MUSA
MIIRSIX\A (Chrétien-Louis). NéàStolpe, en Poméranic, le 17 décembre 1774. Sou père, commerçant de celte petite ville, le destinait à lui succéder, et le retira de l'école de bonne heure, à l'âge de dix ans. Il le mit de suite à l;> vente, mais Mursinna avait une véritable vocation pour l'art médical, puisqu'il déclare, dans son autobiographie, qu'il profitait de tous les instants de répit que lui laissait le commerce pour continuer ses études. Il prit d'abord quelques leçons d'un chirurgien du pays, puis se rendit à Torgau, oii il suivit les visites de l'hôpital. Il fut élève de Wolf pour l'anatomie, et, à dix-huit ans, put donner des leçons d'ostéologie. Il dut bientôt quitter ses occupations favorites pour obéir à la loi militaire, et après avoir été licencié, absolument sans ressources, il vécut, ditil, de pain et d'eau pendant plusieurs mois. Obligé, pour vivre, d'entrer cliez uii barbier, Wolf le rencontra, se l'attacha en qualité d'aide, et lui procura quelques leçons. En 1765, il fut attaché comme chirurgien militaire à l'un des bataillons en garnison à Postdam. En 1772, on le nomma chiruigien pensionné, ce qui lui permit de se rendre à Berlin, où il acheva ses études. Il fut aussitôt pourvu d'une place de chirurgien adjoint à l'hôpital de la Charité de cette ville, et redevint, en 1776, chirurgien de régiment; douze ans après, il fut nommé chirurgien en chef, et peu après professeur. Mursinna mourut le 18 septembre 1825, ayant occupé plusieurs positions administratives et militaires importantes, H a beaucoup écrit, et l'on peut citer, parmi tous ses travaux :
I. Helrachtungen ûber die Ruhr, nehst einem Anhange von deii Faulficbern. Berlin, 1780 et 1787, in-S". — II. Medicinisch-ckiriirgische Beobacidungen. Berlin, 1782, 1785 et '17'Jti, iii-8°. — III. Abhandlung von den Krankheilen der Scliwangern, Gebâhrenden und Sàur/enden, t. I. Berlin, 1784; t. II, in-8°, 1786-92. — IV. Sckildenuig eines Wundarzles, in cuwr Rede. Derlin, 1787, in-8°. — V. Beric/iligung des Sendscliretbens des llofrallis Hagen ht Berlin, an firn. Hofrath Slark in Jena, ûbcr ziveg sckwcrc Geburlsfàlle. Berlin, 17'JI, in-8°. — Yl. Rede ûber die Geschichlc der jjreussischen med.-cliirurgiscken Pépinière. Berlin, 1804, in-8°. — VII. Der Jubelgreis, ein Andenken vom 5. Mân l8ll, fiir seine Freunde und Verekrer. Berlin, 1811, in-S". — Il a aussi publié un join^nal de chiruri,àe et d'accouchements, sous le litre de : Journal fiir die Chirurgie, Arzneikunde und Gtburlshûlfe. Berlin, 1800 à 1810, 4 vol. in-b" ; continué sous le titre de : Neues Journal fiir die Chirurgie, etc. Berlin, 1815-1817, in-8°. A. D
MUSA. Vo'j. Bananier.
MUSA. (AiMONius). Affranchi d'Auguste, d'origine gecque, et qui appartenait manifestement à la secle méthodique; il s'est acquis une immortelle célébrité pour avoir guéri l'Empereur d'une affection très-grave du foie, par l'usage des bains froids à titre de médication astringente. Suétone rapporte ainsi ce fait : « Deslillationibus fecinore vitiato, ad desperationem redaclus, contrariant et ancipitem rationem rnedendi necessario subiit, quia calida fomenta non proderanl, frigidis curari coactus; auctore Antonio Musa (Suét., Octav. Aug. 81). » On sait quels avantages en retira Musa ; outre une forte somme d'argent : « Medico Ant. Musce cujus opéra ex ancipiti morbo convaluerat, statuam œre collato, juxta signuni Esculapii statuerunt (id., c. 59). » Euhu, hoiuieur exceptionnel, Auguste lui avait donné l'anneau d'or, signe de l'ordre équestre. Quoi qu'il en soit, Musa, d'après Pline, aurait employé habituellement le grand procédé de l'hydrothérapie, qui consiste à faire sur le corps de lai'gos al'lusions d'eau froide au sortir d'un bain chaud (PI., 1. XXV, c. 7). Est-ce ce moyrn, est-ce l'usage des bains froids seuls qui fut employé par Musa pour le jeune Maicdliis, et auquel on attribue la mort de ce prince? la (|ucslion est très-douleiise, et les Scaliger, les Saumaise et autres savants ont donné carrière à leur éi uditiun pou^•
MUSANGA. 485
la discuter. A cet égord, Horace est très-formel, il prenait par l'ordre de Musa des affusions froides, et les sources chaudes et sulfureuses de Baïa lui étaient formellement interdites; il signala très-clairement cette prescription et le traitement que l'on suivait à Clusinm, et qni excitait l'indignation intéressée des habitants de Baïa :
. . . Nani mllii Baias Musa supervacuas Antonius, et tamcn illis Me facit invisum, gelida cum perluor unda Pcr médium frigus. Sane myrteta relinqui, Dictaque cessantem nervis elidere niorbum Sulfura contemni, viens gémit, invidus œgris Qui coput et stomachum supponere foiitibus audcnt Clusinis, Gabiosquc pclnnl, et frigida rura.
(Epist., L.I; Epist. 15).
A cela se borne à peu près tout ce que l'on sait sur Ant. Musa. Il avait écrit, «est Galion qui nous l'apprend, quelques livres sur la composition des médicaments, qui n'étaient pas sans valeur (De comp. med. sec. loc, 1. VI, c. 4'). Un petit trailé sur la Bétoine, qui est arrivé jusqu'à nous sous le nom de Musa, est attribué soit à Apulejus Barbarus, l'auteur de VEerharium et écrivain du moyen âge, soit à un autre médecin de ce temps. H a été imprimé plusieurs fois avec le livre d'Apulejus, dans la collection d'Albiiio Torino, dans celle des Aides, dans les Parabilium medicamentorum scriptores antiqiii d'Ackermann, etc.
E. Bgd.
MLSAIMDDIXX'S OU MUSAIVDIIVO (PiETEo). Vivait au milieu du douzième siècle, et fut doyen ou chef de l'École de Salerne. Ses ouvrages, aujourd'hui perdus ou renfermés à l'état de manuscrits dans quelques bibliothèques, ont joui, dans leur temps, d'une très-grande réputation. On ne connaît guère de lui qu'un traité sur la préparation des aliments, qui se trouve dans les bibliothèques de Paris, de Breslau et du Vatican, et qui a été imprimé parmi les œuvres d'Arnaud de Villeneuve. C'est Gilles de Gorbeil qui a plus particulièrement transmis son nom jusqu'à nous. Pendant son séjour à Salerne, il l'avait connu déjà vieux, et il était mort quand il a composé ses poëmes, dans lesquels il exalte avec enthousiasme son savoir et son habileté. Il regrette amèrement son maître, qui aiu'ait souri à ses vers, dont Musandinus semble avoir favorisé le goût chez son élève :
0 utiiiam Musandinus nunc viveret auctor ! Ille meos versus digno celebraret honore, Ipse vieis scriptis signum jJunclunique favoris Imprinieret, j^lacido legeret mea carniina vultu: Et quod in irriguis illius creverat hortis, Ipse meum sentir et olus, gustuque probaret Ex proprio sale doctrines traxisse saporem.
(De comp. méd., p. 52.)
IN'ous tenions à citer ce témoignage de l'intimité du maître avec le disciple.
E.Bgd.
ML^SAIVGA. Ch. Smith. On donne ce nom à un genre de plantes de la famille des Artocarpées, voisin des Cecropia L., et qui habite le Congo. Le Miisanga cecropioides B. Browu passe en Guinée comme un puissant emménagogue. Ce sont les feuilles de l'arbre qu'on emploie en décoction.
Rob. Brown. Tuckey Congo, 453. — Endlicher. Gênera plantarum, n" 1865, note. Méhat ■et De Lens. Dict. de mat. med., \I, 522. Pi-
486 MUSC (matière médicale et pharmacologie).
MUSC. § 1. matière médidale et Pliurmacologie {MoscliUS, [t-i^yo^).
Le musc animal est fourni par le Moschus moschi férus Lin., animal du genre dus. chevrolains, ordre des ruminants, qui habite la Chine, le Thibet et la Sibérie. Cette substance est renfermée dans une poche glanduleuse que le mâle porte sous le venlre et dont le canal excréteur vient s'ouvrir au-devant du prépuce. Elle est garnie dans son intérieur d'un grand nombre de replis irréguliers qui forment entre eux des cloisons incomplètes. C'est entre ces espèces de loges que se trouve chez le mâle adulte, et surtout au moment du rut, cette liqueur connue sous le nom de musc ; demi-fluide dans l'animal vivant, elle prend une consistanctï solide après la mort.
On ne distingue communément dans le commerce que deux sortes de musc,, le Musc Toncjuin, Musc de Chine ou du Thibet, et le Musc Kabardin ou de Russie.
Le musc Tonquin, qui est le plus estimé et qui devrait être seul employé en médecine, est renfermé dans des poches arrondies ou quelque peu ovales, larges de 5 à 6 centimètres, généralement peu épaisses, planes sur la partie qui adhérait au ventre, convexes et couvertes de poils sur l'autre face. Ces poils sont blancs ou grisâtres et rudes. Ils se dirigent de tous les points de la circonférence vers l'ouverture au musc qui est toujours située entre le centre et le bord, non directement, mais en s'arrondissant. En ouvrant la poche, on y trouve un tissu cellulaire lâche rempli par une matière grumelée d'un brun noirâtre, d'une saveur aromatique et d'une odeur excessivement forte qui n'est supportable que lorsqu'elle est très -affaiblie par la dilution. L'odeur est même exaltée par une fermentation ammoniacale qui s'est développée dans celle substance.
Le musc Kabardin est contenu dans des poches plus allongées, moins volumineuses, plus sèches et plus plates. Le poil extérieur est propre, sec, blanchâtre et comme argenté, fia substance du musc est plus sèche, d'un brun chocolat clair, d'une odeur musquée moins forte, moins tenace et moins agréable. Il est beaucoup moins estimé, et avec raison, que le précédent.
Indépendamment du Musc en poche ou en vessie, on trouve dans le commerce du Musc hors vessie. Le mieux est d'acheter le musc en vessie et de vider soimême les poches en pratiquant une incision circulaire à la peau qui touchait au ventre, car il est déjà très-difficile d'avoir du musc en vessie qui n'ait pas été falsifié. Une poche de muscTonquin pesant 24 grammes peut en donner jusqu'à 10 grammes; la proportion de musc qu'on retire des poches est du reste extrêmement variable.
Le musc en raison de son prix élevé est ti'ès-sujet à être falsifié, même en Chine ; on y introduit du sang desséché et même jusqu'à des grains de plomb ou de petits morceaux de fer. Quelquefois même ce musc falsifié est introduit dans des poches vides, dont on recoud tout autour la peau ventrale avec un iil fin; aussi est-il important de ne jamais acheter que des poches qui n'aient pas été recousues sur le bord, et d'examiner avec le plus grand soin celles qui vous sont offertes.
Le musc de Chine sorti de la poche est mou, grumeleux, d'un brun noirâtre, mélangé de quelques poils courts qu'il iaut en retirer avec une petite pince avant de l'employer comme médicament. Il possède une odeur très-forte ; il ne doit pas être trop humide et ne doit présenter aucun corps dur sous le doigt ou lorsqu'on l'écrase sur une feuille de papier qu'il colore en brun rougeâtre; il est
MUSC (matière médicale et imiarmacologie). 487
aux trois-quaits solublc dans l'eau et lui donne une couleur brune rougeàtre. La teinture de noix de galles et l'acétate de plomb précipitent la dissolution,, mais non le deutochlorure de mercure ; l'acide nitrique affaibli la rend presqueincolore. Le musc est plus soluble dans l'alcool et dans l'éther que dans, l'eau.
Le musc Tonquin a été analysé par Guibourt et Blondeau ; il renferme i ammoniaque, huile volatile, stéarine, oléine, cholestérine, acide yras liquide, gélatine, albumine, fibrine, matière soluble dans l'eau et insoluble dans l'alcool, chlorhydrate d'ammoniaque, sels divers.
Geiger et Reinmann ont donné l'analyse suivante du musc : graisse non sapo— nifiable, 1,1; cholestérine contenant de la graisse précédente, 4,0; résineamère particulière^,^; extrait alcoolique, acide lactique libre et sels, 7,5; extrait aqueux, matière particulière combinée avec de la potasse et de l'ammoniaque, et sels solubles dans Veau, 36,5 ; résine sableuse insoluble, 0,4 ; eau^ ammoniaque et acide lactique, 45,5.
La résine a l'odeur de musc. L'extrait aqueux est formé surtout de l'acide que Biichner a appelé l'acide du musc et qui se présente sous la forme d'une poudre brune, inodore, insoluble lorsqu'elle est isolée mais dont les combinaisons avec la potasse et l'ammoniaque peuvent se dissoudre dans l'eau.
Le musc est employé eu médecine comme un des antispamodiques les plus puissants que l'on connaisse. On le donne en poudre, eu pilules ou en potion. Ou prépare aussi avec cette substance une teinture alcoolique et une teinture éthérée.
Teinture ou Alcoolé de musc. Musc Tonquin hors vessie 10 grammes; alcool' à 80 C. 100 grammes. Après 10 jours de contact, on passe avec expression et oik filtre (Codex). Dose : 0s'",50 à 5 grammes.
Teinture éthérée ou Éthérolé de musc. Musc hors vessie 10 grammes; éther à 0,76, 100 grammes. On met les deux substances dans un flacon à l'éméri ; ou laisse macérer pendant 10 jours en ayant soin d'agiter le vase de temps en. temps. On filtre ensuite dans un entonnoir couvert, et on conserve pour l'usage [Codex).
Poudre Tonquin. Musc pulvérisé 4 grammes; valériane en poudre 6 grammes; camphre en poudre 2 grammes. Dose de O^^^O à O^^SO par jour dans de l'eau ou en pilules, contre l'hystérie.
Pikdes musquées. Musc 1 gramme ; camphre 08%25 pour 12 pilules que l'ou donne dans la journée comme antispasmodique.
Potion au musc {Delioux). Teinture de musc 4 grammes; extrait aqueux de quinquina 4 grammes : vin rouge 60 grammes ; eau de gomme 60 grammes ; sirop de Tolu 30 grammes. A prendre par cuillerée contre la forme ataxo-adynamique de la lièvre typhoïde.
Potion musquée. Musc Os'^,30 ; sirop d'opium 50 grammes; infusion pectorale 120 grammes. A prendre par cuillerée dans la pneumonie ataxique.
Lavement au musc. Musc 1 gramme ; à délayer dans un demi-jaune d'œut et à ajouter à 250 grammes de décoction de lin.
Lavement au musc et au camphre. Musc 1 gramme ; camphre 1 gramme ; à délayer dans un jaune d'œuf et à ajouter à 250 grammes de décoction de graine de lin.
Le docteur Hanle a fait la curieuse remarque que les amandes amères introduites avec le musc dans une potion, détruisent presque complètement l'odeur
488 MUSC (emploi médical),
de ce dernier. Comme on ne sait pas si les propriétés médicinales du musc sont conservées dans le mélange, il faut éviter d'associer ces deux substances. Il paraît cependant que L principe aromatique du musc n'est pas détruit, car son odeur redevient aussi forte quand l'acide prussique s'est volatilisé.
Musc artificiel. On donne le nom de musc artificiel au [.«"oduit d'odeur musquée, qui résulte de la réaction de l'acide azotique sur l'huile brûle de succiu. Lorsqu'on soumet à la distillation le succin, on obtient trois produits pharmaceutiques différents : 1*^ L'acide siiccinique impur ou sel volatil de succin, qui s'attache à la partie supérieure des vases ; 'i°Vesprit volatil de succin des anciens thérapeutistes, qui est surtout une dissolution d'acide succinique et d'acide acétique ; 5" V huile volatile de succin qui est formée par un mélange de différents hydrocarbures. Un de ces hydrocarbures que M. Elsner a nommé Eupionc de succin a pour caractère spécial de se transformer sous l'influence de l'acide azotique en une matière résineuse douée d'une odeur de musc.
Musc végétal. L'odeur de musc est assez répandue dans la nature, mais sur- (out dans les animaux et dans les végétaux; les animaux l'offrent à un degré plus marqué. Un grand nombre de végétaux la possèdent; on la trouve dans toutes leurs parties, racines, tiges, feuilles, fleurs, fruits, semences. Les semences de VHibi&ciis abebnoschus ont une odeur de musc. Le Clusia eluteria a le bois de son tronc qui s'appelle bois de musc à cause de son odeur. Le Minulus moschata possède également une odeur musquée. Dans nos climats, la Muschatille [Adoxa vioschatellina L.), la mauve musquée {Malva moschata !,.) sont des plantes qui peuvent fournir à la distillation avec l'eau des huiles essentielles qui possèdent l'odeur du musc. Ces essences sont employées à la dose de 2 à 4 gouttes eu vingt-quatre heures dans une potion contre les symptômes des affections nerveuses, ataxiques ou adynamiques qui réclament l'emploi du musc. On peut aussi préparer avec ces huiles essentielles un oléo-saccharum, un sirop, des pastilles, des pilules et un électuaire. T. Gobley.
il. Emploi médical. Musc ANIMAL. On a indiqué plus haut la composition du musc animal. En réalité, le principe odorant n'a pas jusqu'ici été isolé : sa fragrance extrême est bien connue, mais il est difficile de comprendre, dans l'état actuel de nos connaissances sur les substances volatiles, comment cette fragrance si prononcée peut s'exercer pendant de longues années, sans perle appréciable dans le poids du musc.
Une seule partie de musc suffit à communiquer son odeur caractéristi(jue ;i plus de 5000 parties de poudre inerte, donnée quia été précieusement recueillie par les nombreux flilsifîcateurs de cette substance. Un f\\it d'Jiistoire intime, raconté par Brehm, donne une idée de la persistance de cette odeur : 11 parait que l'impératrice Joséphine aimait beaucoup ce parfum et que, si bien elle en usait que, quarante ans après sa mort, les murs repeints de son cabinet de toillette rappelaient encore à l'odorat, sans doute sensible, du nouveau propriétaire de la Malmaison l'odeur chère à l'ex-impératricc. — Je donne ce détail de parfumerie historique pour ce qu'il vaut.
Les chimistes, comme on l'a dit, ont trouvé dans le musc une notable quantité d'ammoniaque, mais cette substance ne semble y exister que secondairement et, pour ainsi dire, artificiellement, par suite d'un travail de fermentation qui peut être spontané, mais que les marchands provoquent le plus souvent en plaçant les poches à musc successivement dans un lieu humide et dans un vase bien
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fermé ; les Chinois provoquent même directement la fermentation ammoniacale en enterrant les poches à 30 centimètres de profondeur, dans un endroit où paissent les moutons.
L'origine de cette coutume presque générale se trouve probablement dans la connaissance empirique de l'action, aujourd'hui scientifiquement connue, do l'ammoniaque sur le musc : L'alcali exalte puissamment son odeur, propriété qui est utilisée dans la fabr'ication des savons au musc; la potasse semble, au contraire, éteindre l'odeur musquée. Cette influence de l'ammoniaque sur la fragrance d'une substance odorante n'est pas, du reste, un fait isolé, car, d'après Gabba, les fleurs des Aster qui sont naturellement inodores, acquièrent une odeur aromatique agréable sous l'influence de l'ammoniaque.
Au sujet des falsifications du musc, il nous est difficile de ne pas rappeler, avant d'étudier l'action physiologique d'un médicament qui a reçu des interprélations souvent si différentes, qu'on trouve dans le musc, comme il a été dit plus haut, et parfois à sa place, les substances les plus diverses : sang, sable, plomb, asphalte, etc.
Tavernier acheta à Batana, dans les Indes, 1775 bourses de musc pesant ensemble 827 10 grammes, qui ne contenaient que 15500 grammes de musc. Dans les falsifications on peut ranger, malgré son nom de musc indigène et son odeur musquée, la fiente desséchée de vache, et le nuise artificiel fait avec la fiente de la gazelle d'Afrique.
Action pli II siologiqiie. Le musc sort petit à petit du domaine de la pharmacie et semble bien près de se confiner dans le laboratoire des .parfumeurs. Il y a là une réaction salutaire à l'emploi excessif qu'en faisaient nos prédécesseurs; mais il est à craindre que, comme toujours, on dépasse la mesure ; nous aurions peutêtre avantage à délaisser moins un agent d'une force, sinon d'une puissance incontestable, et bénéfice à l'employer suivant le mode indiqué par son extrême volatilité. Je ne pense pas cependant qu'on parvienne jamais à légitimer l'opinion de Salomon Albertus (seizième siècle) qui déclarait que sans le musc « la médecine ne serait plus possible » .
La première idée qu'on semble s'être faite du musc, et elle était en rapport sinon avec l'observation personnelle au moins avec son origine et son rôle apparent chez les animaux qui le sécrètent, a porté à croire qu'on avait dans celte substance un moyen d'action sur les organes génitaux et sur les maladies qu'on pensait avoir dans ces organes leur point de départ : c'est ainsi que Platearius, Zacutus, Aniatus, etc., en font le plus grand cas dans Thystérie. Mercatiis ne doute pas un instant que les cifluves du musc ne relèvent l'utérus en prolapsus.
Si on le conseillait dans l'hystérie, c'était vraisembablement par suite d'une conception anticipée de la doctrine des semblables, car la plupart des médecins de ce temps sont d'accord pour déclarer que le musc provoque chez certaines feaunes des spasmes hystériques : quibusdam mulieribus ideri provocationem adfert.
De conséquence en conséquence, ou plutôt d'erreur en erreur, on était, du reste, arrivé à d'étranges pratiques : l'utérus aimait le musc ; utero valde gratus : on mettait donc près de cet organe un peu de musc qui devait le retenir, l'empêcher à^e. remonter ei de provoquer l'attaque d'hystérie, en même temps que, par une habile stratégie, des odeurs mauvaises et, sans doute, désagréables à l'utérus, placées loin de lui, près de la tête, le repoussaient et le forçaient à descendre. La
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capture de l'ute'rus pouvait se faire plus directement encore : Trousseau et Pidoux font mention du procédé de Foresius ou procédé par la teinture de musc : aliqiia millier digito in hoc liqvore immerso vulvam intus confricahal. Arrêtons-nous : nous sommes sortis de la thérapeutique.
Tout ce charlatanisme, pour ne pas employer de terme plus sévère, repose sur les propriétés très-réellement aphrodisiaques du musc, propriétés vaguement populaires, et scientifiquement constatées par un bon nombre d'observateurs sérieux, entre autres par Pidoux.
Mais c'est à tort qu'on voudrait considérer certaines substances comme spécialement et uniquement aphrodisiaques ou anaphrodisiaques; autant vaudrait prétendre caractériser uniquement l'action de l'opium ou de la belladone parla contraction ou la dilatation de la pupille. Cette spécialité du ])oint de vue n'est imllement légitimée par une spécialité d'action des médicaments. C'est par suite du même raisonnement exclusif que l'ergot de seigle a été longtemps considéré comme un agent capable de provoquer exclusivement la contractilité de l'utérus, et le sulfate de quinine comme un réducteur spécial de la rate. Toutes ces actions locales, et surtout localement considérées, ne sont que partie constituante de l'action générale d'un médicament; elles en découlent et la font pressentir comme la cause fait pressentir l'effet : Le bromure de potassium n'est anaphrodisiaque que par suite de son action dépressive sur le centre cérébro-spinal. La propriété aphrodisiaque du musc est un corollaire de son action générale.
Chez le moschus vioschiferus et chez les animaux qui sécrètent des produils analogues, le musc et les substances congénères sont incontestablement en rapport intime avec les fonctions de reproduction : Darwin affirme que chez le cervus campcstris et certains antilopes, les sécrétions musquées des glandes génitales ou de celles du larmier tarissent lorsqu'on vient à pratiquer la castration ; or ces substances sont l'apanage du mâle, et leur sécrétion augmente à l'époque du rut. Il serait donc légitime de conclure à leurs pi^opriétés aphrodisiaques, au même titre qu'en physiologie expérimentale, nous concluons de nos expériences sur les animaux. 11 semble même que chez le mâle lui-même la sécrétion des produits musqués soit à la fois un effet de l'éréthisnie général qui accompagne le rut, et une cause qui l'entretienne à son tour et le complète, comme elle le développe chez la femelle, par suite de la volatilisation des produits sécrétés.
L'éréthisme général est en somme l'effet le plus direct produit par le musc chez l'homme lui-même. Joerg, qui a beaucoup expérimenté ce médicament, le regarde comme un excitant du canal intestinal; pris par l'estomac, il donne des éructations, de la pesanteur, de la perversion de l'appétit, de la sécheresse de l'œsophage, des vertiges, de la céphalalgie ; il accélère le pouls. Pidoux a constaté sur lui-même de la chaleur à l'épigastre et à l'abdomen, sans colique, ni diaiThée, de la céphalalgie et nous l'avons dit de l'excitation des organes génitaux.
D'après Pringle, il relève le pouls et amène de la sueur. Juncker et Wall lui attribuent la stimulation de l'estomac, l'accroissement des forces ; il excite l'organisme et active la circulation. Tralles dit qu'il porte le sang vers la tête, et augmente la chaleur ; il amène souvent de la diaphorèse et des épistaxis.
La production des épistaxis est un fait bien connu, en Chine, des chasseurs de chevrotain. Tavernier et Chardin rapportent que ces chasseurs se bouchent avec soin les nai'ines, avant de couper la bourse à musc de l'animal abattu, et
MUSC (emploi médical). 491
que ceux rpii n'ont pas cotte précaution, sont pris d'cpistaxis. Chardin ajoute même qu'il lui a été impossible de se tenir près des chasseurs, auprès de qui il s'était proposé de se renseigner : « Cette odeur est, dit-il, insupportable et même dangereuse pour un Européen qui n'y est pas habitué. » Nathanael Higniore raconte le fait d'un homme de soixante ans auquel le musc donnait de la céphalalgie et des épistaxis. Il stimule également les règles (Gubler) et donne parfois de la diurèse.
Elimination. On sait combien les malades qui ont pris du musc exhalent cette odeur. 11 s'élimine abondamment par la respiration, comme toutes les substances volatiles, par la peau, par les urines et par l'intestin (Barbier, Trousseau et Pidoux). Tieddmann et Gmclin ont retrouvé le musc dans le sang de la veine porte ; tous les organes en sont d'ailleurs imprégnés après la mort.
Substances synergitjues. Le musc a pour auxiliaires les plus proches les produits analogues du castor, de la civette, de l'hyrax du Cap, l'ambre gris, le musc végétal, toutes substances d'une moindre intensité. II a encore pour auxiliaires la chaleur, l'alcool, tous les excitants diffusibles.
Mode cV emploi. Les propriétés si éminemment volatiles du musc lui assignent un mode d'emploi jusqu'ici négligé : l'absorption par les voies olfactives ou pulmonaires. Nous venons de parler des effets puissants produits sur certaines personnes par le seul parfum de cette substance : céphalalgie, anxiété précordiale, syncopes, mouvements convulsifs ; il en est de même de toutes les substances volatiles douées d'une certaine fragrance ; leur absorption par la voie olfactive suffit à produire des phénomènes physiologiques marqués ; le système nerveux de certains sujets reçoit d'ailleurs par cette voie l'impiession singulièrement forte de substances qui ne passent pas ordinairement pour très-odorantes. Tout le monde connaît le cas de cette dame dont parle Orfila, chez qui l'odeur de la graine de lin produisait une tuméfaction marquée de la face, et provoquait la syncope.
L'idée devait donc venir de faire prendre aux médicaments odorants cette voie directe pour les conduire dans l'organisme; mais si l'idée a été émise par un certain nombre d'auteurs, on doit avouer qu'elle n'a pas été jusqu'ici réalisée d'une façon méthodique. Le bon sens de Montaigne n'avait cependant pas laissé échapper cette indication t « Les médecins, dit-il, pourraient, crois-je, tirer des odeurs plus d'usage qu'ils ne font; car j'ay souvent apperceu qu'elles me changent, et agissent en mes esprits, selon qu'elles sont. » Bien plus près de nous, Cloquet, dans sa thèse sur les odeurs, regrette qu'on ne mette pas plus souvent à profit», en thérapeutique, cette faculté qu'ont les odeurs d'agir sur les nerfs ; Bérai'd avait signalé de son côté le rôle que pouvait jouer l'odorat, comme voie offerte à la thérapeutique pour agir sur l'encéphale. Le professeur Gubler a depuis longtemps montré que l'exemple nous était donné par la façon dont la valériane agit sur le système nerveux du chat ; le professeur de thérapeutique de l'école pense qu'en présence des effets singuliers observés chez cet animal sous l'influence de l'odeur de la valériane, il est permis de croire que les émanations des principes volatiles introduites dans les narines e^. dans les canaux aériens détermineraient également dans l'espèce humaine des phénomènes physiologiques. Il est d'avis, qu'il se pourrait, en conséquence, que les inhalations d'essence de valériane fussent beaucoup plus profitables aux sujets nerveux que la prise du médicament parla bouche. Guillemin a récemment montré l'utilité de l'inhalation de la teinture de valériane dans l'hystérie; i. verse 15 à 20 gouttes de cette teinture sur
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une compresse et la place sous les narines. Fonssagrives se fait également le défenseur de cette méthode à laquelle il donne le nom iVospJirétiqite médicamenteuse, et il explique l'utilité des bains de valériane prépavés avec "i50 à 500 grammes de cette racine par la pénétration respiratoire de l'essence.
Tout ce qui a été dit à ce sujet de la valériane peut s'appliquer au musc. Sou action chez les moschifères ne s'exerce pas autrement que par cette voie, et il est permis de penser que c'est à cette méthode, dont la nature nous donne le Ivpe et le spécimen, que la thérapeutique doit désormais avoir recours pour tirer des odeiu's leur véritable action.
Usages. 11 faudrait passer en revue toute la pathologie, pour énumérer toutes les maladies dans lesquelles on a jadis employé le musc. Au temps où florissait l'ontologisme, c'était contre les maladies qu'on employait les médicaments, comme nous ferions aujourd'hui d'un insecticide contre un parasite. Le musc était donc le remède, Yanti de l'épilcpsic, de l'hystérie, de la phrénésie, de l'hydrophobic, du tétanos... Ces indications ne laissaient pas d'être assez vagues. Michel Sarcone, Marcus, précisent davantage et le recommandent dans le tvplms et la peste, ou plutôt dans leurs formes adynamiques ; ainsi combattit Mertens les phénomènes nerveux de la peste de Moscou. Récamicr le prescrit dans le délire de la pneumonie, et il insiste sur la forme spéciale de ce délire, à laquelle convient le musc ; c'est la forme que nous nommerions aujourd'hui asthénique, et que nous traiterions par l'alcool et l'opium. Il a été également employé par Delioux de Savignac, dans le délire de la pneumonie associé à l'acétate d';immoniaque; Graves le donnait dans la fièvre typhoïde ataxique, associé au camphre et à l'opium; Trousseau précisait davantage son emploi : il le réservait expressément à la forme non inflammatoire, mais nerveuse du délire. Cullen le recommandait dans la goutte déplacée, et il avait eu sans doute à se louer, dans ces cas, de ses propriétés stimulantes et diaphorétiques.
Mais il serait peu utile, pour la pratique, de charger sa mémoire d'une longue énumération des maladies passibles du musc. Il est plus utile de préciser son action générale, c'est ce qu'avait compris Trousseau; c'est ce qu'on ne fiit pas assez pour le musc, pas plus que pour tout autre médicament. Il est indiqué dans l'asthénie, quand le système nerveux pèche par défaut de stimulus, dans le spasme, le délire, les convulsions anémiques ; or ces conditions se peuvent rencontrer dans toutes les maladies diverses.
Ce n'est donc pas renseigner sur son emploi que de dresser la liste des maladies où on pourra l'employer ; la seule notion de ses effets d'éréthisme que nous avons décrits, la seule indication de l'asthénie qu'il combat dans les centres nerveux, suffisent. Le délire congestif, qui guérit par la digitale, le sulfate de quinine, etc., ne réclame pas le musc; le délire anémique, dit nerveux, qui guérit par l'opium ou par l'alcool se trouvera bien de ce médicament. Ce n'est donc pas le remède du délire, mais bien d'une certaine forme du délire.
C'est parce qu'on ne précise pas toujours suffisamment les indications des médicaments, ou parce qu'on se contente trop souvent de l'étiquette ontologique de la maladie pour appliquer le remède, que les déceptions sont si fréquentes en thérapeutique.
Doses formes pharmaceutiques. Graves donnait "2s%60 de musc dans 150 grammes de véhicule à prendre par cuillerée à bouche toutes les heures. Trousseau donnait 0,50 par jour en 10 pilules à prendre toutes les heures. La voie olfactive demanderait des doses beaucoup plus faibles.
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L'odeur, lorsqu'on le donne à l'intérieur, pourrait être neutralisée, dans une potion, par les amandes amères; elle reparaît après l'évaporation de l'acide cyanhydrique (Hanle). Le soufre doré d'antimoine enlève aussi l'odeur. Il en est de même du camphre (Trousseau etPidoux); d'après ce que nous avons dit plus haut, la disparition de l'odeur ne semble pas du reste devoir être un avantage à rechercher. Le kermès minéral donnerait au musc une odeur d'oignon (Bley).
Le musc se donne en substance sous forme de poudre mêlée à du sucre, en pHules, en julep, en lavements de 0,50 ou 0,60 à 1 gramme par jour. L'addition de l'ammoniaque décuple son pouvoir. Derlon recommande son émulsion dans l'huile..
On fabrique une eau distillée, qui se donne à la dose de 30 à 60 grammes ; une teinture alcoolique et une teinture éthérée (10-20 gouttes dans une potion) l'essence de musc est usitée comme parfum. Enfin il entre dans la confection d'alkermes et d'hyacinthe ; dans la poudi'e rejouissante de la pharmacie de Paris.
Musc VÉGÉTAL. Tout ce que nous avons dit du musc animal peut s'appliquer, après réduction, au musc végétal. A côté de l'huile essentielle de muscatelline [Adoxa moschatellina), de la Mauve musquée qui donne dit-on des attaques d'hyslérie aux femmes qui y sont prédisposées, du Mimulus moschatiis , de YAbehnosch, de VErodium, il convient de placer une ombellifèrc : le Somboiil et la Centaurea moschata.
L'ammoniaque a sur ces produits le même effet que sur le musc animal.
L'action physiologique semble analogue, il en est de même de l'application thérapeutique. On confectionne un oléosaccharum, des pastilles, du sirop, des pilules et un électuaire. La dose de l'huile essentielle est de 2-4 gouttes dans les 24 heures.
Pour ce qui concerne le musc végétal artificiel, voyez Benzoïque (acide) et
ScCCIiN. A. BOUDIER.
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MUSCADES. § I. Botanique. Voy. MOSCÂDIER.
§ IL Pharmacologie. Les muscades sont les amandes (vulgairement dites les noix., noix, muscades) des fruits de plusieurs arbres de la famille des niyristicacées, originaires de certaines îles de l'Océan indien, surtout des îles Moluqucs, d'où ils ont été plus tard transportés en Amérique, notamment à la Guyatie et au Brésil. L'espèce la plus estimée est celle à laquelle nous allons consacrer tout d'abord la plus grande partie des détails que comporte cet arlicle.
AU MUSCADES (pharmacologie).
1" Muscade oFFiciNMiK, noix muscade, nux ■moschata.,muscade de Banda. Anal. Nutmeg. AUem. Muskatenûsse. Ilolland. Nooteti-moskaat. Esp. Niiez de especia, Niiez nioscada. "Poving. Noz moscac?a. Elle provient du Myristica offiiùnalis^L. Gsertn, M. mosckata, Thunb. M. fragrans, Houtt., M. aromalica, Lmk.,bel arbre des îles Moluqucs, cultivé surtout à Amboine et à Banda, et vulgairement nommé muscadier. Le fruit de cet arbre est une drupe pyriforme, marquée d'un sillon longitudinal, de la grosseur d'une petite pêche. Le péricarpe ou brou, charnu, mais peu succulent, s'ouvre en deux valves, quelquefois en quatre, dans sa maturité, et laisse voir alors le macis, faux arillc ou arillodc, irrégulièrement lacinié, charnu, rouge lorsqu'il est récent, jaunissant à mesure qu'il se dessèche, et formant un réseau qui étreint la semence de toutes parts. Entre les mailles du macis, improprement dit fleur de muscade, apparaît la teinte brune de l'épisperme, lequel, lorsqu'il est entièrement découvert, présente des sillons creusés par l'impression de l'arillode. Cette dernière enveloppe, coque mince, sèche et cassante, presque inodore, est rejetée comme inutile. Enlhi l'amande, qui constitue la muscade proprement dite, est sphérique ou ovoïde, grosse comme une petite noix, ridée et sillonnée en tous sens. A l'extérieur, sa couleuf est d'un gris rougeàtre sur les parties saillantes et d'un blanc grisâtre dans les sillons ; à l'intérieur elle est grise et veinée de rouge, d'une consistance dure, et cependant onctueuse et attaquable par le couteau (Guibourt). Son odeur est forte, aromatique et agréable, sa saveur huileuse, chaude et acre. On doit la choisir grosse, pesante, non piquée et se défier des finaudes qui consistent à boucher les trous d'insectes avec une pâle composée de poudre et d'huile de muscade. Royer, de Cayenne, assure que les muscades rondes et longues viennent siu' le même arbre, et que c'est sans raison que l'on préfère ces dernières.
Le commerce, et par suite la médecine, retirent doue du fruit du muscadier deux produits : le macis ou faux arille, et l'amande ou noix muscade. On prépare dans l'Inde et l'on voit quelquefois arriver en Europe des confits au sucre ou des conserves à l'alcool, faits avec le fruit entier avant sa maturité; mais ce genre de préparation n'est pas utilisé en médecine.
On sépare le macis de la semence, et on le fait sécher après l'avoir trempé dans l'eau salée, ce qui lui conserve de la souplesse et empêche la déperdition du principe aromatique dont il est abondamment pourvu. On doit le choisir d'un jaune orangé, épais, sec, et cependant souple et onctueux, d'une odeur forte très-agréable et d'une saveur très-àcre et aromatique (Guibourt). Le macis est la partie la plus aromati(|ue de tout le fruit; il se ramollit dans la bouche sans s'y fondre comme le fait l.i lioix. Sa saveur est chaude, aromatique, fragrantc, très- -expansive, comparable à celle de la cannelle et du girofle, mais d'une intensité plus grande, moins poivrée que celle de la muscade (Mérat et de Lens).
On récolte le fruit du muscadier à la main ; on le dépouille de son brou ; on l'expose au soleil, puis à l;i fumée, et lorsque l'amande ballotte dans sa coque, on brise celle-ci pour l'en retirer; on la plonge alors deux ou trois fois d.uis l'eau de chaux, en vue de la préserver de la piqûre des insectes, et, après qu'elle a séché pendant plusieurs jours, on la met eu tonneaux [)our l'exporter. On n'envoie en Europe que la muscade cueillie à la main ; celle (|ui est tombée sous les arbres estmohis estimée, souvent piquée des vers, et se consomme dans le pays (Lessou, Voyage médical) .
Ce n'est pas son analogie avec le musc qui lui a fait donner le nom de muscade; c'est parce qu'on l'a comparée au musc, à cause de la grande estime
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où il ost dans riiide, et c[ue l'on accorde également à la muscade (Mérat et de Lens).
Les îles Maurice et Bourbon fournissent la même espèce de muscade que les Moiuques; mais elle est plus petite, plus légère et moins estimée.
La muscade de Cayenne provient également du Mijrisl.ica aromatica ; elle est ^lussi plus petite, moins huileuse que celle des Moiuques; en outre elle arrive sur le marché français renfermée dans sa coque, qui est d'un brun foncé ou même ftoiràtre, lustrée et comme vernie; l'intérieur de la coque est gris et dépourvu d'enduit pulvérulent et blanchâtre, de même que la surface de l'amande.
2» Muscade loncue des Moluques ; muscade sauvage, muscade mâle, par opposition à la muscade officinale, nommée aussi muscade cultivée et muscade femelle. La muscade longue est produite par le Myristica tomentosa, Thunb. et Willd, M. fatua, Hoult et Blûme, M. dactyloïdes, Gaertn. Les fruits de cet arbre sont elliptiques, cotonneux à leur surface; la semence est elliptique, longue de quatre centimètres environ, tandis que la semence du muscadier cultivé a de 27 à 31 millimètres de longueur (Guibourt). La muscade longue se présente toujours pourvue de sa coque, sur laquelle se voit l'impression d'un macis partagé uu ([uuLre bandes assez régulièrc's. L'amande est ellipli(iue, unie, d'un gristrougeàtre uniforme à sa surface, marbrée en dedans, moins huileuse et moins aromatique que la muscade des Moiuques, mais à peu près autant que celle de Cayenne.
Ces deux espèces inférieures sont laissées dans leur épisperme, parce que, contenant pins d'amidon, elles sont très-i'acilement piquées par les insectes.
5« D'autres espèces de Myristica fournissent des produits plus ou moins analogues à ceux du muscadier officinal {voy. Muscadier). Le Myrixtica otoha de la Nouvelle-Grenade, lournit un corps gras, nommé otoba, employé dans le traitement des affections cutanées des chevaux, et duquel Playfair a extrait Votohit, qui iparait n'être autre que l'acide myristique (voir \\w> loin) ; la semence du Myristica sebifera, Swartz, on Virola sebifera, Aublet, plus petite que les autres muscades, mais conformée comme, elles, fournit en abondance un suif jaunâtre, faiblement aromatique, d'apparence cristalline, propre à faire des bougies, mais impropre, â cause de son âcreté, au pan«;einent des plaies ; il sert aussi à faire du savon. Du trou du Myristica ou Virola sebifera, s'écoule par incision un -suc rougeâtre, acre, gluant, qui est employé dans le pays pour cautériser les raphthes et les dents cariées (Aublet, Guyane.— Journal de Pharmacie, t. XIX. — Mérat et de Lens, Dictionn. univ. de mat. médic). Il suinte de l'écorce des autres muscadiers un suc analogue, dont il ne parait pas avoir été fait d'emploi
médical.
Composition chimique. Henry a trouvé dans le macis : une huile volatile ; une ihuile fixe jaune, insoluble dans l'alcool ; une huile fixe rouge, soluble dans l'alcool; nue matière gommeuse se rapprochant de l'amidon et de la gomme ; quelques fibres ligneuses {Journal de Pharmacie, t. X).
Bonastre a trouvé dans la noix muscade, pour 500 parties: stéarine, 120; élaïne, o8; huile volatile, 30; fécule, 12 ; gomme, 6 ; acide indéterminé, -4 ; ligneux, 270; perte, 10 {Journal de Pharmacie, t. IX). On dit aussi avoir trouvé dans la muscade de l'acide bcnzoïque {ibid. t. XIV).
Ces analyses laissent à désirer. Ce qui domine en définitive, comme principes inlérossanls, tant dans le macis que dans la noix muscade, ce sont : de l'huile essentielle, de la matière grasse, de la matière colorante. La matière ou les ma-
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tières colorantes ne paraissent pas appartenir en propre aux autres principes, car, comme nous Talions voir, ceux-ci peuvent en être privés. La matière grasse semble être constituée par une partie fluide, qui serait l'oK'ine (Soubeiran), et par une partie concrète qui est, non la stéarine, mais la mijristine o\\ myristicine.
L'essence de muscade, bien rectifiée, est un liquide incolore, très-lluide, lévogyre, insolidifiable à — 18*^, bouillant à 165°, distillant sans altération, d'une densité de 0,8555 à -f- 15". Son odeur est celle de la muscade, sa saveur est acre et brûlante; peu soluble dans l'eau, elle l'est complètement dans l'alcool absolu. C'est un liydrocarbure, qui a la même formule que l'essence de térébcatiiiae (Cloez). Elle se composerait, d'après Scliacbt, de deux essences: l'une isomère de l'essence de térébentbine ; l'autre oxygénée, appelée macè/ie.
L'essence de macis, qui paraît être cliimiquemeiit analogue, est également incolore et très-fluide, et caractérisée par un parfum très-suave.
La myi'istine est une graisse blanche, brillante, cristallme, inodore, que l'on obtient en traitant le beurre de muscade par de l'alcool rectifié à froid (Playfair). On peut aussi l'obtenir en épuisant la poudre de noix nmscade par la benzine (Dorvault). Cette graisse fond à 51"; saponifiée par les alcalis caustiques, elle se dédouble en glycérine et acide mijristiqiie, fusible à 50°, cristallisable en feuillets larges et brillants.
Quelques analystes distinguent les mots myrisline et myristicine ainsi que les substances qu'ils désigneraient. La myristine serait la graisse concrète dont nous venons de parler ; la myristicine serait un stéaroptène commun aux eesences d'oeillet et de macis, une sorte de camphre, camphre des fleurs de mns^cade. Nous laissons cette question à élucider aux articles ??i//risime et myristicine.
Formes pharmaceutiques, modes d'administration, doses. — Le baume ou beurre de muscade, que l'on obtient par expression à chaud, est une huile mixte, solide, composée dos huiles grasses contenues dans l'amande, fortement aromatisée par l'huile esseulielle et teintée en jaune rougeàtre par lesmutièies colorantes. Il se prépare en grand dans l'Inde, d'oîi il est versé dans le commerce sous forme de pains carrés longs, enveloppés de feuilles de palmier. 11 est souvent altéré ou falsifié, soit parce qu'on en a retiré par distillation nue partie de l'essence, soit parce qu'on l'a mélangé de blanc de baleine ou de quelque autre graisse inodore ; ce dernier genre de fraude est couvert par une coloration nu curcuma. Pour éviter ces mécompies, Guibourt conseille aux pharmaciens de préparer eux-mêmes le beurre de muscade; ou l'obtient aloi's, dit cet auteur, d'un jaune très -pâle, d'une odeur très-forte et très-suave, et comme cristallisable h la longue.
Sa préparation est formulée par le Codex de la manière suivante : muscades. Q. Y. Pilez les muscades ou passez-les au moulin pour les réduire en poudre assez fine; exposez-les en cet état, sur un tamis de crin, à l'action de la vapeur d'eau jusqu'à ce qu'elles soient bien échauffées et que le corps gras soit complètement liquéfié ; exprimez rapidement entre des plaques de fer étamées, pré;dablement chauffées dans l'eau bouillante. Quand l'huile de muscade seia refroidie, séparez-la de l'eau qui s'est écoulée avec elle, et purifiez-la en la filtrant au papier, à la temfiérature de l'eau bouillante.
Le beurre de muscade ne s'emploie qu'à l'extérieur, en onctions, frictions, et pour former des suppositon^es. Il fait partie de l'emplâtre de poix, et de plusieurs liniments ou baumes vantés contre les douleurs névralgiques, rhumatismales et goutteuses, tels que le Uniment de Rosen, le baume nerval, les baumes de
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miarjolaine, de rue, de lavande, Vonguent nervin des pharmacopées alle- ■maiules, elc.
Pondre de muscade. Semences de muscades privées de leur corjue, Q. V. «Concassez les muscades dans un mortier de marbre, broyez-les ensuite dans un moulin semblable à ceuxcpii servent pour le poivre. Passez la poudre à travers un tamis de crin serré (Codex). Doses, pour l'intérieur, 25 à 50 ceutigraamies, et jusqu'à 2 et 4 grammes.
Alcoolat de muscades. Muscades concassées, \ ; alcool à 80,8. Faites macérer neadant quelques jours et distillez à siccité (Soubeiriui). Ualcooléoa teinture de muscades se prépare dans les mêmes proportions. Doses : 8 à 10 grammes dans les potions cordiales stimulantes.
Plus rarement employés seuls qu'unis à d'autres substances aromatiques, la muscade et le macis font partie d'un grand nombre de remèdes composés. Le mms entre doins\e diaphcenix, Vhiérapicra, V orviétan, Y esprit carminatif de Sijlvius, le hénédict laxatif, le sirop d'absinthe, etc.; la muscade, dans les pilules de Fuller, Velixir de Garus, Veau de mélisse des Carmes, le vinaigre des quatre wleiirs, la thériaque, les emplâtres céphalique et stomachique de Charas, etc.
Les essences de macis et de muscade se donnent par gouttes dans les potions cordiales, corroborantes, excitantes, carminatives. L'essence de macis entrait dans hthériaque céleste, et a servi à préparer un alcoolat, une teinture, des saccharures, un siyvp. L'essence de muscade a fait partie d'un grand nombre de baumes stomachiques, ainsi que de baumes nervins, contre les névralgies, les diumalismes, de baumes excitants contre les paralysies.
La muscade est quelquefois ajoutée aux purgatifs résineux à titre de correctif; d'autres fois aux narcotiques. Enfin elle a été employée aussi en fumigations.
8111. Emploi médical. HISTORIQUE. La muscade était connue des anciens Égyptiens, car on en trouse des fragments dans les momies. Quelques auteurs ■ont cru pouvoir la rapporter au comaciim de Théophraste, opinion contestée par de Lamaïk. On n'en trouve des notions satisfaisantes tjue dans les écrits des médecins arabes, dans Avicenne d'abord, qui la nomme Jiansiban, [mis dans Sérapion qui la désigne sous le nom de Jusbagme. Mais ce n'est que depuis la découverte du passage aux Indes Orientales par le cap de Bonne-Espérance que la muscade a été connue des Européens. Les Hollandais, en 1599, après avoir chassé les Portugais des îles Moluques où ils étaient établis depuis 1524, en concentrèrent la culture à Âmboine, à Banda et dans quelques îles voisines, afin de maintenir le prix par la restriction du produit et de rester maîtres du marché. Ils poussèrent à cet égard leurs calculs mercantiles jusqu'à brûler la muscade surabondante, après avoir satisfait à la consommation du pays et fait la provision destinée à celle de l'Europe. La transplantation du muscadier dans d'autres îles de l'océan Indien et ultérieurement en Amérique, atténua peu à peu les conséquences du monopole que s'était créé la Hollande. Toutefois ce sont encore les îles Moluques, Banda, en particulier, qui fournissent les plus nombreuses et les meilleures muscades ; de même le macis d'Amboine continue à être le plus estimé.
Action physiologique. Les principaux effets delà muscade et du macis sont dus à l'huile essentielle dont ces substances sont pénétrées. Cette essence est éminemment excitante, localement et par action diffuse consécutive à son absorption. Le stéaroptène aromatique, connu sous le nom de beurre de muscade, irrite plus ou moins la peau lorsqu'on l'emploie pendant un certain temps en frictions.
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A l'inlérieiir, les préparations de muscade, prises à doses modérées, produisent un sentiment de chaleur sur la muqueuse de rostomac, animent l'activité fonctionnelle de ce viscère, accélèrent la circulation en accroissant la contractilité du cœur, et stimulent le système nerveux. A doses extrêmes, elles irritent les voies digestives ; l'impulsion cardiaco-vasculaire se traduit par une sorte de fièvre, la surexcitation nerveuse par de l'ivresse, par du délire, bientôt suivis de narcotisme, de stupeur, ou même d'un état apopleclil'orme (Bontius, Zobel, Ettmuller, Ferrein, Ainslie). Gullen dit avoir vu cette action narcotique et stupéfiante se manifester chez uue personne qui avait pris par mégarde 8 grammes environ de muscade en poudre {Traité de matière médicale). Hombron, médecin de la corvette la Zélée dans le voyage de Dumont d'Urville au pôle Sud, dit aussi que les muscades prises eu trop grande quantité sont vénéneuses, qu'elles stupéfient le système nerveux, causent l'ivresse et même la léthargie. Ces accidents, du reste, sont analogues à ceux que peuvent causer la plupart des huiles essentielles prises avec excès.
Action thérapeutique. La muscade se place donc en tète des excitants les ]>lus énergiques de la matière médicale, et se trouve indiquée dans les circonstances oii il y a lieu de stimuler, soit l'activité fonctionnelle générale, soit celle d'un organe en particulier. Directement impressionnés par ce médicament, les organes digestifs sont les premiers à ressentir son action. C'est l'une de ces fortes épices que recherchent les habitants des pays chauds, pour combattre la langueur des actes nutritifs déprimés par l'influence énervante du climat. Partout ailleurs la muscade peut aussi olfrir des avantages comme stomachique, comme carminatif, en cas de débilité, d'atonie de l'estomac, de flatulence de l'intestin. La sensualité entre bien de compte à demi dans l'usage de cette substance, à titre de condiment, associé de diverses manières aux aliments et aux boissons; mais elle a aussi une véritable valeur hygiénique lorsqu'elle sert à relever des mets fades en favorisant leur assimilation, ou à en corriger d'auires plus ou moins indigestes.
La muscade était trop universellement employée et appréciée dans llnde, comme aromate et connue épice, pour n'y pas acquérir la réputation d'un médicament. Aussi y est-elle devenue l'un des remèdes favoris des indigènes. Ainslie dit que les médecins iudous la prescrivent dans les fièvres adynamiques, putrides ou pestilentielles, dans la consomption, dans l'asthme humide, dans les longues maladies d'intestin ; ils la donnent jusqu'à deux grammes, en diminuant la dose lorsqu'elle produit de la stupeur.
En Europe, on songe rarement à recourir à la muscade comme médicament. On l'a conseillée cependant et l'on peut en retirer quelque profit : dans les diarrhées chroniques dues à une atonie considérable de l'intestin ; dans les états lipothymiques, dans l'anémie, comme cordiale ; dans la chlorose, où elle paraît agir un peu sur l'utérus et favoriser la menstruation lorsqu'il y a aménorrhée; dans l'anaphrodisie chez l'homme, amenée par les excès vénériens, ou due à toute autre cause ; en un mot, dans tous les états morbides oiî il existe plus ou moins de langueur fonctionnelle, d'atonie, d'épuisement. En revanche elle est naturellement contre-indiquée dens les états inflammatoires et fébriles aigus, partout oii les réactions dt\jà vives ne doivent point être surexcitées.
Hoffmann et Cullen ont essayé la muscade associée à l'alun contre les fièvres intermittentes; mais Cullen dit avoir bientôt renoncé à ce mélange, qui était mal supporté par l'estomac. Il se peut que la muscade, qui a quelque analogie avec le poivre, ait, comme celui-ci, quelques propriétés fébrifuges ; elle paraît susceptible, en outre, de modifier la forme torpide de la cachexie palustre comme tonistiinulant.