‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.59Chapitre 54 sur 74 · SP · texte numérisé non relu

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jamais à une solution satisfaisante, car un modèle était à peine adopté que l'on s'empressait d'en étudier un autre. Sans remonter aux shakos en tronc de cône renversé des armées de l'Empire et de la Restauration, nous avons eu depuis vingt ans six types différents, dont le plus récent semblait toujours réaliser un progrès sur son prédécesseur ; la cause de ces variations provient évidemment de ce que l'on n'est point parti de principes scientifiques, et que l'on a trop sacrifié à la mode qui s'impose, en France, même dans les choses mihtaires.

La coiffure militaire type est celle qui, aussi légère que possible, emboîte bien la tête du soldat, dont le centre de gravité se trouve sur la même verticale que celle du crâne, et dont le poids se répartit exactement sur la circonférence et non en avant, comme dans les shakos inclinés sur le front, ou en arrière, comme dans les anciens casques de cuirassier; elle doit le protéger du soleil et de la pluie, garantir de l'un et de l'autre son visage en avant, son cou en arrière, ses oreilles sur les côtés, et cependant ne pas être trop large pour ne pas donner prise au vent. Jadis elle devait encore lui servir d'arme défensive; mais -actuellement, au moins pour l'infanterie, cette indication peut être négligée, car l'on ne s'abordera guère à l'arme blanche; la cavalerie, en particulier, ne peut que rarement s'approcher des fantassins armés de fusils à tir rapide. Dans ces conditions, l'on arrive à construire une coiffure de forme à peu près hémisphérique, comme celle de la tête, avec un prolongement en avant sous forme de visière, un couvrenuque en arrière, reliés entre eux par une aile latérale ; la forme iatalement imposée à la logique est donc celle d'un casque assez bas. L'armée allemande et •l'armée russe possèdent seules ce modèle de coiffure pour l'infanterie ; malgré des modifications récentes dans ses dimensions, leur casque est encore un peu trop volumineux et alourdi par des ornements.

Les coiffures de l'infanterie autrichienne, belge, anglaise et française, consistent en shakos plus ou moine légers, plus ou moins adaptés à la tête. Notre modèle actuel, qui date de 1872, est bas; il ne mesure que H centimètres de hauteur en avant et 14 en arrière, son poids est de 425 à 435 grammes avec coilfe et pompon ; la visière a été avec raison inclinée de 15 degrés pour garantir les yeux, mais il lui manque un couvre-nuque. Il est vrai qu'il est recouvert d'une toile imperméable que l'on peut abaisser en arrière en cas de pluie, il est d'expérience que le soldat n'use jamais de cette faculté. Les couvre-nuque flottants doivent en effet être très-longs, sans quoi, pendant la marche, par suite du mouvement de va-et-vient imprimé par la tête, ils frottent sur le collet de l'habit et font bientôt remonter l'eau qui ne tarde pas à mouiller le cou; ils sont alors plus nuisibles qu'utiles. De plus, ce couvre-nuque ne protège pas du soleil, car il devient intolérable lorsque les rayons solaires sont ardents en empêchant l'air de circuler autour du cou. Le couvre-nuque réellement utile doit être adhérent à la coiffure, assez long pour faire Tolfice de gouttière, assez relevé pour laisser l'air circuler en dessous et disposé de façon à ne pas se heurter contre le sac de l'homme.

Le carton, le drap, le cuir ont été employés pour la confection de la coiffure militaire ; la seule indication que l'hygiéniste réclame est la légèreté, jointe à l'imperméabilité ; il y aurait lieu de rechercher si le feutre imperméable et suffisamment foulé ne saurait être convenablement employé, car lé canon et le drap, collés l'un sur l'autre, finissent à la longue par se désunir ; l'humidité pénètre bientôt entre les deux couches, la légèreté et l'imperméabilité sont alors compromises. Une autre indication hygiénique indispensable est la ventilation de la tête, que l'on obtient plus ou moins suffisamment en perçant le shako de deux ori-

fices situés en face l'un de l'autre, à sa partie supérieure, et que l'on garantit au moyen d'un petit grillage métallique sous forme de bouton.

L'armée espagnole a adopté pour coiffure un petit shako assez léger, de forme du reste un peu bizarre, car le centre de gravité est trop eu avant, mais entièrement recouvert d'étoffe blanche, ce qui paraît avantageux au jioiîît de vue de l'action des rayons solaires. De tous temps, les armées employées dans les pays chauds ont fait usage de coiffures blanches; nos soldats, en Algérie, au Mexique, en Chine, ont reçu des coiffes couvre-nuque flottants en coton blanc, et, lorsqu'ils n'en avaient point, y suppléaient au moyen de leurs mouchoirs placés entre la tête et le képy, les bouts demeurant flottants. Aux hides, l'armée aib glaise fait usage d'un casque léger, en moelle d'aloès, avec couvre-nuque, recouvert tout entier d'étoffe blanche. En Cochinchine, les troupes de la marine ont Iç salacco, large chapeau en forme de champignon, emprunté aux troupes espagnoles des PhiUppines. Dans ces dernières coilfures, la tête se trouve emboîlée par un disque sur lequel repose le fond du chapeau, au moyen de petites tiges cyhndriques, en sorte que l'air circule librement autour de la tête. Le docteur ,ludéea proposé un modèle de couvre-nuque et une coiffure basés siu" ces principes, et composés essentiellement par une calotte d'étoffe se terminant par de longs bouts flottants ; la calotte servait placée entre la tê^e et la coiffure, et absorberait la transpiration ; son système n'est autre chose que la réglementation de l'usage adopté par les soldats de placer le mouchoir sur la tête; nous ne verrions que des avantages à distribuer ces couvre-nuque auK troupes destinées à servir dans les pays chauds.

En Europe, les rayons solaires sont rarement assez intenses pour que la coiffure type soit créée en vue seulement de leur résister ; elle doit avant tout protéger de la pluie et être cependant assez légère pour que le soldat ne s'en débarrasse pas dès le début de la campagne, comme il a fait des shakos et surtout des bonnets à poil en Crimée, en Italie et pendant la cam};agne du Rhin. Plus logique que le règlement, il sentait parfaitement que ces coiffures le gênaient plus qu'elles ne le protégeaient ; les officiers, partageant les mêmes sentiments, devaient fermer les yeux. Le soldat doit avoir une coiffure dont il apprécie les avantages, et celle-là, il la gardera à coup sûr ; au besoin on l'y forcera.

En dehors de la coiffure permanente, il est généralement admis que le soldat doit en posséder une seconde, plus légère, beaucoup plus souple, qui lui sert aussi bien la nuit pour se garantir du froid que le jour pour faire les corvées ; primitivement cette seconde coiffure n'était, en France, autre que le classique bonnet de coton, devenu bonnet de laine sous la République et l'Empire; il enveloppait la tête entière pendant la nuit, le jour, on le repliait d'une certaine façon; il devint par transformation le bonnet de police, coifture essentiellement ridicule, qui ne tient pas sur la tète, ne la garantit ni du soleil, ni de la pluie, ni du froid ; qui n'est bonne ni le jour ni la nuit. Nos guerres d'Afrique ont introduit l'usage de la casquette, que l'on a nommée képy, en lui donnant une forme spéciale; après une tentative de restauration d'un bonnet de police maladroitement copié du bonnet à soufflet autrichien, on en est revenu au képy qui, de fait, par guite de l'abandon des shakos par les hommes, a servi de coiffure à nos troupes dans toutes nos campagnes. Sa forme est trop connue pour le décrire ; il a été adopté parles Russes, les Suédois, les Danois, les Italiens, les Américains, qui l'ont perfectionné en lui adaptant une coiffe imperméable avec couvre-nuque. Beaucoup d'officiers estiment que le képy pourrait être conservé comme seule coiffure pour

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tous les services, mais il semble ne pas proléger suffisamment la nuque et les oreilles; la visière horizontale n'abrite pas complètement du soleil, néanmoins il a de grands avantages, et si l'on ne se décide à adopter un casque léger avec couvre-nuque, mieux vaudrait encore le képy que tous les shakos qui, ne protégeant pas plus que lui, sont moins souples et moins légers.

L'armée prussienne et quelques corps belges ont pour seconde coiffure un bonnet sans visière, analogue au bonnet de travail du marin ; il a l'avantage d'être très-portatif et de pouvoir s'enfoncer pendant la nuit sur les oreilles ; on pourrait l'employer avec avantage. Il en est de même de la coiffure anglaise, le <.< glengarry cap » en usage dans les régiments écossais; garni d'une visière et d'une coiffe imperméable, très-souple et très-léger, il pourrait servir de coiffure unique dans presque tous les climats.

Dans tous les cas, et quelle que soit la coiffure militaire, elle doit être dégagée de tous les plumets, pompons et ornements de cuivre, qui ne servent qu'à l'alourdir et à déplacer son centre de gravité ; quelques emblèmes très-légers et facilement déplaçables suffisent pour distinguer les corps.

Jusqu'à présent il n'a été question que de la coiffure du fantassin ; celle du cavalier doit, naturellement, répondre aux mêmes indications. Aussi constate-t-on avec surprise la variété des types adoptés dans les régiments de cette arme. Les uns portent des bonnets de fourrures, explicables et utiles dans les climats trèsfroids, mais parfaitement désagréables et même ridicules dans nos climats; d'autres ont en partage la coiffure d'origine polonaise, le czapska, qui ne se maintient sur la tête qu'au prix des plus grands efforts ; d'autres, enfin, ont des casques de modèles différents. Cette critique s'adresse, actuellement, bien plus aux armées étrangères qu'à l'armée française, où l'on est entré dans une voie plus rationnelle. Dans une certaine mesure, la cavalerie peut exiger une coiffure qui soit en même temps une arme défensive ; elle peut en effet aborder la cavalerie ennemie ; c'est à ce titre que les dragons et cuirassiers destinés à ce rôle réclament un casque; nous expérimentons actuellement en France un shako de cavalerie très-bas, cyiindro-conique, à visière inclinée, tenant bien sur la tête, et qui, en tant que shako, est de beaucoup ce que l'on a fait de mieux jusqu'à présent; nous lui préférerions un casque très-léger en feutre ou en cuir, semblable à celui que l'on donnerait à l'infanterie; on pourrait, dans ce cas, le donner aussi aux dragons; quant aux cuirassiers, la logique exige pour eux un casque de métal, mais le moins lourd possible, en lui donnant cependant la résistance nécessaire pour parer un coup de sabre. Jusqu'à ces derniers temps, nous faisions usage d'un casque en acier pour les cuirassiers, en cuivre pour les dragons, surmonté d'un cimier très-élevé et garni en arrière d'une queue de cheval destinée à protéger la nuque. Le casque était très-lourd, la hauteur de la bombe et surtout celle du cimier lui donnait peu de stabilité; son emploi déterminait des névralgies souvent rebelles et amenait une calvitie prématurée ; de plus par l'usure de l'astiquage l'épaisseur du cuivre diminuait notablement. On vient de lui substituer un casque nouveau modèle identique pour dragons et cuirassiers, à bombe plus basse, en acier, de forme sphériqueet non plus ovoïde ; le cimier est également sensiblement plus bas, le couvrenuque plus allongé ; il pèse 600 grammes environ de moins que l'ancien, dont le poids s'élevait à plus de 1,500 grammes; il constitue donc un progrès considérable.

La grosse cavalerie anglaise fait usage d'un casque métallique, pesant : celui des horse-guards 1,560 grammes, celui des dragons, 1,105 grammes; le czapska des lanciers, beaucoup moins élevé que celui en usage dans l'armée française

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jusqu'à la suppression de cette arme en 1871, ne pèse que 965 grammes. Le casque des cuirassiers prussiens pèse environ 1,060 grammes; il est remarquablement bien conçu au point de vue de la stabilité et de la protection de la tète.

Nous n'avons pas à parler ici des coiffures fantaisistes, comme les bonnets à poil des grenadiers, emblèmes vénérables, mais véritablement peu hygiéniques ; nous rangerions volontiers dans la même catégorie les turbans et chéchias de nos troupes d'Afrique. Que l'on conserve aux soldats indigènes la coiffure de leur race, rien de mieux, mais qu'on l'impose aux troupes européennes, il est ditficile d'en comprendre le motif; si le turban a quelques avantages en raison de la toile qui, enroulée autour du crâne, le protège des rayons solaires, il partage avec la chéchia l'inconvénient de ne pas protéger les yeux et d'exposer ainsi aux inflammations de cet organe, ainsi que l'établissent fort bien les médecins de nos troupes d'Afrique.

Certains vêtements militaires sont pourvus de capuchons qui, relevés, constituent une excellente protection pour les oreilles, la nuque et une partie de la face ; leur emploi est parfaitement rationnel, ils servent aussi bien à l'homme en faction que pendant la nuit ; nos troupes l'ont porté en Crimée, adapté au vêtement dit Griméenne, elles en possèdent encore comme appendice du grand manteau que l'on donne aux factionnaires ; la capote des officiers de toute l'armée (modèle 1872) en est pourvue, il serait désirable qu'on en donnât également aux simples soldats. Pendant la guerre de 1864, au siège de Dûppel, les Prussiens firent ijsage d'un capuchon mobile adapté au collet de la capote, mais ne pouvant le faire passer par-dessus le casque à pointe, ils durent le modifier de forme pour qu'il pût se loger sous le casque ; la tête du soldat se trouvait ainsi mieux protégée, et l'ensemble du vêtement n'en était peut-être que meilleur. Ce capuchon fut également mis en usage pendant la guerre 1870-71.

Dans les armées anciennes la chevelure natui'elle ou artificielle constituait la seule coiffure ordinaire, le fantassin romain ne se revêtait du casque que pour le combat et, en marche le portait suspendu à l'épaule droite ; dans nos mœurs actuelles la chevelure doit être considérée au point de vue de l'hygiène spéciale du corps, c'est à ce titre que nous l'étudierons.

m. Col et cravate. Jusqu'à ces dernières années, la mode avait fait adopter pour l'armée un col en cuir, puis en crin dur, haut, pénible à mettre et plus encore à supporter. La constriction permanente qu'il maintenait autour du cou, déterminait la congestion de la face, quelquefois même des épistaxis ; son usage prolongé, surtout dans les temps chauds et pendant la marche, amenait des congestions cérabrales quelquefois sérieuses, prédisposait aux opbtbalmies. Enfin plusieurs médecins militaires l'ont accusé d'être la cause déterminante des adénites cervicales, il y a quelques années encore fréquentes chez les jeunes soldats. Sans être à ce dernier point de vue aussi affirmatif, l'on peut admettre que le col militaire n'avait presque que des inconvénients. L'armée d'Afrique dut bientôt les abandonner pour adopter une cravate de coton bleu, encore trop épaisse, mais suffisamment souple. Une décision du 50 mars 1868, en a d'abord prescrit l'usage pour toute l'infanterie et l'expérience de la guerre 1870-71, l'a fait définitivement adopter pour toute l'armée (décision du 20 avril 1872).

Peut-être vaudrait-il mieux la supprimer tout à fait, et habituer le soldat à conserver le cou découvert ; les zouaves, les marins qui en usent ainsi, en prennent vite l'habitude et, même dans nos climats, sont loin d'en éprouver des inconvénients. Le collet du vêtement généralement adopté, est par lui-même assez épais

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pour qu'il ne soit pas nécessaire d'augmentei- encore la chaleur et la constriction d'une région aussi .importante que la région cervicale.

Les troupes anglaises et allemandes font encore actuellement usage de cols assez semblables à l'ancien col français ; ils ne sont pas moins anti-hygiéniques et, vraisemblablement,, ne tarderont pas à disparaître.

IV. Vêtement du tronc et des membres. La forme générale du vêtement a subi, dans ses variations, tous les caprices de la mode ; aux juste-au-corps, aux vêtements à basques de nos pères, nous avons vu substituer les habits-vestes, puis les habits à pans des armées de l'Empire et de la Restauration ; l'introduction de la reilingotle clans les vêtements de la population a déterminé l'adoption de la tunique dont la forme, la longueur et la coupe, ont singulièrement varié depuis vingt ans. Les vêtements de la cavalerie n'ont pas subi moins de changements, certains régiments conservaient l'habit français à basque, tandis que d'autres portaient les vestes, spencers, dolmans d'origine étrangère. Les pantalons, succédant à la culotte portée avec guêtre, ont un peu moins varié, mais si l'on ne pouvait les transformer radicalement, du moins on les modifiait au moins de coupe, on les basanait de cuir pour la cavalerie, ou bien on les garnissait de fausses bottes à leur extrémité inférieure. En un mot, dans la question du vêtement, comme dans celle de la coiffure, on a obéi aux caprices, au goût du moment, sans paraître prendre en considération suffisante les indications qu'il doit remplir au point de vue de l'hygiène comme à celui de la commodité du soldat destiné à le porter.

Ces indications sont cependant faciles à préciser. La matière première et la couleur du vêtement étant déterminées d'après les lois que nous avons précédemment établies, il reste à en déterminer la coupe. Le vêtement principal, celui qui garnit le tronc, le ventre et les bras doit être suffisamment large pour permettre la plus grande mobilité aux articulations, les mouvements de l'épaule et du bras doivent en particulier s'exécuter sans que le soldat en perçoive aucune gêne ; la poitrine et la taille ne sauraient être comprimées sans que l'individu, qui se trouve ainsi emprisonné dans une sorte de carapace, n'en ressente bientôt de sérieux inconvénients ; c'est dire que le vêtement suffisamment ample ne doit point être garni de toiles dures, de ces énormes plastronnages que les tailleurs militaires devaient introduire sous la doublure pour avantager le soldat, pour donner à sa poitrine cet aspect rebondi que l'on s'imaginait agréable à l'oeil. Que ce vêtement soit fermé par une simple ou par une double rangée de boutons, ceux-ci ne doivent pas être en trop grand nombre, car ils constituent alors une véritable colonne rigide, grâce à laquelle l'homme ne peut se baisser sans difficulté. Il semble que la fermeture à deux rangs, donnant une épaisseur double au vêtement, précisément au niveau de la poitrine et de l'estomac, régions qu'il importe de soustraire aux refroidissements, soit particulièrement avantageuse, mais à la condition que le vêtement ne perde par là rien de sa souplesse. Les entournures des manches doivent être taillées avec le plus grand soin, garnies de pièces de toile destinées à absorber la transpiration et suffisamment larges pour ne point irriter par le frottement les parois de l'aisselle. L'oubli de ces précautions est une cause fréquente d'adénites axillaires, affection assez commune dans l'armée et dont personne n'ignore la gravité.

Le vêtement militaire doit dépasser la ceinture afin de protéger le ventre, mais ne doit pas non plus tomber au-dessous de la partie moyenne des cuisses, sans quoi il générait notablement le fantassin dans la manœuvre du tir couché ou à genoux, et bien plus encore le cavalier.

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Dans ces conditions, il n'est pas difficile d'établir un vêtement poiivant servir aux fantassins de toute arme et même aux cavaliers ce qui simplifierait très-notablement les approvisionnements. Il est remarquable, en effet, que dans le cours des campagnes, oii l'on est obligé de laisser aux officiers une certaine tolérance, ceux-ci se hâtent d'abandonner leurs vêtements réglementaires pour adopter toujours le même modèle de vêtement, celui d'un veston plus ou moins long, plus ou moins court, mais dont il serait fiicile de faire un vêtement définitif et réglementaire. 11 semble que rien ne soit plus logique que d'accepter un vêtement que tout le monde prend spontanément pour la guerre, la chasse, la marche à pied; malheureusement on paraît retomber toujours dans les mêmes errements en sacrifiant la pratique à la tradition et le commode à une prétendue élégance.

Sous ce i\apport l'armée française est en progrès véritable; il n'y a plus dans ses rangs que deux formes principales de vêtements: la tunique pour l'infanterie et la cavalerie de réserve ou de ligne, le veston militaire sous le nom de dolman pour l'artillerie, le train et la cavalerie légère. On se demande, il est vrai, pour quelle raison dans celte même cavalerie légère, destinée au même rôle pendant la guerre, certains régiments, les hussards, sont couverts de brandebourgs blancs fort difficiles à entretenir propres, ruineux pour les officiers qui les portent en argen-t, tandis que les chasseurs les portent noirs. On se demande également la raison de ces collets à couleur tranchante, jaune, blanc, écàrlate, dont il n'est nul besoin pour distinguer les armes entre elles, un fantassin pouvant difficilement être confondu avec un dragon, ou un hussard avec un artilleur.

L'armée allemande presque tout entière porte la tunique, seuls les hussards ont conservé le dolman; il en est de même des armées russes, italiennes, espagnoles ; les Autrichiens ont adopté pour toute l'armée, en campagne, un vêtement plus pratique, sorte de blouse un peu ajustée. En France, la garde-mobile avait reçu lors de son organisation , une tunique calquée sur le modèle de la blouse autrichienne, il est regrettable qu'elle n'ait pas été conservée pour Tinfanterie ; en" Angleterre, l'infanterie conservant toujours sa couleur nationale, possède également une tunique écàrlate, admirable cible offerte aux coups de l'ennemi, mais malgré le respect du passé qui fait loi en Angleterre, tout fait supposer que l'on en viendra prochainement à une nuance moins dangereuse et que les « rcd coats » ne seront bientôt plus qu'un souvenir.

Le pantalon doit présenter les mêmes conditions de souplesse que le vêtement du tronc; comme lui, il doit laisser aux articulations toute leur mobilité, en particulier ne pas être ni trop adhérent au périné, ni trop bas cependant de la fourchette sous peine de gêner la marche. Le pantalon demi-collant paraît convenir spécialement au fantassin, mais pour ce dernier, comme pour le cavalier l'extrémité inférieure doit pouvoir être renfermée dans la chaussure ou dans la guêtre; sans cette disposition l'air pénètre trop facilement entre le drap et la peau et vient refroidir cette dernière ; pour la marche et toujours en campagne, le pantalon flottant sur la chaussure doit être proscrit, ne fût-ce que pour le soustraire à la boue qui le ronge.

Le pantalon du cavalier pourrait être en tout semblable à celui du fantassin, s'il était porté dans la botte ; si, au contraire, il est garni de tiges de cuir et retombe sur la chaussure, il devient nécessaire de lui donner un peu plus de longueur et de le garnir de sous-pieds. En France, nous avons renoncé aux pantalons garnis de cuir dans toute leur partie interne ; avantageuse peut-être au point de vue de l'économie, cette disposition était nuisible au soldat lui-même ; le cuir, en effet,

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incessamment ciré ne tardait pas à perdre sa souplesse et déterminait des excoriations, des furoncles, il s'imprégnait plus encore que le drap des produits de la transpiration et exhalait une odeur repoussante. En le lavant, le soldat ne faisait encore que le durcir davantage, tandis que le drap ne perd alors rien de sa souplesse. Cet inconvénient n'existe pas au même titre lorsque, comme dans le pantalon actuel, le cuir ne commence qu'au dessous du genou. Les aimées allemandes et anglaises usent encore dans certains régiments de pantalons avec garniture de cuir remontant jusqu'au bassin ; d'autres cavaliers sont pourvus de grandes boites en cuir gras, pouvant remonter jusqu'au niveau du bassin, nous en parlerons à l'article chaussure.

Les pantalons de toile o\i de coton n'offrent pas d'inconvénients sérieux pendant la saison chaude; ils sont, en tous temps, indispensables au cavalier pour le service d'écurie, et à ce titre doivent figurer dans sa garde-robe; en revanche ils ne répondent à aucune indication suflisante pour le fantassin ; si pendant quelques mois leur usage offre certains agréments, ils exposent aussi au danger du refroidissement après le coucher du soleil ; ce serait une sérieuse complication que de faire changer toute la troupe de pantalons à cette heure de la journée, aussi l'hygiéniste doit-il applaudir à leur suppression pour les armes à pied, prescrite par la décision du 24 mars 1860. Exceptionnellement, dans les pays chauds, en Atrique, les pantalons de coutil sont utihsables, aussi les zouaves et tirailleurs indigènes en sont-ils officiellement pourvus ; tenant compte de la nécessité de modifier le vêtement de la troupe suivant le climat, nous acceptons cette mesure; il paraîtrait néanmoins plus hygiénique de remplacer le coutil par la serge, tissu frais et léger, mais siar protecteur contre le rayonnement; certains régiments anglais de l'armée des Indes en font usage et s'en trouvent bien.

Pendant quelques années, l'infanterie française a porté le pantalon dit à la turque, dont on paraissait faire grand cas comme moins chaud et de plus longue durée. Il exigeait l'emploi de guêtres et de molletières, dont les inconvénients furent bientôt tels, qu'on dut lessuppriraer. La molletière était en effet fort incommode par le temps nécessaire à la lacer, elle maintenait une compression permnnente sur la jambe, prédisposait aux varices ; rapidement durcie à la suite de lavages nécessaires, elle produisait des excoriations, et, en fin de compte, transformait le vêtement du membre inférieur en quatre pièces indépendantes : le pantalon, la molletière, la guêtre et la chaussure. Fort heureusement on se décida à la supprimer et, avec elle, le pantalon à larges plis.

Le pantalon peut être maintenu par des bretelles ou par une ceinture adaptée au pantalon lui-même, et prenant point d'appui sur les hanches. Si ce dernier système a l'avantage de laisser plus de hberté aux mouvements des mendires supérieurs, il a l'inconvénient de nécessiter une assez forte constriction portant précisément au niveau de l'abdomen, constriction que les militaires ont une funeste tendance à augmenter pour faire valoir leur taille. L'usage de bretelles élastiques semble en définitive très-avantageux ; elles permettent de faire remonter le pantalon un peu plus haut, de protéger davantage la région abdominale et d'éviter l'entre-bàillement qui se produit très-tacilement entre la ceinture du pantalon et celle du vêtement.

L'usage des bretelles est réglementaire dans les armées françaises, anglaises et allemandes.

Outre la tunique et le pantalon, les soldats doivent posséder un vêtement plus léger, destiné soit à être porté seul pour les corvées, exercices ou dans certains

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services spéciaux, soit à pouvoir être mis en dessous du vêtement principal en hiver et pour les services de nuit. Dans l'armée française, ce vêtement est représenté par une veste de coupe à peu près identique dans toutes les armes ; elle s'arrête à la taille et ne protège que la poitrine et les bras, c'est un défaut capital que Ton corrigerait facilement en prolongeant le vêtement de dix centimètres au plus; l'artillerie française vient, du reste, de recevoir des vestes taillées sur ce modèle. L'armée anglaise possède des vestes analogues ; l'armée allemande n'a pas un modèle uniforme de vêtement de corvée pour toutes ses armes.

Il semble que la veste destinée à être à la fois vêtement de corvée et vêtement de dessous, pourrait être avantageusement remplacée par la chemise de laine. Les marins de tous les pays en font un usage constant, l'armée américaine l'avait adoptée pendant la guerre de la sécession, l'infanterie de marine française en est pourvue pour le service colonial et à bord des navires. La chemise de laine, vêtement chaud et souple, se lavant facilement, d'un prix moins élevé que la veste en ce qu'elle exige moins de façon, pouvant se porter en dedans du pantalon ou par-dessus sous forme de blouse, serait éminemment utile comme vêtement d'intérieur pour la caserne, et serait précieuse en campagne. Le soldat la mettrait sous la tunique ou sous la capote, vêtement dont il nous reste à parler.

Dans toutes les armées, on a reconnu la nécessité d'un vêtement plus chaud et plus ample que l'habit ordinaire et destiné à servir de par-dessus. La plupart des armées ont adopté un vêtement à peu près identique, la capote, plus ou moins longue, plus ou moins ample, destinée à être portée par-dessus les autres vêtements. La nécessité a forcé de modiiier légèrement les formes de ce vêtement pour les cavaliers; cependant en Allemagne et en Autriche, les cavaliers font usage d'une capote très- voisine de celle des fantassins ; en France, au contraire, le manteau de cavalerie ne ressemble en rien à la capote des fantassins ; le premier est à pèlerine et à manches, tandis que la capote de forme un peu étriquée ne possède ni grand collet, ni capuchon, ni pèlerine. On vient de donner récemment un pardessus-capote semblable pour les officiers de toutes les armes, il serait à désirer que l'on n'eût également qu'un seul modèle pour toute la troupe, qui fût aussi celui des officiers ; la facilité des approvisionnements gagnerait beaucoup à cette simplification. Nous avons un peu perdu de vue en France les indications du vêtement de par-dessus en diminuant son ampleur, en l'ajustant à la taille, il s'est peu à peu transformé en vêtement pour tout faire ; en Crimée, en Italie, les troupes ont laissé leurs tuniques en magasin et fait campagne avec la veste et la capote; si la tunique n'est pas jugée pratique pour le service de guerre, elle doit disparaître comme inutile car on ne saurait admettre que le soldat possède des vêtements de garnison et d'autres de campagne. En remplaçant la veste actuelle par la chemise de laine, en donnant à la tunique une ampleur suffisante pour que celte chemise pût être portée en dessous, on pourrait emporter le tout en campagne. Pour les marches et lorsqu'il ferait beau, le soldat porterait la tunique et la chemise de laine^ ou la tunique seule ; la capote redevenue véritablement vêtement par-dessus, ne serait mise qu'en cas de pluie, de froid ou pour les services de nuit, en route le soldat la porterait roulée autour du sac ou en bandoulière, la surcharge de poids qui en résulterait serait compensée par la Suppression de la terite-abri et de ses piquets, que nous proposerons de faire -disparaitre de l'équipement, au moins pour les guerres européennes.

11 est à remarquer, en effet, que, dès qu'il fait froid ou qu'il pleut, le soldat ti'est pas suffisamment protégé lorsqu'il n'a pour tout vêtement que la veste et

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la capote ; il ne possède aucun vêtement de rechange, c'est un desideratum qu'il faut corriger sans cependant augmenter la charge, déjà excessive comme nous le verrons plus loiu.

Dans des conditions spéciales, suivant la nature des services ou des campagnes, l'autorité militaire doit apporter des modifications dans les vêtements du soldat ; on en a du reste agi ainsi de tout temps. En Crimée, la troupe et les olficiers ont reçu de vastes capotes supplémentaires à capuchon dites Griméetmes, des gilets et caleçons de ilanelle, de grandes guêtres en feutre d'origine bulgare ; pendant la dernière guerre les troupes de tranchées recevaient des juste-au-corps en peau garnie de poils, dont l'ijsa'ge ne laisse pas que d'être assez antihygiénique. Ces fourrures souvent mal préparées, contiennent encore de nombreux produits graisseux, odorants ; elles maintiennent autour du corps une chaleur excessive, à laquelle le soldat s'habitue et dont il ne peut plus se passer ; de là des rhumatismes ou même des affections plus graves lorsqu'il quitte accidentellement cette cuirasse. D'une façon générale les peaux d'animaux et fourrures ne doivent pas entrer dans le vêtement du soldat; la laine doit seule en faire tous les frais.

En temps ordinaire et en garnison, que l'on donne aux factionnaires, ou autres individus exposés au froid et à l'immobilité, un vêtement supplémentaire comme notre grand manteau réglementaire, rien de mieux, mais que ce vêtement soit porté seulement pendant la durée de la iactiou ou du service extraordinaire, car sans cela, l'homme ne le quitte plus et en retire plus d'inconvénients que d'avantages.

Les boutons, qui servent à fixer les vêtements, sont actuellement en métal brillant, jaune ou blanc; ils portent un attribut spécial pour chaque arme. Il semblerait logique de les revêtir d'une couleur sombre, de les bronzer, par exemple, pour leur enlever cet éclat qui peut servir de point de mire ou d'indice à l'entiemi. Beaucoup d'officiers voudraient voir bronzer tout ce qui est métallique dans l'équipement du soldat.

V. Chaussure « Les souliers ont pour l'infanterie l'importance que les chevaux ont pour la cavalerie » disait le maréchal Niel en 1868, dans un discours au Corps législatif ; il résumait ainsi l'opinion formulée de tout temps par les militaires et les hygiénistes ; le maréchal de Saxe ajoutait même avec raison que l'armée qui aurait donné à ses troupes la meilleure chaussure, posséderait sur ses ennemis un immense avantage, celui de conserver ses hommes disponibles pour la marche.

La chaussure du soldat doit répondre à des conditions multiples ; plus encore que pour tous les autres individus, il importe qu'elle soit souple, légère et solide facile à mettre et à ôter, appropriée à tous les climats et à toutes les saisons, confectionnée de manière à laisser le pied sec et sain, à ne contrarier le jeu d'aucune de ses nombreuses articulations, à empêcher l'entrée du sable et de la boue. A toutes ces conditions, elle doit joindre l'avantage d'être peu coûteuse et de lono-ue durée, enfin de pouvoir, par sa nature^ être confectionnée à l'avance en grandes provisions, conservées dans les magasins de l'État, au même titre que le matériel de guerre, pour être distribuées, au moment de l'entrée en campagne, aux soldats que l'appel des réserves fait afiluer en grand nombre dans les corps

de troupes.

Dans la vie civile, chaque individu peut, en général, faire confectionner des chaussures sur mesure et, dans ce cas, il a des chances pour qu'elles s'adaptent à peu près à son pied ; dans l'armée il ne saurait malheureusement en être ainsi. En temps de paix, les maîtres-ouvriers des régiments peuvent, dans certaines li-

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