MUTUALITÉ. J
in Gaz. hebd., 1868). A côté de ce mutisme volontaire on peut placer celui des individus qui simulent l;i lolie, comme cela se rencontre, soit chez des conscrits qui veulent se soustraire au service militaire, soit chez des criminels qui affectent Tineapacité de parler pour se soustraire à des poursuites judiciaires.
Krishaber.
MtTL'ALlTÉ. Nous' avousdéjà dit, en parlant de I'Assuraisce {voy. ce mot), qu'au fond, quelle que soil la forme apparente de l'assurance, la Mutualité en était la seule base solide'. Mais nous n'avons pas pensé que ce lût assez de ces quelques ligues ; car, par bien des endroits, la mutualité confine auv préoccupations les plus chères aux médecins.
D'un côté, au point de vue de l'art lui-même, les misères jihysiqucs et morales sont les causes génératrices les plus puissantes des défaillances pathologiques, et l'assistance mutuelle est le cordial le plus efficace que l'on puisse leur opposer.
D'un autre côté, au point de vue professionnel, la plupart des mutualités ouvrières, ayant pour objet de porter secours à leurs membres infirmes ou malades, sont amenées à marchander les services médicaux, et, par la vertu spéciale de leur collectivité, elles les obtiennent souvent à des prix dérisoires, non moins préjudiciables à la dignité du corps médical, à l'intérêt de ses membres qu'à la qualité des services médicaux, obtenus au rabais. Contre ces agissements dont le succès, avec ses conséquences bonnes et mauvaises, est assuré aux mutualités ouvrières par suite de la force que leur donne l'association, le corps médical ne peut se défendre dignement qu'en opposant la puissance que lui-même acquerra en s'organisant en une forte mutualité, assez riche, assez honorée et assez puissante pour que les avantages qu'elle procure à ses membresdoiment à tout médecin l'ambition d'être compté parmi eux. Ur, aujourd'hui cette œuvre est accomplie, ou au moins fort avancée, ainsi qu'on l'expose au mot As-ociatjo.n (p. 689 et suiv.j. Depuis (1867) que ce dernier article a paru, la puissance de V Association des médecins de France s'est étendue : son avoir, plus que doublé, dépasse aujourd'hui (1876) un million ; le nombre et la nature de ses bienfaits se sont accrus; sa caisse des retraites fonctionne et sert 55 pensions; enfin une voie nouvelle, et des jdus précieuses, vient même d'être ouvette par l'exercice de 1874 où je vois mentionnés deux prêts d'honneur de 1500 francs ; c'est là une des assistances à la fois des plus efficaces et des plus honorables.
Voilcà donc, entre beaucoup d'autres, l'exemple d'une mutualité en pleine piospérilé et qui est évidemment appelée à piendre une grande et louable influence sur nos mœurs professionnelles, notamment en groupant les membres épars du corps médical autour des premiers d'entre eux par leur savoir et leur bonoiabihté. Nous devions la mentionner tout particulièrement parmi tant d'autres mutualités aujourd'hui existantes ; car toutes nous apparaissent éf^alement comme les instruments des plus puissants, d'une part, de moralisation, et de l'autre, de l'extinction du paupérisme, au moins de la misère imméritée !
Et pourtant elles ne peuvent se réclamer d'une noble origine, ces mutualités, aujourd'hui si prospères et de si grande espérance; car c'est au sein du menu
1 Pa?e 705 du volume renfermant l'article Assurance, nous avons dit que la première constitution de l'assurance par le capital ne nous paraissait « qu'une forme tran^toire et con duisant nécessairement à la mutualité pure, seule base gratuite et inamissible 'c'e«t-'i-dire in-amissib,hs, qui ne peut se perdre, « la foi inamissible des élus », dit ?énéion^ etc ) Or le typographe, par une erreur facile à comprendre, a écrit inadmissible '
170 MUTUALITE.
peuple des cités helléniques, et notamment d'Alhènes (cinq ou six siècles avant notre ère), qu'elles paraissent avoir pris naissance (Théophraste, chap. xv; et l'abbé Barthélémy, chap. xx, du Jeune Anach.). Depuis lors on peut dire qu'elles n'ont pas été gâtées pa-r les puissants de la terre : souvent persécutées, au moins suspectées, par les autorités civiles et religieuses, dédaignées par les philosophes et les utopistes, elles ont vaincu pourtant ; car voilà que, par un retour merveilleux, ces pauvres et humbles mutualités sont aujourd'hui célébrées àl'envi par le pouvoir civil et le pouvoir religieux qui se disputent l'honneur de les protéger.
S'il nous eût été loisible de faire plus au long cette touchante histoire, la théorie de la mutualité et le secret de sa puissance, que nous ne pouvons qu'indiquer ici, eussent été mis en pleine lumière. Ainsi nous eussions établi que celte remarquable conception des humbles artisans appartient à cette série logique, encore trop courte, des synthèses heureuses qui résolvent, en les combinant, les contradictions sociales. En efl'et, les sociétés humaines les plus avancées ont été régies pendant bien des siècles par l'unique conception individualiste de la justice antique {Justitia est animi habiUis siiam cuiqiie tribnens dignitatem), mais telle noble exalLition de la dignité humaine, abandonnée à elle-même, n'a pu conduire qu'à l'héroïsme stoïcien, à l'insensibilité et à l'acceptation de la fatalité. Par une réaction conforme à ses habitudes, l'esprit humain s'est ensuite épris d'un principe contraire, l'humilité et la charité chrétienne ; mais il y a trouvé autant d'amertume et moins de noblesse; car l'humilité et la charité vantées deviennent vite des instruments d'abaissement pour ceux qui reçoivent et d'orgueil pour ceux qui donnent. Ainsi, tous ces palliatifs, non sans grandeur, n'ont abouti — deux raille ans d'expérience nous l'ont démontré — qu'à la douleur, à la misère physique et morale. C'est que cette dignité du stoïcien qui soulfre et meurt sans murmure, cette liumilité du mendiant chrétien qui vit de charité, sont des conditions extrêmes, opposées, comme le sont célibat et luxure, foi aveugle et scepticisme, esclavage et maîtrise, etc., etc., qui ne peuvent se résoudre ni par exclusion de l'un des termes, ni par un ridicule juste milieu n'engendrant que la médiocrité , mais bien par la combinaison, par la synthèse des élé ments contradictoires.
Ainsi, par le mariage, il n'y a plus ni abstinence ni luxure, il y a un terme nouveau qui renferme tout le bien des deux contradictions et qui n'en a pas les souillures.
Ainsi, par la science, il n'y a plus ni foi aveugle ni incrédulité. Ainsi, par le travail libre du travailleur propriétaire, il n'y a plus ni esclave ni maître.
C'est par une synthèse du même ordre que s'engendre la miitiialité, elle unit la charité chrétienne et la dignité antique, en détruisant seulement ce que ces deux vertus renferment de bas, d'étroit et d'inorganique.
Le secrétaire généial de la Mutualité des médecins de France, M. Aniédée Latour, que l'on peut sans flatterie appeler le fondateur del'œuATe, témoigne qu'il a parfaitement senti l'abîme qui sépare la Mutualité de la charité en s'exprimaiU comme il suit dans son compte rendu à une des assemblées générales de YAssodation de prévoyance et de secours mutuels des médecins de France (1860) : « L'Association générale, il est important de s'en souvenir, n'est pas une institution de charité ; elle est, elle a voulu être une institution de mutualité. Cette distinction est importanle, car elle donne à l'oeuvre son vérilable caractère. Ou
MUYS (les). 17*
demande à une institution de charité, on réclame à une institution de mutualité. La cliarité donne, la mutualité rembourse. L'assisté par la charité jouit d'une faveur, par la mutualité il use d'un droit, et par cela même rien qui puisse blesser les cœurs susceptibles, humilier les âmes délicates. »
La mutualité, c'est l'assistance avec la réciprocité du respect ; c'est la dignité de la personne avec la réciprocité de l'aide; c'est l'égalité, c'est la justice; c'est la satisfaction de toutes les puissances de la conscience. Voilà pourquoi elle se développe avec tant de vigueur et de constance; voilà pourquoi les hommes et les Ét;its qui auront favorisé, hâté l'avéïiement de ce principe, dont la conception claire et nette date d'hier, peuvent se féliciter dans leur cœur, car ils auront été les bienûiiteurs de l'humanité.
S'il nous était loisible d'analyser plus avant celte force vive, la mutualité, de montrer quelle tire sa valeur de l'échange, 7nais de l'échange égal (c'est-à-dire de l'équité), de montrer ensuite qu'elle est au fond de la plupart de nos institutions et passées et présentes, qu'elle en détermine la valeur morale ; que ces institutions valent plus ou moins, suivant que les principes constituants de la mutualité sont plus ou moins observés, nos lecteurs nous accorderaient que nous n'avons pas trop présumé des destinées (.le la mutualité, que nous n'avons pas trop élevé sa valeur théorique et scientifique. Mais, pour ne point être entraîné hors des hmites qui nous sont prescrites, nous avons dii ne montrer qu'un petit coin du vaste horizon que ces principes sont appelés à illuminer.
Bertillon.
iJiBLioGRAPHiE — Laurent (E.). Le paupérisme et les associations de prévoyance, 2" édit., 2 vol., 1865. — D' Bertillon. Progrès des se. morales et de la mulualilé. In Presse scientifique des Deux Mondes, t. II, p. 395, 1860, et t. I, p. 209, 18G1. — Consuller aussi les Rapports annuels à l'empereur sur la situation des sociétés de secours ynutuels, rapports dans lesquels on s'est appliqué à donner le moins de renseignements statistiques possibles : les .Annuaires de l'. Association générale des médecins de France, enfin l'article Association de ce d iction na i re . B .
ML'TS (Les).
Miiys (Jean). Médecin hollandais, né à Arnheim, exerçait la chirurgie à Leyde vers 1655. Nous ne le citons ici que parce qu'on l'a confondu avec son fils Guillaume, et nous indiquerons seulement son ouvrage le plus connu :
Praxis chirurgien raiionatis, seu observaiiones chirurgicœ secundum soUda verce philosophiœ fundamenta rcsolutœ décades quatuor. Leyde, 1084, in-12; édition augmentée publiée en 1685; une autre édition, Leyde et Amsterdam, 1690, iu-12.
Muys(^\"iER-Guii.LAOME). Filsdu précédent, néà Steeuwyk, Pays-Bas, leo janvier 1682, commença ses études médicales à Leyde, puis se fit recevoir docteur eu médecine à Utrecht en I 701 , disent ses biographes, par conséquent à l'âge de 19 ans. Il avait toujours eu les premières places dans les diverses branches de l'enseignement dont il avait suivi les cours. Après avoir pratiqué cinq ou six ans dans son pays natal, puis à Arnheim, Guillaume Muys, qui passait [lour un mathématicien distingué, fut appelé à remplacer Jean Bernouilh dans sa chaire de philosophie et de mathématiques à Groningue. Il n'accepta pas celte offre, à la suite, dit-on, de difficultés avec les autorités de la \ille, mais nous le trouvons professeur de mathématiques àFrancker en 1711, puis, en 1712, professeur de médecine, jusqu'en 1720, où il permute pour une chaire de chimie; en 1726, il devient professeur de botanique, inspecleur du jardin des plantes, et enfin, à diverses reprises, recteur de l'Université. Il est mort en 1760. 11 a plus écrit
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sur la physique et l'algèbre que sur la médecine, et nous citerons seulement de lui :
I. Oratio de iisu matheseos in perficiendo ingenio et jiuUcio. Francker, 1711, in-fol — II. Eleinenta physices, methodo mathematica demonalrata cjuibus accedunt diasertationes duce: prior de causa soliditatis corporuni, poslerior de causa resistentiœ fluidorum. Amsterdam, 1711, in-4°. — III. Oratio de theoriœ usu, atque vfcta illam exculendi rations. Francker, 1714, in-fol. — IV. Dissertatio et observationes de salis ammoniaci prœclaro ad febrcs intermittentes usu, ad regiam Societalem londinensem j?((s.sa?. Francker, 1776, in-4''. — V. Dissertationes duce de matcria luminis seu ignis, coloris et lucis naturœ. Francker, 1741, in-4°. — VI. Investigatio fabricœ quœ in partibus musculo componentibus exstat. Leyde, H.IS, in-4° ; Ibid., 1741, in-4''; ih. 175 , in-i».— VU. Biss. sur la perfcct. du inonde corp. et intelligent, oîi l'on démontre en détail le merveilleux mécanisme par leguel Dieu a voulu que les espèces des hommes, des animaux et des plantes, se perpétuassent pendant un temps déterminé, etc. Leyde, 1745, in 12; Ibid., 1750, in-12. — VIII. Opuscula posthuma, seu sermones Academici de sélectif materiis, et dissertalio de dislinctione mentis et corporis, cuin Ilermanni Venema oratione funebri in ejus [Muys] memoriam, Edenle J.-H.-G. Mwjx filio. Lceuwarden, 1749, in-4<>. A. D.
HUXEL (Fréderic-Merhakn-Louis), docteur en médecine, conseiller intime du roi de Prusse, membre du Collège supérieur de médecine, médecin de la Cbarité de Berlin, né dans cette ville en 1715, mort le 7 décembre J874, est auteur du recueil suivant, dans lequel on trouve des observations intéressantes. Nous en laissons garant Dézeimcris, qui avait eu cet ouvrage entre les mains, et qui a consiicré à Muzel une courte notice :
Medicinische und chirurgische Wahrnehmungen. Iste Sannnlung; herausg:egeben u. s. w. Berlin, 1754. 2te Sammlung-. Berlin, 1704, in-8°, neue Auflage, mit Kupfern. Berlin, 1772, in-8°. A. C.
MYAGRUM Tournefort. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Crucifères. Ce genre, tel que Linné l'avait limité, compremiit les Camelines, plantes intéressantes, dont il a été déjà parlé (t. XI, p. 773), et qui se distinguent par leur silicule déhiscente. Les Myaçjrian, proprement dits, ont beaucoup moins d'importance. Une seule espèce, le Myafjruni perfoliatum on Cameline perfoliée, mérite une simple mention.
Mérat et De Lens. Dictionnaire de matière médicale, VI, 499.
MYCELIUM. Voy. AcHORioN et Champignons, p. 118 et 119. Pl.
MYCE^^És. Voy. Agaric.
MYCÉTOME. Synonymie : pérical (gros pied), anaycal (pied d'éléphant), pied de Cochin, pied de Madiira, pied tuberculeux, dégénération endémique des os du pied (Collas), maladie du fongus de l'Inde (Carter).
Cette affection, particulière à un assez grand nombre de localités de l'Inde, n'a sérieusement attiré l'attention du monde médical que depuis une trentaine d'années environ. Elle était connue toutefois bien avant cette époque, puisqu'on la trouve signalée, en 1715, dans les Amcenitates exoiicce de- Krempfer. Mais, ainsi que la presque totalité des observateurs qui sont venus après lui, cet auteur la confond avec l'éléphantiasis des Arabes.
Ce n'est qu'à partir de 1840 que l'on trouve dans les rapports officiels des médecins anglais, sur les stations militaires de l'Inde, des documents où ils s'efforcent de représenter le pérical comme une affection endémique spéciale.
Son domaine géographique, supposé d'abord restreint à quelques localités isolées, s'étend aujourd'hui depuis la pointe sud de l'Indoustan jusqu'au nord du
MYCETOME. 175
Pendjab; il est compris entre le dixième et le trente-troisième degré de latitude nord, et mesure près de 600 lieues dans ce sens. C'est dans la présidence de Madras que cette atlection est le plus répandue, et notamment dans les environs de Madras et de Pondichéry, à Madura (province de Carnatic), à Bellary (province deBalaghaut), à Cochin, à Cuddapali. On l'a observée également à Bicanir (province d'Adjniir), à Baliawlialpur sur les frontièies du Pendjùb, dans les déserts de l'Inde auisi que dans les Etats de Piadjastan, à Hissar (province de Delhi), à Sirsa, à Ihelum sur les frontières du Kashmir; puis àKutch, à Kattywar, à Guzerat ; et plus récemment à Gogeh dans la présidence de Bombay.
Jusquici cette maladie a été observée plus particulièrement sur les Hindous. Elle n'alleint guère que les adultes oa les adolescents, et se rencoiitie dans toutes les casles d'indigènes, aussi bien parmi les gens riches et oisifs que parmi les ouvriers pauvres, les mendiants, et principalement aussi dans la portion laborieuse des classes inférieures : chez les laboureurs et les travailleurs des champs. Le mycétome se développe particulièrement aux extrémités inférieures et spécialement au.v pieds, mais jamais sur les deux à la fois. Plus rarement, il affecte les articulations de la main.
Jusqu'à présent, le début de la m;iladie a échappé à l'observation. L'apathie des indigènes fait qu'ils ne réclament généralement les soins des médecins que lorsque l'extrémité du membre est devenue fout h fait impropre à son usa^e. Le pied est augmenté considérablement de volume : il ne présente plus qu'une masse informe, rénitente, couverte de tumeurs plus ou uioins o'Iobuleuses de grandeur et de consistance différentes.
A une période plus avancée de la maladie, la plupart de ces tumeurs disparaissent confondues dans le gonflement général de la partie. Elles sont alors ramollies, déprimées, perforées, et donnent issue, par un trajet hstuleux, à un liquide séropurulent, sanieux et fétide. La marche est des plus pénibles, les douleurs [)arfois intolérables, et cependant la santé générale reste de longues années sans paraître atteinte.
11 finit cependant par se produire de la maigreur et de la diarrhée : et la mort peut arriver par épuisement, si l'amputation de la partie malade est pratiquée trop tard.
En général, rinlumescence morbide est limitée sur le dos du pied à la naissance des orteils. Il en est de même à la main ; mais quelquefois un des doi'Tts peut d'abord être attaqué. La paume de la main, la plante du pied surtout ne présentent plus leur concavité normale. Otle dernière, devenue convexe, forme le plus souvent comme une espèce de coussin sur lequel reposent les orteils qui s'y creusent, pour ainsi dire, un lit. 11 est rare que l'affection s'étende beaucoup au delà du cou-de-pied ou du poignet ; le plus souvent, elle est limitée du côté du membre par une ligne nettement tracée, par un véritable sillon; dans quelque cas seulement, elle a gagné la partie intérieure de la jambe.
Les tumeurs se rencontrent presque toujours à la face dorsale du pied, quelquefois, dans l'intervalle des orteils. La face plantaire et la partie postérieure du talon en sont généralement indemnes. Quand le mycétome atteint la jambe,'c'est à la région postérieure qu'on les observe. Dans leur intervalle la peau est lisse tendue et souvent décolorée par places.
L'étude anatomique de la masse morbide fournit des résultats différents suivant que l'affection s'étend plus ou moins en surface et en profondeur, que l'action destructive des tissus est plus ou moins avancée. En général, on constate une
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hyperti'ophie considérable des téguments : la suilace du pied est bosselée et parsemée d'ouvertm-es ulcérées et fongueuses, donnant accès dans des canaux se subdivisant à l'iniini, et venant tous aboutir à de vastes cavités creusées dans la substance même des os ; ces canaux et ces cavités sont remplis d'une matière épaisse, pulpeuse, gélatineuse, que l'on fait sourdre à l'extérieur par la pression, et qui a détruit tous les tissus normaux eu les eavabissant successivement.
A la dissection, ou ne rencontre plus qu'une masse spongieuse, homogène, lardacée. Voici comment Biddie décrit cet état : « Un scalpel peut traverser le pied, dans toutes les directions, avec la plus grande facilité, sa structure normale ayant été complètement métamorphosée. Une masse molle, comme caséeuse, des corps granuleux, une pulpe puriforrae de mauvaise nature, un tissu adipeux et une substance de consistance gélatineuse tiennent la ()lace des tissus normaux. Les os sont complètement altérés dans leur texture; largement cloisonnés, faciles à courberet à couper, ils présentent des cavités, creusées parle travail destructeur, t|ui sont principalement remplies d'une matière caséeuse ou granuleuse o (In Madras quart. Journal of med. science. 1862, avril).
Ce sont là des désordres qui appartiennent à une période avancée de la maladie; et l'altération des os du pied, sur laquelle nous devons insister, a p;iru assez importante aux yeux de quelques observateurs pour qu'ils aient cru devoir la considérer comme la lésion essentielle et primordiale. Les premiers, en effet, qui admirent l'autonomie de cette allection, la regardèrent comme une carie des os du tarse et du métatarse, ou des os analogues de la main, et cette opinion rallie encore aujourd'hui bon nombre de médecins anglais.
Pour Collas, chef du service de santé à Pondichéry, le [lérical doit être considéré comme une dégénération endémique des os du pied.
« Par cette expression, dit-il, j'entends une maladie localisée dans ce segmeut du membre inférieur, sans vouloir y attacher aucune idée de malignité ; c'est une affectionqui se développe plus fréquemment chez l'homme que chez la femme, et qui est caractérisée parla production d'un élément particulier qui, se substituant au tissu des os, finit par en provoquer la destruction. »
Cet élément particulier serait le myéloplaxe, et la dégénératiou endémique du pied, tout à fait analogue, selon lui, à l'altération du maxillaire inférieur connue sous le nom d'épulis, serait un myéloplaxome.
Sans nous arrêter à ce que celte opinion peut avoir d'exclusif, nous pensons qu'elle n'est point d'accord avec ce que l'on observe au début de la maladie. Dans ce cas, eu effet, la lésion osseuse n'est point aussi manifeste ; elle est consécutive aux altérations que l'on constate dans les tissus mous. La peau, le tissu cellulaire, le pannicule adipeux sont farcis d'un grand nombre de petites tumeurs se présentant sous l'aspect de kystes à parois parfaitement limitées, qui renferment, au milieu d'un liquide séreux diuis lequel nagent de nombreux globules de pus et de sang, un amas de matière tantôt jaunâtre, tantôt noire, d'apparence mamelonnée et de consistance caséeuse.
Au microscope, on reconnaît que celte matière caséeuse est constituée par une multitude de corpuscules de forme assez irrégulière, finement granulés et souvent agglomérés entre eux par une substance visqueuse (Coquerel).
Sous l'influence du processus morbide par lequel se forment, se développent et se multiplient ces dépôts granuleux, les tissus normaux dégénèrent et se confondent en une masse homogène, d'un aspect blanc jaunâtre, de consistance lardacée et criant sous le scalpel, au milieu de laquelle on découvre une masse
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infinie de petits kystes variant de la grosseur d'une tète d'épingle à celle d'une noisette.
Les os alors ne tardent pas à être altérés dans leur texture ; mais ils offrent d'abord tous les signes d'une ostéopériostite chronique, déterminée par la pression exercée sur eux par les dépôts avoisinants. On a pu constater, sur divers points, l'épaississemenl de la surface corticale et la production d'ostéophytes. Plus tard, il y a raréfaction du tissu osseux; les aréoles de la substance spongieuse sont envahies par des kystes semblables à ceux des parties molles; et lorsque la maladie est trèsancienne, l'os finit par être résorbé et disparaître confondu dans la gangue morbide.
Quand les masses granuleuses viennent à se ramollir, elles se dissocient, subissent la transformation régressive et sont expulsées au dehors sous forme d'essudat liquide, à travers les trajets irréguliers et fistuleux, que les cavités kystiques, en se réunissant entre elles sous riulluence d'un travail nlcératif, forment à travers les tissus dégénérés. C'est ainsi qu'un stylet introduit dans ces canaux peut être conduit jusque dans l'épaisseur des os. Le nom indi"-ène de kirinagrak qui signifie : travail de destruction opérée par les vers, sous lequel l'affection est connue dans le Radjpoutana, est singulièrement expressive à cet égard (Peter, A. Minas).
Telle est, en résumé, i'anatomie pathologique du pied de Madura.
Presque tous les auteurs s'accordent sur la présence de ces produits "-ranuleux enkystésdans les tissus ou en suspension dans le liquide sanieux qui s'écoule parles trajets fistuleux venant s'ouvrir à la surface de la peau, et comparés par les uns à depetites graines, par d'autres à du frai de poisson ou bien aux œufs de certaines aiouches. Le nom de ^/ioortoo mandeo donné à Bellary, dans la province de Balaghât, par les indigènes, au pied de Madura, rappelle surtout celte ressemblance (Eyre). Mais on est loin de s'entendre sur la nature de ces granulations. Pour quelques-uns, Godfrey et Eyre entre autres, ces amas de matière morbide sont d'origine essentiellement tuberculeuse. Pour Tilbury Fox, les corps o-ranuleux ne sont que de la graisse sous diverses formes (Skin diseuses of parasaiic oriqin. London, 1861). Goquerel les regarde comme des corpuscules composés de pus concret. Selon Ch. Robin, qui a eu l'occasion d'examiner un pied de Madura rapporté en France par Collas, ils sont formés de cellules d'épithelium prismatique assez régulièrement juxtaposées en couches concentriques, accompagnées de matière amorphe, finement grenue, et de gouttes ou granules graisseux. Quant à la nature des corpuscules noirâtres que l'on rencontre assez souvent, ces auteurs les considèrent comme se rapprochant des dépôts mélaniquesque l'on trouve dans certains cas de tubercules, et qui sont dus à des hémorrhagies ou à une accumu lalion de pigment. Ballingall est le premier observateur qui ait émis l'opinion que la maladie pouvait être de nature parasitaire. Biddie, dans un travail consciencieux, publié dans le Journal de médecine de Madras (1862), exprime la même opinion et donne au pied de Madura le nom de « maladie entophytique de Vlnde. » — Mais c'est à Van Dyke Carter, professeur d'anatomie à l'école de médecine de Bombay, que l'on doit d'avoir soutenu et affirmé de la manière la plus caté-^orique le caractère épiphytique de l'affection. La présence constante de ces corpuscules dans le liquide excrété constitue, selon lui, un caractère de premier ordre et pour ainsi dire pathognomonique. Ces corpuscules auraient une structuré toute spéciale, n'offrant aucune ressemblance, même éloignée, avec celle du tubercule, du cancer ou d'une autre dégénérescence quelconque. Ils doivent être con-
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sidérés, eu effet, comme de véritables sporules cryptogamiques se développant et proliférant au\ dépens des tissus dans lesquels ils se trouvent.
Les diverses variétés de ces cor|jUscules qui, suivant leur forme et leur teinte, les ont fait tour à tour comparer à des graines de pavot, de moutarde, à des grains de |ioivre de Cayenne, de poudre, etc., malgré les différences sensibles qu'elles affectent, ne sont pour Carter que des transformations ou des modifications d'une même espèce de cbampignon qui donneraient lieu à deux formes principales de la maladie : la forme blanche et la forme noire. Ce champignon a été rangé par Biddie dans le genre oïdium. Lors de ses premières recherches, Carter avait émis l'opinion qu'il appartenait au genre des myxosporees, d'où le nom de « mycétome )) qu'il a substitué à celui de « maladie du fongus de l'hide » sous lei-piel il avait d'abord décrit l'affection endémique. Plus tard, il le compara, avec M. J. Berkeley, à ces états imparfaits de végétaux parasites vulgaires, désignés sous le nom de sclerotia. C'est sous ce nom que Bristowe a décrit et figuré tout récemment la structure des corpuscules du pied de .Mudura [Palhological Transactions of London, vol. XXU, 187 I).
« En résumé, dit Car'er, dans un dernier travail reproduit par le journal The Lancet, malgré les quelques obscurités qui régnent encore sur ce sujet, le mycétome, dans toutes ses variétés, doit être regardé comme une affection bien définie, spéciale à l'Inde et de nature purement parasitaire. Ce parasite appartient au règne végétal : c'est un microphyte de la classe des champignons du genre chionyphe. M. i. Berkeley lui a donné le nom de Ckionyphe Carteri, et, dans la nomenclature des maladies, dressée parles soins du Collège royal des médecins de Londres, le pied de Madura est classé au nombre des maladies parasituires. »
Bien qu'il soit aussi affirmatif dans son opinion. Carter est loin d'avoir répondu à tontes les objections qu'elle soulève. Quel est d'abord le mode de pénétration de l'épiphyleau sein des tissus vivants? Est-ce par les orifices des canaux sudoripares ou à la faveur d'une excoriation accidentelle de la peau? Il est bonde signaler ici l'opinion de Colebrook, qui attribue la maladie à une lésion du pied par les épines d'une espèce de mimosa fort commune à iMadura. Est-ce de la même façon que le mycélium des nielles pénètre à l'intérieur des œufs, des noix, etc., et que la sphacèlie de l'ergot de seigle se développe à travers la substance de la fleur? C'est là une question qui est loin d'être résolue.
Plusieurs auteurs regardent les sporules cryptogamiques du mycétome, non pas comme la cause du pied de Madura, mais comme une complication venant s'ajouter à un processus morbide préexistant ou concomitant. W. Moore, qui admet que l'affection est une carie des os du pied relevant directement de la diathèse scrofuleuse, pense que, dans certains cas, un élément fongueux provenant du dehors vient s'y joindre et la compliquer {India Médical Gazette, novembre 1869). Carter avoue lui-même avoir rencontré des cas présentant tous les caractères propres au mycétome, moins l'excrétion du liquide gr.muleux; et il suppose que les cléments cryptogamiques subissent, à une certaine période de leur existence, des altérations qui les rendent méconnaissables à l'œil le plus exercé. Tout dernièrement enfin, Lewis et D. D. Cunningham, chargés par le gouvernement de l'hide d'étudier la question du rôle des parasites dans l'étiologie des maladies de ce pays, n'ont admis la présence probable d'un champignon que dans quelques cas de granulations noires. Pour eux, ce champignon ne seiait que la conséquence et non la cause de l'altération des tissus. Les granulations blanches, de nature graisseuse, se coloreraient plus ou moins par leur mélange
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avec lu matière pigmentaire et offriraient successivement la coloration rose ou noir foncé {Appendix to the elevenlh Report of the Sanitary Commissioner wUli tlie Governmentof India, Ca/cM»a, 1875).
Nous n'insisterons pas davantage sur un débat qui n'est point encore élucidé. L'éliologie parasitaire de l'affection estdoiiteuse, même pour le plus grand nombre des médecins anglais, les faits sur lesquels elle s'étaye étant, comme on a pu le voir, loin d'être probants; et si un petit nombre d'observateurs ont fait intervenir en sa faveur la constitution physique du sol des contrées dans lesquelles elle a été rencontrée, telle, par exemple, que celle des terres à colon [colton soil), par contre, Carter rejette complètement tout rapport entre le développement du parasite et la nature de ces terres. Collas, de son côté, fail remarquer, avec raison, que si une pareille opinion est soutenable pour Guzerat, Madura et autres lieux, elle ne l'est pas pour Cuddajjah, Bangalor, Pondicbéry, Bcllarv et surtout pour Tanjuro où la maladie se présente, bien que le sol soit formé d'allu. vions.
Quant à nous, nous sommes loin d'accepter, pour le moment, l'origine parasitaire du pied de Madura, des micrographes comme Coquerel et Ch. Robin déclarant n'avoir reconnu aucun caractère épiphytique aux granulations qu'ils ont parfaitement observées. — Nous nous rappelons aussi avoir vu k Valparaiso, chez un métis indigène, un « gros pied », tout à fait analogue à l'affection endémique de rinde, présentant les mêmes tubercules, les mêmes trajets fistuleux et la même délimitation du mal. Nous l'avons considéré alors comme un pied tuberculeux se rattrtchant à la lèpre. Le pied de Madura ne saurait avoir cette origine; mais nous nous demandons aujourd'hui, après une étude approfondie du sujet, si la lésion primitive ne consisterait point en une dégénérescence particulière des i'ollicules sébacés, qui en ferait comme une espèce d'affection moUuscoïde, participant, ainsi que le pense Ch. Robin, delà nature des épilheliomas.
Le seul traitement infaiUible est l'ablation de la partie attaquée. Jusqu'ici, en effet, aucun trailement interne ou externe : les médicaments spécifiques comme les cautérisations les plus énergiques, n'a donné de bon résultat. L'amputation, au contraire, pratiquée un grand nombre de fois, a été le plus souvent suivie de succès, lorsqu'elle a été fidte à temps et au delà des limites du mal.
Alex. Layet.
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MlCiXlXiXE. Substance analogue à l'inuline, contenue dans la truffe {Elaphomgiis granulatiis). L'acide sulfurique étendu et bouillant la convertit en sucre (H. Ludvvig. Arch. fiir Pharm. (2), t. G.UXIX, p. 24). Formule •
C'^H-^^O^' + IPO. ScnuTZ.
DTCT. ENC. 5^ s "^'f J\.)
178 MYCODERME.
JWl'CODERME. Le botaniste Persooti, s'en rapportant à une apparence trompeuse, avait pris les pellicules organisées qui se développent à la surface de certains liquides fermentes, on non, pour un champignon autonome analogue aux Trémelles : il leur avait donné le nom de Mycoderma (1822) ; il en distinguait quatre espèces. Ce genre fut adopté par Desmazières qui publia en 1826, dans ses exsiccata, deux espèces, le M. vini et le M. Mal tl Juniper i, toujours nommées, comme celles de Persoon, d'après le milieu où on les rencontrait ; adoptant les idées de Gallion, il crut à leur nature semi-animale à cause des mouvements qu'il observait dans de petits corps compris cà l'mtérieur de la membrane mycodermique. Cette erreur et toutes celles qui ont eu cours sur ces productions végétales, jusqu'à des temps assez rapprochés de nous, sont venues de ce qu'on n'en avait pas suivi le développement et la formation progressive. Les pseudo-membranes ou pellicules des Mycodermes étudiées quand elles ont une certaine épaisseur et une consistance assez ferme, se composent en réalité d'une foule déplantes et d'animaux qui vivent et se reproduisent côte à côte; c'est un vrai consortium, analogue à celui qu'on observe dans une prairie oii l'on voit des plantes de diverses familles : graminées, légumineuses, composées, etc., végéter et entrecroiser leurs racines sur un terrain sillonné lui-même par des insectes, des larves, des vers, etc. Voici en effet ce que montre une observation attentive dès la première apparition d'une cellule mycodermi(|ue :
Si on laisse séjourner dans un récipient du vin ou de la bière avec une quantité d'eau égale ou supérieure à celles de ces liquides, après un temps variable, quelques heures ou quelques jours, selon la température et suivant que le liquide employé a subi une fermentation complète ou incomplète, on observe a la surface de petites taches blanches disséminées, anciennement connues sous le nom de « fleurs du vin ». Ces taches sont composées de cellules du Saccliaromyces vini ou cerevisiœ, qui se multiplient par gemmation, comme celles de la leviire. Ces taches se rejoignent bientôt en formant un voile transparent et encore sans consistance, composé de cellules arrondies ou allongées, appartenant les unes et les autres au Sàccharomyces ; une forme nouvelle apparaît à ce moment, ce sont de petits bâtonnets arrondis, étranglés, bactérilbrmes, qui constituent le ferment acétique, ils se distinguent très-bien à\i Saccliaromyces. Si l'on ajoute de l'acide acétique, on favorise le développement de ce végétal qui se multiplie à l'exclusion du Mycoderme primitif, et qui formera à son tour une pellicule souvent assez épaisse, gluante, connue sous le nom de « mère du vinaigre. » M. Pasteur a donné le nom de Mycoderma aceti à la plante qui forme ces pellicules; mais elle est fort éloignée du Mycoderma vini {Sàccharomyces Mycoderma V^ees ; voy. MiCROCoccus, Vibrion, Vinaigre). Reprenons maintenant le voile formé par les fleurs du vin au moment où apparaît la Bactérie du ferment acétique; si ce ferment ne prend pas le dessus, le voile formé par le S. mycoderma s'étend en surface par la prolifération rapide de ses cellules, et, ne pouvant déborder les parois du vase, il se plisse {M. mesenlericum de Persoon); en même temps son épaisseur ^fugmente et la pellicule résultant de cette agglomération d'organisme a acquis cette solidité relative, qui l'a fait prendre pour un parenchyme membraneux ; une autre cause augmente à ce moment sa solidité : •des spores de Pénicillium arrivées accidentellement à la surface de la pellicule y trouvent un terrain à la fois solide et humide, sur lequel elles germent avec la plus grande facilité, un mycélium rameux se produit rapidement et forme une trame qui acquiert la consistance des pseudo-membranes du P. crustaceum Lk.,
MYCOMÉLIQLE. 1^0
végétant à la surface des sirops; c'est à cet état que Turpin a fisuré les Mycodernies dans les planches du Dictionnaire des sciences naturelles. Si les conditions chimiques du miheu dans lequel a végété le Mycoderme sont peu favorables au Pénicillium, il ne fructifie que péniblement et reste en grande partie stérile ; d'autre fois il se développe et donne des spores au détriment du Mycoderme. Un grand nombre d'autres Mucédinées, Dematium, Torula, Botrijtis, etc., peuvent également germer, pousser un mycélium, produire des spores que leurs teintes propres, jaunâtre, gris, rose, décèlent sous forme de taches à la surface de la pellicule mycodermique.
Sur la bière ou le moult de bière additionnés d'eau, se développe parfois uu voile dans lequel les Mycodermes font place à un mycélium de Mucor; on sait, en effet, que les conidies de ce cham[)ignon sont souvent mêlées à la levure, elles peuvent germer quand la fermentation s'arrête et produire un mycélium ; ce mycélium forme une pellicule mince, mais solide, d'un blanc très-franc et qui fructifie rarement, il est très-proraptement envahi par le P, glaucum Lk., qui donne ses spores verdàtres, on ne peut même avant ce moment le confondie avec le Mucor, les caractères du mycélium étant très-tlistincts.
Sans insister plus qu'il ne convient ici, on voit, par les exemples précédents, à quel genre d'illusion il faut attribuer les théories qui s'appuient sur la simultanéité ou la succession de ces formes végétales pour conclure à une transformation de diverses Mucédinées entre elles, on comprend l'miportance qui s'attache à une étude minutieuse et sincère de ces voiles mycodermiques et de leur formation. Je n'ai rien à dire des infusoires qui, depuis les Monades et les Amibe?', jusqu'aux espèces ciliées, accompagnent le développement des espèces végétales et qui se reproduisent dans le même liquide. Des Bactéries, des Leptothrix s'y rencontrent aussi et s'implantent souvent sur d'autres organismes, ils ont passé à cause de cela pour une émanation des espèces fongiques ou des Mycodermes sur lesquels on les trouve fixés.
Des voiles mycodermiques peuvent se produire à la surface de l'urine de l'homme quand elle contient du sucre. On sait que des cellules de levure se trouvent dans l'urine (Robin, Hist. nat. des vég. paras., 1855, p. 3'25-525). Le Saccharomyces Mycoderma n'étant qu'un état du S. vini ou cerevisiœ^ il n'est pas étonnant que l'on rencontre des 31ycodermes dans ces urines, ainsi que j'en ai rapporté une observation dans le Journal d" anatomie et de physiologie de M. Robin (1869).
On trouvera à l'art. Saccharomyces tout ce qui se rapporte à la filiation du
Mycoderme proprement dit et de la levure, à ses caractères anatomiques et
physiologiques [voy. Saccharomyces).
Bibliographie. — Persoon. Mycologia Europœa, t. I, p. 96. — Desuazières. Ann. des se nat., 1" série, t. X. — Robi.v, Hist. nat. des végétaux parasites, 1855. — Pastedk. Etudes sur le vin, 1866. — De Seyxes. Sur le Mycoderma vini. In Comptes rend. Acad. se, 1868.
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Du MÊME. Sur les prétendues transform. des Bactéries et des Mucédinées en levures. In Comut, rend. Acad. se, 1872. — Du mêue. ^ote sur les Mycodermes de l'urine des diabétiques. In Journ. d'An, et de Phys. de M. Robin, t. VI, 1869. J. de S.
MYCOGLTCOSE. Voy. Mycose.
mi'coïoES. Foi/. Ghaupigno-ns, H8.
MYConÉLiQCJE (Acide). G*H*Az*0* \'j H*0. (Alloxénide, alloxamide). Corps dérivé de l'acide urique.
180 MYCOSIS.
Il se forme lorsqu'on chauffe l'alloxane avec un excès d'ammoniaque ou |)ar l'action de l'eau à 190° sur l'acide urique. Très-peu soluble à froid dans l'eau. Se précipite sous forme de gelée transparente, lorsqu'on ajoute un acide à ses solutions alcalines (Liebig. Ann. der Chem. u. Pharm., t. XXVI, p. 504 ; Ulasiwetz, Ann. der Chem. u. Pharm., t. CIII, p. 211).
MYCOSE. C'-H^^0"2H^0. Matière sucrée très-voisine de la tréhalose, peutêtre identi(iue avec celle-ci, dont elle ne diffère que par un pouvoir rotatoire beaucoup i)lus faible. Se trouve dans le seigle ergoté et dans le champignon appelé oreiUe-de-Juda [Fungus lambuci). Sucrée, soluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool bouillant, insoluble dans l'éther, fermentescible, dextrogyre (Mitscherlich. An7i. der Chem. u. Pharm., t. CVI, p. 15 ; Anii. de chim. et de phjs. (5), t. LUI, p. 15). ScHUTz.
Mitosis. De p.ùx/jç, cljampigiion. Affection caractérisée par des excroissances ou tumeurs fongueuses de la peau.
Historique. Le mot mycosis a été créé par Alibert qui en a tint le second genre de la famille des dermatoses véroleuses. Voici la description que cet auteur nous en a laissée {Clinique de l'hôpital de Saint-Louis, ou Traité complet des maladies de la peau, gr. in-lbl. Paris, 1835).
« Le mycosis est une affection véroleuse, spécialement caractérisée par des excioissances fongueuses, ayant particulièrement pour siège la face, le cuir chevelu, les parties génitales. »
Tels sont les seuls caractères du genre. Alibert en admet trois espèces :
« 1" Le mycosis framboise (frambœsioides), caractérisé par des excroissances comparables aux fruits du mûrier ou du framboisier, répandant une humeur visqueuse, jaunâtre, fétide ; c'est le framhœsia, nom qui lui convient à cause des petits lobules granulés qui constituent spécialement la forme des éruptions. »
« 2° Le mycosis fongoide (fungoides), espèce caractérisée par des tumeurs fongueuses ovales, dont le tissu a beaucoup d'analogie avec celui des champignons, qui s'ouvrent comme des fruits putréfiés et laissent échapper une matière ichoreuse, d'une odeur repoussante. C'est la vérole d'Amboyne de Bontius, le Pian des îles Moluques, le Terminthe des anciens. » Bateman l'a décrite sous le nom de ntolluscum par allusion aux excroissances qu'on voit se manifester sur l'écorce de certains arbres. Cazenave et Schedel citent un fait très-intéressant, consigné par le docteur Carswell de Glascow, d'un enfant à la mamelle à qui le mal avait été communiqué par son frère, et qui le communiqua à sa nourrice et à deux autres personnes de sa famille.
« 0° Le mycosis syphiloïde {Sy philoides), mal de SclLcrlievo, mal de Fiime, Sibbens d'Ecosse, constitué par les caractères du genre, auxquels il faut ajouter: coryza, enrouement, ulcérations des amygdale?, douleurs osléocopes, etc., symptômes qui révèlent manifestement sou origine syphilitique. »
Il y a beaucoup de confusion dans ce genre, dit Alibert, depuis qu'on a contracté l'habitude de désigner les maladies par les noms des pays oiî on les observe le plus communément. Ces réflexions sont fort justes et sont assurément le meilleur argument à faire valoir contre le classement des dermatologistes qui ont admis une famille de maladies exotiques ; mais il faut ajouter qu'il ne suIIjI pas de créer un mot nouveau pour éviter la confusion, encore faut-il que ce mot exprime quelque chose de bien net, de bien déiini ; or, sur cette question du
MYCOSIS. 18*
mycosis, on peut dire qu'Alibert a plutôt embrouillé la science qu'il ne l'a éclailée. Nous allons en donner les preuves.
A la page 271 du livre cité il donne sommairement les caractères du mycosis fongoïde, puis il ajoute : c'est la vérole d'Amboyue, le pian des îles Moluques. A la page 272, il rapporte au mycosis framboise le pian d'Amérique et l'yaws de Guinée, d'où il suit que, pour Alibert, le pian d'Amérique et l'yaws de Guinée sont deux mycosis framboises, deux frambœsia, taudis que le pian des îles Moluques est mi mycosis fongoïde en tout semblable à celui de Lucas, dont il rapporte tout au long l'observation. Mais la plupart des médecins qui ont observé le pian et l'yaws dans les pays où ces deux affections sont endémiques n'en font qu'une seule et même maladie, ce que semblent justifier les deux termes de la langue africaine, pian qui vent dire fraise et yaws qui veut dire framboise. Parmi ces auteurs, les uns appellent yaws ce que les autres appellent pian. Aujourd'hui encore, le docteur Iraray (Tilbury-Fox, S""* édition, article Frambœsia ou Mycosis) , qui a décrit l'yaws de Saint-Domingue , et le docteur Bowerbnnk, qui a observé le pian de la Jamaïque, n'en font qu'une seule maladie. Il est vrai que Kiirt Sprengel {Histoire de la médecine depuis son origine jusqu'au dixneuvième siècle, traduction de Jounlan, t. V, p. 7 ; i8i5) a écrit:... « On observa mieux, dans les Indes occidentales, deux autres maladies des nègres, le y;iws et le pian que les médecins anglais, particulièrement Hillary, confondirent tout à fait l'une avec l'autre. La première ou l'yaws est commune à plusieurs des pays situés sous les tropiques; et Bontius en a donné la description sous le nom de vérole d'Amboyne. Ensuite Schilling pubba le meilleur traité sur cette ;iffection qui e.'t vraisemblablement la même que le safath des Arabes et que le Dehasah d'Ali-Habbas. Le pian, peut-être le tusius des Arabistes, n'est endémique que sur les côtes de l'Afrique ; et Ludfort prétend que les habitants du Royaume Sanguin y sont seuls exposés. Jean Hume le décrivit le premier, puis Pouppé Desportes, Bajon et Ludfort en donnèrent aussi la description ; mais je crois être le [iremier qui ait éclairé l'histoire du pian et de l'yaws, et qui ait démontré avec précision la différence de ces deux affections. »
Malgré l'autorité de Sprengel qui prend, pour type de l'yaws, la vérole d'Amboyne, qui est précisément le mycosis fongoïde exotique pour Alibert, je ne saurais reconnaître dans le pian et dans l'yaws, comme la plupai't des auteurs anciens et modernes, que deux \ariélés de la même affection, le frambœsia. Nous y reviendrons plus loin à propos du diagnostic différentiel du mycosis fongoïde.
Antre conlusiou beaucoup plus grave: « c'e>t, dit Aliberr, le molluscum de Bateman, dont Cazenave et Scbedel ont rapporté un cas très-intéressant, consigné par le docteur Carswell de Glascow. » Ces paroles d' Alibert nous prouvent qu'en 1835, à l'hôpital Saint-Louis de Paris, on confondait le molluscum. contagiosum de Bateman avec le mycosis fongoïde. Mais que di?-je en 1855 ! 'Se voyons-nous pas la même erreur se reproduire en 1847 dans la 4^ édition du Traité des maladies de la peau de Cazenave et Schedel (p. 455, article molluscum ou mycosis fongoïde d' Alibert. Paris, 1847), el (chose plus surprenante enc^ie) cette erreur répétée dans le livre de Gibert ( Traité pratique des maladies de la peau et de la syphilis, 5*= édition, entièrement refondue et représentant ïéiat actuel de la science. Paris, 1860)! Gibert, en effet, ne pouvait ignorer que, jar la publication de notre mémoiie sur l'acné varioliforme, en 1850, nous avions dévoilé le mystère qui envelopiiait encore à cette époque le molluscum contagiosum de Bateman, en démontrant par l'observai ion et l'analyse microscopique que celte
182 MYCOSIS.
alïection n'est qu'une variété d'acné, due à l'hypertrophie des glandes sébacées, ce que tout le monde admet aujourd'hui. Dans son article molluscnm, Gibert parle de trois cas graves dont deux terminés par la mort et qui sans doute devaient se rapporter au mycosis fongoïde ; mais il en parle d'une manière vague, sans les décrire et sans les distinguer du molluscum de Bateman. Ce dernier admettait deux variétés de molluscum, le molluscum simplex et le molluscum contagiosum : la première n'est pour nous qu'une s'imple difformité de la peau ; la seconde, ainsi que nous venons de le dire, n'est que l'acné variobforme qu'on a eu tort de confondre, dans ces dernières années, avec les loupes, les tannes et les kystes sébacés.
Alibert dit en parlant du mycosis fongoïde : c'est le Tei'minthe des anciens. Vraiment, il faut avoir bien envie de trouver dans les anciens auteurs quelque chose d'analogue au mycosis fongoïde pour reconnaître cette maladie dans le terminlhe qui, d'après ce que dit Lavoisien [Dictionnaire portatif de médecine, par Lavoisien, ancien chirurgien des hôpitaux militaires, maître en chirurgie à Eu; nouvelle édition. Paris, 1781), « est une pustule ou tubercule inflammatoire, rond, noirâtre ou verdàtre, sur lequel il se forme une pustule noire et ronde qui, en se desséchant, dégénère en bouton écailleux, semblable en quelque manière au fruit du térébinthe, appelé en grec Tipfxwôo?, d'oii vient le nom de cette tumeur. Les jambes en sont ordinairement le siège. » Cette affection ne ressemblet-elle pas plutôt au rupia proeminens qu'au inycosis fongoïde?
LeTermiuthe [Barharorum bothor) a été pris aussi pour une variété d'esthiomène (Rousselle, Dissertatio de variis herpetum speciebus, etc. Paris, 1779), mais ce qui le distingue du mycosis, c'est d'être une affection unique, bornée à une seule région du corps, tandis que le mycosis est répandu sur toute la surface de la peau.
Enfin, le mycosis syphiloïde d'Alibert n'étant qu'une syphilis exotique, nous renvoyons pour son histoire au mot syphilis.
Que reste-t-il donc de tout ce qu'a écrit Alibert sur le mycosis? Il ne reste que l'observation de Lucas. C'est avec cette observation , la seule qu'il possédât, qu'Alibert a donné la description du mycosis fongoïde. Les deux autres espèces de mycosis admises par lui ne peuvent en être rapprochées qu'au point de vue du diagnostic différentiel des affections cutanées ; elles en diffèrent complètement, comme maladies, par les symptômes, la marche, le pronostic et la constitution histologique de leurs produits morbides.
En 1851, nous avons eu dans noire service, à l'hôpital Saint-Louis, une femme atteinte de mycosis fongoïde généralisé, dont nous avons fait prendre le dessin par M. Bion. Depuis cet(e époque, il nous a été donné de voir neuf autres faits de mycosis. Chaque année, depuis 1852, nous avons parlé dans nos leçons cliniques du mycosis fongoïde ; chaque année, nous avons fait voir à nos élèves, ou les planches représentant cette affection, ou les malades qui en étaient atteints.
Nos leçons sur le mycosis ont été publiées en 1862 par le docteur Guénird, qm lui-même, en 1865, a écrit un mémoire très-intéressant sur cette maladie. L'auteur y rapporte deux nouvelles observations fort remarquables de faits de mycosis recneillies par lui dans notre service de Saint-Louis. Il expose nos vues théoriques sur cette maladie que nous avions, sous certains rapports, comparée à la lèpre ou éléphantiasis des Grecs, en l'appelant lèpre indigène, sans toutefois l'identifier avec elle, ainsi qu'on l'a dit bien à tort.
A ] eu près à l,i même époque, M. Hardy observait également dans ses salles
MYCOSIS. ^^^
le mycosis fongoïde, et le confondait avec ce que, de notre côté, nous appelions l'hypertrophie ou la dégénérescence papillnire de l'eczéma et du lichen, d mi est venue l'expression de lichen Jnjpertrophique, que ce professeur distingué a cru devoir imposer au mycosis fongoïde. L'erreur s'est propagée en pays étranger, a Vienne particulièrement, où le professeur Hebra ( Traité des maladies de la peau, par Ferdinand Hebra, traduit de l'allemand par le docteur Doyon, médecm-inspecteur des eaux d'Uriage, directeur des Annales de dermatologie et de syphilis, \'' fascicule da 2« volume, article Frambœsia) confond le lichen hypertrophique de M. Hardy avec le mycosis fongoïde de M. Bazin. En Angleterre, Tilbury Fox ne parle du mycosis que comme d'un synonyme de frambœsia. Erasmus M dson, grâce un peu sans doute aux moulages de Baretta, distingue l'eczéma papillomaiosiim des tumeurs mycositiques qu'il rattache aux hypertrophies néoplasmatiques de la peau (voir Descriptive Catalogue of the Dermatological Spécimen contained in the Muséum ofthe Royal Collège of Surgeons of England, by Erasmus Wilson. London, 1870, p. 92, et Lectures on dermatolocjy . London, 1871).
En 1869, le docteur Xavier Gillot a pris pour sujet de sa dissertatiou inaugurale le mycosis fongoïde, et s'est particulièrement occuiié de l'analyse microscopique et histologique de la lésion cutanée. Avec l'assistance de Rnnvier qui, aujourd'hui, fait autorité en matière d'histologie pathologique, il a constaté la présence du tissu lymphatique dans la structure des tumeurs mycositiques, et a rattaché la maladie à la dialhèse lymphatique. Toutefois, M. Gillot n'ose pas encore rayer du vocabulaii'e dermatologique le mot mycosis. Cette tâche était réservée à un autre interne de l'hôpital Saint-Louis, le docteur Démange qui, dans son travail sur la lymphadénie en général, regarde le mycosis fongoïde comme une simple variété de siège de la lymphadénie, et propose de le faire rentrer, ain^i que les autres variétés, ganglionnaire, splénique, intestinale, etc., dans la diathèse lymphatique, expression déjà employée par Ti'ousseau {Clinique médicale de V Hôtel-Dieu. Paris, 1865, t. III, p. 577), et que nous trouvons mauvaise parce que l'on pourrait être tenté de lui donner une signification tout autre eu l'appliquant à un état morbide qui a été appelé lymphatisme par quelques-uns, et qui, pour nous, n'est autre chose que le premier degré de la scrofule.
Définition. Le mycosis fongoïde est une maladie chronique, à marche con tinue, se traduisant le plus souvent au début par des éruptions érylhémaleuses et lichénoïdes, et caractérisée dans sa période d'état par de véritables tumeurs de la peau, plus ou moins nombreuses, et justement comparées, pour le volume, la forme et même pour la couleur, aux fruits du Lycopersicum, connus sous le nom de tomates.
Symptômes dd mycosis fongoïde. Je les diviserai en symptômes locaux ou cutanés, et en symptômes généraux. Puis, après avoir étudié séparément ces deux ordres de phénomènes, je montrerai le lien qui les assemble.
1" Symptômes locaux ou cutanés. Considérée dans les phénomènes qu'elle détermine du côté de la peau, l'espèce morbide que j'ai désignée et décrite, après Alibert, sous le nom de mycosis fongoïde, ne saurait être rapportée à un type élémentaire unique. Elle se compose en réalité de plusieurs affections cutanées différentes par la forme, bien qu'identiques par la nature, mais dont l'ensemble lui constitue une individualité morbide des plus fortement accusées.
La première manifestation cutanée se produit ordinairement sous k forme de taches, rosées on rouges, hyperémiques, arrondies ou diversement configurées.
184 AIYCOSIS.
répandues en plus ou moins giand nombre sur certaines régions du corps, le tronc, la face ou les membres. Ces taclies ont des dimensions variables ; tantôt elles sont petites, isolées, discrètes; tantôt plus larges, plus nombreuses, elles se réunissent par leurs bords et s'étendent sur de larges espaces. Habituellement dépourvues de saillie, elles peuvent devenir légèrement proéminentes à la manière des papules ortiées. Aucune exfoliation ne se voit à leur sui'face. Elles s'accompagnent de ]iicotenients, d'élancements et surtout de démangeaisons trèsvives. Leur développerai ut a lieu par poussées successives. La plupart d'entre elles n'ont d'abord qu'une existence assez épiiémère, mais d'autres taches ne tardent pas à apparaître soit sur les mêmes points, soit sur d'autres points jusqu'alors épargnés. L'éruption peut ainsi se prolonger pendant plusieurs mois consécutifs sans modification bien sensible.
Les tai.hes que je viens de décrire offrent évidemment de certains rapports avec celles de l'urticaire : aspect extérieur, caractèie tugace et mobile, démangeaisons; mais à mesure que les poussées se succèdent, les éléments éruptifs deviennent plus rouges, plus persistants, et l'analogie dont je parle va s'alfaiblissant (le jour en jour. Néanmoins, les caractères principaux sur lesquels cette analogie se fonde ne disparaissent jamais coni[ilétement, et nous les retrouverons sous une autre forme aux périodes ultérieures de l'évolution mycosique. Quoiqu'il en soit, après un temps variable, après des intervalles de rémission plus ou moins marquée suivis de retours soudains, les taches deviennent, comme je l'ai dit, plus fixes, plus persistantes, d'une coloration plus foncée, parfois comme ecchymotique. En même temps le prurit s'accroît en intensité. Alors souvent apparaissent, soit sous l'influence des grattages, soit par le seul fait de l'irritation de la peau portée au delà d'un certain degré, des éruptions secondaires, papuleuses ou vésiculeuses, dont la présence vient modifier momentanément l'aspect extérieur des taches primitives : celles-ci peuvent dans ce cas se recouvrir de squames fines, pityriasiques, ou même de croùtjs molles semblables à celles de l'eczéma.
Nous avons vu les taches congestives, d'abord fugaces et mobiles, incertœ sedis, se fixer peu à peu, devenir plus tenaces, plus adhérentes, si je puis m'exprimer ainsi. Des modifications plus profondes vont maintenant s'accomplir dans le tissu de la peau. Ces altérations nouvelles ne sauraient, du reste, être considérées comme une conséquence, une suite des altérations qui précèdent, car elles peuvent se développer primitivement sur des parties jusque là restéts indemnes, ou tout au moins revenues à leur état physiologique. Nous sommes donc bien eu présence d'un nouvel ordre de phénomènes. Voici en quoi consiste cette deuxième série de manifestations tégumentaires. Au niveau même des taches congestives ou dans leurs intervalles, la peau se gonfle, s'épaissit eu prenant une consistance insolite. Elle est devenue plus sèche, rude au toucher, légèrement saillante. Bientôt la lésion se dessine plus nettement, et l'on constate la présence de plaques d'abord peu étendues, bien circonscrites, arrondies ou ovales, d'une coloration rouge sombre, donnant au doigt une sensation de rudesse et d'aspérité ; ces plaques sont le siège d'un prurit d'une grande intensité. Sur certains points, elles restent isolées, bien distinctes; sur d'auties elles s'étendent, se réunissent, et peuvent ainsi recouvrir des légions entières. Plus tard enfin, les caractères que nous venons d'énumércr se sont accentués davantage; l'épaisseur des plaques est plus grande, leur saillie plus manifeste ; leur surface est dure, rugueuse, mamelonnée, parsemée de squames
MYCOSIS. '^^
blanches Irès-adhérentes, quelquefois sillonnée de fissures qui eulameiit le derme plus ou moins profondément .
Tout le monde a reconnu dans la description qui précède les traits caractéristiques du lichen : c'est pour marquer *ce i apport si frappant que j'ai dcsigué cette seconde phase de l'évoUition du mycosis sous le nom de plaques licheno'ides. Ces plaques coexistent le plus habituellement avec les taches congesti\ es initiales, soit sur une même région, soit sur des régions difierentes ; elles peuvent se généraliser sur presque toute la surface du tégument externe. Sans avoir la mobilité des taches, on les voit assez fréquemment abandonner tout à coup certains points qu'elles avaient plus ou moins longtemps occupés ; et lorsque ce lait vient à se produire d'une manière simultanée pour un grand nombre de plaques, il en résulte une amélioiation qui peut faire croire à la guérison prochaine ; mais l'apparition de nouvelles poussées éruptives ne tarde guère généralement à démentir une telle espérance.
Jusqu'ici les symptômes cutanés, bien qu'assurément fort singuliers à beaucoup d'égards, ne nous ont rien offert d'absolument spécial, rien du moins qu'on ne puisse à la rigueur retrouver dans certaines affections vulgaires et bien coimues de la peau. Mais voici venir un troisième ordre de phénomènes dont la présence va donner au mycosis fongoïde un cachet propre et pothognomonique. Ces [ihéuomènes ont également la peau pour théâtre; ils forment la phase dominante du mycosis, celle qui le constitue positivement comme espèce distincte, la seule entin qui ait frappé l'attention d'Alibert, comme on peut s'en convaincre dans la description qu'il nous a laissée.
Celte troisième pha'^e de l'évolution mycosique ne commence généralement qu'à une époque très-éloignée du début ; la plupart des laits relatés portent cet intervalle à plusieurs années. Elle consiste essentiellement dans l'apparition et le développement d'excroissances bizarres, d'abord assez comparables à des productions verruqueuses ou moUuscoïdes, mais dont le volume s'accroit rapidement et atteint parfois des proportions considérables. Ces excroissances peuvent surgir sur toutes les parties de la peau, sur les parties restées saines comme sur les parties déjà occupées par les taches congeslives ou les plaques lichénoïdes. Toutefois, comme le fait justement remarquer M. GiUot, lorsque l'on songe à l'instabilité de ces dernières lésions, à l'absence de tout vestige après leur disparition, on comprend qu'il soit bien difticile d'affirmer que telle portion de la peau actuellement saine n'ait pas été antérieurement malade.
Les excroissances dont il s'agit restent parfois assez longtemps limitées à une seule région du corps, au tronc, à la face, etc. ; mais leur caractère habituel est de tendre à se généralijer. Leur nombre est très-variable, non-seulement dans les différents cas, mais encore pour un même cas selon le moment où a lieu l'observation. Dans le principe, tout peut se réduire pendant un certain temps à quelques tumeurs disséminées, plus ou moins saillantes ; mais le travail morbide s'étend tôt ou tard, de nouvelles poussées éruptives se produisent, et le nombre des tumeurs va croissant de jour en jour.
Lorstjue les tumeurs du mycosis prennent naissance sur une partie de la peau restée normale, elles débutent par une légère induration de cette membrane, dont le tissu se gonfle, se boursoufle et s'élève ; sur les plaques lichénoïdes, elles semblent résulter du bourgeonnement de ces plaques. La saillie ainsi formée est nette, bien circonscrite ; elle s'accroit as-^ez rapidement, et peut acquérir en quelques jours les dimensions d'une aveline ou d'un grain de raisin. Il est des
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tumeurs qui s'arrêteut à ce volume ; mais le plus grand nombre le dépassent, continuent à grossir, à se développer dans tous les sens, et peuvent ainsi atteindre les proportions relativement énormes d'nne noix, d'un œuf de poule ou même d'une orange : dans ce dernier cas pourtant elles résultent le plus ordinairement de la fusion de plusieurs excroissances en une seule masse coupée par des sillons plus ou moins profonds, qui prend alors un aspect multilobé.
Les productions mycositiques semblent affecter de préférence une forme arrondie, hémisphérique, lorsque rien n'entrave leur libre développement. Dans les circonstances opposées, elles prennent des apparences très-diverses et quelquefois tellement irrégulières qu'elles échappent à toute comparaison. Elles s'implantent généralement par une large base qui se continue sans transition bien nette avec les téguments voisins ; d'autres au contraire se détachent de la surface de la peau d'une manière brusque et à angle droit; enfin, j'en ai vu qui étaient supportées par une sorte de pédicule ; mais cette dernière disposition est tout à fait exceptionnelle. Lorsque les excroissances se pressent en grand nombre sur une même région, elles peuvent se fusionner, devenir agglomérées, confluentes, lobulée.s. Dans le cas de Nicolas Herbette, observé par moi en 1860, et relaté dans mon livre sur les affections cutanées artificielles, tonte la partie postéro-latérale du tronc était littéralement couverte de tumeurs très-volumineuses, confondues à leur base, séparées par des anfractuosités profondes ; limitée supérieurement par l'épine de l'omoplate, l'intumescence allait croissant de haut en bas, et se terminait au voisinage de l'os des îles par une série d'éniinences s'élevant brusquement et à pic de plusieurs centimètres au-dessus du niveau de la peau.
Dans la pi'emière phase de leur évolution, les tumeurs du mycosis ont une surface lisse, polie, luisante, comme vernissée ; il semble qu'une force intérieure les distende jusqu'aux limites de l'élasticité de la peau. Cette membrane a perdu ses rides et plis naturels, et les poils, déjà atteints et raréfiés par les éruptions maculeuses et lichéiioïdes, disparaissent à peu près complètement sur les excroissances du mycosis.
La coloration n'est pas toujours la même. Ordinairement peu accentuée sur les tubercules naissants ou de petit volume, nous l'avons trouvée rougeàtre ou violacée sur les tumeurs de grandes dimensions : elles ressemblent alors assez exactement, par l'aspect et par la couleur, à des tomates mûres, selon la comparaison d'Alibert.
Leur consistance est ferme, dure, partois comme fibreuse, dépourvue le plus souvent d'élasticité. La tumeur résiste au doigt qui la presse, et ne se laisse pas facilement déprimer. Toutefois, et sous l'influence de modifications que nous aurons à décrire, nous verrons ces tumeurs se détendre peu à peu, et, selon les cas, tantôt s'affaisser sur elles-mêmes, tantôt devenir le siéae d'un travail ulcéiatif
Les tumeurs du mycosis naissent et se développent sans éveiller autour d'elles de sensation morbide bien accusée ; aucune douleur spontanée ne s'y fait sentir; le prurit, que nous avons trouvé si tenace et si intense sur les macules et suitout sur les plaques, cesse d'exister sur la peau qui les revêt. .La faculté de percevoir la douleur peut même devenir très-obscure à leur surface, et nous avons pu parfois piquer et transpercer avec des épingles le tissu qui les compose sans que le malade en fût aveiti par la moindre souffrance. L'anesthésie portée à ce degré ne constitue un fait exceptionnel que quand les tumeurs ne sont pas parvenues à maturité.
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Sous quelque forme qu'il se présente, macules, plaques ou tumeurs, le mycosis fongoide reste pendant tout son cours une affection exclusivement cutanée. Les tumeurs les plus volumineuses font corps avec la peau, et restent mobiles avec elle à toutes les périodes de leur évolution.
Lorsqu'elles ont atteint un certain volume, qui varie pour chacune d'elles dans les limites que nous avons indiquées, les tumeurs du mycosis demeurent stationuaires pendant un temps plus ou moins long ; une sorte d'équilibre loncUonnel semble s'établir en elles, et des mois entiers peuvent s'écouler sans modifications apparentes dans leurs principaux caractères. Mais un moment arrive où cet équilibre se rompt, où le mouvement de décomposition l'emporte, et dès lors commence une nouvelle série de phénomènes qui vont tous converger vers un même but : la disparition des tumeurs.
Pour obtenir ce résultat, la nature se sert de deux procédés différents, qu elle emploie tour à tour ou combine suivant les cas : le premier consiste dans l'affaissement pur et simple de la production morbide ; dans le deuxième, elle procède par voie d'ulcération.
De ces deux modes de terminaison des tumeurs, Alibert n'avait indiqué que le deuxième, celui qui consiste dans leur ulcéialiou : u Dans les premiers temps, dit-il, les végétations sont tellement dures et consistantes qu'on est loin de soupçonner une suppuration prochaine ; mais dans la seconde période, la peau qui les recouvre se déchire, et chaque tubercule devient un ulcère. » Quant à la terminaison par résolution ou régression simple, il n'en parle que d'une manière incidente, assez vague d'ailleurs : « U en est, dit-il, qui restent longtemps dans la plus petite dimension, et qui ne sont pas plus considérables que des grains de raisin ou des lentilles; mais toujours, après quelques mois, toutes ces émineuces se flétrissent ou se dessèchent. » Un peu plus loin, relatant l'observation de Lucas, il dit encore : « La plupart de oes tumeurs finissaient par se crever et s'affaisser sur elles-mêmes. » Or, ce fait à peine entrevu par Alibert, signalé par moi en 1800 dans mon livre sur les affections cutanées artificielles, doit être regardé comme l'un des plus constants et les plus caractéristiques du mycosis fougoïde. Pas d'observation où on ne l'ait depuis retrouvé. Dans le cas déjà cité de Nicolas Herbette, nous avons vu les excroissances si volumineuses qui recouvraient toute une moitié du dos s'affaisser et diminuer presque à vue d'œil, si bien que, dans l'espace de huit jours, elles avaient complètement disparu : là où elles existaient, nous ne trouvâmes plus qu'une surface plane, exulcérée par places, ailleurs flétrie et recouverte d'un enduit blanchâtre. Le même phénomène s'est reproduit dans des conditions non moins remarquables chez la femme Baltet, dont M. Gillot a raconté dans sa thèse la curieuse histoire : n Ce qu'il importe de signaler, dit-il, c'est ce singulier phénomène de rétrocession que les tumeurs ont présenté pendant tout le cours de leur évolution. Un grand nombre d'entre elles, après avoir acquis des dimensions variables, quelquefois le volume d'un œuf, diminuaient rapidement et disparaissaient sans laisser de traces. » Cette rétrocession des excroissances mycositiques ne s'annonce par aucun phénomène précurseur. M. Gillot l'a vue coïncider à plusieurs reprises avec l'étaWissement d'une forte diarrhée. Le plus ordinairement, sans cause coimue, le malade s'aperçoit un jour que telle éminence, depuis longtemps stationnaire, a notablement diminué de volume ; nulle souffrance d'ailleurs, soit locale, soit générale. Des tumeurs, petites ou grosses, de date ancienne ou récente, peuvent ainsi disparaître de la manière la plus imprévue dans l'espace de quelques jours
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J'arrive au second mode de terminaison des excroissances du mjcosis, je veux parler de Jeur destruction par voie uicérative. C'est Je seul, comme je l'ai dit, qu'ait véritablement indiqué Alibert ; encore la description qu'il en donne ne saurait-elle s'appliquer à tous les cas. Je pense en effet qu'il y a une distinction importante à faire, et qui a été généialement méconnue, relativement à la marche et aux caractères que peut affecter l'ulcération dans le mycosis fongoïde. Tantôt, et le I lus souvent, le trav;iil de désorganisation se limite dès l'abord à la périphérie des tumeurs, qui conservent néanmoins leur volume, leur forme, leur consistante ; l'ulcère qui en résulte n'offre aucune tendance marquée à s'étendre en profondeur, et ne fait en quelque sorte qu'effleurer la surface du derme ; il est superficiel, d'un aspect terne et blafard ; la sécrétion qui s'opère à sa surface est peu abondante, à peu près inodore, et ne paraît pas susceptible de doinier lieu à des croûtes bien caractérisées. Cette première variété d'ulcération, de beaucouj) la plus fréquente, semble au moins favorisée, dans bien des cas, par des causes tout extérieures : violences, chocs, frottements, etc. ; elle peut se concilier avec la persistance à peu près -indéfinie des tumeurs sur lesquelles elle se montre, et dont elle n'est qu'un épiphénomène sans importance.
Tout autre est la variété d'ulcération qu'il me reste à décrire. Le processus morbide marche ici du centre à la périphérie ; la tumeur, atteinte dans toute sa masse, commence par se ramollir, devient parfois presque fluctuante, puis elle s'ouvre comme un fruit putréfié, selon l'expression d'Alibert, et laisse échapper une matière ichoreuse, souvent puriforme, d'une odeur repoussante. C'est alors que se produisent ces vastes ulcérations taillées à pic, à bords irrégidiers et comme déchirés, à foixl aufi actueux, fongueux, baigné de pus, parfois masqué par des croiites épaisses. C'est alors que l'on a vu le travail de destruction s'étendre au delà du tissu dermique perforé de part en part, envahir le tissu cellulaire, dénuder les os, ainsi que MM. Gillot et Démange en ont rapporté des exemples.
Ces deux formes ulcéralives ne sont, du reste, que l'expression à des degrés différents d'un même fait pathologique, la diminution de vitalité de la production morbide. Toutes deux peuvent conduire au même résultat, la destruction des tumeurs, l'une par la désorganisation lente et progressive, l'autre par la décomposition rapide et en quel(jue sorte violente du tissu qui les compose. Touteibis, comme je viens de le dire, ce résultat serait tout à fait exceptionnel dans la première variété d'ulcération, et il m'a paru que, dans ces cas, la disparition plus ou moins rapide des excroissances ulcérées du mycosis était due presque toujours, au moins pour la plus grande prtie, à ce travail de régression que nous avons désigné sous le nom de rétrocession. Cette coïncidence s'est produite, de la façon la plus frappante, chez Nicolas Herbette, dont les tumeurs étaient toutes depuis longtemps ulcérées au moment où nous les vîmes tout à coup s'affaisser et disparaître.
Telles sont, dans leiu's caractères essentiels, les trois formes érnptives qui constituent le mycosis fongoïde. J'ajouterai les réflexions suivantes, relatives à certaines particularités que la description générale a dû laisser dans l'ombre.
Un fait sur lequel je tiens d'abord à appeler de nouveau l'attention, c'est le caractère fugace, capricieux et mobile de ces éruptions ; ce fait nous est une première fois apparu dans les taches congestives ; il s'est ensuite reproduit dans les plaques Uchénoïdes ; enfin, nous l'avons retrouvé plus tard encore, et sous une forme bien autrement saisissante, dans la rétrocession des tumeurs mycositiques.
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Or, la persistance d'un tel caractère dans des alfections de forme si différente ne saurait évidemment s'expliquer que par leur identité de nature.
Une autre remarque importante est relative à l'ordre dans lequel se produisent ces éruptions, aux rapports qu'elles peuvent affecter entre elles. Nous avons montré la maladie se développant par une série très-régulière de manifestations, les taches au début, puis les plaques indurées, et en dernier lieu les tumeurs. Mais ces périodes ne sont pas toujours à beaucoup près aussi bien dessinées dans la nature. Il peut arriver, par exemple, que le mycosis s'établisse d'emblée à sa troisième période : tel était le premier cas qui s'est offert à mon observation, et M. Debove, mon ancien interne, a fait connnîtie récemment un fliit semblable en publiant l'observation d'un malade qui m'avait été adressé par un médecin de Reims, et qui est mort dans mon service en 1872 ; l'analyse des tumeurs faite par MM. Debove et Ranvier a prouvé que la trame de ces productions était un tissu réticulé, et qu'elles devaient être rattachées à la lymphadénie culanée. — Le mvcosis se trouve alors réduit à son élément fondamental, la tumeur fongoïdiquo; mais le plus souvent les éruptions accessoires ne laissent pas que d'apparaître, et l'on constate une sorte d'interver-ion dans l'ordre habituel des phénomènes. Un fait analogue se produit du reste fréquemment dans les formes les plus régulières du mycosis : un moment vient oîi les périodes cessent d'être distinctes, où elles empiètent plus ou moins les unes sur les autres, où l'on voit enfin toutes ces éruptions mycositiqnes se succéder sans ordre ni date, et coexister sur la peau dans la plus grande confusion.
La question du siège topograpliique n'est pas sans une certaine importance. Lorsque les tumeurs du mycosis se développent en grand nombre sur la face, elles déforment les traits, eu détruisent l'harmonie, hérissent le iront, les joues, le menton, gonflent les paupières, le nez, les oreilles, et le malade devient méconnaissable. Sur les parties abondamment pourvues de poils, sur le cuir chevelu, les arcades sourcilières, le pubis, les aisselles, elles déterminent rapidement la chute de ces appendices. Dans l'observation recueillie par M. Gillot, les seins de la malade étaient transformées en grosses tumeurs bosselées, irrégulières, pnrsemées d'ulcérations et de cicatrices. Dans le fait de la femme Mayeux, nous avons insisté sur les altérations si caractéristiques qite présentaient les mams ; je ne puis mieux faire que de transcrire ici ce passage : « La main droite est tellement déformée qu'elle n'a presque plus ligure humaine ; sa lace dorsale est littéralement couver, e de plaques indurées et de tumeurs Ibngueuses plus ou moins ulcérées ; les doigts eux-mêmes sont hérissés de volumineuses saillies, et comme étranglés de distance en distance, ce qui leur donne l'aspect noueux et difforme de certains arbres ; l'annulaire, entre autres, se trouve converti en une sorte de massue par un rendement sphérique qui double pour le moins son volume au niveau de l'articulation de la deuxième avec la troisième phalange. Au milieu de la paume de cette main existe un groupe rougeàlre multilobé, creusé de sillons, ulcéré par places, et entouré de petites tumeurs satellites qui semblent s'être détachées de sa base. » Disons enfin, pour ce qui a trait aux altérations des ongles, qu'ils ont été trouvés jaunes, cassants, amincis, déformés, comme soulevés à leur extrémité (Gillot).
Un dernier phénomène doit enfin être signalé : je veux parler de l'augmentation de volume des ganglions lymphatiques. Cette altération paraît avoir manqué dans le plus grand nombre des cas ; mais M. Gillot a pu l'observer avec soin sur le malade dont il a rapporté l'observation. Des ganglions beaucoup plus voli -
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milieux qu'à l'étal normal, et Ibimant de véritables tumeurs, existaient au cou, aux aines, aux aisselles, et semblaient sur tous ces points correspondre assez exactement aux lésions du tégument externe. La patpation de l'abdomen lui aurait même révélé la présence de tumeurs profondes, multiples, siégeant évidemment dans les ganglions pelviens. Enfin, et ce serait là une particularité bien importante de leur histoire, ces hypertrophies ganglionnaires jouiraient des mêmes propriétés de rétrocession que les excroissances cutanées, et pourraient comme elles diminuer rapidement de volume et disparaître à peu près complètement.
Symptômes généraux du mycosis fongoïde. On peut distinguer, à ce point de VLU', doux périodes bien distinctes dans l'évolution du mycosis fongoïde : 1" une période pendant laquelle le principe morbide ne se traduit que par des manifestations locales; 2" une deuxième période, caractérisée, à la fois et par l'importance croissante des lésions tégumentaires, et par l'apparition de troubles variés qui éclatent succcessivement sur un grand nombre de points.
La première période est toute remplie par les symptômes locaux que nous avons décrits sous le nom de taches congestives et de plaques licliénoïiles. Les malades conservent leur appétit, leurs forces, leur embonpoint. Ils continuent à vaquer à leurs occupations. Des troubles passagers surviennent du côté des voies digestives. Il y a de l'insomnie. Mais ces [ihénomènes, d'ailleurs légers et insidieux, peuvent être mis sur le compte des démangeaisons souvent très-vives qui accompagnent les altérations de la jieau. Des mois, des années même peuvent ainsi s'écouler sans que la santé générale paraisse sérieusement ébranlée.
La deuxième période commence d'une manière insensible; son début a[)pareiit coïncide dans la plupart des cas avec l'apparition des tumeurs fongueuses. Quelques-uns des symptômes notés plus haut s'accentuent davantage; puis d'autres fonctions sont troublées à leur tour. Le malade sent d'aboi^d ses forces décliner; la nutrition s'altère ; une légère réaction fébrile se manifeste le soir. La peau devient d'un blanc mat, ou blanc jaunâtre. Les troubles digestifs sont plus marqués, plus persistants; l'appétit se perd, la diarrhée se montre à intervalles plus ou moins éloignés. Tous ces phénomènes augmentent peu à peu, avec des alternatives nombreuses ; la maigreur, la prostration, font des progrès, les accès fébriles se régularisent en prenant de l'intensité et de la durée ; la peau se décolore; la diarrhée s'établit et devient permanente. A ce moment, le corps du malade est habituellement couvert de tumeurs ulcérées qui fournissent une suppuration abondante et fétide, qui peuvent même donner lieu à des hémorrhagies, toutes causes qui ne sont pas sans influer sans doute sur la gravité de l'état général. Dans certains cas, des hydropisies localisées se déclarent. Enfin le malade succombe lentement et sans secousse, dans le dernier degré du marasme.
Le tableau que je viens de tracer est rarement complet. Certains symptômes peuvent se faire longtemps attendre, ou même ne jamais apparaître : la fièvre, la diarrhée, sont de ce nombre, .l'ai vu des malades couverts de plaques et de tumeurs ulcérées conserver pendant très-longtemps l'intégrité de leurs forces et les apparences extérieures de la santé. Chez d'autres, éprouvés d'abord violemment, les accidents se calment et subissent un temps d'arrêt plus ou moins long pendant lequel l'organisme reprend à peu près son équilibre. La guérison même peut survenir, j'entends la guérison solide et durable ; témoin le fait; de Nicolas Herbette, unique jusqu'à présent, et sur lequel je reviendrai plus loin.
Marche. Durée. Terminaisons du mycosis fongoïde. Les considérations
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dans lesquelles je suis entré sur les symplômes, tant locaux que généraux, du mycosis, nous ont appris tout ce qu'il importe de counaitre sur la marche, la durée relative, renchaiuement de ces symptômes. Quelques mots me suffiront donc pour recomposer dans son ensemble l'unité pathologique.
Ce qui frappe en premier lieu dans l'évolution du mycosis, c'est son caractère essentiellement progressif, c'est la complication toujours croissante de son appareil symptomatique. Quelques taches disséminées à la surface de la peau, taches d'abord éphémères, paraissant et disparaissant tour à tour, rouges, légèrement prurigineuses, ou sans prurit, voilà tout le mycosis à son début. Pas d'affection plus légère, plus inoffensive en apparence. Mais que quelques mois se {)assent, et ces taches vont s'étendre, acquérir de la fixité, s'accompagner d'une irritation plus vive. Rien pourtant qui puisse inquiéter. Aucun trouble fonctionnel notable. Et les choses peuvent en demeurer là pendant plusieurs mois encore. Puis ou remarque que la lésion a pris sur certains points de nouveaux caractères, qu'elle y est devenue plus profonde, qu'elle atteint la peau dans toute son épaisseur : c'est la plaque lichénoïde qui fait son apparition. Peu à peu, et après des alternatives nombreuses, cette deuxième forme devient à son tour prédominante. L'état général se maintient pourtant ; quelquefois un peu de dyspepsie, de pâleur, de malaise, et c'est tout. De longs mois, des années s'écoulent sans changement dans la situation. Enfin paraissent les tumeurs fongoïdes : le mycosis entre dans sa phase palhognomouique. A partir de ce moment, les macules et les plaques indurées ne joueront plus qu'un rôle secondaire ; elles pourront même disparaître et laisser aux excroissances le champ complètement libre ; mais le plus souvent elles subsistent, au moins sur certains points, et l'on trouve à la fois et dans le même temps tous les degrés de l'évolulion mycositique. Cependant les tumeurs, d'abord petites et peu nombreuses, se sont multipliées, soulevant la peau tantôt sur un point, tantôt sur un autre point. Les poussées succèdent aux ])0ussées. Parmi les éminences ainsi produites, il en est qui i estent longtemps stationnaires, comme arrêtées dans leur développement ; d'autres contiiuient à s'accroître; d'autres rétrocèdent et s'alïaissent ; ailleurs enfin, elles se désorganisent et s'ulcèrent. C'est à cette époque que la santé générale, déjà plus ou moins menacée, s'ébranle tout à fait, et que s'accusent les premiers svmptômes d'une cachexie qui ira croissant de jour en jour.
Le mycosis ne marche point dans ses progrès d'un pas égal et régulier. La cause rnorbifique a parfois des temps d'arrêt, des intervalles de repos : les taches, les plaques indurées disparaissent, les tumeurs peuvent se résoudre, les ulcères se cicatriser, et une sorte de guérison s'établit pour un temps plus ou moins long, quelques mois, une auuée au plus. Puis tout recommence : de nouvelles excroissances se forment, de nouveaux ulcères se creusent, et la maladie reprend son cours jusqu'à la terminaison.
La durée du mycosis est toujours longue. Elle a varié, dans les cas observés, de trois à douze années, et même davantage. Les éi'uptions maculeuses et lichénoïdes auraient parfois précédé de plusieurs années l'apparition des tumeurs caractéristiques. Toutefois, dans l'état actuel de la question, aucun chiffre ne saurait être donné avec un caractère suffisant d'approximation, soit sur la durée totale de l'affection, soit sur la durée relative de ses diverses périodes.
La plupart des faits de mycosis se sont terminés par la mort. L'extrême gravité de cette affection ne saurait donc être mise en doute. Mais la guérison estelle possible ? Je puis aujourd'hui répondre par l'affirmative ; et comme dans une
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question de cette importance affirmer ne saurait suffire, je vais prouver. Ea 1866 entrait dans mon service à l 'hôpital Saint-Louis un malade atteint de mycosis fongoïde, Nicolas Herbette déjà cité plusieurs fois dans le cours de cet article : tumeurs énormes, agglomérées, ulcérées, occupant une grande partie de la région dorsale. Le début de la maladie remontait à 3 ans. Après deux mois de séjour dans nos salles, les tumeurs rétrocèdent et s'affaissent, et le malade sort à peu près complètement guéri. Un tel succès, et bien iiiespéré, ne m'inspira à ce moment qu'une très-médiocre confiance, et M. Guérard, qui rédigea l'observation, ne fut que l'interprète de mon sentiment lorsqu'il écrivit les lignes suivantes : « Mais cette guérison sera-t-elle durable? M. Bazin ne le pense pas, car l'expcrience lui a montré que dans ces cas la guérison n'étLiit qu'illusoire et temporaire. Le malade reviendra donc un jour sans doute eu proie à de nouveaux accidents, peut-être plus violents encore, et auxquels il finira par succomber. » Eb bien ! cette guérison devait être durable, elle ne devait point se démentir, car Nicolas Herbette existe encore, et jouit, malgré sou âge (74 ans), d'une excellente santé. Je tiens ces renseignements précieux de U. le docteur Ilecquet, qui m'avait adressé le malade en 1860, et qui depuis cette époque ne l'a jamais perdu de vue.
Amatomie pathologique du MYCOSIS FONGOÏDE. Dcpuis l'époque, déjà éloignée, où j'ai posé les bases de l'histoire clinique du mycosis fongoïde, depuis que j'ai fait revivre, en quelque sorte, cette individualité morbide étrange, l'attention s'est éveillée sur elle, et, dans ce temps où une si large part est faite à l'étude des tissus pathologiques, le mycosis est devenu à son tour l'objet de recherches micrographiques d'un très-grand intérêt.
Bien que ces travaux n'aient porté jusqu'à préseut que sur un nombre de faits encore trop restreint, et qu'il nous semble prudent peut-être, dans l'état actuel de nos connaissances, de faire quelques réserves sur les déductions nosologiques qu'on eu a tirées, l'importance des résultats obtenus ne saurait pourtant être contestée. Nous croyons même que Içs recherches entreprises en ce sens sont appelées à devenir le complément nécessaire de l'observation clinique. Nous rappellerons à ce propos que nous-mème, en 1865, nous avions déjà demandé au microscope des renseignements sur la structure intime des productions mycositiques, et qu'une note relative à ce point alors complètement nouveau d'l)islologie pathologique nous avait été remisL^ par M. Th. Damaschino. Cette note a été consignée par M. Guérard dans sa brochure sur le mycosis fongoi'de généralisé.
C'est en 1808 que les caractères histologiques des tumeurs cutanées du mycosis fongo'ide ont été pour la première fois déteiminés d'une manière précise par M. Ranvier, dans un cas relaté tout au long dans la thèse de M. Xav. Gillot. Ce cas ne devait pas rester longtemps isolé. En effet, pendant le cours des années 1871, 1872 et 1875, MM. Malassez et Debove eurent l'occasion de répéter le même examen sur trois nouveaux faits bien constatés de mycosis, et leurs conclusions se sont trouvées parfaitement conformes à celles de M. Ranvier.
Il résulte de ces recherches que les tumeurs du mycosis sont essentiellement constituées par la présence hétérotopique, au milieu des éléments du derme, d'un tissu de formation nouvelle, analogue à celui qui existe normalement dans la partie ganglionnaire du système lymphatique : c'est le tissu lymphatique, Ivmphoide, adéno'ide. Voici du reste comment s'exprime M. Ranvier, dans la note qu'il remit à M. Gillot relativement aux tumeurs de la femme Battet : « A l'aspect extérieur, les tumeurs étaient grisâtres, avec des points ou traînées rou-
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ges, les unes vasculaires, les autres apoplectiques; elles étaient molles, donnant à la pression et par le raclage un suc lactescent. Les cellules obtenues par le raclage sont entièrement semblables à celles qu'on trouve dans les ganglions lymphatiques irrités. Elles ont en moyenne de 0'"™,01 à 0"'™,012 de diamètre ; quelques-unes plus grandes contiennent plusieurs noyaux; elles sont formées par un protoplasma sans membrane enveloppante. A l'examen histologique, les papilles du derme sont élargies ; le tissu conjonctif qui le forme à l'état physiologique a fait place à un tissu qui, au premier abord, semble formé uniquement par des cellules, mais après durcissement dans l'alcool ou avec une faible solution d'acide chromique, oa reconnaît, au moyen du pinceau, que ces cellules occupent les mailles d'un réseau tibrillaire entièrement semblable à celui des organes lymphatiques. Il n'y a pas de démarcation entre la base des papilles et le tissu qui forme la tumeur : celui-ci est constitué de la même façon que le corps des papilles. C'est un tissu adénoïde ; seulement, en se développant, ce tissu n'a pas amené la destruction des faisceaux fibreux du derme, ni des fibres élastiques, ni des cellules adipeuses. Les différents éléments physiologiques du derme et du tissu cellulaire sous-cutané sont simplement écartés pour faire place au ti<su adénoïde. Ce tissu adénoïde ne diffère nullement de celui qu'on observe dans les tumeurs de la lymphadénie (leucocythéraie et adénie). Il est formé par un réticulum de fibrilles pâles, molles, de 1 à ô millièmes de millimètre de diamètre, anastomosées les unes avec les autres de telle sorte que, dans la plupart des points de joactiou, on n'observe pas d'épaississement ; mais dans quelques-uns de ces points de jonction, on rencontre des cellules étoilées dont les ramitlcations ne sont autres que les fibrilles. Des vaisseaux capillaires sillonnent le tisbu adénoïde dans diverses directions. Les mailles du stroma sont comblées par des cellules embryonnaires indépendantes les unes des autres, cellules lymphatiques. — Les ganglions ont exactement la structure qu'ils ont dans l'adénie. — Le foie est entièrement adipeux, et nongranulo-graisseux. » (Gillot, Thèse inaugurale, 1860, page 41).
Dans le cas de M. Landouzy, présenté à la Société anatomique eu octobre 187l', indépendamment des tumeurs cutanées au nombre de six que je reconnus moimême comme tumeurs mycositiqnes, il existait des lésions dans un certain nombre d'organes, dans le cerveau, au niveau de la scissure de Sylvius, au sommet du poumon droit, dans les ganglions bronchiijues gros, blancs et durs, dans les plaques de Peyer, qui étaient saillantes, dans les follicules clos de l'iléon et du 'Tros intestin, dans les ganglions raésentériques tuméfiés, et M. Malassez, qui avait examiné les pièces de concert avec M. Ranvier, déclara que dans toutes il avait trouvé les caractères du lymphadénome.
Enfin, dans l'observation publiée par M. Démange dans les Annales, de dermatologie 1874, et reproduite dans sa thèse inaugurale, l'examen histologique d'une tumeur fait au laboratoire du collège de France par M. Debove a donné le résultat suivant : « Au niveau de la tumeur, les faisceaux du tissu conjonctif du derme sont dissociés par un grand nombre de globules blancs ; en certains points ces globules forment des masses de grandeur variable ; en prati tuant des coupes fines et en chassant ces éléments avec le pinceau, on reconnaît qu'ils sont supportés par un réticulum lymphatique. »
En résumé, les tumeurs du mycosis fongoïde ne seraient donc autre chose que des lympliadénomes de la peau, et devraient être rattachées, comme telles au groupe déjà si vaste des néoplasies lymphatiques,
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S'appuyant. sur les données liistologiqiies que lui avait fournies la note si explicite de M. Ramier, M. Gillot s'ellorça de donner l'explication des principaux jihénomènes présentés par le mjcosis dans son évolution. Hyperémie de la peau, formation du tissu connectif réticulé et génération abondante de corpuscules lym|)liati({ues, telles seraient, selon lui, les trois phases du travail pathologique. La formation du tissu nouveau n'aurait lieu que progressivement ; elle s'accompagnerait à son début d'une hyperémie prononcée, et plus tard de troubles dans la sécrétion épidermique, d'où les premières éruptions congesfives et lichénoïdes; puis le tissu néoplasique se multipliant et jiroliférant de plus en plus produirait les excroiss:inccs caractéristiques du mycosis. M. Gillot se rend compte de la marche intermittente et des rétrocessions fréquentes de ces lésions par la nature même du tissu qui les forme : « L'analogie du tissu néoplasique avec le tissu lymphatique normal indique qu'il doit participer des propriétés de ce dernier, et comme lui être le siège de phénomènes actifs de nutrition et d'absorption. » 11 ex[ilique la disparition des tumeuis volumineuses sans trace permanente ni cicatrice à la peau par ce fait anatomiqne d'ailleurs bien constaté, que les éléments du derme sont siraplenient dissociés, écartés, mais nullement détruits par le tissu adénoïde.... Enfin, dit-il, si la prolifération du tissu et des cellules lymphatiques augmente, il arrive un moment où elles s'altèrent, se détruisent, et amènent ainsi l'ulcération, ulcération qui débutera foujonr.s par la partie centrale de la tumeur oii existent les éléments pathologiques les plus nombreux' et les plus anciens, et qui s'étendra régulièrement par un travail de destruction progressive, sans dépasser les limites occupées par le tissu adénoïde.
Toute cette physiologie pathologique du mycosis, bien qu'ingénieuse sans doute, e-t sur quelques points très-vraisemblable, ne saurait être acceptée comme définitive. Rien ne prouve, par exemple, que les premières éruptions mycositiqnes résultent, ainsi que les tumeurs, de la présence des néoplasies lymphatiques. En ce qui touche le développement du tissu adénoïde, est-il bien vrai, comme l'indique M. Gillot, que la formation du tissu connectif réticulé précède l'apparition des corpuscules lymphatiques ? Mais M. Démange dit avoir constaté l'ordre inverse, je veux dire la préexistence des globules blancs au réticulum. Je laisse aux micï'ographcs le soin de s'entendre sur ce point. Enfin, pour ce qui a trait au processus ulcératif, comment admettre avec M. Gillot qu'il débute toujours par la partie centrale de la ))roduction morbide, quand les ulcérations mycositiques ont précisément pour caractères les plus habituels de se limiter d'abord à la périphérie des tumears, et d"y rester parfois indéfiniment stationnaires? L'assertion que je combats ne s'applique évidemment qu'aux cas relativenient exceptionnels qui rentrent dans noire deuxième variété nlcérative : il se fait alors très-vraisemblableme.Tu, selon la remarque de M. Démange, des oblitérations de capillaires, d'oîi nécrobiose et dégénérescence granulo-graisseuse des éléments, et les voies de résorption étant obstruées, l'élimination du produit s'opère par ulcération et fonte de la tumeur.
Je termine ici ces considérations anatomo-pathologiques, beaucoup trop longues à mon gré, mais qui devaient trouver place dans un ouvrage destiné à représenter, pour le lecteur, l'état actuel delà science.
Étiologie du mycosis fongoIde. Le nombre de faits de mycosis observés jusqu'à ce jour est encore trop restceint pour qu'il soit possible d'en déduire des considérations étiologiques d'une véritable importance. Nous devons cependant
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relever ici les quelques reuseignements que ces faits contiennent, car c'cjI à l'aide de semblables matériaux que se construit la science.
Influences physiologiques, kncmx âge n'a été à l'abri du mycosis fongoïde. 11 a été rencontré sur deux enfants, dont l'un de sept mois seulement (observation de M. Laudouzy). La femme Mayeux avait vingt-buit ans lorsque parurent les premiers svmplômes de son mal. Tous les autres malades étaient arrivés à i'àge mùr, et quelques-uns presque à lu vieillesse.
Sur dix cas à notre connaissance, le sexe masculin en a donné sept, au\quel> il faut ajouter le fait de Lucas, relaté par Alibert. Les trois autres ont été observés sur des femmes. La fréquence relative dans les deux sexes serait donc, jusqu'à nouvel ordre, dans la proportion de 8 à 5.
La constitution des malades était généralement bonne, robuste même cbez quelques-uns. Le tempérament n'a pas été déterminé dans la plupart des observations, ce qui permet de supposer que rien de saillant n'a existé en ce sens.
Influences hygiéniques. Les renseignements sont nuls ou sans signitic:ition précise. On a signalé la misère, les privations, les fatigues, le cbangen)ent de milieu, les alfections morales, etc., mais toutes ces causes n'offrent rien qui soit spécial au mycosis, et se retrouvent également au début d'un grand nombre de maladies.
La condition de milieu mérite une mention particulière : aucun des malades atteints de mycosis n'avait babité ni même voyagé dans les pays chauds. >'ous aurons à rappeler ce fait important à propos du diagnostic, lorsqu'il s'agira de distinguer le mycosis du frambœ«ia, du pian, de l'yaws, de la verruga, maladies ((ui régnent d'une manière endémique dans les contrées équatoriales.
Influences héréditaires. L'hérédité n'a été constatée à aucun degré; toutes es obs-rvations s'accordent sur ce point. Les individus atteints de mycosis ont généralerncni déclaré d'une manière très-positive que rien de semblable ne s'était produit daus leur famille. Mais une question aussi grave et eu même temps si difficile ne saurait être jugée sur de simples allégations de maladei^, et nous pensons qu'il convient d'en ajourner la solution jusqu'à de plus amples renseignements.
Influences pathologiques. Le mycosis nous apparaît, dans tous les cas observés, comme une maladie primitive, indépendante, dépourvue de toutes relations morbides antérieures ou actuelles. C'est en général au milieu de toutes les apparences de la santé qu'il se manifeste à son début ; plusieurs observations marquent même expressément que les sujets atteints n'avaient jamais été malades. La femme Battet avait eu quelques affections scrofuleuses dans son enfance ; trois de ses frères et sœurs avaient succombé à des accidents du côté de la poitrine, probablement à la phtbisie pulmonaire ; mais ces maladies ne se rattachaient évidemment au mycosis par aucun lien de parenté ou de filiation. La certitude est plus grande encore, s'il est possible, à l'égard de la syphilis, car tout antécédent fait ici absolument défaut ; et nous pouvons en dire autant pour la goutte, le rhumatisme et les affections cancéreuses. La dartre elle-même (la chose vaut qu'on la remarque), la dartre est restée jusqu'ici absolument en dehors des faits de mycosis ibngoïde.
En résumé, l'étiologie du mycosis est encore enveloppée d'une grande obscurité. Nous ne possédons que des données incertaines, et le plus souvent néf>^atives, sur les conditions qui peuvent favoriser le développement de cette maladie, et la cause efficiente nous échappe, comme celle de toutes les diathèses.
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Reste lu question de la contagion. Or, le mycosis ne paraît pas susceptible de se traiisnicUrc aux personnes qui entoin-ent le malade et lui donnent des soins. Mais est-il inoculable, comme le pian ou l'yaws? On ne peut répondre négativement, puisque personne, que je sache, n'a tenté d'inoculer ou de s'inoculer cette horrible maladie.
Nature et classemeint du mycosis. Le titre de ce paragraphe semble comprendre deux choses distinctes et n'en comprend qu'une seule cependant, car, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, toute question de nature se réduit, aujourd'hui, à une question de classement.
Le mycosis est à la fois une affeciion de la peau et une maladie. Coufjidéré comme affection cutanée, il a sa place naturelle dans les tumeurs de la peau ; considéré comme maladie, doit-il être rangé parmi les diathcses ou parmi les cachexies?
La classification des tumeurs en général, et celle des tumeurs de la peau en particulier, est une question fort difficile, et qui, dans ces dernières années surtout, a fixé d'une manière particulière l'attention des pathologistes. — Fondée d'abord sur les caractèies extérieurs des tumeurs, sur les apparences physiques, cette première et grossière classification a été bientôt remplacée par un classement établi d'après l'examen anatomique des tumeurs, fait à l'œil nu d'abord, puis à l'œil armé du microscope. C'est à la classification histologique qu'on donne aujourd'hui la préférence. Mais l'histologie a-t-elle atteint un degré de certitude tel qu'en se laissant guider par elle on ne soit plus exposé à commettre d'erreur? .le ne le pense pas.
Quoi qu'il en soit, où placer le mycosis considéré seulement comme tumeur de la peau?
Lorsque j'observai pour la première fois cette curieuse dermatose, et qu'il me fallut lui marquer une place dans ma classification dermatologique, les données histologiques me faisant défaut, et, d'autre part, me fondant sur les caractères les plus marqués des excroissances du mycosis fongoïde, sur leur coloration ordinairement rouge, sur leur richesse vasculaire apparente, sur la fréquence des héuiorrhagies dont elles sont le siège, je fus conduit à penser que ces tumeurs étaient surtout constituées par la prédominance du tissu vasculaire sanguin, et je les rapprochai du fongus hématode, du fougus acnéique, des tumeurs érectiles. Mais le mot fongus est un terme vague qui a été appliqué à des tumeurs de structure anatomique fort différente : avec les progrès de l'histologie ce mot devait disparaître; peut-il être avantageusement remplacé par celui de iymphadénome? Ainsi que nous venons de le voir, MM. Gillot, Démange, Malassez, Debove, ne sauraient en douter. Nous n'aurions, quant à nous, aucune objection à faire à celte manière de voir et ne demanderions pas mieux d'en admettre la haute importance en séméiotique ou en nosologie, mais à la condition que le stroma réticulé, trouvé dans une tumeur quelconque de la peau, la caractérisât et servît toujours à la faire recoimaître comme affection propre, c'est-à-dire putliognoinonique de la maladie elle-même. Mais, qui pourrait affirmer que le microscope ne laissera jamais découvrir un tissu conjonctif réticulé dans certaines tumeurs mixtes du tégument externe? Fœrster n'a-t-il pas cru en avoir démontré la présence dans les produits de l'éléphantiasis des Grecs et même dans les granulations tuberculeuses? fait, il est vrai, contre lequel se sont inscrits en faux MM. Ranvier et Z tmbhn. Si donc le lymphadénome cutané devait être considéré comme nue affection géiiéri jue de la peau, il en serait du lymphadénome
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comme du sarcome, tumeur essentiellement générique, puisqu'on la lencontre dans beaucoup de maladies fort différentes comme la lè[ire, la verruga, le fiambœsia, la diathèse cancéreuse, etc., sans qu'on puisse reconnaître les caractères spéciaux des variétés qui correspondent à chacune de ces maladies. Il faut avouer dès lors que nous n'aurions pas gagné grand'chose à substituer le mot lympliadénome au mol fongus.
Voyons maintenant à quelle classe de maladies doit appartenir le mycosis fongoïde.
Le mycosis fongoïde, d'après la définition que nous venons d'en doiuiei', est une maladie chronique, à marche continue, et caractérisée dans la période d'état par des tumeurs spéciales de la peau : il doit entrer, à titre d'unité ou d'espèce morbide, dans l'une des trois grande? classes que nous avons admises pour les maladies chroniques, à savoir :
I " Les maladies constitutionnelles, caractérisées par !a multiplicité des produits morbides, et par le siège de leurs affections spéciales dans différents systèmes de l'organisme ;
2" Les diathèses, caractérisées par un seul produit morbide qui peut siéger dans tous les systèmes anatomiques indistinctement ;
5° Les cachexies, qui se rapprochent des maladies constitutionnelles par la mulliplicilé de leurs affections, s'en éloigneiit par l'irrégularité de leur marche et la continuité des accidents, se rapprochent des diathèses par leur marche continue et s'en éloignent par la multijilicité de leurs produits. — La syphilis est un type des maladies constitutionnelles, la tuberculose le type des diathèses, j'éléphantiasis des Grecs le type des cachexies.
Le mycosis a une marche continue, et ne saurait faire partie des maladies constitutionnelles. Restent les diathèses et les cachexies. Dans mes leçons cliniques, publiées en 1862 par le docteur Gucrard, regardant, pour les raisons énumérées plus haut, la tumeur mycositique comme un fongus cutané, produit spéciid et caractéristique de la maladie, il me paraissait fort naturel d'admettre une diathèse fongoïdique et d'y faire rentrer le mycosis fongoïde.
Plus tard, après avoir observé cinq ou six malades atteints de cette crmlle maladie, je trouvai entre elle et la lèpre quelques traits de ressemblance assez l'rappanis pour me faire changer d"opinion sur la place qu'elle devait occuper dans les cadres nosologiques : l'anesthésie cutanée constatée dans les deux maladies, bien que plus prononcée dans la lèpre, les macules du début qui, dans le mycosis j'ongo'ide, offrent beaucoup d'analogie avec celles de la lèpre rouge de Gayenne, la ressemblance des ulcères, fongueux et végétants aussi bien dans le mycosis que dans la lèpre, la marche fatale des deux maladies, l'insuccès du traitement et jusqu'à l'histologie qui, encore au berceau, ne révélait que des cytohlastions comme l'élément le (dus important de la composition des tubercules de la lèpre et des tumeurs mycositiques, — toutes ces considérations nous portèrent à rapprocher le mycosis de la lèpre et à l'appeler lèpre indigène, sans toutefois renoncer à le reconnaître comme une espèce morbide à part. En conséquence, nous en fîmes une cachexie particulière, et le plaçâmes à côté de l'éléphantiasis. Mais, depuis cette époque, des faits nouveaux, et les analyses histologiques de MM. Ranvier et Gillot, m'ont fait revenir à ma première opinion.
En voici la raison :
Les macules, les plaques de lichen, les tumeurs, ne sont pas trois phases d'évolution nécessaires du même produit morbide, puisque les deux premières ont
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manqué dans plusieurs cas de rnycosis, entre autres cliez le malade dont l'observaliou a été recueillie, et l'artectioii analysée par M. Debove. Disons en passant qu'il sulïirait de ces faits nouveaux pour infumer l'opinion de M. Hardy, qui considère le rnycosis, improprement appelé lichen liypertropliique, comme une transl'ormation de la dartre.
D'un autre côté, dans les faits que nous venons de mentionner, les autopsies, tuiles avec le plus grand soin, ont décelé des productions analogues à celles de la peau dans les ganglions lymphatiques, dans la rate, le foie et même dans le cerveau.
En résumé, nous admettons, tout en faisant des réserves, que le mycosis fongoïde est, comme tumeur, comme affection locale, nn lymphadénome cutané, produit spécial que l'on rencontre dans divers systèmes de l'économie, et qui est l'expression d'une diatlièse, appelée par Trousseau, M.V. Gillot et Démange, diatlièse lymphitique, et que, pour éviter toute confusion, nous proposons d'appeler diath èse lymphadén iq ue.
Diagnostic du mycosis. Les manifestations cutanées que je viens d'étudier sous le nom de mycosis ne présentent que des analogies fort éloignées avec la plupart des affections communes on spéciales qui peuvent atteindre Ja membrane tégumentaire. Et cette proposition doit s'entendre, non-seulement des tumeurs caractéristiques qui constituent le mycosis fongoïde proprement dit. mais aussi des éruptions maculeuses et lichénoïdes qui préludent à son apparition. U me paraîtrait donc inutile d'insister longuement ici sur des questions de diagnostic en quelque sorte résolues d'avance, si plusieurs de ces questions ne renfermaient en même temps un intérêt doctrinal d'une haute importance. Est-ce à dire cependant qu'il soit toujours facile de reconnaître le mycosis? qu'on ne puisse hésiter, par exemple, sur la nature des taches congestives ou même des plaques lichénoïdes? assurément non. Mais nous croyons qu'il existe pour ces éruptions un certain nombre de caractères qui leur donnent une physionomie propre, et que, si l'erreur est possible ou même facile, elle ne saurait se prolonger longtemps. Ces caractères se tirent principalement de leur forme spéciale, de leur tendance à se généraliser à la manière des pseudo-exanthèmes, de leur coloratioii rouge sombre, de l'état de sécheresse de leur surface, de leur marche irrégulière, parfois intermittente, en réalité toujours progressive, des moditjo;)tion.« qu'elles déterminent dans la sensibilité de la peau.
En décrivant les taches congestives initiales, j'ai parlé de leur analogie avec celles de l'urticaire; mais cette analogie est bien plus apparente que réelle. Leur évolution est plus lente, leur existence moins éphémère; elles ne forment point de saillie appréciable; leur coloration est très-rouge, bien différente par conséquent de la teinte rosée, marquée de blanc, des papules ortiées. Knlîn, le prurit n'est jamais aussi franc que dans l'urticaire, et .s'accompagne presque toujours de cuisson et de picotements.
Dans le pityriasis rubra généralisé, la desquamation est plus prononcée, le prurit plus accentué, et la teinte n'offre pas ce caractère particulier que j'ai souvent rencontré au début du mycosis, et qui m'a permis de le diagnostiquer dès sou apparition : je veux parler de cette coloration rouge toute spéciale et qui semble comme une couche de peinture au minium qu'on aurait appliquée sur la peau.
On sait que le mycosis a été d'abord regardé comme une dermatose véroleuse. Dans cette opinion, qui du reste n'a point survécu à Alibert, son auteur.
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les taches congestives figureraient assez bien la roséole spécifique; mais c'est là le seul rapprochement qu'on eu puisse faire, et je passe sur ce point de dn-
gnostic
Plus tard, lorsque les éruptions ont acquis de la fixité, lorsqu'elles se sont compliquées de lésions artificielles, papuleuses ou vésiculeuses, lorsqu'elles tendent à subir la transformation lichénoïde, il devient possible de les confondre momentanément, soit avec de l'eczéma, soit avec du lichen. Cette confusion a même été érigée en principe par M. Hardy, qui ne consent à voir dans le mycosis qu'un lichen <!égénéré, ou, en d'antres termes, un eczéma, puisque ces deux alfections n'en forment en réalité qu'une seule à ses yeux. Laissant de côté pour le moment la question du lichen, qui reviendra plus loin, examinons ce qu'il peut y avoir de commun entre les premières éruptions du mycosis et l'eczéma, le problème est simple, car il se réduit à ceci : cxiste-t-il, d'une manière constante, pour ces éruptions, une production vésiculeuse que l'on puisse comparer à celle de l'eczéma? Sans aucun doute, si ce phénomène existe, s'il scst en effet reproduit, pendant des mois, au début de chacune des poussées éruptives que nous avons décrites sous le nom tie taches congestives, il est impossible qu'il ait complètement échappé à l'attention des observateurs. Or, personne n'a, que je saclie, rien signalé de semblable, et s'il est au contraire un point qui demeure incontesté, c'est le caractère purement érythénjateux des éruptions dont il s'ugit. Nous pourrions nous en tenir à cette preuve, qui nous parait décisive; mais supposons, contre toute vraisemblance, que la vésicule n'ait point été aperçue, il est d'autres signes propres à nous révéler la présence de i eczéma, le suintement, l'état pointillé de la surface, la formation de croûtes molles d'abord, sèches ensuite, etc. Il suffit, comme on voit, d'énumérer ces signes pour juger la question. Enfin, une dernière hypothèse serait la suivante : n'aurious-nous pas affaire à une forme particulière d'eczéma, et pour préciser davantage, à ce que l'on a appelé un eczéma fendillé? Mais alors même, comme je l'ai dit ailleurs, il est toujours possible de constater à un moment donné la production de vésicules; et, du reste, eu admettant cet eczéma fendillé tel qu'il a été décrit, comment l'assimiler aux taches rouges, sèches, pseudo-exauthématiques qui marquent le premier stade de l'évolution mycositique? — Je reviens donc au seul cas oii une telle confusion semble possible, c'est celui où les plaques congestives, sous l'influence d'irritations extérieures, se sout^ compliquées de lésions artificielles, le plus souvent vésiculeuses, c'est-à-dire d'un eczéma véritable. Mais le caractère local et passager de ces lésions, leur cause ordinairement facile à saisir, la présence sur d'autres jioints de taches érythémateuses pures, établiront suffisamment le diagnostic.
Les plaques lichénoides présentent, ainsi que leur nom l'indique, les traits cai'actéristiques dn lichen : épaississement et induration de la peau, surfaCje rugueuse et sèche, démangeaisons vives. 11 ne faudrait cependant pas pousser ce rapprochement trop loin et en inférer, par exemple, qu'une espèce nouvelle pourrait être ajoutée au genre lichen. Rien ne serait moins légitime qu'une semblable conclusion. En effet, quelle que soit l'analogie des caractères précités, nous ne pouvons voir dans ces plaques du mycosis qu'une affection propre empruntant, il est vrai, la forme clinique et, si l'on peut ainsi dire, le masque du lichen, mais qu'on ne saurait en aucune façon confondre avec lui. Il importe donc de distinguer avec soin ce pseudo-lichen du lichen véritable. Une différence essentielle nous est d'abord fournie par la lésion élémentaire, qui est i'ranche-
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nient papuleuse dans celui-ci, tandis qu'on ne liouve dans celui-là, à son début comme à son déclin, qu'mie sorte d'induration avec boursouflement du derme. \in second lieu, la plaque indurée du mycosis forme une saillie plus considérable au-dessus du niveau de la peau; sa surface est inégale, mamelonnée, fongueuse et presque végétante; elle offre, d'une manière permanente, une coloration (l'un rouge foncé qui ne s'observe jamais à ce degré dans le licben, même dans son état d'acuité. Enfin, la marche particulière de l'éruption pseudo-lichénoïde, ses irrégularités, ses intermittences, son caractère extensif, l'existence simultanée de taches congestives ou l'apparition de tumeurs fon^oïdes la distinguei aient au besoin de toutes les espèces et variétés comprises dans le genre lichen.
Les considérations qui précèdent me dispensent d'insister sur l'opinion qui consiste à ne voir dans les tumeurs du mycosis qu'une transformation de la dartre, un lichen hypertrophique. Si les taches congestives n'ont rien de commun avec l'eczéma, si les plaques lichénoïdcs ne sont qu'un pseudo-lichen, une telle opinion se trouve évidemment ruinée par sa base. Ajoutons ce fait décisif, di'jà signalé plus haut, l'absence possible et constatée deux fois des deux premières périodes, et cet autre fait corrélatif, l'apparition fréquente des tumeurs sur des parties de la peau restées normales. Comment concevoir d'ailleurs, comme l'écrivait déjà eu I8G5 M. Guérard, dans la brochure où il exposait mes idées sur le sujet, comment concevoir qu'une simple hypertrophie papillairedu derme, c'està-dire l'accroissement en nombre de quelques-uns de ses éléments, sans altéjation réelle de la structure, puisse donner lieu à des tumeurs aussi spéciales par leurs caractères que celles du mycosis, tumeurs plus ou moins insensibles, s'ulcérant sur un point, rétrocédant sur un autre, etc., et s'accompagnant de tous les phénomènes qui forment le cortège des maladies les plus graves ! Or, celte altération de structure, soupçonnée par moi en 1865, a été confirmée parles résultats les plus récents de l'analyse histologique, et l'argument retombe ainsi de toute sa force sur l'hypothèse que je combats.
Les tumeurs du mycosis fongoïde, selon leur volume, leur aspect, l'état de leur surface, etc., peuvent être confondues avec un certain nombre de tumeurs cutanées.
Parmi ces tumeurs, nous trouvons d'abord le molluscum. Encore faut-il s'entendre sur ce terme, qui a été appliqué à des affections très-différentes. Je me suis expliqué à cet égard dans l'historique du mycosis ; j'ai montré que des deux variétés admises par Bateman, Tune, le molluscum simplex, n'était qu'une simple difformité de la peau, un lipome ou un fibrome cutanés, et que l'autre, le molluscum cuntagiosum, représentait notre acné varioliforme. On pourrait également reconnaît! e, dans les descriptions qui ont été données du molluscum, bien d'autres étals morbides, parmi lesquels figurerait notre mycosis fongoïde. Les écrits les plus récents portent encore la trace de cette regrettable confusion. Or, on imagine difficilement les rapports qui ont pu servir à rassembler des éléments aussi disparates sous une commune dénomination (voy. Acné, Molluscum).
Les productions du mycosis diffèrent trop complètement des manifestations de la syphilis et de la scrofule pour qu'il soit nécessaire d'en marquer ici la séparation. Indépendamment des caractères objectifs fournis par les affections ellesmêmes, on a toujours pour s'éclairer les signes tirés de la constitution, du commémoratif, de la succession des phénomènes, de la marche continue dans le mycosis, intermittente et à longues périodes dans les deux maladies constitu-
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tioniielles, el ces signes ne sauraient dans ancun cas laisser le diagnostic en suspens. Nous écarterons de même, et à plus forte raison, toute idée d'arthritis, car rien, dans cette maladie, ne nous rappelle l'oljet de notre étude.
Mais il n'en est pas tout à fait de même d'une autre maladie avec Liquolle le niycosis fongoïde offre certainement quelques traits de ressemblance, je veux parler de la lèpre tuberculeuse ou élépbaiitiasis des Grecs. J'ai rapidement esquissé ces traits en discutant la nature du mycosis, et j'ai donné en même temps les raisons qui me portent aujourd'hui à le séparer d'une manière absolue de la lèpre orientale. Toutefois, à ne considérer que certains symptômes, l'analogie entre le mycosis et la lèpre peut devenir quelquefois as-ez marquée pour donner lieu à des erreurs de diagnostic ; témoin le fait, cité par M. Guérard, d'un médecin distingué et fort instruit en dermatologie, lequel, suivant un jour notre visite à Tliôpital Saint-Louis, n'iiésita pas à reconnaître une lèpre tuberculeuse sur une malade atteinte d'un rnyrosis à sa troisième période. 11 n'est donc pas iautile de rappeler en quelques mots les différences qui peuvent servir à distinguer ces deux maladies. Je ne cbercberai du reste ces différences que dans les phénomènes téguraenfaires, qui constituent presque tout le mycosis, taudis que la lèpre porte rapidement ses ravages sur un grand nombre d'organes. Or, les symptômes c\Uanés eux-mêm.es, les seuls qvii soient réellement comparables, n'offrent quelque similitude (ju'à mi examen superficiel. Il y a bien, de part et d'autre, des affections maculeuscs, tuberculeuses, ulcéieuses ; mais la macule, dans la lèpre, est ordinairement jaunâtre, ou d'une teinte fauve, cuivrée ; les tubercules sont petits, d'un gris sale, très-multipliés, comme encbcàssés d.ins la pe.iu ; les ulcères lépreux sont atoiiiques, blafinds, recouverts de croùtrs noirâtres. Le stéatome éléphantiasique ne ressemble lui-même que de loin aux tumeurs fongoïdiques : il n'en a ni la coloration rouge, ni la consistance Jérme ; il est irrégulier de forme, diffus, mal limité, comme pâteux et pour ainsi dire noyé au milieu de l'infiltration des tissus qui l'environnent. La lèpre a de plus des léproïdes squameuses, impétigineuses, huileuses ; elle a enfin et surtout ce phénomène capital, l'anesthésie, phénomèue non plus incertain, parfois contestable, borné à ijuelques tumeurs, comme il arrive dans le mycosis, mais positif, incontestable, facile à saisir, car il peut se manifester à la fois sur les macules, sur les tubercules, sur les ulcères, et même sur des parties de la peau exemptes de toute lésion appréciable.
A une période avancée du mycosis, l'aspect de certaines lumeuis ulcérées, l'engorgement des ganglions, l'état cachectique du malade, pourraient faire naître l'idée d'une affeciion cancéreuse. Mais le cancer de la peau atteint rarement un tel degré de généralisation. Ou ne trouve, à aucune époque de sa durée, ni taches congestives, ni plaques lichénoïdes, 11 s'accompagne de douleui's sj ontauées vives, parfois atroces. Les tumeurs qu'il détermine n'ont qu'une terminaison possible, l'ulcération; mais jamais on ne les ^oit disparaître et rétrocéder à la manière des productions mycositiques. L'ulcère cancéreux a des caiactères particuliers, sui generis : bords épais, durs, escarpés, hérissés de bourgeons exubérants, lond inégal, anfractueux, etc. Enfin, un caractère très-important se tire de l'influence exercée sur la santé générale, influence incomparablement plus rapide et plus funeste dans l'affection cancéreuse que dans le mycosis fongoïde. — Le diagnostic différentiel du mycosis et du cancroïde généralisé de la jjeau serait basé sur des considérations analogues.
Il me reste à placer en regard du mycosis fongoïde quelques états morbides plus
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ou moins analogues, cl ypa leur composition hislologiquc aujouvd'lnii bien connue a lait lanycr dans la faiiiillc dos sarcomes : tel est le frambœsia, désigné encore, selon les lieux où on l'observe, sous les noms de plan, d'yaius ; telle est la verruga, sorte de pian endémique dans les vallées des Andes péruviennes; tels sont enfin certains faits de sarcomes de la peau observés récemment, et dont M. Démange rapporte dans sa thèse un remarcjuable exemple.
Comparons d'abord, dans leurs traits essentiels, d'une part le frambœsia sous ses trois formes, ]nan, yaws et verruga, et d'autre part le mycosis fongoïde.
Une première diflerence se déduit natu-rellenient des conditions climatériques dans lesquelles ces maladies se produisent. Le frambœsia existe à peu près exclusivement dans les régions intertropicaies, entre 17 et 20 degrés de latitude nord ou sud : en Guinée, aux Indes occidentales, particulièrement à la Jamaïque et à Saint-Domingue, dans les Andes péruviennes. Le mycosis peut-il se produire sous de semblables latitudes? Je l'ignore. Mais ce qui est trop certaii), c'est qu'il s'accommode parfaitement de nos climats tempérés.
Le frambœsia débute ordinairement par des tacbcs circulaires, très-petites, jaunâtres ou blanchâtres, bien distinctes sur la peau du nègre ; mais ces taclies ne constituent point, à proprement parler, une éruption spi'ciale, indépendadle; elles sont presque immédiatement suivies de l'apparition des tubercules. Rien d'ailleurs qui rappelle les plaques licbénoïiles.
Les tubercules pianiques ne présentent (pie des rapports éloignés avec les excroissances du mycosis. Ils l'estent généralement dans de plus petites dimensions. Leur coloration est d'un gris ardoisé chez le nègre, d'un rouge clair chez le blanc. Ils alfeclent la forme d'une saillie fendillée, inégale, papiUaire, comparable à une framboise {pian} ou à une mûre {yaws). Cette saillie peut être sessjle ou pédiculée, parfois cylindrique, conique même, comme on l'observe dans la verruga.
Les yaws offrent fréquenunent une disposition toute spéciale, caractéristique: il arrive que l'un d'eux prend des proportions prédominantes, et apparaît entouré de tubercules plus petits qui semblent s'être détachés de sa base : c'e^t ce qu'on a appelé maître Pian, mère des pians, raama-pian.
La terminaison peut avoir lieu, dans le frambœsia comme dans le mycosis, par résorption simple ou par ulcération. Mais la résorption simple ne prtud ,jan)ais, dans les pians ou les yaws, cette allure rapide que nous lui avons trouvée dans le mycosis. L'ulcération y est plus bàtive, et met à nu une substance jaune, spongieuse, d'où s'écoule un liquide épais et félide. Le docteur Imray, de Saiiil- Doniingue, compare alors le yaîvs à une mèche de coton grossier, qu'on aurait trempée dans un fluide jaunâtre et fichée dans la peau. Le travail de destruction s'étejid fréquemment aux tissus sous-cutanés, fait exceptionnel dans le mycosis fongoïde.
Le siège est différent. Le frambœsia se i-encontre surtout à la face, au voisinage des orifices naturels, à la nuque, aux membres, aux parties génitales, au périnée, à l'anus qu'il entoure quelquefois d'un cercle de tubercules. Il peut également se manifester sur les muqueuses extérieures, qui paraissent à l'abri du mycosis; par contre on le voit rarement sur le tronc, sur le cuir chevelu, lieux de prédilection de cette dernière maladie.
Le développement du frambœsia est beaucoup plus rapide que celui du mycosis: et cette proposition est surtout vraie à l'égard de la verruga, qui en constitue la forme la plus active. La durée du pian varie de quelques mois à un
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an ou deux au plus, tandis que celle du mycosis peut se prolonger pendant douze ans.
La contagiosité du frambœsia est admise par tous les auteurs qui ont [i\i l'observer sur les lieux où il est endémique ; les docteurs Imray et Uowerbank sont arrivés, à cet égard, à la même conclusion. Mais i\ ne semble pas certain que les individus guéris d'une première attaque soient indéfiniment préservés d'altaques ultérieures. Pour ce qui concerne le mycosis, nous ne connaissons aucun fait qui permette de supposera possibilité de sa transmission par voie do contagion, bien que d'ailleurs aucune expérience directe n'ait été jusqu'ici tentée en ce sens.
Le frambœsia est une affection sérieuse, mais curable, et, par conséquent, bien différente à ce point de vue du mycosis fongoïde, dont la terminaison habituelle est la mort.
Enfin, l'étude histologique vient ajouter un dernier trait à ce taljleau comparatif, eu montrant dans le frambœsia les éléments du sarcome, et dans le mycosis ceux du lymphadénome.
Je termine par quelques mots sur le fait de sarcomes multiples de la peau relaté dans la thèse de M. Démange : sarcomes simulant, dit l'auteur, un mycosis fongoïde. Or, de la lecture de cette observation, il résulte pour moi que raflection dont il s'agit pourrait être assimilée plus justement encore au pian ou frambœsia. On y trouve, il est vrai, une éruption constituée à la fois par dcb taches rouges, vineuses, et par des boutons tuberculeux : mais cette éruption datait de six mois seulement; elle était limitée à peu près exclusivement aux membres supérieurs et inférieurs; les taches n'avaient aucune tendance à se généraliser; elles ne rappelaient d'ailleurs que vaguement les plaques lichénoides. (Juaut aux tubercules, ils débutaient par des points noirs acuminés, de la forme d'un grain de milJet, et les plus volumineux n'ont pas dépassé les dimensions dune noisette; ils étaient pédicules; il y eu avait un à la partie postérieure de la cuisse droite, un autre dans le dos, d'autres à la plante des pieds, tous de même forme et sensiblement de même volume. On trouva aussi sur le jjland des saillies mamelonnées, semblables à celles de la peau. Ces tumeurs ne rétrocédaient point; tontes se sont terminées par ulcération ou gangrène. Enfin, l'examen histologique pratiqué par M. Ranvier démontra leur nature sarcomateuse.
Tel est ce fait, bien différent, comme on voit, par tous ses caractères, du mycosis fongoïde.
Pkonostic du siîcosis FONGOÏDE. Sur onze faits de mycosis que la science possède, je ne connais qu'un cas de guérison bien authentique, celui de A'icolas Herbette; tous les autres se sont terminés par la mort, ou ont été perdus de vue dans des conditions qui pouvaient faire présager cette funeste terminaison. Un semblable résultat peut se passer de commentaires. Le praticien se souviendra pourtant que le mycosis est susceptible de guérir, et cette espérance laissée à ses efforts le soutiendra au milieu des incertitudes de la thérapeutique.
Certaines circonstances seront prises en considération. On tiendra compte de la période de la maladie, de l'étendue des lésions, de leur intensité, de la fréquence des poussées éruptives, du volume des tumeurs, de leur nombre, de leur tendance à s'ulcérer, etc. La localisation du mycosis à une région unique, même très-étendue, comporte un pronostic moins sérieux que son état de généralisation. J'ai cru remarquer aussi que la forme ulcérative caractérisée par la fonte en masse des tumeurs n'était pas sans rapport avec la gravité de la maladie. Mais la donnée sans contredit la plus importante, celle dont il faut avant tout
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s'jaquiéter, c'est celle que l'on tire de l'influence exercée sur l'économie tout entière; et l'on peut dire que le danger ne commence véritablement qu'avec l'apparition des symptômes généraux.
Traitement du mycosis. Sur onze malades atteints de myrosis, dont sept ont été soignés par nous, dix ont succombé; un seul, le nommé Herbette d'Abbeville, est guéri. De nos sept malades, six ont été traités à l'hôpital; un seul, le nommé Poirier, du Mans, s'est fait soigner chez lui.
Sur les six malades qui ont succombé, j'ai tour à tour employé le mercure, l'arsenic, les alcalins, les sulfureux. Poirier est allé deux ou trois années de suite aux eaux thermales, notamment à Schinznach. Toutes ces médications n'ont exercé aucune influence sur la marche de la maladie. Si l'emploi du mercure a été quelquefois suivi d'une certaine amélioration, et en particulier de l'affaissement et même de la disparition de certaines tumeurs, on ne saurait en faire honneur au mercure, puisque ces mêmes effets se sont produits dans les cas où la maladie a été abandonnée à sa marche naturelle ou traitée par d'autres agents.
Chez Herbette, je serais assez disposé à admettre, comme principale influence sur la terminaison heureuse de la maladie, l'apparition de l'érysipèle. C'est un de ces moyens qu'emploie parfois la miture, plus puissante que l'art, pour se débarrasser d'un mal qui fait le désespoir du malade et du médecin.
A défaut de spécifique, les toniques seront mis en usage, le quinquina, le vin de coca du Pérou, le colombo, les piéparations ferrugineuses, etc. Alibert attachait un grand prix aux sudorifi([ues exotiques, la salsepareille et le gaïac. Ce serait le cas d'essayer le sudorifique par excellence, aujourd'hui si vanté, le jaboraudi du Brésil.
Contre les éruptions cutanées, nous avons employé au début les bains sulfureux et alcalins, les bains de sublimé, les bains additionnés de sel de Pennes. Les bains et fumigations térébenthines pourraient peut-être procurer quelque avantage.
Si les tumeurs sont ulcérées, les pansements doivent se faire deux fois par jour. On lotionne les ulcères avec le coaltar saponiné ou l'acide phénique étendus d'eau, la solution de chlorure de sodium, le vin aromatique, l'alcool, l'eau de chaux, etc. C'est le coaltar saponiné étendu de quatre ou cinq fois son poids d'eau qui nous a le mieux réussi dans le pansement des parties putréfiées ou gain: renées.
Les soins hygiéniques ne sont pas à négliger. Ou recommandera donc au malade la propreté, l'usage des bains et les lavages à l'eau simple ou additionnée de quelques gouttes de vinaigre de toiletto, une nourriture suffisamment réparatrice, composée plus particulièrement de viandes rôties ou grillées. La maladie débutant toujours par la peau, il importe de proscrire les aliments qui ont une aiiion pathogénétique évidente sur le tégument externe, comme le poisson de mer, les coquillages, les salaisons, les boissons spiritueuses.
Enfin, le mycosis étant survenu quelquefois à la suite de tourments, de chagrins, il importe également de recommander aux malades la distraction, le? voyages, en un mot tout ce qui peut éloigner d'eux les souffrances morales. C'est surtout dans ces cas qu'il serait bon de conseiller une saison à des eaux thermales très-reconstitnantes, telles que Luxeuil, Salies de Béarn, Kreuznach, Nauheim, Saxon, etc.
La connaissance du rapport qui existe entre la leucémie et l'adénie d'une part, et le mycosis d'autre part, conduisait naturellement à mettre en oeuvre
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contre ce dernier les méthodes de traitement qui auraient paru plu;; ou moins efficaces contre les autres manifestations de la diallièse lympliadénique. Malheureusement cette vue thérapeutique, d'ailleurs très-rationnelle, est restée jusqu'à présent stérile, car nous ne sommes ni moins désarmés ni moins impuissants contre la leucémie et l'adénie que contre le mycosis fongoide.
Bazln.
Bibliographie. — AiiBEnT. Clinique de Vhôpilal Saint-Louis, ou Traité complet des maladies de la peau. gc. in-fùl. Paris, 18ôô. — Bazin. Leçons théoriques et cliniques sur les affect. cutanées artificielles, la lèpre, les diattièses, etc. Paris, 186i. — IIaudï. Leç. sur les affections cutanées dartrciises, p. 88, ISC^. — Guérard. Du mycosis fongoide généralisé, des rapports qu'offre cette affection avec l'éléplinntiasis des Grecs. Clinique de M. Bazin à l hôpital Saint-Louis. Paris, 1865. — Gillot ^Xav.l. Etude sur une affection de la peau, décrite sous le nom de mycosis fongoide. Thèse de Paris,' 1868. — L^-^doi-zï. Communication à la Soc. anatom., 1871. — ûebove. Soc. anat., J87'.i. — ûema.nge. Étude sur la lytnp/iadénie, ses diverses formes, etc. Tiièse de Paris, 1874. — Douson. Élude sur ta verriiga. Thèse de Paris, IS'tL — Tilbirï Foï. Skin Diseases, tljird édition. London, 1875. — Gokml et Ranvier. Manuel d' histologie pathologique. Paris, 1869, 1" partie, p. '251. — Indépendamment des travaux énuraérés ci-dessus, qui constituent en quelque sorte le fonds bibliograpiiique du mycosis iongoïde, on pourra consulter un grand nombre d'ouvrages dans lesquels cette alfection se trouve gi'néralemenl décrite ou plutôt simplement désignée sous le nom de molluscum. Tels sont presque tous les traités de pathologie de la peau, parus depuis quarante ans. Enfin, on lira, dans ce dictionnaire même, l'ariicle de M. Potai.n sur la patliologie du système lymphatique, et celui de M. Michel sur le molluscum. B.
mi'DRI.^SE {Mydriasis), de à'j.v§ph;, obscur. On appelle ainsi : La dilatation anormale de la pupille avec persistance de l immohilité de l'iris.
L'énoncé d'un symptôme aussi facile à constater par les personnes mêmes les plus étrangères à la science, dispense de toute autre description.
Mais il n'en est pas de même de son mécanisme et de sa signification ; celle-ci exige, au contraire, certains développements.
Les mouvements de l'iris ne sont point volontaires, ni directs : ils sont ou l'effet d'une action réfle.ve proprement dite (de la sensibihté sur le mouvementj, ou le résultat d'une synergie musculaire.
Le mode réflexe se reconnaît dans l'effet produit sur le degré de l'ouverture pupillaire [lar l'abord soit subit, soit en excès de la lumière dans l'œil ; en ce cas, la réaction s'opère de la sensibilité spéciale de la rétine sur les nerfs moteurs.
Au même ordre de faits appartient la contraction pupillaire qui suit toute excitation périphérique portée sur les tuniques extérieures du globe.
On a, au contraire, un exem[)le de l'effet synergique musculaire dans le rétrécissement pupillaire qui s'observe d'un côté, quand on fait tomber brusquement un faisceau de lumière sur l'autre œil; de même, dans la contraction pupillaire qui accompagtie les efforts accommodatifs ou le mouviment de convergence des axes optiques.
De ces deux derniers effets, MM. Donders et Listing ont cru pouvoir conclure que l'iris pouvait être considéré comme soumis à l'action de la volonté, c, On peut, ont-ils dit, en agissant par la puissance de l'attention sur l'accommodation et la convergence des axes optiques, modifier à son gré l'ouverture pupillaire. » Nous considérons, pour notre compte, celte interprétation comme excessive; nous ne nous croyons pas en droit d'appeler ces mouvements volontaires, non pas seulement p,u- celte considération que notre volonté ne parvient à les produire que par voie indirecte, mais par un motif plus puissant encore. St en effet, notre intelligence, nos connaissances acquises ne nous avaient pas appris l'existence de cette loi synergique, notre volonté demeureiait sans aucune rela-