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septième ou huitième ; puis peu à peu les mouvements fébriles se sont apaisés et, vers le quinzième jour, il u'existait plus aucun symptôme de maladie. A Taiitopsie de ces chevaux, sacrifiés par effusion de sang, on a rencontré dans le poumon et dans la rate des abcès multiples parfaitement isolés par des indurations circonscrites des tissus.
« Chez d'autres animaux, l'injection purulente a déterminé de même mio réaction fébrile très-intense, et du troisième au ciu(juième jour, temps ordinaire de l'incubation de la morve aiguë, spontanée ou communiquée, les symptômes de cette dernière maladie ont apparu avec leurs caractères bien tranchés, et les malades ont succombé entre le dixième et le vingtième jonr. A l'autopsie on a reconnu dans les cavités nasales, dans les poumons, dans la rate, dans les articulations, toutes les lésions caractéristiques de la morve aiguë.
« Pour ôter tous les doutes sur la nature de cette affection, en quelque sorte artificielle, on a inoculé la matière de l'écoulement nasal des animaux devenus malades par injections purulentes, à des animaux sains, et la morve aiguë s'est répétée sur ces derniers.
« Enfin, dans un autre c;is, l'iniroduction du pus dans les veines d'un animal parfaitement constitué a eu pour résultat bien remarquable de déterminer le développement d'un abcès considérable dans un des membres antérieurs avec suppuration des articulations et des gaines tendineuses. Quelques abcès existaient dans les poumons ; les cavités nasales étaient parfaitement saines.
« Ainsi, chose bien remarquable et bien digne de fixer l'attention, on voit, à la suite d'une injection de pus dans les veines, tantôt se développer des abcès dans les poumons, tantôt apparaître la morve aiguë avec ses signes et ses lésions caractéristiques, tantôt enfin se former d'énormes collections purulentes dans les articulations et dans les interstices musculaires. »
La relation d'une de ces expériences a été communiquée à l'Académie de médecine, par M. Henault, dans sa séance du 21 juillet 1840, en même temps qu'il lui mettait sous les yeux les pièces anatomiques provenant du cheval (liez lequel ou avait fait développer la morve aiguë en introduisant du |)us dans ses veines : « Ce pus, disait M. Renault, avait été puisé dans un abcès considérable que port.ijt au poitrail un cheval de quatre ans, parfaitement sain de toute affection morveuse ou farcineuse. L'animal qui servit à l'expérience était un petit cheval de race rustique, assez maigre, poussif, mais bien portant, très-irritable et de bon appétit. Ou fit une émulsion de quatre centilitres de pus dans quatre décilitres d'eau distillée. Cette émulsion filtrée à travers un lin^e fin fut introduite dans les veines du cheval d'expérience, le 15 juillet. Le lendemain, une lièvre très-intense se manifesta ; le cœur battait quatre-vingt-dix fois par minute ; trois jours après, une pustule apparaissait dans la narine gauche et une éruption pustuleuse se montrait à l'encolure. Les jours suivants, la morve aiguë se dessina avec tous ses caractères. L'animal succomba le 20 juillet; à l'autopsie, on reconnut des pustules ulcérées à la surface de la pituitaire et des infiltrations purulentes dans son épaisseur. Dans les poumons, il y avait des abcès métastatiques multiples et de la pneumonie lobulaire; enfin, on rencontra des granulations purulentes dans la rate et jusque dans les parois du cœur. » Le récit plus détaillé d'une expérience semblable est publié dans le Reciieil vétérinaire (1840).
Ces faits ne sont pas uniques dans la science. Le professeur llering, de l'École vétérinaire de Stuttgart, les a vus se reiuoduire sous ses yeux, dans les mêmes conditions expérimentales. De même, M. Liautard actuellement professeur au
Veterinary collège do New-York. De son côlé Lnisné, vétérinaire militaire, dit avoir réussi à donner la morve à un cheval par une inoc(dation de pus de bonne nature sur la cloison nasale.
Bollinger, qui cite ces expériences, conteste la signification de leurs résultats. 11 l'ait observer, d'abord, cpi'elles datent d'un temps oi!i l'anatoniie pathologique était encore dans l'enfance et que la pyohéinie embolique produit souvent, surtout dans les poumons, des changements semblables à ceux qu'engendre la morve. Aussi admet-il sans dilTicuités que Flering ait vu se dévcloiiper des états pathologiques semblables cà la morve cliez'des chevaux dans le système vasculaire desquels il injectait du pus. Pour lui ce ne sont que des apparences de l'état morveux, comme les thromboses des vaisseaux pulmonaires et les abcès des poumons que Gamgee a déterminés par les injections du pus dans les veines et qu'il a décrits. Mais nous ne nous sommes pis contentés, avec M. Renault, de constater les lésions qui se produisaient à la suite des injections ; pour ôter tous les doutes sur la nature de cette maladie si semblable à la morve, que nous avions pu déterminer sur un certain nombre de sujets, nous avons inocuji' la matière d-; l'écoidement nasal des animaux, devenus malades par injettiiuis jiuruhiilcs, .'i des animaux sains et la morve aiguë s'est répétée sur ces derniers. Bollinger dit à cela, d'abord, que l'épreuve de l'inoculation n'a été faite que dans un seul cas, ce qui est inexact, puisqu'il est question dans le texte, d'animaux sains auxquels l'inoculation a été pratiquée ; et il nous objecte ensuite que ni Cillroth, ni Guntiicr, ni Spinola, ni Lee, n'ont réussi à produire la morve par l'injection du pus dans les veines du cheval. Nous ajouterons à ces noms celui de M. le professeur Lafosse, de l'École vétéiinairc de Toulouse, qui déclare dans son livre que le< tentatives qu'il a faites d'injections purulentes ne lui ont doimé que des résultats négatifs au point de vue de la morve. Mais ces résulats ne sauraient infirmer ceux que nous avons vus se produire sous nos viux, qui se sont répétés dans les expériences d'Jlering, et que Liautard a pu obtenir également, en se plaçant dans les mêmes conditions que nous. Je puis donner l'aflirmalion que nous mettions un très-grand scrupule à bien choisir les sujets sur lesquels nous nous proposions d'expérimenter el que rien n'était négligé pour éviter les causes d'erreur. Nos expériences ont été faites eu public et la grande publicité que nous donnions à leurs résultats par les comptes rendus qui étaient lus devant ceux qui en avaient été les témoins, doit être une garantie de la réalité des choses dont nous signalions les manifestations. Quant à moi, je puis dire que « j'ai vu, disje, vu, de mes propres yeux vu, ce qu'on appelle vu » la morve survenir sur des chevaux sains, en apparence tout au moins, à la suite d'injection dans leurs veines de pus provenant de chevaux absolument exempts de morve. VA c'éliiit bien la morve que nos sujets d'expérience contractaient ainsi, puisque leur maladie était inoculable et que, inoculée, elle se traduisait par la morve. Mais, nous dit Bollinger, alors la longue lalence de la morve était ignorée ; on ne savait pas qu'elle pouvait avoir son siège primitif dans les poumons et la trachée, et exister réellement, sans que rien ne la dénonçât au dehors. D'oîa celte induction, sous-entendue dans le texte, que nos chevaux pouvaient bien avoir cette morve latente, sans que "i\x% nous en doutions : aussi bien ceux qui nous lourni>saient le pus, que les sujets dans les veines desquels ce pus était introduit. Soit. Mais si cette morve latente est aussi fréquente qu'on l'affirme, .je suis étonné que parmi les sujets sur lesquels ont expérimenté Billroth, Spinola, Gunther et Lee, pas un seul ne se soit rencontré avec cette maladie latente, et que ces expé-
yO MORVE.
rimenlateurs n'aient pas eu ainsi l'occasion de voir se développer sous leurs yeux, grâce à cette circonstance, des faits identiques à ceux qui incontestablement se sont développés sous les nôtres.
En définitive, il nous paraît ressortir de ces contradictions, ou pour mieux dire de ce défaut de concordance entre les r-ésultats des expériences, que de nouvelles recherches doivent être faites avec les moyens plus perfectionnés d'investigations dont on dispose aujourd'hui. Mais, cependant, nous nous croyons autorisé à dire, dès maintenant, que si nos expériences ne peuvent pas être acceptées comme suffisantes pour démontrer, d'une manière certaine, la spontanéité de la morve, elles ne laissent pas que d'en établir tout au moins la présomption, et que dans tous les cas on ne saurait les annuler en leur opposant les résultats négatifs donnés par des expériences semlilables.
Voyons maintenant s'il n'y a pas des faits cliniques qui viennent à rap|)ui de cette présomption et l'affermissent. En laissant de côté toute question d'interprétation et de système, il demeure incontestable que l'on voit la morve se déclarer sur des chevaux qui ont subi des opérations douloureuses ou qui sont sous le coup de sup))urations abondantes et persistantes, sans que Ton puisse rattacher ces manifestations à des rapports saisissables avec des chevaux morveux. Bien des fois j'ai vu, dans le cours de ma vie clinique, des manitestations de cet ordre .-e produire, à la suite de lésions traumatiques, chirurgicales ou autres, capables de donner lieu à de graves accidents locaux et à des réactions fébriles tres-intenses. C'est surtout à la suite de synovites suppuratives très-aiguës, articulaires ou tendineuses, de caries profondes de la troisième phalange, de phlébites suppuratives avec progression du mal vers les racines de la jugulaire, et en général des lésions qui occupent un siège où l'appareil veineux est très-développé, que les phénomènes caractéristiques de l'infection morveuse se manifestent le plus communément. Entre mille et un faits que je pourrais citer, en voici un que je rapporterai ici de préterence, parce qu'il a eu pour témoin Nélaton, à qui le cheval appartenait. Il m'avait prié de lui donner une consultation pour cet animal auquel il tenait beaucoup, en raison de l'ancienneté et de la bonté de ses services. Il s'agissait d'une claudication du membre postérieur droit, dont je reconnus le siège dans l'articulation rotulienne qui était distendue à l'excès par l'accumulation de la synovie. C'était à l'époque où les injections iodées étaient, dans les deux médecines, l'objet d'études expérimentales et d'applications pratiques. Je proposai à Nélaton d'en faire l'essai sur son cheval, sans en garantir le succès, mais avec un certain degré d'assurance qui lésultait de réussites déjà obtenues. Nélaton y consentit et le cheval me lut envoyé à Alfort. On le plaça dans une boxe isolée, et l'opération de l'injection iodée dans l'articulation fut pratiquée. Elle donna lieu à des accidents inflammatoires excessifs, accompagnés d'une fièvre en rapport avec la violence des accidents locaux, et, au bout de quelques jours, ce cheval était en pleine éruption de morve aiguë, avec ses manifestations à la peau et dans les cavités nasales. Avant l'opération, cet animal était parfaitement sain, aucun soupçon de morve préexistante ne pouvait peser sur lui ; à Alfort, je l'avais fait placer dans une boxe à part, pour qu'il fût dans les meilleures conditions hygiéniques possibles. On lui l'ait subir une opération qui détermine des souffrances excessives et une lièvre de réaction proportionnelle, et la morve se déclare. Telle a été la succession des faits. Voici un autre cas où ils se sont suivis dans le même ordre, et que je rappelle ici parce que la mort d'un homme en été la conséquence. Je pratiquai,
un jour, sur un vieux cheval, dans de bonnes conditions de santé, l'opération de la téiiolomie pour un cas de rétraction trè'S-accnsée des tendons sus|)enseurs du boulet, à un membre antérieur. Au bout de cinq à six semaines, la plaie étant en bonne voie de cicatrisation, cet animal fut retiré des hôpitaux et reconduit chez son propriétaire, qui demeurait de l'autre côté de Paris. Il fit ce long trajet avec beaucoup de peine, et n'arriva à sa destination que très-soulïrant et harassé de fatigue. Quelques jours après, la morve aiguë se déclarait. Trois chevaux, qui cohabitaient avec ce cheval, la contractèrent, et, pour comble de malheur, le palefrenier, commis aux soins de ces chevaux, fut lui-même la victime de cette maladie. Ceux qui, en présence de faits semblables, ne veulent attribuer la morve du cheval qu'à une seule cause, la contagion, me paraissent bien complaisants pour une doctrine. Il me semble, quant à moi, que, jusqu'à nouvel ordre, tout au moins, il faut en réserver la signification, et admettre la possibilité que la morve se développe spontanément dans l'organisme du cheval, àla suite de fièvres traumatiques violentes ou de lésions qui entraînent après elles des suppurations persistantes.
Nous voici maintenant arrivés à un autre ordre de faits qui ne nous paraissent pas s'accommoder davantage à la doctrine exclusive de la contagion. L'expérience démontre que la morve étend ses ravages d'autant plus qu'on exige du cheval une plus grande dépense de forces, surtout si la nourriture qu'on lui donne n'est pas suffisante à les réparer, soit par sa quantité, soit par sa composition. Quelles que soient les théories, cette formule est et restera toujours l'expression rigoureuse des faits. Étant données des exploitations industrielles, si le travail des chevaux qu'elles emploient devient accidentellement excessif; ou si l'on ménage la nourriture de manière qu'elle ne soit pas donnée dans la mesure voulue pour qu'elle soit adéquate aux déperditions du travail; ou si, par sa composition, elle n'est pas suffisamment réparatrice : dans ces différentes conditions, les chances sont grandes pour que la morve se manifeste et donne lieu à de grandes pertes. Par contre, il est possible de contrebalancer, et même d'annuler, par une alimentation largement réparatrice, l'influence d'un travail excessif, et de prévenir ainsi la manifestation de la maladie qui en est si souvent la conséquence. Quelques faits, ici, doivent être rapportés pour démontrer la justesse de ces propositions : « En 1852, la morve et le farcin viennent tout à coup sévir sur les chevaux des Gondoles parisiennes, voitures publiques qui faisaient un service assez rapide entre Paris et Versailles. Depuis plus de trente ans que cet établissement était fondé, jamais rien de pareil ne s'était encore vu. Cependant rien n'avait été changé dans !e régime alimentaire des animaux; rien non plus, eu apparence tout au moins, dans les autres conditions hygiéniques : même habitation, mêmes soins, même diu'ée de travail, même vitesse, mêmes étapes. Un seul fait nouveau était intervenu : la transformation d'emblée, par ordre supérieur, de la chaussée pavée de la route, de Paris à Saint-Cloud, en une chaussée macadamisée. Appelé en consultation avec Yillatte, nous tombâmes d'accord pour attribuer à cette circonstance unique le mal q.ii sévissait sur les chevaux des Gondoles. Ces animaux avaient été obligés, depuis quelque temps, à des efforts excessifs de traction pour mouvoir, avec la vitesse réglementaire, les voitures auxquelles ils étaient attelés, sur un terrain rendu meuble par les pierres non encore suffisamment cimentées dont il était nouvellement chargé. Dans ce terrain défonçable, les roues s'engageaient à une certaine profondeur, et il fa lait, de la part des animaux, pour mettre la machine en mouvement et lui imprimer la vitesse voulue par les
règlements, un déploiement d'efforts bien plus considérables et bien plus soutenus que ceux qui étaient nécessaires lorsque, la route étant roidante, la vitesse acquise par la machine n'avait plus besoin que d'être entretenue. C'était si bien là la cause de cette invasion par la morve des écuries des Gondol -s, que cette malidie cessa de sévir lorsque la chaussée nouvellement macadamisée s'étant affermiL' par l'usage, le roulis des voitures redevint facile, et le service de leurs moteurs régulier. »
Cet exemple est démonstratif de ce que peut, à lui seul, le travail épui-aiit, ponr donner lieu aux manifestations de la morve, même sur des chevaux qui sont dans de bonnes conditions d'entretien et de rationnement. L'insnffisance de la nourriture, relativement au travail demandé, peut produire un effet semblable, quand bien même ce travail est en rapport avec la capacité du cheval. C'est ce qne nous avons été à même d'observer très en grand, à Alfort, à l'époque où la construction des fortifications de Paris nécessita d'immenses travaux de tcriafsements et de charrois de matériaux. Tandis que les chevaux des riches entrepreneurs, qui ne regardaient pas à la nourriture, demeuraient exempts de la morve, ceux des tâcherons, moins bien nourris, en étaient communément attaqués, et nous dûmes alors en faire abattre un très-grand nombre.
Enfin, ce qui semble bien prouver que la nourriture est efficace à prévenir la morve et le farcin, ou à en déterminer le développement rapide, suivant qu'elle est administrée dans la Luge mesure qu'exige la nature des services, ou, au contraire, épargnée au point de n'être plus suflisante pour les réparations de l'organisme, c'est qu'il sufiit d'une simple modification, en moins ou en pins, du régime alimentaire, pour faire apparaître ces maladies, ou ponr en arrêter les ravages, toutes les autres conditions auxquelles les chevaux sont soumis restant les mêmes: conditions de travail, d'habitation, de soins hygiéniques, de conformation, d'aptitudes stables. Bouley jeune a cité, à l'appui de cette proposition, un fait qui nous semhie bien démonstratif: « Les chevaux de rétablissemeuf des Eaux clarifiées de Paris, soumis au régime habituel de l'avoine el du foin, étaient dans des conditions excellentes de santé et suflisaient pail'aitement à leur travail. Leur propriétaire, homme riche et entreprenant, voulut essayer s'il ne réaliserait pas une économie considérable en substituant à l'avoine un pain de fabrication nouvelle pour l'usage des chevaux, dont il était beaucoup parlé alors comme d'une invention des plus profitables; et, au lieu de tenter son expérience sur une petite échelle, il voulut la faire en grand, sur tous ses chevaux à la fois, malgré les conseils de prudence que Bouley jeune s'efforçait de lui faire entendre. En moins d'une année, sur 120 chevaux qui composaient l'effectif de l'établissement, plus de 60 étaient affectés de la morve et du farcin, et durent être sacrifiés. Force fut, bien entendu, de revenir au régime antérieur, et peu à peu l'état sanitaire redevint ce qu'il était avant cette expérience, malheureuse pour celui qui avait osé la tenter, mais pleine d'intérêt au point de vue scientifique.
Des faits semblables, d'après Bouley jeune, se sont produits en grand, sous l'inllnence de la même cause, chez M. Dailly, maître de poste do Paris, où la morve fit de grands lavages, à la suite de l'alimentation panaire continuée pendant quelque temps; et, au rapport de Benault, si ces ravages n'ont pas été plus considérables encore, c'est que M. Dailly n'avait pas substitué complètement l'usage du pain à celui de l'avoine; ceux de ses chevaux qui travaillaient le plus recevaient, outre la ration du premier de ces aliments, une assez forte ration du second.
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Ces faits sont dii'ficiles à ajuster, ce nous semble, à la doctrine exclusive de h contagion. Je sais, bien qu'on j)eut dire que l'épuisement du cheval augmente sa réceptivité pour le germe de la morve; que Torganisme, dans ces conditions, devient pour ce germe un terrain plus favorable, et, qu'en délinitive, si le travail épuisant est une condition propice au développement de la morve, l'organisme épuisé est comme une proie offerte à la contagion qui facilement s'en empare et l'envahit. Qu'il y ait une part de vérité dans cette assertion, je ne le contesterai certainement pas ; je crois que la contagion morveuse atteint d'autant plus les chevaux qu'ils sont plus affaiblis, soit par le fait d'un travail qui a, pendant quelque temps, excédé leurs forces, soit par suite d'une alimentation (|ui a élé insuflisanle à les réparer. Mais encore faut-il pour que cette contagion produise ses effets, que les animaux soient exposés à son influence. Or, il y a des laits où il ne semble pas possible d'invoquer son intervention, parce que, effectivement, on ne la voit nulle part; témoin, entre bien d'autres, ceux-ci que M. Collin, vétérinaire à Wassy, vient de publier dans le numéro de juin du Recueil de médecine vétérinaire: « Pendant l'hiver pluvieux de '1872-75, les chemins des minières des environs de Wassy étaient impraticables , les attelages y versaient souvent, embourbés jusqu'au moyeu. Les difficultés étaient tellement grandes, que tous nos \oituriers, à l'exception d'un seul, avaient cessé les transports, malgré les prix très-élevés qui leur étaient offerts par les industriels. Vu jour que je rencontrai ce voiturier conduisant des tombereaux fortement charges, ))ar ces chemins rompus, je lui dis : (( Vous faites là un rude métier; si vous continuez « encore quelque temps à voiturer dans de telles conditions, tous vos chevaux pé- « riront de la morve. >) « Je connais mes chevaux, me répondit-il, car je les pos- « sède tous depuis quelques années ; ils sont déjà vieux, c'est vrai, mais ils sont <( sains, bien nourris, et s'ils ne mangent pas toujours bien l'avoine, c'est qu'ils « sont trop fatigués. Je ne crains pas la morve, parce qu'ils ne sont jamais en « contact avec d'autres chevaux et qu'ils sont logés dans une écurie neuve où n'est « jamais entré nu cheval morveux ». « Quoi qu'il en soit, lui répliquai-je. Dieu « veuille que je ne sois pas un prophète de malheur, mais j'ai la conviction pro- « fonde que tous vos bénéfices iront chez l'équarisseur. Ayez toujours bien soin <( de visiter les narines et la ganache de vos chevaux. » Un gros rire d'incrédulité fut sa dernière réponse.
« A quelques semaines de là, notre voiturier me fit appeler pour visiter un de ses chevaux qui avait les testicules engorgés ; c'était un sarcocèle farciueux ; il n'y avait ni glande, nijetage; mais néanmoins je fis séquestrer l'animal suspect.
« Quelques jours après, un autre cheval fui atteint d'un jetage et d'une glande caractéristiques. L'écurie du pauvre voiturier était bien évidemment envahie par la morve; le cheval qui avait un sarcocèle présenta bientôt des boutons et des engorgements tarcineux sur différentes régions du corps. Trois autres chevaux devinrent ainsi morveux et furent sacrifiés.
« Une Société établie dans le canton de Wassy, pour l'exploitation des minières de fer, avait un certain nombre de chevaux bien logés et bien nourris. Pour satislaire à des engagements, elle fut obligée d'augmenter la durée du travail et la charge de ses chevaux, et elle faisait ses transports par des chemins extrêmement diificiles. Informé du lait, je prévins immédiatement le directeur de l'exploitation d^s conséquences fâcheuses qui pourraient résulter de cet excès de trav;iil sur la santé de ses chevaux; il me remercia gracieusement du conseil <iue je lui donnais, mais il ne crut pas nécessaire d'acheter de nouveaux chevaux.
« Je prévins alors les surveillanls des écuries et tous les conducteurs de bien surveiller leurs animaux. Un mois s'était à peine écoulé après mou premier avertissement qu'un cheval présenta des boutons de farcin à la saphène droite, un deuxième, un jetage abondant par une seule narine ; la morve se montra bientôt sur tous les deux, avec ses symptômes caractéristiques. Ces deux chevaux étaient les plus âgés de l'exploitation et offraient, par conséquent, moins de résistance à la fatigue. Tous les chevaux furent alors remis à leur travail habituel et pas un nouveau malade ne fat signalé. Les chevaux de la Société sont logés dans des écuries complètement isolées, et n'ont jamais de contact avec d'autres chevaux. Les deux morveux appartenaient à la Société d'exploitation depuis plus de trois ans.
« En mars 1870, l'écurie de M. P..., de Vallerert, était envahie parla gourme; la plupart des chevaux avaient des abcès sous-glossiens, du jetage, etc, etc. Un des chevaux, le plus âgé, avait seulement une toux légère; c'était le seul valide de l'écurie, et comme on était à l'époque des semailles et que M. P.... avait aussi des transports de matériaux à faire pour une construction, ce cheval fut soumis à un travail très-pénible. Le domestique chargé de le conduire et de le soigner ne lui donna pas une ration en rapport avec le travail exigé. Ce cheval devint morveux et contagionna une jument qui mangeait à côté de lui. Jamais M. P.... n'avait eu de chevaux morveux dans son écurie, et il y avait plus de dix ans que je n'en avais rencontré dans cette commune.
(( Un de nos industriels manquait de minerai pour approvisionner ses hauts fourneaux. Pour ne pas avoir de chômage, il fut obligé de soumettre ses chevaux à un travail excessif ; le plus vieux perdit bientôt l'appétit et contracta la morve. Le travail fut aussitôt diminué, et les autres chevaux restèrent en jiarfait état de santé. Ici encore, écurie vierge de morve, pas de contact avec d'autres chevaux, et depuis plusieurs années, à 5 ou 6 kilomètres de l'usine, je n'ai constaté la présence d'aucun cheval morveux. »
M. Collin fait suivie la relation de ces faits de cette juste remarque que si, au lieu de prédire à ses clients l'événement dont ils étaient menacés, il leur avait demandé d'expérimenter pour résoudre la question de savoir si l'abus du travail n'était pas susceptible de déterminer la morve sur le cheval, ils n'auraient pas fait auti'e chose que ce qu'il leur avait conseillé de ne pas faire. Les résultats qui se sont produits dans les circonstances qu'il a relatées, lui paraissent donc avoir toute l'importance et la valeur probative de ceux qu'auraient donnés une expérimentation bien faite, car les chevaux étaient connus de longue date ainsi que le milieu où ils vivaient. La nature et les conditions de leur service les mettaient à l'abri de toute promiscuité avec des animaux de leur espèce. Impossible, dans ce cas, de voir par où la contagion a pu s'introduire.
Les partisans de la doctrine exclusive de la contagion prétendent que ces faits n'ont pas la signification qu'ils paraissent avoir; que la contagion a du s'insinuer par quelque voie; ou bien que la morve qui se produit dans de tellts conditions existait déjà, sous un état latent qui peut durer des années à l'insu de tous les observateurs. Pour eux, le grand argument à la possibilité qu'une maladie contagieuse puisse se développer spontanément, c'est qu'ils admettent comme démontré que ces maladies ne peuvent procéder que de microzoaires ou de raicrophytes particuliers à chacune, qui joueraient dans l'organisme le rôle de ferment. Or la génération spontanée de ces êtres vivants n'étant pas admissible, celle des maladies contagieuses ne saurait l'être davantage. Ce n'est pas ici
MORVE. \)l>
le lieu de discuter cette question de principe qui a sa place ailleurs dans ce Dictionnaire. Nous nous bornerons à dire que l'accord est loin d'être fait sur la solution que lui donnent les partisans de la doctrine absolue de la contagion, et que, conséquemment, rien ne les autorise encore, dans l'état actuel de la science, à imposer comme certain ce qui a besoin de preuves pour être accepte comme tel. Mais eux aussi, comme autrefois les anti-contagionnistes, ont leur siège fait; pour eux la doctrine domine les faits ; il faut que les faits s'y accommodent, et quand il n'est pas possible de les plier assez pour les ajuster au cadre, c'est qu'alors ils ont été mal observés, qu'ils n'ont pas le sens qu'on leur (!oime, qu'on a été trompé par les apparences, qu'enfin on n'a pas reconnu la morve préexistant à l'état latent, dans l'organisme des chevaux chez lesquels on la voit se manifester, en dehors de la contagion. Dans ces cas, les causes qui sont supposées l'engendrer n'ont fait que hâter son développement et rendre manifeste ce qui était demeuré caché dans les profondeurs de l'organisme. C'est ainsi que volontiers on se paye d'interprétations, quand on se renferme dans le parti pris d'une doctrine et qu'on est bien décidé à ne pas en sortir. Quant à nous, tout en reconnaissant l'intliience de la contagion dans la genèse de la morve, et même en la considérani, comme principale, nous ne pouvons accepter (lu'elle soit suffisante à l'explication de tous les faits, et forcément nous nous trouvons conduit à admettre que cette maladie peut se développer spontanément chez le cheval, dans de certaines conditions, parmi lesquelles le travail nous parait avoir un rôle prépondérant, quand il excède les forces pendant longtemps et que les déperditions qu'il entraine ne sont pas réparées par une alimentation proportionnelle .
Maintenant quel rapport il y a-t-il entre la répétition incessante des contractions de l'appareil musculaire, qu'implique le travail excessif, et les manifestations de l'état morveux? Pour répondre à cette question d'une manière satisfaisante, il faudrait sans doute en connaître toutes les données ; mais quelquesunes qui nous sont dès maintenant acquises peuvent mettre sur la voie de la solution de cet important problème. Nous savons que tout muscle qui se contracte ou, autrement dit, qui produit de la force, consomme de sa matière ; ce qui se traduit pour l'organisme entier, par une perte mesurable de son poids. Tout cheval qui travaille diminue de poids, proportionnellement à la durée et à l'intensité de son travail. Voilà le fait général, mis hors de doute par des expériences directes dont les résultats sont chiffrés. Mais le problème a été creusé davantage. Les mutations qui s'accomplissent dans les muscles, au moment de leur contraction, s'expriment par la formation de produits nouveaux que la chimie a déjà su distinguer et auxquels elle a assigné des caractères. N'est-il pas possible que, parmi ces produits, dont quelques-uns ont les propriétés des ferments, comme en témoignent les recherches de Piotrowsky et de Brùcke, cités par M. A. Gauthier, dans sa Chimie appliquée à la physiologie, il y en ait qui deviennent la condition du trouble organique dont la morve est l'expression dernière? Dans l'état actuel des choses, on ne peut que poser cette question, mais la soudaineté avec laquelle la morve aiguë se manifeste dans quelque cas autorise à penser qu'il pourrrait bien en être ainsi. Je me rappelle, à cette occasion, le cas d'un cheval chez lequel survint, en moins de 24 heures, comme une explosion de farcin aigu, prélude de la morve à laquelle il succomba. La veille, dans une revue passée par le roi Louis-Philippe, il avait été monté par un ministre plus habile à diriger les affaires publiques que « savant dans l'art par Neptune
inventé », et il s'clait beaucoup fatigué en mouvements inutiles, sous un cavalier inexpérimenté, et d'autant plus malhabile que ses jambes trop coinles ne lui servaient i)as d'aides sufïisantes pour conserver une solide assiette. Si ce n'était le soupçon de contagion qu'on peut toujours invoquer dans le milieu où ce fait s'est passé, il serait démonstratif de l'influence du travail forcé sur la manifestation de la morve, au même titre que ceux dont M. Collin, cité plus liant, a donné la relation. Quoi qu'il en soit, l'opinion qui admet cette influence comme efficace n'est-clle pas corroborée par cette circonstance que le farcin a pour siège anatoniique primitif l'appareil lymphatique et qu'il se traduit, à sa période initiale, par le gonflemei.t de ses vaisseaux, que remplit une lymphe altérée dont l'action irritante détermine l'inflammation pyogénique de leurs parois et leur destruction ulcéreuse par places multiples.
Comme, l'a dit, avec raison, M. Reynal, dans son Traité de police sanitaire, « par une élude chimique suffisante des produits contenus dans la lymphe morveuse, on arriverait vraisemblablement à déterminer l'élément irritant ; et il ne semble pas douteux que cet élément serait reconnu comme l'un de ceux qui, dans lu tissu musculaiie, sont produits en présence de l'oxygène par les mutalions dont l'une des conséquences est la force vive qui, par la contraction musculaire, se traduit en travail mécanique, d
Des trois causes de morve qui viennent d'être énumérées, l'une, la contagion, est aujourd'hui reconime par tout le monde; les deux autres, l'infection purulente et l'appauvrissement de l'organisme, soit par l'excès du travail, soit par une alimentation insuffisante à réparer les déperditions, ont pour elles une grande somme de probabilités qui ressortent soit d'expériences directes, soit de faits cliniques qu'il nous semble bien diificile d'accommoder à la doctrine exclusive de la contagion.
Cela dit, il est facile de voir que le plus grand nombre des conditions que l'on a considérées comme causales de la morve, se rattachent, en résultat dernier, à l'une ou à l'autre des trois causes que nous venons de spécifier. Si, en 1840, au moment de l'enquête ordonnée par le ministre de la guerre, on a cru pouvoir attacher une si grande importance à l'influence, sur le développement de la morve, des habitations que l'on considérait comme malsaines, soit qu'effectivement elles fussent trop étroites, soit qu'on y entassât un trop grand nombre d'animaux, c'est que, dans de telles conditions, la contagion que l'on méconnaissait, pouvait exercer son action d'une manière que rendait plus intensive le rassemblement des animaux dans une atmosphère plus confinée. L'expérience l'a prouvé depuis, car, dès qu'on s'est mis en garde contre la contagion, on a vu la morve cesser ses grands ravages dans des habitations où elle sévissait avant, bien qu'au point de vue hygiénique, on n'y eût lait aucune amélioration.
Nous en dirons autant des arrêts de transpiration, cette cause si souvent invoquée dans les discussions auxquelles a donné lieu l'étiologie de la morve, et à laquelle on a fait jouer un rôle si considérable. Dans ce cas encore, les observateurs nous paraissent avoir été déviés de la vraie piste, et ils oat attribué à une circonstance banale ce que la contagion produisait sous son couvert. L'expérience en témoigne encore ici : les arrêts de transpiration se produisent tous les jours, et, depuis qu'on est en garde contre la contagion, les cas de morve sont devenus de rares exceptions. Si les arrêts de transpiration étaient une cause de cette maladie, leurs effets devraient se montrer proportionnels à la fréquence e^ à l'intensité de leur action.
Que si maintenant le mauvais choix des chevaux, l'emploi que l'on fait de ces animaux avant qu'ils aient acquis un complet développement, l'usage auquel on les applique, sans prendre en juste considération les services auxquels leur conformation les rend le plus propres, et enfin le défaut d'entraînement ont élé signalés autrefois comme des '.onditions favorables au développement de h morve, par les rapports des commissions d'enquête : c'est qu'ellectivement, dans ces dilférenles circonstances, la machine du cheval ne pouvant suffire au travail qu'on exige d'elle, l'éqnilibre n'existe pas entre la dépense de force et la réparalion, d'oii la réalisation possible de la condition étiologique sur laquelle, plus haut, nous avons insisté : condition bien moins efficace ceiiendant, il làut bien ledire, qu'on ne le pensait autrefois, car la contagion disparue, les cas de morve nese produisent plus dans la large mesure où on les voyait se manifester, et que? l'on croyait pouvoir attribuer, comme à leur cause prépondérante, à l'usage abusif do la force des animauv.
beste l'infection purulente. L'influence de cette cause a élé aussi exagérée, eC pour le même motif, c'est-à-dirc parce que sa part a été grossie, à elle aussi, dc' tout ce que produisait la contagion, sans qu'on pût s'en rendre compte, puisqu'on la méconnaissait. Mais si l'infection purulente n'a pas l'importance qu'on lui avait attribuée, comme cause de la morve, est-ce à dire qu'on doive nier absolument' son action, comme le Ibntles contagionnistes exclusifs? Il faudrait pour cela que leur doctrine pût suffire à l'interprétation de tous les faits cliniques, et qu'elle n'en laiïfsàt aucun hors de son cadre. En est-il ainsi? Non, certainement. Il est une maladie du cheval, la gourme, à la suite de laquelle on a vu la morve se déclarer assez souvent pour que le fait ait été signalé, de tout temps, jiar un grandnombre d'observateurs. Tous les ouvrages de l'ancienne hippiatrie en parlent; tous les recueils et tous les livres spéciaux de la vétérinaire moderne en citent desexemples. Dernièrement encore, M. le professeur Trasbot, à l'Ecole d'Alfort, m& faisait voir un sujet chez leqnel la transformation de la gourme en morve s'était produite sous ses yeux, à la clinique de l'école. Or la gourme est une maladie des jeunes chevaux, caractérisée par une tendance remarquable à la formation du pus. Bans cette sorte de diathèse, la membrane nasale devient le siège d'une abondante sécrétion catarrhale; des abcès, presque toujours très-volumineux, se forment soit dans la région sous-glossienne, soit sous les parotides et dans les poches gutturales. On en voit aussi se développer, et dans de très-grandes proportions, à l'entrée de la cavité thoracique et dans la région inguinale; d'autres se disséminent dans différentes régions du corps, les uns superficiels, les antres profonds : ceux-ci notamment à la face interne de la cuisse, où ils acquièrent, dans quelques cas, des dimensions énormes. Le caractère général de ces abcès est l'état crémeux du pus, et celui de la maladie est la franchise de son évolution et sa terminaison ordinaire par la guérison, une fois évacuées les poches purulentes qui se sont formées sous l'influence de la dialhèse gourmeuse. Mais des complications peuvent survenir lorsque le mouvement, comme éruptif, par lequel se traduit cette diathèse, est déterminé à s'opérer vers les cavités intérieures. Que si, par exemple, c'est vers les ganglions mésentériques que s'effectue le flux gourmeux, des abcès peuvent s'y former (jnl constitueront par leiu' siégé des accidents mortels. De même dans les poumons. Quand un cheval en gourme est attaqué de pneumonie, ce qui n'est pas rare, la diathèse gourmeuse peut donner lieu à la formation, dans les poumons, d'abcès de grandes et de petites dimensions, dont le pus a le même caractère que celui des abcès extérieurs, et le con-