I^AU
contraire, les globules se colorent vivement et sont probablement doués d'une grande activité. Leurs noyaux , de forme bizarre , bi ou multilobés , sont en voie de bourgeonnement. Ce fait est important, car il montre qu'au sein de la lésion métastatique morveuse, les cellules embryonnaires gardent pendant longtemps leur vitalité ; le bourgeonnement s'observe en effet dans certains points des lésions même anciennes de la morve subaiguë ; dans l'abcès métastatique de l'infection purulente, qui se montre dans le poumon avec une physionomie trèssemblable à celle qu'affecte le nodule métastatique morveux, les cellules embryonnaires perdent, au contraire, très-rapidement leur vitalité, et se transforment presque -aussitôt en corpuscules du pus. La tendance au passage cà l'état [urulent paraît donc moins intense dans les productions métastiques de la morve équine que dans celles de la pyohémie.
« B. Tout autour de la petite .grappe ou nodule que nous venons de décrire s'étend une nappe translucide, très-analogue, au premier abord, à un îlot de pneumonie colloïde. Les alvéoles, dépouillés de leur endothélium, sont remplis à ce niveau par une masse d'un jaune verdàtre et qui, à un faible grossissement, pai'aît homogène; un certain nombre de globules blancs y sont englobés et forment, sur quelques points, des sortes d'îlots. Sur les coupes examinées dans le picrocarminate affaibli, l'on reconnaît facilement que la zone colloïde qui nous occupe est formée par une hémori'hagie ancienne; la substance qui oblitère les alvéoles est en effet constituée par de la fibrine soit granuleuse, soit tibrillaire, par des globules rouges serrés les uns contre les antres et plus ou moins décolorés, et enfin par des globules blancs. Si l'on dissocie ces masses hémorrhagiques, on y rencontre, outre les éléments anatomiques précités, de grosses cellules rondes chargées de pigment sanguin. Ces cellules ne sont autre chose que les cellules endothéliales du poumon qui, devenues actives et globuleuses, sont rendues par cela même capables d'englober les globules rouges et de les détruire, •comme on l'observe d'ailleurs dans toutes les hémorrhagies pulmonaires, d'origine quelconque.
« C. Enfin, à la périphérie de cette zone hémorrhagique translucide, on observe luue couronne d'hémorrhagies toutes récentes, semées de place en place, comme^ >des points, tout autour de la lésion. En dehors de ces points hémorrhagiques confluents, le poumon redevient perméable, mais jusqu'à une certaine distance, il est non-seulement hypérémié très-fortement, mais encore son parenchyme est le siège de petites hémorrhagies miliaires. Les vaisseaux veineux sont, par places, extrêmement dilatés. Au pourtour du nodule, ils sont souvent entourés de globules blancs sortis par diapédèse. Plusieurs enfin, dans la zone hémorrhagique périnodulaire, sont oblitérés par des caillots ^
« Il résulte de ce qui précède que la lésion métastatique de la morve aiguë est
' Quelques auteurs ont supposé que ces caillots avaient une origine embolique (Ravitsch, Vircliow's Archiv, t. XXIII, p. 42). Mais Leisering (cité par Virchow, loc. cit., p. 5il) a vu que les vaisseaux du nodule morveux sont toujours perméables aux injections.
aiiatoniiquement très-semblable au nodule de la pneumonie métastalique de la pycmie. Elle en diffère néanmoins considérablement par son peu de tendance à passer à la suppuration. Toujours enfin le nodule morveux est entouré d'une nappe hémorrhagique qui s'accroît à sa périphérie par des exsudations sanguinessuccessives et qui se caséifie au centre. Cette tendance aux hémorrhagies, commune aux inflammations tuberculeuses, pyémiqueset morveuses, paraît atteindre dans la morve équine son plus haut degré d'intensité. Quant à la ressemblance du nodule morveux avec la granulation tuberculeuse naissante, elle est im peu plus éloignée. Parfois cependant les granulations apparaissent en grappes, au milieu d'une masse colloïde, formée par un exsudât fibrineux englobant des éléments cellulaires d'origine endothéliale (pneumonie catarrhale fibrineuse tuberculeuse, (Ranvier). Mais, d'une part, l'hémorrhagie proprement dite manque alors le plussouvent, et de l'autre, la grappe de granulations tuberculeuses, confluentes, loin d'être formée de cellules indifférentes actives, à noyaux bourgeonnants, comme celles du nodule morveux, est constituée par des cellules soudées les unes aux autres, englobées, dès le début, dans une masse granuleuse, et rapidement privées de leur vitalité propre. Nous avons vu que les granulations morveuses n'ont nullement ces caractères. Le seul point commun aux nodules de la morve et à ceux du tubercule, c'est leur forme nodulaire elle-même (comparez avec l'article Granulations morveuses. In Manuel d'hist. pathol. Cornil et Ranvier, p, 2H-215, 1" partie).
« M. Mïchoyv (Traité des tumeurs, t. H, p, 554.Trad. Aronssohn. 1869), en rangeant les tumeurs morveuses dans son ordre des Gramdomes, avait entendu simplement exprimer par là que, le plus souvent, la morve tend à engendrer des productions analogues auxnéoplasies inflammatoires. Les auteurs qui, comme M1\I. Cornil et Trasbot, ont rapproché la morve de la tuberculose, avaient été surtout frappés de l'évolution générale des tumeurs morveuses, similaire par plusieurs points de celle des tubercules. On observe, en effet, dans la morve équine suraiguë une généralisation rapide et complète, dans laquelle tous les nodules métastatiques sont du même âge et très-Jeunes. Dans les formes chroniques, au contraire, on remarque, à côté de lésions toutes l'écentes, des nodules morveux plus avancés, et d'un autre côté des cicatrices. L'éruption morveuse se fait donc, dans ce cas, en plusieurs temps, comme celles des tubercules danslaphthisie chronique. De même que la tuberculose, la morve peut aussi être aiguë d'emblée, ou de l'état chronique caractérisé par des poussées successives, repasser à l'état aigu. Ces ressemblances justifient assez les comparaisons qu'on a voulu faire, et si les considérations générales, que nous avons exposées au début de ce paragraphe, ne sont pas erronées, on comprendra facilement qu'il existe entre deux maladies aussi voisines de pareilles similitudes d'évolution.
(' D'un autre côté, s'il est démontré que l'injection d'un pus non suspect dans les veines du cheval (Renault et Rouley, Rec. de méd. vétérinaire prat., 1840, p. 257) peut produire, chez cet animal, l'apparition d'une morve légitime; si, comme le pense M. Cornil [loc. cit., p. 212, en note), la morve équine, inoculée à l'homme, produit parfois simplement chez lui les lésions de l'infection purulente; et si, enfin, comme l'a observé M. Gubler (communie, orale avec observation à l'appui) ^ l'infection purulente peut prendre, chez certains ma-
*Nous devons à l'obligeance de noire savant maître M. le professeur Gubler la communication de ce fait intéressani. Un nommé Joseph ... présente à la suite d'une plaie envenimée: de la main gauche tous les accidents symptomatiques du farcin aigu. Cependant le pus pro-
MORVE. 15r»
lades, toutes les apparences de la morve, ou ne s'étonnera pas de voir les nodules morveux se montrer, auatomiquemeiit, si peu diflérents des nodules métastatiques de lapyémie, et l'on sera amené à conclure qu'on a affaire à deux intoxications très-voisines, causées par un agent virulent différent, mais qui devient l'origine de réactions pathologiques similaires. Cette hypothèse, qui cadre seule maintenant avec les faits anatomiques aussi bien qu'avec les faits cliniques observés jusqu'ici, pourrait être formulée provisoirement en disant qu'au point de vue anatomo-palhologique les lésions de la morve aiguë sont le résultat irnn mode imrticulier de l'infection purulente.
« Lorsque l'animal atteint de morve aiguë succombe aux progrès de l'infection, les lésions précitées sont les seules qu'on observe dans le poumon; quand la maladie revêt la forme subaiguë, ces lésions subissent une évolution régulière qui s'accompagne d'un retentissement inflammatoire portant sur l'appareil brouchio-pulmonaire, et qui est au nodule morveux ce qu'est la pneumonie tuberculeuse chronique à la granulation miliaire du poumon.
« Mode d'évolution des nodules morveux pulmonaires, péribronchite, sclérose du poiimo7i. Nous avons vu qu'au bout d'un certain temps apparaît un point caséeux au centre des nodules morveux pulmonaires. Ce point peut s'agrandir et envahir le nodule entier ; l'atmosphère hémoi'rhagique est atteinte à son tour, l'ensemble de la lésion se l'amoUit et se vide dans une bronchiole, formant ainsi une excavation très-analogue aux cavernes tuberculeuses. Plus fréquemment, la disparition du nodule morveux s'effectue par un autre procédé, et, dans les poumons des chevaux affectés de morve chronique, nous avons vu l'évolution de la lésion se faire de la manière suivante :
« On sait que le nodule de la morve siège souvent immédiatement au-dessous de la plèvre. Cette séreuse ne paraît pas sensiblement modifiée par le voisinage de la lésion ; tout se passe au-dessous de la couche élastique épaisse qui la double profondément. A la place de la grappe morveuse, formée de cellules embryonnaires, on voit peu à peu se former un tissu conjonctif jeune et délicat, assez semblable au tissu muqueux, et parcouru par des vaisseaux embryonnaires et des lymphatiques dont la coupe se montre sous forme de fentes étoilées. En un mot, le nodule morveux se comporte comme un bourgeon charnu; il s'organise en tissu conjonctif qui, occupant sa place, se dirige vers les nodules plus profonds en formant une bride celluleuse, sorte de cicatrice rameuse étoilée sur ses bords. Tout autoiu' de cette cicatrice, on voit les restes de la zone hémorrhagique plus ou moins moditiée, et dont les éléments constitutifs, devenus granuleux, ne sont plus reconnaissables que sur certains points.
« Le tissu pulmonaire commence, dès lors, à se modifier; tout autour de la bande cicatricielle, on voit les alvéoles pulmonaires, d'abord remplis de grosses cellules endotliéliales gonflées, s'aplatir en même temps que les travées interalvéolaires s'épaississent et se chargent de cellules embryonnaires; enfin de compte, elles se transforment en espaces du tissu conjonctif ^ De cette façon, la
venant des abcès articulaires de cet liomme est inoculé sans succès au cheval par MM. Bouley etReynal. Que conclure d'un pareil fait si ce n'est avec M. Gubler « que des aflections semblables à la morve et au farcin peuvent être eng^endrées |)or des causes banales ou des causes spécili()ues étrangères au virus hippique ». Dans le cas présent il s'agissait d'un mode particulier d'évolution de l'inlection purulente.
' Le mécanisme de cette transformation est le même que celui décrit par Thaon (Thèse inaug., 1872), autour des tubercules du poumon de l'homme. C'est d'ailleurs ainsi que s'ef-
ibi MORVE.
zone hémorrhagique disparaît peu à peu, en mémo temps que s'épaissit la bride celluleuse; un travail analogue s'effectue dans tous les points du poumon où existaient, soit de petites nodules, soit des points hémorrhagiques, et comme ces points sont très-nombreux, il en résulte que le poumon de l'animal affecté de morve chronique est, en même temps, sclérosé par places, semé d'hémorrhagies en voie de transformation ou récentes, enfin de nodules morveux naissants ou enîtièrenient formés.
« Une inflammation chronique très-analogue à celle qui se fait autour des •cicatrices se produit autour des bronches de petit calibre dont les parois deviennent embryonnaires et au pourtour desquelles le poumon se transforme eu tissu fibreux. Cette péribronchite donne à la coupe des fins canaux aéi^iens une forme festonnée ou étoilée, et s'accompagne aussi d'un certain degré de catarrhe bronchique. Les bronchioles renferment alors des bouchons de mucus semés de globules de pus et de cellules épithéliales à cils vibratiles, plus au moins modifiées et desquamées.
« Le parenchyme pulmonaire présentant, outre toutes ces lésions, des points de •congestion très-nombreux, et devenu emphysémateux par places, est, on le voit, très-altéré. Nous ferons remarquer, en terminant, que, même à cette époque ■éloignée, où l'influence des lésions secondaires semble prédominer, la tendance à la congestion et à l'hémorrhagie, qui est comme la marque de la morve, est tout aussi évidente qu'au début. D'un autre côté, le retentissement de la poussée morveuse porte principalement sur les bronches ; les voies lymphatiques ne paraissent pas, au contraire, sensiblement affectées par l'épine morveuse implantée ■dans le parenchyme pulmonaire, car les gros troncs lymphatiques, satellites des bronches et des vaisseaux sanguins, ne sont, ordinairement, ni enflammés ni anormalement dilatés.
(( Inflammations nodulaires des muqueuses, ulcérations morveuses. Les inflammations morveuses des muqueuses, surtout fréquentes au niveau des voies respiratoires, offrent un nouvel exemple des tendances générales imprimées par la morve aux phlegmasies qu'elle détermine. Ces inflammations, ea effet, sont disposées par nodules, s'accompagnent d'énorme congestion, d'exsudation fibri- •neuse abondante et d'hémorrhagies ; elles aboutissent en fin de compte à la mort lente des éléments du nodule morveux par un mode particulier d'évolution que nous allons décrire, et deviennent ainsi le point d'origine des ulcérations spécifiques.
« Si l'on ouvre le larynx et la trachée d'un cheval atteint de morve aiguë, •on voit parfois la muqueuse ulcérée par points. Ces ulcères sont le diminutif du chancre nasal depuis longtemps formé. Mais l'origine de la lésion se trouve dans de petits nodules isolés ou confluents, gros chacun comme un grain de millet ou de chènevis, et qui font saillie à la surface de la muqueuse comme un bouton naissant proémine sur la peau. Au pourtour de ces nodules ou des nappes qu'ils forment par leur agglomération, la muqueuse est épaissie, trèscongestionnée et dure. A la coupe, le tissu crie sous le scalpel, et, dans l'épaisseur de la membrane, on voit de petits points jaunes, gros comme des têtes d'épingle, à section lisse et sans saillie. De leur pourtour irrégulièrement ar-
f ectue dans tous les cas la sclérose pulmonaire, ou transformation du tissu pulmonaire en tissu libreux. 'Ihéoriquement du reste un alvéole pulmonaire est l'analogue d'un espace du tissu conjonctif Kanvier).
rondi partent des ramifications qui, à l'œil nu, paraissent formées de la même substance jaunâtre et sèche que l'amas nodulaire lui-même, et dont les branches s'enfoncent dans toutes les directions pour s'anastomoser avec leurs similaires émanées de la périphérie d'un nodule voisin. Une coupe de la muqueuse aérienne semble de la sorte cloisonnée par un réseau de substance jaunâtre ou d'un gris rosé, présentant des points nodaux jaunes et caséeux.
« En même temps, on remarque, entremêlées avec ces ramifications jaunes, des nappes héniorrhagiques offrant également une disposition irrégulièrement étoilée. Au centre de nombre de ces étoiles, on voit les artérioles et les veinules considérablement dilatées. Le tissu adipeux sous-muqueux est dur et semé de lésions absolument analogues à celles de la muqueuse.
« Sur des coupes perpendiculaires à la surface de la muqueuse, pratiquées sur cette membrane convenablement durcie, et colorées au picrocarminate ou à la purpurine, on peut suivre pas à pas l'évolution de l'inflammation morveuse^.
« Au niveau de chaque nodule, on voit les vaisseaux extrêmement dilatés ; le derme muqueux est infiltré d'éléments jeunes, de cellules embryonnaires tout ù fait identiques avec les globules blancs du sang. Ces éléments sont englobés dans un réticuluin fibrineux, et mêlés d'un nombre plus ou moins considérable de globules rouges du sang. Ç;i et là, à la périphérie ou même dans l'intérieur de l'ilot, se voient des hémorrhagies véritables.
« Ici donc, comme dans le poumon, nous sommes en présence d'une petite inflammation qui, affectant la forme nodulaire, est accompagnée d'hémorrhagie. Le mode suivant lequel s'est effectuée l'infiltration des globules blancs est seulement un peu différent : cette infiltration s'est accompagnée d'exsudation fibrineuse^ et la présence de la fibrine jouera un rôle important dans l'évolution ultérieure de la lésion.
« En effet, le nodule, resté stationnaire, subit, ainsi que les nappes héniorrhagiques qui l'environnent, une série de modifications particulières à toutes les inflammations qui s'accompagnent d'exsudat fibrineux. La fibrine devient granuleuse et granulo-graisseuse ; les cellules embryonnaires, dont les noyaux ont hourgeoimé, donnent naissance à de très-petits éléments qui meurent à leur tour, «t la lésion tout entière devient un corps étranger englobé dans le derme. Les vaisseaux qui traversent le nodule deviennent le siège de thromboses, la circulation est interrompue, et l'élimination doit avoir lieu. On voit alors avec un fort grossissement, au niveau de l'inflammation morveuse, des îlots ou des nappes qui ont conservé la forme primitive de celle-ci et au sein desquelles tout est devenu granuleux. On ne peut plus désormais reconnaître exactement ni les éléments cellulaires, ni les réseaux de fibrine, ni la substance fondamentale du tissu conjonctif ; tout s'est réduit en granulations irrégulières, colorées en rose par le carmin comme toutes les substances résultant des transformations de la fibrine à l'abri de l'air. Çà et là sont des coupes d'artérioles arrondies, dont l'aire est remplie par un coagulum devenu uniformément rose, ou offrant l'aspect colloïde et renfermant des globules blancs atrophiés.
« Nous avons dit que les inflammations nodulaires de la morve siègent aussi
* Il est avantageux de suivre, pour l'étude des muqueuses, absolument la même méthode que pour le poumon.
* Les anatomo-pathalogistes allemands ont donné à ce processus le nom de Uiphthériiique, créant ainsi une contusion regrettable entre la Diphthérie et certains modes particuliers d'inflammation à tendance gangreneuse dont le phlegmon diffus est le type.
bien dans le tissu adipeux sous-muqueux que dans le derme muqucux lui-même Les vésicules adipeuses sont alors séparées par des bandes de globules blancs englobées par de la fibrine ou par des bémorrhagies.
« De là résulte l'aspect comme rameux du tissu adipeux ; de là aussi sa dureté, qui atteint celle de la graisse congelée et qui détermine la saillie de la lésion à la surface de la muqueuse sous forme d'une plaque solide et compacte.
« Tout autour de pareilles lésions, surtout quand plusieurs points d'inflammation sont très-voisins et deviennent confluents, la muqueuse restée saine réagit et devient le siège d'une inflammation diffuse qui n'est d'ailleurs qu'une lésion de retentissement.
« Le derme muqueux est alors partout infdtré d'éléments embryonnaires; les glandes en grappe qu'il contient disparaissent de la même façon que dans toute muqueuse enflammée ; mais nous ne les avons point vues nettement devenir l'origine des nodules morveux. Au bout d'un certain temps, les vaisseaux lympbatiques se dilatent et s'irritent. Il se produit dans les artérioles qui avoisincnt la lésion un processus d'endartérite oblitérante, et enfin, le foyer nécrosique grossissant et s'approcbant sans cesse de la surface, l'épitbélium desquame, tombe, et une ulcération se produit.
« Cette ulcération constitue le chancre morveux, car elle est identique dans la trachée et dans les fosses nasales. Elle est atone, car elle repose sur un fond formé par une inflammation fibrineuse dégénérative, et, pour la même raison, lorsque l'ulcère est large, il devient gangreneux. Aucun élément de vitaUté n'existe, en effet, dans l'inflammation morveuse passée à l'état granuleux. Graduellement, la masse subjacenle à l'ulcère se désagrège, et ce dernier se creuse à pic profondément. Il peut aussi s'agrandir, parce que de nouvelles inflammations nodulaires se forment à son pourtour ou dans son voisinage; c'est ainsi qu'on a pu dire que les bords de l'ulcère se semaient parfois de granulations morveuses de nouvelle formation; mais, on le voit, rien ici ne rappelle l'évolution des granulations tuberculeuses des muqueuses auxquelles on a assimilé les nodules morveux, et le défaut de participation active des glandes à la formation de ce dernier constitue encore ici un caractère différentiel important.
« Lorsque l'ulcère est ancien, comme il arrive pour le chancre des narines, il a souvent tous les caractères d'une ulcération atone ordinaire : son fond est sanieux, lisse, et formé par une couche de désintégration, sans grande tendance à la formation des bourgeons charnus. Autour de ces vieux ulcères, la muqueuse est chroniquement enflammée, et ses cellules fixes prolifèrent assez activement. II en résulte que cette membrane est plutôt mince et assez analogue à un point de cicatrice, que tuméfiée, comme au début au voisinage de l'ulcère. Les caries osseuses ou cartilagineuses, les ostéophytes, etc., qui se montrent quelquefois au niveau des chancres larges et profonds, sont aussi des lésions de pur retentissement, qui n'offrent rien de spécial et qui ne nous arrêteront pas.
(( Sécrétion de l'ulcère, jetage. La muqueuse des fosses nasales, du larynx ou de la trachée, chroniquement enflammée dans ses parties profondes, est aussi irritée superficiellement. Dans une certaine zone, autour de l'ulcère, l'épitbélium se renouvelle avec rapidité, et entre les cellules cylindriques à cils vibratiles qui le composent on voit de nombreux globules blancs interposés. D'un autre côté, les glandes muqueuses englobées dans le derme enflammé sont irritées consécutivement : leurs cellules caliciformes se montrent granuleuses comme celles d'une glande sous-maxillaire épuisée par l'excitation
de la corde du tympan, tandis qu'elles sont claires sur une muqueuse saine. Il est pi'obable qu'au voisinage de l'ulcère elles fonctionnent activement. Leur sécrétion abondante et visqueuse, contenant de nombreux globules blancs englobés dans la mucine, s'étale à la surface de la muqueuse. Le liquide abondamment produit ainsi au niveau des ulcérations des narines s'écoule au dehors et constitue un symptôme important de la morve équine, le jetage, agent actif de la contagion comme la plupart des muco-pus nés sous l'influence des maladies virulentes.
« Bouton farcineux. Les lésions cutanées que l'on observe régulièrement dans le farcin ont, avec les lésions morveuses des muqueuses, la plus grande analogie. Le bouton farcineux est, en effet, une inflammation nodulaire, fibrineuse, et à tendances hémorrhagiques marquées. Il est l'origine du chancre farcineux. Dans l'épaisseur du derme, au début, on voit au milieu d'une inflammation diffuse intense, et qui ne diffère point de celle de la peau envahie par l'érysipèle, par exemple, des nodules irrégulièrement arrondis ou lobés formés de cellules embryonnaires très-vivantes et très-actives, à noyaux boui^geonnants €t fixant énergiquement le carmin. C'est souvent dans la profondeur du derme, dans la région des glandes sudoripares qu'on voit se produire ces petites inflammations ponctuées, mais elles ne paraissent pas avoir leur origine dans les éléments glandulaires qui sont souvent fort peu modifiés dans l'intervalle de deux nodules voisins. Les vaisseaux sont très-dilatés, et de place en place on peut voir des hémorrhagies interstitielles ponctuées, ou des points d'exsudation fibrineuse dus à l'œdème inflammatoire très-intense qui se produit alors.
« Graduellement, les nodules inflammatoires s'agrandissent, deviennent confluents, et enlin caséeux à leur centre. Sur une coupe du derme, on voit alors à l'œil nu des îlots jaunâtres, multilobés, faciles à désagréger, entourés d'une zone rose et translucide formée par les éléments jeunes. Le tissu du derme €st homogène et transparent à cause de l'inflammation diffuse dont cette membrane est le siège; il est friable parce que l'inflammation diffuse s'est accompagnée de la disparition de la substance fondamentale du tissu conjonctif et de la fonte des réseaux élastiques. Absolument privé de sa solidité, le chorion, traversé par des artères enflammées et dont le calibie s'est considérablement rétréci, se trouve ainsi favorablement disposé pour la production de l'ulcère. — Ce dernier se forme par le mécanisme suivant. Le nodule farcineux profond, ramolli à son centre, s'accroît à sa périphérie par l'adjonction de nodules nouveaux qui se confondent avec lui. Il se rapproche de la sorte delà surface delà peau, et, quand la zone embryonnaire qui l'entoure a atteint le corps papillaire, le nodule se comporte comme un abcès dermique, et l'ulcération se produit.
« Il en résulte une sorte de chancre anfractueux et taillé à pic, dont la cavité irrégulière est comme le moule des nodules confluents et ramollis dont les éléments ont été expulsés sous forme de pus. Ultérieurement, l'ulcération se comporte absolument de la même manière que celle des narines, n'offrant ainsi que peu de tendance à la réparation. Nous avons vu, d'autre part, que la tendance la plus marquée des éruptions morvo-farcineuses est de se produire par poussées successives, de telle sorte, que l'on trouve régulièrement dans des points de la peau voisins d'un bouton farcineux des nodules naissants et des productions cicatricielles, vestiges d'inflammations antérieures complètement évoluées. En un mot, des lésions identiques, mais d'âge différent, se trouvent constamment dans la peau des animaux farcineux.
« La dermite diffuse qui accompagne la production du bouton farcineux modifie profondément la peau et retentit nécessairement sur le système lymphatique. Les lymphatiques de la peau s'enflamment, servent très-probahlement en outre à la généralisation, et, de distance en distance, deviennent le siège de petits nœuds formés de cellules embryonnaires, qui ne sont autre chose que des nodules morveux au début. Ce mode d'extension par les lymphatiques rappelle d'une manière frappante la marche de la tuberculose inoculée, et n'est point non plus sans analogie avec certaines formes de lymphangite cancéreuse.
« Adénite morveuse, glandage. fje retentissement des lésions de la peau et des muqueuses sur les ganglions est très-remarquable dans la morve. La tuméfacliou des glandes lymphatiques sous-glossienncs constitue même avec le chancre nasal et son résultat immédiat, le jetage, la triade symptomatique caractéristique de la morve équine.
« Dans la morve très-aiguë, l'adénite consiste purement et simplement dans une inflammation diffuse et intense du ganglion, et les caractères histologiques de cette inflammation n'offrent rien de spécial à la morve. Les mailles du tissu réticulé sont gorgées de globules blancs très-actifs, les cellules fixes des trabéculesdu stroma ganglionnaire se tuméfient, leurs noyaux se divisent, et, au bout d'un certain temps, la cellule endothéliale se trouve transformée en une plaque à noyaux multiples. Les lymphatiques intra-ganglionnaires sont enflammés, et leur endothélium se tuméfie et desquame. Enfin, de petits points purulents apparaissent en premier lieu au niveau des follicules, et résultent de la mort sur place des globules blancs accumulés. Dans les ganglions recueillis sur des chevaux affectés de morve chronique, on retrouve des traces certaines de celte inflammation intense du début. Les ganglions sont denses, lourds, homogènes. A la coupe, ils se comportent comme une masse caséeuse. La surface de section est sèche, striée de lignes ardoisées qui dessinent les cordons folliculaires et le pourtour des follicules. Cette masse caséeuse est constituée par le passage à l'état graisseux de la plupart des cellules lymphatiques, qui, dans la période aiguë gorgeaient le tissu réticulé. Au microscope, les follicules du ganglion sont trèsnets, ronds, et contiennent une quantité considérable de cellules lymphatiques encore vivantes, qui se teignent en rouge vif par le carmin; mais la substance médullaire et les cordons folliculaires ont subi sur la plupart des points la transformation caséeuse complète ; leurs cellules fixes ne se colorent plus que faiblement par le carmin ou restent incolores, et dans leur protoplasma devenu graisseux, nombre d'entre elles renferment des grains de pigment noir, vestiges des globules rouges épanchés au moment de la poussée suraiguë du début. C'est à la présence de ce pigment que sont dues les stries noirâtres qui sillonsient la surface de coupe.
« Les vaisseaux sanguins du ganglion, gorgés de sang à sa périphérie, sont oblitérés par des caillots devenus granulo-graisseux dans les parties caséeuses. Le tissu conjonctif et adipeux situé entre les lobes de la glande ne parait pas sensiblement enflammé. La dureté du ganglion paraît donc due au début ù sa réplétion extrême par des cellules lymphatiques et à l'œdème inflammatoire ; ultérieurement sa compacité se comprend d'elle-même, puisque le paquet glandulaire est devenu caséeux en masse, en conservant à peu de chose près son volume primitif.
« Telles sont, en résumé, les altérations histologiques qui se produisent le plus
fi'équemment dans les tissus des animaux atteints par la diathèse morvo-farcineuse. La tendance à produire des inflammations nodulaires, la forme hémorrhagique de ces inllammations, leur mode particulier d'évolution, leur production par poussées successives créant souvent en un même lieu des lésions d'âge différent, voilà les principaux caractères distinctifs des productions morveuses. Mais quand on voit la morve inoculée se transformer chez l'homme en une sorte de diathèse purulente, dont les lésions sont celles de la pyémie, et quand on se reporte aux expériences citées plus haut, de MM. Bouley et Renault, l'on reconnaît sans peine que l'essence même de la morve ne peut être reconnue, ni par la forme seule, ni même par les tendances anatomiques générales de ses lésions, et qu'il existe ici un agent virulent qui, au point de vue anatomique, reste encore insaisissable. Ou sait seulement que l'introduction de cet agent produit dans certains organismes des lésions semblables à celles de la morve équine, tandis que d'autres espèces animales, impressionnées par le même poison d'une manière différente, subissent une tout autre série de déterminations morbides. En un. mot, sous l'influence d'un même virus, le cheval fait la morve ou le farcin avec leurs lésions à marche particulière ; d'autres animaux, et parmi eux l'homme, sont saisis avec une incroyable rapidité par la diathèse purulente. De pareils faits tendraient de plus en plus à faire admettre que chaque organisme différent dirige dans un sens déterminé ses réactions pathologiques. Nous avons cherché à montrer dans ce paragraphe que les lésions de la morve, transformables selon les espèces, n'ont pas de caractères anatomiques qui leur soient essentiellement propres, mais que la diathèse morveuse crée simplement des tendances morbides générales dont les déterminations particulières peuvent varier avec l'organisme impressionné. Si cette hypothèse n'est pas erronée, il ne peut être question de chercher dans les lésions anatomiques, prises en particulier, la caractéristique de la morve, comme Lebert et son école cherchaient dans lafoi^me des cellules la caractéristique du cancer. »
Le sang des animaux morveux a été déjà l'objet de quelques recherches hématométriques et microscopiques qui ont conduit à de premières notions importantes sur les altérations qu'il a subies.
Delafond avait déjà constaté, à l'aide de l'hématomètre, que la proportion des globales rouges était inférieure dans les animaux morveux à ce qu'elle est dans l'état normal, dans le rapport de 87,5 et 88,3 à 102,9. 11 avait aussi reconnu par l'examen microscopique une plus grande quantité de globules blancs. [Mém. sur les maladies morvo-farcineiises du cheval et de l'homme, couronné parr Académie royale de Turin. Turin, 1846.
M. Trasbot est arrivé à des résultats analogues à ceux de Delafond ; a Le sang recueilli dans l'hématomètre pendant la vie se coagule, dit-il, plus rapidement et le caillot rouge qu'il donne est plus volumineux que l'autre ; ce qu'il ne faudrait pas attribuer à une augmentation des globules rouges, car ils sont, au contraire, relativement moins abondants que les leucocytes. Ceux-ci, en effet, au lieu d'être dans la proportion de 1/300 environ existent dans celle de 1/100, 1/50 et même plus et forment parfois à la surface du caillot rouge une couche pyoïde blanc jaunâtre. {Traité de la police sanitaire de F\a]]nal. Art. Morve. Paris, 1873).
M. Trasbot n'a obtenu les chiffres qui viennent d'être rapportés que par les. moyens imparfaits dont il pouvait disposer au moment où il a fait ses recher»
ches. Voici les résultais des trois expériences faites par M. Malassez dans le laboi'atoire du docteur P. Bouley :
1" Sur un cheval bien nourri, jouissant d'une santé parfaite et qui peut être considéré comme un type de l'état normal, M. Malassez a trouvé par millimètre cube de sang :
Globules rouges R = 4.980.000 I B ^ 1
GlQl)iiles blancs B = 4.500 )' U llOtl
2° Sur un cheval n'offrant qu'un seul symptôme de la morve, le glandage, M. Malassez a trouvé :
Globules rouges. R = 2.510.000 ) B __ 1
Globules blancs B= 4.700 (' B ~ 491
o" Enfin sur un cheval atteint de morve chronique confirmée :
Globules rouRcs R = ^.S'JO.OOO I B J
Globules blancs B= 13.500 (' B~214
Il résulte de ces expériences que l'anémie chez les deux chevaux observés était extrême et la Icucocytose manifeste, se montrant proportionnelle avec l'âge de la maladie ; et c'est sans doute à cet état du sang que doivent être attribuées et la forme hémoiThagique des inflammations morvo-farcineuses et les suppurations multiples que l'on observe en même temps que les hémon^hagies interstitielles. Il est bien entendu qu'il ne s'agit ici que de faits isolés qui, bien qu'observés avec exactitude ne sauraient, cependant, servir, dès maintenant, de base suffisante à des déductions générales. Nous avons prié 31. Malassez de vouloir bien faire ces expériences afin suitout de montrer le parti qu'il est possible de tirer de la méthode de numération pour le diagnostic souvent difficile de la morve, lorsqu'elle ne se dénonce extérieurement que par des symptômes incomplets, comme, par exemple, le glandage et l'état terne des poils. Souvent hésite à affirmer la morve, quand on n'a pas d'autres éléments de diagnostic que ceux-là; souvent aussi, quand le symptôme glandage a disparu, sous l'influence d'un topique résolutif, on se laisse aller à croire qu'il n'avait pas une signification aussi grave qu'on avait pu le penser tout d'abord ; et l'on permet la rentrée dans les rangs d'animaux d'autant plus dangereux, que leur morve, devenue latente, ne donnant plus lieu à aucune crainte, on ne prend contre elle aucune précaution. Peut-être que la numération des globules pourra devenir un moyen de dévoiler cet état dissimulé de la morve et, par cela même, de prévenir sa propagation.
Des recherches faites sur l'urine des chevaux atteints de morve, par M. A. Robin, font pressentir que dans cette maladie il y a une augmentation considérable de la désassimilation et des condjustions. De fait, tandis que, dans l'urine normale, la proportion de l'urée est de 51 °/oo, elle s'élève à la moyenne de 36 au début de la maladie et de 45 usa fin. Ce sont là, déjà, de très-intéressants résultats qui doivent encourager à poursuivre des recherches dans ce
sens.
Traitement. La morve est peut-être, de toutes les maladies du cheval, celle
dont le traitement a été l'objet de plus de tentatives. La doctrine de la non-contagion a beaucoup contribué à multiplier les efforts dans ce sens. Lorsque au-
tiuue barrière n'était opposée à la propagation de la maladie, et que, grâce à cL'Lle incinùe procédant d'une idée doctrinale, la morve faisait des ravages qui se mesuraient par des dépenses énormes pour la cavalerie et pour toutes les exploitations, grandes ou petites, dont le cheval était le moteur, on conçoit qu'un grand nombre se donnât pour visée la découverte d'un remède à un fléau si désastreux. Ce remède devait être la fortune, et dans les plus grandes proportions, pour son heureux iuventeur. Pour le gouvernement, pour les propriétaires de chevaux, c'eût été une fortune aussi que de pouvoir éviter ces grands dommages que causait la morve sans trêve et sans merci, partout où les chevaux se trouvaient agglomérés, et même dans les écuries isolées. Aussi tout le monde se prèlait-il aux expériences de traitement. Les procès-verbaux de la commission de Lamirault témoignent, presque à chacune de leurs pages, qu'à cet égard le gouvernement ne se lassait pas de l'espérance, et tout remède proposé était mis à l'épreuve d'où qu'il vhit, et quel que fut la complète incompétence de l'homme qui en préconisait les vertus. Dans les écoles vétérinaires, dans les régiments, dans les exploitations industrielles, partout on faisait les mêmes efforts. Toutes les drogues vantées dans les vieux livres, et toutes les médications réputées rationnelles que pouvaient inspirer les idées qu'on se faisait sur la nature dv. la morve, étaient essayées sur la plus grande échelle par mille et un expérimentateurs. Quelque chose contribuait beaucoup à encourager ces tentatives; c'était la conception erronée de la doctrine physiologique : la morve n'étant qu'une maladie locale, on admettait la possibilité de faire cicatriser les lésions, après tout souvent assez circonscrites, que l'on croyait constituer exclusivement cette maladie, et c'est à cela que l'on visait par l'emploi des applications topiques de toute nature, depuis les émollients, sous toutes les formes, jusqu'aux escharotiques les plus énergiques. Ceux des expérimentateurs qui se faisaient de la morve une idée plus complète, en considérant ses lésions locales comme l'expression d'un vice intérieur, d'un principe morbide, présent partout, et exerçant partout son influence, ne désespéraient pas pour cela de la réussite, et beaucoup de leurs tentatives n'ont eu d'autre but que la découverte d'un remède spécifique, qui devait être à la morve ce que le mercure était réputé èlre à la sypiiilis. 11 serait fastidieux de faire ici la longue éuurnération de tous les moyens employés pour lutter contre la morve. Peut-être n'est-il pas une seule substance active dont quelqu'un n'ait eu l'idée de faire usage. Le fer, l'arsenic, l'iode, le brome, les mercuriaux, le soufre, les antimoniaux, le cuivre, les sels d'argent, etc.; les amers, le quinquina, la noix vomiquc, la ciguë; les médications diverses, les purgatifs surtout, la saignée, sous l'inlluence de la doctrine, la destruction par le fer et par le feu, les injections iiitra-veineuses, etc., etc. Tout a été tenté; dans quelques cas, avec assez d'apparence de succès pour qu'on ait pu croire enfin réalisées des espérances depuis longtemps poursuivies. Mais toujours ce n'a été qu'une illusion, et force a bien été de reconnaître enfin que la morve demeurait supé.iieure à toutes les ressources de la thérapeutique, de quelque manière qu'on les combinât et avec quelque persistance qu'on les appliquât; que, « si l'on guérit ce mal, ce n'est qu'en apparence, » et qu'il reste en dedans, dissimulé, mais toujours actif, et loujours^ prêt à de nouvelles manifestations extérieures, au bout d'un temps indéterminé,, pouvant mesurer des mois, voire des années. Voilà à quels résultats ont conduit toutes les tentatives de traitement qui ont été entreprises depuis le jour où Lafosse l'ancien, croyant avoir découvert le véritable siège de la morve, la Irai-
DICT. ENC. 2" S. X. . 11
tait par la trépanation et les injections directes dans les fosses nasales, jus- <|u'à celui où, les yeux étant enfin dessillés, la contagion fut reconnue la vraie cause de la propagation de la maladie, et l'ennemi véritable auquel il fallait se prendre pour en arrêter les ravages. C'est de ce jour qu'on se désintéressa de recherches auxquelles devait manquer désormais l'appât de ces grands espoirs de fortune qu'entretenait la grandeur du fléau qu'il s'agissait de comhaltre.
Au point de vue de la médecine des animaux, la question du traitement des maladies individuelles reste toujours une question d'ordre secondaire, quand il s'agit d'une maladie contagieuse. Ce dont il faut se préoccuper pi'incipalenient, c'est de la préservation de la communauté, et si, pour arriver à ce résultat, le sacrifice des individus malades devient nécessaire, il doit être prescrit et exécuté. Voilà la règle de conduite qu'il convient de suivre, et dont l'observation rigoureuse, quand la nécessité l'exige, constitue la sauvegarde des intérêts communs. Je rappelle ici ces principes de la pratique vétérinaire, parce que les médecins, en général, se maintenant toujours à leur point de vue, ne laissent pas, presque toujours, de manifester un grand étonnement de voir la massue jouer un si grand rôle dans les mesures sanitaires appliquées aux animaux domestiques. Lorsqu'cu i 866, je rendais compte à l'Académie de médecine des moyens sommaires auxquels nous avions eu recours pour préserver le territoire français contre l'invasion de la peste bovine, quelques objections me furent opposées : Ce n'est pas là faire de la médecine, me fut-il dit. Non, sans doute, ai-je répondu. Mais, au point de vue de la conservation du stock des bestiaux, c'est recourir à une pratique chirurgicale, dont l'excellence est démontrée par les résultats. Pour préserver le corps de l'invasion du mal qui le menace, on en sépare violemment celles de ses parties où ce mal a son siège, et, par ce sacrifice fait à propos, on parvient à prévenir de plus grands et souvent d'irréparables •dommages.
Cela dit, voyons les mesures sanitaires que la loi prescrit de prendre à l'égard •de la morve et du farcin pour en prévenir ou. en arrêter les ravages.
Ces mesures sont édictées par un arrêt du conseil d'État du roi, du 16 juillet
1784, auquel un arrêt de la Cour de cassation a reconnu force de loi. L'arrêt
de 1784-, inspiré par une connaissance exacte et très-approfondie de la nature
■des choses, vise piincipalement la morve, dont les caractères contagieux sont
très-énergiquement signalés : « Considérant, est-il dit dans le préambule, que
•cette maladie, contre laquelle on n'a trouvé jusqu'à présent aucun remède cu-
ratif, se communique, se propage et se perpétue par toutes sortes de voies
■qu'une des causes principales de la contagion ne peut être attribuée qu'à la négligence et à un intérêt mal entendu des propriétaires, marchands de chevaux et de bestiaux qui, au lieu de déclarer le mal dès son principe, cherchent à le déguiser jusqu'à ce que les animaux qui en sont atteints soient absolument hors d'état de service; que les équarisseurs et î,*jtres, après avoir acheté des chevaux et bêtes frappés de mal, sous prétexte de les guérir on de lies abattre, en font un trafic funeste, même dans la vente des parties mortes. Sa Majesté, jugeant nécessaire de réprimer des abus aussi contraires à l'agriculture et au commerce, et voulant y pourvoir,... a ordonné et ordonne ce qui suit :
« Art. l*^'". Toutes personnes de quelque qualité et conditions qu'elles soient, -qui auront des chevaux et bestiaux alleiiils ou soupçonnés de la morve ou de
toute autre maladie contagieuse, telle que le charbon, la gale, la davelée, le farcin, \arage, serout tenues, à peine de cinq cents francs d'amende, d'en faire sur-le-champ leur déclaration aux maires, échevins ou syndics des villes, bourgs ot paroisses de leur résidence, pour être, lesdits chevaux et bestiaux, vus et visités sans délai, en la présence desdits ofticiers, par les experts vétérinaires les plus prochains, lesquels se transporteront, à cet effet, dans les écuries, ('tables et bergeries, pour reconnaître et constater exactement l'état des chevaux et animaux qui auront été déclarés. «
La déclaration, voilà la première mesure préservatrice que prescrit l'arrêt, et de l'exécution de laquelle dépendent toutes les autres. L'autorité ne peut agir, en effet, qu'autant qu'elle est prévenue. Cette obligation n'est pas imposée seulement aux propriétaires ou détenteurs des animaux malades, elle l'est également aux personnes qui sont appelées à leur donner des soins, et qui ne peuvent « traiter aucun animal affecté de la maladie contagieuse et pestilentielle, sans en avoir fait la déclaration aux officiers municipaux et syndics de leur résidence ». Aux termes du même article, les animaux suspects marqués d'un cachet de cire verte, sur le milieu du front, doivent être conduits et enfermés dans des lieux séparés et isolés ; et défense est faite, sous la même peine, de 500 francs d'amende, (le les laisser communique)- avec d'autres animaux ou vaquer dans des pâturages commmis.
L'abattage sans délai des chevaux attaqués de la morve, reconnue incurable par les experts, est prescrit par l'art. V.
L'art. VI ordonne leur enlbuissement, chairs et ossements, à une profondeur déterminée, la désinfection des écuries et des harnais, qui peuvent êti'e détruits si les experts le prescrivent.
La mise en vente dans les foires et marchés, ou partout ailleurs, des chevaux atteints ou suspectés de morve est formellement défendue par l'art. YII.
Enfin, dans son art. VI l'arrêt enjoint aux autorités locales « d'informer, aux premiers avis qu'ils en auront, les intendants et subdélégués, des maladies conitagieuses ou épizootiques qui se manifesteront dans l'étendue de leur arrondissement, à peine d'être rendus personnellement responsables de tous dommages qui pourraient résulter de leur négligence. »
Rien de mieux inspiré que cet arrêt, dont le Code pénal n'a fait, du reste, que i-eproduire les dispositions principales dans ses articles 459, 460, 461 et 462 : Déclaration obligatoire de la part des propriétaires et détenteurs des animaux morveux ; de la part aussi des personnes apppelées à les traiter; visite de ces animau.v par des experts ; isolement et séquestration immédiats ; abattage des animaux reconnus incurables, ce qui veut dire aujourd'hui, de tous ceux chez lesquels la morve est constatée ; enfouissement des cadavres ; défense de vendre ou d'exposer en vente les chevaux malades ou seulement suspects ; désinfection des écuries; enfin, obligation imposée aux autorités locales de faire la déclaration aux autorités dont elles dépendent des avis qui leur ont été transmis sur l'existence de la morve : telles sont les prescriptions de cel arrêt qui tomba en presque complète désuétude, dans le premier tiers de ce siècle, lorsque la doctrine delà non-contagion prévalut, et qui ne fut l'emis en vigueur, ainsi que les articles visés plus haut du Gode pénal, que quand l'expérience des choses eut ramené les esprits aux anciennes idées sur la contagion trop longtemps méconnue. La justesse des vues du législateur de 1784 a reçu une double démonstration, «des résultats qu'on a vus se produire pendant la longue période où cette loi a été
comme suspendue et de ceux que l'on a obtenus de son application redevenue rigoureuse : D'un côté, expansion de la morve en grande surface, pertes énormes causées par ses ravages ; et, comme dernier elfet de sa manifestation intensive, transmission fréquente de cette maladie à l'espèce humaine ; d'un autre côté, réduction du champ de la maladie dans des limites de plus en plus élroilcs; diminution proportionnelle de ses dommages, et enfin très-grande rareté des cas où l'homme en est atteint.
Mais il y a quelque chose qui fait plus que la loi même pour empêcher l'extension de la morve, c'est les inspirations de l'intérêt personnel, éclairé par la connaissance de la nature contagieuse de la maladie, .aujourd'hui qu'aucun doute à ce dernier égard n'existe plus dans les espi^its, on se met en garde contre les dangers de la contagion en prenant contre elle, sans que l'autorité ait ù intervevenir, les mesures nécessaires pour l'empêcher de produire ses effets. Partout où les chevaux sont agglomérés, ils sont soumis à une surveillance de tous les jours, grâce à laquelle on a recours à l'isolement, dès que naît un motif de suspicion, et à l'abattage immédiat, lorsque la suspicion s'est transformée en certitude ; et l'on arrive ainsi, dans les établissements bien surveillés, à réduire à des proportions très-minimes les dommages causés par la morve. On peut dire qu'aujourd'hui, à l'endroit de la prophylaxie de cette maladie, on est maître de la situation, et d'une manière si complète, que, lorsque la morve prend quelque part quelque extension, on peut en inférer avec certitude, ou bien qu'un foyer de contagion est méconnu, ou bien qu'on ne tient pas la main à l'application rigoureuse des mesures préventives. Quand, par exemple, la morve sévit dans un régiment, au lieu de n'y apparaître que par cas isolés, les probabilités sont bien grandes que les règlements n'y sont pas appliqués avec la rigueur ou la clairvoyance nécessaires, et qu'il suffirait d'un ordre du chef du corps pour réduire la maladie à la mesure qui doit constituer sa normale, c'est-à-dire qui est l'expression exclusive de la force des choses.
L'arrêt de 1784, réglant la police sanitaire des maladies contagieuses des animaux, ne pouvait avoir en vue que la transmission de la morve à ceux qui sont susceptibles de la contracter, puisqu'on ignorait alors qu'elle pût avoir prise sur l'homme ; son action, au point de vue de la prophylaxie humaine, n'est donc qu'indirecte ; elle préserve l'homme, parce qu'elle a pour effet d'empêcher de se multiplier les foyers de contagion que représentent les animaux infectés. C'est déjà un résultat considérable. Mais des précautions spéciales doivent être recommandées et prescrites pour mettre à l'abri des atteintes de la morve les horames qui peuvent y être plus particulièrement exposés, non pas par grâce, mais par chance d'état, tels que les cochers, les palefreniers, les infirmiers, les charretiers.
Tout homme chargé du soin des chevaux atteints ou suspects de morve doit être mis en garde, par un avertissement, contre la possibilité de contracter cette maladie et recevoir les indications voulues pour s'en prémunir.
On ne doit pas confier ce soin à des hommes insoucieux ou inintelligents, ou tic taible complexion ou maladifs.
Les pansages des malades ne doivent consister que dans l'époussetage de la peau. Inutile de recourir à l'usage de l'étrille qui implique des rapports plus immédiats et plus pi'olongés avec eux.
Le lavage des narines devra se faire à grande eau, en dehors de l'écurie, et avec la brosse à long manche qui sert au lavage des voitures, afin que l'homme
MORVE ET FARCIN CHEZ L'HOMME. ïGb
évite de souiller ses mains avec les matières de l'écoulement, comme il le fait inévitablement lorsqu'il a recours à l'éponge.
Si les palefreniers ou infirmiers ont des blessures aux mains, ils devront s'abstenir de rapports directs avec les animaux morveux et se contenter de leur donner leur nourriture, en se gardant bien d'entraîner avec leurs mains,, dans le fond des mangeoires, les débris d'aliments qui peuvent les encombrer. C'est une bonne précaution d'exiger des palefreniers qu'ils aient les pieds et le bas des jambes préservés par des bas ou des guêtres contre les écorchures que peuvent faire les pailles des litières, qui sont souvent souillés par les matières du jetage.
Les ablutions fréquentes doivent être prescrites aux hommes d'écurie et, sous aucun prétexte, ils ne doivent être astreints à coucher dans le même local que les malades ou même seulement les suspects.
Grâce à ces précautions, l'homme qui est préposé aux soins des chevaux morveux peut facilement se garantir de leur maladie. Mais il faut qu'il soit assez intelligent pour en comprendre la nécessité et assez soucieux de sa propre conservation pour ne pas négliger de les observer.
Nous devons nous borner à ces indications, en laissant à notre collaborateur le soin d'indiquer les mesures qu'il convient de prendre quand il y a lieu de craindre qu'un homme se soit inoculé le virus de la morve, d'une manière ou d'une autre, en pansant des animaux atteints de cette maladie. H. Boulev.
MORYE ET FARCIM CHEZ l'hoUxUE. Sijnou. MâXi; ; Malleus , Malleus farciminosus ; Ail. Rotz, Wurm.; Angl. Farcy, Glanders ;lt'à\. Morva, Moccio Ciamorro, Rofjna deicavalli: Esp. Lamparones del cavallo (scrofules du cheval) Miiermo; Arab. Sarazgé. EUiotson a proposé le nom de Equinia nasalis pour la morve, et celui de Equinia aposlematosa pour le farcin.
Etijmol. Morve. « Comme la morve est la maladie par excellence du cheval, ce mot vient du latin Morbus » (Littré). Cette étymologie se retrouve dans les expressions Mourve, Génev ; Vorma, Provenç. ; Muermo, Esp. ; Mormo, Port. ; Morvu, Sicil.
Farcin. « Lat. Farciminum, de farcire, farcir, parce que le farcin gonfle et farcit, pour ainsi dire, les membres qu'il affecte » (Littré).
L'affection morvo-farcineuse ne se développe pas spontanément dans l'espèce humaine. Elle lui est transmise des solipèdes par inoculation ou par contagion. Elle ne perd pas son caractère virulent pendant son passage à travers l'organisuie Àe l'homme, elle peut être reportée au cheval par inoculation. Variable dans ses manifestations, elle prend, suivant la rapidité de la marche et le siège des lésions, les noms de morve aiguë ou chronique, de farcin aigu ou chronique. Les caractères symptomatiques et anatomiques diffèrent trop dans ces diverses formes, pour qu'il soit possible de donner delà maladie morvo-farcineuse une définition complète ayant une base purement descriptive. 11 n'est pas possible non plus de la définir par sa nature.
D'une façon générale, on peut dire que c'est une maladie virulente qui provoque chez les individus infectés des suppurations multiples, des éruptions de la peau et de la muqueuse des voies aériennes. Ces lésions cutanées et muqueuses aboutissent rapidement à l'ulcération. Dansle cadre nosologique, elle prend place à côté de l'infection purulente, de la tuberculose et de la syphilis.
Mais nous répétons que ces caractères sont trop variables pour qu'il soit permis de les donner comme l'expression de la totalité des faits. Ils ne peuvent que
fournir une idée vague et générale de la maladie, mais non servir à la définir.
Nous n'avons pas à prouver l'identité de la morve et du farcin. Nous ne pourrions que répéter ce qui a été si bien exposé par notre collaborateur. Rappelons seulement que l'unité de la maladie est démontrée par l'unité de la cause : quelque différents que soient les caractères du larcin et de la morve, l'inoculatiott de la morve à un cheval sain donne indifféremment la morve ou le larcin, et l'inoculation du farcin fournit les mêmes résultats. Vraie pour les animaux, celte identité persiste chez l'homme, et la transmission de cette maladie spécifique à une espèce qui ne la crée pas spontanément, ne modifie pas sa nature intime. L'homme prend indistinctement le farcin d'un cheval morveux, et la morve d'un cheval farcineux ; enfin, que la maladie ait revêtu, au début, une des jbrmes du farcin ou de la morve chronique, elle a d'ordinaire, pour dernière expression, le développement de la morve aiguë.
Historique, L'histoire de la morve humaine est bien curieuse à étudier ; elle se compose pour toute l'antiquité de quelques observations éparses, interprétées après coup; au commencement de ce siècle, quelques faits mieux appréciés sont compris avec leur véritable valeur, mais la morve humaine n'acquiert une existence officielle que par les observations de Schilling (1821), celles d'Elliotson(l8oO), le beau mémoire de Rayer (1837), elles publications de ses élèves et contemporains Yigla, Tardieu, Monneret, etc.
En quelques années, on recueille de nombreuses observations : l'attention est éveillée par la nouveauté de la maladie, et aussi par la multiplicité des faits. Puis le silence se fait sur cette question, et c'est à peine si de loin en loin on note quelques nouveaux cas de morve humaine. Au point de vue de la fréquence de la maladie, il est impossible de ne pas se demander si, à un certain moment, la transmission delà morve des solipèdes à l'homme n'a pas acquis une intensité particulière ?
La raison de cette variation dans le nombre des cas de morve humaine ue semble pas difficile à mettre en lumière. Jusqu'au commencement de ce siècle, presque tous les vétérinaires admettent que la morve est tellement contagieuse pour les chevaux qu'elle p eut se transmettre par l'air, les brides, les selles, les couvertures, que la place occupée par un cheval morveux dans une écurie, la mangeoire, le râtelier, seront pendant des mois un danger pour les chevaux qui le remplaceront. La conséquence de cette doctrine fut la réglementation qui régna et fut appliquée jusqu'au commencement de ce siècle. Les chevaux morveux étaient soigneusement surveillés ou abattus, les occasions de contagion pour les autres chevaux et pour l'homme étaient rares.
Malheureusement, Rroussais modifia toutes les idées sur la nature des causes morbides, et l'école d'Alfort, représentée par Renault et Delafond, méconnut la nature contagieuse de la maladie. Les règlements tombèrent en désuétude et la morve devint si fréquente chez les chevaux, que les services des postes et des voitures publiques furent presque exclusivement faits par des chevaux morveux. Les sources et les occasions de contagion furent donc, sous l'influence d'une doctrine médicale erronée, multipliées à l'infini. Les palefreniei's, les cochers, tous les individus que leurs occupations mettaient en rapport avec ces chevaux malades, furent placés dans un danger permanent, un grand nombre furent atteints.
Mais le mémoire de Rayer, les travaux de ses élèves, les expériences de l'École vétérinaire de Lyon, restée fidèle à la doctrine de la contagion, parvinrent enfin à
prouver la double transmission de la morve du cheval à l'homme et des chevaux entre eux. Frappés par l'évidence des exemples, les palefreniers eux-mêmes connurent le danger auquel les exposaient les soins donnés aux chevaux morveux. Les règlements d'hygiène publique reprirent leur vigueur. De nouveau, les cas de morve humaine furent rares, et aujourd'hui beaucoup de mes contemporains ont pu fréquenter, pendant dix ou quinze ans, les hôpitaux de Paris sans avoir l'occasion d'observer un seul homme atteint de morve.
C'est donc une maladie qui disparaît, grâce aux progrès de la science médicale; c'est un exemple qui devrait prouver aux esprils les plus défiants l'importance de la médecine publique, si négligée parmi nous.
Bien que la connaissance de la morve humaine ne date que de ce siècle, les. dangers que créent les rapports avec les chevaux morveux ont préoccupé depuis longtemps les médecins qui nous ont précédés. Seulement la variabilité des accidents morvo-farcineux a causé de singulières confusions. Van Helmont avait cru voir, dans le farcin des animaux, la source possible de l'apparition de la syphilis [Opuscula med. inaudita. Fraucof. 1682, p. 222). Kicord s'est lui-même posé la question [Lettres sur la syphilis, 2" édition, I85C, p. 129), et Beau a cherclié à démontrer cette communauté d'origine du farcin et de la syphilis dans une lettre écrite à Ricord [Lettres sur la syphilis, p. 157). Le point de départ de l'opinion de Ricord et Beau, déjà traitée de fayilaisie par Astruc (I;. I, p, 73, t. Il, p. 952), se trouve dans une erreur avancée par Lafosse. Celui-ci avait cru que la morve s'était montrée pour la première fois pendant le siège de Naples et qu'elle était, par sa naissance, contemporaine du fameux mal napolitain. Notre collaborateur a suffisamment prouvé que la connaissance de la morve, chez le cheval, remontait à une époque beaucoup plus ancienne. Elle est décrite par Apsyrtos, vétérinaire dans l'armée de Constantin, par Végèce (quatrième siècle de notre ère), etc. Dans cette première période, les médecins soupçonnent donc vaguement que le contact avec les chevaux morveux peut être dangereux pour l'homme, mais ils ne parviennent pas à préciser la nature du danger.
Il faut arriver jusqu'à la fin du siècle dernier, à 1783, pour trouver la première observation probante d'un fait de morve transmise du cheval à l'homme. L'indication est consignée dans l'ouvrage de Fr. B. Osiander sur le cowpox.
Waldinger, en 1810, Weith, en 1822, Lorin, en 1812, signalent quelques accidents qui surviennent lorsque l'on opère ou que l'on dissèque des animaux morveux. Dans les deux faits de Lorin, il y eut panaris et angéioleucite : les malades guérirent. Pour Waldinger et Weith, l'inoculation de la matière de la morve peut être mortelle ; elle provoque parfois des innammalions violentes des^ doigts, des vaisseaux ou des ganglions lymphatiques, et d'autres accidents qui simulent des douleurs arthritiques. Mais ni Waldinger ni Weith n'eurent la pensée d'une véritable transmission de la morve du cheval à l'homme. La gravité des accidents locaux, après piqûre, frappa seule leur attention.
En 1817, Sidow émit, au coniraire, cette opinion que la morve est transmissible du cheval à l'homme et affirma qu'à sa connaissance, des élèves vétérinaires avaient eu des ulcères du plus mauvais caractère après s'être piqués en disséquant des chevaux morveux.
La première observation positive et bien caractérisée de morve aiguë, gangreneuse chez l'homme, a été recueillie, en 1821, par Schilling, chiiurgicn de régiment à Berlin, et a été publiée sous le nom à' Erysipèle ga)ujrénrux, survenu vraisemblablement par la transmission d'un poison animal [Rust's Magazin.
fur die gesanimte Heilkunde. Berlin, 1821, XI vol., 3« cah., p. 480). Il s'agit de l'employé d'une école vétérinaire qui, après avoir lavé les naseaux d'un cheval morveux, tomba malade. La peau offrit une éruption pustuleuse fort remarquable, le nez se gangrena après l'apparition d'une phlyctène ; et, après la mort, on trouva de petits points purulents sur l'os frontal, et du pus dans les muscles.
A la suite de cette observation remarquable de Schilling, on en lit une autre de Weisses, chirurgien à Newmarke. Un jeune homme soignait un cheval morveux; il tomba malade; au début, léger délire, écoulement jaune et purulent par la bouche et les narines, éruption pustuleuse à la peau. Mort le treizième jour après qu'il se fut alité. L'ouverture du cadavre ne fut pas faite.
En 1821, à l'occasion de l'observation de Schilling, Naumann, directeur de l'École vétérinaire de Berlin, et Holbach, vétérinaire, déclarent qu'il n'est pas à leur connaissance que de la matière morveuse provenant d'un cheval vivant ait jamais donné lieu à une maladie quelconque chez l'homme, mais que des inflammations malignes, quelquefois suivies de gangrène, étaient survenues à des personnes qui s'étaient piquées en disséquant des chevaux morveux {Riist's Magazin, XL, p. 500). Dietrich {Rust's, Magazin, L, p. 509, 510) partage la même opinion, et Holbach, à cette époque, craignait si peu la contagion, qu'il s'engageait à s'inoculer la matière de la morve.
L'opinion n'acceptait donc pas encore comme démontrée la transmission des accidents morvo-farcineux du cheval à l'homme ; l'œuvre de cette époque fut de multiplier les observations afin que le doute ne fût plus permis.
On lit dans le Journal de médecine d'Edimbourg (1821-1823) l'indication sommaire de deux cas de transmission de la morve et du farcin du cheval à l'homme [Inoculation of tlie Human Subject with the Matter of Glanders, by J. Muscroft. Edinburg Med. and Surg. Journal, 1821, vol. XVIH, p. 521). Un cheval étant mort du glanders, le piqueur, qui avait le soin de nourrir les chiens, reçut l'ordre de découper la carcasse du cheval. Dans cette opération, il se blessa accidentellement à la main. En peu de jours, il offrit tous les symptômes qu'on observe chez les chevaux au début du farcin. Le mal s'aggrava chaque jour, et, au bout d'une semaine, ce piqueur mourut d'un glanders confirmé.
Plus tard, on annonce dans le même journal qu'un vétérinaire de Londres avait contracté d'un cheval farcineuxune maladie du bras, suivie d'ulcérations et que ce vétérinaire, en apparence guéri de sa maladie, eut une rechute et mourut rapidement. A cette occasion, l'auteur de la note rapporte qu'un malade s'était présenté dans un des hôpitaux de Londres, avec un ulcère au bras provenant d'une blessure envenimée par le contact de la jambe d'un cheval farcineux. On inocula, à la jambe d'un âne, de la matière provenant de l'ulcère: la jambe devint malade, et, quelques jours plus tard , les symptômes du glanders apparurent [Edinb. Med. and Surg. Journal, 1825, vol. XIX, page 155). (Ces deux observations ont été reproduites par Remer dans le Journal de Hufeland, vol. LIV, f. 58).
Tarozzi {Annali universàli di Medicina, compil. dal. doit. Annib. Omodei Âgosto, 1822, p. 220) raconte que trente-cinq personnes ayant visité, à diverses reprises, une écurie dans laquelle il y avait un cheval morveux, onze d'entre elles auraient été atteintes d'une maladie qui, dans sa première période, était caractérisée par de la fièvre et une éruption de clous et de phlyctènes gangreneuses, réunion d'altérations extérieures analogue à celle qui a été observée dans la morve
MORVE ET FARCIiN CHEZ L'HOMME. 1C9
aiguë et le farcin aigu. Mais clans aucun de ces faits on ne mentionne d'altération des fosses nasales.
En 1825, Seidler a rapporté, dans le dix-septième volume du Magasin de Rust, un cas de morve aiguë bien caractérisée, observé chez un jeune homme qui soignait un cheval morveux. Ce jeune homme offrait une inflammation gangreneuse du nez, un écoulement par les narines et une éruption pustuleuse à la face, sur la poitrine et sur les membi'es. Le corps ne fut pas ouvert après la mort.
En 1826, Travers publia ses observations et celles de Goleman sur la transmission de la morve du cheval à l'homme et de l'homme à l'âne. Elles ont été insérées dans son ouvrage sur l'Irritation constitutionnelle (Travers. An inqiiiry concerniiig that disturhed state of vital fonctions, usually denominated constitutional irritation, in-8°, Londres, 1826, 2'^édit., 1827). Un étudiant vétérinaire, s'étant blessé au doigt en examinant la tête d'un cheval mort d'un glandeis, fut atteint d'un ulcère avec inflammation des vaisseaux absorbants et du tissu cellulaire des membres. Quelques jours après un abcès se montra au bras opposé, un autre à la partie inférieure du dos, plusieurs autres près des genoux, et après la mort on en constata dans les poumons. La matière prise des abcès, inoculée à un âneparCoIeman, produisit un glander s movieX. Cette matière, inoculée à un autre âne par le frère de Turner, eut le même résultat. Ce cas diffère des accidents des piqûres anatomiques par la propriété qu'eut le pus inoculé à un autre âne de produire la morve.
Travers cite un second fait. Un vétérinaire, en administrant une pilule à un cheval atteint de glanders, s'inocula l'humeur qui s'écoulait du nez du cheval, il survint plusieurs ulcères douloureux aux doigts, à la main, aux fesses et aux genoux, ulcères dont la guérison fut iongue et difficile.
11 rapporte également l'histoire d'un cocher qui, s'étant blessé dans des conditions analogues, fut atteint d'une inflammation violente du doigt et de la main atec trahiées rouges,'angéioleucite, abcès, induration, inflammation des glandes des angles de la mâchoire, inflammation de la muqueuse des narines avec écoulement. Un âne inoculé avec la matière des ulcères mourut du glanders, mais le cocher finit par se rétablir.
En 1829, deux thèses furent soutenues sur ce sujet à Berlin, l'une par P. -A. Grub, qui cite un cas remarquable de transmission de la morve du cheval à l'homme. {Diss. sistens casum singidarem morbi contagio mallei humidi in hominem translato orti, Berolini, 21 septembre, 1829 ;) l'autre par Krieg. [De typho mail oide [von iJiôàiq, derRotz), Berolini, 1829.)
Laurin, professeur à Pavie, mentionna la possibilité delà transmission du poison morbide de la morve du cheval à l'homme. Elle produirait une inflammation septique avec tumeurs charbonneuses. [Trattato sistematico délie epizootie dei ■jnu util i viammiferi domestici, ecc. Milano, 1829.)
Browii ( Andrev^) , rapporte un cas de morve suivi de mort avec des détails d'anatoiiiie pathologique intéressants. (Fatal case of acide Glanders in the Hmnan Sidiject.Lond. Med. Gaz., vol. IV, p. 134.)
Enfui, dans deux mémoires successifs, Elliotson publie quatrs observations avec la relation des autopsies et, dans un cas, inoculation du pus du malade mort de la morve à un âne. (Ou ttie Glanders of the Human Subject. Med. Ctiir. Transact., vol. XVT, p. 1 et 1 71.-2'^ mémoire, Med. Chir. Transact., 7 mars 1833.)
La réunion de toutes ces observations, les inoculations du pus de l'homme -atteint de la morve aux animaux, ne laissaient plus aucun doute. La nature de
la maladie et le mode de sa conta;^ion étaient connus, il restait à déterminer les^ caractères cliniques de la morve humaine.
C'est à cette détermination que concoururent les observations deNuman (1850), d'Hertwig (1854), de J. Bréra ( 1 856), de Vogeli, de Lyon ( 1 855), de Wolf (j 855). de Graves (1856-57), de William Hardwicke (1857), d'Albin Gras (1857), de Éck (1857), les mémoires d'Alexandcr sur la diathèse purulente de la morve aiguë (1856), et l'article dans lequel Berndt a exposé les caractères des inflammations gangreneuses occasionnées chez l'homme par la moi've.
On voit que, déjà en 1857, les faits ne manquaient pas, mais ils étaient à peu près inconnus en France ; personne ne les avait groupés, lorsque Rayer eut luccasion d'observer, à l'hôpital de la Charité, un palefrenier qui succomba à des accidents de morve aiguë. Les symptômes, les détails nécroscopiques furent notés avec un soin scrupuleux. Le pus des pustules fut inoculé à un cheval, et donna naissance à la morve. Rayer recueillit alors tous les documents épars dniis la science, et publia le mémoire qui fixa définitivement la place que la morve devait occuper dans la pathologie humaine. Ce travail eut le mérite de paraître au moment où les vétérinaires pi'ofessaient encore la non-contagion de la morve et concourut pour une large part à ruiner cette doctrine.
Nous n'avons pas à rappeler les discussions qui se sont élevées sur ce sujet à l'Académie des sciences et à l'Académie de médecine, elles ont été résumées par notre collaborateur.
Après ce mémoire parurent bientôt un grand nombre d'observations que nous^ utiliserons dans le courant de cet article ; les thèses de Yigla sur la morve aiguë (Paris, \ 859) ; de Tardieu, sur les formes chroniques de l'affection morvo-fareineuse. (De la morve et du farcin chroniques chez l'homme et chez les solipèdes, Paris, 1845;) de Lesueur, (De la transmission delà morve et du farcin à des mililaires attachés au service des écuries-infirmeries de V armée, Paris, 18-41.) Les articles du Dictionnaire de médecine^ 1859; du Compendium de chirurgie, 1845, du Compendium de médecine, 1845 : des mémoires insérés dans le* Archives, par Monueret; Sur la morve chez l'homme (1847) ; Sur le farcin aigu (même année); les observations de Sédillot, 1847; de Carnevale Arella, 1848 ; de Gubler, 1848; de Tissier sur la morve aiguë spontanée chez l'honime {Gaz. méd., 1852); de Demarquay et de Ch. Dufour, sur la morve chronique {Gaz. hebd., t. 111, 1856, p. 628), et un grand nombre de faits insérés dans les différents recueils et particulièrement dans les Bulletins de la société anatomique.
Le résultat des travaux de cette période fut énorme pour l'hygiène publique. Frappée de la gravité et de la fréquence des accidents provoqués par la contagion de la morve, l'administration dut faire revivre les règlements tombés ea désuétude.
Depuis lors, les cas de morve humaine sont devenus relativement moins fréquents et les recherches des médecins furent dirigées dans un autre sens. Les progrès de l'anatomie pathologique, de la physiologie expérimentale permirent de décrire avec plus de précision les lésions de la morve et les conditions intimes de sa contagion. C'est à cette tendance que nous devons les travaux de Virchow, 1855 et 1865, résumés dans sa pathologie des tumeurs (t. II, traduit par Aronssohn, Paris, 1869, p. 524), la monographie de Koranyi (1870), le travail d'anatomie pathologique de Cornil {Gaz. des hôpitaux, 1 868, p. 595), les recherches de Chauveau sur les éléments qui constituent le principe virulent dans le pus varioleux et morveux (Académie des sciences, 24 février, 1868); celles de
Hallicr sur le niicrococcus de la morve (Ueber elnen hei der Rotz-Krankheit der Pferde auftretenden Parasilen, verglichen mit dem der Syphilis. Zeitschr. f. Paras, \ yoL, p. 298, II, p. 119, III, p. 13) ; une noie du docteur Kelsch [Arvli. plnjs., 1875, n" 6) ; le mémoire de Bollinger {Corresp. Blatt. f. Schiveiz, OErzle, 1874, n° 13, p. 372) ; reproduit dans le recueil deZiemssen; enfin, les recherches d'anatomie pathologique faites par J. Renaut pour la rédaction de cet article.
Étiologie. La morve ou le farcin ne naissent pas spontanément dans l'espèce^ humaine. Ils lui sont toujours communiqués par inoculation ou infection.
Cette proposition que nous formulons aujourd'hui d'une façon absolue n'a pas toujours été acceptée. En effet, s'il est facile de trouver dans un grand nombre de cas par quelle voie la maladie a pénétré chez l'homme atteint de morve, et quel animal a été l'origine de la contagion, il n'en est pas toujours ainsi. Assez souvent les recherches les plus précises n'ont pas réussi à démontrer que le malade ait jamais été en contact avec des chevaux morveux ; le moment de la contagion échappe donc. Aussi, jusqu'à ces dernières années, un certain nombre de médecins et de vétérinaires ont accepté la possibilité du développement spontané de la morve chez l'homme. Bouley jeune s'était fait le défenseur de celte doctrine à l'Académie de médecine. Tessier mettait la morve et le farcin au nombre des diathèses purulente, gangreneuse ou tuberculeuse [De la morve et du farcin considérés sous le point de vue de la nouvelle doctrine médicale, la dialhèse piiridente.ln Recueil de méd. vét., p. 65, 1859). En 1840, Magendie appointait le poids de son autorité à cette doctrine. S'il est souvent difficile de prouver qu'un individu malade a été en rappoi^t avec des chevaux morveux, il faut dire qu'aucun fait n'établit le développement spontané de la morve chez des individus complètement isolés de tout contact avec les animaux. Ainsi, dans le cas de morve aiguë que ïessier {Gaz. méd., 1852, p. 496) suppose s'être développée spontanément, il s'agissait d'une femme d'une moralité trop suspecte pour exclure la possibilité de rapports avec des individus qui soignaient des chevaux. Les observations de Miltenberger [Gaz. méd., 1853, p. 50) et de Gustin [Revue médi-^ cale, 1856), ne sont pas plus probantes. Dans le fait rapporté par Duclos [Journ. dejJied., 1846), la morve survint chez une matelassière qui travaillait à détresser le crin que l'on tord dans les abattoirs. Ce crin a pu servir d'agent de transmission. 11 se serait passé là quelque chose d'analogue à ce que l'on a constaté chez quelques marchands de crins qui ont pris la pustule maligne après avoir manié du crin venu de Buenos-Ayres. S'il est vrai que, pour un certain nombre de faits pris isolément, il ne soit pas possible de prouver la contagion, nous ferons remarquer que c'est là un caractère commun à toutes les maladies contagieuses, surtout lorsqu'un grand nombre de personnes se ti'ouvent réunies dans des centres populeux. Enfin, pour la morve, l'enquête est souvent difficile. Les règlements de police défendent de faire travailler les chevaux morveux sur la voie publique: les chefs d'établissements, les voituriers, les malades eux-mêmes se croient parfois exposés à quelques ennuis s'ils entrent dans la voie des aveux. De plus, même pour des vétérinaires instruits, le diagnostic de la morve présente parfois de grandes difficultés.
La preuve de la contagion ne peut donc pas être faite pour l'universalité des. cas, mais elle ressort avec une certaine évidence quand on considère quelle est la profession des malades atteints de la morve. Bollinger a dressé mi tableau instructif sous ce rapport basé sur l'analyse de 106 observations. 11 a trouvé :
172 MORVE ET FARCiN CHEZ L'HOMME.
Garçons d'écurie -il
Cochers, charretiers, cavaliers Il
Propriétaires de chevaux, cultivateurs .... li
Vétérinaires, étudiants vétérinaires 10
Equarisseurs o
Bouchers de chevaux 6
Soldats S
Médecins et chirurgiens 4
Jardiniers 3
Maquignons 2
Et Polizirt (?) :
Berger 1
Forgeron 1
Garçon d'amphithéâtre d'école vétérinaire, . . 1
Sur 120 malades il ne compte que 6 femmes.
Ce tableau montre que les individus qui sont exposés à contracter raffection morvo-farcineuse sont précisément ceux que leurs occupations journalières mettent en contact avec les chevaux.
Nous pouvons et nous devons répéter aujourd'hui avec les auteurs du Compendiuni de chirurgie :
« Convaincus pour notre part de l'incontestable certitude de ce fait, nous regardons comme un devoir de faire connaître et d'accréditer, autant qu'il est en nous, cette opinion. Car nous ne partageons pas, à cet égard, les scrupules de quelques-uns de nos confrères, qui redoutent que l'idée de la contagion, répandue dans le public et surtout dans l'armée, n'eflraye et ne produise sur les individus appelés à soigner les chevaux et en particulier sur les corps de cavalerie, une impression de terreur capable d'entraîner de fâcheuses conséquences. Il y aurait, selon nous, beaucoup plus d'inconvénients à taire la vérité et à entretenir les intéressés dans une sécurité qui aurait pour premiers résultats la conservation de chevaux susceptibles de transmettre la maladie, et la négligence de précautions au moyen desquelles on se fijt iacilement préservé du fléau. » (Bérard etDenonvilliers, vol. 1, p. 516.)
Nous avons repx^oduit ce passage écrit en 1845, parce qu'il est la meilleure réponse à l'argument que les anticontagionistes font toujours valoir lorsqu'il s'agit d'une maladie contagieuse. 11 n'y a eu d'effarement ni dans l'armée ni dans la population civile, quand la vérité a été connue. Mais les cas de morve sont devenus infiniment plus rares qu'ils ne Tétaient de 1830 à 1850, parce que le danger, au lieu d'être caché, a été avoué, et que cliacun a pris ses précautions.
Voyons maintenant dans quelles conditions se trouve l'animal qui donne la morve, et quelles sont les circonstances qui font varier la réceptivité du virus par l'homme.
La maladie morvo-farcineuse présente, chez les animaux et chez l'homme, des formes cliniques que l'on a désignées sous les noms de morve aiguë, farcin aigu, morve chronique, farcin chronique. Chacun de ces états pathologiques a-t-il la même puissance infectante ou bien quelques-uns d'entre eux sont-ils relativement moins redoutables ?
D'après Bouley, c'est dans le type aigu que la morve équine se montre contagieuse au plus haut degré; l'inoculation en témoigne : ce n'est que dans de trèsrares exceptions qu'elle ne produit pas ses effets. Cette preuve expérimentale semble incontestable, et cependant la lecture des nombreuses observations que nous avons dû analyser nous montre que, le plus souvent, l'homme a pris la
morve d'animaux atteints des formes chroniques de l'affection morvo-farcmeuse. Cette contradiction apparente s'explique aisément; les animaux atteints de morve iiiguë ou de farcin aigu sont rapidement abattus, tandis que ceux qui ne présentent que les formes chroniques continuent encore longtemps leurs services journaliers et restent ainsi en contact prolongé avec les personnes qui les soignent ou les conduisent. Toutes les formes de la maladie sont contagieuses et toutes doivcjit être réputées suspectes.
Chacune des variétés de la morve ou du farcin peut reproduire, chez l'homme ou chez les animaux, les autres variétés de la maladie. Les accidents et les expériences d'inoculation ont surabondamment démontré que le farcin aigu peut donner la morve aiguë ou le farcin chronique, que toutes les transformations sont possibles, prouvant ainsi que sous ses diverses apparences la maladie est une, capable d'engendrer chez les individus contagionnés toutes les formes et tous les degrés de l'infection. Dans les belles recherches de A. Tardieu sur la morve et le farcin chroniques, nous voyons que, le plus souvent, c'est une des formes aiguës de la maladie chez le cheval qui a engendré la morve chronique ou le farcin chronique. Mais, en dehors des observations invoquées par cet auteur, nous n'avons rien trouvé qui les justifie ou les infirme. Tous les observateurs donnent si peu de détails sur l'animal infectant, qu'il est difficile de savoir quelle était, au juste la variété clinique qu'avait chez lui revêtue l'infection morveuse.
Nous n'avons pas à rechercher ici quelles sont les parties du corps qui recèlent le virus morveux. Notre collaborateur a fait cette étude en détail, et nous n'avons qu'à rappeler les conditions dans lesquelles se fait la contagion du cheval à l'homme. Bien que le sang d'un cheval morveux injecté dans les veines d'un cheval sain fasse naître la morve chez ce dernier, nous ne connaissons aucun exemple de contagion pour l'homme dans lequel on puisse invoquer l'inoculation du sang. Nous ne nions pas cette possibilité, nous ne savons pas qu'elle ait été notée.
Les parties du corps des animaux morveux, dans lesquelles l'homme puise le virus morveux, sont celles qui suppurent, les pustules, le pus qui couvre les ulcérations, la matière du jetage, les abcès mëtastatiques du poumon ou des autres parties, le pus qui couvre les objets en rapport avec les animaux malades ; telles sont les soui'ces nombreuses où l'individu qui panse un cheval morveux trouve le plus souvent la matière de l'inoculation. Landouzy a cité une observation exceptionnelle [Gaz. méd., p. 460, 1844) d'inoculation de la morve à l'homme par une morsure de la joue. Dans ce cas, la salive seule du cheval aurait-elle servi de véhicule au virus, ou bien la matière inoculée n'aurait-elle pas été fournie par la lèvre du cheval toujours couverte de pus dans la morve?
De nombreux cas d'inoculation par piqûre dans la dissection, l'équarrissage d'animaux morts de la morv€, prouvent que la virulence ne disparaît pas par la mort des animaux. Le pus desséché des pustules, de la matière du jetage, conservé pendant plusieurs semaines, ne perd pas ses propriétés virulentes, et par conséquent les objets contaminés par des chevaux malades peuvent, pendant un temps indéterminé, être la cause génératrice de la morve humaine, mais nous ne trouvons pas dans les observations recueillies de faits qui prouvent que cette possibilité ait été réalisée chez l'homme.
Telles sont les sources par lesquelles se propage la maladie morveuse; il nous reste à étudier quelles sont les voies par lesquelles le virus pénètre dans l'économie.
Un premier mode de transmission, c'est Y inoculation qui a lieu dans diverses ■circonstances : tantôt c'est une coupure qu'un vétérinaire s'est t'aile avec un bistouri chargé de matière virulente, en pratiquant une opération sur un animal infecté, ou en ouvrant un abcès faixineux; tantôt c'est une déchirure produite par quelque fragment d'os au moment oîi l'on procède à l'autopsie d'un cheval morveux; d'autres fois on a porté sans précaution, au milieu des liquides imprégnés du principe virulent, la main ou les doigts sur lesquels existait quelque plaie, plus ou moins ancienne, ordinairement peu considérable, et à laquelle on ne songeait plus, comme, par exemple, ces excoriations dues à l'an'achement d'une pellicule épidermique, ces petites blessures produites par une épine, par un clou, etc. Beaucoup de malades avaient enfoncé leurs doigts dans les narines des animaux, soit pour y porter des médicaments, soit pour détacher des croûtes. L'usage adopté par les palefreniers de bouchonner leurs chevaux avec de la paille, les expose à une espèce particulière d'inoculation, par suite de l'introduction sous l'ongle ou sous l'épidémie d'un brin de paille, imprégné de la matière du jetage {Comp. de cliir., p. 517, vol. I).
Dans tous ces cas, l'infection de l'économie se fait par le même procédé que dans les piqûres anatomiques. L'épiderme est déchiré antérieurement à l'accident ou par l'accident lui-même, et un corps chargé de pus virulent est rais en contact avec le derme dénudé. En est-il toujours ainsi ? Faut-il nécessairement que l'épiderme ait été rompu? Le dépôt de la matière du jetage sur les muqueuses du nez, de la bouche, a suftî parfois pour provoquer le développement de la morve, chez le cheval ou chez l'àne. Mais en est-il de même pour la peau ou les muqueuses de l'homme? Est-il nécessaire qu'il existe une excoriation pour que le virus pénètœ? C'est là une question non encore résolue. On peut, en effet, toujours répondre à ceux qui admettent que le virus traverse la peau intacte, ■que le dépôt du pus ou du jetage se fait sur la peau du visage, sur les mains, 4)rganes très-vascularisés, souvent le siège de boutons écorchés, à l'insu même du malade. Si nous passons en revue les faits rapportés, nous voyons, en effet, •que ce=; écorchures inconnues, mais possibles, peuvent être invoquées; que, dans quelques cas, les ganglions de la région o\i le pus a été déposé se sont enflammés, et ont présenté tous les caractères de l'adénite consécutive à l'inoculation. On cite comme exemple de ce mode de contamination des individus qui ont contracté la morve pour s'être servis du même mouchoir avec lequel ils essuyaient les naseaux des chevaux infectés. Deux malades, qui ont succombé à la morve ■aiguë, buvaient ordinairement dans le seau qui servait à abreuver leurs chevaux; et chez l'un d'eux, observé par Macdonel, les accidents ont débuté par une amygdalite violente et une tuméfaction de l'angle de la mâchoire et de la glande sous-niaxillaire du même côté. Ilcrtwig raconte qu'un vétérinaire, ayant reçu sur plusieurs points de la face l'ichor morveux provenant d'un cheval malade qu'il examinait et qui s'ébroua tout à coup, fut affecté d'une tuméfaction de la joue gauche, avec induration sur le trajet des vaisseaux lymphatiques de la face, engorgement du ganglion sous-maxillaire, et jetage d'une matière jaun;\trc par la narine du côté correspondant, affection morveuse qui semble assez bien caractérisée et dont il eut toutefois le bonheur de guci'ir. Un élève, nommé Benoit, qui faisait des aquarelles pour Benault, a gagné la morve en léchant ses pinceaux. Ces faits doivent être placés à côté de ceux qui suivent l'inoculation directe, ils ieur ressemblent par leur marche et ont peut-être une origine unique.
11 n'en est plus de même pour un mode d'infection possible, celui qui résul-
terait de l'ingestion par le tube digestif de la chair d'animaux morveux. Nous ne pouvons plus dire aujourd'hui, avec Bérard et Denonvilliers, que cette question n'a qu'un intérêt médiocre : la chair des chevaux n'entre plus, en elTet, à titre exceptionnel dans la nourriture de l'espèce humaine. Dans toutes les grandes villes, à Paris notamment, il existe un certain nombre de boucheries de cheval qui recrutent leurs acheteurs parmi les ouvriers et surtout dans la classe des restaurateurs. Si la chair des chevaux morveux pouvait, par l'alimentation, donner naissance à la morve, nous serions en présence d'un véritable danger. Les documents que nous pouvons invoquer sont très-peu démonstratifs. Haniont, exmédecin-vétérinaire du pacha d'Egypte, avance, dans une lettre adressée en son nom par Leuret à l'Académie de médecine (25 juin 1859), qu'il a vu mourir un lion et des chiens à la ménagerie du paclia après avoir mangé du cheval morveux, et qu'ayant fait l'autopsie de ces animaux, il a constaté sur leurs cada- \res les altérations propres à la morve. Mordslrom, cité par Bollinger, aurait observé un cas d'infection complète, sur un chien alimenté avec de la chair jirovenant de chevaux morveux. Nous savons pourtant que le chien est réfractaire, dans une assez large mesure, à l'infection morveuse. Gerlach a transmis la morve à des chats en leur faisant ingérer de la viande et des organes infectés provenant d'animaux morveux. D après Leisering, le lion et l'ours seraient susceptibles de contracter la morve par ce dernier mode. Ces faits sont bien incomplets et, par conséquent, incapables d'être invoqués comme absolument probants. On ne pourrait cependant leur opposer les expériences que Renault a faites sur le troupeau de cochons entretenus à l'École d'Alfort. Il les nourrit pen- <lant très-longtemps avec la viande provenant de chevaux morveux, quelques-uns mangèrent exclusivement les viscères et les organes dans lesquels les lésions morveuses étaient accumulées. Aucun cas de morve ne se produisit. Mais ces ■«■xpériences n'ont réellement pas une grande valeur, car le cochon est réputé réfractaire à l'action du virus morveux, et Bouley a inutilement essayé un grand nombre de fois de lui donner la morve même par inoculation.
Les expériences personnelles et hardies de Decroix sont intéressantes, bien •qu'elles soient restées isolées. Decroix [Bull. soc. cent, de méd. vétér., 1870-71) rapporte qu'il mangea de la viande de chevaux tués parce qu'ils étaient ou morveux ou iarcineux. Les préparations furent variées, les unes furent bouillies, les autres rôties, les autres braisées, etc. ; il n'en éprouva aucun inconvénient. Il ajoute aussi qu'il a mangé sept ou huit fois de la viande crue de cheval morveux sans éprouver aucune incommodité.
Malgré ces épreuves audacieuses, nous ne considérons pas la question comme •directement résolue. Nous devons, en effet, remarquer que, lorsque des animaux ■ont contracté la morve par le tube digestif, ils avaient été nourris avec les viscères, les organes dans lesquels les lésions sont déposées. Or l'hom^me ne mange que la chair du cheval, il ne l'avale pas crue, mais après l'avoir soumise à des préparations culinaires qui peuvent rendre inertes les éléments virulents qui y seraient contenus. Toutes ces circonstances diminuent, dans une proportion trèsnotable, les chances de contagion par le tube digestif, mais nous ne pouvons affirmer qu'elles les fassent toutes disparaître.
Les conditions de démonstration scientifique sont d'ailleurs très-difficiles à réunir. Que le Iccleur se reporte aux expérimentations sur la contagion de la phthisie et du tubercule, il y verra quelles sont les difficultés qui entourent cette question. La discussion de l'Académie de médecine [Bull., 1867-1868), les
expériences de Villemin, Chauveau, G. Colin, permettent encore aux contagion istes et à leurs adversaires de soutenir une lutte dont l'issue n'est pas facile à prévoir. Les preuves indirectes sont donc également en défaut.
L'inoculation et peut-être l'absorption par la peau ou la muqueuse du tube digestif ne sont pas les seuls modes par lesquels le virus morveux pénètre dans l'économie humaine. D'après les auteurs, l'infection serait la voie de tiansmission la plus fréquente. Nous devons pourtant faire remarquer que les individus exposés à ce procédé de contagion sont aussi le plus souvent exposés à ceux que nous avons antérieurement étudiés, et que le départ serait bien souvent difficile à faire entre l'un ou l'autre moyen de transmission. Ce sont, en effet, les valets d'écurie, les charretiers qui fournissent les cas les plus nombreux de morve contractée par infection. On sait que, souvent, ils couchent dans l'écurie, qu'ils vivent dans une cohabitation presque complète avec les animaux qu'ils soignent. On ne peut cependant invoquer une sorte d'imprégnation prolongée, car il est facile de citer des cas nombreux dans lesquels les rapports des individus affectés avec les chevaux malades ont été très-courts.
La contagion de la morve par infection est admise sans contestation en médecine humaine, mais nous devons dire que les vétérinaires, mieux placés que nous pour résoudre la question, ne la résolvent pas de même. Bouley rapporte des faits qui semblent prouver sinon l'impossibilité du développement de la morve par infection, du moins son extrême rareté. Il cite les expériences de Renault: des chevaux sains et morveux ont pu respirer une heure ou deux par jour, pendant sept ou huit jours dans une atmosphère confinée, échangeant leurs gaz respiratoires ù travers un tube de 1 mètre 1/2 sans que les premiers aient été infectés {voy. l'article précédent). Ce serait donc pour les animaux les plus prédisposés à contracter la morve un mode de contagion au moins exceptionnel, il est dès lors difficile d'admettre que pour l'homme, chez qui la prédisposition semble très-faible, ce soit le mode de contagion le plus fiéquent. Quoi qu'il en soit, il vaut mieux admettre tempoi'aircment la possibilité de la contagion par infection, afin d'éviter les conséquences d'une sécurité trompeuse.
Nous venons de dire que la prédisposition de l'homme à contracter la morve semble très-faible. Cela est évident si l'on accepte que ce soit par infection que se déclare le plus grand nombre des cas de morve. Que l'on compare, en eifet, le nombre considérable des chevaux morveux et des liommes qui les soignent avecle nombre relativement si faible de ceux qu'atteint la maladie, et il sera impossible de ne pas admettre cette conclusion. Il en serait autrement si l'hypothèse de la transmission par infection devait être considérée comme exceptionnelle.
Les auteurs se sont démandé si le mode de contagion de la morve par inoculation ou par infection avait quelque inlluence sur la succession des accidents qui se développent, sur leur gravité et sur la forme clinique de la maladie. Pour les auteurs du Compendiiim de chirurgie et pour BoUinger, qui est encore plus explicite, a on doit admettre la transmission par infection dans tous les cas oii la maladie constitutionnelle générale a précédé les localisations de la maladie. » L'inoculation, au contraire, déterminerait des accidents locaux au début. Pour Kelsch [Arch. de phijs., 1875, p. 7M), « quand il y a eu inoculation, la maladie ne prend possession que lentement de l'organisme; le virus tend à s'épuiser d'abord en accidents locaux qui, pendant quelque temps, ressemblent à ceux de l'inoculation de matière septique; mais d'ordinaire les ganglions Ivmphatiques sont impuissants à lui fermer sa voie vers l'organisme, et, au bout de quelques
semaines, quelquefois seulement de quelques mois, apparaissent les manifestations générales, indices de l'imprégnation totale du corps par la matière morbide. Quand, au contraire, îa morve a été contractée par l'infection, les accidents locaux manquent : après quelques jours d'incubation, éclatent d'emblée les manifestations générales. Cette fois les agents virulents disséminés dans l'atmosphère, s'introduisant par la surface interne, probablement par la muqueuse pulmonaire, se répandent promptement dans l'organisme, et comme probablement ils sont aussi absorbés à plus haute dose que dans l'inoculation, la maladie est à la fois plus précoce et plus rapide. La forme et la durée de la maladie varient donc suivant le mode de pénétration de l'agent virulent, et à l'exemple de Kûttner [Virclww's Archiv, t. XXXIX, p. 564), à la division : la morve aiguë et chronique, on pourrait presque en substituer une autre qui lui correspond assez exactement : morve par contagion médiate et par contagion immédiate. » C'est aux médecins qui nous suivront qu'il appartient de vérifier ces propositions dont l'exactitude ne ressort pas de l'examen des observations que nous avons analysées. Nous devons dire d'ailleurs qu'à moins d'inoculation évidente, le procédé de contagion est, en général, très-mal indiqué.
Dans la presque totalité des cas connus, l'homme a pris la maladie du cheval. Rien ne prouve cependant qu'il ne puisse l'emprunter à d'autres espèces animales, puisque nous savons que presque tous les animaux, excepté le bœuf et le pore, sont susceptibles d'être infectés. Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, qu'en passant du cheval dans un organisme d'espèce diflërentc, lamorve perde de l'intensité de ses propriétés contagieuses. L'expérimentation a, en effet, montré que la puissance contagieuse de la morve ne se trouve pas affaiblie à mesure que la maladie se reproduit. Les vétérinaires ont constaté, par une suite d'inoculations successives, qu'à la septième génération le virus est encoi'c aussi énergique que lorsqu'il provient d'une morve spontanément développée.
Tardieu a d'ailleurs rassemblé dans sa thèse des exemples de contagion de l'homme à l'homme. Ainsi, Girard fils, qui avait pris un rang si distingué dans la médecine vétérinaire, et quia succombe en 1825 à la morve aiguë, s'était piqué en faisant l'autopsie d'un élève d'Alfort, mort de la morve aiguë. Elliotson rapporte, après l'observation d'un cocher atteint de farcin chronique, que la blanchisseuse qui lavait le linge du malade avait contracté la morve. Ferau, chirurgien irlandais, parle d'un fils qui aurait gagné la morve en soignant son père atteint de cette maladie. Brusch rapporte l'observation d'une garde-malade qui, trois ou quatre jours après avoir soigné un jeune homme mort d'une morve aiguë consécutive à un farcin chronique, fut prise elle-même d'une angéioleucite farcineuse, et mourut avec tous les symptômes de la morve aiguë, quinze jours après celui qu'elle avait assisté dans ses derniers moments. Bérard et Denonvilliers citent encore une note du docteur Bertrand (de Landinières), au dire duquel, deux chevaux morveux employés dans un moulin donnèrent la morve à un domestique, le 15 décembre 1839, celui-ci la communiqua à son successeur, dont la mort fut suivie de celle du fils du meunier, de sa femme et du meunier luimême. Ces faits manquent de détails et pourraient être contestés, il n'en est pas de même du suivant dont Bérard lui-même fut témoin. [Comp. dechir.,^. 498, 1. 1). Rocher, étudiant en médecine, externe dans le service de Bérard, à l'hôpital Necker, était chargé du pansement d'un malade affecté de morve aiguë, consécutive à un farcin chronique. Entré à Necker le 20 juin, le malade succomba le 25 octobre.
DICT. ENC. 2' s. X. 12
Les fonctions de ce malheureux jeune homme ont. nécessité un contact journalier entre le malade et l'élève ; en outre, celui-ci, trop zélé pour la science, prolongeait encore ses relations avec le farcineux en se livrant à un examen minv:tieux de tous les symptômes de la maladie, dont il recueillait avec soin l'observation. Après la mort. Rocher prit une part très-active à l'ouverture du cadavi'e, ol^ pendant qu'on sciait les fosses nasales, il maintint le crâne immobile en appuyant les mains sur les téguments des tempes et de la face, qui étaient le siège de l'éruption gangreneuse de la morve. 11 ne se fit aucune blessure, non plus que pendant le temps qu'il pansa le palefrenier morveux; il a même eu toujours l'attention de se laver les mains avec soin après avoir touché son malade. Pris de frisson dans la nuit qui suivit l'autopsie, Rocher succomba, le seizième jour de la maladie, à la morve aiguë. Bérard considéra ce cas comme un exemple de morve aiguë par infection transmise de l'homme à l'homme. Les auteurs du Compendhim de médecine font remarquer que les circonstances sont favorables pour ranger ce fait parmi les cas d'inoculation. Rocher prit en effet une part trèsactive à l'autopsie, appuyant ses mains sur des pustules grangréneuses. Or, l'inoculation ne peut-elle pas s'être opérée au moyen d'une écorchure, d'une petite dénudation souvent ignorée du malade lui-même ? Que ce soit un cas d'infection ou d'inoculation, la transmission a eu lieu de l'homme à l'homme. C'est une possibilité dont il est inutile de faire ressortir l'importance.
La réimportation de la morve de l'homme au cheval, a eu souvent lieu, mais dans des conditions expérimentales. De bonne heure en effet, les observateurs ont cherché dans cette réinoculation la preuve de l'exactitude de leur diagnostic. Coleman (1826), Prinz, Andral, Burguiérès, Leblanc, Letenneur, Rayer, Saussier, Bérard, etc., ont inoculé ou injecté dans les veines des chevaux du pus recueilli sur les malades atteints de farcin ou de morve. Presque toujours ces expériences donnèrent des résultats positifs, et les animaux de la race équine, chevaux, ânes, mulets succombèrent rapidement aux accidents morveux. On admit sans conteste que cette maladie secondaire, expérimentalement provoquée, démontrait que le pus injecté était réellement de nature morveuse. Nous ne voudrions pas intirmer ce mode de diagnostic, mais il ne nous est pas possible de taire qu'il n'a pas une valeur absolue. Renault et Bouley rapportent que du pus pris à un cheval non morveux injecté dans les veines d'un cheval sain donne naissance tantôt à des abcès pulmonaires intra-cellulaires, tantôt à la morve aiguë avec ses signes et ses lésions caractéristiques. Hering, Liautard, Laisné ont été témoins de faits analogues. Nous sommes obligé, malgré les critiques que Bollinger adresse à ces expériences, de reconnaître que le réactif pathologique que l'on croyait avoir trouvé dans la réinoculation du pus de l'homme au cheval, n'a pas toute la valeur qu'on lui avait attribuée.
Symptômes. Quelques jours après l'absorption du virus de la morve par inoculation ou mfection, éclatent les accidents. Cette période d'incubation dont la durée ne dépasse pas en général 3 à 5 joui's, se prolonge quelquefois davantage, 14, 20, 25 jours. Suivant quelques observateurs, elle pourrait atteindre jusqu'à 2 ou 3 mois.
Les phénomènes qui témoignent de l'infection de l'économie présentent de grandes différences. Leur évolution peut èlre lente, un an, deux ans ; d'autres fois elle est rapide, et la mort survient en une semaine. Leur localisation ne varie pas moins que leur durée. Chez quelques malades, l'infection se caractérise par une inlïammalion des vaisseaux et des ganglions lymphatiques ou des veines su-
perficielles des membres, par des abcès multiples des diverses régions, par une éruption pustuleuse et un ensemble de symptômes généraux graves ; c'est le farciii aigu.
Chez d'autres, à l'éruption pustuleuse et aux symptômes généraux du farcin; aigu, se surajoutent des ulcérations des fosses nasales et des voies respiratoires : cette forme est décrite sous le nom de morve aiguë.
Au lieu d'évoluer en un temps relativement court, la maladie peut donner naissance à des abcès multiples dégénérant en ulcères fistuleux, accompagnés de douleurs articulaires et musculaires, d'angéioleucites spécifiques. Cet état entraîne une altération profonde de l'économie, et se termine le plus souvent par la morve aiguë. Il est décrit sous le nom de farciii chronique.
La morve chronique, qui parait être la forme la plus rare de l'affection morveuse, est caractérisée par des ulcérations particulières à marche lente des fosses nasales et des voies aériennes, des douleurs articulaires et musculaires, et des symptômes généraux de cachexie.
On ne saurait nier que, prises dans leur ensemble, ces formes ne correspondent assez exactement aux types cliniques. Mais la maladie ne respecte pas complètement ces divisions favorables à la description, et un même individu peut avoir pendant l'évolution de la même infection, d'abord le faixin chronique, puis lefarcin aigu, puis la morve, selon que la maladie prend une marche plus ou moins rapide, et que les lésions restent limitées au tissu cellulaire et aux lymphatiques, ou envahissent la muqueuse des voies respiratoires. Nous devons encoi'e faire une remarque, c'est qu'à l'inverse de ce que l'on observe dans les autres maladies, la forme chronique ne succède pas à la forme aiguë ; elle ne survient pas comme la conséquence d'un processus qui n'a pas pu aboutir à la guérison : la forme chronique survient d'emblée, elle précède la lorme aiguë, et lorsque la maladie prend une marche aiguë, elle conduit rapidement à la mort.
Nous décrirons successivement le farcin aigu, la morve aiguë, le farcin chronique et la morve chronique. Nous n'avons d'autre raison, pour accepter cet ordre descriptif, que d'éviter autant que possible les répétitions.
1" Farcin aigu. Le début de la maladie varie, suivant que le virus a pénétré par une plaie d'inoculation, ou par infection générale.
Lorsqu'il y a eu inoculation, la blessure siège sur les parties habituellement
découvertes, les mains, le visage, les pieds chez les palefreniers qui marchent
pieds nus. Les accidents du début sont dans ce cas ceux qui caractérisent les
piqûres anatomiques. Le malade accuse de la douleur sur le trajet des vaisseaux
lymphatiques qui naissent de la partie affectée. Il se développe une lymphangite
avec ses traînées caractéristiques, ses cordons indurés, noueux; les ganglions
p( correspondants se tumétient, sont douloureux ; le membre devient le siège d'ua
ill œdème et quelquefois d'un véritable phlegmon, ou d'un phlegmon érysipélateux ;
jjjU dans divers points se forment des abcès qui occupent le tissu cellulaire sous-cu-
g tané. Quelquefois ce sont les veines qui s'enflamment isolément ou en même
temps que les vaisseaux lymphatiques.
iljjl A ces accidents locaux correspondent des troubles généraux de l'économie. Les y, malades perdent l'appétit, ont des nausées, des vomissements, accusent de la céiçi,j phalalgie, des douleurs vagues, musculaires ou aiiiculaires. La fièvre est plus ■ . ou moins intense, elle procède par accès irréguliers ; elle n'est pas toujours aussi j vive qu'on le supposerait, en tenant compte delà gravité des accidents locaux.
Dans plusieurs cas elle a présenté un caractère franchement intermittent à type tierce.
La plaie d'inoculation peut se cicatriser dans le temps ordinaire, alors que les phénomènes locaux et généraux suivent leur cours. D'autres fois elle ne se ferme pas, s'ulcère, prend un aspect de mauvaise nature, « tout l'ulcère devient chancroïde » (Bollinger.) Elle a aussi une certaine tendance à envahir les parties voisines et à ronger comme les ulcères phagédéniques. Tels sont les accidents dont l'ensemble a reçu le nom de Angéioleucite farcineuse.
Dans un grand nombre de cas, que la maladie se soit développée par infeclion, ou que le fait de l'inoculation échappe, le farcin aigu débute par des accidents généraux, qui ne diffèrent pas de ceux qui accompagnent l'angéioleucite farcineuse : frissons, céphalalgie, nausées, anorexie, sentiment de faiblesse générale, douleurs vagues quelquefois très-violentes dans les muscles et les articulations.
Ces désordres n'ont rien de caractéristique et, suivant la prédominance de l'un d'entre eux, les observateurs les ont rapportés au typhus commençant, à la fièvre typhoïde, au rhumatisme articulaire aigu, ou même à un simple embarras gastrique lorsque par exception les patients peuvent encore vaquer à leurs affaires, et n'éprouvent qu'un malaise général (Forme ambulatoire de Bollinger).
Après cette période, dont la durée ne nous semble pas possible à préciser, mais qui ne dépasse pas d'ordinaire 6 ou 7 jours, des abcès multiples se montrent en des points plus ou moins éloignés du siège de l'inoculation. Ces abcès se développent de deux façons bien dilférentes. Dans l'une il paraît une tumeur qui ne se révèle au malade que par son volume. Elle est indolente, ne s'accompagne pas de changement de couleur à la peau ; elle n'est pas très-tendue, elle reste molle. pâteuse. Elle se forme très-vite, en 24, 48 heures. Souvent on est étonné d'en rencontrer deux ou trois déjà assez volumineuses dans une région où la veille il n'en existait aucune. 11 semble en un mot que du pus se soit déposé, sans que le tissu cellulaire ait signalé par son irritation le travail pathologique qui s'accomplissait dans son sein. Dans l'autre forme, au contraire, la peau devient l'ouge, dure, violacée; il semble qu'il va se former un furoncle; la tumeur est douloureuse au toucher, et même, lorsque le malade fait des mouvements. Ces abcès contiennent du sang presque pur, de la matière sanieuse, quelques-uns seulement du pus phlegmoneux. Us sont souvent le point de départ d'une angéioleucite; ils se terminent rarement par résolution, presque toujours, par suppuration, et quelquefois par le sphacèle de la peau qui les couvre. Lorsqu'un de ces abcès a été ouvert, la plaie ne se cicatrise que rarement ; elle reste fistuleuse ou se tiansforme en un ulcère de mauvais caractère.
Ces petits abcès sous-cutanés ne sont pas seuls : en même temps qu'eux se forment, par l'un des deux processus que nous avons indiqués, des collections purulentes plus vastes, occupant le tissu cellulaire sous-cutané. Les symptômes généraux s'aggravent, la fièvre est intense, et le malade tombe dans l'adynamie. • Vers la fin de la seconde semaine ou dans le courant de la troisième et de la quatrième, parait l'éruption. Celle-ci est constituée par des pustules nombreuses d'un aspect caractéristique. Elle est accompagnée de sueurs abondantes, et parlois de la gangrène delà peau des joues ou d'autres parties. Nous la décrirons à propos de la morve aiguë, car, à cette période, les deux formes se confondent absolument. L'apparition de cette érujtion est accompagnée d'une prostration profonde, tft vers la fin du troisième ou quatrième septénaire, la maladie se teimine par la
mort. La stupeur, le délire, des contractions spasmodiques, des selles involontaires et fétides, des sueurs profuses précèdent celte funeste terminaison.
L'angéioleucite farcineuse peut guérir. liertwig {Gaz. méd., publiée par la Soc. de méd. de Prusse, 1854, n° 46. Berlin, 12 novembre 1854) rapporte l'observation d'un élève vétérinaire, âgé de 22 ans, qui se blessa au petit doigt de la main gauche en disséquant un cheval morveux. La plaie s'enllamma. La troisième semaine, il y eut de l'enflure de la main, de la douleur le long des vaisseaux lymphatiques du bras : les glandes axillaires furent prises ; la quatrième semaine survint une éruption de grosses vésicules sur tout le bras tuméfié, puis sur le bras opposé. Des accidents généraux graves, délire, agitation, soubresauts des tendons accompagnèrent ces manifestations locales. Puis les phénomènes morbides diminuèrent d'intensité, et le malade guérit la neuvième semaine. Cette observation est suivie, dans le même ouvrage, d'une autre très-analogue, également terminée parla guérison. Lorin, Eck, etc., en citent de semblables, mais elles diffèrent si peu de celles que l'on recueille chez les malades atteints 4e piqûres anatomiques, qu'il est permis de douter de l'exactitude du diagnostic.
Ii0rs(|ae les abcès se sont formés, le pronostic est très-grave. Genzmer (Mém. Acad. de méd., t. VI, p. 781) a publié un cas de guérison, mais, avec les auteurs du Compendium de Chirurgie, nous considérons cette observation comme très-do nlcuse. ;
Quand l'éruption pustuleuse s'est montrée, le pronostic est fatal.
2° Morve aiguë. Nous avons dit que, le plus souvent, le larcin aigu se termine par la morve aiguë; on pourrait donc, avec BoUinger, réunir les deux formes aiguës de la maladie dans une seule description, la morve ne formant qu'une période spéciale du processus. Mais celle-ci se présente souvent aussi d'emblée, et comme résultat direct de l'inoculation ou de l'infection morveuse. Elle succède également au farcin chronique et à la morve chronique ; il vaut donc mieux lui réserver une place distincte.
Lorsque la morve aiguë survient d'emblée, elle peut être le résultat d'une inoculation ou d'une infection. Dans ces deux cas, les phénomènes initiaux ne diffèrent pas de ceux que nous avons décrits en étudiant le farcin aigu. Dans le premier, nous retrouvons l'angéioleucite et les accidents qui l'accompagnent ; dans le second, les phénomènes généraux dominent la scène : frissons, céphalalgie, dégoût, nausées, diarrhée, fièvre, et surtout des douleurs articulaires et musculaires très-vives comparables à celles du rhumatisme aigu.
A ces symptômes succède la formation des abcès, qui est quelquefois précédée d'autres manifestations qu'il nous reste à décrire : érysipèle, éruption pustuleuse, plaques gangreneuses.
L'érysipèle occupe rarement les membres, presque toujours la face. Il débute par le nez et les joues, envahit les paupières et le front. 11 est, en général, mal limité, n'a pas de bourrelet bien net, et est constitué par une rougeur érysipélateuse élevée sur un œdème dur. 11 naît parfois d'une bulle, d'une pustule, se couvre lui-même de vésicules, de phlyclènes remplies d'une sérosité sanguinolente, et présente, par places, des taches violacées qui ne tardent pas à former des plaques de gangrène. « Les paupières restent closes, et laissent suinter une matière puriforme qui caractérise, d'une manière frappante, la morve aiguë. » (Tardicu.) Lorsque la gangrène siège à la face, elle s'étend avec rapidité, envahit parfois tout un côté, et donne au visage déformé une express,ion hideuse. Sur les
membres, la gangrène marche moins rapidement, mais les collections purulentes se couvrent de larges eschares. Lorsque celles-ci se détachent, on trouve à nu, quelquefois, les tendons ou les os.
Rarement avant l'érysipèle, quelquefois en même temps, et plus souvent après lui, paraît l'éruption, vers le sixième jour de la maladie. Elle est constituée par des pustules que l'on a comparées à celles de la variole, de la vaccine, de l'ecthyma, et par des bulles gangreneuses. Les pustules peuvent occuper tous les points de la surface du corps, mais elles siègent de pi'éférence à la face et sur les membres. Leur nombre est très-variable. Tessier, de Puisayc, rapportent des observations dans lesquelles elles auraient fait complètement défaut ; Perrin, élève d'Alfort, qui succomba à la morve, n'en présenta qu'une seule. Chez d'autres -malades, au contraire, les pustules sont en si grand nombre, qu'on a pu croire à l'éruption d'une variole. Elles sont, d'ordinaire, discrètes et séparées par un intervalle de peau saine ; quelquefois, des pustules plus petites sont groupées autour de l'une d'elles plus volumineuse; parfois, enfin, elles sont véritablement con fluenles. Les bulles sont toujours plus rares et succèdent aux pustules, lorsque l'épiderme qui les recouvre se trouve soulevé par du pus accumulé. Elles peuvent naître, d'emblée, sous leur forme propre de bulles arrondies, violacées, de la largeur d'une pièce de vingt centimes. Elles contiennent du pus ou une sanie sanguinolente. Le derme qu'elles recouvrent est infiltré de sang, ramolli, noir, désorganisé. Leur base n'est jamais indurée, et ce caractère suffirait, d'après Rayer, pour les distinguer de la pustule maligne. Les pustules s'ombili- •quent rarement; elles se dessèchent, se déchirent, se convertissent en ulcères cupulifbrmes qui tendent toujours à s'agrandir.
Les plaques gangreneuses, dont nous avons parlé à propos de l'érysipèle, se multiplient; elles se montrent, de préférence, à la face ou autour des articulations. Elles paraissent quelquefois en des points où ne siège aucune lésion; mais, le plus souvent, elles ont une pustule, une eschare, une piqûre de sangsue pour point de départ. Elles peuvent être précédées par une ecchymose, un épanchement de sang dans le tissu cellulaire.
Bouley et Nonat ont noté [Journal de l'Expérience, 6 juin 1839) une forme -exceptionnelle de l'éruption; elle était constituée par de gros boutons, des espèces de tubercules rougeâtres qui ont paru être le résultat d'une infiltration sanguine et purulente du derme.
En même temps que l'éruption, et souvent avant elle, apparaît le phénomène <;apital de la morve, celui qui lui a imposé son nom. Le malade éprouve une gêne plus ou moins prononcée dans le nez et l'arrière-gorge ; il fait des efforts répétés pour chasser l'obstacle qui obstrue ses narines ; il ne parvient à expulser d'abord qu'une humeur gluante et transparente ; quelquefois surviennent des épistaxis. Le malade a de l'enchifrènement, la voix est nasonnée, l'expiration par les fosses nasales est sifflante. Bientôt, par une narine, quelquefois parles deux, s'écoule une matière mucoso-purulente, tachée de stries de sang, ou même brunâtre, visqueuse, gluante; elle s'attache aux narines et aux lèvres, qu'elle excorie. C'est ce phénomène que l'on désigne sous le nom de jetage. Abondant dans quelques cas, le jetage est, en général, beaucoup moins important que chez les chevaux. Il peut même manquer, ou paraître manquer complètement : les malades, couchés sur le dos, prostrés, ne font aucun effort pour expulser les matières contenues dans leurs narines; elles coulent dans l'arrière-gorge. Dans d'autres cas, le jetage semble réellement faire défaut. Lorsqu'on examine les
fosses nasales, on voit qu'elles sont encombrées par du muco-pus ; la surface muqueuse est rouge, excoriée, quelquefois même ulcérée. Ces ulcérations peuvent être assez profondes pour éroder le périchondre, et même perforer la cloison ou le vomer. Alors même que la face n'est pas envahie par l'érysipèle, la racine .du nez est tuméfiée, sensible à la pression, rougeâtre.
La muqueuse des fosses nasales n'est d'ailleurs pas seule atteinte; la conjonctive est rouge et gonflée par un chémosis ; elle laisse écouler un liquide mucopurulent; on l'a même vue couverte de pustules.
La muqueuse gingivale est sanguinolente, tapissée de fuliginosités ; parfois, on y distingue des aphthes ou des ulcérations qui répandent une odeur infecte. L'inflammation de la muqueuse peut gagner le tissu cellulaire sous-jacent, et on a noté des phlegmons du plancher de la bouche.
Les pustules et les ulcérations qui leur succèdent peuvent envahir les amygdales, le pharynx, le larynx. Des mucosités purulentes ou sanguinolentes s'accumulent alors dans 1 arrière-gorge; la déglutition devient très-diflîcile, et la voix est enrouée ou même aphone. Ces processus gangreneux s'accusent par leur odeur spéciale et leur localisation se décèle par les symptômes fonctionnels.
La région parotidienne est gonllée, tendue par rengorgement des ganglions, €t aussi, d'après liérard, par ia. taméf^iction des glandes parotides et sous-maxillaires. Les* glanglions peuvent s'abcéder.
A cette période, les malades toussent, ils expectorent une matière analogue à celle du jetage; les crachats sont fétides. L'auscultation ne fait entendre dans la ])oitrine que des ronchus sibilants et ronflants ; la percussion donne une sonorité normale. Dans les derniers moments, la poitrine s'engoue, la sonorité est remplacée, à la base des poumons, par de la submatité. On entend des ronchus souscrépilants en rapport avec les lésions de pneumonie hypostatique et de pneumonie lobulaire que- l'on découvre à l'autopsie. La respiration devient fréquente pendant les derniers jours, et presque tous les observateurs ont noté une dyspnée continue ou paroxistique à cette période.
Souvent, les malades ont des troubles gastro-intestinaux, des vomissements, de la diarrhée, des selles séreuses, fétides et involontaires pendant les derniers jours. BoUingcr a constaté que la rate était parfois hypertrophiée.
La fièvre est intense. La température, dans un cas cité par Wunderlich, et recueilli par Goldschmidt(DisserL, Giessen, 1866) fut d'abord modérée, puis elle s'éleva, vers le vingt-cinquième jour, à 40°, pour atteindre, dans les cinq derniers jours, 41" 3' et 41" 6'. Sommerbrodt a donné le tracé thermométrique d'un malade mort le 23'' jour. 11 y eut, du soir au matin, des oscillations de 1 à 2", comme dans les fièvi^es purulentes, et le malade succomba ayant 40" 9' dans l'aisselle. Chez un malade de Solmon (service de Cusco) la température ne dépassa pas 40"8'. Le malade observé par Kelsch ne présenta pas les mêmes réniittences ; la température se maintint entre 39" 6' et 40" 5' : la veille de la mort, le température était de 40" 9', et le matin de la mort 38" 6'. Il semble donc que, généralement, surtout pendant la période farcineuse, la température subit des oscillations analogues à celles que l'on observe dans les fièvres purulentes, et qu'ensuite elle prend une continuité plus grande, sans jamais s'élever à un degré véritablement hyperthermique. Nous n'avons pas trouvé non plus de collapsus semblables à ceux que l'on observe dans les maladies gangreneuses.
Le pouls a des caractères concordants; il est petit, faible, varie de 100 à 150 pulsations par minute ; il est intermittent, ou du moins irréyulier.
Au début, les malades ont des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, de la céphalalgie; mais, ainsi que le fait remarquer Vigla, cette dernière n'a pas l'intensité et la persistance que l'on observe dans la fièvre typhoïde. Pendant tout le cours de la maladie, le sommeil est mauvais, entrecoupé par des rêves, des cauchemars. Les malades sont agités, ont du délire nocturne, puis diurne, et enfia permanent, jusqu'au moment où il est remplacé par un coma profond. Même lorsqu'ils n'ont pas de délire, les malades sont hébétés, répondent lentement ou mal, présentent, en un mot, l'apparence typhoïde. Quelques-uns d'entre eux succombent dans des accidents convulsifs.
On trouve, dans l'urine, un peu d'albumine, et, quelque temps avant la mort, de la leucine et de la lyrosine (BoUinger).
Lorsque la morve aiguë succède au farcin ou à la morve chronique, sa durée est, en général, courte, et les malades peuvent succomber en trois ou quatre jours. Lorsqu'elle survient d'emblée, la maladie dure, en général, trois ou quatre semaines.
La terminaison constante de la morve aiguë semble être la mort ; cependant, Ilertwig rapporte deux cas de guérison, dont l'un semble réellement indiscutable. Un vétérinaire de 23 ans reçut sur la jouede la matière morveuse. Deux jours après, il se forma, sur la l'égion contaminée, une tumeur dure avec angéioleucite; ea même temps survint un écoulement jaunâtre par les narines. Après trois semaines, les accidents généraux se calmèrent, et le malade guérit. L'autre fait est d'une interprétation plus douteuse. Nous en dirons autant d'un cas rapportépar Jacquez, de Lure {Arch. gén. niéd., 1847, t. XIV, p. 89). Quant au malade de Mackensie (Arch. gén. méd., 1852, t. XXVllI, p. 330), il paraît n'avoir eu qu'un phlegmon du plancher de la bouche.
3" Farcin chronique. Le farcin et la morve chroniques ont- été très-bien décrits par Tardieu ; (thèse 18-43) nous lui ferons de larges emprunts, les recherches plus récentes ont d'ailleurs peu ajouté à la description qu'il a donnée d'après l'analyse de 45 observations.
Le farcin chronique chez l'homme est un état morbide résultant de la transmission de la morve ou du farcin des solipèdes, caractérisé principalement par des abcès multiples, dégénérant en ulcères fistuleux, des douleurs articulaires et musculaires, des angéioleucites spécifiques, une altération profonde delà constitution, et se terminant le plus souvent par la morve aiguë.
Le farcin peut exister seul ou accompagner la morve chronique ; il est plus fréquent que celle-ci. Sur 49 cas où la maladie a revêtu la forme chronique, 35 appartiennent au farcin.
Comme le farcin aigu et la morve aiguë, le farcin chronique débute soit par inoculation, soit par infection. Dans le premier cas, des accidents locaux, l'angéioleucite, le phlegmon, témoignent de l'origine de la maladie. Daiis les cas où l'inoculation n'est pas probable, l'infection s'accuse par des accidents généraux: lassitude, douleurs vagues, malaise, inappétence, fièvre. D'après Tardieu un empâtement rarement douloureux se montre souvent soit au front, soit au mollet, soit sur une autre partie du corps. Quelquefois les accidents généraux sont très-violents dès le début. Les articulations sont douloureuses, parfois même gonflées et font penser à un rhumatisme à forme subaiguë. Les forces diminuent, cet état se prolonge pendant un mois, six semaines.
Puis apparaissent les abcès multiples. Ils se forment rapidement et comme
d'emblée. Ils sont rarement peu nombreux, et surtout isolés. Le plus souvent on en trouve quatre, cinq, six. Mais ils n'existent pas tous en même temps, ils se développent successivement, et dans tout le cours de la maladie il n'est pas rare d'en compter quinze ou vingt.
Ils siègent de préférence là où leur formation se trouve provoquée par une
contusion, une lésion antérieures, principalement aux membres, plutôt aux
■ inférieurs qu'aux supérieurs, ils sont fréquemment périarticulaires, mais on les
rencontre partout, dans les masses musculaires, au front, très-rarement au tronc.
Leur volume est très-variable, plus gros que dans le farcin aigu, les abcès peuvent contenir jusqu'à 500 grammes de matière ; en général, leur base est mal circonscrite et diffuse.
Tardieu a parfaitement étudié leur mode de production. Celle-ci peut se faire avec ou sans inflammation, et cela sur le même individu, à la même période de la maladie. On voit alors à côté de véritables abcès phlegmoneux, qui parcodrent successivement leurs différentes phases, des tumeurs qui sont fluctuanles dès le principe. Celles-ci sont plus fréquentes et ont une marche lente. La peau qui les recouvi'e ne change pas de couleur au début, mais à mesure que lu tumeur se développe, elle prend une couleur violacée, purpurine ou bleuâtre. La sensation de fluctuation lorsqu'elle n'est pas obscure est généralement pâteuse. Bien que moins douloureux que les abcès phlegmoneux ils ne sont pas toujours indolents, surtout lorsque profondément situés ils sont étranglés par quelque aponévrose.
Les abcès phlegmoneux s'ouvrent rapidement, ceux qui se forment sans inflammation peuvent rester huit ou dix mois avant de s'ulcérer. Les uns et les autres disparaissent quelquefois brusquement. Ouvertes spontanément ou par le bistouri, les tumeurs se cicatrisent parfois assez rapidement, mais le plus souvent la plaie dégénère en ulcère rebelle.
La matière contenue dans les tumeurs farcineuses est constituée rarement par fia pus, le plus souvent par une matière sanieuse formée de pus et de sang, parfois même par du sang pur. Elle est d'ordinaire sans odeur, mais dans certains cas très-fédide.
Les ulcères dans le farcin chronique sont toujours la suite des abcès qui ont existé, jamais ils ne sont primitifs. Loi'squ'un abcès s'est ouvert, ses bords se renversent, la peau se décolle, elle se détruit et laisse une surface qui ne tend pas à se cicatriser et qui continue à être baignée par une sanie purulente. C'est un véritable ulcère. Le fond de ces ulcères est couvert d'un pus visqueux, il s'y forme des croûtes épaisses. Ils ne tendent ni à s'agrandir ni à se cicatriser et sont toujours très-rebelles. Cependant lorsque la peau est décollée par l'abcès, l'ulcère comprend toute l'étendue du décollement. Quand les progrès de la maladie amènent la cachexie, la peau autour des ulcères devient noirâtre et perd toute souplesse. Lorsque les foyers sont peu volumineux, ils ne donnent pas toujours naissance à des ulcères, ils peuvent laisser après eux de simples fistules, d'où découle un pus aqueux et infect. Au fond de ces ulcères et de ces fistules, on trouve parfois des tendons, des surfaces osseuses dénudées et nécrosées.
Aux douleurs musculaii'es et articulaires qui accompagnent le début du farcin, en succèdent d'autres qui ne présentent pas absolument les mêmes caractères. Au lieu d'être vagues, les douleurs qui tourmentent les malades pendant la période d'état sont fixes. Elles s'emparent d'une articulation, du genou le plus souvent, ou bien encore elles occupent les hypochondres et lo bassin. Elles peu-
iS6 MORVE ET FAUCIN CHEZ L'HOMME.
vent êlre liées à la formation d'abcès périarticulaires. Tardieu n'a jamais vu •qu'il fût permis de rattacher les unes on les autres de ces douleurs à une lésion des cavités articulaires, et en particulier à Texistence de pus dans leur cavité.
A l'inverse de ce qu'on observe chez le cheval, le farcin humain ne présente pas de localisation habituelle dans les ganglions lymphatiques. Si l'on met de côté l'angéioleucite faixineuse que nous avons étudiée à propos de rinoculatiou et l'engorgement des ganglions qui survient dans la région occupée par un abcès enflammé, on peut dire que chez l'homme cet engorgement est un symptôme peu important et toujours secondaire à une lésion locale.
La peau ne présente pas d'éruption dans la forme chronique du farciii ; toutelois Liipop et Hertwig ont noté tous deux l'existence d'une tumeur furonculeuse de l'aile du nez, Tardieu a rencontré un fait analogue. Monneret a signalé un érysipèle el. une éruption miliaire sur un membre atteint d'abcès farcineux. Ce sont là des complications ou des accidents exceptionnels. Pendant la durée de la maladie, la peau devient sèche, rugueuse, pâle, quelquefois subictérique
La respiration n'est pas notablement troublée dans le farcin chronique; la •dyspnée, la toux qui sui^iennent à la fin de la maladie, sont l'indice du dépérissement général, et non d'une lésion locale, à moins qu'au farcin ne succède la morve aiguë.
Les fonctions digestives se conservent souvent et longtemps intactes, ce n'est que dans les derniers temps de la maladie que l'on observe d'ordinaire une diarrhée colliquative avec inappétence et quelquefois vomissements.
Au début la fièvre est assez fréquente et assez vive, elle correspond aux symptômes aigus qui annoncent l'infection de l'économie. Parfois ce ne sont que des frissons irréguliers; dans un cas Bérard a noté une forme franchement intermittente à type tierce. Puis la maladie redevient apyrétique, les abcès à marche phlegmoneuse s'accompagnent seuls d'une augmentation de la température. Enfin, quand la maladie est arrivée à sa phase cachectique, quelques frissonnements, un peu de chaleur le soir, des sueurs la nuit, caractérisent cette fièvre véritablement hectique.
Les forces sont au début assez bien conservées, le malade devient un peu paresseux, accuse une légère céphalalgie, de l'insomnie. A ces troubles légers succède un délire vague et parfois une altération persistante des facultés intellectuelles, même lorsque le malade a guéri. (Tarozzi.)
Le farcin chronique parcourt lentement ses diverses périodes. Les symptômes •aigus du début durent au plus deux ou trois septénaires. Les abcès paraissent du troisième au quinzième jour. Souvent, d'après Tardieu, à qui nous empruntons cette analyse, vers le second mois il survient une amélioration trompeuse qui ne dure guère plus d'un ou deux mois, et la récidive survenant, la maladie marche vers sa terminaison avec lenteur toujours, mais sans relâche.
Sur 22 cas rapportés par Tai-dieu nous trouvons que le fai'cin s'est terminé par la morve aiguë dix fois ; par la marche naturelle de la maladie sans accidents aigus, trois fois; par la guérison, six fois; un malade a succombé à des accidents aigus n'appartenant pas à la morve ; dans deux cas l'issue de la maladie est restée inconnue. Depuis lors, plusieurs observations de farcin chronique terminé par guérison ont été publiées par Ad. Richard et Foucher (service de Velpeau, Arch. géa.niéd., ¥ série, t. XXYII, 1851, p. 410), par Ludicke [Medicinische Zeitiing von Preussen, 1842, n°9). La guérison du farcin chronique peut donc être espérée.
Quelle que soit l'issue de la maladie, sa durée est toujours très-longue, elle varie de quatre mois à plus de trois ans, mais le plus ordinairement elle est de dix à quinze mois (Tardieu). Pour BoUinger, sur quarante cas dont la moitié aurait été suivie de guérison, la durée moyenne serait de quatre mois, mais chez quelques malades les accidents auraient persisté pendant quatre et même onze ans.
¥ Morve chroniqve. La morve chronique est essentiellement caractérisée par des ulcérations particulières des fosses nasales et des voies aériennes. Elle est souvent accompagnée de farcin et se termine par la mort, soit par les progrès de la maladie, soit parce que les accidents de la morve aiguë se sont surajoutés.
Cette forme de la maladie, signalée plutôt que décrite par Rayer, a été établie par Tardieu et il reste peu de chose à ajouter aujourd'hui au mémoire de 18 i3. La morve chronique débute rarement d'emblée, le plus souvent elle succède au farcin chronique. A la fatigue, au malaise, aux douleurs musculaires qui signalent le commencement des autres formes de l'infection morvo-farcineuse se joignent de la toux, du mal de gorge et un enchifrènement qui cause beaucoup de gêne aux malades. Ces symptômes sont les premiers quand la morve chronique est la première manifestation de la maladie ; ils se surajoutent à ceux du farcin chronique quand celui-ci a précédé la morve chronique.
Les lésions des fosses nasales ne se révèlent d'abord que par une gêne légère. On ne trouve pas le gonflement, la rougeur, le jetage abondant de la morve aiguë; mais la gêne est persistante, elle occupe de préférence la narine gauche, l'examen de la cavité ne dénote rien, il n'y a pas d'épistaxis. La douleur augmente plus tard et se traduit par un sentiment de tension pénible qui peut se faire sentir à la racine du nez. Bientôt les malades mouchent plus souvent que de coutume, les efforts d'expulsion donnent issue à des matières épaisses. La voix s'altère et devient nasonnée. Les mucosités déposées sur le mouchoir présentent des stries sanguinolentes ; de temps à autre il sort des narines des croûtes desséchées, noirâtres, indice certain d'ulcérations nasales. Bien rarement il y a un véritage jetage (Travers). Les matières expulsées ont peu d'odeur, et le nom d'ozène conviendrait mal à la lésion des narines. On ne voit qu'exceptionnellement les ulcérations, mais un stylet introduit dans les fosses nasales peut faire reconnaître leur présence et même la perforation de la cloison.
L'examen de la cavité buccale et du pharynx montre parfois des ulcérations. Celles-ci ont une marche lente et sont rebelles à tout traitement. La voix est altérée, la déglutition difficile, et les malades rendent par expectoration des matières épaisses et sanguinolentes.
La toux et la dyspnée sont souvent les premiers signes de l'invasion de la morve chronique, elles précèdent même l'obstruction des fosses nasales. Les malades accusent un mal de gorge ou plutôt une sensation de brûlure qui a son siège sur le trajet de la trachée. La voix est enrouée et même aphone. La toux est fréquente, profonde, accompagnée d'une expectoration abondante, formée de mucosités grisâtres mêlées de stries de sang. Ces symptômes après avoir duré un certain temps peuvent disparaître. Nous verrons en étudiant les lésions quelle est la cause de cette modification. Exceptionnellement, les malades sont pris de pneumonie lobulaire aiguë ou de bronchite capillaire.
Il est extrêmement rare que les malades présentent un engorgement des ganglions sous-ma\illaires.
La peau n'est le siège d'aucune éruption qui rappelle celle de la morve ajguë
On trouve seulement à la surface du corps les abcès développés sous l'influence du farcin, qui accompagne si souvent la morve chronique.
Les douleurs rhumathoïdes articulaires, musculaires, sont encore plus vives dans la morve chronique que dans les formes précédentes. Elles siègent dans les masses musculaires, les reins, le cou, les parois de la poitrine.
Les symptômes généraux sont ceux du farcin chronique. La fièvre, avec ses formes variées, l'épuisement graduel des forces, l'anémie, les nausées, la diarrhée, quoique beaucoup moins fréquente, enfin les troubles multiples du système nerveux, complètent l'ensemble de ce tableau, oii l'on voit le malade marcher plus lentement peut-être, mais non moins sûrement vers la terminaison fatale. (Tardieu.)
La morve chronique a une durée plus longue que celle du farcin. Lorsqu'elle lui succède après plusieurs mois, elle peut durer encore presque autant.
D'après Tardieu, la terminaison fatale serait constante, il ne cite qu'un cas de terminaison favorable, encore est-il douteux (Travers). Depuis lors, deux autres ont été publiés, l'un par le docteur Carne vale-Arella, qui semble exactement interprété {Arch. gén. méd., ¥ sér., t. XVIII, p. 225, 1848), l'autre par Bourdon [Acad. de méd., 8 novembre 1857). Cette observation fut le point de départ de la discussion soulevée à l'Académie de médecine. Son interprétation reste un peu douteuse, parce que les inoculations tentées à Alfort donnèrent un résultat négatif; disons toutefois que, d'après Bouley, la morve chronique n'est pas toujours inoculable du cheval au cheval.
Bien que la morve aiguë soit une des terminaisons fréquentes de la morve chronique, le plus souvent les malades succombent au marasme dans lequel la maladie les a plongés.
Diag7iostic. Lorsque le diagnostic n'est pas rsndu évident par les circonstances que rapportent les malades, il peut être extrêmement difficile à établir. La rareté de la maladie empêche le médecin de songer à sa possibilité. Le malade lui-même cherche souvent à détourner l'attention ; en raison de la sévérité des l'èglements de police, il refuse, par un intérêt personnel mal entendu, d'avouer qu'il est en rapport avec des chevaux morveux. Nous n'avons pas à nous occuper des cas dans lesquels les circonstances étiologiques éclairent le diagnostic; nous aurons surtout en vue les cas où l'origine de la maladie reste inconnue.
D'une façon générale, chaque fois que la profession des malades les met en contact avec des chevaux, on doit songer à une infection morveuse, et c'est tenir le diagnostic que de penser à cette affection lorsqu'elle existe. C'est parfois l'autopsie seule qui décèle la nature de la maladie. Virchow rapporte qu'à Wurlzbourg, la nécropsie d'un malade qui avait été traité plus de six mois pour des ulcères réfractaires des extrémités, fit découvrir une épizootie de morve qui régnait parmi les chevaux de halage du Mein et de la Saale.
Nous passerons successivement en revue les principaux accidents, et nous chercherons, dans leurs caractères cliniques, les différences qui les séparent des symptômes avec lesquels ils ont quelques rapports.
Vangéioleucite farcineuse présente, au début, exactement les caractères de toutes les lymphangites. En l'absence de renseignements, rien ne peut servir à les distinguer. Si l'on est en droit de soupçonner la nature morvo-farcineuse de la maladie, lorsque le sujet soignait des chevaux morveux, on ne peut rien affirmer avant que les accidents d'infection générale aient apparu. Nul doute qu'un certain nombre de cas rapportés par les auteurs, par Hcrtwig en particulier, ne
soient de simples piqûres, analogues à celles des bouchers ou des anatomistes, et qu'une trop grande préoccupation ne les ait fait ranger dans les angéioleucites farcineuses. Nous sommes en droit d'établir ces réserves, même pour les cas où l'inoculation du pus à des solipèdes a donné un résultat positif, puisque nous savons que la transmission du pus au cheval peut, même lorsque ce pus n'a aucun caractère morvo-farcineux, se traduire clioz cet animal par le développement de la morve. Il n'y a donc plus lieu de tenir le résultat de l'inoculation pour une preuve absolument indiscutable.
Lorsque les accidents généraux se montrent les premiers, le diagnostic est très-difficile au début. Les maladies avec lesquelles la confusion a été 'la plus fréquente, sont le rhumatisme articulaire aigu et la fièvre typhoïde. Pour cette dernière, le tracé de la température suffira pour écarter ou pour confirmer l'idée de fièvre typhoïde. Dans cette maladie, le thermomètre s'élève, pendant les premiers jours, de \ degré à 1 degré 1/2 tous les soirs, et la rémission du matin est, en général, de 1/2 degré, en sorte que la différence entre les températures prises le soir deux jours de suite n'est que de 1 degré. La ligne thermique offre ainsi une ascension graduelle, régulière, interrompue chaque matin par une chute également régulière de 5 dixièmes de degré. Aucune des formes de la morve ne présente cette marche fébrile, et si nous n'avons pas encore des tracés assez nombreux pour formuler la loi de ses variations thermiques, nous en ])ossédons quelques-uns qui nous permettent d'affirmer que rien ne rappelle la l'égularité d'un tracé de fièvre typhoïde. Enfin, dans cette dernière maladie, la céphalalgie est plus vive, les signes de la congestion pulmonaire, les râles sibilants et ronflants, la diarrhée paraissent dès le début ; pour la morve, au contraire, les accidents pulmonaires et la diarrhée appartiennent à la dernière phase, aux phénomènes préagoniques.
Le rhumatisme articulaire aigu est plus difficile à diftérencier. 11 n'a pas une évolution thermique régulière, et si dans sa période d'état il se caractérise par le gonflement, la rougeur, les douleurs articulaires, il peut rester plusieurs jours sans se localiser d'une manière aussi évidente. Alors des douleurs vagues musculaires et articulaires, sans gonflement, existent seules et présentent toutes les apparences des douleurs morvo-farcineuses. Le doute ne pourrait d'ailleurs persister bien longtemps.
Lorsque le médecin n'est appelé qu'après la formation des abcès, il éprouvera parfois une certaine difficulté à distinguer les abcès farcineux des abcès de la pyohémie ou de ceux qui succèdent à certaines fièvres graves. C'est dans ces maladies, en effet, que le pus s'-iccumule en des points divers de l'économie sans être nécessairement accompagné de la réaction locale phlegmoneuse des abcès chauds. Les éléments du diagnostic se trouvent dans la reconstitution des accidents antérieurs.
Les érijsipèles graves de la tète, propagés dans les fosses nasales, avec phlyctènes et même gangrène de la peau pourraient faire croire à l'existence de la Tuorve aiguë. On a cité aussi quelques cas de phlébite de Vorbite et de la face, caractérisés par le gonflement œdémateux de la face et de la paupière du côté malade, un coryza aigu de voisinage avec jetage d'une matière gommeuse, une éruption miliaire très-discrète sur la face; ces lésions locales, accompagnées de dcJire et de fièvre, pourraient, comme le fait remarquer Jaccoud, en imposer tout d'abord pour la morve aiguë, si l'absence d'abcès multiples, de douleurs arthritiques et musculaires, de phlyclènes et de pustules sur tout le corps, et
surtout enfin la différence de la marche des autres symptômes et de la cause, nj faisaient éviter l'erreur (obs. de Vigla, Littré, Duplay, Gely, Mackensie).
Les phénomènes de la période du début, la forme et le volume des pustules, leur distribution en groupes irréguliers, leur apparition successive, la coïncidence des bulles et des pustules, ne permettront pas de confondre la morve avec la varloh.
Bien que Théodore Rossbach de Herbsleben (BeHm Klin. Wochens., n*» 26, 50 juin 1872) ait publié ces dernières années une observation intitulée : Charbon malin symptomatique ou bien morve aiguë ? il est difficile de confondre actuellement'ces deux maladies. La pustule maligne, constituée par une eschare centrale à base indurée, entourée de sa bague de petites vésicules, ne ressemble nullement à la pustule de la morve, qui n'a jamais d'induration périphéi"ique (Rayer). L'œdème malin des paupières et le charbon malin symptomatique rappellent,, par leur couleur, leur rapide extension, leur tendance à la gangrène, certaines formes d'érysipèles morveux; mais l'absence des autres symptômes, en particulier du jetage, des abcès farcineux, des ulcères de mauvaise nature suffisent pour qu'un examen attentif lève tous les doutes.
La syphilis a des rapports plus nombreux avec la morve. Comme cette dernière, elle se manifeste par des douleurs, des tumeui's, des ulcérations, des altérations multiples, qui ont pour siège les fosses nasales, la gorge, les voies aériennes, les systèmes osseux et cutané. Les douleurs delà syphilis siègent dans les os et non dans les articulations ou les muscles ; elles sont surtout nocturnes.. Les tumeurs gommeuses, peu nombreuses, se développent lentement, elles ont pour siège de prédilection les tibia, le sternum, les clavicules, le crâne. Leur contenu gommeux diffère essentiellement du liquide des abcès morveux. Tardieu et les auteurs qui ont étudié le coryza syphilitique lui donnent pour caractère de n'être que la conséquence de la lésion des os propres du nez, que les lésions envahissent toujours promptement et qu'elles détruisent. D'où résulte l'issue de portions nécrosées et de séquestres osseux parles narines, ainsi que l'affaissement et la déformation du nez. La cloison détruite jusqu'à la sous-cloison, les cornets disparus entièrement, telles sont les principales altérations que l'on observe dans la vérole. Ces caractères sont évidemment bien différents de ceux que nous avons décrits dans la morve aiguë et chronique. Dans celle-ci, les lésions osseuses, au lieu d'être au premier rang, se trouvent, au contraire, peu importantes et pour ainsi dire notables seulement à l'autopsie. Dans ce cas, il n'y a donc pas de grandes difficultés. Mais à côté de ce coryza ulcéreux syphilitique avec lésioa osseuse, nous avons vu deux fois, par la rhinoscopie, des ulcérations syphilitiques n'allant pas jusqu'aux os, occupant l'arrière-cavité des fosses nasales, rappelant tout à fait la lésion reproduite, d'après Semeleder, dans le Traité de pathologie externe de Duplay. Ces ulcérations marchent plus lentement, peuvent durer des années, guérissent difficilement, mais sans entraîner nécessairement les désordres osseux signalés par Tardieu. Elles seraient, si d'autres symptômes n'écartaient les doutes, plus faciles à confondre avec le coryza de la morve chi'onique que les nécroses des os du nez.
Les ulcérations de la bouche, du pharynx, du larynx et de la trachée peuvent appartenir à la syphilis ou à la morve. Leurs caractères objectifs ne semblent pas capables de les différencier, si l'on se borne à l'examen à l'œil ou avec le laryngoscope. La grandeur de l'ulcération, son aspect fongueux, son siège, rien n'est propre absolument à une des deux maladies. C'est donc dans les antécédents du
MORVE ET FARCfN CHEZ L'HOMME. 191
malade, l'étude des autres symptômes morbides qu'il faut chercher les éléments, du diagnostic.
Nous devons en dire autant des ulcérations tuberculeuses ou scrofuleuses, du nez, de l'arrière-gorge. Les travaux d'Isambert, de Paul, etc., prouvent surabondamment que ces ulcères n'ont pas des caractères objectifs typiques. Le musée de l'hôpital Saint-Louis, où se trouvent reproduites ces lésions scrofuleuses et syphilitiques, avec leur forme et leur couleur, ne contient pas de pièces qui permettent d'espérer que l'on puisse déduire le diagnostic différentiel de l'examen des ulcères eux-mêmes. Il faut donc encore remonter à l'histoire de la maladie, et puiser dans son évolution clinique les éléments du diagnostic.
Pronostic. D'une manière générale, le pronostic de l'affection morvo-fartineuse est extrêmement grave, car il n'y a qu'un petit nombre de malades qui échappent à la mort. La forme morveuse est plus funeste que la forme farcineuse, et l'état aigu expose à des dangers plus grands et plus prochains que l'état chronique [Camp, de chi7\).
L'angéioleucite farcineuse est l'expression la moins fâcheuse de la maladie. Elle se termine plus souvent par la guérison que par la mort. Mais elle peut être suivie de morve aiguë ou de farcin aigu, et la crainte des dangers que recèle l'avenir doit toujours rendre le médecin fort réservé.
Le farcin aigu semble presque toujours mortel. Peut-être tant qu'il est caractérisé seulement par des abcès est-il permis de concevoir quelque espoir ; mais lorsque l'éruption, l'érysipèle paraissent, le pronostic est fatal.
Que la morve aiguë soit primitive ou secondaire aux autres formes de la maladie, on peut dire que la mort suit toujours de près l'invasion des symptômes propres à cette variété. Les cas de guérison que l'on a rapportés méritent d'être soumis à une critique très-scrupuleuse.
Les exemples de guérison de farcin chronique, sans être encore nombreux, semblent au contraire bien établis, et la proportion des guérisons aux décès varie suivant les auteurs entre le quart et le tiers du chiffre total des malades.
La morve chronique est à peu près aussi grave que le farcin aigu. Cependant nous avons pu citer trois cas de guérison.
En résume, en suivant les symptômes dans leur ordre chronologique d'apparition, on peut dire que tant que l'éruption n'a pas paru ou que les lésions morveuses des fosses nasales ne sont pas manifestes, tout espoir ne doit pas être abandonné; mais même dans les formes les plus localisées de l'affection morvofarcineuse, dans l'angéioleucite farcineuse, par exemple, les craintes les plus graves seront encore légitimes.
Anatomie pathologique. « Au point de vue anatomique, la pyohémie, la morve, la tuberculose et la syphilis forment un groupe naturel ; toutes ces maladies infectieuses ont pour caractère anatomique commun la production d'inflammations disposées par nodules et offrant une tendance marquée à la caséilication ; toutes paraissent originairement dériver de l'imprégnation de l'économie par un agent virulent plus ou moins saisissable. Cette communauté d'origine, rapprochée de l'analogie singulière des lésions anatomiques qu'elles déterminent, n'est pas le point le moins intéressant de leur histoire. »
Nous commençons l'exposé de l'anatomie pathologique par cette citation empruntée au mémoir-e de J. Pienaut inséré dans le chapitre précédent, parce que les recherches que cet auteur a faites sur les poumons et les autres organes des chevaux morveux sont de nature à rétablir l'unité pathologique de la morve -
192 MORVE ET FARCiN CHEZ L'HOMME.
humaine et de la morve des solipèdes, et que cette conception de la maladie modifie singulièrement les opinions antérieures. Les recherches de Cornil et l!anvier, celles de Kelsch tendaient hien à rapprocher la morve humaine de l'infection purulente, mais elles semblaient propres à faire admettre que les nodosités morveuses du cheval offraient des caractères anatomiques identiques avec ceux des granulations tuberculeuses de l'homme. Tous les auteurs avaient adopté sur ce point l'opinion de Virchow. Pour lui : « La tumeur type de la morve, de même que celles de la syphilis, du lupus et de la lèpre, se présente sous forme de nodosité, ou plus exactement de nodule (tubercule), dont la graadeur se rapproche surtout de celle du tubercule du lupus, tandis que ses autres caractères la font plutôt ressembler aux tumeurs syphilitiques. Le farcin chronique seul produit souvent de plus grandes nodosités (tubercules farcineux); ils sont souvent disposés par séries, par cordons, ou comme des vers (cordons farcineux), et ressemblent plutôt aux tubercules de la lèpre. Dans leur ensemble, ils se rapprochent des productions caséeuses, des tumeurs gommeuses et des tubercules, car ils contiennent une masse opaque, jaune blanc sèche. Ils se distinguent pourtant de ces deux affections en ce que les cellules sont souvent assez gi'andes, qu'elles se rapprochent des globules du pus, ou qu'elles se transforment directement en pus. il s'ensuit que, suivant leur évolution régulière, Ico nodosités superficielles s'ulcèrent, tandis que les profondes s'abcèdent. » (Virchow, Path. des tumeurs, t. Il, p. 538).
En démontrant que le processus des lésions morveuses chez le cheval s'écarte considérablement de celui des lésions tuberculeuses, pour se rapprocher davantage de l'infection purulente, Renaut a prouvé que la morve équme et humaine obéissent aux mêmes lois pathologiques et que leur place commune se trouve près de l'infection purulente.
Lésions de la peau. La structure des pustules ne commence à être bien connue que depuis quelques années, grâce aux études microscopiques.
D'après les recherches d'EUiotson, de Rayer, de Folliu, on savait que la coupe d'une pustule morveuse montre, en allant du dehors au dedans, l'épiderme, un liquide séro-purnlent, une couche concrète jaunâtre, tenace, située dans les mailles du derme , enfin le tissu cellulaire sous-dermique. Virchow, Wyss, Sommerbrodt admirent que les papules cutanées sont constituées par le dépôt de nombreuses cellules sphériques ayant les caractères des corpuscules du pus, siégeant dans la couche superficielle du choriou au-dessous de la couche du corps papillaire. A une période plus avancée, les papilles sont remplies de cellules de pus , les papilles se détruisent petit à petit et il se forme ainsi , au-dessous de l'épiderme un petit abcès qui peut s'étendre vers les parties profondes. Quand il naît de plus grandes pustules, leur contenu est composé de cellules de pus, tandis que le tissu de la peau voisine est infiltré de cellules semblables, ou est simplement infiltré de cellules graisseuses.
Four Cornil {Gaz. des hôpitaux, 1868, p. 393), ]es pustules petites et superficielles ne diffèrent pas des pustules de la variole. Au début, les globules de pus naissent aux dépens des cellules du corps muqueux de Malpighi ; il y a le même état vésiculeux des cellules épithéliales de distance en distance dans les diverses couches d'épiderme; le même réseau, d'apparence fibrillaire, dû à la conservation et à l'aplatissement d'un certain nombre de cellules, de telle sorte, que quand la pustule est bien formée, les globules de pus sont compris dans les mailles de ce réseau entre les papilles et l'épiderme.
Dans les points où existent des tumeurs cutanées plus considérables, tout le réseau papillaire, le derme et le tissu cellule-adipeux sous-cutané présentent une prolifération des éléments du tissu conjonctif et des corpuscules de pus ; il y a là de véritables phlegmons où le pus est infiltré dans le tissu conjonctif. Au niveau de ces parties, le corps muqueux est transformé en mi tissu aréolaire, à mailles perpendiculaires aux papilles et contenant des globules de pus. Les couches épidermiques conservées présentent de distance en distance un état vésiculeux des cellules. Dans ces parties de la peau, il y a eu d'abord des pustules qui, après avoir débuté par une formation de cellules de pus dans le corps muqueux, ont, ens'agglomérant et en s'étendant en profondeur, transforméla peau en un phleguom. On a noté du reste que les veines qui en partaient étaient oblitérées par de la fibrine adhérente.
Kelscb ayant eu l'occasion d'examiner les pustules d'un homme mort de la morve dans son service, a donné de la structure des pustules une description un peu différente de celle de Cornil, Il explique d'ailleurs cette divergence des résultats par ce fait que son examen a porte sur des régions de la peau autres que celles choisies par Cornil. Sur de grosses pustules lenticulaires, il a vu, à mesure qu'on se rapproche de la pustule, le corps muqueux épaissi. Au niveau de la pustule , l'épiderme doublé du corps muqueux est décollé par un exsudât amorphe interposé entre lui et le corps papillaire. Sur d'autres pustules, le corps muqueux est à peu près entièrement purulent, et les corpuscules sont logés dans des espaces cloisonnés comme dans la variole. Au delà vient l 'exsudât amorphe, reposant sur le corps papillaire du derme et recouvert par la couche cornée que double profondément une zone de cellules de pus.
Le derme est constamment malade au niveau de la pustule, les cellules de pus imprègnent toute son épaisseur et même le tissu cellule -graisseux.
A côté des pustules, il se forme parfois des bulles analogues au rupia et renfermant de la sérosité sanguinolente, roussàtre ; le derme sur lequel elles reposent est noirâtre, spbacelé.
Lésions du tissu cellulaire. Les abcès farcineux peuvent occuper tous lespoints du tissu cellulaire, cependant on les trouve plutôt à la poitrine et aux membres. Ils sont en général collectés en une poche dont le volume varie de celui d'une noix à celui d'un œuf ou d'une pomme. Ils contiennent un liquide jaunâtre, purulent, quelquefois coloré par du sang, ou mêlé de véritables bourbillons.
Lésions musculaires. D'après Kùltner, les abcès musculaires siègent principalement dans le biceps, les iléchisseurs de l'avant-bras, le droit antérieur, le grand pectoral et les insertions du deltoïde. Dans le cas observé par Cornil, le& petits abcès musculaires, examinés après durcissement dans l'acide chromique,, montraient sur une section, dans toute leur zone périphérique, un épanchement lie globules rouges entre les fibres musculaires. Celles-ci avaient été dissociées et comprimées par le sang, de telle sorte, qu'elles étaient là en dégénérescence cireuse converties de distance en distance en gros blocs réfringents. Dans la partie centrale des abcès, il y avait des globules de pus mêlés au sang en trèsgrande quantité. Dans les abcès plus volumineux, les muscles étaient situés au milieu du pus, dissociés, en dégénérence graisseuse et cireuse. Dans les abcès, il. n'y avait que des globules de pus et pas de sang.
Wappareil lymphatique, si profondément atteint dans l'espèce chevaline, ne présente que rarement des lésions dans le farcin humain. Nous avons peu de DIOT. ENC. 2° s. X. 15
iU MORVE ET FARCIN CHEZ L'HOMME.
détails sur les modifications que subissent les lymphatiques dans l'angcioleucite farcineuse, et il est probable qu'elles sont identiques à celles des lymphangites ordinaires. Les ganglions des régions oij se trouvent des abcès, des ulcères, sont parfois, mais non toujours, tuméfiés. Exceptionnellement, on les a trouvés suppures. Trcdet a présenté à la Société anatomique, en 1846, une observation de morve aiguë dans laquelle les ganglions bronchiques étaient suppures bien qu'il n'y eût pas d'ulcération dans les bronches ni dans lu trachée.
Les veines sont plus rarement enflammées chez l'homme que chez le cheval; cependant Vigla, Burguières, Eck, ont signalé la pldébite des veines des membres. SédilloL a noté, dans une observation, que la veine saphène était en partie détruite par une ulcération près de son embouchure dans la veine crurale; elle était remplie de pus. Bourgard a trouvé une phlébite des veines-caves et sousclavières.
Lésions des voies aériennes. Vétat des fosses nasales a vivement attiré l'attention des observateurs ; c'est là que siège la lésion spéciale de la morve. Lorsqu'on ouvre les cavités nasales, on trouve la pituitaire l'ecotiverte d'une couche épaisse de muco-pus, visqueux, coloré par du sang. Ce liquide est constitué par du mucus, des globules purulents, sanguins, des cellules d'épithélium. Follin y a, mais inutilement, cherché un microphyte signalé par Langenbeck. Il pense que ce végétal doit être une de ces productions conl'ervoïdes qui naissent si facilement dans les produits animaux en décomposition, mais qui ne possèdent aucun caractère spécifique. La pituitaire est injectée, épaissie, couverte de taches ecchymotiques. En certains points, le gonflement est assez considérable pour que les deux feuillets se touchent. On y trouve des pustules et des ulcérations. Celles-ci ont été bien décrites dans le cas observé par Kelsch.
L'épithélium qui était tombé dans l'observation de Cornil était, au contraire, presque partout conservé dans celle de Kelsch. Quelques cellules épitliéliales •avaient subi la transformation vésiculeiise. La couche la plus superficielle delà muqueuse, le quart environ de l'épaisseur totale de cette membrane, présentait partout une infiltration très-compacte de globules de pus. Cette trahiée non interrompue de pus ne confinait pas immédiatement à l'épithélium ; elle en était séparée par un liséré très-mince, très-régulier.
Dans les couches plus profondes, jusqu'au niveau de la cloison osseuse, on trouvait encore des cellules nombreuses, mais beaucoup moins serrées que dans la couche sous-épithéliale ; c'étaient des cellules plates du tissu conjonctif, gonflées, en voie de prolifération.
Les ulcérations étaient constituées par des pertes de substance irrégulières, beaucoup plus lai"ges que profondes, comblées en partie par un détritus granuleux où l'on reconnaissait encore la forme des cellules de pus. Quant aux pustules intactes, elles formaient de petites tumeurs arrondies, proéminentes à la surface de la muqueuse, constituées entièrement par des corpuscules de pus et des noyaux de petite dimension. Ces éléments étaient tellement serrés, qu'il était impossible de distinguer une substance intermédiaire. Ces tumeurs ne sont pas nettement circonscrites; elles se continuent sur leurs bords avec l'infiltration purulente ambiante.
Les glandes en grappe, si nombreuses dans cette muqueuse, sont impliquées dans cette inflammation purulente diffuse. Rarement on en rencontre de tout à fait saines. Le pourtour de ces glandes et leur canal excréteur sont en pleine suppuration; leur lumière est encombrée de leucocytes.
Les lymphatiques et les vaisseaux: se remplissent de coagulums. Il y a, pour "Virchow, périphlébite et périlymphite.
Souvent, la muqueuse est décollée du tissu osseux par de petits abcès périostiques. Les ulcérations, quand le processus est chronique, gagnent en étendue et en profondeur, atteignent les cartilages et les os. Ceux-ci, mis à nu, se carient, se nécrosent; de là des perforations de la cloison, à bords mousses et amincis, parfois entourées d'un bourrelet saillant et fongueux. De semblables altérations ont été trouvées dans les cellules cthmoïdales, dans les sinus maxillaires et frontaux, et au voisinage de la trompe d'Eustache. Dans quelques cas, des portions assez étendues de la muqueuse des fosses nasales sont sphacélées et se détachent en un détritus noirâtre.
La muqueuse buccale, la base de la langue, les amygdales, le voile du palais, la voûte palatine, participent souvent à ces altérations. Cornil a eu l'occasion d'éludier ces lésions sur le malade de Hérard. La muqueuse de la voùle palatine présentait de petits points transparents légèrement saillants, et ressemblant exactement à de petites vésicules de sudamina. En faisant une section mince sur la muqueuse fraîche dans ces points, il a vu qu'il s'agissait là d'une dilatation des conduits des glandes acineuses de la muqueuse. Le conduit glandulaire, arrivé dans la couche épaisse d'épitbéliura pavimenteux stratifié se dilatait, et il était rempli dans ce point par l'épilhélium vésiculeux. 11 existait, dans les conduits des glandes acineuses, la même lésion qu'il a observée plusieurs fois dans les conduits des glandes sudoripares, et qui constitue les sudamina cutanés.
La muqueuse du voile du palais était cxulcérée, très-épaisse, et le chorion muqueux était infiltré de pus, en même temps que son épithélium avait sidji les mêmes lésions que celui de la peau.
I,es lésions du larynx ei de la trachée ont été signalées dès que l'on se fut mis à étudier la morve aiguë et chronique. Dès 1857, Hardwicke rapporte une observation de farcin dans laquelle le larynx, Vépiglotte, la base de la langue et les amygdales offraient de larges ulcérations et des points gangreneux sales et noirâtres. Il y avait œdème du tissu cellulaire qui avoisine la glotte ; la trachée était ulcérée immédiatement au-dessous de l'ouverture de la glotte ; la trachée était couverte de matières gangreneuses; ces lésions furent bien étudiées par Tardieu. Les ulcérations ont parfois une grande étendue, de 4 à 5 centimètres dans la trachée; elles siègent surtout à la face antérieure; elles peuvent atteindre le cartilage, et, chose singulière, elles ont une tendance à se cicatriser spontanément. Outre le cas de cicatrisation décrit par Tardieu, nous voyons, en effet, que Demarquay et Dufour signalent chez leur malade la présence d'une bride cicatricielle siégeant au niveau du 7* anneau de la trachée.
Contour a noté la présence d'un abcès sous la muqueuse de la trachée d'un malade atteint de morve chronique. Enfin, dans ces derniers temps (1870), Solmon, interne dans le service de Cusco, a publié une observation de morve aiguë laryngée. Par exception, chez ce malade les fosses nasales étaient intactes. Les chancres morveux, comme les appelle l'auteur, siégeaient au nombre de deux ou trois dans l'angle que forment les cordes vocales.
Moins fréquents que les ulcérations nasales, les ulcères laryngés et trachéaux pourraient siéger seuls et suffire à caractériser la morve.
Cornil a bien étudié sur son malade le processus par lequel se font ces lésions. Il en donne la description suivante :
ft Après avoir fait durcir ces muqueuses dans l'alcool, j'ai étudié les granula-
lions et plaques saillantes sur des coupes perpendiculaires à la surface. Les petites granulations du larynx étaient recouvertes par des couches d'épithélium devenu muqueux, vésiculeux, et par des globules de pus formant un magma blanchàti'e, opaque. Au-dessous existe une couche de petites cellules prismatiques implantées perpendiculairement sur la surface du chorion muqueux. Celui-ci est limité par la couche homogène hyaline, normale. Dans les points malades, le chorion muqueux est épaissi par la formation de nombreuses petites cellules, en rangées parallèles, et résultant bien évidemment de l'hyperplasie des cellules du tissu conjonctif. Le relief des granulations et îlots saillants du larynx et delà trachée était donc constitué par la chute et la disparition de l'épithélium des cellules du tissu conjonctif. En outre, les culs-de-sac glandulaires des glandes acineuses, comprises dans la zone d'irritation de ces néolormatioiis, présentaient leui's culs-de-sac agrandis, leurs cellules grossies, devenues sphériques et libres au milieu du cul-de-sac. Il y avait aussi, dans les glandes, une multiplication de leurs cellules d'épithélium. Sur les parties ulcérées de la muqueuse des voies respiratoires, l'ulcération était causée par la chute complète de l'épilhélium, et par la suppuration et la destruction de la partie la plus superficielle du chorion muqueux. »
Les poumons sont, dans la morve aiguë et chronique, le siège de lésions fréquentes qui ont fait donner à une des formes de cette maladie le nom de morve pulmonaire. Depuis longtemps, on avait noté que les malades mouraient par le poumon, soit avec, de véritables pneumonies, soit avec des suppurations partielles. Tantôt on trouvait de véritables abcès métastatiques (Wolff, Gaubric), tantôt de vastes foyers ; Grub avait décrit une « grande vomique » dans le poumon d'un malade qui avait succombé à une morve aiguë. Craigie avait observé un cas de gangrène étendue ; d'autres médecins avaient trouvé de véritables foyers d'apoplexie pulmonaire. Mais la nature des lésions morveuses était indécise. Pour Kûhmer, ces lésions consistent en une infiltration diffuse de granulations morveuses dans le tissu inter-alvéolaire ou dans le tissu sous-muqueux, Sommerbrodt considère, au contraii"e, ces lésions comme voisines de la pneumonie lobulaire. Ce fut aussi l'opinion qu'admit Cornil.
« Dans les poumons de son malade, étudiés frais ou après durcissement dans l'acide picrique, tous les îlots, gris, jaunâtres, durs ou ramollis et, a fortiori, ceux qui présentaient, à l'œil nu, un véritable ramollissement puriforme, tous ces îlots étaient formés uniquement par de la pneumonie catarrhale lobulaire. Cela veut dire que les alvéoles pulmonaires, dans les points malades, étaient complètement remplis par des globules de pus et des cellules volumineuses, rondes, contenant plusieurs noyaux. 11 n'y avait là rien qui rappelât, de près ou de loin, soit des granulations tuberculeuses, soit les granulations morveuses du cheval que j'ai étudiées avec Trasbot. » (Soc. de biologie.)
Les recherches de Kelsch confirment cette manière de voir, mais ce qui est beaucoup plus important, c'est que la divergence que Cornil signale entre les lésions pulmonaires de la morve humaine et chevaline n'existerait pas. Pour J. Renault, en effet, chez le cheval, la lésion pulmonaire ne serait qu'une véritable pneumonie lobulaire, en tout semblable à celle que l'on rencontre dans le poumon de l'homme aifcctc de pyohémie. En sorte que, dans les deux espèces animales, la même maladie donnerait naissance aux mêmes lésions anatomiques. Les plèvres, au niveau des points de pneumonie lobulaire, sont souvent cou- Tcrles de fausses membranes, parfois elles présentent des traces d'inflammation
plus étendues, et même contiennent un véritable épancliement purulent. Le tube digestif ne prend qu'une part très-restreinte au processus morvo-tarcineux. Rayer a noté, dans quelques cas, la rougeur ecchymotique de la muqueuse stomacale; lorsque la maladie s'était terminée par une diarrhée colliquative, quelques auteurs ont trouvé des lésions catarrhales du gros intestin. Ce sont là des épiphénomènes et non des altérations propres à la maladie elle-même.
Le foie est le plus souvent augmenté de volume, quelquefois en dégénérescence graisseuse. Les cellules hépatiques sont remplies de granulations et de gouttelettes graisseuses. Sommerbrodt a observé dans un cas, en même temps qu'une hépatite morveuse, une inflammation gangreneuse et ulcérative des conduits biliaires. Dans d'autres cas, le foie a été envahi par des abcès ayant les caractères des abcès métastatiques.
La rate est le plus souvent augmentée de volume, gorgée de sang, molle et ilitlkiente, d'une couleur gris rouge ou foncé. On a mentionné, dans quelques cas, des abcès cunéiformes, peut-être de nature pyémique.
La parotide a, chez certains malades, été envahie par la suppuration (paroiidites).
Dans l'autopsie pratiquée par Cornil, le rein était le siège d'une dégénérescence caractérisée par la présence, dans un grand nombre de tubuli, de cellules infiltrées de granulations protéiques et graisseuses. Dans deux cas de morve aiguë, Fischer a noté l'existence d'une néphrite intertubulaire (Breslau, 1808). Cette observation a été confirmée par les recherches de Bartels de Kiel.
Virchow a décrit un sarcocèle morveux, mais cette lésion fréquente chez les chevaux semble exceptionnelle chez l'homme.
Notons enfin que le gland peut présenter des nodosités analogues à celles de la peau et même des abcès, et que Contour a présenté à la Société anatomique un cas dans lequel on voyait un abcès de l'urèthre.
Lésions des os et des articulations. Lorsque les abcès sont voisins de la surface des os, le périoste s'injecte, se décolle, du pus se dépose entre lui et la surface osseuse. Tardieu a présenté comme exemple de cette lésion, à la Société anatomique, des abcès sous-périostiques du tibia gauche et du radius droit. Lorsque les abcès s'ulcèrent, les os peuvent être mis à nu et se nécroser. Mais même sans qu'ils soient dénudés, les mêmes accidents peuvent se produire. Pour Virchow, les os du crâne et du visage, et particulièrement le frontal, prennent part au processus ; les os se nécrosent quelquefois, il peut même se former des collections purulentes entre les os crâniens et la dure-mère (pachyméningite externe). Dans d'autres cas, il existe des nodosités morveuses dans le péricràne, dans la dure-mère et même dans le plexus choroïde. Aussi Virchow admet l'existence d'une ostéo-myélite morveuse.
Sédillot a rapporté également un cas dans lequel les os du crâne étaient perforés en deux points.
Les lésions des articulations sont fréquentes ; déjà dans sa troisième observation Elliotson signale la présence du pus dans un des genoux de son malade. Depuis lors, nombre de médecins ont noté l'existence de lésions semblables dans les articulations des genoux, des coudes, de l'épaule et de la hanche. Dans un cas, Saussier a trouvé un abcès dans un des fibro-cartilages de l'articulation du genou. Parfois, le pus envahit les gaines tendineuses. Elliotson avait aussi vu, dans sa seconde observation, un abcès des gaines tendineuses du dos de la main communiquant avec l'articulation du troisième métacarpien. Le plus souvent
cependant, même dans les cas de fairin aigu, on trouve la synoviale saine, quelquefois injectée, et les lésions inflammatoires, les abcès farcineux siègent au pourtour des articulations.
Bien que tous les auteurs aient noté dans leurs observations l'importance des phénomènes typhoïdes, ataxo-adynamiques qui surviennent d;ms le cours ou à la un de l'infection morveuse; jusque dans ces dernières années, les autopsies étaient restées muettes sur les lésions des centres nerveux. Eck avait bien constaté, dans un cas de farcin aigu, la présence d'un petit abcès superficiel dans le cerveau, mais ce fait n'avait pas attiré l'attention, et il en était d'ailleurs peu digne. En étudiant les lésions crâniennes, Yirchow avait signalé l'existence ou la possibilité d'une pachyméningite externe. Il semble, d'après les dernières recherches, que ce point mérite d'être soumis à une nouvelle enquête. Dans un cas de farcin aigu (à tort intitulé morve aiguë), rapporté par Sidney Goupland [Med. Times and Gaz., 1872), nous lisons qu'à l'autopsie on trouva le cerveau et la moelle sains à l'œil nu, mais au microscope, autour de la moelle, on voyait les traces évidentes d'une inflammation aiguë et d'un épaississement chronique du tissu fibreux. Tout le long de la moelle, mais principalement au milieu de la région dorsale et dans l'épaisseur des parois vasculaires, le tissu connectif était hypertrophié. Nulle part on ne trouvait le canal central qui était remplacé par une prolifération de cellules en tout semblables à des leucocytes.
Des recherches ultérieures nous apprendront si ces lésions sont primitives ou si elles ne sont que l'expression d'un état dyscrasique du sang qu'il nous reste à étudier.
Lorsque Rayer et les auteurs qui l'ont suivi ont décrit les altérations du sang dans la morve et le farcin, ils se sont boi^nés à la constatation de deux faits. Pendant la vie la couenne du caillot de la saignée était épaisse, après la mort le sang était difflucnt, parfois il y avait des caillots dans les veines.
Depuis quelques années, les études microscopiques ont permis d'aller plus loin, gi'âce surtout aux procédés de numération des globules du sang que Malassez et Hayem ont mis à notre disposition. Or, dans les dernières observations, nous voyons que : En 1868, Cl. Bernard présente une note à l'Académie des sciences au nom de Christot et Kiener. Le but de ces auteurs a été de démontrer que, dans les affections morvo-farcineuses, il existe une leucocythose concomitante et des bactéries en grand nombre.
L'examen du sang, pratiqué chaque jour, leur a montré que le rapport entre le nombre des globules blancs et celui des globules rouges, au lieu d'être de 1 pour 400, chiffre normal, allait chaque jour en croissant, au point d'atteindre la proportion de 1 globule blanc pour 6 globules rouLcs. En même temps, ils constatèrent la présence de bactéries appartenant à la variété des granulations ; ils en trouvèrent 1 pour 5 à 20 hématies; elles étaient innombrables dans le pus et les glandes vasculaires sanguines.
En 1872, Sidney Coupland note, dans le cas de farcin aigu dont -nous parlions plus haut, que les globules rouges n'ont pas leur disposition ordinaire, ils ne s'empilent pas, ils sont agglomérés en masses irrégulières. Les globules blancs sont en proportion beaucoup plus considérable. Coupland ne trouve pas de bactéries.
En 1873, Vincent Bngidi [Lo sperimentale, do Florence, 1875, p. 514) note également cette augmentation du nombre des globules blancs du sang, et l'nbsencc de bactéries.
En sorte que, si nous résumons ces recherches, nous pouvons dire que, comme dans la variole, dans la pyohémie, les globules rouges ont, ainsi que Gubler l'a montré pour ces dernières maladies, une tendance à devenir visqueux, à ne plus s'empiler, et les globules blancs augmentent dans une proportion considérable. Nous n'avons pas eu l'occasion de vérifier ce l'ait pour la morve, mais nous avons vu dans la variole, avant la fièvre de suppuration, chez les opérés, avant que la suppuration ne s'établît, dans l'infection pui'ulente, les globules blancs se multiplier à tel point que leur rapport avec les globules rouges atteint 1 pour 15> 1 pour 20. Ce sont là des caractères qui doivent faire placer la morve et le farcin à côté des maladies purulentes ; de plus, il est impossible de ne pas rapprocher le fait de l'augmentation du nombre des globules blancs dans ces maladies, du mode particulier suivant lequel se développent les abcès. En quelques heures, en apparence subitement, il se forme sans douleur un dépôt de pus. Ne peut-on se demander si les leucocytes ne sont pas sortis du sang? Ne peut-on supposer qu'ils se sont déposés dans le tissu cellulaire sans y être formés sur place, puisque leur présence n'a été précédée d'aucun travail inflammatoire?
Quelques auteurs ont cherché à déterminer quel était l'élément virulent de la morve.
Rallier dit avoir trouvé sur la muqueuse des tissus frontaux et du larynx des animaux atteints de morve, des micrococcus isolés ou réunis en amas ; il a retrouvé ces mêmes éléments dans le sang ; dans certains cas même, il a pu les poursuivrejusque dans les globules blancs et rouges. Hallier a cultivé les spores qu'il a découvertes et a obtenu un champignon spécial auquel il a donné le nom de malléomyces. Ajoutons que l'auteur a rapproché les formes ainsi obtenues de celles du champignon de la syphilis, et qu'il n'a pu reconnaître de diiïérence entre ces deux variétés {Ueber einen hei der Rotzhrankheit (1er Pferde auftretenden Parasiten, verglichen mit dem der Syphilis. Zeitschr. f. Parasit., vol. I,. p. 298. II, p. 119, III^ p. 13).
Dans ses belles recherches sur les virus et les maladies virulentes, Chauveau a démontré que pour la morve comme pour le vaccin et pour la variole, l'activité spécifique qui constitue la virulence réside exclusivement dans les corpuscules élémentaires en suspension dans ces humeurs. Il a constaté que ces corpuscules virulents peuvent être lavés sans perdre leurs propriétés spécifiques, que leur séjour prolongé dans l'eau ne communique pas la virulence à ce liquide. Pour lui l'activité spécifique de ces maladies ne l'éside pas dans un parasite ferment ainsi que tendaient à le faire supposer les recherches antérieures sur le rôle des parasites {Revue des cours scientifiques, 1871-1872).
En résumé, si nous cherchons le caractère principal qui réunit toutes ces lésions d'apparence si variée, nous le trouvons dans la tendance à la formation du pus ; les éléments en sont disséminés ou réunis dans le sang, le système nerveux, les poumons, les muqueuses des voies aériennes, le tissu cellulaire sous-cutané, la peau, les os, etc. Par places infiltrés dans les tissus, ils semblent arriver à former des nodosités trop serrées pour que ces éléments puissent vivre et se développer; les artères sont en quelque sorte étouffées par cette riche production d'éléments nouveaux, elles ne peuvent plus suffire à la nutrition des tissus, ceux-ci se mortifient et s'ulcèrent. Mais depuis le moment où l'élément septique a été introduit dans une plaie jusqu'à la mort, que la maladie revêtela forme farcineuse ou morveuse, qu'elle soit aiguë et chronique, le processus est le même, formation de pus et mortification.
200 MORVE ET FAllCIN CHEZ L'HOMME.
Traitement. Dans une maladie aussi grave, dont la terminaison fatale est la règle presque constante, le véritable traitement doit se trouver et se trouve en effet dans la prophylaxie. L'expérience a démontré que l'application des règlements sanitaires a suffi pour faire diminuer daus une proportion très-notable le nombre des cas de morve dans l'espèce humaine, nous n'avons qu'à demander à l'autorité de veiller attentivement à ce qu'ils ne tombent pas en désuétude et nous sommes convaincus que la morve humaine finira sinon par disparaître, du moins par être excessivement rare.
Notre collaborateur a exposé qu'elles étaient les règles de police sanitaire imposées par l'administration, nous n'y reviendrons pas. Nous rappellerons seulement que la morve se transmet de l'homme à l'homme, que dans ces conditions le devoir du médecin est tout tracé. Il doit prévenir les personnes qui entourent le malade des précautions indispensables. Il veillera à ce que ces prescriptions soient exécutées dans l'intérêt des infirmiers et dans son intérêt propre. L'air de la chambre sera fréquemment renouvelé, les linges, les objets de pansements seront souvent changés, et brûlés ou plongés dans un liquide qui détruise les matières organiques dont ils sont chargés. Il est inutile que les assistants prolongent leur séjour auprès des malades au delà du temps nécessaire. On surveillera attentivement les mains des personnes qui donnent des soins au malade et on aura préalablement prévenu des moyens qui doivent être de suite employés •en cas d'écorchure.
Quel que soit le procédé par lequel un individu s'est blessé en pansant des hommes ou des animaux atteints de morve, il devra immédiatement serrer -vigoureusement le doigt ou la partie blessée, de façon à faire saigner la petite plaie ; par des pressions continues il entretiendra cette petite hémorrhagie jus- ■qu'au moment où un médecin pourra intervenir et faire un traitement efficace. Quelques auteurs conseillent de ne pas pratiquer la succion de la plaie, parce ■que des écorchures siégeant aux lèvres ou dans la bouche pourraient servir de mouvelle porte d'entrée au virus, ou même parce qu'à travers la muqueuse saine, celui-ci pourrait pénétrer dans l'économie. Nous ne savons au juste quelle •est la part réelle du danger de cette pratique, mais nous croyons qu'en l'absence 4'écorchure aux lèvres, et si le sang ne coule pas facilement de la plaie, il y a trop à craindre l'inoculation par cette plaie pour ne pas s'exposer à un péril ■très-problématique.
Lorsque le médecin est arrivé, il doit largement débrider la plaie, la faire saigner, s'assurer qu'il ne reste dans son intérieur aucun corps étranger, bouts • de paille, échardes de bois, etc., puis, pratiquer une cautérisation avec un caustique puissant, fer rouge, azotate acide de mercure, pâle de Vienne, acide luitrique, beurre d'antimoine. Il ne faut pas ajouter foi aux cautérisations légères (telles que celles du nitrate d'argent, de l'ammoniaque, etc. Le médecin n'a pas .à s'arrêter devant la crainte d'une inflammation locale trop vive, tout le danger •est qu'une partie du virus ou des tissus qu'il a touchés ne soit pas détruite.
Nous devons pourtant dire que Virchow rapporte qu'il se serait plusieurs 'fois piqué en pratiquant des autopsies d'hommes ou d'animaux morveux, et il .attribue l'immunité dont il a joui à des lotions faites immédiatement sur le ipoint lésé avec l'eau chlorurée ou la liqueur de Labarraque, promptement suivies •d'une cautérisation profonde.
Nous considérons le temps qu'on passe à se laver avec l'eau de Labarraque, iles solutions d'acide phénique, etc., comme du temps perdu, et nous n'en
voyons pas l'utilité, puisque Vircliovv ajoute qu'il a eu promptement recours à la cautérisation profonde. Or, le moment utile de l'action thérapeutique estlinu'té. Renault, d'Alfort, a constate qu'une cautéi'isation pratiquée une heure après Tnisertion du poison ne suffit plus à prévenir les effets du mal.
Lorsque le médecin n'est appelé qu'après l'apparition de l'angéioleucite, la nature présumée de la maladie ne lui fournit pas d'indications particulières auxquelles il puisse satisfaire. Le traitement sera celui de toutes les lympliangites, application de sangsues, bains locaux, frictions avec l'onguent napolitain, cataplasmes. On n'oubliera pas que si la maladie doit éclater, elle entraînera un affaiblissement qui constitue un de ses dangers, et on n'insistera pas trop sur la médication spoliatrice ; on essaiera même de nourrir le malade, ou au moins de lui faire prendre que](|ues potions toniques ou stimulantes.
Une fois que la maladie morvo-farcineuse est en pleine évolution, le traitement comprend les soins particuliers qui s'adressent à quelques accidents locaux et le traitement général.
Les abcès doivent être ouverts largement, dès que leur fluctuation peut être constatée. On sait, en effet, avec quelle rapidité ils se développent, et l'ouverture précoce est destinée à éviter les grands ulcères et les larges décollements. On fera des injections dans leur cavité avec les liquides désinfectants, l'eau alcoolisée, iodée, les solutions d'acide pliénique ou d'hypermanganale de potasse. En appliquant le pansement on établira sur les parties décollées une compression douce pour tâcher de faciliter leur réunion avec les tissus sousjacents.
Les ulcères seront pansés avec de la charpie imbibée de solutions semblables à celles que nous avons énuméréesplus haut; parfois il sera nécessaire de les couvrir de poudre de quinquina ou de charbon, s'ils prennent un mauvais aspect ou répandent une odeur fétide.
Plusieurs moyens ont été préconisés pour arrêter le jetage ; les fumigations, les escharotiques ont été inutiles ou même nuisibles. Elliotson a conseillé de faire, trois fois par jour, des injections avec une solution de créosote, dans la proportion de 2 gouttes de créosote pour 50 grammes d'eau ; en quelques jours le jetage aurait été arrêté. Quelques auteurs ont préféré les injections avec une solution iodée ou même d'iodure de potassium.
Le traitement général est jusqu'à ce jour absolument empirique. Nous ne connaissons pas de médication antifarcineuse analogue par exemple à la médication antisyphilitique. Nous allons passer en revue les moyens qui ont été employés, en signalant surtout ceux qui ont été mis en usage dans les rares observations qui n'ont pas eu une issue funeste.
Les émissions sanguines répétées ont été fréquemment pratiquées ; en effet, la maladie débute par des accidents généraux qui rappellent ceux du rhumatisme articulaire aigu, mais rarement on les a prolongées lorsque la nature de la maladie a été reconnue. Par l'évolution naturelle des accidents, on sait que l'adynamie est prochaine, et cette crainte retient la main du médecin. Nous pouvons citer cependant l'observation de morve chronique rapportée par Carnevalc Arella, dans laquelle nous lisons que cinq larges saignées furent pratiquées en trois jours. Le malade guérit.
Les vomitifs, évacuants, émétiques, jalap, calomel, etc., ont été administrés à presque tous les malades. Leur indication se trouve dans l'anorexie, les nausées, la constipation des premières périodes du farcin et de la morve. Quelques auteurs ont voulu systématiser ce traitement et en formuler l'emploi. Nous ne trouvons
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que robscrvation de guérison rapportée par Mackensie qui pourrait justifier le clioix de cette indication, ^'ous savons que l'interprétation du fait est loin d'être à l'abri de toute critique.
L'agitation qui pi'écède l'adynamie a nécessité souvent l'emploi des opiacés, du chloral ; et on est ainsi parvenu à calmer ou à atténuer l'intensité des phénomènes ataxiques.
Fjappé de la tendance de tous les accidents vers l'adynamie, les médecins conseillent aujourd'hui avec insistance les toniques, alcool, quinquina, une alimentation réparatrice. Excepté pour l'alcool cette médication ne peut être utilement appliquée que dans les formes chroniques du larcin et de la morve ; mais ici son indication est précise, on y joindra, lorsque les conditions seront favorables,, l'hydrothérapie, le changement de climat.
Nous avons maintenant à passer en revue les divers médicaments qui ont été conseillés par les auteurs à titie de médicaments antifarcineux. Ils sont trèsvariés et quelques-uns d'entre eux semblent avoir été utiles.
Ceux qui comptent le plus grand nomlne de succès, au moins apparents, sont les préparations d'iode et de soufre. L'iode a été conseillé par Genzmer, Remak; l'iodure de potassium par Andral, Monneret; l'iodure d'amidon à la dose de 0''%05 à 0s'',20 par jour, par Delaharpe ; l'iodure de soufre par Bourdon, chacun, de ces auteurs cite quelque cas de guérison en faveur de la médication.
Le soufre en nature et sous forme d'eaux sulfureuses a été préconisé par Tardieu, qui peut citer en faveur de cette médication une observation de guérison de larcin chronique. Le malade qui fut assez heureux pour échapper à la terminaison habituelle de cette maladie est précisément notre excellent collaborateur,, et le fait est à l'abri de toute contestation.
Citons encore les préparations de fer, le bichlorure de fer, la teinture d'acétate de fer à la dose de 6 à 8 grammes par jour mises en honneur par Gluck ; le mercure, les préparations mercurielles variées, frictions etc. conseillées par Carpenter; l'arsenic, la liqueur de Fovvler employés par Kranz; l'extrait d'aconit qui, à 1» dose de 0,05 à 0,75 par jour, aurait donné deux succès à Decaisne et Hamoir; la noix vomique que J. Gamgee associe aux préparations arsenicales; enfin, une préparation analogue préconisée par Grimelli dès 1 855 et recommandée depuis par Ercolani et Bassi ; le biarséniate de strychnine. Dans des expériences sur des chevaux morveux, ils donnèrent de 08%20 à 0°%80 par jour de cette substance, et sur 30 chevaux morveux ils auraient obtenus 18 succès et 12 insuccès. Cette médication pourrait être utilisée dans la morve humaine.
En résumé, nous avons vu que certains accidents demandent une médication pai'ticulière ; c'est une médecine très-décriée que celle du symptôme, mais lorsque Ton veut s'élever de ces indications spéciales à une médication plus générale, s'adressant à la maladie et basée sur la nature présumée du mal, il faut avouer que toute donnée certaine nous fait défaut et nous sommes obligés d'agir empiriquement. Si nous avions un avis à émettre, nous conseillerions plutôt l'emploi des préparations d'iode et de souire qui semblent compter jusqu'à ce jour un plus grand nombre de succès. P. Brouardel.
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!TlOSA.MBE. INolîi doiiné aux diverses espèces du genre Cleome, de la famille
(les Capparidées {Voy. Cleome).
MOSCATELLIÎVE. MOSCHA.TELLIIVE. ]fIOSCHA.TELLA. Noms doiiués
à YAdoxa MoschatelUna L. {Voy. Adoxa).
5I0SC ATI (Pierre). Né à Milan au mois de juin 1755, mort dans la même ville, en IS'ii, ce médecin est une des gloires de l'Ifalie ; aussi y occupa-t-il les plus grands emplois. On le voit, en effet, successivement : docteur en médecine et en chirurgie à l'université de Pavie ; aide-médecin dans l'hôpital de Florence ; professeur d'anatomie et de chirurgie dans les écoles de Pavie (1764) ; professeur d'accouchement et directeur de l'hôpital des enfants trouvés (1772); membre du conseil puisdu directoire de la République Cisalpine (1796); directeur général de l'instruction publique, comte, conseiller d'Etat, grand dignitaire de la Couroniiede-Fer, chevalier de la Légion d'honneur, médecin du vice-roi Eugène et de sa famille, etc. Il y a eu en France deux savants que l'on peut comparer, par l'illustration et par les talents, au comte Moscali : Ce sont Thouret et ïourcroy, qui furent ses contemporains, et qui, comme lui, furent appelés aux charges les plus élevées de l'État, et firent progresser d'une manière remarquable les sciences physiques et chimiques. Voici, la liste des ouvrages de Moscati :
I. Observation sur une plaie au bas-ventre, avec issue et gangrène d'une portion d'intestin. In Mém. de l'Acad. roy. de chir., t. III. — II. Observation sur la rescision des amygdales tuméfiées; sur l'amputation faite avec succès, avec la méthode d'y procéder. In Mém. de l'Acad. de chir., t. V. — III. Mémoire sur la fracture du col de l humérus. In Mém. de l'Acad. de chir., t. IV. — IV. Délie corporee differenze essenziati che pa.tsano fra la slridlura de bruties la umana. Brescia, 1770, in-j^ , 1771, in-8°, avec supplément. — V. Osservazioni sulla medicina dei Morlachi, e sulla conformita del loro empirismo antichissimo con piu ricevuti principi délia teoria medica. In Mémorie delV Instit. Nazion. Italiano, t. I. — VI. Discorso academico dei vantaggi délia educazione filosofica nello studio dclla chimia. Milan, 1784, in-8°, p. 90. — VII. De l'emploi des systèmes dans la médecine pratique. Discours inaugural, traduit de l'italien par Ch. Sultzer. Strasbourg, anVIlI(1800) ; in-8°, p. 52. — VIII. Congietture suW azione del mercurio vivo nel volvolo et sulla natura del' sugo gastrico. In Memor. délia Soc. Italiana, t. X. — IX. Memoria sopra alcuni prodotti singnlari delV animale economia morbosa. In Mem. délia soc. italiana, t. XIII. — X. Sur la structure des tendons (en italien) In Atli fisico-critichi di Siena, t. IV. — XI. Sur le sang et l'origine de la chaleur animale. In Observ. sur la physique. par l'abbé Rozier de La Mettherie, t. XI, p. 589, in-4». — XII. Pierre Moscati a encore rais