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Après s'être ainsi produite primitivement hors des régions où elle existe normalement, la mélanine se généralise, c'est-à-dire se montre successivement dans les tissus séreux, fibreux, muqueux, etc., dans les cellules épithéliales de toutes les glandes ou d'un certain nombre d'entre elles, et dans le tissu de leurs cloisons avec ou sans augmentation de leur volume, selon les eus, dans les cloisons inter-musculaires, dans le tissu médullaire des os et dans ses cellules, puis dans le tissu nerveux central même, avec ou sans formation de tumeur.
Tous les faits de généralisation de la production mélaïnique dans les divers tissus qui viennent d'être signalés s'observent aussi chez l'homme. Mais, tandis que sur le cheval, le bœuf, etc., c'est le tissu lamineiix qui est le siège delà production accidentelle primitive, qui est le point de départ de la généralisation successive, sur l'homme, la mélanose mélaïnique morbide, se généralisant, débute, à peu de chose près, toujours dans l'épiderme cutané ou dans une autre couche épithéliale. En outre, sa généralisation ultérieure diffère de ce qui a lieu sur le cheval en ce qu'elle consiste en une génération successive de masses épithéliales, de texture analogue à celle de l'épithélium primitivement affecté, et plus ou moins pigmentées. Ces tumeurs, en d'auties termes, ne diffèrent que par leur pigmentation de celles qui sont appelées tumeurs cancéreuses, et c'est à juste titre que Lebert a pu dire à cet égard que la mélanose carîcereuse, qui est commune chez l'homme, est rare dans le cheval, et que la mélanose pure (mélanose du tissu lamineux dont il va être question), qui est rare chez l'homme, est très-commune sur le cheval {Bulletin de la Soc. anatomique., Paris, 1852, in-8°, p. 507). Cette généralisation, souvent rapide, suit les mêmes phases que celle des tumeurs dites cancéreuses, et, par suite, il n'y a pas lieu de décrire de nouveau {voy. l'art. Carcinome, joarf te clinique, p. 569, 389, et suiv.) ; seulement, en même temps qu'elle marche, a lieu parfois la production de granules mélaniqiies dans la trame des tissus séreux, et autres comme dans les cas de mélanose du tissu lamineux déjà indiqués, page 385.
1" Mélanose mélanique des tissus lamineux, fibreux et séreux et des tumeurs qui en dérivent.
Dans tous les tissus qui ont pour éléments anatomiques les fibres lamineuses, on peut, dans certaines conditions séniles ou pathologiques, constater la production de la mélanose à des degrés divers d'intensité et de couleur. Les granules de la mélanine reproduisent, à peu de différences près, les dispositions qu'ils offrent normalement dans le tissu lamineux choroïdien. La pie-mère rachidienne présente souvent une teinte grise ou noirâtre dans les régions cervicales ou du bulbe, même chez les jeunes sujets, mais surtout sur les adultes et les vieillards ; elle s'étend circnlairement depuis le reiiQement brachial jusqu'à la protubérance en haut, et en bas elle descend parfois jusqu'au milieu de la région dorsale.
Cette coloration, qui est due à une multitude de petits points noirs trè.s-rap* proches, n'est pas superficielle, mais occupe toute l'épaisseur de la pie-mère. Elle est plus fréquente chez quelques animaux domestiques que sur l'homme. Ollivier (d'Angers), qui le premier a décrit ces particularités, a déjà spécilié qu'elle ne dépend pas d'un état pathologique, mais est due à un dépôt de matière pigmentaire [De la moelle épinière et de ses maladies. Paris, 1827, 2^ édit., in-S", t. I., p. 30, et 3* édit., 1858, p. 36. Voy. aussi Valentin, Verlaufund die letzten Enden der Nerven. Nova acta acad. Leopold. Bonn, 1856, in4°, t. XYIII, p. 1) ; ce fait a depuis lors été indiqué nombre de fois, et de plus on l'a constaté, quoique plus rarement, dans l'arachnoïde (Cazenave, art. MélaiNOSe du
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Dict. de med., Paris, 1859, et 49, p. 545) et dans la pie-mère encéphalique à la base du cerveau. Ce peuvent être de petites taches, presque imperceptibles à l'œil nu, ou d'une teinte rendue plus ou moins uniforme par le rapprochement des premières.
Comme dans l'iris et la choroïde, qui, au point de vue de l'évolution embryogéiîique et de la composition anatomique, sont des membranes de même nature que la pie-mère, les granules mélaniques sont, quoi qu'on en ait dit, en partie libres, et en plus grande partie inclus dans l'épaisseur même des corps ou cellules fusilbrmes ou étoiles que prolongent les fibres lamineuses. Souvent ces cellules sont devenues du double plus larges qu'à l'ordinaire, tout en conservant leur forme et leurs prolongements normaux, ou en devenant soit arrondies, soit polygonales au point de ressembler d'abord à des cellules épithéliales irrégulières; mais on peut toujours, quoique plus ou moins facilement, voir les fibres lamineuses qui prolongent leurs angles. Comme dans les membranes normalement pigmentées aussi, les granules peuvent, d'une portion à l'autre du tissu, être nettement distincts, ou comme fondus, en colorant miiformément le tissu à la manière d'une substance tinctoiiale, de la même manière que dans les cheveux. Mais dans ce cas même l'acide siilfurique, en attaquant la substance des cellules, amène k l'état de granules extrêmement fins, la mélanine qu'il ne dissout pas. Que la coloration soit uniforme ou avec l'état granuleux de celle-ci le noyau n'est jamais coloré et se dessine en clair vers le milieu des cellules, sauf les cas rares de réplétion avec distension globuleuse dans lesquels le noyau est alors caché. Souvent la vue de ce noyau conduit à distinguer des cellules dont le contour est en partie masqué par les éléments ou les granules ambiants.
Comme dans la choroïde et surtout comme dans l'iris, parmi ces granules pigmentaires il y en a qui, polyédriques ou arrondis, atteignent un diamètre de 2 à 4 millièmes de millimètre. Mais c'est surtout parmi les granules qui siègent entre les éléments anatomiques eux-mêmes qu'on en trouve qui offrent ces particularités. Il en est même qui, sphériques ou allongés, à contours un peu anguleux, atteignent une longueur de 1 à 2 centièmes de millimètre. Ce sont ceux-lii qui montrent le mieux la teinte sépia, un peu jaunâtre ou peu foncée, que présente souvent la mélanine, sans rien perdre de sa résistance à l'action des acides, etc. Toutes ces particularités se retrouvent de la manière la plus nette dans les granules des deux espèces de tumeurs mélaniques du cheval.
Souvent indiquée dans le névrilème du nerf optique dans les cas de tumeurs noires de l'œil et de l'orbite, la mélanose a été vue sur les mêmes sujets depuis les degrés signalés ci-dessus, jusqu'au point où elle formait des épaississements et des tumeurs. Rokitansky et Virchow ont publié deux faits de ce genre dans lesquels il y avait des taches , des mfiltrations ou des nodosités plus ou moins grosses dans la pie-mère et l'arachnoïde céphalo-rachidienne, les plexus choroïdes, le membrane ventriculaire, autour des rachies nerveuses rachidiennes et encéphaliques, dans le ganglion de Casser, etc., sans pénétrer ia substance nerveuse des centres ni sortir par les trous de conjugaison.
Depuis Gohier (1815), Hurlrel d'Arboval (18-25-1827) et Girard (cité par Laurens), les vétérinaires et les médecins (Laurens, Essai sur la mélanose, Paris, 1855, in-4, thèse n" 557, p. 20) ont, à diverses reprises, constaté la présence de la mélanose, lors de la généralisation de cette production sur le cheval, dans le canal rachidien, la pie-mère et l'arachnoïde encéphaliques et sp.nales sous forme de taches noires, etc. Halliday (1825) a vu de petites taches de matière
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noire sur le trajet des petits vaisseaux de la pie-mère de la base du crâne et sur les plexus choroïdes dans un cas demélanose généralisée, mais leur nature anatomique n'a pas été déterminée.
Dans tous les cas dits de mélanose infiltrée ou infiltration mélanique (Laënnec, Andral) et de mélanose à létal naissant (Trousseau et Leblanc), lorsqu'il s'agit bien de mélanose mélaïnique de l'homme, du cheval, etc., ce sont des disposilions anatoraiques de ce genre qu'on observe. On les constate dans la trame des séreuses, dans le tissu sous-jacent, dans les cloisons glandulaires, et inteunusculaires jusqu'aux plus fuies, sous la conjonctive, etc., soit que la coloration se présente avec la figure de petites taches stelliformes, de pétécliies, de traînées ardoisées ou noires, interrompues ou continues, etc., soit que les tissus ainsi atteints en reçoivent une coloration absolument noire, comme on le voit dans certaines cloisons glandulaires. On les constate aussi avec quelques différences secondaires dans les tumeurs dites mélanoses en masse du cheval, à la composition desquelles les granules prennent pourtant une part plus considérable.
Dans les cas de généralisation des tumeurs dites mélanoses cancéreuses, on peut même voir Ja production des granules mélaïniques avoir lieu au sein du tissu fibreux, tel que celui des disques inter-vertébraux (Campana, Bulletins de la Soc. anat., Paris 1857, p. 293). Ici ces granules sont libres, c'est-à-dire interposés aux fibres elles-mêmes. Dans ces mêmes circonstances, les granules raélaniques libres et plus ou moins gros se voient surtout dans le tissu lamineiix disposé ou non en paroi kysteuse entourant les masses morbides qui se sont produites successivement dans le poumon, le foie, le cœur, sous les séreuses, etc., et aussi dans le tissu lamineux des cloisons séparant parfois les lobules de ces tumeurs généralisées. Breschet en a vu dans les néo-membranes des séreuses, pigmentées elles-mêmes, et la sérosité de ces cavités closes était aussi noircie.
Dans ces mêmes circonstances et dans les cas de généralisation mélanique sur le cheval, des granules pigmentaires ou inclus peuvent être rencontrés dans les cloisons des muscles, des glandes, du rein, dans la trame de l'ovaire, etc., qu'il y ait ou non des tumeurs dans ces organes ou des granules mélaniques dans leurs cellules épitbéliales. Ces particules peuvent être assez abondantes pour colorer et même épaissir ces cloisons qui alors sont généralement plus dures qu'à l'état nornirtl. Des faits de ce genre ont été signalés par Trousseau et Leblanc dans les muscles du cheval et par Laurens dans ceux du bœuf. Notons une fois pour toutes que dans ces circonstances et dans les tumeurs noires d'origine épithéliale de l'homme et du cheval décrites plus loin, il y a souvent de petits épanchements sanguins qui font que des grains d'hématosine sont mêlés à ceux de mélanine; l'emploi de l'acide suKurique permet de les distinguer aisément {voy, p. 576-577).
Dupont et Denucé (1857), ont pubhé un cas remarquable de généralisation de la mélanose, en l'absence de toute tumeur, sur une vache dont la peau était naturellement marquée de blanc et de brun foncé. Les granules mélaniques soit libres entre les libres, soit inclus dans les corps fibro-plastiques noircissaient, sans former de tumeur, les tissus lamineux et adipeux, de toutes les régions du corps, .les parois des veines, leurs plexus intra-rachidiens et toute la face interne du canal spinal, ainsi que la dure-mère cérébro-rachidienne. Certaines portions du derme étaient é.galement noircies et tranchaient sur la couleur brune des taches cutanées naturelles. Tous les autres tissus conservaient leur couleur propre, même les capsules surrénales, bien que leurs enveloppes celluleuses fussent noires. Le rein seul offrait quelques marbrures mélaniques.
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La pie-mère cérébro-spinale était comme imbibée d'une teinture noire, et ainsi que le plexus choroïde elle ressemblait à une dentelle noire dans le crâne. La matière colorante était particulièrement accumulée entre le cerveau et le cervelet, entre celui-ci et la protubérance dans la scissure de Sylvius et surtout au fond des sillons des circonvolutions.
Quant à la substance de l'encéphale et de la moelle, sa superficie seule était un peu teintée en gris ardoisé. Au-dessous elle était de couleur normale. La sérosité veniriculaire n'était que sanguinolente.
Cette intégrité du tissu nerveux central, alors que la pie-mère cérébro-spinale est colorée en noir dans les cas de généralisation de la mélanose sur le cheval, a déjà été signalée par Hurtrel d'Arboval. Cette préservation, alors que toutes les parties interstitielles et membraneuses formées de tissu lamineux sont envahies, est loin d'être sans importance. Elle constitue un fait qui s'ajoute à tant d'autres pour montrer que la matière amorphe interposée aux cellules nerveuses de la substance grise et aux tubes de la substance blanche, ne saurait être assimilée au tissu lamineux ou conjonctif, contrairement à ce que font beaucoup d'auteurs allemands et leurs imitateurs.
Uélanoses mélaïniques du tissu lamineux. Ce sont, comme on sait, les cas de généralisation de la mélanose qui, tant chez l'homme que sur le cheval, fournissent des exemples de ces formes depuis longtemps décrites, surtout par les vétérinaires. Toutefois, il faut noter qu'alors il y a plus de granulations libres que dans les tissus noirs de l'œil. Ce fait est surtout notable, dès que les productions raélanijncs forment des sortes de taches, de gouttes, de plaques, de nodosités ép.iississant et indurant plus ou moins les séreuses, les cloisons lamineuses de divers organes. Elles prennent alors manifestement une certaine part à cette augmentation de volume, et cette part va en augmentant avec l'accroissement du tissu morbide. Mais il n'est pas douteux qu'avec la formation de la mélanine au delà des hmites où elle n'est plus simplement colorante, il y a production de fibres lamineuses qu'on trouve à l'état de corps ou cellules fibro-plastiques tant fusiformes qu'étoiles. Leurs prolongements fibrillaires entre-croisés sont plus visibles quand le produit morbide est encore de petit volume que lorsqu'il forme une masse ou tumeur proprement dite plus ou moins bien limitée. Dans ce dernier cas, on trouve beaucoup de corps fusiformes ou étoiles qui ne montrent pas encore des prolongements ou qui n'en ont que de fort courts, et il y a entre eux d'autant moins de fibrilles complètement développées que la tumeur est plus grosse. C'est du reste, en un mot ce qu'on voit dans les tumeurs provenant du tissu lamineux {voy. l'art. Lamineux, p. 263 et 264), dites sarcomateuses ou fibro-plastiques par Lebert et auxquelles les auteurs allemands modernes rendent l'ancien nom de sarcome. Ce n'est pas ici que doit être faite l'histoire anatomique et clinique de ces tumeurs ; mais ce qu'il importe de spécifier, c'est l'arrivée graduelle de ces dispositions [mélanose infiltrée et en taches et plaques) à la seconde avec les dispositions anatomiques dont il vient d'être parlé ; c'est de plus que dans les tumeurs dites mélanoses à l'état cru, mélanose ou masse, mélanomes (Cnrswel), concrétions mélaniques, mélanose tuberculeuse, cancer mélanode ou melanotique, se trouvent des cas dans lesquels les tumeurs ainsi pigmentées ont pour partie prédominante des éléments du tissu lamineux et non des épithéliums, comme celles dont il sera question plus loin.
En résumé, on trouve parfois chez l'homme des tumeurs fibio-plastiques colorées en noir, parla mélanine disposée comme il vient d'être dit. Mais nous verrons