‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.59Chapitre 69 sur 74 · CARBONE · texte numérisé non relu

CARBONE

Pain, , . ,

Ou bi'iCiiit

Viande fraîche non désossée

Sucre .••.••••••• •

Café

ToTAt

Ou

Cette ration remplit-elle suffisamment les indications que nous avons posées plus haut ? Si nous nous reportons à la ration que reçoit le soldat en garnison, nous voyons que celle de campagne contieut 2?'', 59 d'azote et 24 grammes de carbone en plus. Cet excès est-il suffisant pour compenser les fatigues nombreuses auxquelles le soldat est alors exposé ? jNous n'hésitons pas à nous prononcer pour la négative. En effet, nous avons vu M. de Gasparin fixer à 25e%01 ia quantité d'azote nécessaire à l'ouvrier des champs, tandis que MM. Dumas et Barrai la fixent à environ 24 grammes; et ici nous n'en avons que 22 grammes. Quant au carbone, il y en a assez ; du reste, nous verrons que le soldat en reçoit très-sou-

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vent une quantité supérieure à celle qui est contenue dans la ration réglementaire, à cause des diverses substitutions que les circonstances forcent à y introduire, tandis qu'alors la quantité d'azote est presque toujours diminuée. En eftet, la viande manque souvent en campagne, et on la remplace la plupart du temps par une 1 ation de lard de 200 grammes. Mais y a-t-il alors compensation ? Non sans doute, car 200 grammes de lard ne renferment que 2"',o& d'azote, mais aussi 142e'', 28 de carbone ; de sorte que le soldat reçoit alors 4s^84 d'azote en moins, et Hô^^jOS de carbone en plus. Et, en admettant qu'on complète la ration d'azole par un supplément de légumee secs, on parvient sans doute à satisfaire aux lois de la chimie pure, mais l'homme lui-même n'y trouve pas son compte.

Etudions maintenant séparément chacune des parties de la ration de guerre.

Le pain distribué aux troupes en campagne est fabriqué dans les manutentions militaires, établies aux armées ou dans les places fortes; quelqueiois il est fourni par la boulangerie du pays, au moyen d'achats ou de réquisitions. Il doit toujours être le même que celui qu'on fabrique en temps de paix ; mais souvent les nécessités de la guerre obligent d'accepter un pain d'une qualité inférieure, comme cela se produit par exemple dans les contrées ruinées par le p;issage des armées ennemies, ou dans les places assiégées, à la fin du siège, quand les provisions commencent à s'épuiser. C'est ce qui est arrivé dans la dernière guerre, à iMelz et surtout à Paris, où la population civile aussi bien que l'armée n'a eu pendant longtemps à sa disposition qu'un pain oii il entrait du son plutôt que de la farine. 11 en résulte alors des troubles fort sérieux dans la santé des hommes, pour peu que cette situation se prolonge. Aussi, il est du devoir d'une administration prévoyante d'accumuler des provisions de blé et de farine aussi fortes que possible dans les places qui sont exposées à soutenir un siège.

Eu route, le soldat porte son pain derrière le sac : il se trouve ainsi exposé à la pluie et à la poussière ; il pourrai? être avantageux de le renlermer dans un petit ctui de toile en tissu imperméable, ainsi que le général Achard avait eu l'iugéiiieuse idée de le prescrire pour les troupes placées sous sou commandement.

Le pain se conserve difficilement ; même quand il est fabriqué aussi bien que possible, il ne se conserve guère plus de cinq jours en été, et huit jours en hiver; au delà de ce terme, il devient dur, se couvre de moisissures, s'aigrit et n'est plus mangeable.

Ou fabrique dans les manutentions du pain qui est susceptible d'une plus longue conservation. La composition est la même que celle du pain de munition ordmaire, sauf que la pâte est plus seirée, et que la cuisson est plus longue. Il prend le nom de pain biscuité ou demi-biscuité : le premier se conserve de quarante à cinquante jours, et le second de vingt à trente jours.

Le biscuit bien fait peut très-bien remplacer le pain, en campagne. On doit le fabriquer avec de la farine de pur froment blutée à 20 pour 100 : on lui donne la forme de galettes carrées de 14 centimètres de côté et pesant de 185 à 215 grammes. Il doit avoir à l'extérieur une couleur fauve pâle, et offrir à l'intérieur une pâte fine et serrée ; il faut qu'il soit sonore, difficile à casser et d'une siccité pai'faite. La surface doit être lisse, sans soufflures, et être parsemée de trous faits avec un instrument appelé piquoir, qui facilitent sa dessiccation complète. La cassure doit présenter des surlaces lisses, >itreuses et non déchirées. 11 ne s'émiette • pas, et gonfle dans l'eau; son odeur est agréable, sa saveur est légèrement sucrée; s'il est bon, il se conserve pendant un an. La ration est de 750 grammes. Quand on n'en abuse pas, c'est un bon aliment de campagne; on ue doit le donner

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que comme vivres de réserves, et, considéré de cette manière, il peut offrir de très-grands avantages ; le 'soldat peut toujours en porter une certaine quantité dans son sac , en même temps que du sucre et du café, et avoir ainsi à sa disposition deux ou trois repas assurés, pour, les cas où il ne pourrait recevoir d'autres vivres. Son usage prolongé, surtout quand il est trop vieux, détermine souvent une diarrhée que le soldat désigne sous le nom de diarrhée du biscuit. Cet accident se développe de très-bonne heure chez les mdividus dont la denture est mauvaise, et qui ne peuvent le mâcher parfaitement. Il convient donc de le triturer avant de le mettre dans la soupe ou de le faire ramollir dans l'eau.

Il y a quelques mois, un sous-intendant militaire, M. Baratier, faisait à la réunion des officiers un entretien sur la création de manutentions roulantes, destinées à assurer la fabrication du pain nécessaire à une armée en marche. Cet officier a démontré que le pain était, quoi qu'on fasse, la denrée la plus habituelle de distribution aux troupes en campagne, et qu'on ne pouvait espérer de lui substituer, dans une mesure beaucoup plus considérable que par le passé, le biscuit qu'il ne regarde avec raison que comme un précieux aliment de réserve. Recherchant alors comment on pourrait développer et améliorer les divers moyens par lesquels on se procure le pain en campagne, il en vient à proposer des manutentions roulantes, dont la partie principale et la plus difficile à exécuter est le chariot-four, sur lequel nous allons présenter quelques obser\ations. Cet appareil doit être évidemment métallique ; mais la difficulté, c'est de trouver un mode de chauffage susceptible de compenser la déperdition de chaleur, si rapide à travers une enveloppe en tôle ; de plus, il faut construire un four dont la capacité soit au moins de 160 à 170 rations, et qui ne soit pas trop lourd. Cette dernière condition exige absolument un four à étages, et dans l'état actuel des connaissances industrielles, on n'entrevoit guère qu'un seul mode de chauffage susceptible de permettre une semblable combinaison, c'est le chauffage par circulation de l'eau surchauffée. En efTet, en vase clos, on parvient à élever la température de l'eau à 200, 300, 400 degrés; il suffit que l'enveloppe résiste à la pression intérieure, qui est d'autant plus forte que la température est plus élevée. On sait aussi que dans un liquide dont les diverses parties ne sont pas à égale température il s'étabht, par suite des difïérences de densité, des courants continus, ascendants et descendants, les parties chaudes tendant toujours à monter. I)e ces deux principes il résulte que, si l'on chauffe en un point quelconque un circuit sans fin en forme de tuyau creux, hermétiquement fermé et complètement rempU d'eau, il s'établii-a au sein du liquide un mouvement circulatoue d'autant plus rapide que la source de chaleur sera plus intense; le tuyau métalhque s'échauffera, et, par l'effet du rayonnement, deviendra une source calorifique intense et constante. En surchauffant l'eau dans des tuyaux très-résistants de 57 millimètres de diamètre extérieur, on a pu produire une source de chaleur suffisante pour cuire convenablement le pain. Deux fours conçus dans ce système ont été expérimentés en 1868 et 1869 à la boulangerie de l'Assistance publique, et, malgré deux accidents, on a obtenu, pendant la marche de l'expérimentation, une cuisson convenable'du pain. Dans ce moment, on essaye encore ce système à la manutention militaire de Paris.

M. Baratier croit que ce mode de chauffage pourrait être avantageusement appliqué à la construction du four roulant de campagne. On aurait ainsi un appareil qui n'aurait pas besoin d'installation et qui serait toujours prêt à cuire du pain pour les troupes en marche. Seulement il signale un inconvénient : c'est

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que, pour résister à l'énorme pression qui se développe à l'intérieur, les tuyaux en fer doivent être fort lourds; en outre, si la soupape de sûreté, évidemment nécessaire, se soulève à la limite de la pression, le liquide s'échappe, et avec lui la source de chaleur disparait ; il n'y a pas d'accident, mais on perd une fournée. Peut-être pourrait-on faire disparaître cet inconvénient en remplissant les tuyaux d'un liquide dont le point d'ébullilion soit plus élevé que celui de l'eau ; telle est par exemple l'huile, qui, sous la pression normale, peut supporter une température de 260 à 300 degrés, sans dégager de vapeurs. C'est là, du reste, une question toute neuve, et nous sommes certain que l'industrie moderne, dirigée de ce côté, saura bientôt trouver des modifications qui permettront de faire entrer ce mode de cuisson du pain dans la voie réelle de la pratique, surtout pour un service de campagne.

La viande doit former l'élément principal de la ration du soldat en campagne. Nous avons déjà dit qu'il conviendrait d'en augmenter la quantité. Cependant, tout en reconnaissant la nécessité de distribuer aux troupes de la viande fraîche en quantité aussi grande que possible, nous ne devons pas nous dissimuler qu'on rencontre souvent des difficultés insurmontables à remplir cette condition de l'hygiène. C'est là que l'on reconnaît une bonne administration, et tous les efforts des chefs d'armée doivent tendre à ce que leurs troupes reçoivent de la viande fraîche aussi souvent que possible. En Crimée, les bœufs arrivaient à l'armée dans un état d'épuisement tel, qu'à la distribution on trouvait plus de tendons et d'aponévroses que de tissu musculaire. Aussi quels ravages n'ont pas faits les épidémies ! En Italie, au contraire, les troupes recevaient de fréquentes distributions d'excellente viande. Au Mexique, nos colonnes ont franchi des espaces considérables, s'approvisionnant en route de bœufs, qui du reste ne manquaient pas dans beaucoup de provinces; grâce au prix peu élevé des bestiaux, chaque homme pouvait toucher près de 600 grammes de viande fraîche par jour; c'est certainement là qu'on doit chercher le secret des grandes marches que ces colonnes ont pu faire dans un état sanitaire excellent.

Toutes les armées étrangères reçoivent une ration de viande bien plus forte que celle de l'armée française, et sous ce rapport nous sommes très en arrière. On nous objectera sans doute qu'il est très-difficile d'approvisionner convenablement une armée considérable, que les troupeaux qui suivent les armées en marche sont bientôt surmenés, qu'il s'y déclare des maladies épidémiques.

Cela est vrai, et on peut même dire qu'il deviendra de plus en plus difficile de faire suivre les armées de troupeaux, à cause des effectifs si considérables ; il serait même à désirer qu'on ne fît plus voyager ainsi des troupeaux qui, presque inévitablement, répandent partout sur leur passage le germe d'épidémies meurtrières pour les bestiaux des contrées qu'ils traversent; c'est ainsi que, dans la dernière guerre, les troupeaux de bœufs amenés en France par les Allemands n'ont pas tardé à faire naître le typhus parmi les bestiaux de nos départements envahis. Pour éviter cet inconvénient, il n'y aurait qu'à revenir au système employé sous le premier empire, vivre surtout sur le pays, en exploitant les ressources locales, par le moyen d'un système bien réglé de réquisitions, non pas ces réquisitions que savent si bien faire les Allemands et que notre pays ne connaît que trop, mais des réquisitions faites dans un esprit honnête et loyal et fonctionnant comme un système d'achats. En employant de cette façon les ressources des pays que l'on traverse, on éviterait en grande partie les troupeaux à la suite des armées, et on pourrait })resque toujours donner au soldat une bonne ration de viande.

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C'est bien ici le cas de dire aussi que l'on ne doit pas perdre la AÏaiide des chevaux qui meurent par accident, par le feu de l'ennemi en particulier. On peut trouver là une ressource très-précieuse qu'on ne devra pas néglirrer, car aujourd'hui l'expérience s'est faite sur une vaste échelle et s"est prononcée en faveur de notre opinion.

La viande fraîche pouvant manquer souvent aux armées en campagne, on a dû s'occuper des moyens de conserver cette substance. En premier Jieu se présentent les salaisons, dont l'usage est très-ancien. Le bœuf salé et le lard salé font partie des approvisionnements de notre marine ; ils font aussi partie des réserves de vivres des armées de terre et des places fortes en particulier. Les salaisons doivent être faites récemment. Leur usage prolongé n'est pas sans inconvénient pour la santé, car leur digestion est certainement plus difficile que celle de la viande fraîche. Dans son instruction du 5 mars 1850, le Conseil de santé dit que leur introduction dans le régime, en certaines proportions, est salutaire en augmentant la variété. On leur attribuait autrefois les épidémies de scorbut, qui décimaient les équipages pendant les longues campagnes maritimes ; il est possible qu'elles jouent un rôle dans sa production, mais c'est certainement à côté de plusieurs auties causes dépressives, comme le froid, l'humidité, la fatigue, etc.

Sous l'influence de l'usage prolongé des salaisons, surtout quand elles sont anciennes, les hommes s'affaiblissent et prennent de la diarrhée. Cet accident survient souvent à la suite de l'usage du lard vieux qui présente une couleur terne, verdàtre, premier indice d'un commencement de décomposition putride. Rappelons encore la pauvreté du lard en azote. En définitive, les salaisons peuvent être introduites dans l'ahmentation, si l'on a soin de les faiie alterner avec de la viande fraîche, et de n'en user qu'à défaut de cette dernière.

Après les salaisons, viennent les conserves, dont l'industrie s'est beaucoup occupée dans ces derniers temps, sans arriver cependant à une solution définitive [voy., dans ce Dictionnaire, Co.nserves aluieistaires). On sait que les circonstances qui favorisent la putréfaction des viandes sont : un certain degré de chaleur, l'intervention de l'air atmosphérique, et la présence de l'eau, toutes circonstances éminemment favorables au développement des ferments. Les procédés de conservation doivent donc nécessairement être basés sur l'un ou l'autre des principes suivants : 1° préserver les substances alimentaires de l'action de l'oxygène en leur enlevant l'air qu'elles peuvent renfermer et empêchant ainsi le contact de l'air extérieur ; 2° préserver ces substances de l'action de l'eau (qui est aussi une source d'oxygène), en leur enlevant soit l'humidité qui leur est communiquée par l'atmosphère, soit l'eau qui entre dans leur composition ; 3° les soustraire à l'influence du calorique, la fermentation étant impossible à zéro ; 4° enfin empêcher par le moyen d'agents spéciaux le développement des ferments.

L'endaubage, l'enrobement au moyen du charbon, du sucre ou delà gélatine, la dessiccation, la salaison et le fumage, tels sont les principaux procédés dont l'industrie fait usage aujourd'hui. Nous n'entrerons pas dans de grands détails sur ce sujet.

L'action de la chaleur a servi de base au procédé d'Âppert. Il consiste à soumettre les aliments cuits ou non cuits à l'action de la chaleur d'un bain-marie et pendant un temps qui varie pour chacun d'eux. Pour expliquer la conservation des viandes par ce procédé, Gay-Lussac admettait que, sous l'influence de la chaleur, l'oxygène de l'air se combine avec l'un des éléments de la viande, devient fixe et, pai" suite, inapte à entietenir la fermentation.

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Le procédé Fastier, pour la coiiservatiou du bœuf, n'est qu'une modification du précédent ; le bain-marie, au lieu d'être de l'eau pure, est de l'eau contenant du sel ou un mélange de sel et de sucre susceptible de retarder son ébullition jusqu'à 110 degrés; on y plonge les boîtes qui présentent, à leur couvercle, un trou par lequel s'échappe la vapeur pendant l'ébuUition et qu'on ferme ensuite par un grain de soudure.

La conservation au moyen de substances préservatrices se fait par l'immersion de k viande dans des corps gras, le vinaigre, le charbon de bois, la saumure. 11 y a en outre le salage dont nous avons déjà examiné les produits, et le boucanage ou fumage. Ce dernier procédé est particulièrement défectueux, car l'action continue de la fumée altère les viandes, rend leurs fibres sèches, coriaces, les épuise de suc, et leur communique un fumet spécial qui est un inconvénient pour Talimentation habituelle. La dessiccation produit les poudres alimentaires, et la carne secca ou tajaro, préparée dans l'Amérique du Sud avec la viande de bœuf qui est sans valeur.

La marine a introduit dans ses approvisionnements les conserves pai" le procédé Fastier, et elle s'en trouve bien. Sur la proposition de l'inspecteur Michel Lévy, l'administration envoya en Crimée un grand nombre de boites de conserves, contenant de la viande désossée et du bouillon ; les rations étaient de 200 grammes de viande et 40 grammes de bouillon, ce qui, d'après les calculs de M. Poggiale, était l'équivalent de 4il grammes de viande fraîche. C'était là certainement une excellente ration ; mais il faut dire qu'on ne peut en faire un usage journalier un peu prolongé, sans que les hommes la prennent en dégoût. Au bout d'un certain temps, la viande conservée acquiert un goût spécial qui fait qu'on ne peut plus la manger sans répugnance. 11 est vrai que cela n'a pas lieu quand les conserves sont récentes ; mais on ne peut pas toujours s'en procurer dans ces conditions. D'ailleurs il est très-probable que la composition intime de la viande ainsi conservée a subi une altération. La préférence reste donc toujours à la viande fraîche.

Dans ces derniers temps, ou s'est beaucoup occupé des bouillons conservés, des extraits de viande, du bouillon solidifié sous forme de tablettes avec de la farine. Mais ces procédés de conservation ne sont pas nouveaux. Voici en effet ce que nous trouvons dans Colombier, sur cette question : « M. de Feuquières rapporte que feu M. de Louvois, pendant son ministère, a voulu, à l'exemple des Orientaux, faire distribuer aux troupes de la poudre de viande ; et il ajoute que, comme dans les pays chauds, c'est le soleil qui fait cette poudre, et qu'il n'a pas assez de force dans nos contrées pour opérer le même effet, le ministre avait fait construire de grands fours de cuivre, capables de contenir huit bœufs, où il en avait fait faire des essais. Cette poudre de viande, continue le même auteur, fait fort bon potage: une once bouillie dans l'eau suffit pour nourrir 4 hommes, et la livre de viande fraîche donne une once de cette poudre. 11 paraît évident que c'est d'après ces essais qu'on a imaginé les tablettes de bouillon qui sont plus faciles à faire et plus utiles... On lait des tablettes d'une once et de deux onces. Les tablettes d'une once seniront pour l'hôpital ambulant et pour ceux des villes assiégées. On fait un bouillon léger avec une de ces tablettes. Celles de deux onces serviraient pour les soldats sains, dans les marches forcées, dans les sièges, et en un mot dans tous les cas où les troupes ne peuvent pas avoir la commodité de faire cuire la marmite, etc. , dans ceux où la distribution de la viande est difficile ou impossible, et dans les grandes chaleurs où les viandes se corrompent très-facilement. Une tablette suffit pour la soupe d'un soldat, à chaque repas: on fait dis-

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soudre cette gelée dans l'eau, et quand ou veut y joindre des légiiiTios, il faut les avoir fait cuire auparavant dans cette eau qui doit servir à la solution de la tablette » {loc. cit., p. 419). Il parle ensuite d'un extrait d'orge qui avait l'approbation de la Faculté de médecine de Paris et celle de l'Académie royale des sciences, et avec lequel il est facile de faire une pâte, des tablettes et un sirop.

La principale de ces préparations est aujourd'hui l'extrait de Liebig. D'après les expériences de M. Payen, 15 grammes de cet extrait donnent un bouillon d'assez bonne qualité, analogue à celui qu'on obtiendrait avec 500 grammes de viande soumise à une cuisson de cinq heures dans un litre et demi d'eau. L'équivalence existe chimiquement, mais non pour le goût et l'estomac. D'ailleurs la conservation de l'extrait de Liebig est incertaine.

Certes, l'on peut dire que les procédés de conservation ont fait de grands progrès ; mais la science n'est pas encore arrivée au but. Il n'y a pas encore un de ces procédés qui présente des garanties suffisantes pour qu'on puisse l'adopter et en faire la base de l'alimentation en campagne. C'est une question qui est aujourd'hui à l'ordre du jour : les savants sont toujours à la recherche de ce problème, et il faut espérer que l'on arrivera un jour à une solution qui permettra de faire profiter l'Europe des immenses quantités de viande qui sont perdues aujourd'hui dans l'Amérique du Sud, où on tue les bœufs dans le seul but d'en recueillir les cornes et la peau.

Les légumes qu'on distribue aux troupes en campagne sont toujours des légumes conservés : haricots, fèves, pois, lentilles, riz. Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons déjà dit de ces aliments, à propos de la ration en temps de paix. Le riz seul ne nous a pas encore occupé. Mais ce que nous pouvons en dire, c'est qu'il ne doit pas êti'e beaucoup employé dans Talimentation du soldat. C'est un mauvais aliment, et son usage un peu prolongé provoque bientôt une diarrhée séreuse (Cbampouillon, Moniteur de l'année du 16 décembre 1871).

On a essayé d'introduire dans la ration de campagne des légumes desséchés et comprimés par les procédés Chollet. Michel Lévy en avait fait aussi envoyer en Crimée, oii on en lit des distributions régulières ; mais ils ne donnèrent pas tous les résultats qu'on en attendait. 11 est d'ailleurs évident que ces conserves n'ont plus aucune des propriétés des légumes frais : elles ont un goût uniforme de foin et de feuilles sèches que ne saurait leur enlever la cuisson la mieux dirigée. En effet, sous la pression de 200,000 kilogrammes à laquelle ils ont été soumis, tout ce qui faisait la valeur des légumes, albumine végétale, fécule, sels, tout est entraîné par l'eau qui s'en exprime, et il ne reste plus rien que la trame des tissus, de la cellulose, c'est-à-dire du bois. Ces légumes conservés ne sont donc pas d'une grande utilité.

Il serait bien désirable que les armées en campagne pussent faire usage de légumes frais. Mais nous ne nous dissimulons pas les impossibilités matérielles de cet approvisionnement, et nous devons nous borner à souhaiter qu'on profite largement de toutes les occasions oh il sera possible de distribuer ces substances au soldat en campagne. Dans la marine, on les remplace par le limojnice, jus de citron conservé et légèrement fermenté, que les Anglais distribuaient à leurs troupes, en Crimée. Il est à désirer que cette substance entre dans les approvisionnements de nos armées en campagne et surtout des places fortes.

Dans la dernière guerre, les Allemands ont fait un grand usage d'une conserve alimentaire, qu'on était sûr de trouver toujours dans le sac de chaque soldat ; nous voulons parler de Verhsxvurst ou saucisson de pois.

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La composition rlc ce mélange est un secret que le gouvernement prussien cache avec beaucoup de soin ; il le faisait fabriquer à Berlin même, mais récemment il vient (le fonder à Mayence une grande manutention spécialement disposée pour cet usage. ^Y'anmoins il a été possible de se procurer quelques indications sur sa fabrication, et c'est d'après ces doimées qu'ont été entrepris, en France, des essais qui paraissent devoir donner de fort bons résultats.

Le j)oids de cbaque saucisson allemand est d'une livre, quantité suffisante pour (rois repas ; il en existe, de plus, de deux qualités; Tune lîne, enveloppée d'une feuille d'étain, pour les officiers, l'autre plus commune, pour les soldats. Dans la pren)ière on n'aperçoit pas au milieu de la masse les morceaux de viande et de lard, ils sont au contraire plus grossièrement découpés dans la variété destinée aux soldats ; cette dernière est .enveloppée simplement de papier parcheminé à l'acide sulfurique.

Pour préparer une soupe à l'erbswurst, il suffit de racler le saucisson au-dessus d'une certaine quantité d'eau, puis de maintenir le mélange à ôbullition pendant quelques minutes ; on a soin d'agiter l'eau pour lacililer la désagrégation, et on obtient ainsi un potage purée auquel on peut associer du pain, du biscuit ou mémo quelque pâte alimentaire, du riz, etc.. Le goût de cet aliment est assez agréable, on n'a pas à s'inquiéter des condimenis, qui sont déjà mélangés dans la pàtc.

M. Hitter, professeur adjoint à la Faculté de Nancy, s'est livré à des recherches dans le but de déterminer la valeur nutritive de l'erbswurst prussien [voij. Maury, Considérations sur l alimentation du soldat en campagne. Thèse de Paris, 1872). Les résultats obtenus sont les suivants;

TABLEAU XLII. — analyse chimique de L'fiRBSvvuRST de l'aruée allemande (kitteb).

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