PRUSSE
FRA-NCE.
Eau
Sucre
Dextrine
Amidon
Matières azotées ....
Matières grasses
Soas. .
Matières fines
Pertes ... . . . .
TOTAOS
Depuis 1853, de notables progrès ont été accomplis à l'étranger, et ces analyses auraient peut-être à subir quelques modifications. Toujours est-il que le pain de l'armée allemande, dont beaucoup de personnes ont récemment pu voir des échantillons, est loin de présenter l'aspect avantageux du nôtre; peut-être est-il nourrissant, il contient cependant moins d'amidon et de matériaux azotés et beaucoup plus de son; entons cas doit il être infiniment moins digestible ; les prisonniers allemands auxquels on distribuait notre pain le trouvaient excellent, mais ils constataient qu'il leur restait moins sur l'estomac, qu'il les lestait inliniment moins ; pour des estomacs habitués à une nourriture un peu grossière, c'est peut-être un inconvénient.
Quelques personnes trouvent que, en France, on a dépassé le but et que le pain de munition normal, supérieur en qualité à celui que mangent les deux tiers de la population française, a gâté le soldat en le rendant trop exigeant, en lui faiant ensuite dédaigner le pain généralement inférieur que l'on peut se procurer en campagne. Ce sont là des arguments administratifs de mauvais aloi auxquels nul hygiéniste ue peut se rallier. Félicitons-nous de ce que nous donnons une telle noumture à nos soldats, et, sous prétexte de les préparer à la guerre, ne leur faisons pas subir des privations en temps de paix.
La qualité des farines achetées par les luauuteutions est contrôlée par une com-
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mission dite de vérification, organisée par décision du 14 mars 1851 et comprenant, dans chacune des places où existe une manutention, les fonctionnaires suivants :
Dans les places chefs-lieux de division : le sous-intendant ayant la surveillance des vivres, président ; un chef de bataillon ; un médecin militaire ; un officier d'administration chef du bureau de centralisation ; le syndic de la boulangerie.
Dans les places ordinaires : le sous-intendant militaire chargé du service des vivres, président ; le commandant de place ou un officier de troupe ; un médecin militaire ; le syndic de la boulangerie.
Les travaux de toutes ces commissions sont étudiés et classés par une commission centrale réunie à Paris; elle se compose de : l'intendant de la i'" division militaire, président ; un membre du conseil de santé ; un membre de l'Institut ; un officier supérieur ; le doyen des syndics de la boulangerie.
On ne saurait entourer de plus de garanties la fabrication du pain de munition, cet élément si important de l'aUmentation du soldat, et nous a\ons constaté l'excellence des résultats obtenus.
L'expertise des grains et des farines est une opération délicate, leur conservation exige des précautions minutieuses ; tous ces détails sont prévus et indiqués très-complètement soit dans l'instruction du 16 mars 1851, soit dans les traités spéciaux {Notice sur le service des subsistances militaires et du chauffage. Paris, 1865) ; l'examen des farines en particulier, lorsqu'il doit être complet, nécessite l'emploi du microscope et de l'analyse chimique. La fraude se dissimule par mille procédés ingénieux, que l'on découvre cependant ; mais ces travaux sont du ressort d'un homme de l'art, auquel il est indispensable d'avoir recours le cas échéant.
Il n'en est pas de même de la vérification du pain dont la qualité peut être, en général, facilement appréciée de tous ; il doit être bien cuit sans être brûlé ; la croûte doit adhérer à la mie ; son odeur est douce et agréable ; en l'ouvrant il ne doit pas apparaître spongieux, ce qui indiquerait non pas un excès d'eau, mais une cuisson mal dirigée ; la mie doit être parsemée de petits yeux, et non de ces vastes cavités décelant une levure incomplète ou inégale.
Les pains de munition pèsent 1^,500, vingt-quatre heures après la cuisson, alors que l'évaporation d'une certaine proportion d'eau les a déjà allégés; les dimensions moyennes sont de 27 centimètres de diamètre sur 9 centimèlres et demi d'épaisseur au centre. Le pain bien fabriqué peut se conserver sans altération cinq jours en été et huit jours en hiver.
On prépare également un pain à pâte plus serrée, qui prend le nom de pain biscuité ou demi-hiscuité ; la conservation du premier doit être de quarante à cinquante jours et celle du second de vingt à trente. Ce pain peut faire partie des approvisionnements de campagne.
Le pain, comme la farine, peut subir des altérations provenant de la fraude, ou développées spontanément, comme la moisissure en particulier, constituée par la génération de champignons microscopiques. L'humidité de l'air, l'action de la lumière et d'une chaleur de 30 à 40 degrés sont les conditions favorisant la végétation de ces mycodermes, dont le moindre inconvénient est de rendre le pain impropre à l'alimentation. Ouant aux altérations provenant de l'introduction de substances étrangères destinées, soit à blanchir la pâte, comme le sulfate de zinc, l'alun, le sulfate de cuivre, soit à en augmenter le poids, comme la terre de pipe, la craie et le plâtre, elles ne peuvent guère être reconnues définiiivement
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que par un expert, auquel il y a lieu d'avoir recours dans les cas douteux.
En résumé, notre pain de munition est excellent, l'on ne saurait vraiment formuler aucune indication d'amélioration, et tous nos efforts devraient tendre à l'obtenir toujours tel qu'il doit être et qu'il est, en effet, lorsque toutes les conditions réglementaires sont remplies.
2° Boissons. En temps ordinaire, le soldat n'a pour toute boisson que de l'eau. Durant la saison des chaleurs, du 21 juin au 31 août dans le Nord, du 1^' juin au 30 septembre dans le Midi, il est accordé une ration d'eau-de-vie d'un seizième de litre, ou une indemnité représentative de 4 centimes et demi par homme et par jour. Dans des circonstances très-exceptionnelles, comme dans les camps et en campagne, on donne une ration de sucre et café, composée de 16 grammes de café et de 21 grammes de sucre. Enfin, c'est en campagne seulement que le soldat reçoit du vin, quand les circonstances le permettent.
Le soldat français est donc à peu près complètement privé d'une boisson qui satisfasse aux règles de l'hygiène, car on ne peut admettre que l'eau puisse, à elle seule, remplir ces conditions. Ce n'est pas cependant qu'on puisse la considérer comme antihygiénique ; quand on en fait un usage modéré, qu'elle est fraîche et pure, elle est sans doute sans inconvénient, mais elle n'a aucun effet alimentaire ou stimulant. Elle est même nuisible dans certaines chconstances, quand on en prend une quantité un peu considérable. Tous les médecins des régiments ont observé nombre de diarrhées et d'embarras gastriques, surtout en été, dont la cause n'est autre que l'ingestion d'une masse d'eau bue à jeun, ou quand le corps est en transpiration, comme à la suite des exercices et des marches militaires. A ce moment, le soldat, inconscient du danger auquel il s'expose, et malgré toutes les recommandations, a une grande tendance à ingurgiter une grande quantité d'eau, à défaut d'une autre boisson plus salubre.
Les inconvénients de cette boisson trop primitive sont connus depuis longtemps, et on a cherché de tout temps à corriger la crudité de l'eau, qui est à la disposition du soldat. Les Romains se servaient de vin et de vinaigre ; c'est Végèce qui nous l'apprend dans ce passage : « Frumenti vero, aceti, vini, nec non etiam salis, omni tempore vilanda nécessitas » {De re militari, 1. 111, c. m). On se servait encore du vinaigre au siècle dernier, comme nous le raconte Colombier, De nos jours, on a remplacé le vinaigre par l'eau-de-vie, que l'on distribue aux troupes en été. Mais est-ce bien là le correctif qui convient pour faire de l'eau uneljoisson salubre? Si nous nous en rapportons aux hommes qui se sont occupés de cette question, nous voyons que tous s'accordent pour soutenir la négative. Mélangée à l'eau, l'eau-de-vie laisse développer certains principes empyreumatiques d'un goût désagréable, qu'il faut corriger par l'addition de sucre.
Il y a donc là une lacune qu'il est nécessaire de combler, pour satisfaire aux lois de l'hygiène. Il faut au soldat une boisson un peu plus nutritive et légèrement stimulante. Ici le problème est difficile, car cette addition au régime du soldat ne se fera pas sans une certaine dépense, et il faut qu'elle soit le moins forte possible pour que nous ayons quelque chance de la voir accepter. l
Au premier abord, la boisson qui se présente à l'hygiéniste comme la plus îonvenable, c'est le vin, dont l'usage est répandu dans toute la France. Et en effet, sous ce rapport, la France est merveilleusement dotée et peut faire envie aux autres nations, car son sol est presque partout favorable à la culture de la vigne. (11 y a 2,200,000 hectares livrés à la culture de la vigne, qui produisent annuellement 44 millions d'hectolitres de vin. — Payen.) L'armée française se
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trouve donc dans des conditions exceptionnellement favorables, pour voir le vin faire partie de son régime journalier.
Pris à des doses modérées, le vin a une action excitante et stimulante. 11 n'est pas simplement un mélange d'eau et d'alcool avec certains principes aromatiques ; il contient encore d'autres principes qui ne sont pas sans jouer leur rôle dans la nutrition. Ainsi les matières grasses, qui y sont en minimes proportions, il est vrai, jouent le rôle d'élément calorifique; les sels de chaux, de potasse, de soude, et la silice concourent au renouvellement des matières salines propres à nos tissus ou habituellement comprises dans nos déjeciions ; enfin les matières azotées remplissent, quoique pour une très-faible part, plusieurs des fonctions de leurs congénères. Quant à l'alcool, son rôle a été diversement interprété. Liebig l'a placé parmi les aliments respiratoires. MM. Bouchardat et Sandras s'expriment ainsi à ce sujet : «L'ulcool, sous l'influence de l'oxygène introduit dans l'économie par la respiration, peut être immédiatement converti en eau et en acide carbonique; mais dans plusieurs de nos observations, nous avons obtenu un produit intermédiaire de sa combustion, l'acide acétique. L'alcool et les produits qui en dérivent disparaissent rapidement de l'économie » {Annales de chimie et de physique, 18-47, vol. XXI). D'après M. Duchtk, sous l'action comburante de l'oxygène, l'alcool se détruit dans le sang, en formant une série successive de combinaisons de plus en plus oxygénées, dont le dernier terme est l'acide carbonique. D'un autre côté, MM. Ludger, Lallemand, Maurice Perrin et Duroy ont fait des expériences qui semblent prouver que l'alcool ne s'oxyde point et ne se transforme point dans le sang, mais qu'on l'y retrouve en nature, ainsi que dans le cerveau et le foie, qu'il est éliminé de l'organisme eu totalité et en nature par les poumons, la peau et les reins : son action serait plutôt de ralentir la combustion des aliments respiratoires, de diminuer ainsi la consommation de ces substances, de favoriser même parfois l'accumulation delà graisse; enfin, à dose faible, il agit comme excitant ; à dose modérée, comme stupéfiant. C'est précisément cette dose convenable d" alcool que nous trouvons dans les vins de France. Ainsi, les vins des provinces méridionales contiennent environ de 15 à 17 pour 100 d'alcool pur; ceux de la Côte-d'Or, environ de 9 à 12 ; le Champagne mousseux, de 9 à 11 ; enfin ceux de ChàtiUon, Blois et Orléans, de 7 à 9 (Payen, loc. cit.).
En supposant la ration quotidienne de 25 centilitres, qui est celle qu'on accorde en campagne, avec un vin contenant de 10 à 12 centièmes d'alcool, on ne donnerait guère plus de 3 centilitres d'alcool pur, proportion qui n'est certes pas trop considérable.
Est-il possible de faire cette introduction dans le régime du soldat? quelle serait la dépense ? On peut évaluer à 40 centimes le litre le prix auquel on peut se procurer du vin de bonne qualité, y compris tous les frais d'entretien. En supposant par homme et par jour une dépense de 10 centimes, on arrive au chiffre de 16,425, 000 francs pour toute l'année, avec un effectifmoyen de 450,000 hommes. Ce serait donc de ce chiffre qu'il faudrait augmenter le bmlget de la guerre, si l'on voulait donner du vin aux soldats. Certes, ce n'est pas nous qui songerions à nous plaindre de cette mesure ; nous sommes d'avis, au contraire, qu'on ne doit marchander au soldat rien de ce qui lui est nécessaire et peut contribuer à le maintenir dans de bonnes conditions de santé. Le pays a le devoir de s'imposer tous les sacrifices nécessaires pour ces hommes qui non-seulement dépensent à son service leurs plus belles années, mais encore s'exposent pour lui à toutes sortes de dangers. Mais cependant il y a lieu de rechercher si l'on ne pourrait pas
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remplacer le vin par une autre boisson plus économique, et satisfaisant au\ mêmes indications. Or précisément le café semble être cette boisson, car il a de nombreux avantages que nous allons examiner.
Le café, pris à dose modérée, est une boisson alimentaire et stimulante ; il éveille le cerveau, sans l'échaufler, comme le font les alcooliques ; sous son influence, nos facultés s'érigent, la respiration devient plus facile et plus légère, la digestion se fait mieux ; en même temps, il permet de supporter plus facilement les fatigues : il semble que cette boisson fixe l'état de la nutrition et ralentisse le mouvement de décomposition, car elle ne nourrit pas directement. Voici ce que dit M. Payen {loc. cit.) à ce sujet : « L'expérience de cbaque jour nous apprend que, tout différent des boissons ou liqueurs alcooliques et des vapeurs narcotiques de l'opium qui enivrent et engourdissent les sens, le café procure, par son parfum exquis, les plus agréables sensations, tout en excitant les facultés de l'intelligence, au lieu de les assoupir. Un des effets les plus remarquables du café est, sans contredit, de soutenir les forces de l'homme soumis à de rudes travaux, tout en permettant de réduire passagèrement de 25 ou 30 p. 100 la quantité de ses aliments. Les ingénieuses obsersations de Gasparin conduiraient à conclure que le café a la propriété de rendre plus stables les éléments de notre organisme, en sorte que, s'il ne pouvait pas lui-même nourrii' beaucoup, il empêcherait de se dénourrir, ou amoindrirait les déperditions. »
En parlant de la nécessité de donner au soldat un léger repas le matin, nous avons déjà dit que le café pouvait très-bien remplir ce but. Nous avons dit aussi que ce fut pendant la campagne d'Egypte et sur les conseils de Larrey, que cette substance fut pour la première fois distribuée aux troupes. Le chirurgien eu chef de l'armée avait su très-bien apprécier les avantages de cette boisson chez les indigènes, et il considérait même le café fait à la façon de l'Orient comme un breuvage préventif de la fièvre intermittente. Plus tard, pendant les premières années de l'occupation de l'Algérie, il en recommanda vivement l'usage pour les troupes, et ce n'est réellement qu'à partir de cette époque que le café commença à faire partie des subsistances militaires. Les services qu'il a rendus sont incontestables : sans lui, on n'aurait certainement pas toujours surmonté les fatigues de ces pénibles campagnes, dans un pays où les transports et les ravituillements rencontrent des difficultés immenses.
Depuis lors, l'expérience est devenue encore plus probante : les campagnes de Crimée, d'Italie et du Mexique en font foi. En 1857, le baron H. Larrey en recommanda l'usage pour les troupes de la garde réunies au camp deChàlons. Dans la dernière guerre enfin, nos soldats n'ont sou\ent eu que du café pour toute nourriture: c'était quelquefois la seule distribution qui se fit régulièrement. Le soldat connaît très-bien l'excellence de cette boisson, et il ne réclame jamais autre chose : on la prend vers trois ou quatre heures du matin, et avec du biscuit on en fait une espèce de soupe qui n'est pas mauvaise.
En temps de paix, le café ne figure pas dans la ration réglementaire. Cependant depuis la dernière campagne, on en a continué la distribution à la garnison de Paris et aux troupes qui occupent les camps des environs ; mais on a cessé de le donner aux garnisons de province.
La plupart des corps de troupes qui reçoivent en été l'indemnité représentative de la ration d'eau-de-vie, la transforment en une ration de sucre et café : on le donne alors le matin. Certains corps même, à force d'économie, parviennent à en donner toute l'année. Il serait bien désirable qu'on fit entrer le café dans la ra-
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tioii réglementaire : ce serait une mesure hygiénique qui produirait d'excellents résultats. On a remarqué en elYet que, dans les régiments qui en reçoivent régulièrement, le nombre des habitués du petit verre du matin dimiime considérablement. Nous avons vu nous-mème au régiment de lanciers de la garde dans lequel les distributions de café étaient organisées, les hommes se rendre à la cantine et y acheter une tasse de lait chaud pour mélanger à leur café et se constituer un aliment aussi agréable qu'hygiénique. Ce serait donc là un excellent moyen de diminuer le nombre des cas d'alcoolisme, qui sont encore si nombreux dans l'armée, car si les hommes se laissent aller à une pente fâcheuse, c'est souvent par l'exagération d'un besoin réel, besoin qu'il faut satisfaire d'une autre façon.
Comme boisson alimentaire, le café est biei^ supérieur au vin. Une ration de café de 20 grammes contient 3 décigrammes d'azote, tandis que 25 centilitres de vin, ration réglementaire, n'en contiennent que 4 centigrammes. Le caîé a donc une valeur nutritive beaucoup plus considérable. Mais il a encore beaucoup d'autres avantages : ainsi son usage a pour résultat de neutraliser ou de détruire l'action débilitante de la chaleur, et la conséquence de cet effet est d'apaiser la soif et de prévenir ainsi les fâcheux effets des boissons froides pendant la transpiration.
Ce n'est donc pas seulement comme boisson alimentaire, mais aussi comme boisson hygiénique, que le café se recommande. En le mélangeant à l'eau avec un peu de sucre, on obtient une boisson fraîche et très-agréable qui n'a pas l'niconvénient de ce goût détestable que donne le mélange d'eau et d'eau-de-vie. Dans son livre, le colonel Lewal rapporte un moyen trèis-économique de préj!)arer cette boisson, au moyen des marcs de café : quand Us sont encore chauds, on y ajoute 500 grammes de café frais pour un bataillon, et on y verse de l'eau ; dès que l'ébuUition a eu lieu, on décante dans les barils, en y mêlant 100 grammes de réglisse, 5 citrons ou un peu d'acide citrique, quelquefois même un peu d'alcool, puis on remplit d'eau de manière à avoir 1 litre par homme. Le prix de cette boisson est de 2 centimes par litre. Voilà certainement une boisson qui ne coûte pascl>er, et dont l'emploi mériterait d'être généralisé. On éviterait ainsi bien des maladies et des indispositions, qui n'ont d'autre cause que l'ingestion d'une grande quantité d'eau froide, pendant que le corps est en sueur. On regagnerait cette petite dépense par la diminution du nombre des journées d'hôpital.
Enfin, au point de vue économique, le café a encore la prééminence sur le vin. Une ration de 20 grammes de café et 25 grammes de sucre (supérieure à la ration réglementaire) ne coûterait que 8 centimes au plus, en évaluant le café 2 fr. 80 et le sucre 80 centimes le demi-kilogramme, chiffres très-élevés, tandis que nous avons vu que la ration de 25 centilitres de vin coûterait 10 centimes. Sur l'année entière, il faudrait 16,425,000 francs pour le vin, et 15,140,000 francs pour le café, diminution de près de deux dixièmes pour avoir une ration beaucoup plus nutritive.
A tous les égards, le café mérite donc la prééminence sur le vin, et à plus forte raison, sur l'eau-de-vie, dont nous rejetons absolument l'usage, sinon dans des circonstances tout exceptionnelles, et cela, pour des raisons qu'il est, ce nous semble, inutile d'exposer. Nous faisons des vœux pour que la ration de sucre et café devienne réglementaire, et qu'elle soit distribuée en tout temps et à toute l'armée ; car, nous le répétons, il y là une lacune très-considérable dans le réoime militaire, et qu'il importe de faire disparaître ; et pour cela, nous ne connaissons pas de meilleur moyen que l'usage du café.
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Nous verrons plus loin que le thé entre dans les distributions réglementaires des armées anglaise et américaine, il y joue le même rôle que le calé dans la nôtre et rentre complètement dans les habitudes de la population. Le thé peut en effet passer pour une excellente boisson militaire dont l'action est entièrement analogue à celle du café; l'un et l'autre doivent être rangés dans la classe des aliments d'épargne ; la faible proporlion des matériaux protéiques contenue dans une ration quotidienne ne saurait les faire regarder comme de véritables aliments, mais ils jouent un rôle considérable en enrayant pour un temps la somme des déperditions organiques. Le maté et la coca, originaires de l'Amérique méridionale, d'un usage vulgaire parmiles populations des deuxversantsdes Andes, ne laisseraient pas que d"être également d'excellentes boissons militaires, si leur exportation n'était encore limitée à de très-petites proportions {voy. Marvaud, Aliments d'épargne ou antidéperditeurs, Paris, 1871).
B. alimentation du soldat en temps de guerre. Nous venons d'étudier le régime alimentaire du soldat français en temps de paix, et nous savons qu'il est à peine suffisant pour réparer. les pertes d'un homme travaillant modérément. A plus forte raison, nous pouvons dire qu'il sera tout à fait insuffisant, quand il s'agira du soldat en campagne. En effet, à ce moment le soldat va être soumis à des fatigues incessantes : il ji'a plus de repos, il exécute tous les jours des marches très-longues, il essuie toutes les intempéries des saisons, campe dehors, quelquefois ne se couche pas du tout, soutient des combats ; qu'il soit en rase campagne, ou derrière les murailles d'une place forte, il doit toujours fournir une somme de travail bien plus considérable que celle qu'il donnait en temps de paix et en garnison ; par conséquent ses pertes sont bien plus fortes, et les recettes doivent augmenter dans les mêmes proportions, pour que l'équilibre se maintienne. 11 esl, vrai qu'à ce moment interviennent d'autres éléments : le soldat est soutenu par son énergie, son enthousiasme ; mais cela ne durera qu'un certain temps ; à quelque degré que soient portés ces sentiments chez l'homme, il vient toujours un moment où la matière reprend ses droits et fait plier des organisations bien puissantes. Survienne une défaite, et l'on verra ces effets se produire bien plus vite et en nombre beaucoup plus considérable. Ajoutez à cela les maladies spéciales qui, par le fait de l'agglomération, ne se développent que trop rapidement et déciment les armées en campagne.
En nous plaçant en dehors de ce point de vue humanitaire, et en ne considérant la question que sous le rapport militaire, nous voyons encore la nécessité de fournir une bonne alimentation au soldat en campagne. Qu'on nourrisse bien le soldat, et on obtiendra de lui des efforts surprenants. Qu'on le nourrisse mal, on le verra se décourager, s'affaiblir ; il restera en arrière et quittera son régiment pour entrer à l'hôpital. C'est là précisément ce que doit chercher à éviter un bon chef d'armée, car on sait que tout homme qui reste en arrière est une non-valeur ; il est perdu pour son corps qu'il ne parviendra plus à rejoindre. C'est un combattant de moins qui, après sa guérison, ira grossir le nombre des isolés restés en arrière de l'armée. Or il importe de diminuer autant que possible le nombre de ces non-valeurs, aujourd'hui surtout que la tactique réclame de si grandes masses d'hommes. 11 est donc d'un intérêt majeur pour l'armée d'user de tous les moyens pour prévenir les maladies. Et parmi ces moyens, le plus important est, sans contredit, l'alimentation. L'expérience est suffisamment faite, et personne ne doute plus aujourd'hui.
En France, comme dans toutes les armées modernes, la ration réglementaire
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de campagne est supérieure à celle, de paix. Nous venons de prouver que cela devait être, d'après les règles d'une hygiène bien entendue. Mais il con\ient d'examiner un instant si celte augmentation peut porter indifféremment sur telle ou teJle autre des parties de la ration, et s'il n'en est pas une qu'il convient d'augmenter plus spécialement. Si nous nous reportons à la première partie de cette étude, nous voyons que, sous l'influence du tra/ail, c'est l'usure de l'azote qui augmente, et que la quantité de carbone éliminé ne subit qu'un léger accroissement : c'est sur cette base que sont formulées toutes les rations normales d'entretien. Ce sont donc les substances azotées qui devront être augmentées dans la ration de campagne ; c'est surtout la viande, car elle est de toutes les substances alimentaires celle qui répare le plus rapidement, et au prix de la moindre dépense organique, la substance musculaire usée par le travail. Si l'on appliquait ce principe dans toute son extension, on en retirerait certainement d'immenses avantages : diminution du nombre des cas de maladies ; accroissement de la résistiiuce à la fatigue ; en un mot, augmentation de la puissance réelle de l'armée avec un même effectif. Malheureusement, il est souvent bien difficile d'approvisionner de viande fraîche une armée en marche ; les transports sont entourés de grandes difficultés, et on n'arrive souvent qu'avec peine à pouvoir donner aux troupes leurs rations. On a souvent alors cherché à remplacer la viande absente par des aliments amylacés, riz, légumes secs, biscuit. Le chimiste peut être satisfait de cette substitution, mais non l'hygiéniste, car l'excès des aliments carbonés devient un inconvénient, en imposant à l'organisme un travail de digestion excessif.
C'est d'après ces principes qu'a été fixée la ration du soldat français en campagne. En voici la composition :
TABLEAU XLI. — ration