‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.62Chapitre 21 sur 61 · MOUFETTE · texte numérisé non relu

MOUFETTE

(le ce temps. C'est dans le cours de ces pérégrinations qu'il prit le titre de docteur. De retour dans sa patrie, il résida d'abord à Londres, où il se fit une grande réputation, puis à Ipswich, où il i'ut particulièrement patronné par lord Willoughby qui l'emmena avec lui, pendant une mission en Danemark. Moufet mentionne aussi avoir accompagné le comte d'Essex en Normandie, probablement en 1591. Enfin, il passa la dernière partie de sa vie à Bulbridge, près de Wilton, où le retenait la faveur de la maison de Pembroke dont il recevait une pension. C'est Jà qu'il mourut dans les dernières années du règne de la reine Elisabeth, c'est-à-dire vers 1600.

Si nous n'avions à juger Moufet que comme médecin, la part d'éloges à lui attribuer serait assez restreinte, et le mérite qu'on lui accoi'de d'avoir, l'un des premiers, introduit en Angleterre la cliimiâtrie deParacelse, ne nous semblerait pas constituer un titre bien glorieux aux yeux de la postérité; mais, tout en reconnaissant la retenue et la réserve dont il a fait preuve dans son prosélytisme à l'égard du réformateur suisse, nous devons dire que, chez lui, le naturaliste l'emporte de beaucoup sur le médecin. On lui doit d'avoir continué et achevé le Theatrum insedorum, commencé par Conrad Gessner, Wotton et quelques autres. « Moufet, dit Cuvier, est pour les insectes ce que Gessner est pour les quadrupèdes, et Rondelet pour les poissons. Sou livre est le premier traité im peu complet fait ex professa, qui ait été publié sur cette branche de la zoologie. La division des insectes y est, à la vérité, encore assez imparfaite; néanmoins ils sont déjà rapprochés par genres, jiar familles, à peu près au même degré que Rondelet avait rapproché les poissons... Il paraît que son dessein était de rassembler, dans le premier livre, tous les petits animaux ailés. Dans le deuxième livre, il a réuni itous les animaux qui n'ont [)as d'ailes... Son ouvrage n'est encore qu'un travail assez incomplet, mais il est remarquable par le nombre des espèces qui y sont représentées. Ou y compte 500 figures en bois, toutes dessinées d'après nature, et la plupart assez exactes... Eu un mot, cet ouvrage est encore une base excellente pour une partie de l'histoire naturelle qui, aujourd'hui, l'emporte infiniment sur toutes les autres par le nombre des espèces » {Hist. des se. nat. , II, 105). De ce jugement il ressort que les parties faibles du livre de Moufet sont attribuables à l'état de la science à l'époque où il vivait, et que les parties vraiment remarquables qu'il renferme lui appartiennent en propre.

Malheureusement Moufet était mort avant d'avoir pu faire paraître son Théâtre des insectes, mais, par suite de diverses circonstances, le manuscrit étant tombé entre les mains de Turquet de Mayerne (voy. Mayehne), celui-ci résolut de faire jouir le public de l'œuvre de son confrère en spagyritisme, et, après avoir eu, comme il le dit, beaucoup de peine à trouver un imprimeur de bonne volonté, il fit enfin paraître l'édition que nous possédons aujourd'hui.

Un a de Moufet :

I. De jure et jjr (Estant ia chemicorum medicamentorum, dialogus apologeticus. Francof., 1584, in-4°. — II. Epistolœ quinqiie médicinales in consiliomm medicinalium conscriptorum a prœstantissinm, etc.. mcdicis, liber singularis. Ibid., 1598, in-fol. et in Theatrum chemicum, t. I, in-tol. Argentorati, 1615. — III. Nosomantica Hippocratica, seu Eippocratis Progiiostica cuncta ex omnibus, etc. Francof., 1588, in-8°. — IV. Health Improvement ; or Rulcs comprising and discovering the Nature, Metkod and Manner of preparing ail Sorts of Food used in this Nation. Load., 1655, in-i". — V. Insectorum seu miniinorum animalium Theatrum, ohm ab Ed. Wotlono, Conrado Gesnero, Thomaque Pennio inclioatum. Xondini, 1654, in-fol. E. Bgd.

MOUFETTE. Genre de carnivores de la famille des mustélidés qui est par-

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ticulier à l'Amérique et se fait remarquer par l'odeur très-désagréable et trèspersislante de la sécrétion fournie par ses ghindes anales. On lui donne le nom latin de Mephitis. Quelques naturalistes l'ont subdivisé en plusieurs autres genres. P. Gerv.

MOUFLiE. L'étude de la moufle, au point de vue de la physique, rentie dans celle de la poulie (i;oî/. Poulie). Nous rappelerons seulement que la nioulle fait partie de machines employées pour la réduction de certaines luxations. Mise eu usage pour la première fois par Ambroise Paré, adoptée par d'autres chirurgiens, notanmaent par Jean-Louis Petit, mais condamnée par le plus grand nombre, elle était tombée en désuétude quand elle fut remise en honneur par M. Scdilloi {voy. LuKATiojss, p. 294).

moUFLorvs. Ce sont des animaux sauvages du même genre que les Moutons. Voy. ce mot. P. Gerv

mouHA. Nom donné dans la Nouvelle-Zélande au Phormium tenax h. {Voy. Phormicm).

MOLLES (Mytilits). §1. Zoologie. Genre de mollusques conchyfères OU acéphales lamellibranches, servant de type à une famille particulière de celte classe, les mytilides, qui comprend aussi les pinnes ou jambonneaux, les niodioles, les lithodomes, également alimentaires et les dieissènes qui en sont les seuls réprésentants tluviatiles. La moule commune {M. eclulis) est très-répandue sur les côtes de la Manche. Elle a pour caractères d'avoir le pied mobile et on forme de languette, d'être dimyaire, c'est-à-dire pourvue de deux muscles adducteurs et de posséder un byssus servant à l'attacher aux rochers et autres corps sous-marins. Son manteau n'est pas complètement ouvert comme celui des huitres, et sa coquille a une autre forme que celle de ces animaux. Les moules constituent une importante ressource alimentaire dans certaines localités, et ou les cultive sur des appareils en charpentes ou des clayonnages auxquels on donne le nom de bouchots, que les marées baiijnent ou laissent alternativement à découvert. Une grande culture de moules avait été entreprise, il y a quelques années, dans l'étang de Bouc par M. Vidal, qui suppléait au défaut de marée en plongeant ses bouchots dans l'eau et les retirant chaque jour après (|ue les moules dont ils étaient chargés avaient été suffisamment immergées. P. Gerv.

^^ 11. Bromatologie et Pathologie. Les moules, dont l'emploi comme aliment remonte à une très-haute antiquité, sont d'une digestion assez dillicile,. surtout quand la cuisson les a durcies ; elles ne conviennent qu'aux estomacs vigoureux et riches en suc gastrique. Celles qui vivent dans des parties de 1» mer habituellement agitées, ou qui restent enfoncées dans la vase des plages, sont les moins estimées ; elles ont une saveur amère. Pline remarquait déjii qu'elles sont plus délicates dans les endroits où l'eau douce se mêle à l'eau de mer. En France, où elles pullulent sur tout le littoral maritime, les meilleures sont celles qui proviennent de la culture. La pêche de la moule se fait, pour la plus grande part, à la fin de l'automne-et dans le cours de l'hiver, avant on après le frai.

L'usage alimentaire des moules amène quelquefois des accidents plus ou moins sérieux, et il ne parait pas que l'état de cuisson ou l'état de crudité de la chair aient, à cet égard, quelque importance. Au bout d'un temps variable, mais le

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plus généralement I rois, quatre, ciuij heures après l'ingestion, surviennent du malaise, de l'anxiété épigastrii^ue, de la soif, de l'oppression, de l'encliifrènement, un sentiment de faiblesse générale; puis des vomissements, de la diarrhée, des syncopes. Le pouls devient fréquent, misérable; un sentiment de froid se répand dans tout le corps, plus prononcé aux extrémités ; il y a des frissons. Le délire, les convulsions et ensuite le coma se déclarent chez certains sujets. A ces symptômes, se joint fréquemment une vive démangeaison à la peau, avecou sans exanthème. La face se tuméfie. Quand l'exanthème apparaît, il a ordinairement le caractère de l'urticaire ; mais parfois il consiste en de petites taches d'un rouge sombre, sans élevure, irrégulièrement arrondies et pouvant avoir de l'analogie avec les taches de la roséole syphilitique. Cette analogie peut même être telle, que, chez une dame à l'égard de laquelle les circonstances repoussaient jusqu'à la moindre supposition de sypliilis constitutionnelle, je n'établis le diagnostic qu'en m'informant auprès d'elle si elle n'aurait pas mangé des moules. La supposition était exacte. Cette dame et son mari en avaient fait usage à diner, et la première seule en avait été incommodée peu de temps après s'être mise au lit. Tous les symptômes s'évanouirent dans le cours de la journée suivante.

L'issue de la maladie est presque toujours favorable, et cela dans un trèscourt espace de temps. Cependant on a vu les accidents gastro-intestinaux et la débilité générale durer pendant un certain nombre de jours, une semaine et plus. On a vu même la mort survenir, particulièrement dans les cas où le système nerveux avait subi une atteinte marquée et où le délire avait eu lieu.

On a beaucoup disserté sur les causes de ces accidents, et aujourd'hui encore la question est loin d'être jugée. Ces causes supposées sont les suivantes :

i° La présence d'un petit crabe (pinnothère) souvent renfermé dans le coquillage. Jamais la relation directe entre cette circonstance et la production d'accidents n'a été démontrée, et MM. Chevallier et Duchesne font remarquer que ce crabe se rencontre communément dans les moules du littoral de la Bretagne, qui ne sont pourtant pas plus malfaisantes que les autres. On peut ajouter que ce crabe est recherché lui-même comme aliment auv États-Unis.

2" La [irésence de celte écume jaunâtre qu'on appelle crasse de mer et qui s'introduit aisément dans le coquillage. C'est encore là une hypothèse dont rien absolument n'est venu démontrer la justesse; tout se réduit à une assertion.

3° Le frai que les astéries déposeraient dans l'intérieur des moules. Mais il faudrait d'abord établir que les astéries des moules reconnues toxiques se trouvaient juste à l'époque du frai et que les moules elles-mêmes ne s'y trouvaient pas {voij. AsTÉKiEs) ; puis, que les accidents ne s'observent jamais en dehors du temps de la reproduction des étoiles de mer.

4° Du cuivre recueiUi par les mollusques sur les doublages des navires ou sur fonds cuivreux (Bouchardal). La question de l'influence du cuivre contenu dans les mollusques alimentaires se présentera également à l'occasion des huîtres ; ou sait que MM. Cuzent et Ferrand ont pu constater la présence d'une quantité très-notable de composés cupriques sur des huîtres qui avaient vécu au fond de la rivière de Falnioutli, sur un gisement cuivreux ; mais nous n'envisageons ici que ce qui concerne les moules.

L'opinion de M. Bouchardat s'appuyait sur une expérience chimique. Cette expérience était inattaquable dans ses résultats ; mais la conséquence qu'il en avait tirée ne concordait pas avec ce fait général, rappelé surtout par MM. les docteurs Lemaire et Eydoux, etc, que les forçats ou les marins se gorgent parfois de

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moules ramassées sur le cuivre des navires, sans en éprouver aucun dérangement dans leur santé. Des expériences nouvelles et en grand étaient donc nécessaires. M. Chevallier soumit à l'analyse trois catégories de moules : les unes vendues au marché de Paris, d'autres faisant partie de mets qui avaient occasionné des accidents d'empoisonnement, d'autres enfin recueillies sur des doublages de cuivre. Les moules des deux premières catégories ne fournirent pas de cuivre ; on en trouva seulement des traces sur celles de la dernière. Et l'auteur fait remarquer que la n)oule, attachée au navire par un byssus, est dans de moins bonnes conditions pour recueillir des sels cuivreux sur un navire, que l'huilre, dont la coquille se colle, pour ainsi dire, ans parois. Enfin, plus récemment, un savant pharmacien de la marine, M. Ed. Heckel, a étudié avec beaucoup de soin une question, posée également au sujet des huîtres, celle de savoir si le cuivre peut exister, non-seulement dans le byssus ou à la surface des mollusques, mais encore dans son intérieur, où il serait à l'état d'assimilation et subsisterait sans nuire à la santé de l'animal. Or l'auteur, en plongeant des moules dans des vases contenant des solutions cuivreuses diversement titrées, et placées de telle sorte que l'eau de la mer pût y pénétrer en de certaines proportions, est arrivé aux conclusions suivantes, que nous extrayons de son intéressant mémoire : « 1" Les moules ne peuvent vivre dans l'eau de mer renfermant des solutions de cuivre ; 2" la limite de leur existence au sein de ces solutions est comprise entre les titres Os% 85 et Qe^OO de sulfate de cuivre pour 1000 d'eau salée ; 5" le •développement des moules favorisant sans doute l'action du toxique, il en résulte que les plus petites sont moins sensibles à son effet que celles qui ont acquis la taille ordinaire ; 4° dès que l'action toxique s'est fait sentir, les moules ne y)euvent plus recouvrer l'intégrité de leurs fonctions et la mort survient plus ou moins rapidement ; 5° ce qui précède s'applique aux moules de quelque taille et •de quelque provenance qu'elles soiertt. »

L'empoisonnement de la moule par le cuivre se manifeste surtout par des signes anatomiques : un état granuleux du manteau et le non-renouvellement des byssus qui ont été enlevés (l'auteur regarde le byssus comme un produit de sécrétion formé sur une expansion d'un muscle du pied et non pas comme une expansion de fibres).

De toutes ces considérations et expériences on peut inférer que la présence du cuivre dans les moules n'est pas la cause générale, et ne saurait être, en tout cas, la cause suffisante des accidents qu'occasionne leur ingestion.

Si l'empoisonnement mytilique n'est dû ni au cuivre, ni au frai des astéries, ni à la crasse de mer, ni au crabe pinnothère, quelle explication en donner? Aucune qui soit bien fondée. Invoquer, comme Burows, une altération putride du mollusque, c'est aller contre toutes les apparences, sinon même conire l'évidence. La cuisson, d'ailleurs, serait dans ce cas un correctif. Alléguer, avec Orfila et d'autres, l'idiosyacrasie de l'estomac, c'est plus commode que démonstratif; car on voit les accidents se produire chez des individus qui ont mangé maintes fois des moules impunénement, et qui se portaient au mieux le jour même où. ds ont subi l'etfet toxique pour la première fois. On ne peut aussi que mentionner cette hypothèse soutenue par M. Balbaud : que tous les mollusques, en particulier les moules, renferment normalement un principe actif, peu abondant et à peu près inoffensif tant que l'animal est en parfaite santé, mais qui augmente de quantité ou d'uctivité sous l'influence de certaines conditions de la nature de celles qui ont été rappelées plus haut. Ce qu'on peut dire de plus

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■plausible, mais de plausible seulement, c'est que les moules deviendraient -vénéneuses, ou le deviendraient davantage à l'époque de la reproduction, soit directement par leur chair, soit par leurs œufs. M. Fonssagrives fait remarquer à cette occasion, dans son Traité d'hygiène navale, que l'on trouve d'autant plus d'animaux toxicophores qu'on descend jilus bas dans l'échelle animale. N'est-il pas admissible, ajoute-t-il, « que ces animaux inférieurs ne vivent en quelque sorte que pour la génération, comme le prouvent les proportions de l'appareil reproducteur, et que dès lors, à cliaque époque de frai, à laquelle se lie très-probablemeiit leur véne'nosilé, leurs tissus acquièrent des qualités préjudiciables? »

Le traitement qui réussit contre la maladie des moules est tel, que ses effets ne s'accordent guère avec l'hypothèse d'une intoxication métallique. Un vomitif, si les accidents sont récents ; un laxatif s'ils datenir de plusieurs heures, amènent quelquefois la guérison en moins d'une journée. On donne ensuite des boissons acidulés : l'eau vinaigrée jouit à cet égard d'une vieille réputation. Si les symptômes de coUapsus sont prononcés, on relève les forces par l'administration d'iuiusions aromatiques chaudes, de thé, de café, avec addition de rhum, d'eau-devie, de teinture de cannelle, d'esprit de Mindérerus, etc. Dans certains cas, les antispamodiques, l'éther, la valériane, le musc, deviennent nécessaires contre le délire et les autres symptômes d'excitation nerveuse. Il arrive assez fréquemment que, la crise terminée, le tube digestif reste irritable, le ventre garde de la sensibilité à la pression, l'anorexie se prolonge, le dévoiement continue ou, an contraire, la constipation s'établit. Le traitement rentre alors dans l'ordre des moyens qu'appellent ces divers troubles fonctionnels, et il n'y rien de particulier à en dire ici.

§ 111. Emploi médical. Dans l'antiquité, les moules (mituli, milyli, mya- <:es) ainsi que les coquillages appartenant aujourd'hui auxBiiccinidés, aux Muricidés, aux Chamidés, aux Tellinidés, avaient d'assez nombreuses applications médicales, dont on peut voir le détail dans Pline, dans Galien, dans Dioscoride, dans Matthiole, etc. Les moules relâchaient le ventre, évacuaient la bile, la pituite, guérissaient les maladies des reins, du foie, des poumons. Calcinées et mêlées au miel, elles cicatrisaient les blessures : leur cendre lavée faisait disparaître les taies de l'œil, les engorgements chroniques des paupières, les gonflements des gencives, la lèpre, etc.

Récemment, un ph.irmacieu distingué d'Orléans, M. Foucber, a essayé de jaire rentrer les moules dans la matière médicale (mémoire présenté à l'Académie de médecine en 1863). Ayant trouvé dans la moule commune, par l'analyse «himique, des principes minéralisateurs analogues à ceux qu'on rencontre dans l'huile de foie de morue, il a pensé que ce dernier agent thérapeutique pouvait avoir son analogue dans le bouillon de moules ou dans un sirop auquel il a donné le nom de mytilique. Je ne sache pas que cette vue ait été encore confirmée par l'observation clinique. A. Dechambre.

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On relèverait sans doute aisément d'autres observations d'accidents mystiliques dans les recueils de médecine. Il en est qui appartiennent à Fodéré, à Duroxdeau, à Laebev, à J. l'oux, à Berchox, etc. Mais une pins longue liste offrirait ici peu d'intérêt. On peut aussi consulter les Traités de Toxicologie. A. D.

MOL'LEtiRS EX CUIVRE ([Iygiène INDUSTRIELLE). Cette profcssioii consiste à préparer les moules dans lesquels doivent être coulés divers objets d'art ou d'industrie eu cuivre ou en bronze ; cette dernière partie de l'opération est uu travail à part tpn constitue l'art du fondeur {voy. Fonte, Fondeurs). Au total, le mouleur n'est nullement en rapport avec le cuivre; nous avons dû, en conse'quence, en parler dans un article spécial.

Les moules sont établis avec du sable, soit celui qui a déjà servi dans des opérations précédentes, et que l'on détacbe des cbàssis après la fonte, soit par du sable nouveau formé d'un mélange du précédent avec du s.ible frais auquel il est intimement incorporé. Sans entrer dans d'autres détails sur la conslructioii des moules, formés de deux parties seulement (moulage aplat), ou de plusieurs parties {moulage à pièces) en raison de la configuration compliquée des modèles, comme cela a lieu pour les bustes, les statues, etc, nous dirons que le modèle, placé dans un châssis en bois ou en fonte, est entouré par le sable humide que l'on tasse avec beaucoup de soin, afin d'en prendre une empreinte très-exacte. On a soin de saupoudrer les différentes parties du moule avec du poussier de charbon ou de la fécule de pommes de terre, afin d'empêcher l'adhérence des diverses fractions du moule entre elles ou avec le modèle. C'est cette opération seule qui nous intéresse, parce que c'est elle qui donne à la profession un caractère d'insalubrité qui a beaucoup préoccupé les hygiénistes et amené de vives contestations il y a une vingtaine d'années.

Le poussier de charbon de bois pur ou adultéré par d'autres substances, telles que le poussier de houille ou une matière siliceuse, est renfermé dans un sac de colon qui se laissefacilemeuttraverser par la matière pulvérulente. Le sac, secoué au-dessus du moule, donne issue au poussier par toutes ses parois, et comme celui-ci est d'une e.xtrème ténuité, agité et soulevé par les remous de l'air que provoquent les mouvements de l'ouvrier, il forme autour de lui un véritable nuage. Que l'on conçoive vingt ou trente mouleurs occupés à ce travail dans une pièce de dimensions restreintes, et l'on verra que celle-ci doit être bientôt remplie d'une quantité de poussière telle, qu'elle couvre le visage, les mains, les vêtements de ceux qui y sont exposés, et que les produits de l'expectoration ne tardent pas à présenter nue coloration noire. Ce n'est pas tout, comme le poussier est généralement déposé sur le moule en plus forte proportion qu'il ne couvient, il faut enlever l'excédant à l'aide d'un soufflet, ce qui augmente encore la masse de poussière qui voltige dans l'atmosphère et que les ouvriers respirent à pleins poumons.

11 y a bien encore Xcponsif, formé de poussière de sable calciné, réduit en l)0udre très-fine, et dont, à un moment donné, on recouvre les principales parties du moule dans le but de remplir les petits creux qu'il présente et de manière à obtenir une surface aussi lisse que possible. La matière siliceuse qui constitue le

ponsif le rendrait assurément très-dangereux, s'il n'était employé en très-faible proportion, et d'ailleurs avec certaines précautions.

Une habitude ancienne consiste à recouvrir le moule à la fia de l'opération, avec de la farine bise, dans l'intention, assez peu justifiée, de faire mieux couler le métal; on pourrait, dit-on, s'en passer, et il y aurait là une cause d'inconvénients entièrement supprimée.

En 1855, un ancien ouvrier mouleur, M. Roux, eut l'idée de substituer la fécule de pomme de terre au poussier de charbon. Cette idée réalisée et mise en expérience dans beaucoup d'ateliers eut un succès complet. La fécule de pomme de terre, qui est assez lourde, tombe sur le moule sans se répandre, ni voltiger dans l'air, ou n'a plus alors ce nuage qui reui[jlit les localités où l'on emploie le charbon. L'assainissement est complet.

Celte réforme ardemment adoptée par les ouvriers, fut non moins ardemment •combattue par quelt|ues patrons et même par quelques médecins qui, peu au courant de la question, crurent devoir s'opposer à l'innovation proposée par des arguments qui prouvaient bien évidemment qu'ils n'avaient pas vérifié par euxmêmes les conditions si différentes que présentaient les deux procédés opératoires. La querelle ayant pris un certain degré d'acrimonie, des conflits sérieux s'étant élevés entre les ouvriers et leurs patrons, le ministre du commerce voulant mettre un terme à ces débats, nomma une commission composée de MM. Ma- ^endie, Chevreul, Regnault, Mélier, Lechatelier, A. Tardieu et Julien, sous la présidence de M. Heurtier, directeur général du ministère. Le rapport résultant de cette enquête, fut rédigé par M. Tardieu, c'est à ce rapport remarquable qu'est empruntée la plus grande partie de notre article.

11 s'agissait d'abord de déterminer d'une manière exacte et rigoureuse les «Ifets du travail dont il s'agit sur la santé de ceux qui l'accomplissent. « Quarante-quatre mouleurs, dit M. Tardieu, out été l'objet d'une exploration médicale approfondie. Quelques-uns ont été suivis dans les hôpitaux où, par suite du décès de l'un d'eux, l'observation a pu s'étendre jusque dans la profondeur des organes «t séclairer de la plus vive lumière par l'analyse des tissus lésés. » Mais déjà un document très-important venait à l'appui des réclamations des ouvriers. Le rapport de la Société de secours mutuels des ouvriers fondeurs pour 1845, constatatait qu'en dix années, la Société qui comptait de soixante à cent membres, tivait payé 20,125 francs pour iournées de maladie, et, ajoutait ce rapport, les fondeurs en cuivre n'admettent dans leur société que des hommes de leur profession, parce qu'ils sont tous dans les mêmes conditions et que leurs maladies sont les mômes : l'asthme, le catarrhe et toutes les affections de poitrine.

« Si nous récapitulons sommairement, dit M. Tardieu, pour en mieux juger l'influence, les conditions dans lesquelles s'opère le travail des mouleurs, nous voyons qu'ils sont le plus souvent réunis dans des ateliers, souvent trop peu spacieux eu égard au nombre des ouvriers, debout devant des établis pressés les uns contre les autres, exposés à la fois aux poussières diverses dans les dilférentes opérations du moulage, poussier de charbon, ponsif sableux, farine impure; et aux fumées qu'exhalent les fourneaux de la fonderie et les métaux en fusion, les torches résineuses employées au flambage des moules, et, en hiver, les chandelles qui éclairent chaque travailleur, là oîi le mode d'éclairage n'est pas encore remplacé par le gaz. L'atmosphère de ces ateliers, où l'on se sert exclusivement de charbon, est chargée d'une poussière fine et pénétrante qui enveloppe l'ouvrier comme d'un nuage et se répand de l'un à l'autre. 11 suffit d'y entrer pour être à l'instant

222 MOULEURS EIN CUiVKJi.

couvert de cette poussière noire qui s'insinue dans les narines, dans les yeux, et s'incrusle dans la peau. Ceux qui y séjournent conservent une coloiation que les soins de propreté les plus niimitieux pourraient seuls faire disparaître. Mais ces inconvénients ne sont rien auprès de la gêne et du malaise qui se font sentir dans les fonctions respiratoires et qui, par leur continuité, peuvent enfanter les désordres et les maladies que nous allons avoir à décrire. »

D'après l'examen rigoureux des faits nombreux soumis à son appréciation, M. Tardieu, aidé d'un juge bien compétent, feu Mélier, a minutieusement décrit les phénomènes morbides présentés par les mouleurs au nombre de 55 qu'il a observés directement, ou dont l'histoire lui a été transmise par des médecins dignes de foi appuyés de la haut'i autorité de M. Bouillaud. Cette enquête pathologique peut être résumée comme il suit.

1'-''' degré : fatigue excessive vers la fin de la journée, étouffements passagers, toux revenant par quintes fréquentes, expectoration de matière noire; un peu de faiblesse du murmure l'espiratoire.

'2^ degré : traits altérés, teint pâle et plombé, démarche lente et pénible; oppression piesque continuelle ; voussures à la poitrine; toux, quintes, nausées, vomissements ; crachements de sang ; expectoration de mucosités épaisses avec des amas de matière noire, pulvérulente; f;iiblesse ou même absence du bruit, respiratoire ; fréquentes interruptions daus le travail.

5* degré : aggravation des symptômes précédents ; face livide, coloration bleuà- Ire des lèvres; dyspnée extrême ; battements du cœur sourds, tumultueux ; face bouffie, extrémités œdématiées; mort dans l'asphyxie.

-4" Lésions anatomiques. Infiltration des poumons par une matière noire, sèche, amorphe, non enkystée ; oblitération des bronches dans leurs derniers ramuscules par la matière noire ; quelquefois de l'emphysème; coïncidemraent des tubercules (pour les détails, voy. Akthi\acosis).

Cela parait bien clair, bien évident et pourtant, dans les premiers temps, on a^ contesté l'influence du charbon sur la production des accidents que nous venons de rappeler. Les charbonniers, a-t-on dit, qui respirent la poussière de charbon n'en éprouvent aucun inconvénient. Mais l'immense majorité des charbonniers sont en même temps porteurs d eau, marchands de bois; ils passent une grande partie de leur journée au grand air, et ne respirent qu'accidentellement des poussières de charbon et encore sous une forme grossière qui ne permet pas à celles-ci de pénétrer bien avant, et en rend l'expulsion par l'expectoration plus facile. Les mouleurs eux, sont pendant toute la journée au milieu d'une atmosphère remplie de poussier, fin, délié, presque impalpable qui s'insinue prolondément dans les voies aériennes. On est bien allé jusqu'à célébrer les propriétés du charbon, comme si ses qualités de désinfectant l'empêchaient d'agir comme corps étranger et d'obstruer les bronches ! Mais ce n'est pas tout, les charbonniers ne jouissent pas, autant qu'on l'a bien voulu dire, de l'immunité qu'on leur accordait pour les besoins de la cause, et divers exemples rapportés par des auteurs très-dignes de foi ont démontré que, chez eux, l'encombrement des poumons n'était pas aussi rare qu'on l'avait prétendu. On avait aussi essayé de rejeter l'existence de l'anthracose des bouilleurs, mais aujourd'hui cette existence ne saurait plus faire question.

On ne s'est pas contenté de ces premières objections. On s'est demandé si la fécule de pomme de terre était bien innocente, et si en changeant la nature de la poussière on n'avait pas substitué un inconvénient à un autre. Dès lors, on

s'efforça de démontrer que la fécule de pomme de terre était plus nuisible que le charbon, et d'invoquer des statistiques plus ou moins probantes pour faire voir que la plithisie est assez commune chez les meimiers et les boulangers. Les personnes qui élevèrent ces objections à priori n'avaient certainement jamais visité les ateliers de moulage, autrement ils se seraient aperçus que dans ceux où l'on emploie l'amidon, cette substance qui est assez lourde tombe, comme nous, l'avons dit, sur le moule sans se répandre dans l'atmosphère, et y rester en suspension, si ce n'est en très-faible proportion, et que, par conséquent, dans ce procédé, les ouvriers ne respirent pas l'amidon, comme les meuniers et les boulangers respirent les poussières de farine. Il y avait bien, en effet, la farine bise qui, dans l'ancien procédé, donnait lieu à des poussières assez abondantes pour être nuisibles, mais nous avons vu que ce temps du travail pouvait être supprimé sans nuire au produit.

Une double circonstance bien convaincante, vient démontrer les effets avantageux du moulage à la fécule. Les ouvriers qui travaillant anciennement au poussier, et en éprouvant les inconvénients, ont mis celle-ci en usage, ont été immédiatement soulagés, comme ils l'étaient autrefois par la suspension de leur travail; et réciproquement, ceux qui, après avoir employé la fécule et en avoir éprouvé les avantages, ont été obligés de se servir de nouveau du poussier, ont vu reparaître les anciens accidents. Que répondre à cela?

Les adversaires de la fécule, faisant flèche de tout bois, ont cherché en dehors du travail des mouleurs, les causes qui pourraient favoriser le développement des. maladies signalées. On a invoqué les habitudes d'ivrognerie, de débauche; assurément ces habitudes aggravent toutes les maladies professionnelles, mais elle^^ ne suffisent pas pour les expliquer; pourquoi rendraient-elles les mouleurs jyoussi/s, comme ils le disent. Mais d'ailleurs il a été constaté que les mêmes accidents se montrent également chez les ouvriers sobres et rangés. Faut-il accuser la fumée, les vapeurs métalliques de la fonderie, qui se pratique souvent dans le même atelier que le moulage? mais alors pourquoi la maladie n'atteint-elle pas les tondeurs proprement dits? L'atmosphère confinée, le défaut de ventilation des ateliers qui laisse accumuler les poussières charbonneuses?... Oui, sans doute, ces conditions peuvent concourir à aggraver les accidents, mais, seules, elles ne les créent pas.

Proplnjlaxie. En supposant que l'usage du poussier ne soit pas définitivement supprimé, quels sont les moyens d'en atténuer autant que possible les inconvénients?

1" Les ateliers de fonderie devraient être séparés des ateliers de moulage, munis de hottes au-dessus des fourneaux, etc. {voij. Fondeurs).

2° Dans l'emploi du charbon, le principal vice à constater, c'est l'absence d'une bonne ventilation, surtout pendant l'hiver, alors que les portes, les fenêtres sont tenues exactement closes. M. Tardieu voudrait qu'alors la ventilation eût lieu /jer (iesceusMm (i;o?/. Aiguiseurs), On établirail dans l'atelier une série de canaux, venant s'ouvrir de place en place à la partie inférieure des caisses sur lesquelles travaillent les ouvriers, et déterminant au moyen d'un ventilateur, ou d'un foyer muni d'une cheminée spéciale, un appel assez énergique pour entraîner les poussières à mesure qu'elles se produisent.

5° Quelques précautions seraient aussi nécessaires de la part des ouvriers; il ne faudrait pas secouer les sacs trop fort, de manière à projeter un excès de poussière qu'il faut ensuite enlever avec le soufflet, ce qui augmente la quantité de celle qui est en suspension dans l'atelier.

224 MOULUS lE.

A° Enfin, il faut exiger l'emploi du charbon de bois pur de tout alliage, surtout avec des matières siliceuses.

Mais le seul remède absolu, radical, c'est la substitution de la fécule au poussier de charbon. E. Deauguand.

BinLiOGRAniiE. — De Castelvau. De la siihslil.iition, au point de vue hygiénique, de la fécule nu poussier de charbon dans les fonderies de métaux (Polémique en laveur du poussier). In Monil. des hôjnt., 1854. — Tamieu [k.). Etude Injgiénique sur la profession de mouleur en cuivre pour servir à l'histoire des professions exposées aux poussières inorganiques. In j Ann. d'hijg., 2" série, t. II, p. 5, ô'iS; 1854. — Hervielx. Action nuisible des poussières sur \ Véconomie (Discussion). In Bull, de la Soc. de méd. des tiôpit., t. II, p. 477 et suiv. ; 1854.— Vernois (M.). De l'action des poussières sur la santé des ouvriers charbonniers et mouleurs eu bronze. In Ann. d'hijg., 2= série, t. IX, p. 544; 1858. — Thébuchet. Rapp. sur les travaux du cons. d'hyg. y/i/ï/i^we (1851). Paris, W61, in-4°, p. 155. — Bouillaci). Amas bronchique de poussières respirées pendant la vie (mouleur). In Bull, de l'Âcad. de médecine, t. XXVI, p. 372 ; 1860-61. E. Dgd.

MO&JLl]\ (Etienne). Né à Cénon-la-Bastide, département de la Gironde, on 1795, vint faire ses études médicales à Paris, où il fut nonmié au concours interne des hôpitaux, en 1815. Reçu docteur en 1819, il se livra à la pratique et à d'intéressanles publications sur divers sujets de médecine et de chirurgie qui lui assurèrent une réputïition méritée. C'est ainsi qu'il devint chirurgien du lycée Saint-Louis et du dispensaire de la Société philanthropique, médecin-adjoint de la prison de Bicctre et du bureau de bienfaisance de l'ancien X* arrondissement, chevalier de la Légion d'honneur, etc. Il avait depuis plus ou moins de temps quitté ces différentes fonctions quand il succomba, à Paris, en décembre 1871, à l'âge de 76 ans. Moulin, adoptant les idées de Rochoux, du moins quant au fait princifial, ne donne le nom d'apoplexie qu'à l'hémorrhagie cérébrale, soit par rupture des vaisseaux, soit par simple exhalation sanguine. Il rejette comme n'étant pas de véritables apoplexies, celles que l'on a nommées séreuse et nerveuse; il fait de la première une hydrocéphalie essentielle, aiguë, propre aux vieillards, et de la deuxième, une névrose cérébrale apoplectiforme.

N'oublions pas que Moulin fut un des bienfaiteurs les plus intelligents et les plus généreux de l'association des médecins de la Seine ; il a constitué une rente ■de 1,500 francs pour entretenir, au lycée Saint-Louis, jusqu'à la fin de ses •études, le fils d'un médecin dont les ressources ne pourraient suffire aux frais d'une éducation scolaire. L'élève devient ainsi pupille de l'association.

Moulin a fait paraître les ouvrages suivants :

1. Diss. sur l'apoplexie ou hémorrhagie cérébrale, considérations nouvelles sur les hydrocéphales. 'Ih. de Paris, 1819, n'"264. — II, Traité de l'apoplexie ou hémorrhagie cérébrale. — Considérations nouvelles sur les hydrocéphales. — Description d'une hydropisie cérébrale particulière aux vieillards. Paris, 1819, in-8'' (c'est une nouv. édit. de sa thèse avec quelques développements). — III. Cours pratique d'accouchements, avec une nomenclature des ixrésentations et positions du fœtus, avec 4 labl. synopt., in-fol. Paris, 1821. — III. Du diagnostic et du traitement de l'aménorrhée et des flueurs blanches. Paris, 1827, in-8°. — IV. Mém. sur les inflammations de poitrine, leur nature, leurs symptômes et leur traitement. Paiis, 1828, in-S". — V. Hygiène et traitement du choléra viorbus. Paris, 1852. in-8°. — VI. Nouveau traitement des rétentions d'urine et des rétrécissements de l'urèlhre par le cathétérisme rectiligne, suivi d'un Mém. sur les déchirures de la vulve et du périnée par l'accouchement. Paiis, 1834, in-8'', pi. 10. E. Dgd.

IMOULII^IÉ (Jean). Né à Bordeaux vers l'année 1787, mort subitement pendant une fête agricole à Grandiguac, au mois d'août ou de septembre ISI^. Ce médecin, dont le zèle fut à toute épreuve, neveu de Moulinié, fondateur et directeur de l'école élémentaire de médecine de Bordeaux, et qui s'est Uvré

MOULINIEA. 225

avec un grand succès à la pr,iî,ii[!ie chirurgicale, avait été docteur en médecine de la Faculté de Paris (50 mai 1812), aide d'anatomie, interne de i'Hôtel- Dieu, de l'hôpital Saint-Louis, élève favori d'Alibert ; puis, chirurgien en chef de l'hôpital de Bordeaux, professeur de clinique chirurgicale, membre correspondant de l'Académie de médecine, membre du conseil central de salubrité de la Gironde. C'est à lui que l'on doit l'abolition, à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, de cette aatiqu3 et barbare pratique, appelée La calotte, et qui consistait à recouvrir les teigneux d'une espèce de calotte de poix ; et, en tirant violemment sur cette calotte, d'enlever d'un seul coup le mal... et une partie du cuir chevelu. Nous avons vu faire cela dans notre jeunesse, et nous savons qu'on n'opérait que dans des caves, afin que les cris des malheureux qu'on torturait ainsi ne fussent pas entendus du dehors. Mouliuié ne réussit pas d'emblée à i'aire entendre sa voix humanitaire. La calotte était habituellement entre les mains des sœurs de charité de riiôpital. 11 fallut d'abord une délibération de la commission des hospices, laquelle déclara, le 6 janvier 1837, que « la guérison des teigneux sera exclusivement remise aux soins des médecins ». INéanmoins, lesdites sœurs furent envoyées à Paris pour étudier, dans le service d'Alibert, la guérison méthodique de la teigne. Il y a, à cette occasion, une lettre du célèbre médecin de l'hôpital Saint-Louis, une lettre adressée à Mouliuié, et qu'on nous saura gré de reproduire :

v( Très-honoré collègue,

Il y a longtemps que je vous dois des remerciements. Je trouve une occasion pour vous les transmettre, et je m'empresse d'en profiter. J'ai lu avec un intérêt extrême l'article du Mémorial bordelais.

Je ne puis assez vous dire tout le zèle que les bonnes sœurs de l'hôpital Saint- André viennent de mettre dans l'étude des procédés curatifs de la teigne, tels qu'ils se pratiquent à l'hôpital Saint-Louis. Vous serez satisfaits, je l'espère, et vous aurez la gloire d'avoir réveillé l'attention sur ce point si important de notre thérapeutique. On bénira votre philanthropie.

Recevez, mon très-estimable et savant collègue, l'assurance très-vive de tous mes sentiments dévoués et pleins d'affection.

B°" Alibeut.

Paris, rue de Varennes, n° 4, faubourg Saint-Germain. »

Moulinié a laisséi les ouvrages suivants :

I. Delà brûlure. Thèse doctorale, 1812. — II. Notice sur les bains, suivie du prospectus des nouveaux bains de Bordeaux. Bordeaux, 18"26, in-8°. — III. Question médico-légale sur la viabilité, extraits de certificats, rapports et consultations ; suivis de réflexions qui leur sont relatives. Bordeaux, ^828, in-b°, 84 p. — IV. Maladies des organes génitaux et urinaircs, exposées d'après la clinique chirurgicale de l'hôpital de Bordeaux. Bordeaux, 1839, 2 vol. in-8», figures. — V. Considérations cliniques sur les engorgements. Bordeaux, 184u, in-8°. — VI. Le médecin de mer, ou considérations hygiéniques et thérapeutiques sur les soins à donner aux malades pendant les traversées. Bordeaux, 18 il, 111-8°. — VII. Du bonheur en chirurgie, recueil de faits cliniques. Bordeaux, 1842, in-8°, avec un fac-simile. A. C.

inoviiliviEii. Genre de plantes créé par M. Robin et placé par lui parmi les Algues, près des Leptomites {voy. ce mot) ; elles consistent en des filaments simples ou bifurques, contenant des gouttelettes transparentes et donnant naissance à des spores terminales. Les Mouliniea ont été trouvées par M. Moulinié, dans l'intestin de divers insectes appartenant aux genres Cétoine, Chrysomèle, Gyrin, et souvent adhérentes à l'épithélium.

Ch. Robin-. Hist. naturelle des végétaux parasites, 1853, p. 371, pl. VI, lig. 9 à H, DICT. ENC. 2° s. X. 15

226 MOUSA BEN MIMOUN.

MOLLI.ERA. Ray indique sous ce nom une plante des Indes-Orientales dont on emploie la fumée pour dissiper les vertiges.

R-\ï. Uistoria planlarum. — Mêrat et De Lexs. Dictionn. de mat. médic, IV. 495. Pl.

MOL'XDAS. VoiJ. M\L.\IïIE, p. 515.

MOlBEIL\. VoiJ. MoCREILLER.

MOI'REILLER. On donne ce nom à diverses Malpighiacées, de l'anciengenre Linnéen Malpighia, qui rentrent maintenant dans le genre Byrsonima, Richard. Les plantes de ce groupe se distinguent desMalpighies (voij. ce mot) par leurfniit drupacé à trois carpelles monospermes, intimement liées ensemble et non disposées en nucnles distincts et à peine cohérents. C'^ sont des espèces américaines dont on emploie le bois etl'écorce comme des toniques et des astringents. Tels sont :

Le Byrsonima verbascifolia DG {Malpighia verbascifolia L.) des côtes de la Guyane, dont le bois est employé comme astringent et vulnéraire et donne aussi une couleur rouge.

I.e Byrsonima crassifoUa S. MoureUaïfC. (Malpighia Moureila Aublet), delà même région, qu'on emploie à Cayenne comme fébrifuge, et dont l'écorce est utilisée en décoction comme détersiveet aussi contre le dévoiement.

Le Byrsonima spicata DG. {Malpighia spicata Gav.) de Saint-Domingue,

de la Guadeloupe, de Porto-Rico et du Brésil, qu'on nomme bois dysentérique,

merisier doré, bois tan. Son écorce est utilisée pour le tannage des cuirs. Ses

Iruits sont acides, jaunes, comestibles, quoique d'un goût peu agréable : ils sont

laxatifs : on les emploie aussi contre les angines.

Aublet. Plantes de la Guyane, l, 4G0, lab. 185 et 184. — Richard. In Jossieu. Annales du Muséum, XVIII, 480. — Descocf.tiis. Flore médicale des Antilles, I, 445; II, 97. —De Camolle. Prodromus. I, 579. — Esulicher. Gênera plantarum, o58G. — Bestham et Hooker. Gênera plantarum, '251. Pl.

WOL'RETIER. Nom donné à l'Airelle myrtille {Vaccinium Myrtillus L.) [Voy. Airelle).

MOi'ROX. On donne le nom de Mouron à quelques plantes defamilles différentes, mais plus particulièrement :

l" Au Steilaria média, Smith (Alsine média L.) de la famille des Caryophyllées. C'est le Mouron blanc ou le Mouron des oiseaux qu'on vend communément sur les marchés {Voy. Stellmre).

'2° A VAnagallis arvensis L., de la famille des Primnlacées. Les deux formes de cette espèce portent: celle à fleurs rouges {Anagallis phœnicea), le nom de Mouron mâle; celle à fleurs bleues {Anagallis cœrulea) de Mouron femelle. Les graines en sont dangereuses aux oiseaux {Voy. Axagallide).

On dislingue sous le nom do Mouron d'eau une espèce de la même famille des Primulacées, mais d'un genre tout particulier, le Samoliis Valerandi L. {Voy. Samolds).

MOIRRIDE. Nom donné au Gowef ou Pied de veau {Arum maculatiimL)

{Voy. Arum).

IHOL'S.A BE\ HIMOL'X' (AbOC AmRAN MoDSA BEN MlMOCN, dit aUSsi BE^

* La biographie de Maimoxibe fig:ure df^jà dans ce dictionnaire ; nous y revenons au mot MorsA. pnrce que des études que nous avons faites des manuscrits arabes et hébreux de la Bibliothèque nationale, nous ont lourni des documents qui jettent un nouveau jour sur 1» bibliographie de ce personnage. L. L.

MOUSA BEN MIMOUN. 227

Obeid Allah, el Corthoby, el Israilï), est connu sous le nom de Maimonide, 11 en a été parlé déjà à ce mot. Nous prenons la liberté de mettre ici à profit les études que nous avons faites k la Bibliollièque nationale et qui jettent un nouveau jour sur la biographie de ce personnage.

Maimonide naquit à Cordoue en 1155, de parents juifs. Instruit par son père, .il avait aussi pour maître un disciple d'Ében Badja (Avempace) et pour condisciple unlils de l'astronome Ebn Afiab dont il corrigea plus tard le Traité de la sphère. Il n'avait que treize ans quand Abdelmoumen ayant envahi l'Espagne, laissa le choix aux chrétiens et aux juifs d'émigrer ou d'apostasier. Maimonide, qu'on devait appeler un nouveau Moïse et le flambeau d'Israël, se résigna et professa publiquement l'islamisme jusqu'à sa trentième année. On a nié ce fait, mais à tort suivant nous {voy. Steiiisclmeider, catalogue des Mss. hébreux d'Oxford).

Tout eu continuant ses études, Maimonide songeait à s'enfuir. En H60, il 4tait à ¥vz. Cinq ans plus tard, il débarquait eu Palestine, d'où il se rendit bientôt enÉgyple, et se fixa au vieux Caire, autrement dit à Fostath, oii il s'empressa de pratiq\ier sa religion natale. Après avoir assuré son existence par le commerce de? pierreries, il ouvrit des cours de théologie, de philosophie et de médecine, qui accrurent ses ressources et sa réputation. Le cadlii Fadbl Âbderrahman Len Ali, ayant pu l'apprécier, lui accorda sa protection et le fit nommer médecin (le.Saladin, dont le fils le prit aussi en amitié. Cette protection lui fut utile. Un lîiSpugnol qui l'avait connu en Occident, l'accusa d'apostasie et requit contre lui les peines légales; mais le cadhi intervint et objecta qu'on n'était point coupable pour avoir abandonné une religion imposée par la crainte. Les dernières aimées de Maimonide furent heureuses et très-occupées. Sa position, son intelligence, ses écrits philosophiques et religieux lui conquirent la plus haute position qu'un juif ait jamais eue parmi ses coreligioimaires. En même temps, il enseignait et pratiquait la médecine. Le Kitabelhokama conteste ce dernier l'ait, mais nous avons des témoiimages contraires dans Ebn Ab Ossaïbiah, et des preuves dans ses écrits et dans se? lettres. « Tous les jours de grand matin, dit-il, je me rends au Caire, et quand je le peux je repars à midi. Retiré chez moi, mouiant de faim, je trouve mes antichambres remplies de gens de toute condition. Mon repas terminé, je commence à leur donner des soins et à leur prescrire des remèdes jusqu'à une heure avancée de la nuit, si bien qu'il m'arrive parfois de tomber de fatigue. » Ce qu'il y a de vrai, c'est que chez Maimonide l'érudition l'emportait sur l'expérience. Il vécut jusqu'en 1205, d'autres disent 1208.

Nous laissons de côté les écrits théologiques et philosophiques de Maimonide, dont la préoccupation fut d'accorder la foi avec la raison.

Maimonide a beaucoup moins d'importance et d'originalité comme médecin. II est avant tout un érudit et un vulgarisateur d'Hippocrate et de Galien. Ses écrits originaux manquent de portée. Traduits en latin et en hébreu, ces ouvrages n'eurent pas moins une certaine influence sur les progrès de la médecine au moyen âge. Le nombre en a été exagéré, notamment par Carmoly, écrivain partial et peu sur, qui les a parfois dédoublés. Dans l'énurnération que nous allons en donner, nous écarterons les détails de critique interdits par l'exiguïté de notre cadre actuel. L. Leclerc.

I,. Résumé des XVI livres de Galien. Ces livres sont ceux que les Alexandrins avaient adoptés pour l'enseignement de la médecine. Nous en avons parlé ailleurs (voy. Gcn. mcd., nov. 1873), il en résuma cinq autres, en tout 21. C'est par erreur que l'on ci^oit, d'après Casiiu, qu'il avait résumé '21 livres en 16 ; quelques-uns de ces livres ont été donnés à tort <ioaimc des ouvrages originaux de Maimonide ; aiusi le sommaire de VArl de (juérir, qui

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