse ses secours, elle relève prestement sa tunique et se fait reconnaître. Les médecins se voyant ainsi évincés, jettent feu et flammes contre Agnodice et l'accusent devant l'Aréopiige de séduire et de corrompre les Athéniennes. Les juges étaient sur le point de condamner Agnodice, quandcelle-ci,enlemme habituée à cette petite manœuvre, eut bientôt fait, en un tour de main, de leur montrer à qui ils avaient affaire. Mais voilà les médecins encore plus furieux, la loi a été violée, etc. Alors les femmes interviennent en faveur de celle qui était leur sauveur et les Athéniens, réformant l'ancienne loi, décrètent que les femmes de condition libre pourront étudier la médecine (Hyginus, FabuL lib.,fab. 274). Telle est l'anecdote du vieux conteur. Nous ne rechercherons point avec quelques historiens si Hiérophile ne serait pas le mêmeque le fameux Alexandrin Héropliile.Nous dirons seulement que tout cela est de pure invention . On voit dans les livres hippocratiques que les Grecs avaient At^ femmes-médecins {i-n^pzuoixToâ) chargées d'extraire l'enlant et le déhvre {mal. des femmes,\. I, n" 68); et, ailleurs {des chairs, ad fiiiem) : « Si l'on doute, dit l'auteur, que l'enfant vienne à sept mois, on pourra s'en informer auprès des guérisseuses («/.£(TTpt(Σç) . » Les noms que nous venons de rappeler sembleraient même prouver qu'elles ne se bornaient pas exclusivement à l'art des accouchements. Mais, à défaut de ce témoignage si explicite, il suffirait de rappeler que la mère de Socrate, Phénarète, était sage-femme; ainsi, dans un dialogue de Platon {Théétète), Socrate l'un des deux interlocuteurs, parlant des sages-femmes et après avoir rappelé la profession de sa mère, dit qu'elles peuvent par des remèdes ou des enchantements hâter la délivrance des femmes, ou favoriser l'avortement si la mère le désire.
La longue période qui s'écoule depuis les temps hippocratiques jusqu'au moyen âge, va nous présenter un certain nombre de ces praticiennes dont les noms ont été conservés par Pline, Galien, et les compilateurs des derniers siècles de l'antiquité. Et pour montrer qu'elles justifiaient réellement le titre que nous venons de leur donner, rappelons, d'après Gahen, que \e mot hystérie, pour exprimer la suffocation de matrice, a été imaginé par les femmes qui pratiquaient anciennement la médecine et qu'il nomme larpîvai {de locaffect.,Nl, 5). A Rome où les femmes jouissaient d'une liberté et d'une considération plus grandes qu'en Grèce, l'exercice de la médecine dut prendre, entre leurs mains, une extension assez grande.
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Dès les premières années de notre ère, Scribonius Largus parle d'une honnête matrone (lionestamatrona) qui avait guéri plusieurs épilepliques à l'aide d'une préparation d'ailleurs fort ridicule (Cap. II, Comp. 16); il raconte aussi avoir acheté d'une femme, pour le prix qivelle voulut y mettre, un remède qu'elle avait rapporté d'Afrique, remède souverain contre la cohque, et dont il donne généreusement la composition {Cap. XXIX, Comp. 122).
Phne empilant sans critique les recettes les plus absurdes, cite une Olympias, la Thébaine, qui prétendait provoquer l'avortement avec un mélange de mauve et de graisse d'oie (1. XX, c. 21), et pousser aux menstrues avec un pessaire fait de laine en suint imbibée de fiel de taureau, et auquel on ajoutait de l'hysope et du nitre (1. XXVIII, c. 19) : il nous donne cinq ou six formules d'une certaine Salpé, sage-femme (obstetrix) qui dénotent la plus absurde superstition, un exemple nous suffira : Salpé et une autre médicastre nommée Laïs, affirment que la morsure des chiens enragés et les fièvres tierces et quartes sont guéries au moyen de la laine de bélier noir imprégnée de sang menstruel et renfermée dans un bracelet d'argent (I. XXVIII, c. 7). Enfin il est encore question dans Pline (ibid.) d'une Sotira, sage-femme, et qui était précisément de la même force. On trouve dans Galien, une Éléphantis qui est nommée avec Asclepiade, Hérachte de Tarente et Moschion, comme ayant écrit sur l'alopécie {De compos. med. sec. loc. 1, 1. c. 2). Celte Éléphantis est-elle la même que celle qui, au dire de Martial, de Suidas, etc., aurait composé des poésies obscènes, peu nous importe. Une Favilla, femme de race latine sans doute, et qui avait composé un malagma contre les maladies des viscères abdominaux et surtout contre les affections de la rate {ibid., Hv. IX, c. 2); et, enfin, Cléopàtre dont nous devons dire quelques mots ainsi que d'une certaine Aspasie, dont le nom revient souvent dans Aétius. Mais rappelons d'abord que, dans cette période, outre les femmes que nous venons de citer et qui, pour la plupart sont grecques, un certain nombre d'inscriptions votives nous donnent les noms purement latins de quelques autres, avec l'épitliète de medica. Cette qualification était d'ailleurs admise à Rome dans les premiers siècles de l'empire. Martial parlant d'une femme hystérique qui se plaignait de son vieux mari, ajoute : Protinus accedunt medici, medicœque recedunt (L. l, Epigr. 72) ; le légiste (Jlpien qui vivait 220 ans après Jésus-Christ nous dit : Qiioties de prœgnatione diibitatur, quinque obstetrices, id est medicœ, ventrem jiibentur inspicere. Dans un autre endroit il place, à propos des honoraires, les obstetrices à côté des médecins : sed et obsletricem audiant, quœ utique medicinam exhibere videtur, etc. La position est donc ici nettement et légalement acceptée.
Cléopàtre, Aspasie, voilà des noms célèbres dans les fastes de l'histoire et de la galanterie, et bien faits pour intriguer les commentateurs. Galien, dans son livre de la composition des médicaments, cite un traité de Cléopàtre sur la cosmétique (îcoo-p^Tixoç) auquel il emprunte d'assez nombreuses formules, surtout pour les affections du cuir chevelu ; d'un autre côté, Wolff, dans sa Collection sur les maladies des femmes, a réuni, dans une sorte de compilation, sous le titre d'harmonie des gynécées {Harmonia gynœciorum), les œuvres de Moschion, de Théod. Priscien et d'une certaine Cléopàtre sur les maladies propres aux femmes et sur les accouchements. On trouve aussi dans quelques éditions de Galien à la suite du traité de la composition des médicaments, une petite notice sur les poids et mesures signée de ce même nom de Cléopàtre et qui aurait fait partie des Cosmétiques. Quelle est donc cette Cléopàtre? La cosmétique a été attribuée à la fameuse
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reine d'Egypte. Cela est bien peu probable; la belle maîtresse de Marc-Antoine avait autre chose à faire qu'à écrire des livres sur l'art d'embellir ; qu'elle l'ait fait rédiger d'après les documents et les recettes connus, ou qu'on le lui ait dédié, cela se peut. Cette substitution du nom de la personne à laquelle on adresse un livre, à celui de l'auteur, n'est pas un fait absolument sans exemple. Â\i total, cet ouvrage quel qu'il soit, est très-ancien, puisqu'il est mentionné par Galien et par Aétius, et peut très-bien, avoir été composé par une femme qui s'appelait Cléopâtre. Quant au gynécée mis en lumière par Wolff, qui ne nous dit pas où il a trouvé le manuscrit dont il s'est servi, il est certainement de date plus récente, car il n'est cité par aucun auteur ancien, et doit être rapporté à quelque faussaire du moyen àge{voy. Cléopatre).
Il n'en est pas de même de l'ouvrage d'une certaine Aspasie, sur les maladies des femmes, et dont Aétius nous a conservé de nombreux fragments (tétr. IV, S 4). Qu'il ne soit pas de la célèbre Milésienne qui sut charmer Athènes et Périclès par sa beauté, son esprit et ses talents, cela ne fait aucun doute, mais il faut reconnaître aussi qu'il est assez ancien. Il n'est cité que par Aétius qui florissait à Constantinople au commencement du vi^ siècle, et si l'on s'en rapporte à quelques idées appartenant à l'école méthodique, comme Haller l'a remarqué, on peut admettre que ce livre a été écrit dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, peut-être vers le temps de Soranus. Quant à ce nom d'Aspasie ou bien c'était réellement celui de l'auteur, ou bien il avait été pris, comme peut-être celui de Cléopâtre, pour donner plus de crédit à l'ouvrage.
Suivant Bzovius, une sainte Nicerata qui vivait sous Arcadius (vers 400) était très-savante en médecine, il croit que c'est elle qui guérit saint Chrysostome d'une maladie de l'estomac {Nomencl. sanct. p. 38, col. Agripp., 1623, in-12).
En résumé, et quelle que soit l'opinion que l'on se forme sur le savoir des femmes, dont nous venons de parler, sur la valeur ou sur Tautlienticité de leurs écrits, un fait certain, c'est que la pratique de la médecine par des personnes de l'autre sexe, était en usage dans l'antiquité et surtout à Rome.
Nous arrivons maintenant au moyen âge, et nous allons voir cette coutume se continuer du moins dans certaines contrées. Ainsi dans les pays soumis à la loi musulmane, où l'isolement des femmes est pour ainsi dire absolu, où la réserve la plus exagérée règle leurs rapports avec les hommes, on peut s'attendre à rencontrer là des médecins de leur sexe. C'est ce que l'on voit dans le passage suivant d'Albucasis : quand une femme, dit-il, est atteinte d'un calcul de la vessie, la question est fort embarrassante, car elle ne veut pas le découvrir à un homme; dans ce cas, il faut recourir à une hmmeejitendueen médecine; mais on en trouve peu. Si vous n'en trouvez pas, cherchez un médecin de bonnes mœurs et habile dans son art, en même temps qu'une accoucheuse consommée dans tout ce qui concerne les femmes, ou bien encore une femme qui connaisse un peu la matière (dur., trad. de Leclerc, p. 156. Alger et Paris, 1861, in-8°). Il en était sans doute de même en Orient, ainsi Avicenne, à propos des remèdes contre les maladies des yeux parle d'un collyre nommé Fa Kis, composé par une femme; ce remède, par sa composition, semble annoncer une personne versée dans la matière médicale. {Canon, 1. V, sum. Il, tract. 2, t. 2, p. 320, Venetiis, 1618, in-fol.). Et voilà tout. Nous n'avons donc en faveur de l'existence de femmes médecins en Orient qu'une supjiositiou probable, mais dépourvue de preuves suffisamment nombreuses. Nous Hsons cependant dans Prosper Alpin, qui voyageait en Egypte vers 1580 l'anecdote suivante. Le savant médecin na-
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turaliste dit avoir été très-lié au Caire, avec une femme turque, belle et d'un commerce agréable, qui avait acquis une grande fortune en traitant les affections hystériques, et passait pour très-savante en médecine. Elle disait elle-même avoir une grande supériorité sur les hommes, pour traiter les maladies des personnes de son sexe, à cause de la complète liberté qu'elle avait d'examiner les organes génitaux de ses malades. Cet examen étant complètement interdit aux hommes, ils devaient, le plus souvent, méconnaître les causes des alfections utérines {Med. ^gyp. 1. IV, c. 5). Au total on peut remarquer, que, même que chez les Arabes, les femmes entendues en médecine étaient très-rares, ce qui peut aussi s'expliquer par l'état d'infériorité dans lequel les femmes sont tenues en Orient.
A quelle circonstance Salerne doit-elle le rôle si considérable joué par les femmes dans sa fameuse école? Un fait bien certain c'est la grande renommée dont jouissaient les matronœ ou mulieres salernitanœ comme les appellent les contemporains, et dont Mazza et Choulant nous ont fait connaître l'histoire. Le plus ancien auteur qui en parle est Orderic Vital, célèbre bénédictin qui écrivait son histoire ecclésiastique dans la première moitié du xii^ siècle. Il rapporte qu'en 1059, un abbé qui, outre les différentes sciences, possédait particulièrement la médecine, ne trouva à Salerne personne en état de discuter avec lui, si ce n'est une savante matrone {prœter quandam. sapientem matronam). Quelle était cette matrone ? Renzi fait tous ses efforts pour prouver qu'elle n'était autre que la fameuse Trotula de Ruggiero, qui devait, en effet, se trouver à cette époque dans tout l'éclat de sa réputation (voy. Trotula), On trouve ensuite ces femmes citées dans différents termes soit d'une manière générale, soit avec une désignation particulière dans les médecins du temps, et spécialement dans les écrits des deux Platearius. En voici un spécimen, fort curieux, qui montre que ces matrones salernitaines ne s'occupaient seulement des maladies propres aux femmes, mais aussi de celles des hommes et, il faut l'avouer, d'une singulière façon. Il s'agit des pustules de la verge: après les avoir ramollies par des applications appropriées: Fricetur lenitervirga percoxam extensa et repente comprimetur. Per talemcompressionem quandoque rumpitur pustula. Sic consueverunt facere midieres salernitanœ (J. Platearius, Practica brevis, de œgrit. virgœ, c. v. fol. 220, Lugd, 1525 in-4''). On voit aussi dans les ouvrages de matière médicale de Mathieu Platearius {Circa instans et Exposit. in Antid. Nicolai), que ces matrones se livraient à la préparation des médicaments, ce que du reste, faisaient alors les médecins, et qu'elles possédaient plusieurs recettes particulières dont certaines sont de véritables pratiques superstitieuses quelquefois avec une sorte d'incantation. Mais, hùtons-nous de le dire, elles ne se montraient pas, à cet égard, plus crédules que les médecins de cette époque de ténèbres. Ce même Mathieu cite aussi la mère de Jean Platearius (Trotula ? Renzi) comme très-habile dans l'art de la médecine, etc. On ne sera pas surpris d'apprendre >que les Salernitaines possédaient à fond l'art de la cosmétique. Dans l'ouvrage qui nous est parvenu sous le nom de la Trotula (De mulieriim passionibus), on trouve, à la fin, un long chapitre intitulé ; De ornatu et partium ejus, adque faciem dealhandam (cap. LXI, in Gynec. Wolphii, col. 286, Basileae, 1566, in-4°). On voit laque les femmes arabes exerçaient aussi la médecine à Salerne. A propos des affections ulcéreuses et putrides des gencives, et du traitement de cette maladie par un mélange de feuilles de laurier avec un peu de musc tenu dans la bouche, sans doute aussi pour masquer la mauvaise odeur, l'auteur ajoute : Ego autem vidi quamdam Sarracenam cum hac mediçina multas Uberare {l. c, coi. 296).
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OuîrelaTrotula, on trouve encore plusieurs femmes qui s'étaient fait à Salerne une grande réputation, et dont Mazza nous a conservé les noms : telles furent Abella, dont la vie nous est inconnue et qui avait écrit deux ouvrages en vers, l'un : De atra bile; l'autre De nalura seminis humani; — Costanza Calenda qui vivait au commencement du xv*^ siècle ; fdle d'un médecin célèbre et instruite par son père, elle obtint, dit-on, les honneurs du doctorat. Sa beauté, ses talents lui firent faire en 1423, un brillant mariage ; — Mercuriade dont parle également Mazza, sans nous faire connaître autrement sa personne, paraît s'être occupée à la fois de médecine et de chirurgie. On lui attribue les quatre ouvrages suivants : De crisibus; De febre pestllenti; De curatione vulnerum; De iinguentis; — Rebecca Guarna qui appartenait à l'une des premières familles de Salerne, mais sans que l'on précise l'époque à laquelle elle vivait. Suivant Mazza, elle aurait composé des traités : De febribus ; De urinis ; De embryone. Rhodius, ce savant Danois qui passa sa vie à Padoue, parlant dans ses commentaires sur Scribonius Largus des femmes qui ont pratiqué la médecine dans l'antiquité, cite comme s'étant distinguée dans cet art, à une époque plus rapprochée (vers la fin du moyen âge), une Adelmota Mal traversa : Quœ consuUandi prudentia meden'dique arte, Patavii, rariori exemplo eminuit {Emendat. et notœ, etc., nota cxxii, p. 194, Patav., 1655, in-4"). Nommons enfin une Marguerite de Naples ou plutôt de Sicile et qui, suivant Tiraqueau et Thomasius, se fit une grande réputation dans le quinzième siècle par son habileté dans la médecine qu'elle avait étudiée à Salerne. Elle obtint une autorisation du roi Ladislas de Pologne pour exercer cet art (Harless) .
C'est donc, comme nous le voyons, en Italie, que la pratique médicale par des femmes était surtout répandue. L'Allemagne ne nous fournit guère à citer que la fameuse Hildegarde de Bingen, morte en 1180, canonisée sous le nom de sainte Hildegardeet dont nous donnerons la biographie en son lieu {voy. Hildegarde). Du reste, à supposer que les écrits médicaux publiés sous son nom soient réellement sortis de sa plume, il y a tout heu de croire que, cloîtrée dans le couvent de Piupertsberg dont elle était abbesse, elle n'a pas réellement pratiqué sauf peutêtre sur son entourage et sur les pauvres. L'ouvrage qu'on lui attribue, intitulé Physica, écrit avant l'introduction des livres arabes et en l'absence de la plupart des bons auteurs de l'antiquité, est remph de formules et d'idées superstitieuses. Le style barbare, dont s'est moqué Kestner {Bibl. med. p. 342, lenaî, 1 746, in-8°), renferme beaucoup d'expressions de l'ancien allemand pour désigner difiérentes plantes ou animaux. Quant aux autres femmes qui s'étaient dévouées à soigner des malades, telles que Radégonde en France (Aug. Thierry, Récits des temps mérov., V" Récit), sainte Hedwidge, femme de Henry le Barbu (Henschel), sainte Elisabeth de Hongrie, etc.; on ne peut voir, dans leurs actes, qu'une manifestation très-louable d'ailleurs de la charité chrétienne, mais non une pratique médicale scientifique.
Le plus ancien document que nous possédions sur l'organisation de la chirurgie en France (nov. 1311), après les considérants, débute ainsi : Edicto prœsenti statuimus ut in villa et vicecomitatu prœdictis, nullus chirurgus, nullave chi- RURGA arterti cirurgiœ seu opus quomodolibet exercere prœsiimat, seu se immiscere eidem publiée vel occulte in quacunque juridictione , seu terra, nisi per
magistros cyrurgicos jurâtes morantes Parisius prius examinati fuerint
diligenter et approbati in ipsa arle, etc. Un édit du roi Jean (avril 1352), répète les mêmes expressions (Pasquier, Rech. delhist. de Fr. 1. IX, c. 30, Amst., 1723, t. II, p. 955 et suiv.), d'un autre côté, du Bouley, dans son Histoire de Wni-
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versîté (t . IV, p. 672), rapporte un autre édit du roi Jean et également de l'année 1552, rendu sur les plaintes de la faculté de Paris : Audita supplici invocatione Decani et MagistrorumFaciiltatis medicinœ Universitatis Parisiensis^affereiitium qiiod quamplurimi utriusque sexus, mulieresque aliquœ et vetul^ venientes ad viUam Parisiensem gratia practicandi, etc.
Il y avait donc alors des lemmes exerçant la chirurgie avec un titre légal et des médicastres qui, sans connaissances spéciales s'immisçaient dans la pratique. Pasquier s'étonne de ce titre de chirurgiennes et applique ici, aux légendes du moyen âge, l'observation que nous faisions en commençant sur les traditions mytliologi ques : « Chose de prime face estrange, dit-il, et toutes fois excusable, si parnos anciens romans (images de nos coustumes anciennes), nous trouvons que nos chevaliers ayant été blessés casuellement par la campagne, ils avoient recours aux plus prochains chasteaux, dans lesquels ils trouvoient leur guérison par le ministère des preudes dames etdamoiselles.... mais laissant cette particularité à part, encore avons-nous quelque demeurant de cette ancienne chirurgie exercée par les matrones, que nous appelons sages-femmes, etc. » Ce témoignage de Pas- , quier nous est garant qu'au seizième siècle l'usage de la pratique de la médecine et de la chirurgie par des femmes avait presque entièrement disparu; c'est ce que nous voyons à mesure que l'on s'approche de l'époque contemporaine ; nous trouverons bien encore quelques savantes qu'un penchant particulier entraînait vers l'étude des sciences naturelles et même de la médecine, mais bien peu de praticiennes.
Dans le seizième siècle se présente tout d'abord la mystérieuse figure d'Oliva del Sabuco de Nantes Barrera. En 1587 parut à Madrid un ouvrage intitulé ; Nueva filosofia de la naturaleza del hombre, no conocida in alcanzado de los grandes filosofos antigues, etc. Ce livre était signé dona Oliva Sabuco, et son apparition fit une vive et profonde sensation. L'auteur était une femme, mais quelle était cette femme : on la disait d'Alcazar dans la province où Cervantes a fait naître son héros fantastique. Si l'on examine cet ouvrage avec attention, dit Chinchilla, on voit, dans les dialogues sur l'anatomie que l'auteur était profondément versé dans la connaissance théorique et pratique de cette science ; dans les dialogues sur les passions, qu'il connaissait à fond tout ce qui a été écrit par les anciens et qu'il possédait une connaissance très-exacte de la langue latine. Or comment une femme avait-elle pu acquérir tant de savoir ? Où et comment avait-elle étudié l'anatomie? Qui lui avait appris l'art des expériences physiologiques? De quelle université avait-elle suivi les leçons? Au total, Chinchilla est porté à croire que cet ouvrage a été écrit par un médecin, et même par un grand médecin, qui a caché son nom sous un pseudonyme qu'il a immortalisé {Ann. hist. de lamed. I, 503). Morejon n'est pas si scrupuleux, il accepte sans la discuter l'authenticité de la signature et pour prouver que les femmes sont capables de travaux scientifiques de l'ordre le plus élevé, il cite un certain nombre d'Espagnoles qui, dans le seizième siècle se sont fait un nom illustre dans les lettres (Hist. bibl. de la med. Esp., t. m, p. 337, Madrid, 1843, in-8").
La femme du célèbre Fabrice de Hilden paraît avoir été fort habile elle-même dans la pratique de la chirurgie. Tout le monde connaît l'histoire de la paillette d'acier qu'elle eut l'heureuse idée d'extraire de l'œil d'un patient, àl'aided'une pierre d'aimant (Fabr. Observ. cent., V. obs. '28). Voici un fait moins connu qui nous est rapporté par Fabrice lui-même. Un homme étant tombé à la renverse sur la garde de son épée s'était brisé les neuvième et dixième côtes gauches près de la
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colonne vertébrale avec saillie des fragments. Fabrice était absent, sa femme est appelée et trouve le malade dans un grand état d'anxiété : douleurs vives, gêne de la respiration, etc. : Prœparatis omnibus quœ ad operationem necessaria erant, confracta ossa féliciter in sitiim naturalem reposuit. Totum latus oleo rosaceo inunxit et cataplasma ex farina hordei, pulvererosarum bnlaiistiarum, nucum cupressi, galîarum et tormentillœ cum posca et ovo intégra confectum applicuit; ferulas quin etiam et pulvillos prout ad ossa continenda necesse esse videhantur^ opposnit, omniaque convenienti ligatura constrinxit, leviter tamen... Sequenti die venant secare jussit ; de tertio in tertium diem fracturam deligavit et curavit. » Fabrice vit le malade an bout de dix jours, il allait très-bien et en quatre semaines il était guéri (Obs. cent., V. obs. 85). Voilà donc, à la fin du seizième siècle, une femme prise en flagrant délit de pratique chirurgicale.
Haller cite un petit manuel de médecine [Arzneybiichlein, 1603, in-S"), d'une Barbara Weintraubin, mais sans autre explication. Harless, dans son ouvrage sur les femmes savantes dans les sciences naturelles et en médecine, nous fait connaître un certain nombre de dames allemandes qui ont écrit divers ouvrages sur notre art. La duchesse Éléonore de Troppau a publié un livre de médecine {Arzneybuch), avec une diététique et des considérations sur la préparation des aliments pour les malades. Cathai'ina Tissheim mère et institutrice du savant philologue James Gruter, était très-savante en médecine et lisait Galien en grec. Helena Aldegunde de Nolde qui vivait au commencement du dix-huitième siècle, s'est livrée à l'étude de la médecine, non pas empirique, mais rationnelle et pratique ; elle a écrit l'ouvrage suivant que note Haller sans en donner l'analyse : Medulla médecines, oder kurzer Begriff, wie man die Médecin redit gebrauchen soll. Wohrendorf, 1702, in-8°. On trouve indiquée encore, dans la bibliothèque de médecine pratique de Haller, une demoiselle d'Auvergne auteur à' un Recueil de secrets en médecine, Paris, 1691, in-8°. H n'est personne qui n'ait vu un petit livre de madame Fouquet, publié en 1701, maintes fois réimprimé depuis, et traduit dans diverses langues, sur les Remèdes faciles et domestiques choisis et expérimentés, etc.
En Angleterre, Anna Wolley, qui s'est occupée de la préparation des aliments pour les femmes malades, a écrit un Pharmacopolium muliebris sexus, à la fin du dix-septième siècle. Elisabeth de Kent s'est aussi beaucoup intéressée aux questions relatives à la préparation des médicaments et des arcanes ; on a fait paraître, sous son nom, en 1670 : A Choise Manual, or Rare Secrets in Physik and Surgery.
Au dix-huitième siècle jusqu'au milieu de celui dans lequel nous vivons, les femmes médecins deviennent de plus en plus rares; on peut cependant noter comme s'étant occupées de médecine à divers titres ; en Angleterre : Catharina Bowles, femme d'un chirurgien, qui vivait dans la première moitié du dix-huitième siècle, et qui fit montre de connaissances très-étendues dans la chirurgie qu'elle pratiqua très-cerlainement, elle s'était surtout fait une réputation dans le traitement des hernies. La réduction opérée, elle appliquait un caustique et après la chute de l'egchare, elle se servait du nitrate d'argent ou de l'huile de viîriol. Elle se mêlait aussi de la cure de l'hydrocèle par l'ouverture permanente de la poche. Ses idées sont contenues dans l'ouvrage qu'elle a publié contre Robert Houston : An Auswer to a Book intitled : the History of Ruptures and Rupture Curers by D. Rob. Houston, Lond., 1726, in-8° (Haller, Bibl.chir. Il, 105). Miss J. Stephens ne nous est connue que par le remède contre la pierre qu'elle vendit si
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cher au parlement (5000 liv. sterl., ou environ 125 000 fr.), et qui engendra une polémique assez vive. Nous ne saurions quitter l'Angleterre sans rappeler le nom de lady Worthley Montagne, à qui l'on doit l'importation en Europe de la pratique de l'inoculation, que son zèle contribua à propager. En Italie la marquise Buttclini, se livra avec ardeur, pendant le pontificat de Benoît XIV (1740-58), à répandre cette même pratique et, malgré d'énergiques résistances, elle inocula elle-même un grand nombre de personnes dans les États romains (Harless). Ici se place, et avec honneur, la célèbre Laura-Maria-Catarina Bassi, de Bologne. Entraînée par une vocation irrésistible, elle se livra, dans l'université de cette ville, à l'étude de la phdosophie et de la médecine, et après avoir subi avec distinction ses examens dans ces deux sciences, elle conquit le double doctorat en 1751 . Elle paraît avoir exercé la médecine avec succès, mais on ne cite d'elle aucun écrit. L'Allemagne nous présente, vers le même temps, un autre exemple d'une femme docteur : Dorotbca Cbrisiina Erxleben, fille d'un médecin ; elle prit à Halle, ses degrés en 1754, et exerça la médecine avec beaucoup de succès {voy. Erxleben). En France, Thècle-Félicité DuFay, entreprit à Montpellier de curieuses recherches de physiologie sur l'identité de l'électricité avecle fluide nerveux, et elle publia ses idées dans un ouvrage écrit en latin et intitulé : Fluidum nerveum est fluidum eleclricum, Montpellier 1750, in-4".
L'époque contemporaine nous offre à citer quelques noms illustres; madame La Chapelle {voy. La. Chapelle), mais qui n'est guère sortie de l'obstétrique pro prement dite ; madame Boivin [voy. ce nom), à laquelle l'université de Marbourg envoya le diplôme de docteur, acte qui honore autant la faculté de cette ville que celle qui en était l'objet. Dans des conditions à peu près analogues, nous trouvons en Allemagne M. Th. Charlotte Heidenreich, fille adoptive de Damien de Siebold qui, instruite par les leçons de son beau-père, et celles des Langenbeck, des Osiander, conquit, en 1817, à Darmstadt, le titre de docteur en accouchements. Sa mère, Regina-Josèphe Heiland, épouse en secondes noces du docteur D. de Siebold, était elle-même une sage-femme distinguée, et l'université de Giessen lui avait accordé le diplôme d'honneur de docteur en obstétrique. Enfin, nous ne terminerons pas l'époque contemporaine sans accorder une mention à madame Briickner, veuve du médecin de ce nom, et qui, au commencement de ce siècle, se livra avec succès au traitement de diverses déviations et particulièrement du pied bot, à l'aide des appareils et autres moyens analogues (Harless).
II. Dd doctorat des femmes. La question de savoir s'il peut être permis aux femmes d'exercer la médecine n'est pas nouvelle, et, dans le siècle dernier, elle a donné lieu à quelques dissertations dans lesquelles elle a été résolue de diiférentes manières. Goelicke {Hist. med. univ., 1. 1, p. 267. Halle, 1717, in-12), parlant des filles dEsculape, se plaint amèrement de ce que, depuis les temps les plus reculés, on a vu les femmes s'immiscer dans la pratique de la médecine, et aujoui'd'hui encore, ajoute-t-il, les praticiens luttent en vain pour les écarter du sanctuaire; aussi regarde-t-il comme très-sage la loi des Athéniens (nous avons vu ce qu'il en fallait penser) qui leur interdisait l'étude de la médecine. Goelicke veut brutalement les renvoyer à la cuisine et à la quenouille [adculinamel colum), pour lesquelles elles sont nées. Leur éternel caquetage, semblable à celui des oies {anserum instar) , les rend indignes d'un art qui exige tant de gravité et de discrétion ; elles n'ont ni le jugement ni l'intelligence nécessaires à la connaissance approfondie de la médecine. Notre auteur a développé encore ces aménités dans une dissertation spéciale (voy. labibliogr.), Schacher, qui a écrit sur le
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même sujet, se montre plus courtois et plus juste. Ce qui distingue l'homme de la brute, dit-il, ce sont les trois facultés dont se compose l'intelligence, c'est-à-dire la mémoire, l'imagination et le raisonnement, et les femmes comprises sous l'appellation commune, hommes ou genre humain, jouissent incontestablement des mêmes facultés ; les succès que quelques-unes d'entre elles ont obtenus dans les lettres, dans les arts, dans les sciences, sont de sûrs garants de ceux qu'elles obtiendraient en médecine; et d'ailleurs, elles n'en sont pas à faire leurs preuves à cet égard; l'histoire nous démontre que, dans tous les temps, il en est qui se? sont iait un nom distingué dans notre art. Schacher complète la démonstration en passant en revue un certain nombre de ces célébrités de l'autre sexe {De feminis ex arte medica claris, Lipsise, 1738). 11 y a une quarantaine d'années, Harless, dans un ouvrage fort savant, a donné la biographie de toutes les femmes qui se sont illustrées dans les sciences naturelles et la médecine; nous lui reprocherons seulement d'y avoir admis une foule de sujets fort insignifiants et assurément fort indignes de l'honneur qu'il leur faisait, notamment des auteurs de traités sur l'art culinaire. Différentes sectes politiques ou socialistes avaient, à plusieurs reprises, arboré le drapeau de Y émancipation et des droits de la femme. En Amérique, où, comme dans les autres pays occupés par la race anglo-saxonne, la jeune fille jouit d'une liberté qu'on lui refuse ailleurs, on tenta la réalisation de ce qui jusqu'alors était resté à l'état de formule, et quelques jeunes personnes se mirent courageusement à l'étude de la médecine. De là, le mouvement gagna tout naturellement l'Angleterre, d'oîi il s'étendit en Suisse, dans quelques parties de l'Allemagne, en Russie, puis en France, et une polémique très-vive s'engagea sur ce sujet. On a Jait valoir comme principal argument en faveur du doctorat des femmes, que la plupart de celles-ci ne trouvent pas dans le travail une rémunération suffisante pour répondre aux nécessités de l'existence; que les hommes ont envahi, dans le commerce, par exemple, une loule de positions qui étaient l'apanage naturel de l'autre sexe. Ce dernier fait est incontestable, et je n'ai pas à rechercher ici les causes qui l'ont amené. Quant à l'insutfisance du salaire, cet argument est exclusivement applicable aux ouvrières proprement dites, qui n'ont pour subsister que le gain provenant de leur travail quotidien. Ici il y a assurément beaucoup à dire, et surtout à faire ; mais cela ne regarde nullement les jeunes personnes qui voudraient aujourd'hui se livrer à la profession médicale, car cette prétention suppose une position sociale et une fortune qui les placent à l'abri du besoin ; on sait ce que coûte l'acquisition des connaissances préliminaires, dites humanités, ce que coûtent les études médicales; celles-ci durent quatre ans, pendant lesquels il faut vivre, payer les inscriptions, les examens, etc. ; le doctorat ne donne pas immédiatement la clientèle, et ici encore il faut vivre, et dans des conditions de tenue et d'apparence qui puissent inspirer de la confiance au public. Ainsi, dès le début, une certaine aisance est indispensable pour entreprendre une profession qui est loin de répondre toujours aux espérances de ceux qui l'ont embrassée ; comme l'a fait observer un journal anglais, on ne doit pas laisser une jeune personne tenter une pareille expérience, si elle n'a par-devers elle les ressources nécessaires pour le cas oi!i elle viendrait à échouer. Ce serait, ajoute-t-il, une cruauté que de compromettre ainsi l'avenir de quelques jeunes filles audacieuses. Elles devraient savoir que les praticiens qu'elles voient dans une brillante position sont les heureux et les forts ; elles ne font pas attention à ceux qui végètent dans une situation obscure et presque misérable, ou qui ont été obligés de changer de profession, d'entrer dans le commerce, dans l'industrie, dans l'agriculture, dans
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l'Église, etc. Qu'elles réfléchissent sérieusement à ces chances aléatoires, et qu'elles se décident {Brit. and For. Rev., t. XLV, p. 26; 1870). Enfin, on peut dire encore avec Montanier, dont nous allons bientôt citer un assez long passage, que l'aisance nécessaire pour entreprendre la carrière de la médecine « mettra toujours une femme raisonnable au-dessus du besoin, et lui permettra de vivre honorablement dans une sphère modeste, où il lui sera toujours facile d'être une honnête femme et une honnête mère de famille. » D'après une remarque fort curieuse que nous trouvons dans le British Journal, trois médecins vivaient à l'aise, eux et leur famille, dans une certaine localité ; l'un d'eux vient à mourir, et il est remplacé par une jeune doctoresse non mariée, qui réussit très-bien et accapare ainsi le gain qui faisait subsister une famille, c'est-àdire une mère et ses enfants {Brit. J, 1870 ; t. I, p. 358). Où est ici l'avantage pour les femmes?...
Vient maintenant la grande question d'égalité physique et morale de l'homme et de la femme, et du rôle que celle-ci est appelée à remplir dans la société. Il est évident que sous le nom de femmes nous ne comprenons pas ces êtres androgynes, ces viragos que nous avons vues dans ces derniers temps venir, avec des cris d'énergumènes, réclamer pour le sexe auquel elles disaient appartenir, une émancipation dont leurs personnes et leurs doctrines donnaient un bien triste spécimen ; nous ne parlons que de la vraie femme, de celle qui, par ses sentiments de pudeur et de réserve, se montre véritablement digne de ce nom. Ici nous ne saurions mieux faire que de citer tout au long d'excellentes observations insérées par notre regretté collaborateur, Montanier, dans la Gazette des hôpitaux, en ré-, ponse à un écrit de madame Gaël sur cette question. « La nature, dit Montanier, quoi qu'en disent certaines femmes et esprits forts, a tracé à la femme son rôle et le lui impose forcément. Elle est surtout destinée à être épouse, mère, et à vivre dans l'intérieur, en s'occupant presque exclusivement des soins du ménage et de la famille.
« Mais si la femme peut et doit embrasser une carrière qui lui permette de rester chez elle, alors même qu'elle a une certaine aisance, elle doit fuir ces carrières nomades qui la tiennent sans cesse éloignée de sa famille et toujours par monts et par vaux. La carrière médicale est particulièrement de cet ordre, et il est impossible qu'une femme-médecin soit épouse et mère.
« Une correspondante de madame Gaël l'a parfaitement compris, et elle veut que les femmes médecins restent célibataires. Notre auteur lui-même, accorde sans peine qu'elles ne pourront pas nourrir leurs enfants. Si bien que, pour atteindre un but assez peu utile, il faudrait vouer toute une classe de femmes au célibat ou les empêcher d'accomphr ce noble tout de la femme et le complément de la maternité, c'est-à-dire l'allaitement de ses propres enfants. Que ferait alors, je vous le demande, une femme médecin ?
« Et pourquoi e.\ige-t-on de pareils sacrifices? Madame Gaël invoque la pudeur des femmes, toujours froissée par l'examen auquel se livre le médecin dans les maladies ordinaires, et froissée et humiliée surtout dans l'examen des maladies spéciales au sexe. Ce sentiment, très-naturel, empêche beaucoup de femmes de se confier à un docteur; et laisse au mal le temps de faire des progrès irrémédiables. Cela est vrai, mais voyons si l'on peut atteindre le but, nous verrons ensuite si ce ne serait pas à un prix beaucoup trop élevé. Aux objections qu'on lui adresse, madame Gaël répond qu'il ne faut pas s'alarmer, que la femme médecin sera toujours une exception fort peu nombreuse ; qu'il faut trop de courage et
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d'abnégation pour que la carrière médicale lente beaucoup de femmes, et que celles-là seules l'embrasseront qui auront une vocation spéciale et irrésistible. — Cela est parfaitement vrai, et cet argument ruine justement toute la thèse.
(( Si vous ne devez avoir qu'un très-petit nombre de femmes médecins, elles ne rendront pas les services que vous leur demandez, ou ce sera sur une si petite échelle, que quelques favorisées seulement pourront en profiter. Que feront cinquante, cent femmes médecins pour soigner, comme vous le désirez, toutes les femmes et tous les enfants ? Il y a en France vingt mille docteurs environ ; il faudrait donc au moins dix mille femmes remplaçant dix mille médecins. Sans cela, vous am'ez quelques femmes médecins établies dans les grands centres de population. Si, pour être logique, vous demandez dix mille médecins femmes, à quel prix pourrez- vous les avoir? Je laisse de côté, pour l'instant, la question de mariage et de maternité, et on conviendra qu'il n'y en a pas de plus grave ; en ce moment oii la France, entre autres causes, se dépeuple et par le célibat et par la mortalité des enfants mis en nourrice.
(( La femme a son rôle bien nettement tranché dans la nature : celle-ci lui a donné une constitution et un tempérament adaptés à son but. Les femmes ne me contrediront pas si je dis qu'elles brillent surtout par le cœur, par la tendresse, l'amour, la douceur, la timidité et une retenue qui n'est guère le partage de l'autre sexe... Eh bien 1 pour faire une femme médecin, il faut commencer par détruire tout cela; lui faire perdre la sensibilité, la timidité, la pudeur; l'endurcir par la vue des choses les plus horribles et les plus effrayantes ; lui apprendre à ne plus trembler devant les spectacles les plus hideux et à envisager de sang-froid ce qui est de nature à émouvoir les natures les plus fortes {Gaz. des hôpit., 21 mars 1868). »
Mais ce n'est pas tout encore ; il est un autre point dont on s'est vivement préoccupé en Angleterre et même en Amérique, c'est-à-dire dans les pays où les étudiantes se sont présentées en certain nombre : c'est la promiscuité des deux sexes aux amphithéâtres et dans les hôpitaux. Les dissections peuvent-elles se faire en commun? Les leçons de physiologie, de médecine, de chirurgie, peuventelles avoir lieu devant un auditoire composé de jeunes filles et de jeunes gens confondus sur les mêmes bancs? Le professeur, par un sentiment de retenue bien naturel, ne sera-t-il pas obligé de s'arrêter devant certains détails, d'écourter certaines descriptions? Dans la pratique chirurgicale, une foule d'opérations sur des sujets masculins exigent que le coi'ps soit à découvert, le professeur doit donner des explications dans lesquelles il lui sera impossible d'entrer en présence de personnes d'un autre sexe. Il y a évidemment là une grave atteinte portée à tous les sentiments de pudeur {shoking to the sensé of decency) . Le chirurgien est donc gêné dans ses allures, ce qui ne peut avoir lieu qu'au détriment de la science et du patient lui-même. Combien de maladies propres à l'homme sont de nature à ne pouvoir être ni vues ni étudiées par les femmes?... Partisan du doctorat pour les femmes, le professeur Glarke ne croit pas, comme on l'a dit, que les études médicales en elles-mêmes soient de nature à démorahser le cœur des jeunes filles; il croit plutôt que l'analyse des grands phénomènes de la physiologie ne peut qu'ennoblir et élever le sens moral. Mais il ne peut soulfrir l'idée de jeunes filles et déjeunes gens scrutant ensemble, le scalpel à la main, les organes les plus secrets de la génération; il ne veut pas les voir penchés sur le même creuset , ou sur le même microscope, analysant les principes constituants de l'urine ou discutant les mystères de kl sy|;hilis [Med. Times, 1870, 1, 129).
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A Edimbourg, à Philadelphie même, des scandales auraient eu lieu de la part des jeunes gens qui auraient méconnu les premiers principes, je ne dis pas de la galanterie, le mot serait ici déplacé, mais des plus simples convenances \is-à-vis de leurs compagnes d'étude. De pareils désordres sont assurément très-regrettables mais il sera, je crois, bien difficile de les éviter. En Angleterre, comme en Amérique, les étudiants ont toujours énergiquement protesté contre l'admission des femmes au milieu d'eux, et, à Edimbourg, les administrateurs des hôpitaux se sont longtemps refusés à déUvrer des cartes d'entrée aux élèves de l'autre sexe.
Ainsi, en Amérique, pays de liberté absolue, les études médicales des femmes ont subi de sérieuses difficultés, et, si elles se continuent à Philadeljihie, c'est que dans cette ville, il a été fondé, à l'aide de souscriptions, un collège de femmes {Women's Médical Collège), pour l'étude de la médecine, dirigé par quelques doctoresses.
En Angleterre, certaines universités, celles de Londres et de Cambridge, ont accordé aux femmes le droit d'étude, à la condition de se soumettre aux mêmes exigences de matriculation que les hommes, mais comme à Londres cet examen préalable ou de matriculation est très-rigoureux, il est probable qu'on y verra peu d'étudiantes. A Edimbourg où les conditions préliminaires sont plus accessibles, il s'est élevé des difficultés d'un autre ordre. De grands débats, prolongés jusqu'à ces derniers temps, avaient eu lieu entre les professeurs de la faculté de médecine, dont la majorité avait reconnu le droit des femmes, et l'université qui s'était toujours refusée à le sanctionner; elle s'y est enfin décidée. N'est-il pos à craindre que les étudiants persistant dans leur protestation ne désertent l'école d'Edimbourg? Vienne a admis les femmes dans ses écoles, mais il y a, je crois, séparation des sexes pour les études. En Russie, les femmes avaient d'abord été repoussées, mais, depuis, l'empereuraintimé à l'université d'Helsingfors, par l'intermédiaire du sénat de Finlande , l'ordre formel d'admettre les personnes de l'autre sexe aux cours de médecine de cette université. A Moscou, à Saint-Péiersbourg, probablement sous la même influence, les études médicales pour les femmes ont été autorisées, mais surtout, paraît-il, en vue du perfectionnement des connaissances obstétricales. Chez nous, comme l'assiduité aux cours n'est pas exigée, les femmes pourront faire leurs études comme elles l'entendront. Eu juillet 1870, au moment même où la France allait être précipitée dans les horreurs d'une guerre insensée, une petite commission, composée de quelques savantssous la présidence de M. Duruy, ex-ministre de l'instruction publique, avait élaboré ie plan d'un système complet d'instruction pour les femmes, et, par une de ces flatteries, fort en usage à cette époque, l'institution devait être mise sous lepatronage de l'impératrice. Il s'agissait, suivant le préambule, de former des ferauîes médecins pour les pays soumis à l'it^lamisme, où les femmes vivant dans la contrainte des harems ne peuvent être ni vues ni traitées par des hommes. Tout était organisé pour que, dans cette institution fondée par souscription, l'instruction fut aussi complète que possible, les élèves devaient fréquenter certains hôpitaux, etc., etc. Cette belle conception disparut avec l'empire, et il est peu probable que nous la voyions reparaître.
Comme on a pu le remarquer dans le courant de cet article, nous sommes peu . partisan du doctorat des femmes, non que nous doutions le moins du monde de leur intelligence et de leur capacité, mais parce que nous n'en voyons ni la convenance, ni la nécessité, ni l'avantage pour les femmes elles-mêmes. Cependant, avec
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la plupart de ceux qui ont abordé la même question, nous pensons que, en vertu du principe indiscutable de la liberté, toutes facilités doivent leur être accordées pour l'obtention des grades en médecine; mais liberté implique égalité, il faut donc qu'elles se présentent au doctorat, dans les mêmes conditions que les hommes ; même exigence du double baccalauréat, mêmes conditions de scolarité, mêmes examens. Et maintenant, chez nous, du moins, combien s'en présentera-t-il, pour se soumettre à ces rudes épreuves? Quelles sont les familles qui consentiront à ces audacieuses tentatives en présence de chances si aléatoires, et dans des conditions si contraires à nos mœurs ? Combien, enfin, d'une manière ou d'une autre, succomberont en route ? Des carrières plus facilement accessibles sont depuis longtemps ouvertes à l'intelligence et à l'activité des femmes, la littérature, les arts ; plusieurs s'y sont engagées, et l'on compte celles qui se sont distinguées par un mérite véritablement hors ligue ; nous l'avions déjà fait remarquer dans l'historique, aux époques où la pratique de la médecine leur était permise, elles n'ont été qu'une exception, nous les voyons partout et toujours rares et isolées au milieu d'une foule d'hommes éminents. Au total, il est bon que l'expérience se fasse, c'est, quel qu'en soit le résultat, le seul moyen, compatible avec l'équité, de donner satisfaction à ces réformateurs à outrance, qui, dans leur ignorance ou leur mauvaise foi, croient ou veulent faire croire que la société, les coutumes peuvent subir brusquement des transformations radicales (c'est leur mot), comme un acteur change de costume et revêt une nouvelle figure à chaque nouveau rôle. E. Be^ugrand
Bibliographie. — On pourra consulter: Goelicke (Andr.-Ott.). Epîstola de sapientissimu lege Athéniens ium qua solemniter sanciverant ne qud fœmina, vel servus 7nedicinarn disceret. Halse, 1717, iu-4°. — Westphal (Andr.). Progr. de doctoratu mulierum. Gryphiswaldite, 173i, in-4°. — Schacher (P. -F.)- De feminis ex arte medica claris. Lipsiae, 1738, ia-'t". — Bœbner (Fr.). Ob dem Frauenzimmer erlaubt sei die Arzneikunst auszuùben Leipzig, 1750, in-i°. — Habless (Ghr.-Fr.). Die Verdienste der Fraiien nm Naturwissenschaft Gesundheits- und Heilkund, sowie auch uni Lander Wôlkei' und Menschenkunde, von der âltesten Zeit bis auf die neueste. Gôttingen, 1850, in-8°. — Choulant (Ludw.). Die Weiber von Salerno, ein Beitrag zur Geschichte der Medicin im Mittelaller. In Hœser's Ai'ch., t. II, p. 501; 1841. Pour la question actuelle, voir les journaux des diliéi-eats pays, mais surtout les journaux anglais : Médical Times, The Lancet, British Journal, etc., da puis 1860 jusqu'à ce jour. E. Bgd.
MÉDECIN (Devoirs du), voij. Déoatologie.
MÉDECINE. Du rôle de la médecine et des médecins dans la société; de leur influence sur le progrès et la civilisation. Ce sujet est vaste et compliqué : il ne suffit pas, en effet, de constater le rôle social de la médecine dans le passé, il faut aussi déterminer ce qu'il doit être dans l'avenir, en tenant compte de la nature même de notre science et de notre art. Nous ne pouvons le traiter ici dans
son entier.
Nous en présenterons le cadre, nous en esquisserons les points principaux et
ceux qui sont le moins connus.
Les rapports intimes de la médecine avec les diverses sciences et la philosophie qui en est la base et le couronnement, de celle-ci avec le progrès et la civilisatioii ont été souvent indiqués même à des époques très-éloignées de nous.
La connaissance de ces relations, utile à tous ceux qui s'occupent de notre art^ est indispensable aux médecins qui l'enseignent. Ces derniers doivent sans cesse rappeler à leurs disciples et leur démontrer au nom dé l'histoire, que la raéde-
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cine est un sacerdoce ; que le médecin doit et peut faire le plus grand bien aux hommes et à l'humanité, quelle que soit la position dans laquelle il se trouve placé.
Ici, les maîtres de notre science communiquent un mouvement puissant à toutes les branches des connaissances humaines. Là, des médecins cachés dans les situations en apparence les plus obscures donnent les preuves les plus éclatantes de dévouement et de vertu ; tandis que ceux qui \ivent dans les plus hautes régions sociales se servent de leur influence pour obtenir la fondation d'institutions, d'établissements humanitaires, ou les créent eux-mêmes, en consacrant leur fortune entière à ce noble usage. Notre Lapeyronie obtint de Louis XV, dont il était le premier chirurgien, la création de la grande Académie de chirurgie, l'organisation réguUère de la chirurgie militaire.
Il fit construire à ses Irais l'École de chirurgie de Paris et celle de Montpellier. Par ses soins, le sceptre de la chirurgie passa rapidement dans les mains de la France, et les chirurgiens, qui n'étaient le plus souvent que des ouvriers ignorants livrés aux œuvres les plus humbles, deviennent des écrivains distingués, des médecins éminents.
On a rarement compris le rôle de la médecine dans les transformations heureuses qu'ont présenté les sociétés en se développant à travers le temps et l'espace, parce qu'on n'a pas suffisamment analysé les fonctions diverses que remplissent les médecins. Bordeu et quelques autres éciivains ont essayé de les distribuer en plusieurs classes reposant sur ces fonctions mêmes. Ils passent successivement en revue les médecins physiciens, chimistes, naturalistes, imprimant à ces sciences et à l'industrie une impulsion vigoureuse ; les psychologistes scrutant l'âme humaine dans ses plus intimes replis ; les médecins légistes éclairant les législateurs; les médecins qui vivent au milieu des camps, des hôpitaux, des épidémies ; les aliénistes ; les médecins livrés à la pratique civile, en rapport avec les hommes de tous les rangs, leur servant de lien, les rappelant au sentiment de la fraternité; les médecins économistes sondant les grands problèmes sociaux, appelant sur eux la sollicitude qu'ils réclament, indiquant des réformes pratiques nécessaires et préparant leur avènement; enfin, les médecins philolosophes, traçant les règles et les axiomes de cette philosophie universelle qui domine toutes les sciences et détermine ces lois simples, harmonieuses, éternelles, qui gouvernent le monde et nous élèvent jusqu'au suprême législateur.
La question que nous soulevons en ce moment a fixé l'attention des génies du premier ordre, chez les anciens et chez les modernes. Elle a été traitée, non-seulement par des médecins, mais aussi par des philosophes, des législateurs, des théologiens, des moralistes; par des savants de tous les genres, qui ont compris le rôle que devaient jouer dans le monde, non pastel ou tel médecin, mais l'ensemble des médecins et la médecine, considérés dans leur esprit même et dans le sens le plus large et le plus compréhensif. Ces grands hommes n'ont point regardé ce sujet comme purement médical. Ils lui ont donné une plus haute portée, et ont reconnu qu'il touchait à nos intérêts les plus chers. Dès qu'ils ont eu une idée précise de la philosophie, du progrès, de la civilisation véritable ; dès qu'ils ont vu que la médecine est la science réelle et non point arbitraire de l'homnie étudié tout à la fois au point de vue spéculatif et pratique, ils ont aperçu les relations profondes qui unissent ces différents objets et qui les rendent inséparables.
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Le progrès n'est pas le développement isolé d'un seul des modes dans lesquels se manifeste l'activité humaine, aux dépens de tous les autres; h civilisation n'est pas davantage cette apparence superficielle de bien-être qui se montre dans tel pays ou dans telle classe à la suite du progrès dans une certaine voie, au détriment de toutes les autres directions. Le progrès consiste dans le déploiement harmonique de toutes les facultés humaines marchant de front et parcourant simultanément toutes les routes qui peuvent leur être ouvertes ; la civilisation véritable est la conséquence de ce mode de progrès. C'est ainsi que les médecins ont compris le progrès; c'est en suivant cette marche qu'ils se sont efforcés del'oblenir.
La solution de ce problème exige des analyses longues et délicates, des connaissances solides en médecine et en philosophie. Elle réclame de patientes recherches et de fermes résolutions.
11 s'agit, en effet, d'abord de vaincre les préjugés qui i^ous obsèdent, et de prendre corps à corps ceux du monde qui nous entoure. Il faut ensuite s'emparer de la vérité, la démontrer, la répandre.
Rien de plus intraitable que les préjugés. Ceux qui cherchent à en triompher entreprennent une tâche immense. Portez sur eux une main hardie, même dans les moments les plus favorables, lorsque le temps semblera leur avoir enlevé tout leur prestige, le monstre se réveillera pour vous dévorer, et si le vieil édifice s'écroule, il vous écrasera sous ses ruines. Parlez timidement de liberté au milieu d'hommes effrayés par les excès du démagogisme, on dira que vous êtes favorable aux débordements anarchiques ; vantez le calme et la mesure dans la liberté au moment où l'on confond la liberté avec la licence, et l'on vous accusera de célébrer les abaissements de la servitude.
Heureusement les préjugés les plus funestes sont devenus plus maniables de nos jours. Grâce aux progrès de la civilisation, leur crédit est fort ébranlé. Ils ont été si souvent et si profondément dévoilés et attaqués sous toutes les formes, que l'opinion générale est disposée à en faire justice. Les excentricités, les doctrines extrêmes ont si fréquemment fait connaître leurs côtés faibles et leurs impuissances, soit dans la pratique, soit dans la théorie, que la conscience publique ne prend pas longtemps le change. Elles peuvent se montrer un instant avec bruit et faire fermenter à la surface les passions qu'elles mettent en jeu et sur lesquelles elles s'appuient, mais les racines leur manquent et leur règne est éphémère. Aussi ne partageons-nous pas des doctrines désolantes qui voudraient nous faire croire à une décadence infaillible, sans remède. Certains hommes ne croient plus au soleil dès qu'il est caché par des nuages. Il y a un milieu juste entre un imprévoyant optimisme et un pessimisme désespérant ; entre les vaines terreurs des esprits timides qui s'immobilisent parce qu'Us ne voient pas dans quel sens ils peuvent maixher, les aspirations enthousiastes des intelligences trop hardies qui veulent courir à tout prix, les crédulités irréfléchies qui s'imaginent que tout mouvement est un profères. Plus que tout autre, le vrai médecin peut affirmer que, malgré ses oscillations, l'humanité avance toujours, sous l'action constante et harmoniquement combinée delà Providence divine et de notre propre activité.
Le moment est donc opportun pour revenir sur une question aussi majeure, qui tient une large place dans les écrits actuels des médecins, des philosophes, des économistes, des historiens, des poètes, des légistes, des savants, des tliéolo- "iens,- etc. Néanmoins, lorsque l'on consvdte ces ouvrages, l'on s'aperçoit sans peine que les matériaux abondent sans être coordonnés. Chacun se place
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à son point de vue spécial et néglige tous les autres ; le sujet est traité par fragments dont plusieurs sont précieux, mais il n'est pas envisagé dans son ensemble.
En étudiant l'histoire des sciences, on est vivement frappé de ce fait bien facile à établir : c'est que les hommes les plus illustres ont affirmé que la médecine touche à tout; que son étude, bien dirigée, ouvrirait à l'humanité de nouveaux et vastes horizons ; qu'elle opérerait parmi nous les transformations les plus profondes ; que l'homme marcherait alors avec sûreté dans les voies de ce perfectionnement croissant qui appartient à sa nature et dont on ne peut assigner les limites. Malheureusement, ajoutent-ils, le plus grand nombre des médecins ne savent point assez ce qu'est la médecine, quelles sont sa puissance et son étendue ; ils connaissent peu la vraie méthode, les vrais moyens à mettre en usa^e pour la cultiver, l'agrandir, la faire avancer.
Ce genre d'argumentation a été surtout développé par Bacon. Pour lui, la médecine a devant elle un ipagnifique avenir, mais elle est encore peu avancée Nous acceptons la première partie de cette proposition et les preuves décisives sur lesquelles il la fait reposer. Nous ne saurions admettre la seconde même pour l'époque où ont paru les écrits de l'illustre chancelier.
La plupart des autres savants étrangers à la médecine ont rendu justice à cette science considérée en elle-même ; plusieurs d'entre eux ont décerné aux grands médecins les éloges les mieux mérités. Néanmoins, leur génie n'a pas pu suppléer à l'insuffisance de leurs études sur notre art et sur les hommes qui l'ont cultivé avec le plus d'éclat. Leurs appréciations générales sont exactes; beaucoup d'arguments décisifs, de preuves topiques leur ont manqué.
Pour saisir la vérité dans son entier il faudrait en puiser les éléments dans une histoire philosophique de la médecine et des médecins. Nous avons tous les matériaux nécessaires pour écrire cette histoire : mais ne pourrions -nous pas affirmer que, malgré les beaux travaux contemporains, nous ne possédons pas encore cet ouvrage avec toute la perfection qu'on pourrait lui donner aujourd'hui, en résumant, retouchant, coordonnant une série d'excellentes monographies, en les disposant dans un ordre et d'après des vues qui, sans les altérer, leur communiqueraient plus de vérité, et en feraient un ensemble plein de Justesse et d'harmonie?
Nos documents devront être puisés à trois sources : l" nous porterons nos regards sur les écrits des auteurs du premier ordre qui ont reconnu la grandeur de l'art médical et son caractère éminemment humanitaire ; 2° nous marquerons son rôle social et ses rapports nécessaires avec les diverses branches de la philosophie et des connaissances humaines ; 3° nous confirmerons ces jirincipes par quelques documents empruntés à l'histoire de la médecine et des médecins; nous prouverons par les faits mêmes qu'ils ont rempH dignement la haute mission qui leur est confiée. Nous serons heureux si quelques mots sur chacun de ces points suffisent pour signaler les bases sur lesquelles reposent nos profondes convictions.
I. Documents tirés des témoignages des grands hommes. Tous les esprits les plus éminents, soit parmi les anciens, soit parmi les modernes, ont déclaré d'une voix unanime que la médecine est la base des sciences et de toute saine philosophie, que celle-ci doit en sortir toute entière. En effetj disent-ils, la médecine ne s'occupe pas seulement d'une psychologie abstraite et spéculative; elle étudie tout l'homme, son corps, son âme et les liens qui les unissent (les rapports du physique
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et du moral). Les médecins n'arrivent à l'homme idéal, au type humain parfait dont la réalisation de plus en plus complète doit être l'objet de la civilisation la plus avancée, qu'après avoir étudié les hommes avec toutes les formes variées que leur donnent les climats, les mœurs, les habitudes, les institutions sociales. En voyant les hommes dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les circonstances ; en pénétrant dans les replis les plus cachés de leur conscience ; en recevant d'eux les confidences les plus mtimes sur les causes réelles des maux qui les affligent, le médecin connaît réellement les hommes. Mieux que le moraliste, mieux que le poëte, mieux que le romancier, il peut rédiger non pas le roman plus on moins historique de tel ou tel peuple, de tel ou tel homme, de telle ou telle classe sociale, mais l'histoire vivante de l'inmianité. Les autres écrivains, sans excepter les philosophes, sont des artistes qui veulent briller et nous intéresser en sacrifiant même la vérité à la pureté des contours, à la grâce du style, à l'éclat des couleurs. Le médecin néglige ces artifices de perspective, ces magiques décors, ces poétiques inspirations; il peint fidèlement la nature sans la surcharger, sans la rendre plus belle ou sans essayer de l'assombrir.
Gardons-nous de croire que le médecin soit simplement un peintre. S'il dévoile les "randeurs de l'homme et ses faiblesses, ce n'est point seulement pour le rabaisser ou l'exalter, pour exciter le rire sur ses travers, pour arracher des larmes sur ses malheurs. Quand il met à nu les passions qui le déchirent, les préjugés qui l'aveuglent, les vices qui le dégradent, il ne cherche pas à en offrir le triste et désolant spectacle; il veut y porter le feu quand il le faut afin de les détruire, ou y déposer des baumes plus doux et plus salutaires ; car sa mission n'est pas d'afilif^er, mais de consoler, de soulager, de guérir. Il comprend que le but constant de l'humanité est de se fortifier et de grandir. 11 travaille donc l'homme pour qu'en parcourant dans l'espace et le temps son incessante évolution, il presse le pas, franchisse promptement les obstacles et devienne rapidement ce qu'il doit être, c'est-à-dire plus fort et plus grand, 'AvepwîTou -^t^xo yy^tat ^îx(>t 6«vâTou. [Épid. 6, sect. 5, n» 5). L'âme humaine grandit toujours, disait Hippocrate, il y a plus de deux mille ans ; le devoir du médecin est de surveiller et de hâter son développement.
Dans tout cela, nous n'inventons rien, nous ne sommes que l'écho fidèle et bien affaibli des dénies du premier ordre, dont il serait très-utile de citer les textes afin d'en peser la valeur : mais le nombre en est très-considérable et nous nous bornerons à quelques-uns.
Nous ne parlerons pas des médecins, nous n'invoquerons pas les témoignages de Platon, Âristote, Plotin, Cicéron, Marc Aurèle, saint Augustin, saint Thomas, etc. ; nous dirons seulement un mot de Bacon, de Descartes, de Leibnitz.
1» Bacon professe la plus haute estime pour la médecine. La science purement humaine se divise en science de l'homme et science de la nature. Le médecin doit posséder celle-ci dans toute sa vérité expérimentale à cause de ses rapports
avec l'homme. . , , ,• ,, ^i i • u •
La science de l'homme (anthropologie) a deux parties : 1 anthropologie physique
ou médicale qui appartient exclusivement au médecin ; l'anthropologie intellectuelle et morale qu'il doit cultiver avec le plus grand soin. Ainsi la vraie médecme doit être universelle. C'est donc la plus noble et la plus difficile des sciences. Jusqu'ici les médecins ne connaissent pas la vraie science de la nature ; leur anthropologie médicale est imparfaite ; leur psychologie encore moins avancée. Ils n'ont que de faibles notions sur l'homme intellectuel et moral, sur le rapport du moral
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et du physique {doctrina fœderis). Mais un moment viendra où la médecine sera constituée dans son ensemble. Alors les médecins ne se contenteront pas de soi'^ner des malades (in curarum sordihiis) ; ils préviendront les maladies ; ils assureront la santé, la force, larectitude du corps et de l'âme {mentem sanam in corpore sano); ils orneront, soutiendront, embelliront l'un et l'autre (ce qui est plus glorieux, plus utile encore pour l'âme); ils rendront la vie plus longue, plus saine, plus douce, meilleure ; la médecine s'appliquera avec les mêmes avantages à chaque homme et à l'humanité; elle sera le plus bienfaisant de tous les arts, la première des sciences, etles grands médecins seront à la hauteur de leur magnifique mission. Telle est en résumé la pensée de Bacon. La science de la nature changera la face du monde ; appuyée sur celle-ci et sur les travaux qui leur appartiennent, l'anthropologie et la médecine qui lui sert de guide transformeront l'homme. Alors la société subira des modifications aussi heureuses que profondes. Une ère nouvelle commencera : la civilisation fera des progrès continus, de plus en plus rapides, dont le terme est indéfini, et qui se répandront successivement dans l'humanité entière. La médecine sera un des grands agents de cette merveilleuse évolution.
Bacon a parfaitement compris le caractère, le génie même de la médecine, ses destinées dans l'avenir. Il n'a j)as bien jugé la science de son époque. Lorsqu'il écrivait, la médecine, dans les mains des grands maîtres, réalisait déjà les résultats principaux qu'il lui demandait; elle contenait le germe de tous ses progrès, qui deviennent aujourd'hui plus évidents.
En effet, malgré les préjugés de tout genre, les résistances les plus aveugles et les plus opiniâtres, nous redressons les difformités, nous les prévenons, nous étendons la vie moyenne, nous domptons et suspendons la douleur; nous rendons la vie, le mouvement, l'intégrité des fonctions à des parties qui les ont perdus; nous arrachons des malades à une mort certaine. Nous travaillons l'homme physique, intellectuel et moral, de manière à développer toutes ses facultés. Pourquoi, par une association intime avec tous les liomoies d'intelligence et de cœur, ne réveillerions-nous pas dans les cœurs et les intelligences cette puissance secrète, cette sé\ e virile qui peut languir et sommeiller quelquefois, mais qui reparaît tout à coup avec une force nouvelle?
2» La pensée de Descartes sur le rôle humanitaire et social de la médecine est semblable à celle de Bacon; il en expose souvent les motifs. « Les rapports du physique et du moral sont si intimes, dit-il dans son Discours sur la méthode, que c'est à la médecine qu'il faut demander la solution des problèmes qui intéressent le plus la grandeur et le bonheur de Vhumanité. Je vais consacrer le temps de vie qui me reste à exécuter les recherches et les expériences nombreuses que je conçois dans une science si nécessaire '. »
3° Leibnitz suivit la même doctrine, d'après les mêmes principes, en les fortifiant par des études historiques, par des travaux d'érudition. 11 médita les écrits des médecins éminents anciens et modernes, qu'il cite et commente à chaque instant; il annota van Flelmont, entretint un commerce épislolairc permanent avec les nombreux médecins philosophes de son époque, et stimula leur ardeur, en leur répétant sans cesse que les plus grands problèmes scientifiques et huma-
* a On pourrait s'exempter d'une foule de maladies du corps et de l'esprit, si l'on connaissait assez leurs causes et les remèdes dont la nature nous a pourvus » [Méthode, 6^ partie).
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nitaires étaient des problèmes médicaux, dont les maîtres de l'art s'étaient déjà fructueusement occupés, et dont on trouverait la solution en les remaniant avec persévérance.
II. Des con>exioins nécessaires de la médecine avec la philosophie et les
SCIENCES, déduites DE LEUR NATURE. RÔLE SOCIAL DE LA MÉDECINE. 1. DeS TUp-
ports naturels de la médecine avec les sciences et la philosophie. Les citations précédentes, qu'il serait facile de multiplier, ne montrent pas seulement l'opinion unanime des penseurs les plus profonds sur le rôle social de la médecine ; elles démontrent aussi son importance. Pénétrons maintenant plus avant dans cette démonstration.
Les sciences peuvent être divisées en sciences méthodologiques, naturelles (physique, cliimie, histoire naturelle), psychologiques, morales, métaphysiques, etc. Elles ont toutes des connexions intimes avec la médecine. Il n'en est aucune qui n'ait été illustrée par des médecins, et qui ne leur doive leurs progrès les plus importants.
Tout ce qui a été fait de plus saillant dans l'antiquité sur ces différents sujets appartient presque entièrement à des médecins. Les sciences philosophiques ont été cultivées par eux avec le plus grand succès. Nous regrettons qu'on n'ait pas écrit un ouvrage complet de philosophie, emprunté aux médecins anciens, tels qu'Hippocrate, Celse, Galien, Sextus Empiricus, etc.; l'histoire de la science y serait tout entière dans ses bases fondamentales. Ces matériaux n'ont été qu'imparfaitement utilisés, malgré les documents précieux fournis par Galien et quelques-uns de ses successeurs.
Ainsi, dans les écoles médicales antiques, et surtout dans celle de Cos, on enseignait d abord, comme introduction nécessaire à la médecine, la méthode et la logique, la physique, la métaphysique, la psychologie, la morale privée et publique; l'on exposait les divers systèmes connus. Cette exposition était suivie d'un examen critique, dans lequel chaque théorie (physique, atomique, panthéistique, vitaliste, animiste, etc.) était considérée sous ses divers aspects, puis dominée par une théoi'ie vraiment éclectique.
Nous avons montré ailleui s comment on peut exhumer cette philosophie entière des débris imparfaitement explorés de l'enseignement hippocratique.
L'étude de Galien, au point de vue philosophique, est bien plus riche, et serait beaucoup plus fructueuse. Elle a été à peine essayée. Il serait possible d'aller plus loin, et de publier un cours complet de pliilosophie et de son histoire, rédigé d'après les seuls ouvrages des grands médecins des diverses écoles et des différentes époques. On verrait alors tout ce que notre art a fait pour la philosophie vraie et pour toutes ses branches. Une œuvre pareille, bien conduite, étonnerait par ses résultats positifs. Elle ne serait pas seulement glorieuse pour notre art; elle serait éminemment utile pour la philosophie, qui soupçonne, sans les connaître, les trésors que nous pourrions lui donner (voy. L. Boyer, Dictionnaire de physiologie (1861), in-4^ art. Ealler, p. 658 à 658; Hippocratisme, p. 658 à 680; Théories, p. 1365, etc).
On peut, du reste, le deviner a priori.
1° Méthodologie. La méthode est le flambeau des sciences. Plus une science est vaste et complexe, plus ceux qui la cultivent ont besoin de se créer une méthode parfaite. Tous les philosophes ont reconnu les difficultés de la médecine, tous ont ai'firmé que les médecins ont fait une étude spéciale de la méthodologie. Les uns, comme Bacon et Descartes, tout en déclarant qu'ils avaient imparfaite-