MORSE
morphine (cette coloration se produit même en dehors de la lumière) a des propriétés vomitives, mais peut-être un peu moins sûres que celles de la solutionincolore.
M. Chou ppe a présenté, dans la séance du 18 juillet 1874 delà Société de Biologie, quelques considérations sur la façon dont s'accomplissent les vomissements chez les animaux qui prennent de l'apomorpliine. En opposition avec l'opinion de Quehl et en accord avec celle de Riegel, il a constaté que la section des pneumo-gastriques n'empêchait pas le vomissement; le tartre stibié en injection dans la vessie offre la même particularité, tandis que l'émétine au contraire n'agit plus, en tant que vomitif après celte section (voir aussi une bonne étude critique du même auteur sur l'apomorpliine, in Gaz. hebd., déc. 1874).
L'apomorpliine paraît donc promettre à la thérapeutique un médicament d'une réelle importance; la i'acilité et la sûreté avec laquelle il produit l'effet vomitif quand il et injecté hypodermiquemint; son innocuité locale et générale; la persistance assez longue des vomissements sous son influence sont des qualités précieuses, principalement dans la thérapeutique des empoisonnements. On peut en tirer cette conclusion que les cadres thérapeutiques doivent rester ouverts et que l'affirmation sceptique que nous avons assez, si ce n'est trop, de médicaments, ne doit trouver de crédit qu'auprès des esprits paresseux.
La modification chimique qu'a subie la morphine pour passer à l'état d'apomorphine, a suffi pour exalter ses propriétés vomitives et atténuer ses propriétés somnitères et toxiques. Arrivera-t-on par un autre dédoublement à séparer les propriétés hypnotiques des propriétés convulsivantes qui se trouvent réunies dans la morphine aux propriétés vomitives? Nul ne le sait, mais qui oserait aujourd'hui assigner des bornes au possible en thérapeutique?
M. .Moelle de Nivelles, qui a publié récemment un bon travail clinique sur l'apomorpliine, lui reconnaît sur les autres vomitifs les avantages de la sûreté d'action, de l'absence d'hyposthénie, de l'innocuité des doses assez fortes malgré l'activité thérapeutique des très-petites doses, et enfin l'avantage de son administration hypodermique qui n'appartient jusqu'ici (avec efficacité du moins) qu'à cet émétique et qui élargit ainsi le cercle de l'emploi des vomitifs.
§ III. Toxicologie (voy. OPIUil).
(Pour la bibliographie, voy. Opium). Fonssagrives.
MORPIOX. Voy. Pou.
MORS »U DIABLE (Morsus dioboli). Nom donné au Scabiosa succisa: (voy. Scabieuse). Pl.
mors de poule (Morsus Gallinœ). Nom vulg. du Mouron blanc (Alsine
média) .
MORSE. Ce genre de mammifères marins comprend l'une des plus grandes espèces connues de l'ordre des phoques, le morse (Trichechus rosmarus), qui est particulier aux régions boréales et se distingue, au premier abord, par le grand développement de ses canines supérieures, lesquelles sortent de la bouche pour former deux longues défenses dirigées en bas. Les incisives sont au nombre de deux seulement, du moins chez l'adulte; il n'en existe qu'à la mâchoire supérieure. Il y a seize molaires pendant la même période de la vie : quatre paires supérieurement et quatre intérieurement ; mais les très-jeunes sujets ont la dentition plus complète, en ce qui concerne les incisives. On leur trouve, eu effet.
| incisives, } canines et § molaires. C'est à M. Malmgren que l'on en doit la description.
Les jeunes morses ont aussi le crâne plus semblable à celui des loutres, et malgré les particularités extérieures qui les distinguent dans l'âge adulte, leur espèce paraît être, de tous les phocidés, celle qui s'éloigne le moins des carnivores terrestres.
Le morse, qui reçoit parfois le nom de cheval marin, peut avoir jusqu'à 20 pieds de longueur. Sa nourriture consiste en crustacés, en oursins et autres animaux invertébrés marins qu'il se procure dans les bas-fonds. Ses fortes canines supérieures lui servent à gratter le sol ; elles lui permettent aussi de lutter contre ses ennemis.
Les anciens n'ont pas connu cet animal, mais il en est question dans les Sagas islandais qui remontent au moyen âge, et Albert le Grand en a parlé d'après ces documents.
La peau du morse est utilisée pour la corderie et la corroierie ; on mange sa chair; son huile sert à différents usages et ses défenses constituent un bon ivoire.
On doit à M. Mûrie une étude anatomique du morse faite sur un animal de ce genre qui avait été amené vivant à la ménagerie de Londres. P. Gerv.
morsures. Voy. Plaies.
MORT. § I. Physiologie. Théorie. Pour définir la mort avec exactitude, il faudrait savoir en quoi consiste clans son essence intime la vie elle-même, dont la mort est le retrait définitif, en quelque sorte le dénoûment. Mais cette notion trauscendanle du dynamisme biologique, qui se débat encore entre les écoles vitalistes et les écoles organiciennes, soulève des problèmes trop étendus pour être distraits de leur cadre naturel (voy. art. Vie), et n'a livré jusqu'à maintenant que des solutions trop incertaines pour servir de base à mon étude actuelle. Dans l'indécision où nous laisse ainsi la science sur la nature de l'inconnue à laquelle la matière est redevable des propriétés qui constituent son animation, ignorants en ellemême la cause de la vie, nous ne pouvons plus concevoir la mort dans sa réalité objective, que comme la disparition effective de ses propriétés. Quelles que soient, du reste> à l'égard de ces hautes spéculations de métaphysique médicale, les convictions, je dirais plutôt les tendances scolastiques, l'accord est fait par l'observation des phénomènes, sur les conditions spéciales d'une activité dont il est si malaisé de pénétrer la nature. 11 importe de rappeler la formule de cet accord pour la faire servir de point de départ à la question qui nous occupe.
Si la vie n'est pas le résultat de l'organisation, il est incontestable qu'elle en est du moins solidaire ; les propriétés particulières qu'on désigne sous ce titre n'appartiennent qu'à la matière organisée et disparaissent fatalement quand celle-ci perd sa constitution chimique ou ses dispositions morphologiques. Comme pendant à cette vérité banale, il faut ajouter que la mort, en revanche, apparaît seulement chez les êtres doués d'organisation, et que les corps bruts n'ont jamais à la subir.
Aimi que toute propriété, la vie peut être agissante ou virtuelle, et, malgré les définitions classiques, c'est donc non-seulement la cessation de ses actes (I.onget, Béclard), mais à la fois la disparition de sa puissance qui caractérise la mort.
Les êtres qui possèdent les éléments de la vie, ne la manilestent qu'en présence de sollicitations étrangères et dans un milieu formé par la réunion de ses agents provocatturs; en dehors de ce milieu, éloignée de ces sollicitations, la vie
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reste ou redevient inerte; mais ses propriétés ne sont pas absentes pour être inactives, elle-même n'est pas éteinte quoique silencieuse, car ses effets peuvent apparaître par le rétablissement de leurs conditions extérieures. Les exemples singuliers de reviviscence viennent appuyer cette appréciation théorique de leurs témoignages matériels. Ainsi toute vitalité peut être suspendue pendant un temps plus ou moins long, dans les graines de quelques végétaux, chez les germes ou les larves de certains animaux, ou même sur des êtres complètement développée, appartenant à des espèces rudimentaires. Soustraits à leur entourage indispensable de chaleur et d'humidité, par exemple, ces êtres cessent de manifester les actes qui caractérisent leur existence, pour en reprendre le cours dès que ces conditions primitives leur sont restituées. Découverts en 1701 par Leeuwenhoek, observés plus tard par Ncedham, Henry Baker, Fontana, et surtout par Spallanzani, ces phénomènes de reviviscence ont été régulièrement étudiés, en 1842, par Doyère; les principales espèces qui peuvent les présenter sont les anguillules des tuiles et du blé niellé, les tardigrades et les rotilères. Ces êtres microscopiques perdent toute leur activité vitale quand on les dessèche, et la recouvrent quand on les humecte; leur organisme passe ainsi à volonté, de Y état dynamique à Yétat statique, et ils peuvent même supporter, dans cette dernière situation, sans perdre leur faculté de revivre, des températures supérieures à 100° qui les feraient infailliblement périr dans la précédente. Les hasards de la nature réalisent quelquefois eux-mêmes pour ces animaux les circonstances artificielles des expériences, et l'on voit quelques-uns d'entre eux qui habitent d'ordinaire dans les mousses humides, se rouler en boules immobiles pendant les sécheresses et reprendre quand il pleut le mouvement de la vie. La congélation, en ramenant à l'état solide l'eau qui fait partie de tout organisme vivant, fournit un autre moyen d'arrêter les manifestations agitées de la vie sans en tarir la source, et de reproduire le phénomène des reviviscences sur des êtres plus élevés dans l'échelle animale. On lisait depuis longtemps, avec assez peu de confiance, dans des récits de voyage au nord de l'Amérique et de la Russie, que les habitants de ces régions transportent des poissons entièrement congelés et roides comme du bois et les rendent à la vie, 10 ou 15 jours après, en les plongeant dans de l'eau à la température ordinaire. Ces faits acquirent une certaine autorité quand Gaymard, en 1828, les eut contrôlés sur des crapauds de manière à ne laisser subsister aucun doute en ce qui concerne ces derniers animaux. Ceux-ci avaient été si bien congelés dans toutes les parties de leur corps qu'ils étaient immobiles comme des cadavres, qu'ils étaient durs, inflexibles et cassants, et qu'en brisant leurs membres il n'en sortait aucune goutte de sang. Placés dans de l'eau graduellement attiédie, ils reprirent cependant toute leur activité ordinaire. Depuis lors ces expériences intéressantes ont été bien des fois répétées avec un plein succès, sur les animaux à sang froid, particulièrement sur des grenouilles. La condition exclusive de cette persistance de la vie à l'état latent, c'est qu'aucun changement irrémédiable de composition ou de texture ne frappe l'organisme dans le cours de l'opération (Gavarret). Tel est l'unique motif pour lequel de semblables résultats sont impossibles à obtenir sur les organismes plus délicats des animaux supérieurs, et principalement des animaux à sang chaud; on ne peut anéantir ainsi leurs manifestations vitales, qu'en portant une atteinte fatale aux rapports, à la constitution, à la structure de leurs éléments. Ce serait, en particulier, d'après Pouchet, en désorganisant les globules rouges du sang et en les rendant absolument impropres à la vie, que le froid produirait ici la mort définitive et s'oppo-
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serait à toute chance de résurrection. Le récit du colonel véronais Alexandre Guaguino, relatif aux habitants de la Luccmorie, qui meurent tous les ans, le 27 novembre, par larigueur du froid, comme les hirondelles et les grenouilles, et ressuscitent au retour du printemps, le 24 avril, n'est donc qu'un conte ridicule, et l'espoir conçu par le grand physiologiste anglais, John limiter, de prolonger indéfiniment la vie d'un homme par des congélations successives, n'est lui-même qu'une utopie scientifique, parce que l'extrême complication de l'économie humaine, la facile altérabilité des substances qui la composent, s'oppose en fait au déroulement régulier de semblables évolutions; mais la réalité même du passage de l'organisme à l'état statique, la possibilité du maintien de la vie à l'état de puissance est mise hors de doute, comme on le voit, par de nombreux et d'incontestables exemples. La mort que Buffon appelait, on ne sait trop pourquoi, « la dernière nuance de la vie, » est donc, plus encore que l'arrêt des propriétés vitales comme la définit Nysten, elle en est l'anéantissement.
Pour concevoir le mode de production et la raison d'être de la mort, il faut envisager en elles-mêmes ces propriétés vitales et rechercher dans leur évolution les secrets relatifs à leur défaillance. Dans ce but, on doit cesser d'abord de considérer la vie comme un ensemble de facultés indépendantes ou, pour le moins, distinctes les unes des autres; si la nutrition, la respiration, la sécrétion, l'hémopoïèse et le développement plastique, si la motricité, la sensibilité, la reproduction des cellules et la génération des individus, ne sont pas des actes inséparables, des phases ou des aspects différents d'un même mouvement organique, s'ils ne concourent point dans une mesure égale a la réalisation de l'existence, si tous les êtres vivants ne les maintiennent pas dans une indissoluble unité, il faut, pour concevoir de celle-ci le type idéal et simple que nos généralisations doivent se poser ici pour but, rejeter de ces divers phénomènes tous ceux qui ne se montrent point indispensables ou constants, il faut réduire la manifestation vitale à ses fondements essentiels, car ce qui sert à orner ou à perfectionner la vie, n'est ni suffisant, ni nécessaire pour la représenter. En prenant ainsi ce qu'ont de commun les divers degrés, les diverses espèces d'existence, notre esprit s'élève par abstraction à l'idée même de la vie, qui consiste finalement dans un phénomène de nutrition, dans un emprunt fait à la matière du monde extérieur, acte fondamental et primitif, d'où peuvent se dégager ensuite tous les phénomènes les plus complexes, autour duquel peut se reconstituer l'ensemble du cortège fonctionnel. La vie est donc une et se réduit à un emprunt de matière; se nourrir c'est déjà vivre comme les végétaux; c'est assurer la forme plastique, c'est posséder les éléments de la force. Combiner les malériaux de cet emprunt, se nourrir et respirer, en oxydant du carbone et pour produire de la chaleur, c'est désormais une véritable émanation de cet échange primordial, et ce premier développement de la vie contient lui-même en germe les prérogatives les plus variées de l'existence animale, puisque la force dégagée par ces combustions organiques va désormais se manifester sous la forme de transmissions nerveuses, d'incitations motrices ou de contractions musculaires. Ainsi l'on peut dire, avec toute la rigueur d'une scrupuleuse analyse que la faculté d'entretenir sa constitution matérielle par un échange avec le monde inerte résume et personnifie, en quelque sorte, chez les êtres animés, le privilège inhérent à leur organisation.
Tout corps vivant s'accroît tant que le mouvement de l'assimilation y prévaut sur celui de l'exhalation ; il s'entretient quand la balance est égale et il décroît quand le rapport entre ces fonctions s'intervertit. Il vit tant que l'échange est
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possible et meurt quand il en perd la faculié. Il n'y aurait, sans doute, aucune contradiction à se représenter, chez l'être vivant, la première ou la seconde alternative douée d'une durée indéfinie, développant le volume des organes par un accroissement continu, ou conservant leurs dimensions dans un équilibre perpétuel et maintenant, en tout cas, l'économie dans une éternelle stabilité. La mort ne surviendrait alors que par une rupture éventuelle de cette harmonie, par un obstacle apporté du dehors au roulement de l'existence, par un accident étranger aux ois naturelles de la vie. Théoriquement la vie éternelle n'est donc pas incompatible avec le monde physique, et l'on peut même se demander avec Stalil, « pourquoi l'homme ne pourrait-il vivre toujours, puisqu'il peut vivre quelque temps. » Peut-être bien en est-il ainsi pour le règne végétal; peut-être que le destin des plantes ne les condamne pas fatalement à mourir. Toutes celles qu'on désigne par l'épithète d'annuelles ne périssent, en réalité, que sous l'influence des modifications survenues dans leur milieu atmosphérique, et le dernier jour des arbres vivaces paraît fixé à l'époque où leurs radicelles ont épuisé le sol qui les nouirit, ou pénétré par l'allongement des racines dans ses couches infertiles. Rien n'infirme, par conséquent, les suppositions d'Adauson, qui attribuait à certains pieds de Baobab (Adansonia digitata), dans les îles du cap Vert, plus de six mille ans d'existence, et bien qu'il faille rapporter fort au delà l'apparition de la vie sur le globe, il n'est pas absolument inconséquent d'admettre qu'il puisse exister parmi les végétaux des individus contemporains de la création. Les conditions de l'existence animale ne sont pas exactement les mêmes; l'observation des faits y attache l'idée d'une terminaison fatale, bien que la raison ne découvre nullement les motifs de cette nécessité. Chez les êtres qui fout partie du règne animal, l'exercice même de la rénovation moléculaire finit par user le principe qui l'entretient, sans doute parce que le travail d'échange ne s'accomplissant pas avec une perfection mathématique, il s'établit dans la figure, comme dans la substance de l'être vivant, une déviation insensible, et que l'accumulation des écarts finit par amener un type chimique ou morphologique incompatible avec la persistance de ce travail. La loi qui préside dans l'organisme animal à cet échange de matière, pivot fondamental de son activité vitale, porte donc en elle-même, par une imperfection de fait, sinon par un immuab'e destin, la cause de sa neutralisation finale, et la mort peut être ainsi considérée comme le terme inévitable, comme la conséquence nécessaire de la vie; dans ces limites se trouve confirmé, par les réalités de la nature, ce dogme des moralistes et des théologiens, que la mort est non-seulement la fin, mais le but de l'existence.
Toutefois, si l'immortalité d'un organisme animal n'est qu'une conception chimérique, le même jugement ne semble pas devoir s'appliquer à la pérennité de ses divers organes. On connaît les curieuses expériences de Paul Bert sur la greffe animale ; dans les nombreuses combinaisons auxquelles il en a soumis l'intéressante élude, cet éminent physiologiste s'est, entre autres, posé la question que voici : Lorsqu'un rat, par exemple, sur la tète duquel a été greffée la queue d'un individu semblable sera parvenu au terme de la vieillesse, ne serait-il pas possible, en transplantant sur un jeune animal l'appendice étranger, d'assurer àce dernier une seconde période d'existence par cette attribution d'un sang pourvu d'une vitalité nouvelle. En reproduisant ensuite cette transmission sur les génejations successives, ne réussirait-on pas à rajeunir indéfiniment l'organe primitif, sans qu'il ces-ât de rester lui-même, et ne parviendrait-on pas de cette façon, à le soustraire à la Ici de la mort. L'expérience a été commencée, mais ses premiers
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succès n'ont pas été assez longtemps poursuivis, pour constituer une réponse satisfaisante, et le problème qu'elle concerne reste encore à résoudre.
La question de la fatalité de la mort se reproduit sous une autre forme. La rénovation moléculaire est l'exercice d'une propriété dont la seule virtualité, •comme je l'ai dit ailleurs, constitue déjà l'existence. Quoique la mise enjeu de ce pouvoir aboutisse dans un temps donné fatalement à sa ruine, on peut donc, à bon droit, se demander, si l'interdiction de s:s prérogatives, si l'arrêt de l'échange matériel ut de toutes les fonctions qu'il alimente, ne laisserait pas subsister la puissance vitale dans une indissoluble intégrité ; en d'autres termes, est-ce qu'en suspendant les actes de la vie, .on ne supprimerait pas la nécessité de sa fin? Ici encore, au point de vue théorique, une réponse négative n'est nullement obligatoire; rien ne force à penser que la puissance vitale doive s'épuiser sans s'employer. Dans les organismes complexes des animaux supérieurs, on le sait déjà, la vie ne peut passer à l'état statique sans tomber sous le coup de trou! îles irrémédiables ; la suspension absolue des actes vitaux ne peut pas être pratiquement réalisée et ce qui subsiste de leurs fonctions, par son isolement même, introduit dans leur économie des désordres mortels. Mais la vie peut être réduite à l'état de puissance, comme on l'a vu, chez les êtres situés à l'autre extrémilé de l'échelle animale ; et dans cet état, la faculté virtuelle qui la représente paraît douée, si l'on en croit certains exemples remarquables, d'une persistance indéfinie. Ainsi les graines des céréales et des légumineuses maintenues à l'abri de l'humidité qui les altère et loin des conditions qui les font germer, conservent leurs propriétés pendant une série d'années dont on ne connaît pas le terme ; dans le musée égyptien de Florence, Ridolfî a déposé, en 1853, une gerbe de blé qu'il avait obtenue avec des graines trouvées dans un cercueil de momie, remontant environ à trois mille ans; tant que la composition et la texture de la graine n'éprouvent pas de modification profonde, dit avec raison Gavarret, les conditions internes du développement se maintiennent intactes, et la faculté germinative attend indéfiniment pour se manifester la rencontre des conditions extérieures. Sans doute ces témoignages en faveur de la persistance de la vie virtuelle, perdent un peu de leur valeur quand ils sont ainsi fournis par des graines de végétaux, dont l'activité même, nous le savons, ne parait pas les soumettre fatalement à la nécessité de la mort; mais ils peuvent nous venir aussi du règne animal. Les œufs et les larves des insectes se conservent intacts pendant des semaines et des mois; l'atmosphère contient par myriades, des germes et des embryons de protozoaires invisibles à l'œil, qui attendent pendant des années, pendant des siècles peut-être, leur tour d'existence, l'occasion de naître, eux aussi, aux jouissances de leur vie éphémère ; et la dessication des animaux réviviscents les réduit, nous le savons, en une sorte de poussière inerte, état sous lequel l'observation démontre qu'ils peuvent rester fort longtemps sans mourir. Ainsi donc, si l'activité vitale est périssable de sa nature, la vie en puissance, comme la matière ellemême, ne parait point soumise à une échéance déterminée.
Quoi qu'il en soit, du reste, de ces réserves et de ces hypothèses, c'est la condition des êtres organisés de manifester leur vie, comme c'est la loi de la vie de se consumer dans ses manifestations. Si l'équilibre entre l'assimilation et la désassimilation qui maintiendrait l'économie dans une perpétuelle jeunesse est une conception permise, personne n'a du moins entrevu le moyen de réaliser une semblable harmonie, et la vie est condamnée à se détruire par son usage même. L'expression vulgaire « dépenser sa vie » se trouve donc scientifiquement exacte,
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et le résultat final de cette dépense reste lui-même jusqu'à nouvel ordre le dénoûment naturel de l'évolution organique puisqu'il entre ainsi dans les plans de l'universelle coordination.
En répétant, d'après les médecins de la Grèce ancienne, que « la vie est l'ensemble des fonctions résistant à la mort, » Bichat a donné, sur le rapport de ces termes, une idée qui est en contradiction avec le caractère que je viens de leur reconnaître et dont l'influence a longtemps pesé, toutefois, sur les définitions iournies par la physiologie moderne. Représenter la vie et la mort comme deux puissances en lutte, quand la seconde est uniquement l'anéantissement de la première, considérer la vie comme une période de triomphe, et la mort comme une époque de défaite, quand l'organisme vivant se borne à développer les aptitudes qu'il possède sous les impulsions de la force externe, ce sont là des métaphores que la poésie peut revendiquer pour son usage, mais qu'il faut bannir du langage scientifique. Si l'être vivant était réellement en guerre avec les influences du dehors, si la vie ou la mort étaient réellement le prix d'un semblable combat, la seconde serait toujours un accident éventuel, évitable ; la première ne porterait pas en elle-même, ainsi qu'on l'a vu, le germe de sa destruction, et comme la date irrévocable de sa fin. 11 n'y aurait pas de mort naturelle.
La mort naturelle, du reste, n'est pas la seule solution de l'existence organique. Chez les animaux supérieurs où les conditions du fonctionnement vital sont devenues si complexes, l'accomplissement de la règle passe même à l'état d'extrême exception. La vie se supprime le plus souvent chez eux avant d'avoir parcouru ses diverses phases, et déroulé, jusqu'à ses dernières limites, le cycle régulier de ses phénomènes. La mort est alors accidentelle, puisqu'elle provient d'un obstacle fortuit qui interrompt, avant terme, le déroulement de 1 activité vitale, et cet obstacle funeste peut consister soit dans une modification directe et radicale de l'organisme qui constitue la mort violente, soit dans un épuisement plus ou moins ] rogiessif de ses fonctions, qui amène la mort par maladie. Même en ces derniers cas on ne saurait accueillir la théorie d'un combat entre la vie et la mort, combat dont le terme d'agonie a pour but de consacrer l'image, car le résultat suprême tient moins, en pareille circonstance, à l'injure subie par l'être vivant qu'à l'interruption de ses rapports avec un milieu nécessaire.
Mais pour concevoir le phénomène de la mort dans ses caractères multiples, il faut maintenant ramener nos abstractions, de cet idéal simplifié de la vie, verscette extrême complication de rouages qui caractérise l'économie des animaux supérieurs. Il faut donc rappeler ici l'admirable disposition qui a réparti, dans ces organismes privilégiés, les divers éléments du travail vital, entre les différents systèmes de tissus et d'organes. Si la vie des êtres cellulaires peut se résumer, en effet, dans un acte d'échange matériel avec le milieu qui les environne, cette unité vitale, « où il faut pourtant reconnaître, comme dit Vulpian, mêlées les unes avec les autres, les diverses propriétés qui se séparent chez les animaux supérieurs » se dédouble, pour ainsi dire, dans les organismes formés par une agglomération de cellules, et, en vertu d'une savante fédération qui constitue précisément l'individualité de ces organismes, chacune de ces cellules remet en quelque sorte une partie de sa tâche à des associés qui la perfectionnent en s'y consacrant. Il y avait dans l'échange matériel tout le mystère de la vie ; il y a dans cette « division du travail physiologique » dont l'expression première remonte à Milne- Edwards, tout le secret du fonctionnement vital. Séparez, par la pensée, toutes les unités d'action qu'implique cette révolution spéciale de la matière; isolez les
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unes des autres les propriétés qui en émanent, et, au lieu de confondre an sein d'une cellule indépendante les catalvses digestives, les endosmoses nourricières, le développement et la conservation du la torme, les oxydations qui dégagent la chaleur et la force, les contractions sarcodiques, le transport centripète dés sensations et le rayonnement des incitations motrices, affectez à la production de chacun de ces actes une cellule distincte, un groupe particulier d'éléments anatomiques, un tissu, un organe, un appareil. Dès lors, dans l'échange fondamental de matière» et de force, chaque groupe fera dominer un aspect différent, de la synergie vitale:.' l'un transformera les matériaux étrangers pour préparer la substance de l'organisme; l'autre fixera delà graisse et de la chair pour donner au corps son poids et sa figure, ou brûlera des corps simples en dégageant du calorique; dans un troisième groupe, une contractilité mieux adaptée aux exigences du mouvement attirera tout le fardeau des transports intérieurs, du travail mécanique, des opérations locomotrices ou des relations externes ; un dernier appareil, par une élaboration plus délicate encore et plus incompréhensible de la force physique, en rendra les courants sensibles à notre àme et fournira la base de nos sensations et l'occasion de nos volontés. L'être ainsi perfectionné a pris une forme plus accusée; il digère dans des cavités appropriées ; il absorbe le gaz nécessaire à ses combustions sur les replis d'une muqueuse disposée pour en favoriser l'entrée; un système de conduits formés par des cellules qui se sont creusées dans leur épaisseur ou juxtaposées par leurs bords, promène dans l'intimité de tous les organes le produit concentré de l'épuration nutritive, le sang, cette vie de toute chair ainsi que l'appelle un livre duPentateuque; des muscles puissants mettront en mouvement ses leviers osseux; et un vaste réseau de conducteurs convergents et centrifuges portera sans cesse, du dehors au dedans le témoignage des faits accomplis clans le monde externe, du dedans au dehors l'incitation des actes que ces événements auront réclamés. L'économie de cet organisme supérieur est ainsi devenu le théâtre de deux ordres bien différents de phénomènes : les uns consistent dans la vie propre de chaque élément ou de chaque organe, les autres dans les fonctions généra'es qui résultent de leurs diverses associations ; dans cette espèce de communauté vitale chaque unité travaille pour soi tout en groupant l'excédant de son travail pour satisfaire aux intérêts collectifs ; ainsi dans les sociétés humaines, chaque membre abandonne à diverses catégories de travailleurs une partie déterminée de l'œuvre exigée par l'existence de tous. Aucun principe nouveau n'a donc pénétré cet agrégat organique pour présider aux manifestations de sa vie d'ensemble; la propriété primordiale de l'élément cellulaire en forme l'unique pivot; et ces milliers d'activités partielles, modifiées dans leurs aptitudes, distribuées par spécialité d'action, constituent à elles seules des résultantes variées qui sont les fonctions communes et une résultante supérieure qui est la vie de l'individu. C'est cette remise réciproque d'une partie de leur tâche, de cette tâche qui doit s'accomplir en entier pour que la vie se maintienne, qui lie dans un même intérêt et dirige vers un but identique tous les éléments de l'agglomération cellulaire; c'est elle qui empêche d'assimiler l'animal supérieur, l'homme lui-même, à un essaim de zoophytes, à un vulgaire polypier ; c'est elle seule qui lui confère, par la solidarité des actes, les caractères de l'individualité.
Ainsi conçue, la personne animale sera nécessairement frappée de mort, nonseulement si la propriété vitale s'éteint dans ses éléments primitifs, mais encore quand le jeu des fonctions communes y sera troublé clans ses actes essentiels. De même, par conséquent, que la vie se présente chez ces êtres composés sous
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deux aspects bien distincts, la vie locale et indépendante des parties, organes et cellules, et la vie générale de l'ensemble, de l'individu animal, ainsi l'œuvre de la mort y revêtira deux formes essentiellement différentes, bien qu'indi-solubles dans leurs manifestations.
Si les vies paitielles venaient à disparaître à la fois cbez tous les membres de l'association, en vertu des lois auxquelles nous les savons soumises, la vie de l'individu cesserait par cela même, puisqu'elle en est la résultante. .Mais le cours •des choses naturelles amène rarement une coïncidence aussi difficile, et l'activité vitale ne s'éteint guère simultanément dans toutes les parties de l'économie. Quand cette mort locale survient sur des points circonscrits, sous le nom de nécrose ou de gangrène, par exemple, selon que la situation des parties atteintes les soustrait ou les abandonne aux sollicitations atmosphériques, elle peut ne représenter qu'un dégât isolé et ne pas exercer d'influence pernicieuse sur l'ensemble de l'organisme ; celui-ci remplacera le rouage détruit ou se passera de ses services. Ou bien elle constitue un obstacle pour le jeu d'une fonction commune et devient ainsi un facteur de la mort générale. Son apparition ainsi limitée ne nous intéresse donc qu'au point de vue restreint de l'organe qu'elle trappe, comme la mort d'une partie dans le tout. Les événements de cet ordre ne sont pas seulement le produit des lésions accidentelles ou morbides, ils entrent à titre régulier dans le fonctionnement normal des organismes supérieurs. Les vies partielles de leurs divers éléments n'ont pas un égal avenir, encore moins chacun •d'eux a-t-il reçu originellement en partage une somme d'existence-mesurée à celle de l'individu qu'ils composent. Aussi, de même qu'ils transtormcnt incessamment leur substance, molécule à molécule, par une circulation continue de matière « comme une rivière au flux perpétuel, disait Leibuitz, dont les parties .ne font qu'entrer et sortir, » les corps vivants renouvellent, dans la trame de leurs tissus, le cortège de leurs éléments figurés. Les cellules qui forment un de ces corps aux premiers temps de son existence ne sont pas toutes, ne sont peutêtre aucune présentes au terme de sa vieillesse. Des éléments anatomiques meurent donc tous les jours dans l'intimité de nos organes, où ils sont remplacés par les produits d'une génération interstitielle; leur mort est une nécessité physiologique, quand elle n'est même pas une condition fonctionnelle. Bien que cette loi n'ait pas été vérifiée dans tous nos tissus, elle peut leur être appliquée par induction de l'un à l'autre, ou des animaux à l'homme, et les éléments qui semblent s'y soustraire se détruisent probablement à intervalles plus éloignés pour «être remplacés comme les autres par des éléments plus jeunes (Cornil et Ranvier). Ainsi les épitbéliums sunt soumis à une mue perpétuelle, les cellules adipeuses se forment et disparaissent selon les besoins de la combustion organique, -et la formation des leucocytes dans les tissus conjonctil's, jointe à leur dispnri- ■ iion dans le sang, est la condition fondamentale de l'hématopoï>se (Yircbow). Sans doute la néoformatiou des cellules et des tubes nerveux n'est pas démon trée, et quand les fondions se rétablissent dans un nerf atrophié ou détruit, l'œuvre de restauration paraît s'effectuer plutôt par un bourgeonnement des parties saines et par le rétablissement des tubes altérés, que par une véritable genèse de nouveaux éléments (l'hilippeaux et Vulpian) ; toutefois Waller a émis l'opinion que les tubes se forment de toute pièce dans les espaces connectifs, et en tout cas la question est encore à l'état de problème. De même on n'a rencontré chez l'homme la destruction et la reproduction des fibres musculaires que -dans le cours des maladies; mais sur les muscles de la grenouille Wittich a ob-
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serve qu'un certain nombre de faisceaux primitifs disparaissent chaque hiver pour être remplacés par de nouveaux au printemps.
La vie d'ensemble, la vie générale de l'individu peut à son tour s'anéantir en première ligne, soit que la mort partielle d'un organe, comme nous l'avons vu, ait troublé d'une façon irrémédiable le jeu des fonctions communes, soit que l'harmonie de ces fonctions ait été directement détruite. La mort générale ou de l'ensemble a pour conséquence ultérieure la désagrégation et la mort des parties qui le constituent, et les précautions même qu'a prises la nature pour assurer et perfectionner la vie deviennent ainsi pour elle une cause de trouble et de destruction. C'est la marche ordinaire des choses. Quand la mort des organismes composés se produit de celte façon, le passage d'un état à l'autre ne saurait plus êlre instantané comme dans la précédente, car l'union seule des vies partielles d'où sortait la résultante vitale a d'abord cessé d'exister, et les milliers de petits organes qui ne concourent plus à un but commun continuent quelque temps encore, avec leurs provisions de matériaux et de force, à dérouler les phénomènes ou à posséder les prérogatives de leur existence propre.
Pour envisager ces faits principalement chez l'homme, qui est l'expression la plus élevée de l'organisation vivante et qui doit rester ici mon principal objectif, considérons ce qui se passe dans sa dépouille matérielle à ce moment suprême où les fonctions générales viennent de s'éteindre définitivement, où, selon l'expression que l'instinct populaire a dérobée par avance au langage de la science, il vient d'exhaler son dernier soupir, de rendre son dernier battement de cœur. Eh bien, aucune parcelle infime n'est encore privée de vie dans ce cadavre irrévocablement entré dans le domaine de la mort. Tous ces mille petits res^oits locaux dont j'ai parlé tout à l'heure subsistent, quelquefois avec leur vigueur tout entière, après que le grand ressort central, formé par une délégation de leur activité, s'est ainsi rompu pour toujours. Au sein de cette masse inerte et qui a désormais perdu tout ce qui constituait sa personnalité, une infinité d'énergies partielles survivent en puissance et même en acte, et ne s'éteindront que plus tard, à des termes successifs. La chaleur d'abord n'abandonne le corps que peu à peu, après plusieurs heures, avec une lenteur que n'exigent pas, à beaucoup près, leslois physiques de l'équilibration des températures, et quelquefois avec des accroissements préalables qu'elles seraient loin de permettre, ce qui prouve que des combustions organiques ont toujours lieu dans l'intimité de ses mailles. Les phénomènes de l'absorption continuent de s'y produire; la digestion elle-même ne s'arrête pas entièrement. Spailanzani l'a démontré depuis longtemps par une expérience très- simple : il fit manger de la viande à une corneille et la tua aussitôt après; le corps de l'oiseau fut maintenu dans une température égale à celle qu'il atteignait pendant sa vie et ouvert six heures après ce repas in extremis. La viande se trouva totalement digérée. Plusieurs heures, plusieurs jours après la mort, si l'on en croit certains récits un peu romanesques, les ongles, les cheveux, la barbe s'allongent; des éruptions pustuleuses se seraient même développées sur la peau (Kornmann, De mïraculis mortuorum). Des mouvements variés peuvent aussi troubler l'immobilité du cadavre. Les mouvements vibratiles des cils épithéliaux dans les voies aériennes se prolongent douze ou quinze heures après la mort et au delà; il en est de même des spermatozoïdes. Les capillaires secontiactent de façon à chasser dans les veines tout Je sang qu'ils renferment. Les matériaux de la digestion continuent quelquefois de cheminer dans le tube digestif, et G. Tourdes raconte avoir vu, dans une hémorrhagie pulmonaire subite-
ment mortelle, « le sang qui avait passé dans l'estomac être entraîné après la mort au delà de cet organe. » La pupille présente des alternatives de resserrement et de dilatation qui viennent changer quelquefois l'expression de la physionomie. Les contractions de l'utérus, plusieurs heures après la mort d'une femme enceinte, peuvent déterminer l'expulsion du fœtus; on a plusieurs observations de ces accouchements « post mortem, in sepnlcro. » Les muscles soumis à l'empire de la volonté se contractent aussi spontanément après la mort, surtout à la suite de certaines maladies, telles que la fièvre jaune et le choléra, comme cela ressort des observations de Brandt, et de ces contractions résultent sur le cadavre des grimaces, des flexions des doigts et des mains, des secousses et des déplacements des membres ou même des transpositions totales du corps. Une observation recueillie par Kiener et rapportée par Tourdes à l'article Cadavre présente de ces derniers faits un exemple remarquable.
Ce sont là des témoignages la plupart irrécusables qui révèlent l'activité des vies partielles ou locales; il en existe de plus importants pour attester leur virtualité. Des expériences effectuées sur des animaux, sur le corps de suppliciés, ont mis désormais en pleine lumière cette vie particulière du cadavre. Ainsi les organes de la sécrétion conservent quelque temjis après la mort la faculté d'élaborer leurs produits; c'est ce qui résulte d'expériences faites par Ludvvig et par ses élèves Rahn cl Bêcher sur des chiens décapités. En excitant le nerf lingual à l'aide du galvanisme, on déterminait dans la glande sous-maxillaire une sécrétion de salive d'autant plus abondante que l'excitation était elle-même plus forte; il est bien évident que la sécrétion ne peut se faire sans matériaux et que l'interception du sang devait en réduire ici forcément les résultats à la proportion du plasma subsistant au sein du tissu glandulaire; mais le fait n'en démontre pas moins la permanence, à l'état virtuel, des propriétés spéciales à ce tissu. Quelques instants après l'exécution d'un condamné, alors que l'absence de tout vestige circulatoire atteste l'arrêt définitif de la machine vivante, si l'on met le cœur à nu, on voit se produire des battements au nombre de quarante à cinquante par minute, qui persistent pendant plus d'une heure, alors même que les viscères environnants ont été enlevés, alors même que le muscle cardiaque séparé de toutes ses relations a été retiré de la cavité pectorale. Les phénomènes qui impliquent la survivance de la contraclilité locomotrice ont été de tous les plus étudiés comme les plus faciles à mettre en évidence. La mort n'a rendus inertes qu'en apparence les organes qui en possèdent le dépôt, et à défaut du roulement fonctionnel qui mettait en jeu leur activité pendant la vie, ils répondent sur le cadavre à toutes sortes d'excitations artificielles. Sous l'influence d'un simple pincement, les muscles d'un animal qu'on vient de sacrifier réalisent de nombreux mouvements réflexes. Une heure après l'exécution d'un condamné, dont le corps était étendu sur sur le dos, la main droite à 25 centimètres environ de la hanche correspondante, en grattant légèrement la peau de la poitrine avec la pointe d'un scalpel, on provoqua des mouvements que Charles Robin a rapporté dans les termes qui suivent : « Nous vîmes aussitôt le muscle grand-pectoral, puis le biceps, le brachial antérieur et les muscles couvrant l'épitrochlée se contracter successivement et rapidement. Le résultat fut un mouvement de rapprochement de tout le bras vers le tronc, avec rotation du bras en dedans et demi-flexion de l'avant-bras sur le bras, véritable mouvement de défense qui projeta la main du côté de la poitrine jusqu'au creux de l'estomac » (Ch. Robin, Observations anatomiques et physiologiques faites sur des suppliciés par décollation, in Journal de l'anat. et
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de taphys. norm. etpatk., 1869, p. 90). Les manifestations provoquées par ces excitants ordinaires ne sont rien encore à côté de celles qu'on obtient au moyen de l'électricité. En 1802, un concitoyen de Galvani, Aldini, soumit pour la première lois à l'action d'une pile énergique, deux criminels décapités à Bologne. Sous l'influence du courant, tous les muscles du corps furent violemment agités, «eux du visage se contractèrent avec d'horribles grimaces ; le corps semblait revenir à la vie. Quelques années après, à Glasgow, André Ure tenta les mêmes investigations sur le cadavre d'un pendu. Une pile de 700 éléments servit à cette expérience. Les rhéophores furent d'abord appliqués l'un sur la nuque et l'autre au talon : la jambe, fortement fléchie sur la cuisse, s'étendit avec violence et faillit renverser un des aides chargé de la maintenir. En mettant l'un des pôles contre un côté du cou et l'autre vers la base de la poitrine, on obtint des soulèvements rhythmiques du thorax qui simulaient parfaitement la respiration. Un nerf du front ayant été à son tour traversé par le courant électrique : « la rage, l'horreur, le désespoir, l'angoisse et d'affreux sourires unirent leur hideuse •expression sur la face de l'assassin. » Les recherches de ce genre ont été depuis bien souvent renouvelées par des physiologistes moins impressionnables que les premiers témoins de ces étranges phénomènes, et il en est résulté, sur l'ordre et les conditions suivant lesquels s'éteignent ces derniers vestiges de l'existence, des acquisitions qui trouveront leur place à propos du mécanisme de la mort ou dans l'exposé de ses caractères. Il suffit ici d'avoir nettement établi, par leur constatation, les deux sortes de vies qui se trouvent associées dans l'organisme animal et d'avoir ainsi mis en pleine lnmière les phases essentiellement distinctes •dont se compose le drame de la mort.
On voudra bien nous pardonner ces longues considérations sur la vie. Elles étaient indispensables à l'intelligence de la mortelle-même. Elles viennent, d'ailleurs, en décharge à l'article où cette autre question sera spécialement traitée, et qui pourra être ainsi abrégé (voy. Vie).
II. Mécanisme de la mort. C'est vers la fin du dix-huitième siècle que la manière dont s'anéantit la vie sollicita le plus vivement la curiosité des médecins. Bichat représente dans cette période le plus célèbre des écrivains qui se soient appliqués à édifier la physiologie de la mort. L'élévation des idées et la beauté du style, l'exactitude des faits et la précision des expériences ont fait de son livre un monument qui fut considérable à l'époque de son apparition, dans la dernière année du siècle précédent, et dont la valeur survit partiellement encore aux progrès de la science moderne, vers le dernier quart du siècle actuel. Après avoir pourtant déjà montré, au premier paragraphe de cet article, que Bichat a pesé par une fausse interprétation de la vie sur les conceptions relatives à sa disparition, je dois, dès le début du second, rectifier un autre de ces théorèmes hasardés lancés par lui dans la science, et dont l'autorité inopportune a empêché de poser jusqu'ici sur son véritable terrain la question du mécanisme de la mort.
Bichat a montré que la vie des animaux est constituée par deux catégories de faits, dont l'une comprend les phénomènes de la circulation, de la respiration et de la nutrition, qui entretiennent simplement son existence intérieure, dont l'autre réunit tous les actes qui mettent l'individu en relation avec le milieu ambiant, qui font de l'homme, en particulier, « l'habitant du monde. » 11 a ainsi distingué la vie organique et la vie animale, dont la première est le partage exclusif du végétal, et qui s'unissent étroitement l'une à l'autre pour composer l'existence des animaux. Jusque-là, rien que de très-juste ; mais, d'après Bichat, quand la mort
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frappe ces derniers êtres, les deux vies qu'il vient d'isoler ne s'évanouissent pa* simultanément : la vie animale disparaît la première; la vie organique ou végéta* tive n'est atteinte qu'en seconde ligne. Ce tableau est loin d'être exact. D'après ce que je viens d'exposer au sujet des vies partielles et de la vie totale, sans doute il y a deux périodes dans la mort, et la seconde est bien caractérisée par l'anéantissement des propriétés locales qui sont toutes organiques. Mais la vie totale qui s'éteint, en général, la première, comprend, elle aussi, des fonctions purement végétatives; qu'elles s'exercent au sein delà cellule ou dans les appareils affectés à l'élaboration commune, la respiration et la digestion sont des fonctions absolument organiques; la circulation qui a le même caractère n'appartient même qu'à la vie de l'ensemble. H y a donc, contrairement à l'opinion de Bichat, des fonctions végétatives comprises dans le premier degré des régressions vitales, exposées avec les fonctions animales aux premières atteintes de la mort. Je replace, par conséquent, sur ses bases légitimes le problème que j'ai maintenant à envisager, pour rechercher comment s'éteignent successivement celte existence d'ensemble qui est le pivot de l'individualité organique, et ces vies partielles qui sont les facteurs de la synergie vitale.
Article I. Mout de l'ensemble. A. Mort naturelle. Comme la vie des or^ranismes élémentaires, êtres cellulaires ou éléments anatomiques, la résultante qui représente l'existence individuelle chez les animaux supérieurs est également soumise à un terme fatal. L'homme, à l'égal des autres animaux, et quoique dans des circonstances plus rares, peut donc mourir de vieillesse, et la nécessité de cette fin, dont l'échéance est dominée par des causes multiples [voy. Mortalité et Bretagne (Grande-), démographie], dérive des lois auxquelles sont assujetties ellesmêmes chacune de ses unités vitales. L'individu qui s'éteint au terme d'une longue vieillesse meurt en détail. Chacune de ses grandes fonctions s'anéantit isolément par l'épuisement successif des vies primordiales ou élémentaires, dont l'énergie, présente encore, sans doute, au sein de la cellule, a fini par s'abaisser au-dessous du niveau nécessaire à l'accomp.'issement de l'œuvre collective. Cet affaiblissement général, dont les premiers débuts remontent à plusieurs années, a caractérisé d'abord la période de la décroissance vitale, l'âge de la sénilité.
Tous les tissus se sont desséchés et raccornis chez le vieillard par l'atrophie de leurs éléments et la réduction du plasma interstitiel. Les cartilages intervertébraux se sont affaissés et remplis de phosphates à leur centre, amenant ainsi la roideur de la colonne dorsale et l'abaissement de la taille. Les os plus volumineux en apparence, à cause de l'agrandissement de leur cavité, ont pris un grain plus compacte et plus cassant par le retrait de leur substance organique. Les faisceaux musculaires se sont durcis et décolorés, et les muscles qu'ils forment ne se contractent plus qu'avec lenteur. Les nerfs sont devenus plus grêles et plus denses; comme les cordons qui en émanent, la moelle épinière et l'encéphale on* diminué de volume et acquis une dureté défavorable à la circulation du courant nerveux. Les appareils des sens, déchus de plus en plus de leur délicatesse primitive, n'enregistrent désormais que des impressions affaiblies et inexactes. Les canaux artériels ont perdu leur élasticité; ils se sont incrustés de sels calcaires; leurs extrémités capillaires apparaissent resserrées et amoindries dans les tissus, tandis que les parois relâchées des veines, ayant cédé sous l'effort du sang, se montrent distendues au delà de leurs diamètres. La nutrition élémentaire et les actes de la plasticité sont partout en défaut ; les combustions organiques n'entretiennent plus que faiblement la réserve de calorique. La température animale
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varie chez les sexagénaires entre 55 et 56° centigrades, chez les octogénaires entre 34 et 55' (Edwards); en tout cas elle faiblit rapidement avec Ja chute de la chaleur ambiante (J. Davy). Avec des rouages semblables, les grandes fonctions sont naturellement toutes en pleine décadence. L'intelligence est affaiblie, l'imagination plus obscure, le jugement moins solide et la mémoire presque nulle; tous les sens se ferment successivement; à leurs transmissions emoussées correspondent des volitious chancelantes et des mouvements sans énergie. Un chyle moins abondant et moins bien élaboré est transmis au sang parles voies digestives; des poumons moins expansibles, emphysémateux, incrustés de dépôts charbonneux: et comme infiltrés de matière mélanique, introduisent plus difficilement l'oxigène de l'hématose ; l'activité de la circulation a baissé par l'usure de son appareil, et en proportion des besoins amoindris des organes. Tel est le tableau de la sénilité qui représente les prodromes de la mort et comme les préparatifs de l'organisme en vue de cet instant suprême. 11 n'y a plus, en effet, qu'à en accentuer les traits pour rompre les derniers liens qui attachent le vieillard à l'existence.
Un pas de plus dans la dégradation des organes élémentaires, un nouvel abaissement des énergies partielles, et toutes ces fonctions épuisées vont s'arrêter pour toujours. Le sentiment s'éteint, les mouvements s'interrompent, la digestion se suspend, les sécrétions se tarissent, la circulation s'embarrasse dans les extrémités capillaires. Le cours du sang cesse à son tour dans les gros vaisseaux, le soulèvement du thorax s'évanouit et, enfin, les contractions du cœur se suppriment. C'est le moment solennel ; sous ces conditions d'égalité devant la déchéance, laites à toutes les fonctions vitales, le cœur, selon le vieux mot de Gaîien, est l'ultimum moriens. Les fonctions animales ont pris l'avance dans cet écroulement parallèle de toutes les activités communes ; dans cette mort naturelle de l'ensemble, si elle est restée conforme à ce type de pureté théorique, les fonctions végétatives ont résisté plus longtemps que les précédentes: c'est là tout ce qu'avait de vrai l'opinion de Bichat que j'ai combattue tout à l'heure. L'individu qui s'endort ainsi de l'éternel sommeil meurt comme le végétal qui, n'ayant pas la conscience delà vie, ne saurait avoir celle de la mort. Il passe insensiblement de l'une à l'autre. « Mourir ainsi n'a rien de pénible, écrivait Feruand Papillon quelques jours à peine avant d'être emporté lui-même, en plein début de sa production intellectuelle et dans la précoee plénitude de son talent: l'idée de l'heure suprême ne nous épouvante que parce qu'tlle met un terme subit, à nos relations avec ce qui nous entoure ; mais quand le sentiment de ces relations est depuis longtemps évanoui, l'effroi ne peut plus exister au bord de la tomhe. »
B. Mort violente. Le genre de mort qui précède est, comme je l'ai dit, un phénomène extraordinaire dans l'économie humaine, que la délicatesse même de son perfectionnement expose à trop d'influences nuisibles pour que la masse des hommes puisse leur échapper ou leur résister et fournir jusqu'au bout leur carrière. Mourir de vieillesse est donc une exception dans l'humanité. Ses membres succombent habituellement à une perturbation des fonctions communes assez intenses pour rompre les clauses de leur harmonie, assez profonde pour que le désordre soit irrévocable. Cet événement peut saisir le sujet en pleine santé, dans la parfaite intégrité de ses organes, pour le tuer brusquement, comme d'emblée, sans l'intermédiaire d'un trouble physiologique préalable qui constitue, la maladie. Un pareil résultat est produit par tout agent extérieur susceptible, soit de détruire les vies locales dans la totalité de l'organisme, par
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l'anéantissement subit de la substance ou de la forme, éventualité à peu près spéculative et qui rassemblerait les deux phases de la mort dans une même étreinte, soit d'abolir par une influence soudaine et directe l'une des conditions physiologiques essentielles de la vie commune. Tels sont les grands traumatismes qui suppriment le concours d'un organe indispensable, qui mettent hors de service le cerveau, le cœur, les poumons, par exemple ; tel est un obstacle subit qui suspend le jeu d'un grand appareil.
Il faut ranger dans cette classe quelques morts soudaines dues à des affections vives de l'âme. Je ne les signale ici que pour mémoire, et sans prétendre les sortir de l'obscurité qui les environne. On pourrait donc mourir littéralement de colère, comme Sylla, ou de joie, comme Léon X, et ressentir, sous l'effet direct de quelque violente émotion, une commotion nerveuse ou une syncope foudroyante. Une pareille supposition n'est pas sans doute absolument incompatible avec les données rigoureuses de la physiologie. De même que des douleurs physiques intenses, les émotions dont il s'agit pourraient épuiser la force nerveuse et tuer par névrolysie (Jaccoud), ou bien désorganiser les conducteurs eux-mêmes et les rendre impropres au passage du courant (Luys) ; il se produirait alors une véritable sidération nerveuse. Elles pourraient, d'autre part, suspendre les contractions cardiaques par une excitation des pneumogastriques, puisqu'elles rentrent légitimement dans la catégorie des actes excito-moteurs, en leur qualité de phénomènes idéo-réflexes. En fait, les exemples de ce genre ne sont pas nombreux; ils sont peu significatifs quand ils n'ont pas été suivis de l'ouverture du corps, et quand il y a eu nécropsie, le silence ou la négation des observateurs n'exclut pas absolument l'existence d'une lésion intermédiaire entre ia cause apparente et le résultat final. Dans l'état de nos documents actuels, on ne peut affirmer que ces catastrophes imprévues n'aient été favorisées par un désordre latent, par la présence d'une végétation cardiaque, en particulier, qui s'est détachée soudainement des valvules pour aller suspendre l'hématose ou supprimer les fonctions cérébrales ; alors , la préexistence d'une lésion morbide, ignorée pendant la vie et méconnue après la mort, qui intervient pour sa part dans la production du trouble mortel, rejette de semblables occurrences dans la classe des morts subites.
Je placerai plus légitimement dans le cadre des morts violentes, celle d'abord que provoque la foudre, dont les effets rapides ont fourni des racines au langage médical, et qu'il faut, ou bien rapporter avec Tardieu aux asphyxies, ou bien attribuer de préférence avec Devergie aune action directe sur le système nerveux, seule hypothèse possible, du reste, dans le cas de choc en retour ; celles encore que la justice moderne inflige aux condamnés, et qu'elle a voulu rendre plus humaines en frappant du premier coup les fonctions fondamentales de la vie ; telle est la pendaison qui abolit instantanément et à la fois la respiration, la circulation cérébrale et la vitalité du bulbe rachidien ; telle est aussi la décollation qui sépare d'un seul coup l'encéphale de sa source nutritive. Il faut y taire entrer au même titre plusieurs genres de mort, choisis naturellement par les malheureux qui se suicident pour abréger les terreurs de ce redoutable passage, ou préférés par les criminels dans l'accomplissement de leurs attentats, en raison, précisément, de la rapidité de leurs effets : la désorganisation de la pulpe cérébrale par les armes à feu ; la perforation du cœur ou l'ouverture des gros vaisseaux, qui répandent tout d'un coup les provisions sanguines et suppriment la substance elle-même delà circulation ; la chute d'un lieu élevé qui produit au contact
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du sol une commotion universelle, ou par la vitesse du déplacement un obstacle respiratoire, une sorte de vide virtuel qui équivaut à une privation d'air; enfin, les diverses sortes d'asphyxies à origine externe, par occlusion des voies aériennes, par les gaz irrespirables, par la submersion dans un liquide, qui se résument toutes dans la suspension de l'hématose.
Dans tous ces cas, cela découle de la définition même de la mort violente, une des fonctions essentielles de la vie est subitement et directement anéantie par une influence étrangère ; je n'ai donc pas à considérer de déviation physiologique conduisant à ce premier résultat. En outre, qu'il soit lui-même réalisé sans intermédiaire organique et par une injure soudaine, ou qu'il survienne par l'effet délétère et plus ou moins rapide d'un désordre intérieur, ses conséquences restent les mêmes au point de vue de l'évolution terminale, et je puis renvoyer au paragraphe de la mort par maladie l'enchaînement ultime des phénomènes.
Toutefois une question relative à cette disparition finale de la vie se rattache de droit au paragraphe actuel. Dans ces diverses formes de mort violente nous voyons la cause funeste s'adresser isolément aux fonctions essentielles de la vie, ou bien aux appareils qui les manifestent, et amener la fin de l'existence en supprimant soit l'ensemble de ces fonctions, soit seulement l'une d'entre elles, laquelle alors, en vertu de l'harmonie et de la solidarité physiologiques, entraine toutes les autres dans sa ruine. Cette espèce d'indépendance entre les fonctions communes de la vie, qui, d'après ce qui précède, seraient solidaires sans doute et s'impliqueraient mutuellement, mais resteraient en môme temps partout distinctes et toujours isolées devant les agressions de la cause délétère, n'est pas entrée dans les vues de toutes les écoles médicales et il subsiste de nos jours à cet égard des présomptions que c'est ici le lieu de combattre.
Tandis que les fonctions communes sont, comme on le sait, le produit hiérarchique des mille activités partielles de l'organisme associées dans un but spécial par groupes d'organes, de systèmes, d'appareils et qu'on peut, continuant à centraliser ces activités collectives, constituer enfin la vitalité totale et définitive de l'organisme, on a été porté de prime abord à faire découler au contraire les prérogatives vitales d'un privilège supérieur vers les différents appareils et les plus infimes organes. Conduisant l'esprit à contre-sens des faits, on s'est cru dans la voie véritable en faisant octroyer d'en haut les pouvoirs qui sont délégués d'en bas, en éparpillant la vie dans les phénomènes qui l'édifient justement par leur synthèse, et en condensant finalement l'existence dans une fonction souveraine et unique. La science n'est revenue qu'avec peine de cette erreur ; elle ne l'a répudiée que récemment et pas encore d'une façon complète. Il y eut même entre ces conceptions d'un idéalisme arbitraire et les tendances matérialistes du positivisme des compromis étranges, qui ont eu pour résultat de généraliser la confusion et de perpétuer la méprise. On chercha de part et d'autre pour la vie ce siège que Descaries, par une inconséquence analogue, avait cru trouver pour la pensée, on voulut en fixer dans un organe la personnification plus ou moins concrète et lui trouver aussi sa glande pinéale. Ce point de l'économie, concentrant tous les pouvoirs de l'existence, c'était depuis longtemps dans les vagues intuitions de la médecine ancienne, quelque région participant de l'encéphale et de la moelle épinière, quand Flourens vint consacrer scientifiquement à ce rôle dominateur sous le nom de collet ou de nœud vital, un espace d'un demi-centimètre carré, situé vers le milieu du bulbe rachidien. Il était donc naturel de penser qu'on pouvait en cet endroit se trouver face à face avec l'essence même de la
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vie commune et briser d'un seul effort le principe unique de son activité. C'est de cette opinion qu'il s'agit de vérifier l'exactitude.
Cette région du bulbe est en eflet d'une redoutable délicatesse; il suffit de la piquer avec une aiguille, de l'ébranler seulement par une contusion pour amener instantanément la mort ; les marebands de viande tuent les lapins en les frappant du bord de la main en arrière des oreilles, aux abattoirs on assomme les bœufs par un coup sur la nuque, et dans les laboratoires de pbysiologie c'est en poinçonnant la moelle allongée qu'on sacrifie les animaux en expériences. J'ai dit que la mort était alors instantanée et je dois spécifier qu'il faut prendre cette épithète dans son acception rigoureuse. En elfet par l'ébranlement ou la déchirure du bulbe toutes les fonctions vitales s'arrêtent à la fois, comme sidérées simultanément par celte offense unique, plulôt qu'entraînées l'une par l'autre dans un désastre successif; le sentiment, la respiration, les battements du cœur, tout se supprime du même coup ; il semble donc qu'une sorte de puissance, dispensatrice solitaire du mouvement vital, ait réellement péri dans cette attaque. La susceptibilité de la région bulbaire s'explique d'une façon plus naturelle. Le collet vital de llourens est le foyer des incitations respiratoires, et sa destruction abolit directement la motricité Ihoracique, d'où résulte la suppression de l'hématose. Cet organe est aussi la continualion de la moelle épinière et à ce titre un conducteur des courants nerveux et un centre de réflexion pour les transmissions excito-motrices ; par ces propriétés accessoires il tient, non plus sous sa dépendance absolue, mais sous son influence indirecte, toutes les autres fonctions de l'économie; la lésion qui l'atteint les suspend momentanément sans en tarir l'activité. Ainsi, par exemple, une hémorrhagie localisée de l'encépbale supprime pour quelques heures le sentiment et la motricité volontaire, mais comme les conducteurs nécessaires à l'exercice de ces propriétés sont loin d'être tous détruits, la majeure partie des sensations et des mouvements reparaissent peu de temps après; la marche des choses se montrerait la même dans le cas qui nous occupe, si elle n'était ici masquée par des faits plus saillants. L'intervention du trouble bulbaire sur les battements cardiaques diminue en effet toute la manifestation phénoménale et le caractère transitoire de celte intervention est encore plus net et plus complet. Lorsqu'on fait passer un courant d'induction énergique à travers le bulbe rachidien, on suspend les mouvements du cœur comme lorsqu'on électrise fortement les nerfs pneumogastriques eux-mêmes; les battements reparaissent avec la suppression du courant. Depuis que Schiff a donné l'interprétation exacte de ces faits, on sait qu'il n'y a pas réellement de nerfs d'arrêt et que l'excès seul du courant l'a porté, principalement dans les ganglions cardiaques, à un état de tension statique qui en neutralise momentanément l'activité. L'excitation produite par la lésion du bulbe envoie de même sur les nerfs pneumogastriques des déebarges excessives qui n'entravent aussi que pour un temps les fonctions cardiaques. Ces dernières sont si loin de dépendre uniquement de cet organe, qu'il suffit au cœur, ainsi que Legallois l'a montré depuis longtemps, pour maintenir indéfiniment ses contractions, d'être relié par ses cordons moteurs à un segment quelconque de la moelle épinière. Ainsi la désorganisation du nœud vital suspend bien sans doute l'ensemble des fonctions, mais elle n'épuise réellement que les sources des actes respiratoires ; comme à l'égard des autres fonctions atteintes le bulbe n'est plus le rouage essentiel des appareils qui les exécutent, leur suspension ne serait pas définitive, si leur retour n'était empêché par la suppression de l'hématose. Cette explication est imposée
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par des expériences significatives ; en effet, si l'on entretient mécaniquement la respiration chez des animaux mutilés de la sorte, les battements du cœur se rétablissent, la conscience reparaît et la vie peut être indéfiniment prolongée par cet artifice. Il y a plus encore; la section du bulbe est promptement mortelle sans doute pour les oiseaux et les mammifères en général parce que leur sang a besoin de se renouveler par une oxygénation active, et qu'ils ne peuvent vivre sans respirer au delà de une à quatre minutes ; mais il n'en est pas de même chez les animaux hibernants, dont les dépenses respiratoires sont réduites, et surtout chez les animaux à sang froid, qui îespirent en outre abondamment par la surface de la peau. Un crapaud, une grenouille peuvent vivre un mois à la suite de cette opération; un triton, une salamandre plus de quatre mois (J. Béclard). La vie dans le prétendu collet vital de Flourens n'est donc ni plus condensée ni plus essentialisée qu'ailleurs ; elle ne succombe pas « en bloc » au sein de cet organe, et la mort que sa destruction occasionne est due comme partout à la ruine d'une fonction qui entraîne les autres à sa suite.
C. Mort par maladie. La mort naturelle n'est qu'une exception, la mort violente est elle-même un simple accident, et c'est la mort par maladie qui représente dans le cours ordinaire des choses humaines, l'infatigable et sinistre moissonneur chargé de rendre au monde inerte notre dépouille matérielle. Si la quantité de vie possédée par les êtres organisés, connue le croyait Bufton, était toujours la même sur le globe, si leurs emj iétements réciproques et leurs générations successives se bornaient à déplacer la somme toujours constante de ces molécules organiques « sur lesquelles la mort ne peut rien », maintenant ainsi « la nature toujours également vivante, la terre également peuplée, et l'une et l'autre également resplendissantes delà première gloire de celui qui les a créées, » c'est donc la maladie qui aurait, dans l'humanité, la charge de rapporter à la masse la i( poussière animée », patrimoine commun de toutes les espèces vivantes.
Dans la mort par maladie, la cessation de la vie d'ensemble a encore lieu par l'extinction préalable d'une des fonctions communes, qui entraîne les autres dans sa perte ; mais l'arrêt de cette première fonction a été lui-même, ici, provoqué par un trouble morbide antérieur. Je vais donc rechercher d'une part, comment ces déviations physiologiques, constituant les diverses maladies, amènent l'arrêt d'une fonction fondamentale ; d'une autre, par quel enchaînement de causalités l'abolition de l'une implique la suppressi m de toutes les autres activités collectives. C'est là le mécanisme complet de la mort.
Les auteurs qui ont abordé cette étude, qu'on peut appeler, par une sorte d'antithèse, la physiologie de la mort, ont voulu séparer la mort subite de la mort progressive. En l'ait cette division est assez nettement accentuée par le phénomène de l'agonie, qui manque à peu près dans la première, et qui signale habituellement dans la seconde les derniers moments de l'existence. Il faudra plus tard envisager en lui-même ce sombre détail de la résolution terminale, ce commencement de la fin, qui n'est plus assurément la vie, et qui n'est pourtant pas encore sa négation ; nous verrons alors qu'il correspond à la période de vie incomplète qui sépare l'instant où la première fonction succombe de celui qui marque la chute définitive de la dernière. La violence ou la gravité du mal par la rapidité de ses interventions peuvent raccourcir et comme supprimer cette période ; l'appareil surtout qui sert d'entrée à la mort en modifie les manifestations ; et lorsque le cœur par exemple est atteint le premier, tout symptôme
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d'angoisse est banni de cette transition redoutable. L'étude de l'agonie permet ainsi d'éclairer le mécanisme de la mort, mais sa présence ne change rien à l'action des causes qui l'ont déterminée ni à l'enchaînement des effets qui la caractérisent ; d'ailleurs elle ne fait pas toujours défaut dans la mort subite et n'accompagne pas invariablement la mort progressive. Il n'y a donc pas de ce côté de différence fondamentale. Si dans le premier cas le déchaînement fonctionnel est plus rapidement obtenu, si le trouble morbide arrive alors p'us vite à ruiner l'un des facteurs de la vie, l'écart repose tout entier sur la rapidité du mal, rapidité souvent plus apparente que réelle, mais n'intéresse pas, d'une façon sensible, le déroulement ultérieur des phénomènes. On meurt enfin de compte de la même manière par une rupture du cœur ou dans un épanchement dupériorde, par un spasme de la glotte, une pneumonie aiguë ou sous les lentes étreintes de la phthisie, et si les nuances du tableau sont modifiées par la promptitude du mal, l'assemblage de ses parties reste absolument identique. Au point de vue même de l'évolution finale, la mort subite ne sépare donc pas ses procédés de ceux que la mort progressive met en usage, et il est inutile d'introduire dans nos études des démarcations qui n'existent pas dans les faits. Sans doute l'histoire de la mort subite a son importance clinique, et il peut convenir de savoir quels sont les troubles morbides susceptibles de précipiter ainsi le dénoûment de l'existence; mais ce n'est, on le conçoit, qu'à l'occasion des diverses espèces pathologiques qu'on pourra déterminer leurs aptitudes à cet égard, et je dois me borner pour mon compte à renvoyer le lecteur aux articles Anévrysmes, Syncope, Embolie, Apoplexie pulmonaire, Hémorrh.uue cérérrale, etc., etc.
Le problème que j'envisage se réduit par conséquent aux deux questions que j'ai primitivement posées: Comment les diverses maladies parviennent- elles à réduire au silence l'un des facteurs de l'harmonie vitale? Comment la fonction qui s'éteint dénoue-t-elle le faisceau des activités qui constituent la vie de l'ensemble ?
a. J'examine d'abord par quelle succession de ravages les maladies arrivent à supprimer l'une des fonctions essentielles de la vie. Il me faut pour cela préciser en premier lieu ce qu'on doit entendre par fonction essentielle ou fondamentale.
Toutes les fonctions communes de l'économie sont nécessaires à l'existence d'ensemble, et quoi qu'en dise Rostan, par exemple (voy. article Agonie in Dict. en 30 vol., t. I, p. 029) ou Jaunies (voy. Traité de path. et de thérap. génér., p. 550, 1869) et beaucoup d'autres avec eux, la suspension de chacune entraîne nécessairement la mort. Ce qui a donné le change à ce sujet, en accréditant l'une de ces formules grossièrement inexactes qui cheminent quelquefois dans la science sans rencontrer d'examen, c'est qu'on a considéré les fonctions dans leurs détails et non dans leur totalité. Sans doute on peut subsister sans glandes lacrymales ou salivaires par exemple, mais non pas sans sécrétion ; et quand le corps continue de vivre après la perte d'un membre tout entier, il n'est jamais privé par de semblables mutilations que de fractions d'appareils et de parties de fonctions. Aucune fonction d'ailleurs n'est essentielle qu'à la condition d'être considérée dans son ensemble; car la circulation elle-même peut se réduire, l'innervation se restreindre, l'hématose perdre plus d'une moitié de son instrument pulmonaire, sans que la mort en soit la suite obligée. L'animal ou l'homme ne peuvent donc subsister davantage sans les acquisitions digestives, les éliminations sécrétoires ou les actions locomotrices, qu'ils ne peuvent vivre sans circulation, sans respiration, sans innervation. La génération seule semble au premier aspect se soustraire à la
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responsabilité générale, et s'isoler comme une activité contingente dont l'exercice, nécessaire seulement à la vie de l'espèce, ne s'impose pas à la vie de l'individu; mais il n'y a là qu'une apparence. Les phénomènes relatifs à la reproduction doivent à l'importance de leur but d'avoir été groupés sous le titre d'une fonction spéciale ; en fait ils émanent des fonctions les plus diverses et leur absence n'intéresse que partiellement l'activité de chacune d'elles. Ainsi toutes les fonctions sont nécessaires ; toutes les fonctions sont essentielles; l'abolition de chacune d'elles entraîne la mort.
Pourtant une particularité nous frappe dans la comparaison de ces diverses causes de mort ; c'est qu'il n'est pas également facile d'atteindre les différentes fonctions dans leur totalité, ou de les frapper dans un rouage fondamental de l'appareil qui les exécute. Et cependant tout désordre pathologique doit naturellement anéantir la fonction par l'arrêt de laquelle il parvient à dissoudre l'existence. Conçoit-on, par exemple, l'abolition générale de la contràctilité musculaire ! Comment encore une maladie pourrait-elle tuer par l'arrêt même de la sécrétion, puisqu'il lui faudrait pour cela poursuivre et atteindre les divers agents désassimilateurs disséminés dans toute l'économie? Elle ne peut ici frapper qu'un détail de cette activité spéciale, et la mort qui sera quelquefois la suite de ce trouble, n'arrivera qu'en raison de l'action destructive exercée par lui sur un autre élément du faisceau fonctionnel. On ne peut imaginer, en effet, aucune circonstance morbide qui supprime radicalement l'expulsion des déchets nutritifs, qui ferme à la fois toutes les voies de l'élimination dépuratrice. Il faut pour cela des combinaisons déterminées que l'initiative scientifique pourrait seule obtenir, mais que ne saurait réaliser la nature abandonnée à ses moyens pathologiques; il y aurait tout au moins à suspendre à la fois l'émission de l'urine, l'écoulement de la sueur et l'exhalation pulmonaire, sans arrêter encore le jeu d'aucune autre fonction. La pathologie naturelle n'a donc pas une semblable habileté, et il n'est guère qu'une seule de ces diverses ouvertures qu'elle sache hermétiquement fermer; mais quand une dégénérescence des reins, un rétrécissement de l'urèthre ou quelque autre lésion supprime le cours des urines, la mort qui s'ensuit ne doit plus être directement attribuée à l'abolition de la fonction sécrétoire qui subsiste elle-même dans quelques-unes de ses parties ; elle résulte alors de l'impression funeste que ce désordre secondaire exerce à son tour sur un autre facteur de la synergie organique, et ce n'est plus l'arrêt de la désassimilation qui rompt ici l'association vitale, puisque le trouble de l'uropoïèse a dû, pour amener ce résultat, désorganiser préalablement l'encéphale. Qu'on admette, en effet, l'ancienne théorie de Frérichs sur la transformation en carbonate d'ammoniaque de l'urée condensée dans le sang, ou qu'on donne la préférence à celle de Schottin sur l'empoisonnement de ce liquide par la simple rétention des matières extractives, toujours est-il que la responsabilité de la mort remonte à la désorganisation des centres nerveux, énergiquement attestée par le cortège des accidents cérébro-spinaux. C'est également une éventualité tout à fait exceptionnelle, que les hasards de la vie amènent une abstinence exclusive et complète, entraînant la mort par défaut absolu de digestion. Si le courant de l'assimilation est totalement interrompu, co.uine c'est arrivé dans quelques occasions criminelles ou malheureuses (chacun connaît l'histoire du comte Ugolin, ou le dramatique naufrage de la Méduse), ou dans des circonstances intentionnellement provoquées par les physiologistes, le lien des activités vitales se rompt, et l'existence, par conséquent, se supprime par l'anéantissement de cette fonction spéciale. Quand la
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digestion ces^e de s'accomplir, la vie s'éteint ordinairement chez l'homme du 2e au 7e jour (Hallet) ; dans certains cas elle a pu durer jusqu'au 16e par l'extrême réduction des dépenses organiques. Les jeunes animaux, en pareil cas, meurent les premiers, et les adultes résistent plus longtemps que les vieux (Collard de Martigny). Les animaux à sang froid périssent à leur tour vingt fois au moins plus tard que ceux à saug chaud (Chossat), et, parmi ces derniers, les carnassiers survivent aux herbivores (De Pommer). L'époque de la mort par inanition est, comme on le voit, très-variable; elle dépend de conditions multiples. La température extérieure, l'âge de l'animal, le degré de son embonpoint, l'activité de ses sécrétions, en d'autres termes la proportion de ses réserves alimentaires et le chiffre de ses consommations, pressent ou retardent naturellement l'évolution des phénomènes ; mais leur terminaison n'en est pas moins fatale. L'arrêt de l'assimilation neutralise sans intermédiaire, bien que graduellement, chacune des autres fonctions communes, qui trouvaient en elle leur aliment ou leur raison d'être. Mais nous sortons ici des cadres pathologiques. On ne saurait, en effet, rapprocher des faits qui précèdent, la mort amenée, entre autres, par l'inanition de la misère; ici l'abstinence n'est qu'incomplète, et l'alimentation n'est qu'insufiîsante ; avant que l'excès des dépenses sur les recettes ait amené l'épuisement définitif, le corps affaibli du malheureux succombe, en général, à l'une des mille causes morbides qui l'assiègent. Encore moins peut-on assimiler à ces éventualités exceptionnelles la mort qui survient à la suite des affections gastro-intestinales. Quand l'appareil de la nutrition se trouve altéré, sans doute l'absorption alimentaire s'alfaiblit, et les sucs digestifs se tarissent; l'organisme s'appauvrit progressivement par l'insuffisance de la restauration; mais le dénoûment final préparé par cette inanition particulière ne s'accomplit pas davantage par l'arrêt de la fonction digestive. C'est la paralysie du cœur, l'affaissement du système nerveux ou l'arrêt de l'hématose qui se chargeront d'ouvrir la série des phénomènes mortels.
Il existe, par conséquent, au point de vue du mécanisme de la mort, des fonctions qu'il nous est permis de ne pas considérer comme essentielles. Par leur nature ou leur dissémination elles échappent à une déroute générale, et quand elles sont blessées par la cause morbide, comme elles ne succombent pas en totalité, elles se bornent à prendre rang dans le désordre physiologique qui, par un enchaînement compliqué de symptômes, prépare de plus ou moins loin la chute définitive d'une première fonction commune. Elles concourent ainsi, sans doute, à la provocation du résultat suprême, mais ne jouent aucun rôle dans les phénomènes ultimes. Je n'ai donc pas à tenir compte de ces éléments particuliers, et je puis alléger d'autant ma recherche actuelle. Il reste ainsi bien entendu que pour rompre définitivement l'alliance des forces vitales, les diverses affections morbides sont réduites à atteindre des fonctions déterminées, à réduire au silence, pour cela, des appareils spéciaux, et comme dans ces appareils il y a des pièces accessoires et des rouages indispensables, à frapper sur des organes que l'on peut, en conséquence, considérer comme essentiels.
Ces organes qui deviennent de cette façon de véritables pivots de la vie, la médecine de tous les temps les avait en vue, avant que Bichat les eût décidément dévoilés par ses intéressantes analyses ; ce sont les poumons, le cerveau et le cœur. C'est là que tout désordre morbide doit aboutir pour porter des coups mortels. Ceux que les maladies adressent ailleurs, dans le développement de leur marche cyclique, troublent plus ou moins la régularité
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des actes ou la mesure des sensations, sans arrêter d'aucune façon le cours de l'existence, à moins qu'ils n'arrivent à retentir sur l'un des supports de ce trépied vital.
Comment les différentes espèces morbides réussissent-elles à neutraliser l'un de ces trois organes, telle est donc pour le moment, réduite à ses termes les plus simples, la question qui doit m'occuper.
Je le dis par avance, il n'y a rien d'absolu à cet égard dans les déterminations particulières des troubles patbologiques qui représentent les différentes espèces morbides, et chacune d'elles peut conduire par ses tendances variables ou ses complications possibles, aux divers genres de mort qu'implique le précédent débat. On ne pourra donc enregistrer ici que des préférences.
Les maladies qui déterminent primitivement l'arrêt du cœur sont les moins nombreuses de toutes. La ruplure de ses parois amincies, sa compression par des épauchements ou des néoplasmes', un obstacle intérieur formé par des végétations ou des caillots, l'altération de ses libres contractiles, l'oblitération de ses vaisseaux nourriciers ou la suspension de sa motricité nerveuse, tels sont leurs moyens d'en arrêter le jeu. On voit qu'ils se laissent réduire à l'écoulement de son contenu, à l'impuissance de ses contractions, qui porte le nom d'asystolie (Beau), à l'empêchement de sa dilatation passive, que celui d'adiastolie pourrait servir à désigner. Parmi les espèces pathologiques qui disposent de ces moyens, je n'insiste pas sur les maladies particulières de l'organe cardiaque ou de ses annexes, inflammations, déformations, dégénérescences, lésions valvulaires, etc., dont ils sont le privilège par trop évident ; je me borne à iaire observer que ce privilège n'est pas exclusif et n'enlève pas à ces altérations du centre cardiaque la faculté d'arrêter la vie par un autre procédé que l'arrêt même du cœur; c'est ainsi qu'au moyen d'émissions einboliques, par exemple, elles amèneront la mort par le poumon, si les cavités droites en sont l'origine, et par le cerveau, si elles émanent des cavités gauches. Je ne puis qu'indiquer aussi les relations patliogéniques de la circulation centrale avec certaines lésions de quelques organes voisins, et je citerai seulement comme motlèles de ce genre la dilatation des cavités cardiaques droites, provoquée par l'atrophie des capillaires du poumon dans l'emphysème vésiculaire, et les caillots projetés dans les artères coronaires par le parenclnme gangrené d'un poumon. Mais ces maladies plus ou moins rapprochées par leur siège de l'organe qu'il faut épuiser dans son jeu, ne sont pas les seules qui aient le pouvoir d'abolir les fonctions cardiaques. Des affections générales ou des lésions éloignées retentissent quelquefois à leur tour sur le tissu ou sur les fonctions du cœur et se servent éventuellement de son intermédiaire pour amener la terminaison mortelle. Elles y parviennent à l'aide de diverses influences qu'il est nécessaire de signaler pour que la connaissance des rôles aide à retrouver les acteurs dans l'immense domaine de la pathologie. Un premier ordre de rapports s'exerce d'une façon toute mécanique; ainsi quand un vaisseau est ouvert ou qu'un anévrysme se rompt à la périphérie de l'organisme, l'issue du sang peut-être assez rapide pour suspendre le jeu du cœur. La tendance de certaines affections à des localisations successives, ou leur aptitude à déplacer le siège de leurs actes morbides par des répercussions et des métastases, vieux mots qui désignent des réalités patliogéniques sans intervenir dans les débats de leur interprétation, représente un autre genre d'attaques contre l'intégrité du centre circulatoire ; l'affection rhumatismale est au premier rang parmi celles qui utilisent de semblables pérogatives, si bien que les inflammations
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du cœur et de ses enveloppes en sont plutôt des symptômes que des complications ; on peut citer à sa suite la syphilis, la goutte, les exanthèmes fébriles et les typhus. Enfin si les actes de réflexion vaso-motrice sont l'agent principal, sinon exclusif, des relations précédentes, c'est en tout cas par sa riche innervation que le rouage central de la circulation contracte envers le reste de l'organisme un troisième ordre de dangereuses dépendances. J'ai déjà eu l'occasion de rappeler et d'expliquer l'effet produit par une excitation prononcée des nerfs moteurs du cœur, principalement des pneumogastriques; on sait qu'une excitation modérée de ces conducteurs accélère les battements de cet organe, et qu'une excitation plus vive, en exagérant le courant qui entretient sa motricité, a précisément pour résultat de la neutraliser. Les décharges motrices qui pourvoient à l'activité du muscle cardiaque émanent elles-mêmes de tous les points de la moelle cérébro-rachidienne, et comme en réalité les centres nerveux n'engendrent pas des incitations, mais se bornent à réfléchir les impulsions sensitives, c'est, par le fait, de toutes les parties de l'organisme qu'émanent les provocations chargées, à l'état normal, de fomenter l'action du cœur. Chaque région de l'économie, chaque organe devient de cette façon le régulateur de la distribution sanguine, et de même qu'il agit spécialement sur les vaso-moteurs de son territoire et préside à sa répartition particulière, il aboutit jusques au cœur et intervient dans la circulation générale. Telle est la condition de l'harmonie entre les besoins et les matériaux de la nutrition ; el c'est ainsi seulement que certains nerfs, les cordons de la sensibilité interne, peuvent être considérés comme des nerfs trophiques; mais quand un de ces points du corps vient à souffrir, qu'il s'enflamme par exemple, il transmet d'abord des impulsions plus intenses au centre particulier de ses distributions sanguines et se congestionne; si sa lésion s'exagère, il retentit sur l'activité cardiaque et allume la fièvre ; enfin si les transmissions excilo-motrices qui s'en dégagent sont extrêmement énergiques, elles portent sur les pneumogastriques des incitations excessives, qui peuvent avoir pour résultat de suspendre les mouvements du cœur. Tous les points de l'économie tiennent ainsi sous leur domination l'activité cardiaque et sont capables de l'abolir. Si l'on coupe le grand sympathique à son point d'union avec les cinquième et sixième paires cervicales et qu'on excite vivement le bout central, les battements du cœur se ralentissent et s'arrêtent ; en cheminant par la même voie, les excitations morbides parties de l'estomac et des intestins se réfléchiront aussi sur les pneumogastriques, pour neutraliser momentanément leur action. Lorsqu'on a frappé vigoureusement et à plusieurs reprises un animal sur le ventre, on constate que le jeu du cœur a été momentanément suspendu par ces irradiations sensitivomotrices. L'influence d'une émotion pour stimuler, déprimer ou abattre temporairement l'activité du cœur est connue de tout le monde ; c'est dans des conditions identiques et par une route analogue que se propagent en ce cas les phénomènes ; l'excitation de pneumogastriques a été provoquée par un acte idéomotenr. Par ce mécanisme physiologique l'arrêt temporaire delà circulation peut avoir sa source dans une souffrance de tous les organes périphériques, et les lésions les plus éloignées y puisent la faculté de produire ce qu'on pourrait appeler la paralysie active du cœur. Celle-ci n'exclue pas d'ailleurs l'éventualité d'une paralysie passive, asthénique de cet organe essentiel, et plus d'une fois sur des organismes débilités par la souffrance, par certaines fièvres, par l'écoulement des principes nutritifs comme dans les pertes sanguines, les grandes suppurations, les diarrhées chroniques, l'albuminurie, etc, la syncope vient de cette manière inter-
rompre la marche des affections morbides et en précipiter la solution (voy. Syncope) . Au point de vue de sa fréquence la mort par le cerveau vient en seconde ligne. Pour réaliser l'anéantissement de l'action encéphalique et tuer le corps par la mort préalable du cerveau, il faut que l'altération morbide porte ses effets sur la totalité de l'encéphale, ou qu'elle intéresse pour le moins l'isthme de cet organe, comprenant le bulbe improprement appelé racbidien. Ces conditions, dont la première n'existe que parce qu'elle implique la seconde, doivent être, en effet, remplies pour que le mécanisme de la mort soit bien celui qui nous occupe en ce moment, et que la responsabilité définitive, à ce sujet, n'abandonne pas le cerveau pour se porter sur les poumons ou le cœur ; un exemple qui va se trouver amené par le courant de cette exposition, complétera bientôt sur ce point l'expression de ma pensée. Il me faut seulement montrer encore que cette responsabilité spéciale du cerveau ne saurait être partagée, et que, si la mort survient réellement par cessation de l'action nerveuse, c'est bien toujours le cerveau qui représente le foyer de la désorganisation finale. Quels sont, en effet, dans ce cas, les incitations motrices qui font défaut à la vie de l'ensemble ? Sans doute la moelle épinière entretient toute la série des phénomènes réflexes, mais leur présence ne suffit pas à caractériser la vie puisqu'ils persistent sur le cadavre ; elle exerce sa part de commandement sur les contractions du cœur et intervient dans les phénomènes respiratoires, mais elle ne peut rien directement sur la volonté ni sur l'intelligence. L'encéphale, en y comprenant le bulbe, tient en revanche sous sa propre dépendance la totalité des fonctions communes. La connaissance lui appartient par les hémisphères, la respiration lui est soumise par le collet vital, et la circulation lui obéit par l'excitation du bulbe. Sans doute la moelle épinière suffit à entretenir la circulation chez les animaux dont on remplace mécaniquement les actes respiratoires, et les fœtus anencéphales peuvent parcourir les phases de la vie intra-utérine. Sans accueillir toutes les préoccupations que 1 existence de pareils monstres, à l'occasion du même débat, souleva dans l'esprit de Bichat et de ses commentateurs, j'ai seulement à faire observer que l'hématose placentaire introduit chez eux, comme la respiration artificielle chez les chiens privés d'encéphale, des conditions d'existence qui ne sont plus celles de la vie ordinaire. Séparons, par la pensée, les phénomènes qui s'associeraient à la mort de l'un ou de l'autre organe. Tandis que la mort du cerveau supprime le sentiment, abolit la respiration et frappe le cœur d'une impuissance momentanée qui doit ici rester définitive, tandis que sa défaillance tue réellement de la sorte par la suspension de toutes les fonctions nerveuses, l'anéantissement de la moelle épinière, laisse subsister l'activité cérébrale, les pneumogastriques intacts continuent d'entretenir la circulation, et c'est uniquement par l'intermédiaire de l'hématose empêchée que les fonctions du cœur se suppriment et que la mort du cerveau vient compléter la ruine des fonctions cérébrales. Dans le tétanos, par exemple, où l'action de la moelle épinière peut être considérée comme abolie par son excès même, c'est en général l'asphyxie qui termine la série morbide, et dans les paralysies spinales ascendantes la mort survient quand le jeu du thorax est devenu impossible. Ainsi donc, les lésions spéciales de la moelle épinière ne jouent aucun rôle dans le mécanisme de la mort par cessation de l'action nerveuse, et cette dernière expression ne doit pas être substituée, comme l'a demandé Jaumes (voy. Traité de path. et de thérap. génér., 1869, p. 551), à celle de mort par le cerveau, pour rendre définitivement correcte la division classique établie par Bichat.
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Anémie, congestion, œdème de son tissu, modification dy^crasique ou toxique de son plasma, inflammation de sa névroglie, dissociation mécanique de ses fibres et cellules, dégénérescence de ses éléments figurés, compression extrinsèque de sa masse, épuisement de ses condensations dynamiques, telle est l'indication résumée des altérations susceptibles, quand elles atteignent un certain degré de violence, d'anéantir les propriétés de sa substance nerveuse. On pourrait toutes les comprendre, avec Bicbat, sous le nom d'apoplexie (ànô et tùûggu,, je frappe de haut en bas), en raison de leur manière d'amener la mort, si par son usage antérieur ce terme n'excluait l'idée d'une lésion progressif (voy. article Apoplexie). 11 faut naturellement placer au premier rang, parmi les maladies qui amènent de semblables désordres, les lésions qui évoluent dans la région crânienne, et la pathologie entière de l'encéphale et de ses enveloppes rentre de plein droit dans cette première catégorie d'influences ; à ce titre, toute la série des lésions méningiliques, toutes les irritations nutritives, formatrices ou nécrobiotiques des éléments constituants des centres nerveux, toutes les diverses altérations des vaisseaux cérébraux en font partie.
Parmi ces dernières la rupture des parois capillaires ou artérielles, qui implique l'hémorrhagie cérébrale, est une des plus fréquentes et peut nous servir de modèle pour la distinction radicale qu'il faut établir dans les phénomènes ultérieurs.
La destruction des fibres cérébrales par l'invasion du sang ne peut avoir d'autres conséquences qu'une paralysie partielle, qui pourra devenir dans la suite indirectement mortelle, mais qui ne l'est pas en elle-même, et qui d'ailleurs ne représente pas une suppression absolue de l'action encéphalique. Si l'hémorrhagie cérébrale se borne à cela, nous n'avons pas maintenant à compter avec elle, à moins que, par un retour de ses symptômes généraux, elle ne ramène plus tard vers l'encéphale un autre genre d'action suspensive. Mais la lésion qui nous occupe ne se limite pas d'habitude à ces dégâts circonscrits, il s'y joint alors un autre groupe de symptômes, qui porte le nom d'état apoplectique, qui représente une atteinte subie par la totalité des fonctions encéphaliques et qui, lorsqu'il est ou devient l'abolition complète de ces Jonctions, entraine nécessairement la mort. Ici les phénomènes morbides ne relèvent pas seulement du désordre local, mais bien de l'influence que ce désordre exerce sur le reste du cerveau. Que nous expliquions cette influence par l'anémie collatérale de Niemeyer ou par V ictus direct et l'ictus réflexe de Jsccoud, il n'en résulte pas moins, de l'insuffisance et de l'opposition de ces théories, que le fait en lui-même s'impose à nos interprétations. 11 a fallu, dans de telles circonstances, que tout le cerveau, ou pour le moins tout l'isthme de l'encéphale, fût intéressé pour que la totalité des fonctions cérébrale fut anéantie.
Je dis avec intention l'isthme de l'encéphale, le mésocéphale, en prenant celte dernière expression dans un sens moins restreint que Chaussier, et non le bulbe rachidien, ni même le nœud vital, jusque dans lequel il semble bien au premier abord qu'on pourrait concentrer la vitalité encéphalique. Il est important de légitimer cette réserve. En supposant le nœud vital isolément détruit par la cause morbide, la mort serait la conséquence immédiate d'une aussi grave lésion, comme on le sait déjà d'après le résultat de sa désorganisation artificielle ; mais aux termes de l'analyse que je déroule en cet instant, il ne serait pas permis de dire que la mort est survenue par l'arrêt des fonctions encéphaliques, que le cerveau s'est le premier détaché de l'association vitale. La destruction du nœud
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vital ne supprime, en effet, par elle-même, que l'activité pulmonaire et cardiaque, la première, on l'a vu, d'une façon définitive, la seconde, par une intervention transitoire; mais, en tout cas, les fonctions cérébrales proprement dites survivraient à ce désordre si les troubles circulatoires et respiratoires n'entraînaient eux-mêmes leur abolition. De même le bulbe où s'entre-croisent déjà de nombreux conducteurs convergents et centrifuges, ne met encore en relation avec le cerveau que les régions du tronc et des membres, et une partie de ces communications fondamentales échappent à sa domination immédiate de même qu'à son intermédiaire. Dans le cas où le nœud vital serait donc isolément touché par la maladie, on mourrait, en réalité, comme cela a lieu, nous le verrons bientôt, dans une foule d'affections morb:des qui ont pour résultat final d'interrompre à leur siège les incitations motrices de la respiration, par les poumonset nullement par le cerveau. Mais si l'isthme de l'encéphale, au contraire, est intéressé dans toute l'étendue de son territoire, au sein duquel l'accord des anatomistesfait remonter l'origine de tous les cordons nerveux (Sappey), non seulement les appels de l'atmosphère et le torrent de la circulation seront suspendus de ce chef, mais les échanges réciproques entre les sensations et les volontés, dernière attestation de l'existence individuelle, se trouveront en outre simultanément interrompus.
Les lésions intra-cràniennes n'ont pas seules le pouvoir d'abolir ainsi dans leur totalité les fonctions encéphaliques, ou de les frapper collectivement dans le mésocéphale. Des maladies localisées ailleurs ou- qui portent sur l'ensemble de l'organisme, peuvent occasionner aussi la mort eu parvenant à neutraliser le fonctionnement cérébral ; c'est ce qu'on appelle vulgairement Je transport au cerveau, bien qu'il y ait souvent alors tout autre chose qu'un transport ; mais quoique plus fréquente que la paralysie du cœur, la paralysie cérébrale, dans ces circonstances, est elle-même une exception. On la trouve comme explication de la terminaison fatale dans quelques accès de fièvres aiguës, à la période prodromale des fièvres éruptives, dans la rétrocession de certains exenthèmes, dans les diverses catégories de lésions cardiaques, dans les hémorrhagies lentement progressives, duns les affections cachectiques telles que le cancer, le diabète et l'albuminurie, dans l'épuisement névrolytique des grandes douleurs, et jusque dans cette perturbation vaso-motrice, due à la réflexion des impressions seitsitives, comme ces répercussions cérébrales, dont parle Watson, qui tuent beaucoup d'individus à Londres pendant les nuits des hivers rigoureux. Elle obéit aiors à des mécanismes fort divers, depuis la rupture vasculairé qui a parfois toute sa raison d'être dans une hypertrophie du ventricule gauche, ou les décharges em- Loliques qui ont pour provenance tous les points compris sur le trajet artériel entre les poumons et le cerveau, jusqu'aux phénomènes plus généraux de l'anémie, de Thypérémie, de l'œdème et des épanchements qui peuvent compliquer plusieurs affections morbides, jusqu'à cette dépression de l'activité cellulaire qui résulte, dans quelques dysémies, de l'altération toxemique ou septicémique, ou qui provient, dans les typhus et les fièvres typhoïdes principalement, d'une élévation excessive de la température animale. Les premières de ces relations se conçoivent d'elles-mêmes, la dernière seule nécessite une discussion spéciale.
La vie, on le sait, n'est plus possible après un certain accroissement de la chaleu* propre du corps. Ce n'est pas alors la motricité cardiaque ou l'échange pulmonaire qu'on peut accuser de s'être suspendus, ce ne sont pas les vies locales qu'on peut supposer éteintes, c'est le fonctionnement de l'appareil nerveux qu'on doit, par induction, considérer comme anéanti. 11 faut sans doute,
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par suite de la résistance des corps vivants à l'équilibration des températures, une augmentation considérable de la chaleur ambiante pour élever sensiblement le niveau de la chaleur interne ; le rapport de cette influence n'est, en effet, que de 1 degré dans l'organisme humain pour 20 degrés dans l'atmosphère (B. Séquard). Mais certaines maladies arrivent par l'excès des oxydations élémentaires à réaliser plus facilement cette accumulation de calorique. Sous l'impulsion de Wunderlich, les recherches de thermographie dans les fièvres ont pris, dans ces derniers temps, une très-grande activité et une précision considérable sans arriver à modifier sensiblement les résultats obtenus, dès l'abord, par le savant professeur de Leipsig. Le chiffre thermométrique le plus élevé qui ait paru jusqu'ici compatible avec la conservation de l'existence, est celui de41°,75 centigrades; il a été vu, par Michael, dans un accès de fièvre intermittente. Quand la chaleur se maintient entre 40 et 41°, avec des rémissions très-fortes dans la matinée, la vie ne peut guère se prolonger que quelques jours ; le dommage augmente et le danger se rapproche, si le degré thermique monte de 40 à 42°, 50, terme extrême de son élévation pendant la vie dans le cours des fièvres graves, car dans le tétanos Wunderlich a constaté jusqu'à 44°, 75 au moment de la mort.
S'il est aujourd'hui régulièrement établi que l'ascension de la température animale, dans les fièvres principalement, peut atteindre ainsi de 4 à 5 degrés audessus de son niveau normal, il ressort d'un autre côté d'expériences instituées par Cl. Bernard en 1842, et complétées en 1871, que c'est en déterminant cette même exagération de la température dans l'intérieur du corps que l'augmentation de la chaleur externe arrive à produire la mort. Ces expériences ont été faites en partie sur des mammifères, dont la moyenne thermométrique normale est analogue à la nôtre, ce qui permit d'appliquer à l'homme les conclusions obtenues ; en partie sur des reptiles et des oiseaux qui l'ont inférieure ou supérieure, de sorte que, par l'obligation d'atteindre chez eux un niveau plus ou moins élevé, les données précédentes se trouvèrent confirmées. La mort survenait, en effet, vers 37 ou 39 degrés chez les animaux à sang froid ; vers 45 ou 44 chez les mammifères; vers 46 ou 48 chez les oiseaux. Lorsqu'un animal est soumis aux effets toxiques d'une température élevée, que ses poumons soient ou non préservés contre l'entrée de l'air chaud, il se présente une succession constante et caractéristique de phénomènes. Il éprouve d'abord de l'agitation, les mouvements respiratoires et circulatoires s'accélèrent, il s'échauffe de plus en plus,, tombe en convulsions, puis les battements de son cœur s'arrêtent, et il meurt en poussant un cri. Ainsi, au début, l'animal est excité, ses fonctions s'accomplissent avec un excès de vigueur, de même que ses oxydations plus actives ajoutent à sa chaleur acquise un excès de chaleur intrinsèque. La force comme le combustible d'où elle se dégage s'use par ces dépenses excessives et trop rapides pour être compensées, et l'inertie fonctionnelle succède à l'agitation, comme la chaleur fait place au Iroid de la mort. Quelle a été ici la fonction commune que cet affaissement des vies locales a réduite la première au silence? Le sang artériel des victimes est noir, pauvre en oxygène, chargé d'acide carbonique, il a pris en un mot l'aspect du sang veineux. Cependant il est loin d'avoir perdu ses propriétés physiologiques ; il peut toujours, sous l'influence de l'oxygène, revenir à son état normal et recouvrer sa rutilance. Il ne saurait donc, malgré les apparences, s'agir ici d'une asphyxie : le sang n'est pas devenu veineux par quelque entrave survenue aux échanges de l'hématose, mais tout au contraire par la consommation exagérée de l'aliment respiratoire. En voyant la promptitude avec laquelle se
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produit la rigidité cadavérique et la résistance que le cœur oppose à toute excitation, le professeur du collège de France a proposé, pour ce genre de mort, une explication que je ne puis davantage admettre. La chaleur est, d'après lui, un poison du système musculaire, comme le sulfo-cyanure de potassium et l'upasantiar; elle coagule la matière molle des fibres musculaires, détermine la rigidité des muscles, arrête tout d'abord ainsi les fonctions du cœur et provoque de cette façon le déchaînement final. Ainsi la mort aurait lieu par syncope. Mais il est facile de voir que la perte de la contractilité musculaire est uniquement l'effet delà rigidité précoce, qui, toute précoce qu'elle, soit, est elle-même postérieure à la mort. Ce n'est donc pas à la solidification des fibres cardiaques qu'il faut attribuer cet événement, et de cette façon s'évanouit l'unique argument de la théorie. Il est facile de concevoir, du reste, pourquoi, dans cette exagération des oxydations organiques, c'est la souffrance de la fibre musculaire qui a captivé l'attention du célèbre physiologiste. La fibre contractile, n'est pas seule, toutefois, à brûler le carbone et les autres matériaux calorifiques; l'activité du système nerveux, cela ressort définitivement de recherches récentes, dépend elle aussi des combustions qui s'y accomplissent.
Le sang pénètre rutilant et riche en oxygène dans les amas de substance nerveuse, et il en sort noir et chargé d'acide carbonique; à l'état de repos, il se fait déjà, par conséquent, des combustions dans l'intimité du tissu nerveux, et c'est ainsi qu'il s'y accumule de la force. Quand ce système entre en activité, ces combustions deviennent plus actives, comme en témoignent les produits matériels et le dégagement de calorique. 0. Funke avait déjà constaté que la réaction chimique des nerfs est neutre quand ces derniers sont à l'état de repos et devient manifestement acide quand ils ont été fortement excités, Jorsqu'en 1868, Byasson démontra que l'activité cérébrale augmente, dans les urines, la proportion de l'urée. Les récentes et importantes expériences d'Oscar Liebreich sur la consommation du protagon, matière azotée et phosphorée qui fait partie de la substance blanche dans les centres et les cordons nerveux, sont venues confirmer les précédentes conclusions. D'autre part, Bœrensprung etDavy avaient aussi remarqué, en 1846, que la température du corps s'élève, d'une manière appréciable, sous l'influence d'une excitation nerveuse intense; Valenlin et Oehl avaient, un peu plus tard, observé les mêmes effets en prenant directement la température des nerfs excités, lorsque les expériences de Schiff, publiées en 1869, et redevables d'une extrême précision à l'emploi de la pile thermo-électiique combinée avec le galvanomètre, ont irrévocablement introduit dans la science cette loi biologique : « L'activité propre d'un cordon nerveux ayant été mise en jeu par une excitation quelconque, la propagation de cette excitation s'accompagne d'une élévation de température sur le (rajet du nerf. » Tout dernièrement encore, à l'aide d'un appareil thermo-électrique d'une grande sensibilité et par une observation trèsanalytique des phénomènes, J.-P. Lombard a établi qu'en. dehors de toute modification vasculaire, sous l'influence d'un travail cérébral intense, la température de l'encéphale mesurée sur l'occipital s'élève d'un vingtième de degré centigrade. Ainsi l'activité des centres nerveux est l'occasion des mêmes phénomènes calorifiques que celle de leurs conducteurs, et le travail immatériel de la pensée est subordonné lui-même à une dépense de combustible.
D'après cela, le système nerveux, tout autant que la fibre musculaire, doit, sans aucun doute, l'origine de sa force à des combustions intimes, et il n'y a déjà aucune contradiction à penser que cette faculté peut s'anéantir par les oxydations
exagérées que représente ou que provoque l'excès de la température animale. Cetle possibilité devient une vraisemblance quand, en présence même des faits morbides, on voit dans les phénomènes d'excitation convulsive la preuve d'une dépense ruineuse du combustible nerveux, et dans l'arrêt final du centre cardiaque le gage que la vie des muscles survit à celle de l'appareil innervateur. Du reste, la théorie se montre, en cette circonstance, en plein accord avec l'observation des faits, car tout porte à prévoir que sous le poids d'une même injure le système nerveux succombera plus tôt que le système musculaire. Pour abolir, en effet, l'excitabilité des muscles, nous savons, par exemple, qu'il faut supprimer totalement l'arrivée du sang dans ces organes, tandis qu'il suffit d'en abaisser notablement la proportion pour anéantir les propriétés de la subïtance nerveuse (Schiff).
Restent les poumons, ce troisième facteur de la trilogie vitale. La mort est souvent déterminée par leur intermédiaire, et l'arrêt de l'hématose est le dénoùment ordinaire des maladies. Quand les attaques dirigées par elles contre le cœur ou le cerveau ont épargné dans ces régions le principe essentiel de leur vie particulière, c'est le plus souvent par la voie des fonctions respiratoires qu'elles reprennent leur œuvre fatale et qu'elles arrivent indirectement à leur fin. La suppression de l'activité pulmonaire est aussi le but suprême auquel tendent régulièrement la plupart des troubles morbides, quand une évolution favorable, ou une intervention efficace, n'arrivent pas à rétablir l'harmonie physiologique : « Quel que soit le siège de la maladie principale, que ce soit un vice organique ou une lésion générale des fonctions, presque toujours, dans les derniers instants de l'existence, le poumon s'embarrasse; la respiration devient pénible, l'air sort et entre avec peine; la coloration du sang ne se fait que très-dilficilement, et ce dernier passe presque noir dans les artères. La cause de la maladie n'est alors qu'une cause indirecte de la mort générale, elle délermine celle du poumon, laquelle entraîne ensuite ceilede tous les organes » (liicbat). L'asphyxie, qui est un des modes habituels de la mort violente, est donc aussi le moyen préféré par l'action pathologique pour trancher le lien des fonctions gén 'raies.
C'est d'abord la terminaison légitime et prévue de ces nombreuses lésions qui s'attachent à l'appareil respiratoire ou s'acharnent au tissu pulmonaire, et finissent par anéantir soit le jeu mécanique du thorax et la circulation aérienne, soit la perméabilité des membranes osmotiques et la dissolution de l'oxygène par le sang ; c'est encore la conséquence naturelle des obstacles, tels que l'embolie veineuse et les altérations cardiaques, qui viennent interrompre le cours du sang dans les artères pulmonaires et soustraire à l'acte de l'hématose le principal de ses facteurs. Que l'asphyxie soit le résultat ultime de ce cortège compliqué de lésions constituant, en somme, les maladies de l'appareil aérien, et que la mort se produise par son intermédiaire dans l'œdème de la glotte et le croup, dans l'hépatisation pneumonique et la tuberculisation pulmonaire, dans l'apoplexie du poumon et l'hypertrophie du ventricule droit, il n'y a certes là rien qui puisse nous surprendre, et il faut plutôt expliquer comment ces divers troubles morbides sont capables d'affecter des solutions différentes : ainsi, dans la pneumonie, la mort peut survenir par la compression cérébrale ou l'élévation de la température ; dans le croup, elle peut être l'effet de l'intoxication diphthéritique ; dans la phthisie pulmonaire, elle peut arriver par Phémorrhag»ie, qui intéresse, nous le savons, ou le cœur, ou le cerveau, et n'est ordinairement que le résultat d'une consomption iente et d'un empoisonnement septicémique portant ses impressions délétères sur les foyers de l'innervation. On sait, en effet, que la fièvre chez les poitrinaires
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prend de plus en plus le caractère asthénique ; ces malades sont pris un jour de délire, de somnolence ou de coma, et s'éteignent, souvent sans agonie, par l'arrêt de toutes les irradiations motrices.
Mais ce qui est moins évident en soi, sans cesser d'être aussi réel, c'est que l'asphyxie serve de dénoùment habituel « à un vice organique quel qu'en soit le siège, à une lésion fonctionnelle quelle qu'en soit la nature. » Il importe donc ici d'analyser avec plus de soin l'enchaînement des causalités pathogéniques.
Avant de montrer toutefois que la plupart des maladies deviennent mortelles en aboutissant à une véritable asphyxie, il faut lever certaines confusions que le choc des théories et le relâchement du langage médical ont introduites et maintenues dans la signification de ce terme morbide. On trouvera l'étude approfondie du phénomène qu'il représente à l'article Asphyxie ; il ne s'agit pour le moment que d'en fixer exactement le sens. Quand la fonction respiratoire a été suspendue soit par la soustraction de l'air au contact du sang, soit par la soustraction du sang au contact de l'air, soit par une altération du mélange inspiré ou du contenu vasculaire s'opposant l'une à la cession, l'autre à l'accueil de l'oxygène, il y a pour tout le monde une asphyxie dans cette suspension de l'hématose. Que la mort soit occasionnée dans ces circonstances par la privation d'oxygène ou par l'accumulation d'acide carbonique, ces deux troubles également mortels dont il est seulement difficile d'apprécier la priorité d'action, peu importe en ce moment, puisqu'ils sont au même titre les suites de l'arrêt survenu dans la respiration. La cellule, nous le savons, respire dans son milieu plasmatique, comme l'individu dans l'atmosphère extérieure ; par conséquent, la substitution d'un sang veineux ou noir au sang artériel des distributions normales arrête aussi dans ces organes élémentaires le travail des combustions organiques, soit que la présence de l'acide carbonique s'y oppose, soit que l'absence de l'oxygène les rende impossible, et l'asphyxie des éléments ou des tissus est ainsi le contre-coup nécessaire de l'asphyxie générale. Jusque-là point d'embarras encore puisque l'asphyxie secondaire des tissus est la conséquence immédiate et forcée de l'asphyxie générale; c'est une application progressive des effets délétères, mais il n'y a qu'une seule et même cause morbide. Tout cela porte et mérite le nom d'asphyxie. Toutefois, on en est venu de la sorte à détacher par l'esprit la respiration des cellules au sein des tissus de ce qu'on pourrait appeler la respiration du sang à l'intérieur des poumons, et l'observation expérimentale a confirmé cette démarcation des phénomènes en parvenant à dissocier leur cause. Par exemple, il a été prouvé que l'oxyde de carbone provoque la mort non-seulement quand il vicie l'atmosphère, mais aussi quand on l'injecte dans la veine jugulaire (Nysten). Une analyse plus intime de ce même tait a démontré que ce gaz n'empoisonne pas alors en empêchant le sang veineux de s'artérialiser dans les poumons, mais en se fixant dans les hématies de manière à les empêcher d'absorber l'oxygène dissous par le sérum (C. Bernard). 11 n'y a donc bien ici d'asphyxié qu'un élément anatomique, le globule sanguin, et il est logique de penser qu'au contact ultérieur du gaz toxique tous les éléments du corps contracteront la même incapacité. Beaucoup d'intoxications sanguines ont des résultats analogues ; l'arsenic, pris à doses modérées, commence par donner à la respiration une activité plus grande, mais il se combine ensuite avec les globules du sang et paralyse leur action (Vogel). Le plomb, le mercure s'unissent aux matières plasmatiques du liquide nourricier, forment avec elles des albuminates qui altèrent -la composition de ce liquide, et qu'on peut accuser d'entraver le déroulement de l'activité cellulaire (G. Sée). L'empoisonnement par
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le gaz des égouts, des fosses d'aisances, par le chloroforme, l'étheret toute la série des anesthésiques n'apportent, en réalité, à la respiration générale qu'un obstacle illusoire, puisque les vapeurs et les gaz mêlent intimement leurs molécules, et c'est uniquement sur les respirations local- s qu'on est en droit de leur supposer une action suspensive. C'est ce même genre d'action qu'exerce, à un degré moins prononcé et pour cela favorable au lieu d'être funeste, une classe de plus en plus considérable de substances qu'on désigne maintenant, en raison même de cette propriété, sous le nom de médicaments ou d'aliments d'épargne. Le nombre, du reste, ou la variété de ces agents importe moins que le caractère de leur influence ; or ils ne suppriment en aucune façon l'hématose s'ils empêchent peut-être les actes respiratoires des cellules, globules sanguins ou éléments anatomiques.
Dans une excellente étude de l'asphyxie (voy. Nouv. Dict. de médecine et de chirurgie pratiques, dirigé par Jaccoud, t. III, p. 5i8), Paul Bert refuse absolument de donner ce nom à la catégorie de phénomènes que je viens d'indiquer ; avec une grande apparence de raison, car il est en effet bien difficile de préciser le caractère du trouble exercé sur les éléments des tissus, il ne veut y voir qu'une intoxication sanguine. Pour moi, je n'interviens pas dans le débat et je me borne à constater, dans l'intérêt de l'étude que je poursuis, la double portée du terme en question. Concédant qu'on veuille l'affecter aux phénomènes de dépression vitale qui se passent au contact des éléments anatomiques avec un sang altéré, je sépare nettement cet ordre de faits de ceux qui constituent les troubles particuliers de l'hématose. Dans les empoisonnements par l'oxyde de carbone, l'hydrogène arsénié, le plomb, les anesthésiques, etc., empoisonnements qui n'empêchent pas le sang de rester artériel et oxygéné, il se peut que la respiration des cellules ait péi i la première, mais la mort n'arrive pas nécessairement par l'arrêt des grandes fonctions respiratoires, et le trouble des activités locales, comme dans toutes les dyscrasies sanguines, peut retentir sur le cœur et tuer par la syncope, comme aussi sur le système nerveux en ouvrant la brèche du côté du cerveau. Au contraire, dans l'arrêt de l'hématose par l'interruption des échanges entre le sang et l'atmosphère, alors qu'en conséquence de ce désordre le liquide nounicier est privé d'oxygène et chargé d'acide carbonique, noir et veineux, absolument impropre à l'existence commune, le trouble respiratoire assume directement la responsabilité de la déroute fonctionnelle. Or c'est par cette asphyxie générale, par l'asphyxie proprement dite, que les diverses maladies portent le plus souvent à l'existence le coup qui doit en trancher définitivement le fil.
L'étroite relation qui unit l'asphyxie avec la terminaison de l'existence est loin de se présenter comme une idée nouvelle. Galien en avait fait le premier la base de sa théorie générale de la mort. Elle a depuis lors reparu sous bien des formes jusqu'au système de Piorry, qui rattache cette suprême évolution de la vie à Yanhématosie par écume bronchique. Sans limiter l'arrêt fatal de la respiration à l'engorgement des poumons par les mucosités, au risque de confondre dans la majorité des cas les effets avec leur cause, on parvient à reconnaître par une analyse attentive des phénomènes ultimes que la suppression de l'hématose précède le plus souvent, à la dernière période de l'existence, l'anéantissement des deux autres fonctions essentielles.
En ce qui concerne le cœur, la preuve n'est pas à faire ; c'est la marche ordinaire des choses, comme chacun le sait, que ses battements survivent à toutes les manifestations de la vie d'ensemble; le cœur meurt en dernière ligne, ce n'est pas
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une loi sans exception, mais c'est en tout cas une règle qu'il serait superflu de démontrer.
L'évidence n'est pas aussi saillante quant à la survivance des fonctions cérébrales. Tout le monde a présent dans son esprit les souvenirs émouvants et à peu près uniformes de la dernière heure. On se rappelle ce trait sinistre de l'agonie, ce râle trachéal qui est produit par le soulèvement saccadé du thorax. L'air circule encore dans les tuyaux bronchiques et y soulève bruyamment les sécrétions de leur membrane. En ce moment solennel où le cœur continue d'émettre ses battements affaiblis, la pensée en revanche est généralement absente, le corps inerte, et il semble que le cerveau ne donne plus aucun signe de vie. La respiration paraît donc subsister après l'anéantissement de l'encéphale et ne succomber, par conséquent, que la seconde dans ce désastre iinal qui constitue l'agonie et qui est sous ce titre l'avant-coureur ordinaire de la mort. Ce n'est là qu'une illusion. Le soulèvement rhythmique de la poitrine est seul maintenu, l'acte fondamental de l'échange respiratoire est aboli, en réalité, depuis quelques instants L'air entre et sort sans doute, le liquide nourricier traverse plus ou moins bien le poumon, mais l'état des membranes ne permet plus le contact, ou l'état du sang ne permet plus l'absorption, en somme l'hématose a cessé complètement et la première.
Je n'ai pas à me préoccuper outre mesure du désaccord qui existe entre cette dernière opinion et celle dont Jaccoud s'est fait le défenseur (voy. article Agonie, in Novv. Dictionn. de méd. et de chir., t. I, p. 441), car j'ai des arguments exclusifs à présenter en faveur de la mienne. D'après Jaccoud , dans les maladies générales comme dans les lésions qui intéressent les centres nerveux, la mort arrive le plus souvent par la perturbation fonctionnelle de l'encéphale. Sous l'influence de l'altération dont cet organe est le siège, soit par l'effet d'une lésion directe, soit par l'impression d'un sang altéré, son excitabilité fléchit au-dessous du niveau normal ; au bout d'un temps plus ou moins long, la perturbation tonctionnelle atteint la moelle allongée. Cette partie de l'encéphale est le foyer d'innervation de l'appareil respiratoire ; le désordre qui la frappe amène la paralysie des nerfs vaso-moteurs pulmonaires, et avec elle la dilatation paralytique des capillaires du poumon ; de là congestion permanente et hypersécrétion, et comme les muscles de Reiseissen sont paralysés par le même mécanisme, engorgement de l'arbre aérien et asphyxie consécutive par écume bronchique. L'asphyxie et l'agonie se produisent ici, selon le distingué clinicien de Lariboisière, avec les mêmes lésions que chez les animaux- dont on a coupé les nerfs pneumogastriques à la région cervicale. Cet enchaînement fantaisiste de phénomènes se heurte à une impossibilité radicale ; si le bulbe rachidien a cessé d'expédier à la circulation pulmonaire les décharges vaso-motrices qui en assurent l'activité, comment peut-il continuer de commander aux soulèvements thoraciques sans lesquels il n'y a plus de circulation aérienne, plus de râles et par conséquent plus d'agonie ; comment peut-il « s'elforcer de suppléer par le nombre croissant des inspirations à l'insuffisance de chacune d'elles? » (Loc. cit., p. 456). Il ne s'agit plus ici du scalpel de Mendelsohn ou de Schiff tranchant sur les nerfs vagues les courants de la vascularité pulmonaire tout en respectant sur les paires cervico-dorsales ceux qui s'acheminent vers les muscles pectoraux et le diaphragme ; la lésion morbide qui le remplace a trouvé réunies à leur siège bulbaire les principes de ces diverses motricités, qui vont s'isoler sur différents conducteurs. Je comprends : on sépare les propriétés dont il s'agit et on fait s'éteindre les incitations que le centre bulbaire adresse aux vaisseaux avant celles qu'il expédie vers les muscles respira-
teurs. C'est cependant exactement le contraire de ce qui a toujours lieu dans toutes les paralysies des centres nerveux : la motricité vasculaire est la plus réfractaire, la plus longue à atteindre; bien mieux, elle est souvent tout juste la seule qui résiste parmi toutes les activités de ces organes, comme en témoigne après leur altération la persistance de la nutrition dans les parties absolument privées de sensations et de mouvements. Mais, en outre, si vous laissez survivre des fonctions cérébrales, c'est donc bien, comme je le prétends, l'anéantissement des fonctions hématosiques qui précède la mort du cerveau.
Ainsi la persistance des soulèvements thoraciques et le phénomène du râle trachéal, qui en est la conséquence et le témoignage, prouvent que l'arrêt d'ailleurs incontesté de l'hématose ne dépend pas, dans le mécanisme habituel de la mort, d'une abolition primitive des fonctions encéphaliques, et je m'inscris absolument, comme on le voit, contre cette affirmation de Parrot : « Dans toute maladie se terminant par un état d'agonie (c'est-à-dire dans la généralité des maladies), la mort du cerveau précède celledes autres organes (voy. art. Agonie, t. II, p. 194). » Si donc, en cet instant suprême, l'activité cardiaque demeure, si la persistance de quelques actes atteste aussi le maintien, quelque partiel qu'il soit, de la vie cérébrale, c'est bien par l'asphyxie, en supposant toujours qu'elle existe, qu'a dû commencer indubitablement le déchirement du faisceau fonctionnel.
Ici je me retrouve d'accord avec \es autorités que j'ai dû combattre tout à l'heure, comme je le suis, d'ailleurs, avec l'ensemble des médecins. Aucun doute à cet égard n'est possible. En ce moment précis que j'envisage, alors qu'au milieu du râle de l'agonie, les battements du cœur sont encore perceptibles, que l'innervation encéphalique s'affirme par le soulèvement précipité du thorax, si elle n'est pas confirmée par quelques dernières convulsions, la fonction de l'iiématose s'est bien réellement éteinte pour toujours, car le sang porte le cachet reconnaissable de la plus complète vénosité. En veut-on quand même la preuve? Qu'on se rappelle alors dans tous ses détails le lugubre tableau qui représente la terminaison ordinaire des maladies mortelles (voy. Agonie). Une éloquente série de phénomènes sert de première garantie en faveur de cette manière de voir. Dès le commencement de l'agonie, la face est souvent d'un rouge sombre ; les joues sont livides, les lèvres cyanosées; pondant toute sa durée, une sueur froide et visqueuse humecte la peau ; la température s'abaisse graduellement par le déclin des combustions cellulaires; la respiration courte et fréquente, comme dans tous les cas où l'hématose est directement suspendue, atteste l'interruption des échanges par ces efforts de l'organisme pour les rétablir ; enfin, l'accumulation des mucosités dans les voies aériennes est un nouveau témoignage de leur inertie. Qu'on ramène ensuite ses souvenirs sur les altérations remarquées à l'ouverture des cadavres (voy. Cadavre, Autopsie). La simibtude qui existe entre les phénomènes ultimes de la vie réunit aussi dans un groupe uniforme les caractères anatomiques de la mort, et l'on verra s'élever de ces nouveaux faits une nouvelle catégorie d'arguments. Les lésions cadavériques habituelles sont, en effet, dans un rapport étroit avec les traces que laisse l'asphyxie, et leur présence est un gage du trouble particulier qui agita l'économie pendant la période extrême de l'existence. Ce sont des sugillations ou des ecchymoses cutanées ; des congestions passives dans les principaux viscères, les poumons, le foie, les reins, le cerveau. Si l'affaiblissement et l'arrêt des impulsions cardiaques en étaient l'origine, c'est vers les cavités du cœur plutôt qu'au sein des organes et dans les parties déclives du corps que la stase du sang aurait dû se produire ; dans ces conditions, cette dernière accuse
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3a diminution de l'élasticité artérielle et de la contractilité capillaire qui est ellemême le produit de la véaosité sanguine. Du reste, l'inspection directe des transsudations séreuses et du contenu vasculaire certifie elle-même la présence du sang noir pendant ces derniers moments de la vie. Le système artériel est vide, niais l'arbre veineux, en revanche, se trouve distendu par un liquide sirupeux et noir bleuâtre ; le cœur droit contient des caillots bruns, jaunâtres, diffluents et mous, que leur âge permet souvent de rapporter au début même de l'agonie. Les infiltrai ions qui se sont produites alors dans les interstices des tissus sont constituées par u::e sérosité rougeàtre, où l'hématine en dissolution révèle la destruction préalable des globules restés dans les vaisseaux, et présente un nouveau témoignage de l'état asphyxique où le sang se trouvait pendant la vie.
C'est donc un fait acquis : dans la majorité des cas, l'asphyxie domine dans le mécanisme de la mort; l'arrêt de l'hématose est la première défaite de la vie, et c'est le poumon qui ouvre la série des phénomènes ultimes. Ce n'est là qu'enregistrer l'événement ; il faut essayer d'en découvrir la raison, '
Les maladies qui commencent ou qui finissent sur l'appareil respiratoire amènent sans difficulté, comme on l'a vu, l'abolition définitive des fonctions respiratoires. J'ai dit aussi que les lésions encéphaliques, se détournait souvent de leur but primitif, au lieu d'achever la destruction des fonctions cérébrales, se jetaient, pour ainsi dire, sur le poumon par l'intermédiaire du bulbe, et introduisaient la mort par cette voie spéciale. Mais alors, précisément parce que les fonctions du bulbe sont abolies, les actes mécaniques de la respiration se suspendent comme l'hématose, et le râle de la mort fait défaut a l'agonie. Ce n'est donc pas encore la solution habituelle. L'asphyxie commune à l'ensemble des maladies ne peut avoir sa cause dans une lésion pulmonaire absente, ni dans un .léfaut d'innervation bulbaire que récuse la présence des mouvements thoraciques. Il ne reste, pour expliquer l'interruption de l'échange avec l'atmosphère, qu'à déclarer le sang déchu de ses affinités particulières pour l'oxygène, et cette allégation n'est pas une pure hypothèse, puisqu'elle résulte forcément de l'exclusion des autres éventualités. En outre, elle est en plein accord avec l'enchaînement symptomatique. Dans la plupart des affections, le sang souffre manifestement en sa crase intime, bien que la nature de ses altérations soit restée jusqu'à ce jour l'un des côtés les plus mystérieux de la physiologie pathologique. Qu'elle soit le début ou l'aboutissant du mal, l'intoxication sanguine n'en est pas moins un des principaux éléments du désordre morbide, et qu'elle s'appelle toxémie ou empoisonnement miasmatique, anémie ou septicémie, hydrémie ou désalbuminémie, etc., etc., il est parfaitement logique, dans chacune de ses formes, de voir un acheminement vers une anoxémie mortelle. Enfin, la circonstance qui s'oppose à sa démonstralion expérimentale contribue elle-même, en quelque sorte, à la légitimer. Le sang veineux du moribond a perdu la propriété de recouvrer sa rutilance au contact de l'oxygène; j'aurais donc là cette preuve concrète •qni me fait défaut, si ce n'était une condition particulière à tout sang d'asphyxié. Je veux bien, par conséquent, ne pas trouver dans ce fait un argument rigoureux en faveur de mon interprétation ; mais j'établis, du moins, qu'il la protège contre l'accusation de ne relever que du raisonnement.
Je viens de parcourir les manifestations variées de l'évolution pathologique pour montrer comment les diverses espèces morbides arrivent à détruire l'un des trois facteurs nécessaires de l'existence, et à commencer ainsi l'œuvre définitive de la mort. Comme l'expose donc la théorie de Bichat, si nette et si sédui-
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santé par cette netteté même, on meurt bien réellement dans les différentes maladies, parce qu'elles finissent par supprimer les fonctions du cœur, du cerveau ou du poumon. Une dernière explication est indispensable pour mettre cette simplicité didactique de la théorie en rapport avec la complication naturelle des choses. Quand il s'agit des maladies subites ou même rapides, la rigueur des démarcations indiquées se retrouve dans la divergence bien accusée des phénomènes ; au cours des maladies à progression plus mesurée, il y a longtemps avant le déchaînement final un empiétement réciproque des appareils vitaux, qui confond dans une symptomatologie complexe les troubles exprimes par chacun d'eux ; à l'approche du moment suprême, les divers éléments de l'harmonie fonctionnelle sont les uns et les autres si profondément bouleversés que le tumulte organique est à son comble, et qu'il est difficile d'apercevoir les responsabilités véritables dans cette confusion extrême des actes morbides. Ce n'est pas une raison pour refuser de les admettre, avec Maurice Perrin, par exemple (voy. Asphyxie, t. VI, p. 582 du Dictionnaire) f et 'A n'y a aucune subtilité théorique dans la distinction que j'ai tout à l'heure exposée; les couleurs du tableau sont moins accusées, sans doute, ses détails se détachent avec moins d'énergie sur un fond moins distinct ; mais les lignes de séparation subsistent aussi nettes et aussi tranchées. Quelque général, en effet, que soit l'affaissement de l'organisme, et quand même il intéresse à la fois les diverses fonctions de l'économie, quelque troublée que soit en ellemême chacune de ces fonctions, la vie réduite à ce type anormal, à cette expression atténuée, subsiste pourtant toujours dans son intégrité, dans son ensemble fonctionnel, tant qu'elle s'affirme dans chacune de ses parties fondamentales, si bien qu'aucune rupture définitive de cette harmonie n'a, dans ces conditions, supprimé complètement encore tout espoir de retour à la santé. Pour que cette vie irrégulière tant qu'on voudra, réduite, je le veux bien, à son minimum, mais, enfin,, réelle et complète tout de même, succombe définitivement, pour qu'elle disparaisse d'une manière irrémédiable, il faut bien qu'un des piliers de cette existence chancelante se brise le premier, qu'un des soutiens du consensus vital, comme aurait dit Barthez, donne le signal de la déroute finale. Aime-t-on mieux supposer que, suivant d'un pas égal et d'une marche parallèle la voie commune de la ruine, toutes les activités de l'économie s'éteindront côte à côte par une fin simultanée, de telle façon que l'épuisement de la maladie n'aurait, en fait,, réalisé qu'une sénilité précoce, et que la mort provoquée par elle rentrerait dans le cadre de la mort par vieillesse. Mais pour éviter des distinctions qui ne cessent pas d'être exactes, quoique la souffrance générale les ait rendues moins saillantes et moins sensibles, on admettrait alors une procédure morbide contre laquelle protesteraient les faits ; car cette mort naturelle, résultat de maladie, est précisément elle-même une conception toute spéculative, qu'une observation minutieuse ne manque jamais de contredire. Avec ces réserves et dans ces limites, la remarquable théorie de Bicbat reste donc l'expression incontestable des faits.
b. Lorsque l'un de ces trois résultats est produit, quand une violence extérieure, quand un mal foudroyant ou un désordre ignoré qui se révèle par ce coup subit, quand enfin un trouble pathologique progressif ont finalement anéanti l'action du cœur, du cerveau ou du poumon, en ce moment précis surgit le travail de cette sombre fille de la nuit à laquelle les Grecs n'osèrent pas élever des autels. L'harmonie fonctionnelle est rompue et ce n'est plus la vie, puisqu'un de ses appareils constitutifs est entré dans le repos éternel ; l'inertie de l'organisme n'est pourtant pas réalisée et ce n'est pas la mort, puisque les autres fac-
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teurs de l'activité individuelle continuent de fonctionner encore; la mort n'est pas accomplie, mais elle est commencée. Comment l'anéantissement de l'un de ces facteurs entraîne-t-il dans sa ruine la cessation, définitive aussi, des autres fonctions communes, et comment s'achève cette œuvre sinistre, qui, pour le public, est la fin dernière, le trépas ; qui, pour le physiologiste, n'est encore, on le sait, que la fin de l'association vitale? c'est le second terme de la question que j'ai posée au début de ce paragraphe et à laquelle il faut maintenant adresser une réponse.
Je reprends, dans ce but, la succession des j bénomènes d'après l'ordre où ils viennent d'être envisagés. C'est donc le cœur que je suppose d'abord paralysé. La conséquence de l'atteinte morbide a été de supprimer la fonction circulatoire; il y a syncope. Les conséquences d'un pareil événement ne sont, à coup sûr, un mystère pour personne. L'action des centres nerveux n'étant plus entretenue par les distributions sanguines, il y a perte immédiate et simultanée de toute innervation cérébrale, de la sensibilité, du mouvement volontaire, de toutes les impressions internes qui entretiennent les mouvements automatiques et qui fomentent en particulier les phénomènes respiratoires. On a dit. que la syncope était une asphyxie; la proposition n'est pas vraie sous cette forme. On peut dire tout au plus que la syncope aboutit à la cessation de l'hématose. Cette distinction a son importance au point de vue du mécanisme terminal ; il convient, en effet, de ne pas prendre ici l'asphyxie que pour un facteur, même secondaire, de la mort; conséquence de l'arrêt du cœur, la suppression de l'hématose ne devance pas la paralysie cérébrale, et à quelque point de vue on peut établir qu'elle lui succède. Sans cloute par l'interruption du courant sanguin l'échange gazeux se suspend directement dans les poumons, mais on ne peut attribuer à ce fait les défaillances du système nerveux, puisque ses centres d'action sont privés de leur contingent vasculaire avant de pouvoir être abreuvés de sang noir ; d'un autre côté, le trouble cérébral retentit lui-même sur la fonction respiratoire, en entraînant l'abolition de ses phénomènes mécaniques. Du reste, à proprement parler, peuton même dire que la syncope soit une asphyxie? L'hématose est supprimée sans doute; elle s'arrête bien par toute cessation de la vie, comme ici par la cessation du cours du sang, et pourtant, quoique l'asphyxie soit habituellement la cause prochaine de la mort, ce serait abuser étrangement des mots que d'appeler la niort en elle-même une asphyxie. Quand l'arrêt de l'hématose survient par l'anéantissement de toute circulation, elle puise dans sa raison d'être un caractère spécial que je dois en outre signaler à l'appui de la réserve que j'exprime. Dans l'asphyxie véritable, le sang, continuant plus ou moins de circuler, porte aux tissus l'influence délétère que j'aurai bientôt à discuter, et achève promptement de se désartérialiser; dans la syncope il n'y a plus de distributions nutritives, et si l'hématose s'est évanouie sans doute, ses conséquences sont en même temps prévenues ; le statu quo vasculaire est en quelque sorte réservé, et en même temps que la respiration l'altération asphyxique est suspendue. De là vient que la syncope ne compromet pas comme l'asphyxie la vie locale; celle-ci s'éteindra bien à son heure par la suppression de l'oxygène et des matériaux nutritifs, mais cette heure sera plus tardive, parce que les tissus ont subi en moins les injures d'un sang toxique ; en supposant la reprise de la circulation, la reprise générale de la vie serait elle-même plus facile à concevoir, puisque le sang qui reviendrait à ces tissus, à ces appareils moins profondément impressionnés, a subi de son côté des altérations moins considérables.