‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.58Chapitre 2 sur 50 · DICT. ESC. 2* S. VI · texte numérisé non relu

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laissait point entraîner par des idées systématiques. Malgré le grand mérite de cette œuvre qui porte l'empreinte de l'esprit médical pratique, et où se trouve réuni avec le plus heureux discernement ce qu'il y avait de plus utile dans les travaux de ses prédécesseurs ; malgré les détails techniques dont il est rempli, l'on s'est demandé si Celse était médecin {voy. les études d'Eschenbach et surtout celles deBianconi, 1785) ; ce que l'on peut affirmer, c'est que la médecine n'a point été pour lui une profession.

Le premier Hvre traite de la méthode et de l'hygiène; l'auteur, par un examen approfondi, fait sentir tous les avantages de la méthode hippocratique, c'est-ù-dire de l'observatiou unie au raisonnement, à l'induction, dans des proportions légitimes, en évitant les excès opposés des dogmatiques, des empiriques, des méthodistes. Le second livre est consacré à la pathologie et à la thérapeutique générales. Le troisième et le quatrième livres appartiennent à la pathologie et à la thérapeutique spéciales des maladies internes, en commençant par les affections universelles et passant ensuite en revue les maladies locales. Les quatre derniers sont relatifs à la matière médicale, à la pharmacologie, à la chirurgie. Celse ne se laisse entraîner par aucun système ; il les connaît tous, les juge et se place au-dessus d'eux. On ne trouve point dans son ouvrage une systématisation complète; c'est un li\Te où Y éclectisme clinique naît au contact des faits, où l'on cherche à sui\Te une route moyenne entre un empirisme aveugle et un dogmatisme téméraire, à faire reposer la pathologie et la thérapeutique sur l'observation directe des états morbides et sur quelques lois générales d'anthropologie ; c'est surtout un guide pour le praticien. Nous sommes disposé à penser que le traité de Celse représente, mieux que les systèmes, le véiùtable état des esprits à l'époque où il écrivait ; la plupart des médecins judicieux, éclairés par les discussions des systématiques, se renfermaient comme lui dans une sphère modeste, recueillant des observations, rassemblant des matériaux, en attendant qu'une main puissante parvînt à les mettre en œuvre dans une plus large coordination. Le style de Celse, plein d'élégance et de pureté, lui a mérité le nom de Cicéron des médecins.

Aréiee de Cappadoce est, à côté d'Hippocrate, le plus grand clinicien des temps antiques. Bien qu'il ne néglige point les théories, il les traite en passant, ne les regarde que comme des objets secondaires et ne s'assujettit exclusivement à aucune. Nous ne pouvons déterminer exactement le lieu et le temps où vécut Arétée, ni ses emprunts à Soranus dont on l'a regardé comme le contemporain. Ses emprunts, du reste, ont dû être peu nombreux ; la nature lui servait de guide; Hippocrate était son modèle et se trouve seul cité dans ses écrits, Arétée avait composé des ouvrages sur les fièvres, les maladies des femmes, la chirurgie, la matière médicale ; nous n'avons plus que ses huit livres de pathologie et de thérapeutique générales et spéciales, quatre pour les affections aiguës, quatre pour les maladies chroniques. Arétée possède toutes les connaissances de son époque en anatomie, en agrandit le domaine et comprend toute son importance. L'histoire de chaque maladie est toujours précédée de considérations anatomiques ; on y trouve même de remarquables notions d' anatomie pathologique. Suivant l'exemple du vieillard de Cos, il étudie avec la plus minutieuse exactitude tous les détails relatifs aux divers états morbides, les groupe avec autant de précision que de sao-acité en déduit le diagnostic, le pronostic, les indications, et s'élève ensuite à de hautes et larges généralisations. Arétée connaît toutes les ressources de la langue o-recque. Son style, tout à la fois vif et concis, varié, pittoresque, est toujours en harmonie avec l'objet qu'il décrit ; il ne peint que ce qu'il a vu, et charge rarement les cou-

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leurs. Ses descriptions sont plus précises, plus coniplèles que celles du père de la médecine, et portent les marques des progrès accomplis à travers les siècles.

Sa thérapeutique est conforme aux principes hippocratiques. Insistant sur l'hygiène, il emploie des médicaments simples, pose les indications des vomitifs, des purgatifs, des évacuations sanguines générales ou locales (ventouses scarifiées, sangsues introduites par Thémison) , des dérivatifs et des révulsifs cutanés (il a le premier fait usage des cautharides comme vésicants). Il montre comment un même médicament peut remplir plusieurs indications, et analyse leurs modes d'agir, etc.

Arétée est un clinicien du premier ordre; mais il n'a point de doctrine spéciale, et ne présente pas, au même degré qu'IIippocrate, cet ensemble de lois générales, de vues supérieures qui pénètrent la science dans toutes ses profondeurs. 11 a, du reste, passé presque inaperçu dans l'antiquité sur laquelle il ne paraît pas avoir exercé beaucoup d'influence. Ses mérites n'ont été bien reconnus que dans des temps assez rapprochés de nous.

Les médecins de Cos avaient indiqué vaguement la distinction des affections aiguës et des maladies chroniques. Arétée, comme Soranus, Cœlius Aurelianus, etc., porte son attention spéciale sur cette branche longtemps négligée de la pathologie, trace leurs caractères, pénètre le mécanisme de leur évolution, en dévoile les dangers, et ne craint point, dans les cas rebelles et difficiles, d'associer à l'hygiène des médications actives empruntées à la médecine et à la chirurgie.

Nous parlerons, dans un autre article, des importantes conquêtes chirurgicales qui appartiennent à cette période.

Cinquième époqde. Galien. Deuxième siècle de l'ère chrétienne. Nous avons vu dans la quatrième époque les diverses branches de l'art médical se dessiner, se distinguer les unes des autres, acquérir une existence individuelle et faire successivement de remarquables progrès, tant qu'on se live à l'observation directe; mallieureusement cette voie est souvent abandonnée; on s'engage dans des routes dangereuses; nous avons signalé les nombreuses erreurs introduites par des hypothèses qui entravent sa marche et arrêtent son essor. Considérées dans leur ensemble, les théories contenues dans la collection de Cos pouvaient, en les développant, les épurant, les débarrassant de ce qu'elles avaient d'hypothétique, devenir la base d'une véritable doctrine médicale dont elles renlermaient les principaux éléments : les systématiques alexandrins et leurs successeurs les isolèrent, les transformèrent en systèmes exclusifs, qu'ils poussèrent .à leurs extrêmes limites. Chacun prétendit représenter la vérité tout entière, et voulut, sans y parvenir, obtenir la suprématie. Quoique mal dirigés, leurs efforts ne furent [^oiiit sans résultats. Ils éclairèrent plusieurs points de la science et réunirent d'utiles matériaux. Leurs bittes montrèrent leur insuffisance mutuelle, les vices de leur méthode, et attirèrent l'attention sur les problèmes fondamentaux. A la fin de cette époque, tous les esprits judicieux comprirent que la médecine, malgré ses nombreuses et brillantes acquisitions, était sortie trop souvent des voies qu'elle aurait dià suivre, et l'on sentit, de tous côtés, la nécessité d'une systématisation plus large, plus vraie, plus harmonique. C'est alors que Gahen parut. Né en l'année 128 de l'ère chrétienne, à Pergame dans l'Asie Mineure, Galieu développa ses aptitudes naturelles par une éducation forte et variée, et embrassa les sciences dans leur ensemble tout en concentrant son attention d'une manière spéciale sur l'art médical. Après avoir entrepris plusieurs voyages pour observer et pour s'instruire, il revint à 28 ans dans sa patrie et fut nommé médecin du

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gymnase. A 52 ans, il se rendit à Rome, y passa la plus grande partie de sa vie, triompliade la jalousie de ses rivaux, les effaça par l'éclat de sa réputation, son savoir, son éloquence, ses talents comme théoricien, ses écrits, son habileté pratique, et obtint la confiance des empereurs Marc Auièle et Sévère et de ses plus illustres contemporains. De retour à Pergame, dans sa vieillesse, il y mourut dans sa 70*^ année.

On assure que Galien a composé cinq cents traités sur la médecine et deux cent cinquante sur les sujets les plus variés (histoire, philosophie, sciences, rhétorique, grammaire, etc.). Presque tous ces derniers sont perdus; parmi les autres, un grand nombre a subi le même sort {voy. Galien, De script, meis.). Ceux qui nous restent forment encore un très-volumineux recueil [voij. la bibliographie des articles consacrés à Galien dans la Biogr. du grand dictionnaii'e des sciences méd. (1821), et du Dict. hist. de Dézeimeris, 1835). Ses ouvrages témoignent d'une immense et solide érudition, et sont composés avec soin. S'il fatigue par ses répétitions et sa prolixité, son style n'en est pas moins élégant et facile; il sait, quand il le veut, allier l'éclat à l'exactitude, entraîner par son éloquence et ses mouvements oratoires.

Possesseur de l'érudition la plus vaste, doué d'un esprit vif, subtil, pénétrant, d'une remarquable sagacité; observateur profond, expérimentateur habile, Galien s'imposa la tâche de réformer la médecine entière, de reconstruire l'édifice hippocratique, ainsi que l'eCit fait le vieillard de Cos s'il eût vécu à son époque; d'être le législateur de notre art comme Aristote avait été le législateur de toutes les connaissances humaines, en fondant celles-ci dans l'art médical, et suivant les traces du philosophe de Stagyre.

Dans ses traités introductifs, Galien montre l'importance de la médecine, son étendue, ses difficultés, les quahtés qu'elle réclame, sa méthode, l'indissoluble union du raisonnement et de l'expérience. Il commente les principaux écrits hippocratiques, étudie les divers systèmes médicaux, les discute, cherche les éléments qu'où doit leur demander, les combine pour s'élever avec eux, et, au moyen des faits, aux lois, aux principes majeurs auxquels obéit l'organisme humain dans l'état physiologique. Il détermine les modifications imprimées par l'état morbide, les agents pathogéniques et médicateurs. Dès qu'il se croit en possession de ces principes, Galien les transporte dans toutes les branches de la médecine, dispose celle-ci d'après un ordre régulier, leur consacre une série de traités particuliers, où il rassemble les richesses acquises jusqu'à lui, en y joignant les résultats de ses méditations et de ses recherches, apprécie leur valeur, sépare ce qui lui paraît faux ou douteux de ce qu'il trouve vrai et certain, et pose magistralement ses préceptes. C'est ainsi que le médecin de Pergame construit un vaste monument où toutes les parties sont présentées dans tous leurs détails, méthodiquement distribuées, enchaînées entre elles par des idées générales. Partant des lois majeures qui gouvernent le macrocosme et des modifications qu'elles subissent pour s'accommoder aux êtres vivants, on passe d'une manière continue de l'anatomie à la physiologie et à l'hygiène, de celles-ci à la pathologie et à la thérapeutique, des généralités aux spéciaUtcs les plus intimes. Malheureusement, Galien se laisse entraîner par les ardeurs de son imagination, son esprit éminemment systématique, le désir et l'espérance de tout expliquer, de ne laisser que de légères lacunes, de faire à lui seul une doctrine médicale complète, à laquelle ses successeurs n'auraient à ajouter que des perfectionnements secondaires. Il méconnaît alors le génie delà médecine, son indépendance, la nécessité pour elle

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de se constituer en s'appuyant sur les faits qui lui sont propres, laborieusement recueillis et non sur des principes puisés dans des sciences étrangères. Il mêle des hypothèses empruntées à toutes les sectes, ingénieusement combinées aux enseignements de l'expérience, qu'il altère et dénature par de fausses interprétations. La nature lui apparaît à travers un prisme, l'artiste nuit à l' observateur. Galien a su faire partager longtemps ses illusions à ses successeurs ; durant bien des siècles, ses ouvrages furent le code des médecins, qui acceptèrent presque aveuglément ses oracles, et s'attachèrent surtout à ce qu'il y avait de plus défectueux dans ses écrits. Aujourd'hui, Galien est trop peu lu et trop dédaigné. Néanmoins, lorsqu'on étudie soigneusement ses œuvres capitales, celles où l'observation efface et domine le dogmatisme, lorsque, par uu travail long et pénible, on sépare la partie substantielle et solide, de la partie fragile et hypothétique, ou est frappé de la hauteur des vues auxquelles il s'élève, des lumières qu'il répand autour de lui.

I. Exposition générale. Le corps humain est composé de solides, de liquides et d'esprits ou pneumas. Les humeurs, au nombre de quatre (sang, pituite, bile, atrabile), sont formées aussi bien que les solides par la mixtion des quatre éléments (la terre, Teau, l'air, le feu), et leur empruntent leurs qualités à des degrés divers (sécheresse, humidité, chaleur, etc.). Le sang est chaud et humide, la bile chaude et sèche, etc.

Les esprits sont de trois ordres, naturels, vitaux, animaux. Les premiers, nés dans le foie des vapeurs du sang veineux, deviennent vitaux dans le cœur et les poumons, en se mêlant à l'air, et se transforment en esprits animaux dans le cerveau. Les esprits mettent enjeu trois facultés fondamentales, naturelles, vitales, animales, qui ont, comme les esprits correspondants, leurs centres respectifs dans le foie, le cœur et le cerveau. Ces facultés président à trois classes de fonctions naturelles, vitales, animales. Chacune de celles-ci se divise en internes et externes.

Aux fonctions naturelles appartient la vie végétative (formation des parties, accroissement, nutrition, sécrétion, génération) ; aux fonctions animales, la vie de relation (la sensibilité, les sensations, l'intelligence, la volonté, les mouvements) ; les nerfs et les esprits animaux en sont les agents. Le cœur et les artères, par leur force propre et parles esprits vitaux, sont animés de mouvements pulsatifs rhythmiques et envoient dans tous les points le sang artériel qui entretient leur vitalité. A chaque faculté principale se joignent des facultés accessoires qui se subdivisent en facultés inférieures. Ainsi, pour la vie nutritive, chaque partie attire ce qui lui convient (faculté attractive) , le retient (rétentivité) l'élabore et se l'assimile (élaborativité), rejette ce qui lui est inutile (force expultrice).- L'estomac élabore l'aliment et le transforme en chyle par une faculté concoctrice; les sécrétions s'opèrent par une force sécrétante, la génération par le mélange et l'action réciproque des semences mâle et femelle. Il y a une sensibilité générale et des sensibilités spéciales (visuelle, auditive, etc.).

Au-dessus des esprits et des facultés se place l'àme. Ici Galien se déclare en faveur de la doctrine des trois âmes que Platon aurait empruntée à Hippocrate. L'àme concupiscible (èuôupa) réside dans le foie; l'àme courageuse (6uy.ôç) dans le cœur; l'âme pensante ou commandante (viyeaovizô;) dans le cerveau. L'àme (considérée comme un tout harmonique) règle les fonctions en enchaînant entre elle les qualités et les facultés inhérentes aux solides, aux liquides, aux esprits.

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L'âme sent tout ce qui se passe dans le corps par une sensibilité obscure (vitale) ou nette (sensibilité animale, sensations perçues). Elle coordonne les mouvemenls volontaires et involontaires. Les deux âmes inférieures sont le siège des passions. Les animaux supérieurs ont une sorte d'entendement sensitif ; l'homme seul possède une faculté supériem^e (la raison, l'intelligence, la volonté, la moralité) . L'âme est-elle corporelle ou incorporelle ? Galien n'a pas des idées nettes sur la valeur des mots matériel, immatériel, spirituel .'les propriétés, les forces, les facultés ne sont pas matérielles, mais sont-elles spirituelles? Elles paraissent avoir à ses yeux un caractère spécial qu'il ne détermine pas. Après bien des hésitations, et sans se prononcer d'une manière définitive et absolue, GaUen penche vers l'opinion qui ferait l'âme matérielle

L'univers est l'œuvre d'un Dieu tout-puissant, plein de sagesse, d'amour, de bonté. Les pages brillantes écrites par Galien pour le célébrer sont devenues classiques. C'est lui qui dirige et gouverne toutes choses par sa providence.

Les organes ont des fonctions privées et des fonctions publiques. Les premières consistent pour chaque partie dans sa vie nutritive, les secondes serveùt tout l'organisme. Le système digestif, spécialement l'estomac et le foie, exercent des fonctions de ce genre, en transformant l'aliment en chyle, celui-ci en sang veineux; les sécrétions concourent à ce résultat en épurant ce fluide. Le cœur et les artères envoient le sang artériel dans tous les points; le cerveau, la moelle épinière, le système nerveux se placent au premier rang. Dans notre organisme, comme dans la forge de Vulcain, tout est animé, tout vit, se meut, agit, concourt vers un but déterminé; Galien se déclare pour le naturisme hippocratique, quoiqu'il ne donne pas une idée précise de ce que l'on doit entendre par le mot nature.

Cette physiologie, aussi vaste que compliquée, se compose d'éléments empruntés partout ; elle est humoriste, soUdiste, vitaliste, animiste, etc. Mais elle s'inspire surtout de la physique et de la métaphysique aristotéliques pour expliquer et enchaîner les faits. L'auteur classe les fonctions dans un ordre qui paraît méthodique, reconnaît les facultés principales et leurs modes, (sensibilités, motilités, forces plastiques) ; indique les systèmes organiques qui président aux actes fondamentaux, leurs relations et leur mécanisme. Il crée des facultés en les prodiguant dès qu'elles lui paraissent nécessaires et semble tout expliquer avec elles. C'est ainsi qu'il croit avoir créé une physiologie complète, susceptible de rendre compte de tous les phénomènes normaux et de servir de base à la médecine. Les facultés de Galien sont inhérentes à l'organisme, aux solides, aux fluides, etc.; mais elles dérivent en grande partie de leurs qualités premières, chaleur, sécheresse, etc., de sorte que son système est avant tout physique ou physico-chimique.

Galien est une sorte de Prêtée qu'on a rarement bien saisi. Il comprend que les êtres vivants forment une catégorie à part ; qu'ils ont des facultés à eux, leur attribue les trois principales (sensibilités, motihtés, plasticités), et distingue les organismes des mécanismes; c'est un fond vitaliste, positif. Il voit aussi que l'homme a seul une faculté très-supérieure, la raison, l'intelligence. Mais d'un autre côté, il tient à tout ramener à des principes simples, unitaires, rattache de trop près les facultés vitales aux propriétés physiques des éléments (feu, air, etc.); chaleur, sécheresse, et ces facultés perdant successivement leurs caractères propres, tendent à devenir des propriétés physiques. Dès lors, les fonctions s'accomplissent par l'action du feu, de l'eau, etc. Ce sont des dilatations ou des resserrements, des coctions, des évaporations et des décompositions, des affinités molécu-

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loires ; elles rentrent dans les lois du règne inorganique. L'auteur oscille entre des doctrines opposées. L'observation le ramène à la réalité, la théorie l'en éloigne. Ses facultés plastiques surtout ne sortent guère que confusément du domaine de sa physique; ses motilités deviennent physiques et ne sont presque plus vitales ; les sensibilités participent de ces deux modes ; Vintelligence même ne s'en dégage pas suffisamment. Le médecin de Pergame proclame souvent les lois propres aux organismes vivants ; mais lorsqu'il veut les rapprocher des lois de la matière inorganique, le lien lui échappe et devait lui échapper; on les voit se confondre presque avec ces dernières. Nous retrouverons, sous bien des formes, le même vice, les mêmes incertitudes dans les systèmes modernes. Afin d'obtenir la conciliation, Galien multiplie ses hypothèses physiques ; c'est là ce qui rend ses théories fragiles ; c'est par là que ses adversaires ont renversé le galénisme, sans voir ce qui restait de positif après elles. Cependant, son monument séduit par sa grandeur, son étendue, ses proportions, une apparente symétrie, l'ordre qui semble régner partout, la richesse des matériaux. H y a d'im[iortantes vérités à côté de graves erreurs, des idées mères dont l'origine est méconnue. N'oublions pas que si Galien a nui aux progrès de la science en la surchargeant, et par son dogmatisme despotique, il l'a aussi servie par son érudition, ses études originales, ses respects pour la tradition hippocratique ; quoiqu'il abuse du raisonnement, il recommande partout l'observation, l'expérimentation, et en donne l'exemple.

II. Ânatomie. Galien la cultiva soigneusement. Dans divers traités, particulièrement dans ses administrations anatomiques , et le livre de usu partium, l'un de ses chefs-d'œuvre, il expose l'anatomie entière, telle qu'elle existait de son temps, et y ajoute ses découvertes. 11 y mêle plusieurs erreurs, en indiquant comme appartenant à l'homme des dispositions qui n'existent que chez les animaux ; il n'avait pu disséquer de cadavres humains.

III. Physiologie. Tout en appliquant aux détails de cette science ses idées générales, Galien les modifie dans un certain nombre de cas, au contact de l'observation et de ses recherches expérimentales. Circulation. Plusieurs auteurs ont pensé qu'il s'était beaucoup rapproché de la vérité dans sa théorie de cet acte important. 11 établit d'abord le premier que, dans l'état normal, les artères ne contiennent pas seulement de l'air et renferment un peu de sang; mais la plus grande partie de ce fluide, rouge foncé, humide, épais, vraiment nutritif, est renfermée dans les veines. Celles-ci partent toutes du foie par deux gros troncs, un inférieur destiné à toutes les parties inférieures, l'autre supérieur pour les parties supérieures. Le sang nourrit tous les organes et se meut en vertu de leurs forces attractives. D'où vient donc la petite quantité de sang qui est dans les artères ? La veùie cave supérieure porte le sang noir dans les cavités droites du cœur, une portion filtre dans le ventricule gauche à travers les pertuis de la cloison interventriculaire ; l'autre va nourrir le cœur et le poumon, en passant à travers les parois des veines pulmonaires ; ce qui en reste est mêlé à de l'air, et se rend dans l'oreillette et le ventricule gauches. Les deux sangs qui se trouvent dans ce dernier sont versés par l'aorte dans toutes les régions. Les dernières ramifications des artères et des veines communiquent et permettent entre les deux systèmes un léger échange réciproque d'air et de sang. Telle est, d'une manière sommaire, l'idée que l'on peut se faire de la ihéovie galénique sur la circulation. Elle est assez confuse, et adonné Heu à bien des discussions. Respiration. Bonnes études expérimentales relativement aux mouvements expirateurs et inspirateurs, aux

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rôles des muscles, des poumons, des nerfs respirateurs (intercostaux, diapliragmatiques, pneumo-gastriques, etc.) * aux effets de l'ouverture des parois thoraciques, de la perforation des côtes; sur la voix, etc.; la respiration rafraîchit les poumons et le cœur, dissipe les fuliginosités, etc. Digestion. Recherches intéressantes sur la déglutition, les mouvements des diverses partiesdii tube digestif, etc.. la digestion est une sorte de coc^wn spéciale, avec trituration, etc. Hématose. Son siège principal est dans le foie, le sang est purgé par divers organes excréteurs. Il est l'aliment universel, l'agent nutritif; pourvoit aux sécrétions, etc.

Nutrition. Les organes se nourrissent en empruntant au sang, par une attraction élective, les éléments qui leur conviennent, les assimilant (force assiniilatrice), se les appliquant molécule à molécule, rejettant le superflu. Sécrétions Celles-ci s'opèrent par un mécanisme analogue, et séparent du sang le fluide propre à leur sécrétion ])articulière, le foie pour la bile, la semence pour les organes génitaux, l'urine pour les reins, etc. Galien démontre, en liant les uretères, que ce fluide est porté des reins dans la vessie par ces conduits. Système nerveux. Les connaissances de Galien à ce sujet sont considérables. Le cerveau est le siège principal de l'âme, il tient sous sa dépendance les fonctions intellectuelles, les sensations, les mouvements volontaires; les nerfs, aidés du pneuma sont ses agents. Les nerfs sont sensitifs ou moteurs et se distinguent, sous ce rapport, par leur consistance, leur origine, leurs distributions. Dans ses vivisections, il examine les résultats de la section de la moelle à diverses hauteurs, de différents nerfs, etc., il étudie avec autant de soin que d'attention et avec les plus grands détails les organes des sens, le mécanisme, l'utilité de leurs fonctions, leurs rapports mutuels, etc. ^. Mécanique animale. Suivant encore ici les traces d'Aristote, Galien développe, étend ou modifie les idées de cet auteur, jette les bases solides de la mécanique animale presque oubliée jusqu'à lui, et se montre tout à la fois anatomiste profond et savant mécanicien, pour son époque. 11 distingue dans les muscles, \a. contractilité insensible qu'ils partagent avec les autres parties (tonicité), et la contractilité musculaire, perceptible aux sens. On a reproché à Galien d'avoir abusé des causes finales en physiologie. Nous discuterons ailleurs cette question. Un ensemble imposant de hautes vues physiologiques, souvent déduites de l'expérience, en les dégageant des hypothèses qui les ont souvent voilées, mériterait une grande attention ; nous regrettons de ne pouvoir les exposer plus longuement, avec toutes leurs conséquences.

Galien admet deux classes de solides; parties simples, similaires, homogènes (systèmes osseux, musculaire, nerveux...), objets de l'anatomie générale, et des parties composées, instrumentales (parenchymes, organes complexes...), l'ormées par leur association.

Tempéraments. Les parties comparées entre elles ont des différences naturelles relatives à leur chaleur, à leur sécheresse, etc., différences qui peuvent être simples ou composées deux à deux. Lorsque ces qualités sont partout ce qu'elles doivent être, on a le type idéal de la santé parfaite. Dans laréahté, cette harmo-

* La sixième paire (pneumo-gastrique, glosso-pharyngien spinal) est surtout sensilive.

- Nous ne pouvons énumérer ici les expériences nombreuses, délicates, multipliées de Galien sur le système nerveux. Ses hypothèses le conduisent à admettre que la sensibilité est en rapport avec la molesse, la motilité avec la densité du tissu nerveux; mais il contrôle cette pensée par l'expérimentation directe; le facial, l'hypoglosse sont moteurs ; le trifacial moteur et sensitif. La lésion des membranes ne trouble en rien l'innervation, etc. La moelle est comme la tige du cerveau qui en est la racine; c'est en lui qu'elle puise ses forces et son action principale, etc. ^Voy. entre autres, Daremberg, Histoire des scienc. méd., t. I.)

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nie complète n'existe point; si elle n'est tronblée que dans de certaines limites, la santé se maintient: les mélanges imparfaits, compatibles avec le libre exercice des fonctions, constituent les tempéraments, au nombre de Imit, quatre simples (tempérament sec, chaud, froid, etc.), et quatre composés (chaud et sec, chaud et humide, etc.).

Indépendamment de ces tempéraments généraux, il peut y avoir, chez les sujets, des organes qui ont un tempérament particulier ; le cerveau, par exemple, chaud ou froid, sec ou humide. Tout cela produit des différences individuelles, dont l'auteur expose les caractères et qui modifient les fonctions. La prédominance des humeurs, avec leurs modes propres est aussi un élément important, et varie selon l'âge, la saison, le climat, etc. Le sang est plus abondant au printemps et dans l'adolescence, la bile en été et chez les adultes. Nous retrouvons ici les traces du dogmatisme et des subtilités galéniques. Pourtant, l'observation le ramène souvent au sentiment de la vérité. Il constate l'existence de dispositions communes aux habitants d'un même pays ; cherche l'influence des tempéraments sur l'état intellectuel et moral, c'est-à-dire du physique sur le moral, etc. (voy. Qiiod animi mores temperamenta seqiintur) . Ailleurs, il reconnaît aussi l'action du moral sur le physique.

IV. Hîjgiène. Les traités de Galien sur l'hygiène forment un volume (t. VI de l'édition Kûhn, in-8°). Les principaux sont un ouvrage de Sanitate hiendâ, et un autre sur les qualités des aliments; on consultera avec fruit ses commentaires sur les traités hygiéniques d'Hippocrate. L'auteur se livre fréquemment à des digressions reposant sur ses théories physiologiques; on pourrait cependant extraire de ces écrits, en les condensant, tout ce. qui avait été dit de meilleur avant lui à ce sujet, et constater de nombreux progrès qui lui appartiennent. On aurait ainsi un code complet d'hygiène générale et spéciale ibrt étendu, qui serait dignement apprécié, même de nos jours. Entretenez V organisme entier et chacune de ses parties dans leur état normal, en mettant toutes choses en harmonie avec lui, tel est son précepte fondamental. Il examine avec de longs détails le mode d'action des six choses improprement nommées non naturelles (régime, exercice, repos, veille, sommeil, etc.), et montre comment on doit les régler et s'en servir, en les accommodant à l'âge, au sexe, à la constitution, au tempérament, au cHmat, etc. Ses remarques sur les quatre âges de la vie (enfance, adolescence, virilité, vieillesse) sont intéressantes, pleines de recherches neuves et approfondies. La dernière et surtout la première période l'occupent tout particulièrement. L'enfant sera entouré des soins les plus assidus, allaité autant que possible par la mère ; quand il faudra réclamer un lait étranger , on portera la plus grande attention au choix des nourrices, à leur hygiène, etc. La vieillesse est déjà une maladie, et le vieillard doit éviter tous les écarts *. Les hommes se divisent en plusieurs catégories : 1° ceux dont la constitution est vigoureuse, les moyens d'existence assurés, et qui peuvent sans peine faire tout ce qui est nécessaire à leur santé; 2'' les sujets faibles et délicats; 3" ceux qui, pnr leurs fonctions publiques, leurs professions, etc., doivent s'imposer des sacrifices, etc. Pour les premiers l'hygiène est facile, et néanmoins nécessaire; les autres peuvent, par des moyens spéciaux, lutter avantageusement avec les difficultés imposées par les circonstances. La sobriété, l'exercice sont des sources de santé, surtout pour ceux

* Le vieillard entretiendra la liberté du ventre, les fonctions cutanées par des frictions, usera d'une nourriture réparatrice et tonique, de vin vieux, d'un exercice régulier sans fatigue, etc.

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qui se livrent aux travaux de l'esprit. L'art de régler ses passions est au premier rang en hygiène.

V. Pathologie. Considérée dans son ensemble, la pathologie galénique découle de sa physiologie ; c'est là que se trouve la plus forte empreinte de son dogmatisme, de son génie systématique. La maladie est un dérangement de quelqu'un des éléments constitutifs de l'organisme, qui trouble les fonctions, menace l'existence, rend l'exercice de la vie pénible ou douloureux. Les maladies peuvent donc résider dans les solides, les fluides, les pneumas, dans l'âme même (certaines affections mentales). Les solides similaires (systèmes veineux, artériel, nerveux, etc.) pèchent par le défaut d'harmonie de leurs qualités élémentaires, par des intempéries tantôt simples (chaudes, sèches, etc.), tantôt composées deux à deux (chaudes et humides, etc.).- Les solides organiques offrent des vices dans leur conformation, leur nombre, leur situation, etc. Les parties similaires aussi bien que les organes peuvent être atteintes de lésions traumatiques.

Quant aux quatre humeurs, elles sont altérées par excès, diminution, ou dans leur composition. La surabondance (pléthore) appartient au sang; les vices de composition, de crase, aux autres humeurs, cacochymies et acrimonies, etc. Lorsque la bile, la pituite, l'atrabile sont surabondantes, elles dégénèrent, deviennent plus chaudes, salées, acides, acres, corrompent le sang, etc. Tontes ces altérations humorales prennent le nom de piitridités. L'humorisme dominait déjà chez la plupart des dogmatiques ; les pneumatistes disaient, avec Athénée : « Notre corps contient des sucs analogues aux poisons; plusieurs maladies naturelles ont des symptômes ressemblant à ceux des lésions toxiques. » Frappés des phénomènes des affections pestilentielles, les poètes parlaient de putréfactions, de dissolutions humorales, etc.

Galien accepte et répaird les hypothèses de l'humoriîme, qu'il oppose au solidisme des méthodistes. — Les causes pathogéniques produisent les états morbides, en provoquant les intempéries, les altérations humorales; ces états ou affections morbides doivent être distingués de la maladie, c'est-à-dire des lésions fonctionnelles et des symptômes qui les manifestent. L'état morbide peut exister sous forme latente ; les causes peuvent être générales, particulières, locales, nianifestes, cachées, etc.

La nature ou l'organisme vivant réagit contre les causes et l'état morbides, prépare et provoque des mouvements critiques, des crises. Les symptômes sont des modes anormaux (dans l'état des parties, les fonctions) résultant de la maladie, qu'ils suivent comme l'ombre suit le corps. ISotons les symptômes tirés de l'action lésée, des excrétions, des rétentions. Les excrétions critiques proviennent des efforts de h nature. Galien suit Hippocrate dans la doctrine des crises et des jours critiques.

La séméiotiqiie du médecin de Pergame est très-étendue ; quoique souvent subtile, elle est, dans bien des cas, judicieuse, et porte le cachet de l'observation. Ses préceptes pronostiques, développements de ceux d'Hippocrate, sont généralement justes; c'est là qu'il excelle. Dans sa sphygmologie, qu'il a traitée avec de longs détails, il signale l'ensemble des travaux sur ce sujet; on distinoue un pouls hépatique, splénique, pleurétique, hémorrhagique, suppuratif, etc. Les variations du pouls indiquent l'organe malade, ses modifications intimes, celles de l'organisme, etc.

La fièvre consiste en une chaleur contre nature allumée dans le cœur et les artères. Si les esprits vitaux seuls s'enflamment, 1er fièvres sont courtes; elles

MÉDECINE (histoire de la). 75

sont plus longues quand le mal siège dans les liquides du cœur ; plus longues encore loriq\i'il occupe le parenchyme. Ainsi la fièvre ardente dégénère en hectique tontes les fois que la substance du cœur est atteinte. Le point de départ des fièvres est ordinairement dans les humeurs ; elles se divisent en continentes, continues, intermittentes. Parmi celles-ci, les plus fréquentes sont la quotidienne, la tierce, la quarte, provenant, la première de la pituite, la seconde de la bile, la troisième de l'atrabile. Les fièvres subissent encore d'autres divisions. Les fièvres ont quatre périodes (invasion, augment, stase, déclin), comparables aux quatre âges de la vie.

L'inflammation est due à l'introduction du sang dans des parties qui n'en contenaient pas normalement (erreur de lieu). Elle est phlegmoneuse si le sang s'introduit seul ; pneumatique , œdémateuse , érysipélateuse , squirrheuse , si le pneuma, la pituite, la bile ou l'atrabile viennent s'y joindre. — Galien résume et classe tout ce qui est relatif aux hémorrhagies ; distingue la gangrène {mors fiens) , du sphacèle {mors facta), etc.

Le traité de Locis affectis est un des plus beaux ouvrages de Galien, un des plus beaux monuments légués par l'antiquité. Guidé par l'observation, l'auteur déploie une merveilleuse sagacité pour reconnaître les organes malades et tirer de ses études toutes les conséquences pratiques {voy. Daremberg, ouvr. cité, t. 1).

VI. Thérapeutique. Galien apporte un grand soin dans la détermination, à son point de vue, du siège et de la nature des maladies, car ces deux choses, pour lui, marchent ensemble. En dehors des tranmatisraes, des lésions de situation, de nombre, etc., les maladies des solides similaires sont des intempéries, celles des humeurs sont la pléthore sanguine ou Y anémie, d'une part, des cacochijmies ou des putridités pituiteuses, biliaires, etc., de l'autre ^ Il redouble d'attention lorsqu'il s'agit des indications thérapeutiques.

Le précepte fondamental, c'est de combattre la maladie par ses contraires^ et d'aider la nature en dirigeant ses efforts utiles, en les imitant. Les indications se tirent de deux grandes sources, de la maladie m^e (de sa cause, de ses symptômes), du malade (l'état des forces, etc.) ; on y ajoutera les circonstances extérieures.

Maladie. Déterminez d'abord la nature de la maladie. Corrigez les intempéries (chaudes, froides, etc.) par des médications opposées, c'est-à-dire par les moyens qui abattent l'excitation, rafraîchissent, calment, tempèrent (les aiitiphlogistiques, les sédatifs, etc.) ; ou par des agents opposés. Relâchez les tissus ou les pores, resserrez-les au besoin. Conduisez-vous de même quant aux altérations humorales. Les remèdes, relativement à leur degré, seront proportionnés au mal, en commençant, quand on le peut, par les plus doux. Dans les maladies compliquées, attaquez d'abord l'élément principal, à moins que le mal secondaire ne soit urgent ou d'une haute importance (malignité, par exemple). Surveillez la réaction pour la modérer ou l'exciter. L'indication tirée de la maladie est curative.

Causes. Eloignez, enlevez les causes qui entretiennent le mal ou l'aggravent, l'urine accumulée dans la vessie, les matières qui surchargent les voies digestives ; l'air sera pur, la température convenable.

* Les altérations des humeurs sont aussi des intempéries. Si la pituite, la bile, etc., deviennent acre.s, salines, acides, si elles se décomposent... c'est qu'elles ont trop de feu, d'humidité... qu'elles s'échauifent, fermentent, etc.

76 MÉDECINE (niSToiRE de la).

Symptômes. Ils ne fournissent des indications spéciales (symptomatiques) que dans les cas où ils annoncent une lésion qui fait courir un danger pressant, s'oppose à l'action de la nature, use ses forces, etc.

Forces. L'état des forces {indication vitale) règle la dose de la médication, et parfois la médication même. Il faut toujours le consulter et le placer dans un rang élevé. A côté de lui se présente la constitution du malade; sonidiosyncrasie doit être aussi consultée. Là se trouve aussi ce qui concerne l'âge, le tempérament, les habitudes, la sensibilité, l'état de l'organisme et des divers organes, etc. .

Circonstances extérieures. Tout ce qui est en dehors du patient doit concourir au résultat, selon le précepte hippocratique.

La doctrine de Galien relative aux indications et aux contre-indications est Irès-large; est-elle également sûre? L'auteur se laisse emporter, dans bien des circonstances, par ses hypothèses sur les qualités élémentaires, spécialement dans l'appréciation des médicaments ; cependant, il fait souvent d'heureux emprunts aux diverses sectes et même aux méthodistes, à l'observation clinique, déclare que l'empirisme raisonné rend des services considérables, et règle fréquemment sa thérapeutique d'après l'expérience, tout en essayant de la mettre en harmonie avec ses principes.

Son hygiène the'rapeutique s'appuie sur les mêmes bases que celle de Gos, perfectionnée par les travaux majeurs et positifs que nous avons indiqués.

VII. La matière médicale et la pharmacologie soHicitèrent vivement les recberches de Galien, qui obéit aux goi!its de son époque pour les médicaments composés, les formules bizarres et surchargées, et fut ainsi l'un des plus puissants promoteurs de la polypharmacie. Néanmoins, ses formules sont plus simples que celles qu'il a empruntées. Pour déterminer l'action des médicaments, il a recours à leurs qualités élémentaires, sur lesquelles repose leur classification. Telle substance échauffe, dessèche, humecte par le feu ou l'humidité qu'elle contient, et ces qualités se révèlent par leur saveur, leur odeur, etc. Le chaud rend les corps salés, le sec les rend amers.

Les effets des remèdes sont primitifs ou consécutifs. 1° Les effets primitifs se montrent avec une rapidité variable. Le feu échauffe sur-le-champ, le castoréum après un certain temps. Ces effets leur sont naturels ou accidentels, suivant ([u'ils tiennent à leur essence ou à une circonstance particulière; l'eau est froide naturellement, chaude par accident. L'eau est d'un tempérament froid et humide; le vinaigre iVoid, avec un mélange de chaleur dû à son âcreté, etc. Toutes ces distinctions étranges, celles de propriétés en acte et en puissance dérivent de l'aristotélisme. Les qualités des remèdes ont quatre degrés. La chicorée est froide au premier degré; le poivre est chaud en puissance et au 4^ degré; la ciguë froide en puissance ; le feu (cautère actuel) est chaud actuellement, les caustiques sont chauds en puissance (cautères potentiels). Des combinaisons savantes peuvent donner aux médicaments convenablement unis des modes très-variés. Il est des corps qui agissent par toute leur substance sans se prêter à cette analyse ; tels sont les spécifiques, certains poisons, les antidotes, les purgatifs, etc. 2° Les effets consécutifs succèdent aux précédents, se lient avec eux et sont, au reste, extrêmement divers. Par eux, les pores sont ouverts ou resserrés, les tissus tendus et durcis, ou relâchés et assouplis, les humeurs modifiées, les codions, les maturations, les crises préparées, les évacuations et les éruptions critiques, aidées ou opérées; il y a des remèdes suppuratifs, expectorants, sédatifs, hypnotiques, etc. Plusieurs remèdes ont une action élective sur des organes, des hu-

MÉDECINE (histoire de la). 77

meurs, des fonctions déterminées; tels sont les diurétiques, les purgatifs, les vomitifs, les emménagogues, etc.

La voie ouverte par Galien dans sa matière médicale a été funeste, en livrant la thérapeutique à toutes les conséquences d'un empirisme aveugle, du cliarlatanisme, des dogmatismes les plus audacieux. C'est un des terrains sur lesquels il a été, avec raison, le plus vigoureusement attaqué. Toutefois, si l'on ne rencontre pas dans ses classifications la simplicité factice des méthodistes, on ne peut s'empêcher de reconnaître leur étendue. Les médicaments sont considérés sous les aspects les plus nombreux; ils ne ^ont point simplement excitants ou calmants, toniques ou affaiblissants, mais ils possèdent ces qualités à des degrés que l'on peut mesurer, agissant tout à la fois et tour à tour sur les fluides et les soUdes, sur telle ou telle faculté (sensibilité, motilité, plasticité, etc.), avec tel ou tel mode; leur action se spécialise en s'appliquant à certains systèmes organiques, certains organes, certaines fonctions, certains éléments morbides. Au milieu d'idées arbitraires, de subtilités, de confusions, il y a les matériaux d'une matière médicale régulière, rationnelle, qui peuvent être choisis, épurés, coordonnés, en simplifiant au moyen des grandes lignes dont on y découvre la trace, et prenant pour guide l'observation. Cette œuvre ne fut entreprise que fort tard. Les galénistes imitèrent celui qu'ils prirent pour modèle, dans ses défauts plutôt que dans ses qualités. Les luttes suscitées par le galénisme offrent un haut intérêt par leur durée, leur persistance, te caractère spécial de leur influence.

Le médecin de Pergame cherche souvent à se réformer lui-même et a arrêter l'essor de son imagination en se rapprochant d'Hippocrate et modifiant son système, au moyen de l'observation pure des faits, dépouillée de ses interprétations. C'est ainsi qu'il a de bons préceptes pratiques sur un grand nombre de médications (les évacuations sanguines, les vomitifs, les purgatifs, les hypnotiques, les révulsifs), etc. Il leur a consacré des traités particuliers, ainsi qu'aux antidotes, aux médicaments simples, composés, à leurs préparations, à la thériaque, etc. Il employait beaucoup la saignée, comme la plupart de ses contemporains; ne redoutait pas de la pousser jusqu'à la défaillance; on le voit tirer en une seule fois jusqu'à 54 onces de sang. La saignée précédait, même dans les cacochymies, l'administration des purgatifs, dont il usait largement. Il préférait les ventouses scarifiées aux sangsues, mises en vogue par Thémison.

Galien n'a pas laissé de traité complet de pathologie spéciale; pour la reconstituer, nous devrions en rassembler les fragments épars dans ses nombreux écrits. Le plus important est le livre de Locis affectis. En général, ses descriptions ne sont pas vives, saisissantes, précises comme celles d'Arétée. Il pratiqua la chirurgie avec succès, aussi bien que la médecine.

Bordeu a émis à propos de Galien des jugements contradictoires. Généralement partisan de l'hippocratisme, de l'observation, des doctrines simples, claires, des grandes vues qui illuminent la science, de l'éclectisme expérimental, de! l'indépendance de la médecine pratique qui doit se tenir en garde contre tous les envahissements qui la menacent sans cesse, il dut être vivement frappé des côtés défectueux du galénisme, et surtout de celui des successeurs du médecin de Pergame. 11 relève « lesfutihtés dontce système surcharge la ascience, et la plongèrent dans un bourbier où prirent naissance mille insectes rongeurs, etc. » Mais son jugement est bien plus favorable quand il sépare Galien de ses dangereux imitateurs. « GaUen fut un très-grand homme. Si vous lui ôtiez ses commentateurs, qui ont gâté sa mémoire, il resterait très-recommaudable par lui-même... Ses ouvrages sont si

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chargés de choses importantes, qu'ils doivent être regardés comme un corps de médecine complet et comme une encyclopédie plus fournie que celle d'Hippocrate. Galien a presque tout dit, presque tout vu, presque tout appris par sa pratique et par ses observations, de même que par l'étude des opinions de ses prédécesseurs , qu'il a recueillies avec attention » (Bordeu, Piecherch. sur l'hist. de la méd., t. II, p. 579 et suiv., édit. Richerand. Voy. aussi p. 216, 217, 257, 1005.) Galien a eu un tort que nous retrouverons fréquemment par la suite; il a uni par des liens trop intimes la médecine à la physiologie, et la physiologie à la physique, et enchahié de trop près les. destinées de l'art entier à ces deux dernières sciences; aussi, lorsque celles-ci furent complètement transformées, son édifice parut s'écrouler; il fallut bien du temps, bien des efforts pour en extraire une portion des documents nombreux et importants appartenant à la partie substantielle et positive de la médecine, accumulés durant tant de siècles. Sixième époque. Depuis la mort de Galien, enVanWl sous V empereur Septime Sévère, jusqu'à la renaissance des lettres vers l'an 1400. Première PÉRIODE. Depuis la mon de Galien jusqu'à l'an 640 {destruction de la bibliothèque d'Alexandrie) ^ Pendant l'époque qui va nous occuper, l'empire romain est travaillé de plus en plus par des dissensions, des révolutions intérieures, les luttes des chefs qui se renversent et se disputent le pouvoir souverain; par les persécutions du paganisme contre la religion chrétienne, qui ne triompha qu'après de longues vicissitudes, de nombreux et douloureux martyres. On rencontre partout la dépravation des mœurs, un luxe effréné, l'amour exclusif des jouissances matérielles : d'un côté le scepticisme, de l'autre le mysticisme répandu par le néoplatonisme alexandrin ; on adopte les mystères de la magie, les amulettes, les pratiques les plus superstitieuses. Les intelligences s'abaissent ; le servilisrae domine dans les arts, la littérature, les sciences, comme daïis la politique. Pas d'effort pour ouvrir des voies nouvelles ou pour agrandir celles qui sont déjà tracées ; on commente Platon, Âristote, Zenon, Épicure, discutant sur le sens de leurs écrits, sur les mots plutôt que sur les choses : on déserte l'étude de la nature. Le monde antique miné de toutes parts, s'écroulera bientôt : le monde nouveau surgira peu à peu de ses ruines après un hng et sanglant enfantement. Le christianisme opérera ses merveilles ; c'est là que se trouvent l'activité, la vigueur, la puissance, ainsi que le témoignent les magnifiques écrits des pères de l'Éghse, des Augustin, des Chrysostome, des Jérôme, des Basile, etc., qui répandirent tant d'éclat sur le quatrième siècle. A. raison de son utilité, la médecine se défendit longtemps; à côté de l'empirisme, des incantations, des secours demandés à la magie, des praticiens habiles conservèrent du moins la tradition ; nous n'aurons cependant que peu de noms à citer.

1" Oribase, de Pergame, vécut au quatrième siècle. Comblé de faveurs par Julien, exilé ensuite chez des peuples barbares qui l'entourèrent bientôt de leur respect et de leur admiration, il fut rappelé par les empereurs Valens et Valeutinien, et jouit jusqu'à sa mort de sa réputation et de sa fortune. On a perdu les deux tiers des 72 livres qu'd avait composés sous le titre de Collections medicinales; nous possédons l'abrégé tout entier de ce grand ouvrage, en 19 livres; un compendium de médecine domestique adressé à Eunape (Euporistes) . Oribase

* Dans cette période, la médecine a trois centres principaux, Rome, Athènes, Alexandrie. Après quelques écrivains originaux (Antyllus, Posidonius, Philagrius), apparaissent des compilateurs dont les manuels se réduisent à des proportions de plus en plus exiguës {Voy. Daremberg, ouvr. cité, 1. 1, p. 240 et suiv.)

MÉDECINE (histoire de la). 79

n'était pas seulement un médecin fort savant , c était aussi un praticien trèshabile.

Oribase s'est particulièrement attaché à mettre en œuvre les travaux de ses prédécesseurs, en suivant spécialement la doctrine de Galien, et lui erapruntani une grande partie de ses matériaux ; nous lui devons la conservation de plusieurs fragments empruntés à divers auteurs. Ses écrits brillent par l'ordre, la netteté, la précison. On aurait de la peine à déterminer les idées originales qui lui appartiennent. Notons ce qu'il dit sur l'éducation des enfants, le choix des nourrices et leur hygiène, les maladies du foie ; les suppurations, suites du rhumatisme ; le traitement des inflammations, des fièvres exanthématiques, etc. ^ Le maître d'Oribase, Zenon de Chypre, médecin d'Alexandrie a laissé un nonl estimé dans la science.

2° Aétius d'Âmide en Mésopotamie, médecin chrétien, fit ses études à Alexandrie, s'établit à Gonstantinople, et vécut à la fin du cinquième siècle et au commencement du sixième. Comme Oribase, il a recueilli ce qui lui a paru le plus saillant dans les écrits de ses prédécesseurs relativement à la physiologie, l'hygiène, la pathologie, la thérapeutique, une grande partie de la chirurgie, et nous a conservé plusieurs fragments intéressants. Son ouvrage contient quatre sections divisées chacune en quatre livres. On peut lui reprocher de manquer souvent de méthode, de précision. Peu d'idées générales ; à côté de préceptes imparfaitement enchauiés, se trouvent des formules parfois bizarres ; des hypothèses étranges déparent des vérités solidement établies. Il y a pourtant des observations qui lui sont propres, de bonnes descriptions de plusieurs maladies, entre autres des maladies des enfants ; d'excellents préceptes relatifs à l'emploi des cautères dans les affections chroniques (asthme invétéré, emphysème, phthisie, paralysie, etc.) : les anciens les employaient alors plus largement que nous. Son livre contient des documents intéressants sur les théories médicales des anciens. Aétius suit habituellement Galien, en y joignant des dogmes et des pratiques puisés dans le méthodisme.

o" Alexandre de Tralles (ville de Lydie) appartient au sixième siècle. Après avoir voyagé en Asie, dans les Gaules, en Espagne, en Italie, il vint pratiquer la médecine à Rome avec le plus grand succès. Parvenu à un cage assez avancé, mûri par l'expérience, espérant que les fruits de ses observations pourraient être encore utiles, Alexandre publia un ouvrage en 12 hvres sur les maladies qui ne réclament point les secours chirurgicaux. Les 10 premiers livres sont consacrés aux affections locales, le onzième à la goutte, le douzième aux fièvres. Ce n'est plus un servile copiste ou imitateur, c'est un observateur consciencieux, qui décrit ce qu'il a vu, juge les médications par ce qu'il a fait ; il n"a pas de système à lui et n'en adopte aucun exclusivement. Admirateur du divin Galien, Alexandre n'hésite point cependant à s'éloigner de lui, dans l'intérêt de la vérité, en relevant dans plus d'un cas ses incertitudes et des erreurs dans ses règles thérapeutiques. Comme Hippocrate, il recommande d'observer la marche de la nature afin de l'aider dans ses efforts, prescrit une sage circonspection dans l'emploi de l'opium qui détermine aisément des congestions vers le cerveau, conseille la saignée contre les hydropisies avec excitation, les boissons acidulées, les fruits bien mûrs, entre autres les raisins dans certaines dysenteries ; un vomitif avant l'accès des fièvres tierce

' Yoy. l'édition d'Oribase, publiée par MJI. Bussernaker et Darember^;-, et les importantes études dont ce remarquable travail a été le point de départ.

et quarte, méthode qui lui a donné les meilleurs résultats. Les purgatifs violents sont dangereux ; les purgations douces, modérées, souvent réitérées sont préférables dans les maladies chroniques, à des évacuations brusques et abondantes. Alexandre établit avec le plus grand soin le diagnostic, et trace le diagnostic différenciel de plusieurs maladie que l'on pourrait confondre (les cohques intestinales et les néphrétiques, la pleurésie et l'hépatite) : signalons parmi les faits nouveaux, celui d'une femme atteinte de boulimie (faim dévorante) avec une forte céphalalgie ; un ver de douze coudées fut rendu après l'administration de ïiéra et la malade fut guérie.

Bien qu'inférieur à Arétée, Alexandre peut lui être comparé sous certains rapports. 11 ne veut parler que de ce qu'il a pu voir et vérifier ; décrit les maladies d'après l'ordre anatomique (sans les faire précéder, à la vérité, de considérations sur la structure et la disposition des organes). Ses descriptions sont exactes et détaUlées ; ses vues générales moins élevées. Son style n'a point l'élégance, la pureté, la vivacité de celui d'Arétée ; il s'en rapproche par la concision, la clarté, la rigueur. Obéissant aux préjugés de son époque, il sacrifie à la polypharmacie, vante des médications dont les formules sont monstrueuses, ajoute foi aux conjurations, aux talismans, aux amulettes; cela prouve combien était grand et général l'empire de ces idées superstitieuses, puisqu'un esprit aussi calme et aussi judicieux n'a pas su lui résister.

4° Paul né dans l'île d'Égine, florissait sans doute dans le septième siècle : son extrait des anciens ouvrages relatifs à la médecine, divisé en 7 livres est un abrégé de l'art médical tout entier, composé comme celui d'Oribase de travaux et de fragments empruntés à ses prédécesseurs, «j'ai composé, dit-il, monconipeiidium avec ce qu'il y a de meilleur dans les anciens, en y joignant quelques détails et quelques observations tirés de ma pratique. » Élève de l'école d'Alexandrie quelque temps avant la conquête de cette ville par Anirou, il pratiqua la médecine dans diverses contrées de la Grèce et dans plusieurs régions soumises aux Sarrasins. Ses 4 premiers livres sont relatifs à l'hygiène, aux maladies générales ou locales (fièvres, affections des diverses parties classées d'après leur siège, maladies cutanées, vermineuses), le cinquième traite des poisons (animaux, végétaux, minéraux) ; le sixième est entièrement chirurgical ; le septième est consacré aux médicaments simples, disposés suivant l'ordre alphabétique. On le voit, en plusieurs circonstances, discuter et réfuter les opinions de médecins célèbres, modifier leurs préceptes et leurs procédés opératoires, en indiquer de nouveaux, citer des faits intéressants, recueillis auprès de ses malades. Comparable à Celse sous divers rapports, il lui est parfois supérieur par la précision qu'il apporte dans la description des maladies, des opérations, par le soin qu'il met à poser les indications. Nous rappellerons ses études sur les armes de guerre, l'hydrocéphale, la paracentèse du thorax et de l'abdomen, la lithotomie, les anévrysmes et spécialement l'anévrysme variqueux, la bronchotomie d'après la méthode d'Antyllus, etc. On s'est demandé aujourd'hui ce qui appartient réellement à Paul d'Égine. Comme Daremberg, nous devons répondre que, pour lui, comme pour les autres compilateurs, la solution de cette question est difficile. Sur bien des sujets en effet, Paul parle en son nom quoiqu'il transcrive des passages entiers copiés dans des auteurs qui avaient écrit avant lui, sans indiquer les sources oii il a puisé. On peut donc supposer, surtout en tenant compte de ce qu'il dit, au début de son livre, qu'il a suivi la même marche à peu près partout. Quoique Paul montre en divers endroits un esprit judicieux et une véritable habileté pratique, nous regrettons

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que son manuel soit trop concis, et qu'il n'ait pas toujours bien compris les questions qu'il a traitées.

Deuxième période. Depuis la fin du septième siècle jusqu'à la renaissance. Avant le commencement de cette période, l'empire romain d'Occident, envahi par des populations barbares sorties de la Germanie, s'était écroulé : de ses débris s'étaient formés plusieurs royaumes indépendants. Les plus importants étaient ceux des Francs dans les Gaules, des Visigoths en Espagne, des Lombards en Italie. Attaqué d'abord par les Turcs et les Perses, l'empire d'Orient rencontra bientôt des ennemis plus redoutables. Mahomet, prophète , législateur, guerrier, réunit sous le même sceptre et sous un même culte, les peuplades arabes rivales et dispersées, leur inspire l'ardeur des conquêtes, du fanatisme religieux, et fonde une nation puissante qui s'avance tout d'un coup sur la scène du monde. En moins d'un siècle (630 à 715), ses kalifes soumettent à leur pouvoir la Syrie, la Palestine, la Gilicie, la Perse, l'Egypte, le nord de l'Afrique, une partie de l'Espagne. En 640, Âmroa s'empare d'Alexandrie. Suivons maintenant les destinées de la médecine dans l'Orient et dans l'Occident.

Art. I". Médecine chez les Arabes. 1" Considérations générales. Fidèles aux préceptes du Coran hostiles aux travaux de l'intelligence, les Arabes se signalèrent d'abord par la destruction de leurs monuments. Le farouche Omar, second successeur de Mahomet, fit livrer aux flammes la bibliothèque d'Alexandrie. Mais peu à peu les vainqueurs, obéissant à une loi providentielle constante, en harmonie avec la nature humaine, subirent l'action civilisatrice des peuples qu'ils avaient vaincus. Vivant dans des contrées pleines encore des souvenirs d'Alexandre, de Ptolémée, d'Eumène, etc., les kalifes comprirent l'importance des sciences et des arts dans la vie des peuples et voulurent imiter de si beaux exemples ; les médecins exercèrent sur eux la plus heureuse influence. Les premiers maîtres des Arabes furent des Nestoriens (fondateurs de l'école de Dschondisabour en Perse, oîi l'on enseignait en même temps la médecine et la philosophie), des Grecs et des Juifs d'Alexandrie, des chrétiens de Syrie (qui avaient traduit en langue syriaque plusieurs ouvrages d'Hippocrate, d'Aristote, de Galien) ; des platoniciens persécutés à Athènes qui avaient cherché un refuge auprès des princes d'Orient. Dès le miheu du huitième siècle, les sciences trouvèrent, dans la dynastie des Abassides, des protecteurs éclairés. En 762, Alinanzor le Grand fait bâtir la ville de Bagdad. Son successeur, le célèbre Ilaroun-al-Raschid, contemporain de Charlemagne, y établit des écoles, des hôpitaux, des pharmacies publiques. Par ses soins, des traductions de nouveaux auteurs grecs vinrent enrichir la littérature arabe: ce kaiife dirigea particulièrement son attention sur l'art médical. Nous devons une reconnaissance plus grande encore à son fils Almamon. Ce prince fonda l'Académie de Bagdad, appela auprès de lui les savants de tous les pays, sans distinction de culte, encouragea, récompensa leurs travaux, et se fit un honneur de les partager. 11 fit acheter à grand frais par ses ambassadeurs, tous les manuscrits qu'ils purent se procurer ; leurs traductions en arabe étaient aussitôt confiées à d'habiles interprètes ; parmi eux on compte surtout Honain. Après Almamon, Almotassem et Mottawackel marchèrent sur ses traces ; ce dernier rétablit l'Académie et la bibUothèque d'Alexandrie. L'Académie de Bagdad acquit une si grande célébrité, que les élèves et les professeurs y affluèrent de tous côtés; leur nombre s'éleva jusqu'à six mille. Mentionnons aussi les écoles de Kula, de Bassora, de Damas ; l'Académie et la bibliothèque de Bokhara, etc.

Les souverains de Tunis, Fez, Maroc, etc., imitèrent ces exemples Dès le hui-

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