‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.59Chapitre 66 sur 74 · E TRAVAIL · texte numérisé non relu

E TRAVAIL

TOTALE

12 gr. 50

2osT. (H

790 MILITAIRE (hygiène).

et expulsées, on arrive aux chiffres suivants : 20 grammes d'azote et 310 grammes de carbone.

M. de Gasparin admet la même ration d'entretien. Mais pour i'homme exe'cutant un travail, comme l'ouvrier des champs qui fait le sujet de son étude, il double la quantité d'azote et il ajoute seulement un sixième de carbone, soit 45 grammes; il arrive alors aux cliiffres suivants :

RATIOS

d'enibeiie».

Azote 12gr. 51

Carbone 264

On voit qu'il ne modifie pas la quantité de carbone admise par 31. Payen.

D'après M. Barrai, l'homme qui travaille doit recevoir de 22 à 27 grammes d'azote, soit une moyenne de 24 grammes environ.

M. Dumas estime que la digestion doit restituer 1 gramme d'azote par heure, soit 24 grammes par jour.

MM. Andral et Gavarret fixent la consommation de carbone de l'adulte de 20 à 40 ans à 128%2 par heure pour l'exhalatioti pulmonaire, soit 2928'',8 par jour; plus 1 dixième, c'est-à-dire 29s'',28, pour subvenir à la plus grande activité pendant le travail, et 60 grammes comme moyenne du carbone excrété, ce qui donne un total de û82?%08 pour la journée,

Liebig fixe à 455 grammes la quantité de carbone nécessaire à l'homme adulte qui. travaille.

Récemment encore ces faits ont été démontrés par M. Byasson : dans des expériences très-bien conduites et faites sur lui-même, il a prouvé clairement que, pendant le travail, la quantité d'azote é'iminé s'accroît, et il a montré de plus l'augmentation du phosphore dans les excrétions pendant le travail intellectuel (Docteur Byasson, Thèses de la Faculté de Paris, 1868).

De ces divers résultats on peut conclure qu'un homme adulte qui travaille a, en moyenne, besoin de 24 grammes d'azote et de 550 grammes de carbone. Ces chiffres devront évidemment être modifiés "suivant les circonstances : trop faibles pour l'homme qui se livre à un rude labeur, ils seront diminués pour la personne qui n'accomplit aucun travail. Mais, dans les conditions ordinaires de la vie, on peut admettre 20 grammes d'azote et 510 grammes de carbone, comme deuxminima qui ne devront jamais être dépassés. On devra toujours plutôt chercher à les augmenter. Nous pouvons appuyer cette proposition sur ces lignes écrites par M. Bouchardat : « Il ne faut pas oublier que bien des raisons doivent faire adopter un régime réel supérieur au régime théorique : tout ce qui est ingéré n'est pas complètement utilisé ; l'accroissement du corps dans le jeune âge, l'habitude, l'exercice énergique, etc. : voilà les motifs principaux qui doivent être pris en considération » (De l' alimentation insuffisante. Thèse de concours pour la chaire d'hygiène; Paris, 1852).

Mais ce n'est pas là tout : il n'y a pas que le travail qui influe sur les dépenses organiques, il faut aussi tenir compte de la température. L'homme perd beaucoup moins dans les pays chauds que dans les pays froids, et la sobriété des soldats des régions méridionales est une nécessité de la nature et point une vertu ; l'ouvrier du Midi consomme moins d'azote et de carbone que celui dn Nord, etPlayfair rapporte que les soldats anglais mangent beaucoup moins dans les Indes orientales que dans la mère patrie. Par contre, dans les pays froids, la quantité de carbone consommée est plus élevée ; dans nos climats, M. Barrai a pu constater

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une diiïéreuce de un cinquième entre les proportions de carbone brûlées par noire organisme en été et en hiver. De là des indications très-précises pour l'hygiéniste militaire, qui doit faire varier la ration du soldat suivant les lieux où l'armée est cantonnée, suivant la latitude, suivant la saison. Tandis qu'en Algérie ou dans les pays chauds, il supprimera ou diminuera sensiblement les graisses, les huiles, les amylacés pour ne pas fatiguer l'estomac par un travail sans but utile, il les augmentera au contrahe dans les régions froides, en hiver, rapprochant autant que possible le régime des militaires de celui que les habitants du pays ont adopté. Sans même changer de latitude, un régime véritablement hygiénique doit subir certaines modifications suivant les saisons ; nous aurons l'occasion de revenir sur ces indications.

L'eau constitue les 75 centièmes de l'organisme, mais chaque jour il s'en échappe en moyenne 2 kilogrammes et demi par les diverses sécrétions ou exhalations. La fraction représente l'eau résultant de la combustion de l'oxygène avec l'hydrogène libre des tissus. L'alimentation doit donc en fournir 2 kilogrammes, soit en boissons, soit par l'eau que renferment abondamment tous les aliments, même les plus consistants.

Enfm l'organisme a besoin de sels minéraux. En première ligne se trouve le sel marin : M. de Gasparin fixe à lo grammes par jour la quantité de ce sel qui doit être ajoutée à celle qui se trouve normalement dans les aliments. Suivant M. Barrai, elle vaiie de og',16 â 12^^29.

M. Mège-Mouriès a porté à 6 grammes par jour la quantité de phosphate de chaux que doit fournir l'alimentation.

Eu résumé ; azote, carbone, eau, sels minéraux, telles sont les pertes de l'orgauisme; tels sont les principes que lui doit restituer l'alimentation.

A l'article « Aliments » de ce Dictionnaire on peut trouver l'exposé complet des ressources que fournissent pour notre usage les diverses substances que la nature met à notre disposition. Il ne nous reste plus qu'à les combiner pour arriver à former une ration suffisante pour le soldat, mais ici l'hygiéniste se heurte à des considérations d'un ordre malheureusement des plus sérieux, celui de l'économie. Rien ne serait plus facile que d'adopter pour l'ai-mée un régime des mieux entendus, mais lorsque le prix de la ration se nmltiplie quotidiennement par 450,000 ou 500,000, effectif f/e paix des grandes puissances mililaires, par un miUion et plus en temps de guerre, force est bien à l'hygiéniste de composer avec la nécessité.

Évidemment le devoir de l'État est bien nettement formulé par cette proposition : « Donner au soldat tout ce qui lui est indispensable pour son alimentation, en proportion des circonstances où il se trouve ; fixer un taux à la fois équitable et ne rien négliger pour le lui assurer en tout temps, mais ne pas dépasser la limite qu'imposent fatalement les nécessités budgétaires. »

Est-on arrivé à ce résultat, en France, tout d'abord ? c'est ce que nous allons

examiner.

A. Alimentatiox dc soldat en temps de paix. 1" Aliments solides. Sous Louis XIV et Louis XV, le régime des soldats fut l'objet d'améhorations considérâbles {Ordonnances des 19 décembre 1675, 2jo«i'ier 1674, l"-' novembre 1675, 10 décembre 1725, 8 mai et 15 juillet 1727). L'ordonnance du 14 juin 1702 réglait ainsi la ration du soldat en marche : « Art. 2. La ration de vivres pour la nourriture d'un fantassin sera composée de 24 onces de pain (750 grammes) entre bis et blanc, d'une pinte de vin, mesure de Paris, et du cru du lieu, on

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d'un pot de cidre ou de bière, et d'une livre (500 grammes) de viande de bœuf, veau ou mouton, au choix de l'étapier. — Art. 4. La ration de vivres pour un cavalier sera composée de 56 onces (1,250 grammes) de pain, d'une pinte et demie de vin ou d'un pot et demi de cidre ou de bière, et de 2 livres (1,000 grammes) de viande » (Boudin, Étude sur Vétat sanitaire et la mortalité de l'armée, ia Annales d'hygiène, 1'''= série, vol. XLII, p. 541 ; 1849). Le soldat recevait alors plus de nourriture qu'aujourd'hui.

A partir de 1788, on s'occupa beaucoup de la farine destinée à la fabrication du pain de munition. En 1792, l'Assemblée nationale éleva le taux du blutage à 15 p. 100, et en l'an V de la République (1797), le ministre de la guerre demandait à l'Institut national un rapport sur cette question. Parmentier, qui fut chnrgé de la rédaction de ce rapport, conclut à l'élévation du taux du blutage à 18 p. 100. Sous l'empire, le service des vivres fut abandonné aux fournisseurs généraux, et l'armée eut souvent à se plaindre, à moins qu'elle ne se trouvât dans des pays assez riches pour que les entrepreneurs pussent facilement satisfttire leur cupidité.

En 1822, une ordonnance décida que le pain de munition serait fait avec de la farine de pur froment blutée à 10 p. 100. La farine de méteil (trois quarts de froment pour un quart de seigle) devait être blutée à 15 pour 100. En 1855, on établit pour la première fois une distinction entre les blés tendres et les blés durs : le blutage des premiers fut fixé à 10 p. 100, et celui des seconds à 2 p. 100. En 1845, le blutage des blés tendres fut porté à 15 p, 100, et celui des blés durs à 5 p. 100. De nouvelles améliorations furent encore apportées en 1851 et 1852 ; et enfin, en 1855, le blutage des blés tendres fut élevé à 20 p. 100, et celui des blés durs à 12 p. 100.

Après ce court aperçu des diverses vicissitudes qu'a subies le régime alimentaire du soldat, voyons comment il est aujourd'hui composé :

TABLEAU XXXIX. — ration journalière du soldat français en garnison a l'intérieur.

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