‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.62Chapitre 15 sur 61 · DICT. E.\C. 2' S. X · texte numérisé non relu

DICT. E.\C. 2' S. X

serve tant qu'il n'est pas mis en coniniunicadon avec l'air, par l'une des voies bronchiques. Telle est, dans ses traits principaux, la gourme du cheval, maladie essentiellement bénigne, et qui ne devient grave que quand les flux qui en procèdent et le travail purulent qui les' suit, s'attaquent aux viscères ou sont situés à de telles profondeurs que révacuation des produits morbides au dehors en est rendue impossible. Cette maladie est contagieuse ; elle se transmet par les rapports de cohabitation jilus facilement que par l'inoculalion.

Eh bien, cette maladie bénigne, parfaitement déterminée quant à ses symptômes et quant à son contage, il peut se faire qu'elle change de nature au ponit de se transformer en morve. Les phénomènes dont l'organisme est le siège en pareils cas semblent de même nature que ceux que l'on détermine artificiellement par l'injection d'une émulsion purulente non-spécilîqiie dans les veines d'un cheval ; ou encore que ceux qui surviennent accidentellement lorqu'un abcès intra-veineux se fait sa voie dans le torrent circulatoire.

Quelles que soient les interprétations à cet égard, la gourme peut devenir la morve : voilà le fait clinique certain, que l'on a vu, signalé et affirmé de tous temps. Lorsqu'un fait de cetle nature se passe dans un hôpital vétérinaire, comme le cas sur lequel M. Trasbot vient d'appeler récemment mon attention, on a toujours la ressource, puur eu coiitester la signification, d'invoquer la contagion. Les contagionnistes admettent volontiers, pour les besoins de leur cause, que toujours et partout « invisible et présente », elle va s'attaquer" aux animaux qui contractent la morve. Pourquoi respecte-t-elle leurs voisins et est-ce justement celui chez lequel semblent exister les conditions de la spontanéité sur lequel elle frappe de préférence? C'est que la doctrine le veut ainsi. Mais cette tranformation de la gourme en morve, on l'a vue se produire sur des poulains, dans des milieux parfaitement salubres, et loin, aussi bien dans le temps que dans l'espace, de tout foyer contagieux. Où est, dans ce cas, la source extérieure d'oîi la morve de ces jeunes animaux a procédé? Mais, dit-on, ce n'est pas la morve à quoi la diathèse gourmeuse a donné naissance, c'est une pyohémie. Mais si celte pyohémie est transmissible et si, transmise, elle se traduit par la morve, oij est la différence ? Or, c'est ainsi que les choses se passent : quand un poulain gourmeux devient morveux, ou si l'on aime mieux, contracte une maladie qui a les apparences de la morve, il transmet la morve aux chevaux avec lesquels il cohabite, et porte ainsi le témoignage que cette maladie en laquelle sa gourme s'est transformée est bien la iHorve avec toutes ses réalités.

Il nous semble que la possibilité du développement spontané de la morve, à la suite de l'infection purulente gourmeuse, ressort bien des faits que nous venons d'exposer, et que conséquemment il y a là une brèche à la doctrine exclusive de la contagion que tous ses adeptes ne pourront pas parvenir à combler. En pareille matière, toutes les convictions doctrinales ne sauraient prévaloir contre les faits.

En résumé, la part principale, prépondérante, dans le développement de la morve du cheval, appai tient à la contagion. Mais la contagion n'est pas la cause exclusive de cette maladie. La morve peut procéder aussi de l'infection purulente et elle peut aussi être déterminée par toutes les causes qui ont pour résultat la rupture de l'équilibre entre la dépense de force et la réparation. Voilà, je crois, ce que l'on peut formuler aujourd'hui comme l'expression des faits. Aller au delà, prétendre que la morve ne peut pas naître spontanément parce que cela impliquerait la génération spontanée des proto-organismes, c'est commettre, ce me semble, une pétition de principes, car la preuve reste à faire que la contagion

«n général, et celle de la morve en particulier, procède d'êtres vivants, niicrozoaires ou mycrophytes, dont l'état morbide contagieux traduirait la présence et les effets. Est-ce qu'à côté des ferments organisés, il n'y a pas les ferments organiques, comme la pepsine et la diastase par exemple, dont le mode d'action est tout autre? Rien n'autorisant aujourd'hui à affirmer que la morve est exclusivement due à un ferment du premier de ces ordres, la question des origines possibles de cette maladie doit être réservée, et dans tous les cas ce n'est pas péclier contre la vraie méthode scientifique que d'admettre la possibilité de son développement en dehors de la contagion, puisque cette manière de voir n'implique rien de contradictoire à la solution que comporte aujourd'hui la question des générations spontanées.

Sytnptômes de la morve. La description symptomatique de la morve ou, pour employer une expression plus compréhensive, de Vaffection ou diathèse morvo-farcineuse, doit embrasser les formes diverses sous lesquelles cette maladie s'exprime sous les deux types qu'elle peut revêtir: type aigu et type chronique. Telle est, en effet, la marche que nous allons suivre; nous considérerons la morve sous ces deux types comportant, chacun, une division spéciale, et, pour la facilité de l'étude, nous ferons une distinction entre la morve et le farcin chronique, c'est-à-dire entre les manifestations symptomaliques, qui ont leur siège apparent à la périphérie du corps et celles qui occupent plus particulièrement les cavités nasales. Cette distinction n'implique, cependant, aucune différence de nature; comme nous l'avons dit, dans les préliminaires de ce travail, l'affection morvo-farcineuse est une, quelles que soient les formes que lui donne le siège -des lésions par lesquelles elle se traduit. Mais ce siège peut impliquer des diflerences dans sa gravité. Étant donnée la diathèse morveuse, si le mouvement, comme éruptif, auquel donne lieu la présence du virus, limite ses effets dans les organes superficiels, il y a quelques chances de guérison, f;oit que la maladie s'éteigne sur place, soit que l'on vienne en aide à l'effort naturel par quelques topiques appropriés. 11 est possible dans ce cas, comme on l'a constaté sur des chiens, à la suite de l'inoculation, que l'organisme du cheval se montre impropre à la repuUulation virulente, et reste indemne de toute infection générale. Mais c'est exclusivement sous le type chronique que le farcin peut, par exception, revêtir, chez le cheval, ce caractère de bénignité et ne constituer qu'une maladie temporaire et comme superficielle, dont l'organisme finit par se débarasser ; c'est sous ce type aussi qu'il peut le plus longtemps persister avec ses caractères propres, sans que ceux qui ont leur siège dans les cavités nasales viennent s'y joindre. A l'état aigu, au contraire, l'évolution de la diathèse morvo-farcineuse est si prompte, que tous ses symptômes marchent de pair, ou se succèdent avec une très-grande rapidité, de sorte que le farcin sous ce type ne constitue pas une variété distincte de la morve du même nom; ses symptômes sont ou le prélude, à court délai, de ceux des cavités nasales, ou ils les accompagnent ou ils apparaissent immédiatement après. En d'autres termes, la diathèse aiguë s'exprime tout à la fois, et très-i'apidement, et par les symptômes périphériques et par l'éruption sur la muqueuse respiratoire. 11 n'y a donc pas lieu de faire du farcin aigu quelque chose de distinct de la morve et d'en donner une description isolée ; ce serait disjoindre des choses qui, par leur nature, sont inséparables.

Le farcin chronique seul doit être exposé dans un cadre à part, parce que, s'il ne constitue pas, comme on l'a cru longtemps, une maladie spéciale, indépendante de l'état morveux, il ne laisse pas cependant que d'avoir, si l'on peut ainsi

dire, son individualité propre. Que si, eu effet, on ne saurait plus contester aujourd'liui qîie les lésions qui le caractérisent coexistent souvent avec celles de la morve, ou bien les précèdent ou les suivent, avec plus ou moins de rapidité, ce qui est la démonstration évidente qu'elles ne sont toutes que l'expression d'un même état morbide, il n'est pas moins certain aussi que le farcin, sons la forme elironique, peut se montrer seid et durer longtemps, sans que la morve se manifeste, et que même il peut disparaître complètement, sans laisser ancune trace, l'organisme, après son évolution accomplie, récupérant toutes les conditions d'une santé solide et durable, ce qui implique qu'en pareil cas, les viscèrei;, chose rare du reste, sont restés exempts de toute altération.

Pour procéder du simple au composé, nous commencerons l'étude de la synqjtomatologie de la diatlièse morvo-farcineuse du cheval par celle du furcin chronique.

A. Symptômes du farcin chronique. Le farcin chronique se caractérise par des symptômes locaux et généraux. Nous allons indiquer les premiers d'abord, alin de donner une idée bien nette de cette maladie considérée au point de vue purement objectif.

a. Symptômes locaux. Lorsque l'évolution du farcin s'effectue, elle est caractérisée par l'apparition, à la périphérie du corps, de tumeurs de dimensions variables qui, suivant leur forme et leur volume, ont reçu dans la pratique les nom de bouton, de corde ^ de tumeur et d'engorgement. Ces tumeurs diverses peuvent se montrer isolées, ou coexister, ou apparaître les unes après les autres, mais elles ont toutes, malgré les différences de caractères qu'elles peuvent présenter, une même signification diagnostique, elles sont toutes l'expression certaine de ce que les anciens appelaient le vice farcineux, c'est-à-dire du principe virulent dont l'organisme est infecté.

A part celles des tumeurs farcineuses qui sont constituées par l'induration des ganglions lymphatiques, soit sous la ganache, soit à l'entrée de la cavité thoracique, soit dans la région inguinale, toutes les outres ont ce caractère commun, qu'elles aboutissent à l'ulcération, après avoir passé par les phases successives de Isi dureté et du ramollissement, en sorte que lorsque le farcin est arrivé à sa période ultime, il se traduit par ce symptôme univoque : l'existence sur la penu d'ulcérations ou de chancres, proportionnés en nombre et en étendue, au nombre et cà l'étendue des tumeurs de différentes formes, les ganglionnaires exceptées, qui ont été la première manifesttition de cette maladie.

Voici maintenant quels sont les caractères respectifs des différentes tumeurs farcineuses, dans les différentes phases de leur évolution.

1° Bouton. Les boutons de farcin sont constitués, dans le principe, par un noyau plein, de la grosseur d'une lentille, d'une noisette ou d'une olive. Les plus volumineux sont situés au-dessous de la peau, qui n'y adhère pas encore ; ceux qui sont développés dans le corps de cette membrane affectent plutôt une forme lenliculaire et une disposition confluenie. Un peu douloureux les uns et les autres à leur début, ils donnent alors au doigt qui les palpe la sensation d'une certaine molleïse superficielle, causée par l'englobement de leur noyau constitutif, dans une infiltration œdémateuse peu étendue.

Ces petites tumeurs farcineuses, lenticulaires, sphéroïdales ou olivaires, peuvent apjtaraître sur tontes les parties du corps; mais on les rencontre le pins souvent à la face interne des membres, à la lète, sur les faces latérales de l'encolure, aux épaules, sous le ventre, aux flancs. Tantôt elles sont isolées et en très-))etit nom-

bre et tantôt très-multipliées ; et alors elles peuvent être ou disséminées sur toute la périphérie du corps, ou rapprochées par groupes confluents sur de très-étroites surfaces, les autres parties de la peau en restant actuellement exemptes. Dans quelques cas, il n'y a d'abord qu'un bouton unique qui apparaît et qui constitue, à lui seul, la caractéristique de la maladie ; puis un autre vient ensuite, puis un troisième et successivement ainsi, avec plus ou moins de rapidité ou de lenteur, suivant les organisations individuelles, en sorte que l'évolution peut employer à s'accomplir plusieurs semaines et même quelques mois, et que l'on peut ainsi voir, sur le même sujet, plusieurs séries de boutons à leurs différentes périodes. D'antres fois, l'éruption des boutons farcineux s'opère sinmltanément sur toutes les parties du corps où elle doit se produire, et alors la peau de l'animal est comme noueuse, tant sont multipliées les tubérosités qui la soulèvent et la rendent inégale. C'est sans aucun doute ce mode d'apparition qui a valu à la maladie le noai sous lequel elle est connue depuis Vdgcce, d'après qui : farcinosus morbus a similitudme farciminis appellalus est; la peau du cheval farcineux avec éruption généralisée paraissant bourrée et inégalement soulevée comme i'envelop])e des préparations de charcuterie, auxquels les latins donnaient le nom de farcimen (saucisse, andouille).

Quelques jours après qu'ils ont fait leur éruption, les boutons de farcin se dessinent plus nettement au lieu qu'ils occupent, par suite de la résorption rapide de l'œdème, dont ils étaient enveloppés au premier moment de leur formation; et alors réduits à leur noyau constitutif, ils donnent au doigt la sensation d'une petite tumeur uniformément dure et résistante, à peine douloureuse et quelquefois même complètement indolente, si ce n'est sous une forte pression.

Cette tumeur peut conserver ces caractères sans variation sensible pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines; mais elle est toujours le siège d'un travail intérieur analogue à celui qui s'opère dans le noyau induré des abcès chroniques, et au bout d'un temps qui varie suivant les organisations individuelles, le bouton farcineux devient mou et fluctuant dans sa partie centrale et dénonce par ces nouveaux indices qu'une cavité s'y est creusée, qui renferme un liquide. A ce moment, la peau qui recouvre le bouton adhère par sa face profonde avec ce qui reste de son noyau; amincie et soulevée par le liquide, elle constitue une saillie demi-globulensequi s'aflaisse et se déprime sous la pression du doigt pour revenir, quand cette pression a cessé à sa forme première. Généralement alors cette partie en relief delà peau est devenue glabre par suite du détachement spontané du poil; sa température abaissée est perceptible au simple toucher et la couleur qu'elle revêt est violacée, brune ou noire : tous signes certains de fa perforation prochaine. Si, à ce moment, on ouvre avec un bistouri la petite pocht saillante qui constitue le bouton de farcin ramolli, il s'en écoule un liquide filant comme de l'huile, dont il rappelle encore l'aspect par sa couleur, et que l'on désigne à cause de cela, dans la pratique, sous le nom d'huile du farcin. Quelquefois ce liquide, rendu sanieux par son mélange avec du sang, a les iq)parences de la lie de vin; mais dans aucun cas il n a la consistance et la couleur du pus louable, d'aspect crémeux, des abcès gourmeux, en sorte que rien qu'à ce caractère les deux maladies peuvent être distinguées l'une de l'autre.

Quand, au lieu d'ouvrir artificiellement le bouton farcineux ramolli, on le laisse se perforer de lui-même, on observe, ou bien que la pellicule cutanée qui forme la paroi superiicielle de la poche en laquelle le bouton est tz-ansformé, se crevasse dans son centre et se dilacère en lambeaux déchiquetés et mollasses qui

lU:i MORVE.

ne tardent pas à se flétrir ; ou bien que cette pellicule, frappée de gangrène, se détache en un seul morceau, sous la forme d'un petit disque circulaire, d'une couleur brunâtre. Quel que soit le mode suivant lequel cette perforation s'effectue, une fois qu'elle est faite, on voit, à la place occupée par le bouton, une plaie, en forme de cupule, dont les bords indurés et nettement circulaires semblent avoir été taillés avec un emporte-pièce, et dont le fond est constitué par de petites granulations d'une teinte un peu plombée et de consistance mollasse. Cette plaie qui n'est autre chose que la partie profonde de la poche creusée dans le noyau du bouton, constitue ce que l'on appelle Vulcéralion ou le chancre du farcin. Elle a en effet cela de remarquable, qu'au lien de tendre à se fermer comme les plaies consécutives à la perforation des abcès de bonne nature, elle se montre réi'ractaire à la cicatrice, soit qu'elle demeure stationnaire dans ses dimensions premières, soi( que, ce qui est plus ordinaire, elle s'agrandisse incessamment, en largeur et en profondeur.

Le pus sécrété par cette plaie a les mêmes caractères que celui qui était contenu dans la poche du bouton ; c'est un liquide albumineux, filant, d'aspect huileux, qui forme des trainées le long de la peau dans les parties déclives. Lorsque les ulcères restent exposés au contact de l'air, le liquide de leur sécrétion se dessèche et se convertit en une croûte d'un jaune brunâtre, non adhérente directetement rà leur surface, mais qui reste agglutinée aux poils de leur circonférence et met, pendant un certain temps, obstacle à l'écoulement du pus accumulé sous elle. M:iis quand la quantité de ce liquide est devenue trop considérable relativement à l'esjjace qu'il peut occuper sous la croûte, alors il la soulève périphériquement, s'étale en dehors d'elle, et se concrétant à son tour, il en augmente la largeur et toujours ainsi pendant quelque temps ; en sorte que la place occupée par un ulcère farcineux se trouve accusée extérieurement par une plaque purulente, agglutinée aux poils et considérablement plus large que la surface traimiatique qu'elle revêt. Il est possible, dans ces conditions, que la lésion farcineuse soit méconnue, surtout quand elle n'a encore fait son apparition que dans quelques points isolés. Mais il suffit de détacher la croûte sous laquelle elle se cache pour que ses caractères apparaissent et ne laissent aucun doute sur sa nature. Il n'est pas rare que la partie de la peau, recouverte par la croûte purulente dans une certaine étendue, au delà des limites du chancre, présente çà et là cfe petites érosions profondes déterminées par l'action spécifiquement irritante du liquide dont la peau se trouve incessamment baignée. Ces érosions, qui sont de nature chancreuse, finissent par se réunir ensemble et avec le chancre primitif, qui se trouve ainsi transformé en ce que l'on appelle une plaie farcineuse. Dans d'autres cas, cette plaie résulte de l'éruption continente de plusieurs boutons de farcin sur un champ circonscrit et de la réunion entre eux, par le travail progressif de l'ulcération, de chancres qui se sont formés sur chacun des boutons respectivement.

La plaie farcineuse est de nature ulcéreuse, comme les chancres dont elle procède ; comme eux, elle est réfractaire à la cicatrisation et tend à s'élargir, mais elle n'a plus le contour régulier et la forme cupulaire du chancre à son début. Le travail de l'ulcération marchant inégalement suivant la nature des tissus sur lesquels la plaie est établie, sa surface apparaît comme gauchie, plus, creusée dans des points, plus comblée dans d'autres par un plus grand développement des bourgeons charnus. Ses bords sont irrégulièrement festonnés suivant que la peau a opposé une plus ou moins grande résistance au travail ulcérateur..

Il n'est pas rare non plus que, pnr suite des mouvements des parties, ils se décollent par places et que des clapiers plus ou moins étendus se forment audessous d'eux. Mais ce dernier caractère n'est pas propre au forcin, il appartient à toutes les plaies pour peu qu'elles aient d'étendue et qu'elles occupent une région où la répétition des mouvements met obstacle aux adhésions que tes parties lésées ont de la tendance à contracter, lorsqu'elles sont maintenue^ immobiles. La grande plaie farcineuse peut donc, en définitive, n'être pas aussi spécifiquement caractéristique que celle qui succède immédiatement à la perforation d'un bouton ramolli, et que l'on reconnaît à sa forme cupulaire, cà la régularité de son contour, à ses bords nettement taillés et à ses bourgeons mollasses et plombés. Quand la lésion du farcin a piis de plus grandes proportions, elle peut être défigurée pour ainsi dire et perdre de sa physionomie propre, tandis que le chancre isolé est toujours bien plus significatif. Cependant, il y a des cas oij ce chancre lui-même se présente sous un autre aspect : au lieu de se montrer en creux, avec la disposition cupulaire qui lui est propre, il présente des bourgeons charnus exubérants qui se renversent par-dessus la peau à sa circonférence et interceptent entre eux une partie centrale déprimée, d'où le pus s'écoule incessamment comme de l'orifice d'une fistule. L'ulcère qui affecte cette disposition a de certaines analogies d'apparence avec l'ouverture anale de la poule ; d'oîi le nom pittoresque de farcin en cul de poule que lui ont donné les anciens hippiàlres.

Quand les boutons de farcin ont leur siège dans une région où la peau est trèsfine, leur évolution s'opère avec une rapidité plus grande ; et, comme en général, ils ne sont pas isolés les uns des autres, dans ces régions, mais, au contraire, ramassés en groupes très-serrés, sur une surface étroite, il eu résulte que, dès que leur ulcération a commencé, la peau qui leur sert de support ne tarde pas à être transformée en un vaste ulcère, par suite de la réunion en un seul de tous les chancres confluents, développés dans le principe sur chacun des boutons du groupe individuellement. Cette plaie ulcéreuse, une fois constituée, ne reste pas stationnaire ; elle tend, au contraire, à s'élargir progressivement sur toute sa circonférence ; et si, ce qui n'est pas du reste un fait rare, deux plaies de cette nature ne sont pas très-distantes l'une de l'autre, elles marchent l'une vers l'autre, en rongeant respectivement le lambeau cutané (jui les sépare et finissent j^ar se confondre. C'est par ce mécanisme que s'opéraient ces vastes destructions du tégument, que l'on observait autrefois si souvent à la période ullime du farcin chronique, à la région de la face, sur les parties latérales de l'encolure et à la face interne des membres, quand ils étaient devenus le siège d'engorgements considérables. Aujourd'hui, ces faits sont rares à observer, parce que d'ordinaire on ne laisse plus vivre les malades assez longtemps pour qu'ils puissent se produire.

L'ulcération, après le ramollissement, est la terminaison ordinaire des boutons farcineux. Mais il en est qui restent toujours à l'état d'induration et d'autres, au contraire, qui, après leur ramollissement, se transforment en kystes purulents et persistent, avec ces caractères, sans avoir de tenilance à s'ulcérer. Ce sont là des exceptions ; dans le plus grand nombre des cas, il faut s'attendre, étant donné un bouton de nature farcineuse, à le voir se ramollir et se transformer en ulcère.

2" Cordes farcineuses. On donne, dans la pratique, le nom de cordes de farcin à des tumeurs allongées, cylindriques, rectilignes ou sinueuses, qui ont

pour base des vaisseaux lymphatiques sous-cutanés. Elles sont accusées à la surface tégumenlaire par des reliefs [lias ou moins saillants, analogues à ceux qui résultent de la présence, sous la peau, de sétons conslitués par des mèches cylindriques : doù une certaine similitude extérieure qui a valu aux tumeurs laicineuses de cette variété le nom sous lequel on les distingue.

Dans le principe de leur formation, les cordes l'arcineuses ont toujours un volume plus considérable que celui sous lequel on les observe lorsqu'elles sont définitivement établies ; c'est qu'alors à leur noyau central, qui en est la partie essentielle, s'ajoute une infiltration périphérique qui n'est que provisoire et ne tarde pas à disparaître par résorption. Aussi, à cette époque, donnent-elles d'abord aux doigts qui les palpent la sensation caiactéristique des tumeurs œdémateuses; mais, quand on les comprime, on reconnaît facilement que, sous cet œdème, il y a vin noyau plus dur et plus résistant. Cette exploration est toujours suivie de la manifestation, de la part de l'animal, d'une douleur assez vive.

Les cordes farcineuses ne se montrent pas également dans toutes les parties du cor|is ; il y a des régions que l'on peut appeler leur siège d'élection, tant elles y apparaissent fréquemment. Ce sont celles oià rampent les grosses veines superficielles, de conserve avec les vaisseaux blancs de gros calibre qui leur servent de satellites. Telles sont notamment les parties latérales de la tète, les gouttières de la jugulaire, la face interne des membres, la région costale inférieure, à l'endroit où la veine de l'éperon a son siège, la face inférieure du ventre, la région inguinale, le fourreau, etc. Mais les cordes de farcin ne se montrent pas exclusivement sur le trajet des gros vaisseaux veineux ; on peut en observer ailleurs, puisque partout existe sous la peau le réseau des vaisseaux lymphatiques dont elles ne constituent que le relief anormal.

Quelque soit le lieu où elles apparaissent, elles ont une direction constante d'un point excentrique, oij elles commencent, vers les ganglions lymphatiques les plus voisins du lieu de leur origine. Dans le plus grand nombre des cas, leur point de départ n'est autre qu'un bouton farcineux spontanément développé. Quelquefois aussi elles procèdent d'une plaie accidentelle. Dans certains cas enfin, elles semblent émerger de la profondeur des tissus.

Lorsque rinfillration œdémateuse qui entoure les cordes farcineuses à leur période initiale a disparu par résorption, elles donnent, sous les doigts, la sensation de tumeurs cylindroïdes de dimensions variables, les unes grosses comme un un tuyau de plume, les autres ayant le diamètre d'un doigt; d'autres pouvant atteindre jusqu'aux proportions d'un bras d'enlant, notamment à la face interne -de la cuisse, ou à la face antérieure du poitrail. Ces tumeurs sont d'abord uniformément dures et résistantes, peu douloureuses ou même tout à fait indolentes, -quand la maladie remonte à une date déjà un peu éloignée.

Mais toutes les cordes farcineuses ne conservent pas la forme assez réTulièrerement cylindrique qu'elles présentent à leur début. Au bout d'un certain temps, la plupart affectent une disposition qui rappelle, à quelques égards, celle d'un -ehapelet, c'est-à-dire qu'elles offrent sur leur trajet une série de renflements sphéroïdes ou olivaires, inégalement distants les uns des autres, entre lesquels les parties de la corde qui ont conservé leur volume primilif paraissent comme étranglées. Cette modificalion dans l'aspect extérieur des tumeurs funiculaires est l'indice du travail intérieur dont elles commencent à devenir le siège, et qui doit les faire passer, comme les boutons, de l'état da duretékVélinUlG ramollissement. •En effet, chaque renllement de lu corde se comporte identiquement de la même

manière que les boutons dont nous venons de considûrer Jes phases successives. En l'observant tous les jours, on constate que, peu à peu, il perd de sa consistance, devient plus saillant et se transforme enfin en une tumeur molle, fluctuante, non douloureuse, à la surface de laquelle la peau amincie, dépouillée de poils, d'une couleur louge ou brune se perfore, en se déchirant irrégulièrement, pour laisser échapper un liquide identique par tous ses caractères à celui qui s'écoule du boulon proprement dit, au moment où il s'ouvre ; seulement, comme les différentes cavités correspondantes aux rcufleraents des cordes sont constituées par des dilatations d'un vaisseau lymphatique et conséquemment se trouvent communiquantes ensemble, le liquide qui provient de l'une d'elles est toujours plus abondant que celui qui sort d'un simple bouton isolé , car, sur le trajet d'une corde, deu\ ou trois rendements adjacents, ainsi que les parties du canal lymphatique qui leur sont intermédiaires, peuvent se vider par une seule ouverture. Immédiatement après qu'elle vient de se faire, l'ouverture creusée sur le sommet du nœud d'une corde farcineuse est très-étroite ; ses bords sont irrégulièrement déchiquetés, mollasses et lloitants, mais ils ne tardent pas à se flétrir et à laisser à nu le fond de la cavité du renflement qui présente alors tous les caractères de l'ulcère ou chancre farcineux avec cette différence que, dans son centre, existe un peituis qu'on peut considérer comme l'orifice de l'espèce de fistule constituée par le canal du vaisseau avec lequel l'ulcère de la corde reste toujours communiquant.

11 y a des cas où l'ulcération ne semble pas faire suite immédiatement à la perforation du nœud d'une corde farcineuse. Les bords de l'ouverture restant assez vivaces pour persister après l'évacuation du pus, peuvent demeurer agglutinés l'un contre l'autre, [lar l'intermédiaire d'une couche de liquide purulent concrète à la surface de la peau, et il est possible que l'état ulcéreux se trouve ainsi dissimulé. Mais ce n'est là qu'un fait passager et, an bout de peu de temps, l'ulcère se dessine avec tous ses caractères, les lambeaux déchi(juetés qui le l'ecouvraient finissant par se flétrir et disparaître.

Il est rare que l'ulcération ne s'effectue que sur un l'enflement isolé d'une corde farcineuse; le plus souvent elle s'accomplit sur piusieuis points, à la fois ou successivement, de telle sorte qu'un moment arrive où le tmjet de la corde est marqué, non plus par le relief de ses nœuds, mais bien par les dépressions de ses ulcères. Et comme avec les [irogrès du mal, d'autres ulcérations s'établissent souvent à leur tour sur Ics parties de la corde intermédiaire à des renflements, lesquelles ulcérations finissent par se réunir ensemble et avec celles qui se sont primitivement formées, il en résulte, à la longue, que toute la peau qui revêt la tumeur funiculaire se trouve détruite, à part d'étroits lambeaux ménagés çà etliî, et qu'à l'endroit où cette tumeur e.vistait, au lieu d'un relief, on voit un sillon bourgeonneux, sorte de ruisseau purulent, sinueux dans son cours, inégalement profond et large; plus creux et plus large dans ceux de ses points qui correspondent aux renflements de la corde; plus étroits et plus superficiels dans les parlies intermédiaires, dont les bords taillés nets sont idenliques par leurs dispositions à ceux qui circonscrivent les ulcérations primitives.

Une fois achevé, par ce mécanisme, ce travail de destruction sur toute l'étendue d'une corde farcineuse, il peut se faire qu'd s'arrête de lui-même et (ju'alors, du fond du sillon s'élèvent des bourgeons charnus qui le comblent et concourent ensuite à sa cicatrice ; mais il arrive aussi souvent que l'ulcération, continuant ses progrès, élargit le lit du sillon et le transforme peu à peu en une vaste plaie,

irrégulière dans les contours, et identique par son aspect à celle qui résulte de l'agglomération d'un certain nombre de boutons ulcérés.

Toutes les cordes farcineuses n'affectent pas nécessairement la disposition en chapelet, il en est qui conservent toujours la forme cylindrique, notamment celles qu'on rencontre à la face interne de la cuisse : celles-ci sont beaucoup plusréfractairesau ramollissement; elles persistent plus longtemps à l'état d'induration, et s'il arrive que des foyers purulents se creusent dans leur masse, ils sont ordinairement isolés et l'on ne voit pas une ulcération envahissante suivre leur perj'oralion. Un ulcère s'établit bien au lieu où un abcès s'est ouvert, mais il reste stationnaire ou, s'il s'élargit, ce n'est qu'avec une extrême lenteur.

3° Tumeurs farcineuses. On doit distinguer deux variétés dans les tumeurs farcineuses ; les unes sont ganglionnaires, et les autres ont leur siège dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les tumeurs ganglionnaires se manifestent toujours consécutivement à l'apparition des boutons et des cordes, et peuvent être considérées comme des phénomènes complémentaires de ces modes de manifestation du farcin. C'est la lymphe altérée, que charrie le vaisseau constitutif de la corde, qui exerce sur le ganglion auquel il aboutit une action irritante et devient lu condition d'abord de sa turgescence, et ultérieurement de sa transformation en tumeur indurée.

Au moment où. elles débutent, les tumeurs ganglionnaires, généralement assez douloureuses, sont constituées dans leurs couches superficielles et à leur périphérie, par une infiltration œdémateuse qui dérobe à l'exploration directe leur noyau central formé par la masse grossie du ganglion lui-même. Plus tard, lorsque cette infiltration a disparu par résorption, le noyau ganglionnaire s'accuse aux doigts qui vont à sa recherche, dans les interstices où il est logé, par son volume et par sa consistance augmentés. 11 constitue une tumeur, de forme irrégulière, qui paraît comme noueuse à sa surface, douloureuse encore à la pression, et dont la sensation fait naître l'idée de la densité plutôt que de la dureté du tissu qui la forme. Mais, avec le temps, ces premiers caractères se modifient et peu à peu la tumeur ganglionnaire se réduit de volume et augmente de consistance ; elle devient alors à peu près indolente, très-dure, résistante, inégale, bossuée et contracte des adhérences avec les parties qui l'avoisinent.

Tel est l'état le plus ordinaire sous lequel on rencontre, dans la période ultime du farcin chronique, les ganglions lymphatiques situés au voisinage des régions où se sont opérées les éruptions de la maladie. C'est surtout dans la cavité sous-glossienne, à l'entrée de la cavité thoraciqne et dans la région inguinale que les tumeurs, résultant de la turgescence et de l'induration consécutive de ces ganglions, sont les plus faciles à reconnaître en raison du volume qu'elles acquièrent et de leur situation plus superficielle. Mais partout où existent des paquets ganglionnaires, à la superficie comme dans les profondeurs, leur turgescence peut se produire sous l'action irritante de la lymphe altérée qu'un lymphatique, émergeant d'un point malade, peut apporter dans leur trame.

Si les tumeurs ganglionnaires restent le plus souvent à l'état induré, il est possible cependant que, par exception, elles se ramollissent et deviennent fluctuantes ; mais ce travail intérieur ne s'opère qu'avec lenteur, et il est remarquable qu'il est toujours localisé dans un point du ganglion, de telle sorte qu'une fois effectuée l'évacuation du liquide formé dans ce point de la masse ganglionnaire indurée, ce qui en reste persiste à l'état d'induration ; et il n'est pas rare, dans ce cas, que l'ouverlure par laquelle le pus s'est écoulé, se maintienne béante et revête

le caractère d'une fistule, d'où s'échappe incessamment le pus mal lié caractéristique dufarcin.

D'autres tumeurs, dans le fircin chronique, se montrent en dehors du système des ganglions. D'un volume qui peut varier entre celui d'un œuf et celui du poing d'un homme, on les rencontre le plus souvent sur les faces latérales de l'encolure, an bord antérieur de> épaules et surtout sur les parois costales. Pleines et dures à leur début, à peine douloureuses, souvent même tout à fait indolentes, elles apparaissent d'emblée, avec les dimensions définitives qu'elles doivent conserver. Ce qui les caractérise très-particulièrement, c'est la lapidité avec laquelle elles se ramollissent ; dures encore la veille, on les retrouve le lendemain complètement molles, fluctuantes dans toute leur étendue, sans que, du reste, elles soient devenues plus chaudes, et qu'elles aient cessé d'être indolentes. C'est surtout sur la région costale que cette transformation si rapide se fait observer.

Une fois ramollies, les tumeurs farcineuses de celte variété restent slationnaires. Différentes en cela des boutons, elles ne tendent pas à s'ulcérer ou du moins leur ulcération est la très-grande exception. La peau qui les revêt conserve donc presque toujours ses caractères de vitalité et d'épaisseur; quand on les ouvre avec le bistouri, on eu fait écouler un liquide d'aspect huileux, jaimàlrc, inodore, filant comme de l'albumine, dont la quantité est exactement proportionnelle à leur volume extérieur, car ces tumeurs ayant des parois très-minces, leur capacité est en rapport direct avec les dimensions qu'elles mesurent extérieurement. La membrane qui tapisse l'intérieur de leur cavité est analogue à une muqueuse par sa teinte rouge un peu vif, son aspect absolument lisse, et la sensalion douce qu'elle donne au toucher. L'ouverture ainsi faite ne tend pas d'ordinaire cà s'ulcérer; les bords s'agglutinent ensemble mécaniquement, par l'intermédiaire du fluide qui s'interpose entre eux et se concrète à leur surface externe. Dans ce cas, l'obstruction de la poche peut être assez hermétique pour qu'unenouvelle collection s'y rassemble, qui, cette fois, peut s'évacuer spontanément, lorsque la quantité du liquide enfermé dans la cavité de la tumeur est assez considérable pour en distendre les parois et surmonter la résistance opposée par l'agglutination des lèvres de l'ouverture dont elles sont traversées. Cette nouvelle évacuation effectuée, la collection peut se refaire encore par suite d'une nouvelle agglutination des lèvres delà (ilaie ; et toujours ainsi pendant un certain temps. Ou bien, il peut arriver que ces lèvres demeurent écartées en s'érodant un peu, dans leurs parties déclives, et qu'alors l'écoulement étant permanent, la tumeur reste affaissée. Quelquefois aussi, l'ouverture de cette tumeur prend un caractère fistuleux, la cicatrice l'ayant fermée dans la plus grande partie de son étendue, et un seul point restant béant, par ou s'écoule le liquide que continue à sécréter le tapetum intérieur de la poche farcineusc. Enfin, il est possible qu'à la suite de son évacuation, la cavité de la tumeur s'oblitère par l'agglutination avec elle-même de la membrane qui la tapisse, soit que ce fait se produise immédiatement après l'échappement du liquide qu'elle renfermait, chose, du reste, absolument exceptionnelle ; soit qu'il n'intervienne que beaucoup plus tard, ce qui est beaucoup plus ordinaire. Quoiqu'il en soit, une l'ois la poche purulente oblitérée, ou bien elle disparaît par résolution, ou bien elle persiste à l'état de noyau induré ; ou bien enfin, après avoir passé par cette dernière phase, elle se ramollit de nouveau et se reconstitue, une nouvelle fois, à l'état de kyste stationnaire.

Les tumeurs farcineuses de cette deuxième variété, que nous venons dedécriie,, ne sont à proprement parler que des abcès froids qui ont ce caractère paiiiculier

que leur noyau primitif ne dure que très-peu de temps, tandis que, au contraire, une fois qu'ils sont constitués à l'état de poche purulente, ils persistent indéfiniment avec ces caractères. La facilité et la promptitude avec lesquelles les tumeurs de cette variété deviennent d'emblée purulentes, sont des expressions directes de la diathèse morvo-farcineuse. Le pus ne se forme avec cette rapidité que parce qu'il existe dans l'organisme une condition générale, favorable à celte formation. Maintenant ces tumeurs farcineuses ont-elles besoin, pour apparaître aux lieux où elles se montrent, de l'action directe d'une cause extérieure, comme un frottement, une contusion, un coup, etc.; ou bien, procèdent-elles exclusivement de la diathèse elle-même, comme les boutons et les cordes, sans que le travail inflammatoire qui les précède ait été déterminé par une action irritante venant du dehors qui serait la condition nécessaire de leur localisation? Cette question reste douteuse ; mais nous inclinons à penser que les abcès froids du farcin ont la même origine que les boulons et qu'ils sont, connue eux, l'expression immédiate de la diathèse.

Il est une troisième variéié de tumeurs dont l'apparition est assez constante sur les chevaux entiers, qui sont sous le coup de la diathèse morvo-farcineuse, pour qu'on soit autorisé à les considérer comme des expressions de cet état morbide, soit qu'elles précèdent la manifestation de ses symptômes les plus spécifiques, soit qu'elles l'accompagnent, soit encore qu'elles la suivent. Nous voulons parler des tumeurs constituées par des lésions morbides spéciales qui ont leur siège d'élection dans l'appareil testiculaire et ses enveloppes.

Ces tumeurs testiculaires, auxquelles on a conservé dans la pratique le nom de sarcocèle, apparaissent généralement avec une grande soudaineté, après quelques jours d'un état fébrile intense, qui n'a pas de signification par lui-même et qui n'en prend une que lorsque se manifeste la lésion locale dont il était le précurseur.

Au début, le sarcocèle farcineux est caractérisé, dans ses couches extérieures, par une infiltration œdémateuse qui envahit la région scrotale, avec un développement plus considérable d'un seul côté, si effectivement c'est sur un seul testicule que se porte le fluxus spécifique, qui doit produire les lésions dont le sarcocèle sera l'expression dernière. Cet œdème symptomatique de lésions profondes est chaud et seml)le douloureux, mais il est probable que ce n'est là qu'une apparence et que les signes de douleur qui se produisent, sous l'exploration, traduisent des sensations qui procèdent bien plus du testicule que du tiiisu cellulaire œdématié. L'épaisseur de cet œdème extérieur est généralement assez considérable à la période iniiiale de la maladie, pour qu'il soit difficile de se rendre un compte exact, par le toucher, de l'état des organes qu'il enveloppe. On perçoit bien que leur volume est accru, leur consist;ince augmentée et leur sensibilité très exagérée, mais les sensations ainsi perçues restent encore confuses et ne permettent pas de bien précise:' le diagnostic. Les caractères propres du sarcocèle farcineux ne se montrent que lorsque, l'infiltration œdémateuse initiale ayant disparu par résorption, on peut explorer directement la masse testiculaire et apprécier les modifications qu'elle a subies. Le |)remier caractère morbide que l'on constate, c'est l'augmentation de volume qui peut être double, triple et plus encore du volume normal. Sous ses dimensions accrues, le testicule donne la sensation de la lourdeur; il pèse manifestement à la mam qui le soulève. La tumeur qu'il constitue, est aplatie d'un côté à l'autre, renllée en av.mi et présente, en arrière, une sorte de lobule surajouté, qui n'c>t autre chose que le

rendement morbide de la queue de l'épididynie. Cette tumeur n'est pas libre et ne roule pas dans les enveloppes comme le testicule normal; la peau adhère à sa surlace par l'intermédiaire du tissu cellulaire sous-jacent et les tuniques propres du testicule, faisant corps avec lui, empêchent sa mobilité. La consistance de la masse qui résulte de cette agglomération est une consistance nu peu pâteuse à la surface, qui s'accroît dans les profondeurs; mais le lobule plus superliciel l'ormé parla queue de l'épididyme donne la sensation d'une certaine dureté. A ces signes pliysiques se joignent ceux qui sont fournis par la sensibilité ; le testicule tuméfié est extrêmement douloureux; l'iiabitude extérieure de l'animal, la raideur de sa colonne vertébrale, sa démarche, les mouvements d'abJuction des membres postérieurs dans la progression, et enfin les symptômes qui se manifestent ([uand on palpe les testicules, qu'on les soulève et surtout qu'on les comprime, tout témoigne des souffrances dont ils sont le siège, souffrances persistantes et qui facilement peuvent être aggravées, soit par les mouvements de la marche, soit par le toucher direct.

Avec le temps, les symptômes caractéristiques du sarcocèlefarcineux subissent des modifications. La tumeur testiculaire se réduit un peu de volume, sous la double influence de la résorption d'une partie des liquides épanchés entre les enveloppes et de l'organisation de l'autre ; et sous son volume, moindre, elle donne la sensation d'une dureté plus grande de sa masse principale. Mais le lobule constitué par la queue de l'épididyme éprouve un changement inverse: comme les tumeurs farcineuses, il se ramollit et devient fluctuant, tout en conservant cependant des parois épaisses qui rendent obscure la présence d'un liquide dans son centre et font que souvent on la méconnait. Ces sortes d'abcès de la queue de l'épididyme restent toujours enkystés; jamais on ne les voit aboutir au dehors et donner lieu à une ulcération comme le font les boutons fiircineux ; mais malgré celte différence dans leur mode d'évolution, ils sont de la même nature que ceuxci et constituent comme eux un symptôme delà diathèse. Toutefois, on doit dire qu'ils n'ont pas une signification aussi nette parce qu'ils ne sont pas univoques. Un seul bouton de farcin, avec le chancre qui lui fait suite, suffit pour qu'on puisse affirmer l'existence de la diathèse, dont il est l'expression certaine ; mais la tumeur testiculaire, que l'on appelle sarcocèle, ne peut pas servir de base aussi solide au diagnostic, parce qu'il y a des tumeurs de même apparence qui peuvent survenir, en dehors de toute diathèse, par le seul fait de contusions ou de frottements. Ce qui donne au sarcocèle sa signification spéciale comme lésion farcineuse, ce sont surtout les circonstances dans lesquelles on le voit apparaître ; si l'animal qui le porte, provient d'un groupe infecté ; si des boutons et des cordes suivent sa manifestation ou coïncident avec elle ; ou bien encore si le sarcocèle se montre à leur suite : dans tous ces cas, la tumeur testiculaire emprunte une signification très-précise au groupe des phénomènes morbides, significatifs par eux-mêmes, dont elle fait partie.

liais quand cette tumeur reste isolée de toute autre manifestation et se maintient telle sur un cheval pour lequel il n'existe aucun motif de suspicion, il n'est pas possible de la considérer comme spécifique ; les chances sont grandes pour qu'elle ne constitue qu'un simple accident; mais il y a lieu, cependant, de se tenir en garde contre ce qu'elle peut être et de prendre des précautions à l'égard de l'animal qui en est affecté, comme si effectivement elle était un phénomène avant-coureur. L'expérience a prouvé plus d'une ibis que, même dans les conditions en apparence les plus favorables, la tumeur testiculaire avait cette signification.

4° Engorgement farcinenx. La diathèse farcineuse ne s'exprime pas scukment par des boulons, des cordes et des tumeurs ; il est un autre de ses modes de manifestations auquel on donne, dans la pratique, le nom d'engorgement, qui se distingue des premiers par l'étendue de l'espace oii se produit le phénomène qui le caractérise. L'engorgement n'est autre que le résultat d'ime vaste infiltratioa œdémateuse dont le siège le plus ordinaire est la région des membres. Il peut être circonscrit, dans son principe, à une seule articulation, comme le genou, le jarret, ou le boulet; ou bien envahir d'emblée la totalité d'un membre antérieur ou postérieur, ce dernier plus souvent que l'autre; ou se manifester simultanément sur deux régions isolées de deux membres; ou les envahir tous les deux à la fois dans leur totalité ; ou bien enfin n'en occuper un second que lorsqu'un certain délai s'est écoulé depuis qu'il s'est montré sur un premier. Quelle que soit la manière dont il débute, il est bien rare qu'une fois commencé l'engorgement farcineux reste circonscrit à une seule région ; le plus souvent il se propage dans tous les sens et finit par occuper toute l'étendue du membre sur lequel il s'est établi.

Au moment où il apparaît, l'œdème farcineux est presque toujours chaud et douloureux, à tel point que les animaux ont peine à se mouvoir et que, quand on explore la région engorgée, ils cherchent soit à se défendre, s'ils sont d'une nature irritable, soit à se soustraire aux attouchements. Telle est même, chez quelques sujets, l'exagération de la sensibihté dont les parties malades sont le siège, que dès qu'on y appose la main, ils projettent leur membre brusquement en dehors, en même temps qu'ils essayent de le fléchir, la flexion régulière étant empêchée par la distension extrême de la peau que repousse le liquide accumulé sous elle. Ce mouvement d'abduction forcée peut même être assez brusque pour faire perdre à l'animal son équilibre et déterminer sa chute sur le côté opposé à celui du membre œdématié. L'explorateur doit toujours se tenir en garde conlre les brusqueries de ces actions et avoir le soin, quand il procède à l'examen d'un membre engorgé, de rester en dehors du champ de l'abduction afin d'éviter de violentes atteintes.

Du reste, ces symptômes de très-vive douleur, qui accompagnent le début des œdèmes farcineux, n'ont qu'une durée passagère. Généralement, après quelques jours écoulés, ils commencent à s'atténuer ; puis, graduellement, ils s'éteignent et enfin, au bout de trois semaines à un mois, ils ont complètement disparu. A cette époque, l'engorgement est devenu, d'ordinaire, tout à fait froid et indolent; sa consistance a augmenté, sans que son volume se soit réduit ; au contraire, souvent même alors il est plus considérable qu'à son début. Le membre qui en est le siège contraste par son aspect avec ceux qui sont restés sains. 11 n'a plus rien de sa figure primitive ; ses reliefs, comme ses anfractuosités, ont disparu dans l'espèce ■de sac que forme, autour de lui, la peau distendue outre mesure par la sérosité qui la soulève ; semblable par ses apparences à un poteau grossièrement façonné, il participe aussi, à un certain degré, de sa rigidité, caries mouvements de ses jointures sont singulièrement limités, et, quand il se meut, son déplacement s'opère presque d'une seule pièce, par le jeu surtout de son articulation supérieure, les rayons placés au-dessous d'elle pouvant à peine se fléchir les uns sur les autres, embloqués qu'ils sont au miheu de la masse œdémateuse condensée, qui forme autour d'eux comme un appareil contentif.

L'engorgement farcineux n'apparaît jamais seul ; toujours en même temps que lui, ou très-peu de temps après, on voit se dessiner, à la face interne du membre

MORVE. m

envahi, une corde d'assez gros calibre, qui émerge d'un point indéterminé de la masse œdémateuse, et aboutit aux ganglions supérieurs du membre engorgé, lesquels se tuméfient et s'indurent. Cette simultanéité de phénomènes fournit, par sa constance, le moyen de distinguer les engorgements, d'origine farci neuse, de ces œdèmes spontanés des membres postérieurs dont se trouvent souvent atteints, pendant la saison hivernale surtout, les chevaux qui travaillent dans les boues ou les neiges, et qui sont obligés à des efforts d'autant plus énergiques que le terrain glissant offre moins de prise à leurs pieds.

Une fois établi, l'œdème farcineux chronique peut rester indéfiniment avec las caractères que nous venons de lui assigner, sauf quelques variations alternatives dans ses dimensions, correspondant avec les périodes d'activité ou de repos de l'animal : l'œdème étant susceptible de diminuer notablement sous l'influence de l'exercice, pour revenir, peu à peu, à ses dimensions premières, quand le moucement a cessé. Mais cette invariabilité de caractère est, pour les œdèmes farcineux, un fait exceptionnel ; le plus souvent, la peau qui revêt les membres engorgés se couvre de boutons confluents ou isolés, et de cordes qui en émergent.

Simultanément des cordes et des boutons se forment aussi dans le tissu cellulaire sous-jacent ; et ces diflerentes tumeurs aboutissant toutes à l'ulcération, ensemble ou successivement, d'après la loi fatale de leur évolution, un moment arrive où le membre œdématié se trouve criblé, d'abord, d'une multitude de plaies chancreuses, puis ensuite dépouillé par grandes places de son enveloppe tégumentaire, les plaies de cette nature ayant pour caractère, on le sait, détendre à se confondre, en détruisant de proche en proche toutes les parties de peau qui sont interposées entre elles.

Les engorgements farcineux peuvent aussi devenir le siège d'abcès multiples dans leur profondeur. Quand ce phénomène tend à se manifester, on reconnaît, sur toute l'étendue de l'œdème, la partie où il va avoir lieu, d'abord à la tension plus grande de la peau sur cette partie, puis ensuite à la sensation do fluctuation diffuse qu'on y perçoit. Le liquide, dont la présence est ainsi dénoncée, ne tend pas, cependant, à se frayer spontanément une voie vers le dehors, et il reste enkysté dans la vaste poche qui le contient. Ce liquide est, du reste, identique par tous ses caractères à celui que renferment les tumeurs ramollies et rien que son aspect accuse sa provenance. La cavité creusée dans la profondeur d'un engorgement farcineux, par les progrès du ramollissement, présente les mêmes caractères anatomiques que celle des tumeurs, et, une fois ouverte artificiellement, elle se comporte de la même manière.

Tels sont, considérés individuellement, dans la succession de leurs phases, les différents phénomènes locaux par lesquels se traduit la diathèse farcineuse. Tous ces phénomènes n'ont pas la même valeur diagnostique et il en est, parmi eux, qui ne reçoivent leur signification bien précise que de leur coexistence avec ceux qui ont un caractère univoque, comme le bouton ulcéré et la corde qui lui lait suite. Mais il est rare que le farcin ne se manifeste que par une seule de ses formes. Le plus souvent quand un bouton existe, une corde se montre après lui, non pas toujours immédiatement, mais à coup sûr à l'époque où ce bouton s'est ramolli et ulcéré ; et quand une corde s'est formée, elle est toujours suivie de la tuméfaction du ganghon auquel elle aboutit. Il y a donc presque toujours existence simultanée des boutons, des cordes et des tumeurs ganglionnaires, car le premier de ces faits commande presque fatalement les deux autres.

Quant aux tumeurs farcineuses proprement dites, leur apparition n'entraîne

112 MORYE.

pas nécessairement celle d'une corde; elles peuvent donc exister complètement isolées, mais comme leur présence est le signe de l'infection farcineuse à un haut degré, il est bien rare qu'en môme temps qu'elles, il n'y ait pas dans d'a:itrespar. ties du corps, plus ou moins éloignées du champ qu'elles occupent, des boutons et des cordes, de date plus ancienne, par lesquels la diathèse farcineuse s'est déjà exprimée avant qu'elles se montrent et dont elles reçoivent une sigiiilication certaine.

Pour ce qui est maintenant des engorgements, tantôt ils constituent la première manifestation du farcin, et tantôt ils ne se montrent que lorsque déjà cette maladie s'est exprimée sous ses autres l'orme?, dans d'autres régions du corps; mais que leur apparition soit primitive ou consécutive, toujours, dès le principe, on voit coexister, avec eux, une corde, à la face interne du membre envahi, et une tumeur ganglionnaire à sa parlie supérieure. Enfin, c'est la règle ordinaire que là oii un engorgement s'est établi, la peau elle tissu cellulaire deviennent le siège d'éruptions secondaires, de boutons et de cordes, dont l'ulcération progressive produit ces vastes plaies qu'il est si commun d'observer à la période ultime du farcin.

Maintenant, étant donnés ces quatre modes de manifestation du farcin et connues les phases successives des évolutions qui les caractérisent individuellement, il est facile de les combiner par la pensée à leurs différentes périodes et de comprendre les variétés nombreuses de formes que la maladie peut revêtir sur les différents sujets, depuis le cas le plus simple, en apparence, où elle ne s'exprime que par quelques boutons isolés, jusqu'à celui où elle se traduit tout à la fois par des boutons, des cordes, des tumeurs et des engorgements aux périodes diverses de leurs évolutions respectives.

Ce n'est pas seulement par des symptômes locaux que se caractérise le farcin chronique ; des symptômes généraux se manifestent également, précurseurs des premiers ou marchant de pair avec eux; mais comme ils sont identiques à ceux qui précèdent ou accompagnent l'évolution de la morve chronique, nous les exposerons dans un paragraphe qui sera commun à ces deux expressions delà diathèse niorvo-farcineuse.

Nous allons donc passer immédiatement à l'exposé des symptômes propres à la morve chronique.

B. Symptômes de la morve chronique. La morve chronique, expression la plus ordinaire de la diathèse morvo-farcineuse, se traduit par un ensemble de symptômes locaux et généraux, plus ou moins accusés suivant les degrés de la maladie, les régions extérieures ou intérieures où s'opèrent ses manifestations, et enfin les conditions spéciales d'organisation des individus qui en sont frappés. Chez tel animal, la morve se montre d'emblée, avec tous ses caractères les plus extérieurs et les plus objectifs ; chez tel autre, elle ne s'exprime que par un seul de ses symptômes essentiels ou par deux; chez un troisième, les lésions morveuses étant concentrées sur les viscères et notamment sur i'appared pulmonaire, les symptômes extérieurs peuvent faire défaut ou tout au moins être si peu apparents ou si peu significatifs, que la maladie ne soit pas assez reconnaissable pour qu'on puisse en alfirmer l'existence. Tout au plus, dans ces cas obscurs, peut-on la soupçonner en se basant bien moins sur ce qui est apparent que sur les circonstances dans lesquelles la maladie se montre sous ces formes mal déterminées. De là des manifestations diverses assez nombreuses par lesquelles peut se traduire la morve du cheval à l'état que l'on a[ipelle chronique.

Pour procéder par ordre dans l'exposé de ces nuances multiples et diversifiées

MOBVE. H3

que la morve chronique ueut présenter, nous allons d'abord donner les caractères locaux de celte maladie, lorsqu'elle est complète dans son expression symptomatique locale, réservant les indications de ses symptômes généraux pour un parai^raphe spécial ; puis, cette morve complète étant connue, nous reprendrons un à un chacun des symptômes, nous indiquerons ses nuances variées et la signification qu'il conserve toujours, alors même qu'il semble le plus effacé. Ces faits établis, il sera facde de se faire une idée des différentes variétés d'expression de la morve à l'état chronique, chez le cheval.

Trois symptômes, que l'on a appelés cardinaux, caractérisent cette maladie lors- 4ju'elle est ce que Chabert appelait confirmée, c'est-à-dire lorsque rien ne lui Bianque pour qu'on puisse la reconnaître: ces trois symptômes sont l'ulcération de la membrane pituitaire ou le chancre ; la tuméfaction des ganglions lymphatiques sous-glossiens ou le (jlandage ; l'écoulement morbide par les orifices des cavités nasales ou \ejetage.

a. Le travail de l'ulcéiation ])cut [irocéder ou d'une pustule spéciale ou d'un tubercule qui s'est ramolli, ou de ces deux lésions à la fois sur le même sujet; en outre, il peut se traduire encore par des érosions épithéliales qui marchent presque toujours de pair avec les ulcérations proprement dites.

Dans le premier cas, on voit apparaître, à la surface de la pituitaire, dans le <;hamp visible de la cloison nasale, des sortes d'élevures acuminées, de petites dimensions, produites par l'accumulation de sérosité purulente sous l'épithélium delà membrane. Cet épilhélium se déchire, sous la poussée du liquide qui le soulève, et laisse à sa place une plaie lenticulaire, à bords exubérants, taillés à pic, d'une couleur jaunâtre, avec une auréole rosée qui n'est guère perceptible qu'au moment oii l'ulcération vient de se produire. Le fond du chancre est constitué par un tapetuni de très-fines granulations bourgeonneus^s. Ouand on promène la pulpe des doigts à lu surface de la membrane nasale, siège d'une ou plusieurs ulcérations morveuses, on perçoit très-bien la sensation que donne le relief des bords indurés des chancres; et s'ils sont déjà élargis, celle de la dépression centrale que ces bords circonscrivent.

Le chancre de morve chronique, consécutif à une pustule tend toujours à gagner du terrain, eu superficie et en profondeur, de sorte que lorsque plusieurs pustules sont conlluentes, elles ne tardent pas à se confondre par les progrès de l'ulcération dont elles sont respectivement le siège ; et à constituer par leur réunion une grande plaie ulcéreuse qui, en continuant à s'étendre elle-même, jieut finir par occuper la presque totalité de la surface de la cloison. Si le travail ulcérateur creuse en même temps qu'il élargit la plaie, il peut arriver que la muqueuse détruite laisse à nu le tissu cartilagineux qui lui sert de sup])ort et que, •celui-ci se nécrosant, une voie de communication s'établisse, à travers son épaisseur, entre les deux compartiments des cavités nasales. La surface des chancres ■ou des plaies ulcéreuses qu'ils ont formées par leur réunion est souvent recouverte, comme celle des boutons de farcin, d'une croiîte jaune, teintée de taches sanguines, peu consistante en raison de l'humidité dont elle est sans cesse impré- .guée, et peu adhérente aussi. Il suffit pour la détacher de l'entraîner avec la pulpe du doigt, et alors le chancre qu'elle pouvait dissimuler se montre avec tous ses caractères spécifiques.

A côté des ulcères consécutifs à une éruption pustuleuse de la membrane «asale, d'autres peuvent s" former, ayant pour base, non plus des pustules, conséquence d'un travail éruplif rapide, mais bien ces petites nodosités auxquelles

iU MORVE.

Dupuy a donné le nom de tubercules et qui constituent, dans la trame de la muqueuse respiratoire et dans celle des poumons, des lésions essentielles de l'état morveux chronique. Ce que sont ces lésions, on le verra au chapitre de Tanatoniie pathologique. Pour le moment, nous nous contenterons de dire qu'à une certaine phase de leur évolution, elles éprouvent uu ramollissement central et que la cavité qui résulte de ce ramollissement se conveitit en ulcère, après l'évacuation de la matière qu'elle contenait. Cet ulcère tuberculeux se présente généralement sous de petites dimensions, proportionnelles au volume du tubercule qui est gros d'ordinaire comme une tète d'épingle ou comme un grain de millet ; et sa tendance à s'élargir est bien moins accusée que dans l'ulcère pustuleux. Son siège, comme d'élection, est le repli de l'aile interne du nez, où on le rencontre tantôt isolé, tantôt en groupes, formant des sortes de plaques exubérantes, sur lesquelles les chancres restent d'ordinaire assez longtem|)s séparés les uns des autres, malgré leur confluence, et ne se confondent qu'à la longue en une plaie unique.

Enfin, on constate sur la pituitaire, dans l'état morveux chronique, un autre mode de destruction, mais celui-là tout superficiel : la formation des cellules épithéliales ne semble plus se faire d'une manière uniforme et son irrégularité se traduit par l'apparence de la surface de la membrane, qui se montre dépolie par places et présente des dépressions irrégulières comme si sa couche épithéliale avait été rongée.

Ainsi, dans l'état morveux chronique, on peut constater, à la surface de la membrane de Schneider, trois variétés de chancres : ceux qui sont consécutifs à vme éruption pustuleuse ; ceux qui ont pour base des nodosités tuberculeuses; ceux enfin qui ne consistent que dans une érosion toute superficielle et semblent résulter plutôt d'un défaut de régénération de l'épithélium que d'une destruction active de celui qui est formé.

Si la membrane pituitaire a de la tendance à se détruire par les différents modes de l'ulcération que nous venons d'indiquer, sous l'influence de la diathèse morveuse, un fait inverse se produit souvent à la suite de cette destruction, mais d'une manière bien inégale et bien insuffisante : c'est la réparation, sur une surface plus ou moins étendue, des plaies que l'ulcération a déterminées. Cette réparation s'effectue suivant le mode habituel dans les plaies avec perte de substance, c'est-à-dire par deuxième intention, et lorsqu'elle est achevée, la continuité delà membrane muqueuse avec elle-même se trouve rétablie par une pièce, d'apparence fibreuse, à disposition rayonnée, dont l'épaisseur dépasse généralement celle de la membrane elle-même, en sorte qu'elle fait sailhe à sa surface et contribue à rétrécir les dimensions des méats aériens. D'après Leiseringet Gerlacb, cités par Zundel, qui partage leur opinion, ces plaques rayonnées, que l'on constate trèsfréquemment sur la cloison nasale et même sur les cornets, dans la morve chronique, ne seraient pas des cicatrices, mais bien des altérations du même ordre que les nodosités morveuses, se constituant comme elles dans la trame de la pituitaire, avant la formation du chancre, et pouvant, comme elles, devenir le siège d'ulcérations à la suite de leur ramollii-sement. Nous ne savons pas sur quelles considérations histologiques se base cette opinion ; mais cliniquement, elle ne nous paraît pas soutenable. Quel est le praticien qui n'a pas vu le travail cicatriciel d'un chancre s'opérer, pour ainsi dire, sous ses yeux, et la cicatrice, à disposition rayonnée, se substituer à l'ulcération, dans le champ visible de la pituitaire. Ce sont là des faits d'observation journalière ou, pour mieux dire, qui étaient tels

autrefois, lorsque les chevaux morveux étaient utilisés, malgré leur maladie, et conséquemment vivaient beaucoup plus longtemps qu'aujourd'hui où leur abat;ige est prescrit, dans le plus grand nombre des cas, dès le moment même que la nature de leur mal est reconnu. Toutes les interprétations histologiques ne sauraient prévaloir contre ce fait d'observation clinique: la formation des cicatricesravonnées ea lieu et place de chancres que l'on a pu longtemps observer sur le champ visible de la pituitaire. D'autre part, je n'ai jamais vu des plaques fibreuse^ rayonnées se constituer d'emblée « dès le début de l'infection morveuse et alors qu'il n'y avait pas encore d'ulcérations sur la membrane. » Sur ce point, nous sommes, avec M. Zundel et les auteurs allemands dont il adopte les opinions, en complet désaccord : la plaque fibreuse n'est rien autre chose, pour nous, qu'une cicatrice de chancres ou de plaies ulcéreuses, qu'on peut considérer comme l'expressiou de l'ancienneté de ia morve. Nous doutons fort, malgré les affirmations qui nous viennent d'Allemagne, qu'on les ait jamais constatées dès le début de l'infection morveuse.

La membrane nasale, sur laquelle se sont creusées des ulcérations, n'a plus sa teinte rose physiologique. Sa couleur est comme fanée avec des nuances tantôt très-légèremo.nt purpurines, et tantôt piÀles et comme plombées, sur lesquelles l'appareil folliculaire se de.ssine par un pointillé plus marqué que dans l'état physiologique.

b. Le glcmdage on tuméfaction induréedes ganglionslymphatbiquesde la région sous-glossienne, est un symptôme étroitement connexe à l'ulcération, dont il implique et permet d'affirmer l'existence, quand bien même aucun chancre n'est encore perce[ttible sur le champ explorablede la pituitaire. De là, la grande signification diagnostique de ce signe important.

La glande de morve, lorsque la maladie est confirmée, présente un volume qui est généralement supérieur à celui des ganglions qui lui servent de base. Dans quelques cas, ce volume peut être tel que la glande déborde la cavité sous-glossienne et se dessine en relief au delà du bord du maxillaire. Sa forme n'a rien de constant; quelquefois sphéroïdale, elle constitue le plus souvent un lobule allongé, aplati d'un côté à l'autre, et inégalement épais : d'où la disposition bosselée qui est un des caractères signalés de cette tumeur. L'un de ses principaux attributs est sa consistance indurée. Elle donne aux doigts qui l'explorent une sensation de résistance comme cartilagineuse, et ce caractère, difficile à bien rendre par une description, a quelque chose de si expressément significatif, que lorsque l'on a acquis, par l'expérience des choses, la faculté tactile qui permet de le distinguer, il suffit à lui seul pour établir avec une grande certitude le diagnostic de la morve.

La glande de morve n'est pas mobile dans la cavité de l'ange, comme la masse ganghonnan-e qu'elle englobe ; au contraire, elle se trouve comme attachée dans son fond et contre la table du maxillaire, par suite de l'inflammation tout à la fois et des vaisseaux lymphatiques afiéretits aux ganglions, et du tissu cellulaire qui leur est périphérique. D'où mi certain degré d'adAerence profonde, reconnu et signalé de tout temps comme un des caractères distinctils de cette tumeur. Une adhérence peut exister aussi entre elle et la peau, mais d'une manière moins constante qu'avec les parties profondes, de telle sorte que la peau peut être mobile à sa surface, sans que cette particularité doive infirmer la signification diagnostique que donnent à la tumeur ganglionnaire ses attaches profondes.

Généralement, la glande de morve peut être considérée comme indolente, une fois qu'elle est constituée à l'état de tumeur indurée. Des pressions, même assez

UQ MORVE.

forles, exercées sur elle, ne donnent pas lieu, de la part de l'animal, àdesmani- J'estations impliquant qu'elles soient douloureuses ; tout au plus s'accusent-elles, chez quelqi;es sujets, par une rétraction des lèvres qui dénonce moins la douleur que la seusalion anormale ressentie.

La glande de morve peut être simple ou double, suivant que les lésions dont elle est l'expression sont localisées dans une seule des cavités nasides ouïes occupent toutes les deux. Quand elle est simple, toujours elle correspond par son siège, à droite ou à gauche, ;i celle des cavités nasales dans laquelle le travail ulcérateur s'est elfectué. Dans ce cas, ou peut se rendre un compte exact de la mesure dans laiiuelle le volume des ganglions malades s'est accru, par leur comparaison avec leurs congénères restés sains.

L'ancienne hippiatrie disait, sous forme ajihoristique, que « glande de morve jamais ne suppure. » Cette formule est lexpression de la vérité pour la grande généralité des cas. Mais la règle ici, comme presque toujours, comporte des exceptions. Quel([uelois les glandes de morve deviennent le siège d'abcès qui déterminent leur foute partielle. Mais le pus qui s'en écoule a l'aspect huileux caractéristique de la diathèse morvo-farcineuse, et, après son évacuation, la parliedela glande dans laquelle le ramollissement ne s'est pas opéré persiste à l'état d'induration. Par ces deux signes, on peut nmintenir à la glande de morve, même quand elle suppure, sa signification diagnostique et la différencier des timieurs purulentes de nature bénigne qui peuvent avoir leur siège dans la cavité sous-glos-

sienne.

Ainsi, le volume accru des paquets ganglionnaires sous-glossiens; leur consistance indurée; le 6osse/ape de la surface de la tumeur qu'ils constituent; son adhérence aux parties profondes ; son état d'indolence presque complète, la rareté ■des cas où elle se ramollit et, quand ce phénomène se produit, l'aspect huileux ^u pus et la persistance à l'état d'induration des parties de la tumeur que le ramollissement n'a pas atteintes : voilà un ensemble de caractères qui permettent, quand on sait bien les saisir, d'attribuer à la glande morveuse, »a signification véritable et, conséquemmeut, de leconnaître la maladie qu'elle exprime, quand bien >même elle serait seule à l'exprimer.

c. Jetage. Le jetage ou écoulement par les narines d'un liquide morbide, d'aprence purulente le plus souvent, est le signe objectif le plus frappant de la maladie et qui lui a valu le nom sous lequel on la désigne dans notre langue, tandis que les Anglais ont pris pour base de sa dénomination l'engorgement ganglionnaire, la glande : d'oià le nom de glanders, sous lequel ils la désignent.

Dans la généralité des cas, le jetage de la morve confirmée se caractérise par son ■abondauceet sa continuité. Ou peut dire que jamais sa source ne tarit, maisl'activité des mouvements respiratoires influe sur sa quantité. Dans l'état de repos, la matière du jetage s'étale en nappe sur la moitié inférieure de l'orifice de la narine et sur la lèvre supérieure, en s'attachant à la peau qu'elle recouvre; quand la respiration a été accélérée par l'exercice, cette matière, dont la quantité s'est -accrue, souille lout le poui lourdes naseaux, auquel elle reste adhérente en couche assez épaisse. La déclivité de la tête est ausii une condition de l'augmentation de son écoulement, tout au moins pendant un certain temps.

L'humeur de la morve possède une viscosité particulière qui explique ses adhérences aux parties tégumentaires sur lesquelles elle s'écoule; mais elle n'est pas homogène et bien liée comme la matière du jetage de la gourme, elle n'en a pas ; non plus la couleur franchement purulente. Dans le jetage de la morve, à la teinte

jaune fondamentale, s'a?soci'e nne nuance verte très-faii)Ie, qui a été signalée de tous temps par les observateurs, et qui constihie elfactivement un caractère liropre à celle maladie. En outre, la matière de ce jiitaïe tient emprisonnées des bulles aéiiennes et se trouve assez fréquemment rayée de stries sanguine:-;, expressions des petites bémorrliagies capillaires qui s'iffcc'.uent, de temps à autre, à la surl'iice des cbancres. Généralement, lejetage de la morve est inodore; en sorte qu'il y a lieu de présumer qu'un écoulement nasal n'est pas de nature mor\;euse lorsqu'il exhale une odeur fétide comme celle de l'ozcne ou de la carie dentaire. Mais ce n'est Là qu'une présomption, car il peut arriver, par exception, que le ieîage morveux répande une odeur fade et môme putride, expression des modiflcalions subies par le pus dans la cavité des cornets ou des sinus.

Tels sont les caractères objectifs du jetage de la morve cbronique confirmée. Sans doute que ce symptôme n'a pas une sicfnification aussi expressive que le glmdage et l'ulcération : mais un observateur exercé ne s'y tiompe pas cependant, et quand il constate sur un cheval un jetage que sa viscosité rend adhérent au pourtour des narines, qui est ma! lié, mélangé de bulles d'air et de stries sanguines, et; dont la couleur jaunâtre est nuancée d'une teinte verte, très-faible, il est vrai, mais reconnaissable, il sait à quoi il a affaire, presque tout aussi bien que s'il voyait un chancre ou s'il touchait une glande.

Il est, du reste, une particularité du mode de maiiirestalionde la diallièse morveuse, sous le type chronique, qui contribue beaucoup à doinier au jetage une signification plus expressive : nous voulons parler de la localisation unilatérale des lésions morveuses. Dans la grande généralité des cas, en effet, c'est dans une seule cavité nasale que s'opère le travail de l'ulcération, et, par une conséquence nécessaire, le glandagc, comme l'écoulement, ne se manifeste aussi, dans ces cas, que d'un seul côté, celui qui correspond à l'ulcération. Gela étant, on conçoit que la localisation du jetage dans l'une ou dans l'autre narine, constitue un nouveau caractère qui, s'il n'est pas univoque au point de vue de la diathèse morveuse, ne laisse pas que d'avoir une valeur diagnostique, d'une assez grande importance, dont la pratiijue sait tirer parti pour distinguer lejetage propre à la morve des autres écoulements dont les narines peuvent être le siège.

C'était une opinion admise assez généralement, il n'y a pas longtemps encore, que f'S cavités nasales du côté gauche étaient plus souvent que les droites le siège des lésions et des phénomènes caractéristiques de la morve. Dupuy, qui a fait autorité, affirme que-, sur quatre-vingts cas de morve qu'il a relevés, il n'a constaté qu'une seule fois que la maladie fût localisée à droite. Youatt, (jui rappelle celte statistique, dit que, dans la Grande-Bretagne, la disproportion entre les deux narines, au point de vue de la localisation des lésions morveuses, n'est pas aussi grande que celle qui a été établie par Dupuy; mais il admet volontiers que le rapport de deux à trois et même de trois à quatre exprime dans quelle mesuie la morve se manifeste plus souvent à gauche qu'à droite. Cependant, W. Perciwall est arrivé par des chilires à des conclusions toutes différentes : dans 58 cas qu'il a recueillis, les lésions de la morve ont été constatées 21 fois à gauche, 19 fois à droite, et 18 fois dans les deux narines. Cette question qui ne laiss'^ pas d'avoir sou importance, au ])oint de vue de celle de la sponlanéité de II morve, a besoin d'être éclairée par une statistique plus étendue, dont nous îi'.ivons pas actiiellemont les éléments sous la main. Tout ce que nous pouvons on ili ■>, quant i |. résent, c'est que si nous nous en rapportions à nos souvenirs clmiquvS, nous aurions quelque pente à considérer comme fondée l'opinioa

ancienne sur la plus grande fréquence des manifestations de la morve du côté gauche que du côté droit.

Après avoir donné les caractères des trois symptômes cardinaux par lesquels s'ex|jrime la diathèse morveuse, lorsqu'elle est complète dans ses manifestations objectives ou, autrement dit, lorsqu'elle est confirmée, [lour employer l'expression <}ue Chabert a rendue usuelle, il nous faut maintenant donner une idée des différentes variétés de formes que la morve chronique peut afecler, suivant que, ses symptômes propies existant sinmltauénieut, l'un ou l'aude, ou les trois ensemble sont plus ou moins effacés ; ou bien encore suivant que l'un ou l'autre vient à manquer ou deux simultanément, et qu'alors un seul persiste.

Des trois modes d'ulcérations que nous avons distingués comme caractéristiques de la morve chronique, un seul, soit le chancre consécutif à la pustule, soit le chancre tuberculeux, soit enfin la simple érosion épithéliale, peut exister ou, pour mieux dire, être apparent sur le champ de la pituitaire, explorable par l'oeil ou par le toucher. Tous les trois n'occupent pas le même siège. Les érosions épithéliales ne peuvent guère être constatées que sur la cloison nasale ; les ulcérations pustuleuses se montrent tout à la fois et sur la muqueuse, qui revêt la cloison et, à Topposite, sur celle qui ta|)isse le cornet inférieur; entin, les ulcères tuberculeux ont pour lieu ordinaire d'élection le repli de l'aile interne du nez, où l'on peut les percevoir par l'œil et par le toucher.

Au point de vue diagnostique, ces trois formes de l'ulcération morveuse n'ont pas une égale valeur. L'érosion épithéliale ne suffirait pas seule pour permettre d'aftirmer la morve, elle ue peut qu'eu suggérer la présomption ; mais lorsqu'elle coexiste avec le jetage ou le glandage, a fortiori avec les deux à la fois, cette coïncidence lui imprime une signification que son caractère trop fruste empêche <le lui donner lorsqu'on la considère isolément.

11 n'en est pas de même de l'ulcération pustuleuse : celle-ci a une signification propre, indépendante de celle que peuvent lui prêter les autres symptômes coexistant avec elle : et cette ulcération étant donnée, avec ses caractères bien nets et bien déterminés, la morve peut être affirmée, quand bien même ses autres symplômes font défaut, ce qui est possible, mais tout à fait exceptionnel.

Ce que nous venons de dire de l'ulcération pustuleuse est applicable également au chancre tuberculeux; et peut-être même est-il vrai de dire que ce chancre *est plus significatif encore comme expression de la morve chronique, plutôt cependant par le siège qu'il occupe que par ses caractères anatomiques. L'expérience clinique démontre, en effet, avec une certitude que l'on peut appeler absolue, que lorsqu'un chancre tuberculeux existe sous le repli de l'aile interne du nez, fùt-il seul, n'eût-il que le volume d'une tête d'éjjingle, on peut en induire trèsrigoureusement que des lésions morveuses très-étendues existent en même temps que lui, et dans les parties profondes des cavités nasales, et dans les sinus de la tète, et sur la muqueuse respiratoire, et dans l'appareil pulmonaire. Seul, dans son lieu d'élection, le chancre tuberculeux, si exigu soit-il, dit tout cela; el c'est ce qui donne une si grande importance à ce symptôme, qu'il faut savoir trouver ei reconnaître dans le repli où il se cache. Il est vrai de dire qu'il est bien rare qu'il se montre sans l'accompagnement du jetage et de la glande ; mais si ces deux symptômes ajoutent à la signification diagnostique du chancre du repli de l'aile nasale, la leur s'accroît encore plus de la sienne propre, de telle sorte qu'une fois ce chancre reconnu, aucun doute n'est plus possible sur l'existence de la morve.

La morve peut donc être caractérisée, ou par la présence simultanée, sur le même sujet, des trois variétés d'ulcérations particulières à cette maladie, ou par la manifestation d'une seule, ou de deux seulement, ce qui, au point de vue de ce symptôme, constitue autant de nuances dans son expression. Mais ce n'est pas tout encore : il est possible qu'aucune forme d'ulcérations ne puisse être constatée sur un cheval morveux, soit qu'en effet, il n'en existe pas dans les cavités nasales, ce qui est tout à fait exceptionnel, soit, ce qui est plus ordinaire, qu'elles se dérobent, par la profondeur de leur siège, à toute exploration.

Le jetage de la morve chronique peut aussi se présenter avec des caractères diversifiés qui contribuent à imprimer à la maladie des modes d'expression plus ou moins variés sous. lesquelles elle reste, dans quelques cas, assez dissimulée pour qu'elle soit méconnaissable ou, tout au moins, très-difficile à reconnaître.

A la période initiale delà morve chronique ou, pour mieux dire, à la première période de la manifestation extérieure de la diathèse morveuse, le jetage ne consiste souvent que dans un écoulement, par une seule narine ou parles deux, mais le plus ordinairement par une seule, d'un liquide aqueux, qui s'échappe d'une manière continue, sous la forme d'un mince filet, par l'angle interne de la narine, et se prolonge en traînée étroite sur la lèvre supérieure, entraînant avec lui, de temps à autre, des petits grumeaux de mucus épais et même purulent, qui en troublent la limpidité. Ce jetage peut persister avec ces caractères pendant plusieurs semaines et même plusieurs mois, méconnu, la plupart du temps, dans sa signification, tant il paraît inoffensif, et par sa quantité si minime et par sa limpidité presque constante. Cependant il est virulent et les chances sont d'autant plus grandes pour qu'il puisse manifester son activité que, généralement, on ne se méfie pas des animaux sur lesquels l'écoulement nasal se manifeste sous de telles apparences. James Turner, à qui re\ient le mérite d'avoir le premier signalé ces caractères du jetage morveux, a communiqué à la Société vétérinaire de Londres, en 1850, un exemple remarquable de contagion de la morve sous cette forme qu'avec juste raison il appelle insidieuse. Un fermier, propriétaire d'une très-belle jument, consulta Turner sur la question de savoir s'il pouvait la vendre en toute garantie, appelant particulièrement son attention sur un écoulement qui, depuis longtemps déjà, s'effectuait par la narine droite, mais en si petite quantité qu'il n'y avait pas lieu, disait-il, de s'en inquiéter, d'autant que cette jument n'était pas glandée. « Il y avait cependant, dit Turner, une tumeur mobile dans l'auge, de la grosseur d'une petite fève ; mais si mon attention n'eût été dirigée sur ce point, il est probable que je n'y aurais pas attaché d'importance. »

Cette jument qui ne cohabitait pas avec les autres chevaux de la ferme était la propriété du fermier depuis sept à huit mois et, pendant tout ce temps, le jetage avait persisté avec les mêmes caractères. James Turner exprima l'avis qu'un pareil symptôme rendait la jument suspecte et que ce serait commettre un acte injustifiable que de la mettre en vente dans de telles conditions. Il fut décidé qu'elle serait envoyée à l'équarrisseur, mais au moment où on allait la lui livrer, un maréchal intervint, prétendant que Turner commettait une énorme bévue ; et se faisant fort de la guérir, il acheta cette jument pour le prix de tiois livres. Deux mois environ après, J. Turner ayant été appelé à visiter les chevaux d'un relai de poste, dans une auberge aux environs de Londres, constata la morve sur deux d'entre eux, et le farcin sur deux autres ; et cela dans une écurie qui était occupée par des chevaux de poste depuis un grand nombre d'années, sans que la morve ni le farcin s'y fussent jamais montrés. Quelle était la cause de ce sinistre?

c'était la jument à jetage douteux, que le maréchal qui s'en clait rendu acquéreur, était parvenu à faiie acheter par le relayeur, en s'entendant avec son garçon d'écurie. De fait, le premier cheval qui avait contracté la morve était justement le compagnon de travail de cette jument et son voisin de stalle. Turner constata qu'elle présentait absolument les mêmes symptômes qu'au jour de sa première visite. On la fit sortir immédiatement des rangs, ainsi que les autres animaux malades ; des précautions furent prises pour désinfecter l'écurie, et aucun autre cas ne se montra.

Les accidents de celte nature sont communs à observer, et même on peut dire (|ue la morve se communicjue plus souvent par l'intermédiaire des animaux chez lesquels elle revct des formes effacées, que par l'influence de ceux contre lesquels on est déterminé à se mettre immédiatement en carde, tant leur maladie s'accuse par des symptômes saillants et immédiatement reconnaissabies.

11 est une autre apparence du jelage morveux qui peut, comme lejelage aqueux, donner lieu aussi à des méprises sur la nature de la maladie dont il est l'expression. Assez souvent, la matière de l'écoulement nasal, très-peu abondante, myis de consistance visqueuse, adhère au pourtour des narines et en agglutine les poils en pinceaux multiples ; et comme la pouçsière des fourrages, en s'y associant, augmente sa consistance, en même temps qu'elle lui donne une teinte un ])eu noirâtre, elle présente alors l'aspect d'une espèce de glu ou de matière poisseuse^ à quoi on l'a comparée. Le jetage dit poisseux est, en effet, signalé comme un des caractères qui peuvent appartenir cà certaines nuances de l'expression syniptomatique de la diathèse morveuse. Quand le jetage qui présente cet aspect est double, que le pourtour des deux narines est également sali par la matière poisseuse qui en agglutine les poils, il n'est pas aussi caractéristique que lorsque, étant unilatéral, il donne lieu à une disparate Irappante entre les deux, côtés. Mais dans l'un et l'autre cas, sa signification est certaine pour qui sait la comprendre. Au point de vue de la diagnose de la morve, le jetage poisseux, si petite soit sa quantité, a tout autant de valeur, en effet, que le jetage jaune, à nuance verdâtre, qui s'échappe à flots des narines des chevaux franchement morveux, c'està-dire présentant complets et très en relief tous les caractères propres à leur maladie; mais il n'est pas rare qu'on le méconnaisse et qu'on le néglige, parce que,, matériellement, il est si peu de chose qu'essentiellement il semble ne rien être. De là de graves erreurs, fécondes en désastres, qu'on parvient facilement à éviter,. lorsque l'on sait comprendre ce que signifie la présence, au pourtour des narines,. de la matière gluante et d'aspect poisseux qui les souille.

Si la morve chronique se caractérise, dans la majorité des cas, par un écoulement de l'une ou de l'autre narine, ou des deux à la fois, écoulement de matières aqueuses, visqueuses ou purulentes qui, malgré la diversité de leur aspect, ont cependant la même signification, il peut se foire que ce symptôme fasse défaut,, que la morve soit sèche, comme on le dit dans le langage de la pratique. C'est encore là une des formes insidieuses de rinreclion morveuse, et, d'autant plus qu'aucun phénomène objectif n'appelant l'attention du côté dés narines, on néglige souvent de procéder à l'examen de leur cavité intérieure. Il n'y a pas longtemps que, dans un des grands établissements industriels de Paris, la morve s'est manifestée, sous cette forme, chez un certain nombre de chevaux de provenance étrangère, qui sont devenus et sont restés, pendant quelque temps, les agents méconnus d'une contagion assez active dont le rayonnement s'agrandissait de jour en jour. La morve étant presque toujours accusée par une glande, ou s'était cou-

tenté, dans une première ins|)eclion, de procéder à ce que l'on appelle Vexamen des ganaches, c'est-à-dire à l'exploration, p;ir le toucher, de la cavité sous-glossienne, et cet examen n'ayant conduit à la constatation d'aucun fait anormal, on n'avait pas été déterminé à regarder dans les cavités des nariues. Mais la morve continuant ses ravages, malgré les mesures hygiéniques auxquelles on avait eu recours, muiouvel examen, plus complet et plus approlbnùi, cette fois, conduisit à constater, sur un certain nombre des che\au\-, l'existence, dans les cavités nasales, soit d'ulcérations actuelles, soit de cicatrices dénonçant des ulcérations passées, qu'on n'avait pas reconnues, faute d'y avoir regardé ; et ce symptôme était unique : ni jetage ni glande ne raccompagnaient. On avait donc affaire à une morve sèche, non pas latente, puisqu'un symptôme principal l'accusait, mais méconnue pendant quelque temps, et qui, grâce à cela, avait pu multiplier ses coujis, pour ainsi dire, à la sourdine. Une fois découverte cette condition de la contagion, on prit des mesures contre elle par un examen attentif et journalier de tous les animaux composant l'ellectif des dépôts on la morve sévissait, et elle fut immédiatement arrêtée. Depuis lors, deux ans passés déjà, elle ne s'est plus remontrée que par quelques cas isolés, grâce au soin que l'on a pris de persister dans l'examen individuel des animaux, afin d'être toujours à mêu.c de saisir la maladie, dès les premiers moments de sa manifestation, et d'étouffer ainsi la contagion, aussitôt que naissante.

Il arrive souvent, dans le cours de l'évolution de la morve chronique, que le ietage est constitué par du sang en nature, ou, pour parler plus exactement, que des épistaxis se manifestent par intermittences, l'écoulement sanguin pouvant s'effectuer soit par gouttes, soit par filets, soit à flots. Quoique ce phénomène n'appartieime pas exclusivement à l'état morveux, il en est si souvent un des modes d'expression, que l'on doit se mettre en garde contre ce qu'il peut signifier, surtout si l'animal sur lequel il se montre appartient à une catégorie où déjà des cas de morve ont apparu. Par elle-même l'épistaxis n'a rien de pathognomonique à l'endroit de la morve; mais sa signification est immédiatement donnée lorsqu'elle coïncide avec l'un ou l'autre des symptômes de cette maladie. Elle implique alors l'existence d'ulcérations profondes, qui en détruisant les parois vasculaires ouvrent au sang une voie d'échappement.

Le jetage morveux, sous l'un ou l'autre de ces aspects, ne saurait être considéré comme un symptôme d'une aussi grande valeur diagnostique que l'ulcéiation, et quand il est seul, il établit plutôt la présomption de la diathèse morveuse, qu'il n'autorise à l'affirmer. Mais il est bien rare qu'un écoulen)ent de nature morveuse s'effectue par les narines sans que, simultanément, les ganglions de l'auge dénoncent l'irritation dont ils deviennent le siège par leur tuméfaction, plus ou moins accusée, mais toujours avec l'induration caractéristique. Le glandage accompagne donc presque toujours le jetage morveux, quelle que soit sa forme, et la coïncidence de ces deux symptômes donne à chacun, res|)ectiveraent, un sens plus marqué (jue celui qu'il peut avoir dans son état d'isolement. Ce qui est vrai de la glande l'est, à plus forte raison, de l'ulcération. A supposer qu'un jetage paraisse ne rien être par l'aspect et la faible quantité de la matière qui s'écoule, du moment qu'un chancre coexiste avec lui, il n'y a plus possibilité de se méprendre sur sa signification propre. C'est à ce point de vue surtout que, étant donné un jetage, il est toujours indiqué de rechercher si une petite ulcération tuberculeuse n'existe pas sous le repli de l'aile interne du nez.

L'Acjlande de morve peut, comme les deux autres symptômes cardinaux de cette

12'i MORVE.

maladie, se montrer avec quelques différences d'aspect qui en diversifient, dans une certaine mesure, l'expression; mais ces différences se rattachent plutôt à son volume qu'à son caractère essentiel, l'induration. Tantôt, comme nous l'avons dit en donnant les caractères de la morve confirmée, la glande peut être assez volumineuse pour se profiler en relief au-delà du bnrd inférieur du maxillaire; et tantôt son volume est tellement réduit, qu'il équivaut à peine à celui d'une fève. Entre ces deux extrêmes, toutes les dimensions peuvent être constatées ; mais sous quelque volume que la glande de morve se présente, elle conserve toujours ces caractères d'induration de son tissu et d'attache profonde dans la cavité de l'auge qui, pour des doigts exercés, ont quelque chose de tellement significatif, que rien qu'au toucher la morve peut être atlirmée par la sensation que donne la glande ; à lui seul donc, ce symptôme a une très-grande valeur, et si l'on peut hésiter, quand aucun autre ne l'accompagne, à prononcer un jugem.ent définitif sur l'état du cheval qui le présente, il est de règle absolue de considérer cet animal comme suspect et de le maintenir dans un état complet d'isolement.

La glande peut se montrer seule, plus souvent que l'ulcération et le jetage, et persister, comme symptôme unique, pendant des semaines et des mois. Dans la plupart des cas cependant, elle coexiste soit avec le jetage sans ulcérations apparentes ; soit, ce qui est plus rare, avec les ulcérations, sans jetage; soit avec ces deux symptômes à la fois. Enfin il est possible qu'elle fasse défaut complètement, comme dans le cas de morve sèche, dont nous venons de donner la relation. Mais ce n'est que par une très-rare exception que les choses se passent ainsi et, dans la grande majorité des cas, l'engorgement induré des ganglions de l'auge ou bien précède la manifestation des deux autres symptômes ou bien marche de pair avec eux.

Etant donnés les trois symptômes dits cardinaux de la morve chronique et les différents aspects sous lesquels ils peuvent respectivement se montrer, on conçoit la diversité des expressions symptomatiques par lesquelles cette maladie peut se traduire, suivant que ces symptômes, ou bien se trouvent associés ensemble, ou bien que l'un ou l'autre vient à manquer, ou bien qu'ils se combinent en revêtant, chacun, l'une ou l'autre des formes qui lui est propre. Mais quelles que puissent être les diversités dans les manifestations de la morve chronique, au fond la maladie reste une, toujours identique à elle-même, et, comme nous allons le voir au paragraphe du pronostic, tout aussi grave sous les apparences les plus bénignes que lorsqu'elle se montre avec le cortège complet de ses symptômes les plus accusés.

Symptômes généraux de la diathèse morvo-farcineuse. Mais la diatlièse morvo-farcineuse ne se traduit pas seulement par les symptômes locaux dont nous venons d'essayer de tracer les caractères, soit qu'ils se manifestent à la peau et constituent les différentes formes de l'éruption farcineuse, soit que, localit;és dans les cavités nasales et dans l'appareil lymphatique sous-glossien, ils expriment plus particulièrement la forme de la diathèse à laquelle on a réservé le nom de morve chronique. En dehors de ces symptômes, avant, pendant et après leur manifestation, d'autres apparaissent, d'un caractère plus général qui, pour la plupart, n'ont rien de bien particulièrement pathognomonique à l'endroit de la morve et du farcin, quand on les considère isolément, mais qui deviennent très-signific;itifs quand on les interprète par les circonstances au milieu desquelles ils se manifestent, ou par les phénomènes locaux, à caractères plus expressifs, qui les accompagnent ou qui les suivent. Toutelois, nous

devons faire observer que la morve, sous sa forme chronique, ne donne pas lieu, chez le cheval, dans un grand nombre de cas, à des manifestations symptomatiques qui soient en lapport avec la gravité des lésions qu'elle détermine. L'organisme du cheval s'accommode, pour ainsi dire, si bien à l'état morveux, que souvent il ne semble pas que sa santé en soit troublée. C'est ce qui explique comment le cheval morveux peut être encore utilisé comme moteur, même à des services à grande vitesse, tels que ceux des malles-postes et des diligences, auxquels on l'employait si communément dans le |)remier tiers de ce siècle, lorsque la doctrine de la non-contagion avait fliit tomber en désuétude les lois sanitaires. Jlais si l'organisme du cheval est assez compatible avec l'état morveux pour y paraître indifférent, ce n'est pas à dire que la morve puisse s'y installer d'emblée, sans donner lieu à aucun trouble, à aucun désordre fonctionnels. Ce qui est vrai, c'est que les phénomènes morbides ipii précèdent ou accompagnent les manifestations locales de lu diathèse morvo-farcineuse, sous le type chronique, ne sont pas en rapport souvent, par leur intensité, avec la gravité du mal dont ils procèdent ; que souvent même ils sont assez peu accusés pour passer inaperçus devant des observateurs, du reste, peu attentifs ; mais, malgré tout, ces symptômes existent, et il n'y a pas à mettre en doute que lorsqu'on saura s'en rendre compte, avec des instruments précis d'observation, comme notamment le sphygmographe et le thermomètre, on verra qu'ils ne sont pas aussi effacés qu'ils le paraissent. Quoi qu'il doive en être de ce que de nouvelles études feront connaître à cet égard, voici ce que l'observation clini(|ue nous a appris sur les symptômes généraux par lesquels se traduit la diathèse morvo-farcineuse.

Les animaux qui sont sous le coup de cet état morbide ou, en d'autres termes, qui renferment en eux le germe de la morve, témoignent, d'ordinaire, par leur manière d'être, qu'ils ne sont plus dans leur état habituel de sauté, sans qu'il soit possible encore de préciser ce qu'ils ont. Ce qui frappe d'abord, c'est leur appétit diminué et devenu capricieux. Ils ne mangent plus leur ration avec leur avidité habituelle, soit qu'ils en laissent une partie, soil qu'ils s'y reprennent^à plusieurs fois avant de l'achever. Il n'est pas rare qu'ils maigrissent d'une manière trèssensible, sans que cet amaigrissement ait sa cause dans un changement de régime ou dans le travail augmenté. Leur robe perd de son lustre, elle devient terne, et quand on regarde l'animal en arrière, on remarque qu'elle est comme moirée de teintes plus sombres parplaces, notamment à lu cioupe, aux flancs et sur le dos, par suite du plus grand hérissement des poils dans ces régions et de la réflexion moindre des rayons lumineux qui en résulte. Bien que ce caractère ne doive pas êl;re considéré comme pathognomonique, il a cependant une telle signification diagnostique que lorsque, dans une écurie, où plusieurs cas de morve ou de farcin ont déjà pu être observés depuis quelque temps, on voit la robe de quelques animaux se ternir et se nuancer de teintes sombres, il y a de fortes présomptions que ceux-ci sont, à leur tour, sous le coup de la maladie, et que le jour n'est pas éloigné où ses manifestations locales apparaîtront.

Les forces diminuent d'une manière plus ou moins sensible et persistante, suivant le tempérament des animaux ; mais, en général, les personnes chargées du soin de les conduire, cavaliers, cochei-s ou charretiers, s'aperçoivent qu'ils ne se donnent pas au travail avec leur énergie habituelle : il est nécessaire de les y exciter, et malgré tout, ils ne répondent pas dans la mesure de leurs forces et de leurs aptitudes. Leur essoufflement et les sueurs dont ils se mouillent dénoncent leur faiblesse actuelle ; à l'écurie leur état anormal se traduit par des frissons»

des tremblements et un décubitus prolongé, indice de la fatigue, et assez souvent aussi des douleurs musculaires et orliculaires que les animaux éprouvent. C'est une particularité remarquable, en effet, que la diatlièse morvo-larciueuse donne lieu assez communément à ces douleurs pour que, de tout temps, des claudications à siège indéterminé aient été signalées comme un symptôme précurseur de la morve chronique.

Chez un certain nombre de sujets, notamment ceux qui sont entiers, l'appnrilion des symptômes locaux de la morve et du farcin est immédiatement précédée, quelques jours seulement à l'avance, de pliénomèncs de polyurie. Les urines sont incolores comme de l'eau pure et très-a!)ondantes; leur expulsion est effectuée jusqu'à dix et quinze fois par heure. A mesure que ce fuit se produit, la robe se ternit davantage, la maigreur augmente et, avec elle, la faiblesse.

Au moment où se manifestent ces symptômes généraux, que l'on considère comme précurseurs de la morve et du faniu, parce qu'ils sont antérieurs, comme expression objective, à l'apparition des phénomènes locaux, déjà, la plupart du temps, cela ressortira de développements ultérieurs; des lésions graves existent dans les poumons, mais elles ne donnent pas lieu à des désordres fonctionnels qui soient en rapport avec leur nombre et avec leur gravité : une toux petite et sèche, un peu plus d'accélération dans les mouvements respiratoires, (juelque irrégularité dans leur mode, surtout au temps de l'expiration, qui est entrecoupée comme dans le cheval poussif, mais à un moindre degré; un peu de sensibilité des parois costales sous la percussion; à l'auscultation, des bruits sibilants avec des râles muqueux, et une intensité moindre du murmure pulmonaire : tels sont les symj)tômes qui procèdent de l'appareil respiratoire. Ceux que fournit la fonction circulatoire sont encoie moins expressifs. Le pouls manque d'ampleur généralement ; il est plutôt petit, vite et serré. Dans quelques cas, il est à peine perceptible tant il est effaré ; dans d'autres il a une dureté et une vivacité fébriles. Les muqueuses apparentes sont presque toujours moins colorées que dans l'état normal.

L'ensemble de ces symptômes, chez un sujet isolé, dont l'histoire antérieure n'est pas connue, n'a rien de précisément significatif; niais quand on les observe sur des individus qui font partie d'un groupe d'animaux dont quelques-uns d.'jà ont été atteints de h morve ou du farcin ; quand on sait dans quelles conditions ces animaux ont vécu, à quelles influences ils ont été exposés, alors le passé éclaire l'avenir, et le comménioralif vient donner aux symptômes actuels, vagues encore par eux-mêmes et indéterminés, une signification que sans lui il n'aurait pas été possible de leur attribuer. Le praticien est mis ainsi sur la piste du mal qui va survenir et il peut l'annoncer à l'avance sans courir beaucoup de cban::es de se trom];er.

Une particularité très-remarquable de la diatlièse morvo-farcincuse et qui dénote entre elle et les maladies, dites éruptives, une certaine analogie, c'est que presque toujours l'apparition des symptômes locaux est suivie d'un amendement marqué dans l'état général. Les animaux sortent de leur abattement et récupèrent prei^que entièrement leur première énergie; leur reg.ird s'anime, leur appétit s'éveille; ils sont plus vifs et plus gais ; en un mot, il demeure évident qu'ils se trouvent actuellement dans un état de mieux être. Cette amélioration conséculive à une première éruption de morve ou de farcin peut persister sans interruiitiou, quand les animaux sont jeunes et vigoureux et qu'on a soin le réunir autour d'eux, les conditions les meilleures pour que leur santé se rétablisse.

MORVE. i25

Alors la morve, comme lefarciii, une fois localisée, semble n'être plus, eu effet, qu'une maladie locale, très-compatible avec toutes les manifestations de l'activité physiologique. Les clicvaux mangout avec avidité, s'entretiennent, sont capables d'un très-boa travail ; et, n'étaient les glandes le jetage et les ulcérations dont ils sont stigmalisés, ils présentent les apparences et mè.me les caractères réels de la santé, se livrant aux bonds et aux ruades par lesquels les chevaux en témoignent, et ceux qui sont entiers donnent des signes non douteux de leurs ardeurs génésiques.

Mais s'il est possible, dans un certain nombre de cas, de faire produire du travail à un animal afl'ecté de la morve ou du farcin chronique, piesqne dans la même mesure que s'il était en santé, il faut dire qii'jl ne conserve pas indéfiniment ses aptitudes, et que presque toujours les progi es de sa maladie, que ks fatigues du travail contribuent à aggraver, finissent pai' le mettre hors d'usage en le destituant graduellement de ses forces. C'est qu'en effet, il est très-rare que la morve reste stationnaire après une première éruption. Le plus souvent, un contraire, son évolution continue ; aux premières lésions formées, d'autres s'ajoutent successivement, avec plus ou moins de rapidité ou de lenteur, suivant les dispositions individuelles; et peu à peu les fonctionnements organiques cessent d'être compatibles avec le nombre et la gravité des altérations dont les appareils deviennent le siège.

Ces progrès de la maladie s'accusent, soit par l'exagération des symptômes déjà ■déclarés, soit par l'apparition de symptômes nouveaux. Ainsi, à mesure que les ulcérations se multiplient dans les cavités nasales, le jetage devient plus abondant et les stries sanguines s'y montrent en plus grand nombre ; les épistaxis intermittentes sont aussi plus fréquentes. Les progrès du travail ulcérateur sur la membrane nasale, dans le larynx et dans la trachée, ont celte autre conséquence de rendre la respiration dillicultueuse par suite du rétrécissement des méats aériens. Aiuii, par exemple, quand les chancres sont très-confluents dans l'aile interne du nez, ils donnent lieu iî son gonflement, en même temps qu'ils l'immobilisent : il'oîi une obstruction incomplète de la narine, qui est une condition de grande gène pour la respiration. Même etfet est produit par l'épaississement de la membrane pituitaire et de la muqueuse laryngée lorsque des chancres s'y sont établis, •et l'animal, alors, ne peut plus respirer sans faire entendre les différents bruits de cornage caractéristiques dus obstacles opposés à la circulation hbre de l'air dans les premières voies.

En même temps, les mouvements respiratoires s'accélèrent et deviennent de plus en plus irréguliers, non pas seulement parce que les lésions accumulées dans ies premières voies rendent la respiration plus difficultueuse, mais aussi parce que celles qui sont propres au poumon lui-même, en s'y multipliant, constituent -dans une mesure proportionnelle à leur nombre et à leur gravité, un obstacle à l'exécution suffisante de l'hématose. De là pour les animaux, dont on utilise encore les forces, malgré leur maladie, une condition très-efficace d'épuisement. Aussi les voit-on incapables, au bout d'un certain temps, de suffire à leur tâche quotidienne ; ils ne peuvent plus travailler que par intermittence, et quand on les laisse à l'écurie, ils demeurent presque constamment couchés, préférant le repos à leur nourriture, dont ils laissent la plus grande partie. Puis apparaissent certaines manifestations qui témoignent que le principe morbide, dont les lésions nasales et pulmonaires sont l'expression ordinaire, exerce actuellement une influence plus générale et tend à marquer son empreinte dans de nouvelles régions

et sur des tissus autres que ceux qui lui servent habituellement de siège. Les principales de ces manifestations consistent dans des conj^'cstions inflammatoires soudaines, et sans intervention de causes extérieures, qui se produisent dans le tissu cellulaire sous-cutané des membres, dans leurs muscles, dans les synoviales articulaires et tendineuses, dans la gaine vaginale du testicule, dans l'épididyme et enfin dans le testicule lui-môme. Aux endroits où ces congestions s'établissent, elles s'accusent extérieurement par des engorgements chauds et douloureux, et doiment lieu à des claudications proportionnelles à leur intensité, quand elles ont leur siège dans des dépendances de l'appareil locomoteur. Quelquefois le mouvement congestit est éphémère; à peine apparus, les phénomènes de tension douloureuse qu'il a déterminés disparaissent avec autant de soudaineté qu'ils se sont montrés, et une autre région, soit du même membre, soit d'un autre, se trouve à son tour envahie : mais c'est là l'exception. Le phis souvent, l'inflanimation une fois déclarée, persiste dans le lieu qu'elle occupe, et il n'est pas rare qu'elle aboutisse à la suppuration, notamment dans les gaines tendineuses et les synoviales articulaires.

A la période ultime des manifestations de la diathèse morvo-farcineuse, les deux types, objectivement distincts, sous lesquels elle peut se montrer se complètent ordinairement l'un par l'autre, en sorte que les symptômes de la morve et du farcin se montrent, à cette époque, presque toujours simultanément sur le même individu. Si c'est sous la forme du farcin chronique que la diathèse s'est manifestée tout d'abord, il est très-rare qu'aux symptômes caractéristiques de cette forme ne viennent pas s'ajouter, à un moment donné, ceux qui appartiennent spécialement à la morve. Et réciproquement, lorsque c'est par la morve que la diatbèsç a commencé, il est très-commun de voir des éruptions farcineuses se produire et donner ainsi à la maladie son expression complète.

Autrefois, quand on voyait le théâtre de l'évolution primitivement farcineuse s'agrandir par l'envahissement de la muqueuse respiratoire, on avait l'habitude de dire que la morve était venue compliquer le farcin. C'était là une manière fautive de s'exprimer parce qu'elle semblait impliquer l'intervention d'une maladie nouvelle, tandis que, en pareil cas, l'apparition, dans les cavités nasales, des phénomènes qui s'y produisent, n'est que la continuation de l'évolution de la diathèse, l'expression dans un nouveau lieu, mais sous une forme identique, à part les proportions moindres de l'infection de l'organisme par le principe voiraient d'où cette diathèse procède. Si le farcin et la morve, qui sont ses deux modes d'expression, peuvent rester longtemps distincts l'un de l'autre sous le type chronique, les faits témoignent qu'on doit les considérer, non pas comme deux maladies dilférentes ayant leur individualité propre, mais comme deux manifestations, semblables par leur mode, du même principe morbide ; entre lesquelles il y a cette seule différence que l'une s'effectue sur l'appareil tégumentaire externe, tandis que l'autre a pour siège la muqueuse respiratoire, ilais l'une et l'autre ont ce caractère commun que, dans la plupart des cas, elles sont accompagnées toutes deux de l'éruption de lésions viscérales identiques, en sorte que si le farcin paraît être, en raison de son siège, un état morbide moins grave que la morve, cette différence entre les deux est plus apparente que réelle, car avec le temps, dans la plupart des cas, le farcin s'achève par la morve, comme la morve se complète par le farcin.

S'il est des cas où la diathèse morveuse n'est caractérisée que par des traits effacés, il en est d'autres, plus embarrassants encore, où aucun de ses symptômes

propres ne la dénonce au dehors. lia morve reste cachée, elle est latente. La notion de ce fait est acquise deouis longtemps déjà, puisque Viborg, en Danemark, la signalé dès 1797; mais c'est surtout au professeur Dupuy que revient le mérite d'y avoir fortement insisté dans son Traité de l'affection tuberculeuse. Dupuy consacre la première division de son livre à la démonstration que la morve peut rester cachée [lendant une période assez longue, celle « oii le tubercule se développe sans occasiomier aucun phénomène apercevable dans l'animal vivant... » « La maladie est latente, dit-il, pendant un espace de temps qui n'a pas encore été détermiué par l'observation ; elle prend même les formes de beaucoup d'autres afi'ections très-diiférentes et dont la nature semble opposée ; on bien les animaux jouisseut en apparence d'une santé florissante et la morve est alors méconnue. » Dans le résumé dont il fait suivre ce chapitre, Dupuy met en relief les idées qu'il y a développées. « 11 semble résulter, dit-il, des observations et des faits que nous rapportons, que :

« \" La morve est difficile à reconnaître dans son principe ;

« '2" Quelle reste longtemps cachée dans la profondeur des tissus affectés sans déranger leur action ;

« 3" Que pendant la durée de cette longue période qui est de deux à trois aus et quelquefois davantage, elle est confondue avec beaucoup d'autres maladies qu'on croit essentielles, tandis qu'elles ne sont que symptomatiques;

« 4" Que ces distinctions ne sont pas seulement curieuses, mais utiles pour éclairer le diagnostic ;

« 5" Qu'il est toujours facile de reconnaître cette maladie à l'ouverture des animaux, puisqu'on rencontre des tubercules dans plusieurs tissus de l'économie ;

« 6° Qu'il n'est pas aussi aisé de distinguer la morve commençante dans les animaux vivants ;

« 10° Que la morve dite du premier degré ou commençante, d'après les.

auteurs, est déjà très-ancienne ;

« H" Qu'elle est presque toujours incurable à l'époque indiquée comme étant du premier degré »

Ces citations mettent hors de doute que la notion de la morve latente, que les Allemands semblent revendiquer aujourd'hui comme étant leur, n'est pas une notion nouvelle ; seulement il est vrai de dire que Dupuy n'a pas su la faire prévaloir et que peu d'adeptes, sur ce point, en France tout au moins, se sont rangés à son opinion. Maintenant celte notion est-elle fondée? La morve peut-elle rester latente? ou, en d'autres termes, est-il possible qu'un organisme en soit infecté sans qu'aucun des symptômes par lesquels cette maladie se caractérise, n'apparaisse au dehors? Des laits, aujourd hui très-nombreux, permettent de donner à cette question une solution affirmative. En premier heu, l'observation témoigne qu'entre le moment où un cheval a été exposé à l'inlluence de la contagion par cohabitation et celui oii apparaissent les symptômes extérieurs, qui dénoncent objectivement l'infection de son organisme, souvent un long délai s'écoule, mesurable par des semaines et même des mois et même, prétend-on, par des années. Sur ce dernier point Dupuy était très-affumatif et en Allemagne, aujourd'hui, on, ne l'est pas moins que lui. Quoi qu'il en soit de la longueur de ce délai, sur laquellenous allons revenir, un fait demeure certain, c'est qu'après la contan)ination un long temps peut s'écouler sans que la morve se dénonce parles traits qui lui sont propres, quoique cependant elle existe déjà, c'est-à-dire quoique déjà le principe virulent qui en constitue l'essence, ait marqué son empreinte par des lésions vis~-

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cérales. Sur ce poiiil, les autopsies portent un complet témoiefunge. Il est commun d'observer les iésioiis internes de lu morve sur des chevaux contaminés, alors que les signes extérieurs spécifiques de la maladie ne sont pas encore visibles. Peutêtre même est-ce la lenteur de cette évolution de la morve, qui est la cause que les expériences d'inoculation ou de cohabitation ont été considérées, dans un grand nombre de cas, comme négatives, faute d'en avoir attendu assez longtemps les effets ?

D'autre part, ce qui vient encore témoigner de la possibilité que la morve reste latente pendant un long délai, avant qu'apparaissent ses manifestations extérieures, c'est le nombre, l'étendue et la gravité des lésions internes, que l'on est communément à même de constater lors(|u'ou fait abattre un animal dès le premier moment que se montre un symptôme (pii dénonce, chez lui, l'infectiou morveuse : , soit le petit chancre sous le repli de l'aile interne du nez; soit la glande, si petite ■ soit-êlle; soit lejetage, quand, apparaissant dans une écurie infectée, il ne laisse pas de doute sur sa nature. Dans ces cas, où la morve caractérisée objectivement date à peine de quelques jours, l'autopsie fait presque toujours voir des lésions pulmonaires et même nasales qui préexistent, à coup sur, et souvent de longue date, aux manifestations symptomatiques externes. D'où il faut conclure que si la morve demeure latente pendant une période qu'il est dilficile de déterminer, il sérail inexact de dire que cette période est celle de son incubation, car l'incubation implique (jue la cause niorbifique, qui est eu puissance de son action, ne l'a pas encore manifestée par des effets matériels. Mais il n'en est pas ainsi pour la morve, pendant la période oîi elle est restée cachée. Si les lésions par lesquelles se traduit l'action virulente ne sont pas visibles au dehors, elles n'en sont pas moins constituées au dedans, dans les appareils viscéraux, le poumon notanmient, et conséquemment la maladie n'est plus à l'état d'incubation, elle est en pleine évolution.

Mais si la morve peut rester cachée eu ce sens que les symptômes propres n'apparaissent pas, elle ne laisse pas cependant que de donner lieu, tout au moins dans un grand nombre de cas, à un état maladif qui, s'il n'est pas très-significatif par lui-môme, peut le devenir s'il est possible de l'interpréter par les circonstances au milieu desquelles il se manifeste. Que si, par exemple, un cheval ayant été exposé, d'une manière ou d'une autre, à la contagion de la morve, on vient àconstater, au bout d'un certain temps, que sa robe se moire de nuances sombres, qu'il tousse, qu'il maigrit, qu'il a moins d'appétit et d'aptitude au travail, ou encore qu'il est affecté, soudainement, de claudication sans causes extérieures, tout cet ensemble symptomatique pourra emprunter aux commémoratifs une signification que sans eux il ne saurait avoir. Mais la morve que l'on qualifie de latente n'est pas toujours aussi cachée qu'elle en a l'air, et souvent elle ne paraît telle que parce que l'on néglige, comme indifférents, certains signes qui, ne se montrant que par intermittence, ou d'une manière peu accentuée, ne sont pas reconnus pour ce qu'ils valent. Le plus important de tous, parce qu'il est le plus constant, est ce jetage aqueux dont a parlé James Turner et dont il a si nettement signalé la valeur diagnostique. Dans la morve dite latente, il est bien rare que l'une des narines, ou les deux ne soient pas plus humides que d'habitude et que dans le filet aqueux qui s'en échappe, on ne constate pas la présence des grumeaux précurseurs de la sécrétion purulente Dans d'autres cas, c'est à peine si les poils des orifices des narines sont agglutinés par un mucus visqueux auquel la poussière donne une apparence poisseuse ; mais ce peu que l'on constate est beau-

coup quand on sait le comprendre. Dans d'autres circonstances, c'est dans les sanglions que l'on peut constater la présence d'un noyau, gros à peine con)ni& un pois, qui n'est rien par son volume, mais qui dit beaucoup par sa consislan^jCr quanii ou le rapproche des circonstances qui ont précédé son apparition.

A la rigueur, la morve peut être considérée comme latente encore, lorsque les signes par lesquels elle s'exprime sont aussi peu accentués que ceux que nous venons de relater. Mais, n'est-ce pas détourner le qualificatif latent de son acception véritable que de l'attribuer à un état morbide qui est caractérisé, soit par une glande apparente, soit par des plaques fibreuses sur la pituitaire, soit même par des ulcérations dont le siège est assez profond, pour qu'elles ne soient pasimmédiatement visibles quand on explore les cavités nasales. Dans ces différentscas, la morve n'est pas cachée, dans le vrai sens du mot; si elle est méconnue,, c'est qu'on n'a pas su voir ou comprendre les signes par lesquels elle s'accusait. 11 faut donc distraire de la catégorie des morves dites latentes, tous les cas où la» maladie est accusée par des signes objectifs saisissables.

La morve, sons son état latent, est-elle contagieuse comme celle qui est dénoncéeexlcrieurement par tous les symptômes qui sont propres à cet état morbide? Évidemment oui, car toute latente qu'elle soit aciuellement, elle existe, et le piiiicipe virulent dont elle procède manifeste son activité par des lésions profondes,, du même ordre que celles qui deviennent appai entes. Du reste, Renault a donné la démonstration de l'activité virulente, inhérente à la période initiale de la morve^ en transmettant cette maladie par la transfusion du sang, puisé sur un cheval inoculé, avant qu'aucune manifestation extérieure se fût produite. Que les chances de la contagion soient moindres quand il n'y a pas d'écoulement nasal que dans les; c;is contraires, cela est incontestable, car c'est par le jetage surtout que la contagion s'effectue, la question restant [iroblémalique de savoir si l'air expiré peut lui servir de véhicule ; mais si, à considérer les choses d'une manière absolue, l'animal affecté de la morve latente est moins dangereux par son contact immédiat que celui qui jette à pleines narines, cependant, il est susceptible de causer plus de désastres, par cela même que sa maladie élant souvent méconnue, on le laisse vivre dans la communauté des autres et qu'il peut longtemps, à Tinsu de tout le monde, exercer sur ceux qui l'avoisinent son influence contagieuse. De là ressort l'indication, quand une écurie a été contaminée, de faire un groupe à part des chevaux qui l'habitent et de les maintenir isolés des autres animaux de l'établissement. Pendant combien de temps ? Sur ce point, grande divergence d'opinions car la durée de la période de l'évolution interne de la morve n'est pas encore déterminée. Dans le duché de Bade, au rapport de Zundel, on prescrit, par mesure sanitaire, l'abatage de tous les chevaux contaminés, de peur qu'après même des années écoulées, le principe contagieux qu'ils sont supposés receler ne vienne encore faire sentir ses effets. Ce nous paraît être là une mesure excessive, car l'expérience a démontré que, dans le plus grand nombre des cas, la morve devenait apparente et reconnaissable à des signes propres, dans les trois premiers mois qui suivent l'infection. 11 est donc possible toujours, en ayant recours à l'isolement et à la svirveillance journalière des animaux contaminés, de prévenir les dangers dont ils peuvent être la source, et d'éviter les grandes pertes que l'abatage entrahie. Appliquer l'abatage à la morve, comme on le fait à la peste bovine, c'est aller au-delà de ce que commande la nécessité des choses.

Pronostic de la diathèse morvo-farcineuse . Quels que soient ses modes de manifestation, la diathèse morvo-farcineuse clironique est une maladie d'une gra-

DICT. ENC. 2° s. X. ' '- 9

vite exirème à un double ]ioint de vue. D'abord, parce qu'on peut la considérer comme incurable, tant les cas de guérison radicale sont exceptionnels; et en second lieu, parce que, étant contagieuse, elle est une menace constante de pertes nouvelles, et une condition très-active de leur réalisation, lorsque les circonstances se prêtent à sa propagation. Longtemps, on a admis que la mesure de la gravité de l'affecLion morveuse était rigoureusement donnée par ses manifestations symptomatiques ou, en d'autres termes, qu'il existait une exacte proportionnalité entre l'intensité de la maladie et son mode d'expression objective. D'après cette manière de voir, la morve comportait des degrés qui correspondaient au nombre de ces symptômes et constituaient comme l'échelle de sa curabilité. On admettait qu'elle était incurable lorsque, caractérisée par l'existence simultanée de ses trois symptômes cardinaux : le chancre, la glande et le jetage, elle était arrivée au troisième degré, ou, autrement dit, qu'elle était confirmée, comme le disait Chabert ; mais quand, de ces trois symptômes, les deux qui sont le moins caractéristitjues — la glande et le jelage — existaient seuls ; et, à plus forte raison, quand il n'y en avait qu'un des deux, soit l'un, soit l'autre : dans ces cas, pour la plupart des observateurs, la maladie ainsi caractérisée n'était pas encore la morve; ce n'en était qu'un premier ou qu'un deuxième degré, suivant le nombre des symptômes actuellement apparents ei l'on pensait qu'il y avait alors des chances de la guérir, et d'autant plus que ces symptômes avaient apparu depuis moins longtemps et qu'ils étaient moins accusés. Cet état morbide, qu'on croyait n'être pas suffisamment expressif pour permettre de formuler un diagnostic précis, f lisait qualifier de douteux ou de suspects les chevaux cliez lesquels on en observait les signes, et l'on exprimait ainsi l'indécision où l'on restait, faute d'avoir pu attribuer à ces signes leur véritable valeur. Aujourd'hui, cette indécision a disparu, car l'expérience clinique a lait reconnaître qu'au point de vue de sa gravité, la morve était une, toujours identique à elle-même, quelles que fussent ses modes de manifestation ; que l'absence de l'un ou de deux de ses symptômes classiques n'impliquait pas une plus grande bénignité du mal, une intensité moindre des lésions internes qu'il détermine; et que, pour tout dire enfin, sous les apparences les moins accusées, la morve pouvait exister tout aussi grave que quand ses symptômes extérieurs étaient autant significatifs que possible. C'est qu'en effet, lorsque l'organisme du cheval recèle le germe de la morve, ou, autrement dit, son virus, que ce germe procède de la contagion ou de tout autre cause, toutes les chances existent pour le développement des lésions multiplesdont les caractères sont donnés au paragraphe de l'anatomie pathologique : Tubercules pulmonaires, abcès métastatiques, pneumonie lobulaire ; collection des sinus de la tête ; destruction ulcéreuse de la membrane nasale et de celle du larynx et de la trachée; inflammation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques ; abcès multiples; inflammation purulente des articulations, des gaines tendineuses, de la gaîue vaginale ; abcès des testicules et des épididymes, etc., etc.

Cette évolution peut être plus ou moins rapide ou lente, mais dans le plus grand nombre des cas, elle est fatale; ce n'est que dans de très-rares exceptions, que la maladie borne ses effets à une éruption qui reste superficielle et qu'elle s'éteint, une fois cette éruption accomplie, sans laisser sa marque sur les viscères par les lésions qui lui sont propres.

L'expérience clinique témoigne que, dans la plupart des cas, ce sont les lésions viscérales, celles du poumon notamment, qui se manifestent les premières, après -l'imprégnaiion virulente de l'organisme, et que les manifestations extérieures, ou

bien ne viennent qu'après, ou bien coexistent avec l'évolution viscérale et marchent de pair avec elle.

Voilà pourquoi il n'est pas exact de dire que la gravité de la morve est proportionnelle à son mode d'expiession par ses symptômes extérieurs ; voilà pourquoi la mesure de la curabililé de la maladie ne saurait être donnée par le nombre et l'intensité de ces symptômes. Un cheval chez lequel on consfale la glande de la niùvve exclusivement a déjà, dans la plupart des cas, les lésions viscérales propies à cette maladie et, dans un temps plus ou moins long, on voit se manifester chez lui les autres symptômes caractéristiques, le jetage et Vulcération. Un cheval chez lequel on constate le jetage de la morve, jetage qui n'apparaît, du reste, presque jamais sans le glandage, a déjà, dans la plupart des cas, les lésions viscérales propres à cette maladie, et dans un temps plus ou moins long, on voit se manifester chez lui, ou pour mieux dire, il devient possible de constatei', sur le diamp explorable de sa pituitaire, l'autre symptôme caractéristique, Vulcération. Eafni, ce qui est vrai de la glande et du jetage l'est, a fortiori, de l'ulcération ou du chancre qui est le symptôme le plus expressif de l'état morveux. Il est tout à fait cxceplionncl qu'avec le chancre de la morve, quand même il est unique, et mmime à l'excès comme celui du repli de l'aile interne du nez, ne coexistent pas les lésions viscérales propres à cette maladie.

Donc, en définitive, que la morve soit confirmée ou bien qu'elle ne s'accuse que par ces symptômes réputés autrefois insuffisants qui faisaient dire qu'un animal était seulement douteux on suspect, elle constitue toujours une maladie qu'on peut considérer comme incurable parce que, quelles que soient les apparences sous lesquelles elle se montre, ses lésions fondamentales existent dans la plupart des cas. Ce n'est que par très-rare exception, nous devons le redire, qu'étant donné l'un ou l'autre des signes extérieurs qui dénoncent l'état morveux, ces signes ne coexistent pas avec les lésions viscérales propres à cet état.

Ces propositions sont celles que nous avons soutenues à l'Académie de médecine, en 1861 et 1862, lors de la discussion à laquelle donna lieu, sur notre rapport, la communication que lui avait faite M. le docteur Bourdon d'un cas de guérison de morve chronique chez l'homme. Elles ont rencontré, à cette époque, un puissant contradicteur dans M. Jules Guérin, qui crut pouvoir appliquer à la morve du cheval ses idées doctrinales sur ces états morbides incomplets qui, pour toutes les maladies, n'en constitueraient que V ébauche, c'est-à-dire un commencement dont il serait plus facile de se rendre maître que de la maladie délhiitivement achevée et établie. Pour M. Guérin, lorsqu'une influence contagieuse s'exerce sur un groupe de chevaux, tous ne la ressentent pas au même degré ; si elle se manifeste sur un certain nombre par ses effets complets, c'est-à-dire par le développement de la maladie qui peut en procéder, avec tous les caractères qui lui sont propres, chez d'autres, l'imprégnation virulente peut être moins profonde et moins tenace, et alors elle se traduit par des symptômes d'un caractère moins grave qui donnent la mesure de l'intensité moindre de l'état morbide que cette imprégnation a déterminé. M. Jules Guérin, conséquent avec cette manière de voir, admettait que la morve, chez le cheval, pouvait ne se montrer qu'à l'état d'ébauche et il en trouvait la preuve dans ces formes peu marquées, où soit, la glande, soit le jetage, soit l'un et; l'autre à la fois, constituent exclusivement l'expression symptomatique de la maladie ; et, pour lui, les chances dclaguérison ■ctaienl bien plus grandes quand elle se manifestait sous cet état éb;Hu;lié ipie lorsque tous ses symptômes existaient en même temps, et fortement accusés.

M. Jules Guérin appliqua à la défense de celte cause toutes les ressources de son esprit gcnéralisateur et de sa vigoureuse dialectique, mais sa thèse ne s'appuyaiU pas sur la réalité des choses, il n'a pu la faire prévaloir.

Maintenant est-ce que toutes les formes de la diathèse morvo-farcineuse comportent un jugement pronostique identique, et n'y a-t-il pas quelque difléreiice à faire, au point de vue des chances de la guérison, entre le farcin et la morve cb.ronique, non parce que le farcin ne serait qu'une ébauche de la diathèse, mais parce que le lieu de l'éruption rendrait plus facile l'application des moyens jiropres à modifier les tissus lésés et à arrêter en eux le travail destructif de l'ulcération ? La réponse à ces questions devrait être absolument affirmative, si le farcin n'était qu'une maladie locale ou si, une fois son éruption achevée, il en affectait définitivement le caractère. Mais il f;iut considérer que le farcin chronique est l'expression, sur la membrane tégumentaire et dans l'appareil lymphatique superficiel, d'une infection virulente de l'organisme et que, con>équemn)ent, il est delà catégorie des maladies dont la gravité ne doit pas être mesurée d'après le nombre et l'étendue des lésions anatomiques qui en constituent le caractère objectif, mais bien a'après la signification même de ces lésions. Étantdonuésunseul bouton, une seule corde, une seule tumeur, du moment que l'on en a reconnu la nature farcineuse, l'idée doit être conçue d'une maladie essentiellement grave et redoutable, car ces symptômes sont l'indice de l'existence delà diathèse, et ils établissent la très-forte présomption qu'en môme temps que s'accomplit extérieurement le processus morbide qui est la manifestation objective de sa forme farcineuse, un processus semblable ou bien a déjà eu lieu du côté des organes viscéraux, le poumon notamment, ou bien est en train de s'effectuer et marche de pair avec celui de l'extérieur ; ou bien enfin se manifestera ultérieurement par les progrès même de l'évolution morbide. L'expérience clinique démontre que,, dans la grande généralité des cas, c'est ainsi que les choses se passent et que soit avant, soit pendant, soit après l'éruption tégumentaire, des lésions viscérales peuvent se produire. Ainsi, d'une manière générale, du moment que le farcin existe, quels que soient sou siège, ses formes et son étendue, il y a lieu de mal augurer des m:dades, car ou ne peut jamais savoir ce que sera son évolution ultérieure, l'expérience prouvant que souvent il délmte de la manière en apparence la plus bénigne, par quelques boutons isolés, par exemple, pour ensuite, avec les progrès du temps, revêtir les caractères les plus graves.

L'opinion que nous émettons ici sur la gravité du farcin n'est sans doute pas en rapport avec les résultats des statistiques régimentaires, d'après le-quelles les pertes, parle farcin, ne seraient que de 20 pour 100, ce qui implique le chiffre considérable de 80 guérisons.

Mais la question est de savoir si ces guérisons sont réelles et définitives comme les chiffres l'affirment. 11 est d'observation, en effet, que même dans les cas où les choses semblent aller au mieux ; où grâce à un traitement bien dirio-é, les lésions caractéristiques d'une première éruption farcineuse disparaissent complètement ; où l'animal malade paraît enfin avoir récupéré pleinement sa santé, il faut encore se tenir en garde contre les illusions du succès et ne pas croire, sans réserve, que le s.ilnt des malades est définitivement assuré. Combien de fois n'airi\e-t-il pas qu'après quelques mois écoulés, pendant lesquels l'animal a paru toujours bien portant, une nouvelle éruption farcineuse se manifeste, plus étendue et plus tenace que la première ; ou bien, ce qui est plus grave, que les signes de la morve apparaissent, et, dans l'un et l'autre cas, que la maladie se montre

tout à fait incurable. C'est là l'iiisloire ordinaire du farcin. Qu'avec le feu, les caustiques, ou des topiques appropriés, on parvienne à faire cicatriser des ulcères farcineux et disparaître des tumeurs et des cordes, cela n'est pas contestable. Que des chevaux sur lesquels ces résultats ont été obtenus paraissent guéris et restent, avec ces ap|iarences, pendant un assez long délai, il n'y a pas à le mettre en doute : mais considérer cette guérison comme délinitive et l'inscrire comme telle dans une statistique, c'est aller plus vite que ne le comporte la nature des choses.

En fait de larcin, une guérison ne peut être affirmée qu'autant que les animaux réputés guéris ont pu être suivis longtemps après leur sortie des infirmeries. Que de fois, nous avons vu revenir dans les hôpitaux, à Alfort, avec tous les symptômes de la morve, des chevaux qui en étaient sortis, guéris en apparence, d'une attaque defurcin, depuis un temps variable entre un et dix ou douze mois. Qu'on suive, dans les établissements où ils rentrent après leur guérison, les chevaux qui ont été traités d'une première attaque farcineuse, et, la plupart du temps, on apprendra qu'ils ont mal tourné, comme disent leurs propriétaires et qu'on a été forcé de les faiie abattre pour cause de morve, au bout d'un temps plus on moins long, mais qui dépasse rarement une année. La morve ! Tel est donc le lot qui attend le plus grand nombre des chevaux farcineux, soit que leur maladie suive son cours sans interruption depuis son début jusqu'à son évolution dernière; soitqu'ime sorte de période de répit s'interpose, d'une dui'ée variable et tout à fait indéterminée, entre une première manifestation de la diatbèse farcineuse et cette manifestation ultime qui a pour siège la muqueuse respiratoire et qui constitue la morve.

C. Symptômes île la morve aiguë. Lorsque la diatbèse morveuse se manifeste à l'état aigu, son expression symplomatique est généralement complète, c'est-à-dii e qu'elle se traduit dans le même temps ou dans des temps immédiatement successifs, et par les symptômes tégumentaires et par ceux qui ont leur siège dans les voies nasales. En d'autres termes, les lésions farcineuses et morveuses marchent si souvent de pair, ou se succèdent de si près dans la manifestation aiguë de la diatbèse, qu'il n'y a pas lieu de les disjoindre pour les considérer respectivement, dans un cadre à part, comme nous avons fait pour ces formes morbides sous le type chronique. Sous le type aigu, la maladie est caractérisée par l'ensemlile symptomatique complet qui résulte de la maniléstation des phénomènes tout à la fois sous la forme dite farcineuse et sous la forme d'éruption nasale.

a. Symptômes généraux. Les manifestations locales de la diatbèse morveuse à l'état aigu sont toujours précédées par des symptômes généraux d'une extrême intensité. Cette période prodromique est caractérisée par un état de très-grande prostration, d'abatlement et de tristesse. Les animaux laissent tomber leur tête jusqu'au niveau du sol ; immobiles dans leur stalle , ils ne se déplacent qu'avec de très-grandes difficultés; mis en mouvement, ils traînent leurs membres et chaiicèlent, ne marchant que contre leur gré et comptant leurs pas. Tout, en un mot, témoigne de leur faiblesse musculaire actuelle, d'autant plus qu'elle contraste avec l'énergie antérieure. En même temps, la robe s'assombrit par le hérissement des poils ; les muscles des cuisses et de la région olécrànienne sont agités des tremblotements intermittents par lesquels les irissons de la fièvre se traduisent chez le cheval ; la peau donne à la main la sensation d'une chaleur accrue; et, de fait, d'après M. le professeur Trasbot, la température du cor[is serait de 42", 8 à cette période initiale de la morve.

i/appctit est nul ou réduit presque à rien, si ce n'est pour les boissons ; et, comme il arrive, dans l'état fébrile, quelle qu'en soit la cause, les crottins sont rejetés revêtus d'une coifl'c de mucus.

Les muqueuses apparentes, la conjonclive et la membrane nasale notamment, présentent une couleur louge avec une teinte ictérique très-accusée. Les battements du cœur sont généralement forts et retentissants, sans que les pulsations artérielles concordent, par leur tension, avec l'énergie apparente des pulsations cardiaques; l'artère est jjlntôt molle et le pouls petit et effacé.

Quant à la respiration, elle s'exécute avec plus de vitesse que dans l'état normal, 25 à 50 par minute; mais elle est surtout caractérisée par le trem.blement des parois du flanc et l'entrecoupement de leurs mouvements pendant l'expiration.

Rien de particulièrement caractéristique dans l'ensemble de ces symptômes: c& sont ceux qui appartiennent à toutes les maladies fébriles, et il n'est pas possible de rien en inférer au point de vue d'un diagnostic précis; tout au plus peuventils servir de base à des présomptions, lorsqu'ils se manifestent dans un milieu infecté et que l'attention est éveillée par des faits antérieurs qui éclairent sur le sens que peuvent avoir des faits actuels.

Une particularité importante doit être signalée dans cette période prodromique delà morve aiguë, c'est la rapidité avec laquelle les animaux maigrissent. Leurs conducteurs disent, dans leur langage souvent pittoresque, qiiils fondent à vue dœil; et, de fait, la balance témoigne qu'ils perdent de leur poids une quantité mesurable par dix, quinze, vingt, trente et quarante kilos dans l'espace de quelques jours, ce qui est, du reste, on rapport avec la quantité considérablement accrue d'acide carbonique exhalée par la respiration. D'après des expériences que j'ai faites à Alfort, avec le concours du professeur Lassaigne, un cheval atteint de la morve chronique qui ne brûlait par 24 heures que 2 kilos 158 grammes de carbone, en brûla 5 kilos 457 grammes, dans le même laps de tem|js, lorsque sa maladie fut rendue aiguë par l'implantation d'un clou dans le pied. Sur un autre sujet, atteint de morve aiguë contractée d'emblée, la quantité de carbone brûlé était de 5 kilos 650 grammes. Dans un autre cas, elle a été de 5 kilos 416 grammes. Sur ce dernier sujet, la morve chronique avait été rendue aiguë par un empoisonnement. Il faut attacher une grande importance à ce signe, qui ne se manifeste pas avec la même intensité dans les états fébriles prodromiijues d'autres manifestations que celles de la diatlièse morveuse.

La durée de cette première période peut être de 24 à 48 heures : rarement elle dépasse cette dernière limite.

b. Symptômes locaux. Lorsque le travail que l'on peut appeler éruptif commence, il est caractérisé, sur la pituitaire, par l'apparilion de taches rouges, qui deviennent très-rapidement des élevures d'une teinte rouge violacée d'abord; ces élevures ne tardent pas à se décolorer à leur sommet, et elles présentent alors dans leur centre une couleur jaune un peu citrine qui contraste d'une manière très-caractéristique avec le cercle rougeàtre de leur circonférence. Mesurant au moment où elles s'élèvent des dimensions d'un pois ou d'une lentille, ces pustules ne restent pleines que quelques heures ; à peine formées, elles s'ouvrent, par la rupture de la membrane épithéliale qui constituait leur couche superficielle, et donnent écoulement à un liquide séro-purulent qui, en se concrétant, laisse à leur surface une pellicule demi-trans[)arente. Une fois ouverte, la pustule est remplacée par un ulcère, dont les bords rouges et infiltrés par de la sérosité

citrine, formant relief au-dessus du niveau de la membrane, font paraître plus profonde la cavité disposée en cupule qu'ils circonscrivent. Le fond de cette cavité ulcéreuse est constitué par un tnpetum de Unes granulations bourgeonneuscs dont la teinte rouge pourpre tranche sur la nuance un peu citrine de ses bords.

Le propre de cette ulcération est d'être très-rapidement envahissante. Le travail destructeur dont elle n'est qu'une première expression continue avec une grande puissance et si, ce qui est ordinaire, plusieurs chancres existent en même temps, il sulfit de quelques jours pour ({ue, par leur agrandissement progressil, ils aient réuni leurs bords et transformé eu une vaste plaie la surface de la membrane sur laquelle ils opèrent leur fusion.

Mais ce n'est pas seulement par \'\i\céva.l\on pustuleuse quela membrane pituitaire se détruit dans la morve aiguë ; un autre travail marche de pair avec elle, c'est la mortification, conséquence probable de l'oblitération des vaisseaux par des caillots obturateurs. Elle se manifeste de deux manières : dans quelques cas,, de larges plaques se détachent de la pituitaire sous la forme d'eschares noirâtres ; mais le plus souvent son tissu subit une sorte de ramollissement purulent en grande surface, par le même mécanisme sans doute qu'au siège des pustules etsous l'influence de lu même cause, à savoir la pénétration de sa trame par la matière morbide particulièrement irritante que le fluxus morveux y a fait déposer. Dans ce cas, le travail de l'ulcération qui n'est, en définitive, qu'un des modes de la mortification, s'établit d'emblée sur une grande étendue, au lieu de procéder par points isolés multiples, comme lorsqu'il succède à une éruption de pustules.

A la surface de ces plaies de la piluitaire, qu'elles résultent de l'ulcération de pustules primitives ou du ramollissement par places du tissu de la membrane, on constate communément la présence de plaques croûteuses de couleur jaunâtre,, avec marbrures ecchymotiques qui, en contribuant pour leiir part à obstruer les méats des narines, donnent lieu à im enchifrènement caractéristique. Ces ci oùtes peu consistantes n'adhèrent que faiblement aux surfaces qu'elles recouvrent, et il suffit, la plupart du temps, pour les faire rejeter, de déterminer par la pression du larynx l'eifort expnlsifde la toux. Les Allemands veulent voir dans ces croûtes un produit morbide spécial, tandis que, en réalité, elles ne sont autre diose que le résultat de l'action desséchante du va-et-vient de l'air sur la matière sécrétée par les plaies ; mais quoi qu'il en soit, leur présence dans le liquide du jetage a une grande importance diagnostique, car elle suffit pour attester l'existence des ulcérations nasales, et elle peut permettre de les affirmer quand bien même elles ne seraient pas apparentes sur le champ visible de la pituitaire.

Le jetage de la morve aiguë ne consiste d'abord que dans l'écoulement, pnr un mince filet, d'un liquide citrin, nuancé d'une teinte rouge, qui le rend assez semr blable au jetage rouillé du début de la pneumonie. Après l'ulcération, ce liquide augmente de quantité, proportionnellement à l'étendue des surfaces ulcérées, devient purulent, mais avec une nuance safranée caractéristique. Au lieu d'être floconneux comme dans la gourme, il s'écoule en nappe et s'attache aux ailes du nez et à la lèvre supérieure. Presque toujours il est strié de saug ; quelquefois même le sang eu nature s'échappe avec lui sans s'y mêler ; ou bien il s'y associe, surtout après l'exercice, et donne au jetage l'apparence d'une lie spumeuse. Eiifin> ce jetage peut entraîner avec lui, soit des eschares, soit des croûtes détachées de la pituitaire ; et, dans ce cas, il exhale généralement une odeur fétide, ]ilus ou. moins accusée, qui résulte de la décomposition putride et des matières sécrétées^ , et de la trame de la pituitaire elle-même.

Les ganglions de la cavité sous-glossienne deviennent généralement le siège d'une tuméfaction douloureuse avec infiltration œdémateuse périphérique, mais «et engorgement n'a rien qui le distingue de ceux qui peuvent se produire à la ■suite d'une iiritulion simple. Plus. tard, lorsque la morve tend à passer à l'état chronique, les ganglions tuméfiés prennent peu à peu le caractère d'indiu-ation •qui est propre à cette forme morbide ; mais tant que la morve reste aigué, le glandage n'a rien de spécifique, et il serait impossible le dire, au simple loucher des paquets ganglionnaires tuméfiés, à quelle cause particulière cette tuméfaction pourrait être attribuée ; elle ne signifie rien autre chose que l'irritation inflammatoire des ganglions. Quelquefois cette irritation a pour conséquence de les faire ^bcéder. Dans ces cas, les tumeurs ganglionnaires penvent être prises, à première vne, pour des tumeurs bénignes et tromper sur la nature véritable delà ■maladie dont elles sont l'expression ; mais le c.uactère du liquide qu'elles laissent échapper, lorsqu'elles s'ouvrent ou qu'on les ouvre, doit empêcher de persister dans l'opinion favorable qu'on avait pu d'abord concevoir. Ce liquide, d'apparence huileuse, de couleur safranée dit, en elfet, son oiigine, ou tout au moins il doit éloigner l'idée d'un abcès de bonne nature comme ceux dont la région -sous-glossienne est si communément le siège.

A ces symptômes propres par lesquels la morve aiguë s'exprime le plus sou- -vent, d'autres peuvent se joindre qui donnent à la maladie un caractère encore plus accentué : tels sont l'engorgement de l'aile interne du nez, conséquence des ulcérations multiples développées sur sa muqueuse ; la difficulté de la respiration qui s'en suit, et le siffleuient nasal qui l'accuse; le bruit de cornage qui peut se manifester aussi, et qui dénonce la destruction de la membrane larvn"ée, par les mêmes modes que la pituitaire : l'ulcération, les eschares et le ramollissement purulent ; la présence sur l'un ou sur l'autre des côtés de la face ou sur les deux à la fois, de cordes farcineuses, dont les nœuds deviennent rapidement le siège d'ulcérations envahissantes, qui ne tardent pas à convertir le trajet des -cordes en longues plaies d'où suinte un liquide huileux caractéristique; enfin le •retrait du globe oculaire dans les orbites, et l'écoulement en long filet, par l'angle nasal des paupières, du pus dont la sécrétion des conjonctives remplit le vide <que le retrait de l'œil laisse entre les paupières et lui.

L'ensemble de tous ces symptômes donne à la morve aiguë considérée exclusivement dan> la n'gion de la tête, une expression si caractéristique qu'il est impossible de la confondre avec aucune autre maladie.

Farcin aigu. Mais en même temps que ces symptômes se manifestent, d'autres ^apparaissent aussi dans d'autres régions du corps ; ce sont ceux dont l'eiiseuible t;onstitue ce que l'on est convenu d'appeler le farcin aigu. Le farcin aigu se caractérise, comme le larcin chronique, par l'apparition de boulons, de cordes, de tumeurs et d'engorgements, mais il s'en distingue par la sorte de soudaineté avec jaque'le ces symijtômes se manifestent ; le nombre plus grand des ré'>ions qu'ils occupent immédiatement ; la rapidité de leur évolution et l'acuité plus uraiide <le l'inflammation qui les accompagne.

Les boutons farcineiix, dans cette forme de la dia thèse, apparaissent, en effet, simultanément dans plusieurs régions du corps, notamment aux lèvres et sur les joues, en même temps que se fait l'éruption nasale; sur les faces latérales del'cn- ■colure, aux épaules, aux flancs, à la face interne des membres. Pleins à leur début, très-douloureux à la jiression des doigts, ils sont entourés d'une sorte de nuage œdémateux au milieu duquel ils s'effacent. Mais vingt-quatre heures écou-

]ées, celte infiltration s'affaisse cl les laisse plus tlistincls. Rapidement ils se ramollissent, et l'iilcération suit tout aussitôt. Chaque bouton, une fois qu'il s'est ouvert, se transforme en une cavité alfectant une disposition cupulaire, dont les bords gonflés et taillés à pic font relief au-dessus du niveau de la peau, et dont le fond est tapissé d'une membrane pyogénique d'une couleur rouge pourpre. Ces ulciîres cutanés tendent incessamment à s'agrandir, comme ceux de la membrane nasale, et quand ils sont situés au voisinage les uns des autres, leur action destructive sur les portions de peau qui les séparent, aboutit très-rapidement à la formation d'une vaste plaie, ayant comme eux un caractère phagédénique. De là, ces grandes pertes de substance que l'on constate communément, pour ])eu que les clievaux vivent, sur les lèvres, les joues, les épaules, les flancs, la face interne des cuisses.

Le pus qui s'écoule des boutons f ircineux et de la surface des ulcères qui leur succèdent est un pus mal lié, d'apparence huileuse, de couleur un peu safranée, auquel le saignement facile des bourgeons des plaies donne souvent une apparence lie de vin.

Quand il se concrète à leur surface, la croûte qu'il forme, d'une couleur jaune sale, avec marbrures sanguines, n'adhère que sur leurs bords et laisse entre elles et les bourgeons un espace vide dans lequel le pus se rassemble pour s'écouler en longues traînées le long des parties déclives. Rien de plus dégoûtant d'aspect que ces larges plaies farcineuses, avec les caractères que leur donnent ces croi^iles aux teintes sombres qui les recouvrent en partie, et de dessous lesquelles suinte en abondance la matière huileuse et souvent sanieuse de leur sécrétion.

Les cordes farcineuses, c'est-à-dire les manifestations objectives des lymphangites consécutives à l'éruption des boutons, apparaissent presque en même temps qu'eux etse dessinent sous la peau en reliefs sinueux depuis le boulon qui est leur point d'émergence jusqu'aux guiglions lymphatiques auxquels elles doivent aboutir. D'abord dissimulées sons l'oedème qui les entoure au moment de leur apparition, elles ne tardent pas à se dessiner avec le volume propre q\ie leur donne la plénitude du vaisseau qui les constitue, et avec les nodosités successives qui correspondent à ses valvules. Puis, chacune de ces nodosités se comporte comme les boutons, c'est-à-(lirp que la peau s'amincit à leur surfice, se détruit, laisse écouler le liquide purulent huileux que le lymphatique renfermait, et enfin, devient le siège d'une ulcération identique à celle qui s'établit sur chaque bouton primitif. Une fois commencé ce travail phagédénique, il envahit toute la corde, de proche en proche, par les progrès de chaque ulcère, et la convei lit en un sillon sinueux sur lequel quelques lambeaux épargnés du. tégument forment des sortes de ponts jetés d'un bord à l'autre.

Les ganglions deviennent turgescents partout oii ils sont les aboutissants des cordes, c'est-à-dire des lymphatiques enflammés, qui versent en eux le liquide irritant qu'ils charrient, mais les tumeurs ganglionnaires n'out rien de particulièrement caractéristiques. Chaudes, douloureuses, dépressibles à leur périphérie par suite de l'infiltration œdémateuse qui les entoure, elles donnent, dans leur centre, la sensation du volume et delà densité accrus des organes qui les constituent, mais non pas de la dureté si caractéristique qu'ils acquièrent dans la morve chroni(]ue. Quelquefois, le mouvement inflammatoire est assez intense dans leur trame pour qu'elle se creuse d'une collection purulente, suivie bientôt d'une ulcération quand le pus s'est fait jour au dehors. Ce fait n'est sans doute pas le plus ordinaire, mais M. Reynal et, après lui, M. Zundel nous paraissent commettre une erreur quand ils affirment que « les glandes lymphatiques, malgré l'inflammation

très-vive dont elles sont le siège, ne s'abcèdent jnniais. » Celle formule qui, même pour la morve chronique est trop absolue, comporte dans la morve aiguë, d'assez fréquentes exceptions ; les tumeurs ganglionnaires sont susceptibles de devenir purulentes et, dans ce cas, le pus qui les remplit a celte apparence huileuse et cette teinte jaunâtre safranée qui ne permeltent pas de confondre l'abcès farcineux avec celui qui est le produit d'une inflammation de bonne nature.

Enfin, il faut ajouter à cet ensemble symptomatique de l'affection morvo-farcineiise à l'état aigu, les engorgements des membres qui peuvent se manifester avant, pendant ou après l'éruption des boulons et des cordes. Ces engorgements ont pour caractère d'apparaître avec une Irès-grande soudaineté, de préférence sur les membres postérieurs, soit l'un, soit l'autre, ou les deux à la fois. Chauds, douloureux, très-tendus, ils restent quelquefois bornés à la partie déclive des membres; mais, le plus souvent, ils dépassent le jarret et montent même jusqu'à la région inguinale où ils se confondent avec l'œdématie concomitante du fourreau et des bourses chez les mâles, des mamelles chez les juments. Ces engorgements, d'une nature inflammatoire très-accusée, donnent lieu aux manifestations d'une très-vive souffrance. Les animaux ne se meuvent qu'avec une très-grande difficulté; quand on les met, de force, en mouvement, ils traînent leurs membres dont les articulations sont comme immobilisées par la tension de la peau et surtout par la souffrance. La pression exercée sur les régions œdématiées détermine des plaintes et l'animal, dans les efforts (|u'il fait pour s'y soustraire, peut perdre l'équilibre et se renverser sur le côté opposé. Toujours, à la face interne des membres engorgés, les lymphatiques se dessinent en grosses cordes, qui montent le long de la cuisse ou de l'avant-bras, et se rendent aux régions de l'aine ou de l'aisselle, où les ganglions sont transformés en tumeurs volumineuses. Sur ces lymphatiques, des ulcères se forment par l'abcédation des nodosités valvulaircs; d'autres se disséminent à la surface des parties œdématiées, et, par les progrès des uns et des autres, de vastes lambeaux tégnmentaires se trouvent comme rongés, laissant à leur place des plaies phagédéniques du plus repoussant aspect.

Outre ces œdèmes généraux des membres, l'état morveux aigu se traduit encore par des inflammations suraiguës des synoviales articulaires et tendineuses, par des abcès diffus dans les interstices musculaires, et enfin, pai- des ioealisalions inflammatoires d'une extrême intensité, dans les testicules, l'épididyme et la gaîne vaginale : toutes lésions qui donnent lieu à des phénomènes objectifs en rapport avec leur siège et avec leur degré : tels que la tension très-douloureuse des jointures ou des régions musculaires enflammées, la difficulté de l'appui, les claudications proportionnelles, l'engorgement chaud, douloureux, tendu de la région testiculaire ; et enfin les changements de consistance des parties et les sensations de fluctuation qu'elles donnent lorsque le mouvement inflammatoire y détermine la formation du pus en grande collection.

Telle est la morve aiguë considérée dans son expression symptomatique complète, qu'il est très-ordinaire d'observer, surtout dans les exploitations où les îhevaux sont employés à des travaux très-pénibles. Mais celte maladie comporte des nuances, dépendantes du nombre des symptômes par lesquels elle peut s'exprimer et de l'intensité de leurs manifestations. Ces nuances impliquent non pas des différences dénature, mais de certaines différences dans la gravité de la maladie, en ce sens, que la morve aiguë est nécessairement et rapidement mortelle, juand elle est accusée par l'ensemble des caractères que nous venons de tracer;

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elle demeure, au coutrair e, compatible avec la vie et même ultérieurement avec les apparences de la santé, lor^(p]e, tout en restant identique à elle-même, elle se manifeste par des symptômes moins nombreux et d'un caractère moins envabissant. Ce n'est pas l'essence de la maladie qui cbange; c'est le terrain sur lequel elle est semée. A cet égard les difiérences individuelles sont extrêmement accusées. Une morve aiguë d'apparence bénigne peut donner lieu, parla contagion, à la morve aiguë la plus intense ; et réciproquement, la contagion procédant de cette dernière peut ne s'exprimer que par des symplômes d'une grande bénignité relative. Ainsi, par exemple, il y a des cas où la morve aiguë ne s'accuse que par une éruption discrète dans une cavité nasale, sans jetage et sans glande et où le travail phagédénique s'arrête de lui-même pour faire place rapidement à une cicatrice. Lorsque la morve revêt ce caractère, elle est tout autant la morve que lorsqu'aucun de ses symptômes ne lui manque ; et si elle n'en a pas la gravité immédiate, si même les chevaux peuvent récupérer les apparences de la santé,, après une première' atteinte, ils n'en sont pas moins marqués d'un sceau fatal et les chances sont grandes pour que leur maladie, qui n'a subi qu'un temps d'arrêt apparent, fasse une nouvelle fois explosion et alors avec des caractères . d'une plus grande intensité.

Il en est de même quand l'éruption pustuleuse de la pituitaire n'est pas apparente, mais qu'il existe à la peau quelques ulcérations farcineuses discrètes, coïncidant avec l'écoulement par une narine d'un filet muco-purulent, et avec un engorgement ganglionnaire douloureux. La maladie qu'expriment ces quelques symptômes paraît ne rien être, surtout si on la compare avec l'appareil synqitomatique formidable de la morve complète; elle lui est identique cependant quant à sa nature; et tout autant contagieuse, elle peut être plus fertile en désastres, parce qu'on est moins en défiance contre elle. Si elle est moins grave en ce sens qu'elle est compatible avec la conservation de la vie et même avec la recouvrance de la santé apparente, il ne faut pas oublier que le principe du mal reste presiiue toujours en puissance dans un organisme de l'espèce chevaline une première l'ois infecté, et que, dans la grande généralité des cas, il y a toujours à craindre la réappnrition de la maladie avec toute la cohorte des symptômes et toutes les activités de la contagion.

Sans doute, il y a des exceptions à cette règle ; il y a des exemples de guérisons durables après une attaque de morve aiguë ; mais j'ai vu si souvent les apparences tromper en pareil cas, que je n'hésite pas à considérer comme suspect à perpétuité un cheval qui a subi une première atteinte de morve et qui en paraît actuellement complètement guéri. Voici, à cette occasion, un fait qui m'a été récemment communiqué par un vétérinaire des Vosges, M. CoUin, de Bulgnéville, et qui prouve qu'on ne saurait jamais se montrer trop prudent à l'égard des chevaux qui ont été morveux et pour lesquels le temps passé depuis leur guérison apparente semble être une garantie contre le retour de leur maladie. « En juin 1865, m'écrit M. CoUin, j'étais en train de pratiquer sur un cheval hongre, âgé de douze ans, l'opération d'une seime, lorsque ses propriétaires,, brasseurs à Wittel, me donnèrent comme renseignement qui pouvait m'intéresser qu'il y avait un an environ que ce cheval avait été guéri de la morve. Procédant à sou examen séance tenante, je constatai, en effet, des cicatrices de chancre sur la pituitaire, sans aucune trace actuelle ni de glande ni de jetage. En faisant part à ces messieurs de mes doutes sur la guérison complète de leur cheval, je les engageai à le surveiller, à le bien nourrir, à modérer son travail, pour

éviter, autant que possible, une récidive de la maladie qui ne disparaît le plus souvent qu'en apparence.

« Deux ans ajircs, mes prévisions auxquelles on n'avait pas ajouté grande créance se trouvèrent réalisées. Ce cheval fut abattu avec tous les symptômes de la morve confiiince. Au bout de deux mois, son voisin et compagnon de travail subit le môme sort et pour la même cause, après un traitement infructueux auquel ses propriétaires avaient désiré qu'il fût soumis. »

Peut-on citer ce fait comme un exemple de morve qui serait restée latente pendant trois ans, ou n'est-ce pas plutôt une récidive vérilable, c'esl-à-dire une réapparition do la maladie après son extinction complète? Il me paraît y avoir de fortes probabilités [lour la solution dons ce dernier sens, car pendant les trois ans que ce cheval a vécu, en communauté avec sept à huit autres, aucun cas de contamination ne s'est produit; tandis que, dès que les symptômes propres de la morve se sont manifestés de nouveau, la contagion est venue ajouter sa caractéristique essentielle à celle que ces symptômes constituaient déjà. Quoi qu'il en soit, ce fait est une nouvelle preuve que le cheval qui a été morveux est toujours une menace pour ceux qui cohabitent avec lui et que la prudence veut qu'on le maintienne isolé.

Du reste les faits, comme celui dont il vient d'être parlé, constituent une trèsrare exception et, dans la plupart des cas, lorsque la morve aiguë n'entraîne pas la mort, elle perd peu à peu de son acuité, pour revêtir les caractères chroniques sous lesquels elle peut persister sans aucune variation, ou qu'elle peut quitter pour se remontrer une nouvelle fois à l'état aigu.

C'est, en effet, une particularité remarquable de l'affection morvo-farcinense, sur laquelle nous avons déjà insisté du reste an chapitre de Vhistorique, que son état chronique a de la tendance à se raviver ou, pour mieux dire, (jue la cause d'oîi procèdent les lésions locales est toujours active, après une première manifestation, de sorte que leur évolution est, pour ainsi parler, toujours en trainel que, incessamment, des lésions nouvelles viennent s'ajouter aux anciennes. De cela les autopsies font foi d'une manière tellement fréquente que le cas contraire constitue une très-rare exception. Il est rare, très-rare, qu'à l'ouvertiu-e d'un cheval morveux de longue date et dont la maladie n'était caractérisée objectivement que par les symptômes de la chronicité, on ne constate pas dans les poumons, soit des abcès ditsmélastatiques, soit des îlots de pneumonie lobulaire, en voie d'évolution, et contrastant, les uns et les autres, par leur couleur rouge vif avec les teintes effacées des tubercules et des lésions d'ancienne foi'maiion. De même sur la pituitaire, il est rare qu'à côté des ulcéi'ations anciennes et des plaques cicatricielles indiquant un effort réparateur, on ne rencontre pas soit de nouveaux ulcères, soit même des plaies pliagédéniques nouvellement formées, dont l'injection des bourgeons et la turgescence des bords contrastent avec la décoloration et l'état «l'elfac-îment des chancres et des plaies d'ancienne date. Ce que l'on pourrait app. 1er le statu quo chronique ne se montre donc que trèsrarement. De fait, il est possible de mettre en évidence, expérimentalement, cette sorte d'instabilité de l'état chronique et de démontrer que, dans cet état, la condition formatrice des lésions spécifiques de la diathèse morveuse, est toujours active ou prête à agir. Il sulfit, pour cela, d'allumer la fièvre par une violente irritation locale : soit une blessure articulaire, par exemple ; soit une injection violemment irritante dans une cavité séreuse ; ou encore l'administration d'un purgatif drastique ou d'un toxique irritant. Sous l'influence du mouvement fébrile.

h movve s'avive, pour ainsi diie, et son acuité peut devenir telle qu'elle subisse une complète traiisformatiou et, qu'à l'autopsie, les lésions nouvelles soient piédominantes par leur étendue et leur intensité sur celles auxquelles elles sont venues s'ajouter. Les fatigues du travail sont susceplibles également de produire ces résultats à leurs différents degrés, comme en témoigne la fréquence des lésions aiguës sur les chevaux morveux, dont on utilise les Ibrces, tandis que sur ceux qui vivent en stabnialion, elles sont loin d'être aussi constantes.

Si nousrappelons, maintenant, que cette sorte de revivification de la morve n'est pas seulement accusée par les faits objectifs que les nécropsies permettent de constater, mais qu'après leur manifestation l'activité contagieuse devient plus grande qu'elle ne l'était avant, et cela est démontré expérimentalement, on comprendra qu'on ne saurait établir, dans la réalité, une distinction aussi tranchée entre les différents degrés de la morve que celle qui semble résulter des cadres que nous avons dû affecter à chacun de ses types, pour les besoins de la description. Dans la réalité, la morve aiguë, quand elle reste compatible avec la vie, passe à l'état chronique par des gradations plus ou moins lapides; et d'un autre côté, la morve chronique participe presque toujours des caractères de la morve aiguë, parce que de nouvelles lésions viennent incessamment s'ajouter aux anciennes, et dénoter ainsi l'activité continue de la cause qui détermine les actions irriiantes locales, d'oiJ procèdent les altérations anatomiques caractéristiques de la diathèse. En sorte, qu'en définitive, les deux états coexistent presque toujours et qu'ils ne sont nettement distincts, l'un de l'autre, que par exception et aux limites extrêmes de l'évolution : lorsque, d'une part, la morve aiguë est à sa période éruptive sur un organisme exempt de lésions antérieures; et que, d'autre part, l'état chronique est caractérisé exclusivement par des lésions d'ancienne date, expression d'une première et unique évolution (jui s'est décidément arrêtée et qu'aucune antre n'a suivie. Entre ces ileux limites extrêmes, les degrés sont nombreux où la diathèse morvo-farcineuse participe plus ou moins, dans ses modes d'e.vpression, des caractères qui sont propres l'espectivement à l'un et iî l'autre de ses deux types.

Pronostic. Les considérations qui précèdent doivent faire comprendre que la morve aiguë est une maladie d'une gravité suprême puisque, lorsqu'elle n'entraîne pas la mort immédiatement ou dans un délai tiès-prochain, elle reste incurable sous le type chronique qu'elle revêt, et que, sous ce type, elle conserve ses propriétés contagieuses, atténuées il est vrai, inférieures h ce qu'elles étaient sous lety[)e aigu, mais actives cependant, et d'autant plus dangereuses, comme condition de propagation, que la maladie se présente sous les apparences les moins accusées qui trop souvent la font méconnaitre.

Quant à la guérison de la morve aiguë, elle est sans doute dans les choses possibles, mais-à coup sur ce n'est qu'une très-rare exception. Dans la plupart des cas. ce que l'on considère comme une guérison n'est qu'un temps d'arrêt dans l'évolution extérieure de la maladie, et presque toujours, après un délai plus ou moins long, arrive l'échéance fatale, c'est-à-dire une nouvelle éruption extérieure, plus complète que la première, et qui, cette fois, est définitive, soit que le malade y succombe, soit que la maladie persiste avec les caractères de la chronicité.

Diagnostic de la diatlièse morvo-farcineuse. Le diagnostic de la morve sous la forme chronique ne présente aucune difficulté lorsque la maladie est confirmée comme le disait Chabert, c'est-à-dire, qu'elle est accusée par ses trois symptômes cardinaux à la fois : le chancre, le jetage et le glandage. De ces trois

symptômes le plus significatif est l'ulcère; il est rare qu'il existe seul et qu'en même temps que lui il n'y ait pas quelque modificatiou dans lu séci-rtion nasale et quelque noyau induré dans le paquet ganglionnaire, mais ce peut être cependant et, dans ces cas, l'ulcération seule, si petite soit-elle, qu'elle procède d'une pustule ou d'un tubercule, ou qu'elle consiste seulement dans la destruction de l'épilhélmm, l'ulcératiou seule suffit pour permettre d'affirmer la morve chronique. A fortiori s\, à côté d'ulcères actuels, .existe des plaques cicatricielles, signe d'ulcères antérieurs.

Le jetage n'a pas la même valeur diagnostique que le chancre et, quand il se manifeste seul, il laisse une grande prise au doute et à l'indécision. Mais cependant les présomptions sont bien fortes que l'on a affaire à la morve, quand les narines sont salies par une matière d'apparence poisseuse, adliércnte .à leur pourtour et agglutinant leurs poils; ou encore lor.-~que, par une seule narine, s'écoule, sans discontinuité, un liquide aqueux, entraînant de tcm|js à autre des grumeaux muco-purulents.

Quant à la glande de la morve chronique, son induration particulière, la di^position bosselée de sa surface et ses adhérences prolbudes constituent des caractères qui n'appartiennent qu'cà la morve et qui suffisent conséquemment, siiien pour autoriser toujours l'affirmation de l'existence de cette maladie, au moins pour permettre d'en différencier celles qui ont avec elle de certains caractères de ressemblance. Ainsi, par exemple, la collection purulente des sinus de la tète, d'un côté ou de l'autre, donne lieu à un jetage unilatéral, qui a de grandes analogies avec celui de la morve ; mais quand cette collection ne se rattache pas à la (liathèse morveuse, jamais les ganglions sous-glossiens ne présentent les caractères qui sont particuliers à cette diathèse. Ils peuvent être tuméfiés, ils le sont presque toujours, mais ils ne constituent pas une masse indurée, bossuée, adhérente au fond de la cavité sous-glossienne. De même pour les jetages consécutifs à la gourme, à la bronchite chronique, ou encore à des lésions locales, comme la carie d'une dent ou la fistule de la cloison nasale, consécutive à une lésion traumatique. Dans tous ces cas, on ne constate jamais de glande dans le sens propre qii'iliaut attacher à ce mot : les ganglions, s'ils sont tuméfiés, ce qui est ordinaire, ne donnent pas la sensation de l'induration caractéristique ; ils ne sont pas agi^lomérés en une seule masse adhérente ; on peut, par le toucher, percevoii' leurs différents lobes; enfin, ils restent mobiles dans la cavité sous-glossienne. Les caractères négatifs qu'ils présentent, à l'endroit de la morve, établissent la très-forte présomption que la maladie dont leur tuméfu;tion actuelle est le symptôme, n'a avec la diathèse morveuse que des analogies d'apparence, mais que, dans la réalité, elle en est complètement distincte. Par contre, si avec un écoulement nasal qui, par son aspect, ne semble pas devoir donner lieu à suspicion, coïncident l'engorgement induré de l'appareil ganglionnaire et les adhérences profondes de la tumeur bosselée qu'il constitue, le jugement inverse doit être formulé, et il y a heu de présumer que le jetage, malgré ce que semblent dire ces apparences, procède d'une source redoutable.

Dans les cas oîi les symptômes ne sont pas suffisamment accusés pour qu'il soit possible de formuler un diagnostic précis sur la nature d'une maladie, à l'égard de laquelle il y a des motifs de soupçonner sa nature morveuse, l'inoculation peut être un moyen très-efficace de résoudre la difficulté et il faut prendre de préférence, comme sujets d'expérience, le mulet ou l'àne qui sont bien plus impressionnables que le cheval à l'action du virus morveux et, conséquemment, peuvent

servir de réactifs plus sûrs. Quand l'inoculation, pratiquée dans ce but, donne uurésultat positif, plus de doute possible sur la nature de la maladie soumise à cette épreuve ; mais un résultat négatif ne devrait pas être considéré comme absolument, concluant dans le sens opposé, parce qu'il est possible qu'on ait affaire à un étal morveux, dont l'activité virulente est actuellement éteinte, ce qui n'empêche pas que cet état existe, recelant la coutagion eu puissance, et prêt à la manifester sous l'influence des causes qui peuvent en raviver la source, comme par exemple, le travail outré, le traumatisme très-douloureux, les inflammations viscérales. De fait, c'était une pratique autrefois très-usitée et qu'il est bon de ne pas laisser tomber en désuétude, d'administrer aux chevaux dits suspects un puro-atif drastique pour donner lieu, par l'excitation de la fièvre intestinale, à des manifestations plus accusées de l'état qu'on soupçonnait morveux ; et l'expérience a prouvé plus d'une fois que cette pratique ne laissait pas que de donner quelques bons résultats.

Somme toute, s'il existe des maladies qui ont avec la morve chronique quelques analogies objectives ; dans la plupart des cas, on parvient à distinguer l'une des autres, soit que les symptômes propres de la morve ne laissent effectivement aucun doute sur la nature de la maladie qu'ils expriment ; soit que les analogies qui résultent de quelques apparences se trouvent absolument contrariées par le mode d'expression d'autres symptômes concomilants. Dans tous les cas, l'inoculation, quand elle donne des résultats positifs, constitue un moyen absolu de lever tous les doutes ; négative, elle ne peut qu'é(;ablir nue présomption contre la nature morveuse de la maladie soumise à cette épreuve, mais elle n'a pas une signification rigoureuse et certaine, comme lorsqu'elle est positive.

Quant à la morve aiguë, les symptômes qui l'accusent sont généralement si nombreux et si expressifs, qu'il est rare que cette maladie soit méconnue par les hommes qui ont une expérience intelligente des choses. Cependant il est une autre maladie, celle-là franchement éruptive, qui, lorsqu'elle se manifeste avec une grande intensité, peut être confondue avec la morve aiguë, tant, à première vue, elle lui ressemble : cette maladie est le horse-poc. Il nous paraît donc utile d'en esquisser ici les traits principaux, afin de bien montrer les différences essentielles qui les distinguent sous les apparences de similitude qu'elles peuvent avoir, et de mettre ainsi les médecins en garde contre des méprises qui pourraient avoir les plus terribles conséquences, si, confondant l'éruption morveuse avec celle de la variole équine, on inoculait l'une pour l'autre comme préservatrice de la variole humaine.

La pustule cutanée da horse-pov est accusée, à sa période initiale, dans les endroits où la peau est dépouillée de pigment, par l'apparition d'une tache rouge qui ne tarde pas à former une petite saillie lenticulaire, donnant entre les doigts, lorsque l'on plisse la peau, la sensation d'une petite induration noduleuse; à mesure que cette saillie se développe, elle prend la forme d'un disque déprimé dans son centre et renflé sur ses bords, et elle revêt une teinte blanc grisâtre qui tranche sur la couleur rouge assez marquée de l'auréole dessinée autour d'elle. Les caractères fournis par les modifications de la couleur de la peau ne sont pas saisissables dans les endroits pigmentés, mais la pustule est identique dans sa forme à celle qui vient d'être décrite.

Cette disposition ombiliquée, qui est un des signes caractéristiques des pustules du horse-pox, comme de celle du vaccin, paraît résulter de ce que l'épiderme, que la sérosité soulève, reste plus adhérent au centre de la pustule qu'à sa cir-

conférence. Mais elle ne persiste pas longtemps; au bout de trois à quatre jours, la pustule, que l'on peut appeler greasienne, comme l'avait proposé Auzias- Turenne, en souvenir du nom sous lequel Jenner a désigné la maladie équine à laquelle il rattachait le cow-pox, la pustule greasienne commence à s'aplatir, et l'épiderrae épaissi et un peu desséché forme à sa surface une croûte qui fait relief au-dessus du niveau de la peau : croûte noire, ou grise, ou jaunâtre, suivant que le tégument est plus ou moins pigmenté. On pourrait croire, d'après cette apparence, que la pustule est arrivée à sa période de dessiccation; il n'en est rien. L'épiderme desséché à sa surface reste très-humide, du côté de sa couche profonde, pendant trois ou quatre jours après la disparition de la disposition ombiliquée, et il suffit pour le détacher d'exercer, sur la circonférence de la croûte qu'il forme, une légère traction soit avec l'ongle, soit avec le dos d'un bistouri. Cette croûte enlevée laisse à nu une petite plaie, très-régulièrement circulaire et finement granuleuse, déprimée en cupule, d'une teinte rose ou grise, de laquelle ne tarde pas à suinter, en grande abondance, après celte desquamation artificielle, un liquide séreux très-limpide, d'une couleur légèrement citrine, qui déborde la cupule et se répand sur la peau dans les parties déclives. Lorsque ce suintement se tiuùt, une croûte jaunâtre, irrégulière, produite par' la dessiccation de la sérosité, se forme à la surface de la plaie pustuleuse, à laquelle elle adhère à peine, et sous cette croûte, le suintement séreux continue quelque temps encore. Vers le huitième jour après la formation de la pustule, le produit de la sécrétion diminue sensiblement. Si la croûte Ibrmée par le dessèchement de l'épiderme n'a pas été détachée, la cicatrisation de la plaie pustuleuse s'opère sous elle, sans période de suppuration; le suintement séreux se tarit, l'épiderme, en se desséchant plus profondément, contracte une adhérence plus intune avec la couche superficielle du tissu de la pustule qui fait corps avec lui ; puis, au bout de quinze à vingt jours, cette croûte complexe, formée par l'épiderme et la superficie du corps muqueux, se sépare du tégument, en laissant à la place qu'elle occupait, une petite dépression recouverte par ime pellicule épidermique de nouvelle formation, à travers laquelle apparaît la teinte rosée du corps nmqueux cicatrisé.

Telle est la pustule greasienne, quand elle suit sa marche naturelle et qu'aucune circonstance extérieure ne vient la défigurer. Avec de tels caractères, elle diffère trop des boutons farcineux pour qu'il y ait possibilité de les confondre. Mais lorsque l'éruption du horse-pox s'est opérée sur une surface exposée à des frottements ou à d'autres violences extérieures, comme peuvent l'être les lèvres, dont les pustules sont souvent irritées ou déchirées au contact des aliments fdjreux ou du mors de la bride, il n'est pas rai*e de voir survenir des complications de lymphangites, de tuméfaction douloureuse des ganglions ;ymplialiques et même d'abcès multiples sur le trajet des vaisseaux entlammés et dans le groupe ganglionnaire auxquels ils aboutissent. Dans ces cas, les plaies pustuleuses prennent une apparence ulcéreuse; elles deviennent pyogéniques, s'agrandissent considérablement, et elles sécrètent en assez grande abondance un liquide mal lié, d'apparence huileuse, qui forme, en se desséchant, des croûtes peu consistantes et complètement détachées des surfaces qu'elles recouvrent. Si les pustules étaient confluentes, les plaies qui leur succèdent se confondent en une plaie unique, établie sur une base indurée, qui simule si bien le larcin, qu'on v a été trompé jusqu'en 1844, époque à laquelle nous avons établi le caractère différentiel de ce pseudo-farcin d'avec le véritable. De fait, l'apparition des cordons lym-

phatiques enflammés consécutivement à l'ulcération apparente des pustules, la formation d'abcès sur le trajet de ces cordons, enfin la tuméfaction des ganglions auxquels ces cordons aboutissaient, tout contribuait à donner au liorse-pox compliqué les apparences d'un véritable farcin.

L'éruption nasale du horse-pox peut aussi simuler la morve. Cette éruption s'annonce par une injection vasculaire qui donne à la pituitaire une teinte uniformément rouge; puis, sur ce fond injecté, on voit se dessiner de petites taches plus foncées, très-circonscriles, sur lesquelles l'épithélium ne tarde pas à être soulevé par l'accumulation d'une sérosité limpide. Autour de ces vésicules, trèstransparentes au moment de leur formation, existe une auréole inflammatoire Irès-vive, qui les met davantage en relief. Au bout de vingt-quatre heures, la sérosité qu'elles renferment se trouble, devient lactescente et leur donne une couleur jaunâtre ; puis l'épithélium qui foï-me leur enveloppe se déchire, cette sérosité s'échappe et la place occupée par la vésicule reste marquée par une petite érosion circulaire, d'un rouge vif et toute superficielle. En quelques jours, l'épithélium se régénère à la surface de ces dénudations qui disparaissent sans laisser de traces.

Ces vésico-pustules de la membrane nasale se rencontrent tantôt isolées et tantôt confluentes, soit sous le repli de l'aile interne du nez, soit sur la cloison, dans l'une ou dans l'autre narine, ou dans les deux simultanément. Il est assez ordinaire que leur évolution soit accompagnée d'un jetage muco-purulent jaunàUe, épais et glutineux, qui salit l'orifice des narines et en rend l'exploration plus difficile. Enfin, avec l'éruption nasale et la sécrétion catarrhale qui en est la conséquence, coïncide presque toujours la tuméfaction douloureuse des ganglions lymphatiques sous-glossiens.

Lorsque l'éruption nasale du horse-pox est très-confluente, accompagnée d'un jetage abondant, et qu'en même temps les symptômes généraux sont très-accusés, comme cela se manifeste assez souvent, l'identité du siège de cette éruption avec celui de la morve aiguë et la similitude de quelques-uns des symptômes propres à ces deux maladies peuvent conduire à des erreurs de diagnostic d'autant plus faciles, que la crainte qu'inspire la contagion de la morve empèclie souvent de bien voir et pendant assez longtemps, pour qu'on puisse se rendre un compte exact des choses.

Si le horse-pox, qui s'exprime exclusivement par une éruption nasale et les symptômes concomitants de jetage et de tuméfaction ganglionnaire, a de grandes analogies avec la morve aiguë, cette ressemblance devient plus grande encore Jorsqu'une éruption labiale s'est produite en même temps que celle des cavités nasales, et que les pustules des lèvres, agrandies et ulcéi'ées par le fait de violences subies, deviennent le point de départ de cordons lymphatiques enflammés. La ressemblance est si grande alors entre les deux maladies, que facilement on peut les confondre et que, de fait, longtemps on les a confondues, en ce sens que l'éruption du horse-pox a été longtemps considérée comme une des expressions de la diathèse morvo-farcineuse, ce qui avait conduit à admettre des variétés éphémères et, par conséquent, bénignes de la morve et du farcin.

En résumé, ce qui ressort des considérations qui précèdent, c'est la possibilité que le horse-pox confluent, avec les apparences ulcéreuses que peuvent revêtir les pustules labiales, soit considéi'é comme une éruption morvo-farcineuse, et, dans ce cas, aucune conséquence dangereuse ne pourrait s'en suivre, puisque l'erreur commise ne devrait avoir d'autre résultat que de détourner de toute ten-

DICT. EiNC. 2' s. X 10

tative d'inoculation à l'espèce humaine. Mais si le horse-pox compliqué peut être confondu avec la morve aiguë, d'un autre côté la morve discrète peut tromper par ses apparences bénignes et être prise inconsidérément pour une simple éruption greasienne. Là se trouve un danger redoutable, contre lequel on ne saurait trop se mettre en garde. J'ajouterai que, même dans les cas où le mode d'éruption du horse-pox ne peut laisser aucun doute sur sa nature, il est prudent de ne pas puiser indistinctement à toutes les sources pour les tentatives d'inoculation à l'espèce humaine. Les conditions qui nous paraissent indispensables pour justifier ces tentatives, c'est que les sujets qui doivent fournir le vivus soient très-jeunes, et que leur maladie soit discrète et exempte de toute complication de lymphangite. Avec l'organisme du cheval et les menaces de morve qui sont derrière toutes ses maladies, surtout quand il a subi l'influence épuisante du travail, on ne saurait prendre trop de précautions.

Anatowie pathologique. Nous devons considérer, maintenant, la diathèse morvo-farcineuse au point de vue de l'anatoraie pathologique. Les lésions qui procèdent de son principe et qui en sont une expression presque constante peuvent être rencontrées, on peut dire, dans tous les tissus, parce que le sang porte partout les conditions de leur manifestation. Mais on les trouve toujours davantage concentrées sur deux appareils : celui de la respiration, depuis le bout du nez jusqu'aux racines pulmonaires; et l'appareil tégumentaire externe, avec le tissu cellulaire qui lui est sous-jacent. Et, chose assez remarquable, il semble que l'im exerce sur l'autre une sorte de dérivation, en ce sens que, lorsque l'effort éruptif est très-considérable à la peau, il est plus faible sur la membrane respiratoire, et réciproquement. Toutefois, il est rare qu'on trouve l'appareil respiratoire absolument exempt de toutes lésions, quand il en existe à la surface cutanée; tandis qu'au contraire celle-ci peut n'en présenter aucune trace, alors que l'appareil respiratoire en est comme farci dans toute son étendue.

Avec les lésions de ces deux appareils coexistent inévitablement celles des lymphatiques qui en émergent et des groupes ganglionnaires auxquels ceux-ci aboutissent. Puis, comme lieux où les manifestations de la diathèse se produisent plus fréquemment que dans d'autres, il faut signaler la rate, le foie, le testicule et ses annexes, les membranes synoviales articulaires et tendineuses, l'appareil musculaire et le tissu osseux lui-même.

Ce que sont histologiquement les lésions de la morve et du farcin, M. J. Uenaut, qui a bien voulu nous prêter le concours de son expérience et de son habileté, va nous le dire dans les pages qui vont suivre; ici, nous ne voulons les présenter qu'avec leurs caractères objectifs les plus saillants.

Quand un cheval est abattu à la période initiale de la morve aiguë, on peut ne rencontrer, à la surface de la membrane nasale, que quelques ulcérations disséminées sur la cloison ou sur les cornets, toujours en plus grand nombre, cependant, dans la partie supérieure de la cavité que vers son orifice inférieur. Eu dehors des points où la destruction ulcéreuse a commencé, la membrane se présente avec une coloration rouge foncée, nuancée d'une teinte safranée, sur laquelle tranche la couleur noire des sinus veineux congestionnés. Mais pour peu que quelque jours se soient écoulés depuis la première éruption de la maladie, et, h fortiori, quand l'animal est mort de ses suites, la membrane nasale est le siège d'une grande destruction en surface et en profondeur, dont il est difficile de donner uns idée par une description. Toutes les ulcérations devenues con-

fluentes ont conslitué, par leur réunion, de vastes plaies, irre'gulièrement découpées sur leurs bords, interceptant entre elles quelques îlots encore intacts qui restent comme des témoins de ce qu'était la membrane avant sa destruction. Ces I plaies sont marbrées de teintes noires, jaunes, purpurines; elles se montrent inégalement bourgeonneuses et laissent apparaître, au milieu de leurs végéta- ,' tiens, le réseau veineux sous-jacent à la pituitaire qui est comme disséqué. Par , places, se détachent des lambeaux noirâtres de la membrane sphacelée, laissant à nu le tissu de la cloison cartilagineuse nuancé de la teinte verte caractéristique de sa nécrose. Dans d'autres points, le tissu de la muqueuse est converti en une sorte de déliquium jaunâtre ou lie de vin, qui résulte de sa désagrégation à la fois purulente et putride.

Même travail de destruction phagédénique peut être constaté sur la muqueuse

laryngienne et dans toute l'étendue de la trachée. Mais il est très-rare que celle

qui tapisse les cavités formées par les cornets et par les sinus de la tète soit le

siège d'une éruption pustuleuse et des ulcérations qui lui font suite. Lorsque, ce

qui est ordinaire, l'inflammation qu'on peut appeler morveuse s'empare de cette

membrane, elle y détermine un mouvement comme liypeitrophique, sliivi d'une

' sécrétion purulente abondante, mais jamais la destruction ulcéreuse et la déli-

".' * quescence purulente, qui se manifeste, comme fatalement, sur une grande

*"* étendue de la pituitaire, et ti'ès-fréquemment sur la muqueuse du larynx et de

»¥ la trachée.

^* Dans la morve dite chronique, la membrane pituitaire se montre aussi dé- '* truite en grande surface par des plaies ulcéreuses, résultant de la confluence f™* d'ulcérations primitivement isolées ; mais ces plaies ont un aspect qui dénonce ''™'^ l'activité moindre, et de l'inflammation dont elles procèdent, et de la cause qui tin préside à la destruction progressive des tissus enflammés. Elles ont une couleur 'S '•1' pâle, un peu jaunâtre, sur la(juelle tranchent, çàet là, quelques sugillations d'un rouge vif et un encadrement de même couleur formé par l'état plus congestif de ittfl la ligue des bourgeons qui les bordent à leur circonférence. De là aussi la plus HiieliM grande exubérance de ces bourgeons, qui sont un peu en relief au-dessus du icstp niveau des autres. Ceux-ci ne se présentent pas pourtant d'égal volume, et leur lefciti différence, à cet égard, donne lieu à un aspect anfractueux de la surface géné- Itili raie de la plaie. Leur consistance varie aussi : elle est d'ordinaire plus faible dans les points congestionnés que dans ceux où la décoloration dénonce une actiiu,!' vite moindre de la circulation. Enfin, il n'est pas rare de rencontrer, lorsque la cetlJi morve est ancienne, des plaques blanches jaunâtres, d'apparence fibreuse, plus s Ht 19 épaisses dans leur centre, d'oîi semblent se projeter, dans tous les sens, des prolongements inégaux qui leur donnent une disposition rayonnée. Ces plaques ne i,oii[(i sont manifestement autre chose que des cicatrices qui ont fini par se constituer, aliii à la longue, sin* des plaies primitivement ulcéreuses, dans lesquelles la tendance ik,t^. à l'ulcération s'étant éteinte, les bourgeons ont pu éprouver les transformations aféria qui les constituent à l'état de tissu cicatriciel. Lorsque la morve chronique •ânes' ravivée revêt m\ caractère aigu, ces plaques fibreuses rayonnées conservent leur Irjatt, aspect et leur consistance au milieu des tissus qui les entourent, et elles résisjjnjui tent, ])ar leur ténacité, à la désagrégation purulente et putride dont ceux-ci ijjjjlï deviennent immédiatement le siège sous l'influence du nouveau mouvement j(^ inflammatoire qui s'en est emparé.

j||i Dans la morve chronique, la membrane des sinus subit souvent do telles 0 transformations, qu'elle prend les apparences de l'épithélioma, et que des auteurs

italiens lui en ont attribué les caractères. En même temps, elle devient le siège d'une sécrélion purulente très-active, dont le produit remplit les cavités qu'elle tapisse et constitue l'une des sources, et des plus intarissables, du jetage abondant qui caractérise la morve. Mais cette membrane, au lieu de se détruire par un travail ulcérateur, comme la pituitaire, ne fait, pour ainsi dire, que s'hypertrophier morbidement, et peut finir par acquérir une telle épaisseur, qu'elle comble presque complètement la cavité des sinus où ne se trouvent plus ménagés que les interstices, par lesquels le pus, toujours activement sécrété, trouve ses voies d'écbappement vers l'orifice de communication avec la cavité nasale.

La muqueuse du larynx et celle de la tracbée peuvent présenter identiquement les mêmes lésions à leurs ditférentes phases, celle de la cicatrice y comprise, que la pituitaire elle-même. Inutile donc d'insister davantage sur ce point.

Quant aux caractères objectifs des autres lésions, viscérales, cutanées et ganglionnaires, notre collaborateur, M. J. Renaut, les a suffisamment indiqués pour que nous n'ayons rien à ajouter à sa description ; nous lui laissons donc la parole pour les retracer, ainsi que leurs caractères objectifs, et pour en donner la signification.

« Histologie pathologique de la morve équine. Les lésions anatomiques de la morve équine, bien qu'affectant des caractères tout à fait propres, si on les considère isolément, ont cependant, en pathologie comparée, de très-nombreux similaires. Les maladies virulentes spéciales à l'homme, la tuberculose et la syphilis, par exemple, présentent en effet avec la morve, dans leurs tendances anatomiques générales et dans la forme même de leurs lésions, des analogies qui, depuis Van Helmont, ont servi de prétexte aux parallèles. Les analogies de la morve et de la pyémie, affection commune à un grand nombre d'espèces animales, sont encore plus étroites. On conçoit donc facilement que les anciens auteurs aient discuté de l'identité d'origine des lésions syphilitiques et farciîieuses, qi:e d'autre part on ait considéré, dans ces derniers temps, les lésions morveuses comme impossibles à distinguer anatomiquement de celles de la tuberculose, et que l'on soit enfin tenté de considérer dans certains cas la morve, surtout inoculée à l'homme, comme un cas particulier de l'infection purulente •(Cornil et Ranvier. Man. dliistol. patholog., 1" part., p. 212 en note).

« La raison de ces rapports généraux, de ces analogies anatomiques ou cliniques, et de ces similitudes singulières qui semblent rapprocher parfois, jusqu'à les confondre, des affections absolument distinctes dans le fond, est, ce me semble, dans la morphologie essentiellement analogue de certaines maladies virulentes dont l'infection purulente est le type le mieux connu, et que l'on pourrait à la rigueur classer dans l'ordre suivant : la pijohémie, la morve, la tuberculose, la syphilis. Dans le groupe naturel ainsi constitué, l'on observe des tendances générales communes et des caractères différentiels. Des lésions initiales se produisent d'abord sous l'influence de la cause morbide (plaie, chancre nasal morveux, dépôt tuberculeux pulmonaire, chancre huntérien), puis apparaissent secondairement des lésions multiples, à forme métastalique, toutes caractérisées par la production d'inflammations ou de néoplasies disséminées, affectant la forme de nodules et qui constituent ce que l'on appelle la généralisation du mal. Ici commencent à se faire sentir, dans la forme et l'évolution des lésions, les différences spécifiques qui donnent à chacune des déterminations morbides du groupe sa physionomie particulière. C'est poui^quoi de si nombreuses confusions

ont été faites, et pourquoi, en particulier, de l'identité anatomiqiie primitive de certaines lésions on a conclu à l'identité originelle des maladies qui les déterminent. A mesui'e que l'anatomie pathologique générale et que la pathologie comparée feront des progrès, cette tendance à chercher dans les lésions elles-mêmes la caractéristique absolue des espèces morbides cessera d'avoir sa raison d'être, car jamais par elle-même une lésion n'est à proprement parler spécifique; elle obéit au contraire dans son évolution à des lois fixes, qui sont celles de la physiologie pathologique générale. Pour n'en citer qu'un exemple, les ulcérations chancreuses de la peau, dans le farcin et la syphilis, se font par un mécanisme très-analogue ; leurs tendances ultérieures seules les distinguent, et sont comme le cachet même imprimé aux lésions par la maladie générale qui les a fait naître. On voit ainsi que la plupart des productions syphilitiques tendent à la formation du tissu fibreux, et que le nodule morveux s'entoure d'hémorrhagies qui se caséifient avec lui, tandis que le nodule mélastatique de la pyémie passe à la suppuration avec une incroyable rapidité. C'est donc l'évolution dans un sens déterminé, la marche du processus bien plus que la structure initiale du nodule primitif formé de cellules indifférentes, qui trace ici la ligne de démarcation entre l'infection purulente, la morve et la syphilis.

« Nous avons cru nécessaire d'exposer ici brièvement ces considérations générales, afin de bien montrer au lecteur le sens que nous attachons à l'étude anatomique qui va suivre. Ces notions étaient également indispensables pour légitimer l'ordre que nous avons adopté. Nous commencerons, en effet, par l'étude des déterminations morveuses pulmonaires, pour finir par celle de lésions beaucoup plus précoces, telles que le chancre nasal, le bouton farcineux et leurs conséquences locales.

« Au point de vue purement anatomique, en effet, ces dernières lésions ne diffèrent pas sensiblement des ulcérations des muqueuses et de la peau, nées sous l'inlluence de causes morbides quelconques. Au contraire, les nodules métastatiques développés dans le poumon présentent, au plus haut degré, dans leur constitution et leur évolution, l'ensemble des particularités les plus saillantes des néoplasies morveuses : leur étude nous sei^ira conséquemment de type pour la description de toutes les autres^ qui deviendra ainsi beaucoup plus facile.

« Histologie pathologique des lésions pulmonaires dans la morve aiguë. No-^ dide ou tubercule morveux. (Tumeur morveuse meta statique.) Quand on ouvre le thorax d'un cheval sacrifié au cours de la morve aiguë, on voit à la surface du poumon, congestionné par places, les nodules morveux qui se montrent sous la plèvre, en formant des saillies arrondies. Généralement, le feuillet pleural qui les couvre a conservé sa transparence et laisse voir le nodule avec son centre d'un jaune opaque environné d'une zone mate, grisâtre, et, plus en dehors, d'une auréole hémorrhagique. La saillie du nodule s'accuse en même temps que le poumon s'affaisse, et si l'on pratique l'insufflation, la tumeur reste déprimée. Elle est donc imperméable à l'air. Quand on saisit entre les doigts le nodule morveux, il donne la sensation d'un corps solide, plongé dans le parenchyme

* Les productions métastaiiques de la tuberculose et delà syphilis sont aussi les meilleurs objets à choisir pour étudier l'évolution et les tendances des néoplasies tuberculeuses et syphiliti(|ues. C'est ainsi qu'on a décrit le tubercule des membranes séreuses et les tumeurs, gommeuses des divers tissus, et non ponit les ulcérations, comme types des productions tuberculeuses et syphilitiques.

pulmonaire. Il existe en effet, à ce niveau, une véritable hépatisation, dont le volume varie depuis celui d'un grain de chénevis jusqu'à celui d'un œuf de pigeon ou même d'un œuf de poule.

« Si maintenant on pratique, normalement à la surface pleui'ale, une coupe passant par le centre du nodule morveux, on voit, au centre de ce dernier, une tache d'un jaune vif, légèrement festonnée, entourée d'une zone grisâtre, sèche et brillante, qui périphériquement devient orangée par places et se fond enfin dans une vaste bémorrhagie qui entoure de taches noirâtres la lésion morveuse. Parfois deux ou trois nodules voisins sont devenus confluents. C'est ainsi que la lésion paraît s'agrandir pour former les grosses masses improprement appelées tubercules.

({ Rien, en effet, dans celte lésion ne rappelle les granulations tuberculeuses, ni les inflammations qui les environnent. Partout la surface de coupe est lisse, aucun grain n'y fait saillie à la manière des granulations tuberculeuses. Partout aussi, la section est sèche, friable, mais moins facile à dissocier qu'un point de pneumonie caséeuse, excepté au centre de l'îlot, où les grains jaunes agglomérés sont facilement désagrégés par le scalpel.

« Pour avoir une bonne idée de la constitution d'une pareille lésion, il convient: 1" d'y pratiquer des coupes après durcissement et 2" d'examiner après dissociation les éléments histologiques qui constituent par leur agglomération les trois couches concentriques de l'hépatisation morveuse*.

« A. Une coupe mince et égale du poumon, pratiquée perpendiculairement à la surface de la plèvre et au niveau d'un nodule morveux durci par l'emploi successif de la gomme et de l'alcool, est colorée pendant quelques minutes dans le picrocarminate d'ammoniaque et examinée dans le même liquide affaibli, ou dans la glycérine. On voit alors, au centre de la lésion, sous un faible grossissement, une série de grains rouges formant par leur confluence une grappe élégante. Au centre de cette grappe ou sur ses bords, on voit souvent une petite bronclie restée normale ou dont l'épithélium est desquamé, et dont les parois sont plus ou moins infdtrées de cellules embryonnaires. Lorsqu'on emploie un grossissement plus considérable, on reconnaît facilement que chaque grain rouge est constitué par une agglomération de globules blancs colorés par le carmin et remplissant exactement un alvéole pulmonaire. Plusieurs alvéoles voisins, remplis de la sorte, ■se confondent pour former la grappe, et généralement le nodule morveux renferme, au centre de chacun des festons dont il est entouré, un petit lobule pulmonaire oblitéré par des cellules embryonnaires, et dont les alvéoles sont dépouillés de leur endothéliuni.

« Cette .sorte d'îlot de pneumonie lobulaire est ordinairement opaque à son centre. A ce niveau, les globules blancs qui remplissent les alvéoles sont plus difficiles à colorer par le carmin, leurs contours sont moins distincts et ils sont plongés dans une masse granuleuse qui en masque les détails. A la périphérie, au

• Le maniement des pièces anatomiques provenant des animaux morveux présentant un ^rand danger, il convient d'opérer de la manière suivante pour en pratiquer l'examen : la pièce enlevée est partagée en deux fragments de 1 ou 2 centimètres de côté, l'un est plongé dans l'alcool fort (à Sd-" de Cartier), l'autre dans le même liquide, additionné de 2/Ô d'eau distillée. Au bout de deux ou trois jours, ce dernier pourra être facilement dissocié et servira à l'examen des éléments. Ces fragments plongés dans l'alcool seront au bout de 24 heures lavés dans une solution d'acide picrique, plongés pendant 24-48 heures dans une solution sirupeuse de gomme arabique et remis enfin dans l'alcool pendant 48 heures. On y pourra alors iaciiement pratiquer des coupes.

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