MUTISME
nombre de crétins capables de parler ; il en est de même, dans une proportion moindre toutelbis, des idiots. Nous ne signalerons que pour mémoire le langage consistant en exclamations et en quelques mots et lambeaux de plirases que l'on rencontre chez les enfants arriérés : ce sont des troubles de langage qui ne constituent pas le mutisme proprement dit.
Le mutisme temporaire a été observé chez l'enfant qui, ayant déjà commencé à parler, entend, sans transition, parler autour de lui une langue étrangère; l'enfant alors se fait tout d'un coup sans essayer de piononcer une syllabe pendant des mois entiers, jusqu'à ce qu'il se soit habitué à l'idiome étranger, et qu'il ait a|i[iris de nouveau à convertir, en langage phonétique, les conceptions de son intelligence naissante.
Itard a fait d'intéressantes remarques sur la difficulté qu'éprouve l'individu sorti de l'enfance à apprendre à parler ; c'est ainsi que la surdité survenue peu de temps après la naissance, et qui a empêché l'enfant à apprendre à parler, le met dans l'impossibilité presque complète, lorsque plus tard la surdité se guérit, de sortir de son mutisme : on repète devant Ini des centaines de fois wwd syllabe avant qu'il soit capable de la proférer lui-même, tant il est difficile d'acquérir cette connexité de fonction nécessaire entre l'oreille et les organes de la parole, lorsqu'elle n'a pas été acquise très jeune.
La rectitude du geste précède, en général, la formation du langage phonétique; mais le geste lui-même reste rudimentaire chez l'enfant qui est définitivement muet par arrêt de dévelop[)enient intellectuel. Il n'en est nullement ainsi chez l'enfant sourd-muet [voy. Surdi-M otite) avec conservation de l'intelligence; tout le monde sait combien celui-ci est apte à apprendre à s'exprimer par le langage mimique.
Les vices de conformation, tels que la division du palais, du voile du palais et de la lèvre, la brièveté extrême du filet de la langue, retardent le langage de l'enfant, mais ne le conduisent en somme qu'à un mutisme temporaire.
Il existe un certain nombre d'exemples de mutisme temporaire transmis par hérédité, et on a signalé ce fait (jue tous les enfants d'une famille, ou plusieurs d'entre eux, ont parlé très-ttrdivement, sans que cependant le mutisme fût définitif (Ladreit de Lacharrière, in Annales des maladies de V oreille et du ktrijnx, Paris, 1876).
Le mutisme peut survenir accidentellement dans certaines affections cérébrales : il constitue alors une des formes de l'aphasie; celle-ci se manifeste cependant bien plus rarement par le mutisme proprement dit que par des troubles plus ou moins accusés de la parole, qui n'est pas complètement abolie. Le mutisme aljsolu existe cependant dans quelques cas, et ou l'a constaté aussi bien dans les tumeurs que dans le ramollissement et les hémorrhagies du cerveau [voy. ce mot), surtout lorsque les portions antérieures de l'organe ont été frappées ; quelques-uns des malades sont incapables de formuler des mots, sans tjue l'intelligence elle-même soit nécessairement atteinte.
Le mutisme s'observe assez fréquemment chez. les ahénés, notamment chez les extatiques, les mélancoliques et chez certains hallucinés. Le plus souvent le mutisme s'associe alors à la stupeur, ou bien il est purement volontaire sans qu'il soit possible à l'observateur de connaître la nature de la conception délirante qui décide l'aliéné à se condamner au silence absolu, qui se prolonge parfois jusqu'à la mort.
Nous signalerons encore le mutisme volontaire qui résulte, soit d'une hypéresthésie du larynx, soit de quelque bizarrerie morbide liée à l'hystérie (Krishaber,