‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.58Chapitre 44 sur 50 · io · texte numérisé non relu

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Ce résultat démontre que, dans les loralilés rurales comprises dans la même zone et sous le même climat que Paris, l'époque de la puberté correspond en moyenne à l'âge de quinze ans cinq mois et huit jours, c'est-à-dire dix mois plus tard qu'on ne l'observe dans la capitale.

Au congrès médical de Paris (année 1867), Leudet produisit, sur la question, un document important dont nous résumons la substance. Ses observations portent sur trois classes de femmes : 1° celles de la classe riche de la ville de Rouen ; 2" celles de la campagne environnante : cultivatrices, ouvrières des termes; 5" les ouvrières de la ville et des environs. Or, chez les premières, l'âge moyen de la première apparition des règles répond à treize ans sept dixièmes ; chez les secondes, à quatorze ans cinq dixièmes; et chez les troisièmes, à quatorze ans neuf dixièmes. Mais, comme le remarque judicieusement l'auteur, le chillre moyen ne donne pas une idée nette des variations dans l'époque d'apparition de la puberté. De là, pour se rendre un compte exact de ces différences, la nécessité de dresser un tableau détaillé par rapport à l'âge. C'est ce qu'a réalisé Leudet. Or il résulte de ce tableau que, pour Rouen, Vâge commun de la puberté est 15 ans; puis viennent successivement 15 ans, 1 G ans, 12 ans, 18 ans, 14, 11, 19, 10 et 20 ans.

Les chiffres de Brierre de Boismont, pour Paris, sont un peu différents, puisqu'ils présentent la série décroissante qui suit : 14, 15, 16, 15, 17, H , 18, 19, 20 et 10 ans (14 ans étant l'âge le plus commun, et 10 ans l'âge le plus rare). Suivant Brierre et Aran, la différence des chiffres moyens dépend bien plus du nombre variable de femmes qui sont réglées d'une façon hâtive ou tardive, que de différences réelles dans l'âge commun ; et nous croyons cette manière de voir parfaitement fondée.

Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que chez les femmes de la classe ouvrière on constate souvent des écarts considérables; beaucoup deviennent pubères d'une façon hùtive, et un plus grand nombre encore, d'une façon tardive. On conçoit comment, avec des écarts à la fois si marqués et si multipliés, le chiffre des moyennes se trouve aisément déplacé, et comment il n'exprime que très-imparfailement la réalité. Ou a dit que les excitations sexuelles devaient être la cause ou l'une des causes de cette précocité de la menstruation chez les ouvrières des villes. L'explication nous parait très-acceptable, surtout quand on songe à la promi-^cuité qui règne dans certaines fabriques. Quant aux exceptions contraires, c'est-à-dire aux exemples de puberté tardive, elles nous semblent dues en partie à la misère dans laquelle vivent bon nombre de ces jeunes filles, de même qu'au travail excessif qui trop souvent leur est imposé. Une alimentation mauvaise, non suffisamment réparatrice ou trop parcimonieuse; le défaut d'exercice musculaire et d'aération, constituent, en effet, des causes de retard dans l'époque de la puberté, au même titre que nous voyons les conditions opposées, un régime exci-

tant, une vie luxueuse et de plaisirs, etc., en hâter au contraire l'apparition. Aussi , quand on considère les résultats fournis par la statistique touchant l'âge de la première menstruation dans les grandes \illes, est-on frappé de voir qu'il existe à ce point de vue une notable différence entre la classe riche et la classe pauvre, c'est-à-dire entre les jeunes filles bien vêtues, bien nourries, exemptes de fUigue habituelle, et les jeunes filles pauvres, qui joignent à de nombreuses privations l'obligation d'un travail quotidien et prolongé. Brierre de Boismont, dans un relevé de 53 observations ayant pour sujets des demoiselles ou des dames appartenant à l'ancienne noblesse, à la finance, au commerce et à la bourgeoisie, a trouvé que l'âge de la pubi'rté correspondait, à Paris, dans la classe aisée, à l'âge de treize ans huit mois-, tandis que cette moyenne est représentée, chez les filles pauvres delà même ville, par quatorze ans dix mois, ce qui constitue une différence d'un an et deux mois. Voici, d'ailleurs, le tableau dressé par Brierre :

9 ans

14 ans

Total. . . .

Chomel fixait même l'époque de la puberté, chez les jeunes personnes de la haute société, entre douze et quatorze ans ; et, selon Brierre, Andral et Bécamicr partageaient également cette opinion. A Marseille, le docteur Bernard, cité par Raciborski, aurait trouvé que la puberté se manifeste, dans la classe aisée, à treize ans quatre mois et quatre jours en moyenne, tandis que dans la classe ouvrière elle n'apparaît qu'à treize ans dix mois et quinze jours, ce qui établit une différence de six mois. Des résultats analogues ont été obtenus par Raffaello Levi à Florence, par Louis Meyer à Berhn, par Paye et Vogt en Norwége, etc. etc. L'influence des conditions hygiéniques, du régime, de l'aisance ou de la pauvreté, est donc incontestable en ce qui concerne l'époque de la première menstruation; et il convient de joindre cette cause modificatrice à celles dont nous avons déjà démontré l'existence.

En résumé, on voit par l'examen qui précède qu'un grand nombre de circonstances, soit intérieures ou originelles, soit extérieures ou accidentelles, exercent une action plus ou moins puissante sur les phénomènes complexes qui caractérisent la puberté. Les différences si marquées que celle-ci présente dans son apparition chez les divers individus peuvent, d'ailleurs, s'expliquer par l'association et l'énergie variables de ces circonstances, qui se combinent entre elles de mille façons pour amener le résultat constaté. Quand nous disons puberté, au lieu de premières règles, peut-être l'expression n'est-elle pas très-exacte; car nous avons insisté plus haut sur la séparation , non-seulement j)ossible, mais encore exceptionnellement reconnue, qui existe parfois entre l'ovulation, phénomène essentiel de la puberté, et l'hémorrhagie périodique qui en représente un phénomène important, mais relativement secondaire. Or, puisque l'un peut exister sans l'autre, que la ponte ovulaire, par exemple, est susceptible de s'effectuer sans concomitance du flux sanguin (ce que démontrent péremptoirement les grossesses survenues chez des femmes non réglées), il en résulte que les statistiques dont nous avons parlé n'ayant été dressées qu'en vue de déterminer l'époque d'apparition de la première hémorrhagie cataméniale, on ne saurait, d'après elles, rigoureusement déduire les âges de manifestation de la puberté. Ajoutons, toutefois, que

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les exceptions à la* loi d'association et de simultanéité des deux phénomènes sont encore trop peu nombreuses pour vicier les résultats obtenus par la seule considération de l'un d'eux. Du reste, le travail ovarien s'opérant dans la profondeur de l'abdotnen et se soustrayant ainsi à notre investigation, il n'était pas possible de procéder, dans la recheixhe de l'âge de la puberté, autrement que ne l'ont fait la plupart des observateurs.

Epoque de la. cessation des règles, ou ménopause. Durée de l'activité du SYSTÈME GÉNITAL. L'âge auqucl on voit, chez la femme, les menstrues cesser définitivement n'est pas moins variable que celui de leur établissement chez la jeune fille. Comme pour la puberté, un grand nombre de circonstances peuvent influer sur l'époque de cette disparition, qu'on désigne sous le nom spécial de ménopause {y.riv^ mois, et Tr-aûo-iç, cessation), ou encore sous celui d'âge critique, d'âge de retoure

Les écarts considérables que nous avons rencontrés dans l'âge correspondant à la puberté se retrouvent également dans 1 âge où s'établit la ménopause chez les divers individus. Depuis l'âge de 40 ans jusqu'à celui de 55, il n'est pas d'époqu. intermédiaire qui ne se trouve correspondre à l'âge critique pour un certain nombre de femmes; et, en dehors de ces limites, on peut voir encore la ménopause survenir prématurément, ou, au contraire, d'une façon tardive. On a cité des femmes qui n'avaient cessé d'être réglées qu'à 60, 65, 68 ans et même 80 ans, tandis que d'autres n'avaient plus été meustruées dès l'âge de 35, 50 et même 28 ans. Ces faits, quoique exceptionnels, ne sont pas absolument rares. Il est vrai de dire que la cessation précoce des hémorrhagies cataméniales, de même que leur prolongation jusqu'à un âge avancé, ne prouvent pas rigoureusement que l'ovulation subisse le même arrêt ou la même persistance ; car nous savons que les deux phénomènes hémorrhagie et développement folliculaire ne sont pas liés d'une manière constante l'un à l'autre. On est même forcé d'admettre que, duns une proportion de cas difficiles à déterminer, cette dissociation existe et que l'ovulation persiste encore chez des femmes qui ont cessé d'être réglées, tandis qu'elle a disparu, au contraire, chez d'autres qui, pendant plusieurs mois ou peutêtre plusieurs années, continuent d'être sujettes au flux périodique.

Divers observateurs ont recherché quel est l'âge moyen auquel survient la ménopause; et il résulte des tableaux statistiques qu'ils ont fournis que, pour les femmes nées à Paris, l'âge commun est 50 ans ; puis, dans l'ordre décroissant de fréquence, 52 ans, AS ans, 40 ans, 45, 51 , 53, 49, 42, 46 et 45 ans, etc. (Francis Demouy) ; que, aux Sables d'Olonne le plus souvent, c'est à l'âge de 45 ans que les femmes cessent d'être réglées; puis successivement, suivant l'ordre de fréquence, à 50, 48, 46 , 47 ans, etc. (Marcel Petiteau) ; que, chez les femmes nées dans le nord de la France, l'âge moyen auquel api^araîl la ménopause correspond à 46 ans 5 mois et 12 jours, et chez celles du centre, à 46 ans i mois et 22 jours (Francis Demouy) ; qu'à Florence cette moyenne correspond à 46 ans 5 mois et 13 jours (Raffaelo Levi) : enfin, qu'en Espagne l'âge de retour se manifeste le plus souvent entre 40 et 50 ans, c'est-à-ijire, par ordre de fréquence, à 48, 44, 58, 47, 49, 51, 52, 45 ans, etc. (Séco-Baldor) .

On voit, d'après l'exposé de ces moyennes, que la durée de la vie génitale ou de la période d'activité sexuelle est comprise, chez la femme, entre 29 ans 17 jours (Espagne), et 51 ans 8 mois 7 jours (Paris). De son côté, Brierre de Boismont a dressé un tubleau de 178 femmes, duquel il résulte que la durée de la période utérine est comprise entre 5 ans et 48 ans, la durée commune étant de 50 et 51 ans. D'après Fa.ye, euNorwégc, l'âge de la ménopause serait enmoyenne

48 ans 11 m^is et 1Q jours, ce qui porterait la durée de la foHctiou mcnslrucllo n 52 ans 10 mois et 15 jours. C'est la plus longue durée qui ait été observée en Europe. A Londres, suivant Tilt, cette durée serait de 51 ans 9 mois et 10 jours, et à Manchester, selon Witsebead, de 31 ans 5 mois et 12 jours.

« Somme toute, écrit Raciborski, la durée de la période menstruelle semble osciller, dans les différents pays de l'Europe, entre 29 ans 17 jours, et 52 ans 10 mois et 15 jours ; ce qui constitue un intervalle de 5 ans 9 mois et 26 jours. L'Espagne et la Norwége se trouvent placées aux extrémités. On comprend que la ménopause 'soit relativement en retard en Norwége, puisque la moyenne de la puberté correspond, à Christiania, à 16 ans passés, ce qui, pour l'Europe, représente un des chiffres les plus élevés sous ce point de vue. Mais il sera toujours difficile de dire pourquoi la cessation des règles a relativement lieu plutôt à Madrid et dans les provinces septentrionales de l'Espagne, que partout ailleurs. »

Il n'est pas douteux que les variations nombreuses qui ont été constatées dans les moyennes de l'âge correspondant à la ménopause, ne trouvent leur raison d'être dans l'action de circonstances analogues à celles dont nous avons déjà reconnu l'influence sur l'établissement de la puberté. Le degré de puissance ou de vitalité du système génital, les maladies des ovaires, l'altération plus ou moins profonde de ces organes, ou au contraire leur état de parfaite intégrité doivent figurer au premier rang de ces causes. « La plupart des femmes comprises dans nos documents statistiques, qui ont cessé d'être réglées à 50 ans et même avant cet âge, attribuaient leur ménopause, relativement si précoce, aux suites d'une couche malheureuse ou aux accidents survenus après une suppression brusque des règles » (Raciborski). On comprend très-bien, en ef'et , comment l'inflammation des ovaires, leur suppuration, leur atrophie, leurs adhérences, etc., peuvent entraver la fonction ovulaire et provoquer hâtivement sa fin, de même que des conditions d'hygiène parfaite , jointes à une grande activité originelle du système génital, contribueront au contraire à en prolonger la durée.

Relativement aux conditions sociales, Leudet a trouvé que l'âge moyen auquel se manifeste la ménopause est de 47 ans 4/10 pour les femmes de la classe riche, de 47 ans 9/10 pour les femmes de ia campagne et de 48 ans 7/10 pour celles de classe ouvrière. Voici d'ailleurs le tableau qui résume les observations de l'auteur à cet égard. Il s'agit des femmes de Rouen et des environs.

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