‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 63 sur 114 · P. 1 000 HOMMES · texte numérisé non relu

P. 1 000 HOMMES

Moins d'un an de service.

Cette prédilection du mal pour les vieux soldats, arrivés à l'âge où les pyrexies sont devenues rares, nous donne la meilleure raison du caractère spécial de la

morbidité dans certains corps de troupes, dans la garde de Paris, par exemple. Dans ces corps, la phlhisie prend une importance toute spéciale comme cause d'entrée aux hôpitaux, importance due : d'une part, à ce que cette affection est réellement plus commune dans ces corps que dans les autres; d'autre part, à ce que la diminution des autres maladies y rend cette fréquence de la phtliisie relativement plus grande que dans les autres régiments (voy. Laveran. Recherches statistiques sur la mortalité de V armée servant à l "intérieur) . Dans les registres du Val-de-Grâce, je constate, par exemple, qu'en 1875, sur 112 décès, il y en a eu 51, par phtliisie, pour la totalité des entrants, c'est-à-dire moins de la moitié; tandis que la garde de Paris, dont le chiffre des décès parmi les hommes admis au Val-de-Grâce en cette année 1872, est monté à 13, en a perdu 7, plus de la moitié, par le seul fait de la phtliisie pulmonaire.

On a dit, et avec une certaine raison, que la phtliisie était relativement rare dans les armées en campagne. Le fait est parfaitement vrai en nombre de circonstances, et l'explication du reste en est facile ; à la veille des mouvements de guerre, les régiments laissent habituellement en arrière, dans leur dernière garnison, les non-valeurs qui peuvent compromettre la rapidité des marches et l'activité des opérations ; nombre de phthisiques ou d'individus prédisposés à cette affection sont ainsi éliminés avant l'entrée en campagne, et cette élimination diminue d'autant les chances de morhidité par phtliisie des régiments mis en route.

Ce serait commettre une erreur de conclure de cette diminution à un antagonisme entre la vie de campagne et le développement de la phtliisie dans les armées ; les observations qui ont servi, à Broussais, de base à son Traité des phlegmasies chroniques, observations presque toutes relatives à la phtliisie, ont été recueillies sur notre armée en résidence dans diverses garnisons du nord de l'Italie. Si une guerre se prolonge quelque temps, et que l'on sod obligé, pour entretenir au complet les régiments en campagne, d'y envoyer des individus moins sévèrement triés, la phtlisie apparaîtra donc aussi fréquente peut-être que dans les garnisons de l'intérieur.

Lorsque les circonstances de guerre entraîneront les troupes vers des climats favorables, soit par leur altitude, soit par la constance de leurs conditions météorologiques, on pourra constater une diminution réelle de la fréquence de la phtliisie parmi ces troupes ; dans nombre de localités d'Algérie pour notre armée, cette affection est moins commune qu'en France. Mais, en revanche, il n'existe aujourd'hui que trop de preuves, nous le verrons, de l'accélérai ion imprimée au cours de la phthisie, de l'évidence donnée à la tuberculisation latente, par les changements de résidence des troupes en campagne.

Il faut reconnaître cependant que c'est la prédominance de la phtliisie dans les armées en garnison qui a été l'origine des recherches faites sur l'influence qui reviendrait dans son développement, au séjour du soldat dans les casernes, et par conséquent à l'action de la vie en commun.

L'émotion causée en Angleterre, il y a une vingtaine d'années, par la mortalité considérable consécutive à la phthisie parmi le personnel de l'École militaire de Chelsea, et l'amélioration obtenue par la diminution de l'effectif caserne dans cette école avaient été l'origine du reproche adressé à la vie de caserne comme cause spéciale du développement de cette affection.

C'est en raison surtout de ces recherches de la commission anglaise que Tholozaiï a émis l'opinion que la phthisie au lieu d'être une affection organique,

MORBIDITE MILITAIRE. 583

diathésique, héréditaire, était plutôt une maladie spécifique, infectieuse, se développant facilement dans les conditions d'encombrement, d'agglomération, de vie en commun propre aux casernes.

On connaît les expériences de notre savant collègue, le professeur Villemin, et la tendance actuelle de nombre d'auteurs à préciser davantage cette influence de l'homme sur l'homme dans la patliogénie de la phthisie et à voir, dans l'atmosphère des milieux habités, non plus seulement l'action d'un miasme infectieux mal déterminé, mais celui d'un miasme spécifique, d'un véritable virus tuberculeux, analogue à celui des pyrexies et dont l'atmosphère serait le véhicule. J'avoue que, malgré l'autorité de ces différents auteurs, j'ai peine à admettre, dans la propagation de la tuberculose, l'influence de la contagion, et que je suis loin de considérer la fréquence de cette maladie dans l'armée comme un résultat de sa transmissibilité.

Cette fréquence me paraît tenir surtout aux conditions suivantes : 1° Changements de milieu imposés au soldat, changements que nous voyons, à chaque instant, dans la vie civile même, entraîner l'apparition de la diathèse tuberculeuse ou l'acuité des symptômes éprouvés ; que l'on prenne, dans la population non militaire d'une ville du midi ou du nord de la France, quelques centaines d'individus et qu'on les déplace brusquement, sans même leur imposer les obligations d'un changement professionnel, et 1 on verra apparaître, aussi fréquentes peut-être que dans l'armée, les manifestations de la phthisie dans ces groupes d'individus; combien, parmi les étudiants appelés près de nos facultés, n'en est-il pas chez lesquels ce simple changement de résidence entraîne de pareils accidents?

2° Diminution de l'activité musculaire et respiratoire chez nombre de ceux qui abandonnent une profession civile pour le métier des armes; la plupart de nos soldats, provenant des campagnes, où ils étaient livrés aux rudes labeurs des champs et respiraient un air abondant et pur, subissent une double condition de débilitafion par les limites imposées à leur activité physique pendant leur séjour sous les drapeaux, et par la diminution relative des fonctions respiratoires dans l'atmosphère des grandes villes et des casernes.

Nous considérons ces conditions de débilitation générale comme ayant une importance majeure dans la pathogénie des tubercules ; le poumon qui cesse de fonctionner avec son énergie habituelle devient plus spécialement prédisposé à cette altération, ce qui nous explique son apparition : à la suite des rétrécissements de l'orifice de l'artère pulmonaire; à la suite des épanchements pleuraux ou d'une simple compression du thorax, comme dans les cas signalés récemment par M. Perroud, de Lyon, chez les mariniers du Rhône, etc.. Chez les soldats, la vie en commun, l'encombrement, si l'on veut, me semble agir bien moins par suite d'une influence miasmatique ou virulente de l'homme sur l'homme, comme dans le typhus, ou la variole, que par suite de la diminution de la quantité d'air qui alors revient à chacun. Le séjour dans un milieu insuffisant me parait aussi dangereux que le séjour dans un milieu encombré; dans la garde de Paris, par exemple, la phthisie est aussi commune parmi les soldats mariés, vivant en famille, hors de la caserne, mais dans des locaux restreints en raison de la pauvreté de ces ménages, que parmi les célibataires résidant au milieu des casernes les plus peuplées.

5° Action de certaines influences, surtout météorologiques, plus marquées dans la vie militaire, et qui sont des causes plus fréquentes, pour les soldats que pour

384 MORBIDITE MILITAIRE.

la population civile, de diverses affections inflammatoires des organes thoraciques, bronchite, laryngite, pleurésie, dont l'action est incontestable sur les manifestations de la diathèse tuberculeuse et sur la rapidité d'évolution de la phthisie.

Nous verrons la part considérable qui revient à chacune de ces influences dans le développement de la phthisie des soldats, et nous empêche de reconnaître, dans cette étiologie, une action spécifique de l'homme sur l'homme.

Parmi les rares exemples invoqués à l'appui de la contagiosité de la phthisie dans l'armée, je choisis le suivant, comme un des mieux connus; il est rapporté par Bergeret d'Arbois (Bergeret. La phthisie pulmonaire dans les petites localités, in Ann. d'hyg., 2e série, t. XXVIII, 1867).

« Un régiment étant de passage à Arbois, pendant les chaleurs de juin, plusieurs militaires allèrent se baigner à la rivière. L'un d'eux, s'étanl un peu écarté des autres, fut entraîné par le courant dans un endroit où l'eau était trop profonde; il se noya. La justice me chargea de faire son autopsie. L'apparence extérieure du corps annonçait une bonne constitution et une santé florissante; il offrait l'embonpoint de la jeunesse, une large poitrine, bien sonore. En examinant les poumons, je les trouvai criblés, surtout à leur sommet, de tubercules miliaires dont pas un n'offrait encore la moindre trace de ramollissement. Je questionnai ses chefs, ses camarades ; ils me dirent que ce malade jouissait d'une santé parfaite ; mais parmi les renseignements que je recueillis sur ses antécédents, se trouvait une particularité que je notai avec soin : il avait été infirmier pendant quelques années, et spécialement dans des salles de fiévreux où se trouvaient de nombreux phlhisiques. »

Ce fait est loin d'être un fait rare; combien n'est-il pas fréquent, au contraire, de trouver des tubercules à l'autopsie de personnes dont l'apparence de bonne santé semblait devoir faire exclure même la pensée de lésions de ce genre! Mais nous sommes loin de considérer comme légitime la conclusion, tirée par Bergeret de cette observation, au point de vue du rôle pathogénique qui reviendrait, dans ce cas, aux fonctions d'infirmier exercées antérieurement par ce militaire. Comment prouver que ces tubercules dataient de celte époque? Ne lui étaient-ils pas postérieurs? Ne lui étaient-ils pas antérieurs au contraire, et même leur développement n'avait-il pas précédé l'incorporation de ce malade? En ce cas, comme en tant d'autres, n'avons-nous pas affaire à une de ces phthisies latentes de durée parfois si longue, et l'altération pulmonaire n'était-elle pas préexistante à toute occasion de contage?

Notre opinion est que la vie militaire sollicite fréquemment le développement do la phthisie chez les individus prédisposés; mais qu'elle met surtout en action les influences banales qui entraînent l'explosion d'accidents graves chez les tuberculeux. Suivant nous, grand nombre déjeunes gens sont admis chaque année, par nos conseils de révision, porteurs de tubercules pulmonaires latents et qui seraient demeurés latents sans changement de climat et de profession ; et l'on ne peut s'en prendre cependant aux opérations de ces conseils, car nous considérons comme à peu près impossible le diagnostic de quelques granulations pulmonaires disséminées. Si l'on se rappelle que ces granulations existent chez nombre d'individus morts d'autres affections que de phthisie pulmonaire, on comprendra que le jugement du conseil de révision ne pourrait être d'une rigueur absolue qu'à la condition d'être basé sur une méthode d'exploration d'un caractère aussi complet que l'exploration nécroscopique. Nous sommes donc bien loin de partager la confiance de ceux qui considèrent les opérations médicales de ce conseil, comme

constituant une barrière infranchissable à l'entrée des tuberculeux dans l'armée. Sur 150 autopsies faites à Leipsig, Carus n'a trouvé que vingt cadavres qui n'offrissent pas de tubercules; en France, I'apavoine a rencontré cette lésion dans les deux tiers des sujets morts de n'importe quelle affection ; on comprend combien de recrues doivent se présenter à la révision, atteints de tubercules. Non-seulement il en entre un nombre considérable, malgré cet examen qui ne peut aboutir à la constatation d'une lésion si fréquemment latente lorsqu'elle n'est pas à une phase d'évolution active; mais il est même probable que la proportion relative des phthisiques, parmi les jeunes gens renvoyés p;ir les conseils de révision, ne dépasse point, autant qu'on l'admet en général, cette proportion parmi ceux qui sont admis. Parmi ces derniers figurent, en effet, en grand nombre : 1° d'une part les individus dont le rachitisme a compromis le développement soit des membres, soit de la cavité thoracique, et l'on sait que ces individus sont loin d'être prédisposés à laphthisie pulmonaire; 2° d'autre part les hommes de taille insuffisante mais de constitution robuste, dont également la prédisposition à la phthisie est moins considérable que chez ceux dont la taille atteint ou dépasse le chiffre réglementaire. Nous pensons donc que, chaque année, nombre de phthisiques entrent dans l'armée où leur affection va trouver des conditions spéciales pour la rendre apparente et en hâter l'évolution.

Un fait qui plaide en faveur de cette manière de voir, c'est l'évidence d'action des causes banales dans le développement de la phthisie des soldats. L'armée, sous ce rapport, confirme ce que l'observation révèle, d'une manière moins saisissante peut-être, dans la population civile, au point de vue des formes aiguës de la phthisie, formes dont l'étude est une de celles qui nous permettent le mieux de saisir le parallélisme entre ces deux classes de la société; il est incontestable, tout d'abord, que ces formes augmentent chaque jour de fréquence, sinon dans nos grands centres de population où cette fréquence date de longtemps, mais dans nombre de régions où les occasions de leur développement deviennent aujourd'hui beaucoup plus communes. La rapidité croissante des communications et le nombre, croissant aussi chaque jour, des déplacements individuels et collectifs, me paraissent constituer les raisons principales de cette tendance de la maladie à subir si facilement, à notre époque, sa transformation en affection aiguë.

Autant, en effet, nous considérons comme bienfaisante la substitution de certaines localités choisies au séjour dans un climat trop âpre ou trop variable, autant nous tenons pour dangereux la plupart des changements de milieux brusquement accomplis soit au gré du hasard, soit par le simple fait des professions ou des entreprises humaines.

Ces déplacements nous paraissent entraîner, plus fréquemment que toute autre cause occasionnelle, le développement, dans l'organisme, des conditions d'opportunité du passage de la phthisie chronique ou latente à l'état de maladie aiguë.

On sait aujourd'hui combien est redoutable, en général, celle de ces transitionssur laquelle on avait tout d'abord compté pour guérir ou enrayer la phthisie, le passage dans un climat plus méridional. Que de fois les formes aiguës se sont brusquement substituées à la marche lente de l'affection chez les phtlnsiques quittant le nord de la France pour une station méditerranéenne ! Entre autres faits, je me souviens que pendant les premiers mois de 1864, notre petite garnison de Rome perdait six malades de tuberculisation aiguë. Cette observation, banale maintenant, de l'acuité des symptômes survenant à la suite de change- DICT. enc. 2e s. IX. 25

386 M0RB1JDITÉ MILITAIRE.

ments de résidence, même vers le sud, s'observe en grand, on peut le dire, dans les diverses armées. Les statistiques anglaises ont mis hors de doute le danger redoutable de l'arrivée des hommes du nord dans des pays encore plus chauds. C'est en Australie que les t:oupes anglaises perdent leur maximum de phthisiques ; aux Indes même, où il y a tant et de si puissantes causes léthifères, Bryden établit que la -phthisie est une des trois maladies les plus redoutables pour les régiments nouvellement venus d'Europe (Army Médical Département Report for the Year, 1870) ; là cependant l'homme vit à l'air libre, sous la tente et ne subit pas l'influence du casernement; et quand on voit, d'après ces observateurs, la phlhisie exercer ses ravages surtout parmi les soldats non acclimatés au eiel des tropiques, et peser gravement dès leur première année de séjour, sur le chitfre des décès , il est évident que c'est surtout des formes aiguës de cette affection qu'il s'agit et non point des formes lentes dont l'influence sur les statistiques mortuaires ne se traduirait qu'après un temps plus ou moins long de résidence. Certaines races subissent, d'une manière plus redoutable encore, cette influence pathogénique du changement de résidence sur la production de la phthisie; on connaît l'histoire lamentable de ces régiments noirs envoyés par les Anglais de Mozambique à Ceylan, et dont pas un homme ne survivait au bout de quelques années. Ce que produisent ces changements de climat, les oscillations de température du nyetémère peuvent le produire, moins facilement peutêtre, mais réellement aussi cbez les individus prédisposés.

En France même, à Paris, ne sont-ce pas les corps les plus sujets aux brusques oscillations de température, les gardes de Paris, par exemple, si fréquemment de service de nuit dans les bals, dans les théâtres, qui subissent sous l'influence de ces oscillations, le maximum relatif des atteintes par phthisie?

D'après les différences d'atteinte de certains corps de l'armée, on pourrait admettre que ceux-là sont disposés surtout à la phthisie qui par les conditions plus sédentaires de leur existence, par leurs rapports plus fréquents avec les tuberculeux sont plus exposés aux influences d'un milieu infecté des germes de cette affection. Tels sont précisément les infirmiers militaires qui, d'après la statistique officielle, ont, en ces dernières années, fourni, de toute l'armée, le contingent le plus considérable. Mais, avant de conclure à l'influence de la contagion sur la fréquence de cette maladie chez les infirmiers, dont grand nombre en effet ont soigné des phthisiques, ne faut-il pas tenir compte de deux circonstances importantes qui jouent un grand rôle, suivant nous, dans cette prédominance du mal parmi ce groupe spécial de notre armée? La première est le mode de repartition des jeunes soldats dans les différents corps, mode d'après lequel les compagnies d'infirmiers reçoivent certainement un nombre relativement considérable d'individus à constitution moins robuste, et, suivant toute vraisemblance, atteints déjà, dans une notable proportion, des germes delà phthisie. La seconde est le mode d'installation de ces compagnies d'infirmiers, habituellement reléguées dans les locaux les moins vastes, les plus imparfaits des hôpitaux militaires, locaux dans lesquels ils rencontrent une des causes incontestables de la phlhisie, une atmosphère insuffisante. N'y a-t-il point, dès lors, poulies infirmiers, une double chance d'offrir plus de cas de tuberculisation que les antres soldats de l'armée?

Nous voyons, au contraire, les ravages de la phthisie bien moindres dans certains corps relativement favorisés et au point de vue de leur recrutement et au point de vue de leur installation. Elle est rare chez les soldats du

MORBIDITE MILITAIRE. 587

génie, habituellement choisis parmi les hommes auxquels leur bonne santé antérieure a permis de prendre et de suivre une profession manuelle en général inaccessible aux constitutions débiles, et qui, d'autre part, occupent ordinairement les casernes les mieux aménagées. Elle est rare également chez les chasseurs à pied, chez les sapeurs-pompiers, recrutés aussi parmi les plus robustes de nos soldats, et astreints en outre, en dehors des manœuvres habituelles, à une série incessante d'exercices gymnastiqnes qui diminuent d'autant la durée de leur séjour à la caserne et favorisent, dans ces corps spéciaux, l'amplitude des fonctions respiratoires, c'est-à-dire l'une des influences physiologiques les plus contraires au développement de la phthisie pulmonaire.

Aussi n'est-il nullement étonnant que l'on ait constaté la rareté relative de la phthisie dans certaines armes, où la gymnastique et les exercices physiques ont une part considérable dans l'emploi du temps des soldats (Godelier) ; dans ces régiments, en effet, une sélection plus sévère a permis de n'admettre que des hommes moins disposés à la matadie, et d'autre part les conditions spéciales de leur existence, surtout la mise enjeu de leur activité musculaire, les mettent relativement à l'abri des influences débilitantes qui ont si grande part dans le •développement de cette affection, et auxquelles un des hygiénistes militaires les plus émineuts, Parkes, accorde une valeur pathogénique dominante à cet égard.

La maladie, au contraire, sera commune dans les corps où. l'on admet plus facilement les individus à constitution relativement faible, et où, une fois admis, ces individus sont astreints à un genre de service moins actif, correspondant au développement plus restreint de leur énergie physique et de leur système musculaire. La phthisie pulmonaire, dans l'armée comme dans la population civile, est la plaie des pénitenciers ; elle sera plus commune chez les prisonniers qui ne soignent pas de malades que chez les infirmiers, absolument comme dans les ordres religieux, elle frappe plutôt ceux qui se condamnent à la réclusion que ceux qui se consacrent aux services hospitaliers.

L'étude de la phthisie, dans certains groupes de la population civile, permet du reste de voir que peut-être la part qui revient à cette affection dans la morbidité générale, n'est pas aussi restreinte qu'on le croit relativement à sa part dans la morbidité de l'année. D'après les documents rassemblés par Ély (Paris, Étude démographique et médicale, 1872), le chiffre des décès par phthisie, dans la population parisienne, de 25 à 50 ans, atteindrait annuellement la proportion énorme de 6 sur 1000 individus, proportion qui n'est égalée dans aucun corps de l'armée, pas même chez les gardes de Paris ; et si l'on objecte que, parmi ces derniers, beaucoup de phthisiques disparaissent de l'armée par réforme, nous pourrons, à notre tour, répondre que les adultes civils atteints de phthisie à Paris émigrent souvent à cause de l'impossibilité d'y conserver leurs moyens d'existence, et que, par conséquent, de celte émigration résulte également un abaissement artificiel du chiffre des phthisiques dans la population de la capitale.

La fréquence relative de la phthisie dans certains régiments de Paris, est donc en rapport avec sa fréquence dans la population civile de la capitale ; preuve nouvelle que la prédominance de morbidité de l'armée, pour cette affection comme pour tanL d'autres, tient surtout au changement de climat ou de résidence des individus qui composent celte armée, à leur aflluence des campagnes où l'on meurt peu, vers les villes où l'on meurt davantage. Nous pensons que lu profes-

sion militaire a surtout pour effet d'accélérer la marche de la phthisie, de rendreévidente la tuberculisalion latente, à cause des modifica lions qu'elle impose aux conditions d'existence du soldat; mais nous hésitons à considérer comme spécifique l'influence pathogénique de cette profession sur la phthisie trop commune du reste, dans la population civile, pour que les circonstances de la vie militaire augmentent notablement les occasions de contact de l'homme sain avec l'homme tuberculeux.

Aliénation. Il ressort de la statistique de l'armée que, depuis dix ans environ, le nombre des aliènes militaires reçus dans les établissements spéciaux a été d'environ 500 par an, ce qui donne une proportion \ariant de 0,40 à 0,50 pou? 1000 hommes d'effectif.

En calculant, par profession, le chiffre moyen des aliénés (idiots non compris) admis chaque année dans les asiles de France, pour la période 1856-1860, et en comparant les résultats obtenus avec le nombre des individus de chaque profession, d'après le recensement de 1856, Lunier est arrivé aux résultats suivants :

Page 1