‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 67 sur 114 · MORTS SUR 1 000 HOMMES · texte numérisé non relu

MORTS SUR 1 000 HOMMES

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sion militaire.

MORTS SUR 1 000 HOMMEg.

la dixième, ehef-Iieu : Montpellier; 5,51 dans la onzième, chef-lieu : Perpignan) correspond à une formation géologique plus favorable au développement de cette affection que le nord de la France, dont les circonscriptions militaires ont été relativement ménagées (0,25 décès sur 1000 hommes d'effectif dans la deuxième division militaire, chef-lieu : Rouen ; 0,47 dans la troisième, cheflieu : Lille; 0,92 dans la septième, chef-lieu : Besançon; 0,96 dans la première, chef-lieu : Paris)?

Des conclusions définitives ainsi établies nous conduiraient aux erreurs les plus manifestes. Il suffit de jeter les yeux sur les statistiques des années antérieures, pour constater les oscillations de la fièvre typhoïde dans nos diverses garnisons, et par conséquent une mobilité de foyers épidémiques assez grande pour prouver son indépendance des conditions telluriques. Je constate, par exemple, qu'en 1868, parmi les villes de garnison les plus éprouvées par la fièvre typhoïde, figurent : Auxerre, Saint-Germain, Provins, appartenant à la première division militaire; Alençon, Évreux, appartenant à la deuxième; Abbeville, Amiens, Péronne, le Quesnoy, appartenant a la troisième, etc.

Les épidémies de fièvre typhoïde, sur le sol de la France, et d'après les faits observés dans notre armée, varient donc aux diverses années, et ce fait me semble en rapport avec les circonstances suivantes : chaque fois qu'un centre de population est atteint d'une épidémie de ce genre, la masse des individus prédisposés à l'affection fournit à cette épidémie un vaste contingent ; mais, de ces nombreuses atteintes résulte, pour les années suivantes, une chance de préservation de la population en raison de l'immunité acquise par tous ceux qui viennent d'être frappés. A moins de conditions spéciales d'insalubrité, comme il s'en rencontre dans certaines grandes villes, où même dans de petites localités demeurées stationnaires en fait d'hygiène, la fièvre typhoïde, comme la variole, la rougeole, la scarlatine, disparaîtra en général, pendant un temps plus ou moins long, de la région qu'elle vient de frapper, pour n'y reparaître que lorsqu'elle aura chance d'y rencontrer de nouveau un nombre d'individus prédisposés suffisant à son développement. Suivant les années donc, nos soldats trouveront, dans la même garnison, des chances plus ou moins grandes de contracter la fièvre typhoïde, selon que celle-ci pèsera, ou non, sur l'élément civil de la population.

En est-il de même pour les affections d'origine réellement telluriqne, comme les fièvres intermittentes? Nullement; ici le retour de l'affection et sa prédominance constante dans les mêmes localités prouvent bien sa dépendance de conditions permanentes en telle ou telle garnison. Tous les ans, la statistique médicale de l'armée nous montre la prédominance des fièvres palustres dans certaines villes du littoral méditerranéen (Antibes, Cannes, la Ciotat, Perpignan, Prades, etc.), dans presque toutes nos garnisous du département de la Corse ou

dans certains foyers parfaitement connus (Rochefort, la Rochelle, Saintes, Saint- Maixent, Napoléonville) des départements de l'Ouest.

Bien plus commune, en général, dans les grandes villes de garnison, la fièvre typhoïde de l'armée ressemble encore, en dernier lieu, à celle de la population, par la ténacité avec laquelle, au contraire, elle s'attache parfois à certains petits centres militaires. Tous les ans, l'Académie de médec' ne reçoit des rapports dans lesquels on lui signale les ravages produits dans certaines localités d'autant plus cruellement atteintes qu'elles sont moins considérables. Cependant, dans son rapport sur les épidémies de 1865, Bergeron mentionnait le fait d'un département dans lequel ce rapport inverse entre les chiffres de la population des centres atteints et la gravité du mal était mis en relief d'une manière remarquable. Tandis que dans une commune de 1,500 âmes, il y avait eu une atteinte sur 25 habitants, dans une commune voisine, de 190 âmes, il y avait eu une atteinte sur 5; et dans une lutre de 90 âmes, il y en avait eu une sur 2. On sait du reste que dans ses épidémies de maison, la fièvre typhoïde, agissant encore sur un centre plus restreint, frappe parfois la presque totalité des habitants.

11 en est de même dans l'armée; malgré leur immunité habituelle relativement aux grands centres militaires, quelques-unes de nos petites villes de garnison sont, presque tous les ans, le théâtre d'épidémies très-graves. Nous avons vu maintes fois citer, dans les statistiques officielles, la gravité des épidémies dans les garnisons de Langres, Condé, Provins, etc. ; et nous pensons que c'est en des circonstances pareilles qu'il y a lieu de rechercher dans certaines conditions toutes locales la raison d'une pareille exception. On aura des chances nombreuses de trou ver dans le mode d'installation des casernes, dans l'alimentation des soldats, dans les dispositions défectueuses des égouts et des latrines, quelque cause pathogénique que les progrès de l'hygiène ont fait disparaître dans les centres plus considérables, absolument comme dans les villages où la fièvre typhoïde sévit en permanence, on constate ordinairement quelque desideratum de jour en jour plus rare dans les grandes villes.

Mais, en outre, il est une circonstance dont il faut tenir compte pour ne point s'exagérer outre mesure cette gravité des épidémies de fièvre typhoïde dans une petite localité, et cette circonstance, la voici: Quand une épidémie de ce genre éclate sur la garnison d'une petite ville, elle trouve cette garnison habituellement réunie dans une même caserne; en sorte que toute la population militaire locale vit dans le même foyermorbide, et que, par conséquent, chacun est menacé au même degré, d'où un nombre d'atteintes considérable relativement au chiffre de l'effectif. Lors, au contraire, que la maladie sévit sur la garnison d'une grande ville, c'est telle ou telle caserne qui est plus spécialement frappée; le danger est grand pour ceux qui habitent cette caserne, relativement minime pour les autres; mais comme, une fois l'épidémie éteinte, on en apprécie la gravité en comparant le nombre des atteints et des morts au total de la population militaire, cette gravité paraîtra moindre à cause du grand nombre d'individus appartenant a cette population et qui ont vécu en dehors du foyer épidémique.

Fièvres éruptives. Les fièvres exanthématiques sont loin, en temps ordinaire, de causer dans l'armée une morbidité aussi considérable que la fièvre typhoïde. On peut le constater d'après le tableau de la page 578.

Mais néanmoins leur fréquence a quelque chose d'étrange si on la compare à l'immunité relative dont jouissent à leur égard les groupes de la population civile d'âge correspondant à celui du soldat.

C'est surtout au point de vue de sa prédisposition à ces maladies que le soldat semble être revenu aux premières périodes de l'existence; quand la rougeole, la scarlatine, les oreillons régnent dans une localité, il n'y a guère, dans la population civile, que les enfants qui soient frappés : une atteinte d'adulte est chose exceptionnelle. Et cependant nous voyons alors, dans nos régiments, un nombre considérable de malades ; un corps de 600 hommes fournira 60 cas de rougeole, 100 cas, quelquefois plus, d'oreillons.

Deux raisons principales me semblent devoir être invoquées pour expliquer ce déplacement, comme âge, des maladies de l'enfance, et leur apparition si commune chez le soldat. La première est l'absence plus fréquente dans l'armée, de l'immunité conférée par une première atteinte ; tous les soldats provenant des campagnes par exemple, ou même de nombre de petites villes, ont vécu, jusqu'à leur appel sous les drapeaux, à l'abri des conditions de contage de la variole, de la rougeole, de la scarlatine; il n'y avait pas d'épidémie, pas de germes contagieux autour d'eux. Ces germes, ils les trouvent à leur arrivée dans les grandes villes, et alors nous voyons spécialement atteints ceux d'entre eux qui ont le moins dépouillé les aptitudes morbides de l'enfance, les plus jeunes ; mais, en somme, si ces atteintes sont relativement bien moins communes parmi la population adulte, non militaire, des villes de garnison, ce fait tient surtout à l'immunité acquise, à une époque antérieure de leur existence, par la plupart des jeunes gens qui sont nés et ont vécu en ces villes ; pour ceux-ci, en effet, les occasions de contage ont été fréquentes ; le plus grand nombre d'entre eux ont eu la rougeole, la scarlatine, les oreillons pendant leur enfance; nombre de soldats, provenant des campagnes, se trouvent au contraire exposés pour la première fois à contracter ces maladies au moment où leur incorporation les amène dans de grands centres de population; c'est alors seulement qu'ils sont atteints, payant alors, pour ainsi dire, la dette de leur bonne santé antérieure.

Un autre motif de la fréquence des fièvres éruptives, comme au reste de toutes les maladies zymotiques dans l'armée, c'est que, par leur réunion en nombre considérable dans des casernes plus ou moins vastes, dans des chambres communes, les soldats subissent bien plus longtemps, à chaque épidémie, les chances de contagion que ne les subissent les divers éléments de la population civile. Dans une famille, le danger de contamination durera autant que la maladie des divers membres de cette famille, pendant quelques jours, quelques semaines, rarement davantage; les épidémies de maisons, quelle qu'en soit la nature, représentent en général les minima de durée des épidémies, vu le nombre restreint des sujets qui peuvent les entretenir; dans une caserne renfermant des centaines de soldats, le nombre des atteintes successives pourra, au contraire, perpétuer,, durant des mois, les chances de maladie pour l'ensemble de la population de cette caserne, et tel individu qui avait résisté, faute de prédisposition, à la première impression du contage, se retrouvera, après une période souvent assez longue, en présence de la même influence morbifique à laquelle, cette fois, il n'échappera pas.

Les épidémies de maladies virulentes se prolongent enfin quelquefois outre mesure, dans les grandes garnisons, vu l'atteinte successive des diitérents corps de ces garnisons. C'est là, plus encore que pour la fièvre typhoïde, un caractère des allures épidémiques des affections nettement virulentes ; se transmettant surtout par l'homme, elles n'éclatent dans les divers milieux favorables à leur développement que lorsque l'élément de la contagion y a été transporté ; et l'oa

voit alors les différentes casernes ou les différents corps successivement atteints au lieu de subir simultanément l'influence morbide comme dans les vraies épidémies.

La mobilité du soldat nous rend également compte, dans une certaine mesure, de sa prédisposition relalive aux affections contagieuses; dans une simple marche occasionnée parun changement de garnison, un régiment trouvera sur sa route des foyers épidémiques auxquels, par leur immobilité, les populations voisines demeurent à peu près indifférentes. Aussi ne voit-on pas dans l'armée les épidémies de maladies éruptives séparées entre elles par des intervalles réguliers comme ceux qu'on a constatés depuis Sydenham pour la population civile ; la permanence et la fréquence relative des occasions de contage les entretient d'une manière plus continue dans la population militaire (voy. Laveran, loc. cit.).

Il faut enfin se rappeler l'affinité que présentent entre elles, dans leur développements épidémiques, les différentes maladies exanthématiques; tel milieu dans lequel viennent de se manifester la variole, la rougeole, est éminemment propre au développement de la scarlatine, des oreillons. C'est sans doute cette analogie des conditions favorables à leur développement qui enfante les constitutions médicales exanthématiques, caractérisées par le règne simultané ou rapidement successif de ces diverses affections; nous n'avons jamais vu d'exemples plus remarquables que dans l'armée de la réalité de ces constitutions ; dans notre temps d'exercice dans les régiments, nous avons observé, entre autres faits, un corps de troupes dans lequel, en une période d'un an, ces quatre maladies apparurent successivement sans intervalles entre elles.

La répartition des épidémies de fièvres exanthématiques, en dehors des conditions d'âge qui en feront spécialement l'attribut des plusjeunes, sera influencée en outre par les conditions plus ou moins considérables de contage, comme le démontrent les atteintes relativement si nombreuses des infirmiers militaires qui, vivant au foyer même de toutes les contagions, présentent les chiffres les plus élevés d'atteintes et de mortalité, par maladies spécifiques, aux premiers temps de l'incorporation (Laveran, loc. cit.).

Les affections virulentes sont certainement plus communes, en général, en garnison qu'en marche ou en campagne. Il suffit souvent, pour dissiper ces épidémies, de quitter l'habitation des villes, des casernes et de faire camper les troupes.

Mais ici encore il ne faut pas s'empresser de généraliser et conclure qu'en temps de guerre ces maladies ne pourront apparaître; il suffit de se rappeler le rôle considérable de la variole et de la rougeole, dans les maladies de notre armée durant la guerre de 1870-1871, pour comprendre que souvent les mouvements des armées ont, au contraire, pour conséquence de les amener dans les foyers les plus redoutables de maladies virulentes. A côté de ce fait tout récent, rappelons que la plupart des tribus guerrières indigènes soit de l'Afrique, soit de l'Asie, qui ont eu à lutter contre des forces européennes ont presque toujours subi, à la suite de ce contact, de terribles épidémies contre lesquelles ne les préservaient aucune vaccination ni aucune atteinte antérieure, épidémies qui ont souvent arrêté la guerre, et même anéanti ces tribus, comme en 1874 lors de l'expédition anglaise de sir Charles Maccarthy contre les Ashantes de la Côte d'or du Sénégal (Voy. Léon Colin. L'expédition anglaise de la Côte d'Or, in Gaz. hebd. de méd. et de chir., Paris, 1874). En Europe, ce sera surtout dans les guerres de siège, comme en 1870-71 à Paris, comme déjà

•en 1688 à Philisbourg, que ces épidémies trouveront le plus naturellement leurs conditions de développement par le maintien des troupes dans les foyers épi— démiques.

Variole. Gordon nous apprend qu'au milieu du dix-huitième siècle, les quatre cinquièmes au moins (22 sur 100) des soldats anglais étaient atteints de variole, et l'on sait combien à cette époque était redoutable une pareille atteinte.

Presque tous les ans, dans nos grands hôpitaux militaires de Paris, il y a lieu d'ouvrir un service spécial de varioleux qui habituellement est fermé pendan1 l'été, les oscillations du mal confirmant l'observation faite par Sydenham, et re. nouvelée d'après des masses de faits par E. Besnier, de la marche ascensionnelle de l'affection pendant l'hiver, et de son déclin à partir du printemps. D;ms la majorité des garnisons secondaires, la maladie, au contraire, est ordinairement plusieurs années sans apparaître. Considérée d'une manière générale dans l'armée française, cette affection y est chaque année représentée par un nombre de cas dont la statistique médicale nous permet d'établir le rapport proportionnel au chiffre de l'effectif; en 1866, par exemple, il y eut 2,2 hommes atteints sur 1,000; et 2,3 en 1867 ; cette proportion de morbidité variolique devenait triple en 1868 (6,5 atteints sur 1,000 hommes), pour s'abaisser de nouveau à 5,27 en 1869.

J'insiste avec soin sur cette diminution parce qu'elle correspond, comme <late, à une augmentation considérable du nombre des varioleux dans la population civile, et prouve que notre armée présentait, en 1869, grâce aux mesures de revaccination, une immunité relative contre l'épidémie qui se généralisait sur toute la France. J'avais moi-même, en juillet 1870, au moment où le nombre de décès varioliques dans la population civile de Paris dépassait le chiffre de 1,000 par mois, signalé un tel abaissement du nombre des varioleux militaires reçus au Yal-de-Gràce que j'espérais pouvoir fermer, comme d'habitude à cette époque de l'année, le service spécial qui leur était consacré (Léon Colin, La variole au point de vue épidémiologique et prophylactique, Paris, 1875). Il fallut l'arrivée à Paris d'une masse de régiments de création récente, appelés à défendre la capitale, et qu'on n'avait pas eu le temps de revacciner, pour donner un nouvel aliment à l'épidémie militaire et la rendre presque aussi grave que l'épidémie civile.

Ce n'est pas, il est vrai, l'armée de Paris seulement qui fut atteinte de cette épidémie ; on sait le tribut que lui payèrent nos armées de province, en Bretagne surtout et sur la Loire ; mais nulle part, en raison de l'accumulation d'un si grand nombre de jeunes gens prédisposés dans une ville assiégée, elle n'a duré aussi longtemps qu'à Paris où elle a sévi pendant tout le siège. Durant cette période", 7,578 varioleux militaires furent admis à l'hôpital de Bicêtre dont j'étais le médecin en chef, et j'estime à 4,000 environ le nombre des autres varioleux de notre armée admis en différentes ambulances de la capitale.

La morbidité par variole, pendant le siège seulement (septembre 1870 à février 1871) s'est élevée, d'après mes calculs, à 68 sur 1,000 hommes présents, proportion décuple on le voit, de celle des atteintes de notre armée pendant l'année 1868 tout entière où cette morbidité était déjà relativement considérable.

En général, les épidémies de variole, malgré les communications des troupes, restent plus ou moins longtemps circonscrites à telle ou telle ville de garnison, et même à telle ou à telle caserne ; j'avais été, dès 1854, frappé de cette tendance d'un mal, si contagieux cependant, à se limiter à un corps de troupes ; j'avais

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vu, à Joigny, un régiment atteint d'une grave épidémie qui respecta presque absolument la population, bien que dans cette population il eût été pratiqué bien moins de revaccinations que parmi nos soldats. Dans l'épidémie subie pendant le siège de Paris, nous avons constaté encore des faits analogues.

Cbaque régiment devenait tour à tour le terrain d'une petite épidémie de variole qui s'y manifestait comme isolément, avec ses phases successives d'augment, d'état et de déclin. Les registres d'entrée à l'hôpital de Bicêtre prouvent ce mode d'explosion successive de la variole dans les différents corps de l'armée de la défense de Paris.

Cette atteinte successive des divers corps ne se manifestait pas seulement par la succession des entrées de leurs malades à l'hôpital, maisaussi parla mortalité qui, pour la plupart d'entre eux, atteignit son maximum à des époques différentes ; nous avions ainsi souvent la triste mesure de l'intensité de l'épidémie dans tel ou tel corps; Nous recevions par exemple, le 23 décembre 1870, parmi d'autres malades du même régiment, cinq hommes du 109e de ligne, atteints tous les cinq de variole confluente et succombant tous les cinq le même jour, le septième de leur entrée; de même six gardes mobiles de l'Aube, entrés le 17 janvier 1871, étaient enlevés presque simultanément huit jours après leur entrée; même fait pour un groupe de mobiles de la Vienne, entrés le 28 janvier 1871.

Il y eut un corps remarquable entre les autres par la régularité du niveau de ses malades varioleux durant toute l'épidémie ; c'est le train des équipages dont les trois escadrons, présents à Paris, eurent chacun un mouvement d'entrées uniforme pendant tout le siège ; le mode d'organisation de ce corps et la nature de ses services semblent pouvoir rendre compte de ce fait ; les soldats du train ne vivent pas, comme les autres, en agglomérations plus ou moins nombreuses ; ils sont disséminés en petits groupes attachés aux différentes divisions militaires; le service des transports, des ravitaillements, etc., les met en rapport avec toutes les fractions de l'armée; il ne nous paraît pas étonnant dès lors que ces hommes aient été successivement atteints en même temps que les autres corps auxquels ils étaient respectivement attachés ; c'est ce qui a réparti leur morbidité d'une manière à peu près égale sur toute la durée de l'épidémie.

Nous acquîmes, durant cette maladie, la preuve de l'exagération des reproches adressés à l'influence de f'encombrement dans les affections militaires d'origine purement virulente.

A Bicêtre où les locaux, comme l'atmosphère, étaient imprégnés des produits et des exhalaisons morbides des douze cents malades toujours présents et de ceux qui les avaient précédés, nous n'avons pas eu un seul cas de variole hémorrhagique dans le personnel des infirmiers, pas une atteinte de* variole dans celui des quarante médecins et pharmaciens attachés à l'établissement,, malgré la négligence du plus grand nombre d'entre eux à se faire revacciner, non plus que dans la communauté des quarante religieuses qui soignaient nos malades nuit et jour, et qui habitaient le centre de l'hôpital. Cette immunité relative prouve une fois de plus combien il est difficile de préjuger les chances d'explosion et de gravité d'une maladie virulente d'après les conditions hygiéniques du milieu où un sujet pourra la prendre ou la subir. Les varioles contractées ta Bicêtre par le personnel de l'hôpital ont été moins nombreuses et moins graves, malgré l'intensité de la cause locale, que la moyenne des varioles qui se sont développées loin de notre hôpital, parfois chez des hommes appartenant à des détachements isolés peu nombreux, où la matière contagieuse

n'existait relativement qu'en proportion minime. Ce n'est pas la masse des malades renfermés dans un établissement qui rendra cette contagion beaucoup plus certaine, pas plus que la quantité de virus dont on chargera une lancette ne modifiera, quand l'inoculation aura été bien faite, les chances de développement de certaines affections spécifiques ; ce n'est pas non plus l'influence de ces vastes agglomérations de malades qui rendra plus grave la maladie puisée au milieu d'eux; il y a quelques années, la variole, dans nos hôpitaux militaires, ne tuait guère plus d'un malade sur 15 ou 20, quel que fut le nombre des cas réunis dans un même service ; aujourd'hui la variole a un caractère de gravité beaucoup plus marqué, mais indépendant du nombre des atteints; il est certains villages de France, spécialement dans les départements de l'Est et du Centre, où le chiffre des malades a été très-faible (8 à 10 pour toute une commune), et celui des morts relativement énorme, bien que chacun des individus frappés par l'épidémie ait été traité chez lui, éloigné des autres varioleux avec lesquels il n'avait eu que le contact passager qui avait suffi à la propagation de la maladie : il est cependant évident que dans ces villages la gravité de l'affection ne peut être imputée à la quantité des germes de contage répandus dans l'atmosphère.

Il est une locution que l'on emploie trop volontiers quand on veut caractériser, sans l'avoir sufisamment étudiée, la pathogénie des affections du soldat ; c'est le mot encombrement : on l'applique à tout ; et il n'est pas jusqu'à cette dernière épidémie de variole dans notre armée où l'encombrement des troupes n'ait été invoqué comme cause soit de propagation, soit de gravité de la maladie parmi les soldats.

Pour ce qui est de la propagation, il faut se rappeler que les germes virulents, fournis par un seul malade ou convalescent de variole, sont bien suffisants pour répandre la contagion parmi les sujets prédisposés qui vivent autour de lui ; ces germes deviendront plus abondants encore et satureront l'atmosphère si, au lieu d'un seul varioleux, il s'en trouve plusieurs dans une réunion d'hommes ; mais il importera peu, au point de vue de la propagation de la maladie, que cette réunion soit agglomérée dans des locaux insuffisants, en un mot qu'il y ait encombrement.

Nos observations de Bicètre ont également mis pour nous, hors de doute, la plus grande fréquence des atteintes de variole et des décès consécutifs, chez les militaires d'un âge relativement avancé. Les gendarmes, les artilleurs, les marins employés dans les forts de Paris, ont plus souffert de cette affection que le reste de l'armée composé d'éléments plus jeunes.

Cette différence n'a rien d'extraordinaire et se retrouve dans les observations quotidiennes de la médecine militaire.

De toutes les affections zymotiques, la variole est celle peut-être qui frappe moins spécialement les très-jeunes soldats. Tandis que la scarlatine, la rougeole, les oreillons, la fièvre typhoïde, la méningite cérébro-spinale, l'ophthalmie militaire, la stomatite ulcéreuse sont l'apanage des nouvelles recrues, la variole au contraire est plus uniformément répartie sur toute la durée du temps de service. Ce fait nous semble être surtout la conséquence de la première inoculation vaccinale, dont l'influence recule ainsi l'époque des atteintes et de 1» mortalité par variole ; il est probable que chez la majorité de nos soldats, cette influence dure encore au moment de l'incorporation (18 à 20 ans), pour s'atténuer et disparaître pendant le temps de service. Aussi trouvons-nous beau-

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coup de vieux soldats et de sous-officiers atteints de variole, tandis que pour les affections précédemment énumérées, l'atteinte d'un ancien est une exception. Ce fait rentre au reste dans la loi générale des âges propres à la variole ; car, dans la population civile également, nous voyons le maximum des atteintes se manifester relativement tard (voy. Léon Colin, De la variole, etc., p. 92).

C'est dans l'armée surtout qu'il y a lieu de recourir à une application de plus en plus complète des règles de prophylaxie vaccinale. L'âge moyen des soldats, de 20 à 55 ans, correspond à l'époque de la vie où se prononce à son maximum l'aptitude à la variole et à la revaccination. D'après les recherches de Lalagade, les périodes de la vie correspondant à l'âge du soldat (de 20 à 55 ans) figurent parmi celles où les revaccinations ont le plus de chances de succès (50 chances environ sur 100 inoculations). Les revaccinations des armées sont un fait d'utilité publique. Par leurs agglomérations, les soldats constituent un terrain propre au développement d'épidémies considérables ; par leur mobilité, un milieu également apte à prendre la maladie et à la transmettre dans les différentes localités qu'ils parcourent.

Grâce à la fréquence et à la régularité des re vaccinations, l'armée prussienne .a été à peine touchée par l'épidémie de variole qui, de 1857 à 1861, couvrait toute l'Allemagne et causait, dans la population civile de la Prusse seulement, près de 8,000 décès, immunité remarquable que nous avons vue se renouveler en ces derniers temps, quoique à un moindre degré.

Ainsi, pendant la dernière guerre, au moment où elle se trouvait entre Paris où régnait la variole, et les armées de province qui en étaient également atteintes, l'armée allemande n'a eu, en effet, que peu de varioleux; parmi les quelques centaines de prisonniers qui étaient renfermés à Paris, un seul a été envoyé à Bicètre comme varioleux, et son affection avait été si fugace que nous conservons des doutes sur ce diagnostic.

Dans notre armée cependant, en temps normal, le résultat des revaccinations est assez satisfaisant pour être comparable à celui qu'on a obtenu dans les autres armées. Ainsi, en 1868, sur un chiffre de 42,259 revaccinés, on a obtenu 14,817 succès, soit 55 succès pour 100. Cette proportion est presque identique aux résultats obtenus en d'autres pays sur la même classe de la société, résultats ainsi résumés dans les Transactions ofthe Epidemiological Society de Londres :

TOTAL

des revaccinations.

hésultat suis i ooo vaccinés.

M'CCÈS COMPLET.

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