ÉL^NA
du sang n'y joue qu'un rôle fort secondaire, car il est difficile d'admettre que l'augnienlation des principes solides du sang, des globules, de la fibrine, puisse, à elle seule, déterminer une rupture vasculaire.
Il est toute une classe d'hémorrhagies que l'on admet généralement comme dues à l'altération du sang; ce sont celles qui accompagnent certaines intoxications, la fià\'re jaune, le choléra, le typhus exanthématique et la fièvre récurrente, les fièvres pernicieuses (forme dysentérique), le scorbut, le purpura (maladie de Werlhof). Dans le cours de ces diverses affections, qu'elles soient dues à l'introduction dans l'économie d'un principe toxique spécial, ou qu'elles soient le résultat d'un trouble nutritif, l'altération du sang est manifeste, elle varie évidemment suivant chaque cas particulier, quoique l'hématologie pathologique soit encore loin de nous fournir, à ce sujet, des indications suffisantes; mais admettra-l-on que le sang puisse filtrer en nature à travers les parois intactes des vaisseaux? Pour le sérum, il en peut être ainsi ; mais, quelles que soient l'altération et la diminution des principes fixes, de l'albumine, de la fibrine, des globules, des sels, il en reste cependant une notable proportion ; il paraît plus vraisemblable d'admettre que, dans ces différents processus, les parois des vaisseaux subissent un degré notable d'altération nutritive, analogue à celui que présentent tous les autres tissus; d'un autre coté, l'incitation nerveuse étant profondément troublée, les parois vasculaires ont perdu leur tonicité, elles résistent moins à la pression du sang, et, pour peu qu'envaliies par une dégénérescence graisseuse ou amyloïde, elles finissent par se rompre, le sang s'écoulera librement à l'extérieur.
On le voit, la classification que nous admettons dans les hémorrhagies qui peuvent se faire jour par l'intestin pourrait être réduite, car les hémorrhagies par altération du sang n'ont en définitive lieu qu'à la suite de dégénérescence consécutive des vaisseaux, de ruptures vasculaires. La fragilité des parois, qui est congénitale dans l'hémophilie, se rencontre morbidement dans les affections accompagnées de dyscrasie sanguine.
Dans toutes les maladies qui en résultent, le clinicien pourra donc rencontrer dans les selles le caractère méloenique, et l'observation seule des phénomènes concomitants ou antérieurs le mettra sur la voie du diagnostic précis.
En présence d'une hémorrhagie se produisant par la voie intestinale, quelle devra être l'attitude du clinicien ? Elle dépend essentiellement de la cause première de l'hémorrhagie, et l'on ne saurait guère tracer de règles générales à cet égard, car il est en tace d'un phénomène complexe, l'hémorrhagie d'abord, la maladie en second lieu ; telle médication qu'il est tenté d'opposer à la première sera nettement contre-indiquée par la seconde. En dehors des moyens simples, de la position, du repos, etc., il de\Ta donc, avant d'intervenir, se rendre compte delà cause première, afin de la combattre s'il est possible, et de modifier son traitement suivant les cas.
Si cependant l'hémorrhagie paraît fort abondante, de nature à compromettre rapidement la vie du malade, il ne devra tenir compte d'aucune considération et ne s'occuper que du phénomène immédiatement dangereux. D'une façon générale, la réfrigération par apphcation de glace ou de linges imbibés d'eau glacée sur les parois intestinales constitue un moyen aussi simple que précieux. Les divers agents qui peuvent amener la coagulation du sang, la formation d'un caillot obturateur du vaisseau lésé, le perchlorure, le persulfate de fer, les acides minéraux, les astringents, agiront d'autant mieux qu'en les administrant par les voies digestives ou peut espérer les faire arriver jusque sur le siège même de
MÉLAINE. 543
l'hémorrhagie ; les injections intestinales seront indiquées si l'écoulement paraît venir du gros intestin. On peut aussi, s'il y a de violentes contractions intestinales qui semblent augmenter l'hémorrhagie, chercher à narcotiser l'intestin par le moyen des opiacés à l'intérieur en administrant des lavements répétés, mais fort peu volumineux, comme ceux que l'on conseille dans l'hémorrhagie utérine. L'hémorrhagie une fois arrêtée, on devra chercher à éviter sa reproduction en maintenant le malade dans un repos absolu, en le plaçant dans une atmosphère fraîche, en éloignant des parois abdominales toute source de chaleur, particulièrement en supprimant les cataplasmes, dont on a trop généralement l'habitude de couvrir le ventre des typhiques.
Du reste, la thérapeutique doit essentiellement varier suivant les cas spéciaux ; nous ne saurions y insister ici plus longuement; elle sera mieux traitée dans l'histoire particulière de chacune des affections que nous avons signalées comme pouvant donner lieu au phénomène de mélsena. G. Morache.
nÉLiEKAGOGVES [melœnagoya, de pûaç, noir, et «yw, je chasse), nom donné jadis aux médicaments que l'on croyait propres à expulser l'humeur noire, atrabile ou mélancholie.
Ce mot impliquait, en principe, une double erreur : d'abord l'existence d'une bile noire comme cause de certaines maladies ; et ensuite la propriété spéciale, inhérente à certains évacuants, d'expulser cette humeur hypothétique. La théorie galénique des humeurs cardinales, dont l'atrabile faisait partie, concordait du moins en quelques points avec les modifications de couleur que la bile peut présenter; ainsi, dans des cas d'hépatite aiguë et d'ictère grave, j'ai vu la bile, rejetée par les vomissements, tout à tait noire, et ressemblant physiquement aux déjections de la fièvre jaune, lesquelles, d'après Dutroulau, sont exclusivement constituées par du sang altéré. Ainsi encore plusieurs flux bilieux intestinaux affectent des teintes brunes plus ou moins toiicées. Mais il n'existe aucune substance apte à faire évacuer électivement la bile noire ou d'autres produits d'aspect physique analogue. Les évacuants vomitifs ou purgatifs débarrassent également l'organisme des surcharges de bile de toute qualité et de toute nuance, et ceux qui provoquent plus spécialement la sécrétion hépatique, sont les cholagogces (voir ce mot). Il n'y a donc jamais eu aucun motif plausible de distinguer les mélœnagogues de ceux-là. Les uns et les autres étaient, d'après les anciens, des purgatifs d'origine végétale, doués de propriétés plus ou moins drastiques. Les observations modernes ont démontré que ces purgatils doivent généralement leur action cholalogue à des principes résineux, et qu'il en est, en outre, fournis par le règne minéral, qui ont le même mode d'action ; tels sont les composés à base de magnésium, de manganèse, de mercure, et surtout parmi ces derniers le calomel. Celui-ci, qui non-seulement surexcite la sécrétion biliaire, mais encore lui donne une coloration verte plus ou moins foncée, aurait pu seul, à cause de ce phénomène inexpliqué, passer pour une espèce de mélsenagogue. D, de Savignac.
MÉLilLGRE. (De ij-iloç membre, et «.ypa. douleur). Ce nom a été donné à la douleur générale des membres. On a signalé particuhèreraent la mélagre des femmes en couches : Melagra parturientium.
MÉLAGllETTE. Synonyme de Maniguette {voy. ce mot).
IMÉLAIIVE. Substance contenue dans la sépia, sécrétion particulière projetée
-U MÉLALEUQl'K
par la sèche à l'approche d'un danger, afin derendrel'eau opaque. Ellese précipite en même temps que des carbonates de chaux et de magnésie lorsqu'on délaye la sépia dans l'eau.
On l'obtient pure en lavant le produit successivement à l'eau, à l'alccol, à l'acide chlorhjdrique et au carbonate d'ammoniaque. La mélaine ne se dissout que dans l'acide suU'urique concentré, la potasse caustique concentrée. Les acides lareprécipitent de cette solution brune. P. Schctzenbeeger.
MÉLAIiErQfE. Melaleuca L. Genre de dicotylédones, appartenant à la famille des Myrtacées, tribu des Leptospermées. Les Melaleuca sont des arbres ou des arbustes de la Nouvelle-Hollande, ou plus rarement des iles de l'archipel Indien. Leurs feuilles sont alternes ou opposées, raides, entières, égales à la base. Les fleurs sont sessiles, quelquefois en partie incrustées dans les rameaux; elles naissent soli'aires à l'aisselle de iractées caduques, et forment vers l'extrémilé des rameaux des épis plus ou moins allongés. Ces fleurs ont un calice gamosépale, adhérent à l'ovaire, à cinq divisions; une corolle à cinq pétales ; un nombre considéiable d'étamin£s, soudées en cinq faisceaux opposés aux pétales ; un ovaire triloculaire, contenant plusieurs ovules dans chaque loge. Aux fleurs succède une capsule adhérente au tube du calice persistant et épaissi. Ce fruit triloculaire s'ouvre en trois valves, à son sommet seulement; chaque loge de la capsule contient un certain nombre de graines exalbuminées.
Les feuilles des Melaleuca contiennent des glandes remplies d'une huile essentielle, qui donne à la plupart une odeur aromatique et les font parfois employer en guise de thé. Le Melaleuca genistifolia Smith, plante de la Nouvelle-Hollande à feuilles alternes, linéaires, lancéolées, planes, marquées de trois nervures longitudinales, est nommée en Austrahe Withe Tea Tree, ou encore Thé de la Nouvelle-Galles, et employé en infusions théiformes stimulantes. Mais les espèces qui sont surtout connues par l'abondance de leur huile essentielle sont les Melaleuca minor, Smilh, M. Leucadendron L. et M. viridiflora Goertn.
Le Melaleuca minor, Smith (il/. Cajaputi, Roxb.) est un arbuste dont le tronc, noirâtre à la base, est recouvert plus haut de couches nombreuses, superposées, de tissu cortical blanchâtre, comme les bouleaux de nos forets. De là le nom de Melaleuca {arbre noir et blanc), donné au genre tout entier. Les jeunes rameaux sont bruns et couverts de villosités. Les feuilles sont alternes, elliptiques-lancéolées, atténuées à leurs deux extrémités, à trois ou cinq nervures. Les fleurs sont blanches, à anthères jaunes; elles sont placées à une petite distance les mies des autres et forment par leur ensemble un épi subtenninal.
Cette plante est i'Arbor alba minor Cajaputi de Rumphius. Elle croît à Amboine et dans les îles de l'archipel Indien, sur les points peu éloignés de la mer. Elle porte dans le pays les noms de Caju-Kibe et de Caju-puti (c'est-à-dii'e Arbre blanc); d'oij nous avons fait Cajeput. C'est de ses bourgeons et de ses feuilles qu'on retire par distillation l'huile connue sous le nom de Huile de Cajeput {voy. ce mot).
Cette huile est fournie également -par une espèce voisine le Melaleuca Leucadendron L., qui s'en distingue par sa plus grande taille, par ses feuilles plus larges acuminées et par ses jeunes rameaux blancs et glabres , comme le calice des fleurs. Cette espèce est le Caju-puti des Moluques et des iles voisines de l'Inde orientale.
Quant au Melaleuca viridiflora Gœrtn., il croît à la Nouvelle-Holh.nde cl à la
MELAMPYRUM. 345
Nouvelle-Calédonie, où il porte le nom de NiaouU ou Niauli. C'est un arbre à feuilles elliptiques lancéolées, aiguës à cinq nervures ; dont les fleurs rapprochées les unes des autres forment un épi dense. Cette espèce donne dans la Nouvelle- Calédonie une huile essentielle analogue à celle de Cajeput, qui paraît avoir donné de bons résultats contre les rhumatismes chroniques.
Rtijipiiius. Herb. Amhon. II, pag. 72 et 74, tab. 16 et 17. — Ijxxée. Mantissa. — Gartner. De fructibus. I, 175, pag. 55. — Endlicher. Gênera Plant., 0298. — De Caxdolle. Prodronnts, III, p. 212. — Bentham et Hooker. Gênera Plant., I, 705. — Guibourt Drogues simples Ù' édit., III, 278. — Garnault. Journal Pharm. et Chimie, j" série, XXXIX, 519.
Pl.
MÉLAM (€®Âzi^U^ ou €^Âz''H^), produit secondaire de l'action de la chaleur sur le sulfocyanure d'ammonium.
On chauffe ce sel dans une cornue, le résidu est repris par l'eau froide d'abord, puis par l'eau bouillante qui dépose par refroidissement le mélam sous forme d'une poudre blanche insoluble dans l'eau froide, l'alcool et l'éther.
Par une ébullition prolongée avec les alcalis caustiques, le mélam se change en mélamine et amméline.
La chaleur décompose le mélam en mellon et hydromellon. P. Sch.
mÉLAMlKE (€^Az®H^). Syn. Cyanuramide alcali bomère de la cyanamide.
Se produit : 1° lorsqu'on chauffe ce dernier corps à 150 ; 2° par l'action de la pelasse boudlante sur le mélam. Elle se présente sous forme de gros cristaux incolores, peu solubles à froid, plus solubles à chaud dans l'eau ; insolubles dans l'alcool et l'éther.
Elle forme avec tous les acides des sels bien caractérisés.
Les acides concentrés la transforment pari' ébullition en ammoniaque, amméline, ammélide ou acide cyanurique. P. Sch.
]nELAmPODlU]n. Le nom de Melampodiiim a été donné par les anciens à VHellebore noir du genre Helleborus (voy. Hellébore).
En outre, Linnée a appliqué cette dénomination à un genre de la famille des Composées, de la tribu des Senécionidées, qui renferme des plantes américaines, herbacées ou sous-frutescentes. Ces plantes n'ont pas d'intérêt médical. L'une d'elles Melampodium humile Swartz, qui croît aux Antilles donne, d'après Swartz, des graines suspectes, qui sont un poison pour les poules.
Linnée. Gênera, 989. — De Canbolle. Prodromus, V, 517. — Esducher. Gênera, 2478. — ?)\vk^ti. Flora îndiœ occidentalis, III, 1570. Pl.
SIÉLAIHPYRIIVE OU MÉLAMPÏBITE. Syn. de Dulcite {voy. Dulcite).
MELAMPÏRIJM Toumefort. Genre de dicotylédones appartenant à la famille des Scrophularinées. Étabh par Tournefort, ce genre a été admis par Linnée et les botanistes qui l'ont suivi. Il comprend des plantes annuelles, à feuilles opposées, entières, devenant au sommet de la tige des bractées florales dentées ou pinnatifides. Les fleurs, disposées en épis feuilles terminaux, ont un calice tubuleux campanule à quatre dents ou à quatre divisions disposées en deux lewes ; une corolle bdabiée, dont la lèvre supérieure est en forme de casque latéralement comprimé ; quatre étamines didynames. Le fruit est une capsule, biloculaire, ovoïde, acuminée, s'ouvrant en deux valves loculieides. Chaque loge contient une ou deux graines, marquées d'un hile latéral.
546 WÉLANCOKIÉES.
Les Melampijritm sont des plantes de l'Europe moyenne et méridionale. Elles croissent dans les moissons et les bois. Quelques-uns sont un bon fourrage: le Melampyrum pratenseL., le M. Sylvaticiim donnent, d'après Linnt'e, une couleur jaune au beurre des animaux qui en mangent. Le Melampyriim arvenseh., est surtout recherché par les bestiaux : aussi porte-t-il le nom de blé de bœuf, blé de vache. On l'appelle aussi rougeole, queue de renard. C'est de tous les Melamptjrum le plus intéressant, celui qui répond à l'ancien M£)>âu.7:upo-j de Théophraste. Il croît dans les moissons, et plus spécialement dans les terrains calcaires et marneux. Il a de trois à ainq décimètres de haut, des Heurs en épi cylindrique, des bractées lancéolées pinnatifîdes , un calice à 4 ou 5 dents lancéolées terminées par une longue pointe sétacée. Les graines, solitaires dans chacune des loges de la capsule, sont grosses, de couleur noire d'oîz le nom de Melampyrum (//î),a;, noir — TTupov, blé) ou hlé noir donné à ce genre. Ces graines sont souvent mêlées au blé ; et lorsqu'elles ont été moulues avec lui, elles donnent au pain une couleur rouge violacé, et même si elles sont en grande quantité, une saveur amère. Elles ne sont, du reste, pas nuisibles. Les auteurs anciens attribuent même à sa poudre des propriétés réconfortantes, capables de combattre la stérilité.
TouRNEFORT. Instifut'tones, "JS. — Linnée. Gênera et Species, 742. — E\dlicher. Gênera. 4018. — liE Caxdolle. Flore française, III, 485. — Grenier et Godron. Flore de France, II, C20. — Théophraste. Hist. Plant., VIII, 6. — Spbengel. Histor. Rei herbar. I, 96. — Mérat et De Lens. met. Mat. média., IV, 284. Pl.
MÉLAIVCOLIE [voy. LypémaNIe).
MÉLANCOIKIÉES (du genre Melanconium) . C'est un des groupes que forment ces innombrables petits champignons punctiformes qui se développent sous l' épidémie des feuilles ou des rameaux des plantes, ou mortes ou déclinant. Cette petite famille est une des six qui composent l'ordre des Coniomycètes (zôviç, poussière; pjzoç, champignon). Gomme c'est un groupe de transition assez mal et diversement délimité par les auteurs, nous devons, pour faire saisir ces divergences et les limites qui lui sont assignables, dire les caractéristiques comparées des familles voisines.
Les Coiiionijcëtes dont ils font partie comprennent les petits champignons {ordinairement microscopiques) dont la végétation est presque réduite à la production de corps reproducteurs appelés, suivant les auteurs : spores, stylospores, clinospores et à celles de cellules allongées {cUnodes Lév., styles Tul.) au sommet desquels ils se rencontrent d'abord, et chez lesquels le mycélium (organe nourricier), les supports (fils ou hyphes, réceptacle et hyménium), les enveloppes propres et protectrices {péridium, conceptacle ou pénthèce, etc.), sont à peine discernables et en tout cas confondus et souvent effacés; de là leur nom de champignons-poussières.
Cependant, parmi ces champignons, il y en a qui sont vraiment parasites, et n'apparaissent que sur des plantes pleines de vie et de sève; ce sont les jEcidiœ ou ÉciDiÉES, les anciennes Urédii\ées ou Cœomacées, et les Pccciniées {voy. ces mots) ; d'autres viennent exclusivement sur les plantes ou organes (feuilles et fruits) ayant vécu ou déclinant ; telles sont les Tordl.4Cées, les Sphéronémées et les Mélanconiées (î)o^. ces mots).
Mais les Torulacées se distinguent de suite par leur habitat superficiel; c'est à la surface nue, sur V épidémie même qu'elles fructifient, tandis que c'est dans la profondeur des tissus sous-épidermiques que les Sphérouémées et les
MELANCONIEES. 347
Mélanconiées se développent d'abord et forment leurs spores qui ne peuvent se répandre au dehors que par la déchirure de l'épiderme. 11 ne reste donc maintenant qu'à établir ce qui distingue les Mélanconiées des Sphéronémées.
Dans les Sphéronémées incontestées, les spores et les cellules, au bout desquelles elles apparaissent et qui les portent d'abord, sont encloses dans une sorte de petite boîte arrondie, à parois épaisses, souvent charbonnées et propres au champignon ; bieii distincte du tissu du végétal nourricier, libre, c'est-à-dire pouvant en être séparée sans dégât, ayant souvent la forme d'une petite bouteille, d'un très-petit pépin de raisin et s'ouvrant régulièrement au sommet par un pertiiis arrondi ou ostiole au travers duquel les spores, soit sèches, soit agglutinées dans un mucilage, sont rejetées au dehors. Bans les Mélanconiées incontestées, cette enveloppe propre, ou fait défaut, ou est indistincte, parce qu'elle est plus ou moins connée et confondue avec le parenchyme tassé, épaissi de la plante nourricière ; quelquefois cette enveloppe est seulement incomplète, n'étant représentée que par un disque ou slroma basique; enfin quelques auteurs, comme Bonorden, ont agrandi beaucoup ce groupe (Némasporées de Bonorden), en y adjoignant encore les espèces dont le péridium est mince et membraneux (sacculus).
On conçoit combien la présence d'un péridium imparfait, ou incomplet, ou trop mince pour être bien distinct et mériter le nom de périthécium (étymologiquement fort mauvais, puisque dans les Sphéronémées il n'entoure pas les thèques qui n'existent que dans les Sphériées vraies), laisse flottante la limite qui sépare les Mélanconiées des Sphéronémées, surtout quand il s'agit d'anatomie microscopique. Il en résulte que, suivant les auteurs, le groupe des Mélanconiées comprendra ou exclura certains genres, ou encore mal connus ou intermédiaires.
En outre, nous devons mentionner un point de physiologie que nous traiterons plus généralement à l'article Champignon, et plus particulièrement à l'article Sphéronémées ; c'est que ces formes {Mélanconiées et Sphéronémées) paraissent aujourd'hui n'être qu'une des phases primaires du développement de Sphériacées [voij. ce mot) caractérisées par la production à'ascopores (spores libres de toute attache développées dans une asce ou thèque). Cependant nous dirons pourquoi nous croyons que, pendant bien longtemps encore, sinon toujours, il y a lieu de conserver, dans la taxonomie systématique, ces groupes des formes primaires.
Ces préliminaires posés, nous acceptons le groupe ou famille des Mélanconiées tel qu'il a été délimité par Berkeley et adopté par Cooke, en mentionnant seulement quelques-unes des modifications proposées par d'autres.
Les Mélanconiées comprendront tous les petits champignons clinosporés (Lev.), punctiformes, se développant d'abord sous Vépiderme des plantes ou des organes (feuilles et fruits), ou morts, ou défaillants, loges dans h vacuole que le petit fnngus se fait lui-même en refoulant, tassant les tissus de la plante nourricière, mais sans péridium ou périthécium propre, libre, manifeste ; les spores, ou plutôt stylospores (Tul.), développées d'abord au sommet de petites cellules plus ou moins grêles, allongées, pressées, tapissant les parois de la vacuole et formant à la fois le stroma, quand sa base est épaissie, et le corps hyménial du petit fungus. Ces spores se détachent ensuite, et, libres, pulvérulentes, elles sont expulsées au dehors par les progrès de la végétation et par la rupture, le plus souvent irrégulière, de l'épiderme ; mais plus souvent encore, chez les Mélanconiées, le corps hyménial lui-même se ramollit et constitue un magma glutineux, qui se répand au dehors, soit en une petite masse informe et visqueuse, soit, s'i.
548 MÉLANCONIÉES
est plus épais, en petit cirre vermiforme. De ces formes diverses, une division des genres en trois groupes :
A. Genres qui répandent au dehors leurs spores en une masse glutineuse et ordinairement noire ou noirâtre :
1. Melanconidm Lk. {/j.ily.;, noir), dont les spores, ovoïdes, noires et simples, sont entraînées au dehors avec une matière noire, visqueuse, se répandant sur l'épiderme soulevé et rompu; on peut citer : M. bicolor Nées, ou bctuUnum Tusl., petites pustules noii'es, coniques, irrégulières, dont la coupe est remai'quable par le stroma central blanc, épais, conique, qui, se levant du fond de la vacuole, pousse le magma noir (delà bicolor), rompt l'épiderme, etc. Ce serait, d'après M. Tulasne, une forme primaire (forme conidienne" de la Sphériée Valsa leucostoma. Commun sur les rameaux du bouleau. M- sphœrospennumlk., à spores globuleuses et stroma nul, sur Arundo plira(jmites, etc. M. maqnitm Berk., sur rameaux de noyer et de charme. Selon M. Tulasne, la plupait de ces espèces de Melanconium serait des phases primaires du développement des Sphériées du genre Valsa.
2. Stegonospoiuoi Cda. (TTÎyu;, caché, bien clos). Spores à épispore uniloculaire, mais dont l'endochrome (le contenu coloré) est divisé en cellules, magma sporophore se répandant au dehors en une niasse noire, exemple : St. cellulosum Cda. Spores pyriformes allongées. Sur branches mortes.
5. Stilcospora Pers. (ffTtiêo?, brillant). Stroma presque nul; spores septées, se déversant dehors en une masse noire; automnale; exemple : St, ovata Pers. Spore ovée, triseptée, à cloisons quelquefois effacées. Sur branchettes mortes. — St. atigitsta Pers. Spores cylindriques, 4 à 5 lois septées. Sur Cornus sanguinea. — St. macrosjKrma Pers. Spores ovales, oblongues, quadriseptées. Regardé comme l'état conidique de Spheria inquinans. Sur branches de chêne.
4. AsTERospoRiuM [':/.r:Tr,p, étoile). Spores étoilées, septées; suintant en masse noire. Exemple : Ast. Hoffnianni. Stroma floconneux ou grumeux; spores stellées et septées, brunes ou légèrement colorées. Sur branches de hêtre.
5. Cheirospora F. {y/^ip, main, poignée, paquet). Berkeley place encore ici cette petite trértielloïde punetiforrae qui vient sur les rameaux de hêtre et de lierre; mais, à consulter les figures et descriptions de Corda (v. III, fig. 89) et celles de Cooke, p. 472, on ne voit pas que cette espèce soit sous-épidermique, et alors sa place ne serait pas ici? Petits points noirâtres, gélatineux, qui, sous l'objectif, se décomposent en un grand nombre de sporopbores semihyalins, à têtes capitées et formées par une agglomération de petites spores ovalaires, enveloppées d'une matière gélatineuse. C'est sans doute le Radosporium diffusum de Chevalier, qu'il a trouvé sous l'écorce de branchettes de chêne.
B. Némasporées ou genres dans lesquels les vacuoles, servant de conceptacles, enfin emplies, gonflées, et regorgeant d'une pulpe épaisse, mucilagiiieuse et mêlée aux spores, se vident en cuxe vermiforme (et non pas cirrhe ; cirt'îis, boucle de cheveux, Littré) .
La nomenclature et la classification des nombreuses espèces constiluaiit ce groupe sont aujourd'hui dans un inextricable chaos; non-seulement il n'eu est guère qui n'ait été placé successivement par les auteurs dans les petits genres créés ou remaniés par eux : Libertella, Myxosporium, Nemaspora, Glœosporium, Leptothyrium, etc. ; mais encore la caractéristique de chacun de ces genres varie avec chaque auteur ! Il n'est donc guère possible de sortir de ce gâchis; aussi nous nous décidons à revenir aux Némasporées de Person (vÂ^ua, fil, cordon), pour toutes ces espèces, d'ailleurs très-voisines, caractérisées par des spores simples (quelquefois de deux formes, ce sont les seules némasporées de Berk.), ovoïdes, ou filiformes, ou en massue, droites ou courbées, punctuées ou lisses, mais ayant toutes pour caractère commun de se vider en formant un cirre. Dans les Némasporées, nous n'admettons avec le genre Nemaspora, à cirres teintés, que le genre Glœosporiuni, créé par Montagne, pour toutes les espèces à cirres hyalines, translucides.
6. Nemaspora, comprenant toutes les espèces dont le cirre est coloré ou noir (mais non hyalin). Nem. crocea P. et Berk. Nucleus pâle ; spores à la lin courbées, très-menues, filiformes et orangées, avec cin-e concolore. Commun, en hiver, sur les bûches de hêtre.— i\'e/«. rosceDesm.,
MÉLAMGONIÉES. 549
BerU. Spores courbées en demi-cercle, très-menues, orangées. —?iem. orbtculare'Bev]i. (Myxosporium pour Berk). A spores pâles, rouges, vineuses, très-petites, sortant en cirres très-fins, sur les fruits des cucurbitacées. — Nem. incarnata Kz. et Kx. Spores ovoïdes, ponctuées à leurs extrémités, incarnat, sortant en cirre, sur l'écorce des branches tombées de peuplier.
7. Glœosporium Montg. ['iloiài, gluant et crasseux) comprend les iSèmasporées dont les cirres sont seulement translucides; un grand nombre d'espèces déterminées surtout par la forme des spores, qui sont :
a. Linéaires, cylindriques ou siib-cylindriques : Gl. fragariœ Montg. Spores cylindriques, ciiTC grisâtre. Sur les feuilles du fraisier, en été. — Gl. Carpini Desm. Spores linéaires un peu courbées; cirre blanchâtre. — Gl. acerimun West. A cirre pâle, légèrement roussàtre. — Gl. Behdce Montg. Spores cylindriques, cirre blanc, etc.
^. Spores ovoïdes. Gl. -Juglandis Montg. Spores ellipsoïdes, cirre gris. — Gl. Ribh Montg., Desm. Spores ovales, arquées; cirres blanchâtres; sur les feuilles languissantes. De Ribes ruhruni. — Gl. alneum West. Spores ovales, droites; cirre pâle. Sur les feuilles de alnus glulinosa. Une autre Némasporée, aussi parasite sur les branches du même aulne, a les spores grandes, plutôt fusiformes, courbées, et a été appelée Libertella alba par Desm. et Lib.; Lib. macrospora, par ^Yest.. etc., etc.
y. Spores en massues. Gl. populi Montg. Spores en massue, souvent un peu courbées; cirre blanchâtre, souvent imparfait. Sur les feuilles languissantes du peuplier d'Italie, fin de l'automne, etc., etc.
Quelques auteurs (Corda, Léveillé, etc.) n'ont admis dans les Mélanconiées que les espèces se résolvant ainsi en un magma glutineux; on pourrait chercher dans ce groupe quelques genres qui se vident aussi par cirre, mais qui, possédant un coiiceptacle bien distinct, appartiennent à la famille des SphékoiXÉmées (Ascochyta, Darluca, Cheilaria, Septoria, Cystipora, Spheronema). Cependant, parmi ces genres, il en est deux, Septoria et Cystipora, dont le conceptacle est fort imparfait, en partie inné, et qui pourraient, comme l'a fait Bonorden, être réunis au groupe dont nous nous occupons ; cependant, avec la plupart des auteurs, nous les décrirons avec lesSpHÉRONÉsiÉEs, car leur conceptacle, bien que inné, est épais, manifeste, et son ostiole bien nettement déterihiné. Alors l'absence d'un conceptacle parfait, avec ostiole, devenant le caractère premier des Mélanconiées il y a lieu, avec Berkeley, d'y admettre aussi les espèces d'abord sous-épidermiques à spores (ou stylospores), enfin pulvérulentes, c'est-à-dire non déliquescentes.
C. Coniomycètes non vraiment parasites, mais se développant dans l'intérieur des tissus et mûrissant leurs spores, d'abord cachées sous la cuticule des plantes nourricières mortes ou défaillantes, ne paraissant pas entourés et enclos par une paroi propre (conceptacle, périthèces, etc.); manifestement indépendants du corps nourricier, mais se développant sur une base ou stroma plus ou moins manifeste, épais, portant les cellules plus ou moins allongées (style) et fructifères, Par les progrès de la végétation, la cuticule du végétal nourricier est enfin rompue, et les spores, ordinairement tombées et pulvérulentes, ou encore sur leur style (coryneum),se répandent à l'extérieur.
CoRïNEUM Kz. (/.0/3UVV7, touffe, massue). Stroma très-saillant, pulviné, noirâtre, charnu, d'abord sous-épidermique. Spores oblongues, obtuses, brunes, septées, stipitées. — C. discifvrme Kz. Pustules disciformes, puis s'aplatissant au centre. Spores claviformes; style atténué. Sur branches de bouleau. — C. umbonatum Tul. Pustules disciformes umbonés au centre; stroma celluleux, brun. Sur branchettes de chêne, etc., etc. 11 y a beaucoup d'espèces ou de variétés encore fort mal déterminées. M. Tulasne les regarde comme la forme conidienne de diverses Sphériées, entre autres de Mélanconis, sphériées (donc Thécasporées) qu'il ne faut pas confondre avec notre Melanconium (Clinosporée).
Pestalozzia de Not. Petites pustules, le plus souvent noires, sur les feuilles et branchettes renfermant, sur un stroma gélatineux peu distinct, des spores allongées, elliptiques, septées, longuement pédicellées et couronnées à leur sommet d'une aigrette composée de plusieurs cils fort longs (ne pas confondre avec les cils plus coutts de la Sphéi'onémée NeottiospoRA Desm. — Pest. guepini Desm. Sur les leuilles de camellia. — Pesl. funera Desm. Sur les branchettes de cyprès, etc., etc.
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il résulte du vague où la présence ou l'absence d'un pérjthèce parfait laisse la détermination de cette famille que plusieurs genres, que nous laisserons avec Berkeley dans les Spliéronémées, pourraient être ajoutés a la suite des Mélauconiées comme ayant un périthèce bâtard plus ou moins inné aux tissus de la plante nourricière; tels les genres : Microspoka Lev., dont les périthèces membraneux sont innés, mais s'ouvrent par un ostiole commun bien déterminé; spores simples et linéaires. Discella Berk., à périthèce « spurius, » c'est-à-dire sans doute plus apparent que réel, inné, à peu près simple, quelquefois effacé, ou seulement en haut, ou entièrement, alors à disque excipuliforme ; spores allongées, simples ou uniseptées, sur styles souvent bifurques. Phlyteka Desni., dont le péridium est eltacé en haut, à spores allongées et courbées. Ceuthospora Fr., dont le péridium inné, à la base stromatiforme et multicellulaire. Eriospra Berk., à périthèce incomplet, stromatiforme, multicelluleux ; spores couronnées de quatre fils {voij. Sphéro.némées). Bertillo-n.
Bibliographie {voy. Chaupigkoss).
MfÉLAIVÉIlIIE. On donne le nom de mélanémie à une altération spéciale du sang et des viscères, qui peut exister dans diverses conditions pathologiques, mais qui se rencontre surtout chez les sujets frappés d'intoxication paludéenne. La présence d'une quantité considérable de matière noire ou pigment, dans le torrent circulatoire, et l'accumulation de ce produit sur divers points de l'économie en constituent les caractères essentiels.
Les anciens observateurs avaient depuis longtemps remarqué la couleur noirâtre ou foncée que peuvent offrir le cerveau, le foie et d'autres organes chez des sujets ayant succombé à des accès de fièvre pernicieuse. Des renseignements plus précis nous ont été fournis par les auteurs anglais et français qui, dans la première moitié de ce siècle, ont étudié Thistoire des fièvres intermittentes. Mais ce fut H. Meckcl qui signala, le premier, la présence du pigment dans le sang et les viscères d'un aliéné mort de phLhisie pulmonaire, sans avoir jamais subi l'intluence des émanations maremmatiques. Deux ans plus tard, Virchow rencontrait de nombreuses cellules pigmentaires dans le sang et les tissus d'un homme devenu hydropique à la suite de fièvres intermittentes prolongées. Peu de temps après, Heschl, Meckel et Planer publiaient des travaux dans lesquels les principales allérations de cette espèce qui peuvent envahir l'organisme étaient décrites avec soiu. Mais c'est surtout à Frerichs qu'il appartient d'avoir fixé l'attention sur ce point. L'épidémie de fièvres intermittentes qui a régné en Silésie, pendant l'été de 1854, lui procura l'occasion d'étudier la mélanémie sur une vaste échelle; les résultats de ses recherches ont été consignés dans un travail qui parut en 1856; il lésa reproduits plus tard dans son Traité des maladies du foie.
En 1857, M. Gharcot publiait, dans la Gazette hebdomadaire, une remarquable étude, dans laquelle, après avoir constaté toute l'importance des lésions anatomiques décrites par les observateurs allemands, il soumettait la partie clinique de leurs travauv à une critique impartiale et sévère.
Cinq ans plus tard, Heschl fit paraître un mémoire très-étendu, dans lequel la question était reprise de fond en comble, au point de vue anatomique, clinique et physiologique.
Depuis cette époquej il faut bien le dire, aucun travail vraiment important n'a été publié sur la mélanémie.
Nous commencerons par exposer les idées de Frerichs, qui constituent l'exprès-
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sion la plus complète de la théorie générale : nous indiquerons, chemin faisant, les principales modifications que des recherches ultérieures leur ont fait subir, et nous chercherons, en terminant, à les réduire à leur juste valeur.
Examiné au microscope, le sang des raélaméniques présente une quantité souvent considérable de petits granules arrondis ou anguleux, de couleur uoire, brune ou rougeâtre. Bien qu'ils puissent exister isolés, ces granules sont, le plus souvent, réunis par groupes, et paraissent alors enveloppés d'une substance hyahne, amorphe, soluble dans les alcalis et dans l'acide acétique. Ces agglomérations présentent une forme très-irrcgulière; tantôt allongées, tantôt arrondies, tantôt ramifiées ; elles ne possèdent point de limites membraneuses bien nettement définies. Leur volume varie de O^^jOOô à 0"'",012. Ces corpuscules irréguliers ne sauraient être considérés comme des cellules proprement dites; toutefois, Virchow et Frerichs ont vu quelquefois les grains noirs logés dans de véritables cellules qu'ils appellent pigmentaires. Enfin, on trouve encore de petits blocs de pigment, à forme très-irrégulière, et qui ressemblent à des fragments détachés de niasses plus volumineuses.
Parmi les corpuscules dont nous venons de parler, il en est un certain nombre qui pâlissent en présence de l'acide acétique et de la potasse caustique; ce sont probablement des produits de formation récente ; d'autres résistent pendant longtemps, et même pendant plusieurs jours, à l'action de ces réactifs : on suppose qu'ils sont d'une origine plus ancienne que les premiers. Enfin, Planer a vu quelquefois des cristaux d'hématoïdine, d'une configuration géométrique parfaitement nette, se montrer à côté des granulations pigmentaires.
D'après Meckel, il serait possible, à l'aide du chlore, de décolorer complètement ces matières ; mais Planer, qui a répété la même expérience, n'a pas réussi à obtenir ce résultat.
On trouve aussi, dans le sang des mélanémiques , des concrétions hyalines transparentes ; on y constate, dans beaucoup de cas, une augmentation du nombre des leucocytes et une diminution du nombre des globules rouges, qui n'ont d'aillears subi aucune altération. Disons, en passant, que ces changements dans la proportion des éléments constitutifs du sang n'appartiennent pas spécialement à la maladie qui nous occupe.
Telles seraient les principales altérations du sang chez les mélanémiques, d'après Meckel, Frerichs et Planer. Les recherches plus récentes de Heschl ont apporté une plus grande précision dans la détermination des caractères de ce pigment qui circule dans le sang et se retrouve dans les tissus. D'après cet auteur, il existe, chez les sujets atteints de mélanémie, trois variétés de pigment :
1° Un pigment noir, on brun foncé, qui siège dans les parois des vaisseaux eux-mêmes ;
2° Un pigment noir, ou brun foncé, qu'on rencontre à l'état de liberté dans le sang;
3° Un pigment jaunâtre, ou d'un rouge brunâtre, qui se présente sous forme de corpuscules arrondis ; on le rencontre dans le sang et dans les parois des capillaires, auxquelles il donne un aspect tacheté.
La première variété de pigment se rencontre dans les capillaires du cerveau,
de la moelle épinière, de la rate et du foie ; la seconde se montre partout, et en
grande quantité; la troisième existe surtout dans les centres nerveux, mais on
en trouve des traces sur d'autres points.
Les masses pigmentaires que renferme le sang ont un diamètre un peu plus
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petit que les globules rouges ; les corpuscules disséminés dans les organes se présentent tantôt sous forme de petits points presque imperceptibles, tantôt comme des masses arrondies ou polygonales, dont le diamètre représente le tiers ou le quart de celui des globules sanguins ; leur contour est net ; leur circonférence est d'une couleur sombre; le centre, légèrement transparent, offre une teinte chocolat. L'alcool, l'éther sulfurique, enfin l'acide sulfurique concentré, ne les altèrent aucunement, même quand leur action se prolonge pendant assez longtemps. Les solutions concentrées des alcalis caustiques leur font prendre une coloration verdâtre, ce qui les rapproche des matières pigmentaires dérivées de l'hématine.
Voyons maintenant comment ces corpuscules sont distribués au sein des organes ou des tissus.
D'une manière générale, dans les formes les plus prononcées de la maladie, le pigment existe partout où. pénètre le sang. La rate et le foie sont les viscères où coproduit aie plus de tendance à s'accumuler; viennent ensuite le cerveau, les reins, les ganglions lymphatiques et le parenchyme pulmonaire. La peau, les muqueuses et les muscles eux-mêmes n'échappent point à cette infiltration générale, ainsi que le démontre la coloration grise que présentent souvent ces tissus; mais la répartition du pigment se fait d'une manière très-inégale, car les divers appareils de l'économie sont loin d'offrir tous, au même degré, l'altération mélanique.
La rate est d'une couleur sombre, parfois même entièrement sombre et charbonneuse : cette coloration est tantôt uniforme, tantôt disséminée par îlots séparés. L'élément pigmentaire paraît s'accumuler surtout dans la cavité des sinus vasculaires : il se rencontre rarement dans les cellules spléniques ou les corpuscules de Malpighi ; cependant M. Perroud (de Lyon) a constaté cette disposition chez un sujet atteint de cachexie paludéenne. En même temps, le volume et la consistance de la glande sont notablement modifiés; dans les cas aigus, on la trouve congestionnée, tuméfiée et ramollie : dans les cas chroniques, au contraire, elle subit une induration parfois très-considérable.
Le foie présente une teinte gris d'acier, noirâtre ou chocolat. La coloration anormale peut se trouver uniformément répandue, ou se dessiner en figures isolées sur un fond sombre. Les corpuscules peuvent quelquefois occuper les cellules hépatiques, bien que Frerichs ait soutenu le contraire ; mais, le plus souvent, ils n'existent que dans le réseau vasculaire de l'organe ; les capillaires veineux en sont le siège habituel : la matière s'étend de la périphérie du lobule jusqu'à son centre, au point où commencent les veines hépatiques, et, de là, elle se répand au loin jusque dans la veine cave.
Les capillaires artériels renferment aussi une quantité considérable de pigment^ qui, suivant la remarque de Frerichs, paraît incrusté dans les parois vasculaires. Le volume du foie peut se trouver augmenté ou diminué ; mais, le plus souvent, les dimensions de ce viscère restent les mêmes qu'à l'état normal.
Le cerveau est l'un des organes où la présence du pigment est le plus facile à constater. La substance corticale prend une coloration ardoisée, qui avait déjà frappé Bailly, Maillot et d'autres observateurs, qui ne faisaient point usage du microscope. La substance médullaire est ordinairement respectée ; mais, dans les cas d'une intensité exceptionnelle, on la voit devenir grisâtre, tandis que les ramuscules vasculaires y dessinent des stries d'un brun sale. Meckel et Planer ont démontré que les capillaires cérébraux, ceux surtout de la substance corticale,
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sont remplis, dans les cas de cette espèce, de corpuscules de pigment et de granulations noires, tantôt uniformément distribués, tantôt accumulés par groupes. Souvent aussi ces petits vaisseaux renferment des concrétions incolores, hyalines, qui en obstruent la lumière. Il n'est pas rare alors de trouver çà et là des foyers d'apoplexie capillaire au milieu des régions pigmentées de l'encéphale. Quelquefois aussi l'on a rencontré des hémorrhagies méningées.
La moelle éjjinière, d'après Heschl, est également parsemée de fines granulations pjgmentaires.
Les reins participent souvent à la pigmentation. Leur surface corticale est alors parsemée de taches grises ; dans quelques cas, les pyramides sont parcourues par des lignes obscures qui suivent le trajet des tubes urinifèros. Le microscope lait constater la présence du pigment dans les capillaires de la substance corticale, et surtout dans les glomérules : les tubes urinifères en renferment quelques fragments isolés.
Le pigment noir existe parfois e:i grande quantité dans les capillaires du poumon; mais il est difticile de distinguer le pigment mélanémique des amas de granulations noires dont cet organe est si souvent le siège.
Les glandes lymphaliques offrent quelquefois des altérations analogues à celles qui ont été déjà signalées dans la rate.
Comme nous l'avons déjà dil, la peau et les muqueuses peuvent subir aussi l'intiltration pigmentaire ; elles prennent alors une teinte plombée uniforme, qui diffère de la mélanodermie d'Addison par la régularité plus parfaite de la distribution, ainsi que par la moindre intensité; en effet, le pigment n'envahit pas le corps muqueux, comme dans la cachexie bronzée, mais il circule sous la peau et les muqueuses, dans le réseau capillaire sous-jacent.
L'un des points les plus importants qui ressortent des recherches de Heschl, c'est que, non-seulement le pigment circule librement dans le sang, mais qu'il esc encore incrusté dans les parois mêmes des capillaires, et qu'il se trouve, en outre, répandu dans le parenchyme des viscères, complètement en dehors des vaisseaux ; c'est ainsi que dans le foie il est logé, non pas à l'intérieur des cellules hépatiques, comme le pigment biliaire, mais dans leur intervalle, au milieu du stroma de la glande.
Quant aux hémorrhagies qui se produisent au sein de l'encéphale, chez les sujets atteints de mélanémie, elles sont le résultat de l'accumulation du pigment dans de petits anévrysmes capillaires, qui finissent par se rompre sous la pression du sang. En effet, lorsqu'on examine les points où ces apoplexies se sont produites, on trouve dans la substance cérébrale de petites taches rouges, qui, vues au microscope, présentent à leur centre un nodule blanc, gros comme une pointe d'aiguille ; or ce petit point blanc n'est autre chose qu'un anévrysme capillaire, dont la rupture a donné lieu à l'extravasation sanguine.
Tels sont les désordres qui peuvent se développer sous l'influence de la n^élanéniie, dans les divers appareils de l'organisme.
Voyons maintenant de quelle manière on a cherché à expliquer la formation du pigment, et sa dissémination dans toutes les parties de l'appareil circulatoire. Jusqu'ici nous sommes restés sur le terrain des faits; nous allons entrer maintenant dans le domaine des hypothèses.
La matière noire que l'on rencontre dans le sang des mélanémiques est évidemment dérivée de l'hématine ; on peut donc la considérer comme l'un des résidus que laissent, après leur dissolution, les globules rouges du sang. Or ce travail
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