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MÉLAISÉMIE

de destruction, qui s'opère le plus habituellement au dehors du système vasculaire, aux dépens du saug extravasé dans l'épaisseur d'un tissu, se produirait à l'intérieur des vaisseaux chez les mélanémiques ; mais ce ne serait pas indistinctement dans tous les points du système vasculaire que cette métamorphose aurait lieu. Pour la plupart des auteurs qui ont discuté cette question, la rate est le foyer où se forment les matières mélaniques. Les sinus veineux de cet organe qui favorisent la stagnation du sang, seraient le siège principal de la transformation, ou, si l'on veut, de la destruction des globules rouges. Déjà, à l'état normal, on y rencontre des cellules renfermant des corpuscules sanguins on des globules de pigment. Dans les cas de mélanémie, la présence du pigment dans la rate est une règle presque sans exception ; il n'est pas rare de voir cet organe subn- exclusivement l'altération pigmentaire, tandis que les autres viscères en demeurent complètement exempts. Enfin, comme le fait observer Frerichs, on rencontre dans le sang des mélanémiques des amas de pigment renfermés soit dans des globules blancs, à noyau simple ou divisé, et des épithéliums en massue, qui proviennent des sinus caverneux de la rate.

Cependant Frerichs estime que, par exception, d'autres viscères, et spécialement le foie, peuvent concourir à là formation du pigment. 11 rapporte, à ce sujet, un cas dans lequel des quantités considérables de matière noire existaient dans le foie, tandis que la rate, d'ailleurs dégénérée, n'en renfermait aucune trace. Il reste donc établi qu'ià la rigueur le pigment peut se développer ailleurs que dans la rate; mais cet organe, dans la très-grande majorité des cas, en est le lieu d'origine; de là, les corpuscules pigmentaires se rendent, soit dans le torrent de la circulation générale, soit dans le foie par l'intermédiaire de la veine porte. Voilà pourquoi le parenchyme hépatique est, après la glande splénique, le point sur lequel s'accumule le plus fréquemment la matière noire.

Après le foie et la rate, les organes les plus exposés à cette infiltration seraient le cerveau et les reins, en raison de l'extrême ténuité de leurs capillaires qui les prédispose à retenir les corpuscules de pigment. Dans les cas les plus prononcés, la matière colorante s'infiltre partout et pénètre dans tous les tissus sans aucune exception.

Telle est la théorie générale de la formation et de la dissémination du pigment; mais il est une question que l'état actuel de nos connaissances ne permet pas de résoudre, et qu'il faut cependant aborder. La mélanémie se développe presque exclusivement sous l'influence de l'intoxication paludéenne ; s'il existe des observations qui semblent s'écarter de ce principe, elles ne peuvent être considérées que comme des exceptions à une règle que confirme l'immense majorité des faits jusqu'à présent connus. Mais pourquoi cette coïncidence ? Pourquoi d'autres maladies, accompagnées d'une tuméfaction considérable de la rate, le typhus, la fièvre typhoïde, par exemple, ne donnent-elles jamais (ou presque jamais) lieu à la mélanémie? C'est là ua problème jusqu'à présent insoluble. En tout cas, la mélanémie semblerait être une complication fréquente des fièvres intermittentes d'après les travaux des auteurs allemands ; et, en Suède, Magnus Iluss l'aurait rencontrée presque toujours dans les cas de cachexie paludéenne qui se sont manifestés à Stockholm depuis quelques années. Il est certain qu'en France l'existence de cette complication n'a pas été aussi souvent observée.

La mélanémie peut se manifester, non-seulement dans les fièvres à type pernicieux, mais encore dans les cas d'une moyenne intensité. Enfin, cette altération peut survivre longtemps aux accidents fébriles qui en ont accompagné les premiers

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débuts. Planer a vu souvent la mélanémie persister chez des sujets qui, depuis plusieurs semaines ou même plusieurs mois, avaient complètement cessé d'avoir des accès.

Aux lésions anatomiques qui résultent de la mélanémie et que nous venons de décrire, on s'est efforcé de rattacher des symptômes cliniques, des troubles fonctionnels de divers ordres, qui donneraient à cette affection une physionomie à part, et permettraient de lui attribuer une partie considérable des accidents qui caractérisent les types les plus graves de la fièvre intermittente. Il nous reste maintenant à discuter la valeur de ces assertions; mais nous commencerons par indiquer, d'après Frerichs, Meckel et Planer, les principaux symptômes qui se rattachent à l'infiltration pigmentaire de divers organes.

Les désordres occasionnés dans le foie sont, d'après ces auteurs, l'origine des premiers troubles fonctionnels. La bile renferme assez souvent une forte proportion d'albumine; la stase du sang dans les capillaires amène, dans les racines de la veine porte, une perturbation de la circulation ; enfin des altérations plus profondes du foie (atrophie chimique) peuvent se développer ultérieurement. X cet cet état de choses correspondent des hémorrhagies intestinales, de la diarrhée, des vomissements, enfin des épanchements liquides, rapidement développés dans le iiéritoine.

Après le foie, l'organe le plus souvent affecté de troubles fonctionnels, chez les mélanémiques, est le cerveau. Dans les formes légères, on observe de la céphalalgie, du vertige ; dans les cas plus graves, il y a du délire, du coma, des convulsions et des paralysies.

Le symptôme le plus constant est une céphalée occupant toute l'étendue du crâne, et presque toujours accompagnée de vertiges. Souvent aussi des troubles sensoriaiix se joignent à la douleur de tète : ce sont des bourdonnements d'oreilles, de la surdité, de l'affaiblissement de la vue; quelquefois enfin on observe des nausées et des vomissements.

Les convulsions se montrent sous forme de tremblements dans certains groupes musculaires du tronc et des extrémités ; d'autres fois il existe des mouvements de rotation, ou même des accès épileptifonues qui peuvent durer de cinq à dix minutes.

La paralysie peut se limiter aux muscles de la déglutition, ou s'emparer des membres, et déterminer, soit une hémiplégie, soit une paralysie complète.

Ces divers accidents peuvent éclater à l'improviste, sans prodromes; mais le plus souvent ils suivent une marche régulière et progressive, jusqu'à la mort ; quelquefois, cependant, ils offrent un type intermittent, tierce, quarte ou quotidien. Enfin ils peuvent se manifester aux périodes les plus diverses de la maladie , on les voit tantôt se mêler aux premiers symptômes de l'intoxication palustre, tantôt se montrer longtemps après que les accès ont cessé, et lorsque le malade est en proie à la cachexie spéciale qui succède si souvent aux fièvres intermittentes.

L'affection cérébrale peut quelquefois se montrer en dehors des accès fébriles : elle éclate tout ;i coup, sans prodromes, suit une marche rapide, et se termine promptement par la mort. A l'autopsie, on trouve les capillaires cérébraux distendus par des amas considérables de pigment. Il existe quelquefois des foyers plus ou moins nombreux d'apoplexie capillaire ; enfin, dans certains cas, l'hémorrhagie méningée vient se joindre à ces divers accidents. C'est surtout alois que le malade peut être frappé de mort subite. Planer a rapporté plusieurs faits de ce genre; mais, comme le fait justement remarquer M. Chai'cot, la plupart de ses

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observations manquent de la précision qu'on est en droit d'exiger aujourd'hui. Au reste, cette partie de la question sera discutée plus loin.

Enfin des troubles intellectuels permanents, la folie, la démence, l'idiotie, ont été rattachés à l'altération pigmentaire du cerveau. Frerichs rapporte l'observation d'une dame de quarante ans qui, à la suite d'une fièvre intermittente, a été frappée d'un ali'aibbssement de la mémoire et d'une aphonie assez fortement prononcéQ.

Dans un autre cas, une petite fille de neuf ans, dont les facultés intellectuelles avaient présenté jusque-là un développement normal, devint absolument idiote après avoir éprouvé des accès de fièvre tierce, avec complications cérébrales. A cette occasion, Frerichs fait observer que Sydenham avait décrit des troubles intellectuels qui jjersistaient après la fièvre intermittente et se transformaient bientôt en imbécillité. « Est et alla manice species, febres intermittentes diu turniores excipiens, in stiiltitiam tandem degenerans, etc. »

Les reins aussi doivent être compris au nombre des organes dans lesquels on peut observer des troubles fonctionnels à la suite de la mélanémie. Le pigment s'accumule dans leurs capillaires ; il en résulte une modification dans la pressiou exercée parle sang, et, par suite, une modification profonde dans l'état de la sécrétion urinaire. Une albuminurie plus ou moins intense se développe, suivant que le pigment est plus ou moins abondant dans les reins. D'après Frerichs, on constate, dans les cas oîi la fièvre intermittente offre des intervalles bien tranchés (dans la fièvre quarte, par exemple), une augmentation notable de la proportion d'albumine contenue dans les urines, à chaque paroxysme, et une diminution notable de ce produit pendant la période de rémission. Le plus souvent l'albuminurie est simple ; d'autres fois il passe des cylindres de fibrine et des granulations pigmentaires dans l'urine ; ce liquide renferme quelquefois du sang; enfin, on observe assez souvent une suppression complète de la fonction rénale.

Du côté du tube digestif, on a souvent noté des hémorrhagies intestinales, qui se manifestaient d'une manière intermittente à la suite des paroxysmes fébriles; mais l'administration du sulfate de quinine faisait promptement justice de ces accidents, ce qui ne permet guère de les attribuer à l'obstruction des vaisseaux par le pigment.

Quant aux accidents qui se manifestent du côté de l'appareil respiratoire, — la dyspnée, les hémoptysies, l'œdème pulmonaire, — il ne serait guère jiossible, d'après Frerichs lui-même, de les attribuer à la mélanémie.

Les foyers inflammatoires circonscrits qu'on rencontre parfois dans la parotide et dans les parois musculaires du cœur, ne doivent pas non plus être rattachés à l'altération qui nous occupe.

La pigmentation de la rate et des ganghons lymphatiques reste toujours latente. Mais il paraît démontré que la mélanémie peut déterminer une coloration spéciale de la peau et des muqueuses, due à l'existence d'une grande quantité de pigment dans le sang des vaisseaux qui s'y distribuent. Lorsque la mélanémie est d'une médiocre intensité, la peau prend une couleur cendrée : lorsque, au contraire, l'affection est intense, ou observe une coloration d'un brun gris sale, et parfois d'un jaune brun foncé. Les muqueuses participent dans une certaine mesure à cette teinte ardoisée ; et quelques observateurs ont insisté sur la teinte plombée que présentent la langue et l'intérieur de la bouche dans les cas de lièvres intermittentes graves.

Le diagnostic do la mélanémie ne j-.ouL a clJjhr que par riaip^.Ltoii. uu-iosco-

MELANEMIE.

pique du sang. Dans les cas où la peau présente la teinte foncée dont nous venons de parler, on pourrait être tenté de confondre cette affection avec la cachexie d'Addison ; mais, dans cette dernière maladie, le pigment se trouve dans la peau, à l'intérieur même du corps muqueux deMalpighi, tandis que dans la mélanémie, il circule dans le sang : la coloration foncée est donc beaucoup plus uniforme, et les teintes sont mieux fondues (surtout au niveau des muqueuses) que dans la maladie bronzée ; d'ailleurs, l'examen histologique du sang peut toujours ïésoudre les difficultés.

Le pronostic de la mélanémie est grave ; mais, d'après les auteurs allemands eux-mêmes, il est impossible de rien formuler de précis à cet égard. En dehors même de ses conséquences immédiates, la mélanémie peut déterminer des accidents graves et même rapidement mortels, longtemps après la disparition des accès intermittents ; mais, d'un autre côté, tous les auteurs reconnaissent qu'on peut rencontrer sur le cadavre des altérations mélaniques de divers viscères, sans qu'il ait été possible d'en soupçonner l'existence pendant la vie. Planer a rapporté plusieurs cas de cette espèce, dans lesquels la fièvre intermittente était guérie depuis plusieurs années : la mort était survenue par suite des maladies les plus diverses, et la mélanémie ne paraissait y avoir aucune part. Niemeyer rapporte l'observation d'un malade qui, après avoir éprouvé des accès graves de fièvre intermittente, revint à la santé et put se livrer aux plus rudes travaux : il n'offrait plus aucun symptôme anormal, à l'exception d'une coloration très-foncée de la peau. Ce malade succomba quelques années plus tard à une pneumonie, et à l'autopsie, on constata la présence du pigment dans divers organes.

Le traitement ne présente aucune indication spéciale pendant la durée des accidents paludéens : il faut, en pareil cas, s'occuper exclusivement de la fièvre intermittente. Plus tard, on aura recours aux préparations ferrugineuses, et à une médication tonique pour combattre l'anémie, qui, d'après Frerichs, est l'une des conséquences les plus habituelles de cette destruction des globules rouges, qui donne lieu à la mélanémie.

Nous avons exposé aussi brièvement que possible la partie cUnique des travaux de Frerichs et des principaux auteurs allemands, qui se sont spécialement occupés de cette question. Il nous reste maintenant à en apprécier l'exactitude; c'est ce que nous allons essayer de faire en peu de mots.

On ne saurait nier l'influence de la mélanémie sur la coloration du tés-ument externe. La peau et les muqueuses présentent une teinte foncée facile à constater, et dont l'existence a été reconnue par tous les observateurs : c'est là, sans aucun doute, l'un des meilleurs signes cliniques de la maladie.

Mais lorsqu'il s'agit des lésions viscérales profondes que peut déterminer l'infiltration pigmentaire, on ne saurait accorder une confiance absolue au tableau symptomatique qui vient d'être tracé. Les accidents encéphaliques tiennent évidemment le premier rang parmi les troubles fonctionnels qu'on croit pouvoir rattacher à la mélanémie. Or, comme le fait si justement observer M. Charcot, on ne rencontre, dans le tableau qui précède, aucun trait qui ne puisse s'adapter parfaitement à la description classique des fièvres comateuses, apoplectiques, léthargiques, épileptiques, telle qu'elle a été établie par les travaux des grands médecins des dix-septième et dix-huitième siècles. Mais, toutes ces formes graves de l'intoxication palustre amènent quelquefois la mort sans laisser dans l'organisme aucune trace de leurs ravages. Si l'on rencontre parfois à l'autopsie des lésions

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plus ou moins profondes, elles n'ont joué qu'un rôle évidemment accessoire. « L'altération pignientaire de l'encépliale en particulier, dit M. Charcot, ne saurait être considérée comme la cause unique qui détermine la production des troubles cérébraux dans les fièvres céphaliques ; elle n'existe pas dans tous les cas : on la rencontre dans les fièvres où les troubles cérébraux n'ont pas existe ; elle n'est pas toujours proportionnée à l'intensité des symptômes ; comment comprendre enfin qu'une lésion permanente puisse occasionner des désordres qui reparaissent et s'effacent tour à tour, suivant un type parfois très-régulier. »

Il faut, d'ailleurs, reconnaître que Frerichs lui-même s'exprime avec la plus grande réserve à ce sujet. 11 lui parait probable qu'entre les troubles cérébraux et l'infiltration pigmentaire, il existe un rapport de cause à effet ; mais il est impossible, dit-il, d'admettre cette manière de voir sans aucune restriction ; car si l'on compare les données microscopiques avec les symptômes observés pendant la vie, on trouve, d'une part, des cas oti, malgré la coloration foncée du cerveau, il ne s'est produit aucun trouble cérébral, et, d'autre part, des cas oii des désordres cérébraux se sont manifestés en debors de toute pigmentation de l'organe. Frerichs a pu constater ce fait six fois sur vingt-six cas de fièvre intermittente. Il est cloue certain que les symptômes cérébraux de l'intoxication palustre peuvent exister indépendamment de la mélanémie, et que d'autres causes pathologiques peuvent en provoquer le développement. La destruction des éléments figurés du sang doit introduire dans le torrent circulatoire des composés chimiques de nouvelle formation, qui, d'après Frerichs, pourraient fort bien être la cause des accidents cérébraux. C'est là une pure hypothèse ; et l'on peut tout aussi bien admettre que l'action directe du miasme paludéen peut déterminer un trouble profond dans les fonctions encéphaliques.

Nous admettrons donc, avec M. Charcot, que les obstructions vasculaires, les hémorrhagies cérébrales ou méningées, qui sont quelquefois au nombre des con- .séquences de la mélanémie, peuvent produire des symptômes plus ou moins graves pendant la vie ; mais qu'en dehors de cet ordre de causes, les mêmes phénomènes peuvent se développer directement sous l'influence de l'intoxication générale.

Quant à l'albuminurie qui se manifeste dans le cours des fièvres intermittentes, il faut se rappeler qu'elle est tantôt permanente, tantôt passagère ; tantôt elle diminue dans l'intervalle des accès, et disparaît après la guérison complète : tantôt, au contraire, elle survit à la fièvre intermittente, et revêt décidément le caractère chronique. Dans ce dernier cas, il est aujourd'hui démontré que cette altération de l'urine est parfois le symptôme d'une néphrite albumineuse : on a constaté, en effet, chez des sujets ayant succombé aux progrès de cette maladie, toutes les altérations de la maladie de Bright. — Lorsqu'il s'agit, au contraire, d'une albuminurie passagère, qui suit les oscillations de la maladie, et disparaît avec elle, on peut, sans être téméraire, invoquer une congestion rénale, qui se développerait parallèlement à l'hypérémie bien évidente dont la rate est le siège pendant la durée de l'accès.

Il faut, d'ailleurs, le reconnaître; la théorie de la mélanémie, envisagée comme la cause efficiente des phénomènes les plus graves des fièvres intermittentes pernicieuses, est aujourd'hui presque complètement abandonnée en Allemagne : du moins, il se fait autour d'elle un silence significatif : et dans son ouvrage élémentaire, qui peut être considéré comme le reflet des idées courantes du jour, Niemeyer déclare que ni les troubles cérébraux, ni les altérations urinaires, ni les hémorrhagies intestinales des fièvres intermittentes ne sauraient être attribuées

à la mélaiiômie. 11 réduit le domaine clinique de cette affection à un trèspetit nombre de symptômes, parmi lesquels il faut placer en première ligne la coloration plus ou moins foncée de la peau, et la présence du pigment dans le sang.

On le voit ; le côté clinique est évidemment la partie la plus faible des travaux que nous venons d'analyser : et sans en constater la valeur, au point de vue scientifique, nous sommes autorisés à dire que, sous le rapport pratique, ils n'ont presque rien ajouté à la somme de nos connaissances. C'est là, comme nous l'avons déjà fait observer, l'opinion généralement accréditée aujourd'hui, même en Allemagne.

Résumons-nous. Le fait anatomique de la présence d'un pigment noir dans le sang et sur divers points de l'organisme, chez certains sujets frappés d'intoxication paludéenne, est au-dessus de toute contestation. Mais les phénomènes morbides qu'on s'est efforcé de rattaclier à l'introduction de ce corps étranger dans le sang et dans les divers tissus de l'économie, peuvent se développer en dehors de toute pigmentation des organes, sous l'influence de causes entièrement différentes, ["néanmoins, il existe un nombre très-limité de symptômes qui appartiennent en propre à la mélanémie , et ne relèvent pas directement de l'empoisonnement j alustre. Réduite à ces termes, la découverte à laquelle ont collaboré Meckel, Virchow, Planer, Heschl et Frerichs peut s'inscrire au nombre des vérités incontestables, qui demeurent acquises désormais à la science.

B. Ball.

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MÉLAXÊSIE (étym. ÎLES noires), l'une des grandes divisions de l'Océanie, distincte de ï Australie, avec laquelle on l'a d'abord confondue. 11 faut réserver Ce dernier nom au continent austral, naguère appelé Nouvelle-Hollande, et qui

360 MÉLA^'ÉSIE.

se distingue par des caractères, auxquels les îles de la Mélanésie ne participent point. Celles-ci forment, au contraire, un groupe géographique naturel, caractérisé par l'unité de climat, de production et de race, car toutes sont situées entre l'équateur et le tropique sud, et habitées par des Papous.

La Mélanésie comprend la Nouvelle-Guinée avec l'île de Véguiou, qui la touche, la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle-Irlande, les archipels de la Louisiade, de Salomon et Vanikoro, des Nouvelles-Hébrides, de Yiti ou Fidji, et entln le groupe de la Nouvelle-Calédonie. Elle est située entre Oi» et 22°26' latitude sud et entre 128° et 178" longitude est. Composée d'une multitude d'îles, dont l'une est au nombre des plus grandes du monde ; elle est encore presque tout entière en proie à la barbarie. Cependant la Hollande et la France, ayant fondé des établissements, l'une en Nouvelle-Guinée, l'autre en Nouvelle-Calédonie, il importe au médecin de connaître ces deux îles. La deuxième a déjà tait l'objet d'un article spécial, l'autre sera décrite à son ordre alphabétique.

Caractères physiques des Mélanésiens. Nous ne nous occuperons ici que de la question anthropologique, en montrant quels sont les caractères qui relient entre eux les insulaires de la Mélanésie et les distinguent de leurs voisins. Les Mélanésiens ont le teint fulighieux, c'est-à-dire d'un noir mat, plus ou moins teinté de jaune; la chevelure noire et rude, ébouriffée et laineuse, mais non pas courte et crépue à la fois comme celle du nègre africain ; la barbe frisée, longue et bien fournie; la tête ovalaire, très-bombée au front et à l'occiput et très-déprimée aux tempes ; la face oblongue, remarquable par la saillie des pommettes , la hauteur du front et le prognathisme des mâchoires, par l'épatement du nez et son écrasement à la racine. Les yeux grands et droits, enfoncés sous des arcades sourcilières saillantes, ont l'iris très-noir et la conjonctive rougeàtre, ce qui donne au regard une expression farouche ; les lèvres grosses, lippues plutôt que renversées, laissent voir, en s'entr'ouvrant, une dentition superbe (quand elle n'est pas corrodée par l'iisage du bétel) mais proclive. La taille moyenne des Mélanésiens peut être évaluée à l'°,63 ; ils sont, pour la plupart, bien bâtis et assez bien musclés, quoiqu'on puisse leur reprocher une certaine gracilité des jambes qui ne les empêche pourtant pas d'avoir du jarret, et une certaine obésité de l'abdomen qui ne luiit en rien à leur incroyable agilité. Les femmes, généralement fort laides et flétries de bonne heure, ont les mamelles grosses et coniques, en raison même du développement et de la conformation de leurs glandes mammaires ; les hommes ne sont généralement pas laids, étant admis les caractères de la race nègre, et je dirai même qu'en certaines tribus, il n'est pas rare de rencontrer de beaux types. En somme, la laideur et la faiblesse musculaire de la race mélanésienne ont été exagérées à plaisir par certains auteurs, tout comme leur prétendne stupidité, ainsi que nous le prouverons plus loin. Les hommes ont, dans leur démarche, une certaine rotation du bassin, qui rapproche leur allure de celle de la femme. Je n'ai pourtant point remarqué qu'ils eussent le bassin plus large que le nôtre, et j'ai expliqué ou essayé d'expHquer cette anomalie, par l'habitude qu'ils prennent dès l'enfance, et de père en fils, de marcher dans des sentiers extrêmement étroits, oiî ils sont obligés de placer le pied qui s'avance presque dans le même alignement que celui qui sert de point d'appui. La rotation décrite par le bassin sur le membre qui sert de point fixe est alors plus considérable qu'elle n'a lieu chez nous. Quoy a cru remarquer chez les insulaires de Vanikoro une saillie anormale du calcanéum qui ne m'a point frappé chez les autres sujets de même race.

MÉLAiNiLsiE. 561

Les caractères cràniologiques étant de beaucoup les plus importants, je vais présenter ici des mesures exactes prises sur des sujets de ditférentes tribus.

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362 MÉLANÊSIE.

Par les proportions relatives de la longueur et de la largeur du crâne, et par la direction de l'arcade alvéolaire supérieure, les Mélanésiens rentrent dans la classe des dolichocéphales prognathes.

Comme forme générale , leurs crânes représentent un ovale allongé dont la partie postérieure a plus d'ampleur relative que dans la race blanche, ce qui tient àl'étroitesse plus grande de la région fronto-temporale. L'ovale est un peu plus allongé et surtout plus étroit que dans les crânes de notre race. Le frontal est plus bombé ; sa convexité est à peu près uniforme sur la ligne médiane et sur les côtés, ce qui fait que les bosses frontales sont peu distinctes. Cet os s'aplatit et se déprime au niveau des tempes, de telle sorte qu'au milieu de la ligne courbe qui limite la surface concave appartenant à la fosse temporale, il a un centimètre de moins qu'au niveau des apophyses orbitaires. La branche montante du maxillaire inférieur est large et forte, en rapport avec la profondeur des fosses temporale et zygomatique. Les os du nez sont très-déprimés à leur union avec le frontal. Les pommettes sont plus saillantes et plus écartées que chez nous.

En examinant ces crânes par en haut, suivant la norma verticalis de Blumenbach, on constate la projection considérable de l'arcade alvéolaire supérieure, la saillie des pommettes, et celle des arcades zygomatiques, qu'on aperçoit dans toute leur étendue.

Signalons encore les dimensions plus considérables de l'ouverture nasale et des trous orbitaires qui, au lieu d'être à peu près ronds, comme dans les races blanches, ont le diamètre transversal plus grand que le diamètre vertical. Ce sont les crânes des Nouvelles-Hébrides qui présentent les caractères distinctifs de la race avec le plus d'évidence, et celui de Fidji, chez qui ils sont le moins accusés. Ce qui frappe encore l'observateur chez les premiers, c'est une plus grande convexité de l'occiput qui contribue à allonger le diamètre antéropostérieur, et la dimension plus grande du trou occipital. C'est-à-dire que le segment postérieur de l'encéphale, centre de la vie animale, prédomine plus encore que chez les autres sur le segment antérieur, centre de la vie intellectuelle. Les insulaires des Nouvelles-Hébrides, du moins ceux de Sandwich que je connais ^, sont avec ceux de l'île Rossel (Louisiade) et de Vanikoro, les plus noirs, les plus crépus et les plus malingres de la Mélanésie, comme ceux des Fidji en sont les plus beaux sous tous les rapports. Le crâne de Fidji est incontestablement celui qui se rapproche le plus des nôtres par l'ouverture de l'angle facial, par la largeur du front, et par une proportion harmonique entre le diamètre antéro-postérieur et le diamètre bilatéral ; en un mot, par le développement du segment antérieur du crâne. En outre, le vertex est plutôt aplati que convexe et le prognathisme peu prononcé ; de sorte qu'on le confondrait volontiers avec un crâne de race polynésienne, sans la forme si caractéristique du frontal, la sailhe des arcades sourciliaires, l'enfoncement des os nasaux à leur racine, enfin la forme des trous arbitaires. Le faciès des Fidjiens est bien en rapport avec ces caractères anatomiques, et le lecteur peut s'en laire une idée en se le représentant avec une couleur fuligineuse claire et une énorme chevelure, aussi large que haute, hérissée en même temps que très-frisée ^

* Ne pas confondre cette île avec l'archipel Sandwich ou Hawaï, peuplé par la race polynésienne.

- Un peut en voir une, au moins, ;\u Muséum d'histoire naturelle de Paris, à qui je l'ai offerte en 1860.

Ces insulaires sont plus grands et plus fortement bâtis que nous ; ils se rapprochent, à cet égard, encore de leurs voisins de la Polynésie, les Tongiens, qui, de leur côté, semblent leur avoir emprunté un teint plus sombre et des cheveux plus frisés que ne l'ont les autres Polynésiens ; de sorte que ces deux peuplades sont comme le trait d'union entre les deux races jaune et noire de rOcéanie. Ce phénomène provient évidemment du mélange des deux sangs qui s'opère encore aujourd'hui dans une notable proportion par le fait des invasions des Tongiens aux Yitis, mais qui a du s'opérer d'une façon plus complète à une époque phis ou moins reculée. A l'époque de la découverte, il y avait beaucoup plus de sujets de race polynésienne aux Vitis que nous n'en trouvons aujourd'hui. Au reste, le croisement des races ne s'est pas produit seulement en cet archipel, mais plus ou moins dans tous les archipels mélanésiens. Avant de découvrir les Nouvelles-Hébrides, en 1606, Quiros avait appris des habitants de Taumaco qu'au sud de leur petite île, il existait un groupe nommé Manicolo, oiî vivaient des hommes blancs et des noirs. Sa confiance en ces insulaires ne fut point trompée, car peu de jours après il découvrit le groupe auquel il donna le nom de Saint-Esprit [Espiritu santo). Les indigènes étaient généralement noirs, mais d'autres étaient blancs avec la barbe rouge, et d'autres enfin mulâtres. C'est ce même archipel qui a depuis été baptisé par Cook du nom de Nouvelles- Hébrides, et d'oii les hommes blancs ont aujourd'hui disparu ^. Cependant la petite ile de Tikopia, située à peu de distance, dans le Mord, et qu'on peut géographiquement rattacher à ce même archipel, nous offre le singulier phénomène d'une population de race polynésienne enclavée au milieu de peuplades noires.' Les « blancs » dont parle Quiros appartenaient-ils à cette race-là, ou étaient-ce des blancs allophyles, dont l'existence paraît avoir été constatée en d'autres îles de l'Océanie ? II pouvait facilement s'y tromper, si notre opinion sur l'origine des Polynésiens est juste, c'est-à-dire si leur race est en réalité sortie du croisement de ces mêmes blancs et des jaunes de l'Asie ^. Forster, compagnon de Cook a vu en Nouvelle-Calédonie des hommes tout pareils à ceux de Quiros, mais en si petit nombre, que j'ai cru naguère pouvoir en conclure que c'était des Albinos. Je ne saurais être aussi affirmatif aujourd'hui'.

11 paraît que llindana, qui découvrit les Salomon (1568), et plus tard Surville (1768) trouvèrent dans ces îles une population nombreuse qui semblait appartenir à deux races, l'une noire à cheveux crépus, mais au nez moins épaté et aux lèvres moins épaisses que les nègres d'Afrique, l'autre de couleur cuivrée portant les cheveux longs et lisses qu'ils coupaient en rond autour de la tête.

Ceux-ci étaient sans doute ou des Malais, on des Malayo-Polynésiens. Quoi qu'il en soit, c'est une nouvelle preuve de la coexistence, autrefois, de plusieurs races dans les îles de la Mélanésie. Ces races sont aujourd'hui fondues (comme les

* Ils n'avaient pas encore complètement disparu, en 1774, lors du passage de Cook, comme le prouve le passage suivant du récit de son voyage : a II faut remarquer, qu'outre la race noire, il y a des naturels d'un teint plus clair , qui se rapprochent de ceux des îles de la Société et des îles des Amis y> [t. III, p. 85 et 106).

* A l'article Malaisie, nous avons déjà dit que les Malayo-Polynésiens, qu'il ne faut pas confondre avec les Malais, étaient beaucoup plus voisins des blancs que des jaunes du continent asiatique. Comment les assimilerions-nous avec les jaunes, qui sont brachycéphaies, tandis qu'eux sont dolichocéphales?

' « L'un des hommes avait des cheveux parfaitement blonds, un teint beaucoup plus blanc

que ses compatriotes et le visage couvert de rousseurs Nous n'aperçûmes chez lui aucun

symptôme de faiblesse ni aucun défaut daus l'organe de la vue » {Voyage de Cook, t. III p. 282. Note écrite par Forster fils).

races mauresque et ibérique en Espagne et en Portugal, copime l'américaine et l'espagnole commencent à l'être dans les républiques hispano-américaines), et c'est ce que nous appelons la race mélanésienne, que d'autres ont appelée Papoue. Ce moi de Papou on Papoua s'applique surtout aux indigènes de la Nouvelle-Guinée, que les Malais appellent Orang-Papoa, ce qui signifie hommes aux cheveux crépus. Mais nous verrons, en traitant de la Nouvelle-Guinée, qu'il y a encore une différence à faire entre la masse de la population qui est bien mélanésienne , et ces papous à chevelure colossale , dite de Vadrouille, qu'on trouve au Havre Dorey et autres points de la côte. Ceux-ci sont croisés de Malais, comme les Fidjiens le sont, en grand nombre du moins, avec les Polynésiens, et je suis porté à croire que c'est à ces croisements que sont dus les longues chevelures cbourii'fées qui signalent les uns et les autres. C'est ainsi qu'à Ouvéa des Loyalty {voy. Nouvelle-Calédonie), où. le mélange des deux races, noire et jaune, est indéniable, puisqu'il est presque contemporain, nous trouvons encore les mêmes chevelures, et c'est précisément les sujets les plus clairs et les plus beaux qui présentent ce caractère. La vraie race noire, celle qui fait le fond de la population là la Nouvelle-Calédonie, aux Nouvelles-Hébrides, à la Louisiade, à Vanikoro, etc., n'a pas les cheveux si longs ni le teint si clair. En un mot, tous les traits du type nègre sont plus accusés chez cette dernière, qui se rapproche ainsi davantage de la souche originelle, celle que nous avons montrée, dans l'article Malaisie , aux Moluques , aux Philippines et jusque sur le continent de l'Inde. Je l'ai aussi rencontré dans l'ai chipel Fidji même , sur l'ilot misérable de M'bau, qui semble avoir été dédaigné par l'émigration polynésienne, et dont la population malingre fait un singulier contraste avec la forte et vigoureuse population de Rêva etd'Obalaou. Il existe, en ces deux ports fréquentés et même habités par un petit nombre de traitants originaires des États-Unis, d'Australie, et de plusieurs nations de l'Europe, un groupe déjà respectable de mulâtres peu différents de leurs pères, tant pour la couleur et les traits que pour les facultés intellectuelles, phénomène intéressant à noter, car il ne s'est jusqu'ici présenté sur aucun autre point de la Mélanésie. II montre avec quelle facilité se font les croisements, et avec quelle promptitude une race peut se modifier.

Jetons maintenant un rapide coup d'œil sur les insulaires que nous ne connaissons pas encore, uniquement pour nous assurer de leur parenté avec les autres. Le petit groupe de Vanihoro situé entre les Nouvelles-Hébrides et les Salomon, et qui a emprunté au naufrage de Lapérouse une triste célébrité, a été visité par le savant naturaliste Quoy. Il nous peint ses habitants comme généralement petits et assez grêles. Ils ont la peau noire et les cheveux courts et crépus. Ce qu'ils ont surtout de remarquable, dit-il, c'est un rétrécissement latéral du front rendu plus évident par la saillie du coronal très-bombé, et par la forte arête que décrit la ligne courbe temporale. Les pommettes assez saillantes donnent plus de développement latéral à la face que n'en a le crâne. Un autre caractère, non moins remarquable, est le peu de saillie des os du nez, ce qui fait paraître cet organe comme écrasé à sa racine. Le nez lui-même est épaté, et ils en augmentent encore la laideur par des bâtonnets qu'ils passent à travers .la cloison. Le maxillaire inférieur n'a rien de remarquable, sinon que le menton est petit. L'oreille n'aurait non plus rien d'extraordinaire, s'ils n'en perforaient et n'en dilataient le lobe de manière à y passer le poing. L'œil est assez grand, ovalaire et enfoncé ; il ressemble pour la forme, les couleui's, à celui des noirs d'Afrique. Les lèvres sont grosses.

MELAMÉSIE. 365

La forme du front fait que l'angle facial n'est pas trop ai^u. Les extrémités inférieures, grêles dans les uns, sont assez bien nourries chez d'autres. Le mollet est placé un peu haut et le calcanéum, chez beaucoup d'individus, fait une sailhe assez remarquable. Les cheveux des Yanikoriens sont crépus ; ils ne prennent jamais un grand accroissement, mais ils sont assez longs cependant pour qu'ils puissent les tenir enveloppés dans une pièce d'étoffe. La population, très-clairsemée ne paraît pas aller en augmentant. Ou y voit des métis provenant de la race polynésienne. Ce croisement semble les rendre plus robustes et surtout plus intelligents. « Ce qui m'a le plus étonné, dit Gaymard collaborateur de Quoy, c'est que les habitants parlent un dialecte de la langue polynésienne. »

Le naturaliste Lesson qui a visité quelques ports de la Nouvelle-Bretagne et de la Nouvelle-Irlande, et un certain nombre de leurs habitants, nous en fait un portrait qui est loin d'être aussi complet et aussi décisif que le précédent. 11 les rattache cependant à la grande famille Papoue, avec un type inférieur à ceux qui habitent la Nouvelle-Guinée ou la grande ile de Véguiou. Il y a loin de ces insulaires à ceux des iles Viti pour le développement et la proportion des formes, (juoiqu'ils semblent appartenir à la même race. D'après lui, la taille moyenne des Néo-Irlandais est de 5 pieds et 1 ou 2 pouces ; leur musculature est médiocre. .Mais les Néo-Bretons sont plus grands et plus robustes. Du reste, ils ne diffèrent en rien des précédents pour la teinte noire fuligineuse de la peau et pour leur épaisse chevelure laineuse. « Ainsi, dit-il, les Nouveaux-Irlandais ne diffèrent pas des habitants de la Nouvelle -Bretagne qui sont des tribus issues de la même famille. »

Les insulaires de l'archipel de la Louisiade (île Rossel), que nous avons vus nous-mêmes, ont les plus grands rapports avec leurs voisins de Vanikoro et des Sulomon, ressemblance rendue plus frappante encore par l'usage du bétel qui leur noircit et corrode les dents, en même temps qu'il donne à toute la muqueuse buccale une couleur sanguinolente.

Ils sont plus noirs, moins grands, moins forts que les Calédoniens et surtout que lesVitiens. Ils ont la chevelure ébouriffée et laineuse mais pas courte, la barbe rasée, le ventre gros et les membres assez grêles. Les femmes, généralement obèses, portent d'énormes mamelles pointues ou pendantes suivant l'âge et la même chevelure que les hommes. Quoique ces gens soient vraiment hideux (avec leur bâtonnet passé en travers de la cloison du nez, au-dessus d'une grande bouche ébréchée et rouge de sang), il n'y a pas à douter de leur parenté avec tous les autres Mélanésiens, en raison des caractèies anatomiques de la face et du crâne, de leur chevelure, de leur couleur, etc. etc.

Dialectes et coutumes. Les caractères physiques ne sont pas seuls à établir la parenté entre les insulaires de la Mélanésie. Ceux-ci parlent des dialectes d'une même langue, partagent les mêmes croyances et les mêmes pratiques religieuses, et sont au même degré d'organisation sociale. Nous abstenant d'entrer dans des détails que le lecteur pourra trouver aux articles Nouvelle-Calédonie et Noovelle-Guinée, nous nous contenterons de dire que la coutume, si remarquable, du tabou est commune à tous sous des formes variées et plus ou moins sévèrement établies. Il en est de même du culte des morts, de la croyance aux esprits et à la pérennité de l'homme après la mort. Les Papous de la Nouvelle- Guinée et des îles voisines (Véguiou, Nouvelle-Irlande) sont les seuls chez lesquels ou ait signalé l'existence d'idoles et de temples, mais il faudrait savoir l'importance qu'ils attachent à ces statuettes bizarres que j'ai trouvées entré les mains des

indigènes aux Viti, aux Loyalty et à le Nouvelle-Calédonie sans qu'aucun d'eux y attachât l'idée de la divinité, si bien qu'ils s'empressaient de les échanger contre tout ce qui pouvait faire l'objet de leurs convoitises. Avaient-ils perdu, avec le temps et en s'écarfant de leur pays d'origine, le respect de leurs anciens dieux ?

Les peuplades mélanésiennes sont agricoles, plus ou moins sédentaires et divisées en tiibus gouvernées chacune par un chef suprême. Toutes (si ce n'est eu Nouvelle-Guinée) ont encore ceci de commun de se livrer accidentellement au cannibahsme ; mais c'est un fait bien remarquable que celui-ci s'est développé proportionnellement à la pauvreté de l'île où il règne, surtout en fait d'animaux de chasse. En effet, hormis le groupe de la Papouasie, toutes les îles sont dépourvues de mammifères terrestres. Des traditions légendaires à la Nouvelle-Calédonie et ailleurs, affirment que les premiers habitants n'étaient pas anthropophages. Au reste, le cannib disme n'est jamais qu'un accident et non point un régime habituel, comme le simple bon sens l'indique, car, autrement, il ne resterait des habitants que ce qui resta des deux renards de Phèdre après leur combat.

Quoi qu'on ait dit encore, la religion ni même la superstition n'est pour rien dans cette dépravation de l'instinct humain. On a coutume de considérer l'anthropophagie comme le dernier degré de l'abrutissement et de la dépravation humaine, mais c'est à tort, car les Calédoniens et surtout les Vitiens sont bien audessus de telle et telle peuplade américaine et australienne qui ne s'y livrent pas. Ceux-là montrent dans l'art agricole une supériorité écrasante sur ceux-ci, voire même sur les Polynésiens.

Les Vitiens sont très-obser\ ateurs des constellations célestes et féconds en légendes sur chacun des globes lumineux qui planent sur leur tète et qu'ils désignent du nom de telle ou telle divinité, comme les anciens nous ont légué les noms de Castor et Pollux, etc. Ils ont une mythologie qui fait honneur à leur imagination s'ils ne l'ont pas empruntée de leurs voisins. Mais, en cela, comme dans leurs goûts pour les observations célestes, je les soupçonne de n'être que les élèves des Polynésiens qui, dans leurs longs voyages sur mer, ont dû apprendre à tirer parti de la position et du cours des astres. En effet, les Mélanésiens ne sont pas navigateurs comme les Polynésiens ; dans leurs petites pirogues qu'ils manient adroitement, il est vrai, tant à la voile qu'à la rame, ils ne s'écartent jamais des côtes. Les Vitiens seuls ont appris de leurs voisins à construire ces gigantesques pirogues accouplées qui peuvent recevoir des centaines de passagers et laire des voyages de long cours, comme avec les embarcations des Tongiens qui viennent faire invasion au Viti, à plus de 300 lieues de leur île, sans oublier la route de retour, et cela sans boussole. Les Vitiens, moins hardis, ne font guère que parcourir leur archipel, mais les distances y sont assez grandes pour qu'on perde la terre de vue. C'est surtout dans les cases des chefs qu'on peut admirer la solidité unie à l'élégance de la construction. Le toit, très-élevé et à double plan incliné, est soutenu par un système de solives reliées entre elles par des ligaments de toute couleur et dont les entrelacements forment des dessins variés. L'art céramique est bien plus avancé parmi les Mélanésiens que chez leurs voisins, qu'ils s'agisse d'une poterie fruste, mais solide, comme en Calédonie, ou de vases élégants et légers, vernis intérieurement et décorés à l'extérieur de dessins en reUef parfois fort délicats, comme aux Vitis. Les ciselures, qu'on remarque sur les casse-tètes en bois très-dur, dénotent une adresse et une légèreté de main, je dirai même un goût qui ne seraient pas désavoués par un altiste. L'art chirurgical lui-même est

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peut-être plus avancé aujourd'hui aux Fidjis que chez les Grecs au temps d'Hippocrate. Un insulaire de cet archipel me voyant pratiquer le cathétérisrae de 1 urèthre, sur un matelot du bord, prit un air de connaisseur et maniant ma sonde entre ses doigts, il en critiqua la courbure et la rigidité, me donnant à entendre que dans son pays on faisait la même opération avec une tige végétale flexible quoique solide. Je lui montrai alors une bougie élastique et il me dit : « Oh! Lelei ! » (Très-bon.)

Notre pilote m'assura qu'un indigène ayant eu la cuisse broyée par un requin, un chirurgien du pays avait terminé l'amputation avec un grand couteau et une scie de menuisier. L'amputé guérit. Pour ce qui est des incisions, des scarifications, des extractions de fragments de lances, nul doute qu'elles ne soient très-vulgaires.

Le massage de l'abdomen et des masses charnues des membres et du dos est eu vogue contre la colique et les douleurs ; la scarification des régions temporales contre la fièvre et la céphalalgie, les moxas contre les tumeurs. On sait parfaitement aussi réduire les luxations et réparer les fractures, du moins les fractures noncomminutives. Quant à la thérapeutique médicale, elle doit être aussi prolixe qu'absurde la plupart du temps, mais j'avoue n'avoir aucune donnée sur elle. Toujours est-il que les Vitiens ont un grand renom d'habileté médico-chirurgicale chez leurs voisins et qu'ils forment école pour les Tongiens leurs conquérants, à peu près comme les Grecs furent les maîtres des Romains. C'est ainsi qu'en passant à Tonga-Tabou, un missionnaire me présenta un confrère du cru en me disant : « Il est allé aux Fidjis. »

Cependant les Tongiens sont cuivrés et les Vitiens sont noirs, ce qui prouve que la lucidité de l'esprit ne doit pas toujours se mesurer à la clarté du teint et que la race mélanésienne a été singulièrement calomniée. Sans doute il y a loin, pour le développement intellectuel, entre ceux que je viens de prendre pour type et le sauvage habitant de l'ile Rossel qui ne sait apprécier aucun objet de notre industrie ; véritable homme des bois des contes populaires, qui ne connaît d'autre arme que la sagaie et la pierre lancée sans le renfort de la fronde. Mais ce sauvage se construit des habitations sur pilotis avec une vérandah et une petite fenêtre qui se ferme comme la porte au moyen d'un volet. Les murailles et les volets sont faits d'un clayonnage de jonc, et l'intérieur est quelquefois divisé par une cloison de même nature. Certes, cette cabane, au milieu de laquelle il y a un petit foyer parfaitement circonscrit par des cailloux, n'est pas celle d'une brute. Mais ce sauvage encore aime la parure, bien qu'elle ne soit pas de notre goût, comme le bâtonnet sous le nez, les chapelets de coquilles autour des reins, les bracelets, etc. lia le sentiment de la pudeur, puisqu'il se couvre les organes génitaux, plus complètement même que d'autres moins arriérés que lui. 11 sait se créer des instruments de travail, car nous l'avons trouvé muni de petites hermi^ nettes en basaltes à manche articulé et assujetti par une forte ligature. Il se creuse des pirogues, simples ou accouplées, qu'il manœuvre adroitement à. la voile comme à la rame. Enfin, il cultive plusieurs fruits de la terre : banane, ignamcj taro, canne à sucre.

Mais il est aussi féroce qu'astucieux et pusillanime ; en outre, connibale comme lui seul. Nous avons rapidement dépeint les deux extrêmes de l'échelle : pour avoir une idée du juste milieu il suffira de jeter un coup d'oeil sur l'anthropologie néo-calédonienne dans ce dictionnaire. Une anomalie curieuse dans le régime alimentaire, et qui est commune à tous

508 MÉLANÊSIE.

les Mélanésiens que j'ai vus ; c'est la privation du sel. Ils ne prennent absolument que celui que contient l'eau des coquillages et des crustacés qu'ils mangent en grande quantité. Mais, à titre de condiment, fût-ce même avec les mets les plus fades, comme les tubercules farineux qui font la base de leur nourriture, ils n'en usent jamais. Quant aux besoins factices que créent la mode et l'oisiveté, les Mélanésiens se trouvent partagés entre l'usage du Kava et celui du hétel. 11 faut y ajouter le tabac partout oîi les Européens résident depuis quelque temps. Le bétel n'est connu que des insulaires de la Nouvelle-Guinée et des îles voisines jusqu'aux Saloraon et à la Louisiade ; il leur est venu des Malais. Il se prépare dans la bouclie même en mâchant ensemble un morceau de noix d'arec, une feuille de piper bétel et un peu de chaux éteinte. Le Kava n'est usité qu'aux Vitis (peut-être aussi aux Nouvelles-Hébrides) qui l'ont probablement reçu de Touga-ïabou où il est très eii lionneur. Les pays intermédiaires, comme la Nouvelle-Calédonie, ne connaissent ni l'un ni l'autre, Le Kava n'est pas un simple masticatoire comme le précédent. C'est une boisson non fermentée, mais acre et excitante qu'on prépare en jetant dans un plat d'eau la racine mâchée et réduite en boulettes du piper methysticum. On remue le mélange, on passe et on boit immédiatement la liqueur verdàtie qui reste. Le Kava finit par abrutir les individus qui eu abusent et leur procure même cette maladie cutanée qu'on nomme ichthyose. Mais son usage modéré n'est pas nuisible et son action physiologique est comparable à celle du café. Quant au bétel, il est plus facile de saisir son effet nuisible sur les dents et la muqueuse buccale que sou effet utile. Cependant il est permis de croire que son alcalinité très-jronoucée est un remède contre les flatuosités et les aigreurs qui résultent d'un régime presque exclusivement féculent.

Il n'est pas inutile de noter que le tatouage, qui revêt une importance majeure dans la tenue des guerriers de race malayo-polynésienne, n'en a aucune chez les Mélanésiens. Us ont cependant un tatouage qui leur est propre quoiijue peu usité par les hommes, c'est le tatouage en relief qui consiste en petites élevures en forme de boutons disposés avec symétrie sur la poitrine et les bras et qui s'obtiennent au moyen de brûlures ou d'incisions dont on dirige la cure de façon à obtenir une cicatrice ronde et gaufrée.

Pathologie. Ce ne sont pas seulement les caractères physiques et moraux qui nous révèlent la parenté de tous les insulaires disséminés dans la partie de rOcéanie dont nous nous occupons. La pathologie elle-même va nous fournir de nouvelles indications. Même constitution lymphatique chez tous, même fréquence des sc/'o/mlides, des adénites, de cette forme de pian que j'ai décrite le premier sous le nom de Tcnga^, et de cette /è/;re furfuracée qui fait tomber l'épiderme en écaille eu laissant une masse de cicatrices superficielles, blanchâtres, plus ou moins rapprochées ou confluentes sur le derme. Ce sont les individus qui en sont atteints que les Hollandais on nommé Kakerlaks. Les Mélanésiens sont également très-sujets aux maladies de la peau que voici : psoriasis, impétigo, ecthyma, eczéma, herpès, rupia; mixisïéléphaiitiasis des Arabes est beaucoup moins répandu parmi eux que chez les Polynésiens. Ils partagent avec ceux-ci une fatale tendance à la tuberculose. Cette maladie a même pris des proportions épidémiques partout où la race s'est trouvée en contact prolongé avec les Européens, ce qui leur fait dire que nous la leur avons donnée tout comme la syphilis. Naus n'en croyons rien ;

*■ Essai sur ta topographie hygiénique et médicale de la Nuiivelie-Crricdonic. Tiié.>(S do Paris, 1860. Voyez description succincte, à rarlicle ^ouveUe'Caledonle de ce Dictiomuiire

MELANESIE. 369

mais ce qui est certain, c'est qu'elle est devenue beaucoup plus fréquente dans notre voisinage et qu'elle semble, eu effet, revêtir parmi les indigènes un caractère contagieux de la même nature et de la même puissance que celui qu'on a si souvent noté chez nous entre de jeunes époux. Or la promiscuité sordide dans laquelle ils vivent en leurs cabanes enfumées et sans air, et les échanges moléculaires qui s'y font de l'un à l'autre peuvent bien avoir les mêmes effets que la cohabitation et les rapports réciproques de la couche conjugale chez les peuples civilisés. Il faut noter que tous ont le tempérament lymphatique plus ou moins prononcé, que le plus grand nombre sont en puissance latente de la tuberculose et qu'ils ne font absolument rien pour se défendre des conditions offensives du milieu oià ils vivent. Dès lors ne sont-ils pas une proie toute prête à la grande ennemie de l'espèce humaine ? Maintenant, que le voisinage des Européens soit comme l'étincelle qui allume l'incendie dans un foyer tout disposé, cela n'a rien d'étonnant puisqu'il trouble les existences, rend la vie plus précaire, augmente la paresse et même la débauche. La diarrhée et la dysenterie sont deux maladies fort communes chez les naturels, mais qui sont affaire de climat et non pas de race. 11 en est de même de la fièvre intermitlente et des hyperémies du foie, communes aux Viti, aux Nouvelles-Hébrides et, par une cause jusqu'ici ine.\phcable, presque inconnues à la Nouvelle-Calédonie et dans les petites îles du même groupe. Au reste, ce sont surtout les Européens qui souffrent de ces dernières affections, tandis que ce sont les indigènes qui pâtissent le plus des diarrhées et de la dysenterie.

La Mélanésie tout entière est exempte des grandes endémies (choléra, fièvre jaune, peste). Nos fièvres éruptives et épidémiques (variole, scarlatine, rougeole) sont jusqu'ici inconnues parmi les indigènes. Mais le tonga, qui n'a pas, à mon avis, l'origine syphilitique que quelques auteurs attribuent au pian, son congénère, car il règne également partout, tandis que la syphilis ne paraît sévir que dans les localités occupées ou fréquentées depuis longtemps par les Européens, le tonga, dis-je, occupe dans la pathologie indigène la place de la variole.

Quant aux maladies des Européens, je ne vois que la dysenterie qu'on puisse taxer d'endémique; et, en certaines îles, la fièvre intermittente. Il a été jusqu'ici impossible d'expliquer pourquoi les Viti, les Nouvelles-Hébrides, les Salomon et Vanikoro sont plus ou moins sujettes à l'endémie palustre tandis que tout le groupe de la Nouvelle-Calédonie en est exempt. Les hyperémies du foie ne sont pas rares non plus dans les îles où règne la fièvre intermittente. Les Européens demeurent généralement indemnes des affections cutanées si communes parmi les indigènes : toutefois on m'a parlé de quelques cas d'éléphantiasis des Arabes et d'ichthyose, et j'ai pu noter, moi-même, un cas de tonga acquis évidemment par contagion. En ce qui concerne la phthisie pulmonaire, elle n'est ni plus ni moins fréquente chez les blancs en Mélanésie que dans leur pays. V. De Rochas.

BiELiOGBAPniE. — 1° Voyage dans l'hémisphère austral et autour du monde, écrit par Jacques Cook, tome IIP, Paris, 1118. — 2" Observations faites licndant le deuxième voyage de Cook dans l'hémisphère austral et autour du monde, par Fobster, père, traduit de Tanf'iais. Paris, 1178. — S" Relation du voyage à la recherche de Lapérouse, par Labillabdièhe. Paris, an Vlîl de la république. — Voyage de l'Astrolabe pendant les années 182t) à 1829, sous le commandement de Dumont-d'Ui^ille. Paris, 1830. — 2'= partie . Zoologie, par Quoy et Gaîmard. — Océame, par Domésï deRienzi. Paris, 1857. — Iles Fidjis. lu Annales des voyages. Avril 1861, par V. de Rochas. — 4° Un naufrage à l'île Rossel, dans l'archipel de la Louiiiade [Mélanésie] . In Tour du monde, 1861, par le même, — b" Anthropologie des races noires océaniennes. In Gazette médicale de Pans, 50 avril et 7 mai 1860, par le même. — la Isouvelle-Calédonie et ses habitants, Paris, 1862, par le .même V. de R.

D\CT. E.NC. i' s. VI. 24

370 MÉLANISME.

MÉLitlKlDROSE. Voy. Chromidrose.

MÉLANILINE. €^^Hi^Az5 OU C'^ lAf , syn. carbo-diphénil-diamine.

H') (Hofmann. Ann. Ch. Pk. LXVII, p. 129 ; LXXIV, p. 8 et 17). Se forme par l'action du chlorure ou du bromure de cyanogène sur l'aniline sèche. Le chlorure de cyanogène est absorbé par l'aniline avec un vif dégagement de chaleur. Lorsque l'action est terminée, on dissout la masse dans l'eau et on précipite par la potasse.

Elle cristallise en lames dures et friables, fusibles à 120°. Sans odeur, saveur amère, se colore en rouge au contact de l'air. La mélaniline fournit des propriétés basiques et se combine facilement aux acides pour donner des sels. €^^H^^Az^. CIH ou Brll ou m.

On connaît les dibromo, dichloro, diiodo, dinitro mélanilines. P. Sch.

MÉLAIVIIXIE. Pigment noir de la choroïde insoluble dans l'eau, l'alcool, réllicr. La potasse la dissout lentement avec dégagement d'ammoniaque; l'acide chlorhydrique précipite des flocons bruns de la solution. Elle renferme d'après Scheres.

Carbone. •..-... 57,54 58,04

Hydrogène 5,98 5,98

Azote 13,77 13,77

Oxygène 22,71 22,21

Elle contient en outre du fer. Voy. Pigments. P, Sch.

IflÉLANiQDE (Acide) €*"H*0^. Matière noire formée, en même temps quede l'acétate de potasse, par l'oxydation du halicylite de potasse.

^Gm^W -H 0'^ H- 2H-^0 = Gm^ê^ + 2€2H^R02

Halicylite Acide

de potasse. mélanique

Poudre noire insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther, les alcahs.

P. Sch.

MÉLAWISME (de;/£>a;, iioir). Si l'on exige, comme il est juste, du mêlanisme, pour en faire le contraire de l'albinisme, que la coloration noire de la peau, tout à la fois soit le résultat d'une anomalie primitive de l'organisation, et occupe la totalité du tégument externe, cette antithèse de l'albinisme n'existe pas. On ne peut, en effet, y rattacher les races mélaniques, chez lesquelles lanigritie, plus ou moins foncée, plus ou moins nuancée, est un état physiologique. On ne saurait y comprendre non plus les individus bruns de la race blanche, chez lesquels l'abondance relative de la matière pigmentaire n'est pas plus anormale que sa pénurie relative chez l'individu blond. D'ailleurs, la coloration brune delà peau, dont on conçoit que l'intensité puisse varier à l'infini, ne s'accompagne, ni de cette infirmité radicale de l'organisme, ni de ces vices de conformation, qu'on observe d'ordinaire chez les blafards, ni d'aucune autre altération qui puisse servir à caractériser un type pathologique.

D'un autre côté, on n'a jamais vu, que nous sachions, le mélanisme vrai, celui qui résulte d'un excès de pigment cutané, envahir la totalité du corps postérieurement à la naissance, à moins qu'il ne fût le symptôme d'une autre affection. Le mélanisme général, accidentel et essentiel n'existe pas, ou, du moins, ne peut

MELÂNORRHŒA. 371

être admis quant à présent. La nigritie accidentelle de la totalité ou de la plus grande partie de la peau appartient à l'histoire de la maladie d'Addison et de la mélanémie, et aussi, dans une certaine mesure, à celle de la phthisie pulmonaire, delà cachexie paludéenne et de la fièvre jaune (voy. l'art. Bronzée (Peau), p. 80). Nous ne nous arrêtons pas à ces cas de mélanoJernie générale, survenue rapidement, parfois en un jour, dont plusieurs auteurs ont parlé ; ils se rapportent évidemment à l'ictère grave.

Quant à la mélanodermie partielle, essentielle, elle est loin d'être rare, soit congénitale, soit acijuise. Mais la mélanodernie congénitale sous forme de taches isolées, tantôt lisses, tantôt rugueuses, les unes glabres, les autres velues, et celle qui survient accidentellement dans le cours de l'existence, sont trop connues la première sous le nom de nœviis, la seconde sous le nom d'e'phe'lide, poir que nous n'en renvoyions pas l'histoire à ces deux mots {voy. Éphélides intermittentes (fièvres), Jauint, (fièvre), Mélanémie, N^vus et Phthisie). D.

MÉLAl%lOCHll\'E. Produit obtenu par Brande, par l'action du chlore et de l'ammoniaque sur la quinine. P. Sch.

MÉLAIVOGALLIQIJE (Acide). Syu. métagallique (acide) ou galldlmique CH'^O^ Substance noire dans laquelle se transforme l'acide pyropallique soumis à 250". Soluble dans les alcalis, insoluble dans l'eau. P. Sch.

MELANORRHŒA. Wall. Genre de dicotylédones appartenant au groupe des Anacardiacées. Ce genre a été établi par Wallich pour deux espèces de l'Asie méridionale, le Melanorrhœa usitatissima et leilf. glabra.

Ce sont de grands ;irbres, remplis d'un suc visqueux, qui noircit en se desséchant à l'air. Leurs feuilles sont alternes, simples, entières, coriaces. Leurs fleurs, en cymes groupées elles-mêmes en panicules axillaires, ont un calice en forme de (biffe , marqué de cinq sillons , qui se rompt à sa base et est repoussé par la corolle au moment de son développement. Celle-ci a cinq pétales oblongs-linéaires, et s'insère sous un disque, qui s'accroît à mesure que la fleur se développe. Ce disque porte cinq ou six verticelles d'étamines et un ovaire qui se soulève après sa fécondation sur une sorte de gynophore partant du milieu de la concavité du disque. Le pistil est formé d'un ovaire uniloculaire et uniovulé, d'un style qui devient peu à peu complètement latéral et d'un stigmate plus développé. Le fruit est une sorte de drupe coriace, réniforme, porté sur le gynophore devenu dur et rigide, et entouré par les cinq pétales, qui ont pris de grandes dimensions et forment cinq ailes membraneuses.

Les deux espèces qui appartiennent au genre Melanorrhœa^ ont un suc extrêmement acre et caustique, pouvant produire un exanthème capable d'amener la mort. Ces accidents, qui se produisent chez les voyageurs étrangers au pays d'origine de ces espèces, ne paraissent pas atteindre les indigènes. Pour retirer le suc, les Birmans font des incisions aux arbres et recueillent la matière qui en découle des dans bambous taillés en bec et enfoncés dans l'écorce. Ce suc, desséché à l'air, se noircit, produit un vernis dont ils ont l'habitude de recouvrir tous leurs ustensiles de ménage. C'est particulièrement le Melanorrhœa usitatissima W ail . , qui produit ce vernis noir du Népaul qu'on appelle vernis de Siam ou suc de Marbatan. L'arbre lui-même porte le nom de « arbre à vernis » et ai^bre de Matachan.

Wallich. Plantœ asiaticœ rariores, I, 9, tab. 11 et l'2. — Endi.icher. Gênera, n" 1152. — Mébat et De Lexs. Dict. Mat. médicale, IV, 28(i. — Mapcmaxc. Des Thérébinlhacées. In Thèse d'agrégation, Ecole de Pharmacie de Paris, 1869, p. 114-141 et 187. Pl.

572 MÉLANOSE,

MÉLikKOSE. Le motmélanose qui, étymologiquement signifie maladie noire, sert aujourd'hui à désigner toute altération des tissus caractérisée par le passage de leur couleur naturelle à une teinte noire plus ou moins foncée avec ou sans mélanome (Carswell, 1858), c'est-à-dire avec ou sans production de tumeur ; pour Laënnec, quiaintroduit ce mot dans la science en 1806, il désignait ungroupe deproductîons accidentelles sui cjeneris, les tumeurs mélaniques qu'il séparait du cancer et du squirrhe. Mais depuis les travauxdeBreschet(1821), Trousseau et Leblanc (1828), de Lobstein (1829), etc., on n'a plus considéré les mélanoses que comme une sorte d'imprégnation de tissus sains ou morbides, par une matière colorante, regardée par Breschet comme l'analogue de celle du cor[)S muqueux de Malpighi et de la choroïde, ou encore, par la plupart des médecins, comme étant la matière colorante même du sang ayant éprouvé une certaine altération. La mélanose, dit en effet Lobstein, n'est point un produit pathologique sui generis, mais une simple coloration en noir tantôt d'un tissu sain, tantôt d'un tissu altéré, tantôt, enfin, d'un tissu accidentellement développé, tel que le cancéreux.

Aujourd'hui les progrès de l'analyse anatomique ne permettent plus d'envisager la question d'une manière aussi générale ou plutôt aussi vague.

La coloration accidentelle en noir des tissus normaux ou des tumeurs peut être due à des causes diverses bien déterminées ; elle peut reconnaître pour cause :

1° L'introduction du dehors dans l'organisme de particules métalliques de couleur noire qui se fixent dans tel ou tel tissu ;

2" Elle peut être déterminée par la formation dans l'économie de composés chimiques de teinte noire ;

3° Elle peut résulter de modifications survenues accidentellement dans certaines matières colorantes naturelles des liquides ou des solides, comme celles de la bile, des hématies, etc. ;

4° Enfin elle peut provenir de la production hétérotopique ou simplement de l'augmentation anormale en quantité des granules f!fi mélanine ou mélaïne. Ces granules sont alors semblables à ceux qu'on trouve dans les cellules épitliéliales de l'épiderme (surtout chez les nègres), dans l'épithélium de la choroïde, dans les corps ou cellules fibro-plastiques l'usiformes ou étoiles de la trame de celte membrane, ou libres entre les fibres de celle-ci et de l'iris dans les chromoblostes des reptiles, des batraciens, des poissons et de divers invertébrés {voy. Cellule). Ce sont, en d'autres termes, les granules qui sont dits du pigment noir *■ ; mais il faut rappeler que d'un individu à l'autre et d'une espèce à l'autre, comme sur les Peaux-Rouges et les Malais comparativement aux nègres ces granules peuvent varier de ton du jaune fauve assez pâle ou couleur de cheveux blonds et rouges au brun très-foncé, sans avoir le ton noir proprement dit quand ils sont vus par lumière transmise sous le microscope. Ces granules sont composés presque exclusivement de mélàine ou mélanine (voy. ce mot). On peut par conséquent distinguer des autres la dernière variété de mélanose sous le nom de mélanose mélaïniqiie et la troisième sous le nom de mélanose hématique. Quant aux premières, ce sont des mélanoses métalliques, sulfureuses, charbonneu-

* Notons que le mot pigment a aujourd'hui repris en anatomie la signification qu'il a en latin, pigmeniion, peinture, couleur servant à peindre, et il ne désigne pas exclusivement la matière noire de l'œil et de la peau. On distingue, en conséquence, le pigment noir ou mélanique du pigment rouge ou hématosique, du pigment vert ou biliaire (biliverdiue, etc., voy. l'article Bu^j, à\x pigment jaune ou zooxanthine, solubie dans les acides sulfurique et acétique (Bogdanow), elc

MÊLANOSE. 575

ses, etc., et non d'origine organique. On a depuis longtemps appelé vraie melanose la mélaïnique et fcnixses mélanoses, ou pseudo-mélanoses celles qui dérivaient d'une altération de l'hématosine du sang épanché, de rintroduction des poussières charbonneuses, etc. Mais quelle que soit la cause de la coloration, la mélanose peut être aussi intense dans les uns que dans les autres de ces cas. Il faut par conséquent les distinguer d'après la nature des corps colorants (qui peut aujourd'hui être nettement déterminée), et non d'après de vagues désignations.

I. JlÉLAAOSES PAR INTRODUCTION DANS l'ÉCONOMIE DES POUSSIÈRES NOIRES. On ne

connaît guère que celle, qui, très-communément est désignée sous le nom d'anthracosis. C'est celle qui est due à l'introduction de particules des poussières des diverses sortes de charbon et de noir de fumée par le poumon, l'intestin et le tatouage. On trouvera aux articles Antheacosis et Lymphatiques (p. 455 et 456) l'exposé des faits qui concernent leur pénétration, le mécanisme de leur arrêt dans les ganghons lymphatiques, les poumons et ie foie. Les granules de charbon colorent ces organes par places sous forme de plaques ou de traùiées ou dans toute leur étendue en leur donnant une teinte qui varie du grisâtre ou de l'ardoise au noir le plus intense. 11 y a de ces granules qui se voient dans l'épaisseur des cellules épithéliales devenues plus ou moins grosses tant dans les ganglions lymphatiques que dans le foie et de celles des expuitions noires de ceux qui vivent an milieu des atmosphères chargées de poussières charbonneuses ou de noir de fumée (Ch. Robin, Leçons sur les humeurs. Paris 1867, in-S", p. 458). Leur présence amène souvent un certain degré d'hypertrophie des ganglions avec ou sans dépôt de granules de phosphate et de carbonate de chaux. L'insolubilité des granules de charbon dans tous les réactifs caustiques acides ou alcalins les fait distinguer de tous les autres corpuscules. La forme de ceux qui viennent des charbons mis en poussière permet aussi de les différencier de ceux du noir de fumée sous le microscope et même d'y reconnaître des fragments des parois de cellules végétales ponctuées, et que la carbonisation n'a pas détruites {voy. Ch. Robin, Traité du microscope. Paris 1871, p. 550), et l'article Anthracosis de ce dictionnaire). Les analyses chimiques faites par Melsens et autres de la madère noire des poumons prouve du reste qu'il s'agit bien là de véritable charbon et non du pigment mélanique.

Parfois on rencontre des granules charbonneux, colorant peu on beaucoup, en noir, les ganglions lymphatiques des membres sur les individus morls à la suite de carbonisation plus ou moins étendue et plus ou moins profondes des parties du corps correspondantes. On en trouve aussi dans les cellules épithéliales de l'intestin grêle, dans ses villosif es, dans les glandes mésentériques et dans le foie, sur les sujets qui, brûlés ou non, sont morts après avoir été suffoqués plus ou moins longtemps par la fumée des incendies. Des taches ou traînées ardoisées ou noirâtres, larges de quelques fractions de millimètre ou plus, indiquent à l'œil nu les parties qu'il faut porter sous le microscope pour trouver les granules de charbon. La coloration noire de ces divers organes est notablement plus marquée sur les individus morts après avoir pris longtemps du charbon porphyrisé comme médicament.

Sur quelques sujets les parois des veinules des villosités intestinales et de la muqueuse montrent quelques taches microscopiques noires, dont la nature n'est pas encore déterminée avec précision.

Quant aux crachats mélaniques, c'est-à-dire colorés en noir plus ou moins intense, expués par les individus affectés d'anthracosis ou travaillant au milieu des poussières charbonneuses, ils ne sont pas formés par du pigment mélanique,

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