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DICT. EN'C. 2° S. X

34 MORUE (iHÉRAf-ErTIQUE).

ressortait de son triomphe, assuré, rapide, dans les cas où les autres médicaments avaient antérieurement échoué. Si réellement toute autre médication était impuissanle dansTespèce, et si le nouveau remède olfrait seul des chances de guérison, l'huile de foie de morue devenait le spécifique du rachitisme. Mais on guérissait sans doute autrefois et l'on peut encore guérir aujourd'hui sans elle cette maladie d'ailleurs très-complexe; néanmoins il est de toute justice de reconnaître que l'huile de foie de monie est venue apporter un concours très-utile aux moyens d'hygiène et de thérapeutique qui constituent le traitement des ramollissements osseux. Gomment au surplus pourrait-elle à elle seule ici suffire à tout? Elle ne fournit pas autant que les préparations calciques et même que les aliments ordinaires, des éléments d'ostéogénèse. Ce n'est donc que par action indirecte qu'elle peut agir sur la régénération des os ; c'est un aliment ajouté à d'autres qui étaient insuffisants, comme dans le rachitisme né de la misère physiologique, ou substitué à un régime nuisible, comme c'est le cas des enfants rachitiques qui périclitent au lieu d'acquérir par la précocité ou par l'abus de l'alimentation animale. Dans ces circonstances, l'huile de morue relève admirablement, il est vrai, l'état cachectique des sujets, stimule leurs fonctions nutritives, redresse en quelque sorte leurs perversions et dirige leur activité vers l'élément organique en soufirance, particulièrement représenté ici par le système osseux. En un mot, l'os se nourrit et par suite se reconstruit, non par elle, mais sous l'impulsion d'une action restauratrice de l'état général. Il est positif que sans son intervention, un traitement ratioimel et bien combiné, tel que celui proposé par Jules Guérin, peut bénéficier complètement aux rachitiques; mais ce serait aller trop loin que de l'exclure à l'imitation de cet éminent praticien ; son utilité n'est plus contestable, et il est même des cas où l'amélioratien ne devient sensible, oii l'affection ne marche franchement vers la guérison qu'à partir du moment où l'on a recours à cet auxiliaire important.

L'huile de foie de morue est donc définitivement acquise, non-seulement au traitement du rachitisme, mais aussi à toutes les lésions de la force plastique dans le squelette; elle convient également aux individus atteints d'ostéomalacie, de carie, de nécrose, aux sujets faibles atteints de fractures, chez lesquels la formation du cal languit. C'est même chez ces divers individus que l'huile de foie de morue peut et doit être portée aux plus hautes doses, et ils la supportent généralement bien, surtout ceu-^ affectés de rachitisme, d'ostéomalacie ou de carie; c'est d'abord un analeptique qui leur convient par excellence, et qui de plus exerce sur les réparations osseuses une influence qui, pour être indirecte, n'en est pas moins réelle. Cette influence est telle, que l'état plastique des os n'est pas seulement modifié; leur état douloureux lui-même s'amende; et l'on voit en effet, dès les premiers jours du traitement par l'huile de morue, les douleurs aiguës que les enfants rachitiques éprouvent dans les membres, faire trêve. Ce même résultat s'observe aussi chez les sujets atteints de carie, en même temps que l'inflammation des parties molles diminue ou cesse.

Nous verrons tout à l'heure que, dans la scrofule, l'huile de morue convient spécialement aux formes qui intéressent les os; nous la verrons plus loin appliquée au rhumatisme et à la goutte, maladies dans lesquelles les extrémités osseuses sont plus ou moins compromises. La clinique a donc été amenée à reconnaître dans ce médicament une électivilé d'action sur le système osseux, que des études plus avancées de physiologie pathologique nous permettront peut-être un jour d'expliquer.

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Scrofule. L'huile de l'oie de morue a été donnée d'une manière banale à tous les scrofuleux, et même aux sujets présentant tout simplement les attributs du tempérament ]ym|ihatique. Ceux-ci, de même que les individus qui ne sont atteints que du ne scrofule bénigne à la première période, ont plutôt besoin des ferrugineux et des amers, tandis que l'huile de morue convient particulièrement aux scrot'ulides malignes et à la scrol'ule osseuse. C'est dans les cas de ce "•enre, tels que les tumeurs blanches et les lupus, que ce remède manifeste sa pu ssance, à la condition d'être donné pendant longtemps et à hautes doses; Bi;iii le porte graduellement jusqu'à 'iOO, 300 et 400 grammes par jour (Leçons .sur la scrofule, p. 85 et 248). On ne trouve pas toujours des sujets qui acceptent et tolèrent de pareilles doses; et sans aller aussi loin, on peut encore obtenir de beaux succès dans l'impétigo, dans le favus, dans l'ophthalmie et dans l'otite strumeuses. Toutefois, dans le lupus ce sont les doses excessivement élevées qui ont déterminé les cures remarquables rapportées par Éméry, Gibert, Devergie, Bazin, etc.

Dans le carreau, avec dégénérescence tuberculeuse des glandes mésentériques, l'huile de morue compte aussi quelques succès, surtout, d'après Trousseau et 'Pidoux, lorsque l'affection abdominale, caractérisée par l'ascite ou la tympanite, est sous la dépendance du rachitis.

L'huile de morue n'exerce pas seulement une action spéciale sur le vice strumeux ; elle agit en outre comme tonique, comme reconstituant, sur les sujets cacliectisés par les longues sécrélions purulentes, et modifie avantageusement ces sécrétions elles-mêmes. Cependant il arrive parfois, d'après l'observation de Bazin, que les ulcères des scrofnlides malignes prennent tout à coup un mauvais aspect qui force à suspendre l'emploi de l'huile (op. cit., p. 248-249). Lorsque, soit pour celte cause, soit par suite de fatigue et d'anorexie, la médication grasse est suspendue, le même auteur purge une ou deux fois le malade avant de la reprendre.

L'iodure de fer, particulièrement sous forme de sirop, offre tous les avantages pour faciliter l'administration des huiles de poisson et corroborer leur action ; aussi cette association est-elle à juste titre fréquemment employée dans le traitement des affections scrofuleuses.

L'emploi extérieur de l'huile de foie de morue, en onctions ou frictions, sur Jes engorgements strumeux, a paru quelquefois agir comme moyen résolutif. Je l'ai vue produire d'assez bons effets et je la prescris souvent en onctions sur les paupières contre les blépharites scrofuleuses.

Phtkisie pulmonaire. Cette maladie fut l'une des dernières auxquelles on songea à appliquer l'huile de foie de morue. Les premières observations publiées furent celles de Hanquel, qui reconnut à cette huile de refficacité contre la phthisie commençante, et beaucoup moins d'eifet contre la phthisie confirmée. Puis vinrent celles d'Alexandie, d'Utrecht, de Bréfeld, de Galania ; les nouvelles de Schenck, eu 1859; la plupart décernaient particulièrement leurs éloges pour 3a phthisie scrofuleuse. De Jongh, l'un des principaux propagateurs de l'huile de foie de morue, ayant saisi les professeurs de la Faculté d'Utrecht de la question, reux-ci émirent l'avis : que cette huile est au moins aussi salutaire que tout autre médicament; que donnée au début de l'affection tuberculeuse, elle eu arrête le développement pour un temps plus ou moins long, et quelquefois même [)our toujours ; que dans la phthisie confirmée elle parait incapable d'amener une cure radicale, mais qu'elle peut prolonger la vie et la rendre moins pénible.

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Ei\ France, Pereira, de Bordeaux, l'ut le plus ardent promoteur de l'emploi de l'huile de morue dans la phthisie. Il lut à l'Académie des sciences, le 5 juin j85«, un mémoire sur la Curahilité de la phthisie pulmonaire, dans lequel il établit que, sur 563 cas de phthisie bien confirmée, il en sauva 24o et en perdit iOl ; l'huile de foie de morue et un régime tonique étaient les seuls éléments de sa médication. Trop de succès, trop d'enthousiasme; lorsqu'il s'agit d'une diathèse aussi résistante à nos moyens d'actiou, des résultats plus modestes laissent moins d'incrédules. Uu engouement momentané, qui aurait moins entraîné les convictions que fait prédominer les découragements nés des insuccès, l'ut suivi d'une période de calme dans laquelle des observateurs impartiaux recherchèrent les conditions, les formes, les phases de la tuberculose auxquelles répondait le nouveau médicament, et déterminèrent les convenances et les limites de son emploi. Ou rendait ainsi la médicalion rationnelle, en précisant son heure, son opportunité, au lieu de l'appliquer d'une manière empirique, banale et souvent nuisible à tous les phlhisiques ou supposés tels sans distinction.

Tauflieb, de Barr, et Duclos, de Tours, sont des premiers à être entrés dans cette voie.

TaufliLb spécifie que les formes éréthiques, inflammatoires, avec congestions vives vers les poumons, tendances oux bémoptysies, contre-indiqueut l'huile de foie de morue, qui là, serait plutôt capable d'aggraver les accidents et d'activer la marche de la maladie ; que, au contraire, dans les formes torpides, froides et notamment dans la phthisie scrofuleuse, à marche ordinairement chronique, on aura les laisons les plus légitimes d'espérer d'heureux effets de son administralion .

Duclos émet un avis analogue ; en général, l'huile de foie de morue enraye la phthisie pulmonaire, en ralentit le développement lorsqu'on l'administre à la première période de la maladie, et surtout avant que la fièvre se soit manifestée; il tient pour imprudent de la donner aux phthisiques fébricilanls. Le remède modifie d'abord la sécrétion catarrhale, plus tard la toux. Au bout de trois semaines ou d'un mois de traitement, l'action reconstituante de l'huile se montre à tel point sur beaucoup de sujets qu'on serait tenté de croire à la disparition des tubercules, ce qui n'a pas lieu malheiu'eusement ; mais c'est du moins un sursis plus ou moins long obtenu dans leur évolution.

Dans la deuxième période, ramollissement des tubercules, l'huile de foie de morue modère l'intensité dos symptômes, les ralentit, relève les forces, rend l'expectoration plus facile, mais n'arrête pas la marche progressive de la maladie; cependant Duclos cite quelques heureuses exceptions, dans lesquelles de grandes et durables améliorations ont été obtenues. Ici, suivant lui, la fièvre ne contreindique pas le médicament comme dans la première période ; il diminue même le redoublement vespéral et les sueurs nocturnes.

Dans la troisième période, le malade, supportant mal d'ailleurs l'huile de morue, n'en relire aucun profit. Duclos })ense néanmoins qu'on pourrait en tenter l'emploi dans les phthisies constituées par de petites excavations multiples, qui seraient peut-être mieux influencées que les grandes cavernes par l'huile de foie de morue.

Trousseau, après avoir constaté l'utilité de ce médicament dans les formes apyréliques initiales, pense qu'il peut être encore employé au même titre que le régime fortifiant et analeptique, lorsque les sujets sont arrivés à l'hectisie, à la cachexie par suite de la fonte tuberculeuse et de la diarrhée.

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Williams va plus loin et, prétend que l'iiuile de foie de morue est d'autant plus ellicace qu'on l'emploie à une période plus avancée de la plitliisie; suivant lui, elle modère les syni|ilomes de colliquation et l'ait tomber la lièvre. Wals^hc juge aussi que, relativement, elle produit des résultats plus marqués au troisième degré qu'au deuxième ou au premier. Pereira dit avoir léduit en qucl([ucs semaines les dimensions des cavernes en administrant l'huile de l'oie de morne

L'opiaion générale, et j'ose dire l'expérience la plus commune protestent contre ces dernières manières de voir. Fonssagrives se prononce contre l'opportunité de l'huile de loie de morue à la période ultime de la plUliisie, et appuie l'interdiction, lorniiilée par Duclos, de celte huile aux tuberculeux lébricilants ; il reconnaît enliu (pie les huiles de poisson déploient toute leur eflicacité dans les formes et dans les périodes apyréliques de la maladie.

Pidoux, qui recommande l'huile de foie de morue au premier degré de la tuberculisation pulmonaire, admet que si ce médicament est contre-indiqué par une fièvre très-prononcée, il ne l'est pas lorsque les phthisiques ne présentent que cette fréquence subhectique du pouls avec simple exacerbation fébrile vespérale qui se remet le matin.

L'huile de foie de morue, dit Fonssagrives, trouve surtout son utilité dans la première période de la phthisie (période généralement apyrétiqne) ; elle e>t également indiquée pendant les phases d'apyrexie qui séparent les unes des antres les diverses poussées de ramollissement; son emploi n'est justifiable dans la troisième période que quand les lésions pulmonaires ne sont pas très-étendues et surtout eu l'absence de symptômes graves de colliquation. Je me rallie complètement à cette opinion.

Eu effet, dans l'imminence de la phthisie, l'huile de foie de morue, en excitant h vitalité du poumon, le rend moins disposé à se prêter au dépôt de ces éléments d'organisation inférieure, de ces éléments mort-nés selon l'expression de Pidoux, qui constituent les tubercules. Dans la première période de la phthisie confirmée, agent de combustion, elle est dans son rôle eu brûlant le tubercule cru ; mais c'est un charbon de plus dans le foyer déjà trop actif des fontes tuberculeuses, et au lieu d'éteindre le feu, elle le ranime.

Si jamais on est parvenu, avec son intervention, à guérir dans tonte l'exactitude du mot des tuberculeux, ce n'est assurément que dans la phase initiale de dissémination des tubercules naissants dans le parenchyme pulmonaire : je crois le fait rare, mais non impossible. Si elle a produit dans ces conditions des guérisons réelles, aucun des nombreux agents préconisés contre la phthisie pulmonaire, sauf toutefois le chlorure de sodium, ne pourrait mettre à son actif un bénéfice aussi considérable. N'eùt-elle ensuite, dans des conditions moins lavorables, qu'enrayé la maladie, suspendu ou ralenti sa marche, atténué ses symptômes, il faudrait encore l'estimer hautement pour de pareils résultats, que l'on ne peut d'ailleurs contester. Champoudlon, Walslie, Williams, ont été amenés par de longues études cliniques à la considérer comme l'un des moyens les plus sijrs de prolonger la vie des phthisiques; la conséquence mathématique de ce bienfait relatif, doit être, suivant Walshe et Williams, de diminuer le nombre annuel des individus qui succombent à la phthisie.

Par la même raison que l'huile de morue ne convient pas pendant les périodes fébriles de la phthisie, elle doit être suspendue en cas d'inflammalions intercurrentes du poumon, de la plèvre, des bronches, de même que pendant une hémoptysie.

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Ce médicament Ji'agit pas, selon Walshe, d'une manière aussi marquée sur ia dyspnée que sur les autres symptômes. Pidoux, au contraire, l'a vue chez beaucoup de phthisiques rendre la respiration plus ferle et plus profonde. On est plus unanime sur ses propriétés béchiques et expectorantes. L'huile de morue, cm effet, tend généralement à diminuer la toux et les crachats, à faciliter l'expectoration. C'est un motif pour n'en pas limiter l'emploi à la phlliisie, et |jour l'ajipliquer au traitement de la bronchite chronique, de l'asthme catarrhal, du catarrhe pulmonaire, de la bronchorrée, surtout lorsqu'un état anémique se lie à ces affections ou que l'on redoute une tuberculisation latente.

Walshe a remarqué que l'huile de morue ne réussit pas lorsque le foie est gros et probablement atteint de transformation graisseuse. On ne dit pas d'ailleursqu'elle ait jamais par elle-même causé des altérations du foie. Mais Benson, de Dublin, dit avoir constaté sur quelques phthisiques traités par l'huile de foie de morue une tendance particulière à la congestion et même à l'inflammation du tissu pulmonaire. A l'autopsie on trouvait le poumon congestionné et hépatisi', non-seulement au voisinage des tubercules, mais encore dans presque toute l'étendue des deux poumons. On ne peut s'expliquer ces accidents que par l'administration, la continuation de l'huile de foie de morue malgré quelqu'une di > contre-indications qui ont été spécifiées dans le cours de ce chapitre {Dublin médical Près et Bull. gén. de thérap., 1850).

Rhumatisme chronique. Ici l'indication de l'huile de foie de morue est loin d'être unanimement consentie. Dans les observations à l'appui rapportées par les médecins allemands (Schenk, Wesener, Wolkmnnn, Schûtte, Ileder), il est dis cas qui ressemblent moins au rhumatisme vrai que, les uns à des alfections de 'a moelle, les autres à des affections strumeuses des articulations. Dans un grand nombre de cas les douleurs rhumatismales ou réputées telles se sont tiouvi'c^ augmentées par les premières doses du médicament ; il y avait peut-être alors une forme inflammatoire ou sub-intlammatoire qui le rendait inop|iortun. J'incline vers l'opinion de Trousseau et Pidoux, qui pensent que, dans le rhumatisn e chronique, l'huile de foie de morue agit d'une manière indirecte, non en s'ait; quant à la diathèse rhumatismale, mais en modiliant la constitution détériorée, en améhorant la nutrition, en combattant en un mot l'état cachectique devenu l'obstacle le plus sérieux à la guérison.

Les frictions d'huile de foie de morue sur le trajet des douleurs rhumatismales et névralgiques, ne m'ont jamais semblé être qu'un moyen inefficace ou du moins Irès-insuifisant.

Anémies, cachexies en général. Du moment que l'huile de foie de morue a été reconnue pour une substance éminemment analeptique et récorporative, elle s'est classée parmi les agents de la médication tonique et reconstituante ; et l'on s'étonne que Trousseau et Pidoux, qui ont si bien apprécié ses propriétés et ses services, l'aient mise au nombre des altérants. Sa place est à côté du fer et du quinquina, avec lesquels nous combinons journellement son action ; elle a même sur eux l'avantage de foui'nir plus d'éléments à l'assimilation.

Elle constiiuedoncàlafois un médicament tonique et un aliment, parfaitement appropriés à tous les états de dcbilitation de l'organisme, à l'anémie, à la chlorose, aux cachexies amenées par toutes les diuthèses dépressives, syphilitiques, scorbutiques, cancéreuses, etc. Walshe fait observer avec assez de raison qu'elle convient particulièrement aux enfants, et que sa puissance d'action va en diminuant avec l'âge. C'est le tonique par excellence des jeuues sujets. On la voit en

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effet les relever, les soutenir merveilleusement dans les épreuves d'une dentition dil'iicile, d"unc croissance trop mpide ; dans l'adolescence, diuis l'âge adulte encore, c'est l'un des meilleurs reconstituants que l'on puisse opposer aux ravages causés par les excès du plaisir ou du travail. Enlin dans l'anémie prémonitoire de la phthisie pulmonaire, il est permis d'avoir plus de confiance en l'huile de foie de morue comme moyen prophylactique qu'on n'en aurait en elle comme agent curatif lorsque la tuberculisation se serait confirmée.

En résumé, langueur, insuffisance, perversion de la nutrition, appauvrissement du sang, affaiblissement des organes, telles sont les conditions qui créent les indications particulières et générales de l'huile de foie de morue, sans eu faire en aucun cas un spécifique, un remède absolu.

Doses et modes d'admi7iistratio7i. Deux questions préalables doivent être posées ici tout d'abord.

Faut-il préférer l'huile de foie de morue à toute autre huile de poisson, à tout autre corps gras ?

A quelle sorte d'huile de foie de morue faut-il donner la préférence?

Je comprends que l'on mette en concurrence les autres huiles de foie de poisson, telles que celles de squale, de raie, de merlan, (|ui ont vi\ leur faveur l'analogie d'origine naturelle et la similitude de composition chimique. IMusieurs expérimentateurs affirment que l'huile de foie de squale, entre autres, n'offre pas de dillcrence dans ses effets avec l'huile de foie de morue. Mais celle-ci a pour elle une niasse plus imposante de faits cliniques, et une sanction générale l'élève tellement au-dessus de ses rivales, qu'elle les distancera pour longtemps encore dans l'opinion et dans le choix des praticiens.

Les huiles de cétacés, qui ne proviennent jtas exclusivement des foies de ces animaux, et à plus forte raison lorsqu'elles proviennent de toute autre partie, doivent être considérées comme très-inférieures aux huiles de poisson i^n général et Ix celle de morue en particulier.

La supiématie de l'huile de foie de morue est encore mieux établie, et avec plus de motifs, sur les autres corps gras : huiles d'olives, de noix, de coco, de chèiievis, de pied de bœuf ou de mouton, cacao, beurre, etc. La composition cliimique est ici toute différente. Trousseau, qui préconisait le beurre, le jugeait cependant insulfisant, puisqu'il l'additionnait d'un peu d'iodure de potassium, de bromure de potassium et de chlorure de sodium. Jeannel regarde cette formule de Trousseau comme le meilleur succédané de l'huile de morue. Fonssagrives a proposé au même titre la crème du lait. Walshe considère la glycérine comme le plus important de ces succédanés, sans avoir remarqué toutelois qu elle eût [irise sur tel ou tel symptôme en particulier. Tous ces corps gras, en tant qu'aliments calorifiques, peuvent avoir leur utilité ; mais ils sont loin d'être aussi analeptiques que l'huile de foie de morue, et par conséquent ils ne remplissent pas suffisamment les indications des diathèses et des cachexies, auxquelles la médication grasse ne profite réellement qu'autiuit qu'elle est re[)résentée par un agent plus tonique et plus complètement réparateur.

Nous trouvons dans le lait une substance susceptible, non pas de remplacer l'huile de foie de morue, mais de corroborer son action modificatrice dans plusieurs circonstances, particulièrement dans la phthisie pulmonaire.

L'huile de foie de morue n'a donc de succédanés rationnels que dans les autres huiles de foies de poissons, sur lesquelles elle doit néanmoins, jusqu'à plus

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ample informé, garder la prééminence, surtout dans les cas sévères où il n'y a. pas de temps à perdre en expériences comparatives.

Cela posé, à qnelle sorte d'huile de foie de morue convient-il d'avoir recours ?

Il importe que l'huile de foie de morue n'inspire pas trop de répugnance et qu'elle soit bien supportée par les organes digestifs ; car l'intolérance gustative, gastrique ou intestinale compromet toujours plus ou moins son efficacité. Or, en général, ces conditions ne sont pas remplies avec les huiles foncées en couleur jusqu'à en devenir noires. Ces sortes inférieures, que l'on a naguère, el bien à tort, considérées comme ayant le plus d'activité thérapeutique, doivent être repoussées et le sont aujourd'hui par la majorité des praticiens. Leur mode de préparation blâmable, leur mauvaise composition ne permettent même pas de les réserver pour la médecine des pauvres, qui ont droit à mieux, d'autant jiliis qne l'on trouve dans le commerce des huiles brunes de qualité passable, dont le prix d'achat est modique. Tout au plus pourrait-on appliquer les huiles noires à certains usages extérieurs ; mais outre que ceux-ci sont rares et peu importants, cette utilisation exciterait les industriels à continuer une fabrication qu'il vaut mieux faire cesser iàute de placement. On s'y perd au milieu des nombreuses et diverses qualités d'huiles de poisson répandues aujourd'hui dans le commerce. Il ne devrait y en avoir que deux : une première qualité, l'huile vierge, jaune ambrée, dont je vais parler ; et une seconde qualité, brune rougeàtre (et non noirâtre), pour l'obtention de laquelle on concéderait l'intervention d'une chaleur modérée, afin d'avoir plus de produit et partant un moindre prix de revient.

Les couleurs claires ou peu foncées, ambrées, blondes, légèrement brunes, correspondent aux meilleures qualités d'huile de morue. Pour moi l'espèce supérieure d'huile de foie de morue doit être vierge, comme l'espèce supérieure d'huile d'olives désignée sous ce même qualificatif, et i)our cela elle doit provenir d'une première et simple expression à froid. Telle est l'huile qui s'exprime des foies frais entassés dans des barriques, sur les lieux de production; telle serait celle que l'on obtiendrait, à l'roid, par expression des foies frais coupés en morceaux, avec filtration pour retenir les débris de membranes. C'est à mou avis le procédé qui devrait être substitué à c^lui du codex, qui emploie la chaleur et [lar cela même est défectueux.

L'huile de foie de morue vierge a une couleur légèrement ambrée, une odeur et une saveur pas trop prononcées, qui rappellent l'huile des conserves de sardmes. Elle n'est jamais acre au goût. Plus les huiles s'éloignent de ce type en fonçant de couleur, plus leur odeur et leur saveur deviennent désagréables en même temps qu'elles deviennent acres au goût; dans ces dégradations elles perdent au lieu de gagner en efficacité.

Quant aux huiles blanches ou seulement trop décolorées, elles m'inspirent peu de confiance, et je me défie des manipulations irrationnelles et même des fraudes qui peuvent les amener à ces états. Berlhé, dans un travail sur la faculté assimilatrice des corps gras, atteste que l'huile de foie de morue décolorée, administrée journellement à la dose de 30 à 60 grammes, après s'être tout d'abord montrée digestible, finit au bout d'un mois par être rendue presque eu totalité, tandis ()ue l'huile brune, ])endant tout le temps de son administration, continue à être complètement assimilée.

De son côté, Williams, qui attache une importance extrême au choix del'huile lie morue, recommande celle qui est pure, récente et de couleur pâle. Walshe,

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au contraire, préfère l'huile brune à la blonde et à la blanche. A ces deux autorites ii serait trop long d'ajouter celles qui prennent parti pour telle ou telle qualité.

Entre tant d'opinions opposées, c'est un moyen terme qu'il faut prendre. Ni trop ni Irop peu de couleur, et de plus pas d'âcrelé au goût : voilà, à mon avis, le double ohjectif qui doit déterminer le choix du praticien. C'est, autrement dit, lui recommander l'huile ambrée, et surtout l'huile vierge dont j'ai parlé plus haut. Au surplus les analyses comparatives de Girardin et de Delattre tranchent la question, eu démontrant que l'huile ambrée contient, à poids égal, des proportions d'iode, de phosphore et de soulre plus fortes que les huiles décolorées. Les huiles récentes méritent la préférence ; toutefois, avec des précautions • convenables, l'huile de foie de morue est susceptible d'une boime conservation. L'une des principales causes du dégovit qu'inspire l'huile de foie de morue et de son intolérance au début du traitement, est la quantité exagérée qui en est prescrite par quelques médecins. Pour éviter ces deux inconvénients, il est bon d'y habituer peu à peu les sujets. La mesure ordinaire de ce médicament est la cuiller à bouche ; c'est trop en commençant pour plusieurs personnes, surtout pour les enlants. La cuiller à calé suffit au début ; lorsque la répugnance est vaincue, lorsque la tolérance stomacale est assurée, on élève graduellement cette dose jusqu'à une cuillerée à bouche, deux au plus, si la dose doit être consommée en une seule fois ; si l'on croit devoir prescrire une quantité d huile plus considénible, il faut la fractionner en deux doses, à long intervalle l'une de l'autre. En somnle, quatre cuillerées à bouche représentent la dose quotidienne maximum pour les cas ordinaires ; ce n'est que dans des cas exceptionnels qu'on la dépasse. Telle est ma pratique, et je crois qu'elle est conforme à celle de l'immense majorité des médecins français. Les médecins anglais en sont arrivés aussi à la modération dans les doses; Williams et Walshe, entre autres, recommandent de débuter par une cuillerée à café, et de ne pas dépasser trois cuillerées à bouche par jour.

Il s'est également établi, comme règle générale, d'administrer l'huile de foie de morue au commencement des repas, llien n'est plus logique. D'abord les premières bouchées alimentaires eulrainent les dernières parcelles de l'huile, qui, en adhérant à la muqueuse buccale, y prolongeraient sans cela les sensations répulsives ; ensuite l'huile, mélangée dans l'estomac avec les aliments, se digère, s'assimile mieux et provoque moins de renvois.

Il est bien de la doimer de préférence aux repas qui commencent ou ne sont constitués que par des mets liquides ou semi-liquides, comme le café au lait, le chocolat, le thé, les potages, parce que les premières cuillerées ou goi'gées de ces mets détergent la bouche à la façon d'un collutoire et emportent plus rapidement les dernières traces d un remède répugnant.

On s'est en outre ingénié de mille manières à pallier, dissimuler et même annuler la saveur déplaisante de l'huile de foie de morue. Il serait trop long da passer en revue et encore plus de décrire les nombreux procédés conseillés dans ces vues ; nous ne nous arrêterons qu'aux plus simples, aux plus pratiques. C'est dire que nous éliminons tout d'abord ces préparations compliquées, transformant l'huile de morue en pâtes, en gelées, en savonules, augmentant par leur volume la quantité de substance médicamenteuse à ingérer, et sous le rapport de l'agrément ne tenant pas toujours ce qu'elles promettent ; nous les laisserons dans les formulaires, où les trouveront ceux qui désireront en essayer. Nous ferons une

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exception en faveur de la cap^ulation ; c'est un moyen absolu d'anmlnler au passage l'odeur et la saveur des huiles de poisson, ainsi que celles d'autres substances répugnantes. Lorsque l'on n'est soumis (ju'à de petites doses d'huile de foie de morue, il est commode de la prendre dans des capsules gélatineuses; mais ce moyen, d'ailleurs as^ez coûteux, finit par devenir fastidieux lorsque l'on est obligé de déglutir un grand nombre de capsules chaque jour, et les malades finissent par s'en lasser.

Le mieux est donc en définitive de prendre en nature l'huile de foie de morue, sauf à user (le quelques correctifs.

Le moyen le plus simple est de se pincer le nez en buvant l'huile ; en évitant l'odeur on épargne le goût ; mais dès que l'artifice cesse, l'impression gustative renait; ou peut la combattre aussitôt par une pastille de menthe, nu fragment d'écorce d'orange, quelques gouttes de rhum ou d'eau-de-vie, etc. J'ai vu [ihisieurs persoimes préférer màclier immédiatement un gros morceau de mie de pain.

La cuiller couverte é[jargue l'odorat mais ralentit la déglutition de l'huile, qu'il y a plus d'avantage à engloutir en qael(]ue sorte rapidement. Elle complique donc sans un profit véritable l'arsenal de la pratique.

Divers intermédiairts sont invoqués pour favoriser l'ingestion de ce médicament. Tels sont les infusions de thé et de café noir, le lait ; on peut d'ailleurs laisser les malades chercher eux-mêmes un iutermèJe qui leur agiée ; quelquesuns adoptent le \in , un plus grand nombre la bière qui est en elfet un assez bon correctif. L'huile passe la première, sus|'endue dans ces liquides qui la masquent d'abord plus ou moins et viennent ensuite enlever les reliquats de sa sapidité.

Les sirops produisent des effets analogues, e!, peuvent en outre être choisis de manière à appuver l'action Ihémpi uliqne de l'huile de poisson. Ainsi les sirops dégomme, de Tolu, ou tout autre sirop pectoral, conviendront aux individus atteints de maladies des organes respiratoires; le sirop d'iodure ferreux, trèsjustement employé d'ailleurs en pareil cas, servira aux anémiques, aux scrofuleux, aux rachitiques, aux phtliisiqiies quelquefois. Avec les sirops, ;ni petit verre à pied est plus commode qu'une cuiller ; on verse dans le veri'o le sirop d'abord, on enduit les parois avec ce sirop ; l'huile, versée ensuite, surnage, comme eiu'obée par l'enduit sirupeux des parois; on fait avaler le tout d'un seul coup.

Les meilleurs intermédinires sont ceux qui agissent en même temps en corrigeant les qualités organoleptiques de l'huile de foie de morue et en favorisant sa digestibilité. Pidoux emploie à ce double titre le calé noir, le vin de quiuijuina au vin d'iispagne, seuls ou mélangés; il considère leur mélange connue le meilleur digestif et l'auxiliaire le plus puissant de l'huile de foie de morue. J'ai conseillé il y a bien longtemps l'eau-de-vie, le rhum et particulicremeul le kirsch. Je fais verser dans un verre à bordeaux ou à modère quelques gouttes d'une de ces liqueurs et jusqu'à une cuillerée à café; on étend le liquide alcoolique sur les parois du verre, et l'on verse ensuite l'huile de morue. Celle-cis'enveloppe, se parfume de la liqueur qui vient augmenter les propriélés toniques de l'huile et la rendre plus digestible, en même temps qu'elle atténue singulièrement sa sapidité.

L'emploi du kirsch rappelle celui des composés cyaniques, proposé par Sauvan, par Jeannel, pour désinfecter l'huile de morue. L'un des procédés consiste à agiter dans un flacon 1 volume d'huile avec 1 ou 2 volumes d'eau distillée de laurier-cerise; on laisse reposer et l'on décante. Jeannel a vu des malades

MORUE (thép.apeutique). 45

prendre jusqu'à 100 grammes par jour d'une huile ainsi préparée. Grimaut proposé la iiitro-benzine pour le même objet.

Fonssagrives a constaté que l'huile de foie de morue, addilioniiéc d'iodolorme et d'essence d'anis, perJ une grande partie de son odeur rebutante; il a recours à celte préparatiou lorsque l'indication se présente d'associer l'iode à l'huile de foie de morue. Voici sa formule :

Huile de foie de morue blonde 100 grammes.

lodoforme 0,25 centigrammes.

Huile essentielle d'auis 10 gouttes.

On relève la saveur fade et nauséeuse de l'huile de foie de morue, et l'on facilite sa digestion en y ajoutant un peu de sel m irin. Cet assaisonnement, lationnellenient imité de celui de tous les corps gras, lorsqu'on veut les rendre comestibles, serait particulièrement indiqué dans la tuberculisation pulmonaire, sur laquelle le sel exerce une influence incontestable.

Dans les cas d'intolérance, d'accidents produits par l'huile de foie de morue, ou survenus pendant son emploi, les médecins anglais associent avec cette liuile les acides minéraux. Ainsi les docteurs Williams préconisent l'acide nitii((ue dans les cas on l'inflammation joue un rôle manifeste, et on il y a dans les urines un dépôt abondant d'acide urique ; mais ils font remarquer que son usage prolongé est offensif pour les dents. Lorsqu'il y a prédisposilion à la diarrhée, aux hémoptysies, aux sueurs profuses, ils préfèrent l'acide sulfurique ; et enfm ils ont recours à l'acide pliosphorique en cas d'administration prolongée dn médicamment, cet acide étant plus normal, plus en rapport avec la chimie de l'organisme (note de Fonssagrives, dans la traduction de l'ouvrage de Walshe sur les maladies de poitrine).

N'ayant pas l'habitude en France de ces associations avec les acides, nous nepouvons nous prononcer sur leur utilité. Pour nous, lorsque l'huile de foie de morue, cause de la diarrhée, n'obvie pas aux sueurs profuses, et s'il y a en même temps tendance aux hémoptysics, nous conseillons l'union avec les astringents. L'addition de quelques gouttes de laudanum réussit encore contre la diarrhée- Si l'huile amène un état nauséeux, de l'anorexie, nous la suspendons,

Lnfin, lorsque malgré toutes les précautions, tous les artifices, ou tous les raisonnements, il a été impossible de faire accepter et tolérer l'huile de foie de morne à aucun moment de la journée. Debout conseillait de l'administrer le soir à l'heure du coucher; il est ainsi parvenu à la faire supporter ik des personnes qui, jusque-là, n'avaient pu s'y habituer. Le sommeil intervenant, la digestion de l'huile s'opère pendant la nuit, facilitée par le décubitus horizontal et l'immobilité.

Une dernière question à examiner. En général, le traitement par l'huile de foie de morue doit être long pour les personnes qui eu ont besoin. Mais il ne doit pas être sans interruptions. Dès qu'il amène la perte de l'appétit, il cesse de nourrir, et l'indication est de le suspendre ; on le reprend au bout de dix, quinze jours, quelquefois plus; la suspension sera moins longue si anlérieure-^ ment on n'a pas insisté jusqu'à satiété complète. En conséquence, vingt, vingtcinq, trente jours au plus d'ingestion sont suffisants; dans les intervalles, l'administration du vin de quinquina ranime l'estomac fatigué et le dispose à bien recevoir de nouvelles doses d'huile. L'été, pendant lequel l'estomac est enclin à languir et à montrer peu d'appétence pour les aliments, est moins propice à la médication grasse; mieux vaut, sauf l'urgence, la réserver pour les saisons oît

a MORUE (TIlÉRArElTIQlE).

la température est moins élevée. Enfin nous répéterons ce que nous avons dit à propos des phthisiques, que la digestion de l'huile de foie de morue doit être en tout temps aidée par l'aclivité corporelle, des promenades a[)rès les repas, du mouvement en plein air, de la gymnastique, .\ussi, n'est-ce point sur les malades des hôpitaux, mais sur ceux de la ville et de la campagne, que l'on peut observer dans toute leur expression les elfets de ce précieux médicament. Tous les auteurs ont jugé nécessaire d'entrer dans des détails exceptionnels sur les modes variés d'administration de l'huile de foie de morue. Nous avons dû les imiter. C'est qu'ici il y a des répugnances à vaincre que l'on ne rencontre pas souvent pour d'autres médicaments; on les trou\e invincibles chez quelques sujets ; les enfants eux-mêmes ne sont pas aussi disposés à accepter l'huile de foie de morne qu'on le dit généralement. Il importe donc de faire connaître les divers moyens d'obtenir le consentement de la volonté, d'autant plus que celui de l'estomac en est le corollaire et l'une des conditions qui contribuent le plus à l'efficacité du remède. Delioux de Savignac.

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MORUE (hygiène publique). 45

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D. de s.

g 1[[. Hygiène publique. Sécheries DE MORUES. Notre savant collaborateur, M. P. Gervais, a donné en quelques mots les procédés usités pour saler et conserver les morues. Mais comme ces o|)éralions donnent lieu à des considérations hygiéniques très-sérieuses, nous devons les reprendre avec plus de déloils. On a vu plus haut l'importance de cette pêche; ajoutons, pour ce qui concerne notre pays, que les marins français en apportent annuellement environ 44 millions de kilogrammes dont 27 millions sont consommés chez nous. Les morues conservées se présentent sous trois formes principales : 1" Dessécliées, durcies et roulées en bâtons (Stockfisch) , elles sont surtout e.\porlées dans le nord de 1 Europe, en Suède, en Norwège; 2° morues sèches, on les prépare à terre, dans des baraques provisoires, au printemps et dans J 'été, elles sont salées, puis lavées et séchées sur le sable au grand air. La morue ainsi préparée, est peu usitée chez nous, elle est eu général expédiée à l'étranger et dans nos colonies; 3" morues en vert, transportées sur le bâtiment au moment oîi elles viennent d'être pêcliées, on les soumet à une première préparation qui consiste à enlever la tète, à les lèndre dans toute leur longueur pour ôter l'arête centrale, les intestins, et à les saler; les foies empilés et pressés donnent l'huile qui est reçue dans des tonneaux ; aussitôt après leur arrivée, elles doivent subir différentes opérations qui s'opposent à la putréfaction, et les mettent en état d'être livrées à la consommation ; ce sont ces opérations qui constituent l'industrie des sécheries de morues dont nous avons à parler.

Aussitôt après le débarquement, la surface de la chair du poisson qui commence déjà à se gâter est lavée à plusieurs eaux, puis égouttée ; après de nouveaux lavages, on enlève tout ce qui est altéré par le grattage au moyen d'im balai, et on lait sécher les morues pendant quelques jours en les suspendant à des perches. Enfin on les empile chaque jour par tas que l'on augmente successivement de hauteur; chaque opération est désignée sous le nom de soleil^ on s'arrête ordinairement au dixième soleil. La dessication est alors complète, et le produit peut être iidmis sur le marché.

Pendant ces diverses manœuvres, les ouvriers travaillant au grand air, n'ont pas à en souffrir, mais elles offrent pour le voisinage de graves inconvénients qui ont fait ranger ces établissements dans la seconde catégorie. Les eaux provenant des lavages et des égouttages, saturées de matières animales, se putréfient très-promptement et exhulent une odeur létide qui a motivé des plaintes aussi nombreuses que légitimes. Reçues dans des puisards, elles ne tardent pas à s'infiltrer dans le sol et à infecter les puits enviroimants. Aussi, dans les départements où se pratiquent les sécheries, a-t-on demandé que celles qui sont éloignées de grands

cours d'eau, où l'on puisse déverser les résidus liquides et situées dans des localités habitées, fussent désormais langées dans la première catégorie des établissements insalubres ; tandis qu'on laisserait dans la seconde classe celles qui sont placi'es sur le bord des fleuves, ou mieux encore, suc le rivage de la mer et qui peuvent perdre immédiatement leurs eaux de lavage dans ces vastes déversoirs.

Prophylaxie. Au total, ces établissements seront maintenus éloignés des lieux habités et autant que possible sous le vent.

Les hangars dans lesquels on dépose les morues au moment du débarquement •et où l'on pratique les lavages et les sécheries, seront très-largement aérés et le sol pavé ou bitumé.

Les poissons altérés et impropres à l'alimentation seront rejetés et mieux encore convertis en engrais dans des fosses spéciales.

Dans les sécheries établies sur le bord des fleuves ou de la mer, et même dans les villes où régnent de grands cours d'eau, le travail pourra être autorisé pendant toute l'année ; on peiit aussi, dans les villes, permettre le séchage forcé eu ateliers clos et munis d'une cheminée d'appel. Mais quand ces établissements sont éloignés des grandes eaux courantes, le travail n'aura lieu que pendant les six mois d'Iiiver du l*^"" octobre au 51 mars. C'est dans ces cas que l'on devra construire des citernes parfaitement étanches, enduites d'une couche de 50 centimètres d'argile plastique ou mieux encore de silicate. Elles seront disposées de manière que par les grosses pluies ou par les orages, leur contenu ne puisse déborder; elles seront, en outre, recouvertes d'éjiais madriers en chêne, sur lesquels on tassera une couche de terre de 45 centimètres d'épaisseur. Les matières solides devront être arrêtées par des grilles au déversoir de la citerne, enlevées tous les jours, enfermées en vases clos et transformées en engrais.

Les fosses seront vidées pendant la nuit ; tous les huit jours pendant l'été, tous les mois pendant l'hiver; les résidus liquides ne pourront être déversés que dans des localités autorisées. Le curage des citernes aura lieu tous les mois.

Enfin, après les opérations de lavage et de séchage, on aura soin d'assainir les ateliers ainsi que les vases qui ont été employés (Vernois, Hygiène industrielle et administrative). E. Beaugrand.

MORUS. Nom botanique du genre Mûrier {voy. ce mot).

mORYE. {Malleus, pàkç ; angl. Glanders; ail. Rotz , Rotzkrankheit , hoU. Snot verroting; ital. Moccio, ciamorro, morva; esp. Muermo.)

La morve est une maladie contagieuse, virulente, qu'où peut dire particulière aux monodactyles, car c'est dans leur organisme seul qu'elle peut se développer spontanément. Mais d'autres espèces, herbivores ou carnivores, sont aptes à en recevoir la contagion : notamment celles de la chèvre, du mouton et du lajjin et enfin l'espèce humaine elle-même. Le bœuf et le porc se sont montrés, jusqu'à présent, réfractaires à l'action du virus morveux. Quant au chien, ce virus a sur lui quelque prise, mais le plus souvent son inoculation ne donne lieu, sur cet animal, qu'à des accidents locaux. Toutefois, quoiqu'il reste sur place et ne parais>e pas pouvoir exercer son influence sur tout l'organisme, il conserve toute sou activité, grâce sans doute à une repuUulatiou toute locale, car repris sur le chien et transporté sur le terrain dont il est originaire, il manifeste cette activité par ses effets ordinaires, avec tout autant de puissance que s'il n'avait pas été dépaysé.

La morve est une maladie une, toujours ideulique à elle-même, malgré la différencc des formes que peuvent donner à ses manifestations la diversit»; des lésions par lesquelles elles s'expriment et celle des lieux où elles s'effectuent. L'expérimentation met hors de doute cette identité de la morve avec elle-même sous les formes multiples qu'elle peut revêtir. Le viius puisé à une même source, extérieure ou viscérale, sur un même sujet, peut, inoculé au même moment, à une série d'individus des espèces monodactyles, — clieval, âne ou mulet, — donner lieu à toutes les variétés des expressions de l'infection morveuse, depuis le simple ulcère au point de l'inoculation, jusqu'aux manifestations les plus diverses et les plus disséminées, aussi bien sur la membrane tégumentaire externe que sur les muqueuses et dans les ajjpareils viscéraux; depuis les lésions les plus rapides dans leur marche et les plus destructives, jusqu'aux plus lentes dans leur évolution et les plus compatibles avec les apparences conservées de la santé générale.

La contagion accidentelle est caractérisée par la manifestation de phénomènes tout autant diversifiés. Quand un cheval atteint d'une affection morveuse infecte une écurie, la maladie que contractent les chevaux qui cohabitent avec lui peut revêtir toute la série des formes qui appartiennent à l'infection morveuse : éruption farcineuse semblant n'être qu'une maladie locale; glandage comme unique symptôme chez l'un ; glandage et jetage exclusivement chez un autre ; chez un troisième, les ulcérations nasales coexistant avec ces deux derniers symptômes ; chez les uns, la maladie se caractérisant par des phénomènes d'une extrême acuité et précipitant sou cours au point d'aboutir dans l'espace de quelques jours à la terminaison par la mort; chez d'autres, au contraire, sa marche étant d'une extrême lenteur et son influence sur l'intégrité des fonctions générales si peu marquée, que les animaux conservent leur appétit et leurs aptitudes au trivail, non pas absolument comme avant d'avoir subi les atteintes de l'infection, mais dans une assez large mesine pour que leur utilisation reste possible encore, et fructueuse au point de vue de la production de la force. Les variétés dans les modes d'expression de l'infection morveuse ne sauraient donc plus constituer aujourd'hui des espèces distinctes : que la morve soit rapide dans sa marche ou qu'elle soit lente; que ses symptômes exclusifs consistent dans une éruption tégumentaire, ou bien qu'elle se caractérise plus particulièrement par ceux qui ont leur siège dans les cavités nasales et dans l'appareil lymphatique efférent ; ou que les uns et les autres se combinent ensemble : sous ces formes diverses, c'est la même maladie, procédant d'une cause unique, le virus, le ferment spécial de la morve, et s'exprimaiit : à la peau par des tumeurs multiples de volume varié, que l'on désigne, dans la |)rati([ue, sous le nom de boutons de farcin et de tumeurs farcineuses ; dans le tissu cellulaire, par des engorgements avec fontes purulentes multiples et angioleucites concomitantes; dans 1 appareil lymphatique par une inflammation purulente des vaisseaux et des ganglions ; dans l'appareil respiratoire, par la destruction ulcéreuse de la membrane pituitaire et de celle du larynx et de la trachée ; par les collections purulentes des sinus de la tête; par l'apparition, dans les poumons, des lésions variées auxquelles on donne les noms de tubercules, abcès métastatiques, pneumonie lobulaire; dans l'appareil locomoteur, par la formation des abcès et l'inflammation purulente des articulations; dans l'appareil génital, par des abcès tesliculaires et l'inflaumiation purulente des épididymes ; dans l'appareil abdominal, par les abcès dits métastatiques de la rate et du toie, etc.

Mais si la morve est une; si tout cheval qui eu est affecté, quel que soit le type sous lequel sa maladie se montre, doit êtr-î considéré comme ime source de contage, d'où peut sortir, pour les dilféients sujets soumis à ses émanations, toute la série des différents états morbides qui sont l'expression de l'infeclioii morveuse; cette conception très-juste de la nature des choses ne doit pas conduire ce[)endant à faire disparaître les distinctions que l'on a fiites cnire ces différents états, en se fondant soit sur la marche des phénomènes, soit sur les régions où se produisent les manifestations les plus accentuées de l'infection morveuse. Ces distinctions, en effet, ne sont pas seulement établies sm- des différences de i'orme, elles impliquent aussi des degrés dans l'intensité de la maladie, dans l'activité de sa contagion et, jusqu'à un certain point, dans sa gravité. Quoique l'affection morvo-farcineuse soit incurable dans le plus grand nombre des cas, même lorsque les signes qui la dénoncent extérieurement se réduisent à quelques lésions, anatomiquement sans aucune importance, cependant la différence est grande entie une morve sous le type aigu qui se transmet presque infailliblement par des rapports de contact, et la morve chronique dont l'activité contagieuse est beaucouj) plus faible ; entre la première, si rapide dans sa marche, qu'il suffit souvent de quelques jours pour qu'elle parcoure toutes ses phases et aboutisse ta sa terminaison mortelle, et la seconde si complètement compatible avec la conservation de la vie que, une fois établie, elle peut laisser l'animal vivre son existence entière, dans une sorte d'indifférence aux lésions qu'elle a déterminées ; entre la morve aiguë, enfin, qui s'accuse généialement par des symptômes si marqués, qu'immédiatement on est déterminé à se mettre en garde contre elle et la morve chronique qui est si souvent dissimulée sous des apparences bénignes, qu'elle peut faire, si l'on peut dire ainsi, ses coups à la sourdine, et passer inaperçue même devant des yeux qui la cherchent. Il y a donc tout avantage, au double point de vue de la diagnose et de la prognose, à conserver ces cadres établis par la pratique, où les phénomènes éruptil's, caractéristiques de l'infection morveuse, peuvent être rangés, d'une part, suivant le degré d'acuité de l'inflammation qui les accompagne, et, de l'autre suivant leur siège.

HisTor.iQUE. L'antiquité ne nous a presque rien laissé sur la morve du cheval. Ça et là, dans les auteurs, quelques mentions symptomatiques qui prouvent que cette maladie existait, mais qui ne disent rien de l'idée qu'on avait pu s'en faire. Il faut arriver jusqu'au quatrième siècle de notre ère, pour en trouver, non pas une description, mais une indication par quelques traits dans im hippiatre grec, Absyrtiie, qui remplissait, paraît-il, l'office de vétéiinaire dans les armées de Constantin le Grand. Absyrthe paraît avoir reconnu la forme aiguë de la morve et a signalé ses propriétés contagieuses. Un autre hippiatre grec, Vegetiuf. Renatus, qui vivait sous Théodose (581), paiait avoir eu la morve en vue dans une des variétés de la maladie h formes multiples qu'il a signalée sous le nom de malleus. « Un animal, dit Yégèce, est attaqué de la maladie humide, maliens humidus, quand, au lieu de morve il lui sort des naseaux une liqueur de mauvaise odeur, qui est épaisse et d'une couleur pâle, quand sa tête est pesante, que sa poitrine siflle, qu'il devient maigre, que les poils se hérissent et qu'il a l'extérieur triste. Les anciens ont donné à celte maladie le nom de flux attique (probablement, dit le traducteur dans une note, parce qu'elle avait quelque resbemblance avec ce flux de bile universel qui attaqua les hommes pendant la fameuse peste de l'Attique, dont parle Thucydide) ; mais toutes les fois qu'il commencera à couler par les naseaux d'un animal une humeur sanguinolente ou semblable à

MORVE. 4y

du safran, on peut regarder celle maladie comme incurable et l'animal comme près de sa fin.

Est-ce la morve que Végèce a voulu indiquer par ces traits incertains? c'est prcbiiblo, d'autant qu'à coié de celte variété du maliens, il place le farcin, qu'il fait dériver, dit le traducteur, du mot farcire, qui veut dire farcir, parce que le corps de l'animal se trouve larci d'aposlumes dans cette maladie. Voici, dit-il, à quoi on reconnaît le farcin : « Il vient des apostumes dans les flancs, dans les cuisses f't dans le-; parties naturelles des animaux, ou même par tout le corps et principalement dans ks joinlures des membres; et quand celles qui sont veimes les premières semblent ajiaisées, il leur en succède de nouvelles. Les animaux mangent et boivent, à la vérité, comme de coutume, mais néanmoins ils maigrissent parce que leur digestion ne se fait pas en entier. Ils paraissent gais et semblables à des animaux sains, à ceux qui ne sont pas instruits dans l'art vétérinaire, parce que la cause de leur maladie n'agit qu'à l'extérieur. » Si nous ajoutons (pie, daps un cbapitre suivant, où il est question du traitement du farcin, Végèce dit expressément que cette maladie est contagieuse, — les apostumes ré|iaiidues partout le corps élant causées par une liumeur viiulenle qui coule entre cuir et chair comme à travers des canaux, — ou ne pourra méconnaître ipic Végèce ne se soit l'ait et n'ait donné une idée assez exacte du farcin (jui n'était, suivant lui, comme la maladie humide, qu'une variété du maliens. En sorte que (Irjà le rapport qui existe entre ces deux maladies avait été pressenti, malgré la diversité de leurs caractères extérieurs.

Ainsi, dès les premiers temps oij la morve et le farcin sont l'objet de l'attenlioii d'Iiommes ayant une certaine compétence, l'idée de leur contagion est ridée prédominante. Vêgèce y insiste en résumant de la manière suivante ce ([ii'il a dit sur les sept espèces de maliens qu'il a reconnues : c Tontes ces niala- (lies sont très-contagieuses, et si un animal en est atteint tous ceux qui sont eu rapport avec lui les contractent; et ainsi se répand la destruction soit sur tout un troupeau, soit sur tous les animaux de travail. Aus^i est-il nécessaire de séparer sans retard et avec le plus grand soin tout animal malade d'avec les autres et de le faire pâturer isolément, de peur que par sa contagion il ne les mette tous en danger, tt que, comme c da n'est que trop ordinaire, on impute au courroux céleste ce qui n'est que le fait de l'incurie des propriétaires : Ne conlagione sua omnibus periculum generet et negligentia domini, sicut solet a stullis fieri, divinœ impidetur offensée. »

Après le quatrième siècle, les documents sur rbippiatrie font à peu près défaut. Abandonnée pendant toute la période du moyen âge aux mains des Mèges, des sorciers et des manouvriers de la maréchalerie, l'hippiatrie perd le caractère scientifique qu'elle avait commencé à revêtir dans les ouvrages vétériziaires de l'époque de Constantin et de ses premiers successeurs, et elle n'est plus constituée que par des traditions et des pratiques routinières dont on trouve difiicilement les traces écrites. La recherche de ces traces n'offrirait, du reste, qu'un intérêt bien secondaire, au point de vue de l'étude que nous avons à faire ici et nous pouvons sans inconvénient franchir la distance qui sépare le traité Artis veterinariœ de Végèce du Parfait Mareschal de Solleysel (168'2), livre quialonglemps fait loi, oii i'écuyerde Louis XIV a rassemblé toutes les notions acquises avant lui, et de son temps, sur les m;iladies du cheval et sur les moyens de diflérents ordres que l'on croyait propres à les guérir. Mais le Parfait Mareschal n'est pas quune compilation. Solleysel était un observateur sagace, et s'il a donné place

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dans son livre à bien des recettes el à des pratiques vraiment déraisonnables, que lui avaient léguées les âges précédents, la faute en est à son temps bien plus qu'à lui et l'on ne saurait contester qu'en s'inspirant de l'observation directe des maladies, il ne ss soit atîiaiiclii souvent du joug des idées erronées qui dominaient à son époque et que ses conceptions, sur bien des points, ne portent l'empreinte d'une grande justesse d'esprit. Témoin, par exemple, les idées qu'il a formulées sur la nature de la morve et du farcin, entre lesquels il avait reconnu une si étroite parenté, qu'il considérait l'un comme le cousin germain de l'autre. On va voir, du veste, par la manière dont il en e^po^e les caractères qu'il avait été conduit par l'étude de l'évolution de la maladie à se faire une idée assez exacte de ce qu'elle est : « Le farcin, dit Solleysel, est une tumeur, souvent avec ulcère, qui a son principe dans la corruption du sang. Il est causé par un virus, dans lequel consiste le plus ou moins de malignité et qui rend le farcin guérissable ou incurable; il occupe plusieurs parties du corps. Ouand il y a quelque partie considérable par les fonctions de la vie qui ne fait pas ce qu'elle doit, pour n'être pas dans un bon tempérament ou pour n'avoir, pas une juste conformation, il faut que l'économie du corps s'altère. Si elle est nécessaire pour la sanguification, le sang se trouble et se gâte, et, selon la mauvaise constitution de cette partie affectée, il en reçoit bientôt une impression qui no peut cire que nuisible. Souvent même ce sang acquiert une cpialilé acide, chaude et corrosive qui ronge la partie oîi il croupit. Ce qui parait notai dément dans le farcin qui vient presque dans tout le corps et a son origine, non pas d'une corruption acide et surtout maligne de toutes les bumeurs, mais de ce virus qui a infecté la principale qui est le sang. Ainsi la malignité de l'humeur n'est que l'effet du virus qui fait tout ce désordre dans le sang. Pour le guérir radicalement, il faut aller à ia cause qui est de clarifier et purifier le sang.

« Lorsque le farcin est invétéré, le sang qui est corrompu de long temps par le ^irus qui est dans icelui, acquiert une si grande acrimonie quil idcère les poumons et le foie par sa trop grande cbaleur et malignité : en cette manière, lorsque le sang revient du cerveau se jeter, selon l'ordre de la circulation, dans le ventricule droit du cœur, il est poussé de là dans les poulmons par la veine artérieuse, lorsque le cœur se comprime. Les poulmons étant composés d'une matière spongieuse, d'une nature froide et humide, sont tellement altérés par les esprits acres et piquants contenus dans ce sang corrompu, qui a cause le farcin, qu'ils causent une chaleur étrangère dans les poulmons ; de cette chaleur il suit une corruption des parties les plus faibles et ensuite ulcère, qui iinalement détruit et consomme la substance d'iceux. Ce qui se vérifiera si vous ouvrez un cheval mort du farcin, qu'il aura longtemps supporté ; vous trouverez les poulmons tout pourris et lardés d'ulcères qui ont été causés par ce sang échaufié et corrompu. Il est donc de (rès-grande conséquence de puritier le sang, de le rafraîcliir et détruire ce virus qui accompagne le farcin et qui produit tous les mauvais effets que nous voyons survenir de cette lâcheuse maladie.

« Et pourexi'liquer en deux mots ce que c'est que ce virus, est aura venenata, ce sont des esprits coriompus qui pénètrent les parties du corps d'un cheval avec la même facilité que la lumière du soleil passe au travers d'un verre ; cet esprit sert de levain qui cause la corruption de la partie oii il se jette le plus abondamment »

Telle est la conception de Solleysel sur la nature du farcin. Si on la dépouille de ces subtilités o'es interprétations humorales dont l'ancienne médecine était si

prodigne, voici, en définitive, en quoi elle se résume : Le farcin est une maladie gôuéiale dépendante d'une altération du sang. Le principe de cette altération est un virus, une espèce de poison animal, aura venenala, qui fait l'office d'un levain. Quand le sang est ainsi altéré, il exerce une action irritante sur certains organes d'élection, le poumon, le foie, et les parties extérieures sur lesquelles le levain morbide se jette le plus abondamment...... Solleysel, tout humoriste

qu'il était, a parfaitement constaté et signalé la filiation qui existe entre l'apparition du farcin et les mauvaises conditions organiques préexistantes ; cela ressort manifestement de ce passage: « Quand il y a quelque partie considérable pour les fonctions de la vie, qui ne fait pas ce qu'elle doit pour n'être pas dans un bon tempérament ou n'avoir pas une juste conformation, il faut qiie l'économie du corps s'altère. Si cette partie est nécessaire pour la sangnilication, le sang se trouble et se gale, et selon la mauvaise constitution de cette paitie alfectée, il en reçoit bientôt une impression qui ne peut être que nuisible. »

Comme on peut en juger par cet exposé, Solleysel avait bien vu le farcin et s'était fait une idée assez exacte des conditions de sa manifestation et des lésions viscérales qui finissent toujours par se produire, après l'éruption cutanée, lorsque la maladie traîne en longueur. Sa conception de la morve n'est pas aussi claire parce que l'interprétation qu'il s'efforce de donner des faits procède de la physiologie toute de fantaisie qui dominait de son temps. D'après lui, « l'écoulement par. les naseaux, d'une grande quantité d'humeurs flegmatiques, Nis(jueuses, blanches ou rousses, jaunâtres ou verdàtres, « qui caractérise la morve, a pour origine « quelque ulcère presque toujours dans les poumons, peu souvent dans le foie, rarement dans les roignons, lequel ulcère envoyant des vapeurs subtiles et malignes au cerveau, en altère la substance par leur acrimonie; cette humeur subtile venant à s'épaissir par la froideur naturelle du cerveau, en empesche les fonctions et fournit une humeur comme de l'eau forte qui, par son acrimonie, irrite les parties et augmente l'ulcère qui ensuite produit cet écoulement impoi*-

tun d'humeurs qui paroissent aux: naseaux , etc. ». Une fois sur cette pente,

Solleysel se laisse aller et il va loin ; mais si, laissant de côté li^s absurdités de la doctrine, ou cherche dans le chapitre de la morve ce qui appartient à l'observateur, ou reconnaît que souvent il a bien vu et qu'il a su attribuer aux symptômes leur signification véritable. Les lésions du poumon, du foie et de la rate ont été constatées par Solleysel, dans l'ordre de leur fréquence, et il sait que l'écoulement « des humeurs flegmatiques des naseaux )) coïncide avec ces lésions viscérales et doit y être rattaché. Les caractères de la glande morveuse sont bien spécifiés par lui : « Lorsque entre les deux os de la ganache, on trouve une ou plusieurs glandes attachées à l'os, qui sont douloureuses, et à peine le cheval veut souffrir qu'on y touche; et quand elles ne seraient pas attachées, si elles sont fort dures et fort douloureuses, c'est presque toujours un signe de morve. » De même pour les caractères de jetage : Solleysel en a bien saisi les nuances et particulièrement la consistance poisseuse à laquelle, dans la pratique, on doit attacher tant d'importance. « Si, dit-il, la matière qui sort par les narines s'y attache et s'y colle fortement, comme ferait de la glu, c'est une mauvaise marque et c'est toujours matière de morve. » Revenant sur ce signe quelques lignes plus loin, il fuit observer, avec une grande justesse, qu'un cheval peut être morveujc, sans avoir tous les symptômes extérieurs caractéristiques de la maladie : « J'ay veu, dit-il, des chevaux morveux n'estre pas glandez, ou, s'ils l'estoient, la glande estoit mouvante et petite et ils en sont morts quoy qu'on aye sceu faire.

52 MOIIVE .

La seule connaissance qu'on avoit que c'estoit morve esloit la matière fort gluante s'attacliant foriemeut aux narines et se congelant facilement dans les

conduits »

Voilà une observation pleine de justesse et qui témoigne tout iiarliculicrenient de la sagacité de Solleysel. Dans la question de la contagion, il fait preuve également d'ime grande justesse d'esprit : « Celte maladie se communique plus qu'aucune autre, dit-il, parce que non-seulement les chevaux qui sont près de celui qui est attaqué la prennent, m;iis l'air se corrompt et s'infecte, en sorte i|u'il est capable de la communif|uer à tous ceux ([ui sont sous le même toict : t'est pourquoi il faut d'abord les séparer et ne les point laisser boire dans un mètne sceau, iiarticulièrement certaines sortes de morves malignes ; mais toutes ne sont pas de mesme et ne se communiquent pjs si facilement, mais il y a toujours du danger. »

A douze siècles de distance, nous retrouvons dans le Parfait Mareschal l'idée de la contagion de la morve déjà si posilivenient affirmée par Végcce. Mais Solleysel établit, ce qui est une nouvelle preuve de son habileté cornm^ observateur, que l'activité contagieuse ne se montre pas au même degré dans tous les cas ; qu'il y a des morves malignes plus contagieuses que d'autres qui « ne se communiquent pas si facilcuient n ; toutefois, ajoute-t-il, en praticien prudent : .( il y a toujours du danger. » llien de plus juste que ces observations ! Rien qui témoigne mieux que lorsque Solleysel était délivré de ses idées docirinales, il savait bien voir et assigner aux faits leur véritable signification.

Solleysel lit école et ses idées sur la nature de la morve et du farcin furent acceptés par ses contemporains et ses successeurs immédiats, non-seulement en France, mais dans tous les pays étrangers où elles furent répandues par des traductions du Parfait Mareschal. Ce n'est qu'en 1749 qu'elles commencèrent à trouver un contradicteur dans Lafosse père, maître maréchal à Paris et l'un des maîtres aussi de l'Iiippiatrie française, à laquelle il s'efl'orça d'imprimer un caractère plus scientifique en lui donnant pour base l'anatomie. Dans un opuscule intitulé : Traité sur le véritable siège de la morve des chevaux et les moyens d'y remédier {Il i9) , Lafosse critique et combat l'idée que la morve soit, comme l'admettait l'ancienne hippiatric, une maladie générale, dépendant d'un vice du sang qui donnerait lieu à des lésions viscérales multiples. Pour lui le véritable siège de la morve est dans la membrane pituitaire et celte maladie n'est qu'une maladie inflammatoire et locale. Mais à côté de cette morve, qu'il appelle proprement dite, Lafosse en distingue d'autres, improprement dites, suivant lui, où l'on constate des lésions viscérales et, dans ces variétés des morves improprement dites, il place une morve de farcin, qui « est une humeur si acre et si corrosive, qu'elle attaque quelquefois en même temps les poumons et la membiane pituitaire, et qu'elle se communique », tandis que les autres sortes de morve improprement dites, la morve de pulmonie, celle de courbature, de fausse gourme et de morfondure ne se communiqueraient pas. Ces divisions tout urbitraires procédaient d'une conception erronée, et malgré l'approbation que donna au travail de Lafosse la commission à laquelle l'Académie des sciences en avait renvoyé l'examen, l'opinion qu'il voulait faire prévaloir contre « les idées canonisées, comme il le dit, par des auteurs célèbres)), rencontra devant elle la résistance des instincts cliniques des praticiens de son temps, qui se refusèrent à TIC voir qu'une inflammation locale dans cette morve, dont ils connaissaient la

gravilé exlrème, et dont ils avaient pu constater les lésions ailleurs que sur la pituitaire, dans leurs aulopsies, si incomplètes qu'ils les fissent.

Au point de vue historique, le système que préconisa le premier Lafosse a une grande importance, bien moins par ce qu'il vaut en soi, que par l'induence considérable qu'il a exercée sur la pratique dans la première moitié de ce siècle. En concevant la morve comme ime maladie qui n'est qu'une inllammalion locale, Lalosse a, en effet, été conduit à ces deux conclusions : d'abord qu'elle n'est contagieuse que par exception, et ensuite qu'elle est facile à guérira sa première période. Sur ces deux points il est très-explicite, [te liiit, pour ce qui est de la contagion, voici ce qu'il écrit dans un Supplément au traité de la morve, imprime en 1749 : « Je suppose deux chevaux, l'un morveux, l'autre sain dans une écurie, à la même mangeoire, pourvu qu'ils soient allachés de façon que l'haleine du cheval morveux ne puisse être respirée par l'antre cheval, celui ijui n'aura pas la morve ne la gagnera sûrement pas.

« La morve, cette maladie commune parmi la cavalerie, et dans lou(es les grandes troupes de chevaux, n'en a pas élé plus connue ; on la regarde encore anjoiirdliui comme contagieuse et les ordonnances portent expressément (pi'il faut brûler les brides, les selles, les housses et généralement tous les équipages du cheval morveux que l'on fait tuer. On défend que l'on se serve ni de la peau pour les tanneurs, ni du reste du corps dont on lire tant de secours pour la plupart des manufactures; enfin on lait brûler jusqu'aux bottes du cavalier, tandis que, comme l'on voit, cette maladie est locale et renfermée dans une petite portion de la capacité de la tète. Si ceux qui ont écrit sur la morve, avant moi, avaient fait ces réflexions, ils auraient épargné bien des millions au roi et n'auraient pas privé l'Etat de secours qu'ils croyaient perdus quoiqu'ils fussent dans leurs mains. »

Nous voilà loin, on le voit, de la prudence de Solleysel qui proclamait « qu'il y avait toujours du danger » de contagion pour la morve, bien qu'il reconnût que toutes les sortes de morve n'étaient pas contagieuses au même degré.

Quant à la guérison de la morve, Lafosse ne met pas en doute que la découverte du véritable siège de la morve ne l'ait conduit à son véritable iraitement; voici, en effet, comment il parle et des etïorts de ses devanciers et de ce qu'il aug\ne de ce qu'il va tenter : « Les savants médecins disent qu'il ne faut jamais fonder la cure d'une maladie sur des hypothèses, c'est-à-dire sur des suppositions que l'imagination forge pour aider la mémoire, en liant des faits ])our expliquer clairement ]«s causes des symptômes des maladies. Tel a été pourtant malheureusement le sort de la morve, ce quia conduit des milliers de chevaux à la voiiie.

« On a imaginé dans les viscères un vice chimérique qui se manifeste à la fin dans le nez. En conséquence de ce raisonnement on a administré des breuvages qui, quoique le nombre en soit immense, peuvent cire tous réduits à trois geiues de médicaments, sçavoir: ou des altérants, pour purifier la masse du sang, ou (les sudorifiques dans la vue de chasser la malignité par la peau, ou bien des béctiiques, pour détruire ce vice dans les pouimons. 11 est inoui qu'on ait jamais guéri un seul cheval morveux, et ce n'est pas une chose surprenante qu'on n'ait pu détruire une maladie par des remèdes qui attaquent une cause imaginaire.

« On verra, dans l'article suivant, que c'était administrer des remèdes généraux pour guérir un vice local; ce qui a été cause des ravages horribles, des

brigndes démonlées, des équipages mis bas, des voitures publir]ucs défaites, et des [)nrlici)liers ruinés. »

Lafosse évidemment fut déçu dans ses espérances de pouvoir guérir la morve en l'attaquant, dans ce qu'il croyait son véritable siège, par l'opération du trépan et par un appareil fumigatoire qu'il inventa ; toutes ses tentatives échouèrent. !1 en convient lui-même dans les communications ultérieures qu'il fit à l'Académie des sciences; mais sa foi n'en fut pas ébranlée et il demeura toujours convaincu qu'il avait découvert le siège de la morve et mis sur la voie de son traitement rationnel.

Lafosse fils (1768) hérita des idées de son père et s'en fit le propagateur Ircsardent. Comme lui, il nia que la morve fût contagieuse sous toutes ses formes, ainsi que le prétendait l'ancienne hippiatrie; mais, plus précis que son ];ère, il établit deux espèces dans la morve proprement (hte : « l'une dans laquelle le cheval jctie du sang par les narines et oîi Ion découvre le long de la cloi^^on beaucoup de cliancres, fournissant très-peu de pus, et encore d'une qualité noirâtre et sanicuse.

(( L'autre, d.ins laquelle on ne découvre point ou presque point de chancres, mais, en revanche, qui fournit une très-grande quantité de })us provenant de la lymphe. Dans cette seconde espèce, les cornets et les sinus sont plus ou moins remplis de matière ; au lieu que dans la première, les cornets sont vides ainsi que les sinus.

« La première espèce vient presque toujours d'un vice farcineux et se communique presque toujours, ce qui n'arriveras dans lamorve delà seconde espèce. «

Les deux espèces de morve que Lafosse fils spécifie dans ce passage corr^'spondent aux deux types que nous reconnaissons aujourd'hui : le type aigu et le type chronique. Solleysel avait bien signalé déjà l'existence de « certaines formes de morves malignes » plus contagieuses que d'autres, mais en reconnaissant que toutes étaient dangereuses. Lafosse fils, pour la première fois, établit entre les deux espèces cette différence fondamentale que l'une est contagieuse et l'autre ne l'est pas. On verra, par la suite de cet historique, combien graves ont été les conséquences de cette 0|iinion une fois qu'elle a été définitivement admise.

C'est à Lafosse fils qu'il faut aussi rattacher les tentatives sans nombre qui ont été faites après lui et jusqu'à une époque qui n'est pas encore très-éloignée de nous pour résoudre le problème de la guérisou de la morve. Il n'hésite pas, eu effet, à affirmer dans son Dictionnaire raisonné d hippiatrie, qu'un traitement qu'il indique, ayant pour base la saignée, les injections et les fumigations, « est rarement infructueux ». « Car je puis dire, affirme-t-il, avoir guéri toujours les chancres les plus formés et de la plus mauvaise qualité par ces fumigations, même des plantes adoucissantes ; et si, toutefois, l'on ne guérit pas, c'est que lu vapeur ne peut pas se porter sur toutes les parties affectées, encore moins dans les cornets. »

De telles affirmations sont bien étranges et, comme elles émanent d'un praticien exercé, on ne peut s'empêcher de croire en les lisant que, mal inspiré par son amour filial, Lafosse fils, pour glorifier le système paternel, n'a pas reculé devant l'emploi de moyens qui faussaient la vérité.

Quoi qu'il en puisse être ici des interprétations, une chose demeure certaine, c'est que la méthode thérapeutique préconisée par Lafosse père et appliquée par son fils a toujours été reconnue impuissante à guérir la morve. Les mille et une tentatives laites après lui ne lout que trop prouvé.

Ce n'est pas immédiatement que les opinions des deux Lafosse sur la contagion <le la morve produisirent les conséquences que nous avons fait tout à l'heure pressentir. Leurs contemporains se refusèrent à y souscrire et pendant tonle la seconde moitié du dix-liuitième siècle, la doctrine de la vieille hippiatrie sur la contagiosité de cette maladie, à lous ses degrés et sous toutes ses formes, continua à prévaloir. C'est ce dont témoignent tous les écrits des contemporains des Lafosse et de leurs successeurs.

Dans son Nouveau parfait Maréchal, ouvrage qui eut la même vogue au dixihiiitième siècle que celui de SoUeyscl dans le siècle précédent, Garsault (1746) affirme éntrgiquement et liucurabilité de la morve et sa contagiosité, sans distinction des formes qu'elle peut revêtir. «Je commence par avancer, dit-i! en entrant en matière, qu'elle est inguérissable, quand elle est bien déclarée et sûre. » On ne peut pas plus la guérir, ajoute-t-il, « qu'un coupd'épée au travers le cœur. '^ Sur la queslion de la contagion, il est tout autant afûrmatif : « Comme ce mal se communique très-aisément, dit-il, et qu'il peut infecter en peu de temps une ■quantité prodigieuse de chevaux, pour avoir léché la matière, il ne faut pas balancer à tuer le cheval morveux déclaré. Mais si on n'est pas sîir qu'un cheval ait la morve et qu'on ne le fasse que soupçotnier, la première chose que l'on doit faire est de le séparer des autres, de la façon dont il est dit dans le chapitre de la gourme.... »

Liaspard de Saunier, dans sa Parfaite connaissa^ice des chevaux (1734), n'est pas moins explicite que Garsault, à l'endroit de l'incurabilité de la morve et de sa contagion. « Tous les remèdes ont été inutiles » pour les trois variétés de morve qu'il reconnaît. « Le plus court est de faire tuer de tels chevaux, pour qu'ils n'empoisonnent pas les autres à leur approche. » D'après lui, la morve est tellement contagieuse, « qu'elle peut se transmettre par les brides, les selles, les couvertures ; qu'une place où a été un cheval morveux, six mois après peut encore ^àter ceux qui y viendront, soit par la mangeoire, ou par le râtelier qui aura reçu le poison qui leur est sorti du nez ; et qu'enfin pour désinfectrr nue écurie ■d'une telle maladie, ce n'est pas assez que de changer de râtelier, de mangeoire, ■de piliers, de barres, non plus que d'avoir fait ratisser les murailles et passer de l'eau de chaux par dessus ; il faut faire dépaver l'écurie pour en ôter au moins un demi-pied de terre et en remettre d'autre, ou du sable pour la réparer. Ainsi, •on ne peut trop être sur ses gardes pour cet'e maladie. »

Bourgelat, l'illustre fondateur des écoles vétérinaires, que Bollinger, dans un mémoire récemment publié, accuse inconsidérément « d'avoir défendu très-carrément et répandu par son enseignement d'Alfort la doctrine vraiment pernicieuse de la non contagiosité de la morve », Bo.urgelat fut, au contraire, l'antagoniste très-énergique de la doctrine des deux Lafosse. Dans ses Éléments cT hippiatrie, publiés en 1755, il établit que la morve est une maladie virulente qui s'exprime par des lésions des cavités nasales. « Si, dit il, la mucosité sécrétée par la membrane pitnitaire est empreinte et chargée de particules acres du levain morveux, elle irrite bientôt la substance de la tunique qui, malgré son extrême délicatesse dans les sinus, acquiert par le gonfli ment de ses vaisseaux deux lignes d'épaisseur... Cette membrane, dans les petites fosses, ainsi que dans les grandes, est comme un fongus rempli d'exulcérations et garni d'une matière corrosive qui est la même que celle qui s'écoule en dehors... Selon l'acrimonie du virus plus ou moins multiplié, il se fait dans cette même substance, des érosions qui augmentent l'écoulement de l'humeur qui, pour lors, devient purulente, d'une couleur

l)ius ou moins jaunâtre, verdàtre, noirâtre, suivant que les érosions sont plus ou moins iirolbndfs

« Mais quelque univoques que soient ces signes qui caractérisent toujours celte maladie formidable et rebelle, que jusqu'à présent on n'a i)u vaincre, on ne doit en chercher la source que dans la discrase ou dans la corruption du sang et des humeurs ; car regarder la morve comme une maladie dont le siège et le principe résident également dans cette membrane, et soutenir, cà l'imitation du sieur Lafosse, enhardi par l'approbation d'un tribunal respectable (l'Académie royale des sciences) devant lequel toutes les sciences ressortissent, mais qui sans doute n'a voulu qu'applaudir à son zèle, soutenir, dis-je, que la méthode curitive doit rouler uniquement sur des topiques directement applicables à la partie affectée, c'est avancer une proposition insoutenable et que les suffrages les plus éclatants ne pourront jamais accréditer. Car enfin les maux ne peuvent céder qu'à l'action des médicaments qui les attaquent dans leur principe, et de même que la détersion des ulcères vénériens, pestilentiels, scrofuleux et scorbutiques, auxquels l'homme est en proie, n'opère point la guérison radicale de la vérole, de la peste, des écrouelles et du scorbut, celle des ulcères que le levain morveux pioduit et occasionne, et (|ui ne sont que des effets de ce virus, sera d'une faible ressource pour anéantir la morve dont elle ne combattra pas la cause. »

On voit, par cet extrait, combien Bourgelat est resté fidèle aux anciennes doctrines sur la nature de la morve et sur ses propriétés contagieuses. C'est donc bien à tort et bien légèrement que Bollinger en fait un partisan déclaré de li doctrine delà non-contagion. De pareilles erreurs, à l'endroit d'un pared homme, ne sont guère excusables, surtout de la part de ceux qui se targuent si volontiers de la largeur et de l'impartialité de leur érudition.

Tous les ouvrages sur la médecine des animaux, publiés dans la seconde moitié du dernier siècle, montrent que les efforts des deux Lafosse restèrent impuissants à faire prévaloir leur opinion sur le siège exclusif de la morve dans les cavités nasales, sur sa curabilité possible et même facile d'après eux, et enfin sur sa contagiosité, qu'ils considéraient seulement comme l'exception. Le docteur Yitet, par exemple, dans sa Médecine vétérinaire (Lyon 1771), où se trouvent résumées les opinions acceptées de son temps par la pratique générale, considère la morve comme « un écoulement par les naseaux d'une humeur virulente et contagieuse «, dont l'action peut produire des effets à quelques égards difiérents, suivant l'intensité de la maladie et les dispositions spéciales de l'oiganisme qui en reçoit l'imprégnation : (( Faites habiter, dit-il, un cheval sain avec un cheval morveux au dernier degré, il sera plus tôt affecté de la morve et ce virus fera des progrès pins rapides que s'il avait pris la morve d'un cheval attaqué depuis peu de cette maladie. D'un autre côté, le virus morveux a divers degrés d'activité qui ne dépendent pas toujours du temps de la maladie. Les jeunes chevaux sont plus exposes à prendre la morve que les vieux et les progrès sont beaucoup plus rapides chez les premiers.... Lorsque le virus morveux attaque les mulets, il fait des ravages considérables et se communique avec promptitude. L'àne en est plus difficilement affecté, mais lorsqu'il est morveux, il en est plus tôt la victime. »

Ces observations sont justes, sauf ce qui est relatif à l'àne qui est, tout au moins autant que le mulet, impressionnable à l'action du virus morveux et propre à sa repullulation très-rapide.

A part ces différences dans les degrés, Vitet reconnaît, avec tous les praiiciens de son temps, dont son livre n'est du reste qu'un écho, que la morve est toujours

MORVE. i>'

contagieuse: « II n'est point de |)avs, de saison, de iioiirriliire, d'exercice, d'âge et de tempérament (jui mettent le cheval bien portant à l'abri de la morve, lorsqu'il habite quelque temps avec un cheval morveux, dans la même écurie. » C'est de la contagion seule, d'après le docteur Yitct, que la morve procède ; et parlant de cette idée, il arrive à celte conclusion que : « pour détruire le vii'us morveux, il faudrait (jue toutes les nations s'accordassent en même temps à détruire tous les chevaux morveux ou seulement soupçonnés ; il suldrait cpi'ils fussent légèrement glandes, quand même récoulemeut serait niuqueux et peu abondant, pour les faire assommer et enterrer profondément, sans permettre de les écorcher. » Cette mesure radicale, qui ne serait pas désavouée sans doute aujourd'hui parles coutagionnistes absolus, montre assez combien le docteur Yitet s'était maintenu éloigné des idées que les deux Lafosse s'efforçaient alors défaire prévaloir.

Iln'eu est pas absolument de même d'un autre médecin, le doctetu'Paulet, qui lui aussi s'est occupé de l'étude des maladies des animaux et a laissé, sous le titre de Recherches sur les maladies e'pizootiques (1775), un livre important surtout parles documents historiques qu'il renferme. Paulet accepte volontiers les idées de Lafosse sur le siège de la morve et sur ses divisions, et il admet (|ue, dans son premier état, elle n'est pas contagieuse.

« Mais, dit-il, lorsqu'une fois récoulemeut a lieu, il y a tout à craindre pour tous les chevaux exposés à l'action du virus. Pour la produire, il suffit qu'un cheval morveux ait mangé une fois dans nu latelier ; si cent autres viennent après lui, lis courent tous le risque d'eu être atteints : au bout de huit à dix jours, les premiers symptômes de la maladie se déclarent. » Plus loin, Paulet revient jiresque sur l'opinion qu'il a émise, en s'inspiranl de Lafosse, à l'égard de la non-coutagion delà morve, sous une de ses formes : « Un doit toujours faire attention, dit-il, avant d'entreprendre la cure d'une morve quelconque, de séparer l'animal malade des sains, de peur que le bien qui pourrait résulter de sa guérison ne fût capable de compenser le mal qui résulte des dangers de la contagion. Car on ne saurait se tromper d'agir dans toutes les espèces de morve, comme si elles étaient trèscontagieuses; au lieu qu'on risque tout, en adoptant une opinion contraire ; et l'exiH'iience qui juge souverainement dans les cas douteux, a démontré que toutes les morves étaient dans ce cas, que les chevaux qui n'avaient pas de ccmmunicatioii avec les autres y étaient rarement sujets, et qu'au contraire ceux qui vivaient en troupe, dans des écuries nombreuses, dans les postes, sur les routes, dans la cavalerie, enfin tous ceux qui étaient exposés à habiter les lieux les plus fréquentés par les chevaux, étaient ceux qui en étaient principalement atteints; phénomène qu'on ne saurait attribuer qu'aux effets de la communication. »

C'étaient là, on le voir, des idées d'une grande justesse. Étant donné et reconnu par tous que si la morve ne paraît pas toujours contagieuse, elle l'est incontestablement sons l'une de ses formes, la règle à suivre devait être de se tenir toujours en garde contre cette contagion possible, en évitant toute promiscuité entre les animaux sains et ceux chez les(iuels des symptômes de morve pouvaient être constatés, quelque signification que ces symptômes parussent avoir au point de vue de la contagion. iXous allons voir, par la suite de ce récit , combien ces sages préceptes ont été méconnus, dans le premier tiers de ce siècle surtout, et combien graves ont été les conséquences de l'abandon que l'on fit alors des doctrines anciennes sur la contagion de la morve pour se ranger à celles des Lafosse, en les exagérant encore. Mais la responsabilité de ce changement d'opinions nedoitpas être atti'ibuce.

comme le prétend à tortBolllngcr, aux premiers instituleurs qui professèrent, en France, la science vétérinaire après la Ibndalion des écoles. Nous avons déjà vu que Bourgelat, à qui revient l'honneur de cette fondation, avait protesté, dès 1757, dans ses Éléments (rhippiatncpie,conlreks idées du premier Lnfosse sur le siège de la morve et sur son mode limité de contagion. Dans un autre de ses ouvrages, La matière médicale, il a affirmé encore sa manière de voir sur ce point. L'opmion du maître fut celle (ju'adoplèient les écoles dès leur origine. L'école de l.yon, lu première en date (1762), y resta fidèle et ne s'en départit jamais, même à l'époque où la doctrine de l'irritation s'imposa si puissamment auxespritset eut pour conséquence d'ébranler, dans un si grand nombre, les croyances à la contagion des maladies. A Aifort, les errements de Bonrgelat continuèrent à être suivis par Gbabert qu'il avait choisi pour son successeur à la direction de l'école et à qui il avait confié la mission de continuer son œuvre. Les opinions de Chabert, ii I eudroit de la contagion de la morve, sont très-nettement affirmées dans son Instruction sur les moyens de s assurer de V existence de la morve et d'en prévenir les effets. Cette instruction fut rédigée en conformité de l'arrêt du Conseil d'Etat du roi, du 16 juillet 1784, qui avait été renànpour prévenir les dangers desmaladies des animaux et particulièrement de la morve, et qui s'appuyait sur ce considérant principal : « que cette maladie, contre laquelle on n'a trouvé jusqua présent aucun remède curatif, se communique, se propage et se perpétue par toutes sortes de voies; que l'écurie où un cheval atteint de la morve n'a l'ait que passer, les harnais et tout ce qui lui a servi reçoivent et communiqncnt ce vice épidémique qui ne tarde pas à se développer ; qu'une des causes principales de la contagion ne peut être attribuée qu'à la négligence et à un intérêt mal entendu des propriétaires, marchands de chevaux et de bestiaux, qui, au lieu de déclarer le mal dès son principe, cherchent à le déguiser jusqu'à ce que les animaux qui en sont atteints soient absolument hors d'état de service ; que les équan isseurs et autres, après avoir acheté des chevaux et Lètes frappés de mal , sous prétexte de les guérir ou de les abattre, en font un trafic funeste, même dans la vente des parties mottes... n

Rien de plus clair, comme on peut en juger par cette citation, que les motifs qui ont inspiré l'arrêt du Conseil d'État du roi du 16 juillet 1784. L'Instruction de Chabert, qui n'en est qu'un corollaire, s'inspire nécessairement des mêmes idées. En tête des causes qu'elle assigne à la morve se trouvent : « La communication des chevaux sains avec des chevaux morveux, ou l'usage de quelques-uns des objets qui leur ont servi, comme brides, selles, harnais, couvertures, seaux, étrilles, éponges, brosses, époussettes, etc. Cette cause est plus ou moins active, suivant le caractère du virus et les dispositions des sujets exposés à ses eflets. » Chabert admet aussi la possibiHté de la communication par « les tourbillons de vapeurs Iburnies par la transpiration de tous les chevaux d'un régiment dans les manœuvres des escadrons, vapeurs qui sont introduites dans les poumons par l'inspiration ». Enfin, dans le paragraphe où il traite de la curabilité, Chabert, sans contester qu'elle soit possible dans quelques cas , insiste sur l'incertitude des moyens de traitement , sur les grosses dépenses qu'entraîne leur usage et tout particulièrement « sur la perte énorme que la morve peut occasionner en se propageant d'un individu à l'autre». A chaque page de son Instruction, Gliabert revient sur les dangers de la contagion et sur les précautions qu'il con\ient de prendre pour en prévenir les conséquences.

Aucun doute possible, comme on peut le voir d'après ces extraits, sur l'opinion

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que professait, à l'endroit de la contagion de la morve, le deuxième directeur de l'école d'Alfort qui, par son enseignement et ses écrits, exerça une très-grande mtluence sur le mouvement des idéts de son temps.

Iluzard, le premier inspecteur des écoles \étcrinaires, et qui, à ce titre, eut l'honneur de prendre rang parmi les membres de l'Institut dès sa fondation, Huzard resta toujours le partisan convaincu de la doctrine de la contagion de la morve, que lui avaient enseignée ses premiers maîtres, Bourgelat et Cliaberl, et fit de constants elTorts pour empêcher la doctiine contraire de s'emparer des esprits. Dans sa notice sur Nicolas César , qui avait été professeur à l'École d'Alfort, il protesta avec énergie contre « des professeurs sortis de cette école qui, depuis quelques années, dit-il, ont émis l'opinion que la morve n'était pas contagieuse. Cette opinion, qui ne pouvait être que le résultat, ajoute-t-il, d'oliscrvatioiis faites sur des chevaux qui n'étaient pas morveux et de ce que l'on n'avait pas su distinguer, dans les divers Ilux qui ont lieu parles naseaux, ceux qui sont contagieux de ceux qui ne le sont pas, comme l'ont observé, il y a déjà longtemps, de bons hippiàtres, a été i^épandue par desofiiciers de cavalerie et par des élèves, tous écoliers, plus accoutumés à croire c|u'à observer, et a fait un mal incalculable que leurs auteurs sont hors d'état de léparer. »

Les anticontagionnistes, contre lesquels Huzard dirigeait ces.accusations, s'étant autorisés du nom de Chabert pour soutenir leur manière de voir, il s'indigna « qu'ils aient osé profaner le nom du maître, en l'associant au leur et en inqjrimant que Chabert avait partagé leur opinion et s'était rétracté de ce qu'il avait dit sur la contagion de la morve. Non, ajoule-t-il, le savant, qui a si bien décrit cette maladie et tous les progrès de sa contagion ; l'homme qui a rendu tant de services en en arrêtant si souvent la marche désasîreu^e ne s'est pas rétracté » ! Et Iluzard qualifie de faussaires ceux qui ont prostitué son nom, en s'en servant pour couvrir celte doctrine de la non-contagion, cause du mal incalculable qu'il a signalé.

(Cependant, on ne saurait contester que, si Chabert s'est déclaré contagionniste dans sou enseignement etdans les écrits qui lui correspondent, ou trouve, dans le Cours complet d'agriculture pratique de l'abbé Rozier auquel il a collaboré , un article Morve, dont la partie qui porte les sept étoiles représentant sa signature, est la contradiction des opinions de toute sa vie : « J'ai cru autrefois, avec le public, dit-il dans cet article, à la contagion de la morve, et même j'ai prescrit des moyens pour s'en préserver ; aujourd'hui, d'après une multitude de faits que j'ai observés personnellement, je pense que la morve n'est pas contagieuse. Elle vient dans un seul cheval comme dans un grand nombre , par la seule disposition individuelle, par le vice des aliments, du travail, de rhabitation..., etc. » Cet article est de 1809. Chabert était alors très-âgé. Lui a-t-on fait dire des sottises, comme le prétend Iluzard dans sa notice, citée plus haut, c'esl-à-dire, pour parler un langage plus révérencieux, l'a-t-on fait changer d'opinion, sans qu'il eût bien conscience, par ûiiblesse sénile d'esprit, de celles qu'on lui suggérait ? C'est possible, mais quoi (ju'il en puisse être, il est très-admissible (|u'il a pu contribuer par son évolution, qu'il en ait eu conscience ou non, à imprimer aux esprits le mouvement si rapide qui les a entraînés vers la non-contagion, dans les premières années de ce siècle.

Si, à Alfort, les vieilles doctrines étaient répudiées par un certain nombre de ses professeurs, comme Huzard le constatait en 1815, Lyon, nous l'avons dit déjà, les conservait fidèlement ; et non contents de les affirmer , ceux qui étaient

chargés de son enseignement, cherchaient à en démontrer la iustcsse [lar des expériences dont il est rendu un compte sommaire dans les procès-verbaux de cette école. H iaut bien dire cjnc celles fju'a laites sur c^ sujet le proles>ciir Gohier, dès 1809, et dont il donna la relation détaillée dans le premier volume de ses Mémoires et observations, etc., publié en 1813, étaient déjà singulièrement probantes delà contagiosité delà morve, tout au moins lorsque les mucosités que ces expériences démontrent virulentes sont mises directement en contact avec la membrane nasale d'animaux sains. Sur six animaux qui lurent soumis à ces épreuves, savoir deux chevaux, une jument et trois ânons : >( La morve s'est déclarée, sur les trois ânons, du sixième au neuvième jour, et ils sont morts tous les trois, l'un le dixième jour, l'autre le onzième et le dernier le quinzième. Sur l'un des deux chevaux, il y eut engorgement des glandes lym[jhatiques souslinguales le cinquième jour et des chancres le treizième, mais il ne sedéclaia pas de flux ; sur l'antre, les mêmes glandes s'engorgèrent le quatrième jour, et le dix-h\iitième, lous les symptômes de la morve contirmée existaient. Enfin, sur la jument les glandes de l'ange commencèrent à s'engorger aussi dès le quatrième jour; le neuvième, elle eut des chancres sur la membrane muqueuse du nez et ces glandes et ces chancres n'augmentèrent pas jusqu'au vingt-neuvième jour, époque où ou 1,1 sacrifia. »

Gohier rapporte aussi dans son mémoire quelques expériences de cohabitation qui, celles-là, ne sont pas concluantes, parce qu'il les a compliquées d'inoculations avec du pus farcineux ; mais sou successeur à la chaire de clinique de l'école de Lyon, le professeur Rainard, a fait connaître par le Compte rendu des travaux de cette école, pour 1825, des expériences démonstratives de la possibilité de la transmission de la morve, soit }>ar la cohabitation avec des animaux malades, soit même par la seule habitation des locaux infectés.

Comnient, malgré ces laits résultant d'expériences directes, faites dans des conditions précises, et faciles à répéter, un tel virement s'est-il, cependant, opéré dans les esprits, que la doctrine de la contagion ait été abandonnée par le plus grand nombre, juste au moment où des tentatives expérimentales commençaient à en donner la démonstration positive? Comment a-t-il pu se faire que tandis que l'ancienne pratique admettait la contagiosité de la morve et la croyait si grande, si subtile et si ledoutable, qu'elle prenait contre elle des précautions qu'on peut bien appeler excessives, tant elles étaient hors de proportion avec la nature réelle des choses; la pratique nouvelle, au contraire, considéra cette contagion comme tout imaginaire et, conséquente avec cette manière de voir, s'abstint d'essayer de la combattre par des mesures sanitaires de l'inutilité desquelles elle était d'avance convaincue, puisque, dans sa pensée, elles ne pouvaient être dirigées que contre un llmtôme? Beaucoup de causes ont concouru à déterminer ce changement dans le cours des idées. La première fut la réaction qui se produisit, comme naturellement, contre l'ancienne hippiatrie lorsque, après l'institution des écoles, la science vétérinaire commença à se constitua* en prenant pour assises les études anatomiques et physiologiques. Alors les conceptions des hippiàtres furent délaissées et même méprisées comme des conceptions ridicules qui n'avaient d'autre base que la fantaisie de leurs auteurs. On ne sut pas alors discerner, dans les devanciers de nos écoles, le vrai de ce qui est faux, et reconnaître, au milieu des enfantements si nombreux de leur imagination, ce qu'ils avaient acquis par une observation judicieuse. Or ces deux choses se trouvent intimement confondues dans les ouvrages des hip}iiàlres, comme du reste dans ceux des médecins dont ils avaient

adopté la manière de voir. On reconnaît, en lisant ceux d'entre eux qui sont rédigés par des maîtres, que leurs auteurs ont étudié d'après nature fccaucoup des choses dont ils traitent; mais jamais ils ne se contentent de l'exposition pure et simple de ce tpi'ils ont observé ; toujours ils prétendent interpréter les faits, et comme ils procèdent d'un système bien arrêté dans leur esprit et qu'à défaut d'une physiologie scientifique, ils s'en sont fait une toute de fantaisie, rien ne leur est facile comme de donner l'explication des phénomènes qui se sont passés sous leurs yeux ; pure affaire d'imagination ! Ils invoquent pour cela l'influence des astres, celle des esprits animaux, les propriétés d'acides et de sels imaginaires, d'humeurs acres ou mordicantes, etc , dont la présence dons le corps vivant est aussi léelle pour eux que s'ils les avaient touchés du doigt, et ils rédigent ainsi, à propos de chaque maladie, les histoires les pins iaiitastiques qu'ils croient, de la meilleure foi du monde, être des récits lidèlcs. De là ce fatras de leurs descriptions, où les faits les mieux observés disparaissent au milieu des considérations les plus prolixes et les plus diffuses sur ce qu'il y a de plus obscur au monde, sur les causes premières, sur les phénomènes qui s'accomplissent dans l'intérieur du corps vivant, sur les effets des médicaments et leur mode intime d'action, etc. : toutes choses aujourd'hui encore mystérieuses pour la plupart, malgré les progrès des sciences physiologique et cliimique, mais qui ne le semblaient pas à ceux qui, ne voyant que par les yeux de l'esprit, imaginaient comment les phénomènes s'effectuent et croyaient en avoir trouvé le secret alors qu'ils n'avaient fait que rêver. Les ouvrages inspirés par une pareille méthode cessèrent d'être lus par les adeptes de la science nouvelle, qui les dédaignèrent comme des productions destituées de tout caractère scientifique, dont il n'y avait pas à tenir compte, et se refusèrent à accepter leur affirmation qu'ils avaient de la tendance à considérer comme entachée d'erreur.

Les opinions des hippiàtres sur la contagion de la morve n'étaient pas erronées cependant, mais elles touchaient à l'erreur par l'exagération. La morve, eu effet, n'est pas susceptible de se transmettre dans la mesure et avec l'activité que les hippiàtres lui ont attribuée. Il n'est pas exact de dire, avecSolleysel, que « cette maladie se communique plus qu'aucune autre ; que l'air de l'écurie (où est un cheval morveux) se corrompt et s'infecte, en sorte quil est capable de la communiquer à tous ceux qui sont sous le même toict » . Même exagération dans Garsaull, lorsqu'il dit que « ce mal se communique très-aisément et qiCil peut infecter en peu de temps une quantité prodigieuse de chevaux pour avoir léché la, matière... » ! Plus grande encore dans Gaspard de Saunier, qui fait de la morve une maladie si subtile que, pendant de longs mois, l'écurie habitée par un cheval morveux resterait imprégnée de son virus, et ne pourrait être désinfectée qu'à la condition de son dépavage à une grande profondeur, et du remplacement de tous ses meubles. Evidemment peindre les choses sous un pareil aspect, c'était ne pas les faire voir dans leur réalité ; et lorsque l'observation eut démontré que l'habitation des animaux sains dans des lieux infectés, et leur cohabitation avec des malades, ne donnaient pas lieu à la série des accidents qui, d'après les livres de l'hippiatrie, devaient se produire fatalement et avec la prodigieuse rapidité qu'ils annonçaient, par une tendance toute naturelle à l'esprit humain, on se plaça d'emblée à leur opposite, et à leurs affirmations exagérées on substitua des négations qui ne l'étaient pas moins, en méconnaissant les faits de contagion dont on pouvait être témoin et cherchant leur explication dans toute autre cause que la contagion même.

Voilà une première raison de la divergence qui s'établit, sur la question de la contagion de la morve, entre l'ancienne pratique et la nouvelle. Mais deux autres causes, marcliant presque de pair, contribuèrent puissamment à ce résultat. Je veux parler de rinduence si considérable que l'anatomie pnthologiqiie et la médecine physiologique ont exercée sur le mouvement scientifique médical du premier tiers de ce siècle. L'anatomie pathologique, en dévoilant le siège des lésions, et en les rattachant aux symptômes par lesquels elles s'expriment, devait avoir et a eu effectivement pour conséquence, de détourner les esprits des conceptions humorales de l'ancienne médecine, qui ne voyait dans la maladie que l'ensenible du trouble fonctionnel, et n'attachait aux lésions qu'une importance secondaire. Or l'idée de contagion s'accommode mieux ou, plutôt s'accommodait mieux alors, avec l'ancienne doctrine humorale qu'avec celle du solidisme dont l'anatomie pathologique travaillait à fournir les assises. Lorsqu'on admettait que la maladie contagieuse était produite par un levam, qui donnait lieu à un mouvement général de fermentation, c'était une idée parfaitement conforme à ce qu'on croyait être la nature réelle des choses que d'admettre également que de cet organisme en pleine fermentation se dégageait un principe morbide, Vaura venenata, dont parle SoUeysel, par l'intermédiaire duquel la maladie se dispersait en se répétant sur les autres organismes, soumis à l'influence de son levain. Mais si l'idée de contagion s'accommodait bien avec celle de fermentation, il n'en fut plus de même lorsque les recherches anatomo-pathologiques firent concevoir la morve, non plus comme une \iciation des humeurs, mais comme une maladie des solides, caractérisée par des altérations très-profondes et très-invétérées, plus particulièrement de la muqueuse des voies respiratoires et du tissu des poumons. On se prit à douter que les lésions de cette nature lussent susceptibles de se transmettre, et quand la doctrine de Broussais vint donner l'exphcaiion de leur formation et qu'on ne vit plus en elles que des effets de Virritalion des organes, alors le doute disparut complètement pour faire place à la conviction que la contagion n'avait au* cune part à leur genèse et que, dans chaque individu oiî on les constatait, elles procédaient exclusiv(mient de l'irritation, dont les organes reconnus malades avaient subi les atteintes.

Déjà le premier des Lafosse, on l'a vu plus haut, avait été conduit, par ses recherches sur les cadavres, à rompre avec les doctrines humorales de ses devanciers et à faire de la morve une maladie toute locale, qui n'était pas contagieuse, quand elle avait les caractères de ce qu'il a appelé la morve proprement dite^ c'est-à-dire quand les lésions étaient localisées dans les cavités nasales et dans les sinus. Mais ses efforts, comme ceux de sonfds, étaient restés impuissants à faire prévaloir de telles idées; et pendant plus de soi.xante ans, les anciennes cioyauces persistèrent, adoptées par la pratique, propagées p;ir l'enseignement et sanctionnées par la loi, comme en témoigne l'arrêt du Conseil d'Ét.it du 16 juillet 1784. Toutefois les idées des Lafosse n'avaient pas laissé (jue de germer dans quelques esprits et le jour devait venir où elles rallieraient à elles le nombre, et exerceraient sur la pratique une influence prépondérante.

Parmi les écrits qui contribuèrent le plus cà ce changement dans les idées, dont l'influence a été si considérable sur l'hygiène et sur la fortune publiques, il faut placer en première ligne, par sa date et par l'importance des résultats immédiats qu'il a produits, le mémoire intitulé : Recherches sur la morve et sur le farcin, avec un projet d'expériences, que son auteur, Godiiie jeune, qui avait été professeur à l'école d'Alfort, intercala dans ses Éléments dliygiène vétérinairey

publiés en 1815. Godine, élève de Chabert, était entré dans Ja pratique, imbu (les idées traditionnelles qui était alors professées à Alfort sur les propriétés contagieuses de la morve. Jlais les faits qu'il fut appelé à observer et les expériences qu'ils le conduisirent à entreprendre se trouvèrent en contradiction si formelle avec ce qu'on lui avait enseigné, qu'il cessa de l'accepter comme vrai et se convertit à l'opinion diamétralement o[)posée. Le hasard voulut, en eliet, que, dans une série de circonstances qu'il rapporte, la morve ne se transmît pas à des chevaux sains, soumis, sous ses yeux, à son inlluence, dans les conditions les plus favorables à la contagion. Et, d'autre part, ce fut sans succès qu'il tenta de transmettre cette maladie à deux juments d'expérience par des injections journalières, dans les cavités nasales, du mucus réputé virulent et par une cohabitation continuée pendant trois mois, avec un cheval morveux. « Cette épreuve, faite à Alfurt en 1799 et 1800 fixa, dit Godine, l'attention de l'École. M. Chabert ordonna aux professeurs Chaumontel et Fromage de Feugré , de se livrer à dos expériences sur la morve et sur le farcin; plusieurs chevaux sains furent inoculés soit avec de la matière farcineuse, soit avec du mucus obtenu d'un cheval morveux, que sa maladie bien déclarée n'a pas empêché de vivre treize ans à l'école, en faisant le service de la pompe. Ces essais décisifs eurent le même résultat que les expériences précitées, et M. Chabert, convaincu, abjura son ancienne opinion. Dans un nouveau traité de cette maladie, qu'il inséra dans le supplément du dictionnaire de Rozier, article Morve, douzième volume, page 282, il consacra la non-propriété contagieuse de la morve et du farcin et cita des faits importants pour motiver son opinion. »

Godine, ici, ne se montre pas historien très-fidèle. Le nouveau traité sur la mor\e que Chabert aurait inséré, suivant lui, dans le tome XII du supplément du dictionnaire de Rozier, n'est qu"un article de quelques pages, constitué e.\clusivement par la relation sonnuaire de cinq observations. Les trois premières établissent que des chevaux soumis à des épreuves de cohabitation et d'inoculation n'ont pas contracté la morve, mais la cinquième a une signification tout opposée. Pour qui sait la lire, elle donne la démonstration que la morve s'est transmise successivement, sur un groupe de quatorze chevaux, du premier qui eu a été attaqué au dernier (jui l'a contractée. Le propriétaire ne s'y était pas trompé; mais déjà le parti était pris de destituer la contagion de cette influence prépondérante, que l'ancienne hlppiatrie lui avait attribuée, en exagérant son activité, et au lieu de la voir dans ce cas particulier, le professeur Chaumontel s'est ingénié à rechercher les causes générales qui avaient pu produire cet accident et il n'a pas hésité à en accuser les mauvaises conditions hygiéniques. Cet article porte la signature de Chabert et de ses deux collaborateurs Chaumontel et Fromage de Feugré. Malgré le parti-pris manifeste dont il porte l'empreinte, on voit que les convictions ne sont pas encore assez faites pour qu'on ose rompre d'une manière décisive avec l'ancienne doctrine ; la conclusion de cet article indique qu'il reste du doute dans les esprits; elle dit, en effet que : « La morve pourrait bien n'être pas contagieuse et que son invasion sur plusieurs individus voisins ne semble due qu'à des causes auxquelles ils participent en commun. » Il y a loin, comme on le voit, de cette opinion indécise à cette abjuration si, complète que Godine attribue à Chabert. Mais la foi ébranlée de ce vieux maitre devait avoir de graves conséquences à une époque surtout où l'autorité du maître était tonte puissante; et c'est ce résultat produit qui donne au mémoire de Godine une grande importance historique. De fait, c'est à dater de

ce momcuL que l'on voit grandir le nombre des anticonlagionnistcs et se multiplier les écrits où l'idée de la contagion est répudiée pour faire place à l'influence « des causes auxquelles les animaux voisins qui contractent la maladie participent en commun », telles que les causes débilitantes, les arrêts de transpiration, etc. Nous ne passerons pas en revue ici la longue série de ces mémoires; ce serait là un travail quelque peu fastidieux et d'une utilité secondaire. Aussi bien, du reste, au point de vuespéciiil auquel nous avons cru devoir nous placer en rédigeant ce travail, c'est bien plus l'histoire de la contagion de la morve qu'il nous a paru utile de tracer que celle des travaux innombrables qui ont été publiés sur cette maladie, et nous devons, en conséquence, nous borner à choisir parmi ces travaux ceux qui méritent une mention à part, par l'inlluence qu'ils ont exercée sur le mouvement des idées dans un sens ou dans l'autre.

A ce titre, le livre du professeur Dupuy, d'Alfort, sur l'affection tuberculeuse, vulgairement morve, etc., etc., doit être placé au premier rang. Dans cet ouvrage inspiré de l'école anatomo-pathologique, dont Dupuy l'ut un des adeptes fervents, l'idée dominante est que le tubercule constitue la lésion primordiale et fondamentale de la morve. C'est de lui que procèdent lésions ultérieures et symptômes successifs. Mais il est de très-longue date antérieur à l'apparition des symptômes classiques, dont la manifestation est considérée comme nécessaire pour que l'on puisse affirmer l'existence de la morve. Pour Dupuy, lorsque ces symptômes extérieurs apparaissent, c'est-à-dire lorsque se montrent le jetage, les chancres et les glandes, il y a longtemps déjà que les tubercules ont envahi les poumons et le tissu de la membrane pituitaire. Ce que l'on appelle le chancre n'est que la lésion consécutive au ramollissement du tubercule. Dans cette conception, la morve peut rester longtemps cachée, car, chez le cheval, l'évolution des tubercules est compatible avec les apparences de la santé; d'où la difficulté de Aiire des expériences concluantes sur la contagion de la morve, les tubercules pouvant exister, sans qu'on puisse le savoir, sur les chevaux que l'on soumet aux épreuves de la transmission par un mode ou par un autre. Aussi incline-t-il à croire que cette contagion n'existe pas, contrairement à ce qui était encore généraleu^.ent adopté à l'époque où parut son ouvrage (1817) : « La contagion de la morve est encore, dit-il, un problème à résoudre; si presque tous les vétérinaires l'admettent et regardent ce point de doctrine comme démontré, quelques-uns ont avancé une opinion tout opposée et il y a beaucoup de preuves qu'ils peuvent invoquer pour l'appuyer. Quant à nous, ajoute-t-il, nous ne connaissons aucune expérience bien faite en faveur de la contagion et il y en a contre. » Pour Dupuy, qui avait aussi son parti-pris, les expériences de Gohier, publiées en 1815, étaient considérées comme non avenues, probablement parce qu'elles contrariaient l'idée qu'il avait été conduit à se faire de la nature de la morve par ses recherches anatomo-pathologiques. L'idée de contagion pouvait, en effet, difficilement s'accommoder, à cette époque surtout, avec celle de la préexistence du tubercule comme lésion fondamentale de la maladie.

La morve dont l'école anatomo-pathologique avait fait une affection tuberculeuse, une phthisie du poumon et de la membrane nasale, devint une simple intlammation, une rhinite, avec l'école physiologique; et ceux qui se rangèrent à cette doctrine n'hésitèrent plus, pour la plupart, à se délivrer de cette idée de la contagion, dont leurs prérlécesseurs étaient restés encore quelque peu obsédés. Ceux-ci pouvaient dire comme Mathan :

Du Dieu que j'ai servi l'importune mémoire Jette encore dans mou àmc un reste de teneur.

Mais pour les adeptes de l'école physiologique, ce reste de terreur avait complètement disparu. On peut voir dans le Traité raisonné de la morve (1823) par Morel, qui avait été répétiteur à l'école d'Âlfort, avec quelle conviction de la bonté de sa cause, quelle croyance absolue dans sa vérité, la nouvelle école allirme, à cet ég.ird, sa manière de voir : « Notre opinion sur la contagion de la morve, dit Morcl, n'est pas partagée par nous seuls...; bien avant nous, les Cliabert, les Fromage, M. Godine jeune, et tout récemment M. Dupuy ont déclaré que la morve n'éiait pas contagieuse..., etc., ils ont bien développé leur idée, ils l'ont montrée avec toute l'évidence possible, mais chacun d'eux a terminé eu déclarant (ju'il était prêt à faire l'abandon de ses vues, si l'expérience les infirmait. Or quand on expose une vérité, le doute doit-il la suivre? Ne doit-on pas, au conlraire, l.i soutenir avec stoïcisme? la modération n'est applicable qu'à une assertion neuve et non encore justifiée; les laits incontestables la repoussent. La morve n'est pas contagieuse : Voilà une vérité sanctioimée par tous les bons observateurs et qui ne sera pas mieux prouvée dans cent ans (ju'elle ne l'est de nos jours!... »

Plus d'ambages dans cette manière de s'exprimer, [dus d'hésitation, plus de réserve! Les croyants qu'avait laits Broussais étaient animés de celte foi sincère et agissante (\\xi ne pactise pas avec l'erreur; et convaincus que seuls ils étaient ci> possession de la vérité, ils repouss;iient stoïquement les opinions opposées au.K leurs parce que pour eux, nécessairement, elles étaient erronées. Tous les écrits du temps portent l'empreinte de la même assurance. Un autre adepte de la doctrine physiologique, Loucbard, qui avait été aussi lépétiteur à l'école d'Alfort, publia en 1825, comme vétérinaire militaire, un opuscule dont le titre seul : La morve est-elle contagieuse? Non ! | eut être considéré comme un signe du temps, c'est-à-dire comme l'indice du coiu'ant d'idées auquel les esprits se laissaient aller. Non que de temps à autres (|uelques etforts ne fussent tentés pour mettre obstacle à cet entraînement. Mais il était dans la logique des choses (jue la réaction s'accomplît contre ce qu'il y avait eu d'excessif dans la doctrine des contadonnistes.

Parmi les membres du corps enseignant vétérinaire qui contribuèrent le plus à ce mouvement de réaction contre les idées contagionnistes, Renault et Delafond doivent être placés au premier rang, en raison du rôle qu'ils eurent à remplir comme chefs de la clinique d'Alfort, et de la propagande qu'ils purent faire de leurs idées par leurs nombreux élèves. Jeunes tous les deux et remplis de l'ardeur que l'on met dans la jeunesse à défendre ce que l'on croit être la vérité, il& firent des prosélytes d'autant plus convaincus qu'ils ap[iuyaient leur enseignement sur des démonstrations expéiimentales et sur des observations cliniques. Élève de ces deux maîtres (1854-1856), témoin de leurs expériences et de leurs résultats, nous ne pouvions manquer de nous ranger à leur doctrine, qu'ils^ savaient transmettre avec l'autorité de leur talent et de leurs convictions, et nous en devînmes à notre tour le propagateur pendant les premières années de notre enseignement. C'est qu'en effet, toutes les expériences, aussi bien celles de cohabitation que les inoculations directes, semblaient conspirer pour nous affermir dans notre opinion. Aussi tous les comptes rendus annuels dans lesquels les résultats sommaires en étaient donnés, aux séances solennelles des dislributiou& des prix, proclament-ils invariablement que la morve chronique n'est pas con-

DICT. ENC "2° S. X. 5

tngiouse, car c'était la contagion de la maladie sons ce type qui était seule on cansc et donnait ma'ière à discussion. Pour la morve aiguë, l'accord n'avait pas tardé à se faire, tant la chose était évidente.

Ces résultats, qu'on obtenait à Alfort en expérimentant, que déjà Gndine, Cliaumontel, Cliabert et Fromage de Feugrc, avaient vu se produire sous leurs yeux, les observateurs de la pratique les signalaient également et en envoyaient la relation au Recueil de médecine vétérinaire qui les enregistrait et accumulait ainsi des arguments, qu'on pouvait croire irréfragables, à l'appui de la doctrine anticontagionniste. Ainsi soutenue et répandue par l'enseignement, appuyée sur l'autorité des hommes qui étaient revêtus de la plus grande notoriété dans la science et dans la pratique, cette doctrine ne pouvait manquer de faire tomber en désuétude complète les lois sanitaires qui avaient été inspirées par l'idée de la contagion et en étaient toutes remplies. C'est ce qui arriva, en effet. Les hommes qui faisaient autorité dans la science, aftirmont que, sous le type où elle se montre le plus communément et reste compatible avec les apparences de la santé, c'està-dire sous le type chronique, la morve n'était pas contagieuse, on cessa de tenir la main à l'observation des règlements sanitaires. L'usage et même la voûte des chevaux affectés de la morve redevinrent libres et les choses en arrivèrent à ce point qu'un grand nombre des chevaux qu'on utilisait sur la voie publique, soit dans les villes, soit sur les routes, étaient glandes, chancres et jetaient à pleines narines. A Paris notamment, et dans un long rayon au dehors, les services de la malle-poste et des diligences étaient faits en partie par des chevaux morveux. De même aussi ceux du roulage et du camionnage; et dans l'intérieur de la ville, c'était chose conmiune que de voir des chevaux morveux attelés aux omnibus, aux voitures de place, aux tombereaux, aux charrettes, etc., etc. La promoscuité était complète, aux postes d'Alfort et de Villeneuve-Saint-Georges, notamment, entre les chevaux morveux et les chevaux sains, et comme un grand nombre de ces derniers restaient exempts de la maladie, malgré les rapports étroits de contact, de travail eu commun et de cohabitation qu'ils subissaient incessamment, ces rcfractaires fournissaient aux partisans de la non-coutaTion les preuves de la justesse de leur manière de voir, et ils expliquaient les cas nouveaux qui se produisaient par l'influence des causes générales. Dans les services des malle-postes et des diligences, c'était surtout à l'excessive vitesse qu'on exigeait des chevaux que les sévices de la morve et les pertes multipliées qu'elle causait étaient attribuées. Nous verrons au chapitre de l'étiologie quelle est la part réelle qui appartient à cette cause ; nous n'avons actuellement d'autre but que de faire l'histoire des variations des idées sur la contagion de la morve et des conséquences qui en sont résultées.

La doctrine de la non-contagion, importée dans l'armée par les vétérinaires militaires, qui avaient reçu l'enseignement d'Alfort, n'avait pas été sans exercer son influence sur l'application des règlements sanitaires aux chevaux de la cavalerie ; et quoique ces règlements ne soient jamais tombés en une désuétude aussi complète que les règlements civils, cependant plus d'un chef de corps se relâcha de la rigueur des principes et se laissa aller à tenir moins la main à la stricte exécution des mesures sanitaires, prescrites en vue de prévenir une contagion qu'il pouvait avoir de la tendance à considérer comme imaginaire.

Pour sortir de l'espèce d'anarchie qu'avait fatalement produite l'indécision des esprits à l'endroit de la contagion de la morve, et qui rendait impossible l'application uniforme des règles sanitaires, l'administration de la guerre adopta, en

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1856, un projet analogue à celui qu'avait proposé Godine, dans son niénioirc de ■18J5; elle prit le parti de faire résoudre expérimentalement cette question tant controversée de la contagion de la morve chronique, qui avait pour le trésor public une si grande importance. On ignorait encore que l'hygiène publique ellemême y fut tout autant intéressée. Une commission instituée par décision ministérielle, en date du 11 novembre 183G, reçut la double mission de faire des expériences sur la curabilité de h\ morve et sur sa contagion. A cette époque, un pharmacien-chimiste de Paris, Galy, qui avait été conduit, par ses analyses des produits morbides de la morve, à considérer cette maladie comme une affection calcaire, venait de préconiser l'acide hydro-chlorique comme un moyen infaillible d'en obtenir la guérison; et fort de ses convictions, il avait obtenu de l'administration de la guerre qu'un certain nombre de chevaux morveux fussent mis à sa disposition dans la ferme de Lamirault , près Lagny, louée par lui à cet elïct. C'est dans cette ferme que furent faites, pendant plus de six années, une série d'expériences de cohabitation, de travail en commun et d'inoculations diverses, en vue d'obtenir la solution de cetle question de la contagion, qu'on poursuivait depuis si longtemps, sans que personne encore eût pu réussir h l'imposer aux esprits avec l'autorité que peut seule donner l'évidence de la vérité démontrée.

Il est remarquable, cependant, que malgré les conditions si favorables dans lesquelles elle était placée pour expérimenter, malgré les moyens si nombreux qu'elle avait à sa disposition pour arriver à une solution prompte et décisive, la commission de Lamirault mit une extrême lenteur à poursuivre ses expériences et une très-grande hésitation à en tirer des conclusions. C'est que, à l'époque où cette commission fu! instituée, la croyance à la non-contagion de la morve était si fortement enracinée dans les esprits, qu'elle empêchait de donner aux faits leur signification véritable, quand ils semblaient témoigner des propriétés contagieuses de la maladie et qu'on s'efforçait de leur attribuer une tout autre interprétation, non par mauvaise foi, mais par un parti piis qui résultait d'une conviction bien arrêtée.

A ce point de vue, la lecture des procès- verbaux de Lamirault est des plus instructives. Lorsque dans la série des chevaux sains, soumis successivement par ses soins, à Lamirault ou à Alfort, aux épreuves de la cobabitafion avec des chevaux morveux, un cas venait à se produire, oîi l'influence de la contagion paraissait pouvoir être invoquée, on s'ingéniait à l'aire intervenir d'autres causes, ou à voir sous les apparences quelque chose de différent de ce quelles impliquaient, en insistant fortement sur la santé conservée du plus grand nombre des sujets d'expérience soumis aux influences de la cohabitation et du travail en commun. Ainsi, par exemple, le procès-verbal du 27 juillet 1857 signale la mort d'un cheval mis en expérience le 26 décembre 1 856, à l'autopsie duquel on constata l'existence de tubercules innombrables farcissant les poumons. Pour la commission ce cheval était mort d'une phthisie pulmonaire, complètement indépendante de l'infection morveuse. En décembre 1857 un cheval inoculé de la morve aiguë meurt treize jours après, et le procès-verbal du 20 janvier 1858 constate que ce cheval est mort, non de la maladie inoculée, mais du gonflement survenu au pourtour des cavités nasales, à la suite de l'inoculation. Sur d'autres chevaux inoculés, des phénomènes surviennent aux points d'insertion du liquide morbide ; ce sont des boutons de farcin, dit le procès du 20 janvier, et il ajoute qu'aucun symptôme de morve ne s'est maniiesté.

Dans la première année, les expériences de la commission de Lamirault furent

confluiles par Yvart, tliiectenr de l'école d'Âilort, le professeur Pupuy et Magendie qui, tous les trois, Magendie surtout, étaient aulicoutagionnisteset, par cela même, dans des conditions d'esprit peu favorables pour leur permettre de bien voir les laits de contagion qui pouvaient se produire sous leurs yeux. En 1858, Renault, qui avait succédé à Yvart dans la direction de l'école d'Alfort, le remplaça également dans la commission de Lamirault, oîi les idées de non-contHgion devaient trouver eu lui un nouveau défenseur, d'autant pins ferme à les soutenir qu'il les professait journellement à sa clinique d'Alfort et croyait pouvoir les appuyer sur les faits qu'il avait personnellement recueillis. La commission ne lit donc que persévérer dans ses premiers errements et dans son système d'interprétation des faits, après la nomination de Renault. Un cheval soumis aux épreuves de l'inoculation ayant contracté la morve consécutivement, le procès-verbal du 1 1 mai 1858 dit, que « c'est le seul cas de contagion apparente qui se soit produit, depuis dix-huit mois, sur les trente-un chevaux déjà soumis aux expériences ; mais que ce résultat s'explique par les mauvaises conditions dans lesquelles se trouvait le sujet inoculé qui était un peu glandé au moment de l'inoculation ». Le 18 juin 1856, un vétérinaire militaire. Berger- Perières, associé à la conmiission pour surveiller ses expériences, signale l'existence de la morve sur deux chevaux sains inoculés. On prétend, dans la commission, qu'à leur arrivée à Lamirault ces chevaux étaient quelque peu glandes. Dans la séance suivante (15 juillet) Renault, ayant à signaler la manifestation de la morve sur une jument intercalée comme saine, deux mois auparavant, dans les rangs des chevaux morveux, à Alfoit, crut devoir inférer de ce fait que celle jument n'était pas, en réalité, aussi saine qu'elle le paraissait ; et la commission, d'accord avec lui, émit effectivement l'avis que « de ces faits isolés et qui trouvaient naturellement leiu' explication dans les motifs indiqués plus haut, on ne saurait tirer une induction fondée conire l'opinion de la non-contagion, puisqu'on aurait à leur opposer une masse d'autres faits contraires, tous constatés par les nombreuses expériences exécutées depuis vingt mois, tant à Lamirault qu'à Alfort ».

La commission s'obstine dans ce système. Au ministre qui se plaint qu'elle est lente à conclure, elle répond que « si les expériences qu'elle a laites ne sont pas [jIus concluantes, cela est du uniquement à ce que les sujets qu'on lui a envoyés comme sains n'étaient pas, pour la plupart, dans des conditions de santé propres à assurer le succès ». De fait, dans les dispositions d'esprit où se maintenait la commission, et avec le parti-pris où elle se renfermait, sous l'influence de ses idées préconçues, si un cheval soumis aux épreuves de la contagion venait à contracter la maladie, elle y voyait la preuve, non pas de cette contagion qui ne lui semblait pas possible, mais bien des mauvaises dispositions du sujet d'expérience qui fatalement était voué à la morve par le fuit même de ces dispositions.

Ainsi, par exemple, sur les six chevaux sains qui étaient intercalés, à Alfort, dans les rangs des chevaux morveux du manège, deux ayant présenté des symptômes non équivoques de morve, Renault constate sur la cloison nasale de l'un d'eux la présence d'une cicatrice et il en conclut que ce cheval avait dû avoir des ulcérations antérieures à la mise en expérience et que conséquemment il était dans de mauvaises conditions pour servir à éclairer la question de la contagion (24 juillet 1858).

Le 16 novembre, deux chevaux entrés sains à Lamiraidt sont reconnus morveux, La commission fait procéder à leur autopsie par Renault et Berger au clos

MORVE. eo

d'équarissage deMonfaucou, et l'on tiouve, dans le procès-verbal du 25 novembre, que « à leur arrivée à Lamirault, on les avait signalés : l'un mal conformé, l'autre légèrement glandé. Que les lésions ont paru être d'une date plus ancieimc que celle de l'arrivée de ces animaux à la ferme ; que conséquemmcnt, ce ne sont pas là des cas démontrés de contagion, n La commission pense donc, dit le procès- <( verbal, que l'on ne saurait inférer de ces deux cas isolés que la maladie de ces « deux chevaux ait été contractée à l'infirmerie de Lamirault».

Le 29 janvier 1859, l'existence de la morve est signalée à Lamirault sur dix yjmcs chevaux envoyés tout exprès des dépôts de remonte de la Normandie pour cire soumis aux épreuves de la contagion. Rien d'étonnant à cela pour la connuission. Elle fait remarquer au ministre que « tous ces chevaux qui semblent avoir été pris parmi le rebut du dépôt de remonte de Caeu étaient généralement faibles, mal conformés; que plusieurs avaient une mauvaise poitrine; que tous étaient en pleine gourme à l'époque de leur arrivée à Lamirault, et elle pense que c'est au concours de ces différentes causes, et spécialement à l'intluencede la dernière, que l'on doit attribuer le développement de la morve qui s'est manifestée chez ces animaux de préférence aux autres chevaux sains placés dans l'infirmerie. « Au surplus, ajoute la commission, celte expérience n'aura pas été sans utilité, puisqu'elle tend à démontrer vm l'ait déjiî prévu, c'est que les chevaux gourmeux ont en général une plus grande prédisposition à contracter la morve que les autres chevaux. »

Comme on le voit, rien ne j)0uvait contre les idées si arrêtées de la commission ; l'évidence même n'était pas visible jioiu- ses yeux, ou du moins elle se refusait à la reconnaître. Il est probable, cependant, que ses convictions ne laissaient pas que d'être ébranlées, car, quoique à la date du 28 octobre 1839, 158 chevaux sains eussent été mis en expérience à la ferme de Lamirault ou à Alfort, elle ne put se décider, malgré les instances du ministre de la guerre, à formuler une conclusion même dans le sens de l'opinion qu'elle s'obstinait à soutenir, et le 25 janvier 1840 ebe déclara qu'elle n'était pas encore à même de résoudre la question soumise, depuis près de quatre ans, à son examen, et que de nouvelles expériences étaient encore nécessaires. Ce fut alors que le ministre prit le parti d'adjoindre à la commission de nouveaux membres qu'il choisit dans l'Académie des sciences, pour revêtir d'une plus grande autorité le jugement qu'il s'agissait de prononcer, et sans doute aussi afin d'avoir la garantie qu'ils seraient plus indépendants des opinions qui continuaient à avoir cours, dans la pratique vétérinaire, sur la non-contagion de la morve. L'inspiration était bonne, le résultat l'a bien prouvé. William Edwards, Boussmgault, Rayer et Breschet, associés aux travaux de la commission de Lamirault, imprimèrent à ses recherches un caractère de rigueur et de précision qui leur avait manqué jusqu'alors et firent produire aux faits toutes leurs conséquences, malgré les efforts que tentèrent Renault et Magendie pour les interprêter encore dans le sens de leurs idées. Dans un projet d'expériences rédigé par MM. Boussingault et Rayer, et qui fut adopté parla commission dans sa séance du 25 janvier 1841, il était demandé au ministre de la guerre que la commission eût le droit de faire choix elle-même, dans les régiments de cavalerie, des chevaux qui lui paraîtraient les plus aptes à servir de sujets d'expériences. Le ministre acquiesça à cette proposition, et dès lors les expériences purent être faites dans de telles conditions, qu'il ne fut plus possible d'invoquer d'auti es causes que la contagion même, si la morve venait à se mani fester sur les animaux de choix soumis aux épreuves de la cohabitation.

Le 16 et Je 20 septembre 1841, Barthélémy aîné, qui avait été adjoint à la commission, avec Tassy, à titre tous les deux d'anciens vétérinaires de l'armée, firent choix, dans le 5« régmient de cuirassiers et dans le '5" régiment d'artillerie, de dix chevaux dont l'état sanitaire fut reconnu aussi satisfaisant que possible. D'autre part, 22 chevaux affectés de la morve chronique avaient été également choisis avec le plus grand soin, dans ces régiments et dans deux autres. Le 8 octobre, la commission, représentée par Magendie, son président, Rayer, Barihélemy et Tassy, se rendit à Lamirault, et procéda à l'expérience de la mise eu rapport des chevaux sains avec les malades, en plaçant chacun des premiersentre deux des seconds. L'écurie se composait, en conséquence, de 21 chevaux: 11 morveux et dix sains, s'alternant de la manière qui vient d'être dite. Ces chevaux ainsi rangés furent soumis aux soins et à la surveillance d'un vétérinaire militaire qui avait pour mission de faire tous les jouis un examen scrupuleux de chacun d'eux et de rédiger le rapport détaillé de ses observations.

Onze jours ne s'étaient pas écoulés que déjà, sur quatre des chevaux sains, des symptômes avaient apparu qui pouvaient iaire pressentir qu'ils ne sortiraient pas indemnes de l'épreuve à laquelle ils étaient soumis.

Le 26 octobre, deux autres sujets présentaient également des symptômes qui portaient le même témoignage.

Le 1 1 novembre, trois sujets seulement pouvaient être considérés comme encore sains d'après les apparences extérieures; le 22, il n'y en avait plus que deux. Le 4 décembre, la morve était déclarée avec tous ses caractères sur l'un des sujets d'expérience.

Le 13, la commission mit fin à cette épreuve de cohabitation et fit placer en observation, dans un local spécial, les dix animaux qui l'avaient subie, en ayant soin d'isoler la jument reconnue décidément morveuse.

Le 21 février, les symptômes de la morve confirmée étaient constatés sur trois des neuf animaux tenus en observation.

Le 28 mars, la commission fit abattre l'un de ces chevaux et la jument qui était devenue morveuse la première.

A leur autopsie faite à Alfort, en présence de la commission, on constata dans l'un et dans l'autre, toutes les lésions de la morve clironique, très-accusées surtout sur le cheval, dont la trachée et les bronches étaient couvertes d'ulcérations, au milieu desquelles se trouvaient des cicatrices multiples, que Renault crut pouvoir invoquer comme un témoignage d'un état maladif antérieur à l'époque oi^i l'expérience de la cohabitation avait commencé. Donc, d'après lui, cette expérience encore ne pouvait être considérée comme concluante, malgré toutes les précautions dont on s'était entouré pour choisir des animaux exempts de tous soupçons. C'était, on le voit, pousser bien loin la rigueur des exigences ; mais Renault ne pouvait pas se détacher de ses convictions, qu'il avait crues si solidement établies, et il trouvait bon tout ce qui semblait encore leur donner un appui. Quelque peu fondée que fût en réalité cette objection, comme il ne déplaisait pas à Rayer de faire une nouvelle démonstration expérimentale de la contagion de la morve et d'obliger à la reconnaître, par la force de l'évidence, ceux qui s'en étaient constitués les adversaires, il décida la commission à demander au ministre de l'autoriser à foire, une nouvelle fois et dans des conditions semblables, l'expérience siilccisivc dont il vient d'être rendu compte. Cette proposition ayant été acceptée, le 11 avril 1842, sept chevaux furent choisis parmi les meilleurs dans les régiments de Paris et des environs, et intercalés le 22 mai,

à Larnirault, entre des morveux, avec celle différence, relativement aux dispositions de la dernière expérience, que les chevaux sains furent placés, deux à deux, dans les rangs, de manière que chacun n'était en rapport que par un seul côté avec un cheval morveux, au lieu d'être placé entre deux, comme il avait été fait une première fois. La commission ne put pas suivre cette deuxième expérience aussi rigoureusement que la première, parce qu'elle cessa de fonctionner vers cet te époque ; mais voici le compte qu'en a rendu Barthélémy aîné, dans la séance du 9 août 1849, de la Société centrale vétérinaire, à l'occasion d'une discussion sur la contagion de la morve : « Le 20 juin, à la première visite de la commission à Larnirault, dit Barthélémy, cinq chevaux sur sept présentaient de légers symptômes de morve. Une seconde visite eut lieu le 7 août: Les sept chevaux présentaient des symptômes de morve. » Mais la commission ne put suivre l'expérience tout au long ; elle ne tarda pas à être désorganisée ; son secrétaire reçut une autre destination ; les convocations n'eurent plus lieu. Bref, ce ne l'ut pas elle qui vil les résultats obtenus par cette expérimentation. A une époque assez éloignée, le général d'Astorgse rendit â la ferme de Larnirault avec le vétérinaire en premier du 2^ lanciers ; il fit la visite des chevaux et ordonna l'abattage des trois chevaux qui restaient delà première catégorie, et de quatre chevaux sur les sept qui avaient servi à la deuxième expérience. « Ainsi, ajoutait Barthélémy, en terminant son compte rendu devant la société vétérinaire, neuf chevaux sur dix sont devenus morveux dans une première expérience de cohabitation avec des chevaux atteints de la morve chronique et quatre sur sept dans une deuxième expérience. Ces deux expériences contrebalancent, si je ne me trompe, les insuccès de M. Delafond et piouvent de la manière la plus incontestable que la morve chronique est transmissible. »

Il est regrettable que les travaux de la commission de Larnirault aient été interrompus de la manière soudaine que Barthélémy a fait connaître et surtout qu'ils n'aient pas été résumés dans un rapport d'ensemble qui aurait mis en relief les résultats obtenus, et exprimé par des chifl'res leur signification. Faute de ce rapport, les expériences de Lamirault sont restées ignorées du public, et la question de la contagion de la morve, dont elles donnaient la solution positive, a coutiimé à être débattue, pendant quelques années encore, au grand détriment de la fortune et de l'hygiène publiques.

Toutefois un grand fait était intervenu depuis 1837, et avait beaucoup con- Uibué à modifier les idées des vétérinaires, à l'endroit de la contagion de la morve : Nous voulons parler de la démonstration que venait de doimer l'iayer de la possibilité de la transmission de cette maladie, même à l'espèce humaine. Sans doute qu'au premier moment, les affirmations de Rayer ne furent pas acceptée^s Sans protestations, et dans la discussion fameuse à laquelle donna lieu, devant l'Académie de médecine, sa communication sur la Morve aiijuë transmise du cheval à l'homme, les vétérinaires, Barthélémy en tête, firent à Rayer la plus énergique des oppositions. C'était dans la logigue des choses. Une vérité nouxelle ne peut être acceptée d'emblée parce (|u'elle renferme en elle la condamnation des erreurs qu'elle est destinée à faire disparaître, et que sa découverte implique (oicémeut l'inclairvoyauce de ceiK qui n'ont pas eu la bonne fortune ou, pour mieux dire, la sagacité de la trouver sous ce qui la voilait. De là, qu'on eu ait conscience ou non, les résistances que soulèvent toujours les découvertes qui doivent avoir pour conséquence de substituer aux opinions acceptées comme vraies par le plus grand nombre, une manière de voir diamétralement opposée, qu'un

seul affirme être l'expression de la vérité. Mais si le premier mouvement est toliii (le la résistance, si ceux qui luttent s'obstinent quelquefois, même contre euxmêmes, à ne pas se laisser convertir, ceux qui écoutent ne peuvent pas manquer d'incliner du côté où ia vérité se montre dans son évidence. C'est ce qui est arrivé pour Rayer : après une discussion qui ne dura pas moins d'une année, l'opinion publique était à lui et ses adversaires académiques eux-mêmes étaient forcés de s'avouer convertis.

Quand, après ce que l'on peut bieri appeler la découverte de Rayer, les faits se furent accumulés pour porter témoignage que la morve du chev.il, même sous ses apparences cbroniques, était susceptible de se transmettre à l'homme, un grand nombre des incroyants à la contagion du cheval au cheval se trouvèrent non pas seulement ébranlés dans leurs opinions, mais déterminés à les répudier. Tout n'était pas encore dit, cependant, pour rallier tous les esprits à l'idée de la contagion. Ceux qui persévéraient dans l'opinion contraire arguaient, pour s'v maintenir, des faits qu'ils avaient observés et des expériences qu'ils avaient faites, sans considérer que les résultais négatifs invoqués par eux, si nombreux <ju'ils pussent être, ne pouvaient prévaloir contre les faits authentiques qui portaient témoignage des propriétés contagieuses de la morve chronique. Sans doute que ceux-ci étaient en minorité. A Lamirault même, d'après le relevé qu'en a <lonné Riquet, qui avait été secrétaire de la commission, la proportion des ca> de non-contagion, dans les expériences de cohabitation, a été de 67 pour 100, tandis que celle des cas où la contagion a été attestée ne s'est élevée qu'à 31. Mais en pareille matière, le nombre n'a qu'une im|)ortance accessoire; et du moment que la contagion est démontrée, ne le fùt-elle que par une très-petite minorité de faits, et même que par une unité, elle est, elle doit être aflirmée, et il y a lieu d'en tenir compte, sauf à rechercher les raisons de ses manifestations inégales. €'est ce à quoi, pour ma part, je me suis attaché, dans un travail spécial qui porte la date de '1843, intitulé : De la morve, de sa nature et de sa contagion sous la forme chronique. Élève de Renault et de Delafond, j'en avais adoplé les •doctrines ; mais l'expérience ne tarda pas à me faire voir qu'elles ne s'accommodaient pas à tous les faits, et qu'en définitive si la morve paraissait n'être pas contagieuse, sous sa forme chronique, dans un grand nombre de eus, il y avait def. circonstances où il ne semblait pas que la contagion pût être mise en doute. D'où vient cette inégahté dans les manifestations de la morve chronique, qui tantôt se montre contagieuse et le plus souvent semble ne pas l'être, quels que «oient les procédés d'expérimentation auxquels on ait recours pour en faire l'épreuve? Je crus en avoir trouvé la raison dans ce que j'appellerai l'instabilité ^e l'état chronique. « La morve, disais-je, dans le mémoire dont je viens de rappeler le titre, perd ses propriétés contagieuses lorsqu'elle est devenue chronique, c'est-à-dire lorsqu'elle n'est plus constituée que par les lésions organiques irrémédiables qui se sont produites, au moment de l'éruption virulente et sous sou influence. Une fois ce mouvement achevé, l'organisme eu conserve la trace irréparable, sous la forme d'abcès pulmonaires, de tubercules, de collections purulentes des sinus, de destruction de la membrane nasale, laryngée et trachéale, ■d'indurations ganglionnaires, etc., mais l'activité virulente s'est éteinte. Témoin, ajoutais-je, les expériences si nombreuses d'inoculation et de cohabitation qui n'ont été suivies d'aucune manifestation contagieuse. Mais si l'activité virulente est éteinte dans un organisme où la morve n'est plus caractérisée que par des iésions chroniques, facilement elle peut s'y rallumer, car l'organisuje du cheval

peut créer de toutes pièces le virus morven.v, et Jes conditions sont d'autant plus iavorables à cette génération que déjà il a subi les atteintes d'une maladie aussi •irave par ses conséquences ([u'un premier accès de morve. De fait, rien n'est facile comme de produire, sur un animal affecté de la morve chronique, une nouvelle éruption de morve aiguë ; il suffit pour cela de déterminer dans son organisme un mouvement fébrile violent, soit en injectant un liquide irritant dans une articulation à vastes compartiments, soit par l'ingestion d'un médicament trèsirritant dans le canal digestif, soit par l'implantation d'un clou dans un pied, ou de tout autre manière, peu imporic; et, après l'explosion de la fièvre, on voit se produire dans les cavités nasales, dans les poumons, dans le tissu cellulaire souscutané, et à la surface de la peau, de nouvelles éruptions qui témoignent de l'état redevenu aigu de la maladie. Cet état est caractérisé non-seulement par ses signes objectifs, mais encore par une activité virulente récupérée, que l'inoculation met en pleine évidence d'une manière d'autant pins frappante que, sous sa forme chronique, cette même maladie avait été reconnue n'être pas transmissible. »

Cela étant démontré expérimentalement, je m'étais demandé « si les troubles amenés dans l'économie par un travail forcé de tous les jours, par les intempéries des saisons, par l'inlluence de toutes les causes morbides auxquelles sont exposés les animaux qui travaillent ne pouvaient pas produire des effets analogues chez les chevaux morveux dont on utilisait les forces trop souvent d'une manière abusive )■> ; et je me trouvai fondé à résoudre affirmativement cette question par cette considération que « les cas de contagion de morve chronique étaient principalement signalés dans les attelages de postes, de ronliers, d'omnibus, etc., etc., c'est-à-dire sur des animaux qui cohabitaient avec des chevaux raorveux et travaillaient de conserve avec eux ». Cette fréquence relative de la morve contraclée dans ces conditions, tandis qu'il nous était impossible de la faire transmettre, à l'école, dans nos expériences de cohabitation et même d'inoculation, me semblait s'expliquer par les bonnes conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvaient placés nos animaux morveux qui étaient soustraits ainsi aux fatigues et à toutes les causes, soit d'épuisement, soit d'irritation, auxquelles les chevaux sont exposés dans leur travail.

Ces considérations m'avaient conduit à conclure que la morve, sous quelque forme qu'elle se présentât, devait être considérée comme contagieuse, puisque, en définitive, ou elle l'était actuellement, ou, quand tlle ne l'était plus, les chances se trouvaient grandies pour qu'elle le redevint. Bien longtemps après, en 1862 et 1865, des expériences faites à l'école de Lyon, par le professeur Saint-Cyr, ont démontré que la morve, même sous le type chronique et reconnu tel à l'autopsie, était susceptible d'être transmise par l'inoculation. Ce résultat, sur lequel je reviendrai plus loin, implique forcément que la solution que je proposais en 1845 et que je croyais alors être l'expression rigoureuse des faits, se trouve fautive dans une de ses données principales ; mais au moment oti je l'ai produite, cette solution avait, tout au moins, cet avantage, qu'elle pouvait servir à rallier tous les esprits à l'idée de la contagion et, en les ramenant à l'unité d'opinions sur le terrain de la pratique, inspirer à tous les mêmes règles de conduite et le même rigorisme dans l'application des mesures de police sanitaire dont on s'était depuis trop longtemps déshabitué, au grand détriment de l'hygiène publique. J'ajoute que, s'il était erroimé de nier à la morve, absolument chronique, une certaine activité virulente, il demeurait vrai que cette propriété, faute de manifester ses effets, restait inupercevable, dans le plus grand nombre des cas, comme

en témoigne la statistique des expériences faites à Lamirault et Âllort ; et qu'ainsi s'expliquent ces dissidences qui ont si longtemps existé à Tendioit de cette contagion, les uns l'admettant, les autres la repoussant, suivant que les chances de l'observation et de l'expérimentation leur avaient placé sous les yeux des laits qui leur semblaient démonstratifs dans un sens ou dans l'autre. Il faut du e aussi, pour que cette histoire soit autant que possible véridique et porte avec elle tous ses enseignements, que, dans les discussions auxquelles cette question a donné lieu, on n'a pas toujours examiné les choses avec une complète indépendance d'esprit et que, plus d'une fois, l'amour-propie a pu empêcher de voir ce que la raison aurait recomai, si elle n'avait pas été dominée par lui. Trop souvent il en est ainsi dans les discussions relatives aux choses de la médecine, tant que la solution expérimentale des questions débattues n'ayant pas été trouvée, les convictions ne peuvent avoir d'autre base que les appréciations nidividuelles de la signification des phénomènes.

Cette solution expérimentale de la contagion de la morve que l'on avait cherchée à Lamirault, sans avoir peut-être assez le désir de la trouver, avant l'admission de Rayer dans la commission, U. Leblanc l'avait poursuivie à Paris, avec beaucoup plus d'ardeur, et dans deux mémoires intitulés, l'un : Des diverses espèces de morves et de farcins, etc., et l'autre. Recherches expérimentales et comparatives sur les effets de rinocidation de la morve et du farcin (1859), il avait rassemblé des faits cliniques et produit les résultats positifs d'expériences concluantes en faveur de la contagion. Mais dans l'état de prévention où. se maintenaient encore les esprits pour l'opinion contraire, la démonstration de Leblanc resta sans prise sur le plus grand nombre, et les anti-contagionnistes conliuuèrent à faire prévaloir leur manière de voir, non-seulement dans l'enseignement, mais encore dans les conseils de l'administration et dans ceux de la justice. ÏNommés experts par le tribunal d'Avallon, en 1842, à l'effet de lui donner notre avis sur la question de savoir si la morve chronique était oui ou non une maladie contagieuse, nous n'hésitâmes pas, Delalond et moi, à nous prononcer pour la négative, « en nous basant, tout à la fois et sur les fails publiés et sur ceux que nous possédions par devers nous ; » cependant nous avions la prudence de déclarer « qu'au point de vue de la pratique, la loi avait été sagement prévoyante en considérant cette maladie comme contagieuse, attendu les transformations insidieuses et difficilement saisissables qu'elle est susceptible de revêtir». Le tribunal rendit un jugement conforme et renvoya de la plainte un malheureux roulier qui, autorisé par les conseils de son vétérinaire, anti-contagionnisle, avait enfreint les lois sanitaires, tombées jiresque partout en désuétude, en employant à son usage un attelage de chevaux affectés de la morve chronique. Le tribunal d'Avallon préféra, dans ce cas, s'inspirer de l'équilé plutôt que du droit écrit et il ne voulut pas considérer comme coupable un délinquant réel, mais quipouv;iit s'abriter derrière la doctrine, alors prédominante et ofiiciellement professée, de la non-contagion de la morve chronique.

Mais cette doctrine avait contre elle la vérité et elle devait finir par disparaître sous les faits, lorsqu'on saurait les observer, sans être poussé par l'esprit de système et les idées préconçues qu'il implique, à leur donner une signitication tout autre que celle qui leur appartient réellement. C'est ce qui arriva, en effet, non cependant sans de grandes résistances de la paît de ceux qui l'avaient le plus préconisée. Elles se manifestèrent surtout dans une discussion importante à laquelle donna lieu, en 1849, devant la Société centrale vétérinaire, la question de la con-

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tagion de la morve, soulevée par la communication d'un mémoire dont l'auteur soutenait l'opinion de la non-conlagion et produisait, à l'appui, trente observa lions qu'il avait recueillies dans sa pratique militaire et civile. La discussion de ce mémoire fut pour Paquet et Barthélémy aîné l'occasion de faire coimaître, pour la première lois, les expériences de Lamirault qui jusqu'à cette époque étaient restées lettres closes et n'avaient pu exercer sur l'opinion l'influence qu'elles auraient eue à coup sur, si on leur avait donné toute la [)ub]icité qu'elles devaient avoir, Barthélémy aîné sut tirer de ces expériences tout le parti qu'elles comportaient et montrer qu'elles résolvaient d'une manière affirmative la question de la contagion. Mais Renault ne voulut pas se rendre et il s'efforça d' interpréter encore les faits de transmission qui s'étaient manifestement produits à Lamirault, en invoquant les influences favorables à la spontanéité de la morve, auxquelles les animaux d'expérience avaient été exposés, et en arguant enfm de la possibilité que les chevaux morveux avec lesquels ceux-ci cohabitaient, fussent atteints de lu morve aiguë sous les apparences chroniques que leur maladie pouvait revêtir. C'était là évidemment un raisonnement qu'on peut apjieler in extremis, car, en définitive, la question que le ministère de la guerre s'était proposé de faire résoudre par les expériences si coûteuses de Lamirault, était de savoir si la morve, avec les caractères de chroviicité sous les({ucls elle se montre dans les circonstances habituelles de la pratique, était, oui ou non, une maladie transmissible, et à ce point de vue, il n'était pas contestable que les résultats des expériences de Lamirault imposaient une solution absolument al'firmalive. Mais Renault n'était pas du nombre de ceux qui se résignent à s'avouer vaincus, et il l'a bien piouvé dans cette discussion ; Rartliélemy ayant voulu exonérer la médecine vétérinaire française de h. responsabilité de cette idée de non-contagion qui avait coulé si cher, disait-il, à l'industrie chevaline, au trésor, à l'armée, à l'agriculture, l'avait fait remonter aux vétérinaires allemands, qui en étaient les premiers auteurs et qui l'avaient transmise aux vétérinaires français avec lesquels les mouvements de nos armées les avaient mis en rapport. Renault protesta contre cette assei.tion de Barthélémy, il revendiqua pour la médecine vétérinaire française, pour les Lalosse particulièrement, le mérite, puisque c'en était un à ses yeux, d'avoir affirmé la non-contagion de la morve, et il exprima le regret de ne pas avoir le droit de pouvoir dire que, le premier, il avait émis cette opinion. « Je tiendrais cà honneur, ajoutait-il, d'avoir été le premier à dire que la morve n'est peut-êlre pas contagieuse ; je suis donc bien éloigné de penser, comme M. Bar Ihélemy, que celte opinion a été désastreuse et pernicieuse. » On ne pouvait pas faire montre d'une plus grande conviction dans la bonté d'une mauvaise cause.

Après cette discussion, la question de la contagion de la morve chronique pouvait être considérée comme résolue définitivement dans le sens de l'affirmative, au point de vue pratique tout au moins ; mais un dernier point restait à examiner, celui de savoir si la morve chronique, en tant que morve chronique, sans complications aucune de lésions aiguës, est susceptible de se transmettre, ou si, au contraire, elle ne doit ses propriétés contagieuses qu'aux transformations qu'elle peut revêtir et qu'elle revêt si communément, en elfet, qu'il est bien difficde de faire l'autopsie d'un cheval affecté de la morve avec ses caractères chroniques, sans qu'on rencontre des lésions aiguës soit dans les cavités nasales, soit dans les poumons. Cette question, M. le professeur Saint-Cyr, de l'école vétérinaire de Lyon, a le mérite de l'avoir résolue de la manière la plus concluante par une

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série d'expériences dont il a rendu compte dans un mémoire intitulé: Preuves expérimentales de la contagion de la morve chronique; M. Siiint-Cyr n fourni effectivement la preuve, par ce travail, que la morve, ?ous le type exclusivement, chronique, et reconnue telle par l'autopsie, peut être transmise par l'inoculation. Nous devons donc souscrire, en toute sincérité, à ces conclusions de son mémoire: « Sous toutes ses formes, à tous ses degrés, dans tous ses états, à toutes ses périodes, dans tous les instants de son existence enfin, la morve est contagieuse ; et il y a toujours danger de la contagion, non pas danger possible, éventuel, conditionnel ; mais danger certain, actuel, toujours menaçant. »

M. Saint-Cyr ne dit pas seulement dans ses conclusions que la morve est contagieuse, il ajoute encore qu'elle est facilement inoculable : sur ce dernier point, nous croyons devoir faire une réserve. Si la morve était aussi facilement inoculable sous toutes ses formes qu'il l'affirme, comment s'expliquerait-on que l'inoculation soit restée si souvent sans effets sous la lancette de Iienault, de Delafond et de tant d'autres expérimentateurs, qui ont appuyé leur croyance à la non-contagion de cette maladie sur les insuccès des tentatives qu'ils avaient faites pour la transmettre. Le secret des réussites si constantes, dans les expériences dont M. Saint-Cyr a rendu comjJtc, doit être dans Yespèce des sujets dont il s'est servi pour éprouver les propriétés des liquides qu'il se proposait d'inoculer. Ces sujets appartenaient tous à l'ei^pèce asine qui est beaucoup plus impressionnable que celle du cheval à l'action du virus morveux et constitue conséquemment nn réactif bien plus sûr. Suivant toutes les probabilités qui résultent des faits antérieurs, l'inoculation se serait montrée plus infidèle dans ses résultats entre les mains de M. Saint-Cyr, si elle eût été pratiquée sur des chevaux au lieu de l'être sur des ânes. Mais, quoi qu'il en soit, la question de la contagion de la morve n'eu est pas moins résolue et d'une manière définitive, grâce aux preuves expérimentales par lesquelles M. Saint-Cyr est venu clore ce long débat.

Telle est, dans ses traits principaux, l'histoire de la contagion de la morve chronique, écrite d'après les documents français. Dans les autres pays, eu Italie, en Angleterre et en Allemagne notamment, cette question paraît avoir donné lieu aux mêmes discussions qu'en France. Ainsi, en Italie, si le professeur Lessona niait la contagion et produisait des expériences à l'appui de sou opinion, d'un autre côté, le professeur Volpi, de l'École vétérinaire de Milan, affirmait hardiment que la morve était contagieuse et n'avait pas d'autre cause que la contagion même. En Angleterre, le professeur Coleman, bien qu'il eût donné le premier I' démonstration expérimentale que la morve était trausmissible par la transfusion du sang, faisait jouer à la contagion un rôle si secondaire qu'il n'admettait pas qu'un cheval sur mille et même sur dix mille contractât la maladie par cette voie. Mais contrairement à cette opinion, White, Youatt, Perciwall voyaient, dans la contagion, la cause, la grande cause de la morve, sinon sa cause exclusive. Enfin, en Allemagne, à la fin du siècle dernier, les opinions étaient assez divergentes sur ce point, pour que la Société royale des sciences de Gœttingue ait cru devoir ouvrir un concours sur la question de savoir si la morve était, ou non, une maladie contagieuse.

Aujourd'hui que cette question tant et si longtemps débattue a reçu enfin la solution expérimentale qu'elle comportait, ou peut s'étonner que la doctrine de la non-contagion ait pu prévaloir pendant presque un tiers de siècle, et que l'erreur dont elle était l'expiession n'ait pas été plus tôt mise eu évidence. Mais il faut considérer, pour bien se rendre conqjte des choses, que cette contagion,

aujourd'hui enfin reconnue par tout le monde, se montre comme capricieuse (liins ses manil'eslations au point que, dans les expériences, les faits négatifs l'emportent assez sur ceux qui témoignent de l'activité contagieuse de la maladie, pour que les observateurs aient pu être mis en défaut, à une époque surtout oîi les métliodes rigoureuses n'étaient j^as, comme aujourd'hui, à l'usage de la clinique, et oii l'on n'hésitait pas à attacher tout autant d'importance aux faits qui semblaient en faveur de la non-contagion qu'à ceux qui avaient une significiition opposée. Magendie lui-même, à Lamirault, invoquait le nombre contre ceux-ci, quand, malgré ses préventions systématiques, il les voyait se produire. Delafond, dans sa police sanitaire, use du même procédé; il compte et il oppose aux laits qui semblent témoigner de la contagion les faits plus nombreux qui les iuiifment à ses yeux et qui, |)ar cela même, lui paraissent démonstratifs ipie la contagion n'existe pas. C'était un faux raisonnement, mais qui ne paraissait pas tel à l'époque où on le formulait et que l'on acceptait généralement comme valable.

On peut dire, maintenant, qu'une fois donnée la disposition des esprits qui poussait à ne pas voir la contagion, celle-ci s'est trouvée dissimulée sous ses propres effets ; plus les cas de morve se multiphaient dans les agglomérations de chevaux, plus ils semblaient démonstratifs de l'action des causes que l'on s'accordait à considérer comme prédominantes, et c'est contre ces causes que l'on dirigeait les efforts de la prophylaxie. Après tout, une conséquence heureuse est résultée de ces efforts et doit être comptée à la doctrine de la non-contagion comme une compensation, dans une certaine mesiu-e, des dommages qu'elle a causés : nous voulons parler de la réforme du casernement des troupes à cheval et de la construction, à la place des écuries si insalubres, oij nos chevaux de cavalerie étaient alors logés, de celles qu'ils liabitent aujourd'hui, oii l'espace, l'air et la lumière leur sont largement dispensés : écuries véritablement modèles, dont le gouvernement ne s'est décidé à faire la dépense si coûteuse que lorsque les commissions instituées pour instruire cette question eurent fini par le convaincre que (( lé développement spontané de la morve dans la cavalerie dépendait surtout de l'insalubrité des écuries et du défaut d'espace laissé à chaque animal », Telle était, en effet, la conclusion de la commission composée d'ulliciers généraux de cavalerie, du génie et de l'artillerie, à laquelle le ministre de la guerre avait confié le soin de lui présenter un projet d'écurie-modèle, oij les chevaux devaient se trouver placés dans les conditions hygiéniques les plus avantageuses ; et cette conclusion fut complètement approuvée par la commission académique qui, sur la demande du ministre de la guerre, fut chargée d'examiner ce projet. Dans son rapport présenté à l'Académie de médecine le 17 mars 1840, Bouley jeune disait expressément que la commission dont il était l'organe « partageait entièrement l'avis de celle que le ministre de la guerre avait consultée, et qu'elle pensait avec celle-ci que la mauvaise construction des quartiers de cavalerie, l'insalubrité des écuries, l'entassement des animaux et la viciation de l'air qui en est la conséquence doivent être rangés au nomitre des principales causes de la morve spontanée sur les chevaux de notre armée. L'influence pernicieuse de ces causes, signalée depuis longtemps par tous les auteurs, est si évidente, ajoutait le rapporteur, qu'il nous semble inutile d'entrer à ce sujet dans auciui détail » . Gomme on le voit, la contagion était laissée sur un rang tout à fait secondaire, grâce au courant des idées qui régnaient alors, et c'est ce qui déci.la les chambres à voter les fonds nécessaires pour la grande

réforme que leur proposait le gouvernemeul. Si l'on eût attribué à la contagion l'influence, alors méconnue, qui lui revenait dans les désastres ijnc causait la morve, il est bien probable que cette réforme n'eût pas été entreprise, tout au moins dans les grandes proportions où elle a été immédiatement accompiie, et qu'on ne l'eût achevée qu'à la longue. Voilà le motif principal que Renault croyait devoir invoquer pour faire aux anticontagionnistes comme un mérite de leur erreur. Au point de vue de l'hygiène des chevaux de la cavalerie, on doit concéder que cette erreur a eu un résultat utile des plus considérables ; mais il ne faut pas oublier que les proportions excessives dans lesquelles la morve s'est développée lorsque sa contagion a été méconnue, ont été la condition de sa propagation à l'espèce humaine dans la mesure où on a pu le constater, dès que la sagacité de Rayer eut permis de reconnaître la nature de la maladie purulente et gangreneuse, à caractères mal déterminés, que contractaient les hommes qui, par leur profession, étaient en rapport avec les chevaux.

En donnant à cet historique de la morve les développements dans lesquels je viens d'entrer, je me suis proposé surtout de montrer par cet exemple fameux combien, lorsqu'il s'agit de maladies réputées contagieuses, il faut mettre de réserve dans l'appréciation des circonstances où elles se manifestent, et s'abstenir du paiti-pris qui empêche de voir les choses sous leur véritable jour et pousse trop souvent à donner aux faits une signification tout autre que la leur propre. En pareille matière, les erreurs de conduite qui résultent d'interprétations erronées peuvent être fécondes en désastres pour l'hygiène et pour la fortune publiques. L'histoire de la morve eu témoigne, et c'est à ce point de vue surtout qu'il m'a paru intéressant de l'écriie pour que l'enseignement qu'elle renferme porte ses fruits.

Nous allons maintenant passer à l'examen des causes de cette maladie, sans distinction des formes qu'elle peut revêtir, l'état morveux étant un, sous ses modes divers d'expression.

Causes de la morve. Les considérations qui précèdent l'ont assez voir qu'il faut restituer à la contagion le rôle qui lui appartient dans le développement de la morve : rôle principal, prépondérant, que l'on incline même, aujourd'hui, à considérer comme exclusif, la morve, suivant cette nouvelle manière de voir, ne procédant que de la contagion et ne pouvant procéder que d'elle. Nous aurons tout à l'heure à discuter celte question, mais quelle que soit la solution qu'on puisse lui donner, il n'existe plus aujourd'hui de dissidences à l'endroit delà contagion. La morve est contagieuse, voilà ce que tout le monde aujourd'hui reconnaît et proclame.

Mais dans quelle mesure l'activité contagieuse de la morve produit-elle ses effets?

Comporte-t-elle des degrés en rapport avec les différents modes d'expression de la maladie ?

Suivant quels modes la contagion s'opère-t-elle ?

Tous les animaux, à quelque espèce qu'ils appartiennent, sont-ils susceptibles de recevoir l'imprégnation du virus morveux?

Autant de questions qui demandent à être examinées.

C'est surtout sous le type aigu que la morve se montre contagieuse au plus haut degré ; l'inoculation en témoigne : ce n'est que dans de très-rares exceptions qu'elle ne produit pas ses effets.

Les rapports étroits de contact donnent aussi la démonstration de la conta-

MORVE. 7a

giosité très-intense de la morve aiguë. Les chances sont, en effet, très-grandes pour sa transmission quanddes animauv .^ains étant placés au voisinage inmiédiat d'animaux morveux, leurs têtes peuvent se toucher et qu'il y a possibilité que, pendint les repas, ils mangent des aliments imprégnés de leur salive ou souillés de II matière de leur jetage. D'ajirès les e\-périences de Renault, 'dans ces conditions, la morve aiguë se communiquerait 60 fois sur 100. Mais si la morve aiguë est transmissible à coup sur par le premier de ces modes, et facilement par le secoirJ, il reste douteux qu'elle soit infectieuse, ou autrement dit qu'elle puisse se transmettre par l'intermédiaire de l'air, même à une très-petite distance. A cet égard, les expériences de Renault semblent démonstratives que la contagion ne peut s'opérer par cette voie : Il a fait respirer des chevaux sains et morveux dans l'atmosphère extrêmement confinée d'un tube de toile imperméable, d'un mètre et demi de longueur, par l'intermédiaire duquel les animaux en expérience échangeaient incessamment l'air de leur respiration, pendant une heure ou deux par jour et pendant 6 à 7 jours consécutifs, et aucun des sujets soumis à cette épreuve n'a contracté la maladie. D'autre part, bien souvent à Alfort, des animaux sains ont été placés expérimentalement dans le lazaret où les chevaux atteints delà morve aiguë étaient rassemblés et se succédaient toute l'année. Toujours les animaux soumis à ces épreuves en sont sortis indemnes quand on avait soin d'éviter qu'ils fussent exposés à des rapports de contact dix'ect, soit avec les malades, soit avec les matières morbides qu'ils excrétaient. Une jument de race hollandaise, dont nous nous sommes souvent servi pour notre usage personnel, a vécu [dus d'un an dans ce lazaret et elle est restée à l'abri des atteintes de la morve, malgré ces conditions intensives d'infection auxquelles elle a été si longtemps exposée. Quelle différence, à ce point de vue, entre la morve aiguë et la peste bovine, ou encore la péripneumonie contagieuse, qui se transmettent à coup sûr par l'intermédiaire de lair, et de telle sorte que, quand une étable est infectée par la présence d'un animal malade, tous les autres animaux qui respirent dans son atmosphère contractent sa maladie, sans presque aucune exception !

Cependant, il faut dire que, dans la pratique, mi certain nombre de faits semblent témoigner de la possibilité de la transmission de la morve par l'intermédiaire de l'air ; et, d'un autre côté, Gerlach aurait démontré expérimentalement que, dans la morve, la vapeur pulmonaire, recueillie et condensée par le froid, posséderait des propriétés virulentes; car, inoculée, elle transmettrait cette maladie tout aussi fidèlement que la matière du jetage. Il en serait de même, d'après cet expérimentateur, de la vapeur condensée de la transpiration cutanée. €es faits, qui n'ont peut être pas été suffisamment contrôlés pour qu'on puisse les accepter comme décidément démonstratifs, doivent cependant inspirer une grande défiance à l'endroit de l'animal morveux et mettre en garde contre la possibilité de son action infectante. En pareille matière, le doute seul suffit pour qu'on ne doive pas s'abstenir de mesures de prudence.

Mais s'il reste douteux que l'air puisse servir de véhicule au principe de la morve et le transporter à distance, on est mieux éclairé sur d'autres agents de sa transmission. Lorsque, par exemple, dans une écurie infectée par la morve, le soin de tous les chevaux est confié à un même homme, celui-ci peut devenir facilement l'agent de la communication de la maladie aux animaux encore sains, surtout s'd se sert pour leur pansage des mêmes objets que ceux dont il fait usage pour les animaux malades. On conçoit, en effet, la possibilité de l'inoculation, en pareil cas, soit par les dents de l'étrille, soit par l'éponge souillée de la matière

du .jeînge ou du pus farcineux ; soit par une couverture, soit pnr nu licol sur lesquels de la matière virulente aura été dt'^posce. Le fourrage laissé |:ar un ,uiimal malade, le seau dans lequel il aura bu, peuvent aussi être des moyens de transmission du mal. De même aussi les litières. De toutes ces manières, la morve peut être transportée, dans vme écurie infectée, à distance des animaux infectants, et c'est plus souvent, croyons-nous, par ces modes que par l'infection aérienne que ses migrations s'opèrent dans un groupe d'animaux exposés à l'influence coutiigieuse.

Un animal morveux, dans un groupe sain, peut être un agent très-actif de la propagation de sa maladie, s'il n'occupe pas une place fixe dans son écurie, ou encore s'il est associé pour le travail tantôt avec l'un et tantôt avec l'autre. Je me rappelle, à cette occasion, avoir été consulté, il y a quelques années, pour la morve qvù sévissait dans un très-bel établissement de voitures de remises de Paris. Les écuries étaient installées dans un sous-sol et l'on avait de la tendance à attribuer la manifestation delà morve sur les chevaux qui les habitaient aux mauvaises conditions hygiéniques que ce mode d'installation semblait impliquer. Mais je ne m'arrêtai pas à cette idée parce que la morve ne s'était déclarée que depuis quelques mois, et qu'avant la date de son apparition, la santé des animaux avait été parfaite dans ces mêmes écuries qu'on était disposé à considérer actuellement comme insalubres. La visite individuelle de tous les chevaux me fit reconnaître sur l'un d'eux l'existence d'une affection catarrhale à laquelle le j)ropriétaire de l'établissement n'attachait aucune importance, ))arce qu'elle durait depuis plusieurs mois sans s'être aggravée. Pour lui, cejetage n'était qu'un symptôme de pousse et il n'y avait pas à s'en occuper. Je lus d'un ,ivis tout différent : ce jetnge me parut suspect à de certains signes que j'indiquerai plus loin. Le cheval fut envoyé à Alfort pour y être abattu et son autopsie me fit constater qu'il était morveux de longue date, bien que les symptômes extérieurs de sa maladie fussent très-peu accusés. De fait, ils avaient été méconnus en raison même de leur peu de signification apparente et c'était grâce à cela que la morve avait pu s'entretenir et se propager dans le groupe consich'rable d'animaux dont le cheval en question foisait partie. Cet animal, servant de suppléant, était appareillé, tantôt à l'un, tantôt a l'autre, suivant les nécessités du ser\ice, et ainsi s'étaient multipliées les occasions de ses rapports avec des animaux sains et de la dispersion de la contagion dont il était la source. Déjà, sur les cent vingt chevaux enviion qui composaient l'elfectif de la cavalerie de cet établissement, une trentaine avaient été victimes de la morve au moment oîi je fus consulté. Dès que l'animal suspect, qui vivait dans la communauté de tous les autres, en eut été séparé, l'infection cessa comme par enchantement et tout rentra dans l'ordre immédiatement. Voilà un exenjple delà dissémination de la morve, sur un groupe considérable, par l'intermédiaire d'un seul cheval dont la maladie ne se traduit au dehors que par des signes obscurs et qui trop souvent ne paraissent incertains que parce qu'on ne sait pas les comprendre. Les harnais qui ont servi à des chevaux morveux ou farcineux peuvent-ils devenir des moyens de transmission de la morve aux animaux sains sur le corps desquels on lesappliqne? Le professeur Gohier, de Lyon, a résolu cette question par l'affirmative. Dans deux des expériences dont il donne la relation, la morve a été contractée par une ânesse et un cheval sur lesquels il avait fait placer des licous, des couvertures et des harnais ayant servi à des animaux affectés de morve ou de farcin. Il est vrai que Pieuault, eu répétant les expériences de Gohier, n'est arrivé qu'à des résultats négatifs ; mais ceux qu'a obtenus le professeur de Lyon n'en

demeurent pas moins avec toute leur signilication ; et s'il serait excessif de détruire par le feu, comme ou le faisait autrefois, tous les objets de harnachement et de pansage, provenant de chevaux morveux ou farcineux, la prudence veut qu'on n'en fasse usage qu'après les avoir désinfectés par des procédés certains ; on doit toujours craindre, eu effet, que les matières virulentes dont ces objets peuvent être souillés ne devienneut une condition d'infection pour les animaux sur lesquels elles seront déposées, surtout si le frottement des harnais, en échauffant la peau et en ramollissant l'épiderme, facilite leur pénétration dans les vaisseaux de la superficie. A plus forte raison, les chances de l'absorption de ces matières sont-elles grandes lorsque, comme il arrive souvent, la peau se trouve excoriée dans les régions où posent les harnais. L'ànesse de la première expérience de Gohier avait Hirle corps des excoriations produites par la gale. Six jours après l'apphcatiou d'un licou provenant d'une mule affectée de morve au troisième degré, et d'une couverture de laine qui avait servi à des chevaux atteints de la même maladie, cette ânessefut trouvée morte et, à son autopsie, Gohier constata un grand nombre de chancres sur la membrane pituitaire. Il est bien probable qu'un résultat si prompt a dépendu des voies multiples ouvertes à l'absorption par les excoriations dont la peau était couverte. Quoi(|u'il en soit, on doit considérer comme hors de doiite, aujourd'hui, malgré les expériences négatives, que la morve et le farcin peuvent être transmis par les différentes pièces des harnais et parles couvertures, lorsque ces objets sont recouverts ou imprégnés de matières virulentes.

La morve peut encore être transmise aux cbevaux par l'intermédiaire des écuries lorsque les mangeoires, les râteliers, les murs de face, les parois des slalles, les cloisons de séparation, etc., etc., sont couvertes par la matière du jetage ou par le pus des plaies farcineuses. Qu'un cheval vienne à occuper, dans une écurie, la place laissée par un cheval malade, alors que les matières morbides viennent d'y être récemment déposées et les chances seront grandes pour qu'il contracte la maladie dont ces matières renferment le virus, soit que rmoculation s'elfectue par la surface tégumentaire ou par une muqueuse, soit qu'elle ait lieu pur une plaie accidentelle, comme celle notamment que l'action du mors détermine si souvent aux commissures des lèvres.

Les matières virulentes de la morve perdent généralement leur activité après la dessication complète, comme en témoignent les expériences de Renault; mais il y a des cas oii elles la récupèrent par l'humidité, à la manière des animaux reviviscents, de telle sorte, qu'inoculées, même après six semaines, elles manifestent, par ses effets ordinaires, cette activité qui dormait en elles et qui s'est ranimée par l'humeclation. Ces cas sont rares, mais il faut en tenir compte et admettre la possibdité que les places (p.i'ont occupées des chevaux morveux sont susceptibles de demeurer infectantes, pendant assez longtemps encore, quand elles n'ont pas été nettoyées. 11 est difticile, dans l'état actuel des choses, de préciser la durée de la période pendant laquelle une écurie infectée peut rester infectante. Les expériences directes démontrent que, dans la plupart des cas, les matières virulentes morveuses s'éteignent d'une manière définitive par la dessication, et que leur reviviscence, au bout de cinq à six semaines, constitue une très-rare exception. Cependant on invoque des faits de la pratique pour prouver que, même après une et deux années, la morve peut encore être transmise à des chevaux sains par des places infectées. Dans sou article Morve de la nouvelle édition du Dictionnaire d'Hurtrel d'Arboval, Zundel cile des observations de vétérinaires allemands, desquelles il résulterait que des chevaux auraient contracté la morve pour avoir

DICT. ENC. 2° S. X. 0

occupé, dans des écuries, des places abandonnées depuis plus d'une année par des clievaux morveux. De jiareils faits sont tellement contradictoires avec ce qui ressort de l'expérimentation directe, qu'on ne peut les accepter que sous bénéfice d'un nouvel inventaire. Il paraît probable qu'ils ne procèdent que d'une interprétation erronée, et que si, en définitive, des chevaux sont devenus morveux dans les circonstances que l'on a indiquées, il y a eu là une simple coïncidence et non pas ce rapport de causalité qu'on a cru saisir.

Dans la morve aiguë, on peut dire que les propriétés virulentes sont comme diffuses dans tout l'organisme et répandues par le sang auxquelles elles sont inhérentes dans toute la trame organique et dans presque tous les liquides. Elles résident essentiellement dans la matière du jetage, dans le pus des abcès, des collections purulentes, des canaux lymphatiques malades et dans celui qui est excrété à la surface des plaies de n'importe quelle région du corps. L'inoculation les démontre dans le sang, dans la pulpe obtenue par le grattage des muscles ou des os ; dans la synovie, le sperme, la sérosité de la gaine vaginale du testicule ; mais elles n'existeraient pas, d'après Renault, dans la salive, la bile, l'humeur aqu«use, l'urine, les mucosités intestinales et les matières fécales, en sorte que les fumiers ne constitueraient pas un moyen de transmission de la maladie.

Il n'est pas nécessaire que les matières reconnues virulentes soient offertes à l'absorption, par la voie de l'inoculation, pour que leurs effets se produisent ; il peut sulfire de leur simple dépôt, même sans frottement, sur une surface muqueuse ou sur la peau, dans les régions oii elle est fine et dépourvue de poils. Mais, dans ce cas, au lieu de l'infinitésime qui suffit pour l'inoculation, il faut qu'une certaine quantité de matière virulente soit mise et reste en contact avec les surfaces, afin que Tabsorption ait le temps de s'en effectuer.

L'état virulent de la masse du sang, que dénonce l'inoculation, est encore mis en évidence par la transfusion, comme Coleman l'a démontré le premier. Enfin, on peut aussi donner lieu à la manifestation de la morve en injectant dans les veines une émulsion soit du jetage, soit de la lymphe altérée, soit du pus recueilli sur les plaies d'un animal atteint de la morve aiguë.

.\u point de vue de la contagion, une différence existe entre la morve aiguë et la morve chronique, et cette différence consiste dans l'énergie de l'action virulente. Tandis que la morve aiguë se transmet par inoculation ou cohabitation avec une constance qui ne faillit presque jamais, la morve chronique, au contraire, semble souvent assez destituée de son activité virulente pour que ses propriétés contagieuses aient pu être méconnues et contestées par des observateurs, en très-grand nombre, qui invoquaient, pour soutenir leur manière de voir, des faits qu'ils croyaient d'autant plus démonstratifs que les résultats des expériences dont ils étaient les témoins se rencontraient souvent en parfaite concordance avec ceux que donnait l'observation clinique. Nous avions pensé, avons-nous dit déjà, que si la morve chronique se montrait inconstante dans les manifestations de son activité virulente, cela pouvait dépendre de ce que souvent, sous les apparences chroniques, se dissimulait un état aigu qui devenait une condition actuelle pour que la contagion put se produire. Les expériences de M. Saint-Cyr ont montré que, même lorsque l'autopsie ne faisait reconnaître que des lésions absolument chroniques, la morve pouvait être encore inoculable. Mais si ces expériences résolvent, d'une manière définitive, la question de la contagion de cette maladie, sous quelque type qu'elle se manifeste, elles ne font point disparaître la différence certaine qui existe entre l'état aigu et l'état chronique au point de vue de l'inten-

site de la virulence et des résultats par lesquels elle se traduit. A cet égard, lesfaits recueillis par l'observation demeurent avec toute leur signification : Il reste incontestable que, dans la morve chroninue, l'activité contagieuse peut être assez atténuée pour paraître éteinte, et même, peut-être pour qu'en réalité elle le soit, car souvent elle ne s'accuse par aucun effet, quand bien même on réunit, soit par la cohabitation expérimentale, soit même par l'inoculation, les conditions^ nécessaires pour que ces effets se produisent. Et d'autre part, on ne saurait non plus contester aujourd'hui que cette morve chronique qui, dans la majorité des cas où on en fait l'essai, ne paraît pas contagieuse, ne se montre telle dans des conditions que l'on n'a pas encore bien déterminées. Ces conditions ne seraientelles pas celles que nous invoquions, dès 1842, pour expliquer les dissidences à l'endroit de la contagion qui partageait les observateurs? Ktant donné et reconnu que la morve chronique est contagieuse, ne serait-il pas possible que le plus ou moins d'activité de sa virulence dépendît des changements de caractères qu'elle est susceptible de revêtir? Nous avons toujours une certaine pente à résoudre cette question pnr l'affirmative, et voici nos raisons : L'expérience clinique et l'expérimentation démontrent que la morve chronique du cheval passe facilement à l'état aigu ou, autrement dit, que des lésions de nouvelle formation, indices comme de nouvelles poussées éruptives, apparaissent souvent, chez les chevaux, morveux de longue date, à côté de lésions anciennes. Ces faits que l'on voit se produire, tous les jours, accidentellement dans la pratique, on peut expérimentalement en déterminer la manifestation. La Hèvre traumatique, lorsquelle est trèsintense, en est une des conditions les plus elficaces. Qu'on pratique, comme nous l'avons déjà dit, sur un cheval affecté de la morve chronique une opération chirurgicale très-douloureuse; qu'on allume en lui la fièvre à un haut degré par une injection très-irritante dans une grande cavité articulaire ou, encore, par l'implantation dans un pied d'un clou profondément pénétrant, et les chances seront grandes pour que sa morve change, non de nature, mais de caractère, et apparaisse sous le type suraigu. Le surmenage peut aussi produire de pareils effets. Les exemples en étaient fréquents autrefois, lorsque les malles-poste et les^ dihgeuces étaient entraînées à une vitesse de quatre lieues à l'heure par des attelages de chevaux morveux, que la désuétude de la loi permettait d'utiliser même à des services publics.

Ce changement qui survient sous l'influence de la fièvre n'est pas purement objectif; l'activité de la virulence s'accroît à mesure que les symptômes dénoncent une plus grande acuité de la maladie ; et telle morve qui, éprouvée par" l'inoculation, alors qu'elle ne présentait que des caractères chroniques, n'avait donné lieu à aucun effet, accuse, au contraire, l'intensité actuelle de sa virulence, et de la manière la plus manifeste, lorsqu'on l'inocule sous le nouveau type que la fièvre lui a fait revêtir.

Tout cà l'heure, quand nous traiterons de la spontanéité de la morve et des condilions dans lesquelles elle peut se produire, nous dirons comment il nous semble que ces faits peuvent s'interpréter. Mais dès maintenant, tels que l'observation nous les donne, n'établissent-ils pas la forte présomption que les variations, dans l'activité de la virulence de la morve chronique, pourraient bien dépendre de ces. poussées imprimées à la morve, sous cette Ibrme, par l'influence des causes qui viennent d'être énumérées, et de cette sorte de revivification qu'en reçoit le virus, qui est, en même temps, produit en plus grande quantité? Si ce n'était là qu'une vue de l'esprit, nous nous serions, sans doute, abstenu de la reproduire dans ce

travail, mais rexpérimeutation nous semble pvouvei- qu'elle est fondée, puisqu'elle témoigne incoaleslablement qu'une morve chronique, dont la contagiosité restait latente, devient facilement Iransmissible quand, par l'action d'une cause ou d'une autre, elle est passée à l'état aigu.

.Maintenant, quelles sont les espèces qui sont susceptibles de contracter la morve? Jusqu'au commencement de ce siècle, il était universellement admis que la morve était une maladie propre aux espèces du genre equus, que c'étaient dles, exclusivement, qui pouvaient en être atteintes, et que son virus ne pouvait avoir prise sur aucune autre. Mais les faits mieux observés, l'interprétation mieux comprise de certaines maladies de l'homme, dont les médecins des temps antérieurs avaient méconnu l'origine et la nature, ont conduit à cette notion, aujourd'Iiui défmitivement acquise, que l'espèce humaine était susceptible, elle aussi, de contracter la morve. Comment, dans (|uelles conditions, avec quels caiactères? C'est ce que notre collaborateur, M. Biouardel, expose dans le chapitre spécial consacré à l'étude de cette question. Nous n'avons donc pas à y insister ici.

La connaissance de ce fait a conduit à tenter des expériences d'moculation sur nos diverses espèces domestiques, pour reconnaître celles d'entre elles auxquelles la morve était inoculable et étudier, sur leur organisme, les manifestations symptomatiques et anatomiques de celte maladie. Ces e.\]jéiieiicts ont donné la démonstration (jne le chien, le mouton, la chèvre et le lapin étaient susceptibles de contracter la morve. Le bœuf s'y est toujours montré réfractaire; de même les oiseaux. Sur le cochon, cette muladie n'a généralement pas de prise; cepeiidaut Spinola, cité par Bollinger, aurait réussi une fois à la transmettre à cet animal.

Toutes les espèces inoculables ne le sont pas au même degré. Dans celles du ^enre equus , l'espèce asine se montre beaucoup plus impressionnable que léquine; et le mulet, à ce point de vue, participe bien plus de l'âne que du cheval. D'où l'avantage de se servir, de préférence, de l'àne ou du mulet, quand •on vont éprouver l'activité virulente de liquides suspects. C'est ce qu'a fait M. Saint- ■Cyr dans les expéiienccs rapportées plus haut, et ce qui l'a conduit à des résultats positifs immédiats, que des expériences tentées sur le cheval ne lui auraient peutêtre pas donnés, tout au moins avec autant de constance.

Dans les autres espèces, l'organisme du chien présente cette particularité, que le virus morveux, tout en conservant son activité, au point oii il a été inséré, ne -donne lieu, dans la plupart des cas, qu'à une action locale qui finit par s'éteindre sd'elle-même ; et que dans les cas plus rares où son action se généralise, il ne laisse pas cependant, dans les viscères, une empreinte profonde et durable. Ce n'est que par exception qu'il détermine des lésions viscérales. Dans les expériences d'inoculation que nous fîmes, dès 1858, sur le chien, de concert avec Renault, nous n'avons réussi qu'une fois à déterminer une morve complète, c'est-à-dire avec toutes ses lésions intérieures. Dans les autres cas, l'inseriion du virus n'a donné lieu qu'à un travail local de suppuration, beaucoup plus persistant que ne le comportait la lésion faite aux tissus, et impliquant, par cela même, que cette lésion n'était pas simple. Les expériences faites, sur ce point, à l'École de Lyon, .par M. le professeur Saint-Cyr, et dont il a été rendu compte, par M. Delabeyrette, da;is le Journal de cette école, en 1866, ont donné l'interprétation des faits. Quand on inocule la morve au chien, l'insertion du virus donne lieu, au bout de detESvjours, à une tuméfaction chaude, douloureuse, dure au voisinage immédiat de la pLiie, et prenant les caractères de l'œdématie, dans une certaine - iéiendue périphérique. Cette tuméfaction fait des progrès les jouis suivaiit>; la

croûte, qui s'clait formée au ])oiiit d' l;i i)ii|ùrc, e«:t soulevée pnr une sérosité sanieuse, et laisse à iiu une plaie à caractères ulcéreux, à bords indurés, d'une coule\ir ronge foncé om violacéi', qui laisse suiiitei d'abord un liquide SL'rosangninolent, puis sanieux, qui prend ensuite une couleur d'un blanc jaunâtre. Cet ulcère s'élargit graduellement, jusqu'à ce qu'il ait acquis les dmiensions d'une pièce de deux francs; puis il reste stationnaire, et, dans la plupart des cas, au bout dun mois à six semaines, il finit par se cicatriser.

A dater du deuxième ou troisième jour après l'inoculation, les ganglions îympliatiques situés au voisiijage s'engorgent, deviennent pâteux, puis plus durs, et sont irès-donloureux à la pression; puis l'infection morveuse est dénoncée, chez le plus grand nombre des sujets, par un jetage d'abord limpide et peu abondant, qui prend ensuite une teinte jaunâtre et même verdàti-e, et forme, en se dessécbant, des croûtes poisseuses, adhérentes au pourlour des narines. Quelquessujets deviennent tristes, perdent un peu de leur appétit, maigrissent un peu. D'autres restent comme indifférents, dans leur habitude générale, aux manifestations locales qui viennent d'être indiquées.

Ces manifestations sont cependant spécifiques et doivent être considérées comme l'expression de Vétat morveux du chien, car même longtemps après l'iitoculation! qui les a déterminées, le liquide sécrété parles ulcères dénonce son activité spécifique conservée, quand on le transporte sur un terrain favorable à son évolution. Inoculé à l'àne, le virus du cliien donne lieu aux manifestalions de la morveaiguë, sons sa l'orme la plus accusée et avec les caractères les plus intenses. Les ex|iériences de M. Saint-Cyr conduisent donc à cette conclusion très-intéressante, que si l'organisme du chien est propre à recevoir le virus morveux, à entretenir son activité par une régénération sur place, et même à en subir l'imprégnation générale, cependant ce virus n'est pas apte, dans le plus grand nombr.; des cas» malgré son activité conservée, à déterminer chez lui des lésions viscérales ; il ne fait, pour ainsi dire, que glisser avec le sang, sans laisser nulle part d'em[)reinte durable.

Cependant, c'est bien la morve que le chien reçoit par l'inoculation et ({u'il garde pondant quelques semaines, car, nous le répélons, le liquide de ces ulcères^ reporté sur les solipèdes, leur communique la morve, et une morve très-aiguë et très-rapidement mortelle.

La morve du chien est donc une maladie que l'on peut appeler éphémère et bénigne, puisqu'elle ne donne lieu qu'à des lésions locdes peu durables, après la dispaiition desquelles l'animal récupère sa sant»'^' tout aussi complète qu'avant l'expérience. Cependant Mordstrôm, cité par Bollinger, aurait observé un cas d'iid'ection complète, sur un chien alimenté avec de la chair provenant de chevaux mo:veux.

Sur un des sujets ainsi inoculés et guéris, M. Saint-Cyr a voulu s'assurer si l'inoculât on serait susceptible de /jrtfnr/re encore, et le résultat a témoigné qu'il n'en était rien. D'oij cette présomption que la morve, chez le chien, pourrait bien être soumise à la loi de ['unicité, que M. Saint-Cyr a de la tendance à croire vraie également i)0ur le cheval.

11 est présumable que, dans un certain nombre de cas, la morve chez l'homme se comporte comme chez le chien, c'est-à-dire qu'elle reste locale, sous la forme de fin-fin, ou que, tout au moins, s'il y a inlection générale, cette infection n'est que passagère, et ([u'elle disparaît sans marquer son empreinte par des lésions viscérales. A ce point de vue, quelques-unes des victimes de l'inoculation morveuse

doivent, dans notre espèce, avoir le privilège de l'organisaiion du chien. Mais nous laissons à notre collaborateur l'examen et la discussion de celte question.

Si le chien est réfractaire, dans une assez large mesure, comme on vient de le voir, à l'infection par le virus morveux, il n'en est pas de même du mouton et de la chèvre. Dans les expériences que nous avons faites, M. Renault et moi, en 1858 et 1840, nous avons réussi à transmettre, par l'inoculation, la morve complète à des animaux de ces espèces. D'après Gerlach, les brebis seraient paiticulièrement sensibles à l'action du virus morveux. Puis ensuite viennent les chèvres. Ercolani, cité par Bollinger, a observé un cas d'infection spontanée dans une écurie où séjournaient des chevaux morveux. Wisth a vu une infection par inoculation se terminer mortellement après vingt et un jours. Bollinger a observé, chez une chèvre, une morve bien caractérisée sept semaines après l'inoculation, par injection dans le péritoine. Enfin, un cas de morve sur la chèvre vient d'être aussi observé à l'École d'Alfort, par M. le professeur Trasbot, dans les mêmes conditions que le cas recueilli par Ercolani. L'épreuve de l'inoculation au cheval a démontré la nature spécifique de cette maladie.

Le cochon était réputé pour être complètement réfractaire à l'action du virus morveux. Les expériences d'inoculation que nous avons faites en grand nombre sur cet animal ont toujours donné des résultats négatifs. Le troupeau de cochons qui était entretenu à l'école, a été nourri, pendant très-longtemps, avec les viandes provenant de chevaux morveux; Renault a nourri quelques groupes de ces animaux exclusivement avec les viscères et les organes dans lesquels les lésions morveuses étaient, si l'on peut dire, accumulées, et, malgré ces conditions intensives d'infection, aucun cas de morve ne s'est produit ; cependant Gerlach, d'après Bollinger, aurait constaté, chez le cochon, dans un délai de neuf mois, après l'inoculation, une production morveuse., analogue à celles qui se développent dans les poumons du cheval, et Spinola aurait pu donner au cochon une morve complète, dont l'épreuve de l'inoculation au cheval a attesté la nature.

La transmissibihlé de la morve au chat est démontrée par l'inoculation (Christol et Kiener), et par la déglutition des viandes et organes infectés provenant d'animaux morveux (Gerlach).

Le lion et l'ours, d'après Leisering et M. Lafosse (de Toulouse), seraient susceptibles de contracter aussi la morve par ce dernier mode,

La morve est inoculable aux lapins, d'après les expériences de Schilhng, Colin, 0. Wyss et Bollinger; au cochon d'Inde, d'après Christol et Kiener, et aux souris, d'après Ercolani et Bassi. Suivant Rivolta, le lapin pourrait la contracter, par inléction, dans une écurie habitée par des chevaux morveux.

Le bœuf seul, jusqu'à présent, et les oiseaux de basse-cour, sur lesquels Renault a beaucoup expérimenté, sont restés réfractaires à l'infection morveuse, quelques tentatives que l'on ait faites pour la leur transmettre.

Si la question de la contagion de la morve, sous toutes les formes qu'elle peut revêtir, est aujourd'hui complètement et définitivement éclaircie, une autre reste à résoudre : La contagion est-elle la cause unique, exclusive de la morve ?

Ou bien cette maladie ne peut-elle pas se développer spontanément, c'est-àdire en dehors de la contagion, ce qui impliquerait que le virus morveux trouverait, à un moment donné, les conditions de sa formation dans l'organisme même du cheval ?

Aous avons vu, dans l'historique qui précède, que, pendant le premier tiers de ce siècle, la doctrine de la spontanéité de la morve avait été prédominante, au

point que l'influence de la contagion était niée de la manière la plus absolue par ie plus grand nombre, ou reléguée dans un rang tout à fait secondaire pour ceux qui l'admettaient encore. Aujourd'hui, les tendances sont tout opposées : la contagion est tout, et eu dehors d'elle il n'y a rien. On conteste la possibilité que la morve puisse se développer spontanément. Toutes les fois qu'elle appurait quelque part, c'est ([u'elle a été communiquée. Telle est la doctrine qui tend à prévaloir aujourd'hui, et dont Gerlach est, parait-il, l'instigateur.

Cette doctrine est-elle l'expression rigoureuse des faits, ou, en d'autres termes, les embrasse-t-elle tous si étroitement qu'aucun doute ne reste possible et que toujours, et dans tous les cas, l'intluencc de la contagion puisse être invoquée, quand on voit la morve se manifester? Nous ne le pensons pas. S'il est, aujourd'hui, incontestable que la contagion est la cause principale de la morvi;, nous ne croyons pas que tous les faits de la pratique puissent s'ajuster à la doctrine qui Ja considère comme cause unique. H nous semble, au contraire, que, parmi ces faits, il en est un certain nombre pour lesquels l'intervention de la contagion ne pouvant être invoquée, il faut bien admettre la possibilité que la morve procède •d'une autre cause, et que, conséquemment, l'organisme du cheval soit apte à former, de toutes pièces, le virus morveux, sous l'iuQuence de certaines conditions, dont quelques-unes peuvent être, nous semble-t-il, rigoureusement déterminées. C'est ce que nous allons chercher à démontrer.

Nous rappellerons d'abord les résultats d'un certain nombre d'expériences que nous avons faites à Alfort, avec M. Henault dès 1858, pour essayer de faire développer spontanément la morve dans l'organisme du cheval, par injection directe d'émulsions purulentes dans les veines. J'avais remis à M. Renault un rapport circonstancié de ces expériences dans un mémoire complet que nous devions publier en commun ; malheureusement, ce mémoire dont je n'avais pas conservé le double, n'a pas été retrouvé dans ses papiers, en sorte que je ne puis reproduire ici que les indications sommaires que nous avons fiiit connaître autrefois par la voie des comptes rendus dont on donnait lecture aux séances des distributions de prix. Voici d'abord celles que contient le compte rendu des travaux de l'école d'Alfort pour l'année scolaire d 858-1 839 {Recueil vél., 1859). « Il résultait déjà d'observations cliniques faites et publiées par M. Renault, que la morve aiguë se développait spontanément sur des chevaux affectés d'anciennes plaies suppurantes, soit que ces animaux n'eussent, au moment où les plaies avaient été produites, aucun germe apparent de morve, soit qu'ils lussent déjà affectés de la morve chronique. Or, ce que l'observation avait démontré a été confirmé par des expériences. Du pus puisé sur des animaux non morveux a été injecté, avec certaines précautions, dans les veines de chevaux atteints de la morve chronique, et la morve aiguë s'est manifestée. Du pus, également d'un cheval non morveux, a été injecté dernièrement dans la jugulaire d'un cheval sain et quelques jours après ce cheval succombait à la morve aiguë. A peu près à la même époque, on recueillait, dans les hôpitaux, l'observation de deux chevaux, dans l'intérieur des vaisseaux desquels des loyers purulents s'étaient formés et ouverts et qui succombèrent tous deux, peu de jours après, à la morve aiguë. »

Le compte rendu de 1859-1840 contient la relation suivante d'expériences du même ordre que nous avions faites dans le courant de l'année : « Du pus en petite quantité, dissous dans l'eau distillée, et filtré à travers une toile, a été injecté dans les veines de plusieurs chevaux. Chez quelques-uns de ces animaux une fiièvre intense s'est déclarée du premier au troisième jour et a persisté jus(ju'au

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