‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 80 sur 114 · MORT (physiologie · texte numérisé non relu

MORT (physiologie

Le [.lus souvent celte mort est douce; elle arrive sans agonie. Soit qu'elle interrompe le cours d'une maladie lente, ou qu'elle survienne au milieu d'une santé parlaite, le redoutable passage s'accomplit sans angoisse, «ans spasmes, sans douleurs. L'arrêt du cœur se fait en général par une apparition soudaine et l'abolition instantanée des fonctions cérébrales anéantit toute conscience, comme la suspension immédiate de tous les actes respiratoires supprime l'horreur du râle trachéal. L'organisme ne succombe pas, il cesse de vivre.

J'envisage maintenant la mort par le cerveau, l'apoplexie, dans le sens étendu que j'ai donné plus haut à cette expression pathologique. Son mécanisme, encore plus simple que celui de la syncope, se réduit pour ainsi dire à la définition du trouble qui l'inaugure. Le système nerveux a perdu sa force active, lui qui est le principe de toutes les synergies vitales, qui sert de lien à tous les appareils de la vie. Avec lui s'évanouissent de plein droit et en première ligne les phénomènes directs de l'innervation, sensibilité, mouvement, pensée, qui sont l'expression même de ses propriétés spéciales; avec lui se suppriment aussitôt après toutes les fonctions générales dont il est la source commune ou l'excitateur central. La respiration se trouùle, se ralentit et cesse; la circulation s'interrompt de la périphérie vers le centre, et le cœur s'arrête en dernier lieu.

Le siège des incitations respiratoires est dans le bulbe, et l'anéantissement de cet organe doit naturellement les suspendre. Quant aux sources premières des incitations vaso et cardio-motrices, elles sont en grande partie et en tout cas eu quantité suffisante dans la moelle épinière. Si l'abolition des fonctions cérébrales tient à un trouble général de l'économie, à une dyscrasie sanguine, à une névrolysie, à l'élévation de la température animale, le centre rachieffien se trouve compris dans la ruine universelle de l'innervation et l'arrêt du courant circulatoire va de soi. Si l'encéphale est le siège exclusif de l'altération, ce n'est plus alors en éteignant un seul des nombreux foyers de la motricité cardiaque que la mort du cerveau peut entraîner la mort du cœur ; mais l'excitation des pneumo-gastriques produit indirectement ce même résultat. Sans être, en effet, nous le savons, des nerfs d'arrêt ou modérateurs ainsi que le voulait Cl. Bernard, les pneumo-gastriques parcourus par un courant trop intense arrêtent en fait les battem nts cardiaques, comme le font aussi du reste les filets sympathiques. Cette paralysie active cesse naturellement d'elle-même quand la cause de l'excitation a disparu ; mais elle est, en général, dans les circonstances qui nous occupent, rendue définitive par les désordres survenus dans l'intervalle. En supposant que ces désordres n'aient pas eu le temps de se produire ou que l'excitation paralysante n'ait elle-même pas existé, les incitations spinales transmises par le grand sympathique suffiraient à entretenir l'activité circulatoire, et ce n'est plus alors directement que la mort du cerveau entraînerait la mort du cœur, c'est par l'arrêt de la respiration qu'elle arriverait à ce résultat. L'anéantissement cérébral abolit alors les mouvements thoraciques et le défaut d'hématose supprime en retour l'activité du cordon spinal. Cela est si vrai, qu'en entretenant artificiellement la respiration on maintient en pareil cas les battements du cœur, comme le montre une expérience devenue célèbre de Legallois. Après avoir lié sur un animal tous les Aaisseaux cervicaux, il sépara la tête du corps en coupant le cou au-dessus des ligatures et pratiqua méthodiquement l'insufflation pulmonaire. 11 jéussit ainsi h prolonger la vie dans le tronçon privé de l'influence cérébrale; les perceptions et les mouvements s'y maintinrent pendant quelque temps ainsi que les battements du cceur. On répète journellement dans les laboratoires une expé-

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rience que j'ai rappelée ailleurs, et qui consiste également, après la destruction du bulbe, à maintenir la circulation par l'établissement d'une respiration artificielle.

Si l'abolition des fonctions encéphaliques a été immédiate et complète, comme •cela peut arriver dans certaines commotions cérébrales, ou par une hémorrhagie très -abondante du mésocéphale, tous les phénomènes de la vie se suppriment d'un seul coup. Ce n'est pas la règle ordinaire. Le plus souvent il y a progression dans la marche de la paralysie cérébrale et la chute de ses activités a lieu par catégories successives. Les fonctions animales disparaissent en première ligne, c'est la période du coma. Le malade est couché sans connaissance, son corps est insensible, ses sens restent fermés à toutes les impressions; la résolution de ses membres, qui retombent inertes quand on les soulève, la fixité de ses yeux, attestent la perte de toute motricité volontaire. Cependant une face rouge et turgescente, un pouls qui bat lourdement dans sa poitrine convulsée, une respiration rapide et stertoreuse accusent la persistance de la vie. Cet état peut durer quelques heures; mais quand la paralysie atteint à leur tour les fonctions végétatives, alors le soulèvement thoracique s'arrête et bientôt après le cœur clôture la succession de ses battements. Comme on peut en juger par les détails de cette scène, la mort par le cerveau, de même que la mort par le cœur, en suspendant tout d'abord les manifestations subjeethes, garantit le moribond contre la terreur de ses derniers instants; elle n'en dépense pas toujours les témoins qui l'entourent.

J'arrive à la mort par l'asphyxie. La neutralité des poumons ne s'obtient pas aussi simplement et n'amène pas ses conséquences avec la même netteté queles paralysies du cœur et du cerveau. La délicatesse de ces derniers rouages presse la marche de leur désorganisation. En général, quand leur dernière heure est arrivée, soit qu'une lésion subite les frappe à l'improviste, soit qu'une lente succession de phénomènes morbides en ait usé progressivement les ressorts, le cœur et le cerveau meurent vite. La fonction de l'hématose ne se supprime pas toujours avec la même soudaineté. Quand les diverses maladies réalisent dans l'organisme cet état particulier du liquide nourricier qui le rend impropre à s'a.térialiser, ce n'est pas tout d'un coup que la vénosité se produit, et la ilésoxygémtion progressive du sang a déjà préparé dans l'économie les phénomènes que son anoxémie complète va porter maintenant à leur expression suprême. Alors même que la suppression de l'échange atmosphérique est plus rapidement effectuée par l'altération du réservoir ou l'exclusion du courant aérien, le sang conserve encore une certaine réserve d'oxygène qu'il ne perdra que graduellement dans les tissus (Setschenow) ; quelques instants sont par suite indispensables aussi pour que l'acide carbonique s'y accumule, et pendant plusieurs tours du torrent circulatoire, le contenu vasculaire arrive encore aux cellules avec assez de gaz vivifiant et pas trop de gaz toxique. La suspension de la vie sera bien désormais le résultat de cette privation et de cette injure adressées aux propriétés des éléments organiques; mais le caractère même de ces provocations est d'être multiples, graduées, et de n'arriver que par degrés à leur but définitif. En un mot, la fonction de l'hématose ne fait pas comme les autres tout d'un coup défaut à l'harmonie vitale, et un sang demi-rutilant circule quelque temps à travers les tissus avant que l'économie ne soit inondée par un liquide décidément asphyxique.

Lorsque les différents éléments d'une pathogénie très-variée ont directement anéanti, dans le concert des fonctions communes, les actes relatifs à l'hématose, quelques caractères particuliers peuvent s'attacher à la manifestation symptoma-

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tique de cet événement morbide selon la cause qui l'introduit, et individualiser ainsi les diverses asphyxies; mais ces détails, importants en clinique ou en médecine légale, perdent tout intérêt quand on envisage ce facteur de la mort dans l'accomplissement spécial de son œuvre. Je renvoie donc aux articles correspondants pour la connaissance des particularités qui concernent l'asphyxie en ellemême, et ce n'est qu'à un point de vue tout général que je vais exposer ici ses conséquences organiques.

L'effet primitif de l'asphyxie, ou plutôt son essence même, est une altération définie du liquide nourricier. Ce dernier ne reçoit ou ne prend plus d'oxygène, par les mêmes motifs il n'abandonne plus son acide carbonique ; les deux actes s'impliquaient réciproquement; il n'y avait pas entre le sang et l'air des emprunts isolés, mais bien des échanges solidaires. Le sang, par suite de cette altération, devient noir et veineux, et donne, pendant la vie, aux tissus dans lesquels il circule, cet aspect livide et ces teintes cyaniques qui caractérisent l'asphyxie. La proportion d'azote ne varie pas sensiblement, et les globules rouges ont paru altérés dans les expériences de Preyer; l'état des principes immédiats n'a été jusqu'ici ni suffisamment, ni efficacement étudié. Du reste, les altérations reconnues suffisent amplement à l'explication des troubles ultérieurs.

Parmi les premiers en date, il faut placer l'influence exerc'e sur la circulation. D'après une expérience de Cl. Bernard répétée par Kiilschner, l'excitation du bulbe par le sang noir provoquerait l'action suspensive du pneumo-gastrique sur le centre rachidien; toujours est-il que la section préalable du pneumo-gastrique garantissait les animaux soumis à l'asphyxie de l'arrêt du cœur qui se produisait chez les autres. Mais la rapidité avec laquelle ces expérimentateurs ouvrent ou ferment, au moyen d'un robinet, l'accès de la trachée, explique la suspension des battements cardiaques observée par eux, et qui n'est pas la conséquence ordinaire de l'asphyxie. C'est en eftet un simple ralentissement de la circulation' qui se produit d'habitude, et les recherches de James Kay tendent à en placer la cause plutôt dans la difficulté qu'éprouve le sang noir à traverser le tissu pulmonaire que dans une véritable dépression de l'énergie cardiaque. En tout cas, le passage du sang à travers les poumons n'est pas interrompu, comme le pensait Haller, et les embarras qu'y rencontre le torrent circulatoire s'ajoutent sans doute aux phénomènes de l'asphyxie pour accélérer la mort, mais nullement pour la produire.

C'est dans le contact de ce sang vicié avec les tissus qu'il faut en chercher la véritable cause. Les moyens de nuire ne lui font pas délaut, et pour distinguer celui qui est véritablement coupable, il n'y a d'obstacle en réalité que l'embarras du choix. Le sang asphyxique est à la fois privé d'oxygène et renferme de l'acide carbonique en excès ; la disparition de l'un et l'accumulation de l'autre sont également incompatibles avec l'existence. Il est donc assez difficile de décider laquelle de ces causes délétères prévient l'autre par ses effets. L'absence de l'oxygène supprime dans les cellules les oxydations qui en dégagent de la force et entrave le renouvellement nutritif qui entretient leur matière. Sans oxygène, la substance nerveuse n'est plus le siège de ces mystérieuses affinités qui manifestent sa puissance ; sans le concours du même gaz, la fibre musculaire ne convertit plus de la chaleur en mouvement. L'anoxémie expliquerait donc directement la paralysie des muscles et jusqu'à l'inertie du cœur, si l'anéantis-ement du système nerveux n'avait le pas sur ces désordres. Ainsi la désoxygénation du sang suffirait seule à expliquer la mort : c'était, en particulier, l'opinion de Rosenthal et de Krause. D'autre part, k nocivité de l'acide carbonique a été reconnue par de nombreux

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essais. Ce gaz semble être toxique pour les éléments des tissus par l'action stimulante qu'il exerce sur eux et en épuisant leurs propriétés vitales; de cette manière s'expliqueraient aisément les symptômes d'excitation qui se retrouvent dans l'asphyxie. Toutefois, des divers expérimentateurs qui ont constaté sa pernicieuse influence, Browu-Séquard, Thiry, Paul Bcrt, aucun ne se décide à faire remonter jusqu'à elle la priorité des altérations locales, et par suite la responsabilité totale des accidents mortels. Aussi, jusqu'à plus ample informé, convient-il d'attribuer avec eux, à chacune de ces conditions funestes, défaut d'oxygène et excès d'acide carbonique, un rôle spécial et simultané dans le déroulement des phénomènes qui conduisent de l'asphyxie à la mort. Voyons maintenant quels sont ces phénomènes.

Sous l'influence du sang noir, la vitalité des centres nerveux diminue progressivement, et comme l'irritabilité n'est pas incompatible avec la faiblesse, leur pouvoir excito-moteur augmente en même temps. Il serait logique d'attribuer le premier effet à l'absence de l'oxygène, et te second à la présence de l'acide carbonique. Ainsi s'explique le mélange d'insensibilité et de spasmes, de résolution musculaire et de convulsions par lequel le système dont il s'agit exprime au dehors le désordre qui le frappe. Les muscles eux-mêmes de la vie organique se convulsent et se paralysent. La pupille se resserre et s'agrandit alternativement pour rester enfin définitivement dilatée ; des transactions analogues, troublant dans leurs rapports les cavités de rétention et les sphincters, provoquent des évacuations involontaires, d'abord actives, puis entièrement passives. Du reste, les divers éléments et les diverses parties du système nerveux succombent à des heures différentes. L'intelligence disparaît en premier lieu ; l'abolition de la sensibilité suit une marche ascendante et centripète qui, du train postérieur chez les animaux, gagne les membres antérieurs et envahit finalement la région cervicale; la motricité des conducteurs survit à leur sensibilité (Maurice Perrin). Le bulbe rachidien suffit encore aux incitations respiratoires et entretient les mouvements du thorax, cette condition désormais inutile de l'hématose. Ces mouvements automatiques s'arrêtent à leur tour, et il reste uniquement après eux, pour quelques instants,, les contractions affaiblies et précipitées du cœur, qui persistent toujours jusqu'au bout, nous l'avons désormais constaté dans les diverses formes de la mort, comme les derniers témoins et les serviteurs les plus fidèles de l'existence, quand leur défection n'en a pas elle-même motivé la perte.

Dans la mort par asphyxie, les angoisses de la dernière heure acquièrent en général leur expression la plus élevée. Le malade, au début, assiste lui-même à l'écroulement de l'édifice organique ; il comprend la gravité de son mal en même temps qu'il souffre de l'horrible besoin d'air. C'est ici surtout qu'il convient de placer cette exaltation intellectuelle, souvent exagérée par des assistants émus, identifiée par la superstition avec une jouissance anticipée des splendeurs célestes, mais signalée quelquefois cependant aux approches de la mort par des observateurs plus dignes de confiance. L'excitation de la substance nerveuse par l'acide carbonique pourrait expliquer comment, selon l'expression de Barthez, « les forces se portent alors avec plus d'intensité sur le cerveau. » En tout cas, l'énergie accrue du principe psychique peut rappeler des souvenirs perdus depuis une longue suite d'années (Hagendorn). Chez les âmes ardentes, chez les grands artistes, par exemple, la conscience du moment solennel s'ajoute aux effets de la maladie pour réveiller soudain leur génie créateur. Telle fut la fin surprenante de Beethoven, qui recouvrant, au moment d'expirer, l'audition et la voix, s'en servit pour exhaler, en quelque sorte avec son âme, ces mélodieux accords qu'il appelait des

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prières à Dieu. De toutes les asphyxies lentes, la tuberculose pulmonaire est celle qui caclie le plus longtemps et le mieux, par cette exubérance de la pensée, l'imminence des derniers instants : « Rien n'est comparable à l'hallucination des sens et à la vivacité d'espérance qui marquent les derniers jours du phtliisique. 11 prend l'ardeur de la fièvre qui le consume pour un symptôme salutaire, il fait des projets, il sourit à ses proches d'un sourire doux et serein, et tout à coup, au lendemain d'une nuit paisible, il s'endort pour ne plus se réveiller (Papillon). » Dans certains cas, surtout chez les femmes, il y a une sorte d'exaltation extatique, dans quelques-uns une justesse d'appréciation qu'Arétée confondit avec la prescience de l'avenir, et l'on a même vu des individus annoncer à l'avance l'heure précise où ils cesseraient d'exister. Parfois enfin cette stimulation tardive de la pulpe cérébrale débarrasse le mourant du délire et même de la folie, et son intelligence jusque-là troublée reprend en face de la tombe la plénitude de ses fonctions (Ollivier). Quand l'intelligence se supprime, la sensibilité subsiste encore, et le sentiment de la douleur reste peint sur le visage qui ne reflète plus aucune pensée. La lenteur avec laquelle s'évanouissent successivement les diverses activités du système nerveux, la persistance des mouvements respiratoires quand ce n'est pas, exceptionnellement, «à leur suppression qu'est due l'agonie, l'abondance des mucosités bronchiques provoquée par la décomposition du sang ou par l'altération des tissus donnent au phénomène du i aie trachéal son intensité la plus saisissante, et les teintes livides que prend la figure grippée du moribond contribuent encore à augmenter les affres du tableau pour les témoins de ces tristes scènes.

Tel est l'aspect et la marche des choses chez l'être vivant à qui sa ration d'air a été supprimée par un événement quelconque. Je dois le répéter en terminant leur description, ni la forme de la violence, ni la nature de l'affection morbide, qui ont amené cette cessation de l'hématose, ne changent rien de fondamental aux traits qui la caractérisent. Tout au plus importe-t-il d'établir une différence entre ces effets de l'asphyxie selon qu'elle dépend d'une étiologie plus ou moins soudaine; et, même alors, la rapidité des accidents secondaires est seule influencée par leur provenance. Ainsi, lorsque l'asphyxie est le résultat graduel d'un trouble pathologique, au lieu de survenir par une interruption brusque de l'échange aérien, l'économie s'étant pour ainsi dire habituée progressivement au sang veineux et le mode de vitalité des tissus s'étant transformé par le fait même de la maladie, les symptômes de réaction sont moins violents, quoique aussi sûrs, et le déroulement des phénomènes moins rapide, quoique aussi fatal pour le moins. Si l'intensité de lasphyxie est en raison directe de l'énergie spoliatrice de sa cause, la promptitude de ses effets est en raison inverse de la faiblesse respiratoire du sujet.

On verra bientôt les retards qu'apporte l'état de syncope à l'accomplissement de ses dégâts ; on sait déjà que les animaux hibernants opposent aux suites de !a jirivation d'air une remarquable résistance, et que les animaux à sang froid y survivent beaucoup plus longtemps que les animaux àsamr chaud. Voici maintenant des arguments nouveaux à l'appui de la même affirmation.

Selon Faure, la suppression de l'atmosphère produit plus rapidement la mort en hiver qu'en été, ce qui s'accorde avec l'activité accrue des fonctions respiratoires pendant cette période de l'année. La résistance des animaux nouveau-nés à l'asphyxie avait été signalée déjà par Boyle, de Lismore, et par Bufton. Legallois a démontré qu'elle existait chez les fœtus des mammifères, et qu'elle y était d'autant plus grande que l'âge de la vie fœtale était moins avancé. P. Bert attribue ces faits, avec raison, à ce que l'organisation malléable de cet âge s'accom-

mode à des conditions très-diverses, et que la vie de ces êtres s'entretient avec un aliment moindre, en raison de leurs dépenses qui sont encore moins considérables. Le même physiologiste a démordre que chez les gallinacés, les petits récemment éclos qui cherchent seuls leur nourriture et déploient à cette époque de leur vie le maximum de leur activité, succombent beaucoup plus vite que les adulles de même espèce. W. Edwards avait observé aussi que les lapins nouveau-nés,, véritables avortons, tenaient bon plus longtemps que les jeunes cobayes, qui voient et marchent presque dès leur naissance. C'est donc toujours en raison du chiffre des oxydations que se modifie l'aptitude à l'asphyxie, et l'on peut exprimer ainsi qu'il suit la loi de ces phénomènes : plus l'animal produit de chaleur, plus il meurt promptement quand on l'empêche de respirer : « la flamme chez eux plus petite, pour employer une expression de Gratiolet, peut brûler plus longtemps dans un même milieu. » On comprend ainsi pourquoi les animaux qui s'agitent davantage périssent plus rapidement pendant la submersion ; pourquoi encore les animaux malades mettent souvent plus de temps à expirer (Gratiolet). Les règles de l'accoutumance s'appliquent également aux effets de l'asphyxie ; si le trouble respiratoire est lent et progressif, il se fait entre l'être qui l'éprouve et ses conditions nouvelles d'existence une sorte d'accommodation qui le garantit dans une certaine mesure.

Une expérience bien simple de G. Bernard met cette dernière vérité en pleine lumière. In oiseau est placé sous une cloche remplie d'air, mais hermétiquement fermée; il y épuise graduellement la provision d'oxygène, et lorsqu'il est sur le point de mourir, un oiseau de même espèce est introduit auprès de lui; celui-ci tombe foudroyé alors que l'autre continue de respirer encore, si bien qu'après quelques minutes on peut, en ouvrant, la cloche, le voir revenir à la vie et reprendre son vol, tandis que le second entré reste mort. Dans les îles de l'archipel grec, où se fait en grand la pêche des éponges, les enfants s'habituent de bonne heure à séjourner longtemps au fond de la mer. On raconte aussi l'histoire d'un Hindou qui se cachait sous les eaux du Gange, aux endroits où se baignaient les dames de Calcutta, saisissait l'une d'elles par les jambes, la noyait et lui enlevait ensuite ses bijoux. On attribuait sa disparition aux crocodiles. Une femme étant parvenue à lui échapper, elle dénonça l'assassin, qui fut saisi et pendu en 1817. Sous la garantie de ces exemples variés, il est tout naturel d'admettre que l'état particulier de dépression vitale résultant d'une longue maladie doive approprier les tissus à lutter contre les effets de l'asphyxie, à leur opposer une résistance analogue à celle que présentent les nouveau-nés, les animaux à sang froid ou les organismes préparés par une accoutumance préalable. Sans rendre l'anéantissement de l'hématose moins fatalement funeste, cet état de chose explique du moins pourquoi les . symptômes en sont moins accentués et moins promptement mortels.

D. Mort apparente. On vient de voir que la suppression absolue de l'une des trois fonctions essentielles à la vie commune entraîne promptement l'arrêt des autres et la mort de l'ensemble. Cette suppression radicale est parfois remplacée p3r un simple affaissement de l'une de ces fonctions, qui en rend .à nos yeux la persistance inappréciable. En pareil cas, les autres activités vitales peuvent continuer à se dérouler et à témoigner par là du maintien de la vie ; mais dans certains autres, elles se dépriment à leur tour sous l'effet neutralisant de la détection précédente, et répandent un silence trompeur sur l'économie tout entière. C'est la mort apparente.

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Toutes les manifestations ordinaires de la vie ont fait place désormais à une invincible torpeur ; le malade est plongé dans un sommeil profond, assez semblable à celui des animaux hibernants ; il se montre insensible à des excitants énergiques; ses parois thoraeiques sont immobiles; les pulsations radiales ont disparu et les battements du cœur paraissent eux-mêmes anéantis. Les états morbides qui peuvent de cette façon simuler plus ou moins exactement la mort sont assez variés ; on conçoit qu'ils auront leur siège dans chacun des appareils nécessaires à l'harmonie commune, et qu'on devra par conséquent trouver à la mort apparente une origine cardiaque, cérébrale et pulmonaire.

La plus habituelle et la plus connue de ces origines est la syncope. Ce mot est alors employé pour désigner, non plus l'arrêt intégral des mouvements cardiaques, mais une situation caractérisée par une faiblesse et un éloignement plus ou moins prononcé de ces contractions, où le pouls cesse d'être perçu pour un temps dans les artères, et pendant laquelle les battements même du cœur ne peuvent plus être saisis, péniblement encore, que par l'auscultation précordiale. On a cru longtemps que l'arrêt de la circulation était complet pendant ces obscurcissements passagers de son activité centrale. Bouchut a montré que, dans les syncopes les plus graves, les bruits du cœur persistent faibles, rares, difficiles à entendre, mais pourtant perceptibles pour une oreille attentive. La conséquence de ce ralentissement circulatoire n'en est pas moins d'affaiblir à leur tour les actes de la respiration et de l'innervation, au point que ces fonctions ont l'air d'être également anéanties. Dans la syncope, l'état plus ou moins complet de mort apparente est donc la règle ; c'est ce dont tous les médecins, et même tous les gens du monde, ont eu certainement, plus d'une fois, l'occasion de s'apercevoir.

Dans les diverses akinésies encéphaliques, il n'est pas aussi indispensable que les poumons et le cœur imitent le cerveau, et que la chute de leurs fonctions s'ajoute à celle des mouvements généraux et de la connaissance. Les actes respiratoires sont souvent affaiblis, sans doute, au point d'être difficilement perceptibles, mais les battements du pouls et le choc du cœur ne s'effacent pas, en général, totalement. Il en est ainsi d'habitude dans la catalepsie, par exemple, état pendant lequel la possibilité de fixer les membres dans des positions contraires aux lois de la pesanteur, concourt à faire aisément reconnaître la permanence de la vie. Mais il peut arriver, principalement chez les hystériques, dans des accès d'extase ou de léthargie, qu'une syncope plus accusée accompagne les autres phénomènes de dépression, et qu'ainsi toutes les manifestations vitales paraissant suspendues, il y ait apparence de mort. On cite des accès de ce genre qui ont duré plusieurs jours, et il faut observer que des contractures musculaires, en se joignant aux précédents symptômes, accréditeraient encore plus l'erreur, en simulant, en pareil cas, la rigidité cadavérique.

Ainsi, la faculté de constater la présence de la vie par l'appréciation de l'activité cardiaque, fait de la syncope un élément essentiel des états connus sous le nom de mort apparente ; la parésie du cœur y intervient, en outre, à un titre plus nécessaire. C'est elle, en effet, qui permet à l'organisme de se maintenir vivant malgré l'insuffisance des actes relatifs à l'échange organique. Cette interruption des recettes de la vie importe peu quant aux acquisitions alimentaires qui peuvent s'arrêter, on le sait, plusieurs jours sans dommages irrémédiables, mais elle est du plus grand intérêt au point de vue de l'approvisionnement atmosphérique, dont le stock, moins considérable, pour subvenir aux dépenses de la vie régulière, exige un renouvellement continu Dans l'état de syncope, l'activité

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cellulaire s'abaisse en proportion du ralentissement de la circulation sanguine. Chez les animaux hibernants, cette économie dans les désassimilations permet d'attendre les repas du printemps ; les éléments de l'organisme se sont rationnés comme les habitants d'une ville assiégée. La consommation d'oxygène s'est réduite en conséquence; entre des marmottes complètement éveillées et des marmottes engourdies, V. Regnault a trouvé, à cet égard, par kilogramme et par heure, une différence qui allait de 0^r,986 à 0gr,044. Le chiffre de cette réduction était, par conséquent, de 0s%942, et le rapport entre les deux déboursés, de 22 à 1. Cet affaiblissement des combustions respiratoires est parfaitement d'accord, chez ces animaux, avec l'abaissement de leur température (Gavarret). L'homme en état de mort apparente ne met guère à profit que ce dernier avantage ; l'oxygène en réserve dans l'aire de ses vaisseaux s'épuise moins vite, et l'acide carbonique, par le ralentissement des oxydations, envahit moins rapidement la masse sanguine.

L'asphyxie qui est l'arrêt de l'hématose, et qui tue l'organisme par la soustraction de l'oxygène et l'accumulation de l'acide carbonique, voit quelquefois ses effets retardés en se compliquant de syncope et en réalisant, elle aussi, l'état de mort apparente. Cet état peut ainsi devenir une sauvegarde contre les progrès de l'asphyxie et constituer le moyen du salut. Toutes les causes d'asphyxie, soit directement par elles-mêmes, soit par l'intermédiaire de la souffrance respiratoire, la submersion, la strangulation, la pendaison, l'absorption d'un gaz irrespirable, sont susceptibles de provoquer une de ces syncopes salutaires qui ralentira le mécanisme de la mort et maintiendra plus longtemps la possibilité d'un retour à la vie. Tout le monde connaît l'histoire d'Anna Green, pendue à Oxford en 1650. Elle était restée attachée au gibet pendant une demi-heure, et, pour abréger ses angoisses, quelques-uns de ses amis l'avaient tirée par les pieds de toutes leurs forces. La respiration reprit quand on l'eut mise au cercueil, et, grâce à l'intervention des docteurs Peity, Willis, Bathurst et Clarck, elle revint à la vie et vécut bien des années après. La science n'en est plus à compter les exemples de ce genre. La submersion peut aussi déterminer une syncope profonde, pendant laquelle, d'après certains narrateurs, les facultés psychiques conserveraient quelquefois leur activité. En résumé, dans les cas de mort apparente, un caractère de la vitalité commune reste toujours appréciable; ce sont les battements du cœur qui, faibles et rares, se laissent pourtant reconnaître par une auscultation attentive [voir plus loin Mort (Médecine légale)].

Article II. Mort des tissus. Comme je l'ai dit plus haut, la vie des organismes supérieurs est formée d'une infinité d'énergies partielles qui survivent à l'anéantissement des actes émanés de leur association. De quelle façon s'achève cette vie des tissus que la maladie antérieure a plus ou moins compromise, qui subsiste néanmoins après la mort, dans des manifestations confuses et surtout dans une virtualité garantie par l'effet des excitations artificielles ? La réponse à celte question n'est pas tout aussi simple qu'elle le paraît au premier abord. Sans doute, les organismes élémentaires qui constituaient le corps composé sont désormais privés par la mort de l'ensemble des opérations qui assuraient leurs échanges matériels. Mais si l'exercice de la nutrition est la base nécessaire de toute activité physiologique, nous avons vu plus haut qu'elle n'était pas, chez les êtres rudimentaires, une clause absolument indispensable au maintien de la puissance vitale. Rien ne dislingue plus maintenant de ces êtres spéciaux les éléments dissociés de l'organisme humain lui-même, et des lois identiques doivent désormais les régir; ce n'est toutefois qu'à certaines conditions définies, sinon toujours réalisables, que

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les organismes élémentaires conservent leurs propriétés vitales, sans en mettre les ressorts en mouvement; il faut pour cela que les circonstances ambiantes, en interrompant l'échange, soustraient en même temps la substance organique aux sollicitations des forces externes.

Si la puissance vitale ne périt pas, en effet, dans l'organisme inerte, elle devient pour le moins incapable de le défendre contre les agressions d'une multitude d'iufluences physiques et d'affinités moléculaires, et ses excitateurs externeschargés de mettre ses fonctions en mouvement, s'ils continuent à l'environner de leurs provocations inutiles, deviennent eux-mêmes pour sa matière une cause de désagrégation finale, a Les parties séparées de matières vivantes, disait A. deHumbolt, ne peuvent conserver leur état de composition sous les mêmes conditions extérieures qu'auparavant; » la force, dirai-je, sous une formule plus générale, qui n'est plus utilisée pour la vie, se transforme en artisan- de mort. Par certains hasards de la nature ou par les artifices de la science, ces sollicitations destructives peuvent être quelquefois éloignées ou plutôt neutralisées ; mais les exigences mêmes de la fédération qui constituent l'animalité supérieure rendent tout succès de ce genre impossible Ainsi, les vies locales de nos tissus, réduites au silence par la dissolution du pacte organique, sont livrées par cette inactivité forcée à l'action destructive des agents extérieurs, à ces alliés de la veille qui sont les ennemis du lendemain, et vont périr par décomposition des substances et dislocation des formes. La fonte moléculaire des parties qui est représentée par l'évolution simultanée de la désagrégation physique et de la décomposition putride, telle est donc maintenant la vraie cause de leur mort, comme c'est aussi le seul signe absolument certain que l'harmonie de leurs fonctions ne peut plus se rétablir.

Sans doute, la vie semble avoir abandonné les éléments anatomiques bien avant l'heure où la putréfaction s'empare des tissus ; ce n'est là toutefois qu'une apparence facile à dissiper. La contractilité musculaire et la conductibilité nerveuse qui constituent à peu près nos seuls moyens de constater la persistance des vies partielles, disparaissent quand la rigidité cadavérique s'établit ; mais ces propriétés sont alors masquées et nullement anéanties par elle. Brown-Séquard et James-Kay ont montré qu'en injectant du sang frais etdéfibriné dans les vaisseaux d'un membre atteint par la rigidité cadavérique et réfractaire aux excitations de la pile, la contractilité de ses muscles reparaissait infailliblement avec le retour de :-a souplesse musculaire. La vie de la fibre contractile était donc dissimulée et non pas éteinte. En revanche, quand la roideur cadavérique disparaît naturellement, toute trace de contractilité est désormais absente, parce que la chute de la rigidité provient elle-même de l'établissement de la décomposition putride. Si l'on instituait d'après cette donnée les investigations relatives à la durée de la vie dans les divers muscles après la mort de l'ensemble, si l'on cherchait l'heure exacte où leur contractilité s'anéantit, et non celle où la rigidité l'empêche de se manifester, il est probable que la résistance variable de ces divers organes se montrerait alors en rapport avec leur situation ou leur nature, en raison même du degré de rapidité avec lequel ces circonstances les rendent accessibles à la putréfaction. Ce n'est pas ainsi que les expériences de ce genre ont été jusqu'ici conduites, et les recherches de Nysten, de Wilgenroth sur la persistance respective du pouvoir contractile dans les différents muscles du cadavre, ne sont en réalité qu'une étude sur l'établissement graduel de sa rigidité. 11 est donc sans intérêt pour nous d'en consigner ici les résultats.

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Quand on peut dégager de cette cause d'illusion lachule de vitalités partielles, on trouve qu'il faut toujours subordonner la mort des éléments de nos tissus à la décomposition de leur substance. Ainsi, la température extérieure a une influence marquée sur la contractilité cadavérique ; lorsque le corps se refroidit lentement, les muscles répondent [dus longtemps et avec plus d'énergie aux excitants qui les sollicitent, parce que le froid précipite ou que la chaleur retarde l'établissement de la rigidité. Dans les expériences de Calliburcés, par exemple, sur des cbiens et des lapins, les mouvements péristaltiques de l'intestin devenaient plus énergiques et reparaissaient après s'être suspendus, quand il élevait la température du milieu de 5 à 6 degrés où elle était à 19 ou 25 ; la chaleur empêchait ou détruisait alors laroideur musculaire. Mais dans ces mêmes expériences, une température plus élevée renversait les résultats : à 55 ou 40 degrés, les mouvements péristaltiques cessaient; c'est qu'alors la chaleur amenait la décomposition putride. D'après Hailess, il est vrai, les températures élevées agiraient en provoquant une rigidité particulière due à la solidification produite par l'acidification de la substance du muscle; cette théorie ne contredit pas absolument ma conclusion, et l'acidité de la matière organique confirme, au contraire, l'altération que je lui attribue.

Chez les oiseaux et les mammifères, la contractilité musculaire disparaît plus vite que chez les animaux à sang froid. Sur l'homme mort en pleine santé, par exemple, on ne peut guère la constater que pendant les dix ou douze heures qui suivent la mort (J. Béclard). C'est aussi, chacun le sait, le moment où, dans les mêmes conditions, s'est complétée la rigidité cadavérique, qui peut se prolongera son tour une douzaine d'heures, et qui est détruite par l'établissement de la putréfaction. 11 n'est pas rare, au contraire, chez les animaux à sang froid, que les propriétés des muscles persistent plusieurs jours après la mort ; après quatre, cinq, six jours, on voit fréquemment dans les laboratoires des muscles de grenouille se contracter encore sous l'influence de courants galvaniques intenses. Chez les animaux de cet ordre, la rigidité cadavérique tardive et fugace n'entre pas en ligne de compte, et la composition de leur sang comme la nature de leur substance les préserve longtemps contre la décomposition putride. En fait, c'est donc vingtquatre heures après la mort que tout vestige de propriétés vitales a disparu dans le cadavre des animauxà sang chaud, et c'est cinq ou six fois plus longtemps que leurs traces se maintiennent dans celui des animaux à sang froid ; ces différences, en rapport inverse avec l'énergie fonctionnelle des organismes que je compare, ne sont en relation possible qu'avec leur résistance variable à la désorganisation. Lorsqu'on place dos cœurs de grenouille dans le vide, les mouvements spontanés s arrêtent promptement, ce qui tient à l'absence de l'excitant atmosphérique ; mais la contractilité se maintient au delà de son terme ordinaire. C'est que le vide retarde la putréfaction. L'hydrogène agit comme le vide p;irce qu'il respecte et préserve la substance organique ; l'acide carbonique au contraire, l'ammoniaque et l'hydrogène sulfuré diminuent la durée de la vitalité musculaire parce qu'ils altèrent directement la constitution chimique de la fibre contractile. Cette action de l'acide carbonique ne se manifeste pas seulement sur les fibres musculaires qu'on plonge directement dans ce gaz, elle intervient par la vénosité sanguine pour rendre la vitalité de ces organes moins durable chez les individus qui succombent à la privation d'air ; le cœur d'un animal asphyxié semble devenir plus rapidement insensible aux excitants que celui qu'on arrache de la poitrine sur un animal vivant, et il est d'observation que les muscles en général des asphyxiés

DICT. ENC. 2e S. IX. '6

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perdent promptement leurs propriétés spéciales (P. Bert). Après les morts subites ou rapides, la rigidité cadavérique est plus prompte et plus intense qu'après cellesdont les maladies longues et les cachexies sont la cause ; mais la persistance respective des vies locales est ici le contraire de ce que paraissent indiquer les apparences : plus la mort eu effet a été rapide, disait avec raison Bichat, plus la confractilité se prononce avec énergie, et plus elle tarde à disparaître ; plus, au contraire, les organes ont fini lentement leurs fonctions, moins cette propriété est susceptible d'être mise enjeu. Dans les recherches comparatives de Nysten, tandis que la persistance dé la vie musculaire pouvait encore être constatée après quinze, vingt, vingt-sept heures même chez les hommes robustes qui avaient succombé à des maladies aiguës, sans que la nutrition des tissus eût chez eux sensiblement souffert, chez les sujets pas trop amaigris, morts de fièvres ataxiques ou adynamiques, elle s'éteignait dix ou quinze heures après le décès; chef les sujets émaciés, infiltrés, affaiblis par des maladies chroniques, une à deux heures seulement formaient quelquefois sa limite extrême. De même, on sait que, chez les animaux surmenés, la rigidité plus précoce est aussi moins durable, et qu'avec elle disparaît la vitalité des tissus. C'est qu'en ces divers cas, la lenteur ou la nature de l'affection et de l'agonie ont déjà commencé d'altérerla substance organique et l'ont disposée à la décomposition moléculaire qui doit résilier définitivement le contrat de la vie ; et en effet, dans ces mêmes circonstances, la putréfaction s'emp;ire prématurément du cadavre.

Ainsi, les vies locales, invariablement présentes tant que les tissus n'ont pas commencé de se corrompre, ne disparaissent en réalité qu'avec la figure ou la matière des cellules. C'est donc bien la désagrégation moléculaire et la décomposition putride, c'est l'agression des agents physiques aidés par les vibrions et les bactéries contre cette masse que la chute de l'existence commune leur a livrée sans défense, c'est l'immuable courant de la force externe qui vient achever par la mort des parties l'œuvre de destruction commencée par la mort de l'ensemble.

Article III. Béflexiojss générales. A tous les âges de l'humanité, l'instinct des populations tendit à concentrer dans le liquide nourricier qui s'écoule des blessures, le principe unique et essentiel de la vie. Les guerriers d'Homère exhalaient leur âme en perdant leur sang ; Médée, pour se venger de Pélias, conseille à ses filles « d'aspirer tout le vieux sang de leur père » en leur promettant de « remplir d'un sang jeune l'intérieur de ses veines. » Verser le sang est encore de nos jours synonyme de tuer. Les médecins du dix-septième siècle, après la découverte de Harvey, ne tirent eux-mêmes que reprendre les préoccupations de la plus ancienne médecine en faisant de la transfusion du sang une panacée universelle. On crut alors posséder un merveilleux moyen de triompher sur la mort, de dominer toutes les manifestations de la vie, en faisant passer « le sang d'un jeune dans un vieil, d'un sain dans un malade, d'un froid dans un chaud, d'un hardy dans un timide, d'un animal apprivoisé dans un animal sauvage. » Si nous-même, pour chercher maintenant à pénétrer le sens de cette suprême et mystérieuse évolution de la nature, nous faisons la synthèse des faits par lesquels je viens de montrer que se termine la vie, si nous comparons les divers enchaînements de causalités qui conduisent à la perte de l'existence, nous serons conduit également à laisser une sorte de prépondérance au liquide vasculaire et à donner aux fonctions du cœur un rôle prédominant dans le mécanisme de la mort. C'est, en effet, par l'arrêt seul delà circulation ou la suspension des distributions nutritives que la mort de l'ensemble amène la mort des parties; et de cette façon déjà la main-d'œuvre terminale en

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dépend tout entière. Dans la désagrégation fonctionnelle qui détruit l'individualité vivante avant d'entraîner la ruine de ses éléments, c'est encore autour du centre cardiaque qu'il faut grouper les dernières résistances et placer, pour ainsi dire, le pivot de la responsabilité définitive. Si la mort, eneffet, arrive par le cœur, on a vu que l'anéantissement de la révolution sanguine provoquait d'emblée l'ar-r rêt de toutes les autres fonctions communes. Si la mort arrive au contraire par le cerveau, par les poumons, c'est seulement lorsque le retentissement de cette influence a pu entraver le jeu du centre circulatoire que le sacrifice de la vie est réellement consommé. Sans doute, malgré l'activité de ses ganglions propres, malgré l'autonomie du grand sympathique, les impulsions initiales dont relève le jeu du cœur remontent en dernière analysejusqu'aux masses cérébro-rachidiennes,, et les centres sympathiques ou cardiaques sont des entrepôts et non des foyers de mouvement; sans doute, par conséquent, l'influence du système nerveux central est indispensable au fonctionnement du cœur, comme l'excitation du sang est nécessaire à la vie du cerveau, et à ce point de vue il n'y a pas, il faut le reconnaître, de subordination entre les appareils. Mais l'agent de la circulation résiste plus longtemps à la suppression de l'innervation centrale que l'agent des sensa-i tions et des mouvements à la perte de son tribut vasculaire ; mais le système nerveux perd plutôt la faculté de recommencer ses décharges motrices sous la rentrée du sang que le moteur cardiaque ne perd celle de se contracter par le retour de l'influx nerveux; mais enfin le cœur peut cesser de battre au milieu des autres appareils en pleine activité, tandis que l'arrêt de l'innervation ou de l'hématose dépend, en général, des altérations qui rendent le sang impropre à nourrir la cellule nerveuse ou à se charger d'oxygène sur les parois des vésicules pulmonaires. D'ailleurs, en fait, l'arrêt du cœur est postérieur à la cessation des autres fonctions communes ou pour le moins contemporain de leur disparition, et c'est d'une manière expresse de son dernier battement que date la confirmation de la mort collective. Si le sang ne saurait donc être le dépositaire delà vie, il en estdu moins le principal intermédiaire. Cetce donnée me servira de point d'appui dans l'appréciation qui va suivre.

Plaçons-nous par la pensée en face de ce corps que la vie vient d'abandonner. La paralysie cardiaque est complète, définitive; elle a entraîné, comme c'était fatal, l'anéantissement des fonctions nerveuses et pulmonaires, ou l'a du moins confirmé ; pour tout le monde, la mort de l'ensemble, la fin de l'individu est désormais accomplie, il n'y a plus là qu'un cadavre. Quelle signification intime a cet événement? Quel est le fond de sa nature physiologique?

Une question préalable se dresse au premier mot de ce grave problème et la réponse qui sera faite à l'une, pèsera d'un grand poids sur la solution de l'autre. Cette mort qui s';>ffirme à nos yeux par le silence de toutes les fonctions, estelle bien certaine ? On a déjà vu que toutes les propriétés vitales des organes survivent encore longtemps à ce premier stade de la destruction organique, à cette mort de l'individu, qui n'en est pas moins l'événement capital de la régression vitale, puisqu'il implique à des échéances variables mais inévitables la chute de toutes ces vies partielles, Ce qui a pu périr, c'est donc seulement cette association d'activité qui constituait la vie de l'individu, cette harmonie fonctionnelle qui était la vie de l'ensemble. Eh bien, cette association est-elle réellement anéantie ou simplement interrompue, cette harmonie est-elle voilée ou détruite ; est-ce leur fonctionnement ou leur principe, est-ce l'acte ou la puissance qui est ici supprimé ; la vie collective est-elle simplement arrêtée ou anni-

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hilée totalement ? Je ne soulève cette difficulté qu'à un point de vue tout métaphysique, et je laisse au médecin légiste le soin de l'accorder avec les exigences des inhumations. Mais je suis bien obligé d'apprécier aussi pour mon compte les signes confirmatifs de la mort réelle. En dehors de la putréfaction, en présence de laquelle le problème que j'agite n'a plus de raison d'être, l'absence des battements cardiaques est, suivant moi, la seule garantie à laquelle soit accordée une valeur absolue; c'est donc aussi le seul fait dont il faille vérifier le témoignage [voy. Mort (Médecine légale)].

D'après les recherches minutieuses de Bouchut, le plus long intervalle entre les battements du cœur, observés dans l'agonie jusqu'à la mort, a été d'environ six secondes. Une commission de l'Académie des sciences pour le prix Manni, par l'organe de Rayer, son rapporteur, a établi sur cette donnée « que l'absence des battements du cœur, constatée par l'auscultation pendant l'intervalle de cinq minutes, c'est-à-dire pendant un espace de temps cinquante fois plus considérable que celui qui a été fourni par l'observation des bruits du cœur dans les cas d'agonie jusqu'à la mort, ne peut laisser aucun doute sur la cessation définitive de ces battements du cœur et sur la réalité de la mort. » Enfin, dans sa séance du 29 mai 1848, l'Académie des sciences elle-même adopta les conclusions de ce rapport. Je n'ai rien à objecter contre le multiple choisi pour augmenter l'intervalle décisif; on ne pouvait fixer qu'arbitrairement ce coefficient de l'erreur; j'admets aussi qu'à une telle distance les successions du rhythme cardiaque ne doivent plus être tenues pour simplement espacées, et peuvent être considérées comme vraiment interrompues. Mais si la cessation de la vie est bien réelle, quel argument est donc intervenu pour nous autoriser à la déclarer en même temps définitive? A défaut de raison physiologique, a-t-on du moins pour soi la preuve expérimentale? Est-il acquis qu'une paralysie véritable du cœur n'a jamais duré plus de cinq minutes et que la mort apparente n'a jamais été qu'une syncope incomplète? Je ne mets pas en doute le témoignage du lauréat de l'Institut de France, mais le fait dont j'invoque la possibilité ne saurait être qu'une exception; le chiffre exprimant le degré de sa rareté se laisse indéfiniment réduire et le nombre des observations qui l'excluent sera par suite toujours insuffisant. Du reste, sur cette question délicate l'Académie n'a pas tardé à se déjuger elle-même, ■en couronnant quelques années plus tard l'ouvrage de Josat, qui admet comme signe indubitable de la mort le seul phénomène de la décomposition cadavérique. Alors même qu'on pourrait d'ailleurs, pour les besoin^ pratiques, interdire à ce corps que la mort vient de frapper, toute chance de retour à la vie, il n'est pas permis, on le voit, au point de vue pur de la théorie, d'affirmer que ce retour à la vie est devenu désormais impossible.

Les conclusions de la science se ressentent, dans le débat qui m'occupe, de la tendance à concevoir, comme une indivisible unité, cette vie individuelle qui se se trouve n'être au contraire, quand on l'analyse, que la résultante harmonique de toutes les activités élémentaires. Sous le poids plus ou moins avoué de cette conception, on a vu la mort confirmée, à l'instant où l'on a pu supposer que cette espèce de principe s'était évanoui. Rien de pareil ne se produit au moment de la mort, et c'est tout autrement qu'il faut s'en représenter les effets. Au sein de cet organisme qui s'appelle maintenant un cadavre, toutes les fonctions qui constituaient la vie d'ensemble viennent de s'éteindre en fait ; le principe même de leur activité continue pourtant de résider intact au sein de ses tissus encore vivants. L'esprit peut admettre, sans inconséquence, qu'on puisse longtemps

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encore, puisqu'il s'agit de plusieurs heures, renouer une harmonie dont tous les éléments se trouvent à leur poste. Dans ce cœur qui peut battre puisqu'il battrait au contact d'un excitant nouveau, de l'air atmosphérique aussi bien que du courant de la pile, qu'on arrive à mettre en acte la puissance incontestable qu'il renferme ; au sein du parenchyme pulmonaire, dans la trame de la substance nerveuse, qu'on prévienne en même temps ou qu'on supprime les obstacles vasculaires, les coagulations interstitielles et tous ces produits de l'inertie fonctionnelle qui vont obstruer les voies de la solidarité commune; dans ces vaisseaux redevenus actifs et dans ces tissus ramenés à l'œuvre collective qu'on glisse enfin le flot vivifiant d'un sang artériel, à ces conditions irréalisables, mais non pas impossibles, on rendrait la vie à l'économie qu'elle a cessé d'habiter. Et ce ne sont pas là des allégations toutes spéculatives ; des expériences précises confirment, autant que le permettent les difficultés inhérentes à de semblables recherches, la totalité de l'opinion que je viens d'exprimer. C'est ainsi que déjà en 181 2 Legallois prévoyait les résultats que le retour du sang dans les tissus d'un organisme mort devait nécessairement produire, et proposait des expériences dont Brown-Séquard a réalisé pour la première fois en 1858 la plus importante et la plus significative. Voici Je fait : le célèbre physiologiste sépare du tronc la tète d'un chien, en pratiquant la section du cou au-dessous du point où les artères vertébrales pénètrent dans leur canal osseux ; il attend ensuite quelques minutes. Les manifestations de la vie disparaissent successivement, les mouvements respiratoires des narines, des lèvres cesse. ,t, et l'œil en dernier lieu perd son expression. Le bulbe rachidien et le reste de l'encéphale n'ont conservé aucune trace d'excitabilité, puisque l'application du courant galvanique lui-même n'y provoque plus aucune décharge motrice. La tête est désormais immobile et toutes les incitations vitales y sont éteintes ; c'est la mort. L'expérimentateur pratique alors par les artères carotides et vertébrales des injections successives de snng défribriné et oxygéné, à l'aide d'un appareil artificiel qui remplace l'action du cœur, et qui reproduit de la sorte, en cette portion de cadavre, une circulation approximative de sang artériel. Quelques mouvements désordonnés des yeux et des muscles de la face se produisent pendant les premières minutes, puis ils sont remplacés par des mouvements coordonnés de ces mêmes parties, par des contractions harmoniques et régulières, paraissant dirigées par la volonté et permettant de penser que l'ensemble des fonctions cérébrales s'est rétabli dans cette tète complètement séparée du tronc. Pendant le quart d'heure que dure l'injection du sang, les mouvements continuent de s'accomplir ; ils s'arrêtent quand l'injection est terminée, et alors la pupille se resserre pour se dilater ensuite, les secousses de l'agonie recommencent, puis les signes de la mort apparaissent une seconde fois. Sur un chien élevé dans sou laboratoire, Brown-Séquard constata de plus « qu'en appelant l'animal par son nom, les yeux de cette tête séparée du tronc se tournèrent vers lui, comme si la voix du maître avait été entendue et reconnue. » Ce ne sont pas seulement des mouvements réflexes, simples garanties de la vitalité partielle des tissus, que nous avons ici sous les yeux; les mouvements dont il s'agit ne sont pas provoqués, ils sont volontaires; ils ne sont pas indépendants ou isolés et rappellent au contraire les fonctions complexes de l'existence collective, autant que ce fragment détaché peut à lui seul en réunir les éléments et en reproduire les combinaisons; dans la limite de ses attributions, spéciales cette tête a littéralement recouvré la vie. 11 a été question de réaliser chez l'homme cette résurrection momentanée de

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l'harmonie vitale, en injectant du sang irais dans une tête de supplicié récemment tranchée ; mais Charles Robin a fait observer que la guillotine coupe les artères du cou de façon que l'air y pénètre aussitôt et les remplit; or la présence de l'air dans les vaisseaux empêche le sang d'y accomplir ces fonctions. L'expérience ne serait possible que sur la tête d'un criminel fusillé, si les balles avaient épargné cette partie du corps. On conçoit donc les obstacles qui s'opposent, dans l'application, à une semblable entreprise. Ce ne sont pas, toutefois, ces difficultés matérielles qui ont arrêté Brown-Séquard ; avec certaines précautions l'habile opérateur est convaincu qu'il ferait disparaître celle qui tient à l'entrée de l'air dans le système vasculaire; mais quand on vint lui offrir l'occasion d'exécuter son projet, il recula devant l'idée des tortures que, dans sa conviction, il allait provoquer sur ce tronçon d'être rappelé momentanément à la vie et à la conscience horrible de sa situation. L'injection artérielle, en pareil cas, n'imiterait sans doute pas assez exactement la circulation normale pour rappeler dans le cerveau la lucidité complète d'une intelligence que le trouble de cette circulation suffit à obscurcir; toujours est-il que le succès ne dépendrait plus ici, d'après ce qui précède, que d'une précision opératoire qu'il est au moins permis de considérer comme éventuelle. Évidemment aussi, cette transfusion du sang ramènerait le jeu vital de tout l'organisme, si l'on pouvait rétablir simultanément la circulation dans un corps tout entier, comme on parvient à le faire dans chacune de ses fractions ; les vies particulières des tissus, des glandes, des muscles, des poumons, du cerveau, se relèvent isolément par le même artifice, et quoique la physiologie expérimentale soit impuissante à réaliser la synthèse de toutes ces résurrections partielles, l'esprit du moins peut l'imaginer et l'admettre. Au point de vue purement théorique, rien ne s'oppose donc à concevoir comme possible une véritable résurrection de la vie d'ensemble.

Ainsi, quand une mort accidentelle vient de frapper pour toujours un organisme vivant et de vouer fatalement ses parties à une désagrégation prochaine, rien ne manque, en fait, de tous les éléments et de tous les principes de la \ie dans le corps qu'elle vient d'abandonner. Quelles que soient à cet égard les appréhensions d'un spiritualisme exclusif, et qui d'ailleurs s'épouvante à tort dans cette circonstance, ce n'est bien réellement qu'une machine dont un rouage est démis ou brisé, et qui reprendrait son activité première, si ce rouage pouvait être aussitôt remis ou réparé. Prenons pour exemple un homme que vient de tuer une paralysie cardiaque : entre ce qu'il est maintenant et ce qu'il était tout à l'heure, il n'y a de différence que la lésion d'où provient l'arrêt du cœur et les obstacles vasculaires qui ont depuis remplacé le torrent circulatoire. Si l'on pouvait rendre au cœur son activité, et aux vaisseaux leur perméabilité comme leur contenu, le sang retournerait aux poumons se charger d'oxygène, il retrouverait autour des voies intestinales le chyle préparé par les sucs digestifs, il irait exciter aux centres de l'innervation les foyers toujours actifs de la motricité générale, et réveiller enfin, sur tous les points de l'organisme, l'énergie toujours présente de ses artisans cellulaires. Ainsi la vie reprendrait le cours de ses manifestations interrompues, et la mort que nous appelons réelle, ne serait rien de plus qu'une mort apparente.

Toutes spéculatives que soient de pareilles suppositions, elles n'en donnent pas moins la mesure précise de ce qu'il faut entendre par la mort ; elles fixent exactement la signification de cette transformation physiologique. De même que la vie d'ensemble n'était rien qu'une résultante et qu'une harmonie, sa disparition ne

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saurait être la ruine d'un principe quelconque, et la mort de cet ensemble se réduit à un accident (jiii rend à leur liberté — liberté fatale, puisqu'elle doit entraîner pour elles, celte fois, un véritable anéantissement — les énergies partielles dont l'association était nécessaire à la constitution de l'individu. La mort de l'ensemble n'est donc que la rupture du pacte de fédération qui crée l'individualité; il n'y a là point de vie qui périsse, car la vie réelle est concentrée tout entière au sein de l'élément organique. L'être supérieur, qui a été d'abord luimême une simple cellule, a réparti dans le développement de son organisation le travail de l'existence entre les éléments désormais innombrables de son économie perfectionnée. Par cette division du travail entre les membres de l'association substituée à la cellule rudimentaire ou primitive, division de services réciproques et d'attributions solidaires qui constitue la personnalité de l'agglomération, chaque parcelle du tout a reçu sa parcelle de vie, qui est désormais son bien propre. C'est là que s'accomplit exclusivement le mystère de la mort, comme c'est toujours dans une cellule simple que s'opère celui de la naissance.

Il faut spécifier que par mort de l'ensemble j'ai voulu seulement désigner ici la mort accidentelle des organismes élevés, qui est en effet, nous l'avons vu, le mode habituel de leur résolution terminale. On sait que la mort naturelle est elle-même la conséquence de l'usure des systèmes, de la sénilité partielle des tissus, déchéances locales qui ont abaissé la vitalité des parties au-dessous du niveau nécessaire aux exigences des fonctions communes; elle se confond de la sorte avec la mort des éléments cellulaires, avec la régression des éléments isolés dont elle est uniquement la période initiale.

Ainsi la mort de l'ensemble n'est pas une véritable mort, et la nature de cette redoutable transformation se présente à nous sous un jour tout nouveau ; l'extinction réelle de l'existence s'opère dans les élémennts anatomiqnes, dans les assises cellulaires qui ont été aussi les seuls témoins de sa genèse. A son tour, la mort de ces organismes simples apparaît comme le résultat de l'abandon où ils tombent après la rupture de leur association, comme l'effet mécaniquement nécessaire des provocations externes que le défaut d'accord les empêche désormais d'utiliser pour la manifestation des phénomènes vitaux. Que la mort frappe primitivement l'être rudimentaire dans son existence indépendante et isolée, ou qu'elle l'atteigne au sein de cette fédération remarquable par laquelle il compose des animaux et des hommes, c'est en lui, en lui seul qu'il meurt réellement quelque chose, que contrairement aux idées de Leibnitz sur « l'énergie éternelle et incorruptible des monades, » il s'éteint réellement de la vie. J'ai dit déjà dans la première partie de cet article ce que nous connaissons des lois qui président à cette mort élémentaire. Caractères et conséquences. I. Caractères prodromiques. Quand la terminaison de l'existence est précédée par une maladie apparente, on peut prévoir quelque temps à l'avance le dénoùment final ; c'est le pronostic de la mort. Les écrits d'Hippocrate sont imbus, d'un bout à l'autre, d'une préoccupation semblable, et l'un des livres de sa collection, les Prénotions coaques, dont il a pour le moins réédité bien des fois le contenu, n'est pour ainsi dire qu'un recueil de sentences à cet égard. Cette disposition à contempler, comme passivement, les défaillances delà vie, valut même aux ouvrages du médecin de Cos, de lapartd'Asclépiade de Bithynie, le titre ironique de Méditations sur la mort.

La nature du trouble pathologique ; la portée que lui confèrent les causes dont il émane, les constitutions médicales dont il dépend, les influences épidémiques qui le dominent ; les complications diverses dont il est susceptible; le siège particulier

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qu'il affecte ; les ressources médicatrices qu'on peut lui opposer, en un mot, la gravité relative des espèces morbides est une première base pour asseoir notre jugement sur le danger couru par l'organisme qui en est le siège ; le diagnostic des maladies est un premier élément du pronostic. La mesure de la résistanceque le malade peut opposer aux atteintes de son mal, l'état de ses forces, sa constitution, son tempérament, son sexe, son âge sont des éléments accessoires de la même appréciation. Sans doute, aucune maladie n'est mortelle dans la rigueur absolue de ce mot ; quelle que soit notre impuissance contre certains troubles fonctionnels, quelque irrémédiables que puissent paraître certains désordres anatomiques, tant que la vie subsiste en leur présence, il n'est au pouvoir de personne d'affirmer un progrès morbide qui doive la rendre impossible, de fixer l'heure suprême où le mal sera devenu incompatible avec l'existence, et dans ces limites se justifie l'adage populaire : tant qu'il y a vie, il y a espoir. La marche cyclique de toutes les affections aiguës ou chroniques n'en est pas moins la rè^le. Selon leur gravité spéciale, leur intensité particulière, la vitalité du sujet qui les porte ou la direction qu'elles accusent, on peut apprécier le but vers lequel elles entraînent l'économie. Il y a donc là une première source d'avertissements funèbres ; mais les fondements de ce pronostic individuel seront fournis à propos de chaque espèce morbide.

11 y a des prévisions d'un caractère plus général ; c'est d'elles seules qu'il peut être ici question. Quand les diverses maladies convergent vers une catastrophe identique, elles provoquent dans l'organisme les symptômes désormais semblables de la perturbation qu'elles réussissentà introduire jusquedans les pivots de l'équilibre fonctionnel. On a pu juger d'après leurs caractères spéciaux si elles parviendraient à réaliser leurs tendances funestes ; on reconnaît maintenant à des signes uniformes qu'elles s'acheminent sûrement vers le terme invariable de leurs efforts.

De là, comme moyen de prévoir la fin prochaine de l'existence, un certain nombre de symptômes communs aux diverses maladies ou plutôt à divers groupes de maladies. Un amaigrissement rapide et sans proportion avec la chronicité du mal, un amaigrissement progressif quand il s'est éle\éà un marasme extrême, feront craindre une solution mortelle. Les eschares qui surviennent sur les parties du corps que les os superficiels compriment contre les supports extérieurs, sont un signe grave dans les maladies chroniques, plus grave encore dans les maladies aiguës et les affections typhoïdes ou spinales, non-seulement parce que la suppui ation qui en résulte devient une cause nouvelle d'épuisement, mais surtout p.irce que leur apparition révèle l'atteinte profondément apportée à l'activité vasomotrice et aux actes trophiques des tissus. Une langue sèche, ligneuse, fendillée, noirâtre est avec raison considérée, depuis Hippocrate, comme l'indice d'un grand péril. Les enduits variés qui, sous forme d'aphthes, de pellicules épaisses, de bouillie fétide, de muguet, recouvrent la muqueuse buccale, les fuligiuosilés qui noircissent les dents, la pulvérulence des narines, révèlent à leur tour l'altération profonde des tissus, la putridité de leurs sécrétions, la perte absoluede leur tonicité, et forment par là une autre série de signes pronostiques de grande valeur dans les maladies aiguës, de signification plus sinistre encore dans les maladies chroniques. Les parotides symptomatiques, que Hildenb.Nindt ne considérait comme funestes qu'au début des affections morbides, sont des inflammations de mauvais caractère qui accusent aussi, à toutes les périodes, la perversion de la vitalité organique et présagent une terminaison fatale dans les lièvres graves et particulièrement dans les fièvres typhoïdes. Baglivi regardait comme un signe

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de mort dans les 24 heures l'appétit vorace qui survient quelquefois tout d'un coup à la période ultime des maladies aiguës ou chroniques; sans préciser si exactement l'échéance, on peut avec Prosper Alpin, Sennert, Barlhez et d'autres, accepter comme un présage de fâcheux augure cet indice d'un désordre intime dans l'assimilation élémentaire. Ces désordres de la vie cellulaire se révêlent aussi par la perte de l'élasticité, de la rétractilité des tissus ; on n'en peut indiquer de manifestation plus sensible que le maintien du pli formé par le pincement de la peau ; ce phénomène, qui est d'observation vulgaire sur le corps des mourants, devient à son tour par sa raison d'être un présage de leur destinée.

Enfin, l'augmentation considérable de la chaleur animale qui se produit, on le sait, dans certaines fièvres, la vie étant incompatible avec une élévation exagérée delà température interne, peut encore servira asseoir le pronostiede la mort. Ainsi, d'après Wunderlich, une couche thermographique montant successivement pendant l'augment ou l'état à 35° R., soit 4l°,25 C. ou au delà, et s'y maintenant quelque temps, même le matin, est un signe de mort. De même une élévation subite de la chaleur corporelle à 53° et même à 34° R., soit 41", 33 à 42°, 50 G., est aussi le début assuré de l'agonie. Dans le fastigium des fièvres longues, dans le genre typhus par exemple, il n'y a pas, selon Jaccoud, d'élément plus certain de pronostic.

Mais tout ce qui précède ne représente jusqu'ici que des indices fournis par la marche même des maladies et trahissant le plus ou moins de certitude avec laquelle ces dernières tendent à leur but respectif, qui est, nous le savons, l'arrêt du cœur, des poumons ou du cerveau; il y aura donc des prévisions d'un caractère plus général encore et plus immédiat. Les maladies tuent parce qu'elles anéantissent le jeu d'un de ces trois appareils, et que la chute de l'un entraine la perte des autres; l'accablement final des diverses fonctions essentielles se signa~ lera lui aussi par certains symptômes qui, formant comme l'ouverture de l'agonie, deviendront à ce titre des avant-coureurs trop autorisés de la révolution suprême. C'est eux qui constituent, à proprement parler, les signes précurseurs de la mort. En leur qualité de symptômes morbides, chacun d'eux aura son développement spécial dans le Dictionnaire; il ne peut s'agir ici que d'en présenter le cortège. C'est ce que je vais faire, en le divisant toutefois par catégories relatives aux trois fonctions essentielles dont ils annoncent plus particulièrement le déclin rapide et l'imminente abolition.

Nous aurons tout d'abord une lacune en ce qui concerne l'arrêt des fonctions circulatoires. Si l'on réfléchit à la façon en quelque sorte instantanée dont se produit cet événement morbide, si l'on a égard à la soudaineté de la paralysie cardiaque, on concevra qu'il ne puisse exister de caractère spécial pour annoncer le danger couru par ce facteur déterminé de l'harmonie vitale. 11 est possible sans doute d'évaluer les chances qu'offre telle ou telle maladie d'épuiser l'activité du cœur ; il ya moyen d'apprécier, d'après l'état des forces générales, si la paralysie du centre vasculaire sera incomplète et transitoire, ou risque d'être absolue et définitive ; mais la syncope en elle-même ne révèle sa gravité par aucune marque différentielle, et ne fait connaître ses funestes tendances qu'en les accomplissant. Les défaillances, les lipothymies, les syncopes, souvent plus effrayantes que dangereuses, deviennent chez les sujets exténués par la douleur, minés par les cachexies, chezles malades atteints de lésions cardiaques ou affectés d'épanchements thoraciques, des symptômes propres à inspirer les plus vives et les plus prochaines inquiétudes ; mais c'est par le diagnostic individuel ou morbide qu'elles prennent

ou qu'elles perdent ainsi leur signification défavorable, et si Ton fait abstraction de ces renseignements indirects, l'arrêt même du coeur n'avertit guère de sa létbalité qu'en provoquant la mort.

11 n'en est plus de même quant à l'arrêt des fonctions cérébrales. Un groupe assez considérable de phénomènes témoigne de l'atteinte irrémédiable qu'a subie le système nerveux avant que sa ruine intégrale ait mis en train le déroulement des phénomènes ultimes. Chacun connaît le danger qu'indique le délire, et l'impression causée par ce symptôme porte plutôt à exagérer qu'à restreindre sa valeur pronostique : le délire doux et passager, celui qui consiste en une simple rêvasserie dont il est facile de tirer le malade, celui surtout qui se montre seulement au réveil, n'est pas extrêmement sérieux; le délire continu, surtout s'il est violent, s'il nécessite la chemise de force, est toujours d'un fâcheux augure (Chomel). L'âge du malade, le sexe et les dispositions individuelles influent cependant sur sa signification, car elle est moins fatale chez l'enfant que chez l'adulte, chez la femme que chez l'homme, et il est même des individus qui délirent aisément et sans conséquence dans le cours d'une maladie ordinaire. Les nausées continuelles qu'on observe quelquefois dans les maladies aiguës sont un mauvais symptôme ; les vomissements opiniâtres et incoercibles dont elles étaientle prélude sont encore plus sérieux ; le hoqueta son tour est un signe très-funeste quand il coïncide à la lin des maladies avec l'aggravation des autres phénomènes. Le tremblement musculaire, les soubresauts des tendons marquent, dans la période terminale des affections morbides, un danger considérable; la roideur tétanique des membres, le trismus, le rire sardonique et le strabisme, les mouvements désordonnés des jambes, l'agitation inconsciente des bras , les convulsions épileptiformes et la carphologie, aune époque avancée des maladies fébriles, sont encore des indices de mort prochaine. Tous ces phénomènes d'excitation, qui ne sont pas le résultat d'une véritable augmentation d'excitabilité, que les pathologistes anciens appelaient avec raison une perversion des forces, et qu'on désigne en clinique sous lenombien approprié d'ataxie, c'est-à-dire de désordre, car l'excitation visible n'est ici que le résultat de la faiblesse radicale du système excito-moteur, empêchant ses conducteurs de ménager et ses cellules de condenser le courant nerveux, tous ces phénomènes d'excitation apparente expriment l'épuisement irrémédiable du centre cérébrorachidien, et tirent de cette dénonciation toute leur importance prémonitoire.

Ce même degré d'épuisement nerveux peut avoir pour signes révélateurs des symptômes d'un ordre diamétralement opposé, plus en rapport par leur nature avec ce caractère de leur cause prochaine, je veux parler des phénomènes de dépression connus en clinique sous le nom A'adynamie. Comme leurs congénères, ces derniers revêtent des formes variées, ils réalisent par leur assemblage des manifestations multiples, mais ils trahissent tous une seule et même survenance intime, l'écroulement final de l'appareil innervateur. A ce cachet expressif et à cette origine significative les symptômes suivants doivent de présager l'imminence de la mort.

C'est un signe fâcheux, par exemple, que le malade garde sur sa couche une position invariable, le décubitus dorsal en particulier, ou qu'obéissant aux lois de la pesanteur, il se laisse constamment couler vers la partie dédive de son lit. Les évacuations involontaires et surtout inconscientes de matières fécales et d'urine, l'aphonie indépendante d'une affection de larynx, la difficulté à avaler qui n'a pas sa raison d'être dans un ulcère de l'arrière-bouche, doivent être considérées comme de très-mauvais présages dans les maladies aiguës. Quand l'altération de

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la déglutition est telle que les liquides traversent l'œsophage comme un tube inerte, ce dernier présage devient aussi funeste que possible. Ce sont là tout autant de faits qui permettent d'apprécier la gravité de la résolution musculaire, et par elle l'appauvrissement extrême des forces générales. Les mêmes avertissements •nous sont fournis par l'état des transmissions sensitives et de l'activité intellectuelle. La surdité apparaissant dans les maladies aiguës sans lésion matérielle de l'oreille, la perte générale de la sensibilité tactile, l'analgésie cutanée portée au point que les sinapismes et les vésicatoires ne provoquent aucune réflexion vasomotrice, la cessation subite de la douleur dans les pblegmasies, le sommeil profond et prolongé dans le cours des maladies fébriles, à plus forte raison le coma et lecarus, ont une signification très-grave. Le, découragement et les pressentiments de mort sont aussi des symptômes as^ez alarmants ; ils indiquent moins diiectement toutefois l'abattement profond des forces organiques qu'une iudiflérence absolue, et sont d'un moins déplorable augure que cette dernière; chaque praticien connaît, depuis Tissot, la portée sinistre de l'immuable très-bien que répondent, à la tin des fièvres typhoïdes, les malades interrogés sur leur santé.

Enfin, quand le déroulement terminal s'ouvre par l'arrêt de l'hématose, on reconnaît aussi à des signes spéciaux le caractère fatal de l'asphyxie et les approches de la mort qu'elle apporte. C'est chose grave déjà que le malade soit obligé parle besoin d'air à rester assis dans son lit ; la fréquence externe des actes respiratoires, l'anhélation, indique de même un grand danger. Stoll disait qu'il n'avait vu guérir aucun des malades « présentant une respiration très-courte et accélérée, » lors même que tous les autres signes paraissaient favorables ; présentée sous cette formule élastique, la sentence du célèbre praticien viennois ne saurait être d'un grand secours aux cliniciens; l'observation moderne en a précisé les termes. On peut établir, en effet, que lorsque le nombre des soulèvements de la poitrine s'élève, dans les maladies aiguës, à cinquante par minute, c'est un si^ne presque toujours mortel. Mais les progrès de l'asphyxie se révèlent mieux par la coloration du sang et la soulfrance des tissus que par la gêne des mouvements thoraciques. La lividité de la peau, effet direct de la vénositj sanguine, est l'un des principaux éléments de cette physionomie saisissante que prend la figure des mourants, et qu'on a désignée de tout temps sous le nom de faciès hippocratique ; l'émaciation graduelle du visage, qui résulte du trouble nutritif, et le grippement des traits, qui tient au désordre nerveux, ne revêtent guère leur expression lugubre et leur signification fatale qu'en vertu de ces teintes plombées étalées au dernier moment par le sang asphyxique sur la face du malade pour lequel s'ouvre l'éternité. A la même décomposition sanguine il faut souvent attribuer l'infiltration œdémateuse qui se montre pendant le cours de maladies ni brightiques, ni cardiaques, et qui, surtout quand elle siège aux extrémités supérieures, annonce alors un danger considérable ; à elle il faut aussi rapporter fréquemment l'aspect que prennent pendant les dernières heures de la vie les plaies superficielles ou les surfaces de la peau recouvertes d'une éruption, en même temps que le dévoiement colliquatif et fétide, les hémorrhagies intestinales ou urinaires, et ces sueurs froides et profuses connues dans la pratique sous le nom de sueurs à" expression, qui sont tout autant de faits servant de bases aux appréhensions les plus graves. C'est l'anoxémie qui supprime les combustions organiques, et qui, tarissant à sa source la production de la chaleur animale, amène ce refroidissement progressif qui envahit le corps des extrémités vers le centre, et suffit pour convaincre tout le monde des approches de la mort. C'est encore à l'excitation produite par l'acide

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carbonique sur un système nerveux épuisé par le défaut de sang artériel, qu'il taut avoir recours pour expliquer cette jactation soudaine, survenant quelquefois tout d'un coup, dans les maladies aiguës, au milieu de l'immobilité de la dernière période, et apportant avec elle, en général, le gage d'une fin imminente. C'est enfin au mélanore d'un accablement nerveux excessif et d'excitations vaso et cardiomotrices portées à leur plus haute intensité par le jeûne des tissus asphyxiés, qu'on doit rattacher la production de ce pouls spécial, où une extrême fréquence se joint aussi à une extrême faiblesse, qui dépasse par minute 150 pulsations à peine perceptibles, de ce pouls que Galien appelait myurus (de pûç, rat, et ovpà, queue) à cause de ses battements presque insensibles et rapprochés au point de se confondre, qui est mieux désigné par le terme courant de filiforme en rapport avec l'impression de son contact et la nature de sa courbe sphygmographique, et qui mérite pleinement son surnom de pulsus morientium.

Il est nécessaire d'ajouter que l'action privative et toxique du sang noir reproduira par son application au système nerveux la plupart des phénomènes d'excitation et de dépression par lesquels nous avons vu ce dernier appareil manifester aussi son propre épuisement, et témoigner du danger que cet accablement direct fait courir à l'existence. En revanche, il faut indiquer aussi que plusieurs des présages de mort fournis par les embarras de l'hématose, comme le refroidissement du corps et la petitesse accélérée du pouls, seront, plus ou moins exactement imités, plus ou moins parfaitement reproduits par le désordre même de l'innervation sensitivc et motrice. Sans cette réserve, la répartition que je viens de faire des signes précurseurs de la mort entre les diverses perturbations fonctionnelles, prendrait un caractère d'absolutisme et de netteté que les besoins de l'exposition ont pu me contraindre à lui donner momentanément, mais que l'intrication réciproque des phénomènes ultimes et la confusion des derniers instants enlèvent à une observation consciencieuse le droit de lui laisser à titre définitif. Du reste, les indications dont il s'agit y perdent la fixité de leur point d'appui sans altérer la portée de leur caractère, et n'en restent pas moins les gages authentiques d'un péril immédiat.

La valeur de ces présages, considérés jusqu'ici dans leur isolement, augmente, on le conçoit, par l'union de plusieurs d'entre eux, comme elle puise, dans les circonstances environnantes, un cachet supérieur d'autorité. Ainsi le hoquet, par exemple, qui est en lui-même d'une fréquence vulgaire et d'un sens à peu près nul, peut acquérir une signification très sérieuse par son alliance avec d'autres indices fâcheux, et de même encore la carphologie, l'insensibilité, l'aphonie, signes presque toujours mortels dans les maladies fébriles, abandonnent, pour ainsi dire, toute leur gravité dans les attaques d'hystérie. J'arrête là, toutefois, cette énumération, qu'on pourra compléter seulement, je l'ai dit, à l'occasion de chaque symptôme funeste ou des diverses affections mortelles, et qui, d'ailleurs, d'un intérêt purement spéculatif, ne sert guère, dans l'exercice de la science, qu'à grandir le prestige du médecin aux dépens de l'illusion nécessaire à la famille.

II. Signes contemporains de la mort. Agonie. J'arrive donc à l'agonie, période qu'il est possible et qu'il convient, à mon avis, de distinguer essentiellement au milieu de cet intervalle que la présence des signes précurseurs de la mort permet de considérer comme la terminaison de la vie.

On désigne vaguement sous ce nom d'agonie cette agitation de la dernière heure, souvent des dernières heures, qui clôture habituellement l'existence et qui ressemble à un ténébreux combat où les forces vitales seraient fatalement

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vaincues. Telle est du moins Tidée plus poétique qu'exacte dont son étymologie est l'expression, et qui pèse plus ou moins sur la plupart de ses définitions classiques. Débarrassée de ce caractère de réaction et de lutte qu'elle ne saurait scientifiquement conserver, l'agonie, comme on la conçoit d'ordinaire, n'en demeure pas moins assez difficile à limiter. La fin de cette période se laisse sans doute déterminer sans peine, puisqu'elle est désormais solidaire de la vie, et s'achève par conséquent avec le dernier battement du cœur. Mais où devra-t-on en placer le début? Ce n'est pas la résolution générale des muscles, la perte de connaissance et l'insensibilité, ou la chute du pouls, ou le refroidissement du corps, ou ce voile funèbre qui s'étend sur la physionomie, qui pourra bien être assigné pour origine à l'agonie d'après l'image même qu'on est convenu d'en adopter, et si, persistant à faire ce terme synonyme d'une agitation indéterminée qui surgirait au déclin de l'existence, on marque son commencement d'après cette opinion, on risque de s'abuser étrangement sur le caractère des phénomènes pathologiques. L'agitation qui précède la mort appartient souvent, en effet, à la plénitude de la vie, et c'est justement au calme qui lui succède qu'il faut rapporter le moment de la transition. Voici un malade atteint de rhumatisme aigu : les douleurs articulaires viennent de disparaître, et une péricardite les a subitement remplacées ; il est dans un état d'agitation indescriptible ; la suffocation qui l'étreint se peint sur ses traits par les angoisses les plus vives et lui arrache des cris de douleur et de détresse. Après quelques heures de semblables souffrances, le repos succède à cette lutte terrible, une détente complète simule la guérison et le salut ; c;est que le cœur se paralyse et que la mort commence. Je prends un exemple qui rapprochera davantage encore le moment de l'agitation de celui de la mort. Un jeune enfant est atteint de croup ; une obstruction membraneuse du larynx vient de compliquer son affection d'un accès subit d'apnée; les phénomènes respiratoires ont été brusquement suspendus, le larynx est fermé, l'air ne passe plus. Le thorax est immobile parce qu'aucune puissance musculaire n'est plus capable de le soulever, mais tout le système locomoteur s'agite en efforts aussi tumultueux qu'impuissants; ici c'est l'asphyxie qui amènera la mort, mais qui vient premièrement mettre un terme à une lutte dont la violence même attestait la conservation et l'intensité de la vie. Évidemment l'agitation terminale n'est pas l'agonie, et s'il iallait dater cette période de l'entrée en scène des symptômes de réaction et d'excitation, la plupart des maladies aiguës, selon la remarque fort juste de Jaccoud, seraient dès leur début et pendant toute leur durée une agonie véritable.

L'expression d'agonie ne saurait donc rester affectée à une conception confuse n'impliquant en définitive qu'un trouble plus ou moins accentué de la dernière étape et ne s'appliquant par le fait qu'à la ruine finale de l'existence. L'agonie est autre chose qu'un épuisement profond et suprême de l'organisme. De même qu'elle .n'est pas encore la mort accomplie, elle n'est plus la vie complète, et s'il y a réellement, un stade intermédiaire entre l'une et l'autre, s'il y a véritablement un passage de la vie à la mort, l'agonie doit marquer ce moment, doit exprimer cette transition. Eh bien, nous savons maintenant que cette phase existe. Quand l'une des fonctions essentielles est définitivement anéantie, la survivance momentanée des autres, le temps nécessaire pour rompre les derniers liens du contrat vital constituent pleinement une période qui n'appartient plus à la vie, qui n'appartient pas encore à la mort. C'est là, si l'on veut bien transporter aux mots la précision qui existe ici dans les choses, ce qu'il faut, à proprement parler, appeler l'agonie.

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Quand la mort est subite, si l'agonie manque, c'est que le déchaînement des fonctions a été précipité par la violence de l'action délétère; quand la mort a lieu par le cœur, si l'agonie l'ait défaut, c'est que, nous le savons, l'arrêt des autresfonctions est alors instantané et la mort immédiate. Jusque-là, par conséquent, mon interprétation du mot agonie s'harmonise exactement avec la marche des faits qu'il rappelle, et pour en préciser la signification je n'ai pas besoin d'agrandir ou de restreindre le champ des idées auxquelles chacun l'applique. Une seule difficulté se présente. Quand la mort arrive par le cerveau et que l'abolition des fonctions cérébrales est successive au lieu d'être soudaine, le maintien des incitations respiratoires joint à la perte de connaissance et à la résolution musculaire, réalisent un ensemble de phénomènes qui offre aux yeux de tout le monde l'aspect habituel de l'agonie et qui renferme en particulier son râle caractéristique. Le déchaînement final n'est pourtant pas commencé, puisque la vie de l'encéphale s'exprime encore par la provocation des mouvements thoraciques, et l'association vitale, tout ébranlée qu'elle est en cet instant, subsiste encore dans toutes ses parties Mais il y a dans ce dernier cas une agonie plus apparente que véritable, et il convient si bien d'envisager sous ce jour cette situation spéciale, que la vie ne peut être alors considérée comme absolument compromise. Le stade de ronflement d'une attaque d'épilepsie n'est pas, en lait, autre chose, et la reprise de la vie est ici la règle ; le coma stertoreux des apoplectiques exige aussi beaucoup de circonspection dans le pronostic, car la mort n'est pas encore irrévocable; et les agonies auxquelles certains auteurs ont assigné jusqu'à plusieurs semaines de durée, n'étaient probablement que des états semblables, ayant de l'agonie seulement la forme, se rattachant à la vie par la présence de toutes sesfonctions et témoignant la vérité du caractère que je leur attribue par des rémissions plus ou moins complètes, par un retour quelquefois entier des sens et de l'intelligence.

Ainsi donc, il n'y a pas en réalité de période agonique, lorsque la vie se supprime par l'arrêt du coeur ou du cerveau, parce que l'anéantissement des autres fonctions succède immédiatement à la cessation des deux précédentes. Au contraire, quand l'asphyxie terminale apparaît la première sans suspension du jeu thoracique, quand l'air par exemple ne traverse plus la subslanee altérée des vésicules, ce qui arrive dans le nombreux cortège des lésions pulmonaires, ou quand le sang est altéré de façon à ne plus se charger d'oxygène, ce qui représente, comme on l'a vu, le résultat ultime et commun des maladies en général et le mécanisme habituel de la mort, en ces circonstances nettement déterminées, les autres fonctions survivent quelque temps à la ruine des actes respiratoires et de l'hématose; alors aussi se déroule un ensemble de phénomènes qui relèvent encore de la vie, sans suffire à la constituer ; alors apparaît réellement l'agonie. Elle y porte ses traits convenus, altération profonde de la physionomie, abolition progressive du sentiment et du mouvement, refroidissement centripète, sueurs froides et visqueuses, pouls petit, irrégulier et frémissant, secousses convulsives, râles trachéaux et laryngés. Elle représente effectivement la régression vitale, l'éboulement de l'édifice organique, la période transitoire d'un changement d'état. Enfin, comme l'évolution morbide dont il s'agit est la solution ordinaire des affections mortelles, l'agonie ainsi comprise reste bien encore le dénoùment habituel du drame pathologique.

J'avais à rectifier le sens de cette expression pour la mettre d'accord, comme cela pouvait être, avec les faits relatifs au mécanisme de la mort. Je m'arrête au

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moment d'en tracer le tableau qui a déjà fait l'objet d'un article spécial {voy. le mot Agonie).

III. Phénomènes cadavériques. Le retrait de la vie est considéré comme définitif dès l'instant que les battements du cœur sont totalement arrêtés. L'être vivant est dès lors devenu cadavre. J'ai indiqué ailleurs les diverses propriétés qui subsistent encore dans l'intimité de ses tissus, afin de montrer comment elles s'éteignent à leur tour; j'aurais donc seulement à m'occuper ici des modifications que la mort va successivement appoiter dans cette dépouille. Mais cette description des phénomènes postérieurs à l'existence a été faite à l'occasion de l'article Cadavre {voy. ce mot) et ferait double emploi dans celui que j'écris.

IV. Décomposition et putréfaction. Le dernier événement auquel sert de théâtre le corps des êtres organisés, et qui vient lui ravir jusqu'à son titre de cadavre, est la désagrégation moléculaire de sa substauce organique. Les agents physiques qui entourent cette masse inerte et les germes vivants qui l'envahissent par sa surface cutanée ou par les divers replis de sa muqueuse, en arrachent chacun des lambeaux; il s'agit de démolir cette construction si lentement élevée, d'en détruire les formes, d'eu disséminer les matériaux; tout cela va se faire avec la plus grande diligence. L'oxygène qui pourvoyait à l'activité cellulaire et qui déblayait le corps vivant de ses résidus, qui animait en un mot tout à l'heure toute la machine, met en pièces maintenant, molécule par molécule, les éléments complexes de ses rouages; il les désagrège sous forme d'acide carbonique, d'ammoniaque, d'hydrogène sulfuré, d'azote, de sels et d'eau ; l'eau, à son tour, qui pénétrait autrefois notre chair pour en constituer la majeure partie, dissout maintenant ou délaye les matières dont elle se compose, entraînant dans le sol les résidus fixes de cette décomposition, tandis que ses produits gazeux se répandent dans l'atmosphère. En même temps une armée d'êtres invisibles, véritables artisans de la désorganisation, sous la forme de mycodermes et vibrions, de monades et bactéries, s'acharne sur ce corps mort, s'y loge et s'en nourrit pour se multiplier dans des proportions infinies. Ce sont d'abord des germes ou des embryons qui attendaient dans les espaces aériens les conditions de leur développement et de leur existence; l'organisme inanimé qui les leur oifre est par là destiné à devenir leur proie. Ils grandissent et pullulent dans sou sang, dans ses solides et finissent par remplacer les granulations autour desquelles ils tourbillonnent. Ainsi se complète la dissociation moléculaire dans les tissus et les humeurs; c'est la putréfaction. La marche et le détail de ces phénomènes ne sauraient trouver place non plus dans cet article Leur histoire a été commencée au mot Cadavre; elle sera traitée à fond au mot Putréfaction (voy. ces mots).

De même, l'appréciation de la valeur qu'il faut attacher à tous ces phénomènes cadavériques, l'exposition des signes de la mort réelle, comme je l'ai dit à propos de la mort apparente, doivent être cherchés à la médecine légale de l'article Mort. Pour moi, j'ai à envisager la mort dans son œuvre, non dans ses résultats.

V. Conséquences de la mort. Je touche donc, comme l'indiquent les précédents i envois, aux limites de cet article ; quelques-unes de ces limites touchent elles-mêmes aux bornes extrêmes de la. physiologie. Que devient la matière impérissable du corps abandonné parla vie? La putréfaction qui s'en empare a marqué le terme de sa dernière vitalité; par elle nous connaissons le sort de cette substance organique qui forme la proie naturelle des moisissures et des infusoires, et qui, changeant d'organisation, devient le substralum d'autres existences, la base de tout un monde nouveau par lequel la vie recommence son cycle éternel. Du haut

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en bas de l'échelle vivante, les êtres qui la constituent s'empruntent ainsi plus ou moins violemment les uns aux autres les éléments de leur charpente matérielle, et grâce à cette interprétation moderne des phénomènes offerts par la fermentation putride, la mort, perdant encore de son ancienne signification, sans livrer toutefois tous ses secrets, n'est plus qu'une mystérieuse fournaise où la vie se refond et se transforme. Mais la putréfaction n'atteint, on l'a vu, qu'une partie des êtres qu'elle tue en les désorganisant. Un cadavre que l'on brûle se transforme directement en gaz et en cendres, et la décomposition physique qui entraîne, à ce titre aussi, la mort de ses éléments cellulaires, en rejette alors les molécules dans les divers domaines du règne minéral. Ce résultat s'accomplit partiellement par le contact naturel des forces physiques et s'associe sur le cadavre à l'œuvre spéciale des vibrions ; ainsi toute une portion des composés salins, des matières "rasses et des substances protéiques est dissoute par les eaux ou brûlée lentement par l'oxygène de l'air, soit qu'elle se trouve immédiatement soumise à ces diverses influences, soit que la disposition même des organes où elle est renfermée, celle des cartilages et des os, par exemple, la défende plus ou moins contre l'invasion des ferments putrides. Ces derniers eux-mêmes, procédant à leur œuvre par une véritable digestion, rejettent les produits qu'ils ne doivent pas assimiler et abandonnent ainsi des gaz à l'atmosphère et des poussières au sol. Mais de ces gaz également et de cette poussière émane une incessante activité, car ils sont rentrés dans le réservoir immense où les êtres vivants viennent puiser les contacts qui font leur force et les matériaux qui composent leur substance. Par un plus grand détour, ces atomes se retrouvent, eux aussi, sur le chemin de l'existence animée, et les uns et les autres, quel que soit leur circuit, restent éternellement compris dans le torrent de la circulation vitale. Si donc, comme le dit Shakespeare, « la dépouille d'un héros peut aller cimenter des murs ou boucher quelque courant d'air, » on peut aussi concevoir, pour retourner dans le sens du progrès naturel l'expression de Liebig, que la molécule contenue jadis dans la moelle épinière d'un chien ou dans le crâne d'un nègre aille former plus tard le cerveau d'un Jules César ou d'un Newton. En tout cas, les forces physiques qui assiègent le cadavre et les êtres infimes qui se nourrissent et se multiplient dans ce putrilage, absorbent et emmagasinent réellement de la vie, puisque par eux cette dépouille infecte redevient carbone et azote pour nourrir les plantes, ou substance organique pour alimenter les animaux. Ainsi se trouvent rétablis par la science, à un point de vue tout matériel, les mythes antiques des transmigrations et de la métempsychose ; ainsi « l'individu qui tombe n'est plus qu'un sacrifice à l'ensemble, et la mort même n'est que l'éternité de la circulation de la matière (Moleschott). »

Mais un autre problème se dresse en présence de ces obscures transformations de la vie. Que devient l'hôte lui-même de ce bâtiment en ruines? quel est l'instant où l'esprit s'échappe de sa prison matérielle? quelles sont, après la mort de l'organisme humain, les destinées de l'âme dont il était tour à tour le serviteur et le maître? « Quand l'unité fonctionnelle est brisée au point de ne plus pouvoir se reformer, telle qu'elle est nécessaire pour la vie de l'ensemble, quand cette limite est franchie, alors, a dit Jaumes, l'âme disparaît. » Que pouvait bien en savoir cet esprit distingué? Ce n'est pas la physiologie, en tout cas, qu'il faut interroger sur ces profonds mystères. La science de la nature reste muette à leur égard ou n'y répond que par des données vagues et négatives. 11 est évident que toute repruduction concrète de la personne, que toute manifestation sensible delà pensée,

est et demeure empêchée par le fait de la mort; ou ne peut sentir, vouloir et agir, comme nous concevons le sentiment, la volonté et l'action, qu'avec des appareils pour recevoir les impressions externes, des centres nerveux pour élaborer les perceptions, et un réseau de transmission pour porter les ordres de l'encéphale à leurs exécuteurs musculaires. Nos regards n'arrivent pas au delà ; ils ont vu serompre les rayons de la roue, sans pouvoir constater ce qu'est devenu le centre ; ils ont mesuré le rivage à l'entour du gouffre sans pouvoir en sonder les profondeurs. Sans doute, notre esprit peut aborder autrement ces abîmes de l'infini dont il émane, et abandonnant le monde extérieur, et les phénomènes objectifs pour se contempler face à face par un retour sur lui-même, il conserve le droit d'assimiler ses destinées à son essence et d'approprier à sa nature l'éternité qui l'attend. Sans doute la métaphysique, en atteignant ainsi le principe immatériel de la vie morale, nous autorise à le déclarer immortel, et à considérer dans les ténèbres d'outre-tombe « cette contrée que signale Hamlet, dont aucun voyageur n'a repassé la frontière ; » mais là commence un champ de recherches toutes subjectives qui n'est plus du domaine des connaissances naturelles, dont les solutions, abstraites et générales, s'écartent par leur caractère de toute démonstration scientifique, et qu'aucun lien ne rattache plus au programme étendu de cette encyclopédie médicale. Pas plus donc au biologiste qu'au physicien il n'appartient de fixer le sort des principes psychiques ou de raconter le lendemain de la mort, et dans ce sens il m'est permis de dire : Quce supra nos, nihil ad nos.

Emile Bertin.

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On trouvera de plus quelques considérations sur la mort dans des auteurs que je ne pouvais ajouter à cette liste, parce qu'ils n'ont pas fait de ce sujet une étude exclusive, et qu'il m'aurait fallu, sans cette réserve, enregistrer à peu près tous les noms de la littérature médicale. Je me borne à indiquer : 1° Tous les Traites de physiologie et en particulier : Muller, Stenhouse Kirkes, G. Yalentin, R. YYagnkr, Bérap.d, Béraud, 0. Funke, Budge, Béclard, Loxget, Huxley; 2° Quelques ouvrages spéciaux de physiologie, tels que : Legaixots, Expériences sur le principe de vie; Gavarret, Les phénomènes physiques de la vie; C. Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses ; Piorry, Du procédé opératoire à suivre ■dans V exploration des organes par la percussion médiate et collection de mémoires sur la physiologie, la pathologie et le diagnostic ; 3° Tous les traités de pathologie générale, entre autres: Cmomel, Bouchut, Chauffard, Jaumes; 4° Tous les traités de pathologie interne et externe, qui traitent naturellement de la mort à l'occasion des espèces morbides pouvant anéantir la vie, spécialement : I'iorry, Traité de médecine pratique , Jaccoud, Niemeyer ; 5° Enfin les monographies relatives à toutes les maladies graves.

En outre cette bibliographie embrasse un nombre considérable d'ouvrages qui, sans traiter spécialement de la mort, ont eu pour objet ses prodromes, ses conditions, ses conséquences. Pour éviter des répétitions inutiles, je me borne encore à désigner comme son complément, la bibliographie des articles : Agonie, Apoplexie, Asphyxie, Cadavre, Mortalité, Organisation, Putréfaction, Syncope, Vie, Vieillesse, et pour ce qui concerne la mort apparente et les signes de la mort réelle, celle de la médecine légale de l'article Mort. E. B.

§ II. Médecine légale. Les questions relatives à la mort constituent une des parties les plus importantes de la médecine légale; on peut les réunir sous le nom de Thanatologie; elles se rapportent à deux faits principaux, à la réalité des décès et à leurs causes ; on y rattache l'étude des circonstances diverses qui accompagnent la mort. C'est au moment du décès, comme à celui de la naissance, que se présentent pour la médecine légale les problèmes les plus difficiles et les plus variés; ils seront passés en revue dans l'ordre suivant : I. La législation. H. La mort apparente. III. L'agonie. IV. Les signes de la mort. V. Les causes de i.a. mort et notamment la mort subite.

I. Législation. Application médico-légale. Les dispositions légales relative£

580 MORT (médecine légale).

à la mort ont un grand intérêt religieux, social, médical ; elles ont pour but de constater régulièrement les décès et de préserver du péril des inhumations précipitées, d'établir l'identité du mort, de découvrir les crimes, de reconn; îtr les causes des morls subites ou violentes, de réunir les éléments d'une sta istique médicale, de déterminer le mode d'inhumation et de préserver du dangtr qui résulte de la décomposition des corps. Toutes ces questions appartiennent à l'hygiène publique comme à la médecine légale ; elles se rapportent aux points suivants : 1° La déclaration des décès; 2° le délai légal ; 3° la vérification; 4° le permis d'inhumer; 5° le mode d'inhumation; 6° l'autopsie et les opérations accessoires; 7° l'obitoire et les divers lieux de dépôts pour les morts; 8° le cimetière ; 9° l'expertise médico-légale dans les cas de mort subite ou suspecte; 10° la sanction pénale contre les infractions aux lois et règlements relatifs aux inhumations.

1° La déclaration du décès. Le Code civil, livre Ier, chapitre iv, articles 77 à 87, contient toutes les dispositions relatives aux actes de décès :

Art. 78. « L'acte de décès sera dressé par l'officier de l'état civil, sur la déclaration de deux témoins. Ces témoins seront, s'il est possible, les plus proches parents ou voisins, ou lorsque une personne sera décédée hors de son domicile, la personne chez laquelle elle sera décédëe, et un parent ou autre. »

Art. 79. c L'acte de décès contiendra les prénoms, nom, âge, profession et domicile de la personne décédée ; les prénoms et nom de l'autre époux, si la personne décédée était mariée ou veuve ; les prénoms, nom, âge, profession et domicile des déclarants ; et, s'ils sont parents, leur degré de parenté. Le même acte contiendra de plus, autant qu'on pourra le savoir, les prénoms, nom, profession et domicile des père et mère du décédé, et le lieu de sa naissance. »

Art. 80. « En cas de décès dans les hôpitaux militaires, civils ou autres maisons publiques, les supérieurs, directeurs, administrateurs et maîtres de ces maisons, seront tenus d'en donner avis dans les vingt -quatre heures, à l'officier de l'état civil, qui s'y transportera pour s'assurer du décès, et en dressera l'acte conformément à l'article précédent, sur les déclarations qui lui auront été faites et sur les renseignements qu'il aura pris. Il sera tenu en outre dans Iesdits hôpitaux et maisons des registres, destinés à inscrire les déclarations et les renseignements. L'officier de l'état civil enverra l'acte de décès à celui du dernier domicile de la personne décédée, qui l'inscrira sur les registres. »

Art. 82. « L'officier de police sera tenu de transmettre de suite à l'officier de l'état civil du lieu où la personne sera décédée, tous les renseignements énoncés dans son procès-verbal, d'après lesquels l'acte de décès sera rédigé. L'officier de Fétat civil en enverra une expédition à celui du domicile de la personne décédée, s'il est connu ; cette expédition sera inscrite sur les registres. »

Art. 83. « Les greffiers criminels seront tenus d'envoyer, dans les vingt-quatre heures de l'exécution des jugements portant peine de mort, à l'officier de l'état civil du lieu où le condamné aurait été exécuté, tous les renseignements énoncés en l'article 79, d'après lesquels l'acte de décès sera rédigé. »

Art. 84. « En cas de décès dans les prisons ou maisons de réclusion, il en sera donné avis sur-le-champ, par les concierges ou gardiens, à l'officier de l'état civil, qui s'y transportera comme il est dit en l'article 80, et rédigera l'acte de décès. »

Art. 85. « Dans tous les cas de mort violente, ou dans les prisons et maisons de réclusion, ou d'exécution à mort, il ne sera fait sur les registres aucune mention de ces circonstances,, et les actes de décès seront simplement rédigés dans les formes prescrites par l'article 79. »

Les articles 86 et 87 règlent les formalités relatives aux décès pendant les voyages de mer; les articles 96 et 97 concernent les militaires décédés hors du territoire ; l'attestation de (rois témoins est exigée pour les actes de décès dressés dans les corps.

L'acte du décès doit, au terme de l'article 54, énoncer le jour et l'heure où il a été reçu, mais l'article 79 n'exige pas la mention du jour et de l'heure du décès; cette énonciation peut avoir, cependant, une grande importance pour fixer le moment de l'ouverture d'une succession, et le commencement du délai légal fixé pour l'inhumation. Mais, suivant la remarque de MM. Briand et Chaude, il eût été

MORT (médecine légale). 581

souvent difficile de constater le moment du décès, et il eût fallu pour l'établir, s'en rapporter à des personnes intéressées peut-être à reculer ou à avancer cette heure. En exigeant dans l'acte cette déclaration, on lui eût donné une importance dangereuse ; dans la pratique, le jour et l'heure du décès sont ordinairement énoncés, mais cette mention n'étant pas exigée par la loi, ne sert que de renseignement.

Contrairement à ce qui se passe pour les déclarations de naissance, la loi ne prononce aucune peine pour le défaut de déclaration de décès. Mais l'absence ou même le retard de la déclaration peuvent faire naître des soupçons ; si, plus tard, il s'élève quelque présomption de mort violente, l'omission de la déclaration expose à des poursuites pour recel ou célation de cadavre de personne homicidée (C. P., art. 559). Si l'inhumation se fait sans déclaration, c'est l'inhumation sans autorisation qui constitue le délit, et non le défaut de déclaration.

Un enfant nouveau-né peut décéder avant que sa naissance ait été déclarée ; la loi a prévu ce cas : « Lorsque le cadavre d'un enfant dont la naissance n'a pas été enregistrée, sera présenté à l'officier de l'état civil, cet officier n'exprimera pas qu'un tel enfant est décédé, mais seulement qu'il lui a été présenté sans vie ; il recevra de plus la déclaration des témoins touchant les noms, -prénoms, qualités et demeures, des père et mère de l'enfant, et la désignation des an, jour et heure, auxquels l'enfant est sorti du sein de sa mère. Cet acte sera inscrit à sa date sur le registre des décès, sans qu'il en résulte aucun préjugé sur la question de savoir si l'enfant a eu vie ou non. » (Décret du 4 juillet 1806.) Ici la déclaration du décès se complique d'une déclaration de naissance, toujours obligatoire dans les trois jours (C. C. 59), sous la sanction d'une peine (C. P. 346).

Le défaut de déclaration peut-il être considéré comme constituant le crime de suppression d'enfant puni par l'article 345 du Code pénal, modifié en 1863? Toutes les fois qu'un enfant est venu au monde, mort ou vivant, il doit être représenté ; mais le crime n'existe que si la pensée coupable d'arriver à la suppression de l'état civil de l'enfant, est jointe au fait matériel du recelé ou de la suppression. Ce n'est plus qu'un délit, s'il n'est pas démontré que l'enfantait vécu, et s'il est établi que l'enfant n'a pas vécu, la pénalité ne dépasse pas celle qui atteint les inhumations non autorisées.

2° Le délai légal. C'est l'inhumation précipitée qui expose au danger d'être enterré vivant, et comme l'a dit Molière :

Qui tôt ensevelit, bien souvent assassine; Et tel est cru défunt qui n'en a que la mine.

Le délai est la première des garanties contre un péril de ce genre ; c'est la plus ancienne de toutes, et le délai était d'autant plus long, que l'on avait une connaissance moins précise des signes de la mort. Lycurgue avait fixé à onze jours la durée des lamentations funéraires et on ne pouvait livrer le corps au bûcher avant cette époque (Marc). Dans d'autres villes de la Grèce on conservait les cadavres pendant six ou sept jours; c'était trois jours, d'après Platon. Hérodote affirme qu'il était défendu aux Égyptiens d'enterrer leurs morts avant le quatrième jour du décès. Les anciens Perses attendaient l'odeur putride. Chez les Romains l'exposition du corps durait six ou sept jours, et même plus. Servius disait : « Octavo incendebatur,nono sepeliebatur. » Les auteurs relatent les pratiques des différents peuples qui, en général, par scrupule religieux, retardaient et prolongeaient les dernières cérémonies bien plus qu'on ne le fait de nos jours. On trouve cependant des exceptions à cet égard. Ainsi les habitants du Bengale attendaient à peine la cessation des phé

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nomènes les plus apparents de la vie pour projeter les corps dans le fleuve sacré. Sous l'influence du christianisme, les longs délais des anciens se sont abrégés, et dans certains pays l'inhumation rapide a prévalu. Ainsi, dans le sixième Concile de Milan, saint Charles Borromée défendit de procéder à l'avenir aux inhumations avant douze heures après le décès, pour les cas ordinaires, et même après vingt-quatre heures, pour les morts subites. Le rituel d'Anet exigeait vingtquatre heures. Dans le Nord de l'Europe, les délais étaient, en général, plus longs, notamment en Angleterre et en Danemarck. Les inhumations étaient rapides en Espagne et en Portugal ; on enterrait quelquefois dès la cinquième ou la sixième heure (Deschamps), à tel point, dit un voyageur, que l'on vous met en terre pour peu que vous dormiez trop longtemps. Les hôtels garnis de Paris avaient aussi la réputation d'anticiper sur les délais légaux, et M. Josat pense que plus d'un voyageur maladif a été éloigné de Paris par la crainte de ces inhumations rapides.

La population israélite moderne a pour habitude de hâter l'accomplissement des cérémonies funèbres, et de précipiter l'inhumation, surtout quand la mort précède de peu le jour du Sabbat. Déjà, J.-P. Frank avait discuté ce point avec un, médecin juif, qui considérait le lavage du corps comme donnant une sécurité équivalente à celle d'un long délai ; il s'agissait d'inhumation après six heures. En 1787, les israélites furent astreints, en Allemagne, à suivre la loi sur les inhumations promulguée par Marie-Thérèse. En Hollande, un arrêté officiel du 6 janvier 1834, réforma cet abus (Van Hesselt). Le Deutéronome prescrit de mettre en terre les suppliciés le jour même de l'exécution, mais il ne fixe pas la date des sépultures ordinaires. Rien dans les textes sacrés, rien dans les commentaires talmudiques, d'après l'opinion d'hommes compétents, ne justifie cette habitude, trop générale encore, dans la population juive, de précipiter les inhumations.

Toutes les législations, aujourd'hui, imposent un délai légal, qui varie suivant les pays et les climats. En Allemagne, le terme de quarante-huit à soixante-douzeheures est généralement adopté (Most). En Autriche, le délai est de quarantehuit heures; un emprisonnement de six mois punit toute fausse déclaration de l'heure de la mort, ayant pour but de rendre l'inhumation plus prompte. Comme les signes évidents de la putréfaction ne se développent guère, disait Schurmeyer, qu'entre quarante-huit et soixante-douze heures, le minimum de quarante-huit heures doit être posé comme règle. On ne diminuerait ce délai que pour les maladies contagieuses, ,?ans l'abaisser au-dessous de trente ou de trente-six heures,, et dans un obitoire aucun motif n'existe pour devancer l'époque de la décomposition du corps. En Angleterre, dit Guy, l'usage est d'attendre toujours la putréfaction. En Hollande, le permis d'inhumer n'est délivré que trente-six heures après la mort ; Van Hasselt regarde ce délai comme trop court, l'usage est de le prolonger.

En France, le délai légal est de vingt-quatre heures : « Aucune inhumation ne sera faite sans une autorisation, sur papier libre et sans frais, de l'officier de l'état civil, qui ne pourra la délivrer qu'après s'être transporté auprès de la personne décédée pour s'assurer du décès, et que vingt-quatre heures après le décès, hors les cas prévus par les règlements de police (art. 77). » Ce délai de vingt-quatre heures est un minimum, la loi ne défend pas d'attendre plus longtemps. Pour obtenir une certitude absolue du décès, pour obéir à un vœu, par respect pour les morts, on peut retarder l'inhumation, à la condition de ne pas compromettre la salubrité publique. Suivant le climat, suivant la saison et le genre de mort, on

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étend le délai, et dans la mort subite il est sage de le dépasser. Il sera prolongé, s'il y a des indices de mort violente, jusqu'à ce que les formalités exigées par l'article 81 du Code civil aient été accomplies. L'époque de l'inhumation est, eu général, déterminée par l'officier de l'état civil, d'un commun accord avec la famille, sur l'avis du médecin vérificateur. A Strasbourg le médecin cantonal indiquait l'heure et le jour de l'inhumation.

Le délai légal peut être abrégé dans le cas de putréfaction rapide, ne laissant aucun doute sur la mort réelle et pouvant compromettre la santé des personnes de la famille et des habitants de la maison, dans les cas d'épidémie, de maladie infectieuse ou contagieuse. 11 a été jugé qu'un maire pouvait, dans l'intérêt de la santé publique, ordonner l'inhumation immédiate d'un cadavre trouvé sur le territoire de sa commune. Le délai est encore abrégé quand il s'agit d'un supplicié. Mais cette permission d'inhumer avant le délai légal est assujettie à des formalités, et ne doit être donnée qu'avec beaucoup de circonspection. D'après une ordonnance de police du 3 juillet 1804, l'inhumation avant les vingt-quatre heures ne peut être autorisée que « sur l'avis des médecins ou chirurgiens qui auraient suivi la maladie ou de ceux préposés à la visite des personnes décédées. » C'est pendant les épidémies que l'on autorise trop facilement ces inhumations rapides ; ainsi, en 1529, le Parlement de Paris avait ordonné que les individus morts de la peste fussent promptement ensevelis; on comprend les abus qu'entraînaient de pareils ordres ; c'est alors qu'il importe surtout d'avoir des lieux de dépôt pour les morts, dans lrsquels on observera fidèlement les délais nécessaires.

L'autorisation d'inhumer ne peut être accordée que vingt-quatre heures après le décès ; mais les termes mêmes de la loi avaient permis à la fraude d'en éluder le sens. Le délai court à dater du moment de la mort, une fausse déclaration anticipe sur le moment et l'inhumation se fait avant le délai légal. Qu'arrive-t-il tous les jours, disait Marc, lorsque le décédé n'appartient pas à une famille qui s'intéresse vivement à sa personne ? On cherche à se débarrasser le plus promptement possible du corps ; on fait à l'officier de l'état civil une déclaration fausse et nous ne croyons pas trop dire en assurant que dans plusieurs grandes villes, où la surveillance est plus difficile, au moins un quart des inhumations se pratique dix-huit heures, au lieu de vingt-quatre heures, après le décès. Dans les campagnes, et notamment dans le Midi, où la chambre d'habitation est commune à toute la famille, il est pénible de se trouver pendant vingt-quatre heures en présence du défunt, et alors des parents peu scrupuleux avancent l'heure du décès dans leur déclaration, pour obtenir une diminution plus ou moins notable du délai de vingt-quatre heures. Dans les hôtels, en déclarant morts, la veille au soir, les individus décédés le malin, on arrivait à réduire de moitié le délai légal. A ces abus, le remède était simple, et on a fini par l'appliquer, sur la demande réitérée des médecins, c'était de faire partir le délai du moment de la déclaration et non de l'instant de la mort. Un arrêté du préfet de la Seine, du 21 vendémiaire, an IX (13 octobre 1800) établit que l'inhumation d'un corps ne pourrait avoir lieu qu'après le délai de vingt-quatre heures expirées depuis la déclaration du décès faite à la mairie, sauf le cas d'urgence. Les circulaires du ministre de l'intérieur du 2 décembre 1863 et du 24 décembre 1866 ont étendu cette interprétation à toute la France. « Il ne pourra être procédé à l'inhumation qu'après vingt-quatre heures expirées, depuis la déclaration faite à la mairie. Pourront être exceptés les cas de putréfaction cadavérique avancée, ou toutes autres conditions préjudiciables à la santé des familles, et dans les cas

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exceptionnels, le médecin vérificateur fera un rapport spécial au maire. » Ici encore la fraude est possible, et on en a des exemples. Il y a eu à Paris des déclarations de décès concernant des agonisants, dans le but d'obtenir une inhumation plus rapide. Le même fait s'est passé à Rouen, pour des nouveau-nés. Une ■vérification attentive est la sanction nécessaire du délai légal.

Avec cette interprétation de l'article 77, le délai légal a un minimum invariable de vingt-quatre heures ; il peut s'élever jusqu'à trente-six et quarante heures, suivant les heures d'ouverture du bureau de l'état civil, les décès du soir, après la clôture, n'étant déclarés que le lendemain. Le délai légal se rapproche ainsi des conditions exigées par la science ; dépasser la durée possible de la mort apparente ; être assez long pour que les signes certains de la mort aient le temps de se produire ; cette seconde condition est évidemment la seule essentielle; tant que les signes certains manquent, il faut rester dans le doute et suspendre l'inhumation. La circulaire du 24 décembre 1866 prévoit ce retard : « Dans le cas où le décès paraîtrait douteux, l'officier de l'état civil retarderait la délivrance du permis d'inhumer, jusqu'à certitude complètement acquise de la mort, par une visite nouvelle et un rapport spécial du médecin vérificateur. » Aujourd'hui une connaissance plus précise des signes de la mort permet bien plus promptement qu'autrefois d'arriver à une conviction complète. L'abaissement de la température, l'abolition de la contractilité musculaire, la rigidité, la coloration verdàtre de l'abdomen, isolément ou réunis, se produisent souvent dans les vingt-quatre heures, mais douze henres de plus assureraient mieux encore le développement de ces signes. Le délai légal porté à trente-six heures, plus conforme au respect pour les morts, constituerait un surcroît de garantie qui ne serait nullement préjudiciable à la santé publique, l'autorité ayant toujours le droit d'autoriser une inhumation plus rapide, dans le cas de .nécessité attestée par un rapport médical.

3° La vérification des décès. Une vérification régulière, faite par un homme compétent, est la garantie la plus sûre contre le danger des inhumations précipitées. Si, dans les sociétés antiques, les cérémonies religieuses, l'exposition du corps, le long délai, en tenaient lieu jusqu'à un certain point, de nos jours, la nécessité de cette vérification est généralement reconnue. La visite des morts, suivant Bruhier, était organisée à Genève dès 1543. L'empereur Joseph II l'introduisit en Autriche en 1766, et la généralisa de 1770 à 1780 (J.-P. Frank); le grand-duc de Toscane l'établit dans ses États, en 1775. De semblables dispositions existaient autrefois en France ; Sivray cite d'anciennes ordonnances qui exigeaient un délai de quarante-huit heures et qui prescrivaient la visite d'un médecin dans les cas de mort subite. Bruhier avait émis le vœu qu'il y eût dans chaque ville et village des inspecteurs des morts, salariés du gouvernement, « de manière qu'il ne fut plus permis d'ensevelir aucun corps avant la visite de l'inspecteur et avant que celui-ci n'eût déclaré avoir reconnu tous les signes d'une mort réelle. » La nécessité de cette organisation est partout reconnue aujourd'hui, mais dans beaucoup de pays, elle est encore bien imparfaite et elle fonctionne d'une manière insuffisante. Quelle sécurité présente-t-elle lorsqu'elle est confiée, comme clans une partie de l'Allemagne, à un personnel inférieur et dépourvu de connaissances suffisantes? Van Hasselt fait ressortir ces inconvénients, en demandant que partout le service soit confié à des docteurs.

En France, la vérification des décès a été établie par une loi du 20 septembre 1792, qni régla la matière avant le Code civil. L'article 2 du titre V contenait les

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prescriptions suivantes : « L'officier public se transportera au lieu où la personne sera décédée et, après s'être assuré du décès, il en dressera l'acte sur les registres doubles. » Mais bientôt cet article parut d'une application difficile, et le 21 vendémiaire an IX (15 octobre 1800), le préfet de la Seine rendit un arrêté portant que les maires feraient cboix dans leur commune, d'un ou de deux officiers de santé pour constater les décès dont la déclaration aurait été faite à la mairie. Bientôt l'article 77 du Code civil remplaça les dispositions de la loi du 20 septembre 1792, mais il n'innova en rien, et laissa dans le domaine réglementaire le mode de vérification. L'officier de l'état civil, d'après les termes de la loi, ne peut délivrer l'autorisation d'inhumer « qu'après s'être transporté auprès de la personne ■décédée, pour s'assurer du décès. » Rien ne serait plus illusoire que cette garantie, le maire ne devant être que fort exceptionnellement pourvu des connaissances nécessaires pour vérifier un décès ; le Code n'aurait établi qu'une simple formalité administrative pour protéger la vie des citoyens. Mais pour fixer le véritable sens de cette disposition, il faut se reporter à la discussion qui a précédé au Conseil d'État l'adoption de l'article 77. Fourcroy demandait qu'il fût spécifié dans cet article : « que l'officier de l'état civil, pour constater le décès, fut assisté d'un officier de santé. » Il alléguait comme motif qu'il était difficile de s'assurer de la mort, sans la connaissance réelle de ses signes, qu'on pouvait la confondre avec une léthargie et qu'il existait des exemples assez nombreux de personnes enterrées vivantes. M. Boulay répondit : « qu'il n'est pas toujours possible de trouver des officiers de santé ; que d'ailleurs ces précautions sont du ressort de la police. » C'était reconnaître que, tout en maintenant les termes de la loi, on n'interdisait pas l'intermédiaire des officiers de santé pour la vérification. Dans ses observations sur le projet du gouvernement, le Tribunal de cassation déclare que « c'est à des règlements locaux à déterminer le mode suivant lequel les officiers de l'état civil s'assureront du décès. »

La vérification par les médecins est donc admise, mais toujours sous la responsabilité de l'officier de l'état civil. Les arrêtés du préfet de la Seine du 21 vendémiaire an IX, du 2 juin 1806, du 31 décembre 1821, du 15 avril 1859, du 25 janvier 1841, confirment cette jurisprudence et ont organisé avec des progrès successifs, le service de la vérification des décès et de l'inspection de cette vérification, dans le département de la Seine. Le ministre de l'intérieur, dans sa circulaire du 2 septembre 1865, a également reconnu qu'en ordonnant la vérification du décès par l'officier de l'état civil en personne, ou par un médecin spécialement chargé de constater les causes et la réalite' du décès, le législateur a voulu donner à la société et aux familles toutes les garanties désirables. » En fait, l'officier de l'état civil ne se transporte pas au domicile de la personne décédée et l'article 77 est appliqué comme s'il était ainsi conçu : '< Aucune inhumation ne sera faite sans une autorisation, sur papier libre et sans frais, de l'officier de l'état civil qui ne pourra la délivrer qu'après avoir fait vérifier le décès par un docteur en médecine ou un officier de santé assermenté, et que vingt-quatre heures après le décès, hors les cas prévus par les règlements de police. » Il eût semblé plus simple de mettre ainsi les termes de la loi en rapport avec son esprit.

Une circulaire du 24 décembre 1866, adressée par le ministre de l'intérieur aux préfets, rend ce mode de procéder obligatoire pour toutes les communes de France. Le ministre rappelle que l'article 77 du Code fait peser sur l'officier de l'état civil la responsabilité de la constatation des décès; or cette responsabilité

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implique l'obligation de s'entourer de tous les moyens propres à obtenir ce résultat strictement exigé. Pour atteindre plus sûrement ce but, il a paru utile de prescrire les mesures suivantes : « Le maire de chaque commune fera choix d'un ou de plusieurs docteurs en médecine ou en chirurgie, et, à leur défaut, d'officiers de santé, qui seront chargés de constater le décès dont la déclaration aura été faite à la mairie, conformément aux prescriptions de la loi. Ces médecins seront assermentés. Dès que la déclaration d'un décès aura été faite, le maire fera parvenir au médecin vérificateur du décès une leuille en double expédition, conforme au modèle ci-joint, et sur lequel il inscrira les nom, prénoms, sexe, âge, profession de la personne décédée ; la nature de la maladie à laquelle elle a succombé, et, autant que possible, sa durée et ses complications; le nom du médecin qui a soigné le malade, celui du pharmacien qui a délivré les médicaments, et, autant que possible, les conditions hygiéniques du domicile. Dans le cas où le décès paraîtrait douteux, l'officier de l'état civil retarderait la délivrance du permis d'inhumer, jusqu'à certitude complètement acquise de la mort, par une visite nouvelle et un rapport spécial du médecin vérificateur. »

Malgré ces sages prescriptions, la vérification des décès ne se fait guère que dans les grandes villes ; elle existe à peine dans les communes rurales ; à l'étranger, comme en France, on se plaint, en général, que ce service soit négligé. Le 51 octobre 1810, par un arrêté du préfet Lezay-Marnésia, la vérification des décès est instituée dans le département du Bas-Rhin, pour les villes de Landau, Haguenau et Schlestadt ; elle existait déjà pour la ville de Strasbourg où elle était confiée à quatre médecins cantonaux. Le service établi à Paris \ ar l'arrêté du préfet Frochot, le 21 vendémiaire an IX, modifié le 2 juin 1806, réorganisé par le préfet Chabrol, le 51 décembre 1821, a été complété le 15 avril 1859 par un arrêté de M. Rambuteau, qui a créé un comité d'inspection de cette vérification. L'arrêté du 25 janvier 1841, la circulaire du 15 septembre 1847, les arrêtés et circulaires du 25 juillet 1844, du 2 décembre 1863, du 24 décembre 1866, complètent ces dispositions et répondent à toutes les nécessités de l'hygiène publique. Des docteurs en médecine et en chirurgie sont désignés par le préfet, sur la proposition des bureaux de bienfaisance, pour chaque arrondissement et chaque quartier; avertis par l'officier de l'étal civil, ils se transportent au domicile de la personne décédée. La vérification faite, ils transmettent à la mairie, en double expédition, une déclaration du décès, qui contient en même temps l'indication de la maladie, divers renseignements concernant la personne décédée, ou relatifs à l'hygiène publique.

Un service de ce genre a besoin d'un contrôle : un comité d'inspection e^t établi depuis 1839; des médecins inspecteurs, rétribués, sont tenus d'opérer chaque jour au domicile des décédés un certain nombre de visites spontanées, indépendantes de celles qui sont prescrites aux vérificateurs ordinaires; chaque jour les médecins-inspecteurs reçoivent les duplicatas des mandats de visite, destinés à les diriger dans leurs vérifications. Ces inspecteurs sont choisis parmi les médecins ayant une notoriété scientifique, ils doivent porter à la connaissance du comité d'inspection « tous les faits relatifs aux décès qui peuvent intéresser l'administration, la justice, la science, la morale ou l'humanité. »

La vérification des décès est une obligation et une charge municipales ; beaucoup de communes reculent devant cette dépense ; on a craint aussi de ne pas trouver dans les campagnes un personnel suffisant. Les frais de la visite pourraient être supportés par les personnes aisées ; la commune, le département

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auraient à leur charge le service des indigents. Quoi qu'il en soit, la loi devrait être exécutée. On a espéré échapper à cette dépense et assurer à chacun ie bénéfice de cette vérification, en recherchant des signes dont l'évidence serait telle que la personne la plus ignorante ne pourrait se méprendre sur la certitude du décès. Ces signes incontestables existent, mais, entre des mains inexpérimentées, il& perdent leur valeur. Un personnel inférieur, comme dans une partie de l'Allemagne, ne vaut guère mieux que des personnes ignorantes ; la question morale se pose ici ; on a remarqué l'ivrognerie fréquente des personnes qui s'occupent des morts.

On avait proposé, pour éviter toute dépense, de laisser la vérification du décès au médecin traitant, qui, disait-on, constaterait mieux la réalité de la mort, ayant suivi la marche de la maladie, et serait plus apte à donner sur sa cause les renseignements précis qu'exige la statistique médicale. Mais peu de praticiens se prêteraient volontiers à cette dernière mesure, qui, suivant la remarque de M. Devergie, les placerait parfois dans une position délicate ou pénible. La vérification porte sur les causes de la mort, en même temps que sur sa réalité. Le médecin traitant peut être retenu par l'obligation du secret professionnel ; ne pourrait-il pas, comme il en existe de déplorables exemples, avoir luimême prêté les mains à une action criminelle? Beaucoup de malheureux d'ailleurs n'ont reçu à leurs derniers moments aucune assistance médicale. Il faut pour la vérification des décès un personnel spécial, assermenté, composé de médecins ayant la confiance de l'administration et rétribués convenablement. Les abus ^'introduisent facilement dans un service de ce genre ; quand l'inspection a été établie à Paris, elle a bientôt relevé des cas de négligence grave; des nouveau-nés déclarés morts ont été trouvés en vie. llubner, dans une longue pratique, a aussi rencontré des abus graves, et il insiste sur la nécessité d'un contrôle. La faute la plus ordinaire, c'est de délivrer le certificat sans avoir vu le mort, l'assurance étant donnée par les parents que le décès est bien réel et qu'il a été reconnu par un autre médecin ; d'autres fois la vérification est superficielle et l'on affirme le décès, avant l'apparition d'un signe certain. L'inspection de la vérification, consistant en une seconde visite répétée chaque jour pour un certain nombre de cas, est le complément nécessaire d'une bonne organisation de ce service.

Sur le champ de bataille, on a trop souvent procédé à des inhumations rapides, sans une vérification suffisante ; J.-P. Frank a déjà signalé ce fait pour les guerres d'Allemagne, de 1 756 à 1758; sans doute les médecins militaires ont plus à s'occuper des blessés que des morts, mais la vérification des décès leur appartient et l'on ne peut trop insister sur l'importance de ce devoir en temps de guerre.

La statistique médicale s'ajoute naturellement à la vérification des décès ; te médecin qui constate le décès recueille les renseignements qui se rapportent au genre de mort. Une circulaire du 15 septembre 1856, un arrêté de 1858, ont essayé d'organiser ce service ; des modèles de bulletin individuel et de tableau des genres de mort ont été établis pour rendre cette statistique uniforme. Mais la statistique comme la vérification n'existe encore que dans quelques grandes ■villes ; elle se faisait à Strasbourg et à Metz, elle est organisée à Paris. Elle a été réglée pour les hôpitaux de Paris par un arrêté du directeur de l'Assistance publique, en date du 10 décembre 1860, sur le rapport de M. Tardieu, au nom de la commission de statistique médicale. Des renseignements sur les morts subites, violentes ou accidentelles, sont fournis chaque année par le compte

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rendu de la justice criminelle ; mais l'hygiène publique attend encore pour toute la France l'organisation eflective de la statistique, comme de la vérification des décès.

4° Le permis d'inhumer. L'article 77 du Code civil établit « qu'aucune inhumation ne sera faite sans une autorisation, sur papier libre et sans frais, de l'officier de l'état civil. » Ceux qui, sans l'autorisation préalable de l'officier public, dans le cas où elle est prescrite, auront fait inhumer un individu décédé, seront punis de six jours à deux mois d'emprisonnement, et d'une amende de ift à 50 francs, sans préjudice de la poursuite des crimes dont ils pourraient être prévenus. Lorsque le permis a été délivré, l'inhumation doit être faite ; l'administration, d'un commun accord avec la famille, détermine l'époque des funérailles; si elles étaient trop retardées, l'autorité municipale pourrait intervenir et prescrire telles précautions qu'exigerait la salubrité publique.

Le permis d'inhumer doit être présenté avant l'accomplissement des cérémonies leligieuses. Par un décret du 4 thermidor an XIII (23 juillet 1805) , « il est défendu à tous maires, adjoints et membres d'administration municipale, de souffrir le transport, présentation, dépôt, inhumation des corps, ni l'ouverture des lieux de sépulture; à toutes fabriques d'église, consistoires ou autres ayants-droit défaire les fournitures requises; à tous curés, desservants et pasteurs, d'aller lever aucun corps ou de les accompagner hors des églises ou des temples, qu'il ne leur apparaisse de l'autorisation donnée par l'offieier de l'état civil pour l'inhumation, à peine d'être poursuivis comme contrevenant aux lois. » La jurisprudence actuelle exige pour les morts-nés la déclaration de naissance et le permis d'inhumation. Le décret du 4 juillet 1806 prouve que l'on admet toute déclaration, que l'enfant soit ou non viable. La déclaration de décès se confond avec celle de la naissance pour les morts-nés et entraîne les mêmes conséquences que pour les décès ordinaires. « A cette question, dit Trébuchet (p. 156), vient s'enjoindre une autre d'ordre public ; car il nous paraît d'une haute importance, dans l'intérêt de la société, qu'on ne puisse pas faire disparaître aussi facilement, sans appeler le contrôle et la vigilance de l'autorité, un fœtus qui peut fort souvent être le résultat d'un avortement criminel... Ainsi donc le médecin qui détruirait ce fœtus, comme cela a lieu fréquemment, s'exposerait dans certains cas à des poursuites sérieuses. » La circonstance qu'un enfant est sans vie n'affranchit pas de l'obligation d'obtenir de l'officier de l'état civil l'autorisation d'opérer l'inhumation ; cette obligation s'applique à tous les cas de mort ; il suffit qu'il y ait un individu décédé, c'est-àdire un être organisé appartenant à l'espèce humaine, et il n'est pas permis aux personnes privées de déterminer les limites dans lesquelles commence ou cesse l'obligation de demander l'autorisation préalable d'inhumation; ces principes ont été établis par divers arrêts.

L'inhumation clandestine, comme l'absence de déclaration, pourrait aussi donner lieu à des poursuites pour suppression d'enfant. Il est de l'intérêt public qu'on ne puisse pas faire disparaître, sans contrôle, un embryon qui est peut-être le résultat d'un avortement criminel. M. Tardieu est d'avis qu'il faut exiger, conformément à la loi et à la jurisprudence de la Cour de cassation, la déclaration de tout accouchement, quel qu'en ait été le résultat, et à quelque époque de la gestation qu'il ait eu lieu, tout en reconnaissant qu'il serait inique de soumettre aux formalités et aux frais d'inhumation un avorton dont la forme serait à peine indiquée. Sur la déclaration de l'accouchement, le médecin vérificateur des décès -constaterait l'état du fœtus mort-né, et d'après les résultats de celte vérification,

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l'officier de l'état civil pourrait autoriser, soit une dispense d'inhumation régulière, soit une admission directe au cimetière. On peut dire qu'en général la question a été tranchée d'instinct, et que la jurisprudence n'est pas rigoureusement appliquée aux avortements qui ont lieu dans les trois premiers mois de la grossesse.

La déclaration à l'état civil entraîne naturellement l'obligation d'inhumer, puisqu'après avoir dressé l'acte, l'officier municipal délivre le permis d'inhumation. Le fœtus doit donc être porté au cimetière ou dans tout autre lieu autorisé, sous les peines portées par le Code pénal pour les infractions aux lois sur les inhumations. Les convenances exigent cette inhumation : Licet corpus informe, esset decentius tumulandum, aditCangiamila, dans son embryologie sacrée, et il s'élève contre les sépultures honteuses que l'on donne souvent à des débris humains. Quelquefois cependant des médecins désirent conserver, dans l'intérêt de la science, des fœtus qui présentent des vices de conformation. Dans ce cas, dit M. Trébuchet, ils doivent s'adresser au préfet de police de Paris et aux maires, dans les départements, à l'effet d'obtenir l'autorisation nécessaire.

5° L 'ensevelissement, V autopsie, V embaumement. Parmi ces opérations, les unes ne compromettent pas absolument la vie, les autres sont aussi définitives que l'inhumation, toutes doivent être soumises à des précautions particulières.

Il ensevelissement trop rapide est un des abus les plus enracinés ; le dernier soupir est à peine exhalé, que l'on se hâte de procéder à la toilette funèbre, pour éviter la difficulté qui résulterait d'une rigidité précoce; les oreillers sontretirés, une paillasse remplace le lit qu'on veut ménager, un drap est placé sur la figure ; quelle que soit la température extérieure, la fenêtre est ouverte et un froid subit remplace l'atmosphère tiède de laclambre; un lien est passé sous la mâchoire inférieure pour maintenir la bouche fermée ; les mains sont ramenées sur la poitrine et attachées l'une à l'autre ; les paupières sont comprimées. Dans les hôpitaux, l'enlèvement du corps est rapide ; il passe du lit chauifé à la dalle de l'amphithéâtre ; ici au moins a-t-on la garantie d'un examen sommaire. Que de fois, la médecine doit protester contre ces pratiques de la routine ! Déjà Thierry avait dit: Gardons-nous de considérer comme de vrais cadavres les sujets morts depuis peu ! M. Josat insiste sur un état de mort intermédiaire qu'il distingue de la mort apparente, caractérisé par certains phénomènes vitaux qui persistent, bien que le décès soit irrévocablement accompli. D'autres fois, dit-il, pendant cette période, la vie générale, plutôt épuisée que fiuie, simule la mort. Quelques traces de vie se manifestent, de loin en loin, pendant plusieurs heures ; un mouvement respiratoire, un battement de cœur, une contraction musculaire, se manifestent encore chez des individus qui semblaient avoir rendu le dernier soupir.

Les règlements administratifs ont cherché à mettre un terme à ces abus. L'arrêté du 21 vendémiaire an IX (art. 1er) interdit les ensevelissements précipités, a Les personnes qui se trouveront auprès d'un malade au moment de son décès présumé, éviteront à l'avenir de lui couvrir et envelopper le visage, de le faire enlever de son lit, pour le déposer sur un sommier de paille ou de crin, et de l'exposer à un air trop froid. » La circulaire du 25 janvier 1 844 insiste sur ces précautions : •( Le premier point qui doit fixer l'attention du médecin vérificateur, c'est de s'assurer que toutes les prescriptions des arrêtés des 21 vendémiaire an IX et 25 janvier 1825 sont observées ; ainsi le corps doit être laissé dans son lit, on doit éviter de le transporter sur un sommier de paille ou de crin, de l'exposer à un air trop froid, de couvrir et envelopper le visage. Le corps doit rester dans toutes les conditions de chaleur et d'air susceptibles de faciliter le retour à la vie. On doit se

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garder de procéder à l'ensevelissement, à la mise en bière et à toute autre opération analogue ; et toutes ces prescriptions doivent être observées pendant le délai de vingt-quatre heures, à partir de la déclaration faite à la mairie. Si donc, le médecin vérificateur, à son arrivée, constate quelque inlraction aux dispositions réglementaires qui viennent d'être indiquées, il doit adresser à cet égard des recommandations à la personne présente. Si, par exemple, il trouve le corps déjà enseveli, il doit prescrire le désensevelissement et le faire exécuter sous ses yeux. En général, les médecins vérificateurs devront rappeler aux familles toutes leurs obligations à l'égard des individus déclarés pour morts, et leur faire observer que, pendant le délai lé^al de vingt-quatre heures, on doit prendre autant de soin dune personne présumée décédée que s'il s'agissait d'un malade. » La circulaire du 24 décembre 1866 renouvelle la recommandation de ne faire aucun changement dans l'état du corps avant l'arrivée du médecin vérificateur. La figure du défunt devra rester à découvert jusqu'au moment de la mise en cercueil. Cette mise en bière ne peut être opérée qu'après vérification du décès, et après le délai de vingtquatre heures.

Aux termes de l'ordonnance du 6 septembre 1839 et du 21 janvier 1841, aucune opération capable de modifier l'état du corps et de transformer en décès réel une mort qui ne serait qu'apparente, ne peut être pratiquée avant le délai de vingt-quatre heures. Art. 1er : « Il est défendu de procéder au moulage, à l'autopsif, à l'embaumement ou à la momification du cadavre, avant qu'il se soit écoulé un délai de vingt-quatre heures depuis la déclaration des décès à la mairie, et sans qu'il en ait été adressé une déclaration préalable au commissaire de police à Paris, et au maire dans les communes rurales. » Art. 2: « Cette déclaration devra indiquer que l'opération est autorisée par la famille; elle fera connaître en outre l'heure du décès, ainsi que l'heure de l'opération. » Art. 6 : « Les dispositions delà présente ordonnance ne sont pas applicables aux opérations qui sont pratiquées dans les hôpitaux et hospices et dans les amphithéâtres de dissection légalement établis. » (Ord. 6 sept. 1859.) La circulaire du 24 décembre 1866 confirme cette interdiction de procéder au moulage, à l'autopsie ou à l'embaumement avant la vérification du décès et l'expiration du délai de vingt-quatre beures, et sans déclaration préalable à l'autorité municipale, qui pourra se faire représenter à l'opération. On a assimilé à l'autopsie toute exploration accompagnée d'ouverture d'organes, mais l'opération césarienne n'est pas dans Ce cas, son but étant de sauver la vie de l'enfant, et elle serait absolument illusoire, si elle était remise à l'expiration du délai légal.

La veillée du corps doit toujours avoir lieu, jusqu'au moment au moins où la vérification du décès aura été effectuée. L'exposition qui n'est plus guère usitée . de nos jours que pour certains personnnages ou pour des ecclésiastiques, était considérée autrefois comme une garantie contre les inhumations précipitées ; elle peut avoir des inconvénients, lorsque la mort a été le résultat d'une maladie contagieuse. La chambre où est le mort doit être surveillée, fermée la nuit avec soin, pour empêcher l'entrée d'animaux, de chats, de chiens, de rats, qui pourraient déchirer le cadavre. La mise en cercueil doit être faite à la dernière heure ; le ballonnement de l'abdomen a parfois exigé une ponction.

Le transport du corps dans une autre commune peut précéder l'inhumation; une circulaire du 26 thermidor an Xll établit que, l'exercice du droit que les citoyens ont de faire transporter les corps de leurs parents d'un endroit à un autre, doit être précédé de mesures nécessaires pour empêcher la putréfaction.

MORT (médecine légale). 591

Une circulaire du 8 août 1859 détermine ces précautions ; le cercueil de chêne, la poudre désinfectante de sulfate de zinc et de sciure de bois, substituée à celle de charbon et de tan, la lame de plomb entourant le corps, l'embaumement régulier, suivant les cas. Sur le rapport de M. Devergie, une commission du conseil de salubrité de la Seine a recommandé, au mois de juillet 1869, les mesures sanitaires à prendre pour le transport des corps hors Paris: un cercueil en bois blanc, solidement joint, avec un enduit imperméable le rendant étanche, sera exigé pendant les six mois de chaleur ; une poudre désinfectante remplira les intervalles de la bière, et couvrira le fond où repose le corps. Ces poudres désinfectantes seront composées de sciure de b . >ïs avec acide pbénique, goudron desséché, sulfate de zinc ou sel de manganèse; on obtiendra ainsi la désinfection, l'absorption des liquides et la conservation temporaire du corps. Une instruction du ministère de la guerre du 20 septembre 1855, du ministère de la marine du 1er décembre 1855, du ministère de l'agriculture et du commerce du 25 janvier 1856, règle toutes les formalités du rapatriement des corps des personnes décédées en Algérie ou à l'étranger, sur les bâtiments delà marine impériale ou du commerce, et hors du territoire continental, jusqu'au moment de l'inhumation définitive.

6° L'inhumation. L'ensevelissement dans des grottes naturelles paraît être le plus ancien mode d'inhumation. Les grottes devenant rares et les morts plus nombreux, on s'est mis à creuser des grottes artificielles, puis on en a fabriqué de toutes espèces, avec des matériaux rapportés. On a fouillé en France une vingtaine de grottes naturelles ayant servi de caveaux funéraires, à l'époque de la pierre polie; le mobilier est semblable, le rite funéraire est identique dans les grottes naturelles et artificielles, dans les sépultures creusées à ciel ouvert, et recouvertes de grandes dalles de pierre, semblables aux tables caractéristiques des dolmens. Un trait d'union entre ces sépultures, c'est l'enlèvement de rondelles d'os sur le crâne de l'homme mort, pratique singulière découverte par MM. Premières etBroca. C'est aussi dans des grottes qu'étaient déposés les corps des patriarches.

L'idée de rendre à la terre la dépouille mortelle de l'homme semble une des plus anciennes et des plus naturelles. La terre suffit à tout, elle renferme les débris innombrables des êtres qui ont précédé l'homme ; elle recevra sans peine les dépouilles mortelles de tous les êtres qui vivent aujourd'hui à sa surface (Deschamps). Thaïes se prononçait pour l'inhumation; elle restitue à la mère commune les matières organiques qui rentrent par des décompositions successives dans le principe universel ; l'atmosphère, il est vrai, reçoit une grande partie de ces éléments du corps humain. On retrouve l'inhumation à toutes les époques et dans tous les pays ; Cicéron disait : « Atmihi quidem antiquissimum sepulturœ genus ici fuisse videtur, quo apud Xenophontem Cyrus utitur. Redditur enim ierrœ corpus, et ita locatum ac situm, quasi operimento matris obducitur ; eodemque ritu in eo sepulchro, quod procul ad Fontis aras, regem nostrum. Niimam conditum accepimus... C. Mariisitas reliquias apud Anienem dissipari jussit Sulla victor... Quod hoc scio an timens suo corpori posse accidere, primas e patriciis Corneliis igni voluit cremari. Déclarât enim Ennius de Africo, hic est illo situs; Vere, nam siti dicuntur qui conditi sunt... Id erat proprium tum iniisquos humus injecta contegerat. » La loi des douze Tables s'exprimait ainsi : «Hominem mortuum ne in urbem sepelito, neve urito, Credo sed propter iguis periculum. Quod autem addit neve urito, indicat non qui uratur sepeliri, sed quihumetur. » (De legibus, lib. Il, § 25 à 27.) Cicéron fait remonter à Cécrops

592 MORT (médecine légale).

l'usage d'inhumer les morts : « Jus terra humandi, » et il rappelle que Platon voulait que l'on ne consacrât aux sépultures que les terres qui ne pouvaient nourrir les hommes. Pline aussi affirme que l'inhumation a été à Rome l'usage le plus ancien: « Ipsum cremare apud Romanos non fuit veteris instituti; terra condebantur. » Cet usage existait encore du temps d'Horace : « Hoc misera? plebis stabat commune Sepidchrum. » On oubliait ainsi le précepte de Solon, de faire disparaître après la mort la différence des conditions humaines.

La coutume des bûchers finit par prévaloir en Grèce, puis elle pénétra en Italie. Les patriciens étaient brûlés dans une toile incombustible qui isolait leurs cendres de celles du foyer ; d'autres morts étaient incinérés en commun sur les bûchers publics. Virgile nous montre les deux méthodes usitées dans le Latium (JEn. lib. XI, v. 205). Après le combat, les Latins enterrent beaucoup de leurs morts: « Multa virum terras infodiunt, » d'autres sont brûlés sur les bûchers communs : « Ccetera confnsœque ingentem cœdis acervum, nec numéro nec honore cremant. » Les cendres étaient recueillies dans des urnes : « Accipiat mânes parvola testa meos (Properce) ; on voit à Pompéï une rue le long de laquelle s'étagent ces urnes funéraires. A dater d'Antonin, l'inhumation reprend ses droits ; la crémation cesse d'être en usage vers la fin du quatrième siècle.

Les cérémonies religieuses de l'antiquité avaient pour résultat, sinon pour but, de mettre à l'abri du danger de l'inhumation pendant la vie. L'exposition et le lavage du corps, l'onction, les longs délais, laissaient aux derniers signes de vie le temps de se produire ou en provoquaient la manifestation. Ainsi pour lesfunéi ailles de Patrocle : « L'onde s'échauffe et quand elle à frémi dans l'airain sonore, ils lavent le cadavre, y répandent une huile adoucissante et remplissent les plaies d'un baume qui a vieilli neuf ans; ils le placent ensuite sur un lit, l'enveloppent tout entier d'un léger linceul. » (Iliade, liv. 18.) Virgile décrit les mêmes cérémonies : « Corpusque lavant frigentis et ungunt... Membra toro defleta reponunt. » (Mn., lib. VI.) Il y avait à Rome des hommes (Pollinctores) chargés du soin de laver les morts. On pouvait choisir le bûcher ou l'inhumation; dans le premier cas, on coupait un doigt du mort, et le reste du corps était brûlé. Les pleureuses romaines (Prœficœ) faisaient par intervalles retentir leurs gémissements, comme pour réveiller celui qui n'aurait été qu'endormi; la conclamation, usitée dès la plus haute antiquité, était une dernière épreuve qui précédait la séparation irrévocable : « Desine, jam conclamatum est. » (Térence.) On savait bien que cet appel suprême pouvait être entendu : « Unde putatis inventos tardos apparatus » a dit Quintilien, unde quod exsequias planctibus, ploratu, magnoque semper inquietamus uhdatu ? Quam quod vidimus fréquentes post conclamata suprema redeuntes. »

L'histoire des funérailles présente encore des pratiques étranges qui ont peu d'intérêt médical ; la submersion si redoutée des anciens est en honneur sur les rives du Gange ; la dessiccation des corps suspendus et livrés aux vents secs et chauds ; l'abandon dans un lieu désert, dans les glaces; les cavernes et les précipices servant de réceptacle aux morts ; l'embaumement par lequel les cadavres traversent les siècles ; les corps placés dans le miel, dans la cire, livrés au contraire à des animaux féroces, aux chiens sépulcraux, dont parle Cicéron : « In Hircania plebs publicos canes alit optimales, domesticos... pro sua quisque facultate parât a quibus lanietur ; eamque illi optimam esse censent sepulturam. » Les oiseaux de proie, au rapport des missionnaires modernes, dévorant sur des pics isolés les restes des nobles thibétains ; l'h;tbitude de manger les

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morts signalée chez quelques peuples sauvages, el dont on a rapproché le dévouement d'Artémise, telles sont quelques-unes des pratiques funéraires que les historiens se sont plu à rappeler.

Les cérémonies du culte israélite sont certainement les plus aptes à faire reconnaître la réalité des décès et à découvrir les traces d'un crime ; elles sont accomplies par les membres d'une confrérie, ensevelisseurs et purificateurs, hommes ou femmes suivant le sexe du décédé, auxquels ces pratiques sont familières. Ils assistent à l'agonie et au moment de la mort, ils se lèvent, regardent le décédé en face et s'écrient à trois reprises et de toute leur voix : « l'Éternel est notre Dieu ! » Le décès constaté, le corps est déposé sur de la paille, la tête soutenue par un coussin, puis on le recouvre d'un drap ; une lumière est au chevet et il n'est pas permis de laisser le mort seul un instant. Immédiatement avant l'enterrement, le corps est déposé sur' une table, dépouillé de tous les vêtements, de tout joyau, emplâtre, bandage, absolument nu; il est placé alternativement sur chaque côté pour être soumis dans toutes ses parties à un lavage à l'eau tiède, en toute saison ; il est ensuite essuyé avec soin, gratté pour ainsi dire avec un drap parfaitement blanc ; puis il est revêtu de vêtements de fil et déposé dans la bière qui ne doit être formée que de planches réunies sans art. La préoccupation des Juifs de hâter l'enterrement n'est pas justifiée par la loi mosaïque, elle est combattue par les rabbins, elle provient sans doute de la difficulté de conserver les morts dans les étroites demeures des ghettos du moyen Fige. La misna recommande de faire veiller les morts pendant les (rois jours qui suivent l'ensevelissement et indique que c'est pour éviter les suites déplorables des morts apparentes. Dans les villes, la cérémonie de la purification ne se fait plus dans la maison mortuaire ; les communautés de quelque importance ont Construit près de leurs cimetières une petite maisonnette pour l'accomplissement de ce devoir. Toutes ces pratiques sont observées avec une minutie scrupuleuse, et nous en devons le récit à notre confrère, M. le docteur L. Netter. L'examen rigoureux, dit-il, auquel chaque israélite se sait soumis à son heure dernière, lui fait redouter les maladies qui laissent de honteux vestiges, l'engagent à maintenir le corps dans un certain état de propreté et l'éloignent du tatouage réprouvé par Moïse. Il est presque impossible que dans ces manipulations nombreuses et prolongées, l'un ou l'autre des coopérants ne saisisse quelque indice qui pourrait faire douter de la mort réelle, ou que des traces de crime échappent à des yeux habitués à ces investigations. La purification n'est pas faite pour les suicidés, si le suicide est patent ; le corps est déposé dans Je même cimetière, mais en dessous des lignes habituelles des fosses. Les anciens Juifs aussi inhumaient les morts ou les plaçaient dans des caveaux. La combustion des corps n'est mentionnée que pour les rois et dans des conditions exceptionnelles.

La crémation n'est pas autorisée en France, mais elle y a toujours eu des partisans; elle a été recommandée au point de vue de l'hygiène publique, car, en ce qui concerne la mort apparente, elle substitue au danger d'être enterré pendant la vie celui d'être brûlé vif; on allègue, il est vrai, qu'elle sera précédée d'une vérification plus exacte et que les manipulations mêmes qu'elle exige multiplieront les occasions de s'assurer du décès. La question est sortie du domaine de la science pour occuper les législateurs. En l'an VI, le 25 brumaire, une commission du Conseil des Cinq cents déposa un projet de loi et un rapport sur cette pratique. L'article 5 reconnaissait à chaque famille le droit de choisir «ntre les deux modes, la crémation et l'inhumation ; l'article 8 imposait l'obli,-

dict. enc. 1' s. IX. 58

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gation d'allumer le bûcher ou de creuser la fosse hors de l'enceinte des vihes. Une enquête fut faite sur la possibilité de cette nouvelle pratique, et l'Institut ouvrit un concours pour l'étude scientifique de la question.

C'est surtout de nos jours que la crémation a préoccupé l'attention publique. La crémation est un système funéraire, disent ses partisans, qui réunit à la fois toutes les conditions réclamées par la morale et la religion, par l'hygiène et l'économie domestique ; elle laisse à chacun la possibilité de conserver les cendres de ses morts ; elle empêche l'infection des terrains et des eaux potables, elle détruit le méphitisme des cimetières et les principes contagieux; elle résout le problème de la transformation des matières organiques : étant donné un corps mort, le réduire en acide carbonique, en eau, en éléments minéraux, d'une manière rapide, et sans inconvénient pour la santé publique. La crémation et l'inhumation atteignent le même but, l'une directement, l'autre par l'intermédiaire des fermentations putrides et d'une lente combustion. M. Pietra-Santa, dans un savant article, a résumé les publications nombreuses dont la crémation a été l'objet. Aux bûchers dispendieux, on a substitué la combustion par le gaz de l'éclairage, dans des appareils perfectionnés, de manière à réduire la matière organique aux éléments les plus simples de la combustion, sans passer par les combinaisons intermédiaires qui offensent l'odorat et nuisent à la santé. Les procédés de Polli, de Brunetti. de Clericetti, de Siemens, l'appareil simplifié de Mersens, avec le charbon et les deux tubes concentriques, montrent que la crémation peut se faire d'une manière rapide et complète, avec assez peu de dépense pour être d'une application pratique, surtout si plusieurs corps sont brûlés à la fois.

Avec les appareils perfectionnés de Siemens et une clôture convenable de la chambre de combustion, « on obtient la crémation la plus simple et la plus satisfaisante pour la piété des familles. Placé dans cette chambre avec tous les égards et toute la cérémonie convenable, le corps n'est en contact qu'avec de l'air porté à la température blanche ; pendant que l'oxygène de l'air se combine avec les atomes des tissus organiques, le corps brûle sans odeur dans ce milieu ardent, comme une bougie se consume sans odeur dans un appartement. Les cendres qui résultent de cette combustion aussi rapide que parfaite ne sont mélangées à aucune substance étrangère » (Pietra- Santa). Le sénat italien, en avril 1873, a introduit dans le nouveau code sanitaire du royaume, la faculté pour les familles d'adopter les procédés de crémation, après autorisation du conseil supérieur de santé. Le conseil communal de Vienne* en Autriche, a demandé le 6 février 1874, que dans le nouveau cimetière central de la ville, on prît les mesures nécessaires pour que dans le plus bref délai la crémation facultative pût s'effectuer. Le conseil municipal de Paris est favorable à cette méthode; en février 1875, un concours est annoncé pour le meilleur mode d'incinération. A Dresde, au mois de mai 1874, une crémation régulière a été opérée, à la suite des cérémonies funèbres célébrées comme de coutume.

La crémation a des partisans nombreux, passionnés même ; malgré le perfectionnement des méthodes, il nous paraît bien douteux qu'elle puisse devenir d'un usage général; elle prête d'ailleurs à une sérieuse objection qui doit être relevée dans un travail de ce genre, elle fait disparaître toutes les traces d'une mort violente, toutes les preuves d'un empoisonnement par une substance organique ou volatile. Quelle sécurité pour un criminel quand il saura que, s'il franchit cette épreuve, la tombe n'aura plus de révélation contre lui ! Les indices tardifs resteraient sans contrôle. On ne peut rayer de la médecine légale le chapitre des

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inhumations judiciaires, qui ont mis en évidence tant de crimes inconnus dans les premiers moments. Si la crémation est jamais admise, une opération préalable devra remplacer l'opération tardive devenue impossible. La crémation ne devrait être autorisée qu'aux conditions suivantes : autopsie médico-légale complète faisant connaître le genre de mort, analyse chimique démontrant l'absence d'empoisonnement. Une partie des viscères serait conservée pour le cas de contre-expertise, jusqu'à l'expiration des délais de prescription, en matière de poursuite criminelle.

L'inhumation est le mode légal en France, conformément aux décrets du 25 prairial an XII et du 18 mai 1806, et aux arrêtés du 21 ventôse an IX, aux décrets et ordonnances du 18 août 1811, 25 juin 1852, 2 et 28 octobre 1852, pour la ville de Paris, et suivant les usages locaux. Le corps couvert du linceul est placé dans le cercueil, en bois de chêne ou de sapin, doublé ou non d'une lame de zinc, ou d'une lame de plomb, enveloppes de nature et d'épaisseurs variables, qui retardent la putréfaction. La poudre désinfectante de sulfate de zinc et de sciure de bois est placée au fond du cercueil, lorsque l'on a à craindre l'écoulement d'un liquide ou que le corps doit voyager. Le transport à l'église et au cimetière se fait à bras ou sur un char, avec un matériel qui doit être surveillé au point de vue de l'hygiène. Le décret du 23 prairial a réglé les dimensions des fosses qui doivent avoir lm,50 à 2 mètres de profondeur, sur 8 décimètres de largeur, et être distantes les unes des autres de 3 à 4 décimètres sur les côtés, de 3 à 5 à la tête et aux pieds (art. 4). La fosse est remplie de terre bien foulée et la décomposition marche suivant la nature et l'humidité du terrain, la profondeur de la fosse et les conditions complexes qui influent sur la putréfaction.

Des précautions diverses ont été recommandées pour remédier au péril de l'inhumation pendant la mort apparente et pour conserver dans la tombe les restes de vie qui pourraient s'y réveiller. Fodéré demandait que les morts, suivant l'antique usage, fussent portés en terre, la face découverte, pour leur conserver jusqu'à la dernière minute les chances d'une résurrection. L'Exposition universelle de 1855 à Paris présentait un modèle de' cercueil en fonte, avec couvercle de verre ; plusieurs médecins exigent que le cercueil ne soit pas cloué ; les crochets usités aujourd'hui, clôture plus discrète, empêcheraient aussi bien tout effort du patient ; suivant d'autres, le cercueil n'aurait point de couvercle et la fosse non fermée resterait pendant quelques jours abritée par une tente. On a proposé d'ajouter au cercueil un tube qui sortirait de terre et mettrait la bouche du mort en communication avec l'air extérieur, on a même déterminé la forme, les dimensions, la matière de ces tuyaux de sûreté (Schurmeyer) . Van Hasselt affirme qu'à Paris, en 1849, on avait exposé un cercueil musical, dans lequel le moindre mouvement faisait partir une sonnerie. D'autres recommandations avaient pour but d'éteindre immédiatement la vie, si par hasard elle se réveillait dans la tombe; le corps devait être enterré sans cercueil, une toile cirée sur la face, et couvert de terre fortement foulée ; c'étaient des précautions du même <*enre que la section des carotides, l'ouverture du cœur mis à nu et l'autopsie complète, seul gage de sécurité absolue pour certaines imaginations frappées (voy. Inhumations).

8. Les obitoires ou maisons mortuaires sont des lieux de dépôt pour les morts, généralement établis à l'entrée des cimetières ; leur but primitif était de prévenir les dangers de la mort apparente ; leur utilité n'est pas moins grande au point de vue de l'hygiène publique ; celte question importante est renvoyée à l'article OriTOiBE, qui comprendra l'étude de tous les lieux de dépôt pour les morts.

596 MORT (médecine légale).

7. Les cimetières. Les lieux consacrés aux sépultures sont déterminés par le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804). L'article Ier défend toute inhumation dans les églises et lieux consacrés aux cultes, et dans l'enceinte des villes et bourgs. Hors des centres d'habitation et à une distance de 55 à 40 mètres au inoins, des terrains seront spécialement consacrés à l'inhumation (art. 2) ; les terrains les plus élevés et exposés au nord seront choisis de préférence, ils seront clos de murs et plantés d'arbres. Les articles 4 et 5 règlent, les dimensions et l'espacement des fosses : lm,50 à 2 mètres de profondeur, 5 à 5 décimètres d'espacement. Le renouvellement des fosses ne se fera que tous les cinq ans (art. 5) ; l'étendue du terrain doit dépasser cinq fois la superficie nécessaire pour une année. Le décret du 7 mars 1 808 interdit d'élever aucune habitation ou de creuser un puits à moins de 100 mètres des nouveaux cimetières. D'après l'article 9 de la loi du 15 mai 1791, les cimetières abandonnés ne peuvent être mis dans le commerce que dix ans après les dernières inhumations. Le titre 5 du décret du 25 prairial permet à l'administration de faire des concessions de terrains particuliers dans les cimetières. L'article 14 autorise toute personne a être enterrée sur sa propriété, pourvu qu'elle soit hors et à la distance prescrite des villes et des bourgs; ce droit n'est pas absolu, il est subordonné dans l'intérêt public à l'autorisation préalable des maires. Le titre 4 soumet à l'autorité, police et surveillance des administrations municipales, les lieux de sépulture, qu'ils appartiennent aux communes ou à des particuliers. Une ordonnance royale du 6 décembre 1845 et une circulaire ministérielle du 50 décembre 1843 étendent ces dispositions à toutes les communes et entrent dans de grands détails sur la législation et l'administration des cimetières.

L'hygiène publique a posé des règles, souvent méconnues, en ce qui concerne la situation, l'exposition, l'inclinaison, l'étendue, la nature des terrains consacrés aux sépultures et l'influence que les lieux exercent sur la pureté de l'air et la qualité des eaux. C'est l'objet d'une étude particulière étrangère au sujet qui nous occupe.

L'exhumation est judiciaire ou administrative; si elle est faite sans autorisation, elle constitue le délit de violation de sépulture. L'autorité administrative peut ordonner une exhumation générale ou partielle, pour déplacement de cimetière ; elle autorise les exhumations et déplacements de corps sur la demande par des familles. Chargée de la police des cimetières, elle a aussi pour devoir de maintenir l'exécution des lois et des règlements qui prohibent les exhumations non autorisées. L'exhumation judiciaire a ses règles spéciales (voy. Inhumations).

8. Constatations médico-légales. Lorsqu'il y aura des indices de mort violente, ou que la cause de mort sera inconnue et suspecte, l'examen médicolégal du corps devra procéder l'inhumation, conformément aux articles 82 du Code civil et 44 du Code d'instruction criminelle. « Lorsqu'il y aura des signes ou indices de mort violente, et d'autres circonstances qui donneront lieu de le soupçonner, on ne pourra faire l'inhumation qu'après qu'un officier de police, assisté d'un docteur en médecine ou en chirurgie aura dressé procès-verbal de l'état du cadavre, et des circonstances y relatives, ainsi que des renseignements qu'il aura pu recueillir sur les prénoms, nom, âge, profession, lieu de naissance et domicile de la personne décédée (Code civil, 82). » S'il s'agit d'une mort violente ou d'une mort dont la cause soit inconnue, suspecte, le procureur du roi se fera assister d'un ou de deux officiers de santé qui feront leur rapport sur les causes de la mort et sur l'état du cadavre. Les personnes appelées dans le cas du

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présent article et de l'article précédent, prêteront devant le procureur du roi le serment de faire leur rapport et de donner leur avis en honneur et conscience (code civil, 44). L'opération à pratiquer dans les cas de ce genre est, suivant la réquisition, l'examen extérieur ou l'ouverture du corps dont les règles ont été indiquées à l'article Autopsie. L'inhumation sera retardée jusqu'à ce que les formalités prescrites par l'article 81 aient été remplies. L'officier de police constate clans son procès-veibal, les noms, qualité et demeure du médecin qui l'accompagne, sa déclaration sur les circonstances relatives à l'état du cadavre. S'il reste un soupçon de délit, l'inhumation peut être retardée ; s'il n'y a ni certitude ni soupçon de délit, l'officier de police se conforme de suite aux dispositions de l'article 82 du Code civil. Un arrêté du préfet de police du 14 messidor an XII stipule que dans les cas de ce genre les corps seront inhumés au cimetière dans une fosse isolée. Un décret du 3 janvier 181 5 prescrit les mesures à prendre pour constater les décès arrivés accidentellement dans une mine ; les maires et officiers de police doivent se faire représenter les corps et ne permettre l'inhumation qu'après les formalités prescrites par l'article 8. Si l'on ne peut parvenir jusqu'au corps, on doit faire constater cette circonstance. D'après l'article 44 du Code d'instruction criminelle, le médecin est chargé d'une véritable expertise, précédée de la prestation d'un serment et suivie d'un rapport.

9. Sanction pénale. L'infraction aux lois sur les inhumations est prévue par trois articles du Code pénal, formant le § 3 du IIIe livre, section VI. Les inhumations clandestines ou précipitées sont réprimées par l'article 358 : « Ceux qui sans autorisation préalable de l'officier de l'état civil, dans le cas où elle est prescrite, auront fait inhumer un individu décédé, seront punis de six jours à deux mois d'emprisonnement et d'une amende de seize à cinquante francs, sans préjudice de la poursuite des crimes dont les auteurs de ce délit pourraient être prévenus dans cette circonstance. La même peine aura lieu contre ceux qui auront contrevenu de quelque manière que ce soit à la loi sur les inhumations ■précipitées. » L'autopsie, l'embaumement et toute opération analogue d'après l'ordonnance du 6 septembre 1859 ne peuvent être pratiqués qu'après le délai légal des vingt-quatre heures. On a appliqué l'article 358 à l'infraction à celte règle ; un médecin a été condamné à l'emprisonnement pour avoir ouvert la trachée-artère d'un enfant, six heures après la mort, par curiosité scientifique, dans le but de rechercher dans la trachée-artère une fève qui y était tombée et avait occasionné la mort. D'autres foison n'a appliqué que l'article 471, § 15, atteignant l'infraction aux règlements de l'autorité municipale, lorsque l'autopsie même hâtive était pratiquée sans la déclaration préalable exigée par l'article 1er de l'arrêté de 1839. Un médecin qui, douze heures après le décès d'une femme en couches, voulut s'assurer par une incision, du vice de conformation du bassin qu'il soupçonnait, fut condamné le 17 février 1843 pour infraction à ces règlements. La circulaire du 26 décembre 1866 rend obligatoire pour toute la France, le délai de vingt-quatre heures, avant l'autopsie et toute opération analogue- L'hystérotomie post mortem n'est pas assimilée à l'autopsie, elle peut être pratiquée à l'époque et suivant les indications établies par la science. L'inhumation clandestine d'un mort ne peut tomber sous le coup de l'article 358. La jurisprudence n'a pas considéré comme clandestine l'inhumation pratiquée, après vérification et autorisation, dans un terrain autre que celui qui est désigné par le maire; c'est une contravention aux règlements municipaux. Le recel du cadavre d'une personne homicidée ou décédée à la suite de blés-

sures, est puni par l'article 559 : « Quiconque aura recelé ou caché h cadavre d'une personne homicidée ou morte des suites de coups ou blessures, sera puni d'un emprisonnement de six mois à deux ans et d'une amende de cinquante francs à quatre cents francs, sans préjudice de peines plus graves, s'il a participé au crime. » Cet article ne s'applique pas à l'homicide involontaire ou au suicide ; dans ce cas, le recel constituerait soit une inhumation clandestine, soit une infraction aux règlements sur les inhumations.

La violation des tombes est réprimée par l'article 560 : « Sera puni d'un emprisonnement de trois mois à un an, et de seize trancs à deux cents francs d'amende, quiconque se sera rendu coupable de violation de tombeaux eu de sépulture ; sans préjudice des peines contre les crimes ou délits qui seraient joints à celui-ci. » Il y a violation de sépulture, même quand l'exhumation a été pratiquée dans un but avouable ou qui n'a rien de criminel ; l'article 560 s'applique aux cas où le cadavre est déterré pour servir aux études anatomiques ou pour pratiquer une simple autopsie.

II. L.\ mort apparente. « Mors certa, mors incerta; moriendum esse certum omnino, morluum esse incertum aliquando. » Ces paroles de Yinslow peuvent toujours servir d'épigraphe à une histoire de la mort apparente. Si la science a des moyens certains de constater la réalité de la mort, le diagnostic présente parfois des difficultés, surtout dans les premiers moments; la vérification du décès peut ne pas se faire ou être inattenlive ; une erreur est possible. La question de la mort apparente se pose souvent au praticien ; c'est le nouveau-né si attendu, la femme atteinte d'hémorrhagie, le blessé, le noyé, le pendu, l'asphyxié par toute cause, l'individu frappé de mort subite, qui donnent l'occasion d'agiter ce problème. Le médecin ne négligera pas cette étude ; il faut qu'il soit en mesure de rendre ce dernier service à celui qui s'est confié à lui. Nous examinerons successivement : 1° l'historique et la possibilité de la mort apparente ; 2° les résultats des erreurs commises ; 5° les maladies qui occasionnent la mort apparente ; 4° le diagnostic, le pronostic et. le traitement ; 5° la mort simulée.

1° Possibilité de la mort apparente. Historique. La mort apparente est un fait général dans la nature, d'autant plus fréquent que les organismes sont plus inférieurs. Nous en avons l'image dans les effets de l'hiver sur un grand nombre d'espèces végétales, et dans la vie latente que certaines graines, telles que celles que l'on a découvertes dans les pyramides, conservent presque indéfiniment. Les expériences sur la génération spontanée font voir quel degré remarquable de dessiccation et de chaleur (de — 17 à +78 et même-f-125), supportent les germes microscopiques sans être détruits. Leuwenhoeck, Foutana, Spallanzani desséchaient et revivifiaient à volonté le rolifère, le tardigrade, et ces morts apparentes pouvaient durer des mois et des années, une goutte d'eau opérait la résurrection. Un état analogue a été observé chez des animaux d'un ordre plus élevé : des fécondations artificielles ont été opérées sur des œufs retirés de poissons morts; des hélix, des unio ont été conservés à l'état de mort apparente ; des mouches arrivées dans des tonneaux de madère ressuscitaient, dit-on, en Europe; des chrysalides étaient maintenues à cet état, pendant des années, en les plaçant dans une glacière (Réaumur). Les effets de la congélation sont presque incroyables, des chenilles gelées et durcies ont été ranimées. « Le froid peut même coaguler le sang des animaux à sang froid, dit le traducteur de Spallanzani (J. lourdes, Paris, 1797), sans anéantir entièrement la vitalité de leurs organes. Spallanzani

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-m'a assuré avoir conservé pendant deux ans plusieurs grenouilles au milieu d'un tas de neige. Elles étaient devenues sèches, roides, presque friables, et n'avaient aucune apparence extérieure de mouvement et de sensibilité. Il suffit cependant de les exposer à une chaleur graduelle et modérée, pour les rappeler à la vie ou plutôt pour faire cesser l'état de léthargie dans lequel elles étaient plongées. Le hasard a procuré l'année dernière la même observation au professeur Volta : des grenouilles qu'il avait oubliées dans un bocal, donnèrent après plusieurs mois, malgré la désorganisation des parties et sans aucun degré de chaleur artificielle, des signes de galvanicité. » Des hannetons noyés puis desséchés au soleil ont été ranimés après vingt-quatre heures, deux jours et même cinq jours de submersion (Balbiani). Des grenouilles et des salamandres empoisonnées par le curare ou la nicotine restaient pendant plusieurs jours dans un état de mort apparente (Vulpian) . La même expérience a été faite sur des araignées (van Hasselt). Un cerf volant placé dans l'alcool pendant trente à quarante minutes, puis desséché, se remuait au bout de trois jours. MM. Pouchet et Broca ont retracé l'histoire des animaux ressuscitants.

L'état des animaux hibernants a aussi été assimilé à la mort apparente ; il est caractérisé par la diminution générale des principales fonctions de la vie ; mais l'exploration de la température et l'auscultation du cœur lèvent facilement tous les doutes; suivant les recherches de M. Prunelle, la température chez les marmottes dépasse d'un degré la température extérieure ; la respiration est presque invisible, réduite à trois, à cinq inspirations par minute; les pulsations du cœur sont descendues de quatre-vingt-dix à huit ou dix ; le sang s'écoule lentement dune artère blessée chez l'animal engourdi ; c'est bien ce minimum de respiration et de circulation qui peut dans la mort apparente chez l'homme échapper à l'observation. Zacchias avait dit : « Animalia non nulla, jam morlua, aliquando resurgunt, » avec cette restriction théologique : « Nullum animal mortuum, vere resurgit, prœter ipsum hominem. » Des animaux supérieurs ont aussi été vus en état de mort apparente ; les chiens, par exemple, à la suite de submersion, •de commotion cérébrale, d'asphyxie par la foudre.

Comment, dans l'espèce humaine, un fait aussi effrayant par ses conséquences, aurait-il pu échapper à l'observation? A toutes les époques, et dans tous les pays, on a reconuu la possibilité de la mort apparente. Deux exemples sont tirés du livre des Rois (lib. III, cap. xvn ; lib. IV, cap. iv) : le prophète Élie ressuscite le fils de la veuve, et Klisée celui de la Sunamite. Zacchias en parle dans le chapitre intitulé : « Multi qui mortui resurrexerunt. » On a remarqué que, dans ces deux cas, il ne s'agissait que de la suppression de la connaissance et de la respiration. « îta ul non remaneret in eohalitus...Non eratvox, neque sensus... » Tandis que dans la résurrection de Lazare (saint Jean, cap. xi, 39), le signe certain •de la mort est indiqué.

La mort apparente a ses légendes qu'on ne peut omettre. Dès la plus haute antiquité, on répandait le bruit que des hommes étaient descendus du bûcher ou étaient sortis de la tombe, pour reprendre leur place parmi les vivants. On a attribué à Démocrite ou à Héraclide de Pont un livre sur la mort apparente. Platon parle d'un guerrier blessé qui resta dix jours parmi les morts et qui, porté chez lui, se ranima, quand tout était disposé pour ses funérailles. Plutarque raconte qu'une personne étant tombée de haut sur le sol, parut morte, quoiqu'on ne vît aucune blessure, et se ranima tout à coup, au bout de trois jours, lorsqu'on la .portait en terre. C'est Pline qui est l'historien le plus ancien de la mort appa-

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rente ; il consacre à ce sujet un chapitre de son histoire naturelle, intitulé : « De his qui elati revixerunt. » 11 se plaint de l'incertitude des signes de la mort : « Hœc est conditio mortalium, ad has et ejus modi occasiones fortunée gignimur, uti de homine ne mortuo quidem debeat credi. » Avicula, personnage consulaire, porté sur le bûcher après avoir été jugé bien mort par les médecins et par les gens de sa maison, ranimé par les flammes, ne peut être sauvé malgré ses cris. Le même accident arrive à Lucius Lamia qui avait été questeur ; Valère Maxime rapporte aussi ces deux faits. Célius Tuberon plus heureux est sauvé sur le bûcher même. D'après Varron, un homme qu'on portait en terre revient à lui près de Cannes ; une personne de la famille même de Pline se réveille à propos, l'accord étant déjà l'ait avec l'entrepreneur des funérailles.

Apulée raconte dans tous ses détails (Floridorum, lib. IV), l'anecdote d'AscIépiade, ce joli conte, dit Leclerc (Histoire de la médecine, p. 392), d'un homme qu'on croyait mort et qu'il rendit à la vie. « Asclepiades ille inter prœcipuos medicorum, siunum Hippocratem excipias, cœterispr inceps... higitur , quum forte in civitatem se reciperet, et rure suo suburbano rediret, adspexit in pomoeriis civitatis funus ingens locatum, plurimos homines ingenti multiludine qui exsequias, vénérant circumstare, omneis tristissimos et obsoletissimos vestitu. Propiùs accessit ut etiam cognosceret, more ingenii humani, quisnam esset..., certe quidem jacenti Iwmini ac prope deposito vitam attulit. Jam miseri illihs membra omnia aromatis perspersa, jam et ipsius iinguine odoro delibutum, jam eum pollinctum, jam cœnœ paratum, contemplatus eum diligentissime quibusdam signis animadvertit ; etiam atque etiam pertraclavi' corpus hominis, et invenit in illo vitam latentem. Confestim exclamavit vivere hominem; procul ergo faces objicerent, procul ignés amolirentur, rogum demolirentur, cœnam feraient a tumulo ad mensam referrent ! Mtirmur interea exortum, partim medico credendum dicere, partim etiam irrider e medicinam... JEgre tamen ac difficulter Asclepiades impetravit brevem mortuo dilationem. Atque ila vespillonium manibus extortum, velut ab inferis, postliminio domum retulil, confestimque animam in corporis latibidis delitescentem quibusdam medicamentis provocavit. » Les traces de la même opinion se trouvent dans les poètes : « Ex ipsis quidam elati rediere sepidchris » (Manilius). Quintilien fait allusion à ces résurrections pend mt les funérailles, en disant : « Unde putatis inventos tardos funerum apparatus? Unde quod exsequias planctïbus, ploratu, magnoque semper inquielamus ululatu ? Quam quod vidimus fréquenter post conclamata suprema redeuntes ? » La possibilité, la fréquence même de ces erreurs était donc admise dans l'antiquité.

Le passage le plus important est celui de Celse qui donne la vraie doctrine sur la certitude des signes de la mort : « lllud interrogari me posse ab aliquo scio; .si certa futur œ mortis indicia sunt, quo modo interdum deserti a medicis convalescant, quosdamque fafna prodiderit in ipsis funeribus revixisse. Quin etiam virjure magni nominis Democritus, nefinilœ quidem vitce satis certas esse notas proposuit, quibus medici credidissent ; adeo illud non reliquit, ut certa aliqua signa futur œ mortis essent. Adversus quos ne illud quidem dicam, quod in vicino sœpe quœdam notce positœ, non bonos sed imperitos medicos decïpiunt, quod Asclepiades sciens, funeri obvius intellexit eum vivere qui efferebatur. » Il termine par cette sentence restée célèbre : « Nec prolinus crimen artis esse, si quod professons sit; » il ne faut pas imputer à la science les erreurs de ses minisires.

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A mesure qu'on se rapproche des temps modernes, les observations se multiplient ; mais c'est surtout à l'impulsion donnée par Winslow, en 1740, par Bruiner, en 1742, que la question de la mort apparente a dû toute sa popularité. Winslow, dans sa dissertation restée célèbre, déclare qu'il a été lui-même dans sa jeunesse, deux fois considéré comme mort : Ipsum me ferali bis additum involucro, prima vice puerum, adolescentem secunda, judicante medico. » Il réunit les principaux exemples, il expose les preuves du danger des inhumations précipitées; il étudie les signes de la mort, il en donne de nouveaux ; mais il inscrit en tête de sa dissertation cette pensée ainsi reproduite par Fodéré : « Rien de si certain que la mort, puisqu'elle est inévitable et aussi naturelle que la naissance ; et rien quelquefois de si incertain, puisque des personnes réputées mortes et que l'on avait ensevelies, sont sorties de leur cercueil et môme de leur tombeau. » Bruhier accumule les anecdotes et les récits populaires; il frappe les imaginations, en retraçant l'affreux spectacle des malheureux qui se réveillaient dans le sépulcre pour y mourir en désespérés, ou qui se ranimaient un instant sous le scalpel du chirurgien. C'est -à son livre qu'est empruntée cette lugubre statistique : cinquante-deux personnes enterrées vivantes, quatre ouvertes avant leur mort, cent trois revenues spontanément à la vie, après avoir été renfermées dans le cercueil ; soixante-douze réputées mortes sans l'être.

Les publications de ce genre se multiplient : Gardane, Durande, Thomassin, Desgranges, Thierry, Hecquet, Vicq-d'Azyr, Tliouret, Pinneau, Maret, Postel, Janin, se rattachent à ce mouvement scientifique. Durande rapporte des faits émouvants; Thierry demande que la vie de l'homme soit respectée et défendue à ses derniers moments, il propose l'établissement des maisons mortuaires (1785). Combien de personnes, dit Portai, n'a-t-on pas enterrées qui étaient encore en vie! Deux fois dans le dix-huitième siècle, vers le milieu et vers la fin, une panique universelle est occasionnée par cette pensée de la mort apparente; elle s'étend à l'Allemagne ; Hufeland publie son ouvrage sur l'incertitude des signes delà mort et, sous cette impression, le premier obitoire, mortis dubiœ asylum, est établi à Weimar, en 1792, pour remédier aux périls des inhumations précipitées.

Une direction scientifique est en même temps imprimée aux recherches; à côté des fables et des anecdotes, des travaux sérieux augmentent la puissance du diagnostic médical. I.ouis combat la doctrine de l'incertitude des signes de la mort; toutes ces observations, dit-il, dans sa seconde lettre, sont loin de prouver que les signes de la mort soient incertains : « Que voyons-nous dans la plupart d'entre elles? Le public qui s'abuse et qui par ignorance considère comme morts des individus qui ne le sont pas ; le médecin qui reconnaît cette erreur et qui annonce que la mort n'est pas réelle. Pourquoi Bruhier s'attache-t-il au premier fait plutôt qu'au second? L'un prouve que le vulgaire n'a pas su reconnaître la mort, l'autre que le médecin lavait reconnue et que par conséquent des signes la lui ont indiquée. » Parmi ces signes, Louis démontre toute l'importance qu'il faut attacher à la rigidité cadavérique et aux altérations de l'œil.

On ne peut passer sous silence quelques-unes de ces observations célèbres recueillies par les médecins, ou qu'un public ému apportait à la science qui les enregistrait sans trop de scrupules. L'empereur Zenon, en 491, meurt de faim dans sa tombe ; sa femme profitant d'un accès d'épilepsie, l'avait fait transporter et enfermer dans la sépulture impériale. Le docteur subtil, Scott, se ronge les mains et se brise la tête dans son cercueil. Partout on répète l'histoire de Vésale

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qui aurait expié par une longue captivité, dans les cachots de l'Inquisition, l'imprudence de son zèle pour l'anatomie. Espinola, ministre de Philippe II, et Mazarin même, se seraient réveillés pendant une autopsie, commencée par erreur, achevée par politique, le chirurgien qui faisait l'opération n'étant pas leur partisan. Peu a regretté l'incision qu'il pratiqua sur l'abdomen d'une femme grosse qu'il croyait morte et qui se ranima à temps. François Civilis, gentilhomme normand, sous Charles IX, s'intitulait dans tous ses actes, trois fois mort, trois fois enterré et trois fois ressuscité par la grâce de Dieu ; mis au monde par l'opération césarienne pratiquée sur sa mère exhumée, deux fois, dans des aventures de guerre, il fut placé parmi les morts.

Lancisi assure qu'une personne de distinction, vivant encore à l'époque où il écrivait, reprit, le mouvement et la connaissance dans l'église même, pendant qu'on y célébrait son service. Zacutus Lusitanus fut témoin d'un fait analogue; un pêcheur, frappé d'apoplexie, réputé mort, enveloppé et cousu dans un suaire, se remua dans son cercueil et fut sauvé par les médecins qui, appelés par les assistants, trouvèrent que le pouls battait encore au poignet. Zacchias rapporte qu'un jeune homme pestiféré tomba deux fois dans une syncope si complète qu'il fut placé parmi les morts ; les deux erreurs furent reconnues ; bien d'autres, ajoute-t-il, pendant cette épidémie, ont été mis dans la tombe sous de fausses apparences. Boerhaave racontait à ses élèves qu'un paysan ayant eu l'artère axillaire coupée d'un coup de couteau, le sang s'écoula avec une telle abondance qu'il tomba dans une syncope que tous les assistants crurent mortelle. Le lendemain, les médecins qui devaient juridiquement constater les causes de la mort, lui trouvèrent encore un peu de chaleur à la poitrine, différèrent leur examen, quoiqu'il n'existât plus d'indices de vie. Pendant cet intervalle le blessé se ranima et on parvint à le sauver. Zimmermann vit une syncope produite par la peur, avec insensibilité, immobilité, refroidissement, absence de pouls et de battement du cœur, donner pendant vingt-quatre heures l'image de la morL

Relevons les deux faits anciens les plus authentiques : Louis, dans sa lettre publiée en 1752, rapporte qu'une jeune femme en couches, fuyant l'Hôtel-Dieu où régnait une épidémie, vint à pied chercher un asile à l'hôpital de la Salpètrière. Tombée deux fois en syncope pendant le chemin, elle éprouva le même accident à son arrivée ; elle fut regardée comme morte par les sœurs du service, resta pendant deux heures exposée à un froid rigoureux dans une cour, puis elle fut transportée à la salle des morts. Quelque temps après un élève ayant entendu des gémissements, vint tout effrayé en prévenir Louis, qui eut la douleur de trouver cette femme réellement morte, et d'acquérir en même temps la certitude qu'elle avait fait des efforts pour sortir du linceul dans lequel elle était enveloppée ; elle avait une jambe par terre, hors du brancard, et un bras appuyé sur la barre du tréteau d'une table de dissection, à côté de laquelle elle avait été placée.

Le second cas, plus concluant, est le fait célèbre de Rigaudeau (Journal des savants, janvier 1749) ; ce médecin fut appelé le 8 septembre 1745, pour accoucher la femme de François Dumont, du village de Lowarde, à une lieue de Douay. Quand il arrive, on lui dit que la femme était décédée depuis deux heures et qu'on n'avait pas trouvé de chirurgien pour lui faire l'opération césarienne. 11 demande à voir la morte, elle était déjà ensevelie; il fait ôter le suaire, tàte le pouls au bras, sur le cœur et au-dessus des clavicules, et il n'aperçoit aucun mouvement ; il présente le miroir à la bouche et la glace n'est pas ternie ; les

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lèvres étaient couvertes d'écume et le ventre était prodigieusement gonflé. Il porte la main dans la matrice dont il trouve l'orifice très-dilaté ; il déchire la poche des eaux, retourne l'enfant et l'amène par les pieds avec assez de facilité. Quoiqu'il parût mort, il exhorte à lui donner des soins ; après trois heures d'un traitement inutile en apparence, on allait l'abandonner, lorsqu'une femme s'écrie qu'elle lui a vu ouvrir la bouche ; les soins redoublent et peu à peu l'enfant donne des signes de vie ; bientôt il crie avec autant de force que s'il était né dans les conditions ordinaires. Rigaudeau veut voir la mère une seconde fois ; on l'avait ensevelie de nouveau ; il fait enlever tout l'appareil funèbre, il la juge morte comme le matin, mais il s'étonne de trouver les bras et les jambes encore flexibles, quoique la femme eût succombé depuis près de sept heures. Il recommande de ne pas l'inhumer avant que les membres ne soient roides et il conseille encore quelques soins. Il s'éloigne, et vers le soir, on vient lui apprendre que la femme est ressuscitée à trois heures et demie de l'après-midi, après neuf heures et demie de mort apparente. Le 10 août 1748, la mère et l'enfant étaient encore en vie, mais la femme était restée paralytique, sourde et presque muette. Le Journal des savants de janvier 1749 renferme le récit détaillé de cette observation remarquable dont nous ne donnons ici que les traits essentiels. Il est bien probable qu'aujourd'hui, avec le secours de l'auscultation, cette double erreur n'eût pas été commise ou ne se fût pas autant prolongée ; mais à toutes les époques, l'examen peut être superficiel et influencé par la prévention, et l'on voit ici jusqu'à quel point de fausses apparences peuvent tromper.

Aucune partie de la littérature médicale n'est plus riche que celle qui concerne la mort apparente : cette richesse est souvent stérile, car la science est encombrée de faits accumulés sans critique, de récits inspirés par l'imagination ou par la peur. Beaucoup de fables se mêlent aux vérités, ou plutôt un peu de vérité se mêle à beaucoup de fables, et c'est ce qui fait sérieusement réfléchir. L'émotion publique à certains moments se réveille plus inquiète et stimule les travaux des médecins.

Des prix ont été fondés par quelques philanthropes pour récompenser les meilleurs travaux sur la mort apparente et sur les signes de la mort. Le 13 février 1857, M. Manni, professeur à l'Université de Rome, propose à l'Académie des sciences de faire les frais d'un prix spécial de 1,500 francs, destiné au meilleur mémoire sur la question des morts apparentes et sur le moyen de remédier aux accidents qui peuvent en être la conséquence. Dans la séance du 29 mai 1848, M. Rayer donne lecture de son rapport sur les travaux envoyés au concours, et l'Académie accorde le prix an remarquable ouvrage de M. Bouchut, qui met la question des signes de la mort au niveau des progrès de la science moderne.

Plus tard, le marquis d'Onches, par son testament, fonda deux prix, l'un de 20,000 francs pour la découverte d'un moyen simple et vulgaire de reconnaître d'une manière certaine et indubitable les signes de la mort réelle, moyen qui puisse être mis en pratique par de pauvres villageois sans instruction ; l'autre de ' 5,000 francs pour la découverte d'un moyen de reconnaître d'une manière certaine et indubitable les signes de la mort réelle, mais exigeant l'intervention de l'homme de l'art. Un rapport présenté par M. Devergie à l'Académie de médecine (Annales d'hygiène, avril 1874), fait connaître le mouvement scientifique qu'a provoqué ce concours et les moyens nouveaux dont s'est enrichi le diagnostic.

Un troisième prix, qui sera quinquennal, encouragera les travaux du même genre. En avril 1874, M. Dugaste lègue à l'Institut une rente de 500 francs,

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pour fonder un prix quinquennal de 2,500 francs en faveur du meilleur ouvrage sur les signes de la mort.

La préoccupation publique s'est fait jour par des pétitions adressées à nos assemblées politiques. Quatre discussions sur la mort apparente ont eu lieu au Sénat; le 2 mai 1865, sur le rapport de M. Leroy Saint-Arnaud, deux pétitions ont été renvoyées au ministre, pour demander l'application plus stricte de l'article 77 du Gode civil, relatif à la constatation des décès ; ce renvoi provoqua la circulaire du 2 septembre 1865. Le 6 mars 1865, l'ordre du jour fut prononcé sur deux pétitions analogues. Le 29 février 1866, une discussion importante s'éleva sur la pétition Cornot qui demandait de doubler le délai des vingt-quatre heures, d'installer uu appareil de Ruhmkorlf à la portée de chaque cimetière, de supprimer le couvercle en planches du cercueil. De nouveaux cas de mort apparente ont été cités dans cette discussion : « J'ai moi-même, dit le cardinal Donnel, dans un village que j'ai desservi au début de ma carrière pastorale, empêché deux inhumations de personnes vivantes. L'une d'elles vécut encore douze heures, et l'autre revint complètement à la vie... Plus tard, à Bordeaux, une jeune fille passait pour morte ; quand j'arrivais près d'elle, la garde-malade s'apprêtait à couvrir son visage. La mort ne me parut pas certaine, je fis entendre des paroles d'espérance. Une révolution s'opéra chez la malade; elle est devenue depuis épouse et mère. En 185J, à l'époque où le choléra sévissait en Hongrie, un de nos honorables collègues avait vu emporter comme mort un des plus grands personnages de la Transylvanie. Sa femme obtint de passer encore une nuit auprès de lui. Quelques heures après, il s'agitait sur sa couche et il ouvrait les yeux. En 1826, un jeune prêtre, au milieu d'une cathédrale pleine d'auditeurs, s'affaisse subitement dans la chaire d'où il faisait entendre sa parole. Un médecin déclare la mort constante et fait donner le permis d'inhumer pour le lendemain. L'évêque de la catbédrale où l'événement était arrivé récitait déjà le De profundis au pied du lit funèbre et on avait pris les dimensions du cercueil; la nuit approchait et on comprend les angoisses du jeune prêtre dont l'oreille saisissait, le bruit de tous les préparatifs. Enfin il entend la voix d'un de ses amis d'enfance, et cette voix provoquant chez lui un effort surhumain, amène un résultat merveilleux. Le lendemain, il pouvait reparaître dans sa chaire. Il est aujourd'hui au milieu de vous (sensation), vous priant de demander aux dépositaires du pouvoir non-seulement de veiller à ce que les prescriptions légales soient observées, mais encore d'en formuler de nouvelles pour prévenir des malheurs trop fréquents et d'une nature irréparable » (Moniteur du 1er mars 1866, p. 258). M. Tourangin cite un exemple choisi dans les classes élevées de la société : trois médecins avaient été appelés, les expériences les plus décisives avaient été faites ; après trente heures, la personne qu'on croyait morte n'avait donné aucun signe de vie et on venait de décider qu'elle serait mise dans la bière. Les supplications d'une sœur de la malade obtinrent quelques heures de répit et cela suffit pour que la vie reparût là où l'on s'obstinait à ne voir que l'image de la mort ; il lallut trois mois pour guérir les plaies faites en vue de constaterledécès. ■ L'orateur pense que le délai de vingt-quatre heures prescrit par l'article 77 est trop court, il voudrait un terme plus long, avec faculté de le réduire M. de Barrai cite deux cas de mort apparente dont il a été témoin. Plusieurs membres pensent que les hôtels garnis sont souvent le théâtre d'erreurs de ce genre, et que la vie des voyageurs est ainsi sacrifiée au désir de se débarrasser au plus vite d'une présence incommode et effrayante. La pétition fut renvoyée au ministre de l'in-

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térieur, mais l'utilité des obitoires ne paraît pas avoir été comprise, bien que des orateurs aient signalé la position pénible d'une famille, n'ayant qu'une seule chambre, et obligée de manger et de coucher à côté du mort. Le 29 janvier 1869, le Sénat s'occupe encore de pétitions sur le même sujet. Cette fois on demande la faculté de faire incinérer les corps et la création de salles mortuaires. Un fait nouveau de mort apparente suivi d'inhumation est allégué à l'appui de la pétition qui est renvoyée au ministre.

D'autres exemples de mort apparente ont encore été publiés par Vigne, Julia Fontenelle, Leguern, Lenormand, Villeneuve, Richard, etc., des cas inédits se trouvent dans les ouvrages si intéressants de MM. Deschamps et Josat, sur les signes de la mort. En Angleterre, on s'occupe peu de la mort apparente; la longueur du délai qui précède l'inhumation et l'habitude d'attendre la putréiacfaetion expliquent la rareté des cas de ce genre. Le philanthrope Howard disait, cependant qu'il avait eu connaissance d'individus que l'on croyait morts par suite de la fièvre des prisons et qui furent rappelés à la vie, au moment où l'on se disposait à les enterrer. Guy considère comme un des cas les plus authentiques celui de la fille de Henry Laurent, le premier président du congrès américain. Atteinte de la petite vérole elle fut considérée comme morte; on ouvrit alors la fenêtre de la chambre qui était restée soigneusement fermée ; l'air frais ranima le prétendu cadavre. Le père éprouva une telle crainte d'être lui-même enterré vivant qu'il ordonna par son testament d'incinérer son corps. En Allemagne, l'impulsion donnée par J.-P. Frank, Hufeland continue; Lessing, Most, Schneider, etc., citent des cas de mort apparente. Chaque année, pour ainsi dire, la littérature médicale, en France, reçoit un contingent de faits nouveaux. La critique est nécessaire au milieu de faits si nombreux, beaucoup ne résistent pas à une sévère analyse. M. Bouchut a divisé en trois catégories les observations de mort apparente : la première est consacrée à ces prétendues erreurs de médecins qui auraient plongé le scalpel dans les entrailles de personnes dont la vie n'était pas éteinte ; la seconde renferme le grand nombre de méprises malheureusement incontestables qui ont été commises par des personnes étrangères à la médecine et qui ont eu pour résultat des mesures prématurées d'inhumation ; la troisième se compose de toutes les histoires extraordinaires que la légende a recueillies et auxquelles l'imagination et la peur ont ajouté les détails les plus étranges ; « elles resteront toujours dans le sujet qui nous occupe, ne fût-ce que pour témoigner de la faiblesse de l'esprit humaine, quand il est aux prises avec l'ignorance, la crainte et la superstition. » M. Bouchut a réuni dans la troisième partie de son livre, au nombre de soixante-dix-huit, les observations anciennes les plus extraordinaires et les plus accréditées par le nom de leurs auteurs.

On doit donc distinguer les cas, où l'erreur a été commise par une personne étrangère à la médecine, et ceux où elle est le fait d'un homme de l'art . Les premiers sont infiniment les plus nombreux, les autres n'existent qu'à l'état d'exception. Un examen consciencieux fait par un médecin habile est la meilleure de toutes les garanties contre les périls de la mort apparente ; mais cet homme habile peut faire défaut, les délais s'éludent ; la négligence, l'habitude, la crainte, font oublier les formalités tutélaires, et le malheur irréparable s'accomplit.

2° Danger des inhumations précipitées, résultat des erreurs commises. Apprécions les degrés de ces erreurs et les résultats auxquels elles exposent;

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ce sont : le délaissement pendant l'agonie, l'ensevelissement, l'inhumation, l'autopsie d'individus vivants.

Le premier degré, c'est le doute, l'hésitation, l'erreur d'un instant que dissipe une inspection attentive. Cette conviction de la réalité de la mort s'est produite même chez des personnes compétentes, sans toutefois causer de préjudice ; le médecin croit à la mort, mais il n'en continue pas moins des soins persévérants, qui sont couronnés de succès. Ainsi, pendant l'anesthésie, il s'aperçoit tout à coup que la respiration s'arrête, que le pouls a cessé de battre; dans son anxiété, un instant il a cru la vie éteinte, et il a eu le bonheur de la ranimer. Mais si l'erreur se prolonge, elle entraîne un premier résultat fâcheux, le délaissement pendant l'agonie. Sans doute, dans cette lutte suprême, l'art est habituellement sans ressource, mais il peut encore adoucir, retarder cette fin nécessaire, et dans certains cas exceptionnels, presque miraculeux, le malade est sorti d'une

agonie commencée.

Un des concurrents au prix d'Ouches raconte une erreur momentanée de ce genre (Ann. d'hyg., t. XLI, p. 402). Ancien élève des hôpitaux, à son début dans la pratique, il est appelé, en même temps que le curé, auprès d'une personne qui venait d'être frappée de mort. Il arrive le premier et il déclare le décès constant. Survient alors le curé du village qui regarde avec attention le prétendu défunt. Puis il se retourne du côté du jeune médecin, et avec l'accent le plus grave, il lui dit : Êtes-vous bien sûr que ce jeune homme soit mort? L'air imposant du vieillard engage le jeune docteur à examiner avec plus de soin encore la personne décédée. Les battements du cœur n'étaient plus perceptibles, pas de trace de respiration, et cependant le corps conservait sa chaleur. Le jeune médecin se décide alors à prodiguer des soins quand même, et ces soins sont suivis du retour de la vie.

La possibilité, la fréquence même de ce délaissement ne peut être révoquée en doute; aux cas observés, dit avec raison M. Josat, que l'on ajoute par la pensée ceux qui passent inaperçus, et l'on conviendra avec nous, pour le proclamer de nouveau, que si l'appréhension d'être enterré vivant est fort heureusement chimérique dans la plupart des cas, celle d'être abandonné comme mort, avant de l'être en réalité, n'est malheureusement que trop fondée. Nous avons connaissance du fait suivant : un jeune médecin, au début de sa pratique, traitait une enfant de cinq ans atteinte d'affection cérébrale ; arrivant un soir, il trouve la mère éplorée, la petite fille venait, disait-elle, de rendre le dernier soupir ; le jeune médecin, tout ému, se retire, laissant un secours pour les funérailles; le lendemain, la prétendue morte était revenue à la vie et vingt ans après elle exprimait le regret que cette nuit n'eût pas été la dernière de son existence. Moins d'émotion et de crédulité eussent empêché cette erreur qui heureusement ne fut pas préjudiciable. Un homme réputé mort sans l'être était délaissé comme tel, lorsqu'un parent, arrivé en toute hâte, se précipite dans sa chambre, l'embrasse et le trouve avec un restant de vie qui s'éteignit presque au même moment (Josat). Un enfant dont on ne s'occupait plus depuis deux heures, dans la persuasion qu'il était bien mort, est rappelé à la vie par le médecin qui perçoit quelques frémissements du cœur; cet enfant vécut encore quelques jours.

Bientôt l'erreur s'aggrave ; au délaissement peut se joindre l'ensevelissement. On hâte les funèbres apprêts pour habiller le corps avant l'apparition de la rigidité cadavérique, et le voile mortuaire est jeté sur la face de la personne qui n'a pas encore cessé de vivre. Le corps est ainsi soustrait à l'observation des assis-

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tants, et si le drap est épais et lourd, cette application prématurée peut étouffer les dernières traces d'une respiration prête à s'éteindre. Une dame atteinte de choléra foudroyant tomba dans un état de mort apparente ; déjà on avait jeté le drap sur le visage, lorsque je fus assez heureux, dit M. Deschamps, pour détruire la syncope et la rappeler à la vie. M. Lembert, médecin de l'état civil du VIIe arrondissement, à Paris, rapporte qu'allant constater la mort d'un enfant à la mamelle, sur mandat du maire, délivré d'après la déclaration des parents, il trouva ; l'enfant déjà emmaillotté et ne paraissant plus respirer. Ayant des doutes, il le fit déshabiller; à peine les dernières bandes étaient-elles levées que la poitrine se dilata et que l'enfant se mit à respirer; il vécut encore douze heures. On avait déclaré à la mairie du IIe arrondissement la mort de deux jumeaux ; le vérificateur ■' se rend au domicile mortuaire ; un des enfants respirait encore et on procédait à la toilette funèbre; il ne tarda pas à expirer. A Rouen, même erreur à l'occasion de la déclaration de décès de deux jumeaux, et sans la vérification du médecin, dit M. Josat, on eût enseveli et peut-être enterré un enfant qui vécut encore quelques heures.

C'est dans les hôpitaux que l'on a recueilli les plus nombreux exemples de ces délaissements et ensevelissements précipités. Le corps d'une personne décédée est un triste spectacle pour les malades, on se hâte de le faire disparaître ; l'examen préalable par l'interne de garde est une garantie qui n'existe pas partout, et le diagnostic immédiat offre des difficultés. A l'observation célèbre de Louis, ajoutons celle de Durande, publiée à Strasbourg, en 1789. « Tandis que j'étais en Allemagne, un infirmier, garçon de pharmacie de l'hôpital militaire de Cassel, parut avoir rendu le dernier soupir. On le porta dans la salle des morts où on l'enveloppa d'une serpillière. Quelque temps après, revenu de sa léthargie, il reconnut l'endroit où on l'avait déposé. 11 se traîna jusqu'à la porte qu'il frappa de ses deux pieds. Ce bruit fut heureusement entendu, et la sentinelle qui s'était aperçue du mouvement de la serpillière, appela du secours. On porta le moribond dans un lit bien chaud, et j'ai vu cet homme continuer jusqu'à la paix le service des hôpitaux. S'il eût été serré par des bandes ou des ligatures étroites, il n'aurait pu se faire entendre ; ses efforts inutiles l'eussent fait tomber dans une nouvelle syncope, et on l'eût enterré tout vivant. » M. Deschamps rapporte le fait suivant: « Un enfant se trouve relégué avec des corps de fœtus mort-nés, parce qu'il ne donne aucun signe de vie ; à notre examen, avec la sage-femme en chef de la maternité, nous sentons les battements du cœur, et nous rappelons l'enfant à la vie après deux heures d'une mort apparente ; n'étant pas à terme, il ne tarda pas à succomber. On apporte à la morgue de Strasbourg un homme qui venait de se brûler la cervelle; nous étions là, avec quelques élèves, au moment où on le dépose sur les dalles ; la face était affreusement mutilée ; procédant à l'examen extérieur, nous apercevons que cet homme donne des signes de vie, mais il succombe pendant qu'on cherche un brancard pour le transporter dans une salle. Un jeune enfant, âgé de six à sept ans, atteint de choléra morbus, gisait agonisant, froid, les yeux ternes, sur un des lits de la salle Saint-Bernard, à l'Hôtel-Dieu; sa pancarte était signée de l'interne : Décès constaté. L'idée vint, à cause de quelques mouvements automatiques, dont les lèvres étaient le siège, de le traiter comme un axphyxié. On le transporta dans un bain à 14°, et au bout de cinq minutes de massage des membres dans l'eau, la respiration commença à renaître; des afiùsions froides .le ranimèrent ; il prononça même quelques paroles; mais la respiration s'embarrasse de nouveau lorsqu'il fut placé dans son lit et

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enveloppé d'une couverture chaude, et il ne tarde pas à succomber. (Docteur Pigeaux, Gazette médicale de Paris, 1852.)

Après le délaissement et l'ensevelissement, vient le dépôt dans la bière qui se referme sur un vivant. Les auteurs anciens rapportent les histoires dramatiques de personnes qui se sont réveillées pendant qu'on clouait le cercueil, au milieu des obsèques, sur le bord de la fosse où on allait le descendre, au fond même de cette fosse que l'on commençait à combler. Le danger le plus affreux, celui qui frappe le plus l'imagination, c'est l'inhumation pendant la vie. Est-il vrai que des individus aient été enfermés vivants dans la tombe et s'y soient réveillés pour périr du plus cruel des supplices, luttant en désespérés dans cette nuit profonde, contre les parois du cercueil, couvrant leurs bras de morsures, et succombant à la fois à l'asphyxie et à l'inanition? Quand on a vu les deux premiers degrés de l'erreur si positivement établis, il est légitime de croire à la possibilité de celte troisième conséquence ; le prétendu mort délaissé et enseveli peut aussi bien être placé dans le cercueil, porté au cimetière et enterré dans la fosse. Le scepticisme n'est pas admissible ici, et c'est en vain qu'on prétendrait qu'un malheur de ce genre ne peut frapper qu'un moribond, un enfant débile, une vie déjà presque éteinte. « Peuton présenter comme à peine probable un malheur qu'un homme honorable (M. Léguera) vous prouve avoir été sur le point de se réaliser, à sa connaissance, quarante-six fois en douze ans, et dont l'accomplissement n'a manqué que par suite des retards dans les derniers apprêts funéraires ou d'accidents tout à fait fortuits? mais ceux dont on a précipité l'inhumation, ceux que rien n'est venu troubler dans leur cercueil, ceux-là se sont réveillés au fond de leur sépulcre. Quel en est le nombre? Qui lésait? » (Josat.) Si les preuves sont moins certaines pour ce genre d'erreur que pour les autres, c'est que la tombe garde ses secrets: les occasions de constater les faits sont ici difficiles et rares. Nous croyons cependant qu'il existe des preuves de l'inhumation d'individus vivants.

Les exhumations ont fourni des indices ; l'attitude des corps dans le cercueil a parfois fait naître de sérieux soupçons. « Gomme je faisais ouvrir les cercueils les uns après les autres, dit Hecquet, dans les pièces relatives à l'exhumation de Dunkerque, il s'est rencontré un cadavre entier, couché sur le côté droit, la tète et les genoux fléchis, poussant la planche latérale droite, et ayant le bras gauche, les fesses et les talons contre la planche latérale gauche. On m'a dit que ce cadavre était enterré depuis environ huit ans. Sa position, la seule que j'aie rencontrée de cette espèce, laisse croire que le corps a été mis, dans le cercueil, pendant un état léthargique; que revenant de cet accès, il se sera débattu, et que mort au milieu de ses efforts, il aura conservé l'attitude dans laquelle il a été trouvé. » Thoureta faitla même observation pendant les exhumations du cimetière des Innocents, en 1786 ; il vit un certain nombre de corps dans des situations qui donnaient lieu de croire qu'ils avaient été enterrés vivants. Il en fut si frappé, dit-on, qu'il inséra dans son testament une clause particulière relative aux précautions à prendre pour son inhumation. M. le docteur A. Larrey (de Toulouse) rapporte un l'ait analogue (Ann. d'hyg., t. XXVI, p. 295) ; après quatre ans d'inhumation l'attitude du corps, couché sur le côté droit, les mains déliées du rosaire, firent croire que cette personne avait été ensevelie vivante. On cite l'observation d'une dame romaine dont le corps fut déposé au Campo-Santo, pour être transporté à l'église des Pères de la Maddalena, quand le tombeau qui avait été commandé serait prêt. La tombe terminée, on découvre le cadavre; le couvercle du cercueil était forcé et l'attitude du corps indiquait une lutte violente. Dans un caveau de famille»

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que Ton ouvrit au bout de quelques années, le squelette d'une jeune fille aurait été trouvé, étendu vers la porte, couché hors du cercueil. Buart de la Faille rapporte que dans la Frise, un mendiant que l'on croyait mort, ayant été brusquement enterré, on entendit des gémissements dans la tombe; qu'ayant tardé à la rouvrir, on trouva cet homme réellement mort, mais retourné « rêvera mortuus, sed situ inverso in àrca reperiebatur . » Was, d'après Van Hasselt (p. 67), a vu un enfant, en état de mort apparente, presque enterré. Sans doute, les faits de 4t ce genre sont plus ou moins authentiques, ils sont sujets à contestation, quand '}. on se rappelle les changements considérables que la putréfaction gazeuse déter- ' mine dans la position des organes et les causes si diverses qui ont pu modifier la i situation du corps, mais le nombre de ces observations est de nature à faire réfléchir.

Un fait bien remarquable a été communiqué au Sénat, en 1869 ; il s'est passé à Bohaste, commune de Plougonven, près de Morlaix, le 50 septembre 1868, pendant une épidémie de choléra : une jeune femme de vingt-trois ans est prise tout à coup d'un violent mal de tête, accompagné d'une grande faiblesse. On croit au début d'une attaque de choléra ; un médecin est appelé ; le mal augmente, on fait chercher un prêtre; à minuit, les assistants croient la malade morte; aune heure, on procède à son ensevelissement. Le lendemain, à cinq heures du soir, seize heures après le décès supposé, on enterre le corps. Au moment de remplir la fosse, on croit entendre du bruit dans le cercueil ; on s'inquiète, on consulte le recteur. Personne n'ose prendre sur soi de faire ouvrir la bière et d'arrêler la projection de la terre. Enfin, on se décide a faire venir un médecin, M. Roger, qui habite à. quelques kilomètres de là ; il arrive à une heure avancée de la nuit. 11 fait alors sortir le cercueil de la fosse, et, après l'avoir fait ouvrir, il acquiert la preuve que la défunte était vivante au moment de l'inhumation, car le linceul était chiffonné, plissé autour du cou, imprégné de malière humide abondante au voisinage de la bouche et du nez, plissé et chiffonné près des pieds ; il attribue ces faits à une respiration réitérée et écumeuse, à des efforts instinctivement faits dans l'intérieur du cercueil. Le corps déplacé du cercueil, le médecin constate l'ahsence complète de rigidité cadavérique; il reconnaît que la contraction musculaire avait encore lieu, que la chaleur était normale, que la mâchoire inférieure abaissée assez facilement se redressait, que la main était transparente à la lumière, enfin que les battements du cœur n'avaient pas entièrement cessé. Des secours sont administrés, mais en vain; M. Roger déclare alors que la femme est dans l'état d'une bougie dont la flamme est éteinte; qu'actuellement même, si l'on demandait l'inhumation, il ne l'autoriserait pas, et ne pouvant placer la défunte dans une maison, puisqu'il n'en existe qu'à six kilomètres de là, il la fait déposer dans l'église, jusqu'au lendemain, ou l'on pourra permettre l'inhumation.

Cette observation nous paraissait être un exemple constaté, de l'inhumation d'une personne vivante. Pour acquérir à cet égard, une conviction complète, nous nous sommes mis en rapport avec M. Roger, le témoin du fait : il nous a répondu à la date du 30 juillet 1874 : « Oui, j'ai assisté à l'exhumation d'une femme inhumée en état de mort apparente. Je n'ai pas entendu distinctement les battements du cœur; j'ai perçu très-bien le bourdonnement dans la région précordiale; j'ai la certitude que la femme vivait encore, quand je l'ai examinée; ce n'est pas une probabilité. Voici la copie textuelle des notes prises le soir même : « Ploui- « gneau, 1er octobre 1867, minuit. J'ai exhumé à huit heures du soir, Philomèle « Jouètre, âgée de 24 ans, inhumée à cinq heures du soir, dans une fosse de lm,75.

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« Plusieurs personnes l'ont entendue frapper contre les planches de sa bière ; ces « bruits me paraissent avoir laissé des traces ; je ne les ai pas perçus moi-même. Pas « d'odeur, aucune trace de déjection, marque d'une respiration abondante. Boura donnement manifeste à la région précordiale. Pas de rigidité cadavérique; exis- « tence de contractions musculaires au bras, à la mâchoire inférieure; cha- « leur et couleur normale de la peau; pas de toile glaireuse sur la cornée « transparente; transparence du tissu de la main vue avec la chandelle que je « tenais. Ammoniaque sous le nez, compressions alternatives de la poitrine. — « Elle n'est pas morte, c'est une bougie dont la flamme s'éteint, mais dont la v. mèche brille encore. — Pas de bruits certains du côté du cœur. Les paupières « ont eu des mouvements en ma présence. Je maintiens l'exhumation jusqu'au « jour suivant. » C'est sur ses notes que l'observation a été rédigée; c'est un cas authentique d'inhumation pendant la vie. Sans doute, si un médecin était arrivé au début de la maladie, si la vérification du prétendu décès avait été faite, si l'ensevelissement n'avait pas eu lieu une heure après la mort supposée, et l'inhumation, contrairement à la loi, au bout de seize heures, l'erreur n'aurait pas été commise; mais les mêmes circonstances peuvent se reproduire, pendant une épidémie, dans les campagnes où la vérification des décès ne se fait pas, et il est utile d'avoir établi par un fait nouveau que le danger d'être enterré vif n'est pas chimérique.

L'inhumation précipitée à la guerre et dans les tumultes publics expose au même péril. Ici les faits sont plus nombreux; les corps sout enfouis à la hâte, dans la terre, dans le sable, sous la neige. Voici deux cas qui datent de ce siècle : « Le 24 février 1848, trois cadavres se trouvaient sur le passage du roi, quand il allait monter dans la voiture qui i'attendait place de la Concorde. Quelques tardes nationaux, par égard pour une grande infortune, s'empressèrent de les dérober à la vue du roi, en les enfouissant dans un monceau de sable qui était près de la grille du jardin des Tuileries. Plusieurs heures après, quelques personnes qui recherchaient le corps du député Jollivet, retirèrent les trois corps gisant sous une couche de sable de trente centimètres d'épaisseur. L'un de ces infortunés respirait encore et donna signe de vie pendant quelques heures... » (Josat).

Le fait suivant, qui n'a pas encore été inséré dans nos ouvrages de médecine, est tiré de la biographie des trois maréchaux Ornano, par A. du Casse (Moniteur universel) : Pendant la fatale retraite de Russie, le 16 novembre 1812, le prince Eugène, marchant sur Krasnoë, est entouré de toute part par l'armée russe. D'Ornano voulant ouvrir un passage à l'infanterie réunit les quelques cavaliers encore montés qui lui restaient de sa belle division, et s'élance à leur tête sur l'ennemi. Un boulet le jette la face contre terre. On le croit mort, son corps est noir et ne donne aucun signe de vie. Le prince Eugène ordonne à un de ses aides de camp, le commandant Tascher, de le faire ensevelir sous la neige. Ce pieux devoir vient d'être accompli, lorsque l'aide de camp du général, le capitaine de la Berge survient, déclare qu'il veut rapporter en France le corps de son chef, le retire de dessous la neige et le met en travers sur son cheval. Au moment où il s'éloigne avec son précieux fardeau, un nouveau boulet traverse le cheval, les jetant par terre l'un et l'autre, sans les blesser. On place d'Ornano sur une petite charrette, échappée au désastre de Vop, mais bientôt elle ne peut franchir un défilé; deux officiers de dragons soutiennent alors le blessé entravers de leurs chevaux; on arrive ainsi au quartier impérial. Napoléon, déjà instruit par Eugène de la mort de son plus jeune, de l'un de ses plus brillants gé-

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néraux de cavalerie, avait hautement exprimé ses regrets; tout à coup on annonce que d'Ornano respire encore, qu'il vient d'arriver. Eugène déclare la chose impossible, disant qu'il l'a fait ensevelir sous la neige. Tascher est appelé, il confirme le lait ; il a assisté à la courte cérémonie. On l'envoie aux informations, il accourt, il est stupéfait ; il a retrouvé vivant le général qu'il a fait inhumer la veille. Napoléon ordonne à Larrey de se rendre près d'Ornano; le chirurgien en chef affirme qu'en effet le général respire, mais qu'il n'en vaut guère mieux. Napoléon le fait placer dans son landau qui le ramène en Fiance. C'est ainsi que le général d'Ornano, presque tué, bien et dûment enseveli, fut ressuscité miraculeusement, et sauvé grâce au dévouement de son aide de camp et à la bienveillance de l'Empereur. Depuis, le comte de Tascher est mort, et le maréchal d'Ornano tenait un des coins du drap funèbre aux obsèques de celui qui l'avait enseveli en Russie.

La durée possible de la vie dans le cercueil, le genre de mort des personnes inhumées vivantes, doivent appeler notre attention.

En évaluant à 200 ou 220 décimètres cubes la capacité du cercueil, dont on retranche 80 décimètres pour le volume du corps, il reste environ 120 litres d'air, comme dernière provision accordée aux chances d'un réveil. La mort arrivera certainement avant que le quart de cette provision ne soit épuisée ; l'acide carbonique versé, la proportion décroissante de l'oxygène, la chaleur produite, raréfiant l'atmosphère, la vapeur d'eau, les émanations animales, hâteront l'asphyxie. Si chez un homme adulte et sain, il passe par les poumons 10000 litres d'air en vingt-quatre heures, 100 litres les traversent en un quart d'heure ; vingt respirations par minute avec un tiers de litre pour chacune, répétées quinze fois, seraient nécessaires pour amener tout cet air dans les poumons ; ces 300 inspirations représentent quinze minutes. Supposons maintenant que le même air puisse être inspiré trois fois sans éteindre la vie, c'est trois quarts d'heure qui seraient accordés pour la durée possible de la respiration dans le cercueil, k à 6 pour 100 d'acide carbonique, avec une perte correspondante d'oxygène, sont une cause d'asphyxie prompte ; diminuons d'un tiers tous ses chiffres, pour évitée l'exagération, et nous assignerons à la vit- dans le cercueil une durée possible de vingt à trente minutes qui peuvent bien compter pour un siècle. Nous ne tenons pas compte de l'activité beaucoup moindre de la respiration dans les cas de ce genre, et de la quantité d'air qui peut pénétrer dans le cercueil à travers les fissures des planches, dans un terrain meuble. D'autres évaluations ont été données. Hcbenstreit, calculant, les dimensions du cercueil, pense que l'on peut y vivre d'une demi-heure à une heure. On se demande, dit Schneider, combien peut durer l'effroyable situation de l'homme qui se réveille dans la tombe? Il est vraisemblable que cette vie peut se prolonger pendant quarante minutes, une heure et même au delà. L'observation de M. Roger indique une durée plus longue, celle de trois heures.

Les personnes inhumées, en état de mort apparente, peuvent-elles se réveiller assez complètement pour comprendre l'horreur de leur position ? Le plus souvent, sans doute, c'est une vie épuisée qui s'éteint dans le cercueil, sans avoir eu conscience d'elle-même; mais rien ne s'oppose à un réveil complet ; quelques observations mêmes tendent à faire croire que la connaissance et l'ouïe peuvent se conserver pendant cet état de sommeil. Un médecin (Schùrmeyer) suppose que l'odeur du bois et de là peinture, celle de la terre, le changement de température, le silence même de la tombe, peuvent favoriser le réveil. Les cas dans lesquels on aurait entendu des plaintes et des chocs violents contre le cercueil, l'attitude des

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corps exhumés ont fait supposer que des malheureux avaient eu conscience de leur situation. Il y aurait ici à rechercher de quelle profondeur peuvent se faire entendre ces bruits qui partent du cercueil.

L'inhumation directe dans la terre, dans le sable, sous les cendres, sous la neige, est aussi compatible avec une certaine durée de la vie, qui se maintient plus ou moins longtemps suivant la perméabilité des milieux. On en a des exemples dans les cas d'éboulements de terrains, de chutes d'avalanches; la survie est parfois assez longue. L'inhumation est aussi un moyeu d'infanticide, comme elle a été un supplice usité dans l'antiquité et chez diverses tribus germaniques. Le genre de mort c'est l'asphyxie brusque on lente, par compression ou par défaut d'air, et l'inanition. De grandes différences se montrent suivant la nature du sol. La survie est bien plus longue dans les cendres, sous la neige, que dans le sable et surtout dans la terre. Nous avons enterré des lapins à différentes profondeurs, dans la cendre et dans le sable. Dans le premier milieu, ils résistaient très-longtemps; à 0,50 de profondeur, ils supportaient sans grand malaise un enfouissement de deux, trois et cinq heures; dans un cas, ce n'est qu'après douze heures que l'animal a succombé. On a trouvé des cendres dans la bouche, dans les narines, sur le voile du palais ; il ne s'en était pas introduit dans la trachée, ni dans les bronches; les poumons étaient d'un rouge vif, avec quelques taches ecchymotiques. Dans le sable, la mort est rapide à la faible profondeur de 0m,30; l'animal résistait au plus une ou deux heures et souvent moins. Les poumons avaient une teinte rouge, avec des parties plus foncées ; les ecchymoses sous-pleurales existaient quelquefois, mais non constamment; la trachée et les bronches étaient rouges et brunâtres, sans écume ; le sable ne pénètre pas dans les voies respiratoires; une seule fois sur six, on en a trouvé dans la bouche et sous la langue; le cerveau était congestionné. Le genre de mort à la suite de l'inhumation est donc l'asphyxie lente, déterminant une congestion pulmonaire, générale et profonde, accompagnée parfois d'ecchymoses; le sang est liquide, mais il peut contenir des caillots. Roser a enfermé dans des boîtes des souris et des rats, et les a enterrés à une profondeur de deux pieds ; le lendemain ces animaux étaient morts. Un chien placé dans une caisse à couvercle vitré parut d'abord ne ressentir aucun mal ; il s'agita ensuite et au bout de trois heures il succomba. On admettra donc que, dans l'inhumation, la survie est possible et peut se prolonger pendant un certain temps, tout en constatant que chez l'homme plongé dans l'état de mort apparente, la résistance vitale est bien affaiblie.

Nous arrivons maintenant à une dernière catégorie de cas, intéressant l'honneur médical aussi bien que l'humanité, aux autopsies qui auraient été pratiquées sur des individus vivants. Le plus célèbre de ces faits est celui de Vésale; accrédité par la préface d'Albinus et de Boerhaave, placée en tête de l'édition complète de ses œuvres, ce récit s'est introduit dans la science ; M. Dezeimeris, dans son Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne (édition de 1839), la reproduit en ces termes : « L'histoire dit qu'un gentilhomme espagnol mourut en 1564, à la suite d'une maladie dont les causes avaient échappé à Vésale. Il sollicita de la famille la faculté de faire l'autopsie, ce qui lui fut accordé, non sans dilficulté; or, au moment où le cadavre fut ouvert, les assistants crurent voir le cœur palpitant encore. Saisis d'épouvante et sans examen aucun, ils coururent chez la famille du défunt. Bientôt Vésale comparut devant le tribunal de l'Inquisition, accusé d'homicide ou d'impiété, et des juges impitoyables ou fanatiques prononçaient contre lui la peine de mort. Ce ne fut que par les prières

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de toute la cour, et surtout par l'autorité de Philippe (et du grand-inquisiteur dont il était le médecin), qu'on obtint que la peine lut commuée en un voyage expiatoire à la Terre sainte. » Suivant la version d'Ambroise Paré, la méprise aurait été commise sur une femme atteinte de suffocation de matrice. Aucun des contemporains de Vésale ne fait mention de ce fait qui aurait dû cependant exciter une vive émotion; il n'en existe aucune trace dans l'histoiie de l'Inquisition de l'Espagne; M. Bouchut analyse les documents empruntés à Moréjon, auteur d'une histoire bibliographique de la médecine espagnole et à Burggraeve, de Bruxelles, qui réhabilitent entièrement la mémoire de l'illustre anatomiste. 11 faut placer parmi les faits controuvés, et inspirés par l'esprit de parti, la relation des autopsies du cardinal Espinosa et de Mazarin, que la satire n'a pas plus épargné après sa mort que pendant sa vie. Le fait de l'abbé Prévost n'est pas plus authentique. On raconte qu'un coup de sang l'ayant frappé dans la foret de Chantilly, en 1765, on le crut mort, et qu'un chirurgien de village commença son autopsie ; qu'éveillé au premier coup de scalpel, il poussa un cri terrible et expira aussitôt. Aucune des publications du temps ne fait mention de cette anecdote qui n'a paru que plusieurs années après sa mort, dans une notice qui précédait une nouvelle édition de ses œuvres. M. Bouchut constate, en outre, que ce fait est absolument contraire aux traditions de la famille Didot, chez laquelle l'abbé Prévost avait passé, à Saint-Firmin, les derniers jours de sa vie.

A l'armée du Potomac, pendant la guerre de la sécession américaine, un industriel qui embaumait les corps avait mis ses affiches dans le camp. « Cet aventureux émule de Gannal sauva la vie à un colonel qu'un évanouissement prolongé, causé par un éclat d'obus, avait fait regarder comme mort, et qui, mis à part pour être embaumé, revint à lui pendant l'opération. » (Revue des Deux-Mondes, octobre 1862, p. 854.) Si le fait est réel, il peut compter au plus pour une intention d'autopsie. Il en est de même de l'observation attribuée à Portai : recevant à l'amphithéâtre le corps d'un nouveau-né, il en diffère l'ouverture, et quelques signes de vie se manifestent, au moment où il démontre à ses élèves le manuel de l'insufflation pulmonaire.

L'observation de Philippe Peu, rapportée naïvement par lui-même (la Pratique des accouchements, Paris, 1694, p. 533) n'est pas sans importance. Appelé chez une femme arrivée au terme de sa grossesse et en état de mort apparente, il est invité à pratiquer l'opération césarienne pour sauver l'enfant. Les voisins affirmaient que la femme était morte ; « je le crus aussi, dit-il, et portant l'instrument pour faire mon incision, je vis cette femme faire un tressaillement accompagné de grincements de dents et de remuement des lèvres, dont j'eusune si grande frayeur que je pris alors la résolution de ne plus opérer qu'à coup sur. « Peu a-t-il fait l'incision, ou allait-il seulement la commencer? La rédaction laisse à cet égard quelque doute, mais l'émotion éprouvée par le chirurgien et le réveil subit de la malade, permettent d'incliner vers la première opinion. Van Swieten et Beaudelocque citent trois observations de femmes que l'on croyait mortes, et sur lesquelles on allait pratiquer l'opération césarienne, lorsqu'elles revinrent de leur syncope. Trinchinnetti parle d'un cas plus malheureux; on opéra sur une femme que l'on croyait morte et qui n'était qu'en syncope; le sang artériel fut dardé contre le chirurgien au moment où il incisait la matrice ; et la femme mourut pendant l'opération. Le narrateur n'a pas été témoin du fait ; on peut donc conserver quelques doutes. L'incision ou la menace d'incis'on faite par Peu resterait donc le seul cas authentique, je ne dirai pas d'une au-

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topsie, mais d'un commencement d'opération césarienne, pratiquée sur une femme que l'on croyait morte.

A ces cas se rattachent les autopsies dans lesquelles on a constaté quelques mouvements du cœur. Goupil rapportait dans ses cours qu'étant élève, il reçut un jour l'ordre de faire une autopsie à une époque très-rapprochce de la mort ; procédant avec répugnance à cette opération, le péricarde ouvert, il saisissait le cœur, quand il crut sentir cet organe se contracter ; la brusque section du gros vaisseau mit un terme au doute cruel qui s'éleva dans l'esprit du jeune médecin ! On a constaté le même fait dans un cas de choléra. Un nouveau-né est retiré de la rivière d'111, a\ec le placenta et le cordon intact; un médecin procède presque aussitôt à l'autopsie ; un témoin oculaire, digne de foi, nous a affirmé que le péricarde ouvert, il avait encore vu le cœur battre. Ces mouvements du cœur ne prouvent aucunement que l'on ait fait l'autopsie d'individus vivants. Quand on sacrifie des animaux, par la submersion, par l'action de violents toxiques, ouvrant le thorax, on voit encore, bien que la mort soit réelle, se prolonger pendant un certain temps le mouvement alternatif des oreillettes et des ventricules, l'oreillette droite s'arrêtant la dernière. Ces mouvements n'autorisent pas à croire qu'on eût pu rappeler l'animal à la vie ; il en est de même des mouvements péi istaltiques des intestins. M. Vulpian a constaté sur un chien ces mouvements ondulatoires plusieurs heures après la mort. Chez un supplicié, qui ne fut ouvert que vingt-neuf heures après l'exécution, M. Roussoau vit distinctement la systole et la diastole du cœur. Clark à Boston a reconnu le même fait chez un pendu. Sans doute il faut respecter le délai qui empêche ces manifestations si inquiétantes de se produire, mais la mort étant dûment constatée, on se gardera bien d'y voir autre chose qu'un reste de vie locale.

De vaines apparences peuvent tromper le vulgaire et faire considérer comme vivant encore des individus dont la mort est réelle. L'air s'échappe avec bruit de la poitrine comprimée, et simule un soupir. La température extérieure du corps s'élève au lieu de s'abaisser. Les contractions musculaires qui ce produisent après la mort, chez les cholériques ou dans la fièvre typhoïde, peuvent induire en erreur. Nous connaissons deux cas de ce genre qui se sont passés, l'un dans la salle des morts à Strasbourg, l'autre dans une salle de malades ; de brusques mouvements des jambes avaient agité le drap funèbre qui recouvrait un cholérique; la mort n'en était pas moins réelle. L'expulsion d'un enfant, partus post mortem, partus in sepulchro, le plus souvent due à la putréfaction, a été considérée comme une preuve de la vie de la mère. L'affaissement de la peau a fait croire à la poussée de la barbe. Le changement dans les dimensions de la pupille, le rapprochement des mâchoires, par suite de la rigidité, ont été interprétés comme des signes de vie. Ce dernier phénomène avait donné lieu à la fable de la morsure des morts : « Mordicalio mortuorum. »

L'altitude se modifie par suite de la cessation de la rigidité et du développement de la putréfaction. Les matières intestinales sont rejetées, le sperme s'échappe. Les gaz distendent l'abdomen et par une brusque rupture font explosion dans le cercueil. La putréfaction détache les cheveux et les ongles, et produit des érosions dont on méconnaît la cause. Les mouvements imprimés au cercueil ont déplacé le corps ; des morsures d'animaux ont altéré la face ; des bagues ou des boucles d'oreille ont été arrachées avec violence ; cet ensemnle de circonstances," mal interprété, a donné lieu à bien des fables de mort apparente et d'agonie dans le cercueil.

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L'imagination s'empare des moindres faits et invente les récits les plus effrayants. Nous en avons une preuve dans l'histoire du mort de St-lmier qui nous a été rapportée par un témoin oculaire, le docteur Schwab, un de nos élèves. Dans l'hiver de 1840, un bûcheron fut trouvé inanimé au milieu de la neige, dans la vallée de Saint-Imier, canton de Berne. On le transporte à Yilleret ; là il est considéré comme mort et son inhumation est faite le même jour. La nuit suivante quelques personnes entendirent des gémissements qui paraissaient partir du cimetière ; l'éveil est donné ; les villageois s'y portent en grand nombre et constatent que les plaintes se font surtout entendre à l'endroit qui correspond à la fosse du bûcheron. Ils enlèvent la terre qui couvrait le cercueil, ils en soulèvent le couvercle, mais ils ne trouvent plus qu'un cadavre gisant dans une mare de sang. Le corps était couché sur le ventre, de larges taches brunes couvraient toute sa surface; les paupières étaient infiltrées de sang; les lèvres portaient des traces de morsures, les doigts étaient dilacérés, les ongles déchirés ! Chacun fut convaincu qu'un combat terrible s'était livré dans ce cercueil ; les villageois accouraient de tous les points de là vallée, et le narrateur de ces faits, tout enfant alors, en conservait après bien des années une vive impression. A l'amour du merveilleux s'ajoute souvent le vaiu désir d'émouvoir le public. La mystification tient une grande place dans l'histoire de la mort apparente ; elle explique ces observations dramatiques dans lesquelles rien ne manque pour frapper les esprits de terreur. La presse périodique publie chaque année un certain nombre de ces fables, et quand on veut remonter à leur origine, comme l'a fait M. Bouchut, on se trouve en présence de récits mensongers ou de faits insignifiants. Van flassell cite des cas analogues pour la Hollande et pour l'Allemagne.

5° Maladies qui occasionnent la mort apparente. La mort apparente est le résultat d'influences internes ou externes, de maladies, de lésions traumatiques ou d'intoxications. Zacchias admettait trois causes principales de cet état : « Très prœcipue morbos esse in quibus solet homo aliquando absque ullo sensu et motu permanere, et mortuo simillimus apparere; hoc esse apoplexiam, syncopam, uteri suffocationem. » A ces trois formes, l'apoplexie, la syncope, la suffocation de matrice, il rapporte toutes les variétés ; l'asphyxie, par exemple, rentrait dans la première classe. L'observation ronduit à admettre des catégories plus nombreuses, sept formes au moins résultent de l'ensemble des faits. Ce sont les formes asphyxique, syncopale, hystérique ou nerveuse, apoplectique, anémique et asthénique, toxique et mixte.

Ces différentes variétés n'ont pas la même fréquence ; la première et la troisième fournissent les cas les plus nombreux; la syncope et l'anémie viendraient après; les formes toxique et apoplectique sont les plus rares. M. Josat, sur 162 cas relevés avec soin, place au premier rang l'asphyxie, puis viennent successivement la syncope, l'hystérie, l'apoplexie, le narcotisme et la commotion cérébrale. Pour la durée, l'hystérie occupe le premier rang, la commotion cérébrale le dernier.

Les comptes rendus des sociétés humaines font voir chaque année combien on sauve de noyés en état de mort apparente ; on a réussi même après une heure , deux heures et même six heures de soins persévérants. Les exemples ne sont pas rares de noyés abandonnés trop tôt. Deux enfants tombent d'un lavoir dans la rivière d'Ill ; l'un d'eux est retiré assez promptement, il parait mort; déclaré tel par les assistants, il est porté à la morgue ; le gardien a un doute et dirige le cortège sur la chambre de garde de l'hôpital ; là le noyé reçoit les soins du docteur Eis-

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sen, alors interne et d'un autre élève, il est rappelé à la vie ; l'autre enfant est découvert trois heures plus tard, mais tous les secours sont inutiles. La mort par pendaison, habituellement si prompte, peut aussi n'être qu'apparente. « Non nulli enim quum per plures horas suspensi pependissent, et eorum corpora, aatvespillonibus, ut in sepulchris conderentur cauda tradita essent, aut anatomicis dissecti, inter opas revixerunt. » (Zacchias.) Il faut dans ces casque la suspension ait été bien courte ou que la disposition du lien ou un état organique du larynx aient préservé le patient. On possède plusieurs exemples de suppliciés par la corde, en Amérique et en Angleterre, qui ont été détachés vivants; le collapsus final qui accompagne les dernières convulsions avait fait croire à la mort réelle. Un des cas les plus remarquables est celui du pendu de Bloomlîeld. (Gaz. hebd., 1851, p. 765.) Après dix minutes de suspension, le docteur Jackson, présent au supplice, déclare que la vie a cessé; la suspension dure encore quatre minutes, puis on détache le corps qui est remis aux médecins; il n'y a plus de respiration, ni de battements cardiaques ; la respiration artificielle est tentée sans résultat; c'est par l'action d'une batterie électrique que l'on obtient plus tard des signes de vie, et que l'on commence une résurrection qui allait être complète, lorsqu'elle fut arrêtée par l'intervention de la justice.

L'asphyxie par les gaz produit des morts apparentes fréquentes et prolongées. A. Paré, appelé en 1574 pour faire le rapport de deux hommes réputés morts, ne leur trouve aucune apparence de pouls ; une froideur universelle s'était emparée d'eux, ils avaient la face livide, on les pinçait et on leur tirait rudement le poil, sans qu'ils le sentissent. Paré, déterminé principalement par la teinte de la face de couleur plombine, s'informa si ces hommes n'avaient point été exposés à la vapeur du l'eu de charbon ; on en trouva effectivement les traces sous la table, dans une grande terrine à demi brûlée ; il examina alors plus attentivement ces deux corps; il plaça sa main sur la poitrine, vis-à-vis le cœur, et ayant aperçu quelque petit battement, il leur fit couler dans la bouche de l'eau-de-vie qui les ranima. Fodéré cite une observation dans laquelle un homme abandonné au fond d'une mine, où du charbon avait pris feu, retiré. après quelques heures, dans un état de mort apparente, la bouche et les yeux ouverts, froid, sans pouls et sans respiration, fut cependant rappelé à la vie. Le cas observé à Nancy par Harmant est caractéristique : on l'appelle pour secourir un cuisinier trouvé dans sa chambre en état de mort apparente. Comme il était absent, on s'adresse à un autre médecin qui croit à une apoplexie, prescrit les remèdes usités, et n'en retirant aucun effet, décide que la mort est réelle. On cesse tout remède et l'on s'occupe des funérailles. Harmant survient quelques heures après ; la lividité et le gonflement du visage, la saillie des yeux, l'occlusion de la bouche, le serrement des dents, l'absence du pouls et de la respiration, lui font soupçonner une asphyxie; il apprend que la veille cet homme avait fait monter dans sa chambre un brasier de charbon ; il dirige son traitement dans ce sens et il rappelle le prétendu mort à la vie.

Troja a vu des chiens suffoqués par la vapeur de charbon et qui n'avaient fait aucun mouvement de respiration pendant quinze minutes, revenir d'eux-mêmes par la seule exposition à l'air libre. Dans les hauts-fourneaux, un jet d'oxyde de carbone, frappant des ouvriers, les jette parfois dans un état de mort apparente. Les expériences sur l'action des gaz montrent que les animaux tombent facilement dans cet état. Par l'action de mélanges d'air atmosphérique et de gaz de l'éclairage, d'oxyde de carbone, d'hydrogène carboné, d'acide carbonique, nous avons

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vu des lapins mis de côté comme morts, se ranimer contre toute attente., La suspension de la respiration est évidente dans les cas de ce genre, parfois aussi la circulation semble éteinte.

C'estla syncope qui donne l'image la pluscomplètedela mort; c'estpar elle que seproduisenttoutàcoup dans l'organisme lesmodificationssicaractéristiquesquirésultent dé l'interruption de la circulation, lapâleurgénérale, l'affaissement des traits, l'abaissement de la température, la résolution des membres, la perte de connaissance et l'insensibilité absolue. Mercatus, Cullen, Bichatet la plupart des médecins de nos jours, admettaient que, dans cet état, les battements du cœur étaient suspendus ; les pulsations artérielles étaient en effet supprimées, et la main placée sur la région du coeur ne percevait plus les mouvements de cet organe. L'auscultation appliquée à l'étude de la syncope a modifié l'idée absolue que l'on se faisait de cet état; M. Boucliut a établi par des observations et des expériences sur des animaux, que la syncope était le plus souvent caractérisée par la diminution de la force et de la présence des battements du cœur et non par leur suppression. Après une abondante héuiorrbagie, il a vu un blessé sans connaissance, refroidi, sans respiration; les pulsations du cœur étaient insensibles à la main, mais le cœur affaibli se faisait encore entendre à de longs intervalles ; sans l'auscultation, on n'aurait pa-- eu de signe de vie. Dans une syncope à la suite d'une saignée, l'absence du pouls et des battements précordiaux étaient aussi constatés à la main, mais l'ouïe percevait encore de rares battements. Les pulsations dans les cas de ce genre sont faibles et sourdes ; au lieu des deux bruits, ce n'est qu'un simple battement, qui se répète irrégulièrement toutes les deux ou trois secondes. MM. Magendie et Bayer plongent un animal en état de mort apparente, en lui enlevant une certaine quantité de sang artériel, au moyen d'une seringue ajustée à la carotide ; l'animal est insensible, immobile et refroidi ; la carotide ne donne plus de battements ; le vaisseau laissé béant ne fournit que peu ou point de sang, et cependant l'auscultation perçoit les battements du cœur affaiblis et réduits à un bruit simple. MM. Bouchut et Cl. Bernard ouvrent l'artère crurale d'un cbien, après avoir ajusté un manomètre à la carotide droite, le nombre des pulsations du cœur descend de 128 à 30, la colonne de mercure s'abaisse de 122° à 50 et à 40 ; puis elle s'agite entre 1 et 2°, l'auscultation révèle encore une vingtaine de contractions par minute, faibles et lointaines, qui deviennent de plus en plus rares, et s'arrêtent quand la mort est réelle.

On distinguait autrefois la lipothymie de la syncope; dans la première, rattachée au cerveau, la vie de relation était suspendue, mais la circulation et la respiration plus ou moins affaiblies persistaient encore ; la seconde avait sou siège dans le cœur qui tout à coup cessait de battre. « Non pertinere iitrumque morbum adeamdem partem, sed animi deliquium et llpothymiam ad cerebrum, syncopem vero ad cor. (Mercatus.) Pour d'autres, c'étaient les deux degrés d'un même mal, produisant d'une manière plus ou moins complète toutes les apparences de la mort. Le diagnostic admet encore deux degrés dans l'état syncopal; le premier, comprend les cas les plus nombreux, ceux où l'auscultation attentive fait reconnaître les mouvements du cœur ; au second se rapportent les cas exceptionnels mais avérés, dans lesquels les battements du cœur ne sont plus perçus, et c'est alors que la syncope présente toutes les apparences de la mort.

L'état syncopal ne se prolonge pas longtemps sans déterminer la mort réelle, si l'on ne ranime pas les battements du cœur. « Nullatenus fieri posse, ut forti syncopi detentus, longo tempore vivat... longum autem tempus in hoc

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casu intelligo quod perlransit spatium viginli quatuor horarum. » (Zacchias.) Une complication particulière peut rendre le diagnostic plus difficile, c'est l'apparition d'un spasme général qui donne l'idée de la rigidité cadavérique; nous avons vu chez un jeune homme atteint de syncope, à la suite d'une saignée du bras, apparaître tout à coup une raideur générale qui persista pendant quelques minutes, donnant au corps l'apparence d'un cadavre raide ; une contraction analogue se produit aussi dans l'asphyxie. Le brusque développement de cet état ne permet pas de le confondre avec la rigidité cadavérique.

La syncope est primitive ou secondaire; s'ajoutant à l'asphyxie, ou à d'autres causes de mort apparente, elle rend l'erreur plus facile ; l'hémorrhagie est une de ses causes les plus ordinaires ; on a des exemples nombreux de morts apparentes à la suite de blessures et d'hémorrhagies menstruelles. L'état syncopal qui suit l'élampsie des femmes en couche, est aussi une occasion d'erreur.

C'est à la syncope qu'il faut rapporter les morts apparentes qui se produisent dans le cours de maladies plus ou moins longues, telles que lu variole, le typhus, le choléra. Pour cette dernière affection, les cas sont assez nombreux ; sans doute les contractions musculaires et le réchauffement de la périphérie du corps après le décès, ont pu faire croire à la persistance de la vie, mais la cyanose, l'expression faciale, le refroidissement de la face et des membres, la faiblesse poussée au point que la respiration devient insensible, ont aussi été interprétés comme signe de mort. Une dame atteinte du choléra, après avoir assisté au décès de sa mère et lavé ses linges, tombe dans un état de mort apparente ; déjà on lui avait jeté le drap sur le visage, lorsque le docteur Deschamps constate la syncope et sauve la malade. Un homme, à la fin d'une attaque de choléra, est considéré comme mort par son concierge qui lui projette les couvertures du lit sur la face, M. Josat examine le prétendu mort, perçoit quelques frémissements à la région du cœur, avec sa pince spéciale développe de la sensibilité au mamelon, et ranime une étincelle de vie qui s'éteignit bientôt. Dans un hôpital de Paris, un malade, dont le décès avait été constaté, vécut encore plus d'une heure (Net ter). La forme asphyxique du choléra, avec une brusque syncope, expliquent ces erreurs.

L'hystérie est une des principales causes de la mort apparente : profond sommeil, insensibilité, résolution des membres, pouls et respiration imperceptibles, refroidissement des extrémités, tel est l'état que présentent certaines femmes hystériques ; si la syncope s'y joint, aucun trait ne manque au tableau. Galien avait déjà reconnu cet état : en l'absence du pouls et de la respiration, dit-il, avec un faible reste de chaleur, les médecins eux-mêmes peuvent se demander si la personne existe encore. Diogène La ërce parle d'une femme hystérique, réputée morte, qui aurait été sauvée par Empédocle. Zacchias décrit la syncope hystérique : « Suffocatio ex utero, ex quo morbo tam sopitœ inventée sunt nullœ tanquama vita alienatœ, ut tanquam mortuce sepulchris sunt demandatœ, quin et earum aliquce utero gerentes in ipsis sepulchris peperièrunt. » Puis il rapporte l'histoire d'une femme qui tombée en état de mort apparente se réveilla sous le scalpel de l'anatomiste. Paré relate le même fait; parlant des femmes atteintes de suffocation de matrice, il remarque qu'en telle disposition, il ne se faut hâter de les ensevelir et moins ouvrir leur corps, « de peur d'encourir une calomnie, ainsi que de ce siècle est arrivé à un grand anatomiste. » Forestus, Licetus ont rappoité des exemples de sommeil prolongé et de mort apparente, succédant à des accès hystériques. Sydenham a constaté un refroidissement tel que la personne semblait morte ; Sylvius, Sauvages admettent la possibilité de l'erreur.

Pomme, dans son traité des affections vaporeuses, cite l'observation d'une jeune fille, sujette à ces léthargies hystériques, et que l'on eût enterrée vivante, si l'on n'avait pas eu la connaissance du retour périodique de ces accès. La syncope hystérique a été constatée par MM. Deschamps, Josat, Bouchut; deux faits nouveaux sont cités par M. Levasseur de Rouen.

La syncope hystérique est la forme de la mort apparente la plus fréquente «t dont la durée se prolonge le plus, mais c'est aussi celle où le diagnostic est le plus facile. Le commémoratif éclaire le diagnostic, et le plus souvent, malgré cette image si fidèle de la mort, les battements du cœur sont encore distincts; ainsi dans l'observation de M. Bouchut, on aurait cru la malade morte, si de temps à autre une inspiration presque imperceptible, 8 par minutes, et la persistance de battements du cœur à l'auscultation, n'eussent démontré l'exercice de la vie dans ce corps privé d'intelligence, de mouvements et de sensibilité.

A l'hystérie se rapporlent les différents états nerveux signalés par les auteurs, l'extase, la catalepsie qu'on accuse aussi d'avoir occasionné des erreurs, difficiles à admettre. Le mot de létJiargie (lyB*i, «pyta), si usité dansle public, ne correspond à aucun état morbide déterminé ; c'est le synonime de mort apparente ; il s'applique aussi à un symptôme, au sommeil profond qui ressemble à la mort, et qui a été classé par les no^Iogistes entre le coma somnolentum et le carus, comme une des variétés des affections soporeuses ; c'est un symptôme dont les causes varient. Le sommeil profond qui suit une attaque à'épilepsie peut aussi présenter l'image de la mort ; Julia Fontenelle en cite un exemple; la plus légère attention fera reconnaître les signes de vie qui persistent dans un état de ce genre. On s'étonne de voir le tétanos placé parmi les causes de la mort apparente ; c'est sans doute parce que le malade s'éteint dans un état de raideur qui a de l'analogie avec la rigidité cadavérique.

C'est à l'époque où l'on comprenait sous le nom ^apoplexie des états morbides très-différents, que l'on a vu cette affection signalée parmi les causes de la mort apparente ; Zacutus Lusitanus, Wepfer, Lancisi en ont indiqué des exemples. La congestion et l'hémorrhagie cérébrale ne peuvent guère induire en erreur, à moins d'asphyxie ou de syncope concomitante. L'anémie cérébrale offre facilement l'apparence de la mort, la syncope venant s'y joindre.

La mort apparente chez le nouveau-né a une grande importance pratique, elle est fréquente, et elle se présente sous les deux formes asphyxique et apoplectique. Les erreurs sont assez nombreuses ; on cite plusieurs cas d'enfants qui, abandonnés comme morts, sont revenus spontanément à la vie ; d'autres n'ont été sauvés que par des soins continués pendant une ou deux heures et même plus. Avant de pratiquer l'hystérotomie, il faut avoir la certitude de la vie du fœtus ; mais si la femme est décédée, on doit tenir compte de la possibilité de la mort apparente dans le sein de la mère. La preuve de la vie, après la naissance, est fournie par l'auscultation du cœur; M. Bouchut affirme que l'asphyxie est constatée et la mort bien réelle, toutes les fois que les battements ont disparu; MM. Moreau, Cazeaux, Chailly n'ont rappelé à la vie que des enfants chez lesquels les battements se faisaient entendre. M. Josat cite un cas dans lequel l'enfant fut ranimé, bien que l'auscultation n'eût découvert aucun frémissement de cet organe ; M. Depaul déclare avoir vu des faits de ce genre. On ne peut donc repousser dans ce cas la possibilité de la survie, bien qu'elle soit peu probable.

La congélation détermine les morts apparentes les plus prolongées ; un froid très-vif frappe le système nerveux d'une stupeur profonde augmentée souvent par

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la fatigue musculaire et par l'inanition; l'anesthésie et l'asphyxie ne tardent pas à se produire, la circulation se ralentit et devient insensible ; le corps est pâle et raide avec quelques taches livides. Des individus gelés et jugés morts ont éié rappelés à la vie ; ce résultat a été obtenu après vingt-quatre heures et même après deux jours de mort apparente. Les observations et les expériences sur les animaux montrent la longue durée de cet état. Bernard Valentin a vu un chat qui ayant été gelé par le froid et foulé aux pieds comme mort, fut enterré dans du fumier et ne tarda pas à se remettre. Voici un des faits cités par Pia : le 1er janvier 1 777, jour extrêmement froid, un grenadier du régiment lyonnais en garnison à Strasbourg, a été trouvé dans la rivière debout, la tète hors de l'eau, raide comme un pieu ; on le regarda comme gelé et mort sans ressources, et déjà l'on disposait ses funérailles. Un jeune chirurgien demande qu'on lui laisse faire quelques tentatives et il ne tarde pas à obtenir des signes de vie, et bientôt un rétablissement complet. M. Bouchut cite un cas de mort apparente dû à la même cause, la pupille était contractée comme dans le sommeil ; l'auscultation donnait trente-deux pulsations par minutes. Les expériences sur les animaux indiquent aussi le ralentissement de la circulation qui s'arrête au moment de la mort. Il importe, dans les observations de ce genre, de bien préciser si l'auscultation a constaté le silence du cœur.

L'ivresse, avec ou sans l'action du froid, produit de semblables effets; plus d'un ivrogne a été revêtu de l'appareil mortuaire, ou abandonné comme mort dans le coin d'un corps de garde. M. Yigné cite le cas suivant, emprunté à la pratique d'un médecin suédois : un mendiant qui avait bu, en retournant à son village, tombe sur la route et ne peht se relever; le lendemain on le trouve les membres raides, on le croit mort, et l'on se dispose à l'enterrer. Un médecin examine le corps : il est froid et sans souplesse, le cœur est sans mouvement, la respiration est suspendue. Malgré ces indices, le médecin prodigue des secours qui après quatre heures finissent par réussir. Au mois de novembre 1843, un mendiant de profession est trouvé gisant sur la route de Nantes à Vannes, près d'un bourg où il s'était enivré; on le croit mort, la déclaration du décès est faite; on procède à la levée du cadavre qu'on dépose sur de la paille, en attendant l'expiration du délai pour l'inhumer ; le lendemain à midi, quand on vient pour l'ensevelir, l'ivresse était dissipée (Briand et Chaude).

Les anesthésiques ont un effet analogue, plus prompt et moins durable ; sous l'influence de l'étherou du chlorolorme, la respiration s'arrête, le cœur cesse de battre, c'est une mort apparente, bien voisine de la mort réelle. Le narcotisme suspend les fonctions de relation; il ralentit la respiration au point de la rendre insensible et de la réduire à huit ou dix inspirations par minute. M. Josat cite un cas où 0*r,G0 de chlorhydrate de morphine jetèrent une femme dans un état de mort apparente tellement prononcé, que trois médecins crurent à la réalité du décès ; l'auteur de l'observation affirme « avoir eu recours à une auscultation minutieuse de la région du cœur, sans que ce moyen lui eût révélé aucun symptôme de vie. » Dans les expériences sur les animaux avec l'opium, la digitale , ia nicotine, le cyanure de potassium, comme avec les gaz toxiques, on détermine un état de mort apparente qui va jusqu'à rendre à peine sensibles les battements du cœur, et supprime absolument les mouvements respiratoires.

La fulguration est une cause de mort apparente chez l'homme et chez les animaux ; immobilité, insensibilité, absence de respiration, tels sont ses premiers effets; l'intelligence revient assez vite ; nous avons vu deux fois le retour à la vie se

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produire au bout d'un temps assez court; un homme étendu sur un rail de chemin de fer revint à lui assez à temps pour éviter le passage d'un train. M. Boudin cite un cas de mort apparente qui a duré une heure un quart; l'homme foudroyé sur un navire était tombé sans aucune apparence de vie ; après lui avoir prodigué en vain des secours, on l'exposa, en désespoir de cause, à une pluie battante de grêle, et au bout d'une heure un quart, quelques mouvements révélèrent que l'existence n'était pas perdue. Chez des lapins, des pigeons, des poissons, avec une forte étincelle, on produit un état de mort apparente qui se dissipe en quelques minutes. On peut rapprocher de ce fait l'anecdote de Francklin (Ueschamps, p. 50) qui faisant passer un choc électrique à travers la tête de six hommes, les vit tomber tous à l'instant sans connaissance, avec un relâchement subit de tous les muscles ; l'état de mort apparente se dissipa graduellement.

La commotion cérébrale est un des états les plus aptes à produire l'apparence de la mort; perte instantanée de connaissance, de sentiment et de mouvement, décoloration de la peau et refroidissement, émission involontaire de l'urine et des matières fécales, respiration affaiblie et insensible. Les observations de mort apparente ne sont pas rares dans ces conditions. Curry rapporte le cas de deux enfants, tombés d'un lieu élevé, déclarés morts parles assistants, l'un d'eux même par le chirurgien appelé à le soigner, et qui cependant furent rappelés à la vie par l'emploi de l'électricité. C'est à la guerre qu'on voit des cas de ce genre; la stupeur générale produite par le choc de projectiles volumineux, aussi bien que les hémorrhagies, détermine la mort apparente ; c'est aux médecins militaires qu'il appartient alors de veiller aux inhumations. J.-P. Frank déjà leur rappelait ce devoir.

A0 Diagnostic et pronostic. Le diagnostic a pour but de rechercher les traces de vie et de découvrir la cause qui a amené la mort apparente.

Le sexe et l'âge sont à prendre en considération. Le médecin n'oubliera pas que ce sont les femmes qui présentent les plus nombreux exemples de mort apparente : à elles appartiennent les léthargies d'origine hystérique. La mort du nouveau-né est douteuse, celle de l'enfant plus que celle de l'adulte. Il est bien plus rare, dit M. Raige Delorme, d'observer cette simple apparence de la mort, lorsque les circonstances qui l'ont précédée sont celles qui caractérisent la mort sénile ; on en a cependant des exemples. Ainsi Ansche!, dans sa Thanatologie, rapporte qu'un vieillard de cent et un ans qui était en léthargie, mais que l'on croyait mort, revint à la vie pendant ses obsèques et qu'un autre de cent ans fut tiré du cercueil, et vécut encore quatre années.

Les maladies antécédentes serviront à éclairer le diagnostic: la personne pouvait être sujette à des évanouissements qui déjà avaient occasionné des erreurs. On distinguera si la mort a été subite ou si elle a été le résultat, d'une maladie qui a eu une certaine durée ; si elle a été précédée d'une agonie, ou si la vie s'est éteinte tout à coup. Dans les maladies aiguës ou chroniques, avec lésion organique évidente, et qui ont suivi régulièrement leur cours, la mort apparente est peu vraisemblable; on n'oubliera pas cependant que la syncope peut toujours survenir et faire croire prématurément à la mort. L'examen des pupilles, l'auscultation du cœur, la raideur de la mâchoire, l'état des muscles, fourniront les premiers signes.

La recherche des causes est un point capital. La mort apparente est-elle due à une cause externe ou interne? Son point de départ se trouve-t-il dans le cœur, dans les poumons, dans le cerveau? La forme des accidents est-elle suffocative,

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syncopale, apoplectique, hystérique ? On s'attachera à découvrir les symptômes qui caractérisent ces différents états.

Deux sortes d'erreurs sont possibles; ou bien l'on méconnaît les dernières traces de la vie, ou bien on considère comme vivant encore un individu dont la mort est réelle. Cette dernière erreur ne porte aucun préjudice, mais elle peut faire naître dans une famille de douloureuses émotions. On est trompé par de fausses apparences, par les contractions après la mort dont nous avons parlé, par le bruit qui se passe dans la poitrine du mort, lorsqu'en le déplaçant, on comprime le thorax et on en fait sortir une certaine quantité d'air qui s'échappe avec un râle trachéal et produit l'elfet d'un dernier soupir. La chaleur du corps qui tarde à s'abaisser ou qui s'élève peut être faussement interprétée comme un signe de vie. Notons encore les illusions des sens, on a cru entendre un soupir, voir un mouvement; le médecin qui ausculte a perçu les battements de son propre cœur; il a réchauffé lui-même le membre refroidi. Il faut s'abstenir de tout jugement précipité. Les modifications produites par la putréfaction gazeuse, la coloration de la face, les hémorrhagies consécutives, pour le public, mais non pour le médecin, peuvent compter parmi les chances d'erreur.

La durée de la mort apparente varie suivant ses causes ; plus courte dans la commotion cérébrale et dans la syncope, elle se prolonge dans l'asphyxie, elle a son maximum dans les formes hystériques et dans la congélation. Les anciens lui assignaient des limites précises, vingt-quatre heures au plus pour la syncope, disait Zacchias, trois jours au plus pour les autres formes : « Supra terminum trium dierum non videtur possibile hominem, qui mortuus videatur, ad vitam redire naturaliter . . . unde, non sine mysterio, Laxarus post quartum suscitatus est, ad insinuandum nempe onines vitœ terminos in eo prœleriisse. » Bruiner, Durande, Frank, Lessing admettent des durées plus longues qui peuvent s'étendre jusqu'à six ou sept jours ; les observations citées à l'appui ne sont nullement concluantes ; nous ne parlerons pas des sommeils qui persistent pendant des mois et des années. M. Josat, dressant la statistique des cas qui lui paraissaient les plus authentiques, constate que sur 162 observations, la mort apparente s'est prolongée sept fois de 36 à 42 heures, vingt-deux fois de 20 à 56, quarante-sept fois de 15 à 20, cinquante-huit fois de 8 à 15, et trente fois de 2 à 8 heures. Van Hasselt considère comme possible une durée de 12 heures, et celle de 24 comme tout à fait exceptionnelle. La durée de la submersion complète a pu, dans quelques cas, se prolonger pendant deux heures sans éteindre la vie (Guérard) , le noyé retiré de l'eau peut rester pendant plusieurs heures sans reprendre ses sens. La mort apparente par congélation paraît avoir une durée plus longue, elle se serait étendue jusqu'au delà de 48 heures. Tout en regardant comme vraisemblable que la mort apparente atteint ou dépasse rarement 24 heures, on ne peut plus poser à cet égard de limites précises. Diverses circonstances font varier la durée de cet état ; l'âge surtout a une grande influence; on connaît la longue résistance des enfants nouveau-nés, avant l'établissement de la première respiration. Des dispositions individuelles peuvent aussi modifier les résultats ; on a pensé qu'une dyspnée habituelle, produisant une espèce de tolérance pour l'asphyxie, comme on l'observe chez les individus ou les animaux familiarisés avec une atmosphère impure, pouvait prolonger la résistance à cette cause de mort. Une exploration plus attentive et l'emploi de l'auscultation tendent à restreindre de nos jours les limites assignées autrefois à la durée possible de la mort apparente.

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Le pronostic est grave; pour quelques-uns qui reviennent à la vie, le plus grand nombre passe de la mort apparente à la mort réelle. Nous voyons qu'il en est ainsi clans la plupart des observations récemment publiées; on compte cependant des succès remarquables et Van Hasselt appliquant ici ce que Hufelaud * a dit des maladies des enfants, répète que dans les cas de ce genre on doit tout craindre, mais qu'on peut aussi tout espérer. On se gardera d'exprimer tout haut son opinion sur la réalité du décès, sur l'i sue probable des tentatives auxquelles \ on se livre; le malade peut avoir conservé la faculté d'entendre ; d'autres pensent ' que l'émotion qu'il éprouverait lui serait salutaire.

| Ou est unanime pour considérer les léthargies hystériques comme celles qui z causent le moins de péril. La syncope, à la suite des maladies aiguës ou chroniques, offre ,au contraire, le pronostic le plus grave. L'asphyxie par la foudre est une des plus rapidement mortelles ; les pendus succombent promptement; les noyés résistent davantage. La mort apparente est souvent de longue durée dans l'asphyxie par la vapeur de charbon, et plus encore dans la congélation, qui paraît offrir le pronostic le plus favorable ; il en est de même de la mort apparente des nouveau-nés. Le danger est d'autant plus grand que l'invasion a été plus brusque ; les morts apparentes qui se prolongent le plus, semblent les moins périlleuses.

11 ne faut point se flatter trop tôt d'avoir sauvé le malade ; souvent on ne ranime qu'une étincelle de vie qui s éteint presque aussitôt ; même avec un rétablissement complet, on a à craindre des accidents consécutifs; une mort subite vient interrompre un traitement qui semblait réussir. Les congestions passives ne se dissipent pas, les poumons, le cerveau restent engorgés ; la respiration incomplète ne suffit pas à l'hématose ; le malade est épuisé, et une brusque syncope transforme sa mort apparente en mort réeile. Le signe le plus favorable est le retour complet de la respiration. En général, les phénomènes de la vie se rétablissent dans un ordre inverse à celui de leur disparition ; c'est le cœur qui recommence à battre, puis la respiration se produit, quelques mouvements deviennent manifestes, la sensibilité renaît et enfin la connaissance complète le retour à la vie. Les observateurs ont indiqué les signes de ce rétablissement ; les uns ont vu tout à coup la face reprendre sa couleur naturelle et la chaleur se relever; d'autres ont aperçu quelques faibles mouvements des paupières, la contractilité de l'iris, un tressaillement musculaire, un mouvement des lèvres, une grimace; d'autres fois on a entendu un soupir, on a perçu un battement du cœur; l'auscultation de cet organe fournit le signe le plus sûr. C'est dans les formes hystériques de la mort apparente que l'on obtient les résurrections les plus complètes. D'autres fois cet état a laissé des suites graves, des paralysies, la surdité, la perte de la voix, l'affaiblissement de l'intelligence, une maladie du cœur; souvent la mort apparente n'a précédé que de quelques heures la mort réelle.

5° Traitement. Le traitement de la mort apparente repose sur quatre indications : éloigner les causes, rétablir la respiration, la circulation, la sensibilité. Des instructions officielles existent à cet égard et servent de guide ; la science a été aussi active à inventer, à perfectionner des méthodes de traitement qu'à recueillir les observations qui prouvent les dangers de la mort apparente.

Avant l'arrivée du médecin, il faut éloigner du corps tout ce qui a pu nuirer détacher le pendu, retirer le noyé de l'eau, éloigner le malade de l'atmosphère asphyxiante, précautions bien simples qui ne sont pas toujours prises par suite du

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préjugé si répandu, qu'on ne doit point toucher au corps avant l'arrivée de la justice. Nous avons vu le fait suivant : on laisse une femme submergée dans une cuve, pendant qu'on court avertir la police, et quand le médecin arrive, il trouve le corps chaud et souple, avec tous les signes d'une mort récente. Placer la personne dans une position favorable, couchée sur le dos, un peu inclinée sur le côté droit, la tète plus haute que le tronc ; enlever tous les liens, défaire ou couper les vêtements avec précaution ; nettoyer les lèvres, la bouche et les narines ; ouvrir les fenêtres, faire entrer en abondance l'air pur dans la chambre, opérer même en plein air si la saison le permet; couvrir légèrement le corps, éviter un réchauffement subit; se procurer les objets nécessaires, si l'on n'a point à sa portée une boîte de secours, des couvertures, des draps, du linge, une éponge, de l'eau chaude et de l'eau froide, des brosses, une seringue, un soufflet, de l'eau-de-vie, du vinaigre, de l'eau de Cologne, de la farine de moutarde ; s'assurer du concours de trois ou quatre aides ; s'il y a lieu de déplacer le corps, le faire avec précaution, en se rappelant que c'est un malade que l'on transporte et non un cadavre ; éviter l'encombrement qui vicie l'atmosphère; agir sans précipitation, mais ne pas oublier qu'ici limes is Life, comme l'a dit Van Hasselt ; persévérer dans les soins, puisque des réussites ont été obtenues après quatre et six heures de traitement, telles sont quelques-unes des règles générales qui répondent, à la première indication.

L'indication la plus urgente est de rétablir la respiration. Trois méthodes sont recommandées : la respiration imitée, la respiration artificielle, la provocation directe ou par réflexes des mouvements respiratoires.

Les soins préliminaires ont ici une grande importance : il faut s'assurer avant tout de l'état de la bouche, enlever l'écume, les corps étrangers, nettoyer les narines, incliner légèrement la tête à droite, en la soutenant par le front, pour faire sortir le liquide qui pourrait avoir pénétré dans la trachée, assurer un libre accès à l'air qui va pénétrer dans la poitrine. La langue rétractée ou abaissée en arrière par son propre poids, peut appliquer l'épiglotte sur l'ouverture du larynx et la fermer plus ou moins hermétiquement. Les expériences de la Société médico-chirurgicale de Londres ne laissent aucun doute sur l'obstacle que la situation de la langue peut apporter a l'entrée de l'air; il importe donc de relever la langue, de la tirer et de la maintenir au dehors.

L'imitation des mouvements respiratoires est la première méthode à mettre en usage. L'instruction du conseil de salubrité de Paris s'exprime en ces termes : « On cherchera à imiter les mouvements que font la poitrine et le ventre, lorsqu'on respire, en exerçant avec les mains sur ces parties, des pressions douces, lentes et alternatives. On laissera entre les pressions un intervalle d'un quart de minute; on les réitérera quinze à vingt fois de suite et on les suspendra pendant environ dix minutes. Il conviendra d'y revenir à plusieurs reprises. » On peut même, à de longs intervalles, imprimer des secousses brusques à la poitrine, avec les mains largement étendues sur les côtés. « Le déplacement du diaphragme, chez les enfants surtout, doit être provoqué. La compression et le relâchement alternatif des parois de la poitrine ont produit d'heureux résultats, bien que cette manœuvre n'introduise qu'une quantité assez limitée d'air dans les poumons.

La méthode physiologique de Marshall-Hall (Ready Méthode, Postural Trealment) est basée sur la puissance combinée de la position et de compressions régulières. Le malade est d'abord couché sur le ventre, la poitrine étant soutenue par une couverture roulée ; la bouche et le nez restant libres, le front étant appuyé sur

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rivant-bras plie; cette position fait sortir de la bouche le liquide et les mucosités et redresse la langue tombée en arrière. Trois aides sont placés l'un aux bras, le second au tronc, le troisième aux membres inférieurs; ils tournent en même temps le corps très-doucement, sur le côté, presque sur le dos, el le replacent subitement la face vers la terre; chaque fois que le corps est amené en pronation, on exerce une pression vive et ferme sur les omoplates. Cette manœuvre est répétée avec soin, énergie et persévérance, environ quinze fois par minute, et on change de. temps en temps de côté. La manœuvre est continuée pendant un quart d'heure et au delà, pendant une heure même. La pronalion avec la pression sur le dos représentent l'expiration, l'inspiration se produit pendant la rotation du corps sur le côté. Le procédé de Marshall-Hall a fait ses preuves et a été généralement adopté. Les expériences pratiquées sous les auspices de la Société médico-chirurgicale de Londres et dont M. Tardieu a rendu compte, ont cependant fait voir que la quantité d'air déplacée n'était pas aussi considérable qu'on l'avait supposé d'abord, l'inspiration n'atteignait pas 8 pouces cubes, l'expiration ne dépassait pas 10 pouces ; parfois cependant on a étéjusqu'à 18 pouces et même jusqu'à 50, dans des cas exceptionnels. Pour les individus âgés, le changement des dimensions du thorax est très-faible.

La méthode Sylvester se présente avec des résultais qui paraissent supérieurs; elle consiste aussi dans l'imitation d'une profonde respiration naturelle, mais par un autre procédé. Les bras du patient sont employés par l'opérateur comme des leviers pour agrandir et rétrécir la poitrine. Voici la formule de ce traitement : placez le corps sur le dos, les épaules soulevées et soutenues par un vêtement; appuyez les pieds, nettoyez la bouche et les narines; lirez la langue du patient et maintenez-la en dehors des lèvres ; en relevant doucement la mâchoire inférieure, les dents pourront servir à fixer la langue dans la position voulue. Élevez les bras des deux côtés de la tête et maintenez-les doucement, mais fermement élevés pendant deux secondes ; le mouvement soulève les côtes, élargit la poitrine et produit l'inspiration. Abaissez ensuite les bras et pressez-les doucement mais fermement, pendant deux secondes, contre les côtés de la poitrine, puis exercez une pression modérée sur le sternum; ce mouvement rétrécit le thorax en pressant sur les côtes et détermine l'expiration forcée. Répétez ces manœuvres alternativement, hardiment et avec persévérance quinze fois par minute. On a constaté qu'à l'extension et à l'élévation des bras correspondait une inspiration qui variait, suivant les sujets, de 9 à 44 pouces cube^ d'air ; qu'en ramenant les bras le long du corps, on avait une expiration d'un volume égal quelquefois moindre. La quantité d'air inspiré, dit M. Leroy de Méricourt, serait environ dix fois plus grande que par le procédé Marshall-Hall. Ou a en outre l'avantage de commencer par une inspiration, tandis que les autres méthodes débutent par chasser l'air d'un thorax qui est déjà en état d'expiration. Le procédé est d'une exécution facile : on y aura recours chez les pendus comme chez les noyés, toutes les fois qu'il y aura lieu de rétablir la respiration. C'est par ces moyens mécaniques que le médecin commencera le traitement ; ils agissent à la fois en excitant les muscles inspirateurs et en introduisant de l'air dans les poumons.

Si ces premiers moyens ne donnent pas un prompt résultat, il faut recourir à l'insufflation pulmonaire. Des autorités nombreuses attestent l'efficacité de la respiration artificielle, Manni cite Panarola (1645) comme l'ayant le premier recommandée. Réaumur, Lecat, Louis, Desgranges, Gardanne, Pia, Tissol, Troja,

dict. enc. 2e s. IX. 40

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Johnson, Goodwyn, Hunter, Portai, Fodéré, Bichat, Legallois, Marc, Marshall- Hall, la plupart des médecins modernes, Bouchut, Faure, Van Hasselt, se prononcent en faveur de cette opération. La nature pour ainsi dire a indiqué cette pratique et elle est aujourd'hui d'un usage universel. Fodéré relate de remarquables observations de succès : sur 185 noyés rappelés à la vie, M. Guérard constate que 54 fois ce secours avait été administré, soit de bouche à bouche, soit par l'intermédiaire d'un soufflet. L'insufflation a fait ses preuves dans la mort apparente des nouveau-nés ; elle rend d'incontestables services dans la submersion , l'asphyxie par le gaz méphitique, l'empoisonnement par l'opium, le curare.

La faveur qui avait accueilli cette opération a semblé d'abord ne pas se soutenir. Magendie, Duméril, Albert, Kuster, Elsaesser, etc., ont contesté son utilité. Peut-être avait-on demandé à la méthode plus qu'elle ne pouvait tenir. On a objecté qu'en fait, depuis que l'on employait l'insufflation d'une manière générale, on avait obtenu pour les noyés moins de succès qu'autrefois. La stati^ique ici est difficile à établir, et il faut avouer que l'organisation des secours semble avoir été mieux entendue et plus efficace à l'époque de Pia que de nos jours. Quelques médecins ont été jusqu'à nier l'entrée de l'air dans les poumons, prétendant que l'épiglotte abaissée fermait l'entrée du larynx et que les liquides ou les mucosités des voies aériennes s'opposaient à la pénétration de l'air. La plus simple expérience montre avec quelle facilité l'air s'introduit dans les poumons, lorsqu'on a soin de redresser la langue dans les cas assez rares où elle fait obstacle. L'attitude du corps, une expiration mécanique préalable expulsent le liquide, et déjà Louis avait remarqué que les bulles de l'écume sont facilement brisées par le courant d'air.

On a accusé l'insufflation d'être périlleuse, de déchirer les vésicules pulmonaires et de produire ainsi un pneumothorax mortel, de faire pénétrer l'air jusque dans les veines, de distendre les alvéoles pulmonaires, de manière à gêner la circulation dans les capillaires allongés et rétrécis, de faire perdre à l'organe son élasticité par une distension excessive et d'amener un collaptus par une trop forte inspiration. Ces objections étaient basées sur les expériences de Leroy (d'Étiolles) et de Magendie qui avaient déterminé d'assez graves déchirures du poumon. Mais il est aujourd'hui reconnu qu'il faut une force d'impulsion considérable et un grande quantité d'air, pour produire de pareilles lésions ; c'est avec des appareils, et non de bouche à bouche, qu'on arrive à déchirer les poumons. Les autopsies de nouveau-nés sur lesquels on a pratiqué l'insufflation pour combattre la mort apparente et où l'on a prolongé cette opération, ne présentent aucune lésion de ce genre. M. Depaul l'a constaté, nous avons pu reconnaître le même fait. Sur un poumon frais et jeune, il n'est pas facile, môme en le sortant du thorax, de déterminer l'emphysème pulmonaire, ni surtout le passage de l'air dans les veines, bien que des auteurs aient noté parfois l'état spumeux du sang. (Test en faisant usage de soufflets, en poussant l'air par la trachée ouverte, que l'on cause ces dégâts que ne détermine jamais, sur un poumon sain, une insufflation modérée et régulière. On en conclura que l'insufflation méthodique faite avec ménagement ne peut entraîner un semblable péril. Il n'est pas nécessaire de recommander, comme on le faisait autrefois, que l'insufflation soit faite par un homme vigoureux.

Pratiquée sur un animal vivant, l'insufflation brusque produit un sentiment de suffocation plus ou moins prononcé; quelquefois même la mort subite (Duméril

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et Magcndie). On cite deux cas où, sur l'homme, une brusque insufflation faite par plaisanterie, amena une suffocation imminente (Leroy et Albert). On suspendra <ionc l'insufflation méthodique, dès que la respiration se rétablira. La pénétration de l'air dans l'estomac et dans les intestins, produisant une tympanite assez prononcée pour refouler le diaphragme et empêcher la respiration , n'est pas un danger chimérique, mais on le préviendra sans difficulté, en modérant l'impulsion et en s'assurant que le larynx n'est pas fermé par l'application de l'épiglotte.

Les procédés de la respiration artificielle, sont les suivants : l'insufflation de bouche à bouche, soit directe, soit par l'intermédiaire de sondes; l'emploi du soufflet et des pompes; l'insufflation d'oxygène ou de mélanges de ce gaz. Quel que soit le procédé que l'on mette en usage, il faut commencer par désobstruer l'entrée des voies respiratoires et s'assurer de la situation de la lingue.

L'insufflation de bouche à bouche est le moyen le plus simple, le plus facile, ?elui que recommandent, la plupart des expérimentateurs. Une expiration est déterminée d'abord par la pression sur le thorax ou par une légère aspiration. L'opérateur applique ses lèvres sur la bouche du malade, soit directement, soit avec l'intermédiaire d'une gaze, puis il fait l'insufflation sans trop de force, régulièrement, quinze à dix-huit fois par minute, en poussant un volume d'air qui ne dépasse pas celui d'une respiration ordinaire. Toutes les deux ou trois minutes l'insufflation est interrompue pour reconnaître si la respiration naturelle ne s'établit pas. On s'arrête dès qu'il y a des traces d'une inspiration spontanée, pour reprendre lorsqu'elle cesse ou s'affaiblit. Au lieu de l'application directe de la bouche sur les lèvres, une sonde peut être introduite soit par la narine, soit par la bouche ; si le larynx reste bien ouvert, l'air ne pénètre pas dans l'œsophage ; on ferme les narines et les lèvres, et alors l'insufflation par la sonde distend suffisamment les poumons. Déjà Portai et Ma-rc avaient constaté qu'en soufflant ainsi par la bouche ou par les narines, l'air pénétrait dans les voies respiratoires, sans qu'il fut nécessaire d'introduire la sonde dans le larynx ; l'expérience sur le cadavre démontre facilement ce fait. Le tube laryngé ne servira qu'exceptionnellement, lorsque par suite de l'état de la bouche ou de la gorge, on aura des doutes sur la possibilité de la pénétration de l'air par l'insufflation ordinaire. La trachéotomie ne convient qu'à des cas exceptionnels, comme voie rapide, s'il existe dans la bouche ou au larynx, un obstacle qui ne peut être levé ; la propulsion de l'air sera faite alors avec beaucoup plus de ménagement.

L'insufflation interrompue par des pauses, doit être continuée longtemps; ■chez les nouveau-nés, dans l'asphyxie parles gaz ou par submersion, elle a été employée pendant des heures entières et des succès ont été obtenus par ces •efforts persévérants ; l'évidence de la mort y met nécessairement un terme, variable suivant les cas.

La principale objection faite à cette méthode, c'est qu'elle n'introduit dans le poumon ni de l'air pur, ni de l'air frais. L'air projeté par l'opérateur contient environ 4 p. 100 d'acide carbonique, mais on peut diminuer cette proportion, en faisant précéder l'insufflation par deux ou trois expirations brusques et fortes, puis par une inspiration profonde, et en n'introduisant chez le malade qu'une partie de l'air qu'on a inspiré (Abernethy, Faraday, Yan Hasselt). On sait d'ailleurs que l'air de réserve qui se maintient dans les poumons, contient une plus forte proportion, six pour cent environ, d'acide carbonique. Beaucoup d'auteurs considèrent comme un avantage la température assez élevée de cet air;

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d'autres ont plus de confiance pour réveiller la respiration, dans l'influence mécanique de l'air, que dans son action chimique. Les succès d'ailleurs sont là pour répondre, et ce qui se passe, sur une large échelle pour les nouveau-nés, est. la meilleure preuve de l'efficacité de cette opération.

L'emploi du soufflet et des pompes est justifié en théorie, et cependant ces nombreux appareils dus aux efforts ingénieux de tant de médecins, sont tombés en désuétude. On n'emploie pas plus la pompe simple de Marc que la pompe double si. habilement disposée de Meunier, que les soufflets doubles de Hunter, Gorcy, Leroy ou le respirateur de Marcet. Énumérer les noms des inventeurs, et le nombre en est considérable, c'est montrer tout ce que l'on espérait des appareils de ce genre, et en même temps c'est faire voir qu'aucun d'eux n'a été considéré comme absolument satisfaisant. Le but de ces appareils est d'abord de désobstruer les bronches, d'enlever les liquides, l'écume, l'air irrespirable ou toxique ; l'expérience a montré que cette aspiration était très-difficile, incomplète, et qu'elle pouvait avoir des inconvénients. L'avantage des pompes est d'introduire dans les poumons un air frais et pur, en proportion déterminée, avec une impulsion que l'on gradue. L'objection principale c'est la difficulté de l'application; l'appareil manque en temps utile, il n'est pas un état ; on ne sait pas le manier. De même que pour l'anesthésie, les appareils compliqués ont cédé la place aux moyens les plus simples, on a vu aussi, dans le traitement de la mort apparente, les instruments les plus ingénieux tomber peu à peu en désuétude et disparaître officiellement des boîtes de secours ; ce qui y reste au plus pour représenter ces moyens mécaniques, c'est un soufflet qui doit être neuf, une seringue de fort calibre, un ballon en caoutchouc, qui peuvent encore clans certains cas être utilisés pour l'insufflation.

L'insufflation de l'oxygène a été proposée; Cliaussier, Erichscn, ont obtenu quelques bons résultats dans des expériences sur les animaux. Goodwyn, Marc, Fereyra, Cbristison, mettent en doute l'utilité de ce moyen, ou en relèvent les inconvénients. Au lieu de l'oxygène pur dont l'action irritante sur les poumons est redoutée, un mélange déterminé de ce gaz et d'air aimosphérique pourrait présenter des avantages. On bésite à renoncer définitivement à un moyen d'une activité aussi notoire. Il suffit d'ailleurs d'un petit nombre d'inspirations d'air atmospbérique pour modifier la couleur du sang. Ruspini a proposé, comme pratique accessoire, de faire usage de l'eau oxygénée; quelques gouttes en sont versées dans la bouche, le flacon est approché des narines, le corps tout entier est lavé avec cette eau ; le but ne serait pas seulement de provoquer la respiration, mais de ranimer le cœur par le contact du gaz introduit dans le sang.

U électricité semblait être le moyen le plus naturel de ranimer la vie ; elle a été employée pour provoquer les mouvements respiratoires, pour réveiller les battements du cœur, et comme moyen général d'exciter les muscles et les nerfs. A la bouteille de Leyde, aux batteries, aux piles usitées autrefois, on a substitué les appareils portatifs à courant interrompu, et notamment les appareils à induction, toujours prêts et d'un emploi si facile. Il importe de pouvoir graduer le courant; on n'a plus recours aux secousses violentes dont on attendait autrefois une brusque résurrection. L'action de l'électricité est ménagée et prolongée, avec des variations dans l'intensité et la direction du courant. L'éponge humide du réopbore est placée au-dessus du muscle que l'on veut exciter; le conducteur peut aussi être mis en communication avec l'aiguille à acupuncture plongée dans les tissus. Pour ranimer la respiration, on fait passer le courant dans la direction.

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du nerf vague et du nerf phrénique; d'autres fois les contractions du diaphragme et des muscles intercostaux sont directement excitées. L'une des é'iou^es est

placée sur le bord interne du sterno-mastoïdien, vers son tiers inférieur, l'autre sur le côté de la poitrine entre le septième et le huitième espace intercostal. On peut encore enfoncer l'aiguille à acupuncture de chaque côté, entre la huitième et la neuvième côte, pour atteindre les attaches du diaphragme et faire passer le courant de l'une à l'autre. Il est manifeste que, par ces pratiques, on obtient la contraction des muscles inspirateurs, mais de là au jeu naturel de ces muscles, il y a loin; l'observation montre que le plus souvent la contraction naturelle ne succède pas à celle que l'électricité a provoquée. L'inspiration une fois produite, le courant est interrompu et l'expiration se fait mécaniquement. On continue longtemps ces alternatives, changeant les pôles de place, variant l'intensité du fluide, sans oublier qu'un courant trop énergique épuise rapidement l'action musculaire. La faradisation est interrompue par moments, puis elle est reprise; on peut la combiner avec la compression méthodique. Dès que la respiration naturelle s'établit, il faut interrompre le courant; il existe des cas où une respiration commençante a été brusquement et irrévocablement supprimée par le choc électrique. Tout doit être employé pour combattre la mort apparente, mais la faradisation n'a sa place qu'après la respiration imitée et l'insufflation pulmonaire.

L'électricité a été mise en usage pour ranimer directement l'action du cœur; un des réophores est placé an niveau de la pointe de cet organe et l'autre à la nuque; on a même proposé de faire arriver jusqu'au cœur l'aiguille à acupuncture qui pourrait elle-même réveiller les battements. Le courant doit agir d'une manière intermittente; continu, il déterminerait un spasme fatal; trop prolongé, il paralyserait le muscle. Les expériences de Weber ont montré qu'un fort courant galvanique arrêtait tout à coup les battements du cœur. Cette méthode a réussi chez les animaux et quelquefois chez l'homme ; elle semble indiquée dans la syncope primitive, mais en présence de ses dangers, elle n'est guère à conseiller que comme une dernière ressource.

Comme excitant général, l'électricité a été vantée, au début surtout, par de nombreux observateurs; Frank, Hufeland, Marc étaient partisans de cette méthode. On conseillait de placer un des pôles dans le pharynx et l'autre à l'anus, pour déterminer une excitation générale du tube digestif. Les rhéophores mouillés ou les conducteurs secs, sont, promenés sur les diverses régions du corps, pour stimuler les muscles ou la peau ; l'acupuncture peut s'y joindre; on varie l'intensité et la direction des courants. Tantôt centripète, tantôt centrifuge, allant -de la tête et du r.ichis au thorax et à la région du cœur, et le long des membres. Le danger, c'est d'épuiser la conti actilité des muscles, d'annuler le pouvoir conducteur des nerfs ; une trop forte étincelle peut même produire la commotion cérébrale. De nos jours, on semble moins favorable qu'autrefois à l'emploi de l'électricité dans le traitement de la mort apparente. Brown-Séquard a été jusqu'à dire : « Le meilleur moyen d'anéantir le reste de la vie d'individus agonisants, c'est de soumettre leurs muscles et leurs nerfs à l'action excitatrice mais -épuisante du galvanisme. » D'autres observateurs recommandent cette méthode qui, par suite de son énergie même, constitue une ressource dont on ne peut se priver, quand les autres moyens sont restés inutiles.

La saignée, les injections veineuses, la transfusion du sang ont été conseillées ■pour rétablir la circulation et ranimer l'action du cœur. La saignée peut être utile comme moyen exceptionnel, pour mettre eu mouvement la masse du sang,

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pour dégorger le système veineux, le cerveau elle cœur droit ; mais son application n'est indiquée que dans les formes congestives ou apoplectiques de la mort apparente. On pratique la saignée du bras ou celle de la jugulaire, avec la précaution d'un pansement exact, même si le sang n'a pas coulé, pour éviter les hémorrhagies consécutives, ou celles qui se font après la mort. La soignée générale ou locale a ensuite sa place dans le traitement des accidents qui surviennent après le retour à la vie. On a même cherché à raviver le cœur, en introduisant par la jugulaire une sonde dans cet organe, pratique audacieuse, accompagnée du danger de la pénétration de l'air dans les veines. La sortie d'une petite quantité de sang peut suffire pour régulariser la circulation.

L'injection dans les veines, la méthode infusoire, suivant l'expression de Fodéré, trop vantée dans le dix-septième siècle, tombée dans l'oubli et reprise à la fin du dix huitième siècle, compte certainement quelques succès. On injectait dans les veines du bras de l'eau tiède, du lait, contenant une substance médicamenteuse. Le but était de ranimer la circulation ou de produire un effet déterminé, comme celui du vomissement. Duverney injecta de l'eau froide dans les veines d'un animal vide de sang et le cœur recommença à battre. Knopf, Stoll rapportent deux faits où l'émétique injecté dans les veines, au moment d'une asphyxie imminente, provoqua des vomissements et amena l'expulsion d'un corps étranger arrêté dans l'œsophage. Marc et Meckel ont aussi observé deux exemples de guérison par les injections, l'un chez un noyé, l'autre dans une asphyxie hystérique. Dans le choléra, l'injection de l'eau dans les veines, à la dose d'un ou deux litres et plus, a produit des résurrections presque subites. Il semble donc que cette méthode puisse être proposée : l'injection de l'eau, dans la mort apparente produite par le choléra, et l'eau chargée d'une certaine proportion d'émétique, pour les cas où le vomissement ne peut être provoqué par les voies naturelles.

La transfusion du sang a sa place dans le traitement de la mort apparente la simplification du procédé, la possibilité d'éviter les embolies et l'entrée de l'air dans les veines, le fait bien démontré que le sang veineux peut servir et qu'il suffit d'une injection d'une soixantaine de grammes pour produire des effets, permettent de considérer ce mode de traitement comme étant d'une application pratique. Les succès obtenus sur des femmes épuisées par des hémorrhagies utérines, les résurrections d'animaux plongés dans un état complet de syncope par des pertes de sang, recommandent l'emploi de ce moyen dans la mort apparente occasionnée par des hémorrhagies. Van Hasselt propose de l'essayer chez les nouveau-nés, en se servant pour l'injection de la veine ombilicale. Sans doute il nefaut point s'exagérer la portée de la transfusion ; Brown-Séquard a observé que chez les animaux la résurrection n'était souvent que passa- ère, même lorsque lesang injecté avait été chargé d'oxygène. Quoi qu'il en soit, c'est une ressource à laquelle, dans certains cas, on peut rationnellement reejurir.

Le plus souvent ce sont des moyens indirects qui raniment le cœur; la circulation se rétablit dès que la respiration recommence. L'excitation de la peau, des muqueuses, des organes des sens, déterminent des réflexes qui font reparaître les mouvements respiratoires et circulatoires.

Les af fusions froides sur la face sont en première ligne parmi les moyens de ce genre. Harmant paraît avoir indiqué le premier le traitement par la projection d'eau froide. Il veut que l'on fasse usage d'eau aussi froide que l'on puisse se la procurer, qu'elle ne soit projetée qu'au visage, avec force et par

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verrées, pendant plusieurs heures s'il le faut, jusqu'au moment où le malade donnera des signes de vie, ou même reprendra sa connaissance. Deux observations de succès, publiées en 1775, appelèrent l'attention sur ce moyen. Halle et Marc ont signalé son efficacité. On en a fait usage d'abord dans l'asphyxie parla vapeur de charbon, mais il est applicable aux diverses formes de la mort apparente. On l'emploie dans la syncope, chez les pendus, dans l'asphyxie par la chaleur, par la foudre, dans la submersion, chez les nouveau-nés. C'est une pratique presque générale qui précède ou accompagne la compression méthodique du thorax. Elle parait moins utile, lorsque la mort apparente a duré longtemps et que la température du corps est fortement abaissée. Marshall-Hall a donné la théorie de cette nu' Ihode; il a fait voir qu'en coupant les deux nerfs vagues à un jeune chat et en enlevant le cerveau, la respiration, réduite à quelques mouvements par minute, s'élevait à vingt ou trente par la projection d'eau froide. Ces affusions agissent par leurs effets mécaniques et par leur basse température; dirigées sur la face, elles excitent les branches cutanées du trijumeau. Le traitement physiologique s'adresse aux muscles excitateurs de la respiration : à la cinquième paire par les affusions sur la face et par les stimula toires; aux nerfs spinaux par l'irritation de la peau de la nuque et du tronc; au nerf vague, en agissant sur la gorge ; il agit sur les poumons par l'air insufflé sur l'estomac par des boissons excitantes.

Les affusions froides comptent parmi les plus efficaces de ces moyens excitateurs; c'est sur la face, le Iront, ies tempes, les joues, sur le cou et sur la partie supérieure du tronc qu'elles doivent être dirigées ; il est reconnu qu'elles ne sont pas utiles sur la partie inférieure du corps et sur les membres. On évitera, autant que possible, l'entrée de l'eau dans la bouche et dans les narines ; on prendra des précautions pour que tout le corps ne soit pas mouillé. L'eau sera projetée par verrées ou par potées avec une certaine force ; les affusions par sceaux sur la totalité du corps n'offrent pas les mêmes avantages et ont des inconvénients. L'affusion sur la face a des effets rapides; d'autres fois il faut la continuer, avec des pauses, pendant une heure et même au delà. Les premiers symptômes du retour à la vie sont de petits hoquets, avec sifflement des narines, resserrement des mâchoires, tremblement universel, rejet de quelques mucosités. Quand la respiration reparaît, on suspend les affusions pour éviter l'influence déprimante que le froid trop prolongé pourrait produire; les frissons avertissent qu'il est temps de cesser; le corps est essuyé avec soin.

L'application du froid se fait encore par d'autres procédés ; on donne accès à l'air frais, un vif courant d'air froid a suffi pour ranimer des malades. La douche continue sur la tète, levaporation d'un liquide tel que l'éther, tombant goutte à goutte sur la région du cœur ou sur celle de l'estomac, ont été conseillées. Dans la congélation, les frictions avec de la neige, les bains froids sont utiles, comme préparation au traitement. On peut faire alterner le froid et la chaleur, le bain frais et le bain tiède, combiner les deux moyens. Ainsi M. Stoltz conseille de placer le nouveau-né dans un bain tiède, et de diriger en même temps sur l'épigastre le jet d'une seringue chargée d'eau froide ; l'affusion sur la face peut être laite dans les mêmes conditions.

Si l'action primitive du froid ne rencontre que des approbateurs, il n'en est pas de même du réchauffement. Autrefois on s'attachait à réchauffer le malade, presque en même temps qu'on cherchait à rétablir la respiration. L'instruction de Paris s'exprime ainsi pour les noyés : « Pendant les premières opérations, on

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s'occupera de la préparation de tout ce qui est nécessaire 'pour réchauffer le corps; la bassinoire à l'eau chaude sera promenée, par-dessus le peignoir de laine, sur la poitrine, le long de l'épine du dos, sur le bas-ventre, en s'arrètant plus longtemps au creux de l'estomac et au pli des aisselles ; on ne dépassera pas cependant une température supérieure à 55°; on frictionnera avec des frottoirs de laine chaude ; si le noyé donne des signes de vie, on continuera les frictions et l'emploi de la chaleur, dans l'asphyxie par les gaz mépbytiques, après le rétablissement de la respiration, le malade sera couché dans un lit bassiné. » Des doutes très-sérieux se sont élevés sur l'utilité de ce réchauffement; déjà Harmant avait remarqué qu'ayant cédé, pour un de ses moribonds, au\ instances des parents et l'ayant fait transporter dans une chambre chaude, il était retombé aussitôt dans son premier état d'insensibiJité ; il fallut l'air froid et le retour aux affusions pour le rappeler à la vie. Si l'application de la cbaleur est uiile en ranimant la sensibilité cutanée et en favorisant la circulation capillaire, elle peut exercer une influence fâcheuse sur la respiration. Edwards et Brown-Séquard ont vu des animaux asphyxiés |>c'rir plus vite, lorsqu'on les soumettait à une température élevée; Marshall-Hall a fait des expériences analogues : il pense que la chaleur est nuisible à la respiration, tandis que le froid est l'excitateur naturel des réflexes qui la provoquent, que le réchauffement doit être exclu du traitement des noyés, et cpie le bain chaud peut anéantir les dernières e^pérances deguérison. Dans le traitement de la mort apparente produite par le choléra, on a vu des malades rappelés à la vie par les bains frais à 14°, retomber dans l'état asphyxique aussitôt qu'on élevait la température de l'eau ou qu'on les transportait dans un lit bassiné (Nctier). D'autres recherches cependant ont montré l'influence favorable de la chaleur dans certaines asphyxies, notamment dans celles qui accompagnent les empoisonnements (Brown-Séquard). On ne peut donc renoncer d'une manière absolue au réchauffement des asphyxiés; ce moyen, manié avec précaution, alternera avec les autres; on ne l'emploiera pas au moment même où la respiration se réveille ; l'indication sera donnée par l'abaissement progressif de la température.

Les procédés d'application sont la chaleur sèche, la chaleur humide et la chaleur animale. On attachait autrefois une grande importance aux lotions d'eau tiède; le bain peut nuire par le poids de l'eau, et en ralentissant la circulation. La chaleur animale n'est plus guère en usage, quoique ce soit un procédé connu de toute antiquité : «... Incubuit super puerum , posuitque os suum super os ejus... et calefacta est caro pueri. » (Rois, lib. IV, cap. 4 v. 34.) La chaleur sèche, la boule d'eau chaude, le fer à repasser, les linges et la flanelle chaude, sont les moyens employés.

La cautérisation linéaire et superficielle, sur la partie antérieure du thorax, paraît être un des moyens les plus efficaces de rappeler la respiration; on l'applique à la hauteur de la quatrième et de la cinquième côte. Faure la recommande comme particulièrement utile duns l'asphyxie par la vapeur de charbon; Hoppe l'a vue également réussir. Le cautère cultellaire ou en pointe sera mis en usage, et à son défaut toute autre pointe de fer improvisée. La cautérisation superficielle suffit pour exciter les mouvements réflexes. On peut se servir du marteau de Mayor, du moxa qui ne doit atteindre que la surface de la peau, d'une cuiller d'argent dans laquelle brûle de l'alcool, d'amadou, de cire à cacheter, versée eu gouttes brûlantes sur la peau. C'est bien moins la profondeur de la cautérisation que son étendue en surface qui réveille la sensibilité; on se rappellera que dans

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certains cas de mort apparente, des lésions consécutives graves ont été produites par l'emploi exagéré de la cautérisation.

L'excitation de la peau sera surtout provoquée à l'aide des frictions; elles ont aussi pour but de développer la circulation capillaire; pratiquée méthodiquement de bas en haut, et vers le tronc, elles peuvent faciliter la circulation veineuse. Les frictions sèches sont faites à l'aide de frottoirs en laine et de brosses douces, sur les cuisses, les bras, la paume des mains et la plante des pieds, l'épine du dos, la poitrine, la région du cœur. On s'est aussi servi des brosses dites électriques. Les moyens irritants ont beaucoup plus d'action sur le tronc que sur les membres. Il faut recommander de la précaution aux aides; quand on a vu les cadavres de noyés si souvent couverts d'empreintes parcheminées jaunâtres, provenant de l'érosion de 1 epiderme, on comprend l'opportunité de ce conseil. La friction avec le chlorure de sodium était très-recommandée autrefois. On se sert de liquides spiritueux et aromatiques, d'esprit-de-vin, d'eau de Cologne, de vinaigre aromatique, d'alcool additionné d'essence de lavande ou de mélisse, de substances irritantes, d'eau sinapisée, du liniment ammoniacal. L'application de sinapismes offre peu d'avantages dans les premiers moments, et doit être en tous cas très-siuveillée. Les moyens douloureux, la flagellation, la piqûre à l'aide d'aiguilles, l'action de tirer sur la barbe et sur les cheveux, les ventouses appliquées sur le mamelon, la pince particulière inventée par M. Josat, ne doivent être mentionnés que pour mémoire; les frictions méthodiques offrent un moyen suffisant de réveiller la sensibilité; dès que ce but est atteint, on les cesse pour éviter toute surexcitation.

L'action sur les muqueuses ne peut être négligée ; elle a l'avantage de s'adresser à la sensibilité du grand sympathique qui survit a celle des nerfs de la vie animale. Les sternutatoires avaient autrefois une grande réputation, ainsi que les irritants de la muqueuse nasale. ; on brûlait une allumette sous les narines, procédé qui n'est pas sans danger ; on y introduisait du tabac, des poudres irritantes. L'essentiel, suivant la remarque de Van Hasselt, est de nettoyer avec soin ces cavités, afin qu'elles puissent librement donner passage a l'air, puis on excite la muqueuse par l'odeur du vinaigre, de l'alcool aromatisé, par l'action de l'ammoniaque, affaiblie pour ne point cautériser.

L'irritation de l'arrière-bouche, du voile du palais et la partie supérieure du pharynx, au moyen d'une barbe de plume ou d'une baleine, est un moyen efficace d'exciter la sensibilité sur un point où elle persiste longtemps, et de provoquer le vomissement. Cette manoeuvre a réussi dans l'asphyxie par submersion et par les gaz des fosses d'aisances. On a même proposé d'irriter mécaniquement, au moyen d'une sonde, les parois de l'estomac, en même temps qu'on y introduisait une potion stimulante ou émétique. Le vomissement provoqué trop tôt a dis inconvénients; l'action de l'émétiquc est déprimante, et les matières rejetées peuvent s'introduire dans les voies respiratoires, chez un malade affaildi Le vomitif a son indication spéciale dans l'asphyxie par ivresse, par indigestion, dans les cas de plénitude de l'estomac et d'ingurgitation de substances nuisibles. Les boissons chaudes et aromatiques, les spiritueux, les cordiaux, trouvent ensuite leur application.

L'action portée sur le gros intestin peut aussi être utile ; les lavements de fumée de tabac sont très-recommandés; depuis Champlahi, en 1604, qui les a introduits en Europe, depuis Cullen, Louis, Stoll, Gardane, Pia, Fodéré, ils sont restés dans la pratique; Marc, Guérard, beaucoup de modernes, les soutiennent

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encore, et la plupart des instructions officielles mentionnent leur emploi et maintiennent, dans les boîtes de secours, les appareils nécessaires pour les pratiquer. L'instruction de Paris s'exprime en ces termes : « Dans les cas où, après une demiheure d'administration assidue, les soins indiqués auraient été inutiles..., ou pourrait recourir à l'insufflation de la fumée de tabac dans le fondement; un appareil fumigatoire avec fourneau, canule et soufflet, se trouve dans la boite de secours. » Les sociétés de secours de Londres et d'Amsterdam admettent aussi ce moyen. L'objection contre cette méthode, c'est la présence de la nicotine dans la fumée, et le danger de la tympanite ; mais il ne paraît pas que l'expérience ait confirmé ces craintes, et les succès avérés ne permettent pas de se priver de celte ressource. On se servira de l'appareil fumigatoire, ou, s'il manque, de deux pipes de terre, appliquées l'une sur l'autre, fourneau contre fourneau, l'un des tuyaux étant introduit dans l'anus, l'autre servant à souffler; la dose de tabac ne dépassera pas une dizaine de grammes; on ne choisira pas un tabac trop chargé de nicotine; le tabac d'Alsace, le maryland ou un havane léger sont recommandés. L'insufflation durera une ou deux minutes au plus; elle ne sera pas portée au point de gonfler le ventre; si ce gonflement se produit, il faut y remédier en pressant sur l'abdomen, la canule restant en place, ou retirer la fumée au moyen d'une seringue. L'opération peut être répétée après des pauses d'un quart d'heure. Des lavements de fumée aromatique ont été conseillés par Johnson, par Marc; la sauge, la mélisse, le thym, l'absinthe, le romarin, mêlés ou non de benjoin, ont été mis en usage, sans que cette méthode ait eu une grande notoriété. La sensibilité de la muqueuse peut encore être provoquée par des lavements d'eau froide,, d'eau vinaigrée ou salée, d'infusions ou de solutions purgative^.

L'appel peut aussi être adressé aux organes des sens. Une vive lumière, un rayon de soleil frappant subitement les yeux, ont amené le réveil ; c'est en même temps un moyen de reconnaître le décès. L'ouïe est excitée par les plaintes, par la conclamation, par un pressant appel adressé au malade, par un bruit éclatant et inattendu. M. Josat a recherché combien de cas de retour à la vie, rapportés par les auteurs, pouvaient être raisonnablement attribués au bruit produit autour du prétendu défunt; c'est au moins, dit-il, une fois sur quinze. Le bruit d'une cloche, le chant des oiseaux, le fracas d'une voiture, le hennissement d'un cheval ont déterminé le réveil. Cette nomenclature nous ramène au domaine de la fable, aux récits des prétendus morts que ranime une goutte d'eau bénite entrée dans l'œil, ou le son des orgues pendant les funérailles et la décharge du peleton d'honneur sur le cercueil qui descend dans la fosse. On a proposé l'usage de la trompette, du corde chasse et même du tam-tam chinois (Josat). Une influencemorale peut aussi s'exercer par le sens de l'ouïe; en prononçant et en répétant bien haut, dit Fodéré, le nom des choses et des personnes les plus chères aux malades, on obtient plus d'effet que par les excitants physiques. C'est la voix d'un ami, c'est un appel aux souvenirs, aux habitudes, qui déterminent brusquement le réveil ; on connaît à cet égard l'anecdote de Ledran qui, après des tentatives inutiles, fit sortir un joueur d'un état léthargique, en prononçant quelques paroles relatives à son jeu favori. L'odorat et le goût ont aussi été sollicités.

Après la résurrection, des soins vigilants sont nécessaires; on a souvent bien de la peine à maintenir la faible étincelle de vie qui vient de se ranimer. Le malade sera placé dans une chambre bien aérée, sous une garde assidue ; au moindre signe d'une récidive, on reprendra les moyens qui ont réussi. Faire faire à fond et souvent de forles inspirations ; combattre la tendance à un trop profond som-

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meil ; si l'on ne craint pas la syncope, déplacer souvent le malade et changer son attitude, pour éviter les congestions passives des poumons et du cerveau, stases hypostatiques qui, suivant la remarque de Faure, sont un des effets constants de l'asphyxie et une cause de la mort qui arrive au bout de quelques heures ; joindre à ces déplacements, s'il y a lieu, le mouvement forcé; entretenir dans le lit une douce lempérature sans exagérer l'action de la chaleur; administrer du bouillon, du vin pour rétablir les forces, quelques gouttes d'ammoniaque en potion, modérer une réaction trop vive; telles sont quelques-unes des règles du traitement consécutif, qui d'ailleurs doit être modifié suivant la nature de l'accident ou de la maladie qui a occasionné la mort apparente.

Des instructions officielles pour le traitement des asphyxiés et des individus en état de mort apparente, sont publiées dans tous les pays; elles comprennent deux parties : l'une s'adresse an public et dirige les premiers soins à donner par les témoins de l'accident; l'autre concerne les médecins, et leur rappelle, dans un ordre méthodique, les moyens les plus éprouvés. Ces instructions doivent être renouvelées assez fréquemment et être tenues au courant de la science; le progrès s'apprécie d'une manière palpable par le nombre des existences préservées, mais le dévouement ou l'indifférence, suivant les époques, l'intervention de philanthropes, l'action plus ou moins énergique des sociétés de sauvetage, font aussi varier le nombre des succès. Aux instructions de Pia, 1775, de Girdane, de Portai, ont succédé celles de Marc et du Conseil de salubrité de Paris. La Société royale humaine, fondée à Londres en 1774, les Sociétés humaines de Marseille, d'Amsterdam, de Hambourg, la Société médico-chirurgicale de Londres, etc. , ont contribué à répandre des pratiques utiles. Les instructions ne sauraient recevoir une publicité trop grande; les boites de secours, dont l'usage remonte à Pia et à Gardane, seront multipliées et surveillées; la composition de ces boîtes a varié suivant les résultats de l'expérience (voy. Submersion) ; elles seront placées au voisinage des bains publics, dans les quartiers populeux, dans les grandes usines, dans les hôpitaux, où un local pourvu de tout ce qui est nécessaire, devnit être réservé au traitement des accidents de ce genre.

5. La mort simulée. Nous entrons iei dans le roman de la question, mais des faits attestent que la mort a été réellement simulée. Cette simulation se voit chez les animaux; on l'observe chez certains insectes; elle est, dit-on, la dernière ressource du renard aux abois. Des prisonniers ont eu recours à cette fraude comme moyen d'évasion ; la victime d'un assassinat cesse de remuer, de respirer pour faire croire à une mort qui la préservera de nouveaux coups. Par une mort simulée, suivie d'une inhumation factice, une femme sort d'une famille pour contracter de nouveaux liens; le cercueil cloué à la hâte contient tout autre chose que le corps d'un prétendu défunt. S'il faut en croire les auteurs qui ont écrit sur la mort apparente, l'histoire de Roméo et Juliette se serait plus d'une fois renouvelée. Lancisi rapporte un exemple de mort simulée. Lenormand a emprunté aux Causes célèbres l'aventure dramatique de Saint-Alban; une mort simulée permit à une femme de quitter son mari et sa fille pour suivre son amant qui déclara, comme moyen de défense, qu'il l'avait relirée vivante du tombeau ; le même recueil présente un autre fait qui a avec le précédent de nombreux points de ressemblance. Un espion, dit Bruhier, ayant été pris, et voyant son supplice se préparer, essaya de s'y soustraire en contrefaisant le mort; il suspendit sa respiration et ses mouvements volontaires pendant douze heures et supporta toutes les épreuves qu'on lui fit subir, pour s'assurer de la réalité de sa mort. Van Hasselt

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cite, d'après Posner et Nason, l'observation d'une jeune femme anglaise hystérique dont la simulation se prolongea si longtemps qu'elle fut considérée comme morte. Ghauvet parle d'un espion, Percyet Laurent d'un soldat réputé mort, dont le cœur avait cessé de battre ; des laits plus ou moins analogues se trouvent dans Avicenne, Cameivr, Cardan, Monti. Sans doute, la plupart de ces cas ne résisteraient pas à la critique; ou ne peut cependant révoquer en doute la possibilité de la simulation de la mort. Ou imite la mort par l'immobilité, par la pâleur provoquée, l'insensibilé volontaire, en rendant sa respiration aussi peu visible que possible, et si la saison y prête, par le refroidissement. Une fraude de ce genre est d'ailleurs facile à déjouer. Il faut y mettre bien de l'inattention pour ne pas reconnaître la fraude, et l'auscultation lèvera tous les doutes.

Mais le tableau de la mo;tpeut être plus complet encore ; on a trouvé le moyen d'affaiblir ou d'arrêter momentanément les battements du cœur. L'iastinct peut apprendre à modifier l'état de la circulation, et ce n'est pas la première fois que la fraude aura cherché ses armes dans les faits les plus subtils de la science. On connait les exemples empruntés à l'aniiquité de suicides attribués à l'arrêt spontané de la respiration et de la circulation; le fait du colonel Townsend est une preuve remarquable de la possibilité de cette syncope volontaire. Cheyne rapporte que ce colonel, malade depuis longtemps, prit un jour la fantaisie d'envoyer chercher MM. Cheyne et Baynard qui le traitaient, et M. Shrine son apothicaire, pour les prier d'être témoins d'une expérience singulière qu'il voulait répéter en leur présence; c'était de se faire mourir, puis de revivre. Le malade se coucha sur le dos; le docteur Cheyne tenait son pouls, le docteur Baynard avait la main -sur son cœur, M. Shrine présentait un miroir à sa bouche. Un moment après, on ne sentit plus ni pulsation dans l'artère, ni mouvement au cœur, et l'haleine ne ternis-ait plus la glace. Ce phénomène ayant duré au delà d'une demi-heure, les spectateurs étaient sur le point de se retirer, persuadés que le malade avait poussé trop loin son expérience, lorsqu'ils aperçurent un mouvement, puis ils sentirent le pouls et les battements du cœur revenir par degrés et la respiration se rétablir; enfin le malade commença à parler et laissa les spectateurs également étonnés de sa mort et de sa résurrection. Quand ils furent sortis, le colonel lit venir un notaire, ajouta un codicille à son testament, et expira paisiblement vers cinq ou six heures du soir, huit heures après l'expérience. Haller cite dans sa physiologie quelques exemples de ces arrêts volontaires du cœur: Fontana affirmait pouvoir accélérer et ralentir son pouls à volonté; Gavin connaissait ce fait. La science moderne a donné la théorie de cet état singulier et a indiqué les moyens de le reproduire. Kûrschner, Mùller, Weber, Donders ont constaté qu'on peut arrêter les battements de son pouls et mêma le choc du cœur, en se comprimant le thorax, à l'aide des muscles expirateurs, la glotte étant maintenue fermée, après avoir fait une profonde inspiration. Le [.ouïs s'affaiblit, s'arrête, et avec le choc du cœur disparaissent les bruits cardiaques. D'après Mùller, une série d'inspirations profondes suffirait même pour arrêter le pouls. Nous avons vu avec M. Stoeber un homme atteint d'une fissure congémale du sternum qui parvenait, par ce mécanisme, à se supprimer le pouls radial ; l'auscultation pratiquée, rapidement il est vrai, dans cette expérience que l'on n'aimait pas à prolonger, constatait l'absence des bruits du cœur. Un de nos élèves de Strasbourg le docteur W. avait le pouvoir d'arrêter complètement le choc de son cœur, en faisant une inspiration profonde, suivie de l'occlusion de la glotte et de la contraction énergique des muscles expirateurs. Le pouls se supprimait au bout de cinq à six secondes,

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et au lieu des battements cardiaques, on n'entendait plus qu'un frémissement singulier qui semblait indiquer que le cœur tremblait en quelque sorte sous la haute pression à laquelle il était soumis; la face se congestionnait et les veines du front se dessinaient sous la peau (Wendling, thèse de Strasbourg, 1864, n° 759). Ces expériences ne sont pas sans péril, la réalité peut remplacer la fiction. W'eber rapporte qu'il perdit connaissance dans un essai de ce genre, et qu'il fut ranimé par les assistants ; il n'avait plus aucun souvenir de ce qui s'était passé. Le simulateur peut encore s'appliquer des liens autour du cou pour gêner la respiration, supprimer par une ligature les battements de l'artère radiale; mais, en rendant plus frappante l'image de la mort, il s'expose à être lui-même victime de son imposture.

III. L'agoxie. Diverses questions se soulèvent à l'occasion de l'agonie : est-elle réelle, simulée, imminente, confirmée? Quelles sont les traces qu'elle laisse sur le cadavre? Quele-t l'état mental des agonisants? L'agonie est-elle curable ? Peutelle fournir des indices sur le genre de mort? Quels sont les crimes, les erreurs, les pratiques médicales plus ou moins contestables qui se rattachent au dernier moment de la vie? (voy. pour la partie clinique le mot Agonie).

Si l'agonie est imminente, il faut se hâter d'obtenir des aveux, des révélations, l'expression d'une volonté dernière, l'accomplissement de devoirs civils ou religieux. L'entrée en agonie est précédée souvent par un amendement trompeur, parla diminution des phénomènes fébriles et douloureux ; elle est annoncée par un affaiblement subit de l'intelligence, par un délire vague, par la chute des forces, par l'altérafion des traits et par un commencement de gêne dans la respiration. L'agonie confirmée est caractérisée par le trouble profond, par l'abolition graduelle de l'innervation, de la respiration, de la circulation ; c'est l'asphyxie lente, par écume bronchique, avec le râle des agonisants. La pâleur subite, quelques traces de cyanose, les yeux qui perdent leur éclat, l'intelligence éteinte, la faiblesse des muscles, la sensibilité abolie, la respiration irrégulière, le râle trachéal, le froid qui envahit les extrémités, le pouls à peine perceptible aux radiales, les pulsations du cœur désordonnées et inefficaces, tous ces traits, familiers au médecin, attestent que le malade est entré dans la période qui aboutit fatalement à l'extinction de la vie.

L'état de l'iris a une importance caractéristique; il est contracté pendant l'agonie, comme pendant le sommeil, il se dilate tout à coup au moment du réveil et de la moi t. Les expériences de M. Bouchut donnent à ce signe une grande valeur; nous l'avons plusieurs fois constaté dans le sommeil et l'agonie des enfants. Mais on a rencontré des exceptions; la pupille peut être immobilisée par dis adhérences, dilatée ou contractée par un médicament. Des médecins affirment aussi avoir observé la dilatation pendant l'agonie ; Van Hasselt, entre autres, l'a rencontrée à la suite d'affections aiguës du cerveau. L'altération de l'épithéîium de la cornée, la tache noire de la sclérotique, peuvent même apparaître pendant cette période.

La température pendant l'agonie peut devenir une cause d'erreur et faire illusion sur l'imminence du péril : on a vu, aux approches de la mort, le thermomètre placé sous l'aisselle s'élever h 41 et 42°, dépasser ce terme et monter encore, quand la vie était éteinte; de quart d'heure en quart d'heure, la chaleur augmentait jusqu'au dernier soupir. Chez une petite fille de trois ans et demi, qui succombait à une méningite tuberculeuse, nous avons vu la température de 38° au matin, s'é'ever à 45° pendant l'agonie et se maintenir a 38° une

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heure un quart après la mort. Le typhus, la méningite, la fièvre typhoïde, la variole offrent des exemples de l'élévation de la température pendant l'agonie et post mortern. A ce point de vue, l'agonie présente deux formes, l'une, la plus habituelle, où la température s'ahaisse, l'autre, pendant laquelle la température se maintient à un niveau élevé et s'accroît même jusqu'au décès.

L'agonie peut être courte, interrompue par une syncope, paisible (euthanasie), agitée, convulsive, douloureuse (dysthanasie), se prolonger pendant quelques heures; vingt à trente heures sont rarement dépassées; elle éprouve aussi des temps d'arrêts et elle prend une durée insolite. Une roideur générale, suivie de la résolution musculaire, le relâchement des sphincters, un changement subit dans l'expression et la coloration du visage, la dilatation instantanée de la pupille, cette fenêtre de l'âme, suivant l'expression de Guéroult, l'affaiblissement, l'irrégularité des mouvements respiratoires qui s'arrêtent tout à coup, la disparition du pouls, l'extinction des bruits du cœur, peu après le dernier soupir, tels sont les signes de la crise suprên;e.

L'agonie pont être fausse, apparente, constituée par un état adynamique, une apoplexie cérébrale, une asphyxie dont les symptômes se dissipent; elle peut aussi être simulée. On feint une agonie pour exciter la commisération, pour faire croire à la gravité d'une blessure, pour faciliter une évasion, comme prélude d'une simulation de mort. Rien n'est facile à imiter comme le râle des agonisants; la respiration est rendue saccadée et intermittente ; le froid s'empare des extrémités laissées à découvert; avec une volonté ferme, la sensibilité résiste aux épreuves douloureuses, et le public, peu attentif et ému, est facilement la dupe d'apparences arrangées avec art. Que l'on y joigne l'abaissement du pouls et l'arrêt du cœur, provoqué par le procédé de Weber, on aura des apparences capables d'en imposer. Un examen prolongé, l'état de la pupille, l'auscultation, la sensibilité explorée dans les régions où elle persiste le plus longtemps, l'ensemble et la succession des phénomènes, l'appréciation des causes et des antécédents, feront reconnaître la fraude.

L'état mental des agonisants mérite un examen particulier. Les facultés intellectuelles sont-elles absolument abolies dans cette période? L'agonisant peut-il comprendre, se souvenir, reconnaître un assassin, le désigner par un signe, parler, manifester une volonté dernière? Peut-il par moments reprendre connaissance et sortir du sommeil qui précède la mort ? On a vu un moribond exprimer dans l'ombre une volonté douteuse, et le testament par acte publie être contesté devant les tribunaux. Le point de départ de l'agonie est variable, les fonctions ne s'éteignent pas toujours dans le même ordre ; les facultés intellectuelles peuvent persister pendant un certain temps, malgré l'embarras visible de la respiration et de la circulation. Xous admettrions à ce point de vue deux formes de l'agonie : la première, avec perte de connaissance dès le début, lorsque la cause de la mort siège dans le cerveau, a pour type l'agonie qui succède à l'apoplexie, aux méningites, aux plaies de tête; l'intelligence cess^ d'abord, et c'est plus tard, après une longue résistance, que s'éteignent la respiration et la circulation. Dans la seconde forme, qui a pour point de départ les poumons et le cœur, l'intelligence persiste; le coma et l'anesthésie ne prennent que plus tard leur place parmi les phénomènes de l'asphyxie lente. Dans l'agonie avec refroidissement et affaiblissement graduel, la connaissance peut ne se perdre qu'au moment de la syncope finale.

Certains malades ont conscience de leur mort prochaine; ils assistent pour

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ainsi dire à leur agonie dont ils suivent les progrès; les uns s'agitent dans les angoisses du désespoir, d'autres annoncent leur fin par des paroles élevées, par de touchants adieux; l'intelligence, avant de s'éteindre, semble briller d'un plus vif éclat; c'est cette situation d'esprit que les anciens auteurs ont appelée exslasis, vaticinatio morientium. Plus d'un médecin, au moment de la mort, a montré cette fermeté de caractère, avec une remarquable clairvoyance du pronostic, annonçant à heure fixe l'instant fatal. La justice peut profiter de cette période et obtenir encore de précieux renseignements.

L'ordre dans lequel les fonctions s'éteignent avertit de l'imminence de la mort. La vue est le sens qui s'affaiblit le premier : « C'est la nuit ; ouvrez les rideaux, je ne vois plus, » paroles souvent prononcées par des mourants. L'ouïe persiste davantage, ce n'est pas sans raison que l'on recommande la plus grande circonspection dans le langage au voisinage d'un agonisant. La sensibilité cutanée disparait plus tard. L'extinction des facultés intellectuelles se fait aussi graduellement; la connaissance est encore entière, et déjà l'expression n'est pins possible ; la voix et la parole manquent ; bientôt la pensée se trouble et s'affaiblit ; la mémoire cesse ou reproduit les lointaines images du passé; un délire vague alterne avec le sommeil ; par une puissante sollicitation on peut encore obtenir un signe de connaissance, un murmure à voix" basse, un mouvement des yeux ou des lèvres, mais on ne se fiera plus à l'expression d'une pensée incomplète à laquelle se mêle peut-être l'hallucination. On a vu cependant la conscience se réveiller et jeter une dernière lueur, dont la justice profite pour obtenir une indication.

Peut-on momentanément faire sortir le malade de cet état, interrompre le sommeil qui précède la mort ? Les excitants ordinaires n'y suffisent pas, mais il paraît qu'au moyen des injections dans les veines, on est parvenu à réxeiiler une connaissance absolument éteinte, et à opérer au point de vue mental une véritable résurrection de l'agonisant. C'est dans le choléra que ces effets remarquables ont été produits par l'injection dans les veines d'eau ou de solutions salines, à la dose de quelques litres. « Dans tous les cas d'injection, dit M. Beaumetz, nous voyons une amélioration très-notable se produire. Le malade agonisant renaît à la vie, il reprend connaissance, il parle, il voit, et reconnaît les siens. ..rien de plus étonnant que cette résurrection! » Christison d'Edimbourg, s'exprime en ces termes : « Tous les médecins qui ont vu les effets des injections, sont surpris du résultat immédiat. Un individu qui est étendu, sans pouls, presque sans voix, la peau froide et plissée, présentera au bout de trente à quarante minutes, un bon pouls, une respiration chaude, une jone rouge et un œil ouvert et vivant. De plus il recommence à parler et à se mettre en communication avec ceux qui le soignent. M. Netter a réuni plusieurs faits de ce genre qu'il intitule, effets magiques des injections chez des agonisants. Un malade expirant est ramené à la vie cinq fois en 56 heures, il renaît d'une manière presque miraculeuse, mais pour mourir bientôt malgré les efforts de l'art (Duchaussoy, 1855). Une femme paraissait tout à fait agonisante ; après une injection, elle se croit arrachée à la mort, file remercie le m 'decin ; l'amélioration se soutient pendant 24 heures (Briquet). Un cholérique semble à sa dernière heure, il ne respire qu'avec les plus grands efforts; sous l'influence d'une injection, il revient à la vie, et pendant une demi-heure, il cause et se félicite de son état. Un autre est presque réduit à l'état de cadavre, il commence à avoir l'odeur du moribond; l'injection amène une résurrection presque immédiate ; il parvient à lire;

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trois fois il retombe dans là cyanose et le collapsus, et l'injection le ranime; il a fini par succomber (Colson, Bullet. de VAcad. de méd., 1866). M. Lorain a réussi à ranimer un malade avec une injection d'eau de 400 grammes. Dans la plupart des cas, les résultats n'ont été que temporaires ; le malade est retombé dans l'agonie et a succombé, maison lui avait rendu pour un moment la plénitude de son intelligence, la faculté de parler, de donner des renseignements, d'exprimer sa volonté. Pourra t-on appliquer ce procédé à d'autres agonies qu'à celle du choléra, à l'empoisonnement, par exemple, à l'asphyxie ? L'intérêt du malade est d'accord avec celui de la justice, et le médecin est encore dans son rôle en prolongeant et en réveillant par de suprêmes efforts les dernières manifestations de la vie morale.

L'agonie est-elle curable? En général, c'est un combat dont l'issue n'est pas douteuse; on a vu cependant sortir de cette crise des malades déclarés agonisants. Une distinction peut être établie entre les agonies brusquement amenées par une maladie aiguë ou par une cause traumatique ou toxique, et celles qui succèdent à une affection de longue durée. La possibilité d'une guérison n'est admise que pour le premier cas, et l'agonie même est un des signes commémoratifs qui attestenc la réalité du décès.

Les caractères dnatorniqhes de l'agonie ont une réelle importance en médecine légale; nous avons intérêt à connaître si la mort a été lente ou prompte pour résoudre la question de survie et pour apprécier les actes qui ont pu s'accomplir dans les derniers moments de l'existence. Il faut en outre distinguer à chaque autopsie les effets de l'agonie d.s lésions qui appartiennent au genre de mort. Certains signes, comme la liquidité du sang, annoncent la soudaineté du décès, d'antres sont l'expression d'une lutte contre la mort. L'emb;irras prolongé de la circulation et de la respiration est indiqué par les signes suivants : Stases sanguines, congestions hype statiques, plénitude du système veineux, congestionnotable de l'appareil veineux du canal rachidien, hypersécrétion du mucus bronchique, écume dans les voies aériennes, infiltration séreuse et engouement du poumon, liquide cérébro-spinal abondant, caillots rougeâtres, jaunâtres, tibrineux, dans le cœur, dans les gros vaisseaux; les concrétions polypeuses se rencontrent dans les agonies prolongées, dans celles qui succèdent aux affections du cerveau ; nous les avons observées, avec leur maximum d'intensité, dans la méningite cérébro-spinale.

L'agonie est la même, quelle que soit la maladie qui la précède; telle est l'opinion de Galien, de Plouquet, de divers physiologistes; c'est une asphyxie lente, dit M. Jaccoud, primitive ou secondaire, suivant son point de départ ; elle n'en présente pas moins des formes différentes qui peuvent jeter quelque jour sur les causes et les circonstances de la mort. La raideur tétanique provoquée par la strychnine, la respiration ralentie, oubliée pour ainsi dire, qui accompagne l'empoisonnement par l'opium, le délire halluciné produit par l'atropine, se mêlant aux phénomènes de l'agonie, constituent de précieux indices. La cyanose indique une lutte violente, elle contraste avec la pâleur des morts rapides. Le coma est immédiat à la suite des lésions du cerveau ; l'asphyxie est franche dans les maladies du poumon qui produisent souvent la mort la plus douce, comme la pneumonie des vieillards ; l'angoisse est peinte sur la figure des agonisants par les maladies du cœur ; l'expression de la douleur reste sur les traits de celui qui succombe à une péritonite, tandis que le froid progressif, le calme, l'insensibilité, avec persistance de la connaissance, caractérisent l'agonie qui succède à de larges

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brûlures. La physionomie de l'agonisant peut indiquer ses dernières pensées, exprimer la terreur qu'a inspirée un acte de violence ; une attitude caractéristique peut se conserver après la mort.

Une singulière application de la photographie a été annoncée par un journal américain; en soumettant au daguerréotype la rétine d'un individu assassiné, on y retrouvait l'image du meurtrier et des objets qui avaient entouré la victime au dernier moment. En 1869, M. le docteur Bourrion a adressé à la Société de médecine légale de Paris une épreuve photographique avec la note suivante : cette photographie, prise sur la rétine d'une femme, assassinée le 14 juin 1868, représente le moment où l'assassin, après avoir frappé la mère, tue l'enfant : le chien de la maison se précipite vers la petite victime. Personne ne put reconnaître cette image ni l'interpréter dans le sens indiqué par l'auteur. Les juges et le public pouvaient croire ce procédé réel ; pour l'apprécier, M. Yernois a fait des expériences sur des lapins, des chiens et des chats; des objets faciles à reconnaître et éclairés par une vive lumière, étaient placés en face des yeux de ranimai, dans les derniers moments du son existence; les yeux étaient immédiatement enlevés, et l'on prenait la photographie de la rétine ; l'épreuve n'a jamais reproduit que l'état anatomique superficiel de cette membrane. Sur le vivant, l'ophthalmoscope n'a pu découvrir l'image des objets qui peu de temps auparavant avaient frappé la rétine ; la durée des impressions est extrêmement courte et se prolonge rarement au delà d'une faible fraction de seconde ; on ne retrouvera pas sur cette membrane la dernière trace de l'impression lumineuse, pas plus que dans l'oreille interne, celle du dernier son.

Les actes commis sur des agonisants peuvent être l'objet d'expertises médicolégales. Divers accidents et des abus se produisent pendant cette période : l'asphyxie par l'introduction dans les voies aériennes de boissons administrées sans précaution, la compression du thorax, le défaut de soins, et, comme nous l'avons vu, le délaissement et l'ensevelissement précipités. L'agonie a son traitement, et le médecin remplit un dernier devoir envers son malade, en assistant à cette crise suprême. Thierry a parlé avec éloquence des soins dont il faut entourer les mouiants ; Forget a retracé avec détails les règles du traitement de l'agonie; le cœur les dicte autant que la science ; le médecin cherche à adoucir le dernier moment qu'il ne peut plus retarder.

Des chirurgiens ont proposé de reculer jusqu'au moment de l'agonie certaines opérations qui paraissaient trop graves pour qu'on y exposât les malades, avant pour ainsi dire d'avoir perdu tout espoir ; de ce nombre était la trachéotomie et la transfusion du sang. Les progrès de la thérapeutique ont assigné leur moment à ces opérations et ont exclu les époques tardives. On a proposé par contre de hâter l'opération césarienne et de substituer l'hystérotomie in moribunda à l'hystérotomie post mortem; on se fondait sur les résultats si généralement défavorables de l'opération pratiquée après la mort. Cette doctrine évidemment inadmissible prêterait à de déplorables abus ; l'opération césarienne a ses indications déterminées dans lesquelles il importe de la circonscrire. Si le travail est avancé pendant l'agonie, on essayera de le terminer par les voies naturelles ; l'hystérotomie, dans les cas de ce genre, n'est permise qu'après la mort, mais on la pratiquera sans délai, à l'instant même où les signes immédiats ne laissent aucun doute sur l'extinction de la vie. Les méprises connues, le fait de d'Outrepont qui allait commencer l'opération au moment où la femme revint à elle, montrent toute la nécessité d'un examen scrupuleux.

DICT. ESC. 2e S. IX. 41

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Un crime peut être commis sur un agonisant, la certitude d'une mort prochaine ne modifie pas le caractère de l'acte. La question cependant a été discutée, et le fait de l'agonie a été considéré comme atténuant la responsabilité. D'après nn des traités annexes du Talmud (Schwab, Médecine légale des Hébreux, thèse de Strasbourg, 1861), le meurtrier ne mériterait plus la peine de mort, quand la victime, d'après un pronostic médical certain, n'avait plus un an à vivre, ou bien, quand déjà blessée à mort par une autre personne, elle était prête à rendre le dernier soupir. Dans une rixe où s'échangent des coups multipliés, un des accusés peut avoir intérêt à prouver que la victime était déjà mortellement atteinte, quand il l'a lui-même frappée. Sans changer la valeur morale de l'acte, celait peut ébranler un jury par la considération d'un moindre préjudice matériel. Des attentats à la pudeur ont été commis pendant l'agonie. Le fait romanesque de Bruhier, relevé par Louis, du religieux veillant une prétendue morte, abusant d'elle, reconnaissant plus tard sa paternité, puis délié de ses voeux, réparant sa faute par un mariage, ne peut guère être donné comme une preuve ; mais on a recueilli de nos jours de tristes exemples d'attentats du même genre, dans lesquels l'on n'a pas reculé devant la mort.

Est-il permis d'abréger une agonie, de précipiter une mort inévitable pour mettre un terme à de cruelles douleurs? Cette question ne peut être posée sous la forme du doute, elle est résolue par ce précepte : « Tu ne tueras point. » Dans un but spécieux d'humanité, on a quelquefois soutenu l'alfirmative. On a cité comme exprimant cette opinion le passage suivant d'Àrétée (De curât, morb. acut., lib. II, c. v, p. 105, édit. deBoerhaave. Leyde, 1756) : « Quando quidem hominibus ita viventibus mori beatum est. Medicum autem cuiquam mortem inferre nefas dicitur. Sed fas est interdum, cum prœsentia mal a evadi non posse manifeste prœvideat, gravitate capitis torpida cegrotum sopire. » En consultant le texte grec, on voit qu'il s'agit d'un effet narcotique et non d'un empoisonnement. Déjà le serment d'IIippocrate contenait ce précepte : « Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion. » (Trad. de Littré.)

La tradition alfîrme qu'on étouffait autrefois sans scrupule, les malheureux atteints de la rage. Van Hasselt rapporte qu'aux Indes Hollandaises des officiers se sont tués ou se sont fait donner la mort par d'autres, pour ne pas tomber entre les mains de l'ennemi. Ce coupable service a quelquefois été demandé au médecin ; l'expédition d'Egypte en offre un exemple mémorable. Le général en chef invita Desgenettes à abréger par une dose d'opium l'agonie des pestiférés de Jaffa. Il s'agissait de terminer des souffrances, de préserver l'armée du péril de la contagion, d'empêcher des malheureux de. tomber sous le cimeterre des Turcs. « Je répondis seulement, dit Desgenettes : mon devoir à moi, c'est de conserver. » (Armée d'Orient, p. 145.) C'est la mission du médecin, il ne s'en écartera pas, malgré les plus spécieux prétextes, ni sous la pression des circonstances les plus graves. 11 soulagera, s'il le peut, les souffrances de l'agonie ; ainsi dans la campagne de Crimée, suivant l'expression de M. Scribe, la chloroformisation dite de charité rendait moins douloureux les pansements, le transport des blessés mortellement atteints, adoucissait leur agonie, mais le médecin restait toujours fidèle à son premier devoir dont un faux sentiment d'humanité ne peut pas le détourner. (Voy. Agome.)

IV. Les signes de la mort. Ces signes manquent dans la mort apparente.

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leur présence caractérise la mort réelle. L'étude de ces signes appartient à l'enseignement comme aux livres ; c'est le devoir du professeur de guider le jeune médecin dans cette constatation importante. L'examen méthodique d'un cadavre, à une époque quelconque de la mort, présente le tableau saisissant des signes d'une période donnée, et l'habitude de ces recherches conduit à un diagnostic rapide et sûr. Il est peu de questions qui aient suscité autant de discussions et de travaux ; les premières sont restées souvent stériles et se bornaient à une énumération d'autorités pour ou contre. On s'est préoccupé du but plus que des moyens de l'atteindre, et l'imagination frappée a proclamé l'incertitude des signes de la mort. Le péril était affreux, et la science, disait-on, n'offrait pas les moyens de s'y soustraire; le seul refuge était une longue attente, ne produisant encore que des manifestations douteuses. La thèse longtemps soutenue a été celle de l'incertitude des signes delà mort, jusqu'au moment où Louis, dans ses lettres si remarquables sur la certitude de ces signes, a posé les bases d'un diagnostic rationnel. L'idéal cherché était un signe pathognomonique, constant, irréfragable, facile à constater par tous; les uns le placèrent dans l'extinction d'une fonction importante, les autres dans une modification organique. Si la certitude absolue semblait se refuser à chacun de ces points de vue exclusifs, la science s'enrichissait par ces travaux de détails ; bientôt on s'aperçut que le problème était résolu et que l'ensemble et l'association des caractères fournissaient les éléments d'un diagnostic certain.

La séméiotique de la mort comprendra deux parties : A, l'histoire particulière des signes ; B, les règles du diagnostic.

A. Division des signes. On entend par signe de la mort tout ce qui indique que la vie est irrévocablement éteinte. Les signes ont été divisés au point de vue de leur nature, en fonctionnels et en organiques; les premiers, subjectifs, négatifs, sont fournis par l'abolition successive des fonctions qui caractérisent la vie ; les seconds, objectifs, positifs, résultent des modifications physiques et chimiques qui se produisent dans les organes après la mort.

La division la plus ancienne et la plus généralement suivie est celle qui partage les signes en certains et en incertains , elle coïncidait avec la première ; les signes fonctionnels ou négatifs étaient, en général, déclarés douteux ; les signes organiques ou positifs étaient considérés comme fournissant seuls une base à la certitude. L'analogie est grande, il est vrai, entre l'abolition d'une fonction et sa suspension ; au moment où elle s'arrête qui peut affirmer que ce sera pour toujours? N'a-t-on pas pour but, dans la mort apparente, de rétablir cette fonction suspendue ? Mais c'est ici une question de temps : l'interruption qui se prolonge devient irrévocable; l'importance de certaines fonctions ne permet qu'une courte interruption de leur jeu. La physiologie nous apprend que la mort n'est pas instantanée dans tous les organes et que les fonctions qui s'éteignent les dernières fournissent des signes d'une grande valeur. Une distinction doit être faite entre la vie organique et la vie de relation. « La cessation de la vie organique, dit Bichat, est toujours un sûr indice de la mort générale. On ne peut même prononcer sur la réalité de celle-ci que d'après cette donnée, l'interruption des phénomènes externes étant un signe presque constamment infidèle. » L'abolition de plusieurs fonctions à la fois, celle des fonctions ultimes, conduisent aussi à la certitude. Une remarque en sens opposé s'applique aux signes organiques; quelques-uns ne sont pas inconciliables avec la persistance de la vie, d'autres disparaissent ou se modifient avec le temps. Ils ont une valeur différente suivant

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qu'ils résultent de la pesanteur, du refroidissement, de l'évaporation, des combinaisons chimiques, et suivant aussi le siège et la nature des altérations anatomiques et histologiques.

Les signes sont immédiats ou tardifs et cette distinction, basée sur l'époque de leur apparition, a une grande importance pour le diagnostic ; les signes immédiats peuvent être passagers ou durables. On a fait une classe de signes anamntstiques. Le mode de manifestation des caractères a aussi été un motif de subdivision ; les uns sont spontanés, les autres provoqués; on s'est ingénié à multiplier les épreuves qui ont pour but de faire reconnaître la réalité des décès; quelques unes ont une réelle valeur.

La division des signes en certains et en incertains, utile pour le diagnostic, ne se prête pas à un exposé méthodique. Les signes de la mort seront recherchés dans les différents appareils ; l'ordre physiologique permet de les suivre dans tous leurs détails, et indique leurs rapports. Nous examinerons successivement : l'aspect général, la face, l'attitude, la peau; l'appareil cérébro-spinal, la perte de connaissance, de sensibilité, de motilité; les organes des sens, lathanatophthalmie ; la respiration, la circulation, la température, la thanatométiïe ; les sécrétions et l'absorption ; le système musculaire; la putréfaction.

1° Aspect général. La vue d'ensemble laisse peu de doutes à celui qui a l'habitude de ce triste spectacle ; l'aspect du cadavre fait naître une impression involontaire de répugnance et de terreur; ce qui frappe, c'est l'immobilité, la couleur, l'expression, l'attitude, l'odeur, et si on touche le corps, un froid caractéristique. L'apparence du cadavre se modifie d'heure en heure, par suite des modifications continues qui tendent à détruire les organes et à ramener les éléments aux combinaisons de la nature inorganique.

2° La face est hippocratique, puis cadavérique ; c'est d'abord le faciès des mourants, décrit par Hippocrate : « Front ridé et aride, yeux caves, nez pointu, lèvres bordées d'une couleur noirâtre, tempes affaissées, creuses et ridées ; oreilles retirées en haut, lèvres pendantes, pommettes enfoncées, menton ridé et raccorni, peau sèche et livide ou plombée, poils des narines et des cils parsemés d'une sorte de poussière d'un blanc terne , visage quelquefois contourné ou méconnaissable. » Telle est l'altération de la physionomie humaine qui se produit aux approches de la mort, et tout à coup l'expression se modifie et s'immobilise, la face devient cadavérique ; elle pâlit et prend une teinte jaunâtre, couleur de cire, les muscles s'affaissent, les capillaires se vident, les lèvres tombent et blanchissent, le nez s'effile, les paupières s'entr'ouvrent, la pupille se dilate, la mâchoire inférieure s'abaisse , et les traits immobiles ont le calme de la mort.

La face contractée pendant l'agonie peut reprendre son expression naturelle ; elle est sereine chez certains morts; d'autres fois cette expression est en rapport avec la cause du décès et avec les sentiments éprouvés pendant les derniers moments de la vie. Chez l'asphyxié, elle indique le sommeil, la stupeur, l'hébétude; l'empreinte de la douleur reste souvent sur les traits de celui qui succombe à une péritonite ; on a vu l'expression du courage, les angoisses du désespoir, le calme de la résignation, persister après la mort; d'intéressantes études ont été faites à cet égard, sur les champs de bataille, par MM. Armand et Perrier et par d'autres observateurs. Fodéré attachait de l'importance à ce signe comme moyen de distinguer le suicide de l'homicide. Salluste nous dépeint Catilina, conservant son expression farouche : « Ferociamque animi quam habuerat vivus, in vultu

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retinens. » L'expression jointe à l'attitude peut jeter quelque jour sur les circonstances de la mort.

Quelques traits sont communs à tous les cas et ont ainsi une grande valeur, comme signe de mort. Voici la physionomie d'un supplicié, cinq minutes après l'exécution : « Face exsangue, d'une couleur jaune mat, uniforme, mâchoire inférieure abaissée, bouche ouverte, visage immobile, expression de la stupeur, non de la souffrance; yeux bien ouverts, fixes, regardant droit devant eux ; pupille dilatée, cornée commençant déjà à perdre de sa transparence. » (Dujardin-Beaumetz et Evrard.) La pâleur, la mâchoire abaissée, les paupières ouvertes, la pupille dilatée, sont ici, comme dans les cas ordinaires, les signes caractéristiques.

L'anémie cadavérique est indépendante de toute perte de sang. Après la dernière impulsion du cœur, les capillaires se vident et ne se remplissent plus. C'est alors que se répand sur le visage cette pâleur mortelle qui coïncide avec l'affaissement des traits. Les capillaires et les petites veines très-congestionnés ne se vident pas; ainsi des traces de cyanose s'observent souvent aux lèvres et aux oreilles, surtout dans l'asphyxie. Cette circonstance modifie un peu l'expression faciale. D'autres changements se produisent ; la rigidité cadavérique donne aux traits plus de fermeté et leur rend leur expression habituelle ; c'est le moment attendu pour le moulage. La pupille se rétrécit; les mâchoires s& rapprochent un peu ; la coloration se ranime par suite de la putréfaction gazeuse, et les yeux peuvent même reprendre un peu d'éclat.

5° L'ouverture des yeux et de la bouche, la chute des lèvres, sont aussi des signes d'une grande valeur ; personne ne meurt la bouche et les yeux fermés, a dit Camper. Fermer les yeux à quelqu'un est une de ces expressions caractéristiques qui montrent à cet égard l'opinion commune. On se hâte ordinairement après la mort de fermer les yeux et de rapprocher les mâchoires avant la rigidité, pour éviter l'impression pénible que produisent les yeux éteints et la bouche ouverte.

L'abaissement de la mâchoire inférieure peut être considéré, avec quelques restrictions, comme un des bons signes de la mort. Si la mort est apparente, dit Bruhier, et que l'on abaisse la mâchoire inférieure, elle ne reste point dans la situation qu'on lui a fait prendre et se rapproche spontanément de la supérieure. Si la mort est réelle et que l'on abaisse la mâchoire avec force, elle ne se redresse pas. Ce signe a l'avantage d'être constant et facile à reconnaître. Deux objections ont été faites : la première que dans la mort apparente, la mâchoire peut rester abaissée; la seconde que dans certains genres de mort, les mâchoires sont serrées l'une contre l'autre, et qu'ainsi l'abaissement de la mâchoire peut exister pendant la vie et manquer après la mort. Rœderer a vu chez des nouveau-nés, en état de mort apparente, la mâchoire inférieure être abaissée et retomber quand on la relevait, et cependant on parvenait à rappeler à la vie des enfants qui présentaient ce phénomène. Frank rapportant ces faits, remarque que les muscles qui rapprochent les mâchoires peuvent être momentanément affaiblis, sans que leur paralysie soit irrémédiable. La mâchoire retombe naturellement chez quelques vieillards, chez des paralytiques, des hystériques , on a aussi observé ce fait dans l'agonie. Une luxation ancienne peut maintenir les mâchoires séparées. A la suite de certains genres de mort, les mâchoires sont, au contraire serrées l'une contre l'autre; ainsi nous avons observé ce rapprochement chez une femme qui succomba au tétanos, mais ce n'étaient pas seulement les

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mâchoires qui restaient immobiles et serrées au moment de la mort ; c'était le système musculaire tout entier qui conservait cette raideur. Dans les maladies qui se terminent au milieu du délire et de spasmes nerveux, dit M. Bouchut, il survient quelquefois des contractions tétaniformes dans les muscles des mâchoires, ce qui rapproche les arcades dentaires l'une de l'autre, et les laisse après la mort dans cette position. Friedereich, qui combat ce signe, rappelle que Frank avait déjà constaté ce resserrement des mâchoires quatre heures après la mort chez une femme grosse; il cite des cas analogues, mais il n'est pas certain que la rigidité cadavérique, si prompte à la mâchoire inférieure, n'ait pas joué là un certain rôle.

La rigidité raccourcit les muscles et rapproche les maxillaires; nous avons fait à cet égard des mensurations au moment de la mort, et quelques heures après, lorsque les mâchoires devenaient raides, le rapprochement était de 8 à 10 millimètres; un disque de cire ramollie par de la stéarine placé entre les dents, présentait à ses deux faces une morsure d'une profondeur de 2 millimètres. Le rapprochement peut-il avoir lieu jusqu'au contact complet, le fait ne nous paraît pas impossible ; on l'observe pour d'autres muscles; ainsi le pouce et l'index d'un mort étant placés à un centimètre de distance, cet espace s'effaça successivement et au bout de cinq heures les doigts se touchèrent. Ce rapprochement par la rigidité ne diminue pas la valeur du signe. L'épreuve qui consiste à abaisser la mâchoire et celle-ci sera décisive, à moins qu'on ne la force au moment où la rigidité commence ; elle pourrait alors, en se rétablissant, amener de nouveau un léger rapprochement des mâchoires, mais la réalité de la mort à cette époque ne serait l'objet d'aucun doute. Orlîla a supposé qu'après l'abaissement, « il pourrait se faire que le rapprochement des deux os eût lieu en vertu d'un reste de contractilité dont seraient doués les muscles crotaphites et masseters. » Des grimaces, des secousses spontanées se produisent après la mort, phénomène fort rare et passager; l'électricité elle-même ne détermine pas des contractions persistantes. On a encore objecté que la raideur tétanique ou la rigidité cadavérique pouvaient être assez violentes pour qu'il fut impossible de les vaincre; on se rendrait facilement compte de ces cas exceptionnels. M. Labordette (Acad. de mécl., séance du 9 juin 1874) a de nouveau insisté sur la valeur de ce signe; la raideur des mâchoires est à ses yeux un signe de vie. L'abaissement spontané du maxillaire inférieur au moment de la mort, l'abaissement provoqué non suivi de redressement, sont deux puissants moyens de diagnostic, qui réclament comme tous les autres une appréciation judicieuse, tenant compte des circonstances et des cas exceptionnels.

4° L'attitude est déterminée par l'action de la pesanteur et par la situation du corps au dernier moment de la vie; le plus souvent c'est le décubitus dorsal, avec demi-flexion des membres, tête inclinée, pointe du pied tournée en dehors, pouce fléchi vers la paume de la main ; attitude absolument passive, avec résolution générale de tous les muscles. Quand la rigidité se développe, l'attitude éprouve un léger changement, par suite de la flexion des membres plus prononcée, elle devient alors définitive jusqu'au moment où les membres s'assouplissent de nouveau. L'attitude est quelquefois déterminée par le genre de mort, et plus encore que l'expression faciale, elle révèle ce qui s'est passé dans les derniers moments de la vie. Dans certains cas une raideur particulière qui a précédé la mort, persiste et maintient le corps dans une attitude qui peut être contraire aux lois de la pesanteur; cette raideur se continue jusqu'au moment où la rigidité cada-

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vérique consolide l'attitude. Le fait est constaté pour le tétanos ; il semble possible même en dehors d'une maladie préalable ; il explique la position particulière debout, assise, de certaines personnes surprises par la mort. On a noté des attitudes singulières à la suite de la fulguration et sur les champs de bataille. A l'Aima, un Russe, couché sur le côté, les genoux fléchis, les mains levées et jointes, la tête renversée en arrière semblait murmurer une prière suprême (Perrier). Parfois l'arme restait dans la main du soldat mort eu combattant. A la suite d'une blessure de l'abdomen, le corps était plié, couché sur le côté, la face crispée et les mains serrées contre le ventre. Sur la pente d'une colline, le corps d'un chasseur allemand était couché dans l'attitude correcte d'un soldat qui monte à l'assaut; un autre était étendu sur le dos, les bras levés vers le ciel. Dans la guerre de la sécession, un cavalier américain a été trouvé debout, appuyé contre son cheval, le pied gauche dans l'étrier, le pied droit à terre, la main gauche à la crinière, la droite à la carabine, la tête tournée vers l'ennemi; il était mort et dans un état complet de raideur (Brinton, Rossbacli). Si un doute, à l'occasion de l'attitude, s'élevait sur la réalité du décès, il serait levé par la flexion du membre, redevenu souple, et qui ne se raidirait plus.

5° La flexion du pouce vers le creux de la main a été donnée comme un des signes de la mort, c'est le résultat d'une dernière contraction musculaire pendant l'agonie. Tel signe, dit M. Villermé, qui est douteux quand on le considère isolément et pendant un instant, cesse de l'être, s'il se présente avec tels autres et depuis un certain temps. De ce nombre, est la flexion de la première phalange du pouce, que recouvrent les autres doigts. « Quand la mort est réelle, les quatre derniers doigts de la main sont donc rapprochés et fléchis, et le pouce recouvert par eux, presque toujours dirigé dans le creux delà main, vers la racine du petit doigt; et ses deux phalanges dont la première se trouve seule dans la flexion, sont ordinairement étendues l'une sur l'autre. » Depuis que l'attention, a été appelée sur ce signe, chacun a pu constater qu'il manquait souvent; d'après ML Josat ce serait sept fois sur dix, et il existerait à peu près dans la même proportion avant la mort consommée. Les mains après la mort sont plutôt demi-fermées qu'ouvertes ; la rigidité cadavérique courbe un peu les doigts ; de telle sorte que cette attitude fléchie appartient bien au tableau de la mort ; il en est de même du renversement de la pointe du pied en dehors, simple effet de la pesanteur.

6° Pâleur de la peau. Cet organe semble mourir un des premiers ; la sensibilité s'éteint, la dernière ondée sanguine passe des capillaires dans les veines, et la pâleur de la mort s'établit; elle est générale ; la peau devient en même temps plus opaque, plus dure, elle est comme affaissée et tassée. Sur diverses régions, notamment à la paume des pieds et des mains, elle prend une teinte jaune de cire; Bonafoxde Malet a signalé comme devenant exclusivement ou particulièrement jaune, l'intérieur des mains et la plante des pieds. La peau est surtout blanche aux points de contact du corps avec le plan qui le supporte ; elle y est comme aplatie. Des traces de cyanose partielle peuvent exister sur diverses régions. Si l'asphyxie a été lente, des taches rosées sont disséminées sur les régions non déclives du corps et c'est sur ces points que s'étendront les colorations roses consécutives, si prononcées dans l'asphyxie par la vapeur du charbon. Une cyanose très-étendue fait naître des doutes ; une face habituellement rouge et bronzée se décolore moins complètement ; M. Josat signale la teinte violacée du bout des doigts, à la racine des ongles, et à travers ces organes.

La blancheur et l 'aplatis ssement des parties sur lesquelles le corps repose,

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