ASIE
Provinces russes du Caucase. 173
— turques 1,725
Perse 31
Indes orientales 923
Siam 13
Chine 148
Japon 45
Total de TAsie 3,080
AJIÉRIQLE NORD.
Canada 5.175
États-Unis 109,870
Total : Amérique Nord . . 1 15,045
AMÉRIQDE SUD.
Haïti
Cuba (Santiago)
Ile Saint-Thomas. .'....
Nouvelle-Grenade
Centre-Amérique(Guatémala,
etc.)
République Uruguay ....
République Argentine . . .
Paraguay
Venezuela • .
Brésil
Chih
Total : Amérique Sud . .
Océanie ?....,....
fi04
Total 516,530
A cette ]!opulation minimum de 316 550 émigrés de France, il faudrait donc joindre ceux de nos émigrants qui, nés en France, se sont fixés dans nos colonies et notamment en Algérie, laquelle, d'après les passe-ports, reçoit un courant d'immigrants français ayant été de 3 500 par année moyenne (au moins pendant la période 1854-60^). Le dénombrement de 1861 a trouvé, il est vrai,
* D'après nos inductions, un tel courant d'émigration, qui a été plus fort autrefois, ne permet guère de supposer une population d'immigrés de moim de 60 à 70,000 personnes, et sans doute davantage à cause de son mouvement décroissant dans les vingt dernières ainiées.
fi52 MlGHATlOiN.
122 230 Fronçais en Algérie, mais parmi eux il y a un certain nombre inconnu de natifs de la colonie qu'il faudrait distraire pour avoir le nombre des seuls immigres auxquels se rapportent les nombres du tableau ci-dessus.
48. Quoi qu'il en soit, et malgré les lacunes et les renseignements incomplets avoués par l'administration, il résulte évidennnent du tableau ci-dessus, augmenté des immigrés de nos colonies, que notre population, née sur le sol français et vivant hors de notre territoire, ne peut être moindre que 400 000, et peut-être beaucoup plus si l'enquête consulaire a été très-incomplète. On remarquera que cette conclusion corrobore nos précédentes déductions.
49. A ces documents purement français, nous pouvons en joindre d'autres empruntés aux nations étrangères qui tiennent registre de leurs immigrants. C'est ainsi qu'aux Etats-Unis, dans chaque décade successive, le nombre des immigrants français a été : 8 868 en 1821-30; — 45 575 en 18Î1-40; — 77 262 ea 1841-50; — 76 358 en 1851-60; — enlin de 37 749 en 1861-70. D'autre part, dans le dénombrement des États-Unis de 1870, on constate 116 402 Français par leur naissance. Ainsi, dans la dernièie période de 20 années, 1851-70, les États- Unis ont reçu une moyenne annuelle de 5 760 Français (ou 6 400 dans les 50 ans 1841-70), et, comme ce sont maniiéstement les émigrants de ces vingt ou trente dernières années qui ont constitué la grosse part de la population française constatée aux États-Unis en 1870, il résulte de ces nombres que 1 immigrant chaque aimée, pendant 20 ans (et même 30 ans), constitue dans une contrée une population d'environ 80 immigrés, ceux qui meurent étant, paraît-il, compensés par ceux qui survivent des immigrés antérieurs. Ainsi, en multipliant par 30 ou 21 l'arrivée moyenne des vingt dernières années (en supposant des arrivages antérieurs notables), on a à peu près le nombre des immigrés survivants ; et inversement, connaissant le nombre des immigrés survivants, en le divisant par 80 ou 21, on a à peu près les arrivages moyens annuels depuis 20 à 30 ans qui ont été nécessaires. C'est un rapport semi-rationnel, semi-empirique, que j'ai trouvé se vérifiant à peu près aux États-Unis pour les Anglais, pour les Irlandais (pour chacun d'eux j'ai trouvé «1,5 au lieu de ao pour les Français); pour les Allemands j'ai trouvé 19.
50. Nous avons dit dans la page précédente, que, durant la période 1854-60, notre émigration en Algérie avait été environ de 3 500 par année. Mais notre immigration algérienne n'a pas présenté cette régularité, ni ce crescendo que l'on trouve dans l'immigration aux États-Unis. C'est qu'au lieu d'appeler les colons par les avantages qu'on leur offre (comme aux États-Unis et dans les colonies anglaises), et entre autres une entière franchise, l'administration française, pour remplacer l'immigration libre trop lente, a de temps à autre, organisé des fournées de colons, comme en 1849, et, pour nos malheureux Alsaciens, en 1871. Mais ces immigrations administratives réussissent rarement; en 1849, elles ont abouti à une fuite générale des immigrés qui a duré plusieurs années, et nous craignons beaucoup un résultat encore pire pour nos Alsaciens, l'expérience comme I'accli- MATATioN ayant appris que les hommes du Nord (et particulièrement le sang germain), ne réussissent pas sur le sol africain ; malheureusement, ni la science, ni la méthode d'esprit qu'elle engendre n'est ce qui dirige notre haute administration. Quoi qu'il en soit, depuis 40 ans, pendiuit lesquels on peut estimer que plus de 150 000 colons français sont entrés en Algérie, on n'y compte pourtant aujourd'hui que 130 000 Français, tant natifs qu'émigrés, malgré les 3 500 émigrés qui paraissent venir chaque année (au moins dans la période
lH5i-60) restaurer les anciens colons dont les naissances suffisent à peine à combler les décès ^.
51. Après les États-Unis, la République-Argentine est l'État qui rcçcit le plus de colons français et qui nous renseigne le mieux sur leur nombre. En 1869, le dénombrement y trouve à peu près 35 000 colons nés en France, et, comme il u'v a guère pins de vingt ans que cette émigration s'est prononcée, il en résulte qu'il a fallu un mouvement annuel au moins de 2 500 à 3 000 émigrés pour constituer cette population. D'un autre côté, il y a encore une immigration de Français presque aussi importante dans l'Uruguay (Montevideo), mais sur le montant de laquelle je n'ai pu me procurer de document. Le Cbili lui-même possède une petite colonie de 2 500 Français ; enfln la Guyane, le Brésil reçoivent aussi un petit nombre de nos émigrants de plus en plus exigu, et que le climat aura réduit bientôt à néant. Quoi qu'il en soit, pour constituer cette population d'émigrés français, les 2 760 émigrants que nous avons vus (§ 45), chaque année, quitter la France et déclarer se rendre dans l'Amérique du Sud, sont certainement insullisants. Et en effet il est de notoriété que cette émigration des Français dans l'Amérique du Sud, qui se fait surtout dans nos départements alpins et pyrénéens, se consomme en partie subrepticement; non pas, je crois, que noire administration s'y soit jamais opposée ; mais nos prudents paysans montagnards, surtout lorsqu'ils partent pour éviter la conscription, ce qui leur arrive souvent, redoutent toujours d'être retenus et s'esquivent pour plus de sûreté {voy. §46).
52. Je ne parlerai que pour mémoire de notre émigration dans nos colonies. Soit climat, soit administration, et je crois, les deux causes réunies, on n'y va plus depuis longtemps, si ce n'est l'émigration forcée de nos galériens et dernièrement de nos « Communeux » en Nouvelle-Calédonie.
55. En dehors de ces quelques centres sans cohésion de l'émigration française, et où nos émigrés français sont submergés, aux États-Unis, dans les flots des immin^rants anglo-saxons et germains ; dans le bassin de la Plata, dans ceux de l'immigration italienne et espagnole, ou ne trouve plus par le monde que des individualités françaises, tout au plus des familles, assez nombreuses par exemple au Mexique, dans le Centre-Amérique, au Brésil, en Australie, où, en 1861, je trouve I 250 Français ; mais ces tout petits groupes isolés, sans cohésion, sont absolument inhabiles à servir de centre au rayonnement du génie français, de sa langue, de son sang. Il faut même constater un fait assez humiliant, mais signalé par les voyageurs. Les Anglais, les Allemands émigrés se groupent, se soutiennent, organisent des mutuahtés, des fédérations, des Heux et des époques de réunion, où, par des jeux, des discours, des chants, on se rappelle la patrie, la commune origine; mais les Français restent isolés, comme des grains de sable que ne relie aucun ciment ! Pourquoi cette triste indifférence, cet abandonnement mortel pour notre race, quand nos rivaux épanchent par le monde leur inépuisable fécondité?
* Depuis dix ans, cette balance non-seulement a lieu, mais (autant qu'on peut s'en rendre compte par les imparfaits documents publiés) se règle par un léger excès de naissances. Cependant cet excès de naissances ne prouve pas encore que la population française puisse se suttire à elle-même, qu'elle soit acclimatée et apte à se passer, pour se soutenir et s'accroître, des 3,500 émigrants, que nous avons vus lui venir chaque année, car il est certain que cette population coloniale compte très-peu de vieillards et au contraire beaucoup d'adultes aux âges de fécondité et de faible mortalité. Si donc elle était au point de \-ue physiologique dans" un état normal, elle compterait beaucoup de naissances et peu de décès: n'en est pas ainsi. On peut dire seulement qu'il y a eu progrès, mais notre mortalité y reste considérable surtout la mortalité enfantine.
Que sont devenus les grands jours de la fédération sur l'autel de la patrie el K fécond patriotisme de nos pères ?
54. Migration chinoise. Cependant voilà l'antique pépinière des hommes, l'Asie, qui s'ébranle de nouveau. D'une part, le Japon nous présente le spectacle, inouï dans nos annales, d'un souverain instigateur d'une rénovation sociale progressive! Sous cette féconde impulsion, le Japon nous envoie, mais passagèrement, quelques-uns de ses enfants les plus distingués nous emprunter nos sciences et nos arts. D'autre part, la Chine et l'Inde, foisonnantes d'existences, se décident enfin, à notre profit ou à notre détriment (l'avenir seul résoudra ce problème), à satisfaire à l'appel du travail des Européens, et livrent à l'émigration définitive ou temporaire, des milliers de leurs plus humbles enfants. Dès aujourd'hui, presque toutes nos colonies européennes reçoivent, à titre d'auxiliaires, sous la dénomination de coolis (on prononce et plusieurs écrivent coulie<i), des cargaisons d'Indiens et plus encore de Chinois. Ces travailleurs, reçus comme succédanés des esclaves africains, sont le plus souvent des immigrés à titre temporaire. Les États-Unis ont reçu 41 400 Chinois dans la période 1851-60, et 68 060 dans la suivante 1861-70, et le dénombrement de 1870 accuse une population de 63 042 Chinois et 600 Indiens asiatiques. A Cuba, au commencement de 1873, on a relevé 25 000 Chinois; à Victoria, en Australie, en 1861, il y en avait déjà environ 25 000, mais ils inondent particulièrement la Californie, dans laquelle 1 2 000 sont déjà arrivés, dans les cinq premiers mois de 1873- Enfin, il y en a un nombre toujours croissant dans toutes les colonies françaises, anglaises, espagnoles, hollandaises. Heureusement que jusqu'à présent ces immigrants sont à peu près sans femmes, car ils vivent de si peu, occupent si peu de place, pullulent avec une si prodigieuse rapidité, que l'on peut redouter que, le jour où ils seront en famille, ils ne se substituent, par force de pénétration et par le fait même de leur médiocrité, aux Européens ; et, malgré les quafités incontestables de ces laborieux et sobres colons, cette substitution serait certainement de nature à faire rétrograder de plusieurs crans notre humanité arienne. Déjà pourtant ils contractent quelques alliances ; je vois qu'à Victoria 59 Chinois ont pu trouver à se marier : 14 avec des Anglaises, 28 avec des Irlandaises, 4 avec des Écossaises et Galloises, 2 avec des Allemandes, et 1 1 se sont contentés d'Australiennes.
55. Enfin, je terminerai et résumerai cette première partie, dans laquelle j'ai examiné les nations du vieux monde qui fournissent à l'émigration, par le tableau suivant, que j'emprunte à un document officiel recueilli par le gouvernement badois, qui résume, assure-t-il, toute l'émigration européenne en 1867- Mais, à la suite des nombres, souvent fautifs par insuffisance du relevé badois, nous mettons les documents qui depuis ont été fournis par les publications officielles des pays eux-mêmes qui reçoivent les immigrants. Nous croyons, en effet, que le document badois visait surtout cette partie de l'émigration qui se fait par les ports de Brème et de Hambourg, et qu'il a omis, en partie ou en totahté, celle qui s'effectue, non-seulement par Liverpool, le Havre, Anvers, qu'il cite, mais encore par Christiania, etc., etc. (voyez le tableau de la page suivante).
On pourra juger, par cet échantillon, combien est importante l'émigration européenne, et combien est imparfaite sa comptabilité.
56. Immigration en Amérique. 11 nous resterait maintenant à étudier les contrées vers lesquelles se porte cette immense émigration européenne, mais il n'y a guère que les États-Unis dont nous ayons pu nous procurer la comptabilité complète. La grande république déclare avoir reçu, depuis le commencement du
MIGRA TIOiN. 655
Allemands 17591 éraigrants, selon le document badois, mais les Étals-L'iiis accusent
cette même année avoir reçu 133 426 Allemands, dont 12 iss
Prussiens.
Irlandais 65 134 mais l'Angleterre assure en avoir Iransporté es G22 et les seul:
États-Unis accusent on avoir reçu los as?!
Anglais 33712 mais les Anglais annoncent à eux seuls en avoir transporté 5S 494.
Écossais 6 315 Id. id. 12866.
Suédois 4 843 mais les documcnls si précis de la Suède annoncent 9 334 émi-
grants dont 5 893 pour l'Amérique.
Suisses 3 985 les seuls Étals-Unis assurent en avoir reçu 4 168.
Français 3 204 les États-Unis assurent en avoir reçu 5 237, plus l'émigration dan»
l'Amérique du Sud.
Hollandais. ... 2 i56 les seuls États-Unis en enregistrent 2223.
Belges 1 623 sans autre renseignement.
Danois 1 372 les seuls États-Unis en enregistrent 1 436.
Italiens 1 032 Id. id. 1 612.
Norvège* .... 309 les documents norwégiens disent 12828!
Pologne 268 les seuls États-Unis disent 310.
Espagne 210 nombre certainement insuflisant. Les seuls États-Uuis qui ne sont
pas le lieu d'élection de cette émigration disent 904.
Russie 185 20s.
Portugal 76
Grèce 8
Turquie 6
242 025 et, d'après les autres documents un minimum de 364 000.
siècle, 7 803 865 immigrants, qui se décomposent comme il suit : jusqu'en i820, environ 250 000, ensuite à partir de 1820 et par période de 10 ans, la succession suivante :
151 824; 599 125; I 713 251 ; 2 598 214; enfin 2 491 451 dans la dernière période 1861-70-
Dans les pages précédentes nous avons dit la part de chaque nation ; nous avons vu les gros contingents appartenir aux Allemands et aux Anglais. J 'ajoutera que les États-Unis ont encore reçu de l'Amérique anglaise (Canada, etc.), en 1851-60 : 59 309 et en 1861-70: 167 349 immigrants, presque tous émigrants des îles Britanniques, qui trouvent un intérêt à taire ce crochet; du Mexique et du centre Amérique environ 3 000 personnes chaque décade ; à peu près autant des Açores, des Antilles 10 660 immigrants en 1851-60, et seulement 5 205 dans la décade suivante; enfin 70 000 à 80 000 de diveises contrées non spécifiées.
57. Tel est aujourd'hui, 1870, la composition de la population des États-Unis que sur ses 38 556 000 : 5 566 546 sont nés à l'étranger, ou 144 par i OOO habitants. Eu rapprochant cette donnée de celle du ^ 56, dans laquelle on voit que depuis 1820 les États-Unis ont reçu 7 800 000 colons, on voit qu'en 1870, 2 235 000 de ces immigrants ont disparu et que les colons survivants en 1870 (5 566 546) égalent le nombre des immigrants depuis 21 ans, 5; c'est-à-dire que ceux qui ont succombé, parmi les arrivés depuis 21 ans, 5, sont compensés par les survivants des immigrés antérieurs ; or j'ai montré §49 cette même relation empirique à très-peu près pour les Irlandais, pour les Anglais et Écossais ; mais seulement 20,4 pour la France, 19 pour l'Allemagne, et 18,4 pour la Suède et la Norwége, différences assez légères et qui s'expliquent pour ces dernières contrées par la nouveauté de gros contingents de leur émigration, dont les essaims plus jeunes ont été moins éclaircis par la mort. Quoi qu'il en soit, ces chiffres empiriques permettent comme je l'ai hasardé quelquefois dans le cours de cet article (§ 43, 46, etc.), de présumer ce que devrait être l'émigration annuelle pour fournir telle population d'émigrés ou inversement.
58. Professions des immigrants. Sur les 3 000 000 immigrants reçus pai' les
• Journal de la Soc. de St., 1871-72 12* n'.
G5fi MIGRATION.
États-Unis dont la profession a été relevée, I 398 500 étaient des journaliers; 976 600 des cultivateurs ; 571 500 des artisans non spécifiés ; 326 000 des niai'chands ; 140 700 des domestiques; 92 000 des mineurs ; 48 000 des commis; 14 800 des tisseurs et lilateurs ; 10 353 des médecins; 8 651 des couturières et modistes ; 7 443 des prêtres; 8 040 des boulangers; 6 160 des artistes; 6 600 des bouchers; 8 420 des tailleurs ; 8 000 des cordonniers; 4 520 des manufacturiers ; 4 221 des avocats ; 7 000 des maçons ; 3 750 des mécaniciens ; 3 640 des instituteurs, etc.
59. Age moyen et probable des émigrés. Nous avons donné g 27 les détails précis sur l'âge des émigrés Suédois, dont l'âge moyen est de 22 à 25 ans ; nous trouvons un document pour les émigrés Irlandais sur lequel nous calculons l'âge moyen : pour les hommes de 24 ans, et «3 ans 8 mois pour les femmes. Environ la moitié des émigrants, ont moins de 28 ans, les autres sont plus âgés ; 22 ans est ce qu'on appelle leur âge probable ou mieux médian.
60. La république Argentine reçoit depuis quelque dix ans un tribut croissant d'immigrants dont je n'ai pas les arrivages annuels, mais dont le census de 1869 peut donner une idée. On y voit une population qui a doublé tout à coup (dans les vingt dernières années) son croît normal (2t à 22 pour loo en 10 ans), et l'a élevé à 86 pour lOO en 20 ans (18i9-69) ; et en 1869, sur une population totale de 1 736 923 compte environ 212 000 étrangers, savoir : Italiens 71 442 ; Espagnols 34 080 ; Français 32 390 ; Orientaux (?) 1 5 200 ; Chiliens 1 0 9 1 0 ; Anglais 1 0 709; Boliviens et Brésiliens à peu près égaux ensemble 1 2 265; Suisses 5 860; Allemands 5 000; divers 14 1 4 1 . On voit que si les États-Unis du Nord sont presque exclusivement Anglo-Saxons et Germains, ceux des rives de la Plata sont surtout Latins.
61. Enfin la république du Chili est aussi un lieu d'une immigration encore restreinte dont son dénombrement de 1865 peut donner une idée, puisque sur une population de I 819 223 habitants ou compte 23 220 étrangers dont : Argen-
■ tins 8 423 ; Allemands 3 956 ; Anglais 3 II 6 ; Français 2 484 ; Espagnols I 300 ; ItaHens I 037 ; Chinois 82; Suisses 81 et divers 2 740.
62. Migrations réciproques des villes et des campagnes. Nous renvoyons à l'article ViLLÉGiATDRE ce qui touche l'émigration périodique des classes aisées à la campagne. Mais nous devons consacrer quelques lignes à l'émigration des campagnards dans les villes, migration toujours croissante et qui a des conséquences hygiéniques, intellectuelles, morales et politiques considérables. Aux articles Bavière, § 20 ; à l'aiticle Bretagne (Grande-), l'Angleterre, § 8, etc., nous avons dit les rapides accroissements des agglomératiens urbaines qui se rencontrent dans chaque pays et qui font la preuve de l'immigration incessante dont elles sont le siège. Ce mouvement n'est pas moins accusé en France. Ainsi dans la période 1836-61 l'accroissement des 170 plus grandes villes de France a été de 21 habitants par 1000 et par an, tandis que celui du reste de la France n'a été que de 1,3. Dans cet accroissement moyen annuel, Paris a compté pour 14,6 mais sa banlieue 193,4 et ensemble 34,6; Lyon pour lO,4 et sa banlieue 51, ensemble i»,» ; Marseille
26.5 ; Toulon 23,9 ; Lille 19,2 (la ville 4,5 etlabanlieue 81,6) ; etc., etc. Dans la dernière période, 1861-66, la ditférence des deux accroissements est moins marquée, mais encore considérable ; l'accroissement des villes a été seulement de
13.6 par an et par i ooo, et celle du reste de «,23. D'ailleurs, comme l'accroissement par l'excès des naissances sur les décès est plutôt plus grand dans les campagnes que dans les villes, il en résulte que ces énormes dilférences 'entre
l'accroissemenl des deux milieux tiennent uniquement au mouvement de migralion des campagnards vers les villes, mouvement qui se retrouve en Europe dans tous les pays dont nous connaissons les documents, la Finlande exceptée.
II. 63. Causes et effets des émigrations. A. Des campagnes vers les villes. On a beaucoup disserté sur les causes et sur les effets de ce mouvement si prononcé des jeunes campagnards vers^ les grandes cités. Les moralistes et les théologiens y ont vu la manifestation de la perversité des temps ou l'œuvre du démon. Mais une appréciation moins passionnée n'y découvre que les résultats complexes, d'une part, de l'appel incessant d'un travail plus rémunérateur, ou au moins paraissant tel, et de l'autre, l'attrait d'une existence plus variée, d'une activité sensoriale et intellectuelle plus indépendante et fort opposée à la vie monotone, végétative et très-dépendante du village, dépendante des autorités, dépendante de l'opinion très-tyrannique... Bonne ou mauvaise, cette tendance qui pousse nos jeunes gens à rechercher les milieux où, à leur risque et péril, ils se-* roiit plus libres de goûter aux émotions de la vie, à celles des sens comme à celles du cerveau, est d'autant plus prononcée (c'est une remarque qui a été faite partout en province), qu'ils sont plus vivants, plus nerveux, plus intelligents, plus instruits. Dans toutes les classes de la société, c'est aujourd'hui un des penchants les plus vifs, les plus prononcés du meilleur de notre jeunesse des campagnes, et j'ose dire le plus naturel, le plus légitime ;je sais ses périls, et pourtant je ne suis pas éloigné de le regarder comme des plus utiles. Beaucoup y périssent sans doute, mais ([uelques-uns s'y sont révélés, y ont atteint les premières places dans leurs professions respectives, depuis nos grands penseurs, nos grands écrivains, nos artistes, nos savants, jusqu'à nos excellents ouvriers parisiens, les uns et les autres contribuent puissamment à la gloire, à la prospérité de la patrie. Et je le demande, fussent-ils devenus les firemiers de leur profession et l'iioimeur du pays s'ils fussent restés dans leurs provinces ? C'est pourquoi je ne crois pas que le remcdeutile et désirableaux dangers manifestes de celte émigration vers les villes, se trouve ni dans les obstacles qu'on lui susciterait, ni dans de vaines lamentations, je crois qu'il faudrait s'efforcer d'offrir au village même cette plénitude de vie, cette activité sensoriale et intellectuelle cju'on ne trouve aujourd'hui que dans ou aux abords des grandes cités. Bien que difficile, il ne serait peut-être |ias impossible à une bourgeoisie, campagnarde mais intelligente, bi intéressée d'ailleurs à retenir les jeunes gens aux travaux agricoles, d'y développer une vie intellectuelle plus vive, d'y organiser une concurrence aux villes au grand profit de l'hygiène physique et morale des jeunes générations; au moins y aurait-il lieu de feuler cette œuvre! C'est le contraire qu'ont entrepris nos dignes cl inlLlIigenls hobereaux de village : ayant remarqué avec raison que ce sont les jeunes gens les [dus instruits qui sont le plus entrahiés vers les villes, non-seulement ils ont hoimi l'instruction, mais ils ont, sans plus de vergogne, organisé en faveur de l'ignorance une ligue dont le mot dordre est de n'accepter pour valets de ferme ipie des paysans complètement illettrés. Quoi d'étonnant (jue notre jeunesse fuie de tels protecteurs ^ ?
' Je dis vers et non dans les villes, car c'est la périphérie des gi'andes cités encore plus que la ville elle-même est le siège de cette immigralion.
* Nous-même avons souvent constaté, surtout dans le Midi (Ariége et Haute-Garonne], de riches bourgeois campagnards fort hostiles à l'instruction élémentaire, et voilà que, dans une intéressante brochure, M. le professeur Rosy, de la faculté de droit de Toulouse, vient de dénoncer la ligue ci-dessus désignée 1
DICT. ENC. 2' S. VU. 42
64. B. Causes et effets de l'émigration à létranger au point de vue démographique. Toutes souffrances physiques ou morales sont la cause origineUe et presque exclusive que l'on rencontre au début de toute émigration un peu considérable, que ces souffrances soient un effet de la nature ou celui des gouvernements : intolérance religieuse, oppression politique, impôts excessifs, service militaire trop prolongé ou trop dur, ou enfin aversion pour un gouvernement, pour des lois ou des administrateurs imposés; voilà pour les excitations qui viennent des gouvernements. D'autres viennent de la nature, ou des évolutions sociales elles-mêmes : c'est une série de mauvaises récoltes, un sol dont la productivité bornée ne peut se développer proportionnellement à la population comme en Norwége, ou les graves perturbations dans le travail, les luttes intestines des classes, celles du capital et du travail comme aujourd'hui en Angleterre, les misères qu'engendrent les changements trop prompts dans la valeur des choses, comme aujourd'hui en Prusse.
65. Cependant le lecteur pourrait objecter avec raison que l'énergie de l'émigration ne paraît nullement proportionnée à celle des causes signalées ; il est vrai ; c'est qu'il faut un autre élément pour décider un grand nombre à quitter le sol, le milieu oii l'on est né; c'est l'espoir, la presque certitude de trouver mieux ; or cet espoir est allumé quand les plus aventureux ayant trouvé un gîle heureux, en informent leurs parents et amis plus timorés ou plus prudents et restés au pays. Quelquefois les annonces intéressées, véridiques ou mensongères, de ceux qui tirent profit de l'émigration ont rempli le même rôle. C'est alors seulement qu'interviennent les différences de temps et de race : suivant l'état mental, la constitution cérébrale, cet espoir naît et se propage plus ou moins vite dans le cœur des hommes, jusqu'à devenii' contagieux et à saisir les foules avec une énergie extrême et l'aveuglement trop souvent funeste qui caractérise toujotirs ces entraînements collectifs.
^%. Si les nouveaux séjours sont dans des conditions climatériques favorables à la race qui s'y est fixée; si les immigrés y prospèrent, alors il? attirent ceux restés aux vieux pays, et la migration devient un courant continu, une habitude pour ainsi dire physiologique du pays qui la fournit, et alors un phénomène de biologie sociale des plus singuliers s'y manifeste : la natalité n'y est plus seulement, comme ailleurs, en relation avec la production et avec la mortalité du pays, mais encore avec l'émigration, qui, après avoir été le résultat d'une forte natalité, en devient la cause, entretient et stimule cette natalité exubérante. C'est un point qui m'a paru résulter très-nett€ment de l'ensemble de mes études, de la corrélation étroite qui, dans les pays d'émigration (Prusse, Angleterre, Suisse, Suède), existe entre les voies nouvelles ouvertes à l'émigration et l'accroissement des naissances (Angleterre, Prusse), ou inversement des mouvements d'émigration empêchés ou amoindris, et bientôt après la natalité diminue. C'est un fait qu'on observa très-nettement en Suisse après la suppression du louage à l'étranger des soldats suisses (Hte Passy), etc. Ces conclusions seront démontrées à l'article Natalité ; nous y établirons encore un fait subséquent à celui que je viens de signaler, c'est que tout pays ainsi engagé dans une natalité, ou exubérante ou affaiblie, et surtout dans ce dernier cas, s'y maintient plus longtemps que les causes qui ont déterminé ce mouvement ; autrement dit, cette natalité spéciale (touffue ou clair-semée) ne se proportionne pas seulement au travail disponible ou aux facilités de l'émigration; un autre élément tout subjectif de la natahté s'y manifeste longtemps après que les causes objectives, qui fout
d'abord déterminée et longtemps maintenue, ont cessé de se faire sentir.
67. Il résulte encore de ce qui précède que l'émigration, qui est un moyen de stimuler une natalité devenue trop languissante, est aussi, dans un bon pays, un moyen d« tenir toujours pleine la coupe des vivants. En effet, quand une nation est prospère, comme l'Angleterre, la Suisse et même le Palatinat; que ses enfunts aiment la patrie et ne s'en séparent qu'avec peine, mais oîi l'habitude de l'émigration a développé ou entretenu une puissante natalité, on émigré, mais seulement après avoir recherché, saisi tout le travail disponible de la patrie ; ainsi le pays est toujours plein, le nombre relatif de ses nationaux s'accroît à mesure que de nouvelles sources de productions sont découvertes, et cette densité est sans danger : le pays nourrira tous ses habitants, car ceux qui ne peuvent s'y faire une place émigrent. Ainsi l'émigration, qui a permis une natalité exagérée, devient un trop-plein et comme une soupape de sûreté contre cette exagération même.
68. Aussi faut-il une oppression séculaire comme en Irlande, en Pologne, ou bien un sol ingrat comme en Scandinavie, en Ecosse, ou même en Prusse, en Suisse, pour qu'une population qui fournit continûment un gros contingent à l'émigration, ne présente pas le maximum de densité relative aux conditions de son sol et de culture de ses habitants.
Ces considérations, que nous sommes obligé de poser très-sommairement, trouveront, aux articles Natalité, Population, leur développement et leurs preuves; mais leurs conclusions pratiques sur les effets de l'émigration et sur ses lointaines conséquences nous ont paru d'une si haute importance pour 'notre patrie, que nous avons dû les présenter ici dans leur ensemble, afin que nos conclusions soient bien comprises.
69. Effets prochains et éloignés de V émigration au point de vue économique et patriotique. Tout homme qui sort de l'enfance représente un capital accumulé sur sa tête, car jusqu'alors improductif, il n'a été que consommateur; puis, pendant les quelques années de son adolescence, il va commencer à produire à peu près sa consommation; adulte enfin, il sera producteur, non-seulement de sa consommation, mais encore d'un excédant qui lui permettra, soit d'élever à son tour une famille, soit d'accunmler ses réserves (excès de sa production sur sa consommation) et de constituer un capital non moins important pour sa patrie. Au contraire, s'il disparaît de la collectivité qui l'a élevé avant d'avoir accompli cette œuvre, remboursé ce qu'il a coûté, ou en élevant à son tour une famille, ou au moins en laissant un capital au moins égal à celui qu'il a consommé, son existence se résout en une perte sèche pour la collectivité qui l'a élevé ; c'est un débiteur insolvable. Or cette faillite reconnaît trois causes : l'une, fatale, est une mort prématurée ; une autre, au moins humiliante, une infirmité physique ou morale (paresse, perversité, etc.), rendant impropre au travail ; enfin, la troisième est l'émigration; alors, il est vrai, la perte n'est pas pour l'humanité, qui y gagnera, sans doute, mais pour la patrie.
70. Quel est le montant de cette perte? Quel est le capital alpsorbé pour créer cet émigrant? En Prusse, au temps où l'argent avait encore beaucoup de valeur, le docteur Engel pensait l'estimer avec beaucoup de précision à un minimum de 750 thalers (2 800 francs) ; mais, dans cette estimation, il s'est glissé une omission importante ^ Cependant un statisticien américain, Kapp, reprenant cette
' Nous croyons en effet que l'estimation du savant statisticien est tout à fait insuffisante parce que, dans le bilan qu'il fait de la dépense pour élever un homme à 20 ou 'Ih aas (âge
évaluation au point de vue de la moindre valeur de l'argent américain, mais sans réiiarer l'omission signalée dans ma note, l'évaluait à 1 1 25 dollars (soil 5 625 Iraucs). Plus lard il. E. Young, reprenant l'estimation d'un immigré aux Etiits-Unis, non plus d'après son prix de revient, mais d'après son rapport immédiat, l'évalue à une valeur minimum de 4 000 francs.
71. D'après cette estimation, il calcule que les Étals-Unis, en Vannée 1870, . ont reçu des pays d'émigrants un don de plus de 1 milliard et demi de francs, et, depuis un demi-siècle, de plus de 51 milliards de francs! Si l'Allemagne envoie chaque année plus de 100 000 émigrants aux États-Unis, c'est chaque année un tribut de 400 000 000 de francs qu'elle paye à la grande république. Cependant on aurait lort de regarder ce tribut comme entièrement perdu pour lAllemagne ; ces innombrables émigrants ont constitué une influence tudesque qui s'est fait largement sentir dans la dernière guerre entre la France et la Prusse, et ont neutralisé tout mouvement favorable à la France, à laquelle reliaient d'anciens €t pieux souvenirs. Par le fait des flots toujours croissants de l'immigration anglo-saxonne et germanique aux États-Unis, cette grande et puissante république est définitivement teulonique, dans l'acception la plus large du mot, et l'élément français, qui y avait été si largement mêlé dans ses origines, est désormais submergé.
72, Nous avons vu l'Angleterre payer aussi un immense tribut à l'émigration, mais avec moins de préjudice que l'Allemagne, puisque, à part l'émigration irlandaise, plus du tiers de ses émigrants anglais ou écossais s'en vont dans ses propres colonies, et continuent avec la métropole les précieuses relations d'échanges et de concours qui, sans aucun préjudice pour les colonies, sont une source de richesse et d'influence, de puissance pour l'Angleterre ; et que partout ailleurs, alors même qu'elle perd ses colons, elle implante solidement sa langue rapide et expressive.
75. Si maintenant, à la clarté des faits que nous avons déroulés, nous jetons un regard d'ensemble sur notre patrie, nous la voyons recevoir une immigration qui constitue une population d'immigrés, mais d'immigrés en majorité tempo, raires, de 500 000 à 600 000 étrangers; et, d'autre part, fournir à l'émigration un courant capable de constituer une population presque égale; mais, tandis que, par l'immigration incessante qu'elle reçoit, la grande république américaine accroît démesurément ses richesses et sa puissance, tandis que par sa puissante émigration l'Angleterre, si elle paye un gros tribut à l'Amérique, au moins en est plus ou moins dédommagée par l'extension de son sang, de sa langue, et surtout par l'accroissement d'activité, de richesse, d'influence et de puissance que lui procurent ses nombreuses et prospères colonies; et l'Allemagne elle-même, soit en s'inûltrant dans les populations déjà existantes et en germanisant fort avant
moyen des émigrants), il omet de compter le surcroît de dépense par suite des morts prématurées, des infirmes, etc.; ainsi les tables de survies montrent que pour avoir 100 hommes (ou femmes) de 20 ans, il faut en élever 156 en France, 158 en Belgique, 187 en Bavière, je ne sais pas combien en Prusse, qui n'a pas de table de survie, mais qui ne saurait s'éloigner de la Belgique. Ainsi pour estimer le coût de l'élevage de 100 émigrants, ce n'est pas ce que coûtent 100 enfants deOàiOans, mais environ ICO nouveau-nés, dont les déchets successifs se résoudront enfin à 100 adultes de 20 ans; vu la mortalité très-rapide de la première et même des premières années de la vie, l'accroissement de la dépense ne sera pas dans le rapport de 100 à 160, puisque beaucoup seront déjà morts dès la fin de la première, de la seconde, etc., année d'âge, mais enfin la plus-value des survivants à 20 ans n'en sera pas moins très-nolable, et ne peut être négligée.
les frontières de ses voisins, soit, par la masse de ses colons transocéaniques, a su déjà tirer les profits que l'on sait des différentes formes de son émigration. La France seule a ce guignon, que son immigration et son émigration, bien loin de se neutraliser, lui sont également funestes !
74. A. D'une part, son immigration ne lui profite pas, au moins dans la même mesure que l'immigration des Amériques, puisque la grande partie de ses immigrés ne le sont que temporairement; en temps de paix, ils ramènent chez eux et leur économie et leur descendance; en temps de guerre, ils s'unissent ou même s'arment contre nous avec tous les avantages que leur donnent leur relation et leur connaissance du pays. Mais le plus grand préjudice que nous cause cette immigiation, c'est de se substituer à notre natalité. En France, aux périodes .de prospérité, les appels du travail, qui devraient, suivant la biologie des colleclivités, activer la natalité, activent bien plus l'immigration; celle-ci fait concurrence à celle-là; nous fournissant des hommes tout faits, elle nous empêche de sentir le stimulus du travail, et nous maintient dans notre chétive natalité; elle nous trompe en nous faisant accroire que nous avons assez d'hommes pour répondre à l'api^el — du travail sans doute — mais non du canon, car ce jour-là cet appoiut fourni par l'immigration s'évanouit.
75. B. D'autre part, tiotre émigration, qui nous enlève chaque année, sans doute, près de 20 000 Français (et peut-être plus), se fait en pure perle; et, si l'on en excepte l'Algérie, dont le rapport est encore négatif, et dont l'avenir, au moins au point de vue de notre acclimatation (je dis de notre faculté d'y développer enfin une population propre, prolifique et vivacé), est fort problématique, notre émigration se fait en pure perte, impuissante à créer nulle part des foyers de rayonnement de notre nationalité, de notre langue, de tout ce qui constitue notre race.
76. Cependant, quand on a bien pesé les Influences qui agissent sur la natalité des peuples {vog. Natalité), on reste convaincu qu'une seule chose pourrait activer notre multiplication : de l'espace, des débouchés au travail, l'espérance de se créer facilement une place au soleil, d'acquérir une position; or l'expérience de nos proches et de nous-mêmes nous a cruellement démontré combien cest une entreprise dilficile dans notre pays, qu'à tort ou à raison nous croyons plein ^, et qui en efiet exige de grands et longs efforts pour s'y faire place. Donnez à cette population française de l'espace, de la liberté, un climat salubre et un ijol fertile, l'espérance légitime d'y acquérir indépendance et bien-être, vous verrez aussitôt notre natalité allanguie reprendre sa plus haule puissance. Que faut-il pour cela? Des colonies qui ne soient pas sous un ciel torride comme la plupart de celles qui nous restent ; le libre développement, le self gouvernement.
Pour remplir ce desideratum, l'Algérie elle-même me semble bien peu clémente pour nos nouvelles génératious, sans compter les Arabes, prétexte tou-
* La densité de la population est très-secondaire ici, et est d'ailleurs un fait qui s'assoit sur des éléments très-multipliés. Notre sol, quoique excellent est moins uniformément cultivable que le sol belge ou celui de l'Angleterre propre, notre sous-sol n'est pas aussi riche en houille que le sol anglais ou belge ; ce n'est pas la surface du sol qui règle le nombre d'habitants dont il est capable, mais les éléments de iiroduclion qu'il peut fournir, el aucune statistique ne permet de v'\e\\ hasarder sur ce point; puis, même à richesse égale du sol et du sous-sol, il y a encore des exigences différentes chez les nations résultant du degré de civilisation,. de culture et du climat, etc.; il faut plus de produits, et partant une plus grande surface du sol. pour faire vivre, satisfaire un Français qu'un Irlandais, et a /bcitor* qu'un Espagnol, qu'un NapolKain.
662 M,IGRATION.
jours renaissant (et, assure-t^on, fort utilisé) à la détestable administration du sabre.
77. Le jour oii un gouvernement appliquera les enseignements de la démographie en découvrant et en appropriant à notre émigration un des rares territoires qui peuvent encore rester disponibles dans une zone tempérée et salubre, ce jour-là il aura fait pour le développement de notre natalité épuisée ce que partout l'application de la science a fait pour le développement de l'industrie. Pour faire naître les hommes comme les choses, il y a un déterminisme qu'il faut connaître et appliquer. Ces conditions, ce déterminisme générateur d'hommes, c'est la démographie qui a mission de le découvrir ; nous avons essayé d'en dire de suite quelques-uns des éléments les plus importants. S'ils sont vrais, qu'on les essaye, et l'on verra notre natalité, aujourd'hui si misérable que nos, naissances surpassent à peine nos décès, se relever soudain et reprendre l'exubérance qu'on lui voit chez tous les peuples migrateurs, et chez nous-mêmes quand nous sommes dans les conditions déterminées ci-dessus, comme chez nos Français du Canada. Mais hélas ! nous n'avons plus de colonies salubres. L'erreur de ceux qui ont présidé à nos" établissements coloniaux a été de croire qu'une bonne colonie devait être nécessairement tropicale, afin de produire du sucre et du café; mais ce ne sont pas des épices qu'il nous faut pour nous défendre contre la marée montante du germanisme, ce sont des hommes, et notre race n'en fera jamais sous les tropiques !
III. Conditions sanitaires de V émigration ou plutôt de l'immigration. Ces conditions embrassent trois périodes : a. le voyage ; ê l'installation et l'établissement et le séjour.
78. a. Les émigrations sont au solitaires, ou en petit groupe que relie un lien soit de famille, soit au moins d'amitié, de longue camaraderie, ou en grande masse, groupe qu'assemble un même esprit d'émigration, une même nationalité. Le premier mode, l'émigration de l'homme isolé, à moins qu'il ne s'agisse de s'établir dans une localité où il retrouve les siens, exige une grande énergie, une longue fermeté de corps et d'âme. L'émigration en masse est toujours très-périlleuse et aboutit à une misère, à des malheurs presque certains, à moins qu'une administration des plus vigilantes et des plus puissantes n'en prépare toutes les étapes. Rien de plus lamentables que les innombrables histoires de ces douloureuses odyssées dont la famine et les maladies contagieuses sont les dénoûments obligés. L'exemple le plus récent nous a été donné en 1862 par l'émigration des Mingréliens, fuyant la conquête moscovite et se réfugiant en Asie Mineure, où la peste, la plus horrible misère les anéantit.
Même quand ces émigrations en masse sont conduites par une administration, elles ont peu de chances de succès ; la prudence, la responsabilité individuelle sor.t comme fascinées et engourdies par cette tutelle, le plus souvent pourtant impuissante à prévoir tous les besoins, à satisfaire tous les appétits; puis tout y prend un caractère épidémique et contagieux, les maladies, les découragements,' les
révoltes ou les paniques.
79. Une immigration est toujours une opération aventureuse, et quand on l'entreprend, au moins faut-il mettre toutes les chances de son côté; on y parviendra en émigrant par groupes familials, ou tout petits groupes d'amis intimes se connaissant et s'estimant de longue main; il faut que les santés soient sohdes, les coiirages bien trempés, car quoi qu'on fasse, on aura des épreuves physiques et morales à soutenir.
MIGRATION efi'-
Nous n'avons pas de chiffres à fournir, mais nous savons que la morlalité des éraigrants est notablement aggravée et souvent considérable ; nous avons vu que la simple traversée d'Angleterre en Australie est singulièrement meurtrière pour les enfants, et que la mortalité des femmes et des hommes adultes eux-mêmes est accrue,
80. 6. Climat. Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit dans notre article Acclimatement il y a dix ans. Depuis nous n'avons pas perdu une seule occasion de nous renseigner sur les faits nouveaux, mais il n'en est résulté pour nous aucun renseignement modifiant nos conclusions d'alors. Nous ne pouvons que confirmer combien est téméraire un établissement dans un climat fort diiférent de celui que l'on quitte, et surtout s'il a une température plus élevée.
Comment se foit-il que de toutes nos. colonies (la Nouvelle-Calédonie et peutêtre la petite île de la Réunion exceptées), il n'en est pas ou plutôt il n'en est plus qui soit salubre? il n'en est pas où notre population française puisse se déveloj^per avec cette énergie qu'on lui voit encore au Canada? C'est que nos gouvernants, gens lettrés quelquefois, n'ont jamais eu la moindre dose d'esprit scientifique, et que dans leur détermination, ils interrogent leur raison, au lieu de s'informer de la raison des choses, et, quand il s'agit des hommes, les convenances biologiques sont le dernier de leur soucis. Us en sont toujours au prétendu cosmopolitisme du genre humain, préjugé avec lequel on a sacrifié tant de milliers de malheureux colons. Ainsi, à l'heure qu'il est, tandis que l'Angleterre a le Canada, l'Australie, la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande, le Cap, où peuvent se développer des populations ariennes cent fois plus nombreuses que celles de l'Angleterre elle-même, nous n'avons rien, nous, que notre Algérie, oh notre acclimatement définitif est encore très-problématique, puisque nous n'avons pas encore surmonté les dangers les plus nombreux, ceux de la quatrième et dernière étape de ï acclimatement {voy. ce mot p. 508-9), et ces dangers qui aujourd'hui arrêtent l'essor de notre race française (ou anglaise) dans les Antilles, ce sont ceux, qu'on ne l'oublie pas, qui ont fait fondre les colonies grecques et romaines sur ce même sol africain. Quant à notre nouvelle colonie de l'Indo-Chine, on peut dire que son insalubrité et notre inaptitude à y prospérer y sont certaines, aussi certaines que dans l'Inde.
81 . Et pourtant nous avons établi que pour solliciter notre natalité qui s'allanguit, pour ne pas perdre chaque année nos ( 5 000 à 20 000 émigrants qui vont se fondre, soit aux États-Unis, soit dans le bassin de la Plata, il nous faudrait aussi une Victoria. N'en est-il plus sur la terre? Nous laisserons nous ravir les derniers restes des terres propres à l'extension de notre race quand nos rivaux les Anglo- Saxons et les Germains, branches maîtresses de l'arbre Teutonique ; les Hispano- Ibériens et les Italiens eux-mêmes s'épanchent de tous côtés et recouvrent le globe de leurs innombrables rejetons ; resterons-nous confinés, déplus en plus resserrés (relativement et absolument) dans notre antique, mais inextensible sol de Gaule, de sorte que de grande nation, nous deviendrons une fraction minuscule du genre humain? Bertillon.
BiBLroGRAPHiE. — Rapport spécial sur l' immigration aux Etats-Unis, par Edw. Youjfc, che du bureau de la statistique à Washington, 1872. — Journ. de la Soc. de Statistiq. de Paris, 1860-75. — Report of the Emigration Commiss. London (au moins 10 Reports, 1860-72). — Statistique de France, dénombrement de 1851, 61 et 06. — Mouvement 1855-60. — Document de la statistique off. de Pmsse, Popidalion, etc. Berlin, 1867; Ibid., de la Suède, 1860-75; de Rrêmc, etc., etc. — Exposition intercoloniale de 18G0 et progrès de Victoria depuis 1855 jusqu'en 1866, par \\. Archer, directeur de la statistiq. de Victoria, traduit par
«IIKAIMA.
G. LissiGNOL, secret, du consulat français. Melbourne, 1866. — Émigration européenne, de M. Legoït, 186 . — Rapport au ministre de l'Agricult., etc., sur l'émigration européenne par F. Heurtier, conseiller d'État, 1854.— Peévost-Pabadol. In Revue des Deux-mondes f B.
miKANiA. Wild. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Composées, tribus des Eupatoriées. Une espèce de ce genre est surtout célèbre, et. c'est elle que nous allons particulièrement étudier : on la nomme Mikania Guaco, et elle donne une des substances qu'on a nommée Guaco dans le commerce. C'est une liane à racine vivace, profondément enfoncée eu terre : la tige, parfois radicante à la base (Guibourt), est volubile et s'élève sur les arbres jusqu'à une hauteur de 10 mètres. Elle est rameuse et porte des feuilles opposées, pétiolées, ovales aiguës, légèrement dentelée.* sur les bords, longues de 15 centimètres environ. Les capitules se réunissent en une inflorescence corynibiforme placée à l'extrémité des jeunes rameaux. L'involucre est formé de quatre bractées lancéolées, épaisses, hérissées en dehors, et entourent un réceptacle nu portant quatre fleurons hermaphrodites, d'un blanc terne, formés d'un tube cylindrique de même longueur que les pièces de l'involucre et d'un limbe campanule à cinq divisions. Les étamincs, au nombre de cinq, forment, par la soudure de leurs anthères, un tube à travers lequel passe un style simple, divisé en deux branches stigmatiques très-longues et divergentes. Les akènes sont marqués de cinq angles et surmontés d'une aigrette simple, sessile, de couleur rougeâtre.
Le Mikania Guaco croît dans la Nouvelle-Grenade, dans la vallée de la rivière Magdalena, au Rio-Cauca, dans le Choco, à Barbacoas. Depuis longtemps, les naturels du pays l'employaient contre la morsure des serpents et comme vulnéraire, lorsque Mutis établit la réputation de cette plante et que de Humboldt et Bonpland, sur les indications du botaniste néo-granadin, parlèrent des effets aussi inappréciables qu'inattendus qu'elle offre à la médecine. « Il paraît bien prouvé, ajoutent-ils, par les expériences de Mutis, que c'est le remède le plus propre à combattre la morsure des animaux venimeux. C'est le suc de Guaco, ou la décoction de la plante prise à l'intérieur, qui annule les effets funestes de la morsure des serpents. 11 est très-utile aussi d'appliquer sur la partie blessée un cataplasme fait avec les feuilles et de le renouveler souvent. »
M. Guihourt, dans ses Recherches sur les plantes nommées Guaco, a cherché à établir que les plantes de ce nom, vraiment douées de propriétés actives, doivent être rapportées aux Aristoloches et que le Mikania Guaco ne peut avoir absolument aucune efficacité. Sans entrer dans la discussion de ce sujet, nous ferons cependant observer que des botanistes de la Nouvelle-GrenaJe, et particulièrement M. Triana, nous ont affirmé de la manière la plus certaine l'efficacité du Guaco, au moins comme tonique et excitant, et qu'avant de prononcer définitivement sur cette question il faudrait peut-être faire des expériences avec la plante fraîche, et non avec les échantillons secs que possédait seuls Guibourt. On a préconisé en Europe la plante, non-seulement comme vulnéraire, mais aussi dans le traitement des maladies syphilitiques.
A côté du Mikania Guaco, signalons le Mikania opifera Mart., qui vient au Brésil et dont la tige volubile porte des feuilles cordées, acuminées, ondulées, dentées ou entières. On la nomme, dans le pays, Erba de Cobra (herbe du serpent), et on lui attribue, comme au Guaco, des propriétés contre les morsures des animaux venimeux.
Enfin, il faut aussi indiquer le Mikania officinalis Mart., à tige dressée, glabre, portant des feuilles décussées, ovales, presque triangulaires, cordées à la base,
dentées sur les bords, entières à la partie supérieure. Cette plante porte au Brésil , où elle croît, le nom de Coraçao de Jesu; elle est employée dans le pays comme succédané du quinquina et de la cascarille, comme fébrifuge et tonique. Elle est en effet amère et aromatique.
HcJiBOLDT et BoNPLAND. Platitcs équinoxiales. Il, 86. — Kuxth. Nova gênera americana, IV, p. 154. — ^YILLDEN0W. Species plantarum, III, 174-2. — Alibert. Traité de Thérapeutique etde Matière médicale, II, 552.— Mérat e De Lens. Dictionnaire de matière médicale,\U, 281. — Endlicher. Gênera Plant., n" 2282.— Blot. Thèse inaugurale, à la Faculté de médecine de Paris, 8 août 1825. — Guiuoiirt. Recherches sur les Plantes nommées Guaco. In Journal de Pharmacie et de Chimie, 4= série, YI, 81, et Drogues simples, Q' édit., p. 69. Pl
MILAX. Sous ce nom, Dioscoride a parlé d'une plante qu'on rapporte au Taxus haccata ou If. Belon a aussi attribué ce nom à la Garouille {Qiiercus cûccifei'a). Pl.
ITIIL-HOMEKS. On donne ce nom à quelques espèces d'Aristoloches et particulièrement à l'ylrisf o/ot/î/fl cymbifera Mart., dont les racines amères, aromatiques et plus ou moins nauséeuses, sont employées en Amérique contre la morsure des serpents [voy. Aristoloche). Pl.
MILIAIRE. Le terme de miliaire, employé seul à titre de substantif, ou annexé adjectivement aux mots éruption, affection, etc., s'applique non à une maladie proprement dite, mais à une affection cutanée éruptive caractérisée par de petites vésicules, à base érythémateuse, comparées pour la forme et le volume aux grains de millet (milium), contenant un liquide d'abord transparent puis opaque, qui disparaît assez promptement sans laisser autre chose qu'une desquamation épidermique très-légère et de peu de durée.
I. Considérée pendant longtemps, et à bon droit, comme une éruption secondaire et accessoire, commune à diverses maladies, \a.mi[iaire, acquit tout à coup, vers le milieu du dix-septième siècle, une importance de premier ordre aux yeux des médecins ; ce fut d'abord à Leipsick (1652), où une épidémie meurtrière, qui avait atteint les femmes en couche, ayant été remarquable par la fréquence de la miliaire, les praticiens furent à ce point impressionnés par l'affection cutanée intercurrente, qu'ils crurent constater une maladie éruptive nouvelle ; puis, des épidémies de même nature ayant été observées en différentes régions de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Italie et de la Franco, la miliaire fut étudiée partout dans le même esprit. Les nombreuses relations qui furent données de ces épidémies, témoignent de la plus étrange confusion : toutes les maladies fébriles, toutes les fièvres, toutes les affections exanthématiques dsvinrent des fièvres miliaires, pourvu qu'une éruption vésiculeuse quelconque apparût sur le corps du malade à quelque moment de la maladie, et même quand il n'apparaissait aucune éruption (miliaire larvée) ; puis les symptômes de toutes ces maladies dissemblables réunies ensemble furent conglomérés, catégorisés et classés pour constituer la plus étrange aberration nosologique que l'on puisse concevoir, aberration qui subsistait encore h. la fin du siècle suivant dans toute son intégrité, ainsi qu'on en peut juger par la citation suivante :
« Souvent, dit Borsieri, la maladie miliaire revêt la forme et l'apparence de plusieurs autres affections, afin de mieux tromper le médecin. Nous avons déjà fait remarquer que, parfois, la miliaire simulait l'hystérie et l'hypochondrie, la fièvre intermittente, la fièvre cataiThale et la fièvre rhumatique, la fièvre inflam-
matoirc, la fièvre bilieuse et gastrique. J'indiquerai maintenant d'autres affections dont la maladie miliaire imite si bien la forme et la nature qu'on peut très-difficilement la reconnaître, si ce n'est après l'éruption des pustules ; ces affections sont la pleurésie, la péripneumonie, l'angine, le rhumatisme, l'arthrite, l'apoplexie, les insultes épileptiques, la colique néphrétique, l'crysipèle de la face, et autres ; mais les plus fréquentes sont les premières mentionnées. Dans ces cas, la matière ou foyer miliaire envahit telle ou telle partie avant de se porter sur la peau, et fixée sur ces parties, elle en imite les maladies ! »
Il y avait cependant déjà longtemps que de Haën avait essayé d'opposer la vérité à celte déviation générale du sens médical, et d'établir que la miliaire, dans les maladies diverses, pendant \e cours desquelles elle apparaissait, n'était qu'un symptôme secondaire, le plus ordinairement relié aux procédés thérapeutiques de l'époque ; mais il n'était parvenu à convaincre qu'une partie des médecins; toutefois, à partir de ce moment (1760), l'opinion médicale au sujet de la miliaire fut divisée, et, en 1778, lorsque la Faculté de médecine mit au concours la question de l'essentialité de la miliaire puerpérale, Gastellier, qui résolut la question \y.\r la négative, no fit que formuler pour l'affection puerpérale l'opinion que la généralité des médecins de l'époque possédait plus ou moins confusément au sujet de la miliaire en général, à ce point que la non-essentialité fut immédiatement étendue à toutes les espèces de miliaire, malgré les protestations de Gastellier luimême, qui déclara ne refuser l'essentialité qu'à l'espèce puerpérale, mais la conserver'expressément à l'espèce épidcmique.
Ce n'est donc pas sans un étonnement extrême que l'on voit, en 1781, Borsieri reprendre pour son compte, comme nous l'avons déjà indiqué, toutes les erreurs de ses devanciers pour les réunir en faisceau, reconstituer la plus injustifiable des conceptions nosologiques, et, apportant une passion singulière dans la discussion, aller jusqu'à suspecter la bonne foi des médecins qui ont conclu à la nou-essentialité : « Tout récemment, dit-il, et comme ennuyés de l'opinion communément reçue, et la plus vraie, la plupart des médecins de Paris, race changeante et amoureuse de la tiouveauté, ont, peu à peu, adopté l'avis qui tient les exanthèmes miliaires des femmes en couche pour différents des exanthèmes communs et épi-
démiques, et les considère comme seulement symptomatiques C'est, sans
doute, pour plaire à la Société de médecine de Paris que Planchon et Gastellier répondirent par un commentaire particulier c[ue les exanthèmes miliaires survenant chez les femmes en couche ne sont pas une maladie essentielle ou primitive, mais une maladie symptomatique... ))
Il ne faudrait pas croire que la confusion des affections les plus diverses sous le nom de miliaire ait universellement cessé aujourd'hui, et le professeur Hebra donne à cet égard un témoignage important à recueillir. « J'ai été amené, dit l'éminent professeur de Vienne, à cette opinion (que la miliaire sert encore, dans quelques pays, de dénomination à diverses affections dont elle n'est qu'une complication), non-seulement par des conversations répétées avec des médecins tels que Helm et Cipriani, qui ont longtemps exercé dans ces contrées où l'on observe, dit-on, la Miliaria endematica, mais encore par les observations que j'ai eu occasion de faire dans les hôpitaux de l'Italie. Tai vu souvent le mot « Miliaria » inscrit sur la feuille placée à l'extrémité du lit du malade; mais celui-ci était toujours, en réalité, affecté de simples sudamina, ou de quelqde autre maladie CUTANÉE, ou encore il souffrait du typhus, d'une lésioîs du cœur, de rhumatisme, ou bien il avait subi, récemment, I'action de I'air confiné. »
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En fait, depuis le commencement du siècle actuel, à part quelques exceptions rares, la miliaire n'est plus considérée que comme une éruption secondaire, commune à divers états morbides, reliée à diverses médications internes ou externes, ou bien encore à certaines conditions de pays, de climat et de température ; et, depuis que la suette est nettement distinguée, eu même temps que le diagnostic général a acquis un plus grand degré de précision, il n'est plus question de maladie ni à'épldémie miliaires. Les auteurs des traités classiques les plus récents, ou ne mentionnent pas la miliaire, ou ne la signalent que pour déclarer expressément qu'il n'existe que des éruptions miliaires symptomatiques, et aucun état pathologique indépendant, méritant le nom de fièvre miliaire.
Il faut faire quelques exceptions cependant, et d'abord pour un nosologiste éminent, Élie Gintrac, de Bordeaux, qui, tout en reconnaissant que la miliaire n'est, le plus ordinairement, qu'un épiphénomène , est disposé cependant à admettre encore (1859) l'existence d'une fièvre miliaire essentielle. Ce savant clinicien a réuni et recueilli quelques observations qui lui paraissent convaincantes, mais qu'd considère cependant lui-même comme de simples matériaux « pouvant servir à l'histoire encore bien incomplète de cet exanthème ; « aucune de ces observations n'est de nature à entraîner la conviction, et la preuve de l'existence d'une pyrexie exanthématique miliaire ayant une existence propre est encore toute entière à faire. De ce que la miliaire accompagne parfois certaines fièvres éphémères, certaines fébricules qu'il est difficile de classer, il n'en résulte, en aucune manière, la démonstration de la spécificité de cette association symptomatique accidentelle ou accessoire, et il serait tout aussi légitime de créer une pyrexie nouvelle, sous le nom de fièvre à taches bleues, pour les états pathologiques analogues dans lesquels on rencontre les macules cyaniques ou taches ombrées, que de donner aux premières la qualité de fièvre miliaire parce qu'elles se sont accompagnées de miliaire. Dans le premier comme dans le second cas, il s'agit, en effet, d'éruptions banales dont la nature et le mécanisme sont encore obscurs, mais qui, du fait de leur banalité mên;\e, sont absolument incapables de servir à caractériser une affection essentielle.
Bazin (1862) admet bien une fièvre miliaire idiopathique, mais, dit ce savant et illustre dermatologiste, non pas telle « que l'ont comprise certains auteurs qui semblent avoir emprunté leurs descriptions à toutes les parties du cadre nosologique ; » il lui refuse toute assimilation avec les fièvres éruptives, « dont elle ne présente ni la marche, ni le mode d'évolution, ni la gravité pronostique, ni les propriétés contagieuses. Maladie toujours bénigne, la miliaire essentielle ou pseudo-exanthématique est, au contraire, remarquable par le petit nombre et la simplicité des phénomènes. Elle s'annonce jjar un peu de fièvre, de malaise, d'anorexie, de lassitude dans les membres; un prurit assez vif et des picotements se font sentir à la peau ; puis les sueurs se déclarent, presque aussitôt suivies de l'apparition des macules caractéristiques. » On le voit, non-seulement la fièvre miliaire, réduite à ces proportions, perd singulièrement de son importance, mais aussi de son individualité, car il est aisé de reconnaître que la fièvre miliaire de Bazin n'a plus aucune analogie avec celle de Gintrac, laquelle s'applique à un complexus symptomatique polymorphe et souvent d'une assez grande gravité.
Dans un travail remarquable, publié en 1862, A Guéniot envisage la question sous un point de vue dilférent : il cherche à établir par des fails cliniques que la proscription qui a frappé les fièvres miliaires n'est pas légitime, « et qu'il existe réellement, chez les nouvelles accouchées, une maladie autrefois presque toujours
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regardée comme une expression de la fièvre miliaire et rarement comme une fièvre pétéchiale, maladie presque constamment, il est vrai (sinon toujours), accompagnée d'une érjption miliaire, mais ayant des rapports symptomatiques, et, peut-être aussi, des affinités pathologiques si nombreuses avec la scarlatine que, malgré le danger qui résulte de l'emploi d'un mot nouveau, il a cru devoir l'appeler scarlatinoide puerpérale. » Mais c'est là, on le voit, d'après les propres paroles de l'auteur lui-même, tout autre chose qu'une fièvre miliaire essentielle ; l'éruption vésiculeuse qui accompagne la scarlatinoide n'est pas autre que celle qui accompagne la scarlatine, et l'étude de cette partie de la question doit être reportée aux mots Pderpérales (affections), Scaklatihe et Scarutinoïde.
H. Ou ne trouve, même dans les ouvrages les plus récents, aucune indication précise sur les conditions histologiqiies de la miliaire; cela se comprend aisément d'ailleurs, en présence des difficultés toutes particulières qui sont inhérentes à l'élude d'une lésion anatomique superficielle, éphémère, et dont les caractères peuvent disparaître si complètement sur le cadavre. Il est possible cependant aujourd'hui d'indiquer quelques points de fait pleins d'intérêt, et qui éclairent vive» ment ce côté jusqu'ici tout à fait obscur de la question.
La vésicule miliaire a pour siège Vépidenne, à la surface duquel elle fait saillie lorsque son développement est complet ; elle naît aux dépens des cellules de la couche muqueuse de l'épiderme, cellules qui sont, on le sait, de véritables vésicules distendues par un liquide transparent. Sous l'influence de la cause d'irritation, émanée du dehors ou du dedans, qui préside au développement de l'affection, il se produit une hypersécrétion du liquide normal, qui distend les éléments cellulaires au point de les rompre et de constituer par fouvertnre de plusieurs cellules voisines, et la réunion du liquide qu'elles contenaient, une vacuole, laquelle peut s'agrandir encore soit par augmentation du liquide contenu, soit parce que d'autres groupes de cellules voisines se sont ouvertes dans la vacuole première (Gornil, A. Charpy). Quant à la question de savoir si les vésicules se développent indifféremment aux dépens des cellules du corps muqueux proprement dit, ou aux dépens des cellules et de la cavité de l'ostium des conduits sudoripares, c'est là un point qui demande encore de nouvelles recherches.
Ce processus irritatif ou hypernutritif peut aboutir à son terme ultime, c'est-àdire à la production de la vésicule, sans qu'il apparaisse au-dessous de celle-ci, ni autour d'elle, aucune trace de congestion dermique, aucun changement de couleur à la peau ; la vésicule reste alors, généralement, transparei\te et a une durée très-éphémère ; elle correspond à ce que l'on désigne en clinique sous le nom de sudamina; dans d'autres circonstances, la vésicule conserve encore sa transparence pendant toute sa durée, mais, en l'examinant de près, et surtout à la loupe (mode d'examen que nous ne saurions trop recommander aux cliniciens pour l'étude de toutes les lésions élémentaires de la peau), on constate autour de la vésicule une auréole rosée extrêmement légère, qui n'est autre que la congestion périphérique des vaisseaux les plus superficiels du corps papillaire, congestion primitive ou secondaire, et peiçue à travers la demi-transparence de l'épiderme ; dans d'autres cas, enfin, la coloration rouge en nappe ou en taches isolées précède manifestement le développement de la vésicule ou coïncide avec son apparition. Toutes ces formes se trouvent fréquemment réunies chez le même malade : au moment oîi je trace cette description d'après nature, j'observe dans mes salles, à l'hôpital Saint-Louis, un sujet atteint de rhumatisme articulaire aigu, chez lequel
j'ai constaté et fait constater aux assistants de petites vésicules absolument cristallines d'abord sur la surface antérieure de l'abdomen, puis, les jours suivants, sur les mêmes régions et sur les bras de petites vésicules cristallines entourées d'une auréole rosée, tandis que la face dorsale du tronc, envahie par une teinte érytliémateuse générale intense, présentait une éruption confluente de vésicules niiliaires typiques évoluant par poussées successives, les unes transparentes, les autres opaques, et affectant toutes les dimensions, depuis le point perceptible à la loupe seulement jusqu'à celle d'une phlycténule atteignant les dimensions d'une vésicule de varicelle. Si donc il est juste de conserver la distinction clinique établie entre les sudamina et la niiliaire, il faut savoir reconnaître qu'ils ne difl'èrent pas anatomiquement l'un de l'autre (Charpy), à moins que ce ne soit par le siège peut-être plus superficiel dans les premiers, ou peut-être encore en ce que les sudamina occuperaient des points indéterminés de l'épiderme, tandis que la mdiaire aurait pour siège le pore sudoral lui-même distendu par le produit des cellules occupant et constituant le conduit lui-même (Cornil).
On considère généralement comme acide le liquide des vésicules dites sudorales, et cette observation n'a pas peu contribué u l'opinion, non fondée, qui consiste à voir de simples infiltrations sudorales dans la miliaire ou les sudamina; quelques auteurs, d'autre part, affirment au contraire que ce même liquide est alcalin. La vérité est que le contenu des vésicules est tantôt acide, tantôt alcalin, tantôt neutre, ainsi que toutes les sécrétions morbides ou normales de la peau dont la réaction varie suivant certaines circonstances qui n'ont pas été assez étudiées. Pour les sudamina ou la miliaire, la réaction est généralement acide dans les premières poussées de vésicules ou quand on examine celles-ci à l'état récent, mais nous pouvons affirmer, d'après nos observations, que cette réaction n'est pas permanente, et que si l'on multiplie les recherches sur un même malade, ou trouvera un certain nombre de vésicules à contenu acide, d'autres à réaction alcaline, et quelques-unes enfin sans action appréciable sur les papiers réactifs.
En même temps que le liquide exsudé, un certain nombre de leucocytes pénètrent dans les espaces cellulaires qui constituent les vésicules, et ils y existent dès le début, même dans celles qui sont et qui restent tout à fait transpai'entes ; mais, dans la miliaire vraie, l'irritation congestive du réseau vasculaire superficiel est assez prononcée pour que les leucocytes augmentent rapidement et produisent l'aspect laiteux de la miliaire blanche ; c'est, toutefois, là titre tout à fait exceptionnel, que le contenu de la vésicule est réellement purulent ; le liquide qu'elles contiennent n'a aucune qualité concrescible, il ne présente jamais le caractère gomraeux du liquide émané de l'eczéma, et il ne forme, quaud la vésicule est rompue, aucune croûte proprement dite.
Quelquefois, mais exceptionnellement, et dans certains états dyscrasiques, la congestion qui préside au développement de la miliaire est hémorrhagipare, et en même temps que la tache devient livide, quelques hématies (ou au moins leur matière colorante) pénètrent dans la vésicule, dont elles colorent le liquide en rouge.
III. Les vésicules miliaires, nées suivant le processus que nous venons d'indiquer, peuvent avoir leur siège sur la totalité du tégument externe, mais avec quelques lieux particuliers d'élection ; à la face, on les rencontre surtout à la région frontale, au voisinage du cuir chevelu ; sur les membres supérieurs dans le sens de la flexion ; à la région dorsale chez les sujets qui, comme les rhumatisants, affectent le décubitus prolongé en supination ; sur la face antérieure du
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tronc, au devant des régions axillaires et inguinales chez les scarlatineux ; chez les femmes en couche, aux diverses régions de l'abdomen, etc.
L'atfection constituée, si l'on examine attentitement les régions atteintes, on constate, faisant saillie à la vue et au toucher, sur la surface érylhémateuse, une multitude de petites vésicules de volume inégal, quelques-unes extrêmement petites, bien que déjà opalescentes ; d'autres plus volumineuses, bien que transparentes encore, le plus grand nombre correspondant sensiblement au volume moyen du grain de millet ; quelques-unes enfin, mais plus rarement, soit isolément, soit par agglomération de plusieurs vésicules voisines, atteignant une dimension plus considérable. Si l'affection est peu intense et qu'il n'y ait qu'une seule poussée éruptive, les vésicules, en partie déchirées par le frottement ou par le grattage, ou spontanément affaissées par résorption de leur contenu, ne tardent pas à s'effacer en même temps que la base éiythémateuse pâlit, et, au bout de très-peu de jours, on ne constate plus que quelques rares petites croûtes sanguines, si quelques points ont été excoriés par le grattage, quelques fragments épithéliaux ou quelques lacunes superficielles circonscrites par une fine collerette épidermique. Si, au contraire, le molimen éruptif est prolongé ou s'il se répète à intervalles peu éloignés, on voit apparaître de nouvelles vésicules en même temps que les premières disparaissent, et ainsi de suite pendant la durée de l'aflection.
Ces caractères sont ceux du genre tout entier et classent naturellement la miliaire dans les affections vésiculeuses ; ils sont sensiblement les mêmes dans les diverses circonstances pathologiques au milieu desquelles elle prend naissance, et constituent par conséquent un genre anatomique naturel ; aussi le diagnostic anatomique ne présentera-t-il, en général, aucune difficulté.
La roséole miliaire (roséole compliquée de la production de vésicules) se distinguerait de la miliaire, d'après Bazin, en ce que les vésicules sont relativement rares et éparses sur quelques points isolés, et aussi parce que les sueurs font défaut ; mais on ne peut nier, ajoute Bazin, « qu'il existe un certain lien de parenté entre la miliaire proprement dite et cette variété de roséole. »
L'eczéma rubrum, à son début, présente une analogie réelle d'aspect avec certaines formes de miliaire, et il y a lieu de préciser les conditions de ce diagnostic qui n'ont été mieux indiquées par aucun auteur que par Gibert .- « La miliaire, dit-il, diffère de Veczéma, en ce qui a trait seulement à l'affection cutanée, par les caractères suivants : Les vésicules isolées les unes des autres, quoique rapprochées, forment un semis qui recouvre des surfaces plus ou moins étendues... On ne voit point ces groupes séparés par des intervalles de peau saine qui se remarquent si souvent sur différents points de Veczéma, groupes dans lesquels plusieurs vésicules se confondent quelquefois et deviennent confluentes. Dans Veczéma, les vésicules sont fort petites au début, mais se confondent assez souvent plusieurs ensemble et durent deux, trois, quatre jours au plus, puis des excoriations suintantes et squameuses leur succèdent... Dans la mihaire, les vésicules se développent régulièrement pendant un nombre de jours plus grand, acquièrent le volume et l'aspect d'un grain de millet, puis se dessèchent au bout de cinq ou six jours en petits débris furfuracés qui permettent de reconnaître la trace des vésicules, et ne persistent pas plus de quelques jours, en sorte qu'en une ou deux semaines (et souvent dans un temps moins long), l'éruption a parcouru toutes ses périodes, même lorsqu'elle s'est accompagnée de l'inflammation la plus vive, ce qui s'observe notamment dans les éruptions railiaires produites par des applications irritantes, que quelques praticiens connaissent sous le nom d'érysi-
nèle mUiaire. Jamais cette éruption ne passe à cet état qu'Alibert a décrit sous le nom à'herpes squamosus macUdans, et qui est, au contraire, la forme ]a plus commune sous laquelle l'eczéma se présente à l'observation du praticien. »
Les phénomènes subjectifs liés à l'éruption miliaire elle-même sont peu nombreux et vaiùables suivant les conditions qui ont présidé à son développement ; d'une manière générale ils sont proportionnés à l'intensité de l'éruption et consistent dans des sensations diverses de chaleur, de tension, de prurit, de fourmillement et de picotement ; parfois ils précèdent le raptus éruptif, mais, le plus ordinairement, ils l'accompagnent et ne lui survivent pas, si ce n'est dans certaines formes de mdiaire provoquée. La réaction fébrile, quand elle existe, n'est jamais le résultat direct de la miliaire, qui peut exister, comme nous le verrons plus loin, au plus haut degré, sans provoquer aucune fièvre ; une seule exception pourrait être faite pour certains cas de miliaire artificielle tels que la miliaire liydrargyrique, ou bien encore pour quelques cas de mdiaire sudorale provoquée chez une femme dans l'état puerpéral, mais ces exceptions sont heureusement très-rares aujourd'hui.
IV. Il est évident, par la multipUcité même des conditions morbides au milieu desquelles on voit apparaître les éruptions miliaires, que l'irritation cellulaire d'où elles émanent dii'cctement peut naître sous des influences diverses, internes ou externes, mais d est souvent bien difficile, au milieu de la complexité des phénomènes morbides, de préciser le rapport qui unit l'effet à la cause, en un luot, de déterminer la condition pathogénique* directe de l'affection; on peut cependant, en passant des faits les plus simples aux plus composés, entrevoir quelques particularités importantes et apporter quelque lumière au mUieu de cette obscurité. Dans le plus grand nombre des cas, par exemple, il est aisé de constater que l'existence d'une température élevée de la peau et d'une diaphorèsc plus ou moins abondante coïncide avec le développement de l'éruption mihaire ; il s'agit donc de rechercher d'abord quels sont les rapports de ces phénomènes, s'ils sont simplement connexes ou si, au contraire, ils peuvent être hiérarchisés; c'est ce que nous allons faire en considérant : 1° la miliaire apyrétique des pays chauds ou des saisons chaudes ; 2° la miliaire qui survient dans le cours des affections fébrdes.
Chomel était absolument dans l'erreur quand il déclarait que la miliaire ne se montrait que chez des sujets atteints de maladies fébriles ; cette éruption peut, non-seulement être apyrétique quand elle est locale, mais encore dh peut être généralisée et persistante, sans s'accompagner de fièvre.
Le type de la miliaire apyrétique peut être observé parfois dans notre climat, mais le plus souvent à l'état de réduction, et sous forme d'éruptions partielles et éphémères; c'est, au contraire, un état dermopathique très-commun dans les régions qui sont soumises, pendant une période longtemps continuée, à des chaleurs excessives.
Bontius, décrivant les maladies des Indes^ fait mention d'une éruption de papules très-prurigineuses, qui se développe en même temps que les sueurs excessives, se produit chez toutes les personnes récemment arrivées, sans qu'aucun habitant soit à l'abri de ses atteintes ; c'est cette affection que l'on désigne en dermatologie, conformément à la lettre de la description de Bontius, sous le nom de Lichen tropicus; mais, sauf le mot de vésicule, cette description se rattache absolument à ce que les Anglais appellent prickhj-heat, les Italiens, cabri, et les
habitants des Antilles, boutons chauds ou bourhouilïes. D'après Paifz deLavison, à la Martinique, pendant les grandes chaleurs, la peau de « toute personne bien portante » se couvre d'une teinte érythémateuse d'un rouge vif sur laquelle apparaît une éruption très-abondante de petites vésicules miliaires très-rapprochées, en même temps que survient une vive démangeaison; la durée de celte efflorescence est de plusieurs semaines, elle peut récidiver plusieurs fois sur la même personne dans la même saison, et elle est suivie de desquamation furfuracée. Dans les même? régions, il est extrêmement remarquable de noter que, d'après les recherches très-précises de ce savant médecin, les sndamina sont plus rares qu'en Europe dans les afïections fébriles, circonstance bien propre à justifier la distinction clinique établie entre les vésicules cristallmes et la miliaire vraie. Les mêmes observations et les mêmes remarques sont faites par l'un des médecins les plus distingués qui aient pratiqué aux Antilles, le docteur Saint-Vel, qui donne de la miliaire sudorale des pays chauds une description très-claire et très-précise qu'il n'est pas inutile de reproduire ici pour vulgariser des notions insuffisamment répandues : « A certaines époques de Tannée, dit Saint-Vel, de juin à novembre, pendant les chaleurs accablantes de l'hivernage, on voit apparaître une éruption prurigineuse de irès-petites vésicules, connues sous le nom de boutons chauds, de bonrbouilles. Peu de personnes en sont exemptes ; elle affecte de préférence les Européens. Elle est liée à la transpiration, sa7is en dépendre nécessairement, car il est. des personnes qui transpirent abondamment sans jamais avoir eu de bonrbouilles. Extrêmement incommode par le prurit qu'elle occasionne et qui s'exaspère aux heures les plus chaudes du jour, cette éruption amène chez les enfants et chez les personnes nerveuses un état d'érélhisme insupportable. Ces petites vésicules sont réunies par groupes sur les parties internes des avant-bras, sous les aisselles, autour des poignets, sur les épaules, autour du cou, derrière le dos, au devant de la po'trine, sur l'épigastre et les hypochondres. Leur. apparition est vrécédée d'une rougeur érythémateuse aur laquelle elles tranchent parleurs élevures qui donnent à la main une sensation rude. Cette efflorescence dure plusieurs semaines et peut récidiver plusieurs fois dans la même saison ; elle disparait avec le retour des fraîcheurs, sans inconvénient pour la santé générale... C'est la seule forme que la miliaire présente aux Antilles. Il est extrêmement rare de rencontrer des sudamina, comme on en observe, dans les pays tempérés, dans les exanthèmes fébriles, le rhumatisme articulaire aigu, la fiè\Te typhoïde, laphthisie. On les constate, exceptionnellement, dans la fièvre jaune et dans les fièvres palustres pseudo-continues. La suette miliaire ne semble pas appartenir à la pathologie des pays chauds. »
Les éruptions miliaires des pays tropicaux ou des saisons chaudes, sont évidemment dues à la cause même qui provoque la sueur, et non directement à la diaphorèse qui certainement peut exister et existe le plus ordinairement même à un degré intense, sans donner lieu à aucune éruption; mais la question n'est plus aussi simple dans la miliaire symptomatique ou intercurrente. Toutefois, il ne saurait être contesté que toutes les maladies dans lesquelles on voit apparaître le plus ordinairement cette miliaire intercurrente, sont au nombre de celles dans lesquelles la température est très-élevée ; ces maladies , il est vrai, sont aussi fréquemment accompagnées de sueurs plus ou moins profusjs, mais la relation n'existe plus ici aussi régulièrement entre les deux phénomènes : tantôt les sueurs manquent ou n'apparaissent qu'après la miliaire, tantôt, et beaucoup plus souvent, il y a des sueurs profuses sans que la miliaire apparaisse. D'autre
part, le problème se complique de l'existence d'un état pathologique d'ordre variable, mais ayant ordinairement une grande gravité, soit par sa iiatiu'e même, soit par son intensité exceptionnelle ; il faut enfin, dans certaines circonstances tenir corapte des agents médicamenteux qui ont été administrés ou des conditions antérieures auxquelles le malade a été soumis. 11 était tout naturel qu'à une époque où l'analyse nosologique était extrêmement difficile en raison même de la confusion des genres et des espèces morbides, on fût frappé de la corrélation des deux phénomènes les plus saillants ; état morbide grave et éruption vésiculeuse, et que l'éruption ait été considérée comme une sorte de mouvement centrifuge des humeurs morbides, des lochies altérées dans l'état puerpéral, du « miasme ou du virus miliaire » dans la malaria miliaire (suette), du pus dans les affections pyohémiques, etc. Mais il ne nous semble pas que des opinions de cet ordre puissent subsister aujourd'hui, à moins qu'il n'en soit fourni de démonstration péremptoire, et rien de précis n'autorise à admettre qu'il y ait dans les éruptions miliairesun transfert métastatique ou un raptus critique dans le sens de processus éliminatoire. Il est infiniment plus vraisemblable que l'hyperthermie continue, commune à tous ces états pathologiques est la cause réelle de l'irritation cellulaire et de la congestion vasculaire qui sont les éléments productifs directs de la miliaire; hyperthermie dont l'action sur la peau dépend soit des conditions individuelles du sujet, soit des conditions pathologiques créées par la maladie primitive; ce serait assurément chose séduisante que d'admettre l'idée ancienne de l'évacuation critique appropriée aux doctrines modernes comme le faisait, par exemple, Trousseau, qui voyait la cause directe de la miliaire dans une sécrétion abondante de sueurs imprégnées d'éléments morbides puisés à un foyer pyohémique ou toxique quelconque ; mais c'est là une hypothèse bien contestable, il faudrait, pour l'ét.iblir, démontrer que l'élément anatomique de la miliaire a son siège dans l'appareil sudoral, et expliquer les cas dans lesquels la sueur n'existe pas, ou indiquer la raison pour laquelle dans tant d'autres circonstances cette sueur « imprégnée d'éléments morbides )i ne donne naissance à aucune efflorescence cutanée.
Quoi qu'il en soit, il nous reste à jeter un coup d'oeil rapide sur les groupes morbides principaux dans lesquels ont été observées les éruptions miliaires, dont le lecteur trouvera d'ailleurs la description aux mots correspondant aux affections qui composent ces divers groupes. Nous ajouterons seulement, à titre de remarque générale, que dans l'époque actuelle, et dans les climats excessifs aussi bien que dans notre climat tempéré, ces éruptions miliaires sont, en somme, assez rares, et que leur influence sur la marche et les terminaisons des maladies qu'elles compliquent est absolument contestable.
Dans la suette {voy. Sdette), l'éruption mihaire est à peu près, mais non pas absolument constante; elle survient du troisième au dixième jour, mais sans aucuneépoque régulière d'apparition; ses caractères cliniques n'offrentriende spécial, si ce n'est sa généralisation ; elle n'a pas de valeur pronostique particulière, si ce n'est que les poussées cessent quand la suette entre dans sa période de déclin.
Dans la scarlatine, la miliaire ne se généralise guère comme dans la suette ; elle reste le plus ordinairement localisée à la région cervicale, à l'aine, au devant de la région axillaire, c'est-à-dire aux lieux mêmes d'élection de l'exanthème scarlatineux; quand elle est spontanée, elle se montre surtout alors que la température de la peau est excessive et l'érythème intense; elle se manifeste alors des le début, et constitue de fait un signe diagnostique très-[)ositil'; à une épo({ue plus avancée elle se relie plus particulièrement ù l'excitation artificielle du tégument,
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et elle appartient, en ce cas, surtout aux malades qui ont été confinés et soumis ù une température excessive; ses caractères n'offrent rien de spécial, sa durée est éphémère comme celle de l'éruption sur laquelle elle se greffe. Dans la variole, mais plus rarement, on peut l'observer à toutes ces périodes comme satellite de l'éruption spécifique, on l'a notée également dans quelques cas de rougeole, mais à titre exceptionnel.
Dans les phlegmasies pulmonaires, simples ou tuberculeuses, dans toutes les affections rhumatismales fébriles, dans les typhus, et spécialement dans les formes graves ou anomales, dans les fièvres intermittentes (mais beaucoup plus rarement à cause de l'intermittence même de l'excitation sudorale), etc., on peut observer des éruptions miliaires qui n'ont aucun caractère clinique particulier, ni aucune valeur pronostique déterminée.
Dans les diverses formes dHnfection puerpérale, on peut voir apparaître des éruptions miliaires qui n'ont aucun caractère spécifique, aucune époque d'apparition régulière, et qui ne diffèrent en rien des autres miliaires secondaires ; elles appartiennent soit aux miliaires sudorales simples (cas bénins, les plus rares), soit surtout aux formes pyohémiques, et c'est là ce qui explique la terreur qu'inspirait lapparition de la miliaire à une époque oii l'infection puerpérale était encore à peu près inconnue.
On a noté, enliii, la miliaire dans les affections les plus diverses : la (.(gastrites, Yhépatite, la méningite, etc., mais sans que l'éruption ait dans aucun de ces cas acquis une valeur autre que dans les cas précédemment indiqués.
Nous ne mentionnons ici que pour mémoire les affections miliaires artificielles dues à l'usage externe (et interne?) des préparations mercurielles, sulfureuses, etc., consécutives aux applications d'emplâtres irritants divers, dont l'emplâtre de thapsia fournit aujourd'hui le type le plus commun ; il en sera traité eu temps et lieu.
V. La miliaire, provoquée ou non, peut-elle, parfois, acquérir une intensité assez considérable pour devenir elle-même, cause d'un état morbide particulier, ou bien aggraver, par cette intensité même du processus éruptif , l'état pathologique préexistant? C'est là une opinion qui a souvent été émise et qui semble peu discutable au premier abord. Cependant il faut faire les réserves les plus expresses et examiner si, en réalité, dans les cas dont il s'agit, on avait positivement affaire à une miliaire, et dans cette dernière hypothèse, si c'est bien à l'éruption qu'est due 1 aggravation de la maladie et non à la maladie elle-même, ou à quelque complication viscérale méconnue. Examinez, pai^ exemple, un des faits de ce genre les plus récemment publiés, et que Trousseau a rapporté dans la XIIP leçon de la Clinique médicale de V Hôtel-Dieu de Paris, en traitant de la miliaire sudorale des femmes en couche : 11 s'agit d'une jeune dame nouvellement accouchée, et qui était gardée par une vieille femme encore imbue des préjugés du siècle dernier ; la malade était restée croupissant dans ses lochies, ne changeant pas de hnge, écrasée d'ouate et de couvertures, afin, prétendait-on, de faire passer le lait. « Dès le sixième jour de la maladie, elle avait des éruptions scarlatiniformes; quatre jours plus tard, un « eczéma » couvrait tout le corps avec une confluence et une violence épouvantables. La figure s'allumait, il survenait du délire, et la pauvre jeune femme mourut victime du plus odieux et du plus dangereux des préjugés. » Eu admettant même que le mot u eczéma, » employé par Trousseau, soit ici exactement appliqué, est-il établi par cette observation, ou par d'autres
MILITAIRE (hygiène). 675
analogues, que l'exanthème sudoral dont il est question, ait réellement causé là mort de la nouvelle accouchée? évidemment non, et si l'abus d'ouate et de couvertures qui a été fait ne doit pas être innocenté, ne voit-on pas que le fait d'être restée « croupissant dans les lochies », c'est-à-dire d'avoir été maintenue dans les conditions les plus propres à produire l'autopuerpérisme infectieux, occupe ici le premier rang ? c'est donc là une question à remettre à l'étude à l'aide de faits plus complètement observés et moins discutables.
VI. Le traitement de la mihaire, quand il y a lieu d'en instituer un, repose essentiellement ^ur l'éloignement des causes qui l'ont provoquée ou qui favorisent son développement; il n'est autre que celui des eftlorcscences les plus légères de la peau : boissons tempérantes, bains émoUients quand l'état général le permet, application de poudres anodines, etc. ; on prendra soin de veiller à ce que le malade ne soit couvert que dans la mesure déterminée par la saison et par l'état morbide protopathique, et s'il y a des sueurs profuses, on changera les linges et surtout les vêtements de laine aussi souvent que cela sera utile.
Er>est Besnfer.
Bibliographie. — Bontids. De medicina Indorum, t. IV, cap. 18, 1642. — Welscu. Histor. med. nov. puerp. morb. cont. Leipsick, 1655. — Sydesham (T.). Nouvelle sorte de fièvre qui parut en 1685, cbap. viii. — De Haën. Ratio medendi, t. II, p. 210, 230; t. IV, pars VIII», cap. m, p. 75 ; t. V, p. 69, p. 388 ; t. X, p. 357, cit. Gixtrac. — Gasteluer. Traité de la fièvre miliaire épidémique et Traité de la fièvre niiliaire chez les femmes en couche, 1779-1784. — Targio.m. Opusc. med. prat., vol. V, Const. epid., di Firenze neW inv., 1780-1781. — BoRsiEBi. Inst. de méd. prat. (Le lecteur trouvera dans cet auteur une bibliographie trèscomplète de toute l'époque antérieure) 1785. — Barbie du Bocage. Th. de Paris, 1828. — MauciN. Essai hist. et prat. sur la fièvre miliaire. Thèses de Strasbourg, 1834. — Chomel. Dict. de méd., 2" édit., t. XX, 1859. — Ozanam. Hist. méd. des malad. épid., ^' édit., t. II. Paris et Lyon, 1855. — Noirot (JI.-L.). Histoire de la scarlatine, 1847. — Rcfz. Note sur la fréquence et la diversité des maladies de la peau à la Martinique. In Bull, de l'Acad. de méd., 1859, t. XXIV, p. 1051. — GiNTRAC (E.). Cours théorique et clinique de pathologie interne, etc., t. IV, 1859. — Gibert (G. -M.). Traité pratique des maladies de la peau et de la syphilis, 3' édit. Paris, 1860. — GnÉmoT (A.). De certaines éruptions dites miliaires et scarlatiniformes des femmes en couche, ou de la scarlatinoide puerpérale. Thèses de Paris, 1862. — Bizzozero (G.). In Ann. univers, di med., cet., 1864. — Bazin (Ern.). leçons théor. et clin, sur les aff. gén. de la peau, réd. et publ. p. le docteur Léon Gdérard. Paris, 1865. — Trousseau. Clin. méd. de l'Hôtel Dieu de Paris, 2° édit., t. I, 15* leçon, 1865. — Heera. Traité des maladies de la peau, 1868, trad. de Doyon, 1872. — Saint-Vel (0.). Traité des maladies des régions intertropicales. Paris, 1868. — Neumann (Isidor). Lehrb. der Haulkrankheiten. Wien, 1869. — Ri.nbfleisch (Edouard). Traité pratique d'histologie pathologique, tr. p. Fred. Gross.
Yoy. comme complément les mots Sudamina, Sdette, Vésiculm, etc. Ernest Bessier.
miLIAIRES (Anévrysmes). Voy. Capillaires (pathologie) et Cervead (pathologie) .
MILIEUX. L'étude des rapports de l'être vivant avec les milieux dans les quels il est plongé a été complètement faite au mot Mésologie*
ailLl'fAIUE (Profession -Hygiène). Depuis que les peuples ont dû, pour conserver leur indépendance, se constituer des armées, les chefs auxquels ils en confiaient la direction, out été regardés comme responsables de ces existences précieuses à tous les titres. Ils avaient pour mission, non pas seulement de conduire leurs soldats aux combats, mais aussi de les faire vivre, de les maintenir en bonne santé et, puisque la guerre a pour effet de briser des milliers d'existences humaines, du moins de ne point en sacrifier inutilement.
67C MILITAIRE (hïgiène).
Au jour du combat, tout doit céder devant le grand but à atteindre; le général a le droit et le devoir de disposer largement de ses soldats, mais le combat n'est qu'une rare exception de la vie militaire, dans les longues périodes qui le précèdent ou dans celles qui le suivent, le chef militaire doit porter tous ses soins à l'entretien de son armée. Aussi, si l'on étudie l'histoire des armées de l'antiquité, peut-on voir que les grands capitaines, les Gyrus, les Alexandre apportaient la plus vive sollicitude à assurer le bien-être de leurs soldats.
Mais, à ces époques reculées de l'histoire, les armées n'étaient poini perma nentes, la profession des armes restait à peu près l'état naturel de chaque homme vahde, et la campagne finie, il rentrait dans les rangs de la société pour y reprendre l'outil ou la charrue qu'il avait quelque temps délaissé en faveur de l'épée et du bouclier. L'hygiène mihtaire, encore dans l'enfance comme toutes les sciences ayant trait à la médecine, se bornait à quelques préceptes généraux rejatifs à la période de guerre, tout au plus à la vie des camps. Il appartenait aux Romains, qui les premiers eurent de grandes armées permanentes, de constituer presque l'hygiène militaire en branche spéciale des sciences militaires ; quelque courts qu'ils paraissejit, les préceptes de Yégèce adressés à l'empereur Valentinien second, ne constituent pas moins un ensemble remarquable dont les idées générales sont encore applicables aujourd'hui.
Les Romains furent, eu fait d'art mihtaire, des maîtres auxquels nous empruntons encore tous les jours ; ils apportèrent dans tpus les détails des ai'mées cette netteté et cette précision qui forment la caractéristique de leur génie. S'ils ne nous ont pas laissé de documents bien nombreux sur l'hygiène militaire, l'on n'en saurait inférer qu'ils n'attachaient point une importance considérable à l'entretien de la santé chez leurs soldats. Ainsi que l'ont fort bien montré René Briau {Du service de santé militaire chez les Romains. Paris, 1866) et Guardia (Le service de santé des armées dans l'antiquité, iu Revue des médecins des armées, 1872), la profession médicale" était représentée dans leurs armées par des médecins nombreux, à fonctions assez nettement définies ; il ne saurait être mis en doute que leurs avis ne furent pris en haute considération par des chefs aussi intelligents et aussi pourvus de sens pratique que l'étaient les généraux romains.
L'empire romain disparaît, la marche de la civilisation semble s'arrêter, rétrograder même et pendant des siècles le vieux monde nous offre le spectacle de luttes continuelles, d'invasions, de massacres, mais les grandes aimées n'existent plus, ce sont des masses humaines sans organisations régulières qui se précipitent sur des populations qu'elles submergent. Au moyen âge, les armées se reforment en partie, chaque prince, chaque seigneur reste chargé de la direction de son contingent qu'il entretient et nouri'it à sa guise, ce fut l'époque des croisades, grandes entreprises militaires dont plusieurs échouèrent et se fondirent par suite de mala-^ dies et de famines ; sans aucun doute, ces désastres sont en grande partie attribuables au défaut d'unité dans le commandement, mais surtout à l'absence de toute prévoyance admmistrative, de toute ingérence scientifique, de toute idée des notions les plus élémentaires de l'hygiène appliquée aux armées.
Arrive enfin l'époque de la Renaissance, et avec les premières armées permanentes, apparaissent des règlements ayant trait à la conservation de la santé du soldat, ce sont ceux qui ont pour but d'assurer son alimentation; an 1574, la preiuière compagnie des vivres pour l'armée est fondée, le pain dit de munition devient la base de la lation.
Nous ne suivrons ivas ici l'hygiène mditaire dans l'armée française, sa nais-
MILITAIRE (hygiène). . 677
sance, ses progrès depuis l'époque des grandes guerres du siècle de Louis XIV, jusqu'à celles de la république et de l'empire, nous craindrions de nous écarter du cadre restreint où nous voulons rester dans cette étude ; les faits principaux qui mériteraient d'être cités, les noms illustres qui s'y rattachent trouveront une place plus naturelle dans le cours même de ce travail.
Actuellement et plus que jamais peut-être la constitution des armées permanentes soustrait le soldat à la société civile pour le faire entrer dans une vie nouvelle, vie pleine de dévouement, de noblesse et de gloire, mais qui a pour efïet de le placer dans des conditions d'existence spéciale, où les chances de maladies et de mort se multiphent autour de lui.
Le médecin doit étudier dans tous ses détails la vie du soldat, soit en temps de paix, soit pendant la période de guerre, apprécier exactement pour chaque situation les conditions où il se trouve placé et, leur appliquant les lois de l'hygiène générale, chercher à modifier ce que ces conditions d'existence peuvent avoir de désavantageux, prévenir ou pallier les dangers qui se présentent.
L'hygiène militaire n'est donc autre chose qu'une hygiène professionnelle, mais elle en est presque le type, car nulle profession n'offre plus de particularisme que la profession militaire.
Quelque étendu que soit le cadre de ce dictionnaire, il n'est point possible de réunir dans un seul de ses articles tous les sujets que renferme l'étude de la profession militaire, quelques-uns d'entre eux ont déjà fait et feront encore le sujet d'articles spéciaux {voy. Camps, Caserne, Recrutement militaire [Service de santé] ; voy. aussi notre Traité d'hygiène militaire. Paris, ISTi).
Nous chercherons plutôt à envisager ici la question dans son ensemble, à présenter au lecteur les traits principaux de la vie militaire, à lui en montrer les grandes lois et les indications que l'hygiéniste doit y puiser. Quoique l'armée française soit celle dont il sera le plus souvent question et en vue de laquelle cet article est, en somme, entrepris, nous chercherons cependant à retracer, dans les cas spéciaux, quelles sont les institutions similaires que l'on observe dans les armées étrangères ; nous y trouverons quelquefois la trace de progrès, d'améliorations qu'il nous reste encore à acquérir ; nous insisterons en particulier sur ces faits, faisant au besoin ressortir les points où nous sommes inférieurs, bien convaincus que, dans le domaine de la science, comme en toutes choses, la vérité doit passer avant tout ; il n'y a pire danger que le contentement de soi-même, presque toujours indice d'une vaniteuse ignorance, dans les choses militaires il constitue le plus grand obstacle au progrès.
I. Constitdtion et recrutement des armées. L'armée d'un pays, prise dans les rangs de la population, suit naturellement une marche proportionnelle à son degré de civilisation, à sa vitalité, à son organisation sociale. Il importe que l'hygiéniste, auquel les grandes lois qui règlent la marche du progrès ne sauraient rester étrangères, apprécie cette situation dans son ensemble.
En retraçant brièvement la constitution de l'armée française, en montrant les transformations qu'elle a subies aux diverses époques de notre histoire, nous ne ferons donc pas seulement une étude historique ; les rapports qui existent entre la constitution de l'armée, son chiffre, son mode de recrutement sont du domaine de la philosophie et de l'économie politique, que le médecin ne doit pas ignorer s'il veut remplir dans la société le rôle que sa science lui impose naturellement.
I. Constitution de l'armée française jusqu'à l'époque actuelle. L'existence de la France indépendante ne date véritablement que de l'an 540, époque de la
<j78 militaire (hygiène).
cession faite por Justinien aux fils de Clovis de tous les droits de l'empire romain sur la Gaule. Etablis dans ces magnifiques provinces qu'ils avaient conquises, les Francs eurent le mérite de ne point trop modifier les institutions gallo-romaines encore existantes, ils conservèrent les divisions administratives et territoriales, et substituèrent seulement leurs ducs et comtes aux agents romains. Le comte ou le duc, placé à la tête de chaque cité, avait le droit de faire prendre les armes à tous les citoyens valides lorsque le territoire du comté ou du ducbé était envahi ; dans ces armées régionales prenaient place les descendants des anciennes légions romaines qui, après la conquête, avaient préféré rester dans le pays où ils avaient contracté de nombreuses alliances, avec la population duquel ils se fondaient de plus en plus. Les Francs de leur côté, conservant encore leur première organisation germanique, se réunissaient sous forme de bandes autour du cbet dont ils suivaient la fortune.
Peu à peu cependant, devenus stables, les Francs ne tardèrent pas à se fondre aussi dans la population gallo-romaine, la bande organisée pour la guerre permanente, ne pouvait subsister indéfiniment ; les chefs francs eux-mêmes, mis en possession de vastes domaines, cherchèrent à créer des centres de population autour de leur concession ou fé-od, et, quoique dans le principe ces concessions territoriales ne fussent que temporaires, cependant les bénéficiaires tendaient de plus en plus à simmobiliser sur le sol, en se dégageant peu à peu des obligations militaires qu'ils avaient à remplir au service du souverain.
Jaloux de maintenir son droit de commandement sur tous les habitants de ses empires, Gharlemagne chercha à leur imposer un système militaire analogue à l'organisation romaine ; la propriété devint la base du service militaire, l'homme possédant un fonds de terre représentant quatre -manses (600 francs) devait s'équiper à ses frais et servir pendant trois mois, mais il pouvait être retenu jusqu'à la fin de la guerre (capitulaire de 805) ; l'homme possédant douze nianses (1800 francs), était levé pour la cavalerie. Moyennant le versement d'une somme de cinq sous (75 francs), on pouvait s'exonérer du service pour une année. Le recensement des hommes aptes à servir était dressé par l'ordre de l'empereur, chaque comte gardait un double de la liste afin de vérifier la présence des hommes appartenant à son commandement.
D'après les capitulaires de Charlemagne, les membres du clergé ne devaient pas servir en personne, ils étaient seulement obligés de payer une certaine somme pour l'entretien de Tarmée, mais en revanche nul ne pouvait entrer dans les ordres sans l'autorisation de l'empereur. Les jeunes mariés étaient exemptés de la campagne qui suivait leurs noces, et à un autre point de vue, les hommes condamnés pour crime ainsi que les serfs de la glèbe ne pouvaient faire partie de l'armée.
Gomme tous les conquérants, Charlemagne avait fatigué le pays par ses guerres continuelles, et l'empire qu'il avait réuni dans sa main de fer ne tarda pas à se dissocier, la féodalité s'étabUssait peu à peu par l'indépendance de plus en plus grande qu'affichaient les comtes. Cherchant à grouper autour de leurs châteaux le grand nombre possible de vassaux, ils montraient pour ces derniers la plus grande tolérance à l'endi'oit du service militaire, tandis qu'ils le faisaient peser durement sur les possesseurs d'alleux ou biens héréditaires qui persistaient à demeurer indépendants. Le sentiment d'une commune défense contre les Normands tendit encore à pousser les petits propriétaires à se grouper autour de leurs seigneurs.
La dynastie des Capétiens eut la plus grande peine, comme on le sait, à maintenir l'intégrité du pouvoir royal ; chaque duc ou comte prétendait avoir sur son domaine les mêmes droits que ceux exercés par le roi dans le duché de France ; nième dans les terres d'obéissance au roi, les vassaux du roi mettaient peu d'empressement à lui fournir les contingents de soldats. Néanmoins, dans le cas d'une guerre défensive et nationale, le roi conservait le pouvoir de convoquer ses arrière-vassaux en appelant directement aux armes tout homme libre.
Pendant toute la durée de la féodalité, le service militaire resta donc basé en partie sur la possession territoriale, du moins quant au service véritablement national, celui qui était dû au roi, car les seigneurs, dans leurs querelles incessantes, levaient fréquemment leurs vassaux pour marcher contre un seigneur voisin. Le mécanisme de l'appel demeurait très-simple : lorsqu'une expédition était décidée, le roi avertissait les grands vassaux, ceux-ci convoquaient à leur tour les arrière-vassaux ; peu à peu cependant, les communes, parvenant à se soustraire à la hiérarcbie féodale, affirmaient leur existence propre, tout en restant alHées à la royauté comme à un seigneur naturel, aussi vit-on apparaître les milices communales en même temps que dans l'ordre politique se créait le tiers qui combattit pour la première fois à la bataille de Bouvines (1214). Le service militaire des communes était calculé, comme celui des fiefs, sur l'importance territoriale. Quand la banc féodal était convoqué, chaque commune se faisait représenter par un certain nombre de soldats, quand l'arrière-ban était levé, tout homme adulte devait marcher. Telle fut l'origine de l'infanterie française, elle représentait la nation ellemême, l'élément plébéien dans l'armée royale.
Au milieu des événements si graves qui accompagnèrent l'envahissement de la France par les Anglais, après l'écrasement de l'armée et surtout de la noblesse aux funestes batailles de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt, les Etats gûiéraux posèrent un principe nouveau, celui de Tobligation du service pour tout Français ; l'exonération pouvait cependant s'obtenir au moyen de primes en argent, dont on se servait pour enrôler des volontaires. Cette contribution fut quelquefois portée jusqu'au cinquième ou au quart du revenu; c'est alors qu'apparurent dans nos armées ces corps de francs-arbalétriers, d'archers de telle ou telle ville, ces bandes étrangères connues sous le nom de routiers, qui se recrutaient parmis les Génois, les Italiens, les Brabançons ; ces corps firent presque autant de dommages au pays lui-même, qu'ils pillaient impitoyablement, qu'aux Anglais, dont bien souvent ils servaient la cause, aussi Charles VU se hâta-t-il de les dissoudre, dès qu'il le put et de les renvoyer chez eux, moyennant une assez forte somme; il fit ensuite adopter par les états généraux de 1439 la création d'une véritable armée régulière et permanente, composée dès le principe de quinze compagnies de cent lances (six hommes et six chevaux chacune). Les compagnies, payées parle roi et entretenues par la province où elles tenaient garnison, recevaient leurs officiers de la nomination royale, elles étaient fréquemment inspectées au point de vue de l'effectif en hommes et en chevaux.
L'infanterie restait à créer : Charles Vil, Louis XI, Charles VIII essayèrent d'organiser une infanterie régionale, fournie par les paroisses proportionnellement au nombre de leurs feux ; nommés francs-archers sous Charles VUI, plus tard légion sous François I", ces troupes n'eurent jamais grande cohésion, ni grande instruction militaire ; en vain chercha-t-on à les augmenter par des engagements soi-disant volontaires, mais qui n'étaient en somme qu'un véritable racolage. Aussi devint-il nécessaire d'introduire de nouveau l'élément étranger dans l'armée
CM MIMTAIRE (iiroïKNE).
royale ; les Suisses, les Écossais fournirent des soldats à Louis XI, les Allemands, (lansquenets), à Charles YIll et Louis XII ; les Italiens à François l«. Ces troupes, en général, braves et disciplinées, rendirent de grands services à la royauté, mais elles avaient les inconvénients communes à tous les corps mercenaires celui de coûter fort cher.
Les guerres de religion eurent pour effet de militariser tout le pays en mélangeant les diverses classes sociales sous les drapeaux de la Ligue ou sous ceux des Huguenots, dont les bandes, d'abord un peu irrégulières, finirent cependant par tenir tête aux solides fantassins espagnols.
Henri I\, réunissant sous son commandement tous ces éléments divers, les fondit en quatre régiments permanents, qu'on appelait les quatre-vieux (Picardie, Champagne, Piémont et Navarre), il en existait d'autres, mais provisoires et que l'on dissolvait à la fin de chaque campagne. RicheHeu,, corrigeant les abus nombreux que faisaient naître le manque de discipline et de contrôle, s'acharnanl à briser les derniers vestiges de l'élément féodal, donna à l'armée une cohésion qu'elle n'avait ])oint eue encore, mais ne l'augmenta pas tres-sensiblement ; elle tendit même à décroître sous Mazarin et l'on vit alors renaître les prévarications que la main ferme de Richelieu avait rendues de plus en plus rares.
Quelques années plus tard, Louvois prit la direction des affaires militaires et appliqua à leur reconstitution celte volonté énergique et ce génie qui ont fait de ce ministre le véritable organisateur de l'armée française. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de toutes ses créations, car il faudrait passer en revue tous les services de l'armée. En dehors des questions de commandement, de fonctionnement intérieur des corps, en dehors des règles précises qu'il institua pour l'avancement, les exercices et l'uniforme, nous lui devons les premiers hôpitaux militaires, les casernes, les magasins des vivres, l'institution des invalides, la création du corps et des écoles d'artillerie, du corps du génie, etc. Il eut l'inconlestable mérite de s'entourer d'inspecteurs généraux, qui, tous sont restés célèbres, Martinet pour l'infanterie, Dumetz pour l'artillerie, Vauban pour h génie, etc.
L'armée de Louis XIV, ou plutôt celle de Louvois, ne se recrutait que par des engagements volontaires, aussi lorsqu'après de longues années de guerre les rangs des régiments commencèrent à s'éclaircir, l'on chercha à réorganiser les miliciens en les recrutant d'abord (1688), par la désignation des autres habitants de la même commune, puis (1690) par le tirage au sort. Bientôt ces éléments ne suffirent plus et l'on songea à convoquer l'arrière-ban, tentative dont il fut impossible de tirer des hommes en nombre suffisant et qui servit plutôt à remplir les caisses du trésor de l'armée avec les sommes versées sous le titre d'exonération. En 1694, 1695 et 1705 la pénurie du trésor força à recourir à ce moyen.
Sous le ministère d'Argenson les cadres, fortement ébranlés par les guerres de la fin du règne de Louis XIV, reçurent une organisation nouvelle ; le service de santé militaire fut définitivement constitué, mais le nombre des soldats fut légèrement réduit.
Le gouvernement rendit en 1726, puis renouvela en 1774, une ordonnance qui réorganisait les milices provinciales; tout en restant dans leurs foyers, elles devaient être exercées, et le furent effectivement en sorte que l'on put en détacher des bataillons et des régiments entiers, pour combler les vides de l'armée régulière. Le recrutement de la milice était basé sur le tirage au sort annuel entre
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tous les individus de seize à quarante ans, chaque individu faisant partie de tous les tirages au sort. Les hommes mariés ne devaient partir qu'après les célibataires et il existait de nombreux cas d'exemptions pour les fonctionnaires du gouvernement, les ecclésiastiques, les chefs de culture ou d'industrie, etc.. L'opération du recrutement commençait par la visite médicale, puis les incrits tiraient au sort en présence des magistrats municipaux. Le classement ne s'opérait point par voie de numéros, mais par la désignation au moyen de bulletins blancs ou noirs, mis ensemble dans l'urne.
L'organisation de la milice était assez peu populaire dans les campagnes, d'autant plus que l'on appliquait la loi avec une assez grande régularité, aussi en 1775, Louis XVI essaya-t-il de la supprimer, mais pour y revenir dès 1778. Le ministère de M. de Saint-Germain avait été marqué par de grandes modifications dans le cadre des états-majors, par de notables améliorations apportées à l'instruction et à la discipline des troupes, aussi l'armée de Louis XVI, offrait-elle un degré de perfection très-sensible ; on put s'en apercevoir quelques années après lorsqu'elle servit de cadre pour la formation des nouvelles armées que la France dut mettre sur pied pendant la période des guerres de la Révolution ; on fut heureux de trouver dans ses rangs des officiers distingués dont beaucoup ne tardèrent pas à devenir d'illustres généraux.
Lorsque la Constituante, après avoir aboli les privilèges, voulut aborder la reconstitution de l'armée, dont les cadres avaient été complètement désorganisés par l'émigration, elle dut abandonner le système du tirage au sort; la plupart des cahiers le signalaient comme synonyme de corruption, d'arbitraire et d'abus ; elle chercha en vain un mode de recrutement qui pût satisfaire la nation, et n'arriva pas à fonder un système pratique. La formation des gardes nationales lui semblait pour le moment répondre aux besoins les plus pressants, ceux de la révolution intérieure; mais lorsque la France se vit menacée d'une grande guerre étrangère, l'assemblée dut décréter en 1 791 la mobilisation des gardes nationales, en admettant que certaines légions sédentaires resteraient dans leurs départements respectifs, tandis que les corps détachés iraient seconder les troupes de ligne aux armées actives (4-12 aoiit 1791).
Cette mobilisation s'effectua très-incomplétement et, devant la marche envahissante de l'ennemi; l'Assemblée lança le 8 juillet 1792 l'appel au peuple en décidant l'organisation des bataillons de volontaires auxquels on confiait, ainsi qu'aux légions de garde nationale, le droit d'élire leurs officiers (6-20 juillet 1792).
Malgré l'enthousiasme officiel que l'on déploya à ce sujet, les enrôlements volontaires furent loin de donner, ce que l'on avait cru y trouver ; après avoir tait appel à la bonne volonté, au patriotisme, il devint nécessaire de revenir à des procédés infiniment moins libéraux, mais plus pratiques, que l'ancien régime n'eût certes jamais osé appliquer, c'est-à-dire à la réquisition permanente; le 24 février 1793, la Convention appelait aux armes 500,000 hommes de 18 à 40 ans, qui devaient être recrutés: 1° par des engagements volontaires; 2» par des enrôlements forcés dont elle abandonnait le principe et le mode d'application aux autorités de chaque district.
Eu même temps, la Convention, comprenant enfin, à la suite de cruelles expériences, que les armées ne s'improvisent pas et que l'enthousiasme n'est pas suffisant pour remplacer l'instruction, rendait un décret fusionnant les bataillons de volontaires avec les régiments de ligne, sous le nom de demi-brigades. Les soldats de la ligue devaient servir jusqu'à la paix, les volontaires pendant une cam-
682 MILITAIRE (hvcikne).
pagne seulement ; enfin le principe de l'élection était singnlièrement moclifié, le ministre de la guerre devant choisir les officiers, dans chaque grade, sur la liste de présentation faite par les inférieurs immédiats.
La réquisition permanente donna lieu à de nombreux désordres, elle ne suffit pas à combler les vides de l'armée; dès le 25 aoîit 1793, la Convention dut proclamer la levée en masse de tous les hommes de 18 à 25 ans ; grâce à Tactivité et au génie de Carnot, cette mesure fournit enfin des contingents sérieux ; en février 1794, 1,200,000 hommes se trouvaient sous les armes dont 700,000 complètement organisés. L'unité et la force du commandement étaient rétablis pai la suppression du principe de l'élection, par le recrutement des officiers au moyen de l'école de Mars et de l'école centrale préparatoire qui devint bientôt l'école polytechnique, par l'organisation des divisions permanentes, imitation heureuse de la légion romaine, que l'armée de Louis XVI avait déjà adoptée.
Après tant de désordres et de malheurs, l'armée française se trouva constituée sur des bases solides du jour où l'on comprit que la discipline et l'instruction sont la base de toute organisation militaire ; la nouvelle armée ne tarda pas à consacrer ces principes par la plus éclatante des démonstrations, elle chassa l'étranger, sauva la patrie et imposa au monde étonné l'acceptation de cette Républiipie française, qui, sans elle, n'eût pas tardé à succomber, en entraînant peut-être dans sa chute la France tout entière.
Avec le succès et la paix, avec l'apaisement des passions politique, l'ordre et la méthode rentraient dans les esprits, on comprit la nécessité d'organiser un recrutement régulier et permanent ; les enrôlements volontaires ne pouvaient suffire, les enrôlements à prix d'argent ne pouvaient reparaître, on en revint à Tidée de la conscription que la Constituante de 1789 avait cependant déclarée attentoire à la liberté des citoyens. Le général Jourdan eut l'honneur de présenter et de faire adopter la loi qui a été le point de départ de toute notre législation sur l'armée (19 Fructidor, an VI, 5 septembre 1798).
D'après celte loi la conscription pesait sur tous les Français de l'âge de 20 ans à celui de 25 ; ils étaient divisés en cinq classes, chaque classe ne contenant que les jeunes gens de la même année ; nominativement enrôlés ils ne pouvaient se faire remplacer, et ne se trouvaient du reste mis en activité de service qu'en vertu d'une loi ; les moins âgés dans chaque classe étaient alors appelés les premiers pour rejoindre les drapeaux. Enfin, dans la prévision de grands dangers, la loi de l'an VI replaçait toute la population mâle jusqu'à 40 ans sous le coup de l'obligation militaire et admettait par conséquent le principe de la levée en masse.
Malgré la prescription formelle qui, dans la loi de l'an VI, ne permettait pas aux conscrits de se faire remplacer, le principe du remplacement reparut dans la loi du 28 germinal an VII, dans celle du 7 ventôse an VIII, dans le décret du 18 fructidor an XIII, qui substitua le tirage au sort pour les conscrits au mode d'après lequel les plus jeunes de chaque classe devaient être appelés les premiers sous les drapeaux. Ce décret établissait en principe que le remplacement ne devait être admis que pour les individus reconnus incapables de soutenir les fatigues de l'a guerre et pour ceux qui seraient jugés plus utiles à l'État en continuant leurs travaux ou leurs études; de plus, alors que depuis l'an VII, la taille minimum de l'armée était abaissée à l'",544, les remplaçants présentés devaient avoir au moins i'^,QM.
Ce système fonctionna pendant tout l'empire, mais la consommation des hommes augmentant sans cesse, les générations s'épuisaient et il fallut, surtout pendant les
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dernières luttes de 1812 à 1814, revenir en arrière sur les classes antérieures, puis appeler deux ou trois classes par avance ; nombre de jeunes gens payèrent quatre et cinq remplaçants et durent partir eux mêmes comme soldats ou comme gardes d'honneur dans la grande levée de 1815. En même temps, les gardes nationales avaient été réorganisées en englobant tous les Français de 18 à 60 ans ; les grenadiers et chasseurs pris jusqu'à 40 ans furent seuls mobilisés; la France, pressurée jusqu'à son dernier soldat, prit en haine le régime delà conscription rendu odieux aux populations par les illégalités réelles qui en dénaturaient le principe. Aussi, en pénétrant en France, les alliés proclamaient-ils partout l'abolition de la conscription, principe que Louis XVIII s'empressa de consacrer par l'article XH de la Charte du 12 juin 1814. « La conscription est abolie, le mode de recrutement de l'armée de terre et de mer est déterminé par la Loi. »
On appréciera les efforts que la France a dû faire pendant cette période, en remarquant que, du 24 juin 1791 à la fin de 1813, il a été décrété 28 levées représentant ensemble 4,556,000 hommes.
Après une glorieuse et sanglante épopée, l'empire était tombé, le mouvement patriotique et la levée des cent jours s'éteignirent dans le sombre drame de Waterloo ; mais la France vivait encore, quoique paralysée par l'impitoyable invasion qui, en 1815, moins cependant qu'en 1871, lui fit payer bien cher ses succès d'un moment, sa richesse, son génie qu'on se flatte en vain d'étouffer à jamais. Le gouvernement de la Restauration, avec un patriotisme remarquable, résolut d'entreprendre sans tarder la réorganisation d'une armée dont elle pensa un instant avoir encore besoin pour assurer l'indépendance du pays. Après avoir licencié les armées impériales, on essaya de constituer les légions départementales en y faisant entrer tous les hommes encore liés au service et ceux qui s'engageraient volontairement. Mais l'insulTisance de ces enrôlements ne tarda pas à se montrer une fois de plus; il devint nécessaire de recourir à un moyen réguher et certain d'avoir des soldats ; le maréchal Gouvion Saint-Cyr, illustre comme général et comme écrivain, eut le courage et le mérite de faire accepter par les Chambres et le Gouvernement la loi du 10 mars 1818, à laquelle son nom est irrévocablement attaché.
L'effectif de l'armée fut fixé à 240,000 hommes recrutés par des appels annuels de 40,000 hommes servant pendant six années ; le contingent se trouvait réparti entre tous les départements ; dans chaque canton, le tirage au sort, désignait ceux qui devaient faire partie de l'armée. En outre, dans le but de créer une réserve qui, en cas de grande guerre, put soutenir l'armée active, la loi de 1818 créait une réserve avec tous les soldats rentrés dans leurs foyers après avoir achevé leur temps de service ; désignés sous le nom de vétérans, les hommes de la réserv'e servaient également pendant six années.
La loi de 1818, dans le but de peser moins lourdement sur la population, acceptait le principe du remplacement et celui de la substitution entre gens de la même classe : elle admettait en outre les exemptions fondées sur les infirmités, sur le défaut de taille 'et sur des situations spéciales de nature à indiquer que les individus auxquels elles s'appliquaient ne pouvaient être arrachés à leur famille sans y laisser un vide trop considérable. Des dispenses étaient enfin accordées aux hommes qu'il importe à la société de voir continuer leurs études, afin d'entrer dans les carrières où ils doivent rendre au pays des services très-importants, comme l'instruction, par exemple.
Sous l'empire de la loi de 1818, comme plus tard sous celle de 1852, les
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exemptions ne devaient pas entraîner des pertes pour le contingent; les jeunes gens exemptés étaient remplacés par d'autres dans l'ordre des numéros subséquents de tirage et obtenaient une libération définitive; les dispenses, au contraire, venaient en déduction du contingent ; dans certains cas, elles n'étaient même accordées qu'à titre provisoire et sous la condition que celui qui en était l'objet contractât l'engagement de suivre la carrière en vue de laquelle ses études étaient commencées.
En même temps (31 octobre 1820), les quatre-vingt-quatorze légions départementales furent supprimées. Leur recrutement avait présenté des inconvénients de plus d'un genre et, en particulier, amené des différences considérables dans la valeur intrinsèque de chaque légion. Elles furent converties en quatre-vingts régiments d'infanterie, dont le recrutement s'effectua sur l'ensemble du territoire de la France.
On ne tarda pas à voir que les vétérans, laissés dans leurs foyers après six années de présence sous les drapeaux, ne rendraient pas les services que l'on en avait attendus; aussi, sans toucher aux principes de la loi de 1818, une nouvelle loi, pronnilguée le 9 juin 1824, porta le contingent annuel à GO, 000 hommes au lieu de 40,000, et le service à huit ans au lieu de six. Le gouvernement restait, du reste, le maître de n'appeler sous les drapeaux qu'une partie du contingent annuel ; mais les 60,000 hommes étaient une fois pour toutes mis tous les ans à sa disposition en vertu de la loi de 1824, et sans que les chambres fussent appelées à se prononcer sur le contingent annuel. Ce dernier principe n'entra dans notre législation qu'en 1830 (loi du 11 octobre 1850).
La loi du 22 mars 1831, qui avait pour but de réorganiser la garde nationale, admettait en principe que la milice citoyenne était destinée, non-seulement à maintenir l'ordre à l'intérieur, ma's à défendre les frontières et les côtes, à assurer rindépendance de la Fiance et l'intégrité de son territoire. La garde nationale comprenait, en conséquence, des corps détachés recrutés par voie d'engagements volontaires, à défaut, par la voie de l'obligation en prenant d'abord les célibataires, puis les veufs sans enfants, les veufs avec enfants, les hommes mariés sans enfants. Les circonstances n'amenèrent jamais la mobilisation de cette partie de la garde nationale, qui n'eût vraisemblablement pas rendu les serAÎces que l'on se croyait en droit d'en attendre.
La loi du 21 mars 1852, sauf quelques modifications introduites en 1868 et sur lesquelles nous allons revenir, a subsisté jusqu'au 31 décembre 1872 ; elle était basée sur les mêmes principes que la loi de 1818, mais le contingent annuel, levr par voie de tirage au sort, était déterminé chaque année par une loi. L'armée se composait : 1" de l'effectif entretenu sous les drapeaux ; 2° des hommes laissés ou envoyés en congé dans leurs foyers. La loi de 1832 exigeait sept années de service; elle admettait le remplacement, la substitution, les exemptions et les dispenses en déduction du contingent. De 1852 à 1854, les contingents votés parles chambres ont été de 80,000 hommes, puis ensuite de 100,000, à l'exception des classes 1854, 1855 et 1858, sur lesquelles il a été levé 140,000 hommes (guerres de Crimée et d'Italie).
Malheureusement, avec l'augmentation de la richesse publique, le nombre des remplaçants augmentait aussi de plus en plus; leur recrutement constituait un véritable commerce scandaleux ; les industriels qui s'y livraient et en tiraient souvent des bénéfices considérables, connus du public sous le nom caractéristique do marchands d'hommes^ ne craignaient pas de faire appel aux plus basses pas-
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slons, aux vices les plus honteux, pour attirei- dans leurs agences les niallieureux qu'ils destinaient à leur tratic; ils venaient s'installer jusqu'à la porle dos casernes, saisissaient à Marseille, au débarquement, les soldais revenant de l'armée d'Afrique avec un congé de libération, les attiraient de mille manières jusqu'à ce qu'ils en eussent fait leurs débiteurs pour des sommes importantes, et ces mallieureuv n'avaient plus alors d'autres ressources que de se vendre pour payer des billets qu'ils avaient souscrits souvent en état d'ivresse. Ces faits et d'autres plus graves encore révoltaient la conscience des honnêtes gens ; le gouvernement cherchait à y porter remède, mais n'y parvenait point eflicacement, car il restait étranger, en principe, à la présentation des remplaçants et ne se prononçait que sur leur admission. D'un autre côté, on put constater que, sauf d'honorables exceptions, les remplaçants fournissaient une proportion beaucoup plus considérable dans la statistique des condamnations pour insubordination, désertion, et même pour délits généraux ; ils étaient mauvais soldats, rebelles à la discipline, enclins à la simulation; en un mot, ils ne donnaient que ce que l'on peut attendre de déclassés venus dans l'armée pour quelques centaines de francs gaspillés en débauches. 11 convient de faire une réelle exception pour les remplaçants tournis par quelques départements populeux de la France, pour ceux de l'Alsace en particulier, oij les fils de cultivateurs venaient servir pendant sept années dans l'armée, y doimer l'exemple du courage et de la discipline; leur temps expiré, ils retournaient au pays, riches de leurs économies, et devenaient ensuite de bons et braves paysans, d'honnêtes ouvriers comme leurs pères l'avaient été avant eux.
Si l'armée n'avait eu que des remplaçants alsaciens, elle n'eût jamais songé à s'en plaindre , mais telle n'était point l'immense majorité ; les remplaçants amvaient malheureusement à constituer presque le quart de l'elfectildes contingents annuels.
Aussi l'opinion publique accepta-t-elle avec satisfaction la loi du 26 avril 1855, par laquelle les jeunes gens compris dans le contingent annuel ou incorporés pouvaient s'exempter du service au moyen d'un versement fait à la Caisse de la dotation de l'armée; d'autre part, cette caisse payait une prime fixe et une hautepaye journalière aux soldats parvenus à la fin de leur service personnel et désirant se réengager. La Caisse de la dotation soldait également une prime aux jeunes gens, libérés du service militaire par leur numéro, et venant contracter nn engagement ; c'était ce que l'on appelait le remplacement par voie administrative. Cette mesure s'écartait singulièrement des principes admis par la loi de 1852 et la loi de 1818 ; jusqu'alors l'appelé devait servir en personne ou par la personne à& son suppléant, dont il restait responsable pendant toute une année, au point que, si le remplaçant venait à déserter ou décédait avant cette époque, pour une cause étrangère au service, le remplacé devait marcher à sa place ou fournir un nouveau suppléant. Avec la loi de 1855, le gouvernement s'immisçait lui-même dans le remplacement, et quoique la chose fût moins directe, il n'en résultait pas moins que, moyennant une somme versée à la caisse publique, le jeune Français pouvait se dispenser du premier de tous les devoirs, celui de la défense de son pays.
Des arguments assez sérieux plaidaient néanmoins en faveur de la loi sur la dotation de l'armée ; on pouvait espérer que les anciens soldats, réengagés avec prime, deviendraient le noyau d'une armée solide, de vétérans analogues à ceux du premier empire ; on pensait que, mis à leur aise par suite de la haute paye et de l'espoir d'une somme assez ronde, résultat de deux ou trois réengagements, ils prendraient goût à la vie militaire, et, le jour de leur retraite enfin arrivé, pourraient
jouir d'une aisance relative. Ces conjectures paraissaient assez vraisemblables; malheureusement l'expérience est venue démontrer que l'on avait commis une grande faute en acceptant la loi de la dotation.
Ce qu'on nomme un vietia: soldat n'est point celui qui a vieilli sous le harnais, qui a passé de longues années dans les casernes; c'est celui qui, au bout de deux ou trois ans de services, a acquis le maximum de l'instruction militaire, qui est rompu à la discipline, chez lequel les idées de devoir et de patr.otisme ont acquis cette élévation que l'on trouve plus prononcée peut-èlre dans l'armée que partout ailleurs. Les vieux soldats du camp de Boulogne, avec lesquels Napoléon put faire ses plus belles campagnes, ces vieux soldais de la Grande-Armée, qui déjà avaient fait les campagnes du Rhin, d'Egypte, d'Italie, avaient au plus de vingt-huit à trente-deux ans; ils provenaient des levées de 1793, 1794, 1795. Plus tard, le légendaire vétéran, le héros de nos chansons et de nos légendes, celui qui brûlait sa dernière cartouche à Waterloo, après avoir reçu le baptême du feu à Jemmapes ou à Fleurus, était devenu un mythe ; tous ces soldats du premier jour dormaient ensevelis sous les tertres des champs de bataille ou sous les neiges de la Russie. Le vieux soldat, dans le sens militaire du mot, est un homme, jeune au point de vue de l'âge, mais parvenu à l'apogée de son développement inleliectuel et physique ; les vieux soldats que nous donnèrent la loi de la dotation n'étaient que des hommes âgés, que la vie militaire, cette vie qui vieillit si vite ceux qui la suivent, avait usés prématurément. La garde impériale en renfermait naturellement un grand nombre, et les inspecteurs généraux d'armes, aussi bien que les médecins, signalaient annuellement les dangers du vieillissement de ce corps d'élite; aussi, dérogeant au principe même qui avait présidé à la formation de la garda, le gouvernement se décidà-t-il à y introduire des hommes du contingent pour les années 1867, 1868, 1869.
A partir de 1855, les réengagements se produisirent en nombre si considérable que, sur 52,000 sous-officiers, 23,000 étaient réengagés avec prime, tandis que avant 1855 le nombre des sous-officiers réengagés ne dépassait pas 3,0U0 ou 4,000 ; il résultait du nombre des engagements et réengagements avec prime que, pour se renfermer dans les limites budgétaires, on ne pouvait plus incorporer dans l'armée que vingt et quelques mille hommes du contingent voté (Rapport à rAssemblée nationale, séance du 12 mars 1872) ; le Français perdait l'habitude de servir sa patrie, et l'on peut juger de cette situation morale, vraiment déplorable, en jetant les yeux sur le tableau suivant, que nous empruntons à Michel Lévy {Traité d'hygiène, 5« édit., 1869, t. II, p. 797).