‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 55 sur 114 · IJ · texte numérisé non relu

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de l'effectif, dans une propoition considérable, mais presque constante ; pour 1000 hommes présents, il y a eu annuellement de 2200 à 2486 malades, chaque soldat ayant par conséquent, tous les ans, deux fois plus de chance d'êlre atteint que d'échapper à une entrée comme malade soit à l'hôpital, soit à l'infirmerie, soit à la chambre. Cette proportion dépasse notablement, on le voit, celle que nous avons constatée pour diverses autres catégories : 1° pour les ouvriers des chemins de fer, 2° pour les sociétés de secours mutuels, 5° pour les prisons mêmes.

2° Nous notons, par l'examen de la seconde colonne, que, parmi ces trois catégories de malades, les plus nombreux sont ceux qui sont traités à la chambre, puisqu'ils représentent, à eux seuls, environ les deux tiers du nombre total des admis. Ce fait est de la plus haute importance à constater si l'on ne veut pas s'égarer dans les conclusions à tirer d'un ensemble de morbidité tout d'abord si considérable; il nous permet, à lui seul déjà, d'affirmer que le plus grand nombre des individus malades dans l'armée le sont légèrement, et sont atteints d'indispositions ou d'affections bénignes entraînant plutôt 1' 'inaptitude professionnelle, qu'un état général ou local méritant le nom de maladie. Il est des époques de l'année où le médecin de tel régiment d'infanterie n'aura à prononcer que sur les traumatismes légers entraînés par la marche ; dans la cavalerie, même fréquence des affections bénignes ; pendant que j'étais attaché en qualité de médecinaide-major au 4e régiment de chasseurs à cheval, j'avais à visiter parfois jusqu'à 40 à 50 soldats, nouvellement arrivés, et qui, atteints d'éruptions furonculeuses,, d'excoriations aux cuisses, de courbatures, étaient incapables pour quelques jours de continuer leurs exercices d'équitation ; c'était autant de malades à la chambre, au milieu desquels se perdait le nombre relativement faible des affections plus graves nécessitant l'entrée à l'infirmerie ou à l'hôpital.

5° Quant aux deux premières colonnes, celles qui indiquent les nombres de malades à l'infirmerie et à l'hôpital, on voit que les chiffres se balancent d'une manière approximative; ce parallélisme est du surtout à la fréquence des maladies vénériennes ; parmi ces dernières, les plus bénignes doivent être traitées à l'infirmerie; d'après la statistique de 1870, 15,788 vénériens seulement, sur 45,070, c'est-à-dire le tiers, ont été envoyés à l'hôpital; et c'est le maintien des autres aux infirmeries régimentaires qui nous explique pourquoi, malgré l'envoi aux hôpitaux de toutes les autres maladies d'une certaine durée, le mouvement de malades dans ces infirmeries reste comparable, comme importance numérique, au mouvement hospitalier.

Il faut bien observer, enfin, que les diverses colonnes de ce tableau, au lieu de renfermer des unités complètement distinctes, s'appliquent, en un certain nombre de cas, aux mêmes individus qui, pour une aggravation de la même affection»

passeront successivement en traitement soit à la chambre, soit à l'infirmerie, soit aux hôpitaux.

B. Nombre de journées de traitement et de durée des maladies relativement à l'effectif. Cette considération donne un nouveau poids à l'importance, pour la détermination de la morbidité militaire, de la supputation du nombre des journées de traitement, nombre dans lequel nous n'aurons pas à redouter de double emploi comme dans les chiffres des diverses catégories de malades.

La statistique olficielle, pour les trois années 1868, 1869, 1872, nous fournit d'abord les chiffres suivants :

Pendant l'année 1868, le nombre total des journées de traitement a été de 7,563,750. Comparé au chiffre des journées de présence de 331,203 hommes, chiffre qui s'élève à 121, 107, -405. on voit que ce nombre des journées de traitement donne les proportions suivantes : une journée de maladie pour 16,5 journées de présence, ou 69,8 pour 1000; 60 malades par jour sur 1000 présents.

On peut dire par conséquent, que le nombre journalier des hommes indisponibles a été, en 1868, le seizième du chiffre total de l'armée; c'est comme si chaque homme de cette armée avait été malade pendant la seizième partie de l'année, c'est-à-dire environ pendant vingt-trois jours ; comme si, en un mot, l'armée entière avait été indisponible durant ces vingt-trois jours.

Pendant l'année 1869, nous trouvons 6,521,218 journées de traitement, pour 120,488,076 journées de présence, d'où les proportions : I journée d indisponibilité par maladie pour 1847 journées de présence, ou 54,1 pour 1000 ; 54 malades par jour sur 1000 présents.

Le chiffre quotidien des indisponibles en 1869 a donc été un pieu moins du dix-huitième de celui de toute l'armée ; c'est comme si tous les membres de l'armée avaient été indisponibles pendant dix-neuf jours.

En 1870 enfin : 6,648,932 journées de traitement pour 151,256,322 journées de présence ; c'est-à-dire chaque jour un malade pour environ vingt, présents, ou 50 pour 1000, proportion correspondante à une indisponibilité totale de l'armée pendant environ dix-huit jours. Ces résultats des années 1868, 1869, 1872, sont conformes à ceux qui ont été fournis pendant les sept années précédentes (1862 à 1867), pendant lesquelles il y a eu, année moyenne, un malade chaque jour sur dix-neuf présents.

Pour résumer les données précédentes et pour bien les fixer dans l'esprit du lecteur, nous pouvons émettre les propositions suivantes : 1° pour chaque soldat, en répartissant sur tous la morbidité totale, il y a, année moyenne, chance de maladie pendant vingt jours; 2° le nombre annuel des journées d'hôpital est à peu près vingt fois plus considérable que celui de l'effectif : de quatre millions pour une armée de 200,000 hommes, de six millions pour une de 500,000, etc..

Il suffit de se rapporter à la morbidité des autres catégories de la société pour juger de l'élévation de ce chiffre ; il dépasse la morbidité moyenne de la table de Debouteville pour les membres des sociétés de secours compris non pas entre vingt et quarante ans comme le soldai , mais de vingt et un à soixante-dix ans ; il est plus du double de la morbidité des âges compris, dans cette table, entre vingt et un ans et quarante ans (voy. art. Morbidité).

Qu'on n'aille point s'exagérer du reste la valeur de ces résultats, et considérer, d'après eux, la morbidité de notre armée comme atteignant un maximum ina-' b;>rdable à d'autres catégories similaires. Il suffit d'un coup d'œil sur les statistiques anglaises, celles qui nous permettent le mieux de pénétrer dan* une ana-

MORBIDITÉ MILITAIRE. 35i>

lyse suffisamment complète de la morbidité dune armée étrangère en temps de paix, pour y rencontrer des résultats très-analogues aux précédents, au point de vue des proportions des chiffres quotidiens de malades et du nombre des journées de maladie.

Pendant huitnns, de 1859 à 1866, nous constatons que, sur un effectif annuel moyen de 78,629 hommes, les troupes anglaises, servant à l'intérieur, ont eu en moyenne 50 hommes sur 1000 en traitement chaque jour, c'est-à-dire ici encore 1 malade par jour sur 20 présents, ce qui correspondrait à l'inactivité totale de l'armée anglaise pendant dix-huit jours par an. Cette correspondance est d'autant plus avantageuse au point de vue de notre armée que les troupes anglaises se recrutent parmi une classe en moyenne moins jeune que les nôtres, et que, par conséquent, la morbidité de ces troupes devrait être relativement diminuée d'un grand nombre des affections exclusivement propres au très-jeune soldat.

Les statistiques anglaises établissent, en outre, que, pendant cette période de huit ans (1859-1866), 986 soldats sur 1000 ont été annuellement admis aux hôpitaux dans les garnisons de la mère patrie (at home) ; chiffre beaucoup plus fort que celui des entrées aux hôpitaux pour l'armée française (de 250 à 500 pour 1000), mais que nous ne pouvons lui comparer; car, dans les hôpitaux de l'armée anglaise, on reçoit sans doute beaucoup de malades qui, chez nous, seraient traités soit à l'infirmerie, soit peut-être même à la chambre.

11 s'est opéré, du reste, une légère diminution en ces dernières années, sur le chiffre des entrées aux hôpitaux des soldats anglais servant à l'intérieur : pour la période décennale 1860-1869, la proportion annuelle des entrées a été 941 sur 1000 hommes; elle est descendue à 809 en 1870, à 816 en 1871.

Les statistiques de l'état-major général allemand établissent que, pendant les dix-huit années comprises de 1846 à 1863, la proportion des entrées de malades a été de 1336 par an pour 1000 hommes d'effectif, que cette proportion a été de 1496 en 1868, de 1405 en 1869 ; voilà pour le nombre des malades. Quant à la morbidité, ou somme du temps de maladie pour toute cette armée, nous constatons, que de 1846 à 1863, la proportion quotidienne des malades a été de 44,87 pour 1000 hommes d'effectif ; en 1867, de 40,6; en 1868, de 40,3; en 1869, de 41,3. C'est-à-dire qu'en appliquant ici le même raisonnement qu'aux chiffres quotidiens de morbidité fournis par notre armée, nous trouvons qu'il y a, en moyenne, 1 malade sur 25 soldats dans l'armée ,-illemande, et qu'on peut évaluer à seize journées la période annuelle d'indisponibilité, d'inactivité de toute cette armée.

La morbidité semble un peu moindre dans l'armée austro-hongroise, au moins d'après les documents fournis, pour l'année 1869, par l'état-major général de cette armée. Il n'y a eu, en cette année, qu'une moyenne quotidienne de 362 malades sur 1000 hommes, c'est-à-dire 1 malade environ chaque jour sur 28 présents, ce qui correspondrait, au total, à une indisponibilité de l'armée entière pendant environ treize jours seulement pour toute l'année.

L'armée portugaise, pour une période bien plus longue (1801 à 1867), présente des résultats aussi avantageux; la moyenne journalière des malades a été •de 54 sur 1000 hommes d'effectif, c'est-à-dire un malade par jour sur 29 présents, et en tout treize jours de maladie par an pour l'ensemble de l'armée.

Nous trouvons enfin des résultats comparables à ceux de la statistique de l'armée française : 1° dans la statistique de l'armée belge (1868-69) où, en répartissant la morbidité sur tous les soldats de cette armée, on trouve dix-huit jours

de m ladie par an et par homme ; 2° dans la statistique de l'armée des États- Unis (1869) où la moyenne journalière des mulades, de race blanche, est de 58 sur 1000, soit 1 malade par jour sur 18 hommes, chiffres correspondant en somme à une indisponibilité totale de l'armée pendant près de vingt et un jours par an. En cette dernière armée, la moyenne journalière de malades et le total annuel de morbidité est un peu plus faible parmi les troupes de couleur qui? en 1869 également, ont en 53 malades par jour sur 1000 hommes d'effectif.

La comparaison de ces documents étrangers à ceux que nous fournit la statistique médicale de l'armée française peut, au point de vue de la moyenne journalière des malades, et du chiffre des journées de maladies par homme d'effectif, s'établir ainsi pour les résultats principaux :

Armée francai-e à l'intérieur (1862-1869)

Armée anglaise à l'intérieur (1860-68) .

Armée belge (1S6S et 1869)

Armée des États-Unis (troupes blanches)

— (troupes île couleur Armée allemande (18-46 65)

Armée austro-hongroise (1869). ....

Aimée portugaise '1861-67)

Armée italienne (1870)

MOYENNE JOir.NALlEllE

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