‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 34 sur 114 · MOYENNE DES DÉCÈS PENDANT LES 5 PREMIERS JOURS · texte numérisé non relu

MOYENNE DES DÉCÈS PENDANT LES 5 PREMIERS JOURS

Ce tableau indique donc le décès dans les 5 premiers jours après leur entrée, du tiers environ des individus qui succombent aux hôpitaux civils de Paris ; cette morbidité si courte à l'hôpital démontre suffisamment l'existence d'une période préalable de maladie que ne peut déterminer ici, comme le fait a lieu dans l'armée, l'observation bornée au temps de séjour à l'hôpital.

Les statistiques, publiées par l'administration de l'Assistance publique à ParisT sont néanmoins pleines du plus grand intérêt en raison du nombre considérable d'individus, auxquels elles s'appliquent, et par la démonstration qu'elles nous donnent des immunités ou des dangers relatifs des diverses catégories d'âge et de sexe, traitées soit dans les hôpitaux généraux, soit dans les maisons d'eniants, soit dans les hospices de \ieillards. Elles établissent parfaitement, comme on le verra à l'article Mortalité, la différence de léthalité imposée à chaque malade suivant

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1& catégorie à laquelle il appartient, et ces tables permettent, mieux que beaucoup d'autres, d'établir, sur des chiffres imposants, la variabilité du pronostic des affections les plus diverses, suivant les conditions individuelles du malade, et suivant les milieux où s'accomplissent ces affections; on y trouve une preuve nouvelle de l'instabilité du rapport proportionnel delà morbidité à la mortalité. Alors que dans les classes aisées, en deliors de l'hôpital, les maladies des enfants sont nombreuses relativement au chiffre des décès, nous voyons, dans les services de médecine des hôpitaux d'enfants, succomber le cinquième des malades admis, et, dans les hôpitaux d'enfants assistés, la morbidité prendra encore une signification pins désastreuse : les décès ont pu s'élever à 75 sur 100 malades en 1862, à 70 encore sur 100 en 1864 !

Les tableaux de cette administration signalent même, pour la morbidité, les conditions d'âge des malades admis pour telle ou telle maladie dans les hôpitaux civils; et l'on peut, jusqu'à un certain point, en déduire la fréquence plus considérable de certaines maladies à des âges déterminés. Quand nous voyons, par exemple (Statistique médicale des hôpitaux de Paris, pour 186"2), les chiffres des admissions pour pneumonie s'élever à 98 de 16 à 20 ans, à 260 de 20 à 30, à 190 de 51 à 40, à 225 de 41 à 50, à 189 de 51 à 60, à 222 de 61 à 80, nous comprenons que la fréquence de cette affection doit s'augmenter avec l'âge, la diminution du nombre des vivants aux périodes avancées de la vie étant beaucoup plus considérable que la diminution correspondante du chiffre des malades admis pour cette affection ; n'en est il pas de même pour les maladies du cœur? 256 cas de 51 à 60 ans, n'indiquent-ils pas une fréquence décuple au moins de celle qui est exprimée par 160 cas de 21 à 30 ans?

Les chiffres de la fièvre typhoïde sont tout aussi significatifs : 549 admis de 16 à 20, 1032 de 21 à 50, 198 de 51 à 40, 61 de 41 à 50, 22 de 51 à 60, 10 de 61 à 80. Ici évidemment la décroissance de l'affection, à mesure qu'on avance en âge, est plus marquée que la diminution du chiffre des vivants ; il y a diminution progressive énorme, à partir de 31 ans, de la morbidité par fièvre typhoï le.

Mais il faut bien se rappeler que de semblables déductions ne sont qu'approximatives, parce que nous ignorons une des bases certaines de leur détermination mathématique ; nous ignorons le nombre exact d'individus vivant à Paris appartenant aux mêmes catégories comme âge, et qui, pour ces mêmes maladies, seraient entrés à l'hôpital. Nous devons tenir compte en outre d'une cause d'erreur qui intervient trop fréquemment quand on opère dans l'hypothèse d'une population stationnaire. Nous voyons par exemple, dans les hôpitaux de Paris, la plilhisie devenir moins commune dans les catégories d'âge postérieures à la période de 20 à 30 ans; mais, comme on l'a dit fort sagement, les phthisiques quittent Paris en grand nombre ; l'ouvrier, arrêté dans son travail pur une maladie clnonique, va chercher un repos relatif et, en tout cas, une existence moins onéreuse dans les départements. A côté de la diminution possible des cas de plilhisie avec l'âge, il faut donc tenir compte, avant de conclure d'après le mouvement d'entrées aux hôpitaux, de l'épuration produite par l'émigration parmi la classe d'habitants qui envoie ses phthisiques à l'hôpital. Il faut tenir compte également, et dans un sens tout opposé, de l'influence des variabilités de composition de la population sur la fréquence, dans les hôpitaux de Paris, de la fièvre typhoïde; bien que prouvant, elle aussi, l'endémicité de cette affection daus la population parisienne, cette fréquence est singulièrement augmentée par l'intervention considérable d'un élément originairement différent de cette population,

et 1 on sait que la majorité des malades qui figurent comme t\ pliiques dans h période de 2! à 30 ans, sont des étrangers nouvellement arrivés à Paris.

Si, au point de vue de la statistique, les mouvements de la population nosocomiale de Paris ne peuvent être considérés comme constituant des chilfres d'une valeur suffisamment précise, ils fournissent en revanche, au point de vue de la nature et de la fréquence des maladies prédominantes en cette ville, les plus précieux réalignements.

Voici le résumé d'un tableau emprunté à la série des intéressants rapport?,, faits à la Société médicale des hôpitaux sur les maladies régnantes, par Ernest Besnicr (7e fasc, année 1873, p. 62).

tablf.au comparatif indiquant, pour les années 1866, 1867, 1868, 1869, 1872, 1873, LE

MOUVEMENT ANNUEL DES PRINCIPALES AFFECTIONS OBSERVEES DANS LES HOPITAUX DE PARIS.

Fièvre typhoïde

Grippe

Variole

Scarlatine

Rougeole

Rhumatismes artie. et musc.

Laiyngite

Coqueluche

Croup

Bronchite

Pneumonie

Pleurésie. . ,

Phthisie pulmonaire . . . .

Angine

Entérite •

Diarrhée

Dy?enterie

Ictère

Érysipèle

Plusieurs de ces chiffres sont intéressants à analyser; nous constatons d'abord la prédominance, durant ces six années des affections suivantes: fièvre typhoïde, variole, rhumatisme articulaire et musculaire, et enfin de quatre affections thoraciques : bronchite, pneumonie, pleurésie et phthisie pulmonaire.

La fièvre typhoïde apparaît à peu près uniformément commune durant toute cette période; c'est l'endémie, à oscillations épidémiques souvent assez marquées il est vrai, de la population parisienne; jamais ici, comme dans certains centres plus restreints, cette affection ne manque de figurer, d'une manière notable, sur les listes de mouvement de la population nosocomiale.

La variole, au contraire, suit, on le voit, une marche ascendante bien marquée de 1806 à 1869, où le chiffre <!es admis s'élève à 2,079; si ce tableau comprenait les années 1870 et 1871, on verrait ce chiffre prendre des proportions excessives ; on sait tout ce qui est entré aux hôpitaux de varioleux durant ces deux années, et il me suffit de rappeler qu'à Bicètre seulement notre armée en envoyait 8,000 d'octobre 1870 à février 1871. Puis, comme l'indique le tableau, les admissions tombent à 172 en 1872, à 21 en 1873; donc, à Paris, comme

MORBIDITE.

ailleurs, la variole, au lieu de se présenter avec les attributs d'une endémie, se manifeste avec les oscillations des maladies à généralisations épidémiques suivies d'un retrait presque complet.

Le rhumatisme articulaire et musculaire, groupe complexe renfermant des affections inflammatoires et apyrétiques, nerveuses et musculaires, ne donnant qu'une mortalité minime (1 ,26 sur 100 malados), est une preuve excellente de la différence des causes dominantes de la mortalité et de la morbidité; ici peu de décès, beaucoup de malades ; cette affection n'est pas assez homogène pour que nous en tirions quelque conséquence au point de vue de la prédominance à Paris de l'une ou de l'autre de ses formes; tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'égalité de niveau de la morbidité par rhumatisme, pendant cette période de six ans, est en rapport avec l'influence pa'hogénique habituellement admise : les variations saisonnières qui ramènent chaque année les conditions de prodution des maladies rhumatismales. Ce qui achève de prouver la réalité de cette condition pathogénique du rhumatisme articulaire et musculaire, c'est que dans l'hémisphère austral, c'est également sous la zone tempérée, et spécialement au cap de Bonne-Espérance qu'il se manifeste avec sa plus grande fréquence, comme le prouvent les statistiques de l'armée anglaise.

Quant aux quatre affections thoraciques : bronchite, pneumonie, pleurésie, phthisie, la somme de leurs atteintes et l'égalité remarquable de leur niveau pendant les six années d'observations suffisent à démontrer qu'elles représentent, dans leur ensemble, les causes principales de la morbidité dans les hôpitaux civils de Paris. 11 est même intéressant de constater que cette permanence d'action est non-seulement annuelle, mais qu'à de légères différences près elle se maintient presque uniformément durant tout le cours de ces années, sans modification, aussi notable qu'on le croit, delà part des influences saisonnières. En voici la preuve, empruntée encore à Ernest Besnier, pour 1873.

TABLEAU, PAR TRIMESTRE, DES ADMISSIONS, AUX HÔPITAUX CIVILS DE PARIS, POUR AFFECTIONS

DES VOIES RESPHIATOIUES.

1" TRIMESURE

MALADIES

Phthisie pulmonaire. . . .

Ces chiffres prouvent incontestablement la réalité de la recrudescence printanière du groupe des affections des voies respiratoires, mais cet^e recrudescence, sensible [jour la pneumonie, se réduit pour les trois autres affections, à une augmentation d'environ un dixième de la mortalité des autres saisons.

Ce qui nous semble intéressant, en résumé, dans cette répartition a peu près uniforme de la morbidité dans les hôpitaux civils de Paris, c'est qu'elle indique, suivant nous, d'une manière frappante : 1° une faible somme d'influences lelluriques nocives, influences qui, mises en jeu par la chaleur de la période estivale, entraîneraient un surcroît d'affections pendant la saison chaude ; 2° une faible somme également d'influences atmosphériques assez rigoureuses, soit en été, soit

en hiver, pour faire prédominer, en l'une ou l'autre de ces périodes, les affections des climats extrêmes ; 5° une faible somme enfin d'influences de misère (ftmine, disette), influences qui, elles aussi, se traduisent non seulement par l'explosion d'un nombre plus ou moins considérable de maladies, mais par l'augmentation de la morbidité aux époques de l'année qui eorrespondent au maximum d'épuisement des ressources alimentaires, en hiver et en printemps. Heureuses immunités, qui sont l'attribut de l'habitant des climats tempérés et des pays civilisés!

L'égalité du niveau de la morbidité révèle, à Paris, la prédominance, comme cause palhogénique : 1° des conditions morbides inhérentes à l'individu, conditions qui peuvent s'exprimer en tout temps, et dont les affections tuberculeuses sont le type principal; et 2° celle d'une affection endémo-épidémique d'autant plus commune et d'autant plus permanente que les agglomérations humaines sont plus considérables, et que la civilisation a facilité les moyens de communication : la lièvre typhoïde.

Il est intéressant, comparativement à la morbidité des hôpitaux de Paris, d'.éludii r celle des populations nosocomiales dans certaines localités où prédominent diverses influences pathogéniqnes si faibles relativement dans les climats tempérés; j'emprunte au compte- rendu statistique de. Chique Quintili le résumé suivant du mouvement mensuel à l'hôpital du Suint-Esprit de Rome pendant 1864 (Resoconto stalistico degli infermi curati l'anno 1864 negli ospedali di Roma).

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