‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 33 sur 114 · DICT. ESC. 2° S. IX · texte numérisé non relu

DICT. ESC. 2° S. IX

ce genre qu'à une période avancée de la vie, après soixante-dix ans, les maladies des habitants de la campagne, dont la constitution n'offre plus relativement une supériorité marquée de résistance, sont plus mortelles que celles des vieillards habitant les villes ?

Conditions favorables a l'étude de la morbidité. Faut-il, devant les difficultés, que nous venons de faire pressentir, considérer la morbidité comme un problème trop ardu, relativement aux autres problèmes démographiques, et renoncer à en pousser plus loin l'analyse? Nous ne le pensons pas ; nous nous demandons même si la complexité apparente de cette étude ne doit pas acheminer les chercheurs vers une étude qui, sans offrir peut-être l'appât de déductions statistiques très-rigoureuses, aura pour objectif principal l'analyse des causes et par suite la prophylaxie des influences nocives qui peut-être apparaîtront plus nettes par la différence même des résultats fournis par les divers milieux. L'étude delà morbidité, lait plus initial et plus général que la mortalité, nous mettra peut-être en rapport plus étroit avec les conditions de développement des maladies dominantes dans chacun des groupes que nous étudierons, et feront ressortir une fois de plus l'importance d'une des questions les plus considérables de l'hygiène et de la pathogéuie, la question des milieux : la mésologie (voy. Mésologie).

Nous venons de voir, dans les considérations précédentes, que certaines circonstances, factices pour ainsi dire, tenant au hasard des conditions sociales ou individuelles, s'opposent, dans nos pays civilisés, à l'étude générale de la morbidité d'une population. Si l'aisance du patient et le voisinage des médecins engagent trop d'individus à se considérer comme malades, diverses causes en entraînent beaucoup d'autres à taire ou à dissimuler des affections réelles. Tel est le cas des travailleurs qui, ne faisant partie d'aucune association rémunératrice en cas de maladie, hésitent à sacrifier, et par le repos et par les fiais du traitement, leur gain de chaque jour ; tel est également Je cas de l'ouvrier qui, travaillant pour son compte, sans être enchaîné à aucune entreprise commune, sans être responsable de son œuvre devant aucune surveillance administrative, n'a de compte à rendre à personne au point de vue de l'emploi de son temps, et peut travailler ou chômer à sa guise; tel est enfin celui des habitants des campagnes, dont l'éloignement de tout secours prochain atténue notablement ou tout au moins dissimule les impressions morbides.

Nous pouvons, dès lors, pressentir quelles seront les conditions particulières dans lesquelles cette question de la morbidité, si peu abordable quand on l'étudié d'une manière trop générale, deviendra plus accessible à l'égard de certains groupes de la population. Quelques-uns de ces groupes qui, \ ar leur nombre, par la fréquence de leurs maladies, ont une importance capitale dans l'étude de la morbidité d'une grande ville, nous donneront des renseignements très-utiles, mais ne pourront nous fournir de documents d'un précision absolue, parce que ces groupes ne sont pas mathématiquement constitués ; tels sont les malades des hôpitaux civils, dont nous connaissons bien le nombre, mais dont nous ne savons pas le rapport proportionnel à un chiffre déterminé de vivants ; aucune limite précise, absolue, n'existe, en effet, à Paris, par exemple, entre les classes de la population, qui envoient leurs malades à l'hôpital et celles qui les retiennent à domicile.

La condition préalable d'une détermination précise de la morbidité est, ici comme pour la mortalité, la connaissance du nombre de vivants auxquels elle s'applique; cette condition apparaît d'elle-même, pour ainsi dire, dans diffé-

MORBIDITE. 323

renies autres collectivités humaines unies par les liens les plus disparates, et •dans lesquelles, en outre, pour des raisons complètement différentes aussi, le fait d'être malade, de l'être souvent ou longtemps, devient un fait patent, public, irrécusable. On possède donc ici deux éléments numériques exacts : 1° nombre ■des vivants sur lesquels porte l'observation ; 2° nombre des malades parmi ces -vivants. C'est ce que nous constatons principalement dans deux séries de groupes -sociaux :

1° Dans ceux où, lié par un travail ou un exercice continu, l'individu doit révéler son activité, sa santé, par des fonctions quotidiennes ; loin d'être abandonnée à l'appréciation de l'intéressé, l'existence même de la maladie est subordonnée à un examen d'un caractère officiel, dans lequel, ayant à sauvegarder les intérêts communs autant que ceux de l'individu, le médecin agit tout d'abord comme légiste, et, avant de soigner le malade, prononce sur la réalité de l'affection; telle est l'armée ; telles sont certaines agrégations humaines, dirigées et contrôlées par une administration commune, comme les employés et ouvriers des chemins de fer. Si, dans ces circonstances, la morbidité des malades semble plus réelle, parce qu'elle est mieux contrôlée que dans la pratique ordinaire, et que la simulation en passe moins souvent inaperçue, il n'est pas à craindre, non plus, sauf en de rares occasions, de tomber dans l'autre écueil que nous avons mentionné plus haut, la non-déclaration de la maladie, sa dissimulation ; ici eu effet, ■dans l'armée surtout, la position de malade ne change pas, ou modifie à peine les conditions d'aisance de celui qui est atteint, et jamais, ou bien rarement, il n'a à s'imposer la dure résolution de sacrifier sa santé aux besoins de son existence ; aussi verrons-nous à quel niveau s'élève, dans les armées, le chiffre des journées de maladie.

2° Dans un second groupe, représenté par les sociétés de secours mutuels, des individus, de conditions identiques ou similaires, s'associent, par une cotisation • mutuelle, afin de s'assurer réciproquement, en cas de maladie, une indemnité représentative du gain p rdu de leur travail, et dès lors le malade cesse également d'avoir iutérêt à dissimuler ou à supporter péniblement son affection.

A côté de ces groupes particuliers de la population, viennent se placer diverses .réunions d'individus ayant plus ou moins d'affinité avec l'un ou l'autre de ces types, mais ayant avec tous deux ce caractère commun d'être composées d'unités assez bien déterminées comme âge, sexe, pour que l'on puisseétudier le rapport de la maladie avec des catégories bien nettes à ces deux égards ; les conditions d'existence imposées à ces réunions donnent en outre à l'existence de chacun, aux yeux de l'administration qui les surveille et les secourt, une notoriété qui permet de noter tous les incidents de cette existence; telles sont les populations des pénitenciers, des prisons ; telles sont, dans une certaine mesure, les classes indigentes inscrites, dans nos grandes villes, sur les registres des bureaux de bienfaisance.

Dans cet examen nous passerons donc successivement en revue : la morbidiîé des hôpitaux, celle des indigents inscrits aux bureaux de bienfaisance, celle des prisons, des employés et ouvriers des compagnies de chemins de fer, des sociétés de secours mutuels; et enfin, après avoir analysé un travail intéressant deFiuger sur la morbidité des ouvriers du port de Copenhague, uous passerons à la morbidité de l'armée, dont l'importance exige un article spécial. Si, dans quelqm suns de ces groupes, nous n'arrivons, faute de documents, qu'à des résultats plutôt approximatifs que mathématiques, il en est d'autres, dont la morbidité

MORBIDITE.

nous offrira un caractère de précision presque absolue ; devrons-nous en tirer des déductions absolues pour la morbidité générale de la population? Nous tenons, au contraire, à mettre en garde le lecteur contre les conclusions auxquelles pourrait l' entraîner une généralisation trop hâtive; et, avant d'entrer dans les détails, nous répétons encore que l'intérêt de cette étude nous semble résider principalement, non pas clans la supputation des chiffres, mais dans l'analyse des conditions palhoi:éniques qui impriment tant de différence aux diverses milieux morbides que nous avons à examiner.

Mor.rirtiTÉ dans la population civile. Morbidité dans les hôpitaux. Les malades traités aux hôpitaux ne peuvent êlre considérés comme représentant exactement les conditions de morbidité de l'ensemble d'une population. On n'entre à l'hôpital que pour des affections d'une certaine gravité ; on n'y entre, en général, qu'à la condtion d'appartenir aux classes les moins aisées de la société; et .l'on peut dire, par conséquent, que les maladies admises en ces établissements ne correspondent qu'aux affections les plus graves, observées parmi une catégorie mal déterminée de la population. Il faut enfin tenir compte de cette considération, que les entrants aux hôpitaux civils ont habituellement subi au dehors une période plus ou moins longue de maladie; par conséquent la durée àe leur séjour à l'hôpital est loin d'indiquer toute leur morbidité. La meilleure preuve de ce fait est. la rapide mortalité, aussitôt après leur entrée à l'hôpital, d'un groupe considérable de malades; en compulsant les quatre volumes actuellement publiés par l'administration de l'Assistance publique de Paris (1861r 1862, 1863, 1864), nous arrivons à constituer le tableau suivant :

TABLEAU INDIQUANT LA PROPORTION CENTÉSIMALE DE LA MORTALITE AUX HOPITAUX DE PARIS 1° PENDANT LES 2 PREMIERS JOURS, 2° PENDANT LES 5 PREMIERS JOURS APRÈS L 'ENTREE.

ANNÉES

Page 1