TROIS KAISER- FERDINATOS- BADE- FRANCIS- SCHWARZ- SODRCES
BRDNNEX. BRONXEN. BRCSNEN. BRDNSEX. QUELLE. CHilBES.
Ch onire de sodium 5,3111 2,5545 3,2o03 4,0085 2,7480 0,1393
calcium I,9'245 i,603o l,9ooO 1,9285 1,1003 0,0330
Sulfate de chaux 0,0420 0,0480 0,0420 0,0745 0,0790 0,0990
Carbonate de chaux 0,0645 0,0543 0,0643 0,0230 0,0403 0,0130
Silice 0,0175 0,0205 0,0173 0,0200 0,0i20 0,0140
lodure et bromure de calcium, traces. traces. traces. traces. traces. traces,
Total des matières fixes . . 5,3594 4,2610 5,3295 6,0363 4,5900 0,5023
! acide carbonique libre.. 5occ,10 38,88 55,10 35,48 32,40 Cette
azote 27 34 21,60 27,34 25,92 28,62 analyse
hydrogène sulfuré. . , 37 80 51,50 37,80 48,60 46,98 n'a jamais
— carboné. . . 22 68 28,08 22,68 50,24 21.60 été faite.
Total des gaz. . . . 122cc,92 139,86 122,92 158,24 129,60
Mode d'administration et doses. La température des sources de Mehadia varie de 33° centigrade à 55'' centigrade ; elles ont toutes une thermalité trop élevée pour qu'on puisse employer, en bains et en douches, leur eau à son point d'émergence; aussi avons-nous noté qu'on est obligé de la laisser refroidir soit dans les baignoires mêmes, comme au Ludwigsbad, soit dans un réservoir spécial, comme au Carolinenbad, par exemple. La Francisbrunnen, qui alimente quelques baignoires du Francisbad, est seule à la chaleur du bain, et les médecins qui se sont succédé à Mehadia, la regardant comme la plus efficace, l'ont toujours conseillée contre les affections intenses ou rebelles. C'est un exemple frappant de l'importance que l'on doit attacher, dans certaines maladies, à la thermalité des sources minéralisées qui, arrivant directement dans les baignoires, ont conservé la chaleur et les principes volatils et gazeux qu'elles apportent du sein de la terre. Les sources de Mehadia contiennent à peu près les mêmes matières fixes; leurs principes gazeux surtout, les distinguent les unes des autres. L'Herkulesbruunen et la Karlsbrunnen n'ont pas d'hydrogène carboné, et ïi'oat que des traces d'iiydrogène sulfuré. La Ludwigsbruuaen possède le moins d'éléments minéralisateurs et gazeux, et c'est dans la Francisbrunnen que l'on trouve à la fois la plus grande proportion de gaz et de matières fixes. Pour donner une idée plus frappante, sinon plus juste, de la différence de composition chimique des sources de Mehadia, nous dirions volontiers que les eaux des sources d'Hercule et de Charles ont une grande analogie avec les eaux de Wiesbaden {voy. ce mot), qui sont seulement un peu plus chaudes et un peu plus chlorurées, et que l'eau des autres sources de Mehadia ressemble, jusqu'à un certain point, à celles d'Aix-LA-Cu-APELLE et de La Poretta {voy. ces mots). Les premières sont plus thermales aussi et plus chlorurées, mais moins chargées en gaz hydrogène sulfuré et carboné ; les secondes ont une température et une chloruration se rapprochant beaucoup de celles de plusieurs des sources de Mehadia, mais elles n'ont pas d'autre gaz que l'hydrogène protocarboné.
On voit combien il est difficile d'assigner une place précise au différentes sources de la station de Mehadia dans un cadre hydrologique. Elles contiennent, en effet, assez de chlorure de sodium pour être rangées dans les chlorurées sadiques, assez de chlorure de calcium pour entrer dans le groupe des chlorurées calciques, et enfin assez de gaz pour pouvoir être dites en même temps carboniques, azotées, sulfureuses ou sulfureuses carbonées. Ces divers caractères rendent plus intéressante encore l'étude de leurs effets physiologiques et thérapeutiques. Avant de commencer cette étude, qu'il nous soit permis de rappeler la manière pittoresque dont les Romains ont exprimé leur opinion sur les thermes
326 MEHADIA (eadx minérales de).
de Mehadia, qui leur étaient parfaitement connus, ainsi que le prouvent plusieurs pierres avec inscriptions, que l'on conserve précieusement dans les archives de cette station du Banat. Ils disaient, par exemple, que les sources chaudes non sulfureuses donnent la puissance d'Hercule, sous l'invocation duquel ils les placèrent, et que les sources sulfureuses de ce poste thermal ont des propriétés qui plaisaient à Vénus, dont elles portaient le nom. Les détails dans lesquels nous sommes entré sur la différence de la chaleur et de la composition élémentaire des sources de Mehadia ont fait pressentir qu'elles ne doivent pas toutes avoir la même action sur l'homme sain et sur l'homme malade. Nous avons attiré l'attention sur l'analogie de minéralisation de quelques-unes des sources de cette station thermale de la Hongrie avec celles de Wiesbaden, d'Aachen, et de La Poretta. On verra que ces rapports se retrouvent aussi dans les effets physiologiques et thérapeutiques des unes et des autres.
Les sources de Mehadia ont des indications spéciales dans certaines maladies, auxquelles nous consacrerons successivement un paragraphe particulier, mais nous allons dire d'abord quelques mots de l'action physiologique des sources de cette intéressante station thermo-minérale. L'eau de toutes les sources de cette locahté du Banat n'agit pas de la même façon sur le tube digestif; les sources d'Hercule et de Charles, lorsqu'on les emploie à l'intérieur et à faible dose, constipent; elles sont, au contraire, laxatives, lorsqu'on les praid à la dose de quatre ou cinq verres, le matin à jeun, et de quart d'heure en quart d'heure. L'Herkulesbrunnen et la Karlsbrunnen ont, en un mot, l'action habituelle des eaux chlorurées sodiques moyennes. Les autres sources, qui sont sulfureuses en même temps que chlorurées, produisent les effets excitants et toniques des eaux à la fois chlorurées, sulfureuses et hyperthermales.
Emploi thérapedtiqde. Toutes les eaux de Mehadia ont un effet diaphorétique très-marqué, et cependant on n'observe presque jamais à cette station, après une cure prolongée, et en même temps interne et externe, aux sources les plus actives, cet accident cutané, la poussée, que l'on constate souvent aux eaux hyperthermales, et surtout aux eaux hyperthermales sulfureuses. Les personnes blondes et lymphatiques n'ont jamais, à 3Iehadia, d'accidents vers la peau. Ces accidents ne se manifestent aussi que très-rarement sur les sujets maigres, et qui ont la peau basanée, alors même qu'ils sont pléthoriques; ceux chez lesquels se présentent quelquefois les éruptions hydrominérales offrent presque toujours les attributs d'un tempérament sanguin avec exagération du tissu graisseux. Les eaux de Mehadia n'ont qu'un effet diurétique à peu près nul ; mais elles agissent, les sulfureuses surtout, sur la sécrétion de la membrane muqueuse qui tapisse les voies aériennes, et augmentent les crachats, dont elles rendent l'expectoration plus facile. Elles n'excitent pas la circulation générale et l'innervation, au point de produire de l'agitation, de l'insomnie, de la fièvre et des accidents congestifs vers les poumons ou le cerveau, comm.e beaucoup d'autres sources thermales sulfureuses ou sulfureuses chlorurées. Enfin, l'usage des eaux des sources de Mehadia, en bains et en douches, provoque la sueur, et rend en même temps la peau moins sensible aux transitions de la température. Cet effet est important dans plusieurs des affections que l'on guérit à ce poste minéral. Nous avons signalé une propriété analogue, en parlant des eaux d'Aix-la-Chapelle.
Dans l'étude physiologique et thérapeutique de toutes les sources dont nous nous occupons, nous choisissons les eaux qui ont l'action la plus tranchée, et nous tâchons de présenter un tableau où toutes celles de la même station dont
MEHADIA (eaux minérales de). 327
nous ne parlons pas doivent trouver leur place. Cette manière de procéder nous a paru réunir plusieurs avantages, notamment celui de mettre mieux en relief les différences générales et caractéristiques, d'éviter d'entrer dans des détails et d'étudier des nuances difficiles à saisir, même pour le médecin qui observe depuis longtemps aux établissements minéraux. Nous croyons qu'il convient d'être un peu plus explicite, en traitant des eaux de Mehadia. Nous dirons donc ce que l'expérience a appris sur chacune d'elles, et nous agirons ainsi avec d'autant plus de raison que les sources de la Hongrie, et surtout celle du Banat, étant très-éloignées de la France, sont peu connues dans notre pays. Il n'y a, d'ailleurs, qu'un petit nombre de publications sur Mehadia et ses thermes, qui jouissent pourtant dans les Provinces danubiennes d'une réputation d'efficacité justement méritée. Nous allons donc nous occuper successivement des diverses sources de cette station, et mettre en regard les maladies qui sont le plus facilement et le plus sûrement guéries ou modifiées par leur emploi. Nous terminerons par un résumé, rapide et général, sur la valeur thérapeutique des eaux de ce poste thermo-sull'ureux.
1" Les bains, et quelquefois l'usage interne de l'Herkulesbrunnen, doivent être conseillés contre toutes les affections dans lesquelles il y a de l'éréthisme nerveux. L'eau de cette source a des propriétés sédatives incontestables, et on l'emploie avec un grand avantage dans les névralgies et dans les névroses, où la douleur est le symptôme principal. L'Herkulesbrunnen rend de grands services, en vertu peut-être de sa haute thermalité, dans le commencement de la goutte, dans le rhumatisme chronique ou dans les paralysies, même consécutives à des affections congestives du cerveau, du cervelet ou de la moelle épinière. Mais il faut remarquer que si les congestions sont récentes, il y a danger à prescrire ce traitement hyperthermal. La Source d'Hercule est utile dans les catarrhes chroniques de la vessie ou des bronches. On l'emploie avec succès encore contre l'anémie, la chlorose, la diathèse scrofuleuse ou plutôt le lymphatisme, et enfin contre ce que les Allemands appellent la pléthore abdominale.
2'' Les eaux de la Karlsbrunnen, employées exclusivement en boisson, sont prescrites alors qu'il existe des accidents d'origine scrofuleuse, contre les catarrhes des voies respiratoires et urinaires, et contre les phénomènes qui s'observent après la suppression d'un flux hémorrhoïdal habituel. On combine presque toujours, au reste, l'usage de l'eau de la Karlsbrunnen avec les bains d'Herkulesbrunnen.
3" On emploie à l'intérieur l'eau de la Ludwigsbrunnen contre les hémorrhoïdes, contre l'albuminurie la mieux caractérisée, et elle a plusieurs fois donné, dans ces cas, des résultats favorables ; contre les engorgements du foie et de la rate, survenus après une cachexie paludéenne, et plus souvent après les fièvres intermittentes, si fréquentes dans ces contrées; contre les manifestations superficielles de la scrofule ; et enfin contre les catarrhes utérins. Elles réussissent très-bien à l'extérieur contre les affections articulaires ou musculaires chroniques, reconnaissant pour cause le rhumatisme ; contre les paralysies anciennes, qui ont été amenées même par un accident cérébral ; contre les maladies des os ou des articulations, causées par des fractures, des luxations on des plaies par armes de guerre; contre les tumeurs blanches, et surtout contre les liydarthroses. Les douches doivent être mises en usage dans toutes ces maladies, concurremment avec les bains généraux, qui sont employés seuls, au contraire, contre quelques affections de la peau, en tète desquelles nous plaçons l'eczéma ; les
528 MEHADIA (eaux minérales de).
eaux de la Ludwigsbrunnea ont une très-heureuse influence dans cette dermatose.
4° Les bains de la Carolinenbrunnen sont principalement ordonnés aux vieillards cachectiques, à ceux qui souffrent d'anciennes douleurs rluimatismales et qui ont la marche difficile et le corps courbé en avant.
5° et 6" Les eaux de la Kaiserbrunnen et de la Ferdinandsbrunnen conviennent dans les mêmes maladies; aussi les étabUssements construits près de chacune de ces deux sources, sont-ils alinieutés par leurs eaux mélangées. On les emploie en bains généraux et en douches dans les douleurs et dans les raideurs articulaires qui proviennent soit d'un épanchement séreux dans la jointure, soit d'un épanchement ou d'une exsudation dans le tissu cellulaire du voisinage de l'articulation malade; elles agissent favorablement aussi en bains, mais surtout en douches, dans les névralgies faciales et intercostales essentielles, et principalement dans les sciatiques, consécutives à un refroidissement subit ou prolongé.
7° La Badequelle sert à l'usage interne, et on la conseille contre les ictères chroniques, qui ne sont pas occasionnés par une lésion organique du foie, et contre l'hypertrophie de la rate, contre l'albuminurie ou la iiléthore abdominale, qui ont été produites par les fièvres intermittentes mareramateuses, si communes dans le Banat et la Moldo-Valachie.
8° C'est la Francisbrunnen qui est la plus fréquentée des sources de Mehadia ; c'est elle aussi qui a l'action la plus efficace dans les affections essentielles de la peau, et même dans les manifestations cutanées de la syphilis, à sa seconde ou à sa troisième période. On peut considérer comme établi que, sur un grand nombre de malades, elle empêche, ou au moins elle retarde, la salivation mercurielle. Le docteur Klein nous a dit que les cas où il est obligé d'avoir recours à la médication hydrargyrique sont assez fréquents, pour qu'il lui soit permis d'affirmer que si les eaux de la Francisbrunnen n'ont pas toujours la vertu de prévenir la salivation produite par l'administration du mercure, elles la retardent ou la diminuent du moins assez, pour qu'on ne soit presque jamais forcé de suspendre le traitement antisyphilitique par les préparations hydrargyriques sur les malades en même temps soumis à l'usage interne et externe de l'eau de la Francisbrunnen.
9*^ et 10° Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit sur les usages, et par conséquent sur les effets de la Schwarzquelle, soit des Trois sources situées derrière la chute d'eau. Ces quatre sources sont très-rarement employées.
Kous venons de donner les indications spéciales de chacune des sources de Mehadia ; qu'il nous soit permis de terminer cet article par un résumé rapide et général sur la valeur thérapeutique des eaux de ce poste thermal.
Les sources sulfureuses fortes, la Francisbrunnen, par exemple, ont une action efficace sur les affections cutanées, ulcéreuses ou tuberculeuses, récentes ou anciennes. Le docteur Klein a vu plusieurs fois guérir, pendant la cure thermale, des ulcères et des tubercules de la peau, d'origine syphilitique probable, et qui avaient résisté au traitement mercuriel et ioduré le plus habilement formulé et le plus scrupuleusement suivi. « Je suis loin d'assurer, m'a-t-il dit, que ces malades m'aient quitté débarrassés pour toujours de leur affection vénérienne, mais une observation constante m'a démontré qu'une saison à la Francisbrunnen de Mohadia suffit, en général, pour cicatriser les ulcères, ou dissoudre les tubercules cutanés des malades ayant eu des accidents syphilitiques parfaitement constatés.
MEHADIA (eaux minérales de). 329
Nul doute n'était possible; et, par exemple, des consultations de MM. Ricordet Sigmund, pour ne citer que les autorités les plus compétentes en cette matière, établissaient le diagnostic des accidents vénériens de plusieurs baigneurs qui sont partis complètement débarrassés de leur manifeslalion ulcéreuse ou tuberculeuse de la peau. » Et le docteur Klein ajoutait : « Si les tbermes de Mehadia peuvent guérir de pareilles ulcérations et de pareils tubercules cutanés, qu'on juge de leur efficacité contre les ulcères et les tubercules qui ne sont pas d'origine spéci tique. »
Les eaux sulfureuses de Mehadia ont aussi une action cicatrisante marquée sur les ulcérations scrofuleuses; mais l'expérience a démontré que ces ulcérations sont mieux combattues à la Karlsbrunnen, qui, bien qu'elle soit sulfureuse, doit être rangée plutôt parmi les sources chlorurées. 11 est remarquable que les eaux de cette source, si actives dans les affections scrofuleuses de la peau, ne dissolvent que très-incomplétement les engorgements ganglionnaires superficiels, et ne parviennent à les résoudre qu'après un temps très-long. Il est remarquable aussi que la Source de Charles semble avoir plus d'efficacité contre les affections strumeuses du périoste, des os, des cartilages, que contre celles du tissu des ganglions lymphatiques les moins profondément situés.
Les sources sulfureuses de Mehadia ne sont pas sans efficacité dans la phthisie pulmonaire, au dire du docteur Klein. Il les conseille dans le début de la maladie, car il ne craint pas qu'elles suractivent la circulation pulmonaire, et qu'elles occasionnent des hémoptysies, comme cela arrive à certaines stations des Pyrénées. Mais le docteur Klein est convaincu que lorsque les eaux de Mehadia lui ont rendu des services dans les crachements de sang, c'est que ces crachements étaient supplémentaires d'une autre hémorrhagie et, par exemple, du flux hémorrhoïdal supprimé, comme il l'a observé plusieurs fois. La plithisie pulmonaire, soit au moment où les tubercules commencent à se ramollh', soit lorsqu'ils sont complètement expulsés, n'est modifiée ni en bien ni en mal par une cure à Mehadia. Comme toutes les eaux sulfureuses, celles de cette station thermale ont une action puissante sur les catarrhes de la membrane muqueuse des voies aériennes, et elles guérissent assez promptement les laryngites, les bronchites chroniques et les pneumonies localisées et anciennes, dont les phénomènes généraux ou locaux ont si souvent été pris pour des phthisies arrivées à leur dernier degré.
Lorsque le médecin de Mehadia est consulté par des malades qui présentent des affections chroniques d'un ou de plusieurs organes contenus dans l'abdomen, c'est aux sources purement chlorurées qu'il donne la préférence. Ainsi, les bains de l'Herkulesbrunnen et les eaux en boisson de la Karlsbrunnen sont administrés dans les troubles dyspeptiques, les engorgements du foie et de la rate, les affections hémorrhoïdaires, et les accidents occasionnés par un catarrhe du système urinaire ou génital. Enfin, les eaux hyperthermales chlorurées de Mehadia rendent des services dans les névralgies, dans les névroses, dans les désordres consécutifs à de grands traumatismes, aux plaies par armes de guerre, aux fractures, au.x luxations, aux entorses, etc. ; dans les manifestations, quelles qu'elles soient, du rhumatisme chronique, qu'il affecte les muscles ou les articulations, qu'il soit simple ou goutteux ; et dans les paralysies résultant d'hémorrhagies cérébrales, lorsque le foyer a déjà un an de date, et qu'il n'y a presque plus de chances de voir se reproduire les congestions de l'organe contenu dans le crâne.
330 MEINBERG (eaux minérales et boues de).
La durée de la cure est souvent très-courte à Mehadia, et un certain nombre de baigneurs et de buveurs croient un séjour de neuf à quinze jours suffisant pour déraciner un mal, qui dure quelquefois depuis un très-long temps.
On n exporte pas les eaux des sources de Mebadia. A. Roturead.
BiBUOGRAFHiE. — ScHWARTzoTT. Die Herkulesbâder bel Mehadia, ein monographischer Versuch. Wien, iSôl. — Li'cosi fodor i \ndraiS}. A 7nehadiai Hercules fiirdôk. Kolozsvart, 184 î. — Lengîel de Pazemïsl. Die HeilqueUen und Bàder Vngarns... in medicinisch statistischer Hinsicht. Pesth, 18o4, m-12, p. 265-211. — Klein. Die HeilqueUen von Mehadia... Pesth, 1801. Trad. franc., 1862, in-12. A. R.
afEIBOîMl (Les). Célèbre famille de médecins allemands, dont le véritable nom était Meijhaiim, et qui se sont distingués aussi bien dans les lettres et l'histoire, que dans la pratique professionnelle. Ils descendent, tous les trois, de Henry Meibom, pbilosoplie et historien allemand, auteur d'un grand nombre d'ouvrages, et qui mourut à Helmstaedt, le 20 septembre 1623.
iHeibom (Jean-Henrï) naquit à Helmstaedt, le 27 août 1580, et mourut à Liibeck, le 16 mai, 1655, après avoir été docteur de Bàle (1609), professeur en médecine, et médecmdela ville de Lûbeck. On lui doit :
I. De flagrorum usu in re venereâ. Leyde, 1629, in-12. Et un grand nombre d'autres éditions. C. F. X. Mercier l'a traduit en français. Paris, 1790, in-S". — II. Hippocraiis jusjurandum, cum commentario. Leyde, 1643, in-4°. — Wl.Epistola de cynoplwriâ seu canis portafione ignominiosû. Helmstaedt, 1645, in-4''. — IV. De mithridatio et thcriacâ diseur- .•iiis. Lûbeck, 1652, in-4°. — V. Mcecenas, sive de C. Cilnii Mœcenatis vitâ, moribus et rebm gestis comnientariiis. . . Leyde, 1653, in-4°. — VI. A. Cassiodori formula comitis Archiatrorum. Helmstaedt, 1668, jn-4°. — VII. De cerevisiis potibusque ebriaminibus extra vinum aliis comynentarius. Helmst., 1668, in-4°.
meibom (Henry), fils du précédent, né à Lûbeck, le 29 juin 1638; mort à Helmstaedt, le 26 mars 1700. C'est le plus célèbre des trois, et celui qui a donné le plus d'écrits. Il n'a pas laissé moins de quarante-deux dissertations sur une foule de sujets : médecine, anatomie, antiquités, histoire. On en peut voir la liste dans le Grand dictionnaire des sciences médicales (partie biographique). Nous relevons quelques morceaux, les plus intéressants, en rappelant que les follicules sébacés des paupières portent le nom de follicules ou glandes de Meibomius, parce que ce savant homme les a, non pas découverts, mais décrits avec le plus d'exactitude.
I. Exercitatio de incubatione in fanis deorum medicinœ causa olim facta. Helmst., 1659, in-4"'. — II. Dissertatio de longcevis. Helmst., 1664, in-4''. — III. Pathologicœ dissertationes undecim de morborum differentiis, causis, symptomatibus, signis, pulsibus, urinis, febribus, cephalalgiâ. Helmst., 1668-1669, in-4''. — IV. De medicorum historiâ scribendâ epistola. Helmst., 1669, in-4*, — V. De vasis palpebrarum novis epistola. Helmst., 1666, in-4'', etc., etc.
Meibom (Brandanïïs), fils du précédent, né à Helmstaedt, le 14 janvier 1678, mort le 16 octobre 1740, a publié aussi un assez grand nomb7'e d'opuscules académiques, dont on trouvera également la liste dans le dictionnaire que nous venons de citer. A. C.
iilEllVBERG (Eaux MINÉRALES et boues de), athermales, amétallites ou chlorurées sadiques fortes, carhojiiques fortes ou sulfureuses faibles. En Allemagne, dans la principauté de Lippe, à 8 kilomètres âe Detmold et à 16 de Pyrmont, à la partie inférieure du bois de Teutoburg, Meinberg a quatre sources principales qui se nomment : Altbrunnen (Vieille source), Schwefelquelle (Source sulfu-
MEINBERG (eacx minérales et boues de). 531
reuse), Kochsahqnelle (Source du sel commun ou chlorurée) et Neuhrunnen (Source nouvelle). Le caractère commun de toutes les sources de Meinberg est de contenir une très-grande quantité de gaz acide carbonique, la Kochsalzquelle fait exception à la règle, et lorsqu'on veut l'administrer en boisson, on est forcé d'en charger l'eau du gaz en excès dans toutes lés sources et surtout dans laNeubrunneu qui n'est qu'un griffon d'aiUeurs de l'Altbrunnen. La quantité du gaz qui s'échappe de l'eau de toutes les sources de Meinberg est supérieure à 57,000 litres par vingt-quatre heures. Grsefe assure qu'on ne rencontre aucune trace de gaz acide sulfhydrique dans toutes les sources de cette station minérale si ce n'est dans celle de la Schwefelquelle où il a été trouvé par tous les chimistes qui ont analysé ces eaux. La température des sources de Meinberg n'est pas constante et varie suivant la température de Tair ambiant, ou plutôt suivant la plus ou moins grande quantité de pluie ou de neige fondue qui ont imbibé la terre. Ainsi le thermomètre, plongé au mois d'avril dans l'eau de la Neubrunnen, marque, en général, T",! centigrade et au mois d'août, 12°, 2 centigrade. La température de l'eau de la Schwefelquelle est, au mois d'avril, de 4° centigrade, au mois de mai de 9% 6 centigrade, et au mois d'août, de 17°, 3 centigrade. Brandes qui a analysé en 1850 les eaux des principales sources de Meinberg a trouvé que 1000 grammes contiennent les principes suivants :
ALT- SCHWEFEL- KOCHSALZ-
BRDKNEN. QDELLE. QDELLE.
Sulfate de soude 0,143 0.724 1,365
— potasse e,002 0,001 0,005
— magnésie 0,142 0,214 »
— chaux 0,034 1,033 1,669
— strontiane 0,001 0,002 »
Chlorure de sodium » » 5,078
— magnésium » 0 128 0,782
lodure du magnésium a >> 0,001"
Sulfure de sodium 0,003 0,008 »
Alumine 0,001 0,001 0,001
Carbonate de chaux 0,035 0,266 0,74f>
— magnésie 0,019 0,021 0,064
— ferreux 0,009 0,001 0,001
— manganeux 0,001 » »
Silice 0,007 0,014 0,001
Matière organique azotée 0,008 » »
Total des matières fixes . . . 0,425 2,043 9,715
( acide carbonique » llit.310 Olit.081 Olit.570
*'*^ ( — sulfhydrique .. 0 ,921 »
Total DES GAZ llit.510 Olit.102 Olit.570
Mode d'administration et doses. Les eaux de Meinberg s'administrent en boisson à la dose d'un à six verres par jour, de quart d'heure en quart d'heure, le matin à jeun, et quelquefois une ou deux heures avant le repas du soir. Toutes les eaux sont prises telles qu'elles sont à leur point d'émergence, excepté celles de In Kochsalzbrunnen qui seraient d'une ingestion difficile, si on n'avait pas eu la précaution de les charger préalablement d'une certaine quantité du gaz en excès dans les autres sources de Meinberg. Les bains d'eau, artificiellement chauffée, sont conseillés aux malades auxquels convient la médication carbonique, chlorurée ou sulfureuse des sources Altquelle, Neubrunnen, Kochsalzquelle ou Schwefeibrunnen, leur durée est d'une heure. On trouve à Meinberg une sorte de bain particuher, c'est le Spriidelbad (Bain jaillissant). Il consiste à laisser arriver l'eau d'une des sources, et surtout celle de la Schwefelquelle, dans une baignoire où on élève sa température et dans laquelle on conduit au travers d'une pomme criblée de
S32 MEINBERG (eaux m)>éf.ales et boces de).
petites ouvertures un jet du gaz naturel d'une des sources très-carboniques comme la Source nouvelle. La durée du Sprudelbad est, en général, de vingt minutes à une demi-heure. On voit que les bains par jaillissement tiennent à la fois du bain, tiède et du bain gazeux. Des appareils à bains de gaz acide carbonique pur, soit généraux soit locaux, sont aussi à la disposition des baigneurs et une salle d'inhalation a été récemment amanagée dans les établissements hydrothérapiques de Meinberg. Les bains de boue complètent enfin les moyens balnéaires de cette station. Ils sont généralisés ou partiels, suivant les effets qu'on en attend ; leur durée ne peut jamais être très-longue pour deux motifs : Ils déterminent aisément un état congestif vers la tète, et ils rendent la respiration difficile. La chaleur que l'on a communiquée à la terre tourbeuse recueillie dans une prairie voisine de Meinberg et trempée dans l'eau minéi^ale, explique le premier résultat; la quantité considérable de la tourbe que l'on met dans chaque bain, un huitième, rend pariaitement compte du second ; les parois thoraciques ont en effet à supporter un passez grand poids pour qu'une forte dyspnée doive se produire après un temps assez court.
Emploi thérapeutique. Ce que nous venons de dire du mode d'administration do l'eau des sources de Meinberg, montre que ce sont les applications du gaz acide carbonique qui jouent le rôle principal dans la thérapeutique hydro-pneumo-minéraie de cette station de la principauté de Lippe-Detmold. Nous n'avons rien à dire de la spécialité d'action de ce moyen thérapeutique et nous nous contentons d'indiquer quelles sont les maladies principalement du ressort des eaux carboniques, chlorurées ou sulfureuses de Meinberg. Les dyspepsies qui reconnaissent pour cause une certaine paresse de l'estomac, certaines gastralgies mêmes sont guéries ou améliorées à la suite de l'ingestion journalière de quelques verres de l'eau des Alt ou Neubrunnen. C'est celle de Kochsalzquelle qu'il faut administrer à l'intérieur si l'on a affaire à une affection lymphatique ou scrofuleuse, et c'est l'eau de Schwefelquelle qui convient à ceux qui ont une diathèse herpétique. Les bains du Sprudelbad, les bains généraux de gaz acide carbonique, les douches gazeuses locales, l'ingestion même de l'acide carbonique, les inhalations sulfureuses et carboniques, doivent être employées concurremment alors. Les bains d'eau bouillonnants ou gazeux, les bains et; les cataplasmes de tourbe, sont les moyens thérapeutiques externes qui sont opposés avec le plus de succès aux rhumatismes internes ou externes localisés ou généraux, qui se présentent chaque année en grand nombre aux divers établissements de Meinberg. La suppression des écoulements menstruels ou hémorrhoïd aires, la suppression de la transpiration de toute la peau ou d'une de ses parties, comme de celle des membres inférieurs par exemple, est promptement rappelée par les bains de jaiUissement, les bains généraux et locaux, les douches locales de gaz et les applications totales et* partielles de la boue de la prairie des alentours de Meinberg.
Les eaux de ce poste minéral sont contre-indiquées chez les pléthoriques, chez les congestionnés et chez les apoplectiques. Elles sont d'une application dangereuse chez les personnes dont on ne doit pas activer ou troubler la circulation sanguine, alors surtout que le cœur ou les grosses artères ne remplissent plusieurs fonctions d'une manière physiologique.
La durée de la cure est de 20 à 25 jours.
On exportes, peine les eaux de Meinberg, et cependant celles des sources Alt et Neubrunnen sont dans les meilleures conditions de composition saline et gazeuse pour supporter facilement le transport. A. Rotureâc.
BiBUOGR*iPHiE. — Trampel (J.-E.)- Beschveibuiig des Meinherger Miner alwassers. temgo, 1770,1775, 1778. — Du même. Beschreibiing dcr Substantiellen Schwefclquellem bel Mcinbcrg, 1781. — Weistiiumb (J.-F.). Kleine phijs.-chem. Abliamlliing. In Chem. Annalen von Cicll's, g 450. — ScHEBF (J.-F.). Briefe ûber die Gesimdheitswasser zu Meinberg. Lemgo, 1794. — PiEPENBRiNG. Untcrsuc/iiing des Meinberger muriat. Bilierwasscrs in P. Abandlung ûber die nucsten Bereitungsarten der Arzncimittel und einige andere Gegenstânde. Leipzig, 1795. — HuFELAND (G.-W.). Uebersicht, § 100. — Du même. Journal der prakt. Hcilk , Bd. LU, S. 4, 8, 122; Bd. LIV, S. 2, 8, 112, II TheiL — Gellhaus (F.-F.). Bemerkungen ûber die Mineralquellen zu Meinberg. Lemgo, 1820. — Clostermeïer (C). Die Eggestersieine im fûrstenhume Lippe. Lemgo, 1824. — Menke. In Aken's Isis, S. II, S. 1257-1825. — Brandes (R.). Arch. civ., Bd. XXXVII, S. 221. — Du même. Die Mineralquellen iiiul Schwefelschlanimbàder %u Meinberg. Lemgo, 1852. — Keferstein (Cli.). Deutscidandgeogn. geolog., Bd. II, S. 5, S. 504; Bd. III, S. 2, S. 182, 18G. — Osann (E.). Plujsikaliscli-medicinische Darstelhmg des bekannten HeilqiieUen der vorzûglichsten Ilinder Europa's. Berlin, 1852, in-8°, p. 780-786. — Helfft (H.). Handbuch der Balneotherapie, etc. Berlin, 1857, in-S", p. 87, 88, 505, 345, 344, 397, 439. — Seegen (Josef). Compendium der Speciellen Heilquellenlehre. Wien, 1858, in-8°, p. 588-391. II Abtheilung. A. R.
fSÈUESIk. Sous le nom de ^élœna, ^ilaiMo. -nônoi;, morhus niger, melcenorrhagia, Schwarze Krankheit, Schivarze Ruhr, les auteurs anciens et ceux du commencement de ce siècle paraissent vouloir désigner une maladie spéciale, une entité morbide, dont le caractère principal consiste dans la présence d'une plus ou moins grande quantité de sang mélangé aux matières expulsées par l'intestin. Cette présence du sang communique aux évacuations une coloration noirâtre, quelquefois tout à fait noire, d'où le nom de morhus niger, de melcena dont letymologie peut aussi venir de fii£)iav aè'^a (même radical que pour mélanémie) sang noir, maladie du sang noir. Le phénomène d'expulsion du sang avec les matières fœcales peut aussi, suivant ces premiers observateurs, être accompagné de vomissements bilieux, sanguinolents ou même quelquefois complètement sanglants. Dans leurs théories, le symptôme caractéristique de cet accident faisait un peu négliger l'étude des autres phénomènes concomitants, en sorte que, ainsi qu'il arrivait souvent dans l'ancienne clinique et qu'il arrive peut-être encore aujourd'hui, la cause se trouvait confondue avec l'effet, la maladie avec le symptôme.
A mesure que l'anatomie pathologique vint éclairer et rendre de plus en plus précis le diagnostic des maladies, on chercha à se rendre compte de cet écoule- 'ment de sang, à localiser son origine. C'est ainsi que, attribuant l'hémorrhagie tantôt à une lésion du foie, tantôt à une maladie de la rate, on décrivait alors le melnena sous les noms de fliixus hepatlcus, hepatorrhea, fluxus spleneticus, dysenteria splenetica. Néanmoins, quelle que fût la localisation de l'hémorrhagie que l'on admit, toujours acceptait-on l'existence d'une maladie nettement limitée, d'une entité morbide dans laquelle le principal symptôme consistait en écoulement du sang par les selles, phénomène accompagné de pâleur, de nausées, de vomissements, de syncope que l'on attribuait, non pas à l'hémorrhagie ellemême, mais bien à la maladie qui les a déterminés.
Âujourd'iiui, si l'on veut conserver le mot de mélœna, on ne saurait l'appliquer qu'à un phénomène symptomatiqne commun à plusieurs états morbides très-différents les uns des autres comme origine, marche, terminaison, mais qui, à différents moments de leur évolution, peuvent déterminer un écoulement de sang par l'oritîce rectal. Le mot de mélœna ne doit cependant pas être regardé comme synonyme d'hémorrhagie intestinale, d'entérorrhagie ; ces derniers termes doivent s'appliquer à l'hémorrhagie dont la source se trouve être la muqueuse de l'intestin elle-même ou les différentes tuniques de ce viscère, en excluant les hémor-
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rhagies dues à des organes voisins de i'intestin, ou à des tumeurs hémorrhoïdales situées à son extrémité inférieure, rectale.
Le mot de mélgena caractérisera donc essentiellement le symptôme : apparition du sang dans les selles. En présence de ce phénomène, le clinicien aura trois ordres de questions à résoudre : 1° constater la présence du sang ; 2'^ reconnaître les symptômes concomitants qui dérivent de l'hémorrliagie elle-même ; 5° rechercher le siège anatomique de la lésion qui a déterminé l'héraorrhagie, en déduire, ainsi que de l'ensemble des symptômes présentés par le malade, l'état morbide dont elle est une des manifestations extérieures et établir, d'après le tout, le pronostic aussi bien que certaines indications pour le traitement.
1° Dans un grand nombre de cas le fait de la présence du sang ne saurait être douteux ; le sang s'écoule abondamment par l'orifice rectal et sa quantité peut être si considérable que la mort même en soit la conséquence immédiate. Tantôt ce fluide sera tout d'abord mélangé aux matières alvines contenues dans l'intestin, ou même son écoulement sera précédé de l'évacuation d'une selle à peu près normale, tantôt il apparaîtra dès l'abord, avec tous ces caractères physiques qu'il est impossible de méconnaître. Le sang expulsé par l'intestin peut avoir séjourné un certain temps dans la cavité instestinale ; dans ce cas, il aura eu le temps de se coaguler en partie, de changer de coloration et de prendre une teinte plus foncée résultant d'un commencement de décomposition chimique ; mais, souvent aussi, l'expulsion succédant immédiatement à sa sortie du vaisseau, il appai'aîtra dans le vase, fluide, écumeux, en tout semblable à celui que l'on voit s'écouler d'une large plaie, lorsque des vaisseaux importants ont été divisés.
Lorsque le sang est pris en caillots, on voit ces derniers nageant au fond du vase dans un liquide brun jaunâtre, qui n'est autre que le sérum, déjà séparé de la fibrine et qui s'est mélangé'aux liquides intestinaux, en sorte qu'il n'a plus cette teinte citrine que l'on est habitué à lui voir dans le vase où l'on recueille le produit d'une saignée. Parfois le sérum a déjà été en partie résorbé, mais la présence des caillots sutfit pour lever tous les doutes ; c'est bien du sang que l'on a devant soi. Enfin, si le sang a séjourné très-longtemps encore dans l'intestin, il a pu subir un commencement de décomposition putride et les selles en acquièrent une odeur spéciale, repoussante, elles exhalent l'odeur cadavérique.
Le diagnostic n'est pas toujours aussi facile, surtout lorsque la quantité de sang expulsé est peu considérable. Il peut arriver que les selles paraissent tout à fait normales» moulées et aussi régulières que d'habitude, mais que les matières se présentent recouvertes d'un enduit noir, brillant, semblable à une sorte de vernis que l'on aurait appliqué comme au pinceau. En examinant de plus près, on voit alors que cet enduit ne recouvre que leur surface, que les parties intérieures du bol instestinal sont normales, par conséquent que le siège de l'hémorrhagie, si hémorrhagie il y a, est situé dans un point de l'intestin voisin de celui où les matières se sont moulées ; aussi les selles présentent-elles ce caractère dans les cas de cancer ulcéré de la partie inférieure du côlon descendant ou du rectum, dans les cas d'hémorrhoïdes internes ; il se fait alors une petite hémorrhagie à la surface de l'ulcération ou des bourrelets hémorrhoïdaux, ce sang n'étant pas en très-grande quantité reste sur place, se coagule ; les parties liquides sont, en partie, résorbés et lorsque le bol intestinal traverse cette partie de l'intestin, il se recouvre de cet enduit ; à son passage au niveau des spliincters, pour peu que ce bol soit un peu résistant, la pression musculaire fait pour ainsi
dire l'office de laminoir et étend comme un vernis la matière colorée sur le bol intestinal.
Il est bon de se rendre compte de ce mécanisme, car l'on a parfois contesté la nature de cet enduit noir brillant sur les matières fœcales, se refusant à n'y voir simplement que du sang plus ou moins altéré. Du reste, si l'on veut pousser l'investigation plus loin, l'on n'aura qu'à enlever avec soin la couche colorée, la traiter par l'eau distillée, puis soumettre ce liquide à l'examen microscopique et l'on ne tardera point à y reconnaître des globules de sang agglomérés, plus ou moins 'déformés cependant et frangés sur leurs bords, ainsi qu'il arrive toujours lorsqu'on examine du sang qui a subi déjà un certain degré de dessiccation.
Assez souvent, les matières alvines elles-mêmes ne présentent rien de particulier , mais les dernières portions expulsées sont plus ou moins recouvertes de sang et, au moment où les sphincters se contractent spasmodiquement, une petite quantité de ce fluide sera expulsée presque à l'état pur et viendra tomber dans le vase pour former une petite nappe au-dessus des matières fœcales. Ce mode d'expulsion du sang est fort commun, il se rattache le plus souvent à la présence d'hémorrhoïdes internes ou externes, quelquefois à celle d'un cancer ulcéré du rectum ; son mécanisme est des plus simples. Les surfaces ulcérées ou congestionnées, irritées par le passage des matières alvines durcies, par les contractions du sphincter interne sont le siège d'une petite hémorrhagie dont les produits ne peuvent s'écouler en même temps que le bol intestinal et qui, lorsque l'intestin devient libre, sont expulsées, souvent mélangées à du mucus.
Jusqu'à présent, nous avons envisagé pour ainsi dire les cas extrêmes, celui d'une hémorrhagie assez abondante, pour que le diagnostic ne puisse être douteux, celui d'une hémorrhagie légère, mais où la nature du sang est facilement reconnaissable. Il n'en est pas toujours ainsi, le sang n'est pas dans tous les cas si facilement reconnu au milieu des liquides auxquels il est mélangé. Pendant le cours d'une maladie grave, dans laquelle les matières alvines ont perdu leurs caractères normaux, et présentent à l'observateur des produits de sécrétions diverses, des débris de muqueuse intestinale, du pus plus ou moins altéré, le clinicien peut avoir un grand intérêt à rechercher si le sang ne s'y trouve point mélangé en nature. Dans ce cas, la coloration des matières alvines se trouve en général modifiée; elles prendront une teinte rosée, rose ou même rouge comme de la gelée de groseille (dysenterie), ou bien si elles sont assez denses et mélangées à des matériaux, plus épais que le mucus intestinal, elles présenteront des stries de sang, comme celles que l'on observe dans les crachats épais de certains phthisiques ou pneumoniques au premier degré ; enfin, elles pourront avoir l'aspect de raclure de chair (dysenterie grave), et le sang apparaîtra mélangé à des débris de muqueuse intestinale. Dans les cas douteux, il sera nécessaire de recourir à l'emploi du microscope, et, souvent, alors que l'examen ordinaire ne pourra permettre de reconnaître la présence du sang, on apercevra au milieu de cellules épithéiiales déformées, de débris de muqueuse, de corpuscules de pus ou d'autres produits, les globules du sang plus ou moins altérés et quelquefois tout à fait normaux.
Dans quelques cas de polychohe, d'ictère avec évacuations abondantes de bile par l'intestin, les matières alvines prennent une coloration brun foncé qui peut être confondue avec la couleur assez voisine due à la présence de sang altéré ; le microscope sera seul juge de la question. Dans certaines formes de dysenterie des pays chauds, les selles contiennent une grande proportion de sérosité, donnant par la chaleur et les acides un précipité abondant d'albumine; il ne faudrait point
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toujours conclure de là à la présence du sang, car précisément dans ces cas on ne retrouve qu'un petit nombre de globules sanguins, hors de toute proportion avec la quantité d'albumine. Il s'agit, dans ce cas, d'une lésion spéciale à la dysenterie et à quelques autres états morbides, le choléra par exemple, indépendants de la présence du sang dans les selles.
En résumé, lorsque l'aspect seul des matières alvines ne suffit point à déceler la présence du sang, le microscope seul peut résoudre la question et la préparation de cette petite expertise est des plus simples, de celles que tout le monde peut effectuer. On doit se souvenir seulement que lorsqu'on veut examiner un liquide dans lequel on soupçonne la présence du sang, que ce liquide provienne directement de l'intestin ou qu'il soit le produit du lavage des matières alvines, il est bon de le laisser déposer, de le décanter avec soin et d'en examiner les couches inférieures, car, en vertu de leur poids spécifique, les globules sanguins tendent à gagner le fond du vase.
2° Lorsque, par le fait de la rupture d'un vaisseau important, une quantité de sang vient à s'écouler par l'intestin, cette hémorrhagie est fatalement accompagnée de phénomènes généraux indépendants de l'état morbide, cause première de la lésion, et de phénomènes locaux dus à la présence de ce liquide dans la cavité intestinale.
Rien ne peut indiquer chez un malade qu'une hémorrhagie va se produire par l'intestin ; étant donnée la maladie, on peut prévoir ou craindre que cet accident ne se produise (fièvre typhoïde), on peut l'attendre comme un phénomène régulier de son évolution (fièvre jaune), mais on n'est point prévenu à l'avance du moment où cet accident devient imminent et le premier signe que l'on en a, n'est souvent autre que l'expulsion du sang. Néanmoins, avant cet instant, souvent le malade a perçu dans le ventre une sensation anormale, un sentiment de chaleur, de plénitude ; en même temps l'abdomen se tuméfie, en l'examinant le clinicien trouvera de l'empâtement, quelquefois une véritable tension et la percussion, donnant un son mat généralisé, prouvera bien que cette augmentation de volume n'est point due à un développement de gaz ; assez souvent, mais pas toujours, il y aura des nausées, quelques vomissements même, déterminés par des contractions sympathiques de l'estomac; les matières ainsi rejetées par les voies supérieures sont assez insignifiantes, ne représentant que le contenu de l'estomac, plus ou moins mélangées de bile si l'on se trouve dans le cours d'une maladie avec hypersécrétion biliaire.
La plupart du temps, l'intestin ne tarde pas à réagir contre ce contenu anormal, il entre en contraction et, si la première selle ne renferme que les matières alvines retenues dans la portion inférieure de l'organe, la seconde contiendra déjà du sang ; les suivantes seront tout à fait sanglantes. En même temps, si l'on consulte la température du malade, on la verra baisser fort rapidement ; dans les fièvres typhoïdes en particulier, on notera une dépression thermométiique de 1 à 2 degrés et plus dans l'espace de deux ou trois heures. Cette chute de la température, tout à fait irrégulière dans le cours d'une pyrexie, constitue même un moyen de diagnostic lorsque, ainsi qu'il arrive souvent dans les hémorrhagies de moyenne intensité, l'écoulement du sang ne se fait pas immédiatement à l'extérieur. Cette dépression thermique peut se prolonger quelques heures et ce ne sera qu'au bout de 36 à 48 heures que la température aura repris sa marche orthnaire. Cette réfrigération est, du reste, assez souvent perçue par le malade comme une sensation de bitu-être ; on voit en même temps les phénomènes généraux,
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le coma, le subdelirium disparaître, et l'observateur peut croire à une rémission àa processus morbide, tandis qu'il est, au contraire, en présence d'un accident souvent très-grave, toujours sérieux.
Si la perte de sang est suffisamment, forte, si l'écoulement se produit en grandes quantités, alors même qu'il ne fait point issue à l'extérieur, on ne tardera point à voir se produire les accidents dus à l'anémie aiguë : les éblouissements, la pâleur, le refroidissement profond, les sueurs profuses, la petitesse du pouls, les syncopes. Le malade peut, dans ce cas, succomber immédiatemeut par suite de la peite du sang, mais le fait est rare, la mort ne survient d'ordinaire qu'au bout de quelques heures, ou bien le malade tombe dans un état de prostration qui peut avoir l'influence la plus critique sur l'évolution de la maladie.
Lorsque l'hémorrhagie intestinale est fort abondante, et que le siège de l'écou- ' lement se trouve dans l'intestin grêle, alors même que la muqueuse stomacale n'est point le siège d'une liémorrhagie concomitante, le sang refoulé vers la partie supérieure de l'organe peut forcer l'orifice pylorique, remplir l'estomac, qui s'en débarrasse par vomissement. Ces cas ne sont point communs cependant, beaucoup moins certainement que le phénomène inverse, celui d'une gastrorrhagie, d'une hématémèse accompagnée de mélsena.
Les accidents généraux dus a l'hémorrhagie peuvent naturellement se produire quelle que soit la cause première de l'écoulement du sang, ils ne sont point liés à l'existence d'un état morbide grave antérieur. Les individus atteints d'hémorrhoïdes y sont assez facilement sujets ; pris, au moment de la défécation d'une de ces héraorrhagies foudroyantes, il n'est point rare de les voir tomber en syncope sans avoir quitté la chaise oii les maintenait un constant besoin de défécation. Cependant chez les hémorrhoïdaires, l'écoulement du sang n'a presque jamais une terminaison immédiatement grave ; en effet, quelle que soit l'étendue des varices intestinales, elles ne donnent point lieu à une perte de sang assez considérable pour menacer la vie, et la perte s'arrête généralement d'elle-même. Ils n'en est pas de même chez les cancéreux ; chez eux, en effet, l'ulcération peut avoir envahi un vaisseau important, une artère hémorrhoïdale, une veine dilatée comme elles le sont en général à l'entour des processus de cette nature et, si l'ouverture faite au vaisseau est suffisamment large ou s'agrandit encore par le fait de l'écoulement, si quelque caillot ne vient pas l'obstruer, si, de plus, le patient est déjà profondément anémié par la cachexie ou par des hémorrhagies antérieures, il peut courir, dans cette dernière scène, les dangers les plus graves, sa vie peut être compromise en quelques instants.
Nous n'insisterons pas sur l'influence que peuvent avoir ces hémorrhagies sur le cours ultérieur de la maladie qui les a déterminées, ce serait entrer dans l'histoire de chacune d'elles et nous écarter du cadre général où cette étude doit rester ; cependant on peut dire que, à l'exception des hémorrhagies hémorrhoïdales qui amènent un soulagement momentané et des hémorrhagies supplémentaires, toutes les autres ont une influence funeste sur l'évolution de la maladie en débilitant le sujet et en lui enlevant une partie de ses forces de résistance. L'anémie des hémorrhoïdaux elle-même, qu'amènent les hémorrhagies répétées, devient un élément grave dans l'histoire de leur affection et mérite toute l'attention du praticien.
Il est bien évident que, si les hémorrhagies abondantes qui peuvent se faire jour par l'intestin s'accompagnent de phénomènes graves, généraux ou locaux, il n'en est plus de même des hémorrhagies légères ; ces dernières passent souvent ina-
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perçues ou n'attirent l'attention que lorsque leur présence a été révélée par l'examen des selles.
3° Après avoir constaté la réalité du symptôme de mélaena, c'est-à-dire le fait de la présence du sang dans les matières rejetées par l'intestin, ou simplement après avoir acquis la conviction que la cavité intestinale renferme une plus ou moins gnnide quantité de sang, après avoir apprécié les phénomènes propres à cette hémorrhagie, le clinicien n'a acquis de la sorte qu'un élément de la question; il lui reste à rechercher, et c'est bien certainement le fait principal, quelle est l'origine de l'hémoirhagie, quel est le processus morbide qui en est la cause première. De la simple inspection des matières rendues, il peut déjà tirer quelques inductions. La quantité de sang, sou état de fluidité ou de coagulation, son degré d'altération, de transformation en matières demi-solides, lui apprendront s'il a devant lui les traces d'une hémorrhagie qui vient de se produire, ou si, au contraire, elle s'est formée sourdement, sans provoquer de réaction expulsive sur l'intestin; la dessiccation du sang, son aspect noir brillant, goudronné, appartienne :!t principalement au cancer ulctré du gros intestin, aux tumeurs hémorrhoïdales. Si le sang apparaît mélangé à du pus, à des débris de tissus, on en déduira l'existence d'ulcérations ou tout au moins d'un travail de régression en un point de l'intestin ou des organes voisins. Mais, sauf des cas bien particuliers, on ne saurait, par la seule inspection des matières rendues, arriver à un diagnostic sérieux, précis; il faudra consulter les antécédents du malade, l'interroger s'il est possible, reconstituer l'histoire de la maladie, en supposant que l'on n'a pas été à même d'en apprécier déjà les différentes phases, et que l'on n'a été appelé que pour constater le fait ultime, l'écoulement du sang.
Eu résumé, le clinicien doit procéder, dans son esprit, à un travail analytique, pour lequel besoin sera de se remémorer la série des états morbides oii l'intestin peut donner issue à du sang, et, comparant aux symptômes typiques de ces différentes affections l'ensemble des phénomènes présentés par le malade, il arrivera, par voie d'exclusion, à établir son diagnostic raisonné. En fait, dans une infinité de cas, et pour peu que l'on ait une certaine perspicacité, le diagnostic peut être établi plus rapidement, il saute aux yeux pour ainsi dire ; nous ne parlons pas ici des cas douteux, de ceux où il y a matière à discussion.
Les différents processus morbides dans lesquels on observe le mélsena peuvent, au point de vue clinique et par rapport à ce symptôme, être divisés en trois grandes classes : a. hémorrhagies survenant dans le cours d'une maladie dans laquelle les éléments anatomiques de l'intestin sont le siège d'une lésion morbide; b. hémorrhagies survenant dans le cours d'une maladie dans laquelle la lésion anatomique principale siège dans un autre organe que l'intestin, et situé, soit dans la cavité abdominale, soit dans la cavité thoracique ; c. hémorrhagies survenant dans le cours d'une maladie à lésion anatomique moins caractérisée, dans laquelle la constitution du sang a subi des modifications qui peuvent expliquer l'iiémorrhagie.
Cette classification est sans doute un peu arbitraire, comme toutes les classifications; certains cas d'une classe peuvent se rapprocher de ceux d'une autre; mais, si elle n'est pas mathématiquement exacte en tant que pathogénie, elle nous semble répondre surtout à l'idée clinique, et c'est à ce point de vue que nous devons nous placer.
a. En premier lieu, il est bien évident que, en dehors même des plaies pénétrantes de l'abdomen, les traumatismes violents, les coups portés sur les parois
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abdominales peuvent amener une rupture des vaisseaux si nombreux qui se distribuent à l'appareil gastro-intestinal, une rupture des parois des capillaires de la muqueuse de l'intestin. Ces cas sont communs dans la pratique de la chirurgie ordinaire aussi bien que dans la chirurgie de guerre ; l'expulsion du sang par l'intestin sera, pour le chirurgien, un précieux élément de diagnostic, et lui permettra quelquefois de supposer une déchirure de l'intestin, même s'il n'y a point eu rupture de la paroi musculo-cutanée, et cela avant que des symptômes trèsprécis aient eu le temps de se produire.
Dans un grand nombre d'alfections, la muqueuse intestinale est le siège d'une irritation qui, déterminant d'abord une congestion des capillaires, arrive plus tard à une période de son évolution où la muqueuse s'ulcère, soit isolément, soit conjointement aux autres tuniques de l'organe. Que l'entérite constitue à elle seule la maladie (entérite simple, entéro-colite), ou qu'elle accompagne une évolution plus complexe (fièvre typhoïde, dysenterie, choléra), elle s'accompagnera souvent d'hémorrhagie. Dans la fièvre typhoïde, les hémorrhagies intestinales constituent un épipliénomène fréquent de la maladie. Elles peuvent se montrer dès le premier septénaire, et sont généralement dues, dans ce cas, à un état dyscrasique du sang, mais on les observe plus souvent à la fin du deuxième, pendant le troisième et au début du quatrième septénaire. Elles reconnaissent alors pour cause soit la rupture des vaisseaux au moment où l'escliare se détache, soit la propagation de l'ulcération. Elles peuvent se produire dans les fièvres en apparence les plus bénignes, et, comme les perforations, elles surprennent des malades que le clinicien hésite à ranger même dans les cas de typhus aborlif. Le fait seul de l'hémorrhagie peut être un élément de diagnostic et dissiper l'incertitude qui existait encore. Nous avons déjà rappelé que, sous l'influence de l'hémorrhagie, il se produit assez souvent un abaissement de température notable et un amendement général dans les symptômes cérébro-spinaux ; cette amélioration peut même persister, et certains cliniciens, Graves, Trousseau en particulier, regardent l'hémorrhagie comme une crise souvent heureuse. Le fait, exact peut-être pour des cas légers, n'est point envisagé de la sorte par la majorité des auteurs ; Jeûner, Forget, Griesinger, s'accordent à admettre le phénomène inverse. On conçoit, du reste, que la perte de sang, pour peu qu'elle soit abondante et qu'elle coïncide avec d'autres hémorrhagies, indique tout au moins un état dyscrasique du sang, une tendance à la diffluence, puisqu'il ne se forme pas de caillots. Nous n'insisterons pas davantage sur ces faits, et pour les hémorrhagies dans la fièvre typhoïde, aussi bien que pour toutes les autres, nous renvoyons le lecteur aux traités spéciaux et aux articles de cet ouvrage où, pour chaque maladie, l'hémorrhagie intestinale se trouve décrite avec développements.
A côté des ulcérations de la fièvre typhoïde, on peut ranger cliniquement celles que l'on observe dans les cas de tuberculose intestinale ; elles en sont anatumiqiiement voisines, car, dans l'un et l'autre cas, ce sont les follicules qui en sont le point de départ. Ces ulcérations déterminent des hémorrhagies qui, plus encore que celles de la fièvre typhoïde, ont une influence funeste sur l'état ultérieur du malade, déjà profondément anémié, comme le sont les tuberculeux à la période des complications intestinales.
Dans la dysenterie, l'écoulement du sang constitue un des phénomènes les plus caractéristiques de la maladie, quoique l'hémorrliagie puisse être abondante sans que l'affection soit par elle-même très-grave ; la dijsenteria cruenta n'est pas fatalement l'une des formes les plus dangereuses de la maladie. En général,
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la coloration rouge des selles persiste pendant toute la période d'acuité de l'affection, mais elle varie singulièrement comme intensité. Au début, alors que la muqueuse est simplement congestionnée, ]es capillaires se rompent et cet accident donne lieu à la présence de sang à peu près pur dans les garde-robes; plus tard, lorsque de vastes ulcérations se sont produites, on constate encore la présence du sang, souvent en quantité moindre, mais mélangé à du pus, à moins que quelque gros vaisseau ne vienne à s'ouvrir. Dans l'entérite dysentérique des pays tempérés, l'hémorrbagie est souvent abondante, et cependant la maladie guérit Je plus communément, tandis que dans la dysenterie des pays chauds, qui amène la destruction bien plus profonde de la muqueuse et des parois intestinales, elle peut être assez modérée. Dans les formes chroniques de la dysenterie, les selles reprennent de temps en temps l'aspect mélanique, sans que l'on puisse toujours s'expliquer, a priori, l'arrivée comme la disparition de ce symptôme. Ces alternatives se rattachent assez souvent à la présence de varices hémorrhoïdales qui ne sont point rares à la suite de dysenteries prolongées, et dont on confond les produits hémorrhagiques avec ceux des ulcérations. L'erreur est d'autant plus facile qu'il existe une diarrhée persistante, rebelle, due à la transformation de la muqueuse intestinale qui ne s'est point encore reproduite. Néanmoins, en appréciant les faits avec soin, on pourra établir le diagnostic, surtout si l'on arrive, par l'e.xameu direct, à constater la présence des varices hémorrhoïdales; du reste, le malade, une fois sur ses gardes, distingue parfois lui-même les selles intestinales des selles sanglantes hémorrhoïdales.
Nous avons, à plusieurs reprises, soulevé cette question des hémorrhoïdes au point de vue des selles mélaniques; elles en sont, en effet, l'une des causes les plus communes, et paiibis le clinicien devra recourir à un examen méthodique pour bien en étabhr la réalité ; mais nous n'insisterons pas sur ce point, non plus que sur les cas des cancers du gros intestin, de polypes ou autres dégénérescences des parois; pour toutes ces affections, nous renvoyons aux articles spéciaux. Dans ces divers processus morbides, l'examen direct, s'il peut être entrepris, aussi bien que les commémoratifs, serviront à établir un diagnostic délinitif. L'invagination de l'intestin peut déterminer dans les selles la présence du sang, mais au début l'hémorrhagie sera peu abondante ; elle s'explique par la congestion locale, par l'arrêt de circulation , plus tard, par l'ulcération de la muqueuse autour de l'étranglement ; il en est de même des corps étrangers dont le diagnostic sera plus que douteux, à moins que le corps ne soit facilement reconnu par l'extrémité inférieure de l'intestin, ou que le malade indique lui-même la source probable de ses souffrances.
Les hémorrhagies intestinales que l'on observe chez l'enfant reconnaissent, en général, pour cause, l'un des processus morbides déjà cités, l'entérite et ses diverses formes, les invaginations. Elles peuvent également s'expliquer par la congestion des veines intestinales consécutive à un trouble physique de la circulation pulmonaire, ou par l'état particulier du sang qui constitue la lésion principale de l'affection connue sous le nom de pourpre hcmorrhagique. Mais ces divers processus morbides doivent être rangés dans les deux classes de maladies dont il nous reste à voir l'influence sur l'hémorrhagie par la voie de l'intestin.
b. La muqueuse intestinale peut être le siège d'hémorrhagies dont la cause première, déterminante, est en dehors de cet organe; c'est ainsi que les plexus veineux si riches, qui se distribuent à la muqueuse, peuvent être le siège de congestions allant jusqu'à la rupture par suite d'un obstacle supérieur porté au libre
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écoulemenl du sang. Dans les affections chroniques du foie en particulier, dons le cancer, la cirrhose, l'atrophie aiguë, la compression du tissu hépatique par des abcès volumineux ou des kystes hydatiques, il n'est point rare de voir survenir d'abondantes héniorrhagies mtestinales qui n'ont point d'autre cause; elles seront assez généralement accompagnées d'hématémèse. Différents processus morbides amènent fatalement une stase dans la circulation de la veine porte, une oblitération même de ce vaisseau, d'où la congestion extrême de tout le système veineux intestinal. 11 en sera de même, mais plus rarement, d;ms les stases sanguines accompagnant les affections du poumon, du cœur, quoique, dans ces cas, la congestion passive soit moins directe, puisqu'elle porte sur les veines caves inférieure et supérieure ; cependant le fait s'explique, et il a été observé. Concurremment à la dégénérescence amyloide du foie, les vaisseaux capillaires de l'intestin peuvent être le siège d'un processus analogue qui diminue la résistance de leurs parois et détermine leur rupture, d'où hémorrhagie.
L'hémorrhagie dont le siège principal a lieu sur la muqueuse stomacale, la gastrorrhagie, se fait en général jour aussi bien par l'intestin que par l'oesophage ; il peut même arriver, et nous avons observé des cas de ce genre, que la distension des parois stomacales par le sang amène l'oblitération momentanée de l'orifice cardiaque (par exemple, présence d'une tumeur cancéreuse au niveau de la petite courbure) ; lout le sang est alors refoulé dans l'intestin, sans que les contractions de l'estomac puissent amener le vomissement. Dans ces cas, la présence du sang dans l'estomac peut être d'ordinaire reconnue par l'examen de la région, la percussion ; cependant le diagnostic peut offrir momentanément quelques incertitudes que l'étude des commémoratifs, et, plus encore, la marche ultérieure de la maladie rendront plus précis. 11 en est de même de l'ingestion dans l'estomac de sang provenant des organes respiratoires, du poumon, delà muqueuse nasale; à la suite des épistaxis ou des hémorrhagies un peu abondantes, les selles prennent facilement le caractère mélaenique.
Il est fort rare que des tumeurs anévrysmales viennent s'ouvrir dans la cavité de l'intestin ; cependant on conçoit qu'il en puisse être ainsi, que des tumeurs aient contracté des adhérences avec l'intestin, et que, au moment deleurrupture, le sang se fasse issue par cette voie. En revanche, il est plus commun de voir ce phénomène se produire dans les cas de phlegmons des fosses iliaques, d'abcès du foie ; la quantité de sang sera quelquefois fort abondante, mais ce liquide sera mélangé à du pus. L'héraatocèle péri-utérine, les tumeurs ovariques peuvent également se souder à l'intestin, s'ouvrir dans cet organe, et leurs produits se rencontrer dans les selles.
c. On admet généralement que les sujets pléthoriques sont exposés à des hémorrhagies intestinales passives, résultant de la congestion permanente des vaisseaux. Nous ferons remarquer que les individus pléthoriques sont, en général, des gens portés à faire excès de nourriture, à surmener pour ainsi dire leur appareil digestif; de là naissent des embarras circulatoires, des stases sanguines qui retentissent jusque sur les vaisseaux hémorrhoïdaux, y développent des varices et, finalement, des ruptures vasculaires. Les hémorrhagies supplémentaires, critiques, que l'on observe chez la femme, s'expliquent de la mê.ue manière; à l'époque du flux menstruel, tout le système veineux du bassin est fortement congestionné, et, si l'écoulement ne se fait p«int par l'appareil génital, il n'est point surprenant que les veines hémorrhoïdales se rompent sous l'effort. C'est encore un phénomène mécanique de stase sanguine, la composition nnatomique