MÉLIER
de Gaulettes, et où l'on emploie, paraît-il, ses feuilles contre les flux de sang. Mais cette espèce n'appartient pas au genre Melicocca: elle forme à elle seule le "enre Doratoxylon, Touars, qu'on ne place qu'avec doute dans la famille desSapindacées.
LixxÉE. Gênera Plant., 47. — De Candolle. Prodronius, I, 615. — ENDLicnEn. Gênera, 5620 Bentham etHooKEB. Gênera Plant., p. 401 et 408. — Bouton, Plant, médicin. de Maurice p. 9.2. p,.
illÉIlE (voy. Mélia;.
MÉLIER (F.). Né à Chasseneuil (Charente), le 14 juillet 1798, mort à Marseille, le 16 septembre 1866. Il fit à Limoges ses études umversitaires et y commença ses études médicales qu'il vint terminer, à Paris, où il fut reçu docteur en 1823. Il publia dans les journaux de médecine divers articles qui n'ont pas une grande valeur scientifique. En 1827, il fait un cours de médecine publique ou politique, et, à partir de ce moment, il semble se consacrer presque exclusivement à l'étude des questions hygiéniques. Mélier n'était connu que par ces travaux, honorables sans doute, mais peu importants, et par un ou deux mémoires présentés à l'Académie de médecine, quand celle-ci l'appela dans son sein, comme membre titulaire, en 1843. Chose digne de remarque, Mélier, sur lequel on ne comptait guère, se trouva bientôt, grâce à son zèle, à son activité, à son amour du travail, à la hauteur de la position qu'on venait de lui faire. Ses rapports sur la santé des ouvriers employés dans les manufactures de tabac, sur les marais salants sont de vrais travaux d'hygiène publique faits tout à la fois avec une grande sagesse et une science consommée. En 1850, Mélier fut nommé inspecteur général des services sanitaires, place créée tout exprès pour lui et qu'il a occupée d'une façon vraiment remarquable. C'est à ce titre qu'il a provoqué le Congrès sanitaire international, et qu'il l'a présidé après avoir rédigé le programme des questions à débattre. La convention sanitaire qui sortit de ce congrès n'a pas obtenu l'approbation générale, et on trouve que la grande question des quarantaines y a reçu une solution un peu précipitée ; la ville de Marseille, en particulier, a fait entendre les plaintes les plus vives. En 1861, une épidémie de fièvre jaune se manifesta, en France même, à Saint-Nazaiie, où l'on nota 26 décès sur 40 cas de maladie. Mélier se rendit sur les lieux, étudia la maladie, prit les mesures les plus sages et les plus énergiques, et fut assez heureux pour arrêter la marche du mal. Il a publié sur cette petite épidémie, et sur les moyens sanitaires qu'il a mis en usage, un mémoire aussi intéressant que curieux.
Méher venait de remplir une mission en Corse quand, de passage à Marseille, il voulut visiter le lazaret de Ratoneau, qu'il avait lui-même installé. A la suite d'une insolation prolongée, il fut frappé, le 6 septembre 1866, d'une congestion cérébrale à laquelle il succomba, après dix jours de maladie. On peut dire de lui qu'il est tombé au champ d'honneur.
Mélier n'est, sans doute, pas un grand savant, il s'est pourtant peu à peu placé et tenu à la hauteur de sa position ofûcielie ; nous croyons qu'il y aurait utilité à réunir en un volume quelques-uns de ses mémoires, dispersés dans divers recueils. Il était homme du monde, poli, bienveillant, doux et d'une grande droiture ; il était doué d'un grand courage et il l'a montré dans ses diverses missions ; d'ailleurs simple et sans morgue, il est mort aimé et estimé de tout le monde.
Mélier n'a publié aucun ouvrage de longue haleine, tout son bagage scientifique se borne à un certain nombre de Mémoires ou Rapports ; nous avons signalé les
420 MELILOT (botanique).
principaux dans le courant de cet article. Voici les titres de quelques autres: Sur le diagnostic médical, thèse inaugurale, 1827 ; Sur les maladies de la matrice; Sur le traitement des fièvres intermittentes. 11 fut, en outre, un des collaborateurs du Journal de médecine et de chirurgie jiratique. H. Mr.
MÉLIGUETTE, synonyme de MARîlGUETTE {voy. ce mot).
MÉLlLOT. §1. Botaniqae. il/e/i/oto^ Tournefort. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Légumineuses, à la sous-famille des Papilionacées. Ce genre, indiqué par Tournefort, avait été réuni par Linnée aux Irifolium, mais les botanistes qui ont suivi l'illustre savant suédois, Jussieii, de Candolle, etc., sont revenus à l'idée de Tournefort et ont admis comme distinct le genre Melilotus, auquel on assigne maintenant les caractères suivants : Calice à cinq divisions. Corolle papilionacée à pétales libres, caduques, à carène obtuse. Étamines diadelphes , non soudées aux pétales, à filets simples non dilatés au sommet. Gousse subglobuleuse ou ovoïde, droite, indéhiscente, dépassant en longueur le tube du calice.
Les plantes qui répondent à ces caractères sont annuelles ou bisannuelles. Leurs feuilles sont trifoliolées, comme celles des trèfles. Leurs fleurs sont disposées en grappes axillaires, le plus souvent grêles et allongées. Elles habitent les régions tempérées et subtropicales de l'hémisphère boréal et particuhèrement de l'ancien continent.
Quelques espèces méritent d'arrêter l'attention des médecins à cause des propriétés qu'on leur a attribuées et de l'usage qu'on en fait encore de nos jours. Deux en particulier ont porté dans les auteurs le nom de Mélilot officinal, et sont employées à peu près indifféremment. Ce sont:
i° Le Mélilot des champs, \e Melilotus officinalis Lam. {Melilotus arvensis Rôti;.). Cette plante a 3 à 10 décimètres de haut. De sa racine longue et épaisse partent une ou plusieurs tiges dressées, rameuses, dont les feuilles inférieures portent des folioles obovées, dentées ; les supérieures des folioles oblongues, également dentées. Les grappes de tleurs sont plus longues que les feuilles à l'aisselle desquelles elles viennent. Le calice a cinq dents un peu inégales: la couleur de couleur jaune, rarement blanche, a l'étendard plus long que les ailes, qui sont elles-mêmes plus longues que la carène. Le fruit est une gousse glabre, unie, verdàtre à la maturité, réticulée, rugueuse sur les faces, contenant une ou deux graines ovoïdes.
Le Mélilot des champs est très-commun dans les moissons, où il fleurit du mois de juillet au mois de septembre. A l'état frais, il a une odeur douce ; mais cette odeur se développe considérablement par la dessiccation : elle devient forte tenace, rappelant celle de la fève Tonka. Quelques piods suffisent pour parfumer tout un paquet d'herbier ou pour aromatiser le foin auquel ils sont mêlés. — Ce mélilot se vend très-souvent à Paris en petites bottes de 20 à 25 centimètres de longueur mélangé de plantes étrangères.
On y vend aussi en bottes de 50 à 55 centimètres beaucoup moins mêlées d'autres plantes, l'espèce suivante, qui est plus aromatique encore et que l'on regarde le plus communément comme le vrai Mélilot officinal.
2" Cette espèce est maintenant décrite sous le nom de Melilotus macrorhiza, Pers. : {Melilotus altissima Thuill. M, officinalis Willd,). Elle est plus grande dans toutes ses parties que la précédente; elle a de 10 à 15 décimètres de hauteur. Ses grappes sont beaucoup plus longues que les feuiliss, ses pétales seiisi-
MÉLILOT (emploi médical). 421
blement égaux entre eux. Ses gousses sont noirâtres à la maturité. Elle croît clans les prés humides, aux bords des rivières.
Les sommités sèches du mélilot officinal sont employées comme émollienles, digesti\ es, calmantes et surtout comme résolutives. — On fait avec cette plante une eau distillée qui est employée dans la parfumerie pour exalter les autres odeurs.
Aucune des deux espèces précédentes n'est le mélilot des anciens {i^ûiluroç de Dioscoride). On s'accorde assez généralement à rapporter cette plante au Melilotus italica Dl. qui croît en Italie et dans le Midi de la France, et qui a été quelquefois employée en guise de Mélilot officinal.
Parmi les autres espèces de Mélilot, nous citerons encore :
Le Mélilot de l'Inde {Melilotus indiùa Lam.), dont une variété, qui est peutêtre le Suendadi-pullu de Rheede, est employée comme diurétique.
Le Mélilot blanc [Melilotus alba Lam.), qui a de 3 à 12 décimètres de hauteur, des fleurs toujours blanches, dans lesquelles l'étendard est plus long que les ailes, qui oui, la longueur de la carène. La gousse est glabre, obovée. Cette plante est propre à la nourriture des bestiaux et peut servir à la formation de prairies artificielles.
Le Mclilot bleu {Melilotus cœrulea Lam.), plante de Silésie, de Bohème et du Tyrol, dont les propriétés rappellent celles du mélilot officinal et qu'on emploie dans cei'taines parties de la Suisse pour la préparation de certains fromages, appartient maintenant au genre Trigonella {voy. Trigo?{elle).
Dioscor.iDE. Mat. med., III, 48. — Cauhix (J.). Historia Plantar., II, p. 568. — Tourxefokt. Imtitutiones, 406, pi. 229. — Rheede. Malabar, IX, p. 75, tab. 40. — Lamarck. Bict. Encijclop., IV, 62 et suiv. — De Caxdoli.e. Prodromus, II, 186 et Flore française, V, 564. — ExDuciiER. Gênera Plant., 6510. — Bentham el Hoockeb. Gênera Plant., 1, 487. — Grenier et GoDRON. Flore de France, 400. — Berg (Otto). Beschreibung und Darstelhmg der officinellen Gewàc/txe, t. XXVI, f. — Guidourt. Drogues simples, 6= édition, Ilf, pagre 559.
Pl.
§ IL Emploi médical. 1° MÉLILOT OFFICINAL. Parties usitées : sommités fleuries.
Les tieurs de mélilot s'emploient en infusion ou en décoction à la dose de 15 à 30 grammes pour un litre d'eau.
Eau distillée de mélilot. Fleurs sèches, IjOOO grammes; eau, Q. S. — Distillez à la vapeur jusqu'à ce que vous ayez obtenu 4,000 grammes de produit distillé (Codex).
C'est la seule préparation officinale de mélilot qui soit employée aujourd'hui.
L'huile de mélilot, préparée par digestion, et YemplâtJ^e de mélilot, simple ou composé, n'étant plus employés et ne nous paraissant pas mériter d'être retirés de l'oubli, il est inutile de reproduire leurs formules {voy. Jourdan, Pharmacopée universelle. — Servant, Remarque sur l'emplâtre de mélilot composé, in Bull, de thérap. 1855, t. V, p. 156).
Le parfum du mélilot se développe davantage par la dessiccation ; il est donc mieux d'employer des fleurs sèches que fraîches. Ce parfum, analogue à celui de la fève tonka, avait été attribué par Vogel, en 1820, à de l'acide benzoïque, que ce chimisie supposait exister également dans la fève tonka. Mais Guibourt démontra que le principe odorant de celle-ci est un principe nou acide, auquel il donna le nom de Coumarine, et après lui Chevalier, Thubeuf, Guillemetfe {Journal de Pharmacie, 1835, t. XXI, p. 172), Cadet de Gassicourt {Bulletin de thérapeutique, 1834, t. VII, p'. 405), reconnurent que l'arôme du mélilot est dû à un principe immédiat neutre, ayant tous les caractères de la coumarine. Zwenger
422 MÉLILOT (thêrapeutiqde).
et Bodenbender {Union pharmaceutique, 1865, p. 91) disent que ce principe est combiné dans le mélilot avec un acide mélilotique susceptible de former des sels en général solubles et cristallisables.
§ III. Thérapentîqne. L'arome agréable d'une plante, qui prévient déjà en sa faveur, la fait presque toujours employer à quelque usage médical, hygiénique ou industriel. Aussi le mélilot a-t-il eu ces diverses destinations. Signalé par Dioscoride sous le nom de >wTdç, il a été indiqué par Pline comme remède antiophthalmique, résolutif et anodin. Depuis longtemps on a remarqué qu'il donne de la qualité au fourrage, en le parfumant, en le rendant ainsi plus agréable aux bestiaux, plus nourrissant peut-être comme le sont également d'autres légumineuses, telles que le trèfle et la luzerne; tandis que par ses propriétés carminatives il n'expose pas, comme ces deux dernières plantes, aux pneumatoses abdominales si fréquentes chez les herbivores. Ces avantages l'ont fait cultiver, notamment pour la nourriture du cheval, et lui ont valu le nom de Trifollium caballinum, trèfle ^e cheval, que lui donnent particulièrement les Italiens.
Le mélilot doit encore à l'essence dont il est imprégné la propriété insecticide, en vertu de laquelle il a été employé pour la conservation des pelleteries. Il en est fait usage en certains pays pour aromntiser les aliments ; Valmont de Bomare prétend qu'il suffit d'en introduire une petite quantité dans le corps d'un lapin domestique nouvellement tué et vidé, pour que la chair de cet animal contracte le fumet des meilleurs lapins de garenne. Enfin les parfumeurs l'on fait entrer dans divers cosmétiques. D'après Mattioli, le méhlot bleu servait de son temps à la préparation de quelques eaux de senteur en Italie.
Les propriétés médicales du mélilot ont été l'objet d'appréciations contradictoires, de doutes et d'exagérations également suspects. Ainsi Halier aurait constaté une action irritante dans ses semences ; Bulliard a prétendu que la plante en sécliant prend de l'àcreté; Ettmiiller et Simon PauH ont surfait ses vertus. La vérité est que c'est un médicament fort innocent qui pèche plutôt par défaut que par excès d'action.
Il paraît toutefois que les méUlots de l'Orient et du midi de l'Europe sont plus aromatiques et plus actifs que ceux de nos contrées.
De l'opinion, de la pratique des auteurs qui nous parlent de cette plante, il résulte que ses propriétés sont sédatives, carminatives et résolutives.
Sédatives d'abord ; nous remarquons en effet que, depuis Pline, c'est particulièrement contre des affections douloureuses que l'on a employé les préparations de mélilot. II les recommande contre les douleurs de l'estomac et des organes génito-urinaires. Ettmûller et Simon PauU les conseillent dans des circonstances analogues. Il est, dit-on {Gazette médicale de Strasbourg, 1856, p. 80), d'usage populaire en Allemagne d'ajouter le mélilot aux bains donnés aux rhumatisants et aux goutteux ; ces bains conviendraient aussi dans le cas de rétention d'urine. Ces propriétés sédatives de la douleur, ou anodynes, dépendent vraisemblablement d'une huile essentielle, analogue en cela à beaucoup d'autres, et qui n'a pas encore, à ma connaissance, été isolée.
Le méUlot a fait partie autrefois des espèces carminatives, et le justifierait d'après plusieurs observateurs. P. Chorael {Abre'gé de l'histoire des plantes usuelles) se loue de l'infusion de cette plante en fomentations contre la colique venteuse, la tympanite, la tension douloureuse du bas-ventre. Cette hifusion, en lavement, peut agir encore mieux comme carminative, et agit en outre comme émolliente et anodyne.
MÉLISSE (botanique). 423
L'huile de mélilot, l'emplâtre de mélilot passaient pour des moyens résolutifs; sa décoction s'employait en fomentations sur les engorgements intlammatoires, et mieux sur les hypérémies superficielles telles que l'érythème. Enfin, l'eau distillée de mélilot est restée jusqu'à nos jours l'un des moyens les plus employés contre les inflamations de l'œil, et elle est encore l'un des véhicules les plus ordinaires des collyres. On lui attribue quelques propriétés résolutives, et en même temps elle est un peu calmante. Sous ce dernier rapport elle est préférable à l'eau distillée de rose contre les conjonctivites douloureuses.
On prête aussi au mélilot quelques propriétés béchiques, communes d'ailleurs à la plupart des plantes aromatiques.
2" Le MÉLILOT BLEU, trèfle musqué, lotier odorant, a un parfum beaucoup plus prononcé que le précédent, très-persistant, très-dillusible, et que l'on a comparé à celui du baume du Pérou ; d'où le nom donné à cette espèce de faux baume du Pérou. Il doit donc être plus actif. C'est celui qui est préféré en Allemagne. En Silésie, on le prend en infusion comme le thé. Les Suisses en aromatisent le fromage qu'ils appellent chapsigre, Schabzieger des Allemands.
Mérat et Delens pensent que le mélilot des anciens était hnielitotus italica, L. Celui-ci peut servir aux mêmes usages que les deux précédents.
D'après les mêmes auteurs, une variété du melitotus indica, qui est le siiendadi-pidlu de Vhortus malabaricus, est employé dans l'Inde comme diurétique, avec addition de borax! D. de Savignac.
MÉLOIET {voy. Cérinthe).
3IÉL1SSE. gl. Botanique. Me/issa Tournefoit. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Labiées. Ce nom fut donné par Tournefort, après les auteurs du seizième et du dix-septième siècle , à un genre de plantes dont le type était la Mélisse officinale. Linnée le conserva, mais en l'élargissant et y faisant entrer un certain nombre d'espèces, que nous avons déjà décrites sous le nom de Calament {voy. ce mot). Actuellement, les botanistes restreignent d'ordinaire le genre Melissa aux espèces qui présentent les caractères suivants :
Calice à tube campanule, plane en dessus, à cinq dents disposées en deux lèvres, dont la supérieure tridentée, l'inférieure bifide. Corolle à cinq divisions, également à deux lèvres, dont la supérieure dressée, concave, émarginée ; l'inférieure à trois lobes peu inégaux. Quatre étamines didynames, écartés à la base, convergentes au sommet sous la lèvre supérieure. Anthères à deux loges soudées ensemble au sommet, très-divergentes à partir de ce point.
La seule espèce qui nous intéresse est la Mélisse officinale ou citronelte (Melissa offîcinalis L.). Elle croît dans les buissons de l'Europe méridionale, et de l'Asie moyenne. Elle est subspontanée eu France, jusque dans les parties septentrionales. C'est une plante de 3 à 8 décimètres, dont les tiges dressées portent des rameaux étalés et des feuilles pétiolées, ovales, souvent cordées à la base, à grosses crénelures sur les bords ; marqués des nervures en réseau saillant à la face inférieure. Les fleurs soiit disposées en petits cymes axillaires à l'aisselle de bractées opposées. Elles sont très-brièvement pédonculées et plus courtes que les feuilles florales. Le fruit est formé de quatre achaines, oblongs et de couleur brune.
La Mélisse officinale présente quelques variétés. Elle est tantôt très- velue et porte alors le nom de Melissa offîcinalis hirsuta (Melissa hirsuta, Hornem.) ; d'autres fois, elle est seulement munie de poils épars. C'est la Mélisse type, celle qu'on a quelquefois nommée Melissa citrina. Les parties employées en pharmacie
■424 MÉLISSE (emploi médical).
sont les sommités cueillies, d'ordinaire, avant l'épanouissement des fleurs. Leur nom pharmaceutique est Folia melissœ citrince. Ces feuilles ont une odeur trèsagréable, qui rappelle un peu celle du citron, d'où le nom de Citronelle donnée à la plante. La mélisse est employée depuis longtemps. Les anciens la connaissaient et en faisaient usage comme de la menthe et du calament. C'est le MsIkt- G-ùfùvWov de Dioscoride, le Melissuphyllum de Virgile. Pline la désigne sous le nom d'Apiastriim, plante recherchée des abeilles. On la nommait aussi Citrago à cause de son odeur. Elle a été estimée par les médecins de la Renaissance, qui employaient son eau distillée comme cordiale et la plante comme emménagogue. Lobel, qui nous donne ces renseignements, ajoute qu'on faisait avec ses jeunes pousses pilées et incorporées dans des œufs et du sucre des espèces de gâteaux, destinés à relever les forces des femmes en couches, et emmener ou régulaiiser le flux menstruel. Au dix-septième siècle, Lemery dit de cette espèce : (1 Elle fortifie le cœur, le cerveau, l'estomac. Elle excite les mois des femmes : on s'en sert dans l'apoplexie, dans l'épilepsie, dans les vertiges, dans la mélancolie, dans les fièvres mahgnes, dans la peste. On sait que la Citronelle est maintenant d'un usage vulgaire en infusions théiformes, et qu'elle fait la base de l'alcoolat si répandu sous le nom à'Eau de Mélisse ou des Carmes.
[,e nom de Mélisse, suivi d'une épithète, a été appliqué à quelques plantes de la même famille des Labiées ; c'est ainsi qu'on a appelé :
Le MeUitis, Melissophîjlhim L. Mélisse bâtarde et Mélisse punaise, ou encore Mélisse sauvage, Mélisse des bois, Mélisse de Tragus.
Le Dracocephahim Moldavicum, Mélisse turque et Mélisse de Moldavie.
Le Dracocephalum Canariense, Mélisse des Canaries.
Lf Mollucella lœvis, Mélisse de Constantinople, et Mélisse des Moluques.
Virgile. Géorgiques, IV, vers 65. — Dioscoride. Materia medica, lib. III, cap. 118. — Pline. Hisf. nat., lib. XXI, chap. xx. — Lobel. Observai., 277. Adversaria,210. — Lewert. Dict. Drogues .simples, p. 560. — Tournefort. Institutiones . — Linnée. Gênera, 728. Species, 827. — De Candolle. Flore française, III. 564. — Bentham. In De Cûndolle Prodromus, XII, •.i40. — Grenier et Godron. Flore de France, II, 668. — Gdibourt. Drogues simp/es, 0° édit., II, 464. Pl.
§ IL Emploi médical. MÉLISSE 0FFIC1NA.LE, mélisse citronée, citronelle ou cédronelle. Parties usitées : les feuilles et les sommités.
La récolte de la mélisse se fait en mai et juin, avant l'épanouissement des fleurs. Son odeur agréable de citron dégénère légèrement en celle de punaise, lorsque sa végétation est plus avancée. Elle conserve son odeur après la dessiccation.
Pharmacologie. La mélisse a une odeur douce, agréable, comparable à celle du citron ; une saveur analogue, légèrement chaude etamère, lorsque l'on mâche ses feuilles ; mais son infusion n'a qu'une saveur aromatique sans mélange d'amertume.
11 serait bon de renoncer, pour désigner la mélisse, au nom de citronelle, donné également à plusieurs plantes très-diiférentes, dont l'odeur se rapproche plus ou moins de celle du citron, telles que l'aurone mâle, le verveine odorante. On trouve aussi dans le commerce, sous le nom de citronelle, une huile essentielle, provenant principalement de Ceylan, et retirée par distillation des feuilles de VAndropogon schœnanthns (graminées, Piesse). Il est à craindre que cette essence, qui se vend bon marché, serve à falsifier l'essence de mélisse, ou même lui soit frauduleusement substituée.
MÉLISSE (emploi médical). 425
Les propriétés médicales de la mélisse sont dues à son huile essentielle ; celleci, très-peu employée en parfumerie, inusitée en médecine, n'a pas inspiré assez (.riiitérêt pour être étudiée, et les documents nous manquent à son égard. 25 kilogrammes de mélisse fraîche ne donnent, d'après Piesse, que 25 à 38 grammes d'essence de mélisse. Cette essence est incolore, lorsqu'elle a été parfaitement Victifiée; telle qu'on la trouve dans le commerce, elle est jaune ambrée, parfois légèrement verdàtre. Elle a une odeur suave, fraîche et pénétrante, qui rappelle tout à fait celle de la plante qui la fournit.
La méhsse contient en outre un principe amer, soluble, en partie dans l'eau, en partie dans l'alcool, et qui paraît être de nature gommo-résineuse. 11 est probable qu'elle renferme un stéaroptène analogue au camphre, ainsique la plupart des labiées.
Formes pharmaceutiques et doses. Infusion ou tisane de mélisse. Feuilles et sommités, 10 à 20 grammes par litre d'eau. Elle doit se préparer à vase clos, comme pour toutes les espèces aromatiques.
Eau distillée de mélisse. Elle sert, en totahté ou en partie, comme véhicule de potions calmantes, antispasmodiques, cordiales, etc.
Alcoolat simple de mélisse. Sommités récentes de mélisse, 1 partie; alcool à 80", 5; eau distillée de mélisse, \. Faites macérer pendant quatre jours, et distillez pour retirer 2 parties et demie d'alcoolat.
11 entre comme partie dans les potions ci-dessus, ou sert à les aromatiser, à la dose de 4 à 8 grammes et plus.
Alcoolat de mélisse composé. C'est Veau de mélisse des Carmes, dont la formule varie selon les formulaires. Le Codex a adopté la formule suivante : mélisse fraîche en fleur, 900 grammes; zestes frais de citron, 150; cannelle de Ceyian, 80; girofles, 80; muscades, 80; coriandre, 40; racine d'angéhque; 40; alcool à 80", 5000. Coupez la mélisse et les zestes de citron, concassez les autres substances ; faites macérer le tout dans l'alcool pendant quatre jours, et distillez au bain-marie pour retirer toute la partie spiritueuse.
L'eau de mélisse jaune est cette même préparation additionnée, pour 1000, de 5 teinture de safran.
Ceci n'est toutefois qu'une imitation et une simplification de la véritable eau de mélisse des Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard, fabriquée et mise en vente dès 1611 (Dorvault) ; Guibourt rapporte en entier la recette de cette eau fameuse ; il serait trop long de la transcrire ici ; on la trouve reproduite dans la Pharmacopée universelle de Jourdan (2'^ édit., t. II, p. 23).
Dose : 1, 2, 3 cuillerées à café dans un peu d'eau sucrée; sert aussi en appliciitions extérieures.
La mélisse est entrée dans un assez grand nombre d'anciennes préparations officinales, telles que Veau générale. Veau divine, Veau impériale, le sirop d'armoise composé, \a poudre chalybée, etc.
Elle entre dans V alcoolat vulnéraire du Codex.
La teinture ou alcoolé et V alcoolature de mélisse ne sont plus guère usités. Ces préparations peuvent cependant remplacer économiquement, et non sans quelques avantages, celles obtenues par distillation.
La poudre de feuilles de mélisse n'est plus usitée à l'intérieur; mais elle fait partie des poudres aromatiques destinées au pansement des plaies atoniques, sanieuses et de mauvais caractère.
HiSTORiQUEo La mélisse, aimée des abeilles et parfumant leur miel, leur doit
''20 MKLISSI'] (emploi mki.ical).
son nom : pteXtco-ôijJu^^ov et ^z\vz-za.uot. chez les Grecs, melissa chez les Latins, qui lui donnèrent le nom grec de l'abeille elle-même, ^lifrcra, et aussi celui d'apiastrum. Les anciens ne la cultivaient pas seulement dans l'intérêt de l'apiculture, ils on faisaient grand cas comme médicament. Après Hippocrate, Dioscoride, Pline, les Arabes renchérirent sur ses éloges, et elle n'a jamais cessé d'être employée en médecine ; elle est en effet l'une des labiées les plus intéressantes pour la thérapeutique.
Action PHYSior.oGiQUE. La mélisse possède les propriétés communes aux labiées, dans lesquelles le principe aromatique domine sur le prnicipe amer. C'est un excilant diffusible faible, mais néanmoins accusant assez bien ce mode d'action ; son essence, en revanche, le produit plus nettement et à un plus haut degré. Son action, analogue à celle des médicaments de ce genre, en passant d'abord par le système nerveux, se répartit entre tous les appareils organiques. La mélisse n'est pas spécifiquement cordiale, stomachique, carminative, emménagogue, diaphorélique, etc., comme le prétendent les auteurs en se répétant les uns les autres. Dans la diffusion de son action, les fonctions circulatoires, digesfives, utérines, etc., reçoivent chacune leur part d influence, selon leur besoin du moment. L'innervation cérébrale seule semble parti culièi'emer.t favorisée, ce qui justifie jusqu'à un certain point la prééminence que l'on attribuait à ce médicament parmi les céphaliques. La légère stimulation qu'elle détermine aboutit ordinairement à un effet calmant et sédatif, ainsi que cela a. lieu pour la plupart des excitants diffusibles, lorsqu'ils sont employés avec opportunité. Toutefois, la mélisse est un médicament assez doux pour n'être point autant à craindre que d'autres stimulants dans les cas d'inflammation, de pléthore, d'excitation générale, etc. Son essence produit des effets calmants encore plus marqués ; elle manifeste, surtout en applications extérieures, des effets antalgiques.
Action 'ihéras'eutique. PUne reconnaissait dans la mélisse un médicament antispasmodique, notamment contre l'hystérie et contre l'orthopnée ; em.nénagogue, vulnéraire, pectoral, antidysentérique, antiophtbalmique (lib. XXI, cap. Lxxxvi). Nous apprécierons, chemin faisant, ce qu'il y a de vrai dans ces indications, au milieu desquelles on remarquera qu'il n'est pas question des propriétés céphaliques ; Dioscoride, toutefois, en avait touché quelques mots.
Les propriétés antispasmodiques de la mélisse, si légères qu'elles soient, sont réelles. Les sommités de mélisse sont, sous ce rapport, les analogues des fleurs et feuilles de tilleul et d'oranger ; les produits de la mélisse, pour la puissance, se rapprochent plutôt de ceux de l'oranger, si même ils ne les dépassent parfois. L'infusion de méhsse convient donc parfaitement dans les différents cas oii domine un élément nerveux, comme tisane ordinaire des malades, dans les fièvres ataxiques par exemple; de même l'alcoolat et l'eau distillée se prescrivent avec avantage contre les spasmes engendrés par diverses névroses ; mais si ces préparations peuvent suffire contre un état spasmodique passager, modéré et sans lien avec une affection interne persistante, il serait illusoire d'y compter comme moyen curatif contre les névroses graves.
Les plantes aromatiques ont été généralement invoquées comme sudorifiques, et cette propriété a été attribuée à la mélisse. Peyrilhe, pour compléter son traitement sudorifique, dont la base était l'ammoniaque, donnait aux syphilitiques l'infusion de cette plante pour boisson habituelle. Il se peut que les principes aromatiques, transportés par la circulation vers la périphérie, excitent légèrement les glandes sudoripares ; mais, si l'on tient compte que ce sont surtout
MÉLISSE (emploi médical). 427
leurs infusions chaudes, telles que celles de tilleul et de mélisse, qui favorisent la diaphorèse, on reconnaîtra que la chaleur du véhicule est pour beaucoup dans la production de ce phénomène.
C'est à la faveur d'un double effet antispasmodique et diaphorétique que les règles suspendues peuvent apparaître après l'administration d'une Infusion chaude de mélisse; la dysménorrhée peut céder, comme douleur et comme entrave à l'issue des règles, à quelque potion chargée d'essence de mélisse, agissant plus spécialement sur le spasme utérin. Mais cette action emménagoguo, contingente et relative, ne doit pas compter, contrairement à l'opinion de beaucoup d'auteurs, au nombre des propriétés inhérentes à ce médicament.
Ce furent les Arabes, entre autres Sérapion, Avicenne, qui, les premiers, firent de la mélisse un médicament nervm, céphalique et exhilarant, c'est-à-dire, d'une part, susceptible de fortifier les nerfs, de relever les fofces ; d'autre part, d'activer l'action cérébrale et d'exciter à la gaieté. Elle fut alors recommandée comme cordiale, et son usage est resté vulgaire contre les défaillances, la syncope, l'atonie nerveuse, comme stomachique et carminative, lorsque cette atonie se prononce du côté de l'estomac et de l'intestin; mais nous verrons bientôt que les toniques plus francs auxquels elle était associée, devaient jouer un grand rôle dans Tobtention de ces effets. Elle fut surtout vantée avec excès comme céphalique, autrement dit contre les troubles des fonctions cérébrales, depuis les plus légers jusqu'aux plus graves, depuis le simple vertige jusqu'à l'apoplexie. Les affections mélancoliques, l'hypochondrie, la manie elle-même, particulièrement lorsqu'elle portait sur des idées tristes, comptaient en première ligne au nombre des maladies que la mélisse devait modifier ou guérir, sur le témoignage de Rondelet, Forestus, Gratarolus, Fernel, Rivière, Hoffmann, etc. Plusieurs de ces auteurs ajoutent qu'elle aiguise l'esprit et réveille la mémoire affaiblie. Sans sousciire, bien entendu, à ces exagérations. Trousseau et Pidoux, dans un article où la critique scientifique s'allie à beaucoup de verve et d'esprit, ont cherché le sens pratique des idées des anciens auteurs sur les substances céphaliques et exhilarantes. Ils pensent que ces propriétés sont en grande partie dues à leurs émanations agréables; que leur impression, flatteuse et pénétrante à la fois, sur l'organe de l'olfaction, transmet une stimulation douce au cerveau, influencé alors surtout comme organe des facultés intellectuelles. Sans nier le double effet physique et moral de l'odoration des plantes balsamiques, je n'admets pas cependant que leur parfum soit la principale cause des modifications salutaires qu'elles peuvent apporter dans l'innervation cérébrale. Par leurs effluves embaumés et même rien que par leur aspect, les fleurs réjouissent l'esprit et éveillent des idées riantes; mais de là à une véritable modification thérapeutique, il y a loin ; et leur parfum, au lieu d'avoir leur charme ordinaire, provoque chez certaines personnes des malaises variés, et particuhèrement de la céphalalgie et des spasmes. Ainsi, chez ces personnes, les parfums réputés céphaliques et exhilarants produisent l'effet contraire, et d'autant plus que Pinnervation se trouve déjà dans des conditions morbides; alors aussi ce sont précisément les symptômes auxquels on prétendait les opposer qu'ils exaltent, notamment la céphalalgie, au lieu de les calmer et de les faire disparaître.
Un grand nombre d'huiles essentielles calment la douleur au lieu de leur application ; j'en ai souvent fait l'épreuve contre les névralgies du crâne et de la face. Mais, lorsque leur odeur impressionne en mal les sujets, comme les parfums dont j'ai parlé plus haut, la douleur névralgique est souvent remplacée par
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une céphalalgie qui n'en vaut pas mieux, et qui ne cesse qu'avec la disparition de l'odeur qui l'a provoquée.
Je crois donc que Trousseau et Pidoux ont accordé trop d'importance à l'aclion des médicameints céphaliques par l'intermédiaire de l'olfaction, et que, contrairement à leur opinion, c'est plutôt après avoir été administrés par la bouche que ces médicaments doivent fournir la preuve de leur efficacité. Dans ces conditions, qu'a fait et que peut faire la mélisse?
Elle n"a jamais guéri les graves névroses cérébrales, dont on l'a présentée comme le spécifique et encore moins les congestions cérébrales et l'apoplexie. Tout au plus peut-on admettre qu'elle aura parfois concouru à quelque amélioration. Quelques praticiens modernes, qui ne l'ont pas délaissée, Mérat et De- Ions, Trousseau et Pidoux, lui reconnaissent encore la propriété de stimuler légèrement la circulation eti'action nerveuse de l'encéphale; ils la recommandent, en conséquence, aux vieillards obèses, apathiques, à ceux dont les facultés intellectuelles vacillent et faiblissent. J'en fais ordinairement en pareil cas l'adjuvant de l'arsenic, surtout chez les sujets menacés de congestion, de ramollissement du cerveau, ou même en présentant déjà les symptômes : arséniate de soude, 10 centigrammes; hydrolat de méhsse, 200 grammes; une cuillerée à café, matin et soir dans une tasse d'infusion de méhsse.
L'alcoolat de mélisse et surtout l'alcoolat composé ou eau spiritiieitse des Carmes, ont une action complexe et plus énergique que les préparations aqueuses de mélisse; il faut tenir compte de l'intervention de l'alcool, et de celle des aromates stimulants qui entrent dans la composition de l'eau des Carmes. Ces deux préparations conviennent davantage, pour exciter vivement l'organisme, tant dans un cas de syncope que dans ceux de prostration succédant à une commotion du cerveau, ou à certaines attaques d'apoplexie. L'affaibhssement des fonctions cérébrales, porté jusqu'à une sorte de torpeur habituelle, s'accommode également mieux de l'emploi des préparations alcooliques de mélisse.
L'association de divers principes stimulants réussit souvent mieux que l'un de ces principes isolément. 11 eu est de même de l'association des substances aromatiques, calmantes et antispasmodiques. L'eau de mélisse des Carmes, malgré sa vogue exagérée et qui dure toujours, a donc, sous ce double rapport, rendu de véritables services.
il faut ajouter à la propriété de la mélisse d'exciter l'activité cérébrale, celle d'influer quelque peu sur l'endolorissement du cerveau. Dans la céphalalgie congestive et peut-être plus dans la céphalalgie nerveuse, les préparations de mélisse contribuent à calmer la douleur, soit qu'on emploie en potions l'hydrolat ou les alcoolats, soit qu'on s'en tienne simplement à l'infusion de mélisse; ce qui n'empêche pas de recourir en même temps à quelque autre remède plus actil, approprié à la nature ou à l'intensité de la céphalalgie.
Ainsi que toutes les niantes aromatiques, la mélisse est susceptible d'être utilisée comme stomachique, comme carminative. C'était peut-être, selon l'explication plausible de Trousseau et Pidoux, en combattant l'atonie du système gastrohépatique et les spasmes flatulents de l'estomac et des intestins, très-communs chez les hypochondriaques, que la mélisse dissipait chez ces malades la tristesse et les préoccupations d'esprit si souvent liées à l'altération des fonctions digestives. Elle peut aussi, par ses propriétés calmantes, apaiser les coliques intestinales, contre lesquelles Pline l'a indiquée; il la recommandait, en outre, suivant ses expressions, contre les dysenteries invétérées et contre le flux cœliaque. Dans ces
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derniers cas encore , c'était probablement comme substance aromatique qu'il opposait la mélisse aux ulcères de l'intestin, de même qu'il l'indiquait contre les ulcères en général, ceux de la poitrine en particulier ; or, l'on sait que l'existence de ceux-ci était presque toujours supposée par les anciens, dès qu'ils voyaient apparaître une expectoration muco-purulente. Après lui, nombre d'auteurs ont également attribué à la plante en question les propriétés bécbiques et pectorales. En iléfniitive, ici comme partout, chez les anciens comme chez les modernes, nous retrouvons l'idée qu'un principe aromatique ou balsamique est toujours plus ou moins tonique, anticatharral et cicatrisant.
Ce sont encore ces propriétés qui ont fait ranger la mélisse, ainsi que la plupart des labiées, parmi les vulnéraires. Seule ou avec le concours des plantes de la même famille, à l'intérieur, elle combat les accidents nerveux du traumatisme ; à l'extérieur, elle a été surtout réputée antiseptique et préconisée contre les piqûres d'insectes venimeux.
L'essence de mélisse, à la dose de quelques gouttes dans une potion, peut produire des effets sédatifs et antispasmodiques très-remarquables, et mériterait d'être plus souvent employée. En applications extérieures sur les points névralgiques, elle calme rapidement la douleur. L'alcoolat siniple et l'alcoolat composé de mélisse, appliqués topiquement, produisent aussi des effets antalgiques, mais moins constants et moins prononcés. La teinture et l'alcoolature peuvent servir, soit pour frictions toniques et résolutives sur les membres affaiblis et œdématiés, soit encore comme moyen résolutif et de plus comme calmant sur les engorgements articulaires des rhumatisants ; ici l'addition d'un peu de camphre rendrait l'effet plus certain. L'infusion a été conseillée comme collyre fortifiant contre les affaiblissements de la vue.
On voit, en résumé, que la méhsse est susceptible de nombreuses applications. Eu se fondant, non sur les vertus merveilleuses qu'on lui a gratuitement prêtées, mais sur ses propriétés réelles analogues à celles des labiées airomatiques, on trouvera plus souvent qu'on ne le fait aujourd'hui à l'utiliser en thérapeutique. Ainsi, par exemple, j'ai souvent prescrit avec succès l'infusion de mélisse, eu lavement, pour calmer les tranchées chez les enfants du premier âge. Ce moyen agissait en même temps d'une manière avantageuse contre la diarrhée, lorsqu'elle coexistait avec les tranchées. Pendant les épidémies cholériques j'ai souvent donné aux malades pour boisson du thé additionné d'alcoolat de mélisse au lieu du rhum ou d'eau-de-vic ; l'alcoolat de mélisse me semblait plus propre, surtout à combattre les vomissements, puis à réprimer les déjections intestinales et, enfin, à favoriser la réaction. Cette influence sur la diarrhée, observée en ces deux occasions, viendrait à l'appui de ce qu'a dit Pline de l'action antidjsentérique de la méhsse, quoique je pense néanmoins qu'il l'a fort exagérée. L'alcoolat de mélisse composé est vulgairement employé pour combattre les indigestions. Stan. Martin cite deux cas, où une cuillerée à bouche de ce médicament fit cesser immédiatement les accidents déterminés par une indigestion de moules, y compris même l'urticaire qui l'accompagnait (B((//. dethérap., 1850, t. XXXVIIl, p. 410).
La Mélisse sauvage ou bâtarde, mélisse puante, mélisse des hois ou des montagnes, melittis melissophylum L., a une odeur désagréable de punaise et une saveur acre ; elle a été recommandée contre les rétentions d'urine et les maladies de poitrine. Gazin lui croit les mêmes propriétés, mais à un moindre degré, que la mélisse officinale.
Ou attribue aussi les propriétés de la mélisse au Calameist, Métissa Calamintha ;
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elle n'en a pas, cependant, l'odeur citronée, etra|)pelle plutôt celle de la menthe, ce qui a contribué à sa dénomination (/.a),aaîv6a) . Le calament a été employé dans les mêmes circonstances que la mélisse ; les anciens l'ont particulièrement recommandé comme incisif contre l'asthme, le catarrhe pulmonaire, la phthisie, pour inciser, rendre plus ténue, moins visqueuse la matière des crachats et faciliter l'expectoration. Il entre aussi dans plusieurs préparations officinales : la thériaque, Y alcoolat vulnéraire, \e sirop d'armoise, le sirop de stœchas, etc., mais nous n'insisterons pas davantage sur cette labiée, dont il a déjà été question à l'article Calament.
La Mélisse DE Moldavie, mélisse turque, Dracocephalum moWat'zca L., possède une odeur très-agréable, due à une assez forte proportion d'huile essentielle, et [leut très-bien, d'après Holfman, remplacer la mélisse officinale.
Delioux de Savignac.
Bibliographie. — Schulze (J.-H.1. Dissert, inauguralis medica de melissâ. Halœ, 1739.— Méhat et De Lens. Diction, univ. de matière médicale. Articles Melissa, Melittis, Dracocephaluu. — Trousseau et Pmoux. Traité de tliérap. et de mat. méd., 8' éd., t. II, article Mêlissl.
D. de S.
MÉLISSOIE 5 ALCOOL IHÉLISSIQUE. C'est un produit de l'action de lessives alcalines sur la myricine. Il est à l'état de cristal brillant, qui fond à 85°. La mélissine se décompose par la distillation en acide palmitique et en melène. D.
MELISSOPHTLIJIH. Voy. MÉLISSE et Mélitte.
MÉLITTE, Melittis L. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la fîimille des Labiées, et caractérisé de la manière suivante :
Calice campanule, membraneux, à deux lèvres peu marquées, dont la supérieure large, presque entière ou bi-tridentée, l'inférieure bifide. Corolle bilabiée ; lèvre supérieure orbiculaire , presque plane , lèvre inférieure trilobée. Quatre étamines, dont les deux inférieures plus longues que les autres. Anthères rapprochées par paires, biloculaires, à loges divariquées et disposées en croix. Akènes tiigones, arrondis au sommet.
Une seule espèce forme ce genre, c'est le Melittis Melissophijlum L., plante herbacée de l'Europe centrale et méridionale. Ses tiges dressées de deux à trois décimètres de haut, portent des feuilles molles, marquées de nervures en réseau, ovales, lancéolées, arrondies ou cordées à la base, crénelées sur les bords. Les fleurs grandes, blanches ou panachées de rouge sont solitaires, géminées ou ternées à l'aisselle de bractées. La plante tout entière est revêtue d'une pubescence molle. Elle a une odeur forte, peu agréable, qu'on a quelquefois comparée à celle delà punaise, d'où le nom de Mélisse punaise, Mélisse puante, qu'on lui a quelquefois donnée. On l'a aussi nommée, à cause de sa station dans les bois, Mélisse des bois, Mélisse sauvage ; enfin, on l'appelle encore Mélisse bâtarde, mélisse de Tragus.
D'après Haller et Spielmann, cette plante était très en usage en Allemagne contre les maladies du rein et les affections calculeuses. Tournefort et Garidel la recommandent aussi comme un excellent diurétique. Lemery, qui lui attribue des propriétés analogues, rapporte que ses racines sont « si semblables à celles de l'Aristoloche menue {Aristolochia Pistolochia) , que plusieurs droguistes donnent celles-ci pour celles-là. » On lui a aussi attribué des propriétés emménagogues.
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Lemeky. Dict. Drog. simples, 561. — Tournefort. Plantes de Paris, II, p. 439. — G.aridel. Plantes d'Aix, p. 315. — Linnée. Gênera, 751 . Spccies, 382. — Haller. Hchetic. n" 244. — Spielmanx. Materia medica, 663. — De Caxdolle. Flore Française, III, p. 565. — Grenier et GoiiRON. Flore de' France, II, 700. Pl.
MÉLITOSE (C^^H^'O^^). Chimie. C'est le nom donné par M. Berthelot à nn principe sucré contenu dans la manne d'Australie {manne cV Eucalyptus). On l'extrait facilement en traitant cette manne par l'eau; par l'évaporation de la solution, on obtient lamélitose en aiguilles entrelacées d'une extrême ténuité, et d'un goût très-légèrement sucré. Les cristaux renferment six équivalents d'eau de cristallisation ; ils se déshydratent partiellement à 100"et entièrement à 130°. Chauffés plus fortement, ils se colorent et se caramélisent.
La mélitose est très-soluble dans l'eau bouillante, elle exige environ neuf fois son poids d'eau froide pour la dissoudre. Elle est sans action sur la liqueur bleue cupro-potassique. Chauffée avec l'acide sulfurique dilué, elle se dédouble en glucose fermentescible et en une autre matière sacrée non fermentescible, Veucaline. La levure de bière produit le même dédoublement et ensuite la fermentation de la glucose
(C^*H*2 022 , c,HO = G^^tFO^'- + C^^H^^O^^)
Mélitose. ! an Glucose. Eucalioe.
MELLATES [voy. Mellitates).
mELLÉOLÉS. Ce nom a été proposé par Béral, pour désigner les médicaments formés de miei et d'une poudre, et qu'on désigne le plus ordinairement sous le nom d'opiat ou d'électuaire. Cette dénomination de Melléolé n'a pas été adoptée. T. G.
HIELLI (Sébastien). Chirurgien assez distingué, vivait dans le dix-huitième siècle. Il exerça son art à Venise oii il devint professeur de chirurgie. Il a publié les ouvrages suivants qui ne sont pas sans valeur :
I. Pratica chirurgica nelle cure de tutti H tumnri, feritte, ulcère ed escresceme. Venise, 1715, in-8°.— II. // chirurgo svegliato ovvero pratica chirurgica, part. II. Ibid., 1717, in-S" Ces deuï ouvrages ont élé réunis en un seul, et ont eu plusieurs éditions, 1724, 1733, 1738. 1740, in-8°. — III. Arte medico-chirurgica esuminata des servi principi et liberata des motti ignamie. Ibid., 1721, in-S", part. II, 1732, in-8°. — IV. Délie fistoli lacrimali il proe contro el nuovo methodo si guarirla proposto dal Sign. D. Anel, ed impugnato dal S. Fr. Signorotti, con riflessioni cliirurgichc ed anatomiche. Ibid., 1713, 1740, in- 8°. — V. F. Signorotti informazione fatta ad uno degli Academici di Parigi contro M. D. Aiiel. Gênes, 1715, in-S". — VI. La cominare leverlrice istrutta nel suo officio. Venise, 1721, 1737, 1750, in-4''. H. Mr.
MELLIFERES». Famille d'insectes hyménoptères, étabhe par Latreille et qui tire son nom de la propriété qu'ont les femelles de ces animaux de ramasser le pollen des fleurs et d'en former du miel.
Les caractères des mellifères sont d'avoir les deux pattes postérieures avec le premier article très-grand , fortement comprimé en palette carrée ou en triangle renversé. Les mâchoires et la lèvre sont très-longues et disposées en trompe ; la languette a la forme d'un fer de flèche ou d'un long filet. — Les larves vivent exclusivement du miel récolté parles insectes parfaits.
Les principaux genres d'hyménoptères melliières sont les suivants : Abeille, Aiidrène, Xylocope, Gératine, Osmie, Anthophore, Bourdon {voy. Abeille, Bourdon et Hyménoptères), A. Laboulbèixe.
452 MELLITES.
MELLIQIJE (Acide). {Voy. mellitiqoe (Acide).
lOELUTATES ou :>]ELLATES. L'acide mellitiques est bibagique. Les mellitates neutres se représentent par la formule générale.
La chaleur décompose les mellitates ; en même temps il se développe une odeur aromatique qui rappelle celle de la coumarine et de l'essence d'ulmaire. Les mellitates alcalins sont solubles et cristallisables, les sels des autres métaux sont peu solubles ou même insolubles. La potasse et la soude forment des sels acides.