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tième siècle, des établissements scientifiques furent créés dans ces Etats. Le dernier des Edrisites, Jahiah, prince d.u Maroc, transforma son palais en académie, et n'accorda ses faveurs qu'au mérite et au savoir.
Parmi les pays soumis à l'islamisme, l'Espagne occupe l'un des premiers rangs. Lekalifat de Cordoue jette déjà au huitième siècle un vif éclat qui s'accroît progressivement dans les siècles suivants. Au dixième siècle, Alhakem établit dans sa capitale une académie, qui conserva longtemps une grande célébrité ; sa bibliothèque, la plus riche de l'Occident, comptait 2 24-, 000 volumes. Tolède, Séville, Murcie avaient aussi leurs bibliothèques et leurs académies. Au douzième siècle, la partie de l'Espagne soumise aux Maures possédait soixante-dix bibUothèques publiques.
D'après ce rapide aperçu, l'on peut s'assurer que les Arabes se sont trouvés dans des circonstances extérieures très-favorables pouî- agrandir le domaine des sciences et, particulièrement, celui de la médecine, car la plupart des hommes les plus éminents parmi eux sont des médecins. Protégés par leurs souverains, entourés de bibliothèques, où l'on avait réuni une partie des trésors légués par les plus beaux génies de la Grèce, ils pouvaient s'inspirer de leur esprit et connaître tout ce qui s'était fait d'important jusqu'à eux. Maîtres d'une partie considérable de l'Asie, de l'Afrique, de l'Espagne, où s'élevaient un grand nombre d'écoles et d'hôpitaux, ils auraient pu étudier l'homme et la nature en eux-mêmes et dans leurs rapports, sous les aspects les plus divers et les climats les plus variés. Aristote et Galien, qui leur servaient de guides, recommandaient l'observation et l'expérimentation; malgré leurs écarts, il leur en offraient de magnifiques modèles; eux-mêmes rappelaient et répétaient ces sages préceptes. S'ils avaient suivi cette voie, il nous auraient légué de grandes richesses, et mérité les éloges que leur décerna l'Occident durant bien des siècles. Les Arabes ne profitèrent point assez de ces avantages. Enchaînés par leurs institutions civiles et religieuses, courbés sous le joug du despotisme, entraînés par les élans de leur imagination, leur amour du merveilleux, des mystères, des causes occultes, leur foi dans les influences sidérales, l'action des démons, des esprits cachés qui gouvernent le monde par des modes surnaturels ; dominés par la trempe de leur esprit peu susceptible d'efforts longs, persévérants, porté vers les spéculations plutôt que vers l'étude et la pratique des choses solides et véritablement utiles, les Arabes ne prirent jamais ce libre et vigoureux essor qui caractérisa le génie créateur de la Grèce. Soumis par leurs habitudes à l'autorité souveraine d'un maître, ils s'en donnèrent surtout deux dans la science, Aristote et Galien, mais au lieu de prendre dans leurs écrits ce qu'il y avait de grand, de positif, de conforme à la majestueuse simplicité de la nature, ils s'attachèrent particulièrement aux discussions frivoles, aux distinctions subtiles, aux formes dialectiques, aux hypothèses sur lesquelles ils renchérirent, et altérèrent ainsi des matériaux précieux, que leur fournissait l'observation. Quand on examine avec soin les ouvrages des Arabes on y découvre des détails intéressants, des faits particuliers nombreux, des remarques qui en découlent et auxquelles on ne saurait contester une valeur personnelle, mais on est rebuté par la monotonie de leur plan général, du mode de leur exposition, jeté dans un moule uniforme ; pas de doctrines originales, ni de larges pensées qui leur soient propres, peu d'élan, peu d'inspiration.
2"^ Anatomie. Les Arabes retenus par la superstition ne touchèrent point aux corps humains ; point de dissection, point d'autopsies. Leur anatomie est extraite de Galien.
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Pourtant quelques-uns (Avenzoar, Abdollatif) étudicrent directement l'ostéologie et mirent plus d'exactitude dans leurs descriptions. Phares signale quelques nouvelles brandies nerveuses de la face et du cou.
3" Physiologie, hygiène, etc. Dans l'ensemble de leurs doctrines, les Arabes s'attachent presque exclusivement à Galien tel qu'ils le comprennent, et le commentent. Ce qu'ils ajoutent, ce qu'ils modifient se rencontre surtout dans les détails, dans quelques branches, quelques points, quelques hommes plus indépendants que les autres.
4" Médecine arabe. Les sciences ont pénétré chez les Arabes par l'intermédiaire des Syriens, des Hébreux, des Persans qui leur ont fourni des maîtres et des traducteurs ; ce sont des juifs et surtout des chrétiens qui ont été leurs instituteurs. Ils leur ont enseigné la science grecque, et. ont traduit d'abord dans leurs langues les textes grecs ; ce sont eux aussi qui ont fait passer ces traductions dans l'idiome arabe. La culture intellectuelle n'a pourtant .point été négligée chez les musulmans ; ils eurent une véritable passion pour les professeurs, les leçons, les hvres ; mais s'ils se livrèrent avec une grande ardeur à l'étude, ce fut généralement pour satisfaire leur curiosité, leur amour de la science spéculative, plutôt que pour en retirer une utihté pratique. Ces considérations doivent donc modifier, expliquer, limiter le sens de ce mot, médecine arabe, puisque la médecine grecque, en forme le fond, qu'elle a été enseignée, pratiquée, développée spécialement par des étrangers dans les kalifats d'Orient et d'Occident.
La médecine arabe a été divisée en quatre périodes. Dans la première (de l'an 1" à l'an 150 de l'hégyre), la science apparaît à peine. Dans la deuxième, c'est-à-dire de l'an 150 jusqu'au miheu du neuvième siècle, sous les Abassides, on rencontre quelques traductions, des compendiums, des écrits sur l'hygiène, la génération, la sphygmologie, l'uroscopie, la saignée, les songes, les maladies des yeux, la matière médicale, les poisons.
Pas de chirurgie. Les troisième et quatrième correspondent à l'espace compris entre le neuvième et le quatorzième siècle. Ici les traductions sont très-nombreuses, ainsi que les compilations, les commentaires. Les divers auteurs s'occupent de la médecine entière, quelques-uns suivent en même temps certaines directions spéciales, tels sont Mésué, pour la thérapeutique, les Sérapion, pour la matière médicale, Elmintas, Isaac, Maimonides, pour l'hygiène, etc. Si l'on voulait bien caractériser l'aspect particulier de la science chez les Arabes, il l'audrait étudier en détail la vie et les écrits de ces médecins. Nous ne pouvons que les esquisser ^.
La médecine arabe compte un nombre considérable d'écrivains très-féconds dont la plupart embrassèrent l'ensemble des sciences. On peut s'en assurer par l'histoire d'Abul-Farage et la bibliothèque du savant moine Casiri. Les plus célèbres sont Aaron, les Baktischwa, Mésuél'ancien, Honain, les Sérapion, Alkhendy, Abenguefit, Rhazès, Avenzoar, Maimonides, etc.
Aaron, contemporain de Paul d'Égine, et prêtre chrétien d'Alexandrie, composa au commencement du septième siècle, ses Pandectes en Irenîe livres, formées d'extraits des médecins grecs, surtout de Galien, sur les principales branches de l'art de guérir. Maserdjawaih les traduisit en arabe en 685. Sergius, archiprêlre de Kai, traduisit plusieurs ouvrages grecs et ajouta deux livres aux Pandectes. Aaron a laissé une description de la variole.
Plusieurs médecins nestoriens (les Baktischwa, Mésue', etc.) furent appelés
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de Djhoudisabour à Bagdad pour donner leurs soins aux kalifes, devenir leurs médecins, diriger les études ; ils leur inspirèr-ent ou entretinrent eu eux, dans leurs rapports intimes, l'amour des sciences.
Honain, ses fils, son neveu, firent des traductions arabes d'Hippocrate, Galien, Pline, Aristote, Ptolémée, Alexandre d'Apbrodisée, Paul d'Égine, etc.
Abenguefit s'occupa spécialement des médicaments ; il posa les règles d'après lesquelles les Arabes déterminaient leur action ; ces règles leur étaient nécessaires surtout pour les substances nouvelles en nombre fort considérable dont leur matière médicale s'était enrichie.
Rhazès mérite un des premiers rangs. Il naquit à Raï en Perse, cultiva la plupart des sciences avec succès, et fut, à 30 ans, le professeur le plus éminent de l'académie de Bagdad. Chargé successivement du service médical de l'hôpital de cette dernière ville, ensuite de celui de Raï, il déploya pendant 50 ans dans ces fonctions un zèle et une activité qui ne se ralentirent jamais. La perte de la vue les lui fit abandonner à 80 ans. Rhazès mourut en 925.
Ce médecin avait écrit sur des sujets très-variés, histoire, philosophie, etc. (12 livres sur la chimie). Les principaux ouvrages que nous possédons sont 1" un ouvrage en 10 livres dédié à Almanzor ; 2" le Havi ou Continens.
Le premier est une compilation qui renferme un abrégé de la doctrine médicale des Arabes. On y remarque un travail intéressant sur les qualités et la conduite des médecins, sur les charlatans dont les manœuvres sont représentées sous de vives couleurs, etc. On se rappelle, en le hsant, plusieurs traités analogues d'Hippocrate et de Galien. On s'assure de la haute idée que les médecins arabes avaient de leur profession, de leurs devoirs, et même de la marche à suivre pour arriver à la vraie science par la lecture et la méditation des maîtres, l'observation des malades, la fréquentation des hôpitaux.
Le Continens, divisé en deux parties, comprend 17 livres etconstitue un abrégé de médecine et de chirurgie. Quoique les objets y soient disposés dans un certain ordre, il ne présente pas un plan uniforme. Ce n'est probablement qu'une série d'extraits, de notes qui n'étaient point destinés à être publiés sans y avoir mis plus de régularité. G. Cuvier pense que c'est un recueil des leçons de Rhazès. Nous pouvons cependant, par cet écrit, prendre une idée de ses doctrines. Nous y rencontrons avant tout le galénisme mêlé d'un peu de méthodisme, emprunté peutêtre en grande partie à Galien lui-même, auquel Rhazès avoue donner la préférence parce que la diversité des opinions des médecins grecs jette la confusion dans son esprit. Rhazès a pourtant contrôlé au lit des malades les recherches de ses prédécesseurs, avant de les affirmer. Il observa la fièvre muqueuse, des fièvres sub-intrantes, pernicieuses, entre autres la fièvre syncopale, des fièvres erratiques, rapportées à l'ulcération des reins, la péripneumonie putride contre laquelle il prescrit les toniques et le vin ; l'hypochondrie, l'hydropisie de l'utérus, le tic douloureux de la face, plusieurs maladies cutanées Rhazès s'occupe beaucoup de séméiotique, insiste sur l'uroscopie, ainsi que les autres médecins de cette nation, et se vante d'avoir été très-heureux dans le diagnostic et le pronostic : sa diététique est conforme aux préceptes hippocratiques ; il se montre souvent judicieux dans la détermination des indications. Rhazès décrit avec beaucoup de soin un ensemble de fièvres éruptives comprises sous le nom commun de varioles, qu'il ne regarde point comme des affections nouvelles, puisqu'il affirme les reconaître dans plusieurs passages de Galien. 11 indique un certain nombre de médicaments tirés du règne minéral, des préparations obtenues par des procédés pharmaceutiques, etc.
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(voy. entre autres ce qu'il dit sur les préparations mercurielles). Il est le premier à mentionner l'eau-de-vie, etc.
Hahj-Abbas, postérieur de 50 ans à Rhazès (fin du dixième siècle) et Persan comme lui, a laissé, sous le titre à'Almaleki (recueil royal), un ouvrage en 20 livres, où il expose avec beaucoup de méthode, la médecine entière au point de vue théorique et pratique. Les jeunes médecins, dit-il, doivent étudier longtemps dans les hôpitaux, c'est là qu'ils apprennent à connaître et à traiter les maladies, fréquemment mal décrites dans les livres, c'est là que j'ai recueilli la plupart de mes observations. 11 ajoute qu'il s'est conformé aux préceptes de la médecine grecque en la modifiant pour l'accommoder au climat, et ne s'en écartant que relativement à la matière médicale prodigieusement enrichie par l'acquisition d'une foule de médicaments nouveaux. Néanmoins, l'auteur a des théories, des principes, des faits qui lui appartiennent en ce qui concerne la diététique, les habitudes, les eaux minérales, l'emploi des principales médications, etc. Voy. aussi ses observations sur la colique avec paralysie des extrémités, les calculs, les obliquités de l'utérus. Supérieur au canon d'Avicenne, YAlmaleki est un des livres arabes que l'on peut consulter avec le plus de fruit.
Avicenne [Ibn-Sina], surnommé le prince des médecins, naquit en 980, à Bokhara, dans la Khorasan. Après avoir obtenu les plus hautes faveurs par ses travaux et l'étendue de ses connaissances, il lut disgracié, privé de sa liberté durant deux ans. Il put reconquérir ce qu'il avait perdu ; mais les excès de travail et de plaisirs auxquels il n'avait cessé de se livrer minèrent, sa constitution: une dysenterie imprudemment traitée détermina sa mort à 56 ans.
Laissant de côté ses importantes publications philosophiques, nous ne nous occuperons que de son livre intitulé Canon ou règle qui a joui longtemps d'une grande réputation. Son ouvrage est divisé en cinq livres. Les deux premiers contiennent les prmcipes généraux de la physiologie, de l'hygiène, de la pathologie, de la thérapeutique; les deux suivants sont un traité complet de pathologie spéciale, le dernier est relatif à h matière médicale. Avicenne raisonne, disserte, discute beaucoup, observe peu ; il étend les hypothèses, et montre peu d'originalité, marchant toujours à côté d'un de ses guides, Galien, Aristote, Aétius, Rhazès, et les combinant. On a cité de lui plusieurs observations intéressantes, mais elles sont presque toutes empruntées. Sa physiologie est celle de Galien. Les solides et les humeurs sont les causes matérielles des fonctions ; les facultés ou forces, les causes formelles ; les fonctions, les causes finales ; les six choses non naturelles, les occasionnelles. Les forces sont inhérentes à l'organisme, dirigées par un principe supérieur. Il multiplie plus que Galien, le nombre de ces forces. Dans la nutrition il y a trois temps ; le sang attiré et retenu est changé en suc nutritif; celui-ci est appliqué à l'organe, subit plusieurs élaboratious, et s'incorpore quand il est assimilé. Les foj^ces qui opèrent ces actes sont administrantes ; celles qui produisent les actes ultimes sont administrées. Les organes sont divisés en centres actifs qui dominent X organisme et organes subordonnés ou passifs dont le rôle est secondaire. Toutes ces idées empreintes de galénisme peuvent être rapprochées de théories plus modernes.
Calquée sur sa physiologie, sa pathologie générale est pleine de subtilités. La médecine, dit-il, est théorique (posant les principes), et pratique (celle-ci les applique), 11 ne paraît pas trop comprendre le lien qui les unit ; la première repose sur des à priori, et altère les vérités que la seconde devait fournir. Sa pathologie spéciale embrasse toutes les maladies connues avant les Arabes, et un
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assez bon nombre d'autres inconnues ou moins bien décrites jusqu'à eux. Elles sont divisées en locales {de capite ad calcem, avec des considérations anatomiques), en celles qui peuvent atteindre diverses parties (phlegmons, ulcères), et générales. Nous remarquerons particulièrement ce qui concerne les maladies cutanées et les fièvres éruptives.
Fièvres éruptives. Deux classes : varioles et morhillies. Les varioles sont caractérisées localement par des élevures plus ou moins saillantes qui se remplissent d'un fluide séreux, purulent, etc. (vésicules, bulles, pustules), dépendant d'une ébullition du sang, dont l'éruption forme la crise, en dépurant ce liquide. Dans les morhiUies on observe des élevures peu saillantes, sans liquide (rougeole, roséole, scarlatine). Ce sont des varioles bilieuses, moins graves. Avicenne, comme Uhazès, eu décrit les diverses périodes. Ses tableaux sont moins exacts et moins complets. Du reste les uns et les autres sont loin d'y apporter la précision que nous remarquons aujourd'hui. Les Arabes ont laissé des études intéressantes sur plusieurs dermatoses chroniques (lèpre, éléphantiasis), sur le spina-ventosa. Avicenne les reproduit.
Dans la matière médicale, on peut constater les nombreuses acquisitions faites par les Arabes ; purgatifs doux, lochs, sirops, teintures, alcoolats, camphre, etc., substances minérales, préparations chimiques, emplâtres, pommades, collyres, etc., usage fréquent du lait et du sucre, etc.
Ahulcasis, de Cordoue (douzième siècle), a rédigé un compendium médicochirurgical complet ; cette compilation ne renferme rien de nouveau en médecine ; elle est remarquable par le traité de chirurgie qui la termine [voy. Chirurgie). On peut y voir l'emploi fréquent et hardi des caustiques et du fen dans la thérapeutique. Les Arabes oat peu cultivé la chirurgie, et n'y ont guère fait preuve d'originalité.
Avenzoar, de Séville (douzièrtie siècle), cultiva avec le même succès la médecine et la chirurgie. C'est un observateur ; aussi, tout en acceptant le fond du galénisme, il le combat et le modifie souvent, en prenant ses inspirations dans l'expérience et l'hippocratisme. La nature, cette force intérieure qui règle tout dans l'organisme, tra\ aille efficacement à réparer les pertes, à maintenir l'équilibre, à conserver l'intégrité des humeurs qui sont bien moins souvent altérées qu'on ne le suppose ; avec elle s'explique le consensus des parties, les guérisons spontanées, etc. Voyez entr'autres ses recherches et ses observations sur les paralysies, l'amaurose, la mélancolie, la dysphagie par paralysie du pharynx, la péricardite, les maladies de l'estomac et du tube digestif. Son principal ouvrage a été traduit sous ce titre, de Rectificatione et facilitatione reginiinis et medicationis (1490). Il sentait le besoin de corriger et de simplifier la thérapeutique islamiqvie.
Averrhoës, de Cordoue (disciple du précédent) , le grand commentateur d'Aristote, nous intéresserait beaucoup comme philosophe, bien moins comme médecin, quoiqu'il ait embrassé dans ses écrits l'ensemble de l'art médical. Il recommande beaucoup l'expérience et s'égare dans la spéculation, combattant généralement Galien dès que cesse l'accord entre lui et le philosophe de Stagyre.
Conclusions. Il est impossible, en quelques pages, de donner une idée précise de la médecine arabe, mais on peut établir les conclusions suivantes : 1° Elle présente un des importants traits d'union, à travers le moyen âge, entre la médecine grecque antique et la science moderne ; 2" les théories générales des Arabes cous-
tituent un pas rétrograde ; ils altèrent plus qu'ils ne perfectionnent ; 5° leur pathologie et leur thérapeutique spéciales offrent des documents précieux ; débarrassées de leurs théories, de leurs discussions, réduites à leur partie substantielle, elles formeraient un compendium pratique, dans lequel se rencontreraient un grand nombre de médications utiles qui ont joui ou qui jouissent d'une réputation méritée, surtout dans les affections chroniques ; 4° malgré leur polypharmarcie, leurs superstitions, ils ont rendu à la matière médicale et à la pharmacologie des services que l'on ne saurait contester. 5° La virtualité de la médecine considérée au point de vue pratique se manifeste, puisqu'elle n'a pu être étouffée par tant d'obstacles, et que l'on voit ici des hommes qui ne manquent pas de valeur comme cliniciens.
Art. II. Médecine des Eijzantins, du septième au quatorzième siècle. La médecine byzantine est, pendant cette période, dans une complète décadence : au neuvième siècle, sous le patronage de Michel VIIl, protecteur des sciences, comme Constantin VII, Psellus écrit une compilation puisée ou copiée dans Aëtius, Alexandre de Tralles, etc., ou puMie un recueil intéressant sur l'art vétérinaire ; signalons aussi l'ouvrage de Seth sur les aliments ; la traduction d'un livre arabe du onzième siècle, etc.
Arrivons au treizième siècle, disons quelques mots d'Actuarius et de De'me'trius Pépagomène. Actiiarius (Jean, fils de Zacharie),est ungaléno-arabiste. Ses écrits {de Spiritu, Methodus medendi) ne brillent point par la nouveauté des pensées, mais par leur enchaînement, la méthode, la clarté. La galénisme y est exposé d une manière simple, lucide, en rattachant l'hygiène, la pathogénie, la thérapeutique à quelques principes fondamentaux sur les humeurs, les solides, les esprits, les facultés et leurs altérations. C'est un manuel qui mérite d'être consulté. Son livre sur l'uroscopie est ce que les anciens nous ont laissé de plus complet. Actua^ rius met en relief les différences qui séparent l'ànie humaine de celle de la brute , elle est spirituelle, immortelle, etc.
De'métrius, tout en restant galéniste, émet des opinions justes relativement à la goutte. Quoique répandue dans tout l'organisme, elle a ses racines dans l'estomac. Aussi devra-t-on insister sur l'hygiène thérapeutique. Les médecins de Byzance ont fait bien peu pour l'art médical.
Art. m. Médecine dans VOccident. École de Salerne, etc. La plupart des historiens de la médecine peignent sous les plus sombres couleurs les ténèbres, l'ignorance, les superstitions où l'Occident fut plongé dans la première moitié du moyen âge, après la chute de l'empire romain. Le fait est vrai d'une manière générale. Cependant, les traces de la science, la tradition ne sont pas entièrement effacées. En consultant les lois de l'histoire et l'histoire elle-même, on peut, en constatant le mal dans toute son étendue, éviter cependant des exagérations parfaitement démontrées aujourd'hui par les remarquables études de Tiraboschi, Guizot, le cardinal Pitra, Hoeren, Baehr, etc. Au moment où les Germains, les Scandinaves se partagèrent les vastes contrées soumises aux Romains, il existait partout non-seulement des manuscrits des chefs-d'œuvre latins et grecs, mais aussi de nombreuses traductions de ces derniers. Tout ne fut pas détruit pendant les invasions et les guerres les plus meurtrières : tout ce qui fut conservé alors n'est point arrivé jusqu'à nous, et nos bibliothèques renferment des richesses qui seront successivement découvertes. Bientôt se produisit un fait analogue à celui que nous avons observé en Orient. Comme les kalifes, les guerriers devenus souverains subirent l'influence de quelques hommes éclairés placés autour d'eux,
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et devinrent de zélés protecteurs des productions de l'intelligence, qui échappèrent ainsi au naufrage complet dont elles étaient menacées. En Italie, dans les Gaules, l'Irlande, l'Angleterre, la Germanie, etc., les écoles impériales sulosistèrent avec une partie de leurs dotations, jusqu'au delà de 650 ; les débris de la littérature antique furent soigneusement recueillis ; il y eut, avant et après le septième siècle, un véritable atelier de traductions qui transportèrent dans la langue latine les trésors delà littérature grecque. Cassiodore nous l'atteste. Après avoir fait sentir, durant cinquante ans, son action bienfaisante dans les hautes fonctions qu'il occupa sous Théodoric et ses successeurs immédiats, il se retira dans le rnonastère de Viviers, où il forma mie bibliothèque considérable et fonda une sorte d'académie oii les moines cultivèrent, sous sa direction, les sciences, la théologie. Aux septième et huitième siècles, des missionnaii'es envoyés par le pape Grégoire le Grand dans la Grande-Bretagne y établirent des écoles trèsfréquentées. C'est de là que sortit Alcuin. Appelé à la cour de Charlemagne, il devint l'instituteur de ce prince, dont l'empire embrassait les Gaules, l'Allemagne, les Pays-Bas, une partie de l'Espagne et de l'Italie. Avec le concours d'Alcuin, il institua des écoles de cathédrales et de monastères, oij l'on enseignait les sept arts libéraux ; dès l'année 805 on y joignit la médecine {ad salutem corporis inventa) ^, etc.
Dans les premiers siècles du moyen âge, la médecine ne fut pas déshéritée. Ce fait, ainsi qu'une foule d'autres points majeurs relatifs à l'histoii^e entière de notre art, a été mis dans un nouveau jour par les études contemporaines, parmi lesquelles se distinguent des recherches sur les sujets les plus délicats, poursuivies, avec autant de persévérance et d'ardeur que de sagacité, par le professeur Daremherg. On a découvert des manuscrits datant des septième, huitième, neuvième siècles, etc., contenant des traductions latines de divers écrits d'IIippocrate, Galien, Oribase, Alexandre de Tralles, etc. La médecine était enseignée dans des écoles et pratiquée non-seulement par des ecclésiastiques, mais aussi par des laïques.
Ecole de Salerne. C'est celle qui a jeté le plus d'éclat, et dont on s'est le plus occupé ; cependant, son histoire doit être refaite d'après de nouveaux documents. Nous n'avons aucun renseignement précis ni sur l'époque ni sur le mode de sa formation ; on peut seulement affirmer qu'elle n'a pas d'origine étrangère. Des médecins salernitains sont cités en 846; la réputation de la Civitas Hippocratica est déjà bien étabhe au dixième siècle ; elle va ensuite en s'accroissant. De tous les points de l'Europe on se rend à Salerne pour y étudier l'art médical ; les élèves, aussi bien que les malades, sont attirés par sa célébrité plus encore que par la beauté du site et la douceur du climat. Les ouvrages salernitains entrent pour une part assez large dans l'enseignement des autres écoles. L'histoire de Salerne se divise en plusieurs périodes. La première, représentée surtout par Gariopontus, s'étend jusqu'au onzième siècle; le méthodisme, provenant des traductions néo-latines, est prédominant. Dans la seconde (onzième et douzième siècle), l'humorisme apparaît, finit par avoir la prépondérance et prend sa source dans . des traductions latines directes d'Hippocrate, Gahen, etc., auxquelles se joignirent bientôt les traductions et les compilations de médecins grecs et arabes par Constantin l'Africain (fin du onzième siècle). On peut le constater en lisant
* Malgré l'impulsion donnée par les souverains, l'instruction fut pendant longtemps le partage d'un petit nombre; elle appartint à quelques hommes, à quelques corporations, la diffusion se fit avec une grande lenteur.
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les écrits de Trotula, Cophon, des Platearlus, Bartliolomseus, Archimathseus. Aux douzième et treizième siècles Roger, et après lui Frédéric II, règlent par leurs édits l'enseignement et l'exercice de la médecine ; l'école de Saleriie reçoit une impulsion nouvelle, mais l'institution dq l'école de Naples lui créa une rivale qui ne tarda pas à l'effacer.
Le poëme hygiénique {Regimen sanitatis) a vulgarisé la réputation de l'école salernitaine, qui a composé une série de poèmes sur la médecine , la chirurgie, etc. {voy. la Collectio Saîernitana de Renzi).
On trouve à Salerne des médecins ecclésiastiques, des laïques, des femmes médecins (Trotula, Abdalla, Mercuriade, etc.) munies de diplômes. Les Salernitains, se livrant à l'enseignement, à la pratique, publient des ouvrages, dirigent des hôpitaux, sont attachés aux armées, devieiment les médecins des rois, des grands. Tel fut Egide ou Gille de Corbeil, médecin de Philippe-Auguste, roi de France.
Grâce aux études de Renzi, Daremberg, etc., dont les publications, les analyses, les résumés font mieux connaître tout ce qui appartient à Salerne et au moyen âge, nous pouvons apprécier le mouvement de la médecine à cette époque. L'examen impartial de ces documents, très-curieux et très-importants pour l'histoire, n'a guère modifié les idées que nous nous étions formées à cet égard. La décadence de la médecine est manifeste sur tous les points. Malgré leur activité, malgré les ressources qu'ils auraient pu trouver soit dans les livres, soit dans leur pratique, les médecins ne purent, pendant longtemps, échapper à l'influence des circonstances extérieures, dans cette période si tourmentée, si pleine de déchirements et de luttes, d'oppressions, où chacun ne songeait qu'à attaquer ou à se défendre, où la société travaillait à trouver et à établir les bases solides sur lesquelles on pouvait fonder un nouvel édifice. D'une part, les médecins ne montrent guère d'originalité dans les détails de leurs doctrines ; de l'autre, ils comprennent imparfaitement les dogmes de 1 antiquité, qu'ils appliquent souvent d'une manière vicieuse; de là résulte un mélange confus de dogmatisme, d'empirisme, de mysticisme, au milieu desquels il est difficile de reconnaître les traces de la vraie science.
Au treizième siècle, sous la protection de l'empereur Frédéric II, remarquable par rétendue de ses connaissances, celle des papes (surtout d'Honoré III), des rois de France (particulièrement Philippe-Auguste), des rois d'Angleterre, etc., des écoles de médecine sont fondées en Italie (Bologne, Ferrare, Pavie, Padoue, Milan), en Angleterre (Oxford), en Allemagne, eic. ; celle de Montpellier, déjà célèbre au douzième siècle, l'université de Paris, reçoivent, avec des privilèges, de plus grands accroissements. Les médecins les plus distingués des treizième et quatorzième siècles (J. Platearius, Rernard Gordon, Gilbert l'Anglais, A. Bertucci, le savant Pierre d'Abano, Gaddesden, etc.) sont des arabistes, et se bornent presque partout à commenter le galénisme, qui constitue le fond de la science des Arabes. Gilbert multiplie les divisions et les sudivisions, et publie cependant plusieurs observations intéressantes qui lui appartiennent (sur la lèpre, l'otlontalgie, l'uroscopie). Quelques-uns ont une personnahlé plus marquée, et échappent davantage à l'influence galénique : tels sont, entre autres, le Florentin N. de Falconis, Jean de Damas, chanoine de Tournay, auteur d'une thérapeutique générale, où les indications sont présentées d'une manière judicieuse, quoique parfois un peu trop subtile, etc. Jacques et Jean de Dondis (de Padoue) réunirent dans leurs recueils la plupart des médicaments connus jusque-là, et publièrent un traité de botanique où se trouvent des descriptions exactes de plantes indigènes. Arnaud
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de Villeneuve, en poursuivant les chimères de l'alchimie, fait plusieurs découvertes utiles en chimie (entre autres, à propos de l'alcool). Esprit indépendant, il commence à échapper au joug de Galien et observe par lui-même. Arnaud décrit des maladies des organes génitaux dont les caractères ressemblent beaucoup à ceux des affections vénériennes ; donne de bons préceptes sur leur traitement, sur celui des fièvres, des hydropisies, etc., et cite, en abrégé, des faits nombreux puisés dans sa pratique. Thada:us commente les doctrines hippocratiques et fait ressortir leur excellence. Au milieu des compilateurs qui abondent, on sent un premier réved de l'esprit d'observation. Cet esprit se révèle avec toute sa puissance chez le franciscain Roger Bacon, également remarquable par son érudition, l'universalité de ses connaissances, la conscience réfléchie de la philosophie véritable, qu'il avait sans doute retrouvée dans la méditation des grands monuments de la science antique et l'étude de la nature. Il consacra à ses recherches expérimentales sur l'astronomie, la physique, etc., malgré les ])réjugés et les persécutions des moines qui l'entouraient, plus de 2,000 livres sterhng fournies par ses amis et par ses disciples. On lui attribue la connaissance de la poudre à canon et de ses effets, celle des propriétés des verres convexes et concaves, la pensée de construire des télescopes et des microscopes; il proposa la réforme du calendrier, etc. Ses préceptes sur la réforme des sciences et l'art de les constituer par l'observation, l'expérimentation, l'induction, etc., sont ceux du chancelier F. Bacon, dont il fut le précurseur. Au treizième siècle (1284), Salvino fabriqua des verres lenticulaires; c'est alors aussi que l'on inventa la boussole.
Le treizième siècle a été nommé avec raison une première renaissance. Son influence mériterait d'être mesurée dans toute son étendue. Les sociétés sont constituées sur de nouveaux fondements, et portant le germe de leurs futurs développements. Saint Louis appelle à sa cour les hommes les plus éminents de son époque ; d'immenses auditoires se pressent autour d'Albert le Grand et de saint Thomas; par leur parole et par leurs écrits, ils répandent, avec la théologie, la philosophie, c'est-à-dire la science entière dans son ensemble et dans ses détads. Les questions les plus graves, les plus importantes, sont abordées, discutées, résolues dans des sens divers ; on s'habitue à penser par soi-même, en interprétant les pensées des autres.
Disons quelques mots de la scholastique ; on l'a souvent attaquée, sans tenir compte des services qu'elle a rendus.
Les adversaires des théologiens-philosophes leur ont vivement reproché leurs divisions multipliées et subtiles, leurs discussions frivoles sur la substance, l'être, l'essence, sur la matière et les formes, c'est-à-dire sur les étoffes qui constituent les êtres et les forces qui les animent; sur les idées de temps, d'espace, de lieu, de quantité, de qualité, de relation, etc. ; ils ont été frappés des défauts saillants et incontestables des modes sous lesquels ces questions sont présentées ; c'est le mauvais aspect de la scholastique; nous en avons subi les conséquences. Maisds n'ont pas assez vu que, sous ces apparences, se trouvent toutes les idées-mères, tous les problèmes fondamentaux qui dominent la science, tous ceux dont les génies du premier ordre se sont occupés pour fournir à nos connaissances des bases inébranlables. Us n'ont pas assez constaté que les théologiens-philosophes en ont donné ou préparé des solutions remarquables, et se sont montrés les précurseurs des Bacon, des Descartes, des Leibnitz, etc., dont ils ont souvent évité les écarts. Le représentant le plus éminent de l'École, saint Thomas d'Aquin, met à part, dans les dogmes chrétiens, les mystères (supézieurs à notre raison, mais
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qui ne lui sont jamais contraires); tout le reste, c'est-à-dire tout ce qui se rattache à la science, appartient à la raison, dont l'autorité est supérieure à toutes les autorités {amicus Plato, amicus Aristoteles, sed magis arnica veritas). Dieu, qui est la raison même, n'a rien pu faire qui ne soit raisonnable. Le monde n'est pas l'effet du hasard, de la rencontre des atomes; il obéit non à la fatalité, mais à la providence ou prévoyance. Le suprême législateur a laissé sur toute la création l'empreinte de ses attributs. Tout, jusqu'aux événements recueillis par l'histoire, est soumis à des lois universelles, harmoniques, simples, d'où dérivent les lois secondaires. La recherche des lois, tel est l'objet de la science. L'homme, fait à l'image de Dieu, appelé à approfondir les merveilles de la création et à en jouir, possède toutes les facultés nécessaires pour découvrir ces lois, en étudiant la nature, lui arrachant ses secrets, utilisant toutes ses ressources. Saint Thomas inspire l'amour des sciences, en indiquant leur origine, leurs moyens, leur but; par elles, les hommes procurent à leurs semblables les plus grands avantages et rendent le plus bel hommage à la divinité.
Quel est leur instrument? Les facultés humaines, ces puissances merveilleuses auxquelles nous devons ce que nous avons acquis, ce que nous acquerrons à l'avenir. Avant de chercher les lois de l'univers, examinons celles qui président à notre entendement. Saint Thomas se livre dès le début à ses profondes études psychologiques, si remarquables, même aujourd'hui, et trace les règles de la méthode, de la logique. Sa méthodologie est riche et complète ; il fait voir comment nous devons associer les sens, le raisonnement, la raison ; les méthodes expérimentales, ralionnelles, historiques ; l'induction, la déduction, avec leurs modes variés, etc. Combinant habilement Platon et Aristote, il pose, en les maintenant dans une plus juste mesure, les préceptes que nous retrouverons plus tard dans Bacon et dans Descartes. C'est par sa méthode qu'il a pu accomplir ses immenses travaux, dans lesquels sa pensée a déployé une force si grande, si originale, pour mettre en lumière tant de vérités. En s'efforçant de concilier une foule de doctrines divergentes ou opposées , il découvre les éléments d'une doctrine supérieure dans laquelle il les fait entrer, et qui est l'œuvre de son génie. Malgré sa l'orme synthétique, c'est l'analyse qui domine dans Aristote ; sa physique repose sur des hypothèses, mais il y mêle des observations. Partout ailleurs, il observe, préconise l'usage des sens et de l'expérience. Les théologiens nourris d' Aristote exprimèrent cette tendance dans leur méthodologie ; ils insistent sur la méthode expérimentale, et appuient, autant qu'ils le peuvent, leurs argumentations sur des faits empruntés aux sciences.
Il est peu de philosophes qui aient scruté et connu l'homme aussi bien que Ta fait saint Thomas, parce qu'il l'a étudié non dans de vaines spéculations, mais par l'observation pratique. Descendant en lui-même, il a analysé ses facultés et a soumis à une analyse aussi exacte tous ceux qui étaient en rapport avec lui. Appliquant ensuite sa psychologie à la morale privée et publique, il a écrit sur ces sujets des ouvrages d'une grande étendue, dans lesquels il passe en revue et résout avec autant de largeur que de justesse toutes les questions qui s'y rattachent, modifiant et transformant au contact de l'esprit chrétien les doctrines des moralistes les plus célèbres. 11 détermine les principes que chacun doit suivre dans sa vie privée et publique, ceux qui doivent servir de base à l'organisation de la famille, de la société, de la législation, des rapports nationaux ; les devoirs des rois et des princes {de Regimine principum, etc.). Nous ne parlerons point de ses idées sur la nature même Saint Thomas suit Aristote, mais partant du point de
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vue de la création, il énumère des créations successives, distingue plus nettement les divers règnes de la nature (minéral, végétal, animal), avec des perfections croissantes; l'homme est un être à part, car seul doué de pensée, il forme le premier chaînon des êtres supérieurs, des esprits. Chacun de ces règnes a ses lois propres que l'observation fera connaître. On classe dans des catégories différentes les forces, les lois physiques, vitales, intellectuelles et morales.
Saint Thomas commente Aristote, d'après' la méthode d'Âverrhoës; mais il le fait dans le but de réfuter les erreurs des Arabes, d'échapper à leur joug, de retrouver le véritable Aristote, de s'en servir pour l'accommoder au génie du christianisme, à la vie nouvelle qu'il a créée dans l'humanité en la régénérant. Ces considérations générales ne peuvent offrir que des notions très-superficielles sur la scholastique et son influence. Pour justifier nos appréciations, résultant de longues études, il faudrait entrer dans bien des détails. Afin d'éviter des préjugés dont on commence à revenir, nous renvoyons à de nombreuses études contemporaines de Jourdain, Gratry, Janel, etc. [voy. aussi L. Boyer, J)ict. de physioL, art. Ame, biologie, esprit humain, méthode, etc.). Albert le Grand et saint Thomas comprennent les avantages de l'observation ; le premier s'est occupé soigneusement de l'histoire naturelle ; en admettant, ce qui n'est point prouvé, qu'il n'ait rien ajouté aux richesses de ses ju'édécesseurs, on ne lui contestera pas le mérite de les avoir méthodiquement reproduites '■ {voy. l'ouvrage de Pouchet sur Albert le Grand et les sciences naturelles au moyen âge, 1853). Parmi les encyclopédies de cette époque, notons les Spéculum {naturale, doctrinale, historiale, morale) de Vincent de Beauvais. Les travaux du treizième siècle furent une vigoureuse gymnastique intellectuelle dans laquelle la pensée acquit la conscience de ses forces, les disciplina, se posa les plus grands problèmes, ceux qui se rapportent à l'organisation des sciences et de la société. En cherchant leurs solutions, on comprit l'importance des sciences positives et la méthode qui permet d'en déterminer les lois. Dans ce mouvement, dans cet élan généreux qui veut toucher à tout, la poésie déploie ses ailes, Dante cmi la Divine comédie ; le quatorzième siècle voit naître Boccace, Pétrarque poëte, philosophe, historien, etc.
En ISl-i, Moudini, profitant d'exemples donnés depuis quelques années, dissèque publiquement des cadavres humains^, et publie bientôt un traité d'anatomie accompagné de planches assez exactes ; mais, servile imitateur de Galien, il reproduit ses descriptions et attribue à des anomalies les dispositions anatomiques qui ne s'accordent point avec elles. Depuis, l'usage se répandit dans les écoles, d'ouvrir au moins une lois par an des corps humains (à Montpellier, en 1576). Parmi ceux qui se distinguèrent par leurs travaux anatomiques, citons N. Bertucci, Henri d'Hermondaville, Pierre de la Cerlata, etc.
Daremberg divise en plusieurs groupes les ouvrages du quatorzième siècle relatifs à la médecine.: 1° les lexiques; 2° des traités généraux (le Conciliator de P. d'Abano, la Summa de Garbo) ; 5" les pratiques médicales ; 4° des ouvrages d'hygiène et d'hygiène thérapeutique ; 5° traités sur les fièvres ; 6° c.onsilia ou observations médicales ; 7° quelques spécialités (peste, eaux minérales), etc.; on
* Saint Thomas, comme plusieurs autres théologiens de cette époque, remplissait tous les devoirs de son état, prêchait, enseignait, se mêlait à l'administration, aux affaires politiques et écri-vait vingt volumes, in-folio. Ces hommes n'étaient pas seulement des écrivains voués à la sptculatioc; ils cultivaient aussi les sciences politiques : l'homme était un des objets les plus constants de leurs méditations.
^ Ces dissections étaient fort imparfaites. On ouvrait les grandes cavités, on examinait les organes qui s'y trouvent contenus.
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y rencontre surtout des compilations. Pourtant on pourrait en extraire un certain nombre défaits, de remarques, dont plusieurs ont été déjà indiqués. Le dernier groupe se compose de travaux cliirurgicaux. On peut tracer ainsi la marche suivie par la médecine dans l'Occident, durant le moyen âge. Jusqu'au dixième siècle, elle est néo-latine ; elle reçoit alors l'empreinte des Salernitains qui lisent des traités d'Hippocrate, de Galien, d'Aëtius, d'Oribase, etc., et des méthodistes; au douzième siècle, les Arabes commencent à l'envahir ; au quatorzième, leur domination est absolue, les traductions des ouvrages grecs, que l'on étudie, sont faites non sur les textes, mais d'après des traductions arabes.
Septième époque. Quinzième siècle (Renaissance) et seizième siècle. Chapitre P'. Remarques préliminaires. Douze siècles se sont écoulés depuis la mort de Galien ; ses doctrines ont étendu progressivement leur empire ; le galénisme fiait par régner seul ; c'est le galénisme altéré par les Arabes, tronqué dans des parties très-importantes. La tradition, sans être rompue, est affaiblie, dénaturée, incomplète. L'anatomie, la physiologie, quand elles ne rétrogradent pas, restent tout au moins stationnaires ; considérée dans son enseriible, la médecine subit le même sort ; renfermée dans un cercle tracé à l'avance, elle tente à peine quelques efforts pour en sortir. Ce qui frappe d'une manière générale, c'est le manque d'indépendance dans les esprits, leur direction vicieuse, leurs tendances vers la spéculation plutôt que vers l'observatiou et l'étude de la nature. Aussi profilent-ils peu des secours extérieurs souvent offerts par plusieurs circonstances heureuses et qui auraient pu ramener la science dans sa véritable route. Cependant le goût de l'observation n'a point entièrement disparu ; si l'on s'en écarte, on répète les préceptes d'Hippocrate, d'Aristote, de Galien, qui en font sentir l'importance. Une certaine indépendance se manifeste chez quelques cliniciens, chez quelques hommes qui s'occMpent avec ardeur des sciences naturelles, de pharmacologie, de matière médicale. Les premiers étudient avec soin les maladies anciennes, y ajoutent plusieurs traits jusque-là inaperçus, décrivent un grand nombre de maladies nouvelles, publient des faits intéressants puisés dans leur pratique. Sans renoncer au rôle de compilateurs, ils discutent les opinions de leur maître, relèvent des incertitudes et des contradictions, reconnaissent l'empreinte des divers systèmes, s'insurgent parfois contre ses arrêts, les combattent et les redressent. Considérée dans ses détails, la médecine pratique acquiert de grandes richesses dont on ne fait point suffisamment usage, parce qpi'on ne sait pas les séparer des erreurs de tout genre qui les déparent, du lourd bagage qui les surcharge, parce qu'on ne connaît pas l'art de les dégager, de les réunir, de les coordonner.
Tel est l'héritage que l'Orient transmit à l'Occident du douzième au qumzième siècle. Ce dernier et les siècles suivants eurent une tâche immense à accomplir : 1" 11 fallait se remettre en possession de tous les trésors du passé, remonter du galénisme arabique, au galénisme de Gahen, de l'hippocratisme galéuique à l'hippocratisme de Gos, et de ceux qui avaient marché sur ses traces ; fouiller dans tous les débris, dans toutes les sectes, pour en extraire la substance ; c'était une œuvre d'érudition accompagnée d'une judicieuse critique dont les éléments étaient dilficiles à réunir ; 2" il fallait, en se nourrissant des écrits des maîtres, développer et perfectionner en soi l'art d'observer et de juger, afin de reconnaître que, chez eux, à côté de dogmes sohdes, vrais, impérissables, il y en avait d'autres arbitraires, faux, caducs, qui devaient être remplacés par des lois sûres et positives ; 5" il fallait créer 'deux sciences capitales, l'anatomie et la physio-
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logie. Malgré ses vastes travaux, Galien était un guide infidèle. On fut arrêté longtemps par les erreurs qu'il avait partagées et consacrées ; les vérités qu'il avait établies ne furent acceptées et reconnues que lorsqu'elles eurent de nouveau été découvertes; ¥ on devait enfin déterminer les rapports réels de la médecine avec l'anatomie et la physiologie, régler les emprunts qu'elle était appelée à leur faire, reconstruire tout l'édifice sur des bases plus larges, plus solides ; augmenter son étendue dans tous les sens, modifier ses distributions, donner à ses parties des proportions harmoniques, etc.
Voyons la part qui revient aux quinzième et seizième siècles dans cette œuvre de rénovation. Quatre siècles ont suffi pour l'accomplir.
En passant de l'Orient dans l'Occident, la science y rencontre un sol plus fertile. Le génie de ses peuples rappelle le génie antique de la Grèce et de Rome. Le
• génie des Arabes pourra les subjuguer quelque temps, il ne les asservira pas pour toujours. Éblouis d'abord par leurs écrits sur lesquels s'exercent leur ardent désir de connaître, ils tournent bientôt leurs regards vers les maîtres qui leur ont servi d'instituteurs et auxquels ils ont tant emprunté, et sentent circuler en eux-mêmes une sève puissante; le moment approche où ils pourront les dépasser. Leur torce leur est révélée par leurs propres découvertes. Ils ont inventé la boussole, le télescope, le microscope, la gravure sur cuivre, l'imprimerie (1455 à 1440), qui répand au loin la pensée et la rend impérissable comme son principe. Tandis qu'avec ces instruments précieux, l'Occident et le quinzième siècle préparent dans le monde une transformation complète, Christophe Colomb découvre un nouveau monde ; les arts, la poésie, les lettres, répandent en Italie le plus vif éclat; le génie moderne apparaît et crée le grand siècle des Médicis, qui rivalise avec les siècles de Périclès et d'Auguste. Suivons la médecine dans les voies qu'elle doit parcourir. •
Cliap. IL Médecins érudits. Cliniciens. Dans les treizième et quatorzième siècles on lisait encore un petit nombre de traductions latines de quelques ouvrages d'Hippocrate, de Galien, etc., faites sur les textes grecs. Au quinzième siècle, les Grecs, chassés de Constantinople livré au pillage par les Turcs, sous la conduite de Mahomet II, emportent avec eux les manuscrits qu'ils peuvent sauver, et se réfugient à Florence, à Rome, à Naples, etc. Entourés de la faveur des souverains, ils payèrent cette hospitalité en enseignant la langue grecque, la philosophie, la littérature, en multipliant les traductions, etc. Des académies furent fondées, des hommes éminents se groupèrent autour d'eux et se livrèrent aux mêmes travaux. Citons Th. Gaza, traducteur d'Aristote, de Théophraste, des aphorismes, M. Ficin, de Florence, médecin, théologien, traducteur de Platon et de Plotin, D. Calchondyle, Argyropyle, G. Pléthon, etc. Bientôt la culture de la langue grecque se répandit chez les médecins, et l'on vit apparaître une foule de traducteurs et de commentateurs, Leonicenus, Manardi, Valla, S. Champier, T. Linacre, Cornarius, Gonthier d'Andernach, Fuchsius, Massaria, Musa Brassavoie, Houlier, Duret, etc. Leurs ouvrages et surtout leurs traductions furent imprimées par les Aides, les Juntes, les Frobenius, les Gryphius, les H. Etienne, etc.
Leonicenus, né en 1428 à Vicence, traduisit plusieurs traités d'Hippocrate et de Galien, redressa bien des erreurs des anciens, combattit l'omnipotence des Arabes, écrivit l'un des premiers sur la syphifis. Manard suivit la même voie et mit en lumière les doctrines hippocratiques. Yalla (prolesseur à Milan) traduisit
• un grand nombre d'écrits de médecine et de philosophie, et laissa un extrait de tous les médecins grecs. Th. Linacre (de Cantorbéry) va compléter ses études à
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Florence, retourne dans sa patrie, devient le médecin d'Henri VIII, crée de ses deniers une chaire à Oxford, une à Cambridge, pour y commenter Hiiipocrate et Galien, et fonde l'important collège de Londres. Ses traductions se recommandent par l'élégance et la fidélité. Gonthier cVAndernach traduisit la plupart des livres de Galien, Oribase, Paul d'Égine, Alexandre de Tralles, édita C. Aurelianus. Hagenbut, plus connu sous le nom de Cornarius, traduisit Ilippocrate, commenta Platon, Plutarque, Dioscoride, Aëtius, etc. Après 40 ans employés à compulser les manuscrits, Anuce Foës, modeste praticien de Metz, fit imprimer à Francfort, en 1595, une édition et une traduction complètes d'Hippocrate, estimée encore aujourd'hui. Nous ne pousserons pas plus loin ces notices, ces analyses. Nous ferons seulement remarquer que tous les ouvrages anciens, de quelque valeur, furent traduits, commentés, publiés par des hommes dont la plupart étaient praticiens et pouvaient juger les doctrines en les comparant et les mettant en rapport avec les faits. Ceux qui ne travaillèrent pas pour la science nouvelle rétabUrent du moins les traditions dans leur pureté, et firent sentir le prix de l'observation. Parmi les humanistes qui furent en même temps d'excellents praticiens, citons Houllier et Duret, médecins français. Ce dernier sHrtout comprit parfaitement le génie hippocratique, restaura la médecine de Cos», ajouta une valeur plus grande aux Prénotions Coaques par les commentaires dont il les accompagna. Le but principal des hippocratistes fut de simplifier les doctrines, la médecine pratique, la thérapeutique ; de se rapprocher du naturisme, tout en tenant compte des progrès accomplis à travers les siècles.
Arrêtons-nous sur les précieux documents fournis par les cliniciens, par les consilia ou consultations de Thaddaeus et de son école aux treizième et quatorzième siècles, consultations qui se multiplient au siècle suivant ; par les recueils d'observations du seizième siècle. On voit par les premières le soin avec lequel les praticiens interrogeaient les malades ; leur diagnostic est pourtant souvent peu exact, leur thérapeutique fréquemment surchargée et turbulente, i'araljisme les égare. Il y a pourtant quelques exceptions.
Les recueils d'observations du seizième siècle marquent un progrès évident ; on sent l'influence de l'iiippocratisrae, des recherches anatomiques, des travaux sérieux des chirurgiens, des hygiénistes, des naturalistes. On se tourne avec ardeur vers l'observation. Ici se trouvent N. Massa, Amatus Lusitanus, Crato de Craftheim. Al. Mundella, V. Trincavella^ F. Yalleriola, R. Solenander, D. Cornarus, Schenkius, F. Plater, Forestus, Brassavole, etc. En écartant de ces observations toutes les choses qui ne doivent pas être conservées, il reste encore bien des faits mtéressants au point de vue des descriptions, de la marche, des terminaisons, du traitement. Malgré les vices des théories régnantes, la clinique, s'appuyant sur les principes qui lui appartiennent, parvient souvent à leur échapper.
Dans le quinzième et le seizième siècle, le réveil des esprits, qui s'était manifesté aux treizième et quatorzième siècles, les résultats des travaux déjtà signalés et du contact avec les œuvres des anciens se font sentir avec une énergie croissante. Une activité fiévreuse éclate de toute part ; on aspire à tout saisir, à tout connaître ; il semble que la science peut atteindre bientôt ses plus hautes limites. Les médecins se montrent ici dans les premiers rangs. Ils parcourent les universités, demandant à chacune ce qu'elle peut le mieux enseigner ; entreprennent, pour s'instruire, des voyages lointains ; dépensent des sommes considérables pour acquérir des livres et des collections ; disposent cependant de beaucoup de temps pour lire, enseigner, observer, car les mêmes hommes s'occupent tout à la lois
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de médecine théorique et pratique, de philosophie, de théologie, de jurisprudence, d'arts, de mathématiques, d'histoire, etc. Le goût de l'érudition et celui de l'observation marchent ensemble, parce que, d'un côté, les maîtres anciens qu'ils étudient apprennent l'art d'observer, et que, de l'autre, l'observation directe permet de revoir ce qu'ils ont déjà vu, de décider entre eux quand l'accord cesse de régner. D'ailleurs l'érudition, dès qu'elle embrasse des auteurs très-divers, des sciences de tout genre, élève l'esprit d'observation et de critique. Quand on examine attentivement les écrits des médecins les plus célèbres des quinzième et seizième siècles, on est effrayé de leur nombre, de leur variété, de la masse d'idées et de faits qu'ils ont remués. Touchant à tout, ils contiennent le germe souvent assez développé, des grandes découvertes qui signaleront les siècles suivants. Pour le prouver, il faudrait passer en revue l'histoire des sciences. Rappelons seulement que Copernic qui affirma le premier, chez les modernes, après le cardinal de Cusa, en l'entourant de preuves plus décisives, l'immobilité du soleil autour duquel tourne tout notre système planétaire, n'était pas seulement astronome, il était aussi médecin. Pour faire marcher la science, il ne suffit point de répéter ces mots, observez, expérimentez, limitez les inductions et les déductions d'après les faits recueillis ; il importe surtout de donner avec précision les règles piatiques de ces opérations, en les adaptant au génie de chacune des branches de nos connaissances ; or c'est là ce que firent plusieurs médecins éminents, non-seulement dans les sciences médicales, mais aussi dans les sciences physiques, chimiques, dans l'histoire naturelle, etc. C'est ainsi qu'en imitant leurs prédécesseurs et allant bien plus loin, ils ouvrirent les routes à ceux qui vinrent après eux.
Chap. m. Études sur les diverses branches de la médecine. Art. 1". Anatomie. Dans le quatorzième et le quinzième siècles, l'anatomie fît peu de progrès. C'est surtout au commencement du seizième siècle que des amphithéâtres anatomiques sont organisés, des chaires instituées, l'enseignement se propage et prend une forme plus réguHère, en Italie, en Belgique, en France. Sylvius Dubois, pendant 40 ans, fait à Paris des démonstrations anatomiques ; à Montpellier, Rondelet, célèbre par son Histoire des poissons, parvient, par ses efforts persévérants, à obtenir des corps humains, et répand le goût de cette science. Vésale en fut le restaurateur. Né à Bruxelles en 1514, attiré à Paris par la réputation de Dubois, il suit ses leçons, les féconde par des dissections plus exactes, et devient, à 20 ans, le maître de ses condisciples. Nommé professeur d'anatomie à Padoue, à 25 ans, il publie, à 29, son grand traité de Corporis humani fabricâ (1545) avec des planches. Vésale a eu le mérite de s'élever contre Galien, qui n'a disséqué que des animaux, de relever plusieurs de ses erreurs, quoiqu'il n'en soit pas exempt lui-même. Ses découvertes sont moins nombreuses qu'on ne l'a pensé généralement (ce qui tient sans doute à ce qu'il a abandonné de bonne heure l'anatomie pour la chirurgie) : mais il a appris l'art des dissections, changé la direction des études, rouvert et agrandi la voie véritable, A côté de lui ou immédiatement après, apparaissent Colombus, Eustache, Arentius, Varole, Ingrassias, W. Coïter, Fabrice d'Acquapendente, etc. ; au-dessus d'eus, tous, Fallope. Avec eux les diverses parties de l'anatomie sont explorées, rectifiées, enrichies. L'embryologie n'est pas oubliée. J. Fabrice dirige son attention sur le développement de l'oeuf et du fœtus.
L'anatomie pathologique commence à être cultivée. On note les lésions anatomiques trouvées sur les cadavres soit pour éclairer l'anatomie normale et la
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pliysiologle, soit pour répandre quelque jour sur la pathologie, en mettant les altérations cadavériques en rapport avec les phénomènes constatés pendant la vie. Benivieni recherche toutes les occasions de faire des autopsies, même celles des suppliciés, et consigne le résultat de ses observations dans son livre de Abditis nonnullis ac mirandis morhorum et curationum causis (1507); Eustache profite dans le même but de ses dissections, fait marcher de front l'anatomie, la physiologie, la pathologie de plusieurs organes, entre autres celles des reins, cultive en même temps l'anatomie comparée. Plusieurs anatomistes (Colombus, Fallope) suivent son exemple. R. Dodoëns, auteur de travaux très-étendus sur la botanique et l'histoire naturelle, publie des observations accompagnées d'autopsies [Observationiim exempla rara). M. Donatus est un de ceux qui insistèrent le plus sur les avantages de l'anatomie pathologique et qui les démontra par des foits nombreux qu'on lit encore avec intérêt. On en trouve aussi dans les recueils d'observations que nous avons déjà cités, notamment dans ceux de Forestus, Schenkius, F. Plater, Dodoëns, etc.
Art. 11. Physiologie. Le seizième siècle vit naître quelques essais pour élucider certains points de physiologie. Michel Servet démontre la circulatiou pulmonaire et affirme que l'hématose s'opère non dans le foie, mais dans le poumon. Bientôt après, Colombus et Césalpin découvrent de leur côté, comme Servet, la petite cn-culation. Césalpin soupçonne la grande circulation ; il a dans les mains tous les éléments nécessaires pour la reconnaître et pour la prouver; mais la vérité lui échappe. Dominé par les erreurs anatomiques et physiologiques de Galien, il admet encore la communication fantastique des ventricules, et compare le mouvement du sang au flux et reflux de l'Euripe. Colombus enseigne comme Galien que toutes les veines partent du foie. C'est ainsi qu'une physiologie vicieuse fausse l'anatomie en la forçant à se prêter à ses théories, malgré l'évidence ; c'est ainsi qu'à son tour, la physiologie vient fausser la médecine théorique et pratique, obscurcit, dénature ses dogmes les plus certains, lorsqu'elle veut se substituer à l'observation clinique et la créer ou la dominer a priori dans son ensemble et dans ses détails.
Art, 111. Hygiène. Les écrivains du seizième siècle ajoutèrent peu aux connaissances hygiéniques transmises par leurs prédécesseurs. Les matériaux étaient considérables; il aurait fallu choisir et coordonner. Ils se bornèrent presque à commenter. Mercurialis pubha un ouvrage dans lequel il exposa toute la gymnastique des anciens et rappela l'attention sur ce puissant moyen hygiénique à peu près abandonné depuis longtemps. Cornaro fit sentir les avantages de la sobriété, et les démontra par son exeujple. Sanctorius se fraya des routes nouvelles et prouva ce que l'on doit attendre de l'expérimentation. A l'aide de la balance, il détermina les rapports existant entre l'alimentation et la transpiration insensible ^ Pendant trente ans, il s'astreignit à se placer plusieurs fois pai' jour dans une balance. Sanctorius appliqua le premier le thermomètre et l'hygromètre à l'étude des phénomènes vitaux, inventa un instrument pour mesurer les variations du pouls, et cultiva l'anatomie pathologique. Comme Asclépiade et les méthodistes, il s'occupa des moyens de gestation, et remit en honneur plusieurs appareils imaginés par eux. Son ouvrage sur les erreurs en médecine et l'art de les éviter, mérite d'être consulté.
^ 11 est inutile de faire remarquer que les observations de Sanctorius sont inexactes, et qu'elles exagèrent le rôle de la transpiration insensible, qu'il a, du reste, bien distinguée de la sueur.
Bia. z.\c. 2= s. VI. 1
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Alt. IV. Pathologie interne. Nous nous attacherons spécialement à Fernel,qui résume et représente la pathologie ou plutôt la science dominante à son époque.
Fernel (Jean), de Clermont en Beauvoisis, fut reçu docteur à Paris en 1550, et mourut en 1556, à 52 ans suivant les uns, à 62 d'après les autres. Il préparait alors, dit Bordeu, un ouvrage sur Tusage de tous les médicaments domestiques, qui eiit été nécessaire pour compléter ses écrits. Fernel avait étudié les mathématiques, la philosophie, les grands modèles de la littérature grecque et latine ; il avait médité Hippocrate, Galien, les Arabes, et avait pu, auprès des malades, contrôler leurs préceptes par l'observation. 11 s'efforça de les conciher, et de former avec ces matériaux un corps complet de doctrine dont les diverses parties, habilement liées, devaient présenter le tableau de la science telle qu'il avait pu la concevoir. Fernel se fait remarquer par la méthode, la clarté, l'élégance; s'd ne fut pas un génie créateur, s'il ne se rapprocha pas assez de l'hipjiocratisme, s'il s'attacha trop au galénisme mêlé aux idées des Arabes, il sut les exposer avec ordre, lucidité, leur emprunter des documents, utiles, combattre dans plus d'un cas leurs erreurs ou leurs exagérations.
Au début de la physiologie dont il comprend l'importance, il traite d'abord de la vnéthode. On s'occupera en premier lieu des objets sensibles ; on parviendra par eux aux idées générales. C'est par l'observation que les sciences découvrent les principes qui les dirigent. Afin d'asseoir les doctrines sur un enchaînement lucide de preuves rigoureuses, on fera usage de l'analyse. Voici le but de la physiologie : « Omnis hominis sani naturam, omnes vires, unines functiones, exponit. » Acceptant, dit-il, de mes prédécesseurs, tout ce qui me paraissait solidement prouvé, j'ai gardé vis-à-vis d'eux ma liberté. 11 reproduit la physiologie de Galien avec concision, sous une forme beaucoup plus précise et plus nette, en y introduisant plusieurs rectifications.
Dans sa pathologie générale où le galénisme domine, Fernel se livre à de longues et subtiles recherches sur les causes, les essences, les symptômes des maladies. Les causes éloignées résident dans les humeurs, les maladies mêmes dans les solides, les symptômes dans les fonctions. A l'aide des antécédents, des circonstances, des symptômes, on constatera l'état de l'organisme, l'organe malade, la cause qui produit ou entretient le mal, sa nature idiopathique ou sympathique, etc. Trois livres sont consacrés à l'étiologie et à la séméiotique. Les symptômes sont classés, analysés avec beaucoup de soin, afin d'apprécief leur valeur en vue du diagnostic et du pronostic; Galien est toujours son principal guide. Les symptômes restent trop isolés et ne se groupent point comme dans la n)éthode hippocratique. Il insiste sur les signes des altérations humorales, des pléthores sanguines, bihaires, pituiteuses, etc., et s'étend longuement sur la sphygmologie et l'uroscopie. Le pouls et l'examen de l'urine indiquent, le premier l'état du cœur et des artères ; le second, celui du foie, des vemes, des humeurs ; car le cœur et le foie sont deux des grands centres de l'organisme. Le pouls manifeste la force ou la faiblesse de la faculté vitale. Sa thérapeutique repose sur ce précepte fondamental, contraria contrariis curantur. A la vérité, le mot contraria est pris dans un sens très-large ; une médication est contraire à l'état morbide non-seulement quand elle tend, relâche, calme, rafraîchit, tonifie, etc., mais aussi quand elle modifie ou enlève la cause patliogénique. Un vomitif, un purgatif, guérissent certains vomissements, des dysenteries, en débarrassant l'estomac ou les intestins des matières qui les fatiguent. Le traitement de la cause morbide occupe donc
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un rang très-élevé. Les causes morbides, fréquemment nombreuses, seront attaquées successivement, suivant leur importance, leur ordre de génération, etc. Enfin, on tiendra grand compte de l'état des forces, des actes et des tendances de la nature. Quand vous avez des doutes, et qu'il n'y a pas d'urgence, ne vous pressez pas d'agir, bornez-vous à l'hygiène thérapeutique, fiez-vous à l'organisme, attendez des indications sûres, etc., tout cela est emprunté par Fernel à Galien, qui l'avait trouvé dans l'hippocratisme ; seulement l'école de Gos avait plus d'ampleur tout en restant trop concise.
Les médications se rangent sous trois modes : 1° Médication évacuante. Elle débarrasse, de proche eu proche, le coips entier (émissions sanguines, vomitifs, purgatifs, sueurs) ou une partie seulement (la toux dégorge les poumons, les menstrues, l'utérus, les excrétions nasales, le cerveau, etc.). Les évacuations sanguines sont celles qui produisent les résultats les plus prononcés. Fernel les examine dans tous leurs détails. Quels sont leurs effets primitifs et consécutifs? Dans quels moments faut-il pratiquer les saignées ? Quelles sont toutes les conditions qui les indiquent ou les contr'indiquent ; quelle quantité de sang doit-on tirer? Faut-il agir par dérivation ou par révulsion ? etc. Les longues discussions soulevées par la pratique de Brissot, qui avait remis en honneur la phlébotomie largâ manu, sollicitèrent les recherches de Fernel qui voulut approfondir ce sujet que Gahen traite dans plusieurs ouvrages spéciaux. Les émissions sanguines par les ventouses, les scarifications ; les actions physiologiques du régime, de l'exercice, des bains, des frictions, etc., sont ensuite examinées. 2° Médication purgative. Complément de la précédente, avec laquelle on la voit se confondre en partie, elle embrasse ce qui expulse de l'organisme toute humeur nuisible (vomitifs, purgatifs, expectorants, sialagogues, etc.). Fernel est aussi explicite pour ce genre de médications. 3" La médication altérante modifie Vorganisme et particulièrement les humeurs, par les qualités primitives, secondaires ou tertiaires des médicaments. Notons les substances qui, par leurs facultés secondaires, produisent les modes les plus divers. Elles sont atténuantes, incrassantes, incisives, apéritives, dilatantes, constrictives, maturatives, septiques, vésicantes, caustiques, etc. Une foule d'actions physiques, chimiques, vitales, etc., étaient mêlées et confondues. Cependant la plupart de ces mots représentent des effets réels ; nous avons dû les conserver dans nos classifications modernes. Il en est de même des actes rapportés par les galénistes aux facultés attractives, rétentives, digestives, assimilatrices, réparatrices, reproductives, etc.; elles répondent à des faits. Il fallait donc les accepter, comme des résultats de l'observation, en distinguant ce qui était physique, chimique, vital, et cherchant leurs lois expérimentales. C'est ainsi que l'on a procédé par la suite ; mais n'oublions pas que Galien met déjà sur la voie de ces distinctions ; que le progrès s'est souvent accompli autour de lui, soit en l'atiaquant, soit en le détendant, soit en le modifiant. Au point de vue pratique, il y a dans Galien bien des propositions fondamentales consacrées par l'exjiérience, qui ont été ou doivent être conservées, et dont le nom seul a été changé. L'hippocratisme et le galénisme méritent d'être connus à fond, quand on écrit l'histoire de la médecine : ce sont deux grands centres de lumière sur lesquels il faut avoir les yeux toujours fixés lorsqu'on veut bien comprendre ses évolutions. L'action des médicaments qui est due à leurs propriétés tertiaires dépend de leur substance entière ; elle tient à une force occulte, ^ connaissance relève de l'expérience seule. Ici se rangent les agents spéciaux et spécifiques (emménagogues, cholagogues, émétiques, anti4otes, etcj. Fernel distribue, d'après cette
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base, les médicaments divers dans ces trois classes, suivant les effets qu'ils produisent sur l'organisme ; traite des procédés relatifs à leur association. Il comprend néanmoins qu'il y a dans tous ces objets beaucoup de choses hypothétiques, arbitraires; il dit, en commençant, qu'il s'astreindra à ne parler que de substances peu nombreuses, mais bien connues par la seule voie de l'expérience. 11 sent que tout devrait être simplifié, rectifié, refondu. Ce besoin était éprouvé par tous les médecins judicieux de son temps. Mais les éléments de cette œuvre ne sont point suffisamment préparés. 11 se laisse entraîner malgré lui. Plusieurs agents chimiques très-actifs, employés depuis peu sans règle et souvent avec une grande imprudence, ne sont point mentionnés.
Là pathologie spéciale est divisée en deux sections : 1" maladies générales, fièvres (simples, putrides, pestilentielles), subdivisées en genres, espèces; 2° maladies locales (sus-diaphragmatiques, sous-diaphragmatiques, chirurgicales). Elles sont passées successivement en revue. Ses descriptions sont courtes, incomplètes, même pour les maladies connues depuis longtemps ; elles pâlissent à côté de celles des grands écrivains de l'antiquité. Il ne mentionne qu'un petit nombre de maladies nouvelles, la syphilis par exemple, dont la peinture est fidèle, mais trop concise.
L'ouvrage de Fernel est le hvre classique du seizième siècle, et répond à la disposition générale des esprits. Dominé par son milieu, par l'arabo-galénisme, l'auteur paraît sentir quelques-uns des défauts du système qu'il a adopté, et cherche à le rectifier. Mais ses efforts sont insuffisants ; il néglige d'utiles matériaux dont il pouvait disposer, qu'il indique même, mais il ne sait point en user. Une des foi'ces du seizième siècle se trouve dans les cliniciens. Ils ajoutent à la connaissance des maladies déjà connues, éclairent leur diagnostic et leur thérapeutique, décrivent un bon nombre de maladies nouvelles ou inaperçues (suette, scorbut, pliques, coqueluche, raphanie, syphilis). De vives discussions s'élevèrent à propos de ces affections, et soulevèrent des questions majeures de pathogénie et de thérapeutique. Les idées de spécificité dans les agents pathogéuiques et curateurs, ainsi que dans les états morbides, prirent plus de consistance et ramenèrent l'attention sur la contagion, l'infection, les modes toxiques. Les mêmes phénomènes se montraient dans les affections pestilentielles qui s'étendirent plusieurs fois dans tous les sens avec, une effrayante rapidité, décimant les populations. Quelques génies indépendants, s'élevant au-dessus des préjugés, se demandèrent si ces fléaux de Dieu ne pouvaient point prendre leur origine dans des causes naturelles, La syphilis fut considérée comme un empoisonnement, une affection virulente due à la propagation d'un germe. On se posa cette question : est-ce une maladie nouvelle ? ne serait-ce point une forme de la lèpre? les affections ne peuvent-elles pas se tPansformer, prendre une activité insolite ? quelles sont les causes de ces phénomènes ? On comprit alors que le vieil adage contraria contrariis gignuntur et curantur ne suffisait plus, qu'il fallait, avec Hippocrate, y joindre celui-ci, applicable à la pathogénie comme à la thérapeutique, similia similibus, etc., qu'il fallait bien en apprécier la valeur, ou plutôt qu'il fallait élargir la base de toutes ces doctrines en leur donnant l'expérience pour appui. Guidés par l'analogie, suivant l'exemple des empiriques, les médecins combattirent la syphilis par des préparations mercurielles qui avaient réussi dans les maladies cutanées ; employées d'abord en frictions, elles furent prescrites ensuite à l'intérieur. Rangé pendant longtemps parmi les évacuants purgatifs (sialagogue, sudorifique, vomitif, drastique), le mercure fut enfin considéré comme un
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allérant, un spécifique. Par les propriétés sudorifiqaes qu'on leur supposait, lu gayac et la salsepareille prirent rang auprès de lui; leurs etVets furent célébrés jusqu'au moment où l'on reconnut que leur efficacité était secondaire. Tous ces faits donnaient une nouvelle direction, offraient un vaste champ aux recherches, aux méditations. Le cadre tracé par Galien était assez large pour tout contenir; il fallait même le simplifier, mettre chaque objet à sa place, y répandre la lumière. Art. V. L'histoire naturelle fit de remarquables progrès dans les mains de Pierre Gilles, Bélon, Olhon Brunsfeld, Ruel, de l'Écluse, Rondelet, Aldrovandi, C. Gesner, etc. On est frappé d'admiration quand on contemple les immenses travaux accomplis par ces deux derniers auteurs. Né en 1522, à Bologne, Aldrovandi s'adonna tout à la fois à la médecine, à la jurisprudence, à la philosophie, à l'archéologie, à l'étude des langues ; il est surtout resté célèbre comme naturaliste. Aldrovandi rassembla à très-grands frais une quantité prodigieuse d'objets relatifs à l'histoire naturelle, recueillis dant toutes les parties du monde ; fonda à Bologne un musée magnifique et une grande bibliothèque. 11 entretint auprès de lui, durant quarante ans, des peintres, des dessinateurs, des graveurs, pour reproduire les objets renfermés dans ses collections. Aldrovandi sacrifia ainsi sa fortune qui était considérable, et eut l'art de faire concourir à son œuvre des souverains, des papes, des cardinaux, etc., en leur inspirant l'ardeur dont il était animé. Les principaux traités de cet infatigable écrivain, publiés par lui ou par ses disciples, embrassent, en treize volumes in-folio, toutes les parties de l'histoire naturelle ; les planches qui les accompagnent sont généralement exactes. La bibliothèque de Bologne possède, de plus, une foule d'écrits sur les sujets les plus divers (géographie, antiquités, histoire, arts, poésie, musique, philosophie, morale, jurisprudence, mathématiques, etc.).
Conrad Gesner vit le jour à Zurich en 1516, vécut pauvre, mourut à quaranteneuf ans, et se fait remarquer par son rare talent pour l'observation, la méthode, la clarté, la finesse, l'indépendance de son esprit, l'étendue de son savoir. Nous ne ferons que mentionner ses éditions d'un grand nombre d'auteurs, ses traductions, annotations, commentaires, préfaces, notices, ses remarquables travaux sur la matière médicale, l'hygiène, l'histoire de la chirurgie, la linguistique (entre autres, son tableau comparatif de 130 langues anciennes et modernes, où se rencontrent tant de remarques ingénieuses reproduites depuis, sans le citer). Nous considérerons surtout Gesner comme botaniste et zoologiste. Dans sa zoologie, il donne l'histoire des animaux connus jusqu'à lui, en ajoute beaucoup d'autres, passe en revue leur synonymie, la description, les espèces, les variétés, la patrie, les mœurs, les habitudes, leur utilité pour l'usage domestique, la médecine, les arts, et montre partout une érudition prodigieuse, une critique judicieuse, un profond talent d'observation. Ses écrits sur la botanique sont plus considérables, et contiennent bien des vues neuves et fécondes. Gesner s'attache à déterminer les plantes d'après les organes de la fructification, indique plusieurs familles naturelles. Les naturalistes manifestent au plus haut degré les tendances qui commencent à s'accentuer : s'emparer par l'érudition de toutes les richesses du passé, les contrôler par des examens critiques, les accroître par ses propres recherches, ne reculer devant aucun sacrifice pour avoir sous les yeux tous les objets que l'on décrit, les scruter sous tous leurs aspects, poursuivre les bases de classifications méthodiques. On demande aux livres tout ce qu'ils peuvent donner, mais au-dessus de l'autorité des grands noms auxquels on rend hommage, sans les entourer d'un respect superstitieux, on place déjà l'autorité de la nature, pour
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la voir et l'interpréter directement; c'est là qu'on cherche à puiser ses inspirations. L'esprit nouveau se fait jour de plus en plus.
Chirurgie. Quelque chirurgiens, dignes de ce nom, tout en sacrifiant encore aux théories régnantes, les modifièrent par l'observation. Tels furent Bérenger de Carpi, Vesale, Fallope, Fabrice d'Aquapendente, Fabrice de Hilden, Vigo, Maggi, Franco, Wurz, Guilleraeau, et au-dessus de tous les autres Ambroise Paré.
Chimie. Nous avons mentionné les études chimiques ou alchimiques des Arabes et au moyen âge ^ En poursuivant les secrets du grand art, la panacée, la fabrication de l'or, la transmutation des métaux, on avait étudié les minéraux, les diverses substances métalliques ; on avait découvert des oxydes, des sels, des préparations variées ; ou les avait appliqués aux arts, à l'industrie, à la médecine. Au seizième siècle, un œil exercé peut apercevoir les germes, les premiers linéaments de la chimie naissante sous les voiles de l'alchimie. Dans les écrits réunis sous le nom de B. Valentin, on trouve l'indication de plusieurs substances dont la préparation avait été successivement perfectionnée (beurre d'antimoine, précipité rouge, alcali volatil, acide azotique, hydrochlorique; éther sullurique, etc.). Libavius prélude à la transformation de l'alchimie ; c'est surtout dans ses travaux que l'on peut reconnaître les premiers essais qui conduiront, en se régularisant, à une science nouvelle. Son compendium de chimie est remarquable par l'ordre et la clarté. Résumant et coordonnant les recherches de ses prédécesseurs, il y ajoute un grand nombre d'observations qui lui appartiennent et montrent qu'il avait bien compris les rapports intimes des diverses sciences avec la chimie. Après de longues études pratiques sur la métallurgie, Georges Agricola (1490-1555) sut lui donner un caractère scientifique, et fit pour elle ce que G. Gesner avait fait pour la botanique et la zoologie. La partie chimique et surtout la partie docimasique sont traitées, dans son grand ouvrage avec planches, de Re metallicâ (154-6), avec une grande supériorité. La dernière même a été peu perfectionnée jusqu'à Werner et Haiiy.
On reproche trop généralement aux médecins leur goût pour les discussions et les recherches spéculatives. Quand ils l'ont fait, ils ont obéi aux tendances de leur époque, et leur ont souvent résisté. Nous avons dit quelques mots de l'évolution de la physique, de la chimie, de l'histoire naturelle, etc., afin de prouver qu'il y a toujours eu parmi eux des esprits élevés qui ont conservé, répandu, au prix des plus grands sacrifices, le culte de l'observation et des sciences positives. C'est à eux que, pendant longtemps, celles-ci ont dû leurs découvertes les plus importantes. Parmi les plus éminents chimistes de nos jours, les médecins se placent encore dans les premiers rangs.
Chap. III. Re'formes, systèmes. Art. 1". Argenterio (Argentier, 1515 à 1572), de Castel-Nuovo, n'est qu'un demi-réformateur. Il attaque Galieu dans plusieurs points fondamentaux et veut, usant de sa pleine liberté, simphfier et rectifier ses doctrines. Les qualités secondaires des corps ne dépendent point de leurs qualités primitives ou élémentaires. La multiplicité des esprits et des facultés est une voie dangereuse. Les esprits animaux sont une invention chimérique. Une force vitale unique, douée d'un petit nombre de facultés, suffit à
* Le médecin arabe Geber (huitième siècle) a une notion exacte du but de la chimie, et décrit plusieurs appareils distillatoires. Ses écrits prouvent que l'on connaissait à son époque un assez bon nombre de préparations chimiques. Du douzième au quinzième siècle l'exploitation active des mines doit donner une lorte impulsion aux études pratiques de métallurgie.
expliquer toutes les fonctions physiologiques. Le sang nourrit tout le corps, aucune partie n'est nourrie par la semence. L'importance du foie et des quatre humeurs cardinales a été fort exagérée, et£. Argentier contribua à ébranler l'autorité de Galien. iMalheureusement il fut souvent injuste à son égard, s'arma contre lui d'arguments dialectiques plutôt que de faits positifs, se perdit dans des spéculations subtiles, associa confusément les principes des diverses sectes, et ne montra qu'une médiocre originalité en les unissant.
Art. II. Joubert (Laurent, 1529 à 1585), chancelier de l'université de Montpellier, est surtout connu aujourd'hui par son Ti^aité des erreurs populaires en médecine. L'auteur combat une foule de préjugés répandus à son époque, et dont l'origine remontait fréquemment aux médecins; il réclame une légitime liberté en faveur delà pensée, surtout dans l'art médical, et dit qu'il a toujours cherché à concilier le respect que l'on doit aux maîtres de la science avec les résultats fournis par l'expérience. Tel est, en effet, le caractère de ses écrits sur la médecine, la chirurgie, la matière médicale, l'hygiène, les bains, les eaux minérales, etc. Joubert, que Haller nommevir doctus, lœti, acuti et erecti ingenii, a préparé ou accompli plusieurs réformes utiles, en signalant bien des erreurs, faisant appel à l'observation dont il offre l'exemple, et se rangeant franchement sous la bannière de l'hippocratisme. D'après cet auteur, la force vitale préside, en vertu de lois simples, à tous les actes normaux ; par ses efforts curatifs dans les maladies, elle devient force médicatrice : le sang menstruel n'a rien de vénéneux ; l'horreur du vide doit être bannie de la physique et de la physiologie.
Art. III. Précurseurs ou contemporains de Paracelse. Tandis que les hommes les plus éminents travaillaient à agrandir le domaine de la science en s'attachant aux parties positives, et remontaient aux maîtres de l'antiquité afin d'apprendre avec eux l'art d'interroger et de peindre la nature, des novateurs hardis renouaient aussi la chaîne de la tradition, mais dans une direction bien différente. A l'exemple de plusieurs médecins juifs, arabes, ou de divers auteurs appartenant à des périodes antérieures à la renaissance, ils voulurent placer les fondements de la médecine dans les sciences occultes, la théurgie, la magie, la chiromancie, l'interprétation des songes, l'astrologie, l'alchimie. Le théosophc, par des ascensions successives, arrive à Dieu, s'identifie avec lui dans ses extases, pénètre au fond des choses, participe à ses faveurs et à sa puissance ; la magie évoque les morts, soumet les démons, et les oblige, d'après nos ordres, à accomplir en notre nom les plus grandes merveilles ; l'astrologue lit dans les astres, constate leurs influences, prédit les destinées des individus et des nations, l'apparition et l'issue des maladies ; l'alchimie apprend à extraire les quintessences ou archétypes des substances, à découvrir la pierre philosophale, à transmuter les métaux, à guérir une foule de maladies. Ces rêveries, universellement répandues chez le vulgaire, jouissaient aussi d'une faveur considérable chez les grands et même chez les savants. Fracastor, comme les éléatiques, expliquait les sympathies et les antipathies par le passage des atomes invisibles d'un corps dans un autre; les constellations agissaient par sympathies et antipathies ; on ne parlait que d'émanations, d'esprits ; les atomes de Démocrite furent transformés en démons ; les sciences physiques furent instituées sur ces principes. La croyance à la magie, à la sorcellerie, aux possédés, était si fortement accréditée, que Wierus {de Prœstigiis dœmonum), Porta, Zacchias, le premier auteur d'un traité complet de médecine légale, ne purent attaquer ces préjugés si funestes sans soulever une vive polémique, dans laquelle ils rencontrèrent de célèbres antagonistes.
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L'astrologie, l'explication des songes, étaient aussi favorablement accueillies. Les médecins composaient des almanachs astrologiques. Glementinus soutenait que Vénus et le scorpion régnent sur les organes génitaux ; le second est la cause de la syphilis. Encouragée par les souverains, l'alchimie était cultivée avec ardeur.
G. Agrippa de Nettesheim (1486 à 1551), allia, l'un des premiers, la médecine à l'ensemble des sciences occultes. Dans le monde, l'unité domine. Tous les corps envoient des atomes d'oiî résultent leurs actions réciproques. Leurs éléments (dans les cieux et sur la terre) sont identiques. Toutes les forces dérivent des idées ou types archétypes, des intelligences, des constellations, des éléments corporels en harmonie avec les archétypes. Tout s'explique par les modes d'après lesquels les intelligences travaillent les éléments conformément aux types fondamentaux. Si rhomme peut extraire des corps les esprits ou essences servant d'instrument aux intelligences, il parvient à créer des êtres nouveaux, à faire de l'or et une foule de merveilles. Tous les corps de l'univers sont liés par des sym}iathies ou des antipathies naturelles. Les parties du corps ont ainsi des relations entre elles, avec les plantes, les métaux, les astres qui agissent aussi sur les métaux. Les plantes solaires agissent sur le soleil. Tout est peuplé de démons, l'air, l'eau, la terre, les astres ; il existe des procédés pour les soumettre. Les nombres ont aussi leur puissance. Chaque homme a ses trois démons. L'échelle septénaire dans laquelle Agrippa établit les correspondances de toutes choses est souvent employée par Paracelse. Agrippa construit, sur ces données, la science entière, la physiologie, la pathologie, la thérapeutique, et mesure là-dessus les doctrines. Dans son hvre de Vanitate scientiariim, il critique toutes les sciences connues et décrie toutes les professions. Ce dernier ouvrage renverse tout son édifice, semble consacrer un scepticisme absolu, et aurait pu disposer les théosophes à sentir le vide de leurs rêveries. Mais ces avertissements furent perdus et les sectateurs des sciences occultes continuèrent leur œuvre avec la même ardeur. Agrippa, du reste, avait dit dans ses conclusions, puisque nos sciences sont vaines, la sagesse consiste à chercher toute science en Dieu.
Jérôme Cardan de Pavie (1500 à 1576), médecin, philosophe, mathématicien, est un esprit puissant qui a gâté ses hautes facultés par son amour pour les paradoxes, les choses merveilleuses, ses superstitions, sa crédulité, ses contradictions. Il applique aussi les sciences occultes à toutes les branches de l'art médical. Partant du système de la vie universelle, Cardan admet que les minéraux s'accroissent en se nourrissant, que les plantes sentent et ont des passions ; il v a partout des forces vitales, des âmes, des sympathies. Le soleil est en harmonie avec le cœur et l'air, la lune avec les humeurs et l'eau ; les signes de la valeur sont dans le pouce qui est en rapport avec Mars ; le médius répond à Saturne et indique les chagrins, la pauvreté, les fièvres, l'aptitude aux arts magiques, etc. Les éléments sont l'eau et la terre ; de là proviennent tous les corps sous l'action du feu qui n'est pas un clément, mais résulte d'un mouvement moléculaire. Après avoir étabh son système sur les données de l'astrologie, de la magie, de la théurgie, de l'alchimie, etc., Cardan affirme dans certains moments que ce sont là des rêveries qui ne méritent aucune confiance. Dans ses études psychologiques, il distingue l'àme humaine de toutes les autres, et reconnaît ses véritables attributs. Il combat vivement Galien ai relève souvent ses erreurs par de judicieuses observations. Ainsi Cardan montre l'insuffisance du principe contraria contrariis curantur, et affirme, contrairement aux idées reçues depuis les temps les plus
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anciens, que les mucositis (les pituites) ne proviennent point du cerveau, mais des cavités nasales. Ses ouvrages réunis en 10 volumes in-i'olio, traitent des sujets de tous les genres. Dans ses commentaires sur plusieurs traités majeurs d'Hippocrate, il s'écarte de son système et développe les principes de Técdle de Cos.
Art. IV. Paracelse et sa réforme. Paracelse naquit eu 1495 à Marien-Eisiedeln près de Zurich. Initié de bonne heure aux mystères des sciences occultes, il fit d'abord des études médicales superllcielles dans plusieurs universités, entreprit de longs voyages non-seulement dans toute l'Europe, mais même dans î'Oiient, se livrant surtout à ses études favorites, consultant très-peu les livres, fréquentant les astrologues, les magiciens, les alcbimisles, les métallurgistes, les barbiers, les renoueurs. Ses écrits, le bruit de ses cures citées avec emphase, lui valurent, dans l'université de Bàle, une chaire de médecine en 1526. Ses déclamations contre tous les médecins et toutes les doctrines reçues, sa véhémence, les formes dont il revêtit sa théorie et sa pratique de l'art médical qu'il donnait comme tout à fait nouvelles, l'usage qu'il introduisit de faire ses leçons en langue vulgaire, lui attirèrent d'abord une foule d'auditeurs. Obhgé de quitter Bàle à la suite d'un procès scandaleux qu'il perdit contre un de ses malades, il reprit sa vie de médecin ambulant, parcourant l'Allemagne, séjournant rarement plus d'un an dans la même ville, et vint mourir dans l'hôpital de Saint-Etienne, à Salzbourg, en 1641. Il avait contracté dès sa jeunesse la passion des liqueurs fortes, était plongé habituellement dans l'ivresse, ainsi que le raconte son disciple Oporinus, et enregistrait même alors ses pensées dans l'ordre où elles se présentaient. Sa vogue, comme professeur et comme praticien, ne dura pas longtemps à Bàle. En moins de deux ans, il ne lui restait guère plus d'auditeurs ni de malades.
L'influence considérable exercée par Paracelse est universellement reconnue. Les dissidences s'élèvent dès qu'on en veut déterminer les causes, la nature; dès que 1 on cherche à comprendre sa théorie, à apprécier la valeur du réformateur et de ses écrits. Quoique les œuvres de Paracelse laissent une impression peu favorable quand on les soumet à un sérieux examen, il a cependant trouvé de zélés défenseurs même parmi nos contemporains. Bien qu'il soit impossible de donner une idée précise du paracelsisme à raison des obscurités, des néologismes, des incohérences et des contradictions, nous en esquisserons les traits principaux, afin qu'on puisse en saisir le caractère général. C'est un mélange confus d'astrologie, de magie, de mystères cabalistiques et de notions chimiques et vitalistes*.
Le corps de l'homme, comme tous les autres corps, est double, matériel et spirituel ou sydérique. Chacune de ses parties est en harmonie avec quelque astre qui exerce son action sur elle ; les astres sont d'ailleurs doués d'intelligence et tirent du chaos (matière informe) les êtres placés sous leur empire. L'homme (le microcosme), disposé sur le même modèle que le macrocosme, est formé par quatre éléments : le feu (l'càme), la terre (parties sèches), l'eau (liquides), l'air ou les gaz (le vide). Ces éléments s'associent pour constituer des éléments plus immédiats, le mercure (les liquides), \e soufre et le sel : quand on brûle les sohdes, le roufre entre en combustion, les sels restent sous forme de cendres. Le mercure, le soulre, le sel sydérique sont les principes de la fluidivité et de la volatilité, de l'accroissement, de la consistance. La formation et la réparation des parties sont dues à des semences propres à chacune d'elles; les semences du nez, des oreilles,
' Voij. une longue et intéressante étude de Paracelse dans l'ouvrage déjà cité de Daremberg, 1. 1, p. 300 à 465; voy. aussi Hcefer [Eist. de la chimie, t. II). C'est dans Paracelse que nous avons cherché les éléments de notre résumé.
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reproduisent le nez et les oreilles, etc. Chez les plantes, le sel s'appelle baume; \e soufre, résine; le mercure, cjotaronium. Voilà le coté chimique du système. Le vitalisme est représenté par son archée, siégeant dans l'estomac, présidant aux actes alchimiques, séparant dans les aliments les principes nutritifs des principes toxiques, donnant aux premiers la teinture nécessaire pour qu'ils puissent être assimilés. Cet archée est ce qu'on nomme la nature ; par sa puissance il produit tous les changements et guérit les maladies. 11 a une tête et des mains, c'est l'esprit de la vie, le corps sydérique de l'homme. C'est sur lui principalement que le médecin doit agir. Chaque partie a un estomac ou son analogue pour sa nutrition et ses sécrétions. Les fonctions s'exphquent par les éléments, les archées, les hiCluences sidérales, car la force vitale dérive des astres; le soleil est en connexion avec le cœur, la lune avec le cerveau ; il y a six pouls, appartenant à Saturne, à .lupiter, à Mars, etc.
Sa pathologie présente un accollement analogue de principes disparates. Il tâche de rendre sa pathogénie complète, en réunissant tous les genres de causes morbifiques. Les maladies reconnaissent cinq ordres de causes : 1° les astres {ens astrorum), ils empoisonnent l'atmosphère en la sulfurant, lui donnant des propriétés arsenicales, etc. ; 2" Vens veneni (venins, poisons venant du dehors ou du dedans) ; 5" ejis naturelle (vices de nature) ; 4" ens spirituale (erreurs de l'imagination, maléfices, enchantements) ; 5" ens Dei (maladies envoyées par Dieu). Ailleurs, les maladies ont deux origines : ex cagastro (semences naturelles, la goutte, la jaunisse) ; ex iliastro, d'une corruption (peste, fièvre, pleurésie). Dans d'autres endroits, il attribue les maladies aux altérations du mercure, du soufre, des sels qui sont en nous et qui agissent dans nos corps par des modes chimiques ou vitaux, pareils à ceux qu'ils présentent dans la nature ou les laboratoires, ou lorsqu'ils sont introduits en nous. Ainsi, suivant son degré de volatilisation ou de refroidissement, le mercure produit des manies, des léthargies, des mortifications, des tremblements, des convulsions ; le soufre détermine des fièvres, des inflammations, des douleurs; les sels se dissolvent, se volatilisent, se concrètent, d'où résultent des dévoiements, des démangeaisons, des éruptions, des obstructions, la gravelle ^
La thérapeutique découle de la pathogénie. Les maladies se guérissent par les prières, les sortilèges, les talismans ; la médecine intervient pourtant avec beaucoup d'efficacité par ses médicaments. Paracelse, avec ses arcanes, a opéré des cures merveilleuses. Certaines substances portent en elles des signes, signatures, à l'aide desquels on peut reconnaître leurs propriétés pathogéniques ou curatives. Les grains de grenade, ressemblant aux dents, sont utiles dans leurs maladies; le citron a la formé du cœur, la couleur dorée du soleil, c'est un excellent cardiaque^.
Les ulcères proviennent d'influences célestes, de l'air qui est en nous, de la corruption de nos sels ; de là naissent des ulcères de nitre, de vitriol, de sol gemme, d'alun, deréalgar. Avec des éléments de cette nature, Paracelse n'a pas pu constituer un système harmonique. Bien des emprunts se voilent sous des dénominations nouvelles; en interprétant son langage mystique, l'on peut y supposer bien- des découvertes qui ne s'y rencontrent point.
* Ici Paracelse mêle à ses théories les résultats de l'expérience. L'abus du mercure produisant des tremblements, le mercure qui est en nous doit déterminer les mêmes effets. Mais comment a-t-il constaté l'existence naturelle du mercure dans le corps humain?
^ Les substances agissant par antipathie et par sympathie, l'on peut dire contraria contrariis et similia similibus gignuntur et curantur.
Les contrastes qui abondent dans ses écrits et dans son caractère expliquent les jugements si divers dont ils ont été l'objet ; tenons aussi compte du milieu dans lequel il a vécu. Paracelse, dit-on, a fait bien des recherches expérimentales, déployé dans plusieurs occasions de la pénétration, de la sagacité, vanté l'observation, l'usage des sens qui nous dévoilent les œuvres et les secrets de la nature, tandis que les raisonnements nous égarent ; à cela on répond que ses expériences ne sont que des tâtonnements empiriques, qu'il se perd dans des hypothèses chimériques, et s'abandonne aux rêveries d'une imagination souvent exaltée jusqu'au délire. Devons-nous conclure avec les uns, que le réformateur est le précurseur de Bacon, l'un des chefs de l'école expérimentale, avec les autres, qu'il n'a fait que répéter sans idée personnelle, ce qu'on avait dit si souvent avant lui? Quand Paracelse célèbre l'expérience, il obéit à ses convictions, et pense même que l'astrologie, la nécromancie, reposent sur des faits bien constatés. Mais il est très-facile sur le choix de ces derniers, les accepte, sans contrôle, et connaît peu les conditions nécessaires pour que l'expérience soit sûre, rigoureuse et mérite véritablement son nom. D'ailleurs les puissances occultes, los mystères satisfont davantage ses impatiences et ses ardeurs. Cependant il soumet à sa critique toutes les sectes, toutes les doctrines, tous les charlatanismes, toutes les opinions réelles ou supposées, avec une véhémence sans limites, comme si la nature lui avait livré tous ses trésors. Il ne semble pas s'apercevoir que les traits dirigés contre les autres, devraient, avec plus de justice, être retournés contre lui. Il use et abuse de tout, même des remarques judicieuses qu'il emprunte et de celles que ses recherches lui ont fournies.
Ces vices majeurs ont été mis en évidence par les études consciencieuses de plusieurs médecins qui ont analysé soigneusement ses écrits^. On a même déclaré qu'on n'y trouvait aucune découverte d'une certaine importance soit en chimie, soit dans la préparation des médicaments, soit dans les indications. Néanmoins Paracelse a décrit un certain nombre de substances inconnues ou peu connues avant lui ; en les soumettant à des préparations plus régulières, en fixant l'attention sur elles, il a contribué à les introduire dans la thérapeutique. On a signalé ses remarques sur le tartre et les dépôts urineux.
Les admirateurs de Paracelse lui attribuent la connaissance de vérités majeures développées dans les siècles suivants. On rencontre, en effet, dans ses traités quelques aperçus lumineux qui ressemblent à des intuitions de l'avenir.
Paracelse a beaucoup nui à la médecine en joignant ses efforts à ceux de tous les systém.atiques qui, à diverses époques, avaient voulu rattacher notre art aux mystères et à la cabale.
Il a beaucoup démoli ; il avait tout ce qui convenait pour remplir ce rôle. A sa fougue naturelle se joignait l'excitation communiquée par les boissons alcooliques. Il attaquait le passé, particulièrement Galien et Avicenne (dont il fit brûler les écrits publiquement), avec une verve intarissable, toujours acre, souvent grossière. Par son indépendance, son dédain des travaux antérieurs, il ébranla plus fortement le principe d'autorité, tout en demandant que l'on marchât avec lui vers une lumière nouvelle. On trouve, dans son système, à côté de beaucoup d'autres choses, du vitalisme et de l'humorisme comme dans l'arabo-galénisme, mais dans celiai-ci le côté chimique était moins en relief. Quelques réformateurs avaient
* Une partie des ouvrages de Paracelse a été publiée par ses disciples. Quelques-uns de ceux qui ont été publiés sous son nom ne lui appartiennent pas.
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essayé de lui donner une plus grande prédominance ; Paracelse parut le concevoir d'une manière plus large, nul n'en avait proclamé la nécessité avec autant de force, et n'avait mis dans son œuvre autant de persévérance. Paracelse a été considéré comme le préparateur deriatro-chimisme.
Il répète sans cesse ces paroles sacrementelles; c'est vainement que vous croirez savoir quelque chose en médecine, si vous suivez les auteurs anciens ; la clé de la physiologie, de la pathologie, de la thérapeutique est avant tout dans la chimie. Médecins parfumés, quittez vos gants blancs, vos bagues d'or, plongez-vous dans les laboratoires, au milieu des charbons, travaillant dans 1& feu, nuit et jour comme les amis de la science spagyrique ; vous acquerrez alors des connaissances posi-' tives, en expérimentant et en observant.
On a dit que les hypothèses chimiques substituées par lui à celles de ses prédécesseurs ne valaient pas mieux que ces dernières, que les altérations acres salines, acides, etc., constatées par l'école de Cos, et reproduites de siècle en siècle n'étaient point des innovations ; que plusieurs alchimistes, avaient rattaché au mercure, au soufre, aux sels divers modes pathogéniques; mais aucun n'avait songea généraliser cette idée autant que lui, nul ne l'avait poursuivie dans tous ses détails ; c'est là un des points les plus saillants, les plus spéciaux de sa réforme.
Paracelse a employé les médicaments les plus actifs sans calculer les doses, avec une extrême témérité, sa pratique a été souvent désastreuse ; les résultats sont constatés par l'histoire et par les récits de ses contemporains. Il aurait pu les frapper de discrédit. Mais on a oublié ses revers pour proclamer bien haut quelques succès éclatants, inespérés. Ces essais ont été répétés, et l'on a fini par exploiter cette mine féconde. Les mêmes réflexions s'appliquent à ses idées sur le rôle des poisons dans la production des maladies et leur guérison ; sur les rapports des corps métalliques répandus dans la nature avec ceux que recèlent les organismes, etc. Si Paracelse a contribué à ébranler l'arabo-galénisme, la polypliarmacie, à faire rechercher dans les médicaments les principes actifs, à diriger les regards vers la chimie considérée dans ses relations avec la médecine, il a aussi multiplié les arcanes, les causes occultes, propagé bf^aucoup plus d'erreurs et de préjugés qu'il n'en a combattus. En chirurgie, on peut citer de bonnes études relatives à la cicatrisation des plaies, mais au lieu de se borner à renfermer dans de justes hmites l'emploi du cautère actuel, de l'instrument tranchant, de la suture, il les proscrit d'une manière à peu près absolue, comptant sur les efforts de la nature, et plus encore sur ses topiques souverains, La grande consoude suffit à la guérison des fractures et l'on peut presque se passer des appareils contentifs.
En attaquant avec véhémence toutes les doctrines, en cherchant à les remplacer par une autre qu'il préconisait comme plus compréhensive, plus sûre, plus vraie que celles qu'on avait suivies jusqu'à lui, Paracelse remit en question tous les problèmes fondamentaux, et força ses contemporains et ses successeurs à les soumettre à un examen plus approfondi. — Le paracelsisme pur trouva de nombreux partisans surtout en Allemagne chez des hommes ardents, superstitieux, lanatiques, presque tous dépourvus de connaissances scientifiques, qui cherchèrent dans ce système, à conquérir, malgré leur ignorance, de la considération et des richesses. Quelques-uns obtinrent une certaine célébrité; mais, échos aflaiblis du maître, ils ne changèrent rien à ses doctrines. L'histoire a conservé les noms de Thiirneysser, d'Adam de Bodenstein, de Siloranus, de Gérard Dorn, etc. La plupart des vrais médecins rejetèrent absolument le paracelsisme ; plusieurs, tout
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en le combattant introduisirent plus largement dans le traitement des maladies, les médicaments héroïques, en apportant plus de précision et de régularité dans les indications et la manière de les préparer ; d'autres, enfin, donnèrent un plus grand développement à l'élément chimique déjà contenu dans le galénisme arabique. Ce fut le point de départ de l'iatro-chimisme.
Prosper Alpin. Pendant le règne exclusif de l'humorisme, le Vénitien Prosper Alpin (1555 à 1617), traça avec un talent supérieur l'histoire du solidisme des méthodistes, montra les secours qu'il pouvait offrir à la médecine, et s'elforça de le remettre en honneur, en l'accommodant au génie de son époque (voy. de Medicinâ methodicâ, lib. 15). Cet illustre médecin étendit, coordonna, perfectionna les travaux de ses prédécesseurs sur le diagnostic et le pronostic; son ouvrage de Pi'cesagiendâ vitâ et morte (1601 ) lui a mérité le titre de père de la séméiotique. Profitant d'un séjour de trois ans en Egypte, il recueillit de précieux documents sur ce pays, les mœurs des habitants, les antiquités, ^hi^toire naturelle, les évolutions de l'art médical (voy. ses traités de Plantis, de Historiâ naturali, de Medicinâ JEgyptionim, etc.). Par ses vastes connaissances, l'indépendance de ses opinions, la justesse de son esprit, le soin et la sagacité qu'il montre dans ses nombreuses observations, Prosper Alpin occupe l'un des premiers rangs parmi ses contemporains.
Si Guillaume Baillou (1538 à 1616), doyen de la Faculté de Paris, n'est pas un réformateur, il a eu le mérite de signaler et de combattre les théories brillantes et souvent éphémères, les distinctions subtiles du galénisme; de reporter lesespritsvers les doctrines hippocratiques ; de reconstituer cette médecine po.^itive qui ne s'apprend qu'au lit du malade et l'étude de la nature. Il compléta ainsi, avec des vues plus élevées, l'œuvre commencée par ses maîtres HouUier et Duret. Versé dans la littérature grecque et latine, Joignant à une érudition aussi solide qu'étendue, un jugement sûr, un génie vif et pénétrant, l'amour et l'art de l'observation, il n'adopta les dogmes de Cos qu'après les avoir vérifiés pai' une longue et heureuse pratique. Depuis Hippocrate jusqu'à lui, aucun médecin n'avait étudié profondément l'influence de l'air, du régime, du milieu, etc. , sur le développement et le génie des maladies ; nul n'avait eu la pensée de décrire les constitutions épidémiques ; Baillou rouvrit cette voie féconde. En traçant le tableau de celles qui régnèrent à Paris de 1570 à 1579, il rappelle par sa sagacité, son exactitude, sa précision, toutes les qualités de son modèle. Il donne d'abord l'histoire générale de chaque constitution, décrit les affections principales, leurs caractères, leur marche, leurs terminaisons, les lésions cadavériques de celles dont l'issue a été funestes ; détermine leurs rapports avec les conditions au milieu desquelles elles ont pris naissance, les indications thérapeutiques. 11 y joint ensuite des histoires particulières, des commentaires, afin demetire eu relief les traits les plus saillants de l'histoire générale, de les développer, de les expliquer, d'en coordonner toutes les parties. Indépendamment des observations qui se trouvent dans ses deux livres sur les épidémies, Baillou en a publié un grand nombre d'autres qu'on peut lire encore avec intérêt. Ainsi, nous signalerons dans sa cinquantequatrième consultation des notions exactes sur le croup.
Huitième époque. Dix-septième et dix-huitième siècles. Chapitre I". Considérations générales. Dans les périodes précédentes, nous avons vu le génie moderne naître peu à peu et se manifester. Par ses rapports avec le génie de la Grèce, il est frappé de sa grandeur, étudie avec respect et admiration les trésors qui lui ont été légués, aperçoit déjà ce qui leur manque, voit s'ouvrir devant lui
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de plus vastes horizons, un monde inconnu, s'apprête à s'y élancer pour le conquérir. Une révolution radicale se prépare. Le dix-septième et le dix-liuiticme siècle vont l'accomplir ou lui fournir du moins ses principaux éléments. Renouvelée jusque dans leurs fondements, toutes les sciences subiront une transforma tion profonde ; une ère nouvelle va commencer. Comme dans les siècles précédents, la médecine et les médecins prennent une large part à ce mouvement et profitent de tous ces progrès.
(( Tout ce que l'esprit humain, dit Cuvier, pouvait faire avec les moyens légués par l'antiquité, et avec ceux que le moyen âge et le quinzième siècle avaient découverts, a été exécuté par le seizième. Mais on y manquait d'un instrument important, c'était de la véritable logique, de la logique d'induction, qui est indispensable dans les sciences dont nous nous occupons. Les scolastiques ne s'étaient attachés qu'à la partie de la philosophie d'Aristote qui repose sur le syllogisme; ils partaient d'un certain principe établi par l'autorité et non par l'observation, et au moyen d'une série de syllogismes, ils prétendaient établir tout leur système. Bacon vint et leur fit voir que l'autorité est un principe tout à fait illusoire dans les sciences ; c'est par l'étude des faits particuliers et leur résolution en proiositions générales, que les sciences naturelles peuvent faire des progrès » (Cuvier, Histoire des sciences naturelles) .
Présentons quelques réflexions à ce sujet. L'influence de Bacon sur l'ensemble des sciences est incontestable ; mais elle est inférieure à celle de Descartes, et on l'a souvent mal interprétée. On doit la renfermer dans ses justes limites, au nom des travaux contemporains et de la vérité. Le chancelier de Vérulam reproduit la distinction des trois modes d'induction, rapide et superficielle, progressive et patiemment élaborée, transcendante, montre avec autant de vigueur que de persévérance les dangers de la première, l'importance et la sûreté de la seconde qu'il croit avoir inventée, les difficultés de la troisième. Mais dès que les applications se présentent. Bacon, loin de mettre en œuvre la méthode qu'il vient de préconiser, renouvelle les anciennes hypothèses, en ajoute de nouvelles, et reconstruit la science entière sur ces bases Iragiles. 11 accepte la pensée de la transformation des espèces, delà transmutation des métaux*, de la fabrication de l'or, de la prolongation indéfinie de la vie humaine, d'une panacée universelle ; il accrédite une foule de préjugés, de superstitions dont on avait fait justice. Bacon a touché à tout, non en véritable savant, mais en curieux et en quelque sorte en amateur; l'esprit pratique lui fait fréquemment défaut. La méthodologie d'Aristote est bien plus complète. Après, s'être occupé de la méthode déductive ou par syllogisme descendant, le philosophe de Stagyre trace avec Je même soin les règles de la méthode inductive, met en relief les avantages de l'induction progressive qui s'arrête longuement sur les faits avant de s'élever aux principes, et les applique à toutes les sciences, à l'exception dos sciences physiques qui restèrent presque stationnaires jusqu'à l'époque on nous allons arriver. Bacon veut donner des procédés qui embrassent tous les modes d'expérimentations et les distribue en vingt-sept classes; exemples ou modes solitaires, ostensifs, clandestins, conformes, constitutifs, monadiques, subjonctifs, de divorce, de la croix, de la porte, etc. C'est par ces moyens qu'il se rend compte de la nature des divers genres d'esprits invisibles et intangibles à l'aide desquels on peut expliquer les
* Aristote savait très-bien que les espèces restent invariables dans leurs types fondamentaux. On a cru longtemps à la transmutation des métaux, parce que l'on pensait qu'ils étaient tous composés de mercure et de soufre en diverses proportions.
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phénomènes physiques; ces esprits sont les esprits entrecoupés (pour les corps inorganiques), V esprit rameux (pour les végétaux) ; Y esprit rameux et renfermé dans des cellules (pour les animaux), etc., etc. (voy. Nov. organ., 1. II, p. 11, ch. 2, § 2). Au lieu de cela, Hippocrate, Aristote, Gahen, quand ils se niellent à observer, nous font, voir pratiquement, comment on observe, on expérimente, on induit. Les véritables pères de la méthode expérimentale, ne sont point les philosophes purement spéculatifs, mais les savants qui ont mis la main à l'œuvre. En étudiant les procédés qu'ils ont suivis dans leurs découvertes, on ne voit pas seulement la route dont il ne faut pas dévier, on voit aussi le but qu'on doit atteindre et les moyens de la parcourir. Nous trouvons nos guides et nos modèles dans les cliniciens, les naturahstes, les anatomistes, les physiciens, etc., qui se sont entourés des objets môme de leurs études, ont scruté tous les phénomènes, inventé ou employé avec un zèle infatigable, tous les instruments, les réactifs, les modes investigateurs, à l'aide desquels on rend l'observation et l'expérimentation plus faciles et plus fructueuses (balance, télescope, microscope, thermomètre, baromètre, etc.). Si le dix-septième et plus encoî-e le dix-huitième siècle ont acquis une grande supéi iorité, ils ne la doivent pas simplement à l'heureuse association des méthodes logiques, ils la doivent plus encore à la multiplication de ces instruments, des universités, des académies ; à leur organisation, à celle des établissements pratiques où la nature est sans cesse présente à nos yeux, pour arrêter et régler, quand on les consulte, les écarts de l'imagination. N'oubhons pas cependant que si les faits forment la base de l'édifice, c'est le génie de l'homme qui le construit. Inspiré par leur contemplation, il découvre,, dans un petit nombre de faits, les lois expérimentales qui régissent tous les faits de la même classe, passe des lois secondaires à des lois de plus en plus générales, et parvient à ces axiomes premiers qui répandent leurs vives clartés sur la science tout entière. C'est l'œuvre de l'induction transcendante qui appartient surtout aux esprits du premier ordre, aux génies législateurs. Quoi qu'en ait dit Bacon, dans de magnifiques aphorismes, on voit dans ses applications qu'il croit trop à la puissance des procédés logiques, et qu'il les substitue volontiers à l'observation, à l'expérimentation. Le plus beau résultat de l'induction, c'est de passer de ce q>ie l'on voit à ce que l'on n'aperçoit pas, et de saisir les phénomènes cachés comme si on les a\ait sous les yeux. Il en résulte que l'induction devient plus prompte et plus sûre, à mesure que l'inspection directe lui prête de plus grands secours. Si l'on pouvait tout voir, le champ de l'induction serait moins vaste ; néanmoins elle serait encore nécessaire.
Pendant que Bacon oubliant les principes qu'il avait posés, s'égarait en cherchant à refaire, à sa manière, la science de la nature, Galilée exposait brièvement les mêmes préceptes ; mais il les mettait en pratique. Avec eux, par ses expériences et ses calculs, il déterminait les lois de la chute des corps, constatait la pesanteur de l'air, prouvait par des arguments irrésistibles la rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil. Persuadé que tout, dans la nature, obéit à des lois simples, Kepler reconnaissait que les planètes décrivent des ellipses autour du soleil et proclamait ses trois lois astronomiques ; Harvey donnait sa théorie de la circulation. Bientôt après Descartes écrivait son discours sur la méthode et la renfermait tout entière dans ses quatre règles fondamentales que nous avons retrouvées dans Aristote ; par une hardie anticipation, il affirmait que le son, la chaleur, la lumière étaient dus à des vibrations moléculaires ; appliquant aux mouvements cosmiques le théorème de la décomposition des forces, il en
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donnait une explication séduisante et imaginait son système des tourbillons, qui, suivant la remarque de d'Alembert était une préparation nécessaire à la grande découverte de Newton. La route dans laquelle on s'engageait de toute part était celle que l'école de Cos avait ouverte; la méthode nouvelle rappelait cet expérimentalisrae rationnel dont Hippocrate avait donné tout à la fois les préceptes et l'exemple. Au milieu de leurs écarts, les sectes les plus opposées, les empiriques et les dogmatiques ne l'avaient jamais complètement abandonnée; à elle seule étaient dus tous les progrès accomplis à travers les siècles ; Galien lui-même, en commentant Hippocrate, en avait fait sentir les avantages, et puisé à cette source tout ce qu'il y avait de plus solide dans ses écrits. Guidés par les enseignements de l'histoire, leurs propres inspirations, le spectacle qu'ils avaient sous les yeux, quelques médecins dont le nombre s'accrut progressivement comprirent de plus en plus ces importantes vérités. Ils reconnurent que cette méthode traditionnelle était un de leurs plus glorieux héritages, et résolurent de s'en servir désormais pour reconstruire l'édifice médical dans son enlier, en le perfectionnant, en profitant avec indépendance* des matériaux réunis jusqu'à eux et des secours que leur fourniraient les autres sciences. Ce projet était diflicile à accomplir, car il fallait renverser bien des erreurs, lutter contre les entraînements des méthodes a priori, contre les séductions des systèmes : cette œuvre longue et pénible fut entravée par les résistances ou les reproductions des théories anciennes rajeunies sous diverses formes, soumise à bien des oscillations, elle se poursuit encore. Des hommes trèséminents défendirent des systèmes opposés, les propagèrent, continuèrent à transporter dans la pathologie, des erreurs physiologiques et à compromettre les résultats fournis par d'excellents travaux cliniques. Néanmoins les systèmes ne furent point entièrement stériles; chacun d'eux reposait sur un certain ordre défaits, éclairait quelques points de la science ; leurs luttes réciproques détruisirent des erreurs, proclamèrent des vérités majeures, d'une manière définitive. En attaquant ou en se défendant les divers systèmes reconnurent que les arguments les plus démonstratifs étaient ceux que l'on pouvait voir et toucher, ou du moins que ces derniers devaient servir d'appuis à tous les autres; ils durent aussi multiplier les observations. C'est ainsi que se généralisa la vraie méthode; celle-ci doit répandre les grands principes de la vraie doctrine clinique reposant à la fois sur l'observation la plus stire, la plus étendue, et sur l'induction la plus sévère.
Chap. II. Coup d'œil sur quelques branches de la médecine. Art. I". Anatomie et physiologie. 1" Circulation sanguine. Le dix-septième siècle se signala d'abord par la découverte de la circulation sanguine, l'une des plus belles conquêtes de la physiologie. Quoiqu'elle eut été préparée par des recherches antérieures (celles de M. Servet, de Columbus, de Césalpin), la gloire d'Harvey n'en demeure pas moins tout entière. En lisant l'ouvrage même du célèbre médecin anglais, l'on s'assure des obstacles dont il eut à triompher, de l'art avec lequel il appliqua la méthode expérimentale et inductive. En 1615 il exposa sa théorie dans ses leçons, mais il ne publia son hvre qu'en 1628, après avoir multiplié ses vivisections, ses expérimentations, et soumis sa doctrine à des épreuves de tout genre. Ce traité produisit un étonnement général ; à des erreurs accréditées depuis tant de siècles, il substituait la vérité, accompagnée des preuves les plus éclatantes. Il souleva pourtant de violentes oppositions, et rencontra dans Riolan le plus puissant de ses adversaires; René Descartes, Yalœus s'en déclarèrent les défenseurs; Plempius l'accepta en 1652, après l'avoir attaquée jusque-là. Enfin, après vingt cinq ans de luLles, elle fut u'.ivcrsellement adoptée. îlarvey ne pnt
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aucune part à cette polémique; il fortifia simplement sa théorie par de nouvelles expériences. Riolan fut le seul auquel il adressa directement une réponse. Maipighi (1661), Leeuwenhoek (1690) xirent, avecle microscope, le passage du sang dans les vaisseaux les plus déliés.
2° Respiration. Reprenant les études expérimentales de Galien sur la partie mécanique de la respiration, Borelli, Haller, Ilamberger eu élucidèrent les phénomènes, dont la théorie avait été profondément modifiée par la découverte de la circulation. En 1661 , Mal[iighi prouva que les ramuscules bronchiques se terminent par des vésicules communiquant ensemble, tapissées par une membrane très-mince, pourvues d'un riche réseau vasculaire. Les anatomistes portaient déjà leurs regards sur la structure intime des tissus. La théorie chimico-vitale de la transformation du sang veineux en sang artériel et de celui-ci en sang veineux exigeait des connaissances chimiques, des expérimentations multipliées qui se produisirent d'une manière successive et se continuent aujourd'hui.
5" Système lymphatique. Vers le milieu du seizième siècle, Fallope et Eustache avaient aperçu, l'un les vaisseaux chylifèies, l'autre le canal thoracique, sans reconnaître leurs usages ; en 1622 , Aselli retrouve par hasard les premiers, les étudie, reconnaît leurs valvules, mais il continue à penser qu'ils portent le chyle au foie, oii il se change en sang veineux. En 1647, Pecquet découvre le réservoir qui porte son nom, où viennent aboutir les lymphatiques du membre inférieur et des viscères abdominaux ; il en voit partir le canal thoracique et le suit jusqu'à la veine sous-clavière. Il se livre alors à une série d'expériences et d'observations pour déterminer la marche des chylilères et de leur contenu. Dès lors le foie est déshérité de ses fonctions hématosiques, et les galénistes sont forcés dans leur dernier retranchement. Aussi la théorie de Pecquet, exposée dans ses Expérimenta nova analomica, renconlra-t-elle une forte opposition. En 1651, Rudleck décrit les vaisseaux séreux (lymphatiques), étudiés ensuite par Bertholin , Ruysch, les deux Hunter, Hewson , Cruiskshanck , Mascagni (1787), etc.
4" Nutrition , sécrétions. Les travaux de Harvey et de Pecquet n'eurent point, relativement à ces fonctions, Tinfluence que l'on pouvait espérer. Van Helmont, par ses expériences chimiques, avait fait des découvertes importantes qui suffiraient pour le recommander à l'attention de la postérité {voy. Hœfer, Eist. de la chimie, t. II, p. 140-155). Il combina ces notions nouvelles avec son système général, et réunit dans un même groupe, sous le nom d'élaborations digestives, les actes plastiques principaux (vie nutritive). Il y a six digestions. La première a lieu dans l'estomac, à l'aide d'un ferment acide {chymification) ; la seconde dans le duodénum [chylification) ; la troisième dans le foie, ou plutôt dans les vaisseaux mésentériques [hématose veineuse) ; la quatrième dans le cœur et l'aorte, avec le concours des poumons [hématose artérielle). Dans la cinquième, le sang s'épure encore, et fournit l'esprit vital, identique cà l'esprit animal (car il est inutile de multiplier les esprits). C'est le hlas humamim, un souffle, instrument qui préside à la sensibilité, à la motilité, sous la direction de Varchée. Quoique Van Helmont s'élève à tout propos contre Aristote et Galien, qu'il n'a pas toujours bien comjiris, on reconnaît les traces de leurs doctrines; dans son chimico-vitalisme, il substitue souvent au mot archée [àoyj,), celui d'entéléchie, dont il soupçonne à peine la signification. La sixième digestion est la nutrition. Chaque organe attire le sang, son aliment ; son archée (sa vitalité spéciale) l'élabore au moyen de son ferment, se l'assimile, s'en nourrit. Quoique cette théorie, DicT. k;\c. 2" s. Vi i>'
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fort imparfaite, accrédite bien des erreurs, on y remarquera la classification des actes élaboraleurs, le rôle des ferments, ce qui concerne la cliymification et la chylification , l'admission de la force plastique qui disparaît souvent par la suite, etc. Van Helraont ne se borne point à raisonner, il s'appuie aussi sur de^ expériences.
Sténon {de Glandulis et musculis, 1662) publie, sur la structure et les fonctions des glandes, un travail plus complet que celui de Wharton, dont il remplace les explications physiologiques par des théories plus rationnelles, en démontrant expérimentalement que ces organes empruntent au sang tous les matériaux de leurs sécrétions, qu'ils transforment par des élaborations particulières.
4° Système nerveux, organes des sens. Galien possédait déjà sur ces objets des connaissances assez étendues. 11 savait que les nerfs sont les instruments des sensations et des mouvements ; mais leurs fonctions étaient expliquées mécaniquement par la tension ou le relâchement des fibres , la contraction ou l'expansion des esprits. Ces derniers étaient lumineux, sonores, etc., attiraient du dehors des particules correspondantes ; ainsi s'effectuaient la vision, l'audition, l'olfaction. Une série de recherches d'anatomie humaine et comparée répandirent une vive lumière sur la distribution, les origines des nerfs, leur structure intime et celle des appareils sensitifs ; la physiologie fit des progrès bien moins rapides *.
§ 5° Gcnération, ovologie. Nous ne dirons qu'un mot sur cette partie de la physiologie, où régnent de si profonds mystères, malgré les recherches de plus en plus précises qui se sont succédé depuis Fabrice d'Aqnapendante, Harvey, de Graaf, etc., jusqu'à nos jours. Deux théories sont en présence, l'évolution et l'épigenèse. Dans la première, le sujet, déjà préexistant, n'aurait qu'à se dévelopjjer ; dans la seconde, il serait créé tout entier au sein d'une matière organisable, mais à peine organisée. Dans celle-ci, la seule en harmonie avec les faits, on voit se manifester, sous des modes évidents, la différence qui sépare le règne inorganique dli règne vivant. Une force spéciale (un nisus formativus), parlaitement distincte de la sensibilité et de la motilité, travaille la matière vivante et crée un être nouveau. Par une puissance instinctive, en vertu de lois primordiales, elle imite en artiste un type déterminé, variable suivant les espèces, constant pour chacune d'elles. On dirait qu'elle copie un modèle qui semble placé sous ses yeux. Les faits défient les explications chimico-mécaniques et disposent naturellement à les revèlii de formes métaphoriques qui semblent les plus propres à les représenter. On ne peut pas même invoquer la présence d'un système directeur préexistant (système nerveux, vasculaire, etc.). Quand on étudie le développement de l'embryon du poulet, on voit les divers systèmes se former, s'organiser isolément, puis se réunir, chacun dans le moment voulu. C est là que l'on peut
* L'anatomie est une des sciences dans lesquelles l'observation pure joue le rôle principal. Et cependant, quel talent d'investigation ne faut-il point quand on veut la scruter dans ses détails les plus intimes. Il faut alors attendre les secours explorateurs puisés dans les autres sciences , les appliquer à propos, etc. On conçoit néanmoins comment l'ana^ tomie descriptive fit, dans les dix-septième et dix-huitième siècles, des progrés plus rapides que la physiologie. Dans chacune des questions physiologiques se trouvent des problèmes chimiques, physiques, vitaux qui restent plus ou moins insolubles tant qu'on ne possède point les données nécessaires. Il faut donc les attendre ou les provoquer. De là tant de théories qui tombent parce qu'elles sont prématurées. Aussi la pathologie ne doit-elle prendre à la physiologie, que ce qu'elle a de positif, en bien circonscrivant ses limites; la clinique doit intervenir pour véiifier et juger. Il y a li des enseignements historiques qu'on ne saurait trop répéter.
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MEDECINE ([iisToiRE de la). 115
iii(H constater l'accord des diverses facultés, leurs synergies multipliées, précises. Mji La force vitale paraît déployer une énergie d'autant plus grande qu'elle agit sur sj,i une matière plus simple, et qu'elle s'occupe de créer les instruments dont elle devra se servir. C'est dans ces études que l'animo-vitalisme puise ses plus puisleslj sants arguments.
[jjjj^ 6° Anatomie des tissus. C'est au dix-septième siècle qu'elle a été véritable-
ment fondée, particulièrement par Malpiglii, Buysch, Leeuwenhoeck, à l'aide du microscope, des insufflations, des injections, etc. Tel est le point de départ des magnifiques travaux histologiques de notre époque. — Malpiglii (1628 cà 1694) applique le microscope à l'examen du développement de l'œuf du poulet, à la circulation capillaire, s'occupe de la structure du centre enccphalo-racliidien, de la langue, des glandes, et en particulier du foie, des reins, montre que, dans la peau, les papilles nerveuses sont l'organe du toucher ; découvre le corps réticulaire cutané, les cellules graisseuses, les glandes sudoripares et sébacées ; mais il croit reconnaître trop facilement partout la structure glandulaire. — Ruysch (1658- 1727) se fait remarquer par ses admirables injections, pratiquées sur des sujets hiimains et des animaux, et laisse un splendide musée. Les parenchymes disparaissent presque sous la pression des réseaux vasculaires largement amplifiés. Ses découvertes sont peu nombreuses. Il décrit le tissu cellulaire (connectif) avec une grande fidélité, montre des vaisseaux capillaires dans des points où l'on n'en avait pas vu avant avant lui, prouve, contre Malpighi, qu'il n'existe pas entre les ratères et les veines un tissu spécial différent de ces deux ordres de vaisseaux, etc. — Livré à peu près à lui-même, presque dépourvu d'érudition, Leeuwenhoeck leil (1632-1725), armé de son microscope perfectionné, devient l'auteur des plus reps'' marquables découvertes. « Pendant près de 50 ans, cet homme ingénieux, doué jtiètti d'un esprit pénétrant, examine sans suite, sans méthode, les substances organiîveck ques, les liquides, les êtres les plus infimes, et comme il est le premier à se placer [laieli! dans de meilleures conditions, il constate, le premier des faits inattendus, maitiii\f jeurs, propres à répandre les plus vives lumières sur les problèmes biologiques jreîK les plus élevés; mais il ne parviendra jamais à une conception générale » lisj» (Blanchard). Ceci montre toutes les ressources de l'art de bien observer, sans jes,ti opinion préconçue, pour rassembler des matériaux; on voit aussi que cela ne ileflitii suffit pas ; il faut y joindre l'art plus difficile de classer les faits, de les comp;irer, iposfflls d'être conduit par eux seuls à leur interprétation légitime. Nous ne parlerons Ittsfif point de ses recherches, généralement si exactes, qui embrassent la structure inrjtèDiM time de presque tous les tissus ; nous mentionnerons seulement ses études sur ielefe le sang et la circulation. Le sang, le seul agent nutritif, se retrouve chez les . s'oi»!! animaux de toute la série ; il a une partie solide et une liquide, séreuse, dans uej'il laquelle se meuvent les globules. Ceux-ci, rouges chez tous les vertèbres, varient pour leur forme et leur volume, suivant la classe cà laquelle ils appartiennent ; ils ont une membrane extérieure contenant un noyau; les artères, par leur force ifnisi- contractile, contribuent à la circulation. Leeuwenhoeck a décrit, le premier, les IhI- animalcules spermatiques ^.
Les études positives des anatomistes et des physiologistes observateurs, les discussions multipliées qui s'élevaient sur les mêmes questions, habituaient les esprits Jtdek auxméthodes expérimentales et inductives, les forçaientà s'initier à leurs secrets,
I lesi » Les cellules spermatiques (spermatozoïdes) furent aperçues d'abord en 1677, par un élève Ham, au moyen d'un microscope de Leeuwenhoeck.
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faisaient sentir le vide des théories purement spéculatives, en dévoilaient les erreurs, leurs causes, préparaient l'avéncment plus général de la vraie philosophie des sciences, et servaient par là les intérêts de l'art médical, autant que par les matériaux qu'elles leur donnaient ou qu'elles leur apprenaient à acquérir.
Il y avait dans l'école de Cos deux éléments, l'un correspondait au viialisme; l'autre aux théories physiques. La nature, en vertu d'une science instinctive, dirigeait tout dans l'organisme, au moyen de ses facultés, en se conformant aux lois d une physique supérieure, dont elle avait une connaissance complète, sans conscience de ses actes, sans l'avoir reçue d'aucun maître. Galien, en multipliant les rouages, s'était efforcé de conciher ces deux éléments ; mais il était arrivé à donner une grande prédominance à l'élément physique, et la nature ne jouait plus qu'un rôle secondaire dans ses théories physiologiques et pathologiques. Le dix-septième siècle reprit l'œuvre en la transformant dans toutes ses parties avec une méthode , et des moyens d'investigation plus rigoureux ; il essaya de déterminer les lois de la vitalité d'une part, de l'autre les lois physico-chimiques, afin de saisir leurs rapports et leurs différences, et d'apprécier ce qui revenait à chacune d'elles. Par sa nature même, le problème présentait des difficultés immenses, que nous sentons mieux aujourd'hui ; les deux domaines empiétaient souvent l'im sur l'autre. Si le dix-septième siècle n'en a pas donné la solution, il a eu du moins le mérite non-seulement de la préparer, mais de fournir d'utiles documents. Le dix-huitième siècle se signala par de nouveaux progrès ; vers le milieu de cette période, les deux termes furent posés avec précision : on vit alors s'ouvTir et s'agrandir de plus en plus cette voie large que nous suivons maintenant. Les succès que nous avons obtenus sont les gages et les préludes de succès plus gi^ands encore, si nous savons marcher d'un pas ferme entre deux doctrines moins divergenles qu'on ne le suppose et qui peuvent s'unir et s'entendre sur le terrain des faits et de l'expérience clinique.
On peut avoir une idée assez exacte de l'anatomie et de la physiologie du dixseptième siècle, en lisant le traité d'anatomie de Verheyen (171 0). L'auteur affirme que la partie liquide et coagulable du sang, la lymphe plastique, est le suc nourricier universel.
7° Anatomie pathologique. Nous avons déjà signalé les premiers essais tentés à ce sujet au seizième siècle. De nouvelles observations nécroscopiques furent publiées successivement par Bartholin, Tulpius, Wepfer, Ruysch, Peyer, etc. En 1700, T. Bonet les réunit dans son Sepulchretum. Sans se dissinuiler les difficultés de l'entreprise, il eut le courage de l'exécuter. Son ouvrage ne brille point par l'ordre et la méthode ; mais c'est un vaste répertoire qui, sans dispenser de remonter aux travaux originaux, montre le nombre considérable de matériaux qui avaient été déjà rassemblés. Les trois premiers livres sont relatifs aux nialadies qui ont leur siège dans la tète, la poitrine, le bassin et l'abdomen; chacun d'eux renferme ce qui appartient à chacune de ces cavités ; le quatrième concerne les affections dont le siège est inconnu ou qui peuvent se montrer dans toutes les parties. On y voit que des lésions aussi variées par leur siège que par leur nature peuvent donner lieu à des symptômes du même genre : il y avait là un travail compliqué à accomplir, pour saisir les relations des altérations matérielles profondes et des phénomènes qui les manifestent, et déterminer leur filiation. Tel est le but que se proposa Morgagni (1682 à 1771), digne élève deValsalva, lorsque, déjà célèbre par ses travaux anatomiques, il publia ses lettres de Sedibus et causis morborum per anatomiam indagatis (I7G1). Dans ses soixante-dix lettres distribuées en
cinq livres, l'auteur passe en revue toutes les maladies en suivant l'ordre anatoniique. Morgagni comprend l'importance de l'anatomie pathologique pour éclairer toutes les branches de l'art médical, et réclame de celui qui veut traiter ce sujet toutes les qualités qu'il possède lui-même, car le professeur de Padoue, tout à la fois anatomiste, physiologiste, médecin, érudit , choisit, parmi les matériaux fournis par ses prédécesseurs et ses contemporains, ceux: qui out le plus de valeur, y ajoute ceux qui sont dus à son observation personnelle ou à celle de Valsalva, les coordonne, les compare, soutient l'attention de ses lecteurs par l'ordre, la clartéla sagacité avec laquelle il tire de l'analyse des faits, des conclusions exactes, originales et souvent inattendues. Connaissant tous les systèmes qui se disputaient la prééminence, Morgagni n'en adopte aucun d'une manière exclusive, évite les discussions inutiles, les théories arbitraires, et donne cependant à chacune d'elles les moyens de revenir à la vérité. C'est ainsi qu'en dévoilant les efforts heureux de la nature au milieu des lésions les plus graves, et ses impuissances dans des cas bien plus légers, il nous met en garde contre les exagérations du naturisme ou des doctrines opposées. A l'époque où écrivait Morgagni l'on n'avait ^oint, pour le diagnostic et les recherches nécroscopiques, les procédés, les modes précis que nous avons découverts; Morgagni a su, avec le secours de la méthode inductive, mettre habilement en usage les ressources limitées dont il pouvait disposer. Grâce aux travau?: ultérieurs des Corvisart, Bichat, Laennec, Bayle, Delpech, Lallemand, Lobstein, Dupuytren, Cruveilhier, Andral, Lebert, etc., et de ceux qui, dans tous les pays, ont marché sur leurs traces, l'anatomie pathologique a changé d'aspect et pris son véritable caractère ; niais, en mesurant l'espace que nous avons parcouru, nous devons entourer de nos hommages celui qui nous a montré le chemin. L'anatomie pathologique n'est point la base de la médecine. Séparée de l'observation clniique et des autres parties de l'art médical, elle reste lettre morte. Fécondée par elle, renfermée dans de justes limites, dirigée par des mains habiles, elle devient un instrument précieux dont il faut apprendre à se servir, et contribue à mettre en relief l'élément vital. Les organismes vivants ne sont pas de simples machines. Ils peuvent continuer à Tonctioiuier malgré l'altération profonde d'importants rouages, ou subir un arrêt définitif que les lésions matérielles ne sauraient expliquer. 11 y a donc un moteur et des lois spéciales capables de réparer les désordres ou de maintenir l'harmonie.
Agent mystérieux, la force vitale, manifestée par ses effets, organise, dévoloppe, entretient, répare, détruit : sans elle, on ne se rendrait pas compte des différences considérables de longévité mdyenue qui séparent des êtres que l'organisation a tant rapprochés. Dans des cas d'asphyxie par submersion très-prolougée, tant que la vitalité n'est pas éteinte, il suffit de la ranimer pour que les Ibnctions se rétablissent et que la vie reparaisse dans un corps qu'elle semblait avoir abandonné; Nous rappellerons les phénomènes de l'hybernation, le retoiu- à la vie des animaux inférieurs dont les membres sont devenus rigides et cassants par une longue congélation, etc. En étudiant les lois spéciales de la vie, on apprend à suspendre les actes qui détruisent, à aider les efforts conservateurs ; on comprend le génie de la médecine, ses difficultés, ses richesses, les limites qu'elle peut atteindre, celles qu'elle ne saurait franchir.
Le traité de Galien de Locis affectis est un remarquable essai de diagnostic local, d'anatomie et de physiologie pathologiques. Méconnue ou affaiblie chez la plupart de ses successeurs, la tradition commence à se renouer au seizième siècle, s'accentue de plus en plus au dix-septième, brille d'un vif éclat avec Morgagni, prend
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tout son essor aujourd'liui. Les mêmes réflexions s'appliquent à l'anatomie générale, à l'anatomie comparée, à l'anatomie philosophique considérées dans leur évolution, depuis Hippocrate jusqu'à nos jours.
Il faudrait écrire un grand volume si l'on voulait présenter un tableau, même très-abrégé, des principales découvertes anatomiques, physiologiques, chimiques, etc., qui signalent ces époques. Remarquons seulement qu'à mesure qu'on s'approche du dix-neuvième siècle, les médecins imitant l'exemple des physiciens, des chimistes, reviennent déplus en plus aux préceptes d'Hippocrate, « assurer à la médecine son indépendance, en édifiant chacune de ses branches sur l'étude directe des faits qui lui appartiennent ; ne pas la laisser asservir par les autres sciences, tout en leur empruntant d'utiles secours. »
C'est ainsi que la clinique fit des progrès bien plus assurés, dès que, par ses propres développements et par ceux des sciences physiques, elle put se défendre des envahissements de celles-ci, tout en profitant des mélhodeset des instruments de précision dont elle sut habilement se servir. Les systèmes iatro-chimiques, iatro-mécauiques, durent nécessairement alors montrer leur impuissance à expliquer les lois spéciales de la vie.
On a dit avec raison, que Descartes a exercé une grande influence sur le développement de ces systèmes, et sur celui de l'animisme; nous ne devons cependant pas l'exagérer. Regardant d'un côtelés animaux comme des automates d'une peri'ection supérieure, de l'autre, l'àme humaine comme le siège des hautes fonctions intellectuelles, mais comme un simple agent d'impulsion pour tout le reste, il a dû tâcher d'expliquer mécaniquement les divers actes physiologiques. Il n'a, en eiïet, que des idées très-inexactes sur les détails de la science médicale. Mais l'évolution des seites médicales des dix-septième et dix-huitième siècles se serait faite naturellement, et indépendamment de toute action extérieure, car elles existaient déjà dans les systèmes antérieurs.
L'exemple de Descartes et de ses sectateurs montre les erreurs auxquelles de.s hommes supérieurs sont conduits, lorsque, méconnaissant les lois de la \ie, ils veulent les identifier avec celles de la pensée ou des sciences physiques, ou même les en rapprocher par des analogies trop étroites.
A partir du dix-septième siècle, le goùl et l'habitude de l'observation s'étendirent et se perfectionnèrent par l'établisiement des grandes sociétés savantes; celles des lyncées, 1 603 ; l'Académie des sciences de Londres, celle des curieux de la nature, l'Académie des sciences de Paris ; il y en eut successivement à Berlin, à A'ieinie, à Saint-Pétersbourg, etc., dans toutes les capitales, dans toutes les villes importantes.
Chap. m. Théories et systèmes. Ait. l**'. Van Uelmont [Ihll-iQiA) , né à. Bruxelles, d'ime famille noble, reçoit à Louvain le bonnet doctoral, après s'être li\ré à l'étude de diverses sciences, de la \ihilosophie ancienne, de la scolastiqiie, du mysticisme qui l'entraîne et lui paraît la source des plus hautes vérités. Peu satisfait de ce que lui ont appris les livres, il parcourt les principales contrées de l'Europe, afin de s'initier aux secrets de la nature et de les appliquer à l'art de guérir. Diverses circonstances et, entre autres, les traitements qu'on lui fait subir pour le débarrasser de la gale, dont tous les remèdes arabo-galéniques ne parviennent point à le délivrer, le confirment dans la pensée que la médecine a besoin d'être entièrement réformée. Initié peu à peu aux travaux de l'alchimie, reconnaissant que les préparations fournies par cette science donnent les plus heureux résultats en thérapeutique, il se retire dans sou domaine de Yildore, où il vécut
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plus de 30 ans, partageant son temps entre son laboratoire et ses malades, qui étaient soignés gratuitement, et dont le nombre s'élevait chaque année à plus de mille.
Van Helmont ressemble en plusieurs points à Paracelse, mais sa supériorité, sous tous les rapports, est incontestable. Son système est un mélange de mysticisme, de vitalisme poétique, de chimie, au milieu duquel se rencontrent de l'érudition, des réfutations judicieuses de bien des erreurs, des expériences précises, des théories ingénieuses. L'auteur nous apprend que ses résolutions les plus décisives lui ont été dictées dans des songes, que des secrets scientifiques majeurs lui ont été ainsi révélés, que son âme lui est apparue sous l'aspect d'un cristal resplendissant. Ces écarts d'une imagination ardente le conduisent à défendre des préjugés, des superstitions relatifs à l'action des diverses substances, à la cure maguétique des plaies, et cependant il les attaque quelquefois. Nous devons iherclier surtout dans l'iielmontisme le cùté cliimique et vituliste, en dégageant ses principes des formes dont ils sont re\êtus. Ce travail est difficile, ses écrits présentant, quoiqu'à un moindre degré, une partie des défauts de ceux de Paracelse. Deux écueils sont à éviter : exaller son mérite outre mesure en lui attribuant des découvertes qu'il n'a peut-être pas soupçonnées, ne pas lui rendre justice en méconnaissant les dogmes fondamentaux qu'il a hautement proclamés.
Van Helmont se propose un double but, renverser les doctrines anciennes, en étabhr de nouvelles. Dans la partie polémique, on le voit affirmer la nécessité d'une indépendance absolue vis-à-vis l'autorité des autres, insister sur les vices de la méthode syllogistique d'Aristote, sur l'importance des faits et de la méthode expérimentale, sur les dangers des hypothèses, etc. Il attaque la physique péripatéticienne et galénique, la théorie des éléments et des humeurs, tantôt par des observations positives, tantôt par de faibles arguments. Quand il veut construire son édifice, il suit parfois la bonne route ; souvent aussi il s'en écarte et commet toutes les fautes qu'il a si vivement reprochées à ses prédécesseurs auxquels il fait plus d'emprunts qu'il ne paraît le supposer.
Les anciens ont cru à tort que l'air pouvait se changer en eau par la compression ; on ne peut obtenir ce changement, quel que soit le degré de cette dernière. Les corps sont constitués par un principe matériel unique, l'eau {initiian ex quo); mais pour que la formation se produise, il faut un agent dispositif, un ferment [initiiim per qiiod). Celui-ci est un être formel qui attire par son odeur l'esprit générateur de l'archée, Yaura vitalis ; alors se développe dans le ferment, la semence qui y préexistait. De l'association de ces éléments et de son milieu (l'eau), résulte la matière avec laquelle l'archée formera le corps : il en arrangera toutes les parties d'après l'idée qu'il a des dispositions qu'elles doivent présenter.
Van Helmont unit un dynamisme psychologique et un dynamisme chimicovital, d'une manière d'ailleurs assez confuse. Les êtres ont été créés par un ordre divin (jussus Dei), mais des agents sont intervenus; ce sont les archées (principes vitaux) qui ont la connaissance instinctive des actes auxquels ils doivent se livrer pour former les différents corps. Ces archées eux-mêmes ont besoin d'agents spéciaux, les ferments, dont la conception est tirée des études chimiques de l'auteur.
Van Helmont applique cette théorie à la physiologie humaine. Le corps de l'homme est composé d'une série d'organes dont chacun a son archée (sa vitalité propre). Chaque arcliée, durant l'évolution fœtale, a présidé à la formation de l'organe où il réside; par la suite, il dirige toutes les fonctions. Les archées spé-
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ciaiix sont surveillés et conduits par le grand arcliée {dimmvirat) . Sous ces modes métaphoriques, on reconnaît les actions et les réactions des organes les uns sur les autres, leur direction harmonique vers un but déterminé. A cette occasion, l'auteur groupe bon nombre de faits de sympathie, de synergie, rappelle, consolide, étend plusieurs dogmes de physiologie et de pathologie expérimentales. Le grand archée semble double {dimmvirat), il occupe les deux orifices de l'estomac, s'étend à la rate; on peut le ramener à l'unité. En le plaçant ainsi, van Helraout met en sailhe le système des forces épigastriques, de ce centre, de ce cerveau abdominal qui exerce partout son influence et montre les rapports de l'estomac avec les principaux organes. Une foule de maladies, même mentales, y ont leur point de départ. Néanmoins le cerveau n'est pas entièrement dépossédé et reste l'instrument des mouvements, de la mémoire, de l'imagination, de la volonté. Les archées ont des facultés vitales qui s'exercent par des blas, des fluides oublils, hlas sensitivum, motiviim, alterativum (sensibilité, motilité, plasticité). Au-dessus de l'archée apparaît l'àme sensitive, qui n'est elle-même que l'enveloppe de l'àme immortelle.
Les rouages que van Helmont imagine pour l'expliciition des fonctions , sont aussi multipliés que ceux de Galien ; mais il se distingue du médecin de Pergame, en ce qu'il sépare plus nettement les forces vitales des propriétés de la matière brute, et qu'on les Aoit apparaître soit dans ses archées, soit dans les instruments qui sont mis en œuvre. « Les ferments sont de la classe des formes (des forces) et des semences (éléments vivants) ; ils se sont séparés du commerce intime des qualités matérielles ; s'ils s'associent quelque qualité de ce genre, c'est pour répandre plus facilement leur force vitale. » Les trois hlas correspondent aux iorces fondamentales de l'organisme vivant et forment un tout harmonique dans l'archée principal ; elles se spécialisent dans chacun de nos organes qui ont tous les mêmes modalités vitales appropriées à leur structure et à leurs fonctions ; mais ces organes avec leurs vitalités s'entendent, se coordonnent sous l'action puissante d'un régulateur ; c'est un retour vers les principes féconds de l'hippocratisme. Ces idées confuses encore, seront débarrassées des nuages qui les obscurcissent, des éléments imaginaires qui les compliquent, et deviendront dans les mains habiles qui les élaboreront de nouveau, au contact de faits mieux observés, les premiers hnéaments d'un \italisme expérimental dont nous étudierons l'évolution. Notre auteur n'a point des notions précises sur son archée; ce n'est point comme l'àme, une substance spirituelle, peut-être n'est-ce qu'une enteléchie au sens aristotélique, analogue à la nature d'Hippocrate, c'est-à-dire une simple force composée de plusieurs forces secondaires ; seulement elle a la counaissance intuitive parfaite de tout ce qu'elle doit accomphr pour atteindre, dans le corps qu'elle anime, le but auquel il est destiné. Elle se montre dans toutes les parties, dans les fluides comme dans les solides ; le sang a son esprit vital ; tant qu'il circule dans les vaisseaux, il conserve sa vitalité. Aussi s'élève-t-il avec force, et en s'appuyant, cette fois, sur des observations, contre les théories humorales de Galien, ses altérations du sang, ses pulridités des huuieurs.
Tant que l'archée conserve son état normal, tant que l'accord subsiste entre lui et les archées secondaires, la santé se maintient ; l'équilibre est rompu dès que ces conditions ne sont plus remplies.
Son vitahsme spécial domine dans sa pathologie. La maladie n'est point un mode passif ou négatif ; c'est un mode actif et positif. Sa cause prochaine, sa nature ne devra être cherchée ni dans les quatre humeurs, ni dans l'action des
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choses contraires ; ce qui la constitue essentiellement, c'est une affection de l'arcliée. Les causes éloignées produisent une impression sur ce dernier ; il éprouve de l'eirroi, de la colère, de l'abattement, des perversions ; conçoit instinctivement Vidée de l'état morbide. Celui-ci est une sorte de fonction pathologique, dont les symptômes résultent d'une part du trouble de l'archée ou des archées, devant les périls qui le menacent, de l'autre, de ses efiorts pour leur échapper. L'auteur examine ce que la maladie n'est pas, ce qu'elle doit être; au milieu de toutes , ses confusions, la pensée qui se fait jour est celle-ci : la maladie est une lésion de la vie, de ses facultés, et par conséquent du principe qui la" représente. Elle n'e.xiste point tant que la cause pathogénique, fut-elle un miasme pestilentiel, n'est pas arrivée jusqu'à lui.
Les causes provocatrices contiennent Vidée séminale de l'affection, et la font naître dans l'archée. Ces causes sont de deux ordres et viennent soit du dehors (traumatismes, miasmes, virus, venins, poisons, aliments et boissons de mauvaise c{uahté), soit du dedans (excrétions retenues, matières morbides formées à l'intérieur). Le nombre des espèces morbides est égal à celui des idées séminales diverses; leur siège principal est dans l'estomac où réside l'archée; c'est là qu'elles viennent retentir.
L'auteur adapte sa théorie à tous les détails de la pathologie spéciale. Les stades de la fièvre sont caractérisés, le premier par la frayeur, l'abattement de l'archée ; le second, par sa réaction, son excitation; les phénomènes le démontrent : d'abord frissons, tremblements, ensuite clialeur, fréquence du pouls : ces stades sj reproduisent péjiodiquement, parce que l'archée oscille entre ces états opposés. La gravité varie suivant que l'atteinte est plus profonde et selon sa nature.
L'inflammation provient d'une irritation, d'une épine, qui amène une lluxion {uhi stimulus, ibi fluxus). La pleurésie, la pneumonie, tiemient à un ferment acide envoyé par l'archée. Les calculs sont formés par la précipitation des sels de l'urine.
11 y a des maladies locales qui se manifestent sans se rattacher à un état général de l'organisme, à un vice humoral (gale, éruptions cutanées) ; c'est la force sécrétoire qui est lésée : la dysenterie est due à une irritation de l'intestin, les flatuosités à des accumulations gazeuses. Lestophus des goutteux sont de la synovie durcie par son acidification.
Sa thérapeutique est une conséquence de sa pathologie. Les indications principales se tirent des affections de l'archée ou des archées bien plus que des altérations humorales ; les acidités, les àcretés se dissipent le plus souvent quand l'affection de l'archée a disparu. On doit le rassurer, relever ses forces quand il est abattu, déprimé ; dans le cas contraire, on le calmera, on diminuera l'excitation ; les modes perversifs seront combattus, l'équilibre rétabli; la méthode perturbatrice trouvera aussi sa place. La nature ou l'archée suffit pour guérir certaines maladies ; dans d'autres cas elle est impuissante ou suit une mauvaise direction; l'intervention active du médecin est alors nécessaire. Van Helmont, par ses médicaments , a guéri un nombre considérable de malades traités avant lui sans succès.
L'école de Botal abusait de la saignée ; van Helmont la proscrit. Elle est nuisible, car elle affaibht, rend les crises difficiles; d'ailleurs la pléthore, les congestions sont la suite des affections de l'archée. Les purgatifs seront employés avec précaution ; l'on préférera ceux qui ne diminuent point les forces et agissent avec le plus de douceur. Abstenez-vous des médicaments auxquels on attribue la pro-
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priété de combattre les acidités, les âcretés, les putrescences. Ce point capital consiste dans l'art de mettre les médications en harmonie avec les modes affectifs si variés de l'archée. L'hygiène thérapeutique offre de grandes ressources ; on prescrira souvent, avec avantage, les raercuriaux (mercure diaphorétique), les antimoniaux (soufre doré d'antimoine, antimoine diaphorétique), l'opium, le vin. L'opium est tonique et sédatif. Dans les maladies locales, van Helmont avait recours aux topiques.
Nous ne ferons point ici la critique spéciale du vitalisme mythologique de notre auteur. Il met en évidence les dangers d'un vitalisme abstrait trop exclusif, qui substautialise sous un nom ou sous un autre la force vitale, la vitalité, en lui prêtant, par des analogies forcées, des attributs psychologiques. Nous ne parlerons pas davantage de ces esprits, de ces fluides doués de qualités tout à la fois spirituelles et matérielles qui lui servent d'instruments. Il y a dans les organismes vivants des forces, des facultés spéciales surajoutées aux forces physiques ; elles sont régies par des lois d'harmonie que l'exjiérience doit déterminer : dès que l'on sort de ces faits, qu'on les explique physiquement, chimiquement ou d'après des vues psychologiques, on abandonne le domaine de la réalité pour se livrer à tous les écarts de l'imagination. Les faits psychologiques appartiennent à une région plus élevée; là se trouvent les problèmes dont la solution nous donne la certitude de l'avenir qui nous est réservé ^
Van Helmont est parti de la thérapeutique pour réformer l'anthropologie. S'il eîil profité de ses idées sur la vitalité, et déterminé par l'observation seule, les indications et l'action des modificateurs, il aurait pu obtenir une thérapeutique rationnelle, dont sa doctrine entière aurait ressenti l'influence. Les aperçus heureux qui se rencontrent dans ses écrits, tant que l'observation lui a servi de guide, contiennent le germe de perfectionnements ultérieurs, et prouvent que, s'il est loin d'avoir atteint le but, il l'a du moins pressenti. Nous ne partageons point l'enthousiasme des panégyristes absolus de l'helmontisme, tels que MM. Roinmelaër, Mandon, etc., et cependant nous pourrions, avec des textes, justifier en l'étendant, notre appréciation générale de l'helmontisme. Elle s'écarte, sur plusieurs points, de celle de M. Daremberg, dans le savant article qu'il lui a consacré. Ces dissidences se comprennent aisément en présence des éléments complexes et délicats dont les problèmes historiques sont composés.
Art II. latro-chimisme. 1" Sylvius de Le Boë (1614 à 1672). L'iatrochimisme, forme nouvelle de l'humorisme, existait en germe antérieurement à Paracelse, à van Helmont, au cartésianisme. Celui-ci hâta son développement, eut une part considérable à ses succès. De Le Boë est regardé comme son fondateur. Anatomiste éminent, créateur à Leyde d'un enseignement clinique qui brilla d'un vif éclat, vantant toujours l'expérience, auteur de bonnes observations, comme on peut s'en assurer en lisant sa description des épidémies de 1667 à 1670, ce médecin n'en fut pas moins un écrivain systématique et plia les faits à sa théorie. Il y a un fond de galénisme dans le syncrétisme de Sylvius, mais ses idées chimiques dominent et le modifient profondément.
II admet la même série de digestions que van Helmont, en tenant un compte plus exact des dispositions anatomiques. En parcourant l'espace compris entre la
' La force vitale obéit â des lois dont les unes semblent la rapprocher des agents psychologiques, les autres des agents physiques. C'est en tenant compte de ces deux ordres de lois combinées avec un art merveilleux, que l'on doit classer et étudier expérimentalement tous les phénomènes anthropologiques.
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bouche et le duodénum, les aliments subissent des fermentations, des effervescences sous l'action de la salive, du suc pancréatique, de la bile ; se changent en chyle qui s'unit à la lymplie et vient restaurer le sang. Une quatrième eifervescence a lieu dans le iioumon. Les esprits animaux sont sécrétés dans l'encéphale, l'eau du fluide sanguin s'écliappe par les pores des capillaires, et le liquide, en vertu d'une sorte de distillation, se rapproche de l'esprit-de-vin. Chez Sylvius, l'archée s'efface, les ferments n'ont plus rien de vivant, ce sont des acides, des alcalis; les actes sont purement chimiques; le grand moteur est l'esprit animal, formé par des combinaisons du même genre ; il reste quelques légères traces de vitalisrae devant la chimie qui tend à tout envahir.
Les àcretés alcalines et surtout acides des humeurs sont la cause essentielle des maladies qui peuvent siéger dans les solides, les liquides, les esprits ou dans l'âme. Les fièvres intermittentes sont dues à l'àcreté acide du suc pancréatique; les fièvres continues à l'àcreté alcaline de la bile. Les quatre humeurs principales (sang, lymphe, bile, suc pancréatique fort analogue à la lymphe), se mêlant, se combinant, font effervescence ; les âcretés unies ou séparées suffisent à expliquer tous les états morbides, pur des excitations, des évaporations, des coagulations, des obstructions, des ulcérations. Ces âcretés agissent sur les esprits vitaux, animaux, sur les nerfs, et, suivant les lieux où elles se portent, amènent des palpitations, des syncopes, des asthmes, des convulsions, des spasmes, l'hypochondrie, l'hystérie, l'épilepsie, la goutte. L'àcreté acide de la lymphe engendre la petitevérole; si elle est rongeante, elle amène la syphihs. Dans cette dichotomie (acidités et alcahnités), les premières sont beaucoup plus nombreuses.
Les indications majeures se déduisaient de ces deux modes fondamentaux. Combattez les effervescences de la bile par les purgatifs ; ses âcretés par les narcotiques; les acidités lymphatiques et pancréatiques par les excitants, qui amènent la diaphorèse, triomphent des acidités, favorisent les sécrétions, remédient à la paresse des esprits vitaux, provoquent l'écoulement menstruel. Les acidulés, les éthers sont utiles dans la dissolution alcahne des humeurs.
Malgré la simplicité de ces divisions, Sylvius a un cadre nosologique trèsétendu, car il transforme une foule de symptômes en maladies. Il n'en admet cependant qu'un petit nombre de spéciales.
Pour la classification des indications, des médicaments (évacuants, altérants), l'auteur se rapproche de Galieu; mais ses principes reparaissent dans les explications. Notre auteur mêle un peu de mécanisme à ses idées chimiques, par exemple à l'occasion des obstructions.
Sylvius avait une clientèle considérable, et sa réputation de praticien heureux devait être justifiée par ses succès. Nous devons supposer qu'au lit des malades il modifiait son système, se laissait guider surtout par l'expérience, et obéissait à ce précepte : « Combien de choses spécieuses et vraisemblables en théorie, sont ' reconnues vaines et fautives dans la pratique » {Praxis mecL, 1. IIl, c. vu, § 15). Il dit souvent qu'on doit soigneusement éviter tout ce qui peut nuire au malade, et n'employer que les médications dont une expérience longue et attentive a démontré l'utilité.
La chimiatrie se répandit rapidement dans certains pays, spécialement en Angleterre et en Allemagne ; elle fut moins bien accueillie en France et en Italie , Elle finit cependant par avoir partout de nombreux prosélytes. Elle s'accordait sur bien des points avec l'humorisme antique, paraissait donner des bases rationnelles à la pathologie, simplifiait la thérapeutique.
12i MÉDECINE (histoire de la).
S'* Célèbre anatomiste, praticien très-estim(.', Tliomas Willis (1622 à IGT'i) imagina un système chimiatriqne qui diffère, sous bien des rapports, de celui de ISylvius. Tous les corps sont composés de cinq éléments, les esprits, l'eau, le soufre, le sel, la terre; c'est à leurs combinaisons que sont dues leur constitution et leurs qualités. Les esprits, substances étbérées, émanent du souffle divin, et sont la source du mouvement et de la vie. Celle-ci se produit et s'entretient parla fermentation, c'est-à-dire par un mouvement intestin qui est l'agent d'une série de transformations: L'esprit préside à la formation de l'embryon; celle-ci commence par le cœur; de là l'esprit s'élance, se mêle au sang, façonne le système circulatoire autour duquel les organes se constituent et se développent successi- \ement. Cet esprit, véritable principe vital, est sécrété dans le cerveau. Toutes les l'onctions plastiques (digestion, respiration, sécrétion, nutrition) sont des fermentations ; partout se rencontrent des ferments sj:iéciaux. Les esprits circulent avec le sang, pénètrent dans les nerfs ; ce sont les grands moteurs, les instruments de la sensibilité; mais la fermentation se mêle à toutes ces opérations. Ces esprits, pour Sylvius comme pour Willis, jouent le rôle du système nerveux; ils ressemblent ainsi à l'archée, en partie spirituels, en partie matériels. Dans la chimiatrie, comme dans l'iatro-mécanisme, on retrouve un reste de vitalisme défiguré; il servait à expliquer des phénomènes qui éclia[)paient à tout autre genre d'interprétation. La sécrétion des esprits se rapproche de la distillation; le cerveau, ses nerfs, sa boîte osseuse, ses enveloppes peuvent se comparera une éponge avec des tuyaux, un chapiteau ; l'ensemble est une sorte d'alambic.
A cette physiologie chimique se rattache une pathologie de la même nature. Les maladies dérivent de fermentations anormales ou mal conduites ; elles résident particulièrement dans les esprits et dans le sang, oîi pénètrent des ferments nuisibles provenant ou du dehors (air vicié, miasmes, aliments ou boissons altérés, etc.), ou du dedans (chyle et lymphe mal élaborés, bile, sécrétions diverses, etc.). La fermentation donne en effet naissance aux lésions humorales les plus diverses, altère toutes lesquahtés, amène des ébuUitions, des effervescences, des acidités, des âcretés; le sang peut devenir plus ténu, plus épais (coagulations, obstructions); il peut se dissoudre, offrir une dissociation dans ses éléments (hydropisies, affections putrides, scorbut). Avec de pareilles richesses, on donnait une explication de tous les phénomènes morbides aigus ou chroniques, qui pouvait satisfaire quand on ne se livrait point à un sérieux examen. L'hypothèse se montrant, suivant les besoins, sous les aspects les plus opposés, rendait compte des symptômes, des lésions matérielles. Les maladies cérébrales, les névroses, les aliénations mentales, avaient leur source dans les lésions des esprits excités, abattus, pervertis, se livrant à des mouvements impétueux, ou dont la constitution intime était altérée. Les humeurs sont le point de départ des états morbides, qui s'étendent consécutivement aux solides.
Surveiller les fermentations, de luanière qu'elles s'accomplissent avec régularité, écarter, expulser, neutraliser les substances qui produisent des fermeiilations vicieuses, tel est l'art du thérapeutiste ; il ressemble à celui du sommelier lorsqu'il surveille et dirige la fermentation du vin. Les médications modifient dans tous leurs modes les esprits et les liquides ; apaisent, excitent, modèrent les mouvements, changent l'état des parties en exerçant leur influence sur les fonctions nutritives. Les principales médications sont jugées à l'aide de ces principes. Les cordiaux rendent de grands services en purifiant les esprits, diminuant la volatilité du sang, augmentant le soufre, aliment de la flamme vitale; la saignée est
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utile dans la plupart des maladies, en tempérant les fermentations anormales.
Willis était regardé à Londres comme un médecin très-habile. S'il en fut ainsi, on doit en induire qu'à l'exemple de Sylvius et d'autres illustres systématiques, il s'écartait de ses théories dans les applications pratiques et consultait l'observation.
On s'est demandé s'ils pouvaient avoir une thérapeutique raisonnable. Ce résultat est possible. Ils avaient la ressource de leurs esprits vitaux et animaux, et pouvaient, par des subtilités, accommoder les- laits réels à des thcoiies vicieuses. Ainsi Willis saignait ou employait les stimulants, prescrivait les débilitants ou les toniques, selon qu'il reconnaissait de l'excitation ou de la faiblesse. Mais se tenait-il dans une juste limite, surtout dans la prescription de ses acides et de ses alcalis? Oubliait-il constamment son système au lit du malade? Dans cette lutte du praticien et du tlieoricien le premier n'est-il pas exposé à succomber? Nous pourrions signaler dans Willis plusieurs bonnes remarques chniques.
Art. m. latro-mécanisme . Les progrès rapides des sciences physiques cultivées avec ardeur au dix-septième siècle, les exemples donnés par Gahlée, Newton, Descartes, portèrent les médecins à chercher dans les lois de la mécanique l'explication des phénomènes des corps vivants ; ou conçut l'espérance de les soumettre à des recherches expérimentales rigoureuses, plus simples que les explorations chimiques; de leur appliquer même les formules du calcul. La découverte de la circulation par Harvey, les études précises de Sanctorius relativement à la transpiration, avaient préparé cette direction, suivie déjà dans l'antiquité par Erasistrate et les méthodistes. Borelli est considéré comme le créateur de l'iatro-mécanisme, parce qu'il en a fait, avec le concours de ses élèves immédiats, un système complet lié dans toutes ses parties.
1° Borelli (1608 à 1679) consacre la seconde section de son traité de Motii animalhim, à la théorie mécanique des diverses fonctions. La contraction des muscles résulte du gonflement des cellules ou des spongiosités de leurs fibres, qui détermine le rapprochement de leurs extrémités. Ce gonflement est du à l'action réciproque du sang imprégnant les cellules, et des sucs ou esprits nerveux qui descendent du cerveau en suivant le ti'ajet des nerfs, soit spontanément, soit sous l'empire de la volonté. Ces esprits intelligents très-habilement instruits, finissent, après quelques tâtonnements, par suivre sans hésiter la route qui leur est assignée. A l'instant où. ils sont en contact avec le sang, il se fait une explosion et la contraction s'effectue. Cette explosion est comparée au bouillonnement de la chaux vive sur laquelle on projette de l'eau, à l'effervescence des acides mis en contact avec des alcalis. Remarquons que notre auteur obtient un effet mécanique au moyen d'une action chimique ; le mouvement est provoqué par un agent matériel doué d'intelligence, ou du moins de discernement instinctif. La respiration rend aux globules sanguins leur forme normale et diminue la fougue des esprits vitaux, comme les oscillations du balancier, dans une horloge, règlent les m.ouvement de tons les rouages. La digestion est une trituration aidée quelquefois par un ferment. Pour la nutrition, une molécule vieillie disparaît par évaporation et laisse un vide. Une molécule nouvelle la remplace ; la forme de la vacuole détermine la nature de cette molécule. Un globule musculaire, nerveux, osseux pourra seul remplir une vacuole de tissu correspondant, et c'est ainsi que la nutrition rend à chaque partie une substance semblable à celle qu'elle a perdue. Les sécrétions s'expliquent par l'adaptation du liquide sécrété au calibre du conduit sécréteur. On sepasse ainsi des ferments spéciaux choisissant avec discer-
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nemeiit les éléments nécessaires à la nutrition et aux sécrétions. Le sang reconstitue les organes, le suc nerveux entretient leur vitalité. Un grand nombre des maladies dépendent de l'âcreté du suc nerveux, suite de l'irritation ou de l'obstruction des radicules nerveuses, dans les parenchymes, les glandes, surtout les ganglions méscntériques ; la fièvre se manifeste lorsque ce suc acre ou en fermentation stagne dans les cellules du tissu du cœur. 11 déduit cette pathogénie des examens nécroscopiques qui lui montrent ces engorgements. Quand le sang, lancé avec force parle mouvement fébrile, a entraîné les matières visqileuses oucorrosives d'oiî proviennent les obstructions, la fièvre décroît et cesse ; une nouvelle accumulalion de ces viscosités provoque un nouvel accès ; tel est le mécanisme des fièvres intermittentes.
La guérison réclame l'élimination entière du ferment pyrétique par un émonctoire (sueurs, urines, etc.). L'indication principale, quand du pensera devoir agir, est de détruire l'obstruction et de tempérer l'âcreté dn ferment fébrigène par un sel d'une nature opposée. La thérapeutique de Borelli est peu active.
2° Bellini (1645 à 1704), développe les idées de Borelli , son maître, en les modifiant et alliant aussi la chimiatrie à l'iatro-mécanisme. L'auteur s'occupe beaucoup de la circulation, des sécrétions, du mouvement musculaire, de la raréfaction du fluide nerveux, de la saignée, etc. Les conditions mécaniques (flexuosités vasculaires, décroissement des calibres) et chimiques (ferments spéciaux, action de l'air) concourent dans l'acte sécréteur. Les fièvres et l'inflammation dérivent de la stagnation du sang dans les capillaires ; les altérations de ce fluide sont la conséquence de l'irrégularité de ses mouvements {voy. ses traités sur le mouveraeni du cœur, sur les reins, les urines, les fièvres, les maladies de la tête et de la poitrine, la saignée, l'anatomie et la physiologie dn goût, etc.).
L'iatro-mécanisme eut d'illustres représentants en Italie (Baglivi, Ramazzini, Lancisi, Michelotti, Guglielmini) ; en Angleterre (Cole, Pitcairn, Keilb, Mead) ; en Allemagne (Hoffmann, les Bernouilli) ; en Hollande (Boërhaave). Pour expliquer les phénomènes dont les organismes vivants sont le théâtre, on invoquait l'intervention de toutes les forces physiques (élasticités, frottements, attractions), des actions chimiques intimes (effervescences, volatilisations, vaporisations, cristallisations, coagulations), car, malgré leurs antagonismes, les partisans de la chimiatrie et de l'iatro-mécanisme se faisaient des emprunts mutuels ; on s'appuyait sur des expériences, des analyses, l'examen microscopique, les nécropsies, etc., on expliquait tout par les mouvements, et l'on ne s'ajiercevait point que les fondements de la théorie reposaient sur des hypothèses en contradiction avec les faits et qui ne pouvaient s'accorder entre elles.
Il fallait d'abord découvrir le moteur principal, voir ensuite comment on pouvait le concevoir, de manière à l'adapter à ses fonctions dans l'état physiologique et pathologique. Ce moteur était l'esprit, le fluide nerveux extrait du sang dans la sécrétion cérébrale. Ce fluide matériel, susceptible de s'altérer, de s'acidifier, avait des facultés psychologiques ; on aUiait ainsi un vitalisme psychologique avec des notions physico-chimiques ; mais avec des principes aussi étranges, comment comprendre les actes sensitifs, les mouvements volontaires et spontanés, tout ce qui concerne la vie plastique et spécialement l'évolution de l'embryon. Sur ce dernier point, les systèmes physico-chimiques rencontraient des difficultés insurmontables. Dans la formation du poulet par l'épigenèse, telle que l'avaient établie les recherches embryologiques, le fluide nerveux ne pouvait se constituer, puisqu'il n'y avait ni sang, ni cerveau; il fallait donc admettre sa préexistence et
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lui confier la création de l'organisme et de ses instruments, à moins de n'accepter résolument, ainsi qu'on le fit, la théorie de révolution. On sentit la nécessité de sortir du cercle étroit dans lequel on s'était enfermé, de remonter jusqu'aux facultés vitales inhérentes à l'organisme. Ce double progrès s'accomplit à la suite de grands efforts, de luttes vives et prolongées dans lesquelles se consuma une partie de l'activité des dix-septième et dix-huitième siècles. Heureusement, pendant ce temps, les sciences accessoires et la philosophie des sciences continuaient leur marche ascendante ; plusieurs points de physiologie étaient éclairés par l'observation directe ; des cliniciens, échappant dans des limites plus ou moins larges à l'influence des systèmes, rassemblaient et conservaient, en les puisant à de bonnes sources, des matériaux qui devaient servir à reconstituer la médecine pratique.
5" Baglivî (George, 1668 à 1706), professeur de médecine théorique, d'anatomie et de chirurgie au collège de Sapience, à Rome, obtint une grande réputation par son enseignement, ses ouvrages, ses succès comme clinicieu, fut un excellent observateur, un expérimentateur habile, et nous a légué des ouvrages dans lesquels le génie pratique nous met en garde contre les écarts de la théorie.
Le premier soin de Baglivi consiste à trouver la route qui doit, en médecine, permettre de découvrir et de combattre les erreurs, d'arriver à la vérité. Cette route existe et assure tous les progrès ; il faut la chercher dans l'expérimentalisme dont Hippocrate nous a laissé de si beaux modèles. « J'ai exploré toutes les voies ; le n'en ai trouvé qu'une qui puisse mener à une méthode sûre en thérapeutique, c'est la doctrine de Cos, que j'ai pu regarder, en la vérifiant auprès des malades, comme étant en quelque sorte le produit d'un oracle. Celui qui aura retenu ses préceptes, en aura saisi l'enchaînement, saura les appliquer, se trompera rarement ; il faut néanmoins ne pas se livrer à un enthousiasme exclusif, tenir compte de tout ce qui a été fait depuis, des découvertes importantes des modernes, car la médecine est la fille du temps et s'appuie sur les observations recueillies à travers les siècles, sunt duo medicince cardines, observatio et ratio. » Baglivi critique l'empirisme aveugle et célèbre l'empirisme raisonné. Les obstacles qu'a rencontrés la méthode d'observation peuvent être rangés dans six catégories : le mépris des anciens; les préjugés auxquels on sacrifie tout comme à des idoles ; les fausses comparaisons; les inductions et les analogies forcées; les lectures faites sans choix et mal digérées ; une interprétation vicieuse des doctrines ; la masse des systèmes; la désuétude du langage aphoristique. Chacune de ces propositions est l'objet d'un chapitre spécial ; l'auteur s'élève à des considérations du plus haut intérêt. Baglivi trace les règles de l'art d'observer et d'expérimenter ; le médecin doit avoir le courage de penser par lui-même, afin d'opposer une digue aux témérités des systématiques.
Une cause qui a exercé une influence fâcheuse sur la médecine dans tous les temps, et surtout à son époque, c'est la prédominance de l'humorisme qui doit être renfermé dans de justes limites. « Ayant à peine trouvé chez les anciens et les modernes quelque chose de relatif aux solides, mais seulement beaucoup de rêveries par rapport aux fluides, lorsqu'il s'agit des causes morhifiques, j'ai résolu d'étudier moi-même l'usage, la force, la puissance des solides, dans l'état physiologique et j.athologique par des expériences sur la fibre motrice chez les animaux vivants et surtout par l'observation constante des symptômes morbides, et des lésions révélées par la nécropsie. De nombreuses recherches m'ont démontré que,
dans la production des maladies, l'action des solides est la plus considérable, et que beaucoup de médecins ont montré une grande négligence en laissant de côté un sujet aussi grave au lieu d'y porter une suffisante attention. » Baglivi devient ainsi le rénovateur du solidisme.
Il Y a deux ordres de fibres primitives élémentaires : i" h fibie charnue ayant son origine dans le cœur, constituant les muscles, les tendons, les ligaments, les os ; 2" la fibre membraneuse provenant de la dure-mère, formant les membranes, les vaisseaux, les glandes. 11 existe deux centres d'impulsion, le cœur et les méniu'^es encéphaliques. Le premier distribue le sang à tous les organes et transmet par continuité ses oscillations qui se répandent dans toutes les fibres charnues : les méninges remplissent le même rôle par rapport aux fibres membraneuses. Elles ont, comme le cœur, un double mouvement de systole et de diastole indépendamment de l'impulsion communiquée par les battements artériels et la respiration, on peut y reconnaître une contractilité pro])re dérivant de leur structure. En se contractant, les méninges compriment le cerveau, lancent dans tous les sens le fluide nerveux, impriment des oscillations qui retentissent jusqu'au cœur. En vertu des ondulations des fluides nerveux et sanguin , des motitations des fibres se connuuniqnant les unes avec les autres, par leurs intimes rapports, l'on voit s'établir des mouvements partant du centre à la circonférence, revenant de la périphérie au centre, unissant le cœur à l'encéphale, ceux-ci avec les divers organes ; de là les sympathies avec leurs modes variés, et cette sympathie, cette harmonie universelle célébrée par l'école de Cos. Le fait le plus saillant dans cette hypothèse, c'est d'avoir donné le premier rang au système nerveux, qui n'agit plus simplement par un fluide ; d'avoir reconnu dans la fibre vivante des forces propres qui lui sont inhérentes, la sensibilité et la contractilité. Elles se mettent en jeu par des stimulations, par l'action de l'ànie, par des titillations mécaniques, par des fluides intérieurs. « Pour que les ordres de l'àme arrivent aux parties, le fluide nerveux et les méninges reçoivent les impressions de la direction déterminée par l'àme et les transmettent aux parties par le mouvement systolique. Pour que les impressions faites par les objets extérieurs dans les sens externes soient perçues par l'âme, il faut que des sens elles arrivent au cerveau par le fluide nerveux, et, aussi, par les méninges qui se prolongent dans les parties sensibles. » Bellini avait déjcà parlé des stimuU; Baglivi montre qu'ils excitent la sensibilité et la motilité, renouvelle les principes de Glisson, tout en commettant des erreurs d'anatomie et de physiologie, pré[iare le dynamisme organique. Notre auteur, chez lequel l'iatro-mécanisme et le dynamisme dominent, est aussi animiste et humoriste (voy. Prax. medic, 1. 1, c. siv; Des moyens de guérir les maladies de lame et de faire leur histoire). « Un grand nombre de maladies dérivent d'une modification dans l'arrangement des parties élémentaires qui constituent les humeurs ; cette modification peut dépendre de l'action réciproque des solides et des fluides. Or, dans ces cas, queUe que soit la nature des médicaments, chauds ou froids, acides ou alcalins, doués de vertus contraires ou semblables, administrés à l'intérieur ou à l'extérieur, ils sont propres à guérir, pourvu qu'ils rendent leur ton primitif aux solides et aux liquides... les altérations sont de nature variée : les tumeurs peuvent dépendre d'un vice de la crase des fluides troublée par des particules épaisses, visqueuses, acides, acres, aiguës, salines. Les fièvres qui régnent h. Bome pendant l'été dépendent sans doute d'une activité alcaline, car des boissons acidulées les aiTêtcnt souvent dès le début. » Baglivi se préoccupe avant tout de la réforme à introduire en médecine par
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l'application de l'induction progressive. « Cette méthode a puissamment contribué aux progrès de l'astronomie, des sciences physiques, et a donné les plus beaux résultats dans les mains de nos grands maîtres, depuis Hippoorate jusqu'à Sydenham. Chez les modernes, Bacon en a été le rénovateur. Avec elle, on pBut construire des théories solides qui deviennent des guides utiles; il faut pour cela que cette théorie sorte des entrailles mêmes des choses, et ne soit qu'une déduction exacte de l'observation et de la constatation précise des phénomènes de la nature » (voy. Praxis medica, 1. I, c. x, xi, xii ; Des époques de la médecine et de ses progrès ; Des sources de la théorie et de la pratique, méthode pour bien faire une théorie, etc.). Il soumet à sa critique les systèmes erronés sur l'essence et la pathogénie des fièvres.
Le Praxis medica n'est point un traité complet de médecine pratique, c'est l'exposé de tous les moyens à l'aide desquels on peut éclairer, par sa méthode, les points même les plus délicats, appuyé sur un nombre considérable d'exemples. On y trouve d'excellents préceptes sur l'art de tracer l'histoire première (l'histoire naturelle) des maladies, leur histoire secondaire (ce qui est relatil' à la thérapeutique). Il passe en revue les causes pathogéniques, leur mode d'action, l'évolution morbide, la marche, la durée, les terminaisons, les lésions cadavériques. Il examine avec un soin particuher, au point de vue du diagnostic et du pronostic, les principaux symptômes (le pouls, la respiration, la toux, l'inappétence, la soif, le délire, le frisson, les urines, la sueur, les tumeurs, les parotides, les crises et les jours critiques, etc.), décrit des maladies de genres très- variés (les fièvres en général, les fièvres malignes, les fièvres éruptives, les affections de la tète, des poumons, du foie, des reins, la colique, l'asthme, la syphilis, les calculs et la goutte, etc.). Partout des faits intéressants se mêlent aux descriptions; de celles-ci découlent des considérations générales, des lois aphoristiques. Au-dessus des théories qui s'effacent, apparaît le clinicien {voy. indépendamment du hv. I, du Praxis, le liv. II, sur la goutte, les signes diagnostiques et leurs sources. Résumé des lacunes en médecine, la création des académies médicales, etc.).
BagUvi comprend l'importance des indications; il leur consacre le ch. x du Praxis medica, 1. II, et y revient fréquemment; c'est là, par-dessus tout, que l'expérience occupe le premier rang ; « c'est là ce qui réclame aujourd'hui la réforme la plus radicale ; fondées sur de trompeuses hypothèses, elles ue sont plus que la vaine image des théories les plus vaines. Il n'est pas rare d'arranger dans son cabinet des idées qui semblent très-raisonnables et certahies. Essayez de les appliquer, vous en verrez l'impossibiUté, l'absurdité. Ilya des choses, surtout des remèdes, qui paraissent déraisonnables, parce qpie vos théories ne les expliquent pas; soumettez-les à la pratique, vous y trouverez des moyens surs et utiles... Je me tiens aux hypothèses tant qu'elles suivent la nature ; je les laisse, pour peu qu'elles s'en écartent, et c'est la nature que je suis... Invoquons le témoignage des sens, étudions la marche de la nature dans la production des maladies, la coction et la séparation des humeurs peccantes ; considérons les moyens Utiles et nuisibles... La raison doit se mettre au service de l'empirisme studieux, imprégné d'observation... Dans les diverses épidémies, les médications qui réussissent sont souvent très-différentes ; c'est l'observation qui nous les fait connaître, etc. ))
En thérapeutique, Baglivi revient au naturisme, à l'empirisme rationnel, tels que les concevait l'école de Cos, et modifie les conséquences du solidisme qui le DICT. EKC. 2 s. VI. 9
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conduisait au dichotomisme des méthodistes. Si les maladies dépendent seulement du relàcliement ou de la tension des fibres, de l'augmentation ou de la diminution du ton, il n'y a que deux indications, accroître le ton ou diminuer son énergie ; c'est dans cet espace étroit que doivent se maintenir toutes les indications ; c'est par l'un ou par l'autre de ces modes que toutes les médications doivent être expliquées. Baglivi franchit ces barrières et triomphe des obstacles ([u'auraient fait naître des théories exclusives : tenant grand compte de son solidismc, il se met en présence de tous les modes médicateurs, les juge au contact de l'expérience, et donne des préceptes véritablement pra'iques sur les évacuations sanguines, les purgatifs, les vésicatoires, les dérivatifs et les révulsifs, les diaphorétiques, les toniques, les spécifiques (quinquina, mercure, etc.), l'hygiène appliquée à la pathologie. C'est ainsi qu'il combat, dans le traitement des maladies aiguës et chroniques, les erreurs de diverses sectes et met en relief, sous une forme aphoristique, bien des vérités empruntées à une longue tradition confirmées par ses observations. « Une des grandes lacunes à combler dans la science, c'est l'histoire clinique des médicaments. »
Baglivi a signalé les desiderata de la science, les réformes qu'elle réclamait, les moyens de les obtenir, une mort prématurée ne lui a point permis de compléter son œuvre, et cependant ses écrits et son exemple ont exercé une influence considérable sur le dix-huitième siècle. 1° Il a fait sentir tous les avantages de l'observation, ranimé le culte de l'hippocratisme et des traditions cliniques étendus et perfectionnés dans le cours des siècles; 2° il a combattu, dans leurs exagérations, l'humorisme des galénistes et des écoles chiniia triques; 3° il a préparé les voies du dynamisme moderne ; i° tout en montrant les liens intimes de la pathologie et de la physiologie, il aperçoit les limites qui les séparent. Tant que la théorie seule sert de guide, l'on est porté à croire que l'état morbide n'est qu'une augmentation ou une diminution de l'état hygide ; mais dès que l'on se trouve auprès des malades, l'on reconnaît que les maladies présentent une foule de spécialisations qui les distinguent et sollicitent toute l'attention du médecin.
Ramazzini (1683-1714), professeur à Padoue, est surtout connu pai- ses relations d'épidémies (antérieures à celles de Baglivi), son traité des maladies des artisans, ses commentaires sur le traité de Cornaro de Vitâ sobriÂ, des discours sur la théorie et la pratique de la médecine. Il s'efforce, mais en vain, par une sorte d'éclectisme, de concilier la chimiatrie, l'iatro-mathématisme, avec l'expérience et les traditions hippocratiques. Néanmoins il comprend souvent le vide des hypothèses et consacre son neuvième discours au développement de cette proposition : Theoricœ medicince nulhim jus esse siiprâ practicam. Ses habitudes cliniques lui ont permis de lutter avec avantage contre les influences du milieu dans lequel il a vécu, de rester un excellent observateur, de saisir les caractères et les indications fondamentales des maladies qu'il décrit. Les discussions qui s'élevèrent entre lui et Torti à l'occasion du quinquina, de abusu kince, démontrèrent que Ramazzini n'avait pas compris l'action de l'écorce du Pérou ; la question fut éclairée et son antagoniste conserva la plupart de ses avantages.
Les principaux représentants de l'iatro-mécanisme sont Hoffmann et Boërhaave; ils forment, avec Stahl, un triumvirat qui a dominé la première moitié du dixhuitième siècle.
Hoffmann (Frédéric, 1660-1742) fut premjer médecin de Frédéric, roi de Prusse : comblé de titres et de faveurs, professeur à Halle, condisciple, collègue, rival du londateur de l'animisme, il conquit la plus haute réputatiou
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par son enseignement demi-séculaire, ses succès dans la pratique, ses ouvrages si nombreux et si variés qui prouvent son ardeur pour le travail, sa fécondité, l'étendue de ses connaissances. Il veut établir entre la physiologie, la pathologie, la thérapeutique, des rapports assez précis pour que l'on puisse passer d'une manière continue des unes aux autres. Son exemple met à découvert les dangers de cette méthode y qui force les analogies et nous conduit à emprunter à la physiologie non-seulement ses dogmes positifs, mais aussi de séduisantes hypothèses. « Je donne pour base à mes raisonnements, sur toute la théorie et la pratique de la médecine, la définition de la vie. Celle-ci consiste dans un mouvement de circulation du sang et des autres humeurs, produit par la systole et la diastole du cœur ou des artères, ou plutôt de tous les vaisseaux, de toutes les fibres ; entretenu par l'abord du sang et des esprits, et qui, au moyen des sécrétions et des excrétions, préserve le corps de toute corruption, entretient les lonctions de toutes les parties. La circulation est un mouvement vital qui préserve le sang de la putréfaction à laquelle il est particulièrement sujet. C'est d'elle que dépendent la chaleur, les forces, l'agilité, la fermeté, la ton des fibres, les inclinations, les mœurs, les qualités de l'esprit et même la sagesse et la folie. »
« Les causes de cette circulation sont la contraction et la dilatation des solides, qui tient elle-même au sang composé de parties solides et humides, d'une matière sulfureuse susceptible d'un mouvement très-vif, d'air, et de la matière éthérée sécrétée dans le cerveau. »
La circulation sanguine est un moteur important, et se rattache à la stimulation des éléments subtils contenus dans le sang ; à cette stimulation se joint un mode mécanique, car le fluide sanguin distend le cœur qui revient sur lui-même comme un ressort, de manière que s'il meut le cœur il est également mû par lui. Le mécanisme se place à côté du dynamisme.
Au-dessus des contractions du cœur se trouve l'action prépondérante du système nerveux ; elle est double et constituée par les oscillations de la dure-mère encéphalo-rachidienne et par l'émission de l'esprit, du fluide nerveux. Nous rentrons dans la théorie de Baglivi, seulement le fluide nerveux semble y jouer un rôle prépondérant.
Or qu'est-ce que ce fluide? C'est l'àme sensitive, matérielle; c'est l'éther répandu dans la nature entière, qui, dans les végétaux, produit la germination, les mouvements des humeurs, les sécrétions. Chez les animaux, ce fluide très-volatil, très-actif, aspiré avec l'air, contenu dans le sang, est sécrété abondamment par le cerveau et doit être considéré comme la cause principale de leurs actions. Chacune des particules de cette âme sensitive, de cet éther, a une idée instinctive du corps qu'elle anime, de son mécanisme, de son organisme ; elle les dispose dans l'évolution fœtale de manière à atteindre le but auquel il est destiné, et règle par la suite ses mouvements ; elle est le fondement des passions et des instincts ; l'instrument de l'âme spirituelle, l'intermédiaire entre elle et le corps. Notre auteur a emprunté à Leibnitz les forces inhérentes à la matière, et a donné à l'éther comme aux monades la faculté d'avoir des idées. Ceci rappelle le feu intelligent des stoïciens. Nous avons donc là un système mécanique, dynamique, psychologique [voij. surtout De différent, organ. et mecan,).
Notre auteur, qui invoque si souvent ce mécanisme^ en vertu duquel tout con* court vers un même but, reconnaît cependant l'existence d'un élément spécial dont la puissance est répandue partout; les lois qui le régissent sont fixes, invariables, mais elles ne sont point découvertes, parce qu'elles appartiennent à ua
mécanisme supérieur qui n'est point encore connu (op. V, p. 123). Voilà bien des réserves qui pourront servir dans l'occasion. De plus, notre auteur, antagoniste de la chimiaLrie, admet des ferments, des fermentations, des altérations humorales, des âcretés. Nous n'entrerons point dans les détails de sa physiologie, presque exclusivement mécanique.
« La pathologie décrit méthodiquement, c'est-à-dire dans leur ordre et leur liaison, l'origine des maladies, leurs causes, leurs progrès, leur marche, leur issue, leur caractère spécial, les raisons de leurs phénomènes et de leurs symptômes. Elle doit fournir des histoires complètes de ces maladies, de la nature et des lois des mouvements morbides, et en faire des applications à la pratique. Les nécropsies, dans les cas malheureux, sont un complément indispensable pour répandre un jour nouveau sur le diagnostic, » etc. Afin de remplir cette tâche, Hoffmann a pubhé un nombre prodigieux de traites spéciaux embrassant toutes les questions relatives à l'hygiène, à la pathologie, à la thérapeutique générale et spéciale, à la matière médicale, à la pharmacologie. Sa médecine rationnelle en offre le résumé, sans les représenter en entier. Ses écrits se distinguent par une érudition vaste et bien choisie, par l'exposition et la critique savante des principales opinions émises sur chaque sujet, par des faits particuliers sur les maladies épidémiques, sporadiques, endémiques, etc., qu'il a observées, par des expériences physiques, chimiques, physiologiques auxquelles il s'est hvré. Hoffmann reconnaît des variabilités infinies dans l'action des modificateurs hygiéniques et patbogéniques, dans les symptômes, l'évolution morbide tout entière, les lésions anatomiques. Ces variations se rapportent à trois sources, le malade (âge, sexe, etc.), le milieu où il vit, le modificateur ; chacun de ces éléments est très-complexe. Les symptômes, ou plutôt l'ensemble de la maladie, dépendent du modificateur et de la réaction de l'organisme, qui n'est pas simplement physiologique, mais qui peut dériver du mode pathologique lui-même. L'auteur avait d'abord une confiance absolue dans ses théories mécaniques mêlées de chimie, dans ses théories physiologiques; cette confiance est ébranlée. Les organismes vivants obéissent à une mécanique, à une chimie supérieures dont les lois restent à découvrir ; ils ont un moteur spécial qui enchaîne toutes les parties ; l'homme a un principe plus élevé. Les théories physico-chimiques, et même physiologiques doivent donc être limitées. L'auteur arrive à des conclusions analogues à celles de Baglivi : « Le caractère d'une bonne théorie médicale, c'est de s'adapter aux faits, d'expliquer dans leur entier les évolutions morbides, de fournir à la pratique les données nécessaires pour atteindre le but qu'elle doit se proposer. »
Hoffmann trouve d'importants enseignements dans les effets des passions, ceux des poisons, l'influence de l'àme sur le corps. L'air n'agit pas seulement par ses qualités physiques, il peut contenir aussi des substances délétères (air marécageux produisant des fièvres intermittentes ; air des mines, air chargé d'acide carbonique).
Si le professeur de Halle se fût borné au solidisme, doctrine qu'il regarde comme étant généralement la meilleure, et qu'il fait remonter à Hippocrate, en suivant l'exemple de Baghvi, il aurait reproduit, eu l'étendant, la dichotomie des méthodistes; elle domine en effet dans ses écrits, mais il y ajoute d'autres éléments.
Un très-grand nombre de maladies dépendent de lésions dans les mouvements des solides; ils sont trop forts ou trop faibles. Dans le premier cas, on a des spasmes, dans le second des atomes. Les spasmes prennent le nom de douleurs quand
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ils atteignent le système sensitif. Les spasmes sont 1° généraux; là se rangent les fièvres, les phlogoses, les fluxions, les écoulements (hémorrhagies, catarrhes, les flux intestinaux, les diarrhées), etc.; 2» partiels (céphalalgies, gastralgies, flatulences, jaunisse, mélancolie) ; 3° convulsifs (épilepsie, vomissements, palpitations, asthmes).
Le spasme existe plus fréquemment dans les affections aiguës, particuhèrement dès leur début ; l'atonie appartient plus spécialement aux maladies chroniques. La veine porte et surtout le duodénum en sont souvent le siège. Les deux modes s'associent; il n'est pas rare que le spasme donne naissance à l'atonie.
Les altérations des humeurs sont habituellement consécutives aux lésions des sohdes ; les affections de l'âme, les poisons, les miasmes agissent d'abord sur le système nerveux. Puisque les fonctions plastiques s'exécutent, comme toutes les autres, à l'aide des mouvements, il suffit qu'ils soient changés pour que les sécrétions le soient immédiatement, qu'elles deviennent acides, salines, que les excrétions se suppriment, que les fluides retenus subissent dans leur mélange, leur composition, des modifications variées. Les humeurs ainsi altérées agissent sur les solides ; une sérosité acre et corrosive provoque le spasme dysentérique. Des modifications dans le sang et le fluide nerveux peuvent se montrer primitivement. La chimiatrie vient jouer un rôle dans le système mécanico-dynamique d'Hoffmann.
Le naturisme reçoit un tribut à son tour, quoique bien plus limité que celui de l'École de Cos. La nature peut suffire pour guérir. Ce n'est point un être surajouté, procédant avec réflexion, marchant vers un but nettement déterminé; c'est l'ensemble des mouvements organiques; ils rétablissent l'équilibre, dissipant les spasmes, amenant des coctions et des crises, quoique les évacuations critiques fassent défaut bien souvent. Ne comptons pas trop sur la nature, dont les ell'orts sont fréquemment mal dirigés ou insuffisants ; alors le médecin doit intervenir, non point en multipliant les remèdes, en surchargeant les formules, mais en les prescrivant à propos.
Tout ce qui concerne l'histoire naturelle de la maladie en général, des maladies en particulier, est présenté par Hoffmann avec de longs détails et repose habituellement sur l'observation. On peut s'en assurer spécialement en remontant jusqu'à ses traités particuliers. Ce qu'il y a de vicieux, ce sont ses explications, ses interprétations, ses théories, ses classifications, sa nosographie, dans laquelle quelques groupes de symptômes sont transformés en espèces morbides. La séméiotique laisse à désirer relativement à la sphygmologie, à l'examen du sang, des urines, des humeurs. En concentrant ses ouvrages, en les débarrassant de ses hypothèses, d'explications jetées dans un moule trop uniforme, on trouverait quelques bons prolégomènes de médecine, d'utiles documents sur son histoire, une hygiène et une pathologie qui ne manqueraient pas de valeur, eu égard à l'époque oîi il a écrit.
Sa thérapeutique est en harmonie avec sa pathologie. Toutes les maladies dérivent d'un trouble dans les mouvements augmentés ou diminués, ou de modifications dans la quantité ou la qualité. des humeurs ; les médications doivent diminuer le ton (antiphlogistiques, sédatifs, antispasmodiques), ou l'augmenter (toniques), ou évacuer (évacuants), ou changer la crase des humeurs (altérants). L'action des médicaments n'est point absolue ; elle varie suivant l'état du malade, la manière dont l'organisme accepte le remède, ses rapports avec lui. L'étude des actions médicamenteuses est peu avancée, difficile ; c'est là que l'ob-
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servation clinique occupe le premier rang. L'auteur croit avoir fait faire des progrès à la thérapeutique, à la matière médicale, à la pharmacologie.
Hoffmann a étudié soigneusement la plupart des grandes médications, les principaux remèdes, l'hygiène thérapeutique, et donné des préceptes, en général judicieux, sur les évacuations sanguines, qu'il employait fréquemment, les vésicatoires, les fonticules, les antispasmodiques, etc. Le nitre, le camphre, sa liqueur anodine étaient pour lui des médicaments favoris. L'opium apaise les spasmes, mais amène l'atonie; on doit être circonspect dans son administration, parce qu'il facilite les congestions cérébrales. Il n'existe pas précisément de remèdes spécifiques; on peut réserver ce nom à ceux qui guérissent plus fréquemment et mieux certainos maladies, par exemple, le quinquina dans les fièvres intermittentes et les maladies périodiques; le mercure et les bois sudorifiques dans la syphilis. L'écorce du Pérou est astringente, tonique, balsamique, fortifie le duodénum, point de départ habituel des affections intermittentes. Les diaphorétiques, les laxatifs sont préférables aux sudorifiques et aux cathartiques. Comparant les avantages respectifs de la médecine expectante et agissante, il marche, avec quelques réserves, sur les traces d'Hippocrate. On peut quelquefois arrêter une affection dès le début; mais, dans les maladies aiguës, calmez l'excitation, n'évacuez que lorsque la matière et les voies d'élimination sont convenablement préparées.
L'hydrologie a attiré l'attention d'Hoffmann. Indépendamment de l'emploi fréquent de l'eau commune (de Aquâ universâ medicinâ), il a fait l'analyse de plusieurs sources d'eaux minérales, de divers médicaments ; il a introduit quelques préparations, qu'on prescrit encore aujourd'hui. On lira avec intérêt son traité des médicaments domestiques.
Boerhaave (Hermann, 1668-1738), professeur à Leyde, a laissé une réputation supérieure à celles d'Hoffmann ; les élèves affluaient de tous côtés pour l'entendre, les malades pour le consulter. Ses doctrines sont l'iatro-mécanismeuni en partie à la chimiatrie. Ce caractère se décèle d'abord dans sa physiologie. Les solides du corps humain constituent des cordes, des leviers, des pressoirs, des coins, etc., une série d'appareils mécaniques; les lois hydranhques, hydrostatiques président au cours des fluides.
Les éléments qui concourent dans l'acte digestif sont : i° la trituration de l'aliment, les compressions, les actes mécaniques des tuniques stomacales, les succussions du diaphragme, des muscles abdominaux ; 2° la chaleur produite parles organes environnants (le cœur, le foie, la rate), par les secousses des vaisseaux, et particulièrement de l'aorte; 3" l'action de la salive, du suc gastrique, de l'air intimement mélangé avec les particules alimentaires déjà dissociées ; 4° les esprits. C'est ainsi que les aliments délayés, macérés, gonflés, subissent un commencement de fermentation, de putréfaction, de dissolution qui les disposent à devenir semblables à nos humeurs. La physiologie entière de Boerhaave repose sur des principes du même genre; les erreurs anatomiques n'y manquent pas.
Le fluide nerveux ou les esprits sont les agents des fonctions nerveuses et de leur influence sur l'organisme. « Ces esprits, filtrés à travers la substance corticale du cerveau, du cervelet, de la moelle, sont poussés continuellement dans les nerfs et dans toutes les parties. Cette sécrétion étant constante, refait ce qui se consume ; les esprits qui ont rempli leurs usages pénètrent dans les radicules nerveuses, dans celles des lymphatiques, remontent de proche en proche jusqu'au cœur, qui les lance dans tous les vaisseaux , ainsi s'opère cette circulation ner-
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veuse, aussi certaine que celle de la lymphe et du sang » (voy. înstit. de Boerhaave) .
La théorie des causes pathogéniques est empruntée au mécanisme, « L'air trop chaud dissipe les parties les plus humides des yeux, de la bouche, dessèche les petits vaisseaux de ces organes et des poumons, empêche leur action, emporte les humeurs externes qui sont les plus ténues ; brûle en quelque sorte les internes qui restent: rapproche, condense, dessèche; dissipe les particules aqueuses, spiritueuses, salines, \olatiles; augmente les parties salines fixes, les huiles grossières; donne lieu à Yimméabililë des humeurs, à l'allongement et à l'affaiblissement des fibres, etc., et aux affections qui en résultent. »
Viennent ensuite les effets des mouvements trop lents ou trop rapides des humeurs, de leur ténuité, de leur viscosité ; des humeurs acides âpres, acides fermentées, acides chyleuses, alcalescentes, salines, acres ; la mécanique et la chimiatrie débordent de toute part.
Les maladies proviennent des solides ou des humeurs. Les affections élémentaires des solides sont l'excès de tension ou de relâchement occupant les vaisseaux, les tuniques viscérales ou toutes les autres parties. Les affections humorales dérivent des alcalinités, des acidités, de la surabondance du sang (pléthore) ; d'un trouble circulatoire suscité par l'afflux immodéré des esprits vitaux vers le cœur et par l'excitation du sang veineux chargé de matières nuisibles.
Les obstructions, les inflammations, les stases, les croupissements des humeurs, ont une large place, avec les désordres des esprits nerveux, dans la pathologie de Boerhaave.
L'obstruction est l'obturation d'un canal par une masse en disproportion avec sa cavité, soit parce que celle-ci a subi un resserrement, soit parce que la masse est trop volumineuse ; dès lors le cours du fluide vital est arrêté. Si les globules sanguins stagnent et croupissent dans des artérioles trop petites ou dans les radicules lymphatiques, et supportent le choc de la masse sanguine, l'inflammation survient. La tumeur, la rougeur, la douleur, la chaleur s'expliquent par l'accumulation des globules rouges, la distension des vaisseaux,- les secousses. C'est l'enclavement d'Érasistrate, c'est une erreur de lieu. C'est aussi la théorie d'Hoffmann ; seulement, pour celui-ci, le spasme des vaisseaux a le rôle prédominant. Les terminaisons de l'inflammation, sans excepter la suppuration, sont conçues mécaniquement et chimiquement. La phlogosepeut attaquer tous les tissus, car tous renferment des vaisseaux; son siège, pour chacun d'eux, offre des variétés, car elle occupe tantôt les artérioles, tantôt les lymphatiques. La pneumonie réside dans les ramifications ultimes de l'artèrt; pulmonaire ou des artères bronchiales. La pituite est la cause de la péripneumonie fausse. Les angines ou esquinancies sont aqueuses, inflammatoires, convulsives.
Hoffmann distinguait deux stades dans la fièvre ; spasme de la circonférence au centre, expansion en sens inverse, sueur. Boerhaave y voit un croupissement du sang plus ou moins altéré dans les petits vaisseaux, accompagné d'excitation du cœur dû au désordre des esprits nerveux; de là les variétés des pyrexies. L'étiologie des phlegmasies est très-large; elle embrasse tous les agents physiques et chimiques qui compriment, divisent, resserrent le cahbre des vaisseaux, les acidités, les àcretés, tout ce qui rend le sang plus épais, plus visqueux, ralentit son mouvement. La variole provient d'un miasme contagieux agissant comme un irritant inflammatoire et augmentant la rapidité du mouvement sanguin. Les maladies sont aiguës et fébriles ou chroniques. Pour celles-ci nous retrouvons des
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explications mécaniques ou chimiques (lésions du mouvement des fluides, altérations des humeurs). Notons cependant que le \italisme se glisse dans le traité des maladies nerveuses. Ce point important n'a pas été suffisamment remarqué.
Les Institutions de Boerliaave comprennent, en cinq parties, la physiologie, la pathologie , la séméiotique , l'hygiène , la pathologie. La première forme les deux tiers de l'ouvrage. L'auteur, possédant une vaste érudition, naturaliste, chimiste, clinicien, a puhlié beaucoup d'autres écrits. 11 vise à l'éclectisme; mais la mécanique, d'abord, la chimiatrie après elle, le séduisent et semblent l'absorber tout entier. Néanmoins quand il décrit, qu'il observe, oubliant ses théories, il rentre dan? la tradition, et l'on retrouve le clinicien, le médecin qui rend hommage à l'hippocratisme ; son système se transforme, ses explications se simplifient.
On pourrait croire que Boerhaave a abusé des médicaments : d'après ses théories, il parle souvent d'obstructions à dissiper, d'engorgements à résoudre, d'acidités à émousser, d'âcretés à dulcifier, de viscosités à atténuer, de fibres à relâcher ou à tendre; du reste, ces médications se renferment dans un cadre qui n'est pas nouveau (altérants, évacuants^ sédatifs ou antiphlogistiques, toniques et excitants). Toutefois, sa médecine n'est ni trop active, ni turbulente. Il insiste sur l'hygiène thérapeutique, observe la marche de la nature, et laisse sur les principales médications, même sur les spécifiques, des préceptes généralement sages, parce qu'ils reposent sur un ensemble de bonnes traditions et sur l'expérience pratique. Sous ce rapport, comme sous tous les autres, il se rapproche, sans les égaler, d'Hoffmann et de Baglivi.
La chimiatrie et l'iatromécanisme sont contemporains; celui-ci absorbe rapidement le premier, le combat dans ses écarts, s'enrichit de ses dépouilles en lui faisant encore des emprunts parfois dangereux. L'un et l'autre fixent l'attention sur les actes physiques et chimiques qui se passent dans l'organisme ; mais on n'aperçoit presque rien au delà. La idiysique et surtout la chimie sont peu avancées, et l'on explique tout avec elles. Au lieu de chercher à voir par l'observation directe et l'expérimentation, le mécanisme de ce qui est physique ou chimique dans chacune de nos fonctions, on s'efforce de le deviner : de là des hypothèses étranges, des explications aussi fausses que superficielles ; de là tant d'erreurs théoriques mêlées à quelques demi-vérités. Cependant un travail intérieur s'opère ; nous en verrons bientôt les effets.
Ici se montrent avec évidence les dangers des applications prématurées et trop exclusives des sciences étrangères à notre art; partout, ils sont révélés par l'histoire. La médecine avait emprunté à Bacon, à Descartes, à Leibnitz, non-seulement les méthodes qu'elle connaissait déjà, mais aussi les fausses doctrines médicales renouvelées dans leurs écrits. Elle avait demandé à la physique et à la chimie non-seulement du secours et des appuis, mais les bases mêmes qui devaient lui servir à se constituer.
Elle fut sur le point de devenir leur esclave, de perdre son autonomie, de s'égarer dans des voies où elle n'aurait pas pu se retrouver. Elle sut se relever, reprendre et accroître toutes ses forces, en rentrant dans son domaine, en s'entourant de tous les faits qui lui appartiennent, en les travaillant directement par l'observation et les expérimentations les plus délicates, en recouvrant son indépendance.
Les doctrines d'Hoffmann et de Boerhaave, qui se ressemblaient sous bien des rapports, se répandirent d'abord en Allemagne et en Hollande, et s'étendirent
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ensuite dans les principales contrées de l'Europe; ces succès avaient été préparés par l'iatro-mécanisme de leurs prédécesseurs. Parmi ceux qui les adoptèrent, les uns n'y firent que de légers changements, d'autres les modifièrent en empruntant quelques principes à l'animisme. Le dynamisme organique de Baglivi et d'Hoffmann prit bientôt un caractère nettement déterminé dans l'école de Boerhaave, par les travaux de deux de ses disciples, Gorter et Haller.
Art. m. Animisme ou animo-vitalisme. — Stahl. Stalil (Georges-Ernest, 1660-1754), professeur ci Halle, l'un des plus grands chimistes de son époque, est considéré comme le fondateur de l'animisme, quoique le germe de cette doctrine existât longtemps avant lui. C'est une réaction contre les applications exagérées des sciences physiques ; elle dépasse le but, ainsi que cela arrive dans toutes les réactions. Stalil montre d'abord les différences qui séparent un organisme d'un mécanisme, la matière brute de la matière vivante. Ce qui le frappe par-dessus tout, c'est le consensus, Tharmonie de toutes les fonctions chez les êtres vivants ; elles conspirent et se coordonnent pour un but parfaitement arrêté. S'il y a là sans doute des phénomènes physico-chimiques, il y en a aussi d'un ordre supérieur ; tous sont soumis à des lois régulières que l'observation immédiate peut seule faire découvrir. Il existe un premier moteur, un directeur de ces fonctions ; ce directeur chez l'homme, c'est l'âme; chez les animaux, c'est encore un principe immatériel.
Comment un principe de ce genre peut-il agir sur la matière? Cette action est prouvée parles faits ; les passions modifient tous les actes vitaux; mes membres obéissent à ma volonté. Quel est l'instrument dont l'âme fait usage ? Ce ne sont point les esprits (vitaux, animaux, etc.), le fluide nerveux, êtres matériels subtils, auxquels on accorde la motilité, la sensibilité, jusqu'à l'intelligence ; ce ne sont pas non plus les archées de van Helmont ; c'est la force motrice (motus in abstracto), faculté immatérielle; car la force attractive même est une faculté inhérente à la matière, que la volonté divine lui a accordée. L'âme possède une force motrice propre produisant immédiatement les mouvements les plus intimes, à l'aide desquels s'opèrent toutes les fonctions. 11 rejette ainsi les intermédiaires, les rouages compliqués, objets de tant de spéculations, et combat la théorie de la stimulation qui lui paraît singulière dans l'iatro-mécanisme.
Mais comment l'âme préside-t-elle à des phénomènes plastiques dont elle n'a pas conscience, et que se passe-t-il dans les animaux ? Ici, Stahl distingue dans l'àmc des facultés supérieures, avec conscience et raisonnement {16-/l(tij.u), et des (acuités inférieures, où il y a intuition sourde, instinct, sagesse sans raisonnement ()67«). Il insiste sur cette distinction (sujet d'un traité spécial). C'est par sa force végétative que l'âme préside aux fonctions nutritives ; l'animisme de Stahl devient un animo-vitalisme, ainsi que l'a fait remarquer Grimaud. Dans les termes, notre auteur oublie parfois cette distinction, mais elle reste au fond de sa pensée ^
La puissance motrice de l'àme ou de la force vitale s'appuie sur une motilité inhérente à la matière vivante ; c'est la tonicité qui rappelle l'irritabilité de Glisson. L'àme dirige cette force et règle avec elle les mouTements des solides et des fluides. Telles sont les bases de sa physiologie. En expliquant la circulation, la
1 Stahl, ainsi qu'on peut le montrei' par bien des passages, semblerait flotter entre l'animisme et l'animo-vitalisme : l'âme agirait parfois avec réflexion dans les actes vitaux ; mais le plus souvent les phénomènes sont rapportés à une faculté inférieure qui appartient bien à l'àme, exécute son œuvre avec une sagesse instinctive sans avoir conscience de ce qu'elle fait, ^es attributs sont ceux du principe vital, de l'âme ou plutôt de la faculté végétative des scolastiques.
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nutrition, les sécrétions, Stahl associe la physique, la chimie, le dynamisme organique; la force vitale en connaît les lois et s'en sert pour marcher vers le but qui lui est prescrit.
Dans la maladie, on distingue les effets de l'agent morbifique et la réaction de la force vitale, de l'âme, pour en triompher, efforts qui ne sont pas toujours heureux, parce que l'âme est distraite, n'a plus ses modes normaux, n'exerce guère de pouvoir sur la crase, la composition de l'agrégat matériel, car un des grands buts de la vie, c'est de maintenir dans une bonne disposition les éléments des humeurs toujours disposés à se dissocier, à tomber en putréfaction. Néanmoins Stahl ne met point au premier rang les altérations humorales, comme l'école chimiatrique; elles sont secondaires et consécutives.
Nous ne le suivrons point dans les détails de la pathologie. Les maladies principales sont les fièvres, les hémorrhagies, la pléthore, les congestions actives et passives, spécialement dans la veine porte, venu portanim, porta malorum. Régler la circulation, surveiller les sécrétions et les excrétions, forment un ponit capital dans l'hygiène et la thérapeutique.
Stahl est naturiste ; cependant sa méthode thérapeutique n'est point l'expectatiou seule. 11 combat Gédéou Harvey, et distingue l'expectation active del'expectation passive. Le médecin suit la marche de la nature, l'aide, l'imite, la redresse quand elle est vicieuse. 11 pose les indications de la saignée, qu'il emploie fréquemment ; des vomitifs, des purgatifs, des toniques, des agents qui modèrent les mouvements trop actifs, des dérivatifs et des révulsifs. Circonspect dans l'administration de l'opium, il vante beaucoup le nitre, certaines préparations qui lui appartiennent, et constate, d'après l'expérience, les avantages des spécifiques. Ses préceptes thérapeutiques sont en partie résumés dans son Colîegium casuale, recueil de 120 observations généralement trop courtes, accompagnées de longs commentaires. Stahl est un auteur très-fécond ; il a publié environ 500 traités, parmi lesquels se trouvent de longs ouvrages. L'obscurité, la rudesse de son style, en rendent la lecture très-fatigante ; mais, quand on les étudie à fond, ou reconnaît l'homme qui a bien observé, a médité profondément, a formulé les grandes lois de l'organisme humain, les a groupées autour de son système, qui leur sert de hen plus encore que de fondement; c'est ainsi qu'il tempère, modifie, redresse dans une large mesure les écarts auxquels le conduisait une théorie trop exclusive. Sa doctrine, dont nous ne pouvons faire ici en détail l'examen critique, a été sur plusieurs points mise à profit par Hoffmann ; elle lui est très-supérieure dans son ensemble.
Art. IV. Barthez. Bordeu. Barthez (Paul-Joseph, 1754 à 1806), professeur et chancelier de l'université de Montpellier, occupe dans l'art médical un des rangs les plus élevés par l'étendue et la profondeur de ses connaissances, la puissance de sa méthode, les résultats qu'il a su en obtenir. « Il eut toutes les facultés de l'esprit, celles surtout qui constituent le génie des sciences : une mémoire prodigieuse, une vaste capacité pour les faits, une patience incroyable pour en considérer tous les aspects, la force de tête nécessaire pour en saisir tous les rapports, une grande aptitude à former et à suivre les enchaînements des idées abstraites. Une immense lecture, la connaissance d'une foule de langues, l'avaient rendu familier avec les philosophes et les savants de-tous les temps et de tous les pays » (Dézeimeris, Dict. histor., t. 1, p. 285, art. Barthez). Observateur éminent, il sut employer avec le même succès l'analyse et la synthèse, écrivit tour à tour ses Nouveaux éléments de la science de l'homme, son Traité des inaladies
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goutteuses, ?,a Nouvelle mécanique des mouvements de l'homme et des animaux, ses Études sur le beau.
Exposons d'abord sa méthode. « La philosophie natiirelle a pour objet h i^echerche des causes des phénomènes de la nature révélées par l'expérience; l'essence des causes premières est inconnue. On ne peut connaître d'autres causes que les lois découvertes par l'expérience et le calcul dans la succession des phénomènes. Les causes expérimentales ont reçu le nom de principes, forces, iacultés; toute explication des phénomènes naturels ne peut qu'en indiquer la cause expérimentale. Les anciens ont trop multiplié ces causes dans la science de l'homme ; les modernes en ont trop diminué le nombre. Tels sont ceux qui réduisent tous les phénomènes des êtres vivants à des sentiments et des mouvements, ou seulement à ces derniers, et ne reconnaissent que la sensibilité et la motilité, ou la simple contractilité, » etc.
Barthez constate dans les organismes vivants des opérations physiques, chimiques, et des actes vitaux ; ceux-ci impliquent l'existence d'une force vitale spéciale. L'anthropologisle doit en rechercher les lois expérimentales, en Tdi])T^rocha.ni les faits d'après leurs analogies légitimes. Trois hypothèses se présentent relativement à la nature de cette force : 1° c'est une faculté inférieure de l'àme, plus ou moins analogue à celle-ci, instinctive, intuitive, cessant d'agir quand l'àme est séparée du corps (animo-vitahsme) ; 2° c'est un être immatériel et non spirituel, ayant une existence distincte, des facultés sensitives, motrices, plastiques, une notion sans conscience, quoique précise, de son corps, de son mécanisme, de ses actes, des moyens de les accomplir (vitalisme ontologique) ; 3° enfin, c'est une force inhérente à l'agrégat matériel (vitalisme ou dynamisme organique). Ces trois hypothèses font valoir des arguments en leur faveur ; il ne faut en accepter aucune et rester à leur égard dans un absolu scepticisme. Retenons ce précepte : « Dans l'état actuel, la force vitale doit être conçue par des idées distinctes de celles qu'on a de l'âme et du corps, c'est-à-dire d'après des lois différentes des lois psychologiques aussi bien que des lois de la physique et de la chimie ; ces lois sont du seul domaine de l'expérience, mais elles doivent s'accommoder à des faits de l'ordre le plus varié. » On a reproché à Barthez d'avoir généralement incliné vers le vitalisme ontologique, d'avoir accepté le mot principe vital qui favorisait cette tendance, d'avoir trop porté son attention vers cette harmonie, cet ordre, cette régularité, qui se manifestent dans toutes les fonctions physiologiques, particulièrement dans les actes plastiques, l'évolution du fœtus, et dans les maladies à périodes fixes (fiè^Tes intermittentes, éruptives; affections périodiques). Il a iisisté sur tout ce qui paraît montrer dans la force vitale quelque chose d'analogue à des idées, à un plan arrêté et suivi, à une sorte d'intelligence. Son vitalisme est par trop psychologique, mais n'est-ce point pour donner un contrepoids au vitalisme trop mécanique de ses contemporains? Il a mis vigoureusement en relief un ensemble considérable de faits et de lois du premier ordre, que l'on est disposé à négliger aujourd'hui. Barthez a eu le rare mérite de formuler la vraie méthode, sous ses modes les plus variés, sous ses formes les plus précises ; de la faire voir partout à l'œuvre, de saisir corps à corps avec elle les problèmes les plus difficiles ; de montrer dans quelles limites les principales écoles s'en sont écartées; de poser les bases de l'éclectisme expérimental le plus compréhensif. S'il s'en est parfois écarté, s'il s'est laissé séduire, en passant, par quelques idées hypothétiques, ce ne sont que des lapsus faciles à corriger à l'aide de ses principes; ils ne nuisent en rien à leur ensemble. Aussi, ses dogmes fondamen-
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taux, puisés dans l'observation, restent debout au milieu des modifications que les observations ultérieures lui ont fait ou lui feront subir. Les vérités nouvelles se placent à côté des vérités anciennes, s'engrènent avec elles et ne les détruisent pas. La méthode de Bartbez est la méthode moderne ; celle-ci donne plus de place à l'expérimentation et dispose d'appareils dont le nombre s'accroît chaque jour. C'est avec. eux, avec les exercices pratiques, mais par sa pente naturelle, qu'elle se perfectionne progressivement. Les cadres modernes n'ont pas assez d'ampleur, ils s'élargissent néanmoins, parce que tous les faits réclament leur place et ne peuvent manquer de l'obtenir.
Peu de médecins ont possédé, comme Barthez, l'art de condenser les faits et de les réunir d'après leurs analogies les plus intimes. C'est en appliquant sa méthode qu'il s'est élevé à ces considérations si hautes, si originales, sur les synergies et les sympathies, les évolutions physiologiques et pathologiques, les spécialités' relatives aux âges, aux sexes, aux tempéraments, aux climats, aux professions; l'influence réciproque du physique et du moral, celle des passions ; le mode d'action des poisons, surtout des poisons vitaux qui semblent atteindre directement les forces et les fonctions vitales en glissant en quelque sorte sur l'agrégat matériel ; les venins, les virus et les miasmes qui semblent germer et produisent des affections identiques à celles qui leur ont donné naissance ; l'oppression et la résolution des forces. Nous parlerons ailleurs de sa doctrine des éléments morbides, de sa classification des méthodes thérapeutiques. Barthez n'est point, comme on l'a cru, un théoricien systématique. Partant des faits et de la pratique, c'est à celle-ci qu'il veut aboutir. Barthez a placé la force plastique à un rang trop secondaire, Bordeu et Grimaud l'ont mieux étudiée ; on l'a négligée pendant longtemps. C'est de nos jours surtout qu'elle devient l'objet des travaux les plus importants {voy. l'ouvrage si justement apprécié du professeur Lordat sur Barthez et sa doctrine, ses Nouveaux éléments de la science de l'homme et en particulier le discours préliminaire).
Bordeu (Théophile, 1722 à 1776), génie puissant, mais irrégulier, a répandu dans ses écrits, sous des formes métaphoriques, un grand nombre de vues lumineuses, mêlées d'appréciations singulières, d'idées surannées, reproduites on ne sait pourquoi, bien qu'il les ait souvent critiquées. Malgré la vivacité de son imagination, c'est un observateur, un esprit solide, positif, pratique, plein de verve et d'originalité. Quoique sa théorie soit large et élastique, quoiqu'il ait des compartiments réservés pour les faits qu'il ne peut pas encore classer, elle est nettement arrêtée. C'est un éclectisme dans lequel on cherche à fondre ensemble et à concilier l'animo-vitalisme et le dynamisme organique représenté par la sensibilité, la motihté et la plasticité inhérentes aux organes et aux tissus. Ses ouvrages mériteraient un examen approfondi ; on verrait alors l'iatluence trèsmarquée qu'il a exercée et qui ne nous paraît point assez connue. Bordeu a esquissé à grands traits l'anatomie générale par ses études sur le tissu cellulaire (tissu muqueux), les systèmes vasculaires, glandulaires, nerveux (dans lequel il distingue le rôle spécial du système nerveux ganglionnaire). Le sang est un tissu dans lequel les solides, en se fluidifiant, envoient leurs éléments constitutifs, dont les uns se rajeunissent, les autres sont expulsés, tandis que le sang (la chair coulante), en se solidifiant, s'organisant, se transforme en tissus divers. Dans son analyse médicinale du sang, il montre comment, suivant les cas, s'effectue la prédominance de certains de ses éléments (eau, globules, plasma, graisse, sels). Toutes les fonctions plastiques ont des modes analogues, ce sont des digestions:
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chaque glande, en vertu d'une sensibilité spéciale, choisit les éléments de sa sécrétion. Les propriétés vitales de tous les organes se spécialisent d'après leur structure pour s'adapter k leurs fonctions. 11 étudie les actions et les réactions réciproques des parties et de l'organisme les uns sut les autres, cherche à voir le rôle et la part de chaque organe, qui a un département, un domaine plus ou moins étendu, selon son importance; détermine les grands centres d'action, les centres secondaires, leur prédominance relative, suivant 1 âge, le sexe, le tempérament, le climat, et présente des considérations importantes de physiologie et de pathologie organiques. Ëroussais et son école lui ont fait de nombreux emprunts. Ses lettres sur les eaux de Baréges, son ouvrage inachevé sur les maladies chroniques, contiennent, sur la théorie de ces affections, sur l'action des eaux minérales, des documents précieux qu'on a souvent mis à profit.
Art. V. Doctrine de V irritabilité. L'antagonisme des systèmes, les exemples de leurs plus illustres défenseurs, avaient imprimé aux esprits une merveilleuse activité dès le commencement du dix-huitième siècle. Elle se manifestait par des travaux d'érudition, par l'observation des faits, des recherches expérimentales. On vit apparaître alors les van Swielen, Gruner, Hebenstreit, Ludwig, Ackermann, Plouquet, Sénac, Murray, de Gorter, Haller, etc. L'analomie fut cultivée avec une nouvelle ardeur; on transporta dans la physiologie la méthode expérimentale en rapprochant de ses résultats ceux que fournissait la pathologie; les sciences physiques furent appliquées avec plus de réserve et de sûreté à l'anthropologie, à mesure que les unes et les autres se perfectionnaient. La doctrine de l'irritabihté se développa dans l'école de Boerhaave.
Glisso7i. Dès le milieu du dix-septième siècle, Glisson, partant de ses notions sur les forces de la nature {voy. entre autres de natiirâ subsiantiœ energatica, seii de vitâ naturœ 1672), admit dans toutes les parties des animaux, trois facultés qui leur sont inhérentes, la perceptive, Vappétitive,h motrice^. Ces idées se trouvaient, du reste, sous une autre forme, dans Aristote, Gahen et la scolastique. Chacune de ces facultés était animale, vitale, naturelle. Ainsi la perceptivité se montrait avec ou sans conscience [sentire vitaliter aut animaliter) . Les parties vivantes, sous l'influence des impressions, des stimulations, se contractent et se dilatent successivement ; l'aptitude à ces mouvements constitue l'irritabilité.
Gorter, Le système de Glisson était en partie oublié, quoiqu'on en rencontre des traces dans le dynamisme de Baglivi et d'Hoffmann, lorsque Jean de Gorter (1689-1762), disciple de Boerhaave, entreprit de nouvelles études sur l'irritabilité. Il existe chez tous les êtres vivants, même chez les végétaux, une force motrice vitale, inhérente à toutes leurs parties, distincte de l'dme, du iïuide nerveux, des esprits ; elle est la cause du mouvement vital et préside à toutes les fonctions. Les stimulants la mettent enjeu. Gorter étudia l'action des divers excitateurs.
Haller. C'est à Albert de Haller, de Berne (1708 à 1777), qu'est due la détermination des lois de l'irritabilité et de ses rapports avec les autres forces de l'organisme. Ses premières publications à ce sujet datent de 1759. Afin de ré-
* Glisson reconnaît ces iorces dans toute la matière, qui n'est pas seulement vivante en puissance, mais vivante en acte; c'est le système de la vie universelle de Straton de J-ampsaque, Campanella, etc. La vie de la maiière ne provient point de l'àme de la nature, mt.is des propriétés vitales qui lui appartiennent. Glisson admet une sorte d'archée (voy. pour le développement de bon système, ses ouvrages sur le lubc digeslit, le foie, etc.).