‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.60Chapitre 3 sur 45 · CARTE D'IDENTITÉ · texte numérisé non relu

CARTE D'IDENTITÉ

Je suis

Bdo

D"" Corps.

Dieu a donné son en lui ne

('■lornelle.

tant aimé le monde qu'il lui a lils unique, afin que celui qui croit périsse point, mais possède la vie

Adresse et nom :

Suspendre celte carte au cou au moyen d'un cordon au-dessus de la chemise, pendant le combat la mettre sous la chemise.

Dans l'armée allemande, la carte est remplacée par un petit carré de fer-blanc,

MILITAIRE (hygiène).

portant le numéro du régiment, le numéro de la compagnie et le numéro matricule, le tout abrégé de la façon suivante :

3 Rh. I. R. 19

Userait très-facile d'adopter pour notre armée un modèle uniforme, en métal vulgaire ; ces plaques ne tenteront point la cupidité des bandits, véritables vautours des champs de bataille qui, trop souvent, dépouillent les morts et dispersent les livrets ou vêtements qui pourraient servir à la constatation de l'identité. Le parti vainqueur, en procédant à la reconnaissance des corps, réunirait les cartes de ses hommes aussi bien que celles des ennemis, et ferait parvenir ces dernières aux avant-postes de l'adversaire.

C. Des différentes sortes de campagne. Sièges. Dès qu'une place forte est construite, on doit supposer qu'elle sera un jour attaquée, peut-être investie, et prendre dès ce moment toutes les mesures nécessaires pour la conservation des hommes qui y seront renfermés. Ces précautions consistent, au point de vue hygiénique, à leur préparer : 1° des logements ; 2° des vivies ; 3" des objets de couchage, des vêtements et du matériel de campement. On le voit, dans une place forte, il faut donc compter, non pas avec la garuison présente en temps de paix, mais avec celle qu'elle recevra éventuellement pendant la guerre. Les casernes seront donc multipliées aux; différents points de la périphérie, les casemates disposées de façon à les rendre habitables, et l'on aura sous la main les planches et autre matériaux nécessaires pour élever des baraques ; celles-ci sont en effet préférables, au point de vue hygiénique, aux casemates, qui ne doivent Uve occupées que dans les cas d'absolue nécessité.

Les places fortes doivent également avoir de grands dépôts de vivres ; en temps de paix, ils servent à ravitailler la garnison et les troupes de la région, mais ils forment la base de l'approvisionnement nécessaire en cas de siège ; au moment où l'on prévoit l'éventualité de la guerre, l'administration militaire a le devoir d'accumuler, dans les places menacées, une quantité de vivres considérable; en agissant ainsi, elle fait autant pour leur défense que l'artillerie en y accumulant des projectiles et du matériel de guerre. Dans la guerre 1870-1871, certaines places ont pu résister longtemps à l'ennemi, sans doute parce qu'elles se trouvaient occupées par de vaillantes troupes, commandées par des chefs intrépides, mais aussi parce qu'elles étaient approvisionnées ; la ville de Belfort, la citadelle de Bitche ont pu prolonger leur résistance jusqu'à la conclusion de la paix, la ville de Phalsbourg a pu tenir jusqu'en novembre 1870 parce qu'elles étaient approvisionnées, tandis que Metz et Paris ont dû ouvrir leurs portes à l'ennemi le jour où les vivres ont manqué absolument. U y a là un élément que nous, hygiénistes, comprenons mieux que personne; le jour où l'alimentation est baissée à un certain niveau, il n'y a plus de résistance physique possible, et quelque grande que soit l'énergie des soldats, la matière l'emporte, il faiit capituler ou mourir; or, si l'on peut accepter la mort, peut-on l'imposer aussi à toute une population, à des femmes, à des enfants?

44 MILITAIRE (kvgiènu).

On peut dire à l'éloge de l'adminiiiistratioii militaire qu'elle a puissamment contribué, dans la dernière guerre, à prolonger la résisLance de Paris, par les approvisionnements qu'elle avait eu le mérite d'accumuler dans ses magasins. Du mois de septembre 4 870 jusqu'à la fm de février 1871, elle a distribué: 55 000 000 kilogrammes de pain, 5 575 000 kilogrammes de biscuit, 625 000 kilogrammes de conserves de viande, 625 000 kilogrammes de lard salé, 4'J5 000 kilogrammes de légumes secs, 95 000 hectolitres de vin, 26 250 hectolitres d'eau de vie, 720 000 kilogrammes de café, 945 000 kilogrammes de sucre, 749 700 kilogrammes de sel, 1 550 000 kilogrammes de riz, 900 000 kilogrammes de viande fraîche (Major de Sarrepont, Histoire de la défense de Paris, Paris, 1872).

Grâce à ces approvisionnements, réunis sur l'ordre du ministre de la guerre par MM. les intendants Danlion, Delaperrière, et des officiers sous leurs ordres, les distributions ont pu être faites régulièrement aux troupes pendant toute la durée du siège, et si vers la fm les soldats ont du subir des privations, elles sont loin de pouvoir se comparer à celles de la population civile.

Les administrations municipales doivent, en effet, dans les places de guerre, prévoir l'éventualité des sièges et procéder de leur côté à des approvisionnements dans lesquels l'administration militaire peut les aider puissamment, en raison de l'organisation plus parfaite de ses services. A Paris, dès le 7 août 1870, les intendants Perrier, Meunier et Gourtot recevaient l'ordre de se mettre à la disposition du ministre du commerce, pendant que le Conseil municipal s'adressait également au ministère de la guerre pour réclamer son secours. En fait, l'administration de la guerre a pu livrer pour l'alimentation de la population civile, tant après qu'avant l'investissement: 80 680 quintauN.de blé, 265 674 quintaux de farine, 520 quintaux de viande conservée, 4 588 quintaux de viande salée, 69 959 quintaux de sel, 42 995 quintaux de riz, 51 825 quintaux de pommes de terre, 1 985 quintaux de légumes secs, 5 000 quintaux de café vert, etc., etc. : En somme une quantité de vivres suflisante pour assurer l'alimentation de la population pendant une durée de 71 jours, tandis que l'administration civile n'a pu pourvoir directement aux besoins de la population que pendant 62 jours (Major de Sarrepont, loc. cit.). Nous tenons à honneur d'enregistrer ces faits ici même, pour répondre aux critiques injustes que l'on ne craint pas d'adresser à l'administration de la guerre au sujet de son fonctionnement pendant ce même siège de Paris. En quelques points, peut-être, on aurait pu faire mieux, mais en tant que service des vivres, l'intendance militaire mérite au contraire la plus vive reconnaissance de la part de la population parisienne.

Pendant les sièges, le service des vivres doit entrer, on le voit, pour une part considérable dans les préoccupations du commandement de Ja place. Il est assisté à cet effet par un Comité de suroeillance des approvisionnements de siéqe composé du commandant de la place, du commandant d'artillerie, du chef du génie, de l'officier le plus élevé en grade des troupes de la garnison, du sousintendant militaire chargé du service des approvisionnements, du maire de la ville, d'un médecin militaire (Article 260 du décret du 15 octobre 1865 sur le service des places de guerre). Ce comité visite ou charge des membres délégués de visiter très-fréquemment les magasins de la place, pour s'assurer s'ils sont bien tenus, si les approvisionnements sont placés dans les locaux favorables à leur conservation, si les denrées sont manutentionnées avec soin; il délèguetrois de ses membres au moins, y compris le sous-iulemlant, pour assister à la récep-

MILITAIRE (iivgiène). 45

tioii des denrées, objets et matières qui composent les approvisionnements de siège, pour veiller à ce qu'il n'en soit reçu que de bonne qualité, et pour assurer l'obscrvalion de toutes les formalités prescrites par le règlement. A la tin de chaque mois, le comité se fait remettre par le sous-intendant, l'état de situation des approvisionnements de siège, et après en avoir vérifié l'exactitude d'après les registres qu'elle a en sa possession, le signe et l'adresse au commandant supérieur. 11 peut, en outre, toutes les fois qu'il le croit utile, faire procéder au recensement des denrées existant en magasin, etc. (Articles 261 à 265 du même règlement).

Nous sommes convaincus que le premier devoir d'un commandant de place forte est de faire procéder à la reconnaissance immédiate de tous les vivres existant dans la place au moment de son investissement, de les mettre en réquisition, en les laissant au besoin dans les magasins ou caves des particuliers qui en demeurent responsables, et d'organiser alors le rationnement absolu. Devant le grand devoir qui s'impose, il ne doit exister aucune diflerence sociale; tous les habitants doivent être soumis au même régime, mais des exceptions sont imposées en faveur des enfants jusqu'à l'âge de quinze ans, des vieillards au-dessus de soixante, des personnes réellement malades et des femmes en couche. Ces diverses catégories de personnes, également intéressantes, recevront des aliments spéciaux, du lait en particulier, mais sur prescription de médecins dûment commissionnés à cet effet.

Sans doute, ce régime paraît dur, mais la guerre n'est pas non plus une plaisanterie, elle résume toutes les souffrances et toutes les privations ; si l'on n'est pas décidé à les subir, il ne faut pas l'entreprendre.

En procédant de cette façon rigoureuse, non-seulement la durée de la résistance est prolongée et peut-être avec elle le salut du pays, mais on sauvegarde encore les intérêts mêmes de la population ; en assurant une juste répartition des vivres, on éloigne l'époque où la disette commençant pour les classes les moins favorisées, les maladies suites fatales d'une alimentation insuffisante se déclarent et se propagent aux classes qui ont encore des ressources. On fait donc de la bonne hygiène, sous la forme d'une mesure qualifiée quelquefois de lyrannique.

Nous n'avons pas à faire ici l'histoire des sièges et des privations qu'ils entraînent, des fammes qui s'y développent, des épidémies qui sont le double résultat de l'agglomération et de la misère ; chacun se souvient du rationnement de Paris pendant le siège 1870-1871 , alors qu'en janvier 1871, la consoinmation moyenne ne s'élevait pas à plus de 25 grammes de viande de cheval et 300 grammes de pain {Journal officiel, 28 janvier 1871) et d'un pain dans lequel la farine de blé n'entrait même pas comme un souvenir. ,.

Ces privations entraînent évidemment une augmentation très-grande de la morbidité, morbidité qui se traduit, au point de vue clinique, par une tendance générale à l'adynamisme que révêtent les maladies ordinaires, par une moindre résistance contre toutes les causes morbides, le froid en particulier, par une plus grande réceptivité pour les maladies infectieuses, telles que les fièvres éruptives, les affections typhoïdes (fièvre typhoïde ou typhus), la dysenterie et en général toutes les maladies zymotiques.

Le typhus semble être la maladie obsidionale par excellence; dans la plupart des sièges de l'antiquité, on croit eu apercevoir la trace ; dans les guerres de l'Empire, d sévit d'une façon à peu près permanente, et les places de Saragosse, deGlogau, de Dresde et de Mayence fournissent de tristes exemples de sa terrible nocivité; plus près de nous, Séba&lopol a vu le typhus se répandre plus encore

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dans l'armée assiégée que dans l'armée assiégeante; an contraire, dans la dernière guerre, il a lait absolument défaut, aussi bien à Metz et à Paris, qu'à Pliaisbourg, Belfort, Bitclie et autres places dont les sièges durèrent plusieurs mois. Nous n'avons pas à discuter ici les origines du typhus, mais nous estimons que si ce fléau a manqué en 1870-1871 à l'ensemble de nos malheurs, il ne faut point voir nécessairement dans cette circonstance, une preuve de notre inaptitude à créer le typhus parmi nous. Les questions et la discussion que soulève ce point d'épidémiologie trouveront place à l'article Typhus, auquel nous renvoyons le lecteur.

A côté du typhus, on peut placer le scorbut comme type des maladies obsidionales; dans quelques cas, il a dominé la scène pathologique, d'autrefois il se mélange pour amsi dire aux autres aifections, en leur communiquant un cachet spécial, ainsi qu'on l'observait en Crimée et même à Paris en 1870-1871 ; le lecteur trouvera à l'article Scorbut, l'histoire des origines de cette affection sur 1 etiologie de laquelle la lumière est encore loin d'être faite.

A côté des maladies proprement dites, les affections chirurgicales provenant des événements de guerre tiennent une large place dans la morbidité des places assiégées , elles prennent également un cachet particulier d'adynanisme, qui se traduit par une mortalité excessive chez les opérés, mortalité de nature à désespérer le chirurgien le plus courageux.

La mortalité s'élève, dans les places assiégées, en raison directe : 1" de l'agglomération; 2° du défaut d'alimentation suffisante; 3° du feu de l'ennemi ; 4» des influences morales tristes; 5° de la température générale, agissant comme cause morbifique ; 6° de la durée de toutes ces causes réunies. Cette mortalité a pu quelquefois atteindre des proportions effrayantes, amener la diminution du quart ou au tiers de la population générale, entraîner la nécessité de mesures de désinfection spéciales, enfui devenir la cause directe de la reddition de la place. A Paris, la mortalité totale des vingt-huit semaines (4 septembre au 18 mars) que l'on peut avec Sueur (H. Sueur, Étude sur la mortalité à Paris pendant le siège, Paris, 1872) regarder comme placées sous l'influence obsidionale, s'est élevée à 77 231 décès ; dans les vingt-huit semaines correspondantes des années précédentes, la mortalité s'était élevée à 24 928 décès ; la population était restée à peu près la même, car les immigrations ont à peu près comblé les émigrations qui se sont produites avant l'investissement. H. Sueur a démontré que la mortalité a été influencée en grande partie: 1° par les privations; 2" par l'influence des températures très-basses subies par des organismes débilités ; o" par la propagation des maladies zymotiques, variole et fièvre typhoïde. Enfin la reproduction elle-même de la population a été atteinte, par l'augmentation du chiffre des avortements pendant la durée obsidionale et par la diminution des conceptions à la même époque, influence qui s'est traduite par un moins grand nombre de naissances, de juin 1871 à janvier 1872. Nous renvoyons au travail de M. Sueur pour les détails de ces différentes questions.

Pendant la durée du siège, le service médical doit combattre les causes morbifiques par tous les moyens que l'hygiène générale permet d'ordonner, en particu^ lier par le maintien du service des voieries, aussi bien dans les maisons particulières que dans les voies de communication, par la destruction au moyen du feu de tous les détritus et excréta que l'investissement ne petmet pas d'entraîner au loin, par l'enseveUssement régulier et mieux l'incinération des cadavres, en un mot par une série de mesures qu'imposent les circonstances, variables comme elles, et dont l'hygiéniste saura toujours apprécier l'urgence. Le commandement

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doit, de son côte prêter à l'exécution de ce service le concours de son autorité et se montrer soucieux des intérêts de l'armée et de la population, en écoutan*, en provoquant les conseils des hommes spéciaux, des médecins ; ces conseils, il les transformera en prescriptions absolues, portées par la voie de l'ordre à la connaissance des troupes et de la population civile. Pour l'exécution du service de santé dans les hôpitaux et ambulances [voy. Hôpitaux et Militaire (Service de santé)].

L'armée assiégeante se trouve dans des conditions beaucoup plus favorables que l'ai^mée assiégée, elle a de son côté l'espace et la certitude d'approvisionnements, mais elle est fatalement condamnée à l'immobilité, et doit donc prendre une série de dispositions destinées à prévenir les dangers inhérents à cette situation [votj. Camps).

Campagnes d'été. Campagnes cV hiver. L'été est, sans contredit, la saison la plus avantageuse pour le maintien de la santé dans les armées en campagne; les refroidissements, cause si fréquente de maladies parmi les troupes, sont moins à craindre à cette époque de l'année, les campements, les bivouacs moins pénibles à supporter; d'un autre côté, les marches sont quelquefois rendues plus difficiles, c'est alors qu'éclatent les accidents dont nous avons indiqué la nature en étudiant l'hygiène des marches. On a souvent constaté aux armées des diarrhées on des dysenteries épidémiques, dont l'origine paraît avoir été l'abus des fruits, du raisin en particuher, insuffisamment mûri, que les troupes avaient consommés sur leur passage.

Sans nier absolument cette cause, et sans contester la possibilité de ces épidémies, nous croyons que ces dysenteries ou diarrhées, lorsqu'elles deviennent épidémiques, proviennent de causes telluriques; elles sont liées soit à l'humidité du sol et des lieux de campement, soit à la persistance des troupes sur ces mêmes campements et à l'infection du sol qui en résulte. Les diarrhées, les dysenteries comme les fièvres d'accès sont de beaucoup les maladies les plus communes des campagnes d'été et d'automne, or c'est précisément dans cette saison que, sous l'influence de la chaleur combinée avec l'humidité, les effluves marécageux ou telluriques ont une plus grande tendance à se former et à se dégager.

L'indication hygiénique ressortant de ce fait, consiste donc simplement dans une plus grande vigilance de la part du commandement à ne pas choisir des campements voisins de portions de terrain à marécage, à soustraire les hommes à l'action de l'humidité nocturne en les cantonnant dans les villages, fermes ou maisons d'habitations, autant que possible à ne pas leur faire traverser des terrains dangereux aux heures de leur plus grande nocuité, c'est-à-dire au lever du soleil et à son coucher, ou tout au moins à combattre l'influence fébrigène par des distributions supplémentaires de vin, d'eau-de-vie ou d'autres boissons légèrement excitantes.

Pendant les campagnes d'été, il est bon de dégager le vêtement du soldat et son équipement des surcharges qui ne sont point indispensables, au besoin de lui allouer certaines pièces de vêtement spéciales. Cette indication se rapporte surtout aux campagnes entreprises dans les régions où la période estivale dure pour ainsi dire toute l'année, comme le sont en particulier les pays tropicaux. Sous le rapport de l'alimentation, on devra modifier les distributions, en donnant peut-être moins d'aliment gras ou salés, pour faire prédominer les vivres frais, la viande de boucherie et les légumes ; mais il ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie, car on diminuerait par trop les sources de mouvement et de chaleur

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transformaljle, que le soldat doit y trouver, aussi bien que les matériaux de répara lion.

Les campagnes d'iiiver sont particulièrement pénibles, lors même que toules les ressources administratives sont mises en jeu pour combattre l'action du froid et de l'buniidité soit en modifiant l'alimenlation, soit eu allouant des vêtements supplémentaires. C'est en hiver qu'il convient de se montrer aussi large que possible en distributions de viande, d'aliments gras, de boissons alcooliques, de café ou de tbé, de multiplier en un mot les matériaux qui peuvent fournir la chaleur à l'organisme ou diminuer ses déperditions. Pendant les durs hivers passés sous les murs de Sébastopol, nos armées ont fait l'expérience des dangers de la campagne hivernale et si les allocations supplémentaires de vivres ont en partie combattu ces dangers, elles n'ont pu les conjurer absolument. Pendant l'hiver, les campements prolongés d'une troupe sur un même territoire tendent à conlhier les soldats sous les tentes, dans des trous creusés dans le sol; les hommes se resserrent pour diminuer la déperdition du calorique et fuient le contact de l'air extérieur. Bientôt éclatent alors les accidents dus à l'agglomération, au confinement, joints à ceux de l'infection du sol; ce sont autant d'indications que l'hygiéniste doit combattre par ses conseils, le commandement par une série de mesures appropriées.

Lors des marches entreprises pendant les campagnes d'Iiiver, le froid agit souvent d'une façon aiguë sur les troupes, islors surtout qu'elles ont été soumises à des privations. L'expérience de la campagne de Russie, en 1812, de certaines expéditions d'Algérie, celle de Bou-Thaleb entre autres, de la campagne 1870-71 sur la Loire et dans les départements de l'Est ne doit point être perdue; c'est eu hiver qu'éclatent ces désastres terribles, oiî des armées entières peuvent se fondre en quelques jours , oiî les régiments les plus solides se transforment en troupes désorganisées, en amas de malingres, de malades et de mourants ne pouvant plus offrir à l'ennemi qu'une résistance illusoire. Les désastres sont plus terribles encore si l'armée est en retraite, lorsqu'à l'influence du froid vient encore se joindre la démoralisation ; rarement, en effet, une troupe victorieuse ressentira d'aussi cruelles atteintes qu'une troupe, cependant bien composée peut-être, mais qui a subi un ou plusieurs insuccès. A ce moment, du reste, tout manque à la fois, car, pour surcroît de souffrances, les convois sont en général coupés ou surpris, le matériel tombé entre les mains de l'ennemi et l'armée demeure exposée, sans moyens de résistance, à l'ensemble des malheurs qui fondent sur elle.

Relativement aux accidents causés par l'action directe du froid sur les troupes, nous renvoyons»à l'article Congélation de ce Dictionnaire.

Si les cil constances amènent une armée à faire campagne dans un pays relativement très-froid, il conviendra de prévoir les éven'tualités probables qui pourront se présenter et de transformer son habillement, son équipement, son service des subsistances suivant les données que nous avons exposées dans les divers paragraphes de ce travail.

Campagnes hors d'Europe. Les circonstances politiques amènent souvent les jumées à combattre en dehors de leur propre territoire; c'est ainsi que les armées européennes ont été appelées à opérer dans des régions plus ou moins tropicales. L'armée française, en dehors des garnisons entretenues à poste fixe dans ses différentes colonies, aux Antilles, à la Réunion, à Madagascar, à Gayenne, au Séné^i-al, eu Océanie, en Cochinchine, a dû opérer depuis vingt ans des expéditions au Mexique, en Chine, en Syrie ; sous le premier Enipne elle a connu les désastres

MILITAIRE (hygiène). 49

de l'cxpéclition de Saint-Domingue ; avant la révolution, elle avait eu de brillantes campagnes dans l'Inde, en Amérique et, aujourd'hui encore, elle occupe ua vaste territoire au nord de l'Afrique {voy. Algérie) sans compter les incessantes expéditions, entreprises dans quelques-unes de ses colonies. L'Angleterre promène son drapeau et ses valeureux régiments sous toutes les latitudes, au Canada comme dans l'Inde, aux Antilles, au Cap, en Australie, à Hong-Kong, à la Nouvelle- Zélande et dans un grand nombre d'iles de l'archipel mélanésien ; la Hollande tient garnison dans ses magnifiques colonies malaises, l'Espagne a ses Philippines et la Havane, la Russie étend ses domaines dans les vastes régions de l'Asie centrale et se rapproche peu à peu des climats tropicaux.

Suivre les armées dans toutes ces glorieuses pérégrinations dépasserait évidemment les limites d'un travail déjà trop étendu ; l'hygiéniste militaire doit, pour chaque cas spécial, subordonner ses conseils aux conditions spéciales des climats {voy. Climats), sons lesquels l'armée doit opérer. La règle pratique consiste néanmoins à savoir abandonner, s'il le faut, toutes les presciùptions réglementaires, établies pour les armées séjournant en Europe, et à adopter un régime hygiénique entièrement nouveau ; les Anglais ont su modifier complètement l'uniforme de leurs troupes suivant qu'elles faisaient campagne dans l'Inde, en Chine, en Abyssinie ou actuellement sur l'insalubre côte occidentale d'Afrique (guerre des Achanlis) ; ils créent pour chacune de ces campagnes une réglementation nouvelle et obtiennent, dans les climats les plus insalubres, des résultats admirables comme ceux de l'expédition d'Âbyssinie, où la mortalité générale n'a pas été sensiblement supérieure cà la mortalité des troupes en Angleterre.

Ces exemples sont concluants, nous en profiterons sans doute un jour; mais, en attendant, les progrès sont quelquefois d'une lenteur désespérante, tandis que les actions nuisibles continuent leur action sur nos troupes et se traduisent par des chiffres ohituaires d'une élévation désastreuse.

Le. service des troupes dans les colonies, aussi bien que leur transport, ressort, pour une grande proportion, de l'hygiène navale, nous renvoyons donc pour ce fait à l'article que notre distingué collaborateur a rédigé sous ce titre {voy. Hygiène navale).

IX. Le soldat malade. L'histoire des maladies du soldat doit comprendre : 1° la syraptomatologie de ces affections et leurs formes de développement ; 2" la mortalité qu'elles déterminent ; 5" l'ensemble des moyens employés pour les combattre ou pour les prévenir. L'importance capitale de cette branche des sciences médicales ne permet pas de traiter un sujet aussi important dans un article consacré simplement à l'hygiène militaire. Aussi le lecteur trouvei'a-t-il aux articles Mortalité, Morbidité, Nostalgie, Soldat, Suicide , les principaux faits afférents à la pathologie militaire; à l'article Militaire (Service de santé), à l'article Hôpital et à l'article Ambulances l'exposé de l'organisation des services sanitaires aux armées, tandis que le présent travail n'a précisément eu pour but que de rechercher les moyens de diminuer les causes de maladie, par l'application des règles de l'hygiène générale à la profession militaire.

X. Le soldat au i'oijxt de vue intellectuel et moral. En inscrivant celte tèle de chapitre, nous nous demandons si de telles questions ne sont point en dehors de l'hygiène proprement dite et n'appartiennent pas plutôt au domaine des sciences philosophiques, que les sciences médicales côtoient cependant presque toujours. Et néanmoins, en se plaçant même au point de vue purement médioei,

I)1CT. ENC. 2' s. VUi. 4

.^0 MILITAIRE (hygiène).

comment séparei^ toujours l'élémeut intellectuel de l'élémeiU physique, n'exercent-ils pas l'un sur l'autre une influence quotidienne, permanente?

En indiquant quelques-uns des points spéciaux que soulèverait l'étude delà profession militaire, considéré au point de vue intellectuel et moral, nous ne ferons que les effleurer, réservant à de plus autorisés l'honneur d'écrire l'hygiène morale de l'armée.

Le soldat entre dans le régiment comme l'a fait la famille; au bout de quelques années l'armée le rend à celle-ci, amélioré disent les militaires, amoindri disent quelques ennemis de l'ordre social actuel. Entre ces deux opinions quelle est la vraie ?

Pour y répondre, il suffit de considérer l'armée, non pas seulement comme elle est actuellement, mais comme elle doit être, comme elle tend à le devenir tous les jours davantage. Comment, pendant trois ou quatre années nous avons pris un jeune homme, nous lui avons montré tous les jours, que, dans la vie sociale, à côté des satisfactions matérielles que l'on recherche malheureusement de plus en plus, à côté des inégalités résultant des différences de fortune, il y a quelque chose qui domiue et devant lequel chacun doit s'incliner: la patrie et de devoir ! il a pu voir lui-même mettre en pratique ces sentiments, dans ce qu'ils ont de plus noble et de plus désintéressé ; il a vu ses camarades ne jamais reculer devant le danger, se prêter à tous les dévouements quelquefois obscurs, qu'impose la vie militaire, il a vu que la vie n'entre jamais en ligne de compte, lorsqu'il s'agit de répondre à la confiance que la société place dans ses défenseurs, et l'on serait autorisé à dire, comme on l'entend encore trop souvent, que l'armée est une école de paresse, d'amoindrissement intellectuel!

Sans doute, l'ouvrier qui vient servir pendant quelques années, perdra rm peu de ses habitudes ; il ne gagnera point, en tant que spécialité industrielle, mais ne gagne-t-il rien en compensation? Dans le désarroi général où s'agitent les sociétés européennes, n'est-œ donc rien que de pouvoir s'isoler des discussions stériles, d'appartenir à une grande famille où tout marche avec précision, avec ordre et méthode, où la place de chacun est marquée d'avance, où le devoir devient facile parce qu'il est pour ainsi dire à l'ordre du jour ?

L'instruction qui est la base du progrès social, l'armée la dé?erse largement sur les siens ; depuis un demi-siècle, les écoles régimentaires fonctionnent avec un ensemble de plus en plus remarquable ; comme exemple, prenons une des dernières années normales, au point de vue militaire, l'année 1866. Pendant celte année,

72,803 homhies ont suivi dans leurs régiments les cours du premier degré;

28,068 ceux dU second

17,474 hommes ne sachant rien ont appris à lire

14,670 — — w. et à écrire.

10,5';5 — — — et à calculer*

12i77S sachaut lire et écrire ont appris 4 calculer.

Comme le fait si bien remarquer Michel liévy, voilà donc plus, en une seule année, de 54 000 hommes auxquels le séjour dans l'armée a procuré le bénéfice de l'instruction primaire, instruction qu'ils n'eussent pas reçue, s'ils étaient testés dans leurs foyers !

Et depuis la guerre, depuis les inistructions qu'elle nous a fournies, avec quelle activité ne s'est-on point mis au travail dans les régiments ; les hommes sont journellement occupés pendant huit ou neuf heures, non pas aux exercices

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militaires seulement, mais aussi aux études théoriques en rapport avec leur instruction.

L'armée est et deviendra tous les jours davantage une école de moralisation et d'instruction, elle sera de même une école d'amélioration physique à mesure que les règles de l'hygiène prévaudront davantage ; l'im.pulsion est donnée aujourd'hui, elle ne s'arrêtera p;is, nous en avons l'intime conviction. L'armée, recrutée dans les conditions de la loi de 1852, était évidemment un ohstacle sérieux à l'accroissement de la population : cette question a été sufiisamment débattue pour ne point devoir être reprise ici même; du reste, ce n'est plus que l'histoire du passé. Avec le service obligatoire qui n'impose actuellement que quatre ans et quelques mois de service, et qui bientôt peut-être ne sera plus que de trois ans seulement, cette objection tombe d'elle-même; l'iiomme pourra se marier à vingt-quatre ans, c'est-à-dire à l'âge que les hygiénistes s'accordent à regarder comme le plus favorable.

La discipline militaire dont on invoque parfois la dureté est cepandant essentiellement juste et nécessaire ; elle s'exerce de grade en grade jusqu'aux plus hautes positions de la hiérarchie, et le soldat en voyant ses chefs se soumettre, apprend la nécessité de l'obéissance. N'est-ce pas là aussi une vertu morale? Si cette discipline étail agressive; si elle s'exerçait sur des détails inutiles, sans doute, elle serait conlestable; mais en examinant les règlements militaires, on peut s'assurer qu'il n'en est rien. Sans doute, les hommes ne sont point parfaits et certains chefs con^q^roniettent l'autorité qu'ils ont entre les mains; doit-on pour cela iu.ciiminer la loi elle-même ?

Les pénalités militaires sont excessives dans quelques cas, et paraissent disproportionnées aux délit», mais c'est ainsi qu'on évite de les prononcer trop souvent; véritablement on se demande s'il n'y aurait pas lieu d'introduire les mêmes sévérités dans les lois civiles. Pour les faits qui intéressent le salut commun, quoi de plus juste que de punir de mort celui qui manque à son devoir et expose la vie de ses camarades, peut-être le salut de l'armée? l'autorité du chef doit être immense dans l'armée, cette autorité, il ne peut l'acquérir légalement que s'il en est digne, il ne l'exercera du reste fructueusement que dans ce cas ; il faut donc l'entourer d'une grande considération, et regarder, comme digne des peines les plus sévères celui qui lui porte atteinte ; de là, les sévérités du code militaire.

A côté des peines prescrites contre les mauvais soldats, l'armée offre des récompenses spéciales à ceux qui s'en montrent dignes ; la plus grande de toutes est celle de l'avancement, car elle augmente les devoirs de ceux qid en sont revêtus. Les distinctions honorifiques, les mises à l'ordre du jour, les décorations, les médailles viennent ajouter leurs effets à celui de l'avancement, dont on ne saurait disposer en faveur de tous ceux qui en sont dignes.

Telle est l'armée dont nous avons essayé d'esquisser un rapide tableau ; elle est l'application constante et se résume en un seul principe que l'on oublie trop souvent aujourd'hui : Le devoir.

X. Le soldat rendu a la vie civile. Sortie do service. Au commencement de ce travail, nous avons envisagé l'ensemble des conditions qui président à l'arrivée du militaire sous les drapeaux • après l'avoir suivi dans les différentes circonstances de son service, il convient de rechercher actuellement dans quelles conditions il en sort, pour être rendu à la vie civile.

La loi du 27 juillet 1872 a fixé à cinq années la durée du service dans l'armée active pour tous les citoyens, c'est donc au bout de ces cinq années seulement

52 MILITAIRE (hygiène).

qu'ils peuvent recevoir leur coiigé de libération de l'armée active; les hommes appelés, en vertu de leur numéro, à ne faire qu'un an de présence, les engagés conditionnels d un an ne sont pas, après leur année de service, considérés comme libérés ou en réserva!, ils sont simplement en disponibilité de l'armée active, et passent avec toute leur classe dans la réserve ; ce passage a lieu en ^'ertu d'une décison ministérielle. A cet elfet (Art. xxxviii), tous les ans, au 3U juin, le ministre prononce: 1" pour les hommes ayant fait les cinq ans de service: le passage dans la réserve ; 2" pour ceux qui ont accompli leur quatre années de réserve : le passage dans l'armée territoriale ; 5" pour ceux qui ont accompli les cinq ans dans l'armée territoriale : le passage dans la réserve de cette armée ; 4" pour ceux qui ont accompli les six ans de réserve : la libération définitive entraînant l'établissement d'un congé de libération définitif.

C'est donc seulement à quarante ans que le citoyen est définitivement dégagé de toutes obligations mditaires ; mais il faut reconnaître qu'après la période de service actif, période qui, pour certains, peut n'être que de six mois, et n'atteint jamais cinq ans pour les moins favorisés, le service dans la réserve et dans l'armée territoriale est loin d'être pénible en temps de paix. Les réservistes peuvent se marier sans l'autorisation du commandement, et il en est de même des hommes envoyés en disponibilité de l'armée active ; ceux d'entre eux qui sont pères de quatre enl'ants vivants passent de droit dans l'armée territoriale (Art. xlix de la loi du 27 juillet 1872).

En fait, la rentrée dans la vie civile a donc lieu dès que l'homme a terminé son temps de présence dans l'armée active ; en disponibilité de l'armée active, les soldats sont, dit l'Article xlh, soumis à des revues et exercices dont la loi ne fixe pas la durée, mais elle ne pourra jamais être bien longue, ^i raison des nécessités budgétaires; les hommes de la réserve sont simplement assujettis, pendant leurs quatre années, à prendre part à deux manœuvres, la durée de chacune d'elles ne pouvant excéder quatre semaines ; l'armée ne leur demande donc, en moyenne, que quinze jours par an.

Reste, il est vrai, l'éventualité de la guerre, mais cette éventualité deviendra vraisemblablement de plus en plus rare à mesure que la civilisation ira en s6 développant. Peut-être cependant faut-il encore à l'Europe une ou deux violentes secousses avant qu'elle a'.teigne, non pas la période de paix indéfinie qui n'est qu'une utopie, mais au moins un état de stabilité, quelque peu durable, basé sur les intérêts réels des sociétés et sin- une juste répartition des peuples suivant leurs races, leurs affinités et leurs propres volontés.

Les hommes restés au service actif en dehors du temps exigé par la loi, peuvent, en contractant des réengagements, y demeurer jusqu'à vingt-neuf ans, s'ils sont soldats ou caporaux, jusqu'à trente-cinq, s'ils sont sous-officiers. Les uns et les autres sont rendus à la vie civile par le fait seul de leur arrivée à cette limite d'âge. Nous avons dit plus haut que les sous-officiers peuvent, au bout de douze ans de service, dont quatre comme sous-officiers, prétendre à un emploi civil (Art. lxxi) au fur et à mesure des vacances ; la loi du 24 juillet 1873 détermine la catégorie de ces emplois et les conditions d'instruction exigible poujf chacun d'eux.

En quittant le corps, les militaires reçoivent, s'ils l'ont mérité, un certificatde bonne conduite; celte juste attestation de leur honorabilité est une recommandation vivement appréciée dans la vie civile, par ceux qui recherch^ut d'anciens militaires pour divers emplois.

MILITAIRE (hygiène). 53

Sous l'empire delà loi du H avril 1851, modifiée par celle du 25 juin 1801, les sous-officiers, caporaux, brigadiers et soldats ayant accompli vingt-cinq années de service avaient droit à une pension de retraite dont le minimv-m, fixé pour les soldats à 365 francs, les caporaux ou brigadiers à 585 francs, les sergents à 415, sergents-majors à 465 et les adjudants à 565, pouvait atleir.dre un maximum de 465 francs pour les simples soldats, de 765 pour les adjudants, sous-officiers, et proportionnellement pour les autres grades. La loi de 1872 fait naturellement disparaître ces dispositions, puisque le simple soldat, eu supposant même qu'il s'engage à dix-huit ans, ne pourra jamais accomplir plus de onze ans de service, et de dix-sept ans s'il devient sous-officier.

Beaucoup de militaires, et nous sommes du nombre, estiment que, vu les circonstances, et eu raison de la nécessité de faire aux sous-officiers une position avantageuse, tant pour relever leur autorité que pour les retenir sous les drapeaux, il serait à désirer qu'une loi nouvelle permît de leur donner une retraite après quinze années de service. Le revenu de cette retraite, joint au produit d'un emploi civil, assurerait à ces excellents serviteurs, non pas l'aisance, mais au moins le nécessaire, et leur permettrait de se marier en quittant le service.

La position de l'officier est diltérente dans l'armée de celle du soldat ; resté librement au service après avoir rempli ses obligations comme tout citoyen, il prend avec l'État une sorte de contrat tacite. D'une part, l'officier s'engage à servir avec honneur et fidélité; de l'autre, l'État lui assure la possession de son grade (loi du 19 mai 1854) et des chances d'avancement dans les limites des lois et règlements. Ce contrat dure trente ans, avec cet avantage en faveur de l'olficier qu'il peut le rompre en présentant sa démission, démission que le chef de l'État a du reste le droit de ne point accepter. A l'expiration de ces trente années, le contrat continue, mais il peut être suspendu tous les jours par Tune des parties contractantes. Une loi du 5 novembre 1872 permet de déroger provisoirement aux prescriptions de la loi du H avril 1851, en accordant la retraite aux officiers, au bout de vingt-cinq ans de service. L'officier a donc acquis ses droits à la retraite pour ancienneté de services (Loi du 1 1 avril 1831 , Art. i), mais d'un autre côté, rien n'oblige l'État à conserver l'officier, il peut le rendre à la vie civile en lui délivrant son titre de pension. Du reste, arrivé à une limite d'âge variable suivant les grades, l'officier ne peut plus rester au service; sa pension de retraite est alors fatalement hquidée.

La situation est donc bien nette: entre l'État et l'officier il y a contrat mutuel, obligation pour trente ans et prolongation éventuelle du contrat jusqu'à la limite d'âge. Remarquons du reste que si l'officier devient, avant celte époque, impropre au service, il est de même rendu à la vie civile, aussi bien que dans le cas oii la privation du grade serait la conséquence d'un jugement rendu par un tribunal régulier, d'une destitution prononcée par un Conseil de guerre ou enfin delà perte de la qualité de citoyen français prononcée par jugement (§ § 1 à 6, Art. I de la loi du 19 mai 1854 sur l'état des olficiers).

Nous n'avons point à entrer ici dans le détail même des questions administratives; nous avons vu comment l'on entre dans l'armée, il était naturel de chercher comment l'on en sort. Cependant, il n'est peut-être point hors de propos de signaler la situation particulièrement intéressante dans laquelle se trouvent placés un grand nombre d'officiers au moment de leur mise à la retraite. Les habitudes de toute une vie sont alors brisées en un inslant, il faut dire adieu à ce régiment dans lequel ou a connu la bonne et la mauvaise fortune, à ces caraa-

54 MILITAIRE (hyoïène).

rades qui, plus heureux, ont encore quelques années à y passer, et que l'on namie jamais tant que lorsqu'on en est séparé, quitter ces soldats dont a vu passer Lieu des générations successives, mais qui semltlent être toujours les mêmes, s'éloigner enfin de ce drapeau dans les plis duquel nous symbolisons la patrie, l'honneur et tous les iiohies Sentiments auxquels on se dévoue ! Il faut partir cependant ; la loi n'y forcerait-elle pas, que l'âge, les infirmités y obligeraient quand même. N'y a-t-il pas, dans cette situation, tous les éléments nécessaires pour ébranler la santé d'un homme déjà assez avancé en âge ? Quoi de surprenant dès lors que les officiers retraités succombent en général à un âge relativement rapproché de celui de leur mise à la retraite. Pour quelques exceptions d'autant plus remarquables qu'elles sont plus rares, combien de cas où ce fait peut se vérifier, surtout chez les officiers d'un grade inférieur.

Chez ces derniers, en effet, aux souffrances morales se joignent non pas peutêtre des souffrances, mais des inquiétudes, des difficultés de l'ordre matériel. Dans une armée démocratique comme l'arm-ée française, la grande masse des officiers n'ont d'autres ressources que leurs appointements ; d'économies, il n'en peut être question, en raison de la modicité des traitements. Lorsque l'heure de la retraite a sonné, les ressources de l'officier diminuent dans une proportion excessive; le capitaine, au bout de trente années de service, reçoit une pension annuelle de 1 560 francs (Loi du 25 juin 1861), en supposant le cas le plus favorable, celui où il justifierait de cinquante années de service, en ajoutant à ses années de service effectif, le bénéfice des campagnes, il atteindrait 2,120 francs; et en admet(ant qu'il ait passé douze années dans le grade de capitaine, cette somme s'élèverait enfin au maximum du grade : 2,544 francs!

Nous choisissons comme exemple le grade de capitaine, car il est celui dans lequel se retirent la majeure partie des officiers ; l'arrivée aux grades supérieurs est une exception avec laquelle on ne saurait compter. Il ne s'agit point ici d'élever des récriminations, déplacées surtout lorsqu'il s'agit d'intérêts aussi matériels que le sont les tarifs de solde ; nous signalons une situation, rien de plus; mais il semble évident qu'une pension de retraite de 2,000 francs, en moyenne, donnée à un officier qui a accompli de trente à quarante ans de sei vices, a contracté généralement des infirmités, est souvent marié et père de famille, n'est pas suffisante pour lui assurer le bien-être proportionnel aux habitudes de vie qu'il a fatalement dû contracter, à l'instruction qu'on exige de lui. Cette situation est évidemment la source de souffrances, honorablement voilées aux yeux du public, mais qui se tiaduisent par une mortalité tout exceplionuelle.

Lorsque, par suite de leurs inlirmilés, les militaires sont déclarés impropres au service, déclaration qui appartient exclusivement aux médecins militaires, ils sont rendus à la vie civile dans les conditions suivantes: 1° Pour le soldat, les infirmités ou blessures de nature à entrahier Tinaptilude au service, mais antérieures à l'incorporation ou contractées en dehors du service donnent droit à un congé de réforme n" 2, n'établissant pas en faveur du frère les avantages prescrits par l'article 17 de la loi du 27 juillet 1872 (Dispense du service d'activité en temps de paix). 2° Si les blessures ou infirmités ont été contractées dans les armées de terre ou de mer, il est délivré un congé de réforme 71° 1 ouvrant au frère les droits précités. 5° Si les blessures ou infirmités résultent de faits ou d'événements, directement occasionnés par les obligations du service, si elles sont incurables et mettent le militaire hors d'état de servir et de pourvoir à sa subsistance, elles entraînent la retraite pour cause de blessures ou d'infirmités,

et le titulaire reçoit une pensiou annuelle basée sur le grade et sur la gravité de l'alfection.

Il existe enfin une mesure, intermédiaire entre la simple réforme n° 4 et la re* traite, c'est Vadmission à la gratification renouvelable ; elle est accordée dans différents cas,- notamment dans ceux où la situation pathologique ne paraît pas définitive, oîi l'on hésite encore à déclarer l'incurabilité. Par extension, surtout depuis la dernière guerre, on a lait de la gratification renouvelable, une sorte de diminutif de la pension de retraite, accordé dans les cas où l'inaptitude au travail est simplement diminuée, dans ceux enfin où d'honorables services antérieurs militent particulièrement en fa\eur de l'intéressé. A notre point de vue cette manière de procéder est une erreur ; si l'affection est définitive, elle entraîne ou n'entraîne pas l'inaptitude au travail : dans le premier cas, on doit prononcer la retraite, dans le second la réforme et non point une gratification renouvelable appliquée à une situation qui ne changera point. Cette gratification n'est, en effet, délivrée que pour deux années, au bont desquels l'intéressé doi justifier de la permanence des causes qui l'ont déterminée dès l'abord, lin formulant ainsi notre opinion, nous croyons agir dans l'intérêt même des soldats invalides. S'il est, en effet, une situation digne du plus grand respect, de la pins vive sollicitude, n'est-ce point celle de ceux qui ont sacrifié leur santé pour l'accomplissement de leur devoir, ou qui reviennent mutilés des champs de bataille, après avoir dû traîner de longues journées de souffrance, des mois peut-être dans les ambulances, les hôpitaux, quelquefois dans les prisons de l'ennemi 1

A ceux-là la nation doit assurer l'existence et l'assurer dans des conditions telles que la misère n'en soit pas la compagne. Malheureusement les fixations actuelles sont loin de répondre aux besoins de la vie la plus modeste. Au point de vue des fixations de retraite pour blessures, la loi admet six classes, proportionnelles à la gravité de ces blessures :

!■''' classe. Perte absolue de la vue ; 2^ classe, amputation de deux membres ; 5" classe, amputation d'un membre ou perle absolue de l'usage de deux membres ; ¥ classe, perte absolue de l'usage d'un membre ; 5^ et 6^ classe, blessures ou infirmité? moins graves, classées suivant un tableau annexé à la note du Conseil de santé des armées, en date du 13 avril 4841, et que nous ne reproduisons point ici, parce qu'il semble devoir être prochainement modifié.

Depuis 4861, la 1'* et la 2" classe ont été confondues au point de vue pécuniaire, ainsi que la 5^ et la 6^ Le simple sol lat mis à la retraite toucherait donc : s'il est aveugle ou amputé de deux membres, 605 francs, s'il est amputé d'un membre 465 ; dans les autres cas de 365 à 465 suivant la durée de ses services et ses campagnes.

II est évident que ce n'est point avec un tel traitement qu'un soldat invalide peut vivre, car on le suppose hors d'état de travailler ; d'aussi minimes rétributions ne sont point dignes d'une nation qui se flatte d'être généreuse. Du reste, tous les militaires retraités pour blessures reçues en service de guerre recevaient sous le précédent gouvernement une allocation supplémentaire élevant leur pension à 600 francs, allocation payée par la cassette impériale. Une loi votée le 27 novembre 1872, jiar l'Assemblée nationale, a mis cette allocation au compte du gouvernement. Elle a spécifié, en outre, que ces militaires recevraient en attendant leur mise à la retraite, et pendant le temps nécessaire à sa liquidation, une allocation de 1 fr. 20 pour les caporaux et soldats.

L'officier devenu impropre au service militaire par suite de ses infirmités, s'il

50 MILITAIRE (hygiène).

na. pas dii reste le temps de services voulu pour la retraite (vingt-cinq ans) est mis en réforme ipour infirmités incurables. Dans cette position, s'il n'a pas sept ans de services (cinq ans avec la nouvelle loi), il ne reçoit aucun traitement; s'il a moins de vingt ans de services, il reçoit une solde égale aux deux tiers du minimum de la pension de retraite de son grade pendant un temps ég;il à la moitié du nombre d'années passées au service ; s'il a plus de vingt ans de services, il reçoit une pension viagère égale à autant de fois le trentième du minimum de la retraite, qu'il a d'années de services.

Si les blessures ou infirmités résultent directement des fatigues ou dangers du service, si elles sont incurables et mettent l'officier hors d'état de rester au service ou d'y rentrer ultérieurement, il est admis à la retraite dans les formes citées plus haut. Dans le cas oîi les infirmités ne sont pas incurables, l'oflicier peut être placé, quelle que soit du reste l'origine de ces infirmités, en non-aciivité pour infirmités temporaires, situation qui peut durer trois ans, au bout desquels il faut [irononcer ou la rentrée au service, ou, suivant les cas, la réforme ou la l'etraite.

Ces différentes situations, les examens qu'elles comportent donnent lieu à l'établissement de certificats, à des visites et contre-visites dans lesquelles interviennent les médecins militaires. Nous n'avons pas à insister ici sur ce point qui rentre absolument dans la pratique du service de santé aux armées, et qui fait l'objet d'un article spécial [Voy. Militaire (Service de santé)].

Les militaires en position de retraite et n'ayant point atteint l'âge de 60 ans peuvent être admis à l'hôtel des Invalides, dans le cas où la nature de leurs infirmités est équivalente, par ses résultats, au moins à la perte d'un membre. L'hôtel des Invalides, fondation glorieuse de Louis XIV, vint ouvrir un asile aux vieux soldats estropiés, jusque-là répartis dans divers couvents ou asiles organisés par Henri IV. Il a longtemps rempli sa destination, mais depuis quelque vingt ans déjà, son utihté est singulièrement contestée. Le nombre des pensionnaires qui s'éleva quelquefois à trois ou quatre mille, n'atteint pas actuellement huit cents ; les frais de cet immense établissement sont énormes et permettraient d'améhorer la situation intéressante de ces vieux soldats, d'une façon beaucoup plus économique pour le pays. L'expérience a prouvé du reste que l'agglomération de ces vétérans a de nombreux inconvénients, aussi la suppression de cet établissement, au moins dans sa forme actuelle, paraît-elle décidée en principe ; tout porte à croire que cette mesure ne se fera pas longtemps attendre.

Personne ne respecte plus que nous ces glorieux débris de nos valeureuses phalanges, mais nous persistons à croire qu'ils seront infiniment mieux soignés dans leurs familles s'ils en ont encore, dans quelques asiles départementaux, s'ils sont isolés. La gratification supplémentaire dont ils seraient naturellement l'objet, améliorerait singulièrement leur situation, leur permettrait de vivre d'une f içon relativement confortable et, quelquefois, plus respectable même qu'au milieu de Paris, oiî ils sont trop souvent l'objet d'exploitations peu avouables et de dangereuses sollicitations.

En terminant ici l'article Hygiène militaire nous tenons à déclarer que ceci n'est point une étude complète d'un sujet qui comporte de bien autres développements ; certaines questions ont été à peine effleurées, d'autres passées sous silence, limités que nous étions dans un cadre que nous avons peut-être dépassé, tout au moins au point de vue matériel.

MILITAIRE (hygiène). 57

Nous engageons donc vivement le lecteur ù s'en rapporter pour les points spéciaux soit aux articles de ce Dictionnaire : Ambulance, Cajip, Caserne, IIôi'Itaux (Militaires), MiiaTAïuE (Service de santé), Recrutement, Mortalité, Moucion'É, Soldat,, etc. soit aux ouvrages spéciaux dont nous avons cité quelques-uns, et paimi lesqne's on nous [ermcttra d'indiquer, comme le plus récent, notre Traite d'hygiène militaire, Paris 1874. G. Morache.

BiBuoGBAPHiE. — En raison de la diversité des sujets que comporte l'hygiène militaire, et pour faciliter les reclierchcs, les renseignements bibliographiques ont été classés en 8 sections : 1° Généralités sur l'hygiène militaire; 2° organisation et recrutement des armées ; 5" habitations du soldai; ¥ topogi'aphie des villes ou lieux de garnison ; 5° alimentation du soldat ; C° service en général, vêtement, équipement, exercices ; 7° service en campagne, histoire médicale des campagnes; 8° causes morbifiques influant en particulier sur le soldat.

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Toutes les questions afférentes au fonctionnement du service médico-chirurgical en campagne sont renvoyées à l'article Militaire (service de santé) . La pathologie médicale et la pathologie chirurgicale des armées en campagne sont traitées, au point de vue général, à l'article MoRBiciiii, Mortalité, à celui de Soldat (maladies du) et, au point de vue particulier, aux divers articles de ce Dictionnaire, d'après l'ox'dre alphabétique..

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MILITAIRE (service de santé). 73

ligue médicale de l'année, publiée annuellement depuis 1861 paille ministère delà guerre. Paris, Impr. nationale. G. Moeache.

M5LITAI56E (Service DE santé). Sous le titre de Service de santé militaire, ou doit entendre ce service spécial, l'une des branches des services militaires, dont le rôle consiste à veiller en tout temps sur la santé des soldats considérés individuellement, et sur celle des armées envisagées comme des unités collectives, à assurer à ces militaires, malades ou blessés, les secours que leur situation réclame et dont les sciences médicales permettent de disposer.

Dans le court exposé historique qui va suivre, le lecteur remarquera bientôt que le degré de perfection du service de santé aux armées est toujours propoi-tionnel au degré de civilisation des peuples, au progrès des lois économiques, au respect qu'elles inspirent pour la vie des hommes, à la marche des sciences en général et, d'autre part, cà l'organisation plus ou moins parfaite des armées ellesmêmes.

I. Esquisse historique de l'organisation du service de santé militaire. A. Période de l'antiquité. L'existence de la médecine militaire, ou plutôt de l'application des préceptes de la médecine et de la chirurgie aux soldats blessés et malades, semble remonter aux temps héroïques de l'histoire grecque, si môme la chirurgie n'est point elle-même née sur les champs de bataille. Les premiers chirurgiens lurent les chefs eux-mêmes des guerriers ; c'est ainsi qu'au siège de Troie, parmi les plus illustres héros, Homère signale Patrocle, Podalire et Machaon, Achille surtout, « dont l'art guérissait les plaies que sa lance avait faites. » Néanmoins, on peut se demander si c'étaient là de vrais chirurgiens, ou si plutôt il n'entrait point dans l'éducation militaire de l'époque, de savoir aussi prendre quelque soin des blessures. Ces guerriers combattaient comme les autres à la têtede leurs troupes, puis après la bataille ne dédaignaient point de rendre service à ceux des leurs qu'avaient atteints les traits de l'ennemi ; mais rien ne prouve qu'ils donnassent leurs soins aux soldats vulgaires. A vrai dire, ce n'étaient donc point des chirurgiens militaires.

La période précise de l'histoire grecque fait mention de médecins attachés aux généraux ; Xénophon indique, pour l'armée lacédémonienne, la place de bataille des médecins à côté de celle des aruspices, derrière la troupe commandée par le roi, et dans sa Cyropédie, cet auteur semble indiquer qu'il existait des médecins dans la suite de Cyrus ; dans la retraite des Dix-Mille, après un combat sanglant, les Grecs s'arrêtèrent pendant trois jours pour faire soigner leurs blessés et confièrent ces soins à huit médecins. La désignation de ces médecins, leur recrutement appartenait vraisemblablement aux chefs militaires, mais les documents manquent absolument sur cette question et nous ne voyons nul intérêt à suivre dans leurs hypothèses, les rares auteurs qui se sont occupés de cette étude. 11 est évident que les armées d'Alexandreet de ses successeurs possédèrent des médecins, mais quel était le degré de leur instruction et surtout quelles étaient exactement leurs attributions, y avait-il un semblant d'organisation médicale fonctionnant avec régularité ? les textes ne l'indiquent en aucune façon. A cette époque, l'histoire du service de santé militaire se confond du reste avec l'histoire même de la médecine ; c'est pourquoi nous renvoyons à l'article de ce Dictionnaire, Médecine (Histoire DE la), 2"= série, tome VI.

Le grand peuple militaire de l'antiquité, le peuple romain, apporta dans toutes les branches des sciences militaires un degré de perfection que nous n'atteignons

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peut-être pas aujourd'hui. Ses armées solidement constituées et absolument permanentes, surtout depuis l'empire, furent dotées de tous les services auxiliaires nécessaires à son fonctionnement régulier ; néanmoins il n'y eut pas de service de santé militaire attitré pendant la période républicaine, du moins nul document n'en témoigne, et l'on sait que jusqu'à Jules-César, les médecins, pour la plupart venus de Grèce ou d'Asie, ne possédaient point à Rome le droit de cité. '

Différentes circonstances tendent à faire supposer que ce fut sous Auguste que les médecins furent l'égulièrement attachés aux armées, pour y exercer des fonctions définies et permanentes ; d'une part, l'alfection que l'empereur portait à son médecin, Antonius Musa, se traduisit par diverses faveurs faites à ses confrères (il les exempta d'impôts); de l'autre, l'armée etla marine reçurent alors une organisation complètement permanente. Telle est du reste l'opinion de René Bnau dans son intéressant Mémoire {Du service de santé militaire chez les Romains, Paris 1866, p. 16). Elle ne diffère point notablement de celle de Guardia [Le service de santé des aimées dans Vanliquité. Revue des médecins des armées, t. IX, 1870). La plus grande incertitude règne du reste sur ces questions ; les différents auteurs classiques, Pline, Suétone, Tite-Live, César dans ses commentaires, les biographes des différents empereurs, parlent, dans certains passages, des soins donnés aux blessés et des lieux où s'exerçait ce ministère, mais ils sont à peu près muets sur l'organisation elle-même du service. Un remarquable écrivain militaire de la fin du quatrième siècle, Végèce, dans son traité De re militari, qui semble être une compilation plus qu'une œuvre réellement originale, entre cependant dans des détails plus circonstanciés; c'est grâce à ses indications, et surtout aux inscriptions relevées sur des tombes et des monuments, que l'on peut chercher à se rendre compte de la situation des médecins dans les armées romaines et des moyens matériels dont ils disposaient.

Dans les camps romains existait un lieu spécial nommé valetudinarium, destiné aux soldats malades ; l'auteur d'un ouvrage très-précis de castramétation, Hygin, qui écrivit sous Trajan, recommande de placer cette infirmerie à une distance du veterinarium et de la fabrica (qui serait la maréchalerie suivant R. Briau), un atelier de forge, de charpenterie, etc., suivant Dechambre, in Gazette hebdomadaire , 1868, telle que les malades ne soient pas incommodés par le bruit. S'il y avait des valetudinaria dans les camps, il est vraisemblable que des médecins y étaient attachés, peut-être formaient-ils une classe spéciale, comme nos médecins d'hôpitaux ; on pourrait le supposer d'après certaines inscriptions où l'on trouve le titre de medicus castrensis, de medicus cliniciis cohortœ. R. Briau partage cette opinion, en se tondant sur ce fait, que si le terme de medicus castrensis avait pu s'appliquer indifféremment à tous les médecins militaires, on le rencontrerait aussi fréquemment que ceux de medicus legionis, medicus cohortis ; on doit supposer que ce sont là des désignations de grades ou de fonctions différentes.

Dans l'organisation des armées romaines, il existait une classe de fonctionnaires administratifs, connus sous le nom d'o];fiones, aides, adjudants; cette appellation se complétait par celle d'une spécialité ; on retrouve dans les inscriptions le terme d'optiones arceris, optiones arcarii, il existait également des optiones valetudinarii, officiers d'administration . Reinesius ( Syntagma inscriptiomim antiquarum, Lipsiœ, 1682) définit ainsi leurs attributions: « Quin et œgrotum curœ invigilabant optiones, iisque de victuali substantiel et reliquis necessitatibus providebant. » et plus loin « Hoc genus diversum

MILITAIRE (service de santé). 75

erat awnowjj.oiz, quorum gradus inferior ; ministrabant enini et adsiclebant œgrotis, non constituti in numeris ; item a medicis, qui visifando, prœscrhbendo, imperando, utilia medebantur in caslris, instaiivis. »

D'après Reinesius, il existait, on le voit, trois classes de fonctionnaires dans le service de santé romain : les niedici qui remplissaient le rôle dévolu aux seuls médecins ; les optiones qui avaient pour mission de pourvoir aux besoins matériels des malades; les voa-ozôfAoi, véritables infirmiers, non immatriculés, non constituti in numeris, dont les fonctions devaient être analogues à celles des infirmiers actuels, comme les optiones rappellent singulièrement les divers officiers d'administration des armées modernes. Il serait assez remarquable que ce titre f^optio iùt l'origine du terme d'adjudant conservé à certains oificiers d'administration de l'armée française.

S'il existe peu de détails sur les médecins des valetudinaria, on en trouve un peu plus sur ceux des corps de troupes, en supposant que leurs fonctions fussent différentes. Quelques inscriptions reproduites par R.Briau {loc.cit,), portent les noms des médecins attacbés au corps des vigiles ; dans la deuxième cohorte île celte arme, il en existait quatre désignés sous ce titre : Medlci cohortis secundœ vigilum (Inscription trouvée en 1550 à Rome). Ces cohortes des vigiles, fortes d'environ 1 500 hommes, étaient commandées par un tribun, ayant sous ses ordres des centurions ; au-dessous se trouvaient les principales, vraisemblablement des sous-officiers, parmi lesquels les différentes inscriptions semblent devoir faire ranger les médecins.

Les cohortes prétoriennes, placées comme les cohortes des vigiles en dehors des légions et préposées à la garde de l'empereur, fortes également de 1 500 hommes, possédaient comme celles des vigiles, quatre médecins du même grade, medici cohortis, se répartissant vraisemblablement le service des sept centuries ; les équités singulares, corps de cavalerie de la garde en avaient sans doute aussi, si l'on s'en rapporte à une inscription votive élevée à Esculape et à Hygie par un décurion de cette arme, du nom d'Alpins qui y fait mention du médecin qui l'a soigné. R. Briau, en commentant cette inscription, suppose que ce militaire a dià s'adresser au médecin de son corps de troupes.

L'existence de médecins dans les légions est démontrée par les textes et les inscriptions, et d'un passage de Tacite on peut conclure qu'il y avait un certain matériel sanitaire, mobile à leurs suites, car dans la nuit où Cecina fut repoussé par Arminius, les bagages furent perdus et avec eux les médicaments « Non tentoria manipulis, non fomento muciis. » Ces médecins' sont tous désignés dans les inscriptions sous le titre de medici legionis ; quelques auteurs supposent qu'il y avait également des sub-medici ou secutores medici, parce que dans une inscription, on trouva un titre désigné sous les initiales S, M. Mais rien ne justifie celte hypothèse. Existait-il en revanche un chef médical pour la légion? Dans un passage du Code de Justinien , on trouve une dispense d'impôts et de charges civiles accordée à un certain Numisius « Medicus legionis secundœ adjutricis » était-il le premier médecin ou l'un des médecins? Nous opinons à penser que le grade était le même pour tous ces médecins de légions. Leur nombre ne peut être déduit d'aucun document ; si Ton suppose que la proportion en devait être la même que dans les cohortes des vigiles ou des prétoriens, c'est-à-dire d'un médecin pour 400 hommes environ, la légion étant de 7 000 hommes, elle en aurait possédé dix-sept ; or les Cohortes des légions étaient fortes de 621 hommes (555 fantassins et 66 cavaliers, d'après Yégèce,)à l'exception de la première qui

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porfoit l'aigle et avait 1 i05 fantassins et 152 cavaliers ; il eut pent-être été fort difficile d'assurer le service médical si l'on avait attribué 400 hommes d'une cohorte à un médecin, 200 seulement à l'autre avec 200 d'une autre cohorte. N'est-il pas vraisemblable que chaque cohorte avait son médecin ; dans ce cas, les neuf cohortes à 621 hommes auraient eu deux médecins, et la première trois ; le nombre total des médecins légionnaires eût alors été de vingt et un. C'est du reste une simple liypotiièse que nous reproduisons d'après Briau.

Les corps auxiliaires entraient dans la constitution des armées romaines; comme les légions, ils étaient divisées en cohortes. Plusieurs inscriptions reproduisaient les noms de médecins de ces cohortes auxiliaires ; dans l'une y est jointe l'épithète de ORD. que l'on peut traduire par ordinatus, expression s'appliquant à la collation du grade. Le service des corps auxiliaires fonctionnant comme celui des légions, il est vraisemblable que le service médical ne faisait point exception à cette règle. En outre, en organisant la flolte romaine d'une façon permanente, Auguste y introduisit vraisemblablement un service médical; du moins il existait des médecins à bord des navires de guerre, ainsi que l'indiquent quelques inscriptions ; au titre de viedicusàe tel ou tel navire, se trouve ajoutée l'épithète duplicarhis, ce qui signifiait « pourvu de la solde double )^ soit que ces médecins l'aient méritée par des services exceptionnels, soit que cet avantage fût fait à tous les médecins de la marine. Le nombre des médecins embarqués sur un mêmenavire ne peut se déduire que du fait de la présence d'au moins un médecin sur les trirèmes, dont l'équipage représentait une cohorte ; il est vraisemblable que sur les navires plus importants, l'équipage étant formé de plus d'une cohorte, le nombre des médecins suivait la même proportion.

De tout ce qui précède, oii voit donc que les différents documents fournissent peu d'indications précises sur le personnel médical militaire desarmées romaines; le service existait, cela est évident, et les chefs attachaient une grande importance à la conservation de la santé de leurs soldats, mais comment fonctionnait le service de santé ? quelles hmites étaient assignées à l'intervention des médecins ? dépassaientils le rôle de simples guérisseurs pour avoir voix auprès des chefs ? Toutes ces questions maintes fois discutées sont loin de pouvoir être tranchées ; elles commandent la plus grande réserve, si l'on veut rester dans le 'domaine des faits précis ; aussi resterons-nous sur ce terrain assez vague, sans vouloir imiter quelques écrivains modernes qui se plaisent à décrire l'organisation complète du service de santé militaire aux armées romaines, en suppléant par la richesse de leur imagination à l'absence de documents parfaitement précis.

B. Période du moyen âge. Après la chute de l'empire romain et pendant cette longue période d'obscurité scientifique qui caractérise le moyen âge, on ne trouve aucun indice d'un service de santé militaire quelconque dans les armées ; en fait, celles-ci n'existaient point et la science médicale semblait remplacée par des pratiques grossières et superstitieuses. Les Arabes n'eurent point de chirurgie militaire et l'on peut difficilement^accorder ce titre aux pratiques qui eurent cours pendant les grandes guerres de l'époque des croisades.

Les chevaliers blessés étaient accueillis dans les châteaux où les dames nobles ne dédaignaient point de les panser avec ces fiimeux onguents dont elles possédaient les recettes; les simples combattants se réfugiaient dans les Hôlels-Dieu ou autres maisons de charité, ils y recevaient les soins des frères chirurgiens. Des charlatans, des moines mendiants, des femmes même suivaient les armées et vendaient aux blessés quelque merveilleuse pommade, quelque boisson secrète

MILITAIRE (SEUvicE de santé). 77

guérissant par pouvoir magique. D'organisation d'un service médical, il n'en était point question. Le moyen âge fut le triomphe de la force brutale, les blessés et les malades inspiraient naturellement peu de sympathie ; il convient cependant de faire exception pour quelques confréries rehgieuses et militaires, celle des frères de Saint-Jean, en particulier, qui fondèrent des maisons de secours sur différents points de cette longue route d'Europe allant en Palestine; ils y accueillaieut les estropiés et les invalides ; c'était déjà beaucoup.

C. Période de îa Renaissance. Ce fut au seizième siècle qu'un chirurgien, Jean Gersdorf osa le premier se dire « chirurgien dans les camps » et donna, en 1517, à Strasbourg, un livre justement estimé, où il rend compte de sa pratique et de celle de son maître Nicolas, surnommé le Dentiste, chirurgien du duc Sigismond d'Autriche. Son livre renferme ])lusieurs bons préceptes surl'e.vtraction des projectiles, reproduit l'image de quelques tire-balles de son invention. Nous voyons ce Nicolas porter le titre de chirurgien du duc Sigismond ; telsfurent en effet les premiers chirurgiens militaires. Chaque capitaine, grand seigneur ou condottiere, dit Malgaigne [OEunnes complètes d'Ambroise Paré. Paris, 1840), avait sa compagnie qui lui appartenait en propre, qu'il recrutait ou organisait à son gré ; et quand il songeait à se procurer un chirurgien, ce dernier était attaché à sa personne et non à la compagnie. Par exception, le corps des sergents de verge du Chàtelet à Paris avait obtenu en 1405 le privilège d'avoir « un sirugien pour leur curer leur es play es, blessures et navreiir es. »

Charles le Téméraire avisa cependant à organiser, dans son armée, un service chirurgical militaire ; il avait attaché un chirurgien à chaque compagnie de cent lances, soit environ un pour 800 hommes ou vingt-deux pour les 20 000 hommes constituant l'armée du duché de Bourgogne.

Parmi les médecins qui prirent part aux campagnes des armées à la suite de leurs princes, on peut citer en particulier Pitard qui suivit saint Louis en Terre- Sainte ; Gabriel Miron, médecin de Charles Vil qui fit à sa suite la campagne de Naples, en 1494; Louis Debourges qui assista à la bataille dePavie et accompagna François I" dans sa captivité ; le grand Fernel qui lit avec François P'' les campagnes de Flandre ; Jean Chapelain et Honoré Castelian qui accompagnaient Charles IX en Saintonge et périrent victimes de leur zèle' au siège de Saint-Jean d'Angely.

Mais, bien plus que ces derniers, Arabroise Paré, né à Laval en 1517, contribua adonner un éclat incontesté à la chirurgie mihtaire française. L'histoire de cet homme remarquable trouvera place dans un auti'e article de cet ouvrage ; rappelons seulement qu'attaché d'abord à la personne de M. de Vendôme, il faisait partie de la maison du roi, quand il sut forcer le blocus de Metz assiégé, pour porter à la garnison le tribut de sa science et de son dévouement. Fait prisonnier plus tard à la suite de la capitulation de Hesdin, il sut repousser les ofires brillantes que l'ennemi ne manqua pas de lui faire entre autres celle « de Vhabiller à neuf et de le faire aller à cheval » et ne résista pas moins à la menace que lui fit le duc de Savoie de l'envoyer aux galères.

Partageant les souffrances de ses compagnons d'armes, commandant le respect même aux ennemis, aimé de tous les généraux de son époque, protégé par son souverain qui lui sauva, dit-on, la vie à la Saint-Barthélémy en le cachant dans sa chambre, Ambroise Paré peut être regardé comme le chef de cette grande famille de médecins des armées françaises, dont notre histoire militaire a conservé les noms avec un légitime orgueil. Quelques aimées plus tard, le service de santé devait enfin s'organiser sous l'inspiration d'un des plus grands ministres que la

78 MILITAIRE (service de santé).

France ait jamais possédé, de Sully. Sur les vues et d'après les désirs exprès de Henry IV, ce ministre lit organiser en 1597, les premiers hôpitaux militaires pour le service de l'armée qui assiégeait Amiens. Les soins que l'on y prodiguait parurent si efficaces que « beaucoup de personnes de qualité et de marque s'y firent transporter, dit Sully, pour y être mieux traitées et mieux accommodées qu'à Paris. )) Déjà, du reste, un édit du roi, rendu le 16 décembre 1591, avait réglé un impôt à lever sur les vins et cidres des cabaretiers, pour en appliquer les recettes au soulagement des soldats blessés. Sous le même règne, en 1605, la maison de Lourcine, au faubourg Saint-Marcel à Paris, fut transformée en asile de retraite pour « les pauvres gentilshommes, capitaines et soldats estropiés, vieux et caducs. » Les bénéficiaires portaient une décoration spéciale et le titre de « chevaliers delà maison royale. «

Après la mort de Sully et de Henry IV, et penda-nt les premières années du règne de Louis XIII, les institutions fondées pour le soulagement des gens de guerre, périclitèrent sensiblement; en 1630 cependant, lors de la campagne d'Italie, Richelieu reprit l'organisation des hôpitaux inihtaires et celle d'ambulances à la suite des armées. Ce n'était encore qu'une ébauche, mais elle semble avoir donné de tels résultats, que le cardinal-ministre voulut leur conférer un témoignage de satisfaction en honorant les chefs de service du titre nouveau de « chirurgiens majors des camps et armées. » Nous relevons sur un état du 29janvierl650, signé « cardinal Richelieu » la solde allouée aux médecins ou chirurgiens à partir du 1^'' janvier de cette même année. Elle était relativement assez élevée pour l'époque.

Estât des officiers retenus pour Vhospital de l'armée du Roy destinée pour servir en Italie, à chacun desquels seront jmyés iiar mois les appointements qui en suyvent à commencer du l" janvier de la présente année 1630.

Médecins. . . Au sieur Cytois, médecin du Roy, par mois. ........ 150 livres.

— Au sieur de Mallebranche, autre médecin de Sa Majesté.. . . 150 —

— Au sieur Bertault, autre médecin de Sa Majesté 150 —

Chirurgiens . AN. Bertereau, premier chirurgien dudit hospital 120 —

— A Gilles Vivant, autre chirurgien 100 —

— A Pierre Leroy, — 100 —

^- A Jacques du Laurens, " — 100 —

— A N. La Jarrye, — 100 —

Apoticaires.. A N. Pudreau, apoticaire dudit hospital 100 —

— AN. Laforest, — 100 —

Fait à Lyon, le 29= jour de janvier 1630.

Cardinal de Ricuelieu.

Par mon dit Seigneur, Maktin.

Une autre pièce du même genre, en date de juillet 1630, fixe sur les mêmes tarifs la solde des « officiers servans aux hôpitaux de l'armée d'Italie, étabhs à Pignerol, sçavoir celui des blessés dans la ville et celui des malades hors la ville aux Recollez. » La solde mensuelle fixée par ce tarif est de 150 hvres pour les médecins, de 120 à 100 hvres pour les chirurgiens, de 50 livres pour les aydes, de 50 livres pour les sous-aydes, de 100 livres pour l'apothicaire et 50 livres pour son ayde.

Le service des hôpitaux de l'armée d'Italie était du reste placé sous la surintendance du « sieur archevesque de Bordeaux » en l'absence de Monsieur le cardinal de Larochefoucauld, grand aumônier de France, et, quelques années plus tard, fen 1658, un édit spécial vient décider que :

MILITA.IRE (service de santé). 79

Oustre que pour chaque armée sera fait un estât d'un hospital fourni de tous les officiers et drogues nécessaires, lesquels liospilaux seront establis aux plus proclies villes des années, en vertu de la fondation faite par le cardinal, à chaque armée, il y aura des jésuites et des cuisiniers qui donneront des bouillons et des potages à tous les malades qui ne voudront pas aller aux hospitaux, et de plus un chirurgien et un apoticaii'e pour soigner et secourir de médicaments ceux qui en auront besoin.

La grande armée aura six jésuites, sçavoir : quatre prêtres et un frère lai, un cuisinier et cinq aydes, un chirurgien et un apoticaire.

Lesdits jésuites auront pour cet effet deux charettes, des vivres et six moutons tous les iours. Le pain de munition de chaque malade leur suffira.

En chacune des petites armées, il faudra la moitié de cet équipage, sçavoir trois jésuileSj un cuisinier et trois aydes, un chirurgien et un apoticaire, une charelte et trois moutons.

Les susdits jésuites auront un soin particulier de la conscience des malades, et de se trouver aux occasions périlleuses pour donner des absolutions générales après avoir exhorté et tiré des soldats des actes de douleur de leurs fautes et un ferme propos de n'y point retomber [Établissements faits en faveur des gens de guerre qui ne veulent point aller aux hôpitaux, 1656).

C'était on le voit de véritables ambulances, dans le sens propre du mot, tandis que les hôpitaux pourvus de médecins et de chirurgiens ne devaient point suivre l'armée pas à pas, ni les soldats sur le champ de bataille, mais stationner dans les villes les plus rapprochées du théâtre des opérations. Faisant la part dos idées de l'époque et de l'importance toute spéciale donnée aux secours spirituels, les secours matériels devaient cependant n'être que médiocrement assurés par la présence « des chirurgiens, des cuisiniers et des trois moutons. »

D. Dix-huitième siècle. Organisation de 1708 et suivantes jusquà la Révolution de 1789. La fin du règne de Louis Xlll, et la plus grande partie de celui de Louis XIV ne furent point signalés par de bien grandes améliorations dans le service de santé militaire, il faut arriver à 1708 pour trouver une organisation sérieuse et relativement complète ; celte date peut être considérée coinme le point de départ d'une nouvelle histoire du service médical aux armées.

L'édit du 17 janvier 1708 commence par ce préambule qui mérite d'être rapporté :

Édit du Roy portant création d'offices de Conseillers de Sa Majesté, Médecins et Chirurgiens) Inspecteurs généraux et Majors, à la suite des armées.

Louis, etc.. Considérant... Les services importants que nos troupes nous rendent, nous engagent de veiller à leur conservation et soulagement, dans leurs maladies et blessures. Nous avons cru ne pouvoir le faire d'une manière plus avantageuse pour elles, qu'en établissant pour toujours, à la suite de nos armées et dans les hôpitaux de nos places de gueire, des médecins généraux et particuliers, à titre d'oifice, qui aient les connaissances nécessaires pour bien panser et médicamenter les officiers et soldats qui sont malades et blessés, et de n'en admettre aucun que ceux qui auraient été approuvés par nos premiers médecins et chirurgiens ; l'emploi desquels étant certain et leur service continuel auprès de ces mômes corps de troupe, ou dans un même hôpital, ils seront plus en état de secourir les malades ou les blessés que ceux qui servent par commission, lesquels ne peuvent pas acquérir la même expérience et capacité, et ne servent pas avec autant d'affection qu'ils feraient si leur service était continuel et assuré.

Les principes sus^énoncés méritent d'être retenus, car ils sont éternellement vrais, et répondent d'une façon catégorique à ceux qui supposent qu'il n'est point besoin aux armées de médecins spéciaux et que les médecins de l'ordre civil, commissionnés au moment d'une guerre, offriront autant de garantie d'expérience, de savoir et de dévouement.

Le personnel permanent, créé par l'édit du 17 janvier 1708^ comportait: quatre médecins inspecteurs généraux, conseillers du roi ; cinquante conseillers médecins majors pour hôpitaux ; quatre conseillers chirurgiens inspecteurs gêné-

80 MILITAIRE (service de santé).

raiu; quatre cliirurgiens majors des camps et armées et cent trente-huit chirurgiens majors, divisés en deux catégories pour hôpitaux et régiments, soit deux cents médecins de différents grades. Ces officiers possédaient différentes immunités ou prérogatives assez importantes.

Par le même édit, des hôpitaux militaires devaient être établis dans les villes de : Dunkerque, Ypres, Lille, Tournai, Valenciennees, Maubeuge,Metz,Stra.'.hourg, Besançon, Perpignan, Arras, Saint-Omer, Calais, Bergues, Furnes, Douai, Coudé, Cambrai, Givet, Cliarlemont, Sedan, Verdun, Thionville, Belfort, Huningue Neufbrisach, Briançon , Fenestrelle, Marseille, Toulon, Bordeaux, Béthune, Hesdin, Aire, Gravelines, Philippeville, LeQuesiioy, Landrecies, Avesnes, Rocroy, Sarrelouis, Toul, Longwy, Phalsbourg, Schelesladt, Salins, Port-Louis, Kantes, Belle-Ile, Mont-Dauphin et Bayonne.

Malheureusement, la création des charges prévues par l'éditde 1708, entraînait pour les titulaires, l'obligation d'ucheter lesdites charges, et il est vraisemblable qu'un grand nombre ne furent jamais acquises, car dès 1716, un édit du roi Louis XV, intitulé; Édit du roy, portant suppression des offices de médecins ' ou chirurgiens majors des armées de terre et hospitaux des villes frontières et places de guerre, (20 juin 4 716), vint constater officiellement cette silualiou en invitant les acquéreurs des dits offices à venir toucher le remboursement des sommes qu'ils avaient versées et en supprimant tous les offices créés par l'édil de 1708.

Le service des hôpitaux militaires avait évidemment donné lieu à de grands abus administratifs, car un édit du 20 avril 1717, dirigé contre les contrôleurs des hôpitaux, prescrivait à leur égard des mesures d'une sévérité extrême, en promettant même une récompense à ceux qui dénonceraient les irrégularités. Elles portaient principalement, paraît-îl, sur des situations inexactes du nombre d'hommes présents à l'hôpital, etc.

Après la suppression des charges créées par l'édit de 1708, le service médical aux armées resta confié, comme par le passé, à des médecins et chirurgiens majors et à leurs aides, etc., mais simplement commissionnés dans leurs grades, dont ils n'étaient par conséquent point propriétaires, et pouvaient être privés d'un moment à l'autre.

Un arrêté de 1719 fixe ainsi qu'il suit la solde et les rations dont ils devaient être pourvus en campagne.

APPOINTEMENTS HATIONS DE PAlM TAU MOIS. PAR JOUR.

Au médecin-major 500 livres. 10

Au chirurgien consultant 500 — 10

Au chirurgien-major 390 — 6

Au chirurgien-aide-major 150 — i

Au sous-aiile cliirurgien 60 — 3

Au garçon 50 — 2

A l'apothicaire-major 120 — 4

Au garçon apothicaire 50 — 2

Lors du départ des médecins majors et chirurgiens consultants envoyés par la cour, il leur est payé à chacun 1,500 livres pour leurs équipages et 2,000 livres au retour. Aux chirurgiens majors et aux sous- employés, il est payé un mois d'appointements pour gratification pour leurs équipages et autant pour leurs retours (État désappointements des médecins, chirurgiens majors des armées, des chirurgiens consultants et autres lorsqu'ils sont en canipagne, et du traitement qui leur est accordé lors de leurs départs et retours).

En 1718, avait été rendu le premier règlement d'ensemble sur le fonctionnement des services médicaux, chirurgicaux et autres ; c'est le point de départ de

MILITAIRE (service de santé). SI

tous les règlements similaires qui se succéilèrent depuis el, eu laisou de celle circonstance, de l'intérêt historique qu'il éveille et de sa remarquable précision, il nous paraît devoir être reproduit in extenso.

Règlement que le Roy veut estre observé à l'avenir dans les hospitaux de ses troupes.

Bu 20 décembre 1718.

Article I". Le médecin visitera les malades dans la matinée, à une heure Ikc, pour leur ordonner les remèdes et autres besoins.

II. Il fera écrire par l'apoticaire, à la marge des mémoires de sa visite, le numéro du lit, le nom du malade, les remèdes et les saig-nécs à faire; l'aliment y sera pareillement marqué au bout de la ligne par une lettre alphabétique qui désignera le régime de vivre de cliaque malade o\i blessé ; c'est au médecin el au chirurgien-major de régler ce régime sans que personne puisse ou doive s'y opposer, pas mesme les officiers des troupes ni autres.

III. Il aura un garçon chirurgien qui le suivra dans sa visite, et qui lui rendra un compte exact des cas relatifs à la chirurgie qui se rencontreront.

IV. L'mfirmier de garde et celui de chaque quartier suivront aussi pour recevoir les ordres du médecin concernant les malades, et ceux du chirurgien-major concernant les blessés.

V. Pour prévenir les communications des maladies contagieuses, le médecin chargera Je chirurgien de garde de placer ceux qui en seront attaqués, chacun dans l'endroit qui conviendra et suivant l'espèce de sa maladie.

VI. Il aura toujours devant les yeux, en faisant sa visite, le cahier de celle du jour précédent, pour observer plus sérieusement si le malade a été traité tant pour les aliments que pour les remèdes comme il l'avait ordonné et pour s'assurer de leur effet.

VII. 11 prescrira une formule de remèdes usuels, à laquelle l'apoticaire sera obligé de se conformer, et qui sera présentée à l'inspecteur des hôpitaux lors de sa visite générale pour en conférer ensemble et y ajouter ou retrancher ce qu'ils jugeront à propos pour le bien du service.

VIII. Il visitera l'apoticairerie au moins tous les deux ou trois mois, de concert avec le chirurgien-major, et fera jeter les remèdes corrompus ou gastez. S'il en manque de nécessaires, ils en dresseront ensemble un estât dont copie sera remise à l'entrepreneur, pour qu'il ait soin que le remplacement en soit proraptement fait, et au commissaire des guerres, afin qu'il y tienne la main.

IX. Le médecin se trouvera aux grandes opérations de chirurgie toutes les fois que le chirurgien-major l'en fera avertir, et il se concertera soigneusement avec lui sur tout ce qui sera relatif au soulagement et à la guérison des malades et blessez.

X. On establira dans chaque hôpital, et l'on cultivera soigneusement un jardin de plantes usuelles dans le lieu qui sera désigné par l'intendant ; en cas de difhculté, le médecin et le chirurgien-major fourniront chacun de leur costé celles dont ils auront besoin pour les maladies qu'ils traiteront, soit internes ou externes, et l'apoticaire devra les entretenir.

XI. Il visitera et goustera les alimens avec le chirurgien-major, ou séparément ; l'un et. l'autre prendront garde qu'ils soient de la qualité requise, et que la quantité nécessaire s'y trouve, le tout conformément aux traitez des entrepreneurs et aux règlemens particuliers des hospitaux.

XII. Il y aura toujours un chirurgien présent à la distribution des alimens, lequel tiendra la main à ce que chaque malade ou blessé aist ce qui lui aura été ordonné, observant d'interdire l'usage des alimens solides à ceux à qui la fièvre sera survenue depuis la visite du médecin ou du chirurgien-major.

XIII. Le médecin n'admettra ni ne souffrira parmi les malades aucun de ceux qui seront atteints de 'mal vénérien ou qui en auront les symptômes simples, il les renvoyera au chirurgien-major pour en faire la visite et donner certificat de Testât où il les trouvera, afin que s'ils sont atteints de cette maladie, les officiers les envoyent aux lieux destinés pour les traiter. A l'égard des symptômes simples, lesdits officiers se feront guérir à leurs dépens.

XIV. Les médecins et chirurgiens-majors ne souffriront pareillement aucuns malades attaqués de maux incurables ; ils donneront sur-le-champ, et de concert, un certificat de Testât du malade, sur lequel il sera congédié par le commissaire; à l'égard des écrouelleux, on continuera de les envoyer, comme par le passé, à Thospilal militaire de Thionville.

XV. Us remédieront aux abus qui se commettront et ils auront soin d'en informer sans délais le commissaire des guerres et l'inspecteur des hôpitaux lors de sa tournée.

X\'I. Le chirurgien-major fera son pansement un peu avant la visite du médecin, afin que, s'il y avait quelque cas grave, comme fièvre et maladie chronique, ils en conférassent ensemble et agissent de concert en tout pour le bien du service.

XVII. l! pansera les blessez autant de fois qu'il sera néccs'-aire, et ne commencera po'nt

LICT. E>.C. i* S VlII. 6

82 MILITAIRE (seuvice de santé).

que tous les appareils ne soient prêts, pour ne point exposer les playes ou uiceres a l'impression de J'air; il n'y appliquera rien qui ne soit chaud, en quelque saison que ce soit, et aura soin que l'on brûle du genièvre ou autres parfums devant et pendant son pansement. XVIU. Il fera toules les opérations de conséquence, sans jamais les confier à ses garçons, et s'il leur arrivait de s'ingérer d'en faire quelqu'une de celte espèce, ils seront aussitôt privez de leur employ.

XIX. Il fera la visite des blessez immédiatement après le pansement, pour avoir l'idée plus récente de Testât où il aura trouvé leurs blessures, et régler ensuite plus judicieusement la qualité et quantité des alimens, et mieux ordonner les remèdes convenables et nécessaires.

XX. II ne recevra aucuns garçons chirurgiens qu'il ne les ait auparavant bien examinés et visité leurs instruments, devant être le maistre, s'ils manquent à leur devoir de les congédier et changer, ainsi qu'il s'est toujours pratiqué ; le médecin ayant aussi le pouvoir et l'autorité de changer l'apoticaire.

XXL Le chirurgien-major fera, autant qu'il le pourra, un cours d'opérations de chirurgie et d'anatomie tous les ans, auquel les chirurgiens de l'hospital seront tenus d'assister pour s'entretenir et se fortifier dans l'exercice de leur art et pour y former des élèves qui puissent devenir utiles.

XXII. Il aura un soin particulier qu'il ne manque de rien à ses blessez de ce qu'il aura réglé, et il goustera le bouillon et les autres aliments. Le médecin en fera autant pour ses malades.

XXIII. Les chirurgiens -majors préposés à la guérison du mal vénérien dans les lieux qui y sont seuls destinés, observeront d'empêcher que leurs malades n'ayent aucun commerce avec les autres, et auront soin que leurs linges et ustensiles ne servent qu'à eux.

XXIV. Le chirurgien de garde ne s'absentera point, sous peine de dix livres d'amende pour la première fois, et d'être mis à la porte de l'hospital pour la seconde ; il prendra tous les soirs les oi'dres du chirurgien-major et lui rendra compte de ce qui se sera passé depuis son pansement ; il fera sa tournée dans les salles et recommandera aux infirmiers de l'avertir des accidens survenus pour y remédier, et, si le cas estoit pressant, en avertira le médecin ou le chirurgien-major.

XXV. il tiendra la main à ce que les sentinelles fassent leur devoir afin d'empêcher les désordres, et il prendra garde que les malades ne mangent ni fruit ni autre chose nuisible.

XXVI. Avant que d'envoyer les malades atteints du mal vénérien aux hospitaux où on les traite, les chirurgiens-rnajors des régimens, surtout dans les lieux où il n'y a point de chirurgien-major de place, leur donneront leur certificat visé du commandant des corps et des commissaires des guerres, et à leur défaut lesdits malades devront estre au moins munis d'un certificat du chirurgien le plus capable qui pourra se trouver dans le lieu de la garnison,

XXVII. L'apoticaire se conformera de point en point aux ordonnances du médecin et à celles du chirurgien-major ; il leur rendra compte de l'effet des remèdes essentiels, et des raisons qu'il aura eues d'en différer quelques-uns depuis leur dernière visite.

XXVIII. Lorsqu'il lui manquera des drogues usuelles, il ne les substituera point de son chef, mais il en donnera l'avis précis et exact aux médecin et chirurgien-major ; il ne fera point de composition hors de leur présence, à peine de dix livres d'amende pour la première fois, et de la privation de son employ pour la seconde.

XXIX. Il fera une bonne provision de plantes usuelles, chacune dans leur temps, et les conservera bien closes dans ses boites, de manière qu'elles ne soient point exposées à l'air et à la poussière qui en détruisent les vertus et qualités.

XXX. Conformément à l'article II de ce règlement, il se trouvera régulièrement à la Visite du médecin et du chirurgien-major.

XXXI. Dans les hospitaux où il n'y a pas de médecin, tout ce qui leur est enjoint par le présent règlement sera exécuté par le chirurgien-major.

XXXII. L'entrepreneur tiendra un registre exact et signalé; c6t,é et paraphé par le commissaire des guerres de la place dans lequel seront énoncés le nom de guerre des soldats qui arriveront, et celui de leur famille, leur lieu de naissance, la généralité et la ville la plus proche de ce lieu ; il fera prendre ensuite l'eslat de leur argent, hardes et ustensiles, dont il iera deux mémoires, l'un qui servira d'étiquette au paquet, et l'autre qu'il remettra au malade pour pouvoir répéter à sa sortie ce qui lui appartient ; et, en cas de mort, pour rendre à l'olficier ce qui est au roi avant le délai de l'an et jour s'il les demande; il se conformera au surplus à son traité et aux règlemens particuliers, et aura soin de faire nettoyer les salles avant les visites et pansemens et y fera brûler du genièvre ou autres parfums, et répandre et balayer du sable sur les planchers ; il fera en outre laver et blanchir les murs et parois tous les ans avec de la chaux, pour détruire les ovaires et insectes qui s'y attachent.

MILITAIRE (service de samté). 85

XXXIII. Le premier jour de chaque mois, il se fera une assemblée où se trouveront le commisaire des guerres, et en son absence le major de la place et les oHlciers de chaque hospilal; l'entrepreneur représentera son registre pour estre confronté, tant avec celui des visites des médecins et chirurgiens-majors qui auront marqué le jour de la mort de leurs malades ou blessez, qu'avec celui de laumonier, et pour làire une vérification exacte du nombre des entrées, sorties, morts, et de ceux i[ui restent ; il sera mis au bas de l'arrêté de chaque mois un estât des journées tant des malades que des servans, lesquels arrêtés et estats signez desdils officiers et du commissaire ou du major, seront envoyez à l'intendant.

XXXIV. Dans cette assemblée, les oificiers servans proposeront tout ce qu'ils croiront convenir au soulagement des malades et au bien du service ; on y examinera si les effets appartenans au roy sont bien entretenus, si les portes, lits, vitres et serrures sont en bon estât, et s'il y a quelque désordre on y remédiera sur-le-champ.

XXXV. Les médecins et chirurgiens-majors qui auront lieu de faire des observations et remarques utiles, tant par l'ouverture des cadavres qu'autrement, en dresseront un estât circonstancié et raisonné, pour estre ledit estât envoyé au secrétaire d'Estat de la guerre; ils observeront aussi lorsqu'il régnera des maladies épidémiques, contagieuses et extraordinaires, de les marquer avec l'usage des remèdes qu'ils auront reconnus les plus efticaces; ils auront soin d'expliquer les circonstances de ces maladies, et ils communiqueront le tout à l'inspecteur qui vérifiera les faits.

XXXVI. L'aumônier conlessera tous les malades à leur arrivée, ou du moins avant les vingt-quatre heures expirées; il dira tous les jours la messe à une heure réglée, fera la prière tous les soirs et, en son absence, il la lera faire par les servans et il ne négligera rien de l'administration des sacremens. ■

XXXVII. Quoique sa principale occupation consiste dans le spirituel, il sera cependant admis, dans l'assemblée de chaque mois, à proposer avec les autres officiers ce qu'il croira convenable pour le service de Sa Majesté, et il signera comme eux les estats qui y seront arrêtés.

XXXVIII. Il tiendra un registre fldelle des morts, qu'il fera signer à la fin de chaque mois par deux oificiers de l'hospital et par le commissaire des guerres, et qui devra être conforme à celui de l'entrepreneur ; il tirera de ce registre deux certificats signés et légalisés par le commissaire des guerres, pour en envoyer un au régiment et l'auti'e à la famille du deffunt, et pour les troupes étrangères il suffira d'en adresser un au régiment.

XXXIX. Nul ne pourra tester en faveur des officiers de l'hospital où il sera, pas même de l'aumônier ni de son couvent, sous prétexte de legs pieux; l'aumônier pourra cependant, en envoyant l'extrait mortuaire, avertir la famille des intentions du deffunt.

XL. Tous les officiers des hospitaux tiendront la main à ce qu'aucun des malades et servans ne blasphème, jure, ou tienne aucuns mauvais discours.

XLI. Lesdits officiers tiendront pareillement la main à ce que les convalescens ne fument que dans lés heux ([ui leur seront désignez, sous peine de chastiment.

XLII. L'entrepreneur des lits fera laver les couvertures et les bois de lit tous les six moiSj et rehattre tous les ans les matelas qu'il changera autant qu'il sera nécessaire, de même que les paillasses dont la paille sera renouvelée tous les six mois aux convalescens, et aux malades autant de fois que le médecin ^tle chiri;rgien-major le jugeront à propos; il aura pareillement soin d'entretenir les draps en bon estât, et au surplus il se conformera exactement aux règlemens particuliers des hospitaux.

Fait à Paris, le vingtième jour de décembre 1718.

Le Secrétaire d'Estat au département de la guerre,

Le Blanc.

Il est difficile, on le voit, d'apporter plus de précision dans la réglementation du service hospitalier ; les fonctions de chacun sont nettement définies, les médecins et chirurgiens ont l'ittribulion exclusive de tout ce qui a trait au service médical, en y comprenant naturellement la surveillance de la pharmacie; l'entrepreneur a charge de son matériel ; le commissaire des guerres n'intervient que pour veiller aux intérêts financiers de l'Etat; l'aumônier sort un peu du rôle spirituel pour tenir un registre d'état civil, mais à cette époque il en était de même dans toute la France, les curés des paroisses étant chargés des registres des naissances et des décès. Faisons la part de l'obligation pour les malades de se confesser dès leur enlrée, obligation qui, du reste, n'est imposée qu'à l'aumônier et non point aux soldats eux-mêmes, et l'on se demande si ce règlement n'est pas au moins aussi

84 MILITAIRIl (sERvicii de sakté).

complet, sinon supérieur à ceux en vertu desquels sont régis aujourd hui les hôpitaux militaires.

Le règlement fut renouvelé en 1728, mais absolument dans le même esprit, quoique le nombre des articles ait été réduit à trente-deux; la seule difi'érence consiste dans la refonte des articles xiii, xxiii et xxvi de 1718, réunis pour en former un seul, le suivant :

Tous les soldats atteints de la vérole, ainsi que de toutes les autres maladies vénérienn;;s, seront indifféremment reçus dans tous les hospitaux sans distinction, pour y cstre traités comme les maladies ordinaires par le chirurgien-major; et le médecin sera appelé au commencement et à la fin du traitement, et dans les occasions périlleuses. Il sera marqué par le commissaire des guerres, de l'avis du médecin et du cbirurgien-major. un lieu particulier dans chaque hospital pour traiter les malades atteints de maux vénériens, et ce sans aucune rétribution pour le cbirurgien-major; à l'effet de quoy il ne sera plus arresté des estais particuliers des vérolez guéris. Les linges et autres effets qu'on leur donnera seront mis à part et lessivez séparément.

Le service de santé fonctionna sur ces bases jusqu'en 1747, époque à laquelle une nouvelle ordonnance du roy, en date du 1^'' janvier 1747, et contre-signée P. de Yoyer d'Argenson, refondit à nouveau les ordonnances de 1718 et 1728, en ajoutant un assez grand nombre d'articles. Son étendue nous empêche de le reproduire, mais l'esprit général de cette nouvelle réglementation montre déjà l'action de plus en plus marquée du commissariat des guerres à se faire attribuer la direction véritable du service hospitalier. Son intervention plus nette que dans le .règlement de 1718 avait d'abord pour but de surveiller eifectivcment les agissements des entrepreneurs ou directeurs des hôpitaux, fort enclins, paraît-il à frauder sur le nombre des journées d'hôpital (l'art, xvi du titre I de l'ordonnance de 1747 les condamnait : pour la première fois à 1,500 hvres d'amende, pour la seconde à neuf ans de galères).

Dans le règlement de 1 718, on ne devait point conserver dans les hôpitaux les individus atteints d'infirmités incurables; le règlement de 1747 est encore plus ab.solu à cet égard, l'art, v du titre XVII était ainsi conçu :

Défend Sa Majesté aux médecins de ses hôpitaux et aux chirurgiens-majors, de souffrir dans lesdits hôpitaux aucuns écrouelleux, épileptiques, et généralement aucuns malades attaqués de maux incurables, ou hors d'état de servir par les suites de leurs blessures ou par leurs infirmités. Enjoint Sa Majesté auxdits médecins et chirurgiens-majors de comprendre les malades de cette espèce dans la note de ceux qui doivent être renvoyés le lendemain, même de les faire sortir sur-le-champ s'ils jugent leur présence dangereuse dans l'hôpital, et de certifier sommairement de leur état au dos de leur billet de sortie, le tout à peine par lesdits médecins et chirurgiens d'en répondre, et de privation de leur emploi. Ordonne Sadite Majesté aux commissaires des guerres, et aux contrôleurs en leur absence, de dojuicr avis aux officiers-majors des régiments, des soldats ainsi renvoyés comme incurables, afin qu'ils ne soient plus compris à l'avenir dans les revues desdits régiments et états des soldats, cavaliers et dragons déclarés comme étant aux hôpitaux lors desdites revues.

Il est vrai que l'article suivant ajoutait comme tempérament :

N'entend néanmoins Sa Majesté comprendre dans la disposition du précédent article les soldats, cavaliers ou dragons qui, par l'ancienneté de leurs services ou par leurs blessures, paroîtront dans le cas d'avoir mérité les invalides.

Ce règlement devait évidemment avoir été calculé en vue de réprimer de nombreux abus, car il se montre d'une grande sévérité pour les apothicaires et les soumet absolument au contrôle du médecin et du chirurgien-major. Les articles suivants en font foi.

Titre ix. — Article IV. Fait Sa Majesté très-expresses inhibitions et défenses à l'apothicaire de faire aucuuo composition pour le service de l'hôpital ailleurs que dans l'apothi-

MILITAIRE (siDRviCE de santé). 85

caircric, et hors de la présence du médecin et du chirurgien-major, à peine de privation de son emploi.

VII. Veut et ordonne Sa Majesté qu'au cas où l'apothicaire soit surpris employant, ou convaincu d'avoir employé de fausses drogues au lieu de celles ordonnées, il en soit dressé procès-verbal par le commissaire des guerres, en présence du contrôleur, du médecin, du chirurgien-major et de témoins, au moins au nombre de deux, qui signeront conjointement avec le commissaire ledit procès-verbal, ainsi que ledit apothicaire, s'il veut signer, sinon sera fait mention de son refus.

VIII. Sur le vu dudit procès-verbal, qui sera adressé sur-le-champ au secrétaire d'État ayant le département de la guerre, et à l'intendant du département, le procès sera fait extraordinairement par l'intendant audit apothicaire, lequel audit cas de conviction et suivant l'e.Nigence du cas, sera condamné à une amende arbitraire, applicable moitié au dénonciateur, moitié à l'hôpital du lieu, ou le plus prochain, même en une peine corporelle s'il y échoit.

XII. Enjoint Sa Majesté au commissaire des guerres, en cas de soupçon de sa part, ou en cas de plainte que les drogues et médicaments de l'apothicairerie soient de mauvaise qualité, de se transporter à ladite apothicairerie, sans le médecin ni le cliirurgien-major, mais assisté d'experts qu'il appellera à cet effet, pour, sur l'avis desdits experts, faire jeter à la rivière ou mettre hors d'état de servir ce qui se trouvera dans le cas de devoir être rejeté ; dont et de quoi ledit commissaire dressera procès-verbal signé desdits experts, pour sur ledit procès-verbal, adressé au secrétaire d'Etat ayant le département de la guerre, et à l'intendant du département, être prononcé par ledit intendant contre l'entrepreneur une amende qu'il avisera, jnème être procédé au procès extraordinaire de l'apothicaire, en cas qu'il se trouve de fausses drogues, conformément à l'arlicle VIII ci-dessus.

Le règlement n'était du reste pas moins sévère à l'égard des chirurgiens ou garçoits (élèves) qui se seraient rendus coupables d'actes répréhensibles. C'est ainsi que, au titre XXIX, nous trouvons :

VII. Tout chirurgien qui sera convaincu d'avoir retranché ou fait retrancher quelque chose de la portion d'un malade ou blessé pour en augmenter la sienne (ils étaient nourria à l'hôpital], sera condamné pour la première fois en dix livres d'amende, et pour la seconde sera chassé de Thôpital sans espérance d'y pouvoir rentrer, ni dans aucun autre de ceux du Roy.

YIII. Les garçons chirurgiens qui auront vendu des aliments aux malades ou blessés seront mis sur-le-champ en prison et condamnés en dix livres d'amende, et, en cas de récidive, seront chassés de l'iiôpital.

Tout garçon chii'urgien qui sera sorti de l'hôpital sans permissidn, ou qui, en étant sorti avec permission, y rentrera ivre, sei'a mis sur-le-champ en prison, et condamné en quatre livres d'amende pour la première fois, et, en cas de récidive, sera chassé de l'hôpital.

IX. Tout garçon chirurgien convaincu de vol, friponnerie ou malversation, sera châtié iévèrement pour l'exemple, et même livré à la justice, si le cas le requiert.

X. Les gages de chaque garçon chirurgien, indépendamment de la nourriture, seront et demeureront fixés à raison de quinze livres par mois.

On s'accorde généralement à regarder le règlement de 1747 comme relativement remarquable, sans faire attention que toute la partie médicale est empruntée au règlement de 1718; la partie administrative n'a d'autre mérite qu'une plus grande sévérité, nécessaire sans doute, mais insuffisante cependant pour mériter à ce règlement les éloges dont on l'a comblé.

Ce fut sur les bases de cette réglementation que l'on organisa le service do santé à l'armée pendant la guerre de Sept-Âns, terminée en 1765. Les hôpitaux français, établis en Allemagne, y excitèrent une assez grande admiration pour que nos ennemis même aient cherché à les imiter. Néanmoins leur fonctionnement présentait des vices réels; au point de vue médical, le personnel était beaucoup trop restreint, et, au point de vue administratif, il existait un désordre assez profond, par suite de l'absence d'unité, les hôpitaux de première ligne et les ambulances étant administrés au cornpte du roy, ceux de seconde ligne, au compte des entrepreneurs. La paix faite, on sentit bien la nécessité d'améliorer l'ensemble du service et notamment l'instruction des médecins. Ce fut donc pour

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