‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 13 sur 114 · MONACO · texte numérisé non relu

MONACO

et sa citadelle, son tribunal dont les jugements ne peuvent être revisés qu'à la Cour d'appel de Paris, son commerce de distillerie, sa pêche assez active, son usine à gaz, ses jardins publics, son journal, son histoire et ses annales qui remontent aux Grecs et aux Phéniciens. La ville de Monaco est bâtie sur un rocher qui s'avance dans la mer et forme une presqu'île très-élevée, taillée à pic, longue d'un kilomètre et large de trois cents mètres environ. En descendant de la ville de Monaco, on parcourt en longeant la baie du port, une petite plaine où sont situés des établissements de bains de mer, des hôtels, de charmantes villas et de magnifiques jardins. Cette plaine est abritée à l'ouest par le promontoire, la ville et le palais de Monaco ; au nord et au nord-ouest par une montagne escarpée dite la tète du Chien, hauteur où sont les ruines de la vieille tour de la Turbie, monument élevé par le Sénat romain à la gloire de César-Auguste, poste important alors qui commandait la voie Aurélienne ; elle est abritée enfin à l'est par le cap Martin remarquable par les bois qui le recouvrent. L'exposition de Monacoville est donc favorable à une station hivernale de premier ordre, puisque les vents du midi peuvent y avoir seuls un accès facile, mais ils soufflent quelquefois avec assez de violence pour être incommodes et môme dangereux pour certains mab.des. Montrons combien ces vents sont faciles à éviter en poursuivant la topographie sommaire du reste de la petite principauté de Monaco. Son territoire tout entier a trois kilomètres de longueur et deux à cinq cents mètres de large, il forme une bande de terre admirablement exposée et très-bien abritée par une chaîne de montagnes sur les replis de laquelle serpente eomme un ruban, la route féerique de la Corniche.

En quittant la plaine qui longe la baie du port, on remonte par une belle route nouvellement livrée à la circulation, la côte de Spelugues et le Monte-Carlo où sont installés le Casino, et les salons des jeux avec leurs magnifiques jardins en terrasse d'où l'œil embrasse d'un côté une petite partie des Alpes liguriennes, et de l'autre le spectacle émouvant d'une mer capricieuse. La nature semble avoir réuni sur cette plate-forme rétrécie tout ce qui peut plaire à l'homme et charmer les sens; aussi est-elle le quartier des hôtels, des restaurants, et des maisons qui attendent les étrangers plus attirés par les distractions bruyantes ou faciles de Monaco que par le souci de leur santé ou le traitement de leur maladie.

En continuant à suivre la route qui gagne la Corniche ou les sentiers tracés entre le chemin de fer et la mer, on arrive au village des Moulins, puis à divers petits plateaux arrosés par des sourcesnombreuses et abondantes qui entretiennent une fraîcheur et donnent une fertilité plus grande encore que dans les autres points de la principauté monégasque. Quelques châteaux et quelques maisons de plaisance animent déjà ce petit coin de terre privilégié entre tous, dont l'étroite bande continue jusqu'à Roman, limite extrême des Etats du prince de Monaco. Les Moulins et la petite plaine qui leur fait suite, abrités par la haute arête duMont- Agel au sud, et par la chaîne des montagnes dont nous avons déjà donné l'orientation, sont la partie delà principauté qui convient aux hivernants dont les affections craignent l'agitation de l'air et les variations de la température. L'avenir que nous prédisons à cet endroit si remarquablement situé est d'autant moins éloigné qu'il est peu distant de la gare de Monte-Carlo, ce qui rend ses communications si faciles avec la ville de Monaco et Nice au nord-est, et avec Menton et la côte italienne au sud-ouest.

Lorsque nous aurons ajouté que les orangers des espèces les plus délicates, tels que les maltais, les mandarins, etc; les citronniers d'une vigueur inconnue

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ailleurs, les cactus dont les feuilles végètent toujours comme dans une serre demichaude; les aloès ; les grélarganium et les lauriers-roses dont les troncs sont d'une énorme grosseur; plusieurs plantes sauvages de l'Afrique dont il est inutile de donner la nomenclature, ont une vigueur telle dans la principauté de Monaco, et spécialement aux Moulins, à San-Roman, qu'il devient inutile d'insister sur la douceur et l'égalité du climat du pays de Monaco. C'est là, en effet, qu'aurait pu naître la remarque que la flore est le meilleur critérium de la température d'un pays. Nous sommes heureux qu'il en soit ainsi d'ailleurs, car les études thermométriques comparées dans les divers moments du jour, font jusqu'ici complètement défaut en ce qui concerne Monaco.

Les phthisiques qui ont à la ibis besoin d'un air pur et doux, d'un soleil qui entretient une sécheresse de l'atmosphère dont les variations ne sont jamais subites, qui doivent être tonifiés sans être excités, ne viennent pas assez, selon nous, sur le plateau des Moulins ; les personnes affectées de catarrhes bronchiques et de gastro-entérites chroniques accompagnées d'une diarrhée qui les mine et qu'aucunmoyen pharmaceutique ne peut arrêter, les névralgiques et les rhumatisants, se trouvent très-bien aussi et très-vite d'un séjour hivernal à la ville, et mieux aux environs de Monaco. À. Rotureau.

Bibliographie. — Carrière. Le climat d'Italie. Paris, 1849. — Gigot-Suard (L.). Les climats sous le rapport hygiénique cl médical, guide pratique dans les régions du globe les plus propices à la guérisoii des maladies chroniques. Paris, 1862, in-12, p. 195-J96. — Lambron (Ernest). Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon Indications générales sur le choix d'une résidence d'hiver. Paris, 18(34, in-12, p. 1U49. — D'Aigkemoxt du Yicel. Notes manuscrites, 1870. A. R.

MON ADÉNOMES. Voi). ADÉNOMES.

MONADIENS. Les monadiens sont des êtres microscopiques dont le corps paraît entièrement formé d'une substance homogène, le sarcode. On ne leur reconnaît aucun organe intérieur, et l'alimentation s'opère par absorption du milieu ambiant. Leur tégument n'est point distinct du sarcode qui constitue la masse du corps. Chez beaucoup de monadiens, il conserve assez de mollesse pour s'agglutiner aux corps environnants et pour s'étirer en filaments plus ou moins longs.

Les seuls organes particuliers que ces animalcules possèdent sont des appendices en forme de fouet qui se trouvent ordinairement à la partie antérieure du corps et qui servent à la locomotion, peut-être aussi à la respiration. Le nombre de ces filaments qu'on a nommés flagelliformes est le plus souvent petit.

Les monadiens appartiennent à la classe des Infusoires et à l'ordre des bornes, c'est-à-dire sans bouche (Dujardin, Schmarda).

Ils forment une famille qui a pour caractères : Animalcules microscopiques, mous, à corps transparent, arrondi, ovoïde ou oblong, sans organisation distincte, pourvu d'un seul ou de plusieurs filaments flagelliformes qui servent à la locomotion, quelquefois colorés en rose, rouge ou vert.

Les savants s'accordant généralement aujourd'hui pour attribuer les vibr ioniens au règne végétal, il en résulte que les monadiens doivent être considérés i omme les plus petits de tous les animaux.

L'infimilé de leurs dimensions, qui rend souvent la connaissance de ces animalcules fort imparfaite, a laissé dans une grande obscurité non-seulement les détails de leur organisation, mais encore la détermination des limites qui circonscrivent cette famille ; en effet, un grand nombre de petits êtres plus ou

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moins semblables en apparence ou plus ou moins analogues aux monadiens n'en peuvent être distingués dans les cas où l'observation directe ne nous a pas mis sur la voie de leur origine. Telles sont les zoospores de certaines algues ou de certains champignons qui sont pourvues de deux, quatre ou six filaments flagellii'ormes au moyen desquels elles se meuvent rapidement dans lé liquide ambiant et de même les anthérozoïdes de certaines algues pourvus de deux filaments locomoleurs. Il est vrai que dans un grand nombre de cas la coloration verdâtre ou verte de ces petits êtres, l'apparence d'un tégument distinct peuvent empêcher la confusion dont nous par'ons. Toutefois dans les cas où ces corpuscules ne sont visibles qu'au moyen des plus forts grossissements, la confusion doit être à peu. près inévitable, et l'on ne peut douter qu'elle ne se soit plus d'unefois produite : les monas pulvisculus de Millier, bicolor, deses, grandis d'Ehrenberg, le cercomonas viridis de Dujardin, elc, qui sont plus ou moins colorés en vert seraient à revoir, d'autant que la plupart de ces petits corps ont été rencontrés dans de l'eau où se trouvaient des conferves.

D'un autre côté les corps reproducteurs de certaines algues ou de certains champignons qui sont doués de mouvement, n'ont aucune coloration particulière qui les distingue des monadiens en général et, vu leur petitesse, leur organisation échappe à l'analyse.

Les monadiens sont très-répandus dans la nature et se trouvent dans des milieux divers. C'est dans des infusions de substances végétales ou animales préparées en vue de recherches microscopiques qu'ils ont été d'abord signalés.

Jls paraissent dans ces infusions plus ou moins rapidement suivant les substances contenues et surtout suivant la température atmosphérique. Ils suivent de près l'apparition des vibrioniens et précèdent ordinairement celle des infusoires ciliés.

Ils se trouvent en grand nombre dans les eaux stagnantes, douces ou salines, qui séjournent à la surface du sol, surtout dans celles qui contiennent des substances organiques en voie de décomposition ; on les trouve encore dans des eaux légèrement sulfureuses. 11 s'en développe dans des matières animales ou végétales qui ont acquis un certain degré de corruption. Il en existe dans l'humus à la surface du sol ; pour constater leur présence, il suffit d'en humecter quelques parcelles avec de l'eau et d'exprimer une goutte de cette eau sur le porte-objet.

Enfin, il en existe encore quelquefois dans des liquides de l'économie ou dans les matières intestinales, chez les animaux à sang chaud ou à sang froid dans l'état normal ou pathologique.

Gjeze, le premier (1782), signala la présence de ces petits êtres, dans le mucus du rectum chez des grenouilles, des crapauds et des salamandres (Lacer la palustris, Linné). Il reconnut que ces animalcules vivent en parasites comme les vers intestinaux ; il reconnut encore qu'ils forment plusieurs espèces ; mais l'imperfection de ses moyens d'observation ne lui permit pas de déterminer avec précision leurs caractères distinctifs et il les confondit sous le nom collectif de chaos infusoire ou chaos de monades.

Vers la même époque, Bloch observa aussi ces monadiens et les désigna sous le nom de chaos intestinal.

Ehrenberg a fait de ces infusoires parasites une étude plus complète ; il en distingua deux espèces qu'il désigna sous les noms de bodo intestinalis et boda ranarum.

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D'autres espèces furent ensuite observées par plusieurs savants tels que -Duiardin, Perty, Hammerschmidt, Leidy, etc., dans l'intestin des couleuvres, des tritons, des limaces, des hannetons, de la mouche domestique, etc. De tous ces laits l'on peut conclure que les monadiens existent communément chez les animaux à sang froid ; c'est ce que j'ai pu vérifier souvent par mes propres -observations chez des poissons et chez des insectes.

Les monadiens ne sont pas rares non plus dans l'intestin des animaux à sang chaud, principalement chez les herbivores ; mais leurs diverses espèces sont généralement restées indéterminées jusqu'aujourd'hui. La raison principale en -est sans doute que ces infusoires, plongés dans les détritus des substances alimentaires et parmi les cellules plus ou moins altérées du mucus intestinal, ne peuvent être reconnus qu'autant qu'ils sont en mouvement. Or, dès que le refroidissement cadavérique les surprend, ils cessent de s'agiter et ne tardent pas à périr et à se détruire.

Gruby et Delafond ont signalé la présence d'un nombre considérable d'animalcules dans la panse des ruminants (Recherches sur des animalcules se développant dans l 'estomac et dans les intestins pendant la digestion des animaux herbivores et carnivores. In Recueil de méd. vétérin., t. XX, p. 859. Paris, 1845, et Compt. rend. del'Ac. des se, décembre 1843). Parmi ces petits êtres, dont les formes sont très-variées, il se trouve certainement des monadiens; mais leur étude devrait être reprise avec des connaissances plus précises sur la matière.

J'ai constaté chez le lapin et le cobaye, dans l'intestin grêle, dans le duodénum surtout, l'existence d'un grand nombre d'animalcules plus ou moins semblables aux monadiens et qui ne se retrouvent qu'autant que le cadavre est encore chaud. J'ai vu aussi dans le gros intestin de ces mêmes animaux des monadiens appartenant à des espèces différentes des précédents ; j'en ai rencontré encore chez divers oiseaux.

L'homme n'est point à l'abri de l'invasion de ces infusoires; mais jusqu'à présent ce n'est que dans des conditions pathologiques qu'ils ont été observés. Le trichomonas vaginalis vit dans le mucus altéré du vagin. Le cercomonas hominis a été observé dans les matières riziformes évacuées par les malades atteints du choléra; le cercomonas urinarius dans l'urine des individus atteints de cette même maladie. Le monas crepusculum et le cercomonas saltans ont •été rencontrés sur des ulcères sordides.

Bien que tous ces petits êtres aient été trouvés dans des conditions pathologiques, il ne paraît pas qu'ils aient une influence quelconque en tant que cause des maladies dans lesquelles on les observe.

Les monadiens nous intéressent à un autre point de vue, car c'est aux médecins généralement qu'il appartient de rechercher et d'expliquer les causes et la nature de certains phénomènes prétendus surnaturels qui impressionnent vivement le vulgaire. Un de ces phénomènes est l'apparition de taches d'apparence sanguinolente sur le pain, la viande et d'autres substances alimentaires, celle de productions semblables dans les eaux des pluies, des mares, des ruisseaux, etc., qui, dans les anciens temps, ont fait croire à la présence réelle du sang dans tous ces cas. On y voyait, avec terreur, l'effet de coupables maléfices, ou bien des prodiges d'un sinistre présage. Plus d'une fois des malheureux furent victimes de ces funestes erreurs.

On sait aujourd'hui que ces colorations rouges sont produites par le dévelop-

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pement de corps organisés appartenant soit aux végétaux, soit aux animaux parmi lesquels on compte, jusqu'à présent, cinq ou six espèces de monadiens.

Les procédés de la propagation chez la plupart des monadiens sont tout à fait inconnus. On ne leur voit aucun organe qui puisse faire croire à une génération sexuelle. Chez un certain nombre de ces animalcules, mais encore assez rarement, on observe une reproduction par scission longitudinale ou transversale. Une espèce, au dire de Ehrenberg, est vivipare.

Dans les infusions faites en vue de leur étude, on voit ces petits êtres apparaître avec une rapidité et une constance telles que la croyance en leur génération spontanée a été universelle jusqu'à nos jours. Mais les expériences des physiologistes modernes prouvent que les monadiens proviennent de germesexistant soit dans l'eau, soit dans l'air. Si quelques savants défendent encore la doctrine de l'hétérogénie, c'est dans la production d'êtres vivants plus infimes encore que les monadiens, c'est dans les derniers vibrioniens qu'ils vont chercher aujourd'hui leurs arguments.

Pour ma part, je n'ai jamais observé ces infusoires dans du sang conservé sans mélange d'eau ou dans des infusions diverses, lorsque ce dernier liquide avait été préalablement porté à l'ébullition; ce qui prome que les germes des monades sont apportés dans les milieux où ils se développent.

Les Monadiens ne nous représentent point, sans doute, des espèces réduites à une seule phase de développement; il est probable qu'ils constituent quelqu'une des phases du développement d'espèces plus élevées en organisation. Les transformations observées chez les acinètes, les kolpodes, les vorticelles, etc., celles du Yorticella microstoma, qui, d'après Stein, reproduirait des animalcules semblables au Monas kolpoda et au Monas scintillans, autorisent cetle manière de voir. Ehrenberg, dès 1854, avait exprimé l'opinion que les monadiens ne constituent pas un genre distinct, mais qu'ils sont de jeunes kolpodes, des paramécies, etc., etc. (G.-J. Ehrenberg, Recherches sur les infusoires. In Ann. se. nat., 2e sér., t. I, p. 135. Paris, 1854). Dujarriin, en 1841, disait : « Je ne crois pas impossible que ces petits germes parcourent une série de développements plus ou moins variés avant d'arriver au degré le plus élevé, et qu'ils ne puissent aussi, suivant l'état de l'infusion, rester stationnaires dans un degré inférieur » {In fus., p. 102).

On peut voir et étudier le développement des monadiens dans la pellicule qui< recouvre les infusions artificielles. Celle qui m'a paru le plus favorable pour cetterecherche se produit sur de l'eau ordinaire contenant une petite quantité de jauned'œuf. Après un ou plusieurs jours, suivant la température atmosphérique, on reconnaît, dans l'épaisseur de cette pellicule, des vésicules éparses, transparentes, qui se multiplient rapidement et qui, bientôt, envahissent toute sou étendue. Ces vésicules acquièrent ensuite plus de consistance; elles revêtent, à s'y méprendre, l'aspect des leucocytes du sang ou du pus, toutefois elles sont uu peu moins volumineuses. En désagrégeant la pellicule, on constate que ces petits corps devenus libres, constituent, en effet, des vésicules à parois distinctes, mais ils sont tout à fait privés de mouvements. Le lendemain ou le surlendemain, ces vésicules acquièrent des mouvements, se dégagent d'elles-mêmes de leur a°Té<*at et se dispersent dans le liquide ambiant. Alors seulement on leur reconnaît un filament flagelliforme.

Il se peut que la ressemblance qu'ont primordialement ces petits êtres, avec

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les leucocytes, ait induit en erreur quelques expérimentateurs qui ont cru voir se développer des globules blancs dans des liquides albumineux sortis de l'économie. Par l'addition d'acide acétique ou d'un alcali, les vésicules primordiales des monades se détruisent en laissant en leur place une fine poussière et non des noyaux: distincts.

Les monadiens autres que ceux des infusions artificielles se trouvent souvent aussi dans une pellicule particulière. C'est ce que Ehrenberg, Morren et d'autres observateurs ont signalé pour les Monas prodigiosa, vinosa, rosea, sulfuraria, etc., qui sont renfermés dans des membranes plus ou moins semblables à des Pahnella. Quelle est la relation de ces monades avec leur Palmella ? Celle-ci est-elle formée, comme le pensent MM. Morren (Mem. infra cit., p. 71), par un mucilage que ces petits animaux produisent en mourant, ou bien par un mucus qu'ils sécéteraient, comme ces observateurs le disent de Y Hœmatococcus vesiculosus (Ibid . , p. 108)? Le développement des monades dans la pellicule primordiale des infusions artificielles ne permet guère d'adopter l'une ou l'autre de ces manières de voir.

Les propriétés vitales des monadiens ne paraissent point différer de celles des autres infusoires. Ils ont une action évidente (si j'en juge au moins par mes recherches), sur les substances en putréfaction dont ils dissocient les parties constituantes et dont ils bâtent ainsi la destruction. Quant à quelque propriété fermentative ou pathogénique, leur présence dans les organismes qui se détruisent ou qui périssent pourrait la. faire soupçonner, mais cela ne suffit pas pour qu'il soit rationnel de l'admettre.

Les monadiens colorés en vert ou en rouge partagent avec les conferves la faculté de dégager de l'oxygène sous l'influence des rayons solaires. MM. Morren ont constaté que cette propriété appartient non-seulement à des animalcules très-rapproebés des conferves tels que les chlamidomonas , les discercea, etc., mais encore aux monas bicolor et grandis d'Ehrenberg. Ils ont vu que l'eau d'un vivier devenue verdâtre par la multiplication de ces deux derniers infusoires, arrivait à contenir, étant exposée au soleil, jusqu'à 61 pour 100 d'oxygène. Aussi, disent-ils, les bestiaux manifestaient pour cette eau une grande avidité.

J'ai constaté qu'une espèce de monade, et il y en a probablement beaucoup d'autres, est réviviscente, c'est-à-dire qu'ayant été desséchée, elle revient à la vie après avoir été humectée avec de l'eau. Cette monade, ainsi que je l'ai reconnu pour les autres animaux dits ressuscitants, vit dans un milieu exposé à des alternatives de sécheresse et d'humidité.

Les monadiens colorés en vert ou en rouge, se reproduisent et grossissent manifestement avec plus de vigueur, disent MM. Morren, lorsqu'ils sont exposés aux rayons solaires. Ils se dirigent vers la lumière et s'attachent, du côté où elle vient, sur les parois du vase qui les renferme ; ce qui prouve que ces animalcules sont sensibles à la lumière.

Les monadiens, si j'en juge par des expériences faites sur plusieurs espèces appartenant aux genres Monas et Cercomonas, résistent à une température inférieure à 0° centigrade, tant que le liquide ne se congèle pas. Leurs mouvements alors sont seulement ralentis. La congélation les tue rapidement.

L'action d'une température élevée est très- remarquable : des Monas et des Cercomonas d'une infusion de jaune d'oeuf ou prises dans un aquarium, furent soumis à une température successivement décroissante à partir de -f- 55° centi-

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grades, limite à laquelle la plupart des vibrioniens périssent. Or jusqu'à -+- 41° centigrades, tous les monadiens furent tués en quelques minutes. A -f- 43° centigrade, en 2 ou 5 minutes leurs mouvements furent très-ralentis, après 10 minutes ils étaient complètement suspendus et pour toujours, quoiqu'on laissât le liquide revenir à la température de l'atmosphère. A + 40° les monades conservent leurs mouvements; à -f- 41° la plupart restent immobiles, mais elles redeviennent agiles après le refroidissement ; à -h 42° un assez grand nombre périssent; aucune ne résiste à une température de' -h 45° prolongée pendant 15 minutes.

Nous ne connaissons point d'être vivant qui meure par une température aussi peu élevée. Les oiseaux, d'après M. Claude Bernard, périssent entre -f- 51 et 52° centigrade ; les mammifères entre -+- 45 et 46°. La mort de ces animaux est due, d'après l'illustre physiologiste, à la coagulation d'une matière spéciale contenue dans les muscles et qui détermine leur rigidité. Les cellules qui composent les organes ne seraient-elles point tuées aussi, comme nos infusoires?

Les acides, les alcalis très-dilués, une solution très-étendue de sucre fait périr instantanément les monadiens. Beaucoup d'autres substances, dont l'action toxique sur les infusoires est bien connue, agissent de même sur les monades.

Les plus anciens observateurs au microscope ont vu des monadiens, mais, même jusqu'à l'époque de Bory de Saint-Vincent, l'imperfection des instruments dont ils se servaient ne leur permit point de distinguer autre chose dans ces petits êtres qu'un corpuscule mouvant, sans organisation appréciable. En effet, en 1826, Bory classa les monadiens dans les gy.vnodés où l'on ne reconnaît aucun organe, ni c irrites vibratiles, ni même la moindre apparence de poils ou de cils quelconques.

Ebrenberg et Dujardin, grâce au perfectionnement récent du microscope, réussirent à voir le filament ou les filaments qui servent à la locomotion des monadiens. Mais le microscope seul ne suffit point à faire apercevoir chez tous les monadiens l'organe de la locomotion ; d'autant que cet appendice, étant toujours agité, ne permet point à l'œil de le suivre et de le reconnaître. La solution aqueuse d'iode, en suspendant le mouvement et en donnant une certaine opacité aux filaments les plus ténus, les rond presque toujours visibles.

Cependant lorsqu'il s'agit de faire cette recherche chez des monadiens qui sont enfermés, comme c'est souvent le cas, dans des liquides albumineux, dans une croûte plus ou moins épaisse, ou parmi des débris de la membrane muqueuse de l'intestin, etc., il se forme par l'iode un coagulum ou des amas qui enveloppent et masquent les appendices cherchés. Dans ces cas, j'ai^eu recours avec succès à une solution très-faible d'acide chromique. Au contact de cette solution, les infusoires perdent instantanément le mouvement; leurs cils ne se dissolvent point comme lorsqu'ils ont le contact des alcalis ; ils ne se ratatinent point comme avec les acides ou avec les astringents ; ils restent étalés dans le liquide sans subir d'altération, pendant un temps suffisant pour qu'on puisse les examiner à loisir. J'ajouterai que c'est encore un moyen très-précieux pour l'étude de l'organisation interne des infusoires ciliés.

Ehrenberg ayant reconnu le filament flagelliforme chez plusieurs monadiens, se méprit complètement sur les fonctions de cet appendice qu'il regarda comme une trompe. Il crut voir encore chez ces infusoires, des estomacs dont aucun observateur n'admet plus aujourd'hui l'existence. Dujardin rectifia sur ces points . les erreurs du célèbre micrographe prussien. Toutefois une observation que j'ai

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faite plusieurs fois et qu'il est facile de vérifier, porterait à croire que, er. effet. les monadiens sont pourvus d'une bouche, et, par conséquent, d'une cavité intestinale. En examinant un monadicn fixé et immobile, on voit que le filament flagelliforme produit en avant un tourbillon rapide au moyen duquel toutes les particules environnantes sont ramenées vers le corps de l'infusoire. Les plus rapprochées se précipitent vers la base du filament et quelquefois s'y arrêtent. C'est la reproduction de ce qui se passe chez beaucoup d'animaux, dont les cils qui garnissent l'ouverture de la bouche précipitent dans cette cavité les particules alimentaires.

Avant Mlïiler (1775), les monadiens avaient à peine attiré l'attention des naturalistes et l'on n'avait point songé à leur faire une place dans les classifications. Confondus par Linné, sous le nom de chaos, avec la plupart des autres infusoires, les observateurs les désignaient sous les noms de corpuscules sphériques, molécules, globules, etc. Le savant naturaliste danois distingua ces animalcules des autres infusoires et leur donna le nom de monades.

Il caractérisa ses monades de la manière suivante : « Vermis inconspicuus, simplicissimus pellicudus, punctiformis . » Or ces infusoires qui lui représentaient des points mouvants, ne lui offraient pas de caractères suffisants pour qu'il put les classer d'une manière tant soit peu naturelle : aussi n'en distingua-t-il alors que trois espèces, dont l'une est probablement un vibrionien et dont les autres ne représentent point pour nous des groupes déterminés.

Ce sont : 1° le monas termo (monas gelatinosa), 2° le monas lens (monas hyalina), 5° le monas mica [monas circulo notata).

Vingt ans plus tard parut le grand ouvrage posthume du même auteur (1786), dans lequel ces animalcules forment dix espèces.

L'insuffisance des caractères spécifiques ne pouvait permettre une classification plus certaine. Ehrenberg, dès 1850, en proposa une nouvelle basée sur la disposition de l'appareil digestif qu'il croyait avoir découvert chez ces infusoires et sur quelques autres caractères plus réels ; mais cette classification, qu'il perfectionna en 1858, étant fondée en partie sur des erreurs d'interprétation, a été assez généralement abandonnée.

Nous suivrons ici celle que Dujardin proposa en 1841, classification qui prend pour base principale de ses divisions la présence ou l'absence des appendices locomoteurs. Elle est encore aujourd'hui la plus généralement adoptée.

La famille des monadiens se partage en deux tribus : les monadiens isolés et les monadiens agrégés.

I. Les monadiens isolés forment neuf genres. Trois de ces genres sont pourvus d'un seul filament.

A. Les monas dont le filament, situé en avant, est flexible dans toute son étendue. Corps à forme variable, mouvement plus ou moins rapide.

B. Les cyclidium dont le filament situé en avant, est épais et roide à la base et flexible seulement à son extrémité. Corps discoïde, peu variable; mouvement de locomotion lent et régulier.

C. Les chilomonas chez qui le filament flagelliforme part obliquement à côté d'un prolongement antérieur.

Quatre genres ont deux filaments soit flagelliformes, soit en simple prolongement du corps.

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D. Les trepomonas chez qui le corps, aplati et contourné en avant, porte un double filament d'où résulte un mouvement giratoire irrégulier.

E. Les heteromita qui ont deux filaments flagelliformes dont l'un Eirt à la locomotion en avant et dont l'autre, traînant, rétracteur, adhère aux corps voisins à la volonté de l'animalcule et, se contractant subitement, change instantanément la direction primitive.

F. Les amphimonas qui ont un prolongement latéral devenant quelquefois un second filament, d'où résulte un mouvement saccadé.

G. Les cercomonas qui ont en arrière un prolongement susceptible de s'agglutiner aux corps voisins d'où résulte alors un mouvement de balancement.

Deux genres ont plus de deux filaments.

H. Les hexamita qui ont quatre filaments flagelliformes en avant et deux prolongements filiformes en arrière.

I. Les trichomonas qui ont, outre un filament flagelliforme, une rangée de cils vibratiles.

II. Les monadiens agrégés forment deux genres. J. Les iwella toujours libres et tournoyants.

K. Les antophysa fixés d'abord à l'extrémité d'un polypier rameux.

A. Monas. Mùller. — Bory. — Ehrenberg. — Dujardin, etc.

1. Monas crepusculum Ehrenberg. Corps subglobuleux, hyalins (formant par leur agglomération des amas blanchâtres qui surnagent) ; mouvement agile; atteignant rarement 1/1000"'; filament?

Vu par Ehrenberg à Berlin, pendant toute l'année, dans des infusions; par Czermack et Biess, à Vienne, en avril et mai ; par Schmarda, dans une infusion de chair en hiver, et dans des eaux thermales très-chaudes, prèsdu mont Ortone; par Eiclrwald, à Saint-Pétersbourg, en juillet, dans des infusions; par Perty, en Suisse, en juillet, sur le corps de la larve microscopique d'un acarus mort; par Wedl, sur des ulcères sordides de l'homme.

Ces monades, d'après Wedl, avaient 0mm,004, un mouvement régulier et point de filament caudal (Ehrenberg : In Abhandl. d. Akad. d. Wissench. Berlin, 1830, 47 et 1852, 57 (Organisation d. Infusorien); Infusions th. 6, tab. 1,1. — Wedl : Grundzuge d. pathol. Histol. 796).

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