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MES.MEP,IS3JE

des grands seigneurs la quintessence de sa théosopliie. Si le cimetière de Sainl- Médard était fermé, ni les convulsionnaires n'étaient morts, ni les convulsions n'avaient cessé. L'extase de soeur Perpétue et de sœur Félicité, rouées de coups de chenet par le père Coutu, renforcé parfois d'un porle-faix, arrachait encore aux bonnes âmes des cris de pitié et d'admiration. Le mysticisme, la croyance aux esprits, aux puissances occultes maîtresses de la destinée humaine, étaient partout; et, bientôt, on allait voir un Joseph Balsamo balancer, par ses tours 'de magie et de sorcellerie, la réputation de Mesmer lui-même.

Mesmer avait pris pai't à ce mouvement des esprits en Allemagne, mais, il faut le reconnaître, en essayant de lui imprimer un caractère scientifique. Son premier ouvrage, qui avait été du reste peu remarqué, avait pour titre : De planetarum influxu (1766) ; il y ressuscitait la théorie du fluide universel; mais ce n'est que quatre ans plus tard qu'il commença à appliquer cette théorie au traitement des malades. Rien ne tenait moins de l'illuminisme. Assurément, vers le déchu du dix-hui(ièrae siècle, sous le règne de l'encyclopédie ; au moment oiî la méthode expérimentale s'est emparée avec éclat des sciences physiques et de la médecine elle-même; du vivant de Voltaire, de d'Alembert, de Haller; au lendemain de Boërhaave et d'Holfmann et à la veille de Broussais, se faire l'apôtre des doctrines de Paracelse et des fluidistes, et cela sur de vagues aperçus spéculatifs, ce n'était l'œuvre ni d'un jugement sûr ni d'un esprit mesuré; mais, en lin de compte, son système comprenait les deux termes qui pouvaient lui donner au moins l'apparence scientifique : une théorie physique et des faits. La santé ou la maladie dépendant de la quantité de fluide répandue dans le corps, il s'agissait de régler cette quantité, tout juste comme on règle de nos jours celle du gaz d'éclairage, et de la régler en établissant dans la machine humaine une sorte de « marée artificielle. » Or, l'emploi médical de l'aimant était alors en faveur. Depuis le quatrième siècle, on portait au cou des pierres d'aimant. Au dix-septième, Pierre Borel, partagé comme Mesmer entre les sciences physiques et la médecine, et qui n'a pas laissé une meilleure réputation de jugement et d'esprit de conduite, recommandait l'aimant contre le mal dentaire et les maladies des yeux et des oreilles. Au moment même ou Mesmer entrait en scène, \es plaques aimantées du père Hell, professeur d'astronomie à Vienne, faisaient merveille. C'est de ces plaques qu'il se servit à son tour, mais en en dirigeant l'emploi d'après les conseils de sa théorie (et ce fut même entre les deux expérimentateurs le sujet d'une querelle, dans laquelle Mesmer ne paraît pas avoir joué le beau rôle). Ces plaques étaient des sortes de condensateurs d'un fluide qu'on pouvait faire passer dans toutes sortes de corps organisés ou non; et l'homme lui-même, imprégné de ce fluide comme le reste de la nature, pouvait le répandre au dehors et rendre magnétiques, rien qu'en les louchant, « du papier, du pain, de la laine, de la soie, du cuir, des pierres, du verre, de l'eau, des métaux, du bois, des hommes, des chiens, etc. » C'est ce qu'explique la Lettre à 3L Unzer {Mercure savant d'Âltona, 1773), de laquelle date la notoriété de Mesmer. Le magnétisme animal était fondé.

Nul n'est, dit-on, prophète en son pays. On ne sait pas néanmoins pourquoi Mesmer n'eût pu l'être dans le sien, malgré le mauvais accueil qu'il avait reçu des sociétés savantes. Sa position était bien diflérente de celle de Gassner; il était médecin et pratiquait son art à sa guise. Malheureusement il se trouva, parait-il, impliqué dans des aventures, mal connues aujourd'hui, qui lui firent donner, par l'impératrice en personne, l'ordre de mettre fin à ses supercheries. Il ne tarda

pas à quitter Vienne, visita plusieurs contrées de l'Europe, notamment la Suisse, encore agitée des exorcismes du curé de Klœsterle, et arriva, comme nous l'avons dit, en France.

Le voilà donc installé à Paris, dans un quartier obscur, et sur la place qui portait déjà le nom de Vendôme. Sa renommée y avait déjà le même caractère qu'en Allemagne et en Angleterre. L'Académie des sciences n'avait pas plus répondu à ses communications antérieures que l'Académie de Berlin et la Société royale de Londres ; mais le public l'attendait avec une vive curiosité, on pourrait dire avec impatience ^.

Mesmer, néanmoins, sur la proposition de Le Roi d'abord, puis par suite de divers incidents, ne tarda pas à se trouver en rapport successivement avec l'Académie des sciences, la Société royale de médecine et la Faculté. Les négociations avec les deux premières compagnies n'aboutirent pas, non par un refus formel de leur part, mais par les exigences du postulant, qui tenait à mettre le gouvernement de la partie, et qui, d'ailleurs, retiré à Creteil, où il avait aménagé une maison spéciale pour le traitement magnétique, s'était opposé à une visite des délégués de la Société de médecine. A la Faculté, ce fut bien autre chose, lîn de ses docteurs-régents, d'Eslon, avait déjà fait connaissance avec Mesmer, avait expérimenté avec lui, en commun avec Bertrand, Malloët et Sollier, qui se dégagèrent bientôt, et était devenu un de ses plus fervents adeptes. Lui-même se chargea de porter les propositions de son maître, ou plutôt les siennes propres ; c'était de solliciter Vintervention du gouvernement ; de faire sur deux séries de douze malades l'expérience comparative des moyens curatifs ordinaires et du traitement magnétique; d'admettre aux expériences des personnes proposées par le gouvernement, mais ne devant être « prises dans aucun corps de médecine, » etc. Sur une sorte de réquisitoire du professeur de Vauzesm£s, la Faculté crut devoir suspendre d'Eslon de voix délibérative pendant un an, avec menace de radiation si, à l'expiration de cette année, il n'avait pas « désavoué ses observations sur le magnétisme animal. » Pour bien juger cette mesure, il ne faut pas perdre de vue le régime de solidarité qui faisait le fond des institutions médicales de cette époque

Mesmer allait quitter la France, ou en faisait mine (il avait annoncé publiquement la date de son départ), quand le Gouvernement, assailli par quelques personnages fanatisés, entra en arrangement avec lui. Rien n'est plus pitoyable que cette sorte de marché dans lequel Mesmer demande pour salaire pensions, terres châteaux (qu'il prend même le soinde désigner); refuse, sous les prétextes les plus futiles, trente mille livres de rentes viagères et en réclame cinq cent mille, dont partie en possession territoriale! Rien de moins digne que ces explications alambiquées par lesquelles il essaye de mettre d'accord son étalage de désintéressement avec ses exigences d'homme d'affaires. Dépité, il part pour la Belgique ; il a senti un besoin subit des eaux de Spa. Mais comment en revenir? Son ami d'Eslon vient à son aide, mais de la manière qu'il n'aurait pas attendu. Le docteur-régent, qui n'avait rien rétracté et continuait ses opérations, venait d'avoir la hardiesse de se présenter devant la Faculté, lors de la troisième délibération qui devait décider de son sort, comme un magnétiseur émérite, initié à tous les secrets du maître et opérant les mêmes merveilles. Inutile de dire que ce pécheur endurci fut rayé du registre des docteurs-régents : la faculté profita même bientôt

« Mesmer avait eu poiu-tant un succès en Allemagne. LYlecleur de Bavière l'avait fait admellre parmi les membres de l'Acadéjuie de Muuicli,

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de l'occasion pour appeler devant elle, dans une séance dont Thomas d'Onglée a fait l'amusant récit, une trentaine de docteurs suspects, pour les obliger, sous peine aussi de radiation, à signer une déclaration par laquelle ils s'engageraient à ne jamais adhérer au magnétisme animal, « ni par leurs écrits, ni par leur pratique. » Les secrets de son art, c'était justement ce que Mesmer ne voulait pas livrer gratis au public. Sur le bruit de la trahison de d'Eslon, il revient en hâte à Paris, oîj il trouve bientôt une consolation. Ses clients et admirateurs organisent une souscription fixée, à'accord avec lui, à 240,000, mais qui monta à 340,000 livres, et qu'il encaissa. En retour, il s'engageait à instruire chacun des souscripteurs « dans tous les principes qui constituent sa doctrine. » Ces braves gens, ces malades dévoués et reconnaissants s'étaient imaginé qu'on leur livrait, pour leur argent, non-seulement la notion, mais aussi la libre disposition du grand arcane; c'est-à-dire que, après avoir été instruits dans la théorie et dans la pratique du magnétisme, ils auraient le droit de propager l'une et l'autre. Point du tout. Quand les disciples, contitués depuis quelque temps en société dite de l' Harmonie., voulurent enseigner à leur tour, le maître leur opposa un véritable acte de procureur, du 8 mai 1784, fait double entre les parties, par lequel il était interdit aux adeptes, même souscripteurs, de « former aucun élève, transmettre directement ou indirectement, à qui que ce puisse être, ni tout, ni la moindre partie des connaissances relatives, sous quelques points de vue que ce fût, à la découverte du magnétisme animal )),à moins d'un consentement par écrit signé délai, Mesmer.

Malheureusement, un des intéressés, celui-là même qui avait rédigé le prospectus de la souscription, l'enthousiaste Bergasse a révélé le caractère réel de cette pièce, qui ne concernait pas l'ensemble des souscripteurs, mais seulement un certain nombre d'entre eux. Il en fallait cent : sinon pas de cours. Les plus pressés se portèrent garants du tout, pour être plus tôt initiés; et, comme les autres se seraient naturellement abstenus si le secret eût été divulgué, on convint de setaire provisoirement. C'est là l'objet de l'acte cité; mais l'acte principal, déposé chez un notaire, assurait positivement aux souscripteurs le libre emploi des connaissances qu on allait leur révéler. Le secret allait être livré par d'Eslon ; il pouvait l'être d'une manière inexacte; ou Tachetait par reconnaissance et pour être assuré de l'avoir parfaitement pur. La bonne foi de Mesmer vaut ici son désintéressement. Plus tard, quand il se verra discrédité en France, il essayera encore de tirer de ces querelles un moyen de spéculation. Il demandera à d'Eslon 150,000 francs de dommages-intérêts ; il adressera d'âpres réclamations à ses collègues de la Société d'Harmonie, qui avait créé nombre de succursales en province ; et, après avoir subi en plein comité de dures paroles de Puységur , acceptera honteusement, comme une aumône, un supplément de 125,000 francs portant après de 500,000 francs, le débours de ses chers élèves!

Cependant le succès du magnétisme allait croissant. Il avait une précieuse recrue dans le père Hervier, qui lui avait fait les honneurs de la chaire catholique dans la cathédrale de Bordeaux^ De toutes les classes de la société, on accourait aux chambres d'expérience ; les uns pour observer, les autres par attrait d'émotions qu'on disait puissantes; d'autres enfin pour y chercher de bonne foi la guérison. Mesmer avait changé son étroit local de la place Vendôme pour un hôtel où il prenait des pensionnaires, l'hôtel Bidlion, qu'on Voit encore près de la Bourse ; il avait carrosse et laquais. De temps à autre, survenait quelque déboire. C'était un taux malade qui l'attirait dans le piège et s'en

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vantait tout haut, comme Portai; ou bien un assistant de bonne foi qui se retirait incrédule et même un peu scandalisé, comme Berthollet; quelquefois aussi c'était un autre genre de défection : celle des gens en train de guérir qui mouraient, comme Busson ou la marquise de Fleuri; mais on sait ce que valent les échecs, les sarcasmes, les chansons, les panphlets, les pièces de théâtre et les caricatures contre l'engouement du public. On estime à 8,000 le nombre de personnes magnétisées par Mesmer et par d'Eslon dans les premiers mois de l'année 1784.

Dans cette situation, le gouvernement pensa-t-il (|ue sa neutralité pourrait ressembler à de l'indifférence, ou, ce que rendent plus probable les relations connues de Mesmer avec le premier médecin du roi et le premier médecin de la reine, Lieutaud et Lassone, voulut-il sortir lui-même de l'incertitude? Toujours est-il que, le 12 mars de cette même année 1784, le roi nomma une commission d'examen composée d'abord de quatre membres de la Faculté ; Borie, Sallin, d'Arcet et Guillotin; puis, ceux-ci ayant demandé qu'il leur fût adjoint des membres de l'Académie des sciences, Le Roi, président de l'Académie, Franklin, Bailly, de Borie et Lavoisier furent désignés . Borie, mort peu de temps après, au cours des expériences, fut remplacé par Majault. De plus, une autre commission, choisie parmi les membres de la Société de médecine, fut chargée de procéder de son côté à l'examen du magnétisme et de faire un rapport distinct; elle était composée de Poissonnier, Caille, Mauduyt, Andry et Laurent de Jussieu.

Avant de suivre les commissions dans leurs observations et leurs expériences, il faut dire sur quoi celles-ci devaient porter ; en d'autres termes, rapjieler brièvement en quoi consistaient la doctrine et les procédés du magnétisme animal, ainsi que les effets qu'on disait avoir obtenus.

La doctrine avait eu plusieurs manières ; mais û est convenable de la prendre dans sa perfection, telle qu'elle a été formulée par Mesmer lui-même en 1779, dans 27 assertions ou propositions devenues célèbres. Ces propositions, nous ne pouvons guère nous dispenser de lès reproduire in-extenso, parce qu'elles sont devenues la base des expériences et le thème de toutes les critiques qui ont suivi. Ce sera plus court encore que de copier les trois cent cinquante quatre aphorismes dictés par lui à ses élèves et qu'a fait connaître en 1784 CauUet de Yeaumorel.

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