MYLABRE
signes évidents d'un certain degré de ramollissement du vitré, et de s'attacher d'autant plus expressément aux règles de l'hygiène oculaire que le nombre et la teinte foncée des scotomes mobiles indiquera un plus haut degré de stase ou de fluxion sanguines dans la choroïde. Giraud-Te[ilon.
BiBLioGRAHiE. — Dechales. Cursits seumundits mathemalicus. Lugduni, 1690, t. III. — Asdbeje. Grâfe et von Walther's Journal der Chir. und Augen/ieil/cuiide, 1825. — Pbévost. Mémoire de la Société de phys. et d'hist. natur. de Genève, p. 244, 185'2. — Sotteau. Ann. et Bullet. de la Soc de méd. de Gand, 1842. — Morgagni. Adversaria analomka. Lugd.Batav., 1722. — Mackenzie. Edinb. Med. and Stirg. Journal. July 1845. — Bbewsier (Sir D,). Transact. ofthe Roijul Society of Edinburgh, t. XV, p. 374. — Listing. Beilrag zur pliysiologischen Optili. Gùttingen, 1845. — Do.sders. }{ederlandsch Lancet, 2= série, 18i7, et Arch.'fûrphysiologische Heilkunde, t. VIII, 1849. — Dlxca.n. De corporis vitrei structura. In Dissert, inauguralis. Trajecti ad Rkœnum, 1854. — Donders. On tlie Anomalies of Accommodations and Réfraction ofthe Eye. In New-Sydenkani Society, 1864. (Extrait de Uoxdeks).
MYITIS. Voy. Musculaire (Tissu).
;nYL.4BRE [Mylabris, nom de la Cantharide, dans Dioscoride). Genre d'insectes vésicants, hétéromères, de la famille des Méloïdes, et dont les espèces peuvent être employées en médecine.
Les caractères des Mylabres sont les suivants : corps allongé, convexe et velu. Tète courte, épistome inférieur au front, dont il est séparé par un sillon trèsmarqué, fortement arrondi ou tronqué en avant. Yeux assez grands, faiblement éclianciés, transversaux. Labre saillant, rétréci à la base. Mandibules un peu arquées, pointues, ayant ordinairement au côté interne une dent et une lamelle coriaces. Mâchoires velues, à deus. lobes : l'externe fortement arqué sur l'autre, bordé de longues soies et garni de spinules à l'extrémité; l'iulerne presque quadrangulaire, coupé droit à l'extrémité, qui est fortement ciliée. Palpes maxilkures garnis de longues soies. Premier article petit, le deuxième allongé en massue, aussi long que le quatrième, le troisième pyriforme, assez court, le quatrième oblong, tronqué un peu obliquement. Menton grand, arrondi en avant. Languette presque cordiforme, échancrée. Palpes labiaux assez courts, comprimés avec le dernier article tronqué. Antennes insérées en arrière, médiocrement longues, grossissant peu à peu \ers l'extrémité, parfois d'une manière peu sensible, mais, le plus souvent, presiiue claviformes et arquées à l'extrémité. Prothorax à peine plus large que la tète, convexe, souvent rétréci en avant, ayant une petite fossette au milieu du bord postérieur. Écusson médiocre. Élytres allongées, parallèles, convexes, faiblement élargies en arrière, largement arrondies à l'extrémité. Abdomen de six segments, le premier court, le dernier en partie caché. Pattes longues, éperons des jambes simples. Tarses lon^s, un peu comprimés, surtout les antérieurs.
Les Mylabres ont une coloration peu variée, tantôt noire avec des points et des bandes jaunes ou rouges, svu' les élytres; tantôt jaune ou rouge avec des taches noires. Leurs mouvements sont lents. Ils contrefont le mort quand on les saisit, et ils se trouvent, dans les parties méridionales des deux hémisphères, sur les fleurs ou les tiges des plantes graminées; ce n'est qu'avec un soleil ardent qu'ils deviennent agiles. Leurs larves, qui doivent sûrement être parasites de celles des hyménoptères nodifiants, ne sont point connues.
Mulsant a fait connaître les espèces françaises de Mylabres dans son Histoire naturelle des Coléoptères vésicants {Ann. de la Soc. Linéenne de Lyon, 1857- 1858), et de Marseul a publié, en 1872, une Monographie yenérale des Mylabres (avec six planches), dans les Mémoires de la Soc. des sciences de Liéqe.
224 MYLO-HYOIDIEN.
En Europe, les Mylabres, assez nombreux en espèces, se trouvent autour du bassin Méditerranéen, et dans la partie orientale de la Russie du Sud. Les anciens médecins Grecs les ont employés comme vésicants; on s'en sert pour l'usage médical en Chine et dans les deux Amériques. A. Laboulbène.
5ttYL.%cÉPHALE (de ptO),v3, môle, et àzî'^a/o;, acéphale). Nom donné par Isidore Geoffroy Saint-Ililaire au dernier genre de la famille des monstres acéphaliens, et destiné à rappeler que, chez les êtres anomaux de ce groupe particulier, le corps est tellement irrégulier qu'on pourrait, à n'en juger que par l'aspect extérieur, les prendre, au premier abord, pour de simples môles [acéphalesmôles). L'irrégularité de conformation des mylacéphales constituant précisément le caractèie essentiel du groupe tératologique dans lequel on les range, on ne saurait donner une description générale de ces monstres, dont l'étude particulière est parfois si difficile que, sans le secours de l'examen anatomique, il serait impossible de déterminer même l'espèce zoologique d'où chacun d'eux provient. Pour plus de détails, voxj. Acéphai.iens et Diplogéjnèse. 0. L.
MYiviTTA. Genre de champignon ainsi nommé par Fries et formé d'espèces encore peu connues et probablement très-dissemblables. La seule espèce qui puisse nous intéresser ici est celle qui a reçu le nom de M. australis Berk. Ce champignon hypogé croît dans la Tasmanie et la Nouvelle-Hollande ; les colons anglais le désignent sous le nom de native-bread, pain naturel, parce qu'il sert de nourriture aux indigènes qui le disputent aux animaux marsupiau.v trèsfriands aussi de celte plante.
Le M. australis se présente sous la forme d'une masse solide et charnue arrondie de la grosseur du poing et au delà; sous une écorce noire, mince, crustacée, inégale, se trouve la pulpe blanchâtre, molle, divisée par des cloisons plus résistantes d'un blanc pur qui forment des alvéoles régulières. M. Tulasne n'ayant découvert aucvuie trace de spores dans cette production fongique, la rapproche des Sclerotium [voy. ce mot). M. Berkeley incline à ranger \&M. australis parmi les Tubéracées.
Corda. Icon. Fung., t. V, p. 24; t. VI, tab. 9, fig. 95. — BEnKELEY. Ann. and Mag. ofNat. Hist., t. III, p. 526, 1859. — Barkuouse. Compend. Bol. Mag., t. II, p. 40. — Tulasne. Fitngi kypogœi, p. 199, 1851. J. de S.
MYLOGLOSSE (Muscle) (de pûXoç, dent molaire, et y^wccra, langue). C'est une partie du constricteur supérieur du pharynx {Voy. Pharynx). D.
MïiiO-HTOïDiEi^ (Muscle). Ce muscle prend naissance par de courtes fibres aponévrotiques sur toute la longueur de la ligne mylo-hyoïdienne du maxillaire inférieur. De là ses fibres se portent en dedans : les supérieures se continuent avec les fibres correspondantes du muscle congénère, et c'est ce qui permet à quelques anatomistes de considérer le muscle mylo-hyoïdien comme impair. Parmi les autres fibres, les unes, curvilignes, à convexité inférieure, se rendent à un ryphé médian aponé\rotique ; les autres, obliques, se dirigent vers l'os hyoïde sur lequel elles s'insèrent. Le raphé médian manque quelquefois.
Ce muscle reçoit les filets du nerf mylo-hyoïdien.
Il a pour effet, en se contractant, de soulever le plancher de la bouche et de porter la base de la langue en haut. 11 joue ainsi un rôle dans la déglutition. Sa contraction tend aussi à presser les glandes sublinguales et à provoquer l'excrétion de la salive. D.
MYOGRAPHES. 225
mTLO-BYOIDIE^ (NeRf). VoiJ. MAXILLAIRE INFÉRIEUR.
miAORS (Robert). Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici le petit article que Dezeimeris, dans son Dictionnaire Imlorique de la médecine, a consacré à Mynors, lequel, du reste, a été, sans motifs plausibles, oublié par bien des biogra plies :
« Robert Mynors, habile chirurgien, grand partisan de la réunion immédiate des plaies, exerçtiit son art à Birmingham, et y mourut en 1806, âgé de 67 ans. Il n'a écrit que deux opuscules peu étendus, mais intéressants ; l'un sur l'amputation, l'autre sur le trépan. Rejetant la méthode d'amputation à lambeaux, il veut qu'on relève fortement la peau, qu'on coupe d'un seul coup les chairs jusqu'à l'os, et qu'on fasse la réunion immédiate de la plaie. Dans son mémoire sur le trépan, il a donné une bonne histoire de cette opération depuis Ilippocrate. Voici les titres de ces deux opuscules :
I. Practical Observations on Amputations. Birmingham, 1783, in-12. — II. Historij ofthe Practice trepapaniiing the Skull, and the afterTreatment,wilh Observations on a new Mcthod of Cure, illustraled by a Case. Birmingham, 1785, in-8*. » A. G.
MYOCARDITE, Voy. CarDITE.
MYOCIIROXOSCOPE, Instrument imaginé par Gzermak pour mesurer la vitesse de propagation de l'excitation nerveuse. D.
MYODOPSIE. Yoy. MïIODOPSlE.
MYODYXIE (fzûç, muscle et ô^ùvtî, douleur). Votj. Musculaire (Tissu). D.
MYOGXATIIE (de pjoî, muscle, et -/vâSo;, mâchoire). Expression destinée à rappeler le caractère particulier des monstres doubles polyynalhieyis {voy. ce mot), cbez lesquels les portions céphaliques surnuméraires, adhérentes à la mâchoire intérieure de la tète principale, ne sont unies à cette dernière que par des muscles et par la couche tégumentair'2. 0. L.
MYOGR.YPHES. MYOGRAPRIE. L'analyse des mouvements produits par les muscles sous l'innuence des excitants normaux ou artificiels, s'opère à l'aide d'instruments enregistreurs qui portent le nom de myographes, et l'emploi de ces appareils est soumis à des règles générales bien définies, dont l'ensemble constitue la méthode appelée myographie.
Il est inutile de faire ressortir, dans cet article consacré à une étude purement technique, la nécessité absolue de l'exploration des mouvements avec des instruments précis qui permettent d'en inscrire toutes les phases, d'en déterminer les rapports avec les fonctions nerveuses, d'en comparer les caractères dans les conditions expérimentales les plus vai-iées, etc. : ce sont là des titres assez] établis pour qu'il n'y ait pas lieu d'y insister ici. Mais il ne nous paraît pas hors^de propos de présenter la myographie comme une méthode appelée à prendre une place importante en clinique : elle n'est encore qu'une science de laboratoire, et, comme telle, la myographie a fait ses preuves; elle deviendra une science clinique du jour oii l'on voudra transporter au lit du malade les piocédés si simples que le physiologiste met chaque jour en usage pour étudier les mouvements musculaires des animaux.
1. Myographes. Les appareils myographiques ont pour point de départ le myographe de Helmholtz. Cet appareil consistait essentiellement en un cadre métallique dont la base pivotait autour d'un axe horizontal et supportait une tif^e
DICT. ENC. 2* s. XI- J5
226 MYOGRAPHES.
armée d'un contre-pouls curseur : l'équilibre de l'appareil étant obtenu à l'aide de ce curseur, Helmhollz faisait soulever le cadre par un muscle verticalement suspendu par son exlrémité supérieure. La partie libre du cadre ainsi mis en mouvement était munie d'une pointe qui traçait une courbe sur la surface enfumée d'un cylindre tournant verticalement. Enfin le muscle se trouvait soumis luimême à une certaine tension déterminée par des poids placés dans un plateau attaché au cadre du niyograpbe. Des appareils complémentaires d'une grande importance au point de vue du genre de reclierches exécutées par Hehnholtz permettaient d'éviter la dessiccation du muscle, d'amener la plume au contact au moment oii passait le courant, etc.
Mais quelque importants que fussent les résultats obtenus grâce à lui, le myographe de Helniholtz ne satisfaisait pomt aux exigences de la méthode graphique : il a permis d'apprécier le temps qui s'écoule entre l'instant de l'excitation du muscle et celui du raccourcissement ainsi provoqué {temps perdu) ; de mesurer la durée de la transmission de l'agent nerveux-moteur; mais les coui'bes obtenues n'étaient point l'expression exacte du mouvement : la masse à mouvoir était trop grande pour que le raccourcissement du muscle fût fidèlement enregistré. On sait, en effet, qu'une masse assez considérable ne se déplace que lentement, si la force motrice lui est appliquée par un intermédiaire élastique ; or le muscle constitue lui-même l'organe élastique capable de déformer le mouvement communiqué.
Nous verrons bientôt par quels procédés Mareya pu réduire au minimum cette cause de déformation des graphiques.
Rappelons auparavant les principales recherches exécutées depuis Helraholtz, et, tout en rendant à leurs auteurs la justice qui leur est due, puisque chacune de ces recherches a marqué uii progrès nouveau dans l'étude des fonctions musculaire et nerveuse, reconnaissons avec Marey qu'il existe un défaut capital dans l'emploi de la niyograpliie : c'est l'absence d'une unité commune adoptée par tous les physiologistes.
Yolkmann s'attacha à l'étude de la l'orme du mouvement musculaire et des effets de l'élasticité sur la fonction des muscles : le plus souvent il employa dans ses expériences le muscle hyoglosse de la grenouille, qui, présentant une assez grande longueur au repos, et susceptible, dès lors, d'un raccourcissement assez considérable, pouvait fournir une inscription directe : à cet effet, une extrémité du muscle étant fixée, l'autre extrémité mobile était armée d'un style léger qui traçait la courbe du mouvement.
Bœck (de Christiania), en 1855, Wundt, en 1858, publièrent, entre autres résultats intéressants, les effets de la fatigue sur la forme de la courbe musculaire. 11 résulte de leurs recherches que la secousse du muscle s'allonge par la fatigue et que cet allongement porte surtout sur la période de relâchement. Les graphiques de ces mouvements sont extrêmements réduits, et la rotation du cyhndre sur lequel ils étaient recueillis s'effectuait avec une trop grande lenteur pour que tous les détails importants pussent être enregistrés.
Dans le but d'apprécier la régularité de cette rotation du cylindre enregistreur, Thiry adapta une sirène au mouvement d'horlogerie : de la tonalité constante du son il déduisait la régularité de la marche, tandis que l'acuité du même son lui faisait connaître la vitesse absolue du mouvement.
D'autres dispositions furent encore adoptées pour obtenir l'uniformité de translation des plaques de verre enfumées sur lesquelles certains physiologistes re-
MYOGRAPHES.
cueillaient le graphique. C'est ainsi que Harless employa le même système que dans la machine d'Atwood pour taire tomber d'un mouvement uniforme la plaque au devant de la pointe écrivante.
Dubois-Raymond remplaça le cylindre de l'appareil de Helmholtz par une plaque de verre animée dun mouvement de translation rapide par la traction d'un ressort-boudin ; Fick se servit tantôt d'une plaque oscillant à l'extrémité d'un long pendule, tantôt d'un cylindre vertical; Valenlin avait déjà modifié l'appareil récepteur du mouvement en substituant un disque tournant dans un plan horizontal, soit aux cylindres, soit aux plaques, dont se servaient les autres physiologistes.
De cette variété dans les appareils récepteurs du mouvement, rapprochons la diversité des instruments chargés de le transmettre, et nous verrons que la myo-
Fig. 1. — Myographe direct.
graphie ne pouvait que gagner à être ramenée aux règles générales de la méthode graphique dont elle ne doit constituer, comme le dit Marey, qu'un cas particulier. C'est sur un cylindre tournant autour d'un axe horizontal que sont maintenant recueillis, sauf de très-rares exceptions, tous les mouvements par lesquels les phénomènes physiologiques se traduisent à nous ; ce cylindre est adapté à l'un des axes prolongés d'un mouvement d'horlogerie, dont l'uniformité est assurée par un régulateur de Foucault ou de Yillarceaux. Du reste, on contrôle facilement la régularité de la rotation, et on en mesure la vilesse à l'aide du diapason, dont on inscrit les vibrations soit directement, soit électriquement avec les chronographes ou les signaux électriques [voy. pour les détails sur les cylindres enregistreurs l'article Enregistrkurs (Appareils)]. Uu papier recouvert d'une léf^ère couche de noir de fumée entoure le cylindre, et la plume inscrivante trace sur ce
228 MYOGRAPHES.
papier la courbe du phénomène. Comme tout autre mouvement, le mouvement musculaire peut être enregistré à l'aide de cet appareil, et celte inscription rentre dès lors dans la loi commune.
II n'est pas moins important d'adopter, pour l'instrument inscripteur des mouvements musculaires, les principes qui ont présidé au choix des inscripteurs des autres mouvements, dont le physiologiste veut étudier la forme et la durée. D'une manière générale, c'est au levier qu'on a recours, et les secousses ou les contractions peuvent facilement être explorées par ce procédé.
Que faut-il faire pour cela? L'exploration du mouvement musculaire réduite à ses conditions les plus simples, s'opérera en attachant, au moyen d'un fil inextensible, le tendon du muscle plus ou moins près de la base d'un levier mobile dans un plan horizontal, et écri\ant par son extrémité libre. Que l'on agisse sur le gastro-cnémien ou sur tout autre muscle de la grenouille, sur les muscles des membres du lapin, ou d'un animal quelconque de petite taille, le myographe à levier horizontal, tel que Marey l'a imaginé et vulgarisé (fig. 1), constitue un instrument fidèle, facile à manier et fondé sur le principe commun, l'exploration et l'inscription aviec le levier.
Afin d'éviter autant que possible. les déformations dues à la projection de l'extrémité mobile du levier, il importait d'observer certaines précautions sur lesquelles a particulièrement insisté Marey, et que nous nous contenterons de résumer succinctement, renvoyant, pour les détails, aux ouvrages de notre savant maître.
a. Il faut diminuer la masse du levier surtout au voisinage de son extrémité libre sans compromettre cependant la rigidité qu'il doit conserver : cette légèreté du style inscripteur corrige en grande partie les effets de la ^^tesse acquise dans le déplacement brusque imprimé par le raccourcissement rapide du muscle, et, comme l'a vu Donders, on parvient à rendre ces effets presque nuls en augmentant un peu le frottement de la plume sur le cylindre.
b. Le choix de la plume n'est pas non plus sans importance ; pour les raisons précédentes, on se gardera de charger l'extrémité du levier d'une plume pesante comme les plumes d'acier. La plume de corne amincie ou de baleine réduite à une très-faible é[jaisseur, terminée en pointe fine, remplit assez bien les conditions voulues. Un détail qui ne manque pas d'intéi et, toujours au même point de vue, consiste dans le mode de fixation de cette plume au bout du levier. Au lieu de l'anneau métallique aplati qu'on emploie quelquefois et qui est absolument à rejeter, on se servira, pour adapter la plume, d'une parcelle de cire à modeler qui assurera sa fixité sur le levier sans en surcharger l'extrémité,
c. La longueur du levier ne doit varier que dans des limites assez étroites : 12 centimètres constituent une bonne moyenne. On comprend en effet que le moindre raccourcissement musculaire, la moindre trémulation du corps charnu dont le tendon tire sur la base du levier, s'inscrira très-nettement si l'on adopte cette longueur, et que, d'autre part, se servir d'un levier trop long serait détruii'e, dans le but illusoire d'amplifier les mouvements, tous les bons effets des précautions précédentes.
En observant ces règles si simples, on peut être assuré que le graphique ne sera déformé par la vitesse acquise du levier que dans une proportion tout à fait négligeable.
Mais, dira-t-on, ce levier qui doit inscrire un mouvement rectiligne, le raccouicissement du muscle, trace un arc de cercle sur le cylindre au repos, et dès
MYOGRA.PHES. 229
lors les graphiques recueillis pendaut la rotation sont passibles du même re. proche. D'abord l'arc de cercle tracé par la plume appartient à une circonférence d'un rayon égal à la longueur du levier, et comme la hauteur de cet arc ne dépasse guère 2 centimètres 1/2, on voit qu'il ne peut être que bien peu accusé ; de plus, il est facile de corriger géométriquement cette légère déformation, pour peu qu'on ait quelque raison de s'en préoccuper {voy. Marey, Mouvement, p. 529). Il est enfin bien moins grave d'encourir cette petite cause d'erreur que d'essayer de l'atténuer en donnant au levier une plus grande longueur pour obtenir des arcs de cercle se rapprochant davantage de la verticale.
Les remarques précédentes sont particulièrement applicables à l'étude graphique de la phase de raccourcissement des muscles. Nous allons maintenant passer en revue quelques points relatifs à l'inscription du relâchement qui constitue la seconde partie de la courbe.
Il faut que le levier qui vient de suivre et d'enregistrer en l'amplifiant la diminution de longueur du muscle, obéisse aussi fidèlement au mouvement inverse. Pour rappeler ainsi le levier sans qu'il cessât de rester solidaire du mouvement du muscle, Marey avait d'abord adopté un ressort formé d'une lame d'acier flexible qui prolongeait le levier en arrière du centre de rotation ; cette lame d'acier était plus ou moins tendue par un petit excentrique de réglage. Comme le muscle est attaché près de la base du levier, ce ressort qui tendait à ramener le levier exerçait également son action sur le muscle, et servait à donner à celui-ci le degré de tension convenable. Dans ses nouveaux myographes, le professeur a substitué un poids tenseur au ressort ; le fil qui soutient le petit plateau sur lequel on place d'ordinaire 15 à 20 grammes, s'enroule et se fixe autour de la base du levier munie à cet effet d'une gorge. On a, de cette façon, l'avantage de pouvoir graduer, en connaissance de cause, la traction exercée sur le muscle par l'intermédiaire du levier, d'étudier l'effet des charges croissantes ou décroissantes sur la fonction musculaire, etc. Dans les expériences où l'on voudrait changer rapidement la charge du muscle, par exemple dans l'étude de l'élasticité, on pourrait substituer au plateau un petit entonnoir de mercure à écoulement variable.
Quel que soit le procédé employé pour tendre le muscle par l'intermédiaire du levier, la solidarité est assurée, et, si l'on a observé le précepte essentiel de diminuer au maximum la masse à mouvoir, on peut être rassuré sur les effets de la vitesse acquise, aussi bien pendant la phase de relâchement que pendant la phase de raccourcissement.
La trop grande lenteur de descente de la plume s'observe quelquefois quand on exagère le frottement sur le cylindre ; on voit alors que le muscle est complètement relâché alors que le levier retenu par la résistance du papier continue à descendre encore.
Nous avons insisté à dessein sur le levier comme instrument inscripteur et amplificateur du mouvement et s\u' les conditions de son bon fonctionnement parce que ces renseignements techniques sont surtout importants à bien pos séder quand on veut étudier des mouvements rapides comme ceux que produisent les muscles.
Il nous sera facile de compléter maintenant les notions relatives à l'emploi du myographe simple de Marey, et le lecteur pourra se rejjoi ter à la figure 1 pour bien saisir la disposition des différentes pièces dont se compose l'appareil.
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La petite plaque métallique sur laquelle est ;irticulé le levier présente latéralement deux crochets qui sont destinés à supporter solidement une plaque de liège doublée de bois. On fixe, sur celte dernière, la grenouille entière avec des épingles, ou bien un muscle isolé à l'aide d'une petite pince qui saisit son extrémité suj)érieure ou l'os auquel il est resté adliérent. Dans l'un et l'autre cas, le tendon du muscle est solidement attaché soit avec un petit fil métallique, soit avec un cordonnet de soie ; ce lien va d'autre part s'accrocher au petit bouton qui avoisiiie la base du levier. Suivant l'amplitude qu'on juge convenable de donner au tracé, on rapproche où on éloigne le curseur qui porte ce bouton de l'axe de rotation du levier inscripteur.
Il est important que la traction du muscle s'exerce dans un plan liorizontal, parallèle à celui dans lequel se meut le levier, sinon, à un certain moment de sa course, le levier s'infléchirait soit en haut, soit en bas, et la plume abandonnerait le papier ou bien s'y appliquerait par sa surface ; le levier lui-même 'pourrait venir frotter sur la plaque qui le supporte, et de chacun de ces troubles dans l'expérience résulteraient des inconvénients faciles à prévoir.
Il faut de plus que la traction s'exerce aussi perpendiculairement que possible par rapport à la direction du bras de levier : trop oblique dans un sens ou dans l'autre, elle ne produirait qu'une partie de l'effet cherché.
C'est le plus souvent avec des excitations électiques, qu'on provoque^les secousses ou les contractions musculaires dont on veut enregistrer les différents détails : à cet effet la plaque de liège ] orte une pince-support pour l'excitateur, et, grâce à la tige de plomb qui soutient les conducteurs, on peut appliquer l'excitation en tel ou tel point du muscle ou du nerf, et maintenir les rhéophores en place sans risquer les défauts de contact auxquels exposent trop souvent les articulations en forme de noix. Dans ses dernières recherches, Chauveau a heureusement, adapté à ces excitateurs souples de Marey, des électrodes impolarisables aussi faciles à mettre et à maintenir en place que les conducteurs métalliques ordinaires.
Il est bon quand on se sert des excitations électriques de se garantir contre la recomposition possible des courants à travers les pièces métalliques de l'appareil, et pour cela le moyen le plus simple consiste à isoler de la plaque du myographe la plaque de liège par une bande de gutta-percha, et en même temps à attacher le tendon au levier par une anse de soie, (Chauveau).
Quand on a pris tous les soins que nous venons d'indiquer, il est facile de se mettre à l'abri de la dessiccation des muscles et des nerfs en plaçant, au-dessus de la grenouille ou des muscles en expérience, une petite chambre humide que l'on fabrique soi-même avec quelques plaques de liège, ou de gutta-percha et dont la partie supérieure est perforée pour laisser passer les excitateurs.
Myographe double ou comparatif. Il est souvent utile d'mterroger simultanément deux muscles du même animal, les deux gaslro-cnémiens d'une grenouille par exemple, quand on place chacun d'eux dans des conditions expérimentales diftérentes ; on étudie ainsi comparativement les effets du froid sur l'un, du chaud sur l'autre, d'un poison comme le curare sur les nerfs d'un membre tandis que le membre opposé a été préservé du poison par la ligature. C'est ainsi que Chauveau, à l'aide du myographe comparatif, étudie les effets des excitations unipolaires positives et négatives.
Pour permettre cette double exploration simultanée, Marey a ajouté un levier
MYOGRAPHES.
à son myographe simple et disposé ce levier un peu au-dessus de l'autre, dans un plan parallèle ; les deux pointes arrivent presque au même niveau, la pointe supérieure un peu incurvée dépasse légèrement l'autre, de sorte que les deux tracés s'inscrivent à un demi millimètre de distance. Une autre disposition des plumes est quelquefois nécessitée par la confusion qui résulterait de l'entrelacement des deux graphiques : on oriente alors les leviers de façon que l'inférieur, croisant à angle aigu la direction du supérieur tout en restant dans un plan parallèle, aille écrire plus bas sur le cylindre. Mais cette direction différente des deux plumes entraine forcément une inclinaison inverse des deux tracés, ce qui peut nuire à leur comparaison.
Myographe à transmission. Les deux myographes que nous venons de décrire permettent l'inscriiition directe du mouvement musculaire : le levier que déplace le muscle est aussi le levier qui trace la courbe du mouvement de ce muscle.
Or il est souvent avantageux de modifier ce dispositif en transmettant à distance le mouvement communiqué au levier.
Ici encore nous trouvons moyen, grâce aux simplifications introduites dans ces études par le professeur Marey, d'appliquer à la myographie les procédés ordinaires de la mélliode graphique sans créer tout exprès pour elle de nouveaux moyens de recherche.
Au lieu de prendre pour inscripteur le levier sur lequel agit le muscle, on utilise son mouvement pour actionner la membrane d'un tambour à air qui prend ici le nom de tambour explorateur. Quand le muscle se raccourcit, il tire à lui le levier qui déprime la membrane de caoutchouc du tambour ; l'air contenu dans celui-ci s'échappe par un tube et va soulever le levier d'un second tambour avec lequel le premier se trouve conjugué. Ce tambour inscripteur est disposé auprès du cylindre de façon que son levier écrive sur le papier enfumé tout comme écrivait précédemment le levier du myographe direct. Le raccourcissement du muscle a donc déterminé à distance l'ascension de la courbe. — Inversement quand le muscle se relâche, l'air tout à l'heure expulsé du premier tambour y est rappelé par le relâchement de sa membrane, et la plume du tambour inscripteur trace, en reprenant sa position première, la seconde phase de la courbe, celle qui correspond au relâchement du muscle.
L'identité des tracés ainsi obtenus et des tracés que fournit le rayoTaphe direct, permet d'employer sans scrupule le myographe à transmission quand on
Fig. 2. — Tambour explorateur du myogiaplie à transmission. Le levier est muni d'un curseur portant un crochet auquel est fisé le tendon du muscle.
MYOGRAPHES.
veut étudier plusieurs phénomènes simultanément, quand l'animal dont on veut explorer les muscles ne peut être placé sur le myographe, etc.
Myographes explorateurs du gonflemenl musculaire. La myographie possède encore bien des ressources indépendamment de celles que nous avons énumérées ; elle permet d'aborder avec toute facililé l'exploration des muscles qui, par leur forme, leur situation, leur volume, ne peuvent être soumis aux myographes à traction. Ce n'est plus le raccourcissement du corps charnu qu'on inscrit dans ces conditions, c'est son changement de forme, son gonflement.
L'e.^périence a démontré que le muscle ne lait que changer de forme en se raccourcissant et gagne en épaisseur sensiblement ce qu'il perd en longueur. Si donc, on substitue à l'explorateur du raccourcissement un explorateur qui indique tout aussi fidèlement la valeur du gonflement, on aura résolu le problème de l'exploration rigoureuse de ces muscles dont le raccourcissement ne peut être enregistré, ou ne le serait qu'avec la plus grande difficulté.
La figure 3 représente l'un de ces explorateurs du gonflement musculaire.
Fig. 3. — Myographe à transmission explorateur du gonflement musculaire.
On voit sur une tablette de liège ou de gutta-percha un tronçon de muscle sur lequel s'appnie, en le déprimant légèrement, une petite plaque métallique pouvant représenter l'un des pôles du courant excitateur; l'autre pôle aboutit à un contact métallique établi sur la tablette. On conçoit que ce muscle, devenant globuleux pendant son raccourcissement, soulève le levier qui repose sur lui, refoule l'air du tambour avec la membrane duquel ce levier est articulé. Cette compression de l'air du tambour explorateur est transmise, comme nous l'indiquions tout à l'heure, à un tambour récepteur dont le levier inscrit, sur le cylindre tournant, la ligne ascendante d'une courbe qui correspond tout aussi bien au raccourcissement du muscle qu'à son gonflement. Quand ensuite le relâchement survient se produisent des phénomènes inverses du côté des deux tambours, et la courbe s'abaisse dans la mesure du relâchement.
Tout simple que soit cet explorateur du gonflement musculaire, ou plutôt en raison même de sa simplicité, il doit être substitué désormais, de l'avis de Marey qui l'a fait construire, aux anciennes pinces myographiques. Celles-ci, dont le modèle a été modifié à plusieurs reprises, n'offrent en effet ni les garanties ni la
MYOGRAPHES.
commodité de ce tambour dont les indications ne peuvent être faussées par un défaut de contact du levier avec la membrane, et qui offre ce grand avantage d'être tout construit et propre à subir une foule d'applications.
C'est grâce à lui que Marey a pu déterminer avec tant de précision le trajet et la succession des ondes liquides dans les tubes élastiques, et nous ne doutons pas qu'il ne l'applique avec le même succès à l'élude des ondes musculaires dans les corps charnus de grande longueur. Il suffira pour cela de placer sur le trajet du muscle une série de leviers analogues à celui de la figure 5, et de conjuguer chaque explorateur avec un tambour à levier inscripteur.
Myographe du cœur. A côté de ces explorateurs du gonflement musculaire, il convient de signaler celui dont se sert Marey pour enregistrer les changements de consistance et^de volume du cœur de la grenouille. La description de cet instrument trouve ii'.i sa place, et cela pour une double raison : cette pince métallique (fig. 4), dont une branche est fixe et dont l'autre mobile, commande par un coude le mouvement d'un levier, peut tout aussi bien embrasser un muscle de petit volume que le cœur d'un animal de petite taille; d'autre part,
Fig. 4. — Myographe du cœur de la grenouille pouvant être appliqué à l'eiploratioa du gonflement musculaire et en fournir l'inscription direcie.
en l'appliquant à un cœur isolé, fonctionnant à vide, et par conséquent, uniquement comme muscle, le même instrument donnera la courbe des changements de consistance et de forme du muscle cœur, toute variation de volume étant éliminée, puisqu'il n'y a plus de circulation.
Les deux mors de la pince servent d'excitateurs, comme on le voit sur la figure d'après la disposition des fils, et l'appareil tout entier peut être déplacé horizontalement à l'aide d'un pignon qui engrène avec une petite crémaillère {voij. Cardiographe).
II. Des graphiques fournis par les explorateurs du muscle. Nous connaissons maintenant les instruments explorateurs du mouvement musculaire : nous sommes en mesure d'analyser les graphiques qu'ils fournissent.
Quoique les appareils dont nous avons étudié la disposition et le mode d'emploi soient assez variés, ils nous fournissent tous des tiacés tellement comparables qu'on peut les considérer comme identiques : qu'on explore le raccourcissement du gastro-cnémien de la grenouille avec le myographe simple ou le myographe à transmission, qu'on applique sur le muscle l'explorateur du gou-
MYOGRAPHES.
flement, la secousse ou le tétanos du gastro-cne'mien sera si comparable dans chaque cas que les tracés ne pourront se distinguer.
Quand, au début de cet article, nous insistions sur la gravité que présentait le défaut d'uniformité des procédés d'exploration et d'inscription des mouvements
musculaires, nous nous faisions l'écho des remarques si judicieuses émises en 1868 par le professeur Marey, dans son livre du Mouvement sur les fondions de la vie. A cette époque, en elfet, la myograpliie n'était réellement pas constituée. Elle forme aujourd'hui une véritable méthode d'étude, et le plus grand éloge que nous puissions en faire, c'est d'insister sur ce point que l'analyse des résultats obtenus à l'aide d'un appareil est complètement applicable aux résultats fournis par tous les autres.
A. Secousses musculaires *^.
11 faut considérer dans les graphiques de ces secousses, trois points principaux : Yamplitude, la forme et la durée.
Les notions géométriques nécessaires pour l'étude de ces différents points se réduisent à la connaissance du système des coordonnées rectilignes orthogonales :
sur une droite hoi'izontale on compte les temps; c'est Vabscisse de la courbe; Yamplitude des mouvements est' évaluée par la hauteur des parties successives de la courbe par rapport à une ligne verticale sur la première, ligne dite des ordonnées.
i° Amplitude de la secousse.
Les secousses musculaires provoquées successivement et à intervalles rapprochés par des excitations électriques vont s'atfaiblissant : leur amplitude diminue graduellement; le froid piodiiit sur la secousse le même effet que la fatigue; la ligature artérielle est dans le même cas. Gomment apprécier cette décroissance progressive de l'amplitude du mouvement? On peut, à l'exemple de Fick, faire
* Oi) app "lie secousse [Ziickiuig des Allemands) le mouvement simple produit dans un muscle par une excitation unique.
■tu S.
S en
MYOGRAPHES.
écrire le levier sur le cylindre immobile, déplacer légèrement le cylindre er.tre deux secousses successives, et recueillir ainsi un grand nombre de verticales sur un petit espace : on verra nettement l'inclinaison de la ligne qui passerait par tous les sommets de ces droites. Mais ainsi on sacrifie tous les autres éléments du tracé, et l'allongement de la secousse, et le retard de plus en plus grand du début de la secousse sur l'excitation, etc. Mieux vaut évidemment disposer les graphiques de telle sorte qu'ils conservent tous leurs éléments d'étude, et pour cela on peut avoir recours au procédé suivant :
Le myogra|)he étant fixe au devant du cylindre tournant, la plume décrira une circonférence qui, déployée, deviendra l'abscisse commune de toutes les courbes. Si l'on dispose un interrupteur rotatif de telle façon que la rupture du courant de pile se produise à chaque tour de cylindre un peu en retard sur celle du tour précédent, et si le muscle^ou son nerf reçoit les excitations induites déterminées par ces ruptures successives, les courbes des secousses muscuhùres s'inscriront toujours à la suite les unes des autres; elles s'imbriqueront sans se
Fig. 6. — Secousses musculaires disposées en imbrication oblique (vératiine).
confondre, excepté au point oîi elles retomberont sur l'abscisse commune. Qu'une différence d'amplitude se manifeste, si légère qu'elle soit, un coup d'oeil suffira pour la constater, une parallèle à l'abscisse menée par le somme de la première courbe suffira pour l'évaluer, et le graphique, quoique particulièrement destiné à metire en relief les différences d'amplitude, n'aura rien perdu de sa valeur à d'autres points de vue.
La figure 5 donne une excellente idée de celte disposition des tracés que Marey désigne sous le nom de imbrication latérale.
2" Forme de la secousse. La disposition précédente permet assurément de bien juger, en même temps que Y amplitude, la fûJ^me d'une série de secousses.
i56 MYOGRAPHES.
cependant il était bon de dissocier davantage les périodes de descente. A cet effet Marey, conservant l'imbrication successive obtenue par le retard constant des excitations, détermine de plus le déplacement du myograplie parallèlement au cylindre en i'aisaiit clieminer l'instrument sur un chariot qui glisse sur un chemin de fer. I.a pointe du levier, au lieu de rei)asser comme précédemment dans le même trait, décrit des tours de spire dont l'écartement est réglé par la vitesse de translation du chariot. La figure 1 montre précisément le myographe en fonction et fait bien comprendre la manière dont on oblient cette seconde imbrication, nommée imbrication oblique, et la figure 6 permet de suivre les modifications graduelles qu'éprouve la secousse sous l'influence de la vératnne. 5. Durée de la secousse. Cette durée se compte sur l'abscisse, et ce n'est pas là l'un des moindres avantages de la méthode q\ie de pouvoir déterminer avec précision la durée d'un phénomène aussi bref qu'une secousse musculaire, d'après la seule longueur qu'il occupe sur le papier. Cette longueur variant
Diapason. 100. V.D.
Fig. 7. — Graphiques de secousses musculaires imbriquées verlicalement.
nécessairement avec la vitesse de rotation et avec le diamètre du cylindre. Marey a adopté trois vitesses de rotation pour ses cylindres, qui ont tous 42 centimètres de circonférence. Ces trois vitesses sont, du reste, celles des différents axes du mouvement; et la duiée d'une seconde, comptée sur l'abscisse, donne les longueurs suivantes pour chacune d'elles :
1" axe, la seconde 0°007
2' axe, — 0,042
o" axe, — 0,280
Quuiipie ce moyen d'évaluer la durée des secousses par la longueur qu'elles occupent sur l'abscisse soit souvent suffisant, il peut être utile de mesurer des durées tellement courtes que l'emploi du diapason de 100 ou 250 vibrations
MYOGRAPIIES. 237
devient indispensable : il servirait, du leste, de contrôle à la vitesse du cylindre. Voilà pour la mesure absolue de la durée des secousses. Mais il n'est pas moins intéressant d'apprécier leurs variations, les unes par rapport aux autres, et dans ce but on a recours au moyen suivant : le cbariot se meut au-devant du cylindre, et la plume décrit des tours de spire assez serrés ; on provoque
Fig. 8. —M. Secousses successives pi-oduiles par des excitations induites ASie?. espacées.
S. Signal électrique.
Fig. 9. — T. Tétanos incomi'ict montr.nit la iriin^ilioii ejitre 1 1 STic de srcousses précédentes et la fusion presque conipléle des 3Ctous>es suivantes.
Fig. 10. — T. Fusion presque complète des secousses eu tétanos parfait. 20 excitations par seconde.
l'e-xcitation du muscle, toujours au même instant de la rotalion, par une goupille qui, plantée dans le fond du cylindre au voisinage de sa circonférence, vient battre à cliaque tour sur un interrupteur à ressort ; dès lors, tous les débuts des secousses devront être sur une même verticale, si le cbariot se meut bien parallèlement à l'axe de rotation du cylindre, et si le relard du mouvement sur l'excitation n'augmente pas avec la fatigue ; de plus, toutes les courbes doivent s'épouser exactement en se superposant sans se confondre si elles conservent la même amplitude et la même durée. Or le grapbique, reproduit dans la
238 MYOGRAPHES.
figure 7, nous montre les modifications insensibles de l'amplitude des secousses, rallongement graduel de ces secousses, et le retard de plus en plus marqué de leur début: c'est Y imbrication verticale.
B. Contraction musculaire et tétanos. C'est la myographie qui a démontré la complexité de l'acte musculaire qui constitue le tétanos provoqué dans uu muscle par une série d'excitations électriques, ou par la strycbine. Les recherclies bien connues de Weber, de Hclmbollz, de Dubois-Raymond, ont été confirmées par l'analyse myograpbique, dont l'emploi judicieux a permis à Marey d'étudier, dans ses moindres détails, le mode d'association et de fusion des actes élémentaires de la contraction, les secousses.
Sans insister sur ce sujet, qui a été traité à l'article Mosculaire (Tissu), nous nous contenterons de reproduire ici trois tracés dans lesquels ou peut suivre la formation du tétanos ; on y verra nettement jusqu'à quel puii)t la myographie permet de décomposer l'acte musculaire en ses éléments.
Myographie clinique^. L'exploration des muscles chez l'borame sain n'a jamais été poussée aussi loin que chez les animaux, cependant ces reclierclies sont presque aussi faciles sur l'homme, grâce à la simplicité extrême des appareils qui peuvent lui être a[)pliqués.
Les explorateurs du mouvement qui ne sont applicables qu'à un seul groupe de muscles, comme le myograpbe de Gyon {voij. Cyon, Methodih, etc.), ne peuvent trouver place dans un chapitre destiné à la revue d'une méthode générale.
Je ne parlerai pas non plus des pinces myographiques dont l'emploi est trèslimité, et dont le maniement difficile nécessite une surveillance soutenue : le professeur Marey, qui en a fait longtemps usage, leur substitue, aujourd'hui, l'un de ces explorateurs à tambour dont nous avons parlé à propos des myographes à transmission explorateurs du gonflement musculaire.
L'application en est fort simple : on fixe un de ces tambours par son fond sur une plaque flexible, de gutta-percha, par exemple ; la membrane du tambour repoussée par un léger ressort intérieur fait saillie à sa partie moyenne, et porte, en ce point, un petit bouton de cuivre, auquel est soudé un fil conducteur. C'est cet appareil que l'on applique à l'aide d'une bande sur le corps charnu des muscles dont ou veut explorer le gonflement ; au point opposé du membre, ainsi entouré par la bande, on ghsse une large plaque métallique, constituant le second pôle du courant excitateur. La décharge d'induction déterminera la secousse du muscle sur lequel est appuyé le petit bouton du tambour explorateur, et, en transmettant par l'air, à un tambour à levier inscripteur le mouvement imprimé à la membrane du premier tambour, on inscrira la secousse du muscle de l'homme, tout aussi bien que celle d'un animal quelconque. De même on pourra provoquer la tétanisation de ce muscle et l'inscrire fidèlement ; la comparer avec la contraction volontaire, etc.
L'étude du temps perdu du muscle, de la vitesse du transport de l'agent nerveux, etc., etc., sont ainsi rendus possibles.
Que l'on transporte la même recherche à l'homme atteint de paralysie saturnine, par exemple, on pourra déterminer, avec une précision parfaite, les muscles
' \ côté des applications cliniques de la myographie, nous pourrions parler de ses applications médico-légales. L'aspect des tracés musculaires est en effet caractéristique dans les empoisonnements par certains alcaloïdes (vératine, strychnine, etc.). Mais celte étude doit être longtemps suivie avant qu'on n'en propose l'introduction dans les recherches des substances toxiques. Aussi nous contentons-nous de signaler ici son intérêt et de laisser entrevoir les résultats qu'elle pourra fournir.
MYOME. ^i59
restés sains à côté des muscles paralysés, suivre le retour graduel de la contractilité sous l'iatluence du traitement, etc. La même exploration étant pratiquée sur les muscles affectés de tremblement, permet non-seulement l'inscription de ce tremblement et l'étude précise de ses périodes, mais aussi la recherche des modifications survenues dans les réactions du muscle qui tremble, dans le transport de l'agent nerveux moteur, etc.
Toutes ces recherches sont à peine ébauchées : mais dès aujourd'liui la myographie constitue une méthode assez précise et assez riche pour passer du domaine de l'expérimentation pure dans celui de h. recherche clinique.
François-Franck.
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MYOIDE (i/yç muscle, Et5oç forme). On a d:sigué sous ce nom des tumeurs constituées par des fibres musculaires lisses; cette expression doit être rem[)lacée par celle de Liomvome {voy. ce mot). A. H.
MIOLEMME. Élément anatomique tubulé contenant les fibrilles musculaires d'un faisceau strié [Voy. Mcsculaire (fissu), t. X, 2™= série, p. 580].
MYOMAXCIE (de fzuôî, souris). Divination par les souris et les rats {voy. Divination). D.
raYOME (MvoME sTRio-cELLDLAiRE. Rha.bdomyo5ie). Ou désigne, SOUS le nom de myomes, les tumeurs constituées par des libres musculaires. Proposée par Virchow, en 1854, cette dénomination n'indique pas la nature des libres musculaires. C'est pourquoi, depuis les recherches de Zenker, Billrolh, Virchow, sur les néoplasies du tissu musculaire à libres striées, on divise les myomes en Liomyomes et en Rhabdomyomes ou myomes à fibres striées. L'expression de myoïne strio-cellulaire, que Virchow emploie comme synonyme de Rhabdomyome, n'a pas prévalu.
L'étude des liomyomes a été faite par nous dans un article précédent (t. H, 2"^ série), c'est pourquoi il ne sera traité ici que des Bhahdomyomes ou des myomes à libres musculaires striées.
Ces tumeurs sont fort rares, par conséquent il est possible de résumer les exemples qui en ont été cités en un court article.
Zenker, Virchow, Volkmann ont réuni et étudié, dansleur ensemble, les observations qui ont été publiées; Virchow leur consacre quelques pages, dans son Traité des Tumeurs, et, depuis, deux nouvelles observations ont paru dans les Archives de Virchow; elles sont dues à Erdmann et à M*"* Kaschewarowa Rudnewa.
Nous avons, dans un article précédent, signalé l'hypertrophie musculaire
240 MYOME.
admise dans les tumeurs de la langue par Weber et par M. Bouisson; nous ne la considérons pas comme représentant des tumeurs auxquelles conviendrait le nom de myome ni de rhabdomyome. En dehors de ces faits, les tumeurs à fibres musculaires ont été trouvées dans le cœur, dans des viscères et dans les membres. Virchow a cité trois faits de rhabdomyoraes congénitaux observés dans le cœur d'enfants nouveau-nés (deux de ces faits ont été publiés par Recklingliausen et par Kantzow) ; Skreczka a rapporté un exemple de tumeur musculaire de la cloison, chez un adulte; Virchow suppose que, dans une observation de Billard, des tumeurs du cœur considérées comme squirrheuses étaient peut-être de nature musculaire; Virchow a vu des fibres musculaires situées dans des myosarcomes de l'ovaire, tumeurs congénitales ; Billroth a décrit un myome cystique du testicule ; Lambl a trouvé les éléments des fibres musculaires striées dans une tumeur du tibia chez un enfant. Rokitansky, Senftleben, ont considéré comme myomes des tumeurs du testicule chez des enfants ; Buhl rapporte deux faits de myomes siégeant, l'un à la région lombaire chez une jeune fille, l'autre dans le muscle pectoral chez un adulte. Erdmann a trouvé des fibres musculaires striées, à divers états de développement, dans une tumeur de la région frontale, cliez un jeune homme. Enfin M""" Kaschewarowa a publié l'observation d'un rhabdomyome myxomatode du vagin chez une jeune fille de 15 ans.
Les caractères anatomo-pathologiques de ces tumeurs diffèrent suivant leur siège et suivant les conditions étiologiques, mais dans tous les cas ce sont des fibres musculaires à diverses phases de développement qui ont été observées ; des corpuscules musculaires embryonnaires, des corps myoplasliques, et même des fibres musculaires ftisiformes et cyhndriques à plusieurs noyaux et à stries transversales très-nettes composent ces tumeurs.
Si l'on en excepte les myomes congénitaux du cœur, décrits par Recklinghausen et Virchow, toutes ces tumeurs ont présenté des caractères mixtes, c'està-dire que les éléments musculaires ont été vus dans une masse dite sarcomateuse et myxomateuse, disséminés au miheu d'éléments du tissu conjonctif à diverses phases d'involution, ou de dégénérescence.
Il est bien plus difficile encore de se prononcer sur la nature de ces tumeurs que sur celle des liomyomes. Virchow fait observer que plusieurs de celles-ci doivent être considérées comme des tératomes ; nous croyons que pour les tumeurs de l'ovaire, et même du testicule, pour la tumeur de la région frontale d'Erdmann, il s'agit de tératomes; cependant on a pu considérer comme une hypergenèse les tumeuis du testicule et du vagin, puisque des fibres musculaires striées font partie de la texture normale de ces organes. Il faut donc admettre que les rhabdomyomes n'ont pas été observés jusqu'à présent comme tumeurs hétérotopiques. Cependant, l'étude clinique de ces tumeurs prouve que pour les cas où l'on en a pu suivre la marche, il y a eu des récidives, elles se sont comportées comme -des sarcomes mous ou des tumeurs embryoplastiques. C'est ainsi que dans le cas de myome lombaire (Buhl), la tumeur qui, enlevée, avait la grosseur d'un œuf de canard, a récidivé, et en 14 jours atteignait le volume d'une tête d'enfant; le myome du muscle pectoral a rôcidivé, le myome du vagin récidivant sur place atteignit, en 10 semaines, le volume d'un œuf de poule. La marche de ces productions est comparable à celle des myxomes, des tumeurs embryoplastiques, cependant il y a eu guérison à la suite d'ablations et de cautérisations répétées dans les cas de Buhl et de Kaschewarowa. Le diagnostic de ces tumeurs est difficile à ce point que toutes les observations citées sont
MYON (SAINT-) .(ead minérale de). 241
discutables. Il ne pouvait être question du diagnostic clinique, mais seulement du diagnostic fait après l'examen liistologique de la tumeur. Virchow a signalé plusieurs causes d'erreur ; des fibres musculaires striées peuvent se trouver dans les tératomes, et c'est probablement le cas des myomes de l'ovaire, observés par Virchow, peut-être aussi des myomes du testicule décrits par Rokitansky, Billroth, Senftleben; on peut confondre les sarcomes avec les rhabdomyomes, c'est-à-dire que l'examen et la description des corpuscules musculaires des libres musculaires embryonnaires doivent être faits avec une grande rigueur ; par exemple les cas de Billioth, de Lambl, sont considérés par Yirchow, par Billroth lui-raèmej comme fort douteux, ce sont des sarcomes ou des tumeurs myéloïdes. On peut confondre les éléments musculaires à la période embryonnaire avec des myéloplaxes (avec des éléments du tissu conjonctif), enfin les fibres musculaires lisses peuvent normalement même présenter des stries, comme dans l'œsopliage, ou être réunies en faisceaux cylindriques, comparables aux faisceaux primitifs de fibres musculaires, comme on peut l'observer dans l'intestin, et mieux encore dans les liomyomes de l'intestin.
Cette difficulté du diagnostic de la texture ex|>lique pourquoi de tous les faits cités comme rhabdomyomes, ceux de Buhl, de Katschewarowa, d'Erdmann, sont, avec les exemples de myomes cardiaques, les seuls faits permettant de constituer une espèce de tumeur, sous le nom de rhabdomyome. A. Hénocqoe.
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IlIYO\ (saixt) (Ead minérale de), athermale, bicarboriatée sodique moyenne, bicarbonatée ferrugineuse faible, carbonique moyenne. Dans le département du Pay-de-Dôme, dans l'arrondissement et à 12 kilomètres de Riom, à 4 kilomètres d'Âigueperse [voy. ce mot), Saint-Myon est un bourg de 870 habitants, à 250 mètres duquel émerge une source, sur la rive droite de la petite rivière de Morge et du flanc d'un rocher granitique. Elle a deux griffons; l'un sort dans le Ht même de la Moi'ge et se mêle à ses eaux, nous n'avons pas à nous en occuper ; l'eau de l'autre est reçue dans un puits creusé dans le roc et abrité par un pavillon en mauvais état. Son eau est claire, limpide et transparente ; elle a une légère odeur bitumeuse; sa saveur est à la fois aigrelette, lixivielle et sensiblement ferrugineuse. Sa température est de 14" centigrade. Des bulles gazeuses d'un assez gros volume la traversent et viennent s'épanouir avec bruit à sa surface; sa densité est de 1,0027. M. Jules Lefort a fait, en 1859, l'analyse chimique de l'eau de la source de Saint-Myon; il a trouvé dans 1,000 grammes les principes suivants :
Bicarbonate de soude 1,914
— potasse 0,170
— chaux 0,915
— magnésie 0,591
— protoxyde de fer 0,U22
A reporter 5,512
Tkirir^
Rejwrt 3,312
Sull'iite de soude 0,353
— strontiane 0,00G
Chlorure de sodium 0,423
Silice 0,096
lodiire de sodium traces tr.-sens.
Phosphate de soude, arséniate de soude, alumine, matière organique
! traces.
Total ces matières fixes 4,192
- ( acide carbonique libre Ogr. 942
( oxygène et azote 11 ce.
L'eau de la source de Saiut-Myon se conserve très-bien dans des bouteilles hermétiquement bouchées , elle laisse précipiter seulement une petite quantité d'oxyde de fer ; elle est donc dans de bonnes conditions pour supporter le transport. Soit à cause de son très-faible débit, soit pour tout autre motif, elle n'est utilisée que par les habitants de la contrée qui la prennent en boisson, toutes les fois qu'ils ont besoin ou qu'ils croient avoir besoin d'un traitement ferrugineux. Les femmes enceintes et les nourrices lui attribuent une grande eftîcacité contre les mauvaises digestions, contre les vomissements qui accompagnent la grossesse, et contre les coliques des jeunes enfants. Les médecins du pays ont plusieurs fois constaté que l'usage interne et longtemps continué de l'eau de Saint-Myon est un préservatif des lièvres intermittentes endémiques, dans cette partie de la Limagne, et un moyen curalif des accidents consécutifs aux pyrexies intermittentes paludéennes. C'est l'élément ferrugineux qui est surtout le principe actif dans les cas dont il vient d'être question ; mais le bicarbonate de soude est celui qui doit agir presque exclusivement dans les dyspepsies et dans les gravelles hépatiques ou rém\les de ceux dont la constitution n'est pas profondément débilitée et qui ne viennent demander à l'eau de Saint-Myon que des digestions moins laborieuses, une sécrétion biliaire plus abondante et plus fluide, et une formation d'acide urique compatible avec la santé.
La durée de la cure est d'un mois, en général.
On n'exporte pas l'eau de Saint-Myon. A. Rotoreau.
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MTOPIE (de fzù:iv, cligner). L Dioptriqce. '^ \. Vréliminaires, définition. On désigne sous le nom de myopie cette condition des yeux qui rend la vue confuse et indistincte au loiu, et nette seulement pour les objets rapprochés, et qui présente, en outre, cette particularité d'être immédiatement et extrêmement améliorée, dans sonappUcation aux objets distants, par l' interposition àe verres concaves d'un foyer plus ou moins court.
Cette délinition, dans les cas où son application est exacte et entière, caractérise absolument la myopie. Mais il faut qu'elle soit telle et qu'il n'y ait, dans l'espèce, aucun doute sur la présence de toutes les conditions qui la constituent.
Ainsi, si on s'arrêtait à sa première partie : vue confuse de loin et distincte seidement de près, on pourrait se voir induit en erreur. Il existe, en effet, plusieurs états pathologiques différents et qui ont pour symptôme commun la nécessité ou l'habitude de rapprocher fortement des yeux l'objet du travail ou de l'attention. Ainsi nous voyons journellemeat des malades mettre, pour ainsi dire, le nez en contact avec le livre qu'ils veulent déchiffrer, sans avoir rien autre que cette habitude ou cette nécessité, en commun avec la myopie : tels sont des amblyopes, des ustigmatiques et même des hypermétropes (l'opposé absolu des myopes); tous états qui présentent ou peuvent présenter en même temps ce caractère : de n'y voir de loin que plus ou moins confusément.
Mais, dans ces conditions pathologiques, la vision ne se trouve point améliorée, — et surtout de façon immédiatement convaincante, — par l'interposition d'un verre concave et dispersif. Et c'est là qu'est le critérium de la myopie.
Rien ne semble donc plus simple, et ne l'est en réalité dans la grande majorité des cas, que de poser le diagnostic d'une myopie. La suite montrera cependant que, même eu l'absence de toute supposition de fraude ou de simulation, il existe nombre de cas oîi la formule précédente, en apparence exactement appliquée, peut cependant conduire à une erreur de diagnostic. Pour nous permettre d'y échapper, pour aborder avec sécurité l'étude cUnique de cet état de la vue, il importe donc d'exposer à l'avance caque peut être l'œil myope, au point de vue soit purement physique, soit anatomique. Ces deux études formeront l'objet des deux chapitres qui vont suivre. Le premier sera consacré à l'analyse dioptrique de l'œil myope, le second à son examen anatomique.
Mais pour que la première de ces études (dioptrique) puisse être intelligible, il nous faut préalablement l'asseoir sur quelques emprunts faits au chapitre de la dioptrique physiologique et dont la myopie se trouvera n'être, au fond, qu'une aberration parfaitement caractérisée.
§ 2. Caractéristique dioptrique. On a vu (art, Amétropie, t. III, i"" série), que l'œil régulièrement conformé était construit sur des éléments dioptriques tels, qu'à l'état de parfait repos, c'est-à-dire sans nul effort de sa part, dans cette condition passive que Young appelait l'indolent state,
Les objets éloignés, ou qui envoient vers lui des rayons parallèles, forment exactement et pour ainsi dire d'eux-mêmes, leur image sur la couche la plus postérieure de la rétine (celle des bâtonnets, membrane de Jacob).
On a vu encore (art. âccommodatio>', t. I, l^s série) que, pour passer de la vision nette des objets extrêmement distants à la vision toujours également nette des objets de plus en plus rapprochés de lui, le même œil pouvait ajouter à la première quantité de réfraction que nous venons de définir, une nouvelle quantité de réfraction mesurée sur la distance de l'objet ^
Cette addition s'opère sans altération aucune de la forme extérieure, ni des dimensions de l'organe ; elle est procurée, sous les ordres de la volonté ou de l'instinct, par un petit appareil musculaire ou dynamique dont le mécanisme modifie, suivant les besoins, le degré de courbure du cristallin. Cette fonction a reçu le nom à.' accommodation ou d'adaption de l'œil aux distances.
En résumé, l'œil peut et doit être considéré comme investi de deux espèces de réfraction, l'une fixe ou indolente, la réfraction statique ; c'est celle qui se trouve en rapport avec les rayons parallèles, ou venant de l'horizon.
* Cette quantité supplémentaire est exactement mesurée par la force refrin^^ente de la lentille qui aurait pour longueur focale principale ladite distance de l'objet à l'œil.
La seconde, appelée par opposition dynamique, eu égard à rin'.ervenlion nécessaire d'un acte musciiLiire pour la réaliser, et dont la fonction consiste à procurer l'adaptation de l'œil aux. dilférentes distances*.
Cela posé, l'état de repos ou indolent de l'œil, son adaptation sans nul effort aux rayons parallèles étant lu condition normale et naturelle à l'homme, on a donné à cet œil le nom de moyen ou emmétrope {moclimi tenens), et, par contre, a été désigné par amétrope (a privatif) l'œil dont la construction première s'écarte de cette loi.
Et ces écarts ou anomalies de la réfraction statique, les amélropies, consisteront eu ceci : que le foyer des rayons parallèles, au lieu de se former exactement sur l'écran rétinien, tombera soit en avant, soit en arrière de lui. Dans le premier cas, l'organe offrira un excès de réfraction statique.
Dans le second, un déficit, par rapport à la quantité normale ou emmétropie. La première de ces anomalies a reçu le nom de brachymétropie, disons simplement myopie (consacré par un long usage); la seconde a reçu les dénominations d'hypermétropie ou hyperopie ; nous ne la citons ici que par opjiosition.
I! est bien une troisième classe d'anomalies de la réfraction statique ; elle est connue sous le nom A' astigmatisme, et consiste dans l'inégalité des quantités de réfraction statique des différents méridiens de l'œil. Or cette inégalité se fonde sur une asymétrie de construction de l'organe, qui cesse ainsi d'être un appareil centré ou de révolution. Or la centration exacte de l'œil étant une condition tacite de l'étude dioplrique qui nous occupe, nous croyons que l'astigmatisme doit former une classe à part d'anomalies, et qui suppose parfaitement faite et connue l'histoire des deux amétropies principales, par excès ou par défaut, des appareils organiques régulièrement centrés.
§ 5. Expression mathématique du degré de Vamélrojae. Des propositions que nous venons de formuler, il résulte que tout œil, supposé privé pour un moment delà faculté de modifier, par addition ou soustraction, sa quantité de réfraction statique, pourra être représenté par une lentille collective équivalente, d'un foyer précis et facile à connaître.
Si nous nous reportons à l'œil schématique simplifié et déterminé sur les bases que fournit la physiologie {voy. Anss. d'Ogul., mars-avril 1868 ; Journal de Physiologie de Robin, même année), nous voyons que dans l'œil emmétrope, la longueur focale principale postérieure (y"), ou distance delà rétine au deuxième plan principal, est égale à 18'"™, 75. Cet instrument, envisagé comme un cristal inorganique, serait donc comparable à une lentille positive de 18°"", 75, infiiii-
1 Le lecteur devra ne point négliger cette nouvelle base de la classification des vues sous le rapport de leur portée, qualité renfermée dans la mesure de leur réfraction statique. Cette forme d'analyse est de la plus haute importance, et, dans la pratique, équivaut à une véritable révolution.
L'oeil est aujourd'hui envisagé au point de vue de son action sur les rayons parallèles, et classé, par conséquent, d'après la position de son puncium remotum (lequel est à l'infini ou à l'horizon, dans l'œil régulier).
Les anciens s'étaient attachés, au contraire, à la considération du punctum proximum. On comprend tout l'avantage du nouveau point de départ. La position du punctum proximum dépenl à la fois et de la refraction statique et de la réfraction dynamique ou accommodation. Le punctum remotum est déterminé, lui, par l'état de la seule réfraction statique; il est indépendant de toute action musculaire physiologique. Il peut donc seul offrir une base fixe aux mesures et aux comparaisons. Il représente la conformation même de l'œil, en dehors de l'intervention de toute action musculaire ou nerveuse : c'est un œil de cristal.
ment mince, placée à ladile distance de la rétine ou à 4""",50 du sommet de la cornée.
En adoptant pour unité de réfraction, ou dioptrie, la force rélringente développée par une lentille de 1 mètre de longueur focale, la lentille qui remplacerait l'œil emmétrope développerait donc, ou aurait pour mesure : 53,33 dioptries^
Maintenant passons à Vamétropie.
\° Amétropie par excès ou myopie.
Si on appelle E la quantité de réfraction de l'œil emmétrope, et M celle développée par l'oeil myope, et en adoptant la simplification de Donders, c'esl-à-dire faisant '/ = lo™"" : f" =10""", on aura M = E n- ^ (^î étant la quantité de réfraction ou le nombre de dioptries, qui mesure l'excès déterminant la qualité myopique de l'œil considéré).
Or, dans cette formule, nous avons fait E = 53, 33 dioptries, ou plutôt en prenant les nombres de Donders, 50 dioptries en nombre rond; comment maintenant nous procurerons-nous S, comment mesurerons-nous cet excès?
Bien simplement : supposons un œil atropinisé et dont on appelle successivement l'attention sur un objet très-éloigné, qu'il ne voit que très-confusément, puis sur l'objet le plus distant de ceux qu'il voit nettement; ce dernier, il est inutile d'y insister, se trouve à la distance de son piinctum remotum. Cela posé, faisons passer devant cet œil la série croissante des verres négatifs; les objets très-distants deviendront de plus en plus distincts, et enfin, à un instant, ou pour un verre donné, ces objets seront aussi nets et distincts que celui placé au punctnm remotum du sujet.
En cet instant, les rayons panillèles qui ont traversé le verre et en ont éprouvé par conséquent, l'effet dispersif, se rencontrent sur la rétine, exactement comme ceux qui, le verre étant enlevé, partent de la distance du punclum remotum. Les uns et les autres viennent tomber sur la cornée sous une même divergence.
Or quelle est la lentille en état de produire cet eîïei exact sur les rayons parallèles? C'est évidemment celle dont le foyer antérieur est au punctum remotum même. Et comme cette lentille a pour valeur réfringente l'inverse de sa longueur focale, cet inverse mesure la quantité de réfraction même dont son apposition devant la cornée a diminué celle propre à l'organe soumis à l'expérience.
Admettons que cette lentille soit le n° 18 de la série duodécimale (vulgaire) des verres concaves, sa longueur focale principale égale 18 pouces ou 0'",50 ;
5 égale donc r-— : ou 2 (en dioptries mélririues) . 0,5U
Nous aurons donc :
Dans l'ancien système, on aurait formulé ainsi qu'il suit le même rapport :
* C'est cette distance delà lentille idéale de 18"'",7o à la cornée (4 à 5 millimètres), qui devra servir de point de départ pour les calculs de réfraction oculaire demandant une certaine exactitude. Ces calculs supposeront en outre le verre correcteur de la réfraction placé aune distance de 10 millimètres de la cornée. Les formules de Gauss appliquées à ces premiers éléments supposeront donc une distance de 15 millimètres en nombre rond entre le système inorganique interposé devant l'œil et la lentille idéale infiniment mince de 18"°", 75 représentant l'organe. M. Donders a proposé dans une note récente Congrès de Bruxelles), d'adopter pour la commodité des calculs nour «' i^">m . ,,Qm, ^n^ 20°"°.
(f exprimant en pouces la longueur focale de l'œil emmétrope, ou 18""", 75, et — le degré de la myopie).
Cette manière élégante de déterminer la distance du punctiim remotum, ou la mesure de la myopie, est due à Donders.
n. AxATOJirE. Pathologie. § 4. Des caractères anaiomiques de Ja myopie. La définition mathématique de la myopie n'exprime qu'im rapport : Trop de réfraction eu égard à la distance de l'écran, ou à la longueur de l'oeil. Mais les termes de ce rapport sont-ils indifférents? RenconLre-t-on, en fait, tanlôt un excès absolu de réfraction dans un œil de dimensions régulières, ou, — inversement, dans d'autres cas, un œil trop long quoique doté d'une quantité de réfraction moyenne? Non; — cliniquement, ce n'est pas un sim[ile rapport que l'on rencontre ; c'est toujours un excès de longueur de l'œil correspondant à un état de réfraction moijen.
En d'autres termes, dans l'œil myope (comme du reste dans l'amétropie contraire, l'iiypermétropie), cornée et cristallin ont mêmes courbures, mêmes distances relatives ; les milieux ont enfin les mômes indices de l'éfraction que dans
Fig. l. — Les trois formes l'ondamentales de l'œil sous le rapport de la réfraction statique : E, œil emmétrope; M, œil myope ; H, œil hypermétrope.
l'œil emmétrope. Mais le globe, au lieu d'être sphéroïdal, offre la forme d'un ovale à grand axe antéro-postérieur ; on a vu cet axe antéro-postérieur de l'œil, qui à l'état physiologique ne dépasse guère 24'"°', atteindre jusqu'à 28""", et même exceptionnellement ^S"""" (Donders).
[Nous exceptons, bien entendu, les cas tiès-particuliers dans lesquels une altération du tissu de la cornée, reconnaissable à l'examen direct, comme dans le kératoconus, les staphylômes partiels, a produit des déformations, avec excès de courbure de la membrane antérieure. Mais, en ce cas, la myopie, accompagnée d'ailleurs d'autres manifestations non moins sensibles, se présente à l'observateur, non comme un état essentiel, subjectif, purement optique enfin, mais comme le symptôme d'une altération de tissu évidente a priori.1
§ 5. Signification et mécanisme de la disposition ovalaire du globe oculaire dans la myopie. Dans les développements qui précèdent nous avons vu que h myopie et l'hypermétropie représentaient les deux états opposés caractéristiques des anomalies de la réfraction statique. Nous pouvons ajouter qu'au point de vue purement anatomique, cette même opposition se maintient identicjue. Si l'œil myope est l'œil trop long pour sa quantité de réfraction, par contre, l'œil hypermétrope est trop court pour la même quantité de réfraction, égal en général dans les deux cas, à celle de l'œil légulier ou emmétrope.
Mais si dans l'hypermétropie, les recherches anatomiques ne peuvent faire ad-
mettre pour cause de cette brièveté relative du graud axe de l'œil, qu'une sorte d'arrêt de développement congénital de l'organe; s'il ne s'y rencontre aucune lésion anatomo-patlioîogique sérieuse, il n'eu est plus de même de la condition contraire, l'excès de longueur du globe cbez le myope.
Dans la myopie, en effet, cet excès de longueur n'est pas congénital ; il consiste en un allongement proportionnel au degré de l'excès de la réfraction, allongement pathologique produit par des altérations anatomiques trop souvent énormes.
Ces altérations , qui offrent l'état anatomo-patbologique constitutif du staphylôme scléro-choroidien postérieur, de la choroïdite séreuse atrophique, sont reproduites dans les tableaux suivants :
L'un écrit sous la dictée de l'ophthalmoscope et que nous pouvons qualifier à'anatomie-patholocjiqiie vivante, le second, complétant le précédent par l'exposé des lésions ])ost-mortem {oculi).
§ 6. Données ophthalmoscopiques. Observation à Vœil nu : Diagnostic objectif et mesure du degré de la myopie. [Nous désignons par l'expression « à Vœil nu » l'exploration faite sans le secours de l'interposition de la lentille dite
Fi". 2.
ophtliaîmoscopique, et rendue possible, dans le cas d'un œil myope, parla conformation même de cet œil. Dons la myopie, en effet, l'état de la réfraction est tel que Vimage renversée des parties profondes est formée par les rayons qui émergent de l'œil, en convergence, et vont se réunir en avant du sujet, à la distance même de son punctum remotuni. Si donc un observateur se place sur la direction de ces rayons émergents, et à une distance du sujet supérieure à celle de ce punctum remotum, et telle en outre que cet excès ne soit pas moindre que la distance de son propre punctum proximum à lui-même, cet observateur sera en mesure de distinguer, sur le fond de la lueur oculaire, les détails mêmes de l'image renversée].
Plaçons àonc, par hypothèse, observateur o' et observé o à une distance oo' égale à la somme du punctum proximum du premier et du punctum remotum du second, et armons le premier de l'oiifathalmoscope. Dans celte situation relative, l'image renversée p'J du fond de l'œil observé, fait fonction d'objet réel, et son image à elle-même, comme celle d'un objet réel, va se peindre renversée une seconde fois, au fond de l'œil observateur en pV. Ce dernier est alors frappé nonseulement par l'éclat de la lueur oculaire manifestée par les conditions ophlhalmoscopiques, lueur le plus souvent fort brillante en ce cas, mais encore par l'apparition très-nette de vaisseaux qui la traversent et se détachent sur elle de façon très-marquée. Si l'observateur exécute alors de faibles mouvements de déplacement de sa propre tête, il remarque que ces vaisseaux, ou du moins leur image, se déplacent en sens inverse de ses propres mouvements.
Ce caractère estpathognomonique; il suffit à lui seul à définir objectivement la
myopie, ou la présence d'une image renversée du fond de l'œil observé, à une distance précise entre lui et l'observateur.
Ce dernier peut même conclure très-rapidement de son examen le degré même de la myopie. A cet effet, il se rapprochera tout doucement de cette image en observant avec soin ses détails, et jusqu'au moment où ces détails deviendront un peu indistincts. En ce moment précis, il sera, de cette image, à une distance égale à celle de son propre punclum proximum. La distance totale facile à apprécier, ou à mesurer avec un mètre portatif, qui sépare en cet instant l'observateur de l'observé, est évidemment égale alors à la somme de celles du punctum remotum du second et du punctum proximum du premier. Or comme nous ne supposons pas qu'un médecin maniant l'ophlhalmoscope ne connaisse pas la distance de son propre punctum proximum, nous dirons qu'au moyen d'une simple soustraction, l'autre partie constituante de la somme en question, la distance approximative du punclum remotum du myope se trouvera déterminée. Or c'est le degré même de la myopie du sujet {voy. le § 5).
S'il désire contrôler cette appréciation, l'observateur a un second moyen sous la main ; il fera passer successivement devant l'œil observé à la distance de 10"" de cet œil, comme un verre de lunette, les verres concaves de la boîte d'essai, en commençant par les plus faibles. Au fur et à mesure de ces additions successives, il verra grandir et devenir plus indistincts les détails de l'image renversée ; pour un de ces numéros successivement croissants en force, l'image deviendra tout à fait confuse et finalement se réduira à la simple lueur oculaire. En cet instant, les rayons émergents de l'œil observé et rencontrant la lentille placée devant lui, sont par elle, rendus parallèles lors de l'émergence. L'excès de réfraction est donc neutralisé. L'observateur a en main la mesure exacte, et objectivement déterminée, de la myopie du sujet (§ 5).
Nous nous étonnons que cette méthode, classique depuis au moins quinze années aujourd'hui, ne forme pas encore un des articles obligatoires de l'ordonnance ministérielle destinée à servir de règle et de manuel aux conseils de révision pour le service militaire. La myopie est une des infirmités qui prêtent le plus aux essais de simulation devant ces tribunaux souverains. Or la méthode que nous venons de formuler, élimine des épreuves toute participation volontaire du sujet, et rend l'anomalie aussi immédiatement évidente et mesurable que le pourrait être une tumeur implantée sur la région antérieure de l'œil au lieu d'être, comme nous allons le voir, creusée au fond de cet organe. (Voir le § 47.)
§ 7 Etude ophabnoscopique des parties profondes de Vœil myope. Anatomie pathologique vivante, a Premières périodes. Si maintenant il arme l'instrument d'une lentille convexe, l'observateur se procure l'examen d'ensemble du fond de l'œil. Il reconnaît alors les particularités suivantes :
Région papillaire. i" Un croissant pigmentaire, plus ou moins marqué embrasse le bord interne (image renversée) de l'entrée du nerf optique. Cet amas obscur, variant du gris au noir, se partage parfois en deux ou trois stries concentriques.
Ou bien, toujours du même côté de l'entrée du nerf optique, la choroïde, séparée du bord du nerf, laisse entre elle et lui un petit croissant variant du gris au blanc éclatant, de forme régulière ou irrégulière, et dont la concavité embrasse aussi l'anneau du nerf.
Ou bien encore ce croissant, plus développé dans le méridien horizontal, s'avance en dedans (toujours image renversée) gagnant progressivement la région
3IY0PIE. 249
de L,a macula ou pôle de l'œil, marchant aussi, mais de façon moins marquée, en haut et en bas, comme pour embrasser plus complètement le disque optique.
Un pas de plus, et le même processus apparaissant à l'autre bord du disque, on voit ce dernier entièrenieut enveloppé d'un double croissant elliptique, à grand axe horizontal plus ou moins irrégulier d'ailleurs.
Le grand axe du croissant elliptique offre en effet le plus communément la direction horizontale; cependant il n'est pas rare de lui voir affecter le sens vertical ou toute autre inclinaison).
Région polaire ou de la macula lutea. En même temps que ces anomalies s'observent autour de la papille 0])tique, la région de la macula et celles qui l'avoisinent ont perdu l'uniformité de surface que présente l'état normal. De petits amas floconneux, gris ou br\ms apparaissent comme semés sur la surface. Ce sont des granules pigment aires sortis de leur envelop[ie cellulaire et se disséminant dans la couche épithéliale.
A un plus haut degré ces granules disparaissent, et la choroïde se montre avec de petits interstices gris ou blancs, qui lui donnent l'aspect chiné, éraillé.
Ces apparences diverses présentent les degrés successifs de la disparition de la choroïde, par atrophie ou résorption, sur toute l'étondae que nous venons de décrire.
La surface blanche albuginée y est fournie par la sclérotique elle-même mise à nu par la choroïde disparue ; les parties grisâtres sont dues à la présence du pigment dissocié.
Région équatoriale. Dans cette région, ou plus généralement tout autour des parties qui sont le siège des lésions que nous venons de décrire, les vasa vorlicosa se montrent plus rouges et i)lus engorgés que d'ordinaire ; symptôme de l'état inflammatoire sous-jacent à ce processus atropbiqiie.
De ce qui précède on peut déjà conclure que plus est étendue la surface de la sclérotique mise à im, plus elle est blanche et éclatante, plus est prononcée l'altération de la membrane vasculo-pigmentaire.
La blancheur, l'éclat du croissant péri-papillaire sont donc en raison de l'ancienneté du processus atrophique.
Un autre ordre d'observations doit encore attirer l'attention : sur cette partie blanche ou albuginée on voit courir deux, sortes de vaisseaux ; 1" de petits fils vasculaires rouges s'étendant en ligne droite d'un point de la surface dénudée ou du disque optique pour aller se perdre dans la choroïde. Ce sont les vaisseaux scléro-choroïdiens formant la couronne vasculaire postérieure.
2° D'autres vaisseaux, d'un volume un peu plus fort, rectilignes et étirés comme les précédents : ce sont les vaisseaux propres de la rétine.
Dans les premières phases de ce processus morbide, pendant son développement, la choroïde apparaît comme graduellement résorbée, érodée, rongée sur son bord papillaire ; elle laisse voir sa tranche comme coupée à l'emportepièce et sur elle on reconnaît des places, les unes noires, les autres d'un brun rouge assez régulièrement distribuées, et qui ne sont autre chose que les distributions vasculaires et pigmentaires du parenchyme même ou stroma de la membrane.
A un certain degré de ce développement, le plan du disque optique se présente sous une forme ovale dont le grand axe est perpendiculaire à celui de la dénudation elliptique ci-dessus décrite.
Cette forme ovale ne paraît pas, dans les premières descriptions qui en ont été
f.iiLes, avoir reçu immédiatement l'interprétation qu'elle comporte. On l'a décrite comme un simple changement de forme; ce n'était pas suffisant. Le disque optique ne change point de forme ; il reste circulaire, mais se montre ovale, eu égard à son inclinaison. Le hord du disque en rapport avec le croissant est en efict repoussé en arrière, avec le croissant lui-mcme auquel il adhère, et forme ainsi un slaphylôme partiel. On peut s'en assurer à l'examen monoculaire. Au moyen d'un petit mouvement de latéralité, imprimé à la lentille ophthahuos- €opique, on détermine des différences d'étendue dans le déplacement relatif des bords du disque, et on en conclut l'existence d'une différence adéquate dans la profondeur relative de ses parties.
A l'examen à l'image renversée, le bord qui se déplace davantage est celui du disque le plus rapproché de l'observateur. Pareille observation faite à l'image droite donnerait lieu à la conclusion contraire. Mais l'observation est beaucoup plus frappante à l'examen binoculaire.
Ici le doute n'est pas permis ; et la notion de la différence des plans occupés par les deux bords opposés de la circonférence du disque ne laisse pas l'interprétation errer sur la cause de l'apparence elliptique de la papille, à savoir Vobliqxiité de sonplhn sur l'axe dioptrique. L'inclinaison de ce plan est telle que son bord le plus éloigné se fond dans lu partie la plus staphylomateuse. De ce même côté, les libres du nerf optique sont distendues ; du côté opposé elles se replient au contraire brusquement pour se répandre dans la rétine.
Dans d'autres cas, la disparition atrophique des membranes profondes, l'ectasie ou staphylôme, n'est plus exclusivement propre à l'un des quadrants de la circonférence du di-sqiie optique, mais parfaitement annulaire ou circulaire. Le ramollissement et la distension, qui en est la conséquence, sont plus uniformes et s'étendent dans toutes les directions autour de la papille optique. Ce disque ne se présente plus alors sous l'obliquité à laquelle est due son apparence ovale, mais de face comme à l'état normal, et dès lors circulaire.
De ces deux formes, la première représente le staphylôme de Scarpa ; la seconde le staphylôme annulaire.
Dans la première phase et à la période de début de cet état pathologique, on remarque souvent que la région centrole du disque optique, l'excavation dite physiologique se trouve comhlée par un exsudât gélatineux d'un gris roussàtre, qui couvre même quelquefois la papille dans son entier, comme si le nerf optique lui-même participait à la prolifération inflammatoire ; ou bien plutôt que la choroïde eût laissé Iranssuder ce magma de sa tranche mise à vif.
Ces symptômes objectifs ne peuvent laisser de doutes sur l'existence d'une distension du globe dans sa face postérieure.
Indépendamment des apparences ophthalmoscopiques, on peut, dans les cas de degré élevé, s'en assurer d'ailleurs directement. Ecartant avec les doigts les paupières, et invitant le malade à porter fortement l'œil en dedans, on arrive à voir presque tout le globe suivant son diamètre antéro-postérieur. On reconnaît alors que ce globe présente un allongement considérable suivant son axe ou une tumeur staphylomateuse sensible à travers la conjonctive, sous laquelle elle fait saillie ou offre une teinte azurée.
b Périodes ultimes. Les tableaux précédents exposent la première phase du processus, caractéristique des causes de la symplomatologie myopique, période pendant laquelle l'œil existe encore comme organe de vision, souvent d'ailleurs extrêmement atténuée.
11 nous reste à compléter le tableau de ce processus quand il continue à se développer, à partir du moment où l'œil ne peut plus manifester d'autre pouvoir que celui de distinguer l'ombre de la lumière.
Cette exposition sera contenpe dans le tableau opbthalmoscopique des dernières phases du staphylôme scléro-cboroïdien.
Dans ces périodes plus avancées, l'observation opbthalmoscopique, moins précise souvent quant aux détails, n'est pas moins concluante su point de vue des conséquences.
Le premier fait qui frappe l'observateur, c'est l'aspect extrêmement lumineux des parties profondes. La lueur oculaire n'est plus rouge, mais d'un blanc éclatant, miroitant, renvoyant la lumière opbthalmoscopique à la façon du tapis des animaux ; et cette apparence n'est pas circonscrite ou limitée à de faibles étendues comme celle de la papille optique : elle ne disparaît point pour faire place à la teinte ordinaire de la clioroïde sous l'action de faibles mouvements de l'œil, elle semble, au contraire, en embrasser toule la surface profonde. Elle s'aperçoit presqu'aussi complètement à l'œil nu qu'avec le secours de la lentille opbthalmoscopique ; sur elle se détachent les vaisseaux rectilignes décrits plus haut. Des îlots plus' sombres, soit bruns, soit noirs, y sont découpés comme des cartes de géographie ; ce sont les débris ou restes de la choroïde, et des amas de pigment non résorbé.
Dans le corps vitré se meuvent des flocons gris ou noirs, de volume variable, des niembranules flottantes de même 'couleur ; indice certain du ramollissement avancé de cet organe.
Bientôt s'y joint le trouble pouvant aller jusqu'à l'opacité, de ce même corps ; enfin s'aperçoivent au pôle postérieur du cri>talliii, dos opacités étoilées sur la face antérieure de la cristalloïde postérieure, des dépôts byaloïdieus sur la face postérieure de la même capsule : commencement de participation du cristallin à la lésion générale de la nutrition intra-oculaire.
A cette époque, et malheureusement souvent plus tôt, on peut également distinguer soit des dépôts liémorrbagiques dans la clioroïde et le vitré, soit même le décollement de la rétine, accidents trop communs dans la myopie progressive de degré élevé.
^ 8. Anatomie pathologique {post morlem oculi). En esquissant ce tableau symptomalologique sous la dictée de l'oplithalmoscope, nous avons devancé les enseignements de l'anatomie pathologique. La transparence des diverses parties de ces organes nous a permis de surprendre sur Ile vivant les altérations et même les processus pathologiques.
L'anatomie pathologique nous apprend en effet : 1" que l'affection fonctionnell
Fig. 5. — Éiat normal.
de la vue connue sous le nom de myopie consiste en un « allongement de Vaxe ante'ro-postérieur du globe, par ectasie ou distension progressive des membranes profondes. »
2" Que cette ectasie affecte deux formes : soit qu'elle porte presqu'uniformément sur toute la surface postérieure de l'œil, soit, plus communément, sur une
région plus localisée, le bord externe du disque optique, oîi s'établit un staphylôme tout à fait comparable à ceux observés dans la région antérieure, au pourtour de la cornée. On peut même dire que la première forme n'est le plus souvent qu'une extension de la seconde qui est généralement celle de début.
Cette région de début est, sinon sans exception, du moins très-généralement, la portion de la choroïde qui confine au bord externe du disque optique.
(On n'oubliera pas, en effet, que le tableau symptomatique dessiné ci-dessus est calqué sur l'image renversée donnée par la lentille ophtlialmoscopique ; et que partout où on lit « interne » il faut se représenter le côté opposé, ou externe des parties profondes.) Le point de départ de cette ddatation (ici c'est l'anatomie pathologique qui parle) est Fig. 4 et 5.— Teux formes de staphylôme postérieur. en effet originairement cette
étroite zone annulaire de la couche fibreuse intérieure de la sclérotique qui comble, en avant, l'insterstice cellulo-fibreux qui sépare et relie les deux tuniques du nerf.
De là elle s'étend, ainsi que le montre le tableau symptomatologique, en surface, demeurant toujours en rapport, par son côté interne et concave, avec l'anneau du tissu connectif de la papille optique, pendant que la^ portion correspondante de l'interstice des gaines du nerf éprouve une dilatation équivalente, dont la coupe, dans le plan méridien hoi izontal affecte la forme d'un clou ta tète dirigée en avant.
Bientôt l'ectasle s'étendant en surface, les membranes cèdent à la pression intérieure ; l'interstice des deux tuniques se voit ainsi diminué et elles arrivent au contact, se fondent ensemble, constituent, en arrière, le fond d'une tumeur à parois amin-
Fig. 6.
Apparence extérieure
du staphylôme de Scarpa.
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oies comme une vésicule, dans la proximité immédiate du nerf optique (fig. 6). C'est le staphylôme de Scarpa.
Quand ce staphylôme a atteint une certaine étendue, qu'il est devenu annulaire, il peut se développer en tous sens et arriver à être circulaire. Alors toute la surface du fond cède cornm^ unilorméraent et en s'apktissant. La vésicule initiale de Scarpa est passée à l'état d'atrophie ectatiqiie généralisée [voij. fig. 4). Complications. L'ophthalmoscope nous a révélé ce que devenait, pendant ce processus, la choroïde elle-même. Distendue entre son point d'attache fixe à l'anneau du nerf en arrière, et par sa circonférence antérieure, à la région ciliaire, elle s'atrophie progressivement, se déduisant à sa charpente coiniective qui se soude à la sciera, et comprenant passim des traces de pigment et des restes de sa tunique élastique. Les vaisseaux résorhés ont disparu dans toutes ces parties atrophiées*.
La sclérolique ne subit pas, en ce qui la concerne, d'altération proprement dite de tissu ; elle est seulement amincie et distendue.
La rétine, dans la majeure partie des cas, passe librement au-devant du staphylôme dont la sépare un fluide aqueux. Dans un staphylôme avancé, elle adhère cependant par places à la choroïiie, surtout dans Ja région de la macula. Mais ces adhérences et ces lésions ne se manifestent que tardivement si le développement du stjphylôme est lent. Dans les portions distendues, on voit les vaisseaux de la rétine témoigner de cette distension par leur trajet reclihgne et leur calibre affaibli.
Ces rapports nouveaux existant entre la choroïde et la rétine sont malheureusement la cause trop fréquente d'un terrible accident, continuellement suspendu sur la myopie progressive. A une certaine époque du développement du staphylôme, il arrive trop souvent que la rétine, détachée par l'accumulation progressive du fluide aqueux qui s'étend entre elle et la choroïde, ou tiraillée entre les adhérences qu'elle a contractées, se trouve ainsi entièrement éloignée, refoulée loin de la choroïde ; elle arrive à former ainsi des ampoules remplies de liquide, s'élevant dans la chambre postérieure, et finalement à flotter librement dans le corps vitré ramolli.
Tel est le terrible accident connu sous le nom de décollement de la rétine {dislocatio relinœ), (hydropisie sous-rétinienne partielle ou totale) ; le corps vitré, dans les ectasies considérables, est généralement fluidifié dans ses parties postérieures (ce qui explique comment la rétine peut arriver à y flotter) ; il est parsemé de petites parcelles de membranules qui flottent dans ce milieu ramolli (corps flottants du vitré), et paraît tantôt assez transparent, tantôt (le plus souvent) assez troublé.
Ces membranules sont le degré le plus élevé des scotomes mobiles ou mouches volantes [voy. le mot Myiodopsie, mouches volantes).
Les mouches proprement dites proviennent anatomiquemeut d'une prolifération des cellules des couches les plus postérieures du vitré, à la suite de troubles circulatoires amenés dans la choroïde, nourrice de ces organes, par le fait de la distension qu'elle éprouve.
* Le mécanisme de cette résorption est intéressant : avec un fort grossissement ophthalmoscopique on peut souvent le surprendre sur le vif. Les vasa vorticosa et leurs divisions avant de disparaître, présentent l'aspect d'une petite corde blanchâtre. Leur lumière y est évidemment comblée par un exsudât ou un néoplasme fibreux, sur lequel s'exerce ensuite la puissance particulièrement résorbante de cet état inflammatoire.
Enfin vient la lentille, qui présente elle-même souvent des signes de participation au trouble commun. Elle le témoigne par des opacités siégeant à son pôle postérieur ; les couches corticales les plus postérieures deviennent cataractées à la suite de l'altération première des couches les plus antérieures du vitré et de lamembraïie hyaioïde elle-même.
Dans le tableau symptomatologique du § 29 la diminution graduelle de l'acuité, l'extension du point aveugle, les interruptions survenues dans la continuité des images tiennent naturellement à la dépignientation locale et à l'atrophie consécutive des couches nerveuses de la rétine séparées de leur membrane de soutien.
8 9. Conséquences de ces constatations anatomiques . Les tableaux qui précèdent correspondent évidemment à un processus pathologique de nature inflammatoire et caractérisé par le ramoUissenient, la distension, enfin l'atrophie des enveloppes de l'œil dans ses parties profondes.
On y distingue nettement deux périodes : l'une aiguë, active, progressive ; l'autre st;itionnaire ; et ces deux phases correspondent à des circons tances symptomatiques et pathogéniques (nous le montrerons plus loin) également différentes. Mais la seconde, n'est jamais, en définitive, que l'arrêt, le repos de la première et peut en être considérée comme la guérison relative.
Ce tableau, on le voit, établit une différence considérable entre les anomalies par déficit et cellrs par excès de la réfraction ; la première (hypermétropie) semblant constituer un état presque physiologique de l'œil (au point de vue du moins de sa nutrition) , la seconde une maladie aiguë et fort grave de cet organe. Clinique, g 10. Des caractères apparents ou extérieurs de la myopie. Physionomie du myope. Aspect de ses yeux, et en particulier de sa pupille. Ses attitudes générales. D'après la lecture des paragraphes qui précèdent, on peut penser qu'un œil atteint de désordres aussi considérables que ceux que nous venons de décrire, doit se faire reconnaître à première vue et être immédiatement l'objet d'un diagnostic assuré.
Il n'en est rien; dans des myopies élevées, lorsque la forme ovalaire du globe s'est profondément accentuée, on peut, comme on l'a indiqué au § 6, reconnaître cette élongation et la forme elliptique du globe, même un staphylôme partiel de Scarpa, en écartant les paupières avec les doigts, et invitant le malade à regarder fortement en dedans ou du côté du nez. Mais c'est là le seul renseignement certain que puisse fournir une exploration sommaire extérieure. En dehors de lui, il n'existe que des indications propres à faire soupçonner l'état dont il s'agit.
Mais le degré de myopie de nature à permettre une affirmation formelle est trop élevé pour constituer la règle dans les observations journalières, et le médecin agira sagement en ne se prononçant pas à la légère.
Cela lui sera quelquefois difficile, eu égard aux préjugés généraux régnant à cet endroit.
Rien n'est plus ordinaire que de voir les malades s'asseoir devant vous avec cette pensée qu'au premier coup d'œil jeté sur eux vous allez prononcer sur la portée de leur vue. On a tant répété et écrit que chez le myope, la cornée était plus fortement courbe que dans les autres yeux, que dans l'opinion du monde, cette particularité de structure doit immédiatement frapper tout médecin expérimenté.
Nous avons exposé tout à l'heure (§4) le peu de fondement de cette supposition et l'identité générale de courbure de la cornée dans la presque totalité des yeux.
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ainsi d'ailleurs que des autres éléments de l'appareil dioptrique. S'il est vrai que dans .e.> myopies élevées, comme nous venons de le dire, la cornée /jamme présenter un accroissement de courbure, c'est uniquement parce que faisant, dans un globe ovulaire distendu, suite sans interruption de surface géométrique avec la sclérotique, elle paraît, par cela même, plus pointue, plus ^aillante, et, qu'en outre, le volume acquis par le globe lui fait davantage déborder l'ouverture palpébrale.
Bornons-nous donc aux symptômes d'avertissement qui doivent nous conduire à rechercher les caractères positifs de la myopie.
Dans la myopie, observation fort ancienne et due à Portfiereld, le globe est généralement plus dur qu'à l'état normal ; il résiste davantage sous la pression du doigt. On ne saurait s'en étonner sachant maintenant que la myopie est le symptôme optique d'une des formes de la choroïdite séreuse, affection de l'ordre des maladies glaucomateuses. Dans les phases aiguës de cette maladie, l'œil est, eu outre, le plus souvent humide et le malade y accuse de la chaleur et de l'irritation.
L'œil myope offre, relativement à l'âge du sujet, une pupille dilatée. On a généralement plus de facilité à l'explorer à l'opthaimoscope que les autres yeux du même âge.
La cause de cette dilatation relative est-elle due à la suspension habituelle dans cette sorte de vue des effoi ts accommodatifs, ou bien se rattache-t-elle à la prépondérance, innée chezle myope, du système moteur de la divergence {voy. § 18j, c'est ce que nous ne iious permettrons pas de décider.
Attitudes particulières au myope. Le myope a, disent les auteurs, une attitude qui lui est propre : voyant fort confusément à distance, son regard demeure vague et indécis; sa démarche est embarrassée, ses allures, celles de la timidité.
Pour d'autres, au contraire, peu préoccupé de ce qui l'entoure, — distinguant fort peu les assistants, — il offrirait les caractères opposés : ceux de l'assurance.
Nous avons rencontré des uns et des autres et craindrions de nous avancer en tranchant une question qui dépend plutôt du caractère individuel que de l'or'^ane visuel. Si nous nous bornions à dire que le myope est généralement maladroit, nous serions plutôt dans la vérité logique, au moins en ce qui concerne les mouvements généraux ; car pour l'exécution de très-petits ouvrages, ils sont, au contraire, plutôt favorisés. On remarque, en effet, qu'ils ont en général une éciiture fine (pattes de mouches), qu'ils écrivent sur des papiers de petite dimension, etc. On a même inféré de ces divers désavantages visuels que la faculté d'observation constante des mille incidents de la vie manquant au myope, son éducation expérimentale devait en souffrir et qu'il manquait en général des qualités diplomatiques nécessaires dans tous les rapports humains. Nous laissons la décision de ce point à la sagacité des Labruyères de notre siècle.
Passons aux éléments précis du diagnostic.
§ il. Diagnostic et clinique de la myopie, a. Epreuve par la lecture de près. Plaçant un livre entre les mains du sujet, on remarque qu'il le rapproche immédiatement très-près de son visage, ou qu'il incline au même degré sa face vers le livre. Il lit alors, je suppose, à une distance de -4 à -5 pouces (10 à 15 centimètres) de très-petits caractères et couramment ; mais éloignez-vous de 2 à 3 pouces de plus (6 à 8 centimètres) le livre, il n'en ht plus même le titre. Cette première épreuve est concluante au moins quant à la myopie apparente, et elle a même
pour résultat de vous renseigner approximativement sur le degré de la myopie, en vous indiquant que le punctum remotum du sujet est situé entre la première et la seconde des positions du livre.
Une confn'matiou de ce premier enseignement est apportée par l'épreuve inverse, celle de la vision à distance de Toeil nu d'abord, puis au moyen des verres concaves.
Première épreuve par les verres concaves. Un verre concave, même faible, améliore immédiatement et notablement la vision. Dans cette épreuve cependant des précautions sont encore requises. Un œil emmétrope au-devant duquel on place un verre concave faible l'accepte souvent comme favorable à sa vue et accuse immédiatement un accroissement de sa perfection visuelle. Si pourtant vous poussez l'investigation plus loin par l'appréciation numérique de l'acuité visuelle, vous trouverez qu'elle est demeurée la même dans les deux cns. L'illusion, ou plutôt k sensation éprouvée, tient sans doute, eu cette circonstance, à la légère action accommodative provoquée par l'intervention du verre concave, laquelle entraîne une diminution sympathique de l'ouverture pupillaire. Nous ferons même à ce propos une remarque, que le lecteur et nous-même aurons à nous rappeler à l'article de la pathogénie. 11 n'est pas de praticien qui n'ait eu occasion de rencontrer un certain nombre de cas de myopie créés de toutes pièces par l'usage intempestivement adopté de verres concaves pour la vision de loin; verres concaves trop forts, eu égard à l'état de la réfraction, et même souvent absolument inutiles et partant dangereux. L'accommodation, continuellement en jeu dans cette sorte d'hypermétropie artificielle, contracte des habitudes qui deviennent spasmodiques et finissent par établir la désharmonie entre les forces de l'adaption monoculaire et celle de la convergence mutuelle des axes optiques. Or nous verrons au chapitre de la palhogénie quel rôle jouent ces éléments dynamiques dans la production de l'état myopique.
Quoiqu'il en soit, dans l'analyse de la myopie, il sera nécessaire de ne se prononcer quant à l'action réelle du verre concave que sur la réponse apportée par une amélioration numérique de l'acuité. Le sujet devra voir croître son acuité, sous rinfluence du verre concave, pour que l'on soit en droit de tirer une conclusion formelle de sa réponse.
Détermination numérique, clinique du DEr.RÉ de la myopie. Ces épreuves diagnostiques, seules aptes, parmi les méthodes subjectives, c'est-à-dire fondées sur les réponses du sujet, à faire affirmer l'existence de la myopie,. consistent donc à déterminer exactement la position ou la distance du punctum remotum du sujet. Nous les avons exposées sommairement au § 5 ; nous devons les reprendre ici au point de vue méthodique afin d'en extraire la détermination exacte du degré même de la myopie dans tout cas clinique.
La première base de leur application est à chercher dans la détermination préalable de l'acuité visuelle du sujet. Ainsi que nous l'avons exprimé, il y a quelques instants, la réponse du malade, lors de l'épreuve par les verres concaves, ne pourra nous offrir de confiance qu'autant que d'un verre au suivant nous aurons pu constater un accroissement positif du chiffre de l'acuité.
§ 12. Recherche préalable de Vacuité. Nous aurons pour cela deux procédés à notre disposition, l'un fourni par l'analyse de la vue de loin au moyen de la lunette sténopéique à trou d'épingle (ou simplement de la carte percée), le second, moins sûr, par l'épreuve de la lecture de près, c'est-à-dire à la distance du punctum remotum.
Pour l'exécution du premier procédé, ou place le sujet le plus loin possible du tableau de rcchelle typographique de Siiellon ou de la nôtre, et dont les types croissent en pi ogressioii parfaitement régulière, et on lui fait désigner, au trou d'épingle, le plus petit de ceux qu'il peut lire couramment.
N étant le numéro de ce caractère dans la série, d la distance à laquelle il est
lu, l'acuité du sujet S est donnée par la formule S =: ^•
Cette même formule est, dans une certaine mesure, applicable à la vision à la distance même du punctum remotum; on se rappellera seulement que pour les distances éloignées d est compté en pieds, et que pour la vision de près on est obligé d'évaluer cette quantité en pouces. Dans ce second cas, pnur conserver l'homogénéité de la formule, le numérateur sera donc exprimé en douzièmes de l'unité.
Exemples :
Supposons que lors de l'épreuve de loin, faite à ÎÎO pieds dans la plupart des
cas, le sujet ne puisse point lire au-dessous du caractère u" 70 (l'amétropie étant,
c'est entendu, neutralisée), son acuité sera donnée par l'équation S= =^= *.
Si l'on soumet le même individu à l'épreuve de près on reconnaîtra que son punctiim. reMotum étant, par exemple, approximativement à 8 pouces, il lit à l'œil nu le caractère n" 5, mais ne distingue que très-confusément le n° 2 ;
on pourra dune établir que son acuité est comprise entre S^=^ etS = -y,
ou entre — . et —, ou entre- et ^• 24 ot> 0 9
[Ou n'obtient ici que des li:iiites, les échelles n'ayant été construites que pour des variations de distance offrant l'intervalle de 1 pied.]
§ lo. Mesures directes des points éloigné et rapproché. L'acuité du sujet étant déterminée, on ed eu mesure de préciser la position du punctum remotum on le degré de la myopie.
Deux méthodes s'oftVent à cet effet :
Application de Voptomètre de de Graefe. Lu première de ces méthodes consiste dans l'emploi de l'optomètre de de Graefe et s'applique aussi bien à la détermination de la limite éloignée qu'à celle de la limite rapprochée du champ de l'accommodation. Nous allons exposer l'emploi de cet instrument en prenant pour exemple ses applications dans le système métrique.
L'optomètre de de Graefe consiste soit dans un ruban métrique enroulé dans un barillet, soit dans une règle à coulisse pouvant atteindre un mètre de lon'^'ueur, et portant sur une de ses faces les divisions décimales du mètre.
Le zéro est placé en contact avec l'apophyse malairc du sujet qui peut, pour la pratique, être considérée comme dans le même plan vertical que celui qui serait tangent à la cornée en son sommet ; et sur le mètre développé sera promené l'objet servant de point de mire à l'altention. Cela posé nous allons montrer comment il convient de s'y prendre, dans la pratique, pour déterminer au moyen de cet instrument la distance soit du punctum remotum, soit du punctum proximum, car pour l'un et l'autre la marche à suivre est ide itijuo.
a. Recherche du punctuyn proxbnum ou limite inférieure du champ de l'ac-» comniodation dans le cas ou on a lieu de la supposer entre 0 et 33 centimètres Cette hypothèse est légitime si le sujet est jeune et ne présente aucun dos ca-
ractères de l'hypermétropie, ou, quel que soit son Age, si l'on est en droit de le soupçonner atteint d'un certain degré de myopie.
Dans ces circonstances, on pourra trouver directement et immédiatement le lieu du punctum proximum en expérimentant sur l'œil nu du malade.
A cet effet, la règle ou le ruban placés comme il vient d'être dit, on présentera à l'un des yeux, l'autre étant exclu de la vision, le caractère n" i de l'échelle typographique à une distance de 20 centimètres. De ce point s'il y est va nettement, c'est-à-dire les caractères qui le composent apparaissant très-nets, sans bavures, ni trouble quelconque dans les interstices séparant les lettres, on le rapprochera graduellement de l'œil en expérience, jusqu'à ce que le sujet accuse une légère diflùsion, une ombre apparaissant sur le bord des caractères. En ce point se trouvera \& punctum proximum. Si le caractère n° i n'est point vu nettement entre 0 et 20 centimètres, on le reculera graduellement vers l'autre extrémité de la règle. Seulement si l'acuilé du sujet est inférieure à l'unité, si, par exemple, elle est de |, on remplacera pour cette seconde partie de l'opération le type n" 1 par le type n° 2 qui correspond à une acuité moitié moindre pour 33 centimètres. Dans ce mouvement d'éloignement, on s'arrêtera lorsque le sujet affirmera voir très-nettement et sans bavures, ni ombres, les caractères offerts à son attention. Là serAit\e punctum proximum.
Nous supposerons ici que l'épreuve tout entière pourra avoir lieu dans les limites de 0 à 33 centimètres. Si la distance du punctum proximum devait dépasser cette limite, il serait plus sur et plus simple de procéder comme nous allons exposer pour la recherche du punctum remotum dans toutes les circonstances, au moyen d'un artifice qui va nous permettre d'opérer toujours entre 0 et 35 centimètres.
b. Méthode générale applicable à la détermination simultanée des limites du champ de l accommodation au moyen de Voptomètre de de Graefe. Le champ d'accommodation d'un œil emmétrope est, comme on sait, renfermé tout entier entre son punctum proximum et l'horizon. Mais pour un œil myope, ce même champ est compris entre deux limites finies, le punctum proximum et le punctum remotum.
Si donc nous armons un œil emmétrope d'un verre positif, nous le rendons artiliciellement myope et transportons du même coup, dans son ensemble total, son champ accommoda tif plus près de lui; dans ce mouvement virtuel, le punctum remotum (horizon) de l'œil emmétrope se trouve ramené exactement au foyer antérieur du verre positif interposé.
Prenant, par exemple, pour cet office un verre de 12 pouces (ancien système), ou de 53 centimètres (du nouveau), nous rapprochons du sujet emmétrope son punctum remotum situé à l'infini, et le fixons à la distance de 33 centimètres. Le champ accommodatif ainsi modifié est désormais compris tout entier entre 0 et 55 centiir. êtres. Pour savoir maintenant où est le punctum proximum, il suffit de rapprocher graduellement du sujet le type en rapport avec son acuité (nous avons supposé que c'était le n" 2) et de s'arrêter au point oii les caractères présentent une ombre. Là est \& punctum proximum de l'emmétrope après sa transformation en myope de j^.
On procéderait exactement de même si on avait affaire à une myopie légère pour eu déterminer la mesure. La myopie se caractérise précisément par ce fait que h punctum remotum est moins loin que l'infini, et pour un œil myope armé du verre+ 12, moins loin que 55 centimètres. Pour ce sujet, il y aura donc un point entre 0 et
55 centimètres au delà tluqiiel le caractère n** 2 ne sera point vu nettement : ce point sera le pwictiim remotum; puis un second point plus rapproché de lui, en deçà duquel la netteté fera également défaut : ce second point sera le point rapproché.
Nous allons montrer maintenant avec quelle simplicité on peut passer de ces déterminations de distances artificielles des points éloigné et rapproché à leurs mesures vraies.
§ 14. Évaluatioyi en dioptries métriques du champ de l'accommodation et de ses limites éloignée ou rapprochée. Le ruban ou la règle métriques qui servent à l'optométrie portent, en sus des divisions décimales du mètre, une autre série de chiffres correspondants.
Nous voyons en regard des nombres métriques de la colonne A une seconde colonne B, qui représente la quantité de réfraction développée jiar les lentilles ou verres des boîtes d'essai, dont la longueur focale est la décimale métrique correspondante dans la première colonne.
Les nombres qui expriment ces quantités de réfraction sont les inverses des longueurs focales. Ainsi l'unité de réfraction correspondant à l'unité de louiiueur focale métrique ou 1 mètre, la lentille de O^jSO, a pour valeur 2 ou le double ; la lentille 0'", 10, 10, ou le décuple; la lentille 0^,05, "20, et ainsi des autres.
Cela posé revenons aux épreuves précédentes ; à la première d'abord qui va nous permettre d'évaluer en dioptries métriques le champ d'accommodation de l'œil physiologique.
Supposons que dans la première expérience a, le sujet étant emmétrope, nous ayons trouvé pour position de son point rapproché la distance de 10 centimètres. Nous
dirons : le sujet pour passer de l'horizon à son punctum proximum ajoute à sa réfraction statique 10 dioptries.
Eh bien, quand nous l'aurons armé d'un verre de 12 pouces, positif, ou que nous aurons ajouté 5 dioptries à sa réfraction statique, comme son accomniodalion est, dans les deux cas, la même, il devra avoir son punctum proximum plus près de lui de la valeur de 5 dioptries, c'est-à-dire à la distance de 0>",077.
Ce que l'expérience confirme.
Renversons maintenant les termes de la question :
L'épreuve au moyen du verre positif-}- 12 de la portée de vue d'un sujet supposé myope nous a fait trouver pour son point rapproché la distance de 7 centimètres, correspondant à 14 unités de réfraction, et pour son point éloigné 16 centimètres, distance correspondante à 6 de ces unités. Quelles seront les vraies positions des limites de l'accommodation dans son état naturel, ou quand nous lui aurons retiré le verre -h 12 ?
11 suffit évidemment de déduire des chiffres qui précèdent les 3 dioptries que nous lui avons prêtées, et nous trouverons (14 — 5) = 11 dioptries pour le punctum proximum, et (6 — 5) = 3 pour le punctum remotum.
Le champ réel de raccommodation du sujet est donc compris entre 0'",09 pour
0,0ii6.
le point ra|tproché, et 0'",53 pour le point distant; longueurs respecliveraent correspondantes aux nombres de dioptries 11 et 3.
Le sujet étudié est donc un myope de -j^ {ancien système), ou en dioptries métriques de E-h3.
On voit, en outre, que son accommodation mesure l'espace compris entre 33 centimètres et 9 centimètres, ce qui représente 8 dioptries pour l'étendue totale de réfraction; ce qui, d'après la progression physiologique du recul du punctum proximum avec les années, permettrait de conjecturer qu'il a entre 25 et 50 ans.
Nous avons exposé avec quelques détails cette méthode parce que nous aurons besoin d'y recourir, ou au moins de la connaître pour le choix des verres à donner au myope. Mais dans la pralique et pour la détermination immédiate du degré de la mjopie, il est beaucoup plus rapide, plus simple et plus exact de recourir immédiatement à la méthode de Donders.
§ 15. Détermination de la myopie et de son degré par la méthode de Donders (c'est celle exposée déjà sommairement an §3). Après avoir évalué l'acuité, que nous supposerons ici égale à \, nous plaçons le sujet en face de l'échelle typo- '^raphique à 20 pieds de distance, et faisons passer devant ses yeux la série croissante des verres négatifs, nous airèlant à celui (jui lui fait le premier lire le n° 40 de l'échelle. Supposons, pour un instant, que ce soit le n" 18, et que le verre suivant, le n" 14, ne lui fasse point lire le n° 30, ni déchiffrer quelques lettres de plus dans la ligne du n° 40; nous dirons que le verre neutralisant est
ici ( \g\ que \v pwictuni remotumàw sujet est à 18 pouces, ou enfin que le
degré de la myopie est de ^V ("«i/- '«; § S).
Le verre ( — 18) de la série duodécimale étant l'équivalent du n" 2 (0"',dO) de la série métrique, nous dirons que ce myope a pour mesure E -h 2.
Cette épreuve peut se faire en mesurant les deux yeux à la fois, le plus souvent l'amétropie étant sensiblement la même et de même degré dans les deux veux. Cependant cette règle comporte assez d'exceptions pour que dans le cas surtout de myopie élevée on vérifie, après l'épreuve simultanée, le résultat acquis en interrogeant, avec le verre probable, les deux yeux succeisivement. On trouve alors, assez souvent, une légère différence, pouvant toutefois s'exprimer numériquement entre les deux yeux.
Nous avons conseillé la détermin;dion préalable de l'acuité au trou d'épingle, et avons adopté, dans notre exemple, comme base de l'épreuve ultérieure, le chiffre donné par cette première expérience. On trouvera, en général, au moyen des verres, une acuité un peu su|iérieure ; par exemple une acuité de | au lieu de f. On n'en sera pas surpris et on devra même s'y attendre, vu la grande diminution de la quantité de lumière qu'apporte, dans cet essai, l'intervention du trou d'épingle. Les résultats que donne cette épreuve seront donc considérés comme des minima.
a 15 Us. Application du nouvel optomèlre du docteur Badal à la mesure du deqré de myopie. Dans cette méthode le degré de l'excès de réfraction se mesure en même temps que le degré de l'acuité. Plaçant l'oeil à étudier devant l'œilleton, on rapproche la plaque épreuve jusqu'à ce que le myope lise couramment toutes les lignes qiiil peut déchiffrer. Quand, par quelques oscillations d'avant en arrière ou réciproquement, on a précisé son minimum visibile, on a mesuré son acuité. Alors, l'invitant à fixer toujours son attention sur ce minimum visibile, on recule tout douicment la plaque jusqu'à ce qu'il commence à déclarer
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un peu confus ce ^nintmnm visihlle. On est alors aux environs mêmes de son punctiim remotum, ou au degré de sa myopie.
^ Mk Doutes pouvant naître sur V exactitude de la mesure du degré de la myopie. Myopie spasmodique. Ces analyses terminées sera-t-on absolument en droit d'affirmer la myopie? Pas encore, quoique dans l'immense majorité des cas le résultat ainsi obtenu soit absolu. Mais quelques cas peuvent induire à erreur.
Rappelons-nous que la myopie proprement dite est un simple excès de la réfraction statique. Les chiffres obtenus dans les épreuves précédentes ne sont donc positifs que sous la condilion que l'on se sera mis à l'abri de toute intervention de la part de l'accommodation ou réfraction dynamique.
Le doute, dans toute circonstance oij il sera légitime, sera tianché au moyen de la paralysie artificielle de l'accommodation. Dans ces cas une goutte de la solution d'atropine au centième ou cent-vingtième, après deux heures d'instillation, aura généralement suspendu le pouvoir accommodatif. Après ce laps de temps, recommençant l'épreuve de Domlers, on devra trouver le même chiffre pour le degré de myopie, ou du moins un chiffre extrêmement peu différent.
C'est, disons-le en passant, ce résultat presque constant dos expériences faites sur les myopes qui a détruit l'hypothèse de l'expérience d'une accommodation négative. Pas plus chez le vrai myope que chez l'emmétrope, l'atropine n'éloigne sensiblement ]e punctum remotum.
S'il en était autrement, si l'atropine faisait apparaître un punctum remotum notablement plus distant, c'est-à-dire différent de -^^ (ancien système) ou d'une demi-dioptrie, on serait en présence d'une affection spasmodique du muscle ciliaire, d'une anomalie, non plus de la réfraction statique, mais de la réfraction dynamique.
On devra soupçonner qu'il peut en être ainsi, et recourir à l'emploi de l'atropine dans les cas offrant quelques contradictions apparentes.
La plus frappante de ces contradictions serait celle apportée par le témoignage de l'oplithalmoscope ; et c'est ici que se placerait naturellement Y exposé de la méthode clinique ophthalmoscopique de diagnostic et de mesure de la myopie. Muis comme cette méthode a été déjà donnée avec tous les détails qu'elle comporte (au § 6), nous y renvoyons le lecteur.
Lorsque les signes objectifs (tirés de l'ophlbalmoscopie) paraissent en désaccord soit avec le degré, mesuré subjectivement, de la myopie, soit même avec k supposition de cette amétropic (l'absence d'un stapliylomc postérieur, par exem[ile), la détermination du mtnc^wDiproximwm par le procédé du § 45 (a et h) devient aussi nécessain; que celle du punctum remotum lui-même. A moins que le sujet ne soit déjà relativement âgé et que son pouvoir accommodatif n'ait disparu par l'atrophie ex non usu des fibres ciUaires (Ivanhoff), l'amplitude accommodative, approximativement la même chez tous hommes du même âge, conserve intacte la position ou la distance de son punctum proximum. Seule peut se trouver influencée par un spasme musculaire qui la rapproche du punctum proximum la position du point distant. En mesurant directement l'un et l'autre, dans les cas douteux, on reconnaît immédiatement si leurs positions respectives sont telles que l'amplitude accommodalive répondant à l'âge du sujet soit conservée.
Ainsi, dans l'exemple que nous avons pris au §14, constatant la position des deux limites inférieure et [supérieure du champ de la vision distincte aux distances
de 9 et 25 cenlimèlres, distances qui correspondent à une dilfércnce dioplrique de 8 unités de léfraction, nous avons conjecturé que le sujet devait avoir de 25 à 30 ans. C'est qu'en effet, à cet âge, l'amplitude accommodative physiologique mesure ces 8 unités.
Renversant la question : si chez le sujet étudié et âgé de 25 ans nous eussions trouvé pour les distances du punclum jn^oxanum et du punctum remotum les chiffres 20 et fiS centimètres, par exemple, donnant pour mesure de leur intervalle exprimé en unités de réfraction 5 — 5 = 2, de forts doutes fussent nés dans notre esprit sur l'exactitude des résultats de l'une ou l'autre de nos explorations, et l'hypothèse qui se fût présentée à nous comme la plus prohahle eût été celle d'un spasme ciliaire.
Sur cette seule donnée l'emploi de l'atropine, même prolongé, se trouve indiqué.
De quelques autres caractères extérieurs SYMPTOMATIQUES ou CONCOilITAMTS DE
LA MYOPIE. § 17. Du clignement. Parmi les circonstances qui frappent l'observateur mis en présence d'un myope et qui conduisent le praticien à l'application des méthodes précédentes, nous rencontrons la suivante : L'attention du sujet est-elle appelée vers un objet plus ou moins distant, des plis se forment à la racine du nez, en même temps que ses paupières se rapprochent; il rétrécit, réduit à une fente horizontale l'ouverture palpébrale, il cligne, d'oîi son nom même de myope (f/Oav, cligner). Cette pratique a pour effet de lui faire percevoir immédiatement, avec une certaine netteté relative, des objets qui, sans cette intervention de l'instinct, demeuraient confus et formant seulement des masses plus ou moins indistinctes.
Les auteurs qui se sont occupés de ce petit procédé mécanique d'amélioration fonctionnelle de la vue ont généralement dit (et nous après eux) que son effet était ou devait être de réduire l'appareil réfringent sphéiiqae de l'œil à un seul méridien, — ce qui est clair, — et par là de diminuer riufluence perturbatrice des cercles de diffusion, ou bien encore de corriger l'astigmatisme plus prononcé dans une anomalie de réfiMction que dans l'état physiologique.
Le véritable effet de cette pratique est plus complexe dans ses causes : il avait été, dès le dix-septième siècle, mis en lumière par Dechâles, savant jésuite.
Dechâles avait observé que le cercle de diffusion de l'appareil lenticulaire de l'œil ne siurait être de tout point assimilé au cercle de diffusion constaté lors de l'aberration focale dans les lentilles homogènes ou inorganiques.
Le cercle de diffusion rétinien n'est pas, à proprement parler, un cercle ni une ellipse, ni une autre figure simple. 11 est remplacé par un groupe de plusieurs images (Dechâles les attribuait à l'intervention des cils), disposées à côté les unes des autres et empiétant même plus ou moins les unes sur les autres, et dont l'une est plus notable que ses voisines et attire par là plus particulièrement l'attention.
Le mécanisme qui préside à ce dernier phénomène est aujourd'hui bien connu. Il est dû à la constitution même d'un des principaux organes de l'apjiareil dioptrîque, le cristallin. Cette lentille, en elfet, n'est point formée, comme celles de nos cabinets de physique, d'un double segment de sphère composé d'iuie substance homogène, et dans laquelle, par conséquent, tout soit identique à toutes distances égales de l'axe de centration. Sa construction repose sur le groupement par les sommets d'un certain nombre de secteurs se partageant le cercle suivant le système hexagonal, et donnant lieu chacun à une image propre. Au foyer, toutes ces images, égales d'ailleuis, se superposent. Mais elles ne se superposent
MYOPIE. 2t'.5
el s'identifient qu'en ce point, et tout écran, porté eu deçà ou au delà dudit foyer, fuit apparaître chacune d'elles séparées. Le myope accuse spontanément ce mécanisme dioptrique propre au cristallin, quand il se plaint, ce qui est constant chez lui, de voir plusieurs cornes au croissant de la lune, ou même souvent plusieurs lunes. On comprend alors à merveille que le clignement réduisant nécessairement ces images à deux qui, appartenant au même méridien ou aux deux secteurs les plus opposés, chevauchent mutuellement moins que toutes les autres, et dont l'une est, le plus souvent, plus accentuée que l'autre, rend au myope un service des plus signalés et permet parfois à sa vue de produire des effets que !a théorie ne laissait pas soupçonner.
Ajoutons que comme, en général, le degré de myopie est presque égal dans les deux yeux, l'action fusionnante binoculaire portant sur les deux images les plus marquées à droite et à gauche accentue d'autant leur importance, et leur doime ainsi une valeur nouvelle et prédominante.
On peut se rendre compte soi-même et par une expérience bien facile de l'effet du clignement. Rendez-vous myope po\ir un moment eu plaçant devant vos yeux (que je suppose emmétropes) deux verres convexes de g ou g, par exemple. Tout ce que vous cherchez à voir dans la rue devient immédiatement confus. Clignez alors, rapprochez les paupières de façon à réduire à une fente de 1 millimètre .', plus ou moins, l'ouverture première, ces objets, sans devenir entièrement nets, reparaissent pour vous avec leurs formes définies.
Au moment où j'écris ces lignes, je regarde sur le trottoir opposé d'une large rue une femme et uneufant marchant côte à côte. Les verres -t-i mêles changent en deux paquets informes oii il serait impossible de recomiaitreles deux êtres en question. Je cligne et à l'instant je reconnais clairement la femme et l'enfant, et avec quelque attention de plus je distingue même les images multiples de ce phénomène physiologique de la polyopie monoculaire.
Dans son élude sur l'équivalence à établir entre la vision d'un myope do degré donné regardant au loin sans lunettes, et le degré correspondant d'ambhopie, M. le I)'' Noël a eu occasion de constater, et en quelque sorte mesurer l'inlluence du clignement, sur laquelle notre travail sur le service militaire avait appelé l'attention.
Cet observateur a remarqué 1° que chez plusieurs sujets l'acuité visuelle se voit doublée par le rapprochement des paupières; 5" que chez la plupart elle est notablement améliorée; qu'enfin dans un petit nombre de cas seulement elle demeure sans modification avantageuse, eu égard à certaines circonstances secondaires, telles que la présence de cils trop touffus, de couches de larmes ou de mucus sur la cornée, peut-être une pression sur cette membrane... etc., etc.,
§ 18. Du strabisme apparent et du strabisme réel, familiers dans cette amétropie. Un des aspects les plus féconds en même temps que les plus curieux du tableau symptomatologique des anomalies de la réfraction se rencontre dans l'étude des rapports de ces anomalies avec les inclinaisons naturelles ou innées des deux axes optiques l'un à l'égard de l'autre. La clef de l'étiologie de la myopie €n particulier, celle de la thérapeutique de cette maladie, l'explication du mécanisme de la manifestation du plus grand nombre des déviations strabiques, sont cachées au fond de ce chapitre.
Dans toutes les descriptions, classiques aujourd'hui (depuis bien peu d'années il est vrai), de ces anomalies, nous rencontrons, en effet, dans les premières pactes les propositions que voici :
« Dans la pluj'art des yeux affectée de déficit de la réfraction slatique (hypermétropie) on rencontre ou V apparence du strabisme divergent, ou V existence du strabisme convergent. »
Cliez le niyo[)e (excès de réfraction staliq(ie) les rapports sont renversés. S'il existe un strabisme évident ou seulement virtuel, latent (et que l'on met, comme nous le dirons plus loin, très-facilement en évidence), ce strabisme réel est divergent. Mais les apparences, si le strabisme n'existe pas, sont celles d'une convergence en excès.
Expliquons ces paradoxes.
Dans l'œil emmétrope, normal ou régulier, regnrdantau loin, un clocher, par exemple, les deux axes dioptriqiies^ , ou sur lesquels se forment les images du point de visée, sont évidemment en parallélisme.
Ces axes sont également ceux de la projection sensorielle ou suivant lesquels s'opère la sensation visuelle extériorisée ; ils passent, en outre, par le centre de la fovea centralis de chaque rétine. On peut donc les dénoaimer indifféremment dioplriques ou visuels.
Si maintenant on imagine une seconde ligne passant par le centre de la figure (spliéroïdale) de l'organe et, en outre, par le centre de l'ouverture scierai.', cercle d'enchâssement de la cornée, ligne que nous nommerons axe de figure de l'organe, les recherches modernes nous apprennent que ces dernières lignes et les axes dioptriques sont loin de se confondie.
Dans des yeux parfaitement normaux et emmétropes, dirigés vers un même point de l'horizon, et dont les axes dioplriques sont conséqueminenl en parallélisme, les axes de figure de l'organe ou de la cornée regardent un peu en dehors, l'angle a que fait alors l'axe de figure avec l'axe dioptrique est d'environ 5" de chaque côté. Autrement dit, les axes de figure cornéaux sont en divergence de 6* environ par rapport aux axes dioptriques (visuels des Allemands).
Cet état ne constitue pas le strabisme même apparent pour le commun des mortels. Cependant pour un artiste plein d'es[jrit d'observation et de justesse de coup d'œil, les yeux normaux pourraient sans effort être qualifiés de divergents en apparence, car c'est la position de la cornée dans l'ouverture palpébrale qui caractérise pour le vulgaire l'existence ou la non-existence du strabisme.
Cela posé, il a été reconnu que lors de l'existence d'une anomalie de réfraction, l'angle a (de l'axe de figure avec l'axe dioptrique) varie ; il augmente dans le cas d'hypermétropie et cela jusqu'à 6° ou T», de façon à ce que [jour une personne médiocrement observatrice, les yeux d'un hypeimétiope dirigés vers l'horizon, s'écartant en apparence de 12" à 13° ou 14°, prennent l'apparence de la divergence.
Quant à la myopie, c'est le contraire : l'angle a diminue, peut devenir nul et même négatif, c'est-à-dire que l'axe de figure passe en dedans de Y.\xe dioptrique ou visuel. Dans ce cas, l'apparence des cornées conduirait à supposer les yeux en convergence et non pas en parallélisme.
• Nous remplaçons ici par dioptriques la qualification à! optiques employée classiquement en France et depuis Euler , pour désigner l'axe de centration du système de réfraction, expression qui avait passé de là avec ce même sens dans le langage de la physique inorganique. Mais depuis un certain nombre d'années, la science allemande a transporté le nom d'axe optique à l'axe de figure de l'organe oculaire, ou ligne passant par le centre de louveiture scléro-cornéale et par le centre de rotation du globe. Par suite, elle a dû adopter pour l'ancien axe optique, ou axe dioptrique, un nouveau nom, celui d'axe visuel ; le tout, sans avis ni explication préalables. Pour éviter la confusion, inévitable suite de ce langage, nous choisirons nou^-mêines des termes emportant avec eux leur définition*-
Telles sont los apparences offertes par des yeux emmétropes, hypermétropes, myopes, lors du parallélisme du recjard. Elles sont celles du strabisme divergent pour l'hypermétropie ; du strabisme convergent pour le myope (dans hs cas bien caractérisés, c'est entendu).
En regard de ce pren)ier ordre d'observations en voici un second, qui lui paraît absolument coati adictoire (nous verrons plus loin comment, au contraire, ils se rallient parfaitement à la même origine).
Les statistiques montrent que les trois quarts des strabismes convergents les plus inLontostables se rencontrent chez des hypermétropes, et les trois quarts des strabismes divergents cliez les myopes.
Or qui dit strabisme dit impossibilité de diriger à la fois les deux axes dioptriques vers l'horizon, c'est-à-dire de les mettre en parallélisme.
Dans le premier cas (strabisme convergent de l'iiypermétrnpie), les deux axes visuels demeurent donc en convergence dans le regard au loin, et dans le second (myopie), en divergence.
Nous pouvons donc conclure que chez l'hypermétrope, s'il n'y a pas strabisme convergent réel, soit latent, soit patent, il existe, au contraire, une apparence de divergence, et que, chez le myope, s'il n'existe pas un strabisme divergent réel, soit latent, soit patent, il y a apparence plus ou moins sensible de strabisme convergent.
Nous verrons tout à l'heure combien simplement ces contradictions apparentes se rattachent à la même origine causale.
§ 19. De r équilibre synergique des forces musculaires motrices des yeux dans le regard associé. Ses limites dans la convergence et du côlé du parallélisme. De la prépondérance musculaire dans l'un ou Vautre sens (Physiologie). Dans des yeux bien conformés, sous tous les rapports, la convergence mutuelh' des axes optiques peut, sans un excès notable de fatigue, être amenée jusqu'à 2", 2/3, soit 7 centimètres environ du plan des cornées. D'autre part, s'ils fixent un objet distant, ces mêmes yeux le voient encore simple ; les axes optiques sont alors parallèles. Dans ce cas : parallélisme des axes) si l'on place devant les yeux un prisme dont l'angle soit dirigé en dehors, on trouve que, dans la moyenne des cas, cet angle peut aller jusqu'à 2 ou 3 degrés pour chaque œil, sans produire d'images doubles , mais guère plus. En d'autres termes, dans la généralité des cas, les axes optiques peuvent dépasser chacun de 2 à 5 degrés la position correspondante au paralléhsme dans leurs mouvements associés, bien entendu. L'angle de convergence moyenne des axes optiques corres|>ondra donc à la situation moyenne entre 7 centimètres, du côté des objets rapprochés, et le parallélisme (ou l'horizon) accru même de 5 à 6 degrés par l'addition de prismes divergents mesurant ensemble ces 6 degrés.
Cette situation moyenne correspond à une distance de 6 à 7 pouces (17 à 19 centimètres). En d'autres termes, c'est sur celte di-tance que s'établira, dans les exercices de la vision binoculaire, la balance entre les forces de la convergence et de la divergence mutuelle des axes optiques. Les yeux, dans cette condition moyenne, présenteront l'état d'équilibre physiologitiue entre lesdites forces motrices.
Si donc, plaçant un objet à la distance ci-dessus, 18 centimètres, position moyenne, on hiterpose devant des yeux physiologiquement constitués deux prismes de 18 à 19 degrés chacun, avec leur base tournée en dehors, ces veux verront encore l'objet unique ; ces prismes de 18 à 19 degrés (convergents) ra-
mèneront en effet le point de convergence des axes optiques à 7 centimètres. Inversement, si on les place les bases en dedans, ils deviennent divergents et ramènent les images de l'objet au parallélisme. Dans cette hypothèse, le sujet, physiologiquemei'it constitué, pourra encore jouir d'une sensation unique.
.admettons maintenant que le sujet en expérience surmonte du côté de la convergence, ou des objets rapprochés, non-seulement les 18 ou 19 degrés des prismes placés devant ses yeux, mais 4, 5, 6 degrés de plus, et qu'au contniire, en retournant les prismes le sommet en dehors, il n'arrive plus à fusionner les images doubles, nous dirons que, chez ce sujet, les forces convergentes ou adductrices l'emportent sur leurs opposées, que le sujet offre le cas de la prépondérance des muscles droits internes sur les muscles de l'abduction.
Et si, chez un autre sujet, c'est la condition o]>posée qui s'observe, si chez lui la fusion des images doubles s'étend de 8 à 12 et même 15 degrés au delà du parallélisme, tandis que, du côté de l'adduction, il n'arrive pas à vaincre les 18 degrés convergents, nous devrons conclure que la prépondérance appartient ici aux muscles externes ou (|ue le sujet e<t affecté d'insuffisance des muscles droits internes.
Les définitions qui précèdent, ou l'exposé des conditions de l'équilibre entre les forces qui président à la convergence ou à la divergence des axes visuels, dans le regard associé, supposent, avons-nous établi au commencement, l'existence d'un état parfaitement normal ou physiologique, non-seulement entre ces forces considérées dans leurs rapports mutuels d'un œil à l'autre, mais encore dans les rapports de chacun de ces groupes avec un autre ordre d'énergie musculaire : les forces accommodatrices.
Ce sont même ces forces accommodatrices, celles qui président à la netteté des images ou des sensations visuelles, qui servent de lien AÏsuel entre les systèmes moteurs propres à chaque œil. Car, si nous excluons l'un des yeux de la \ision commune, l'autre n'aura plus, lors des mouvements d'adduction ou d'abduction, d'autres limites que les deux extrémités des fentes pal[iébrales.
Le consensus synergique des moteurs oculaires — lors du regard associé — repose donc sur une harmonie préétablie entre chaque système moteur et l'appareil accommodatif. Conditions qui se résument dans cette loi : qu'un rapport formel relie l'état de l'accommodation au degré de convergence des axes optiques. Cette remarque nous fait comprendre le rapport surprenant, à première vue, des anomalies de la réfraction avec les anomalies de la conversence des axes visuels. Les développements qui vont suivre élucideront complètement ces questions délicates.
§ 20. Le strabisme convergent seulement apparent, ou le strabisme divergent réel {qu'il soit patent ou encore latent), de la myopie, sont Veffet d'une même cause s' exerçant à des degrés inégaux, à savoir : l'insuffisance des muscles droits internes ou la prépondérance des droits externes.
La lecture des paragraphes précédents nous a appris que suivant qu'un œil appartient à la classe des anomalies par déficit de la réfraction (hypermétropie) ou à l'amétropie contraire (myopie), l'angle a. fait par l'axe de figure de l'œil avec l'axe visuel est amené ou fort en dehors ou, au contraire, un peu en dedans, c'est-à-dire du côté de la convergence mutuelle.
Mais cette observation de fait ne renferme qu'un rapport; et énoncer que l'angle a est grand, ou l'axe de figure de l'œil dirigé notablement en dehors de l'axe visuel, revient évidemment à dire que ce dernier axe visuel est dirigé en
dedans de l'autre; ou, toutes choses égales d'ailleurs, qu'il est plus près de la convergence mutuelle que celui offrant la disposition inverse.
L'angle a exprime, en effet, le rapport de deux systèmes absolument indépendants dans leur fonctionnement comme dans leur dévelo|ipement. Qu'est-ce, en effet, que l'axe de figure de l'œil, défini plus haut par cette condition de passer par le centre de rotation du globe (ou cenlre de la coque oculaire, du levier auquel sont appliquées les forces motrices), et le cenlre de l'ouverture sclérocornéale? C'est l'axe du système moteur : c'est lui qui représente les rapports d'insertion des muscles extrinsèques ou moteurs du globe, rien de plus.
Qu'est-ce que l'axe visuel ou dioptrique? L'axe du système sensitif et réfringent.
Or, l'observation du développement embryogénique de l'œil nous apprend que l'enveloppe oculaire, coque et ouverture scléro-cornéale, et les muscles extérieurs, se développent ensemble et suivent une même loi, tandis que les systèmes dioptrique et sensitif (de la cornée à la rétine) suivent, ensemble aussi, une autre loi, absolument indépendante. Le fait est si positif que, dans un cas d'anencéphalie, nous avons pu voir tout le système scierai et moteur (puissance et levier) complètement, intégralement développé, coïncidant avec Vahsence absolue des systèmes dioptrique et rétinien, ou sensitif.
Il suit de là que si, lors du développement indépendant de ce dernier système, dans le cadre d'un levier creux destiné à le recevoir, l'axe dioptrico-seusitif ne se trouve pas incliné de façon absolument mathématique et de manière à faire avec celui du levier un angle a. exactement de 5 degrés, ce dernier axe en dehors, l'œil en question penchera du côté de la convergence ou de la divergence. Du côté de la convergence si l'angle « est plus grand que o degrés ; du côté de la divergence s'il est plus petit.
Ce dernier cas est celui de la myopie. Comme nous l'avons dit, le fait a été établi dans les manifestations les plus frappantes par l'observation plus que fréquente, presque constante, du strabisme divergent et permanent associé aux degrés très-élevés de la myopie (Donders).
De Graefe a ajouté à cette proposition les preuves de l'association fréquente du strabisme divergent, intermittent ou périodique, à cette même anomalie de la réfraction, dans ses degrés moyens.
Quant à nous, dans plus de la moitié des cas de myopie progressive, au début, oh existait déjà une trace de croissant staphylomateux, nous avons rencontré, en même temps, l'insuffisance des droits internes.
Et si l'on réfléchit un moment sur le mécanisme qui préside à la vision binoculaire simple, ou reconnaît bientôt que le strabisme divergent accompli, soit intermittent, soit permanent, n'est que la conséquence d'une exagération dans la valeur négative de l'angle a. Cet œil, en effet, dont l'axe de figure est naturellement dirigé trop en dedans, a donc son axe visuel dirigé trop en dehors, il a par conséquent plus de peine que l'œil normal à entrer en convergence prononcée. Or, lorsque cette difficulté atteint un certain degré, l'effort de convergence est vaincu, et l'œil, délié de l'iiiflueuce du besoin de la vision binoculaire simple, se met à l'aise en laissant reposer ses forces adductrices, autrement dit, il se met en divergence. Et tel est le mécanisme de la production de ce genre de strabisme plus de 75 fois sur 100.
Nous conclurons donc comme nous avons commencé, c'est-à-dire par la formule inscrite en tète de ce paragraphe :
Le slrabisme convergent seulement apparent, ou le strabisme divergent réel (soit patent, soit latent), de la myopie sont l'effet d'une même cause s'exerçant à des degrés inégaux : l'insuifisance des muscles droits internes.
Le même mode de raisonnement appliqué mutatis mutandis, en sens inverse, nous rend raison des rapports existant entre l'hypermétropie et le strabisme convergent.
§ 2i. Épreuve ou détermination clinique de l'insuffisance des muscles droits iyiternes. Pour contrôler l'exactitude des propositions qui précèdent, autant que pour se donner à soi-même une base expérimentale indiscutable dans l'établissement de la thérapeutique, toutes les fois qu'on aura à déterminer la condition fonctionnelle d'un œil myope, on fera bien de rechercher l'existence ou l'absence et, dans les premiers cas, de déterminer l'étendue ou le degré de Vinsuffisance des muscles droits internes.
Plusieurs méthodes conduisent à ce résullat :
1° La première consiste, pendant que le malade lit, à interposer subitement un écran entre le livre et l'un des yeux. On voit alors cet œil se dévier sous l'écran, pendant que le sujet continue à lire de l'autie; souvent même, dans des cas plus prononcés, on s'aperçoit que l'un des yeux ne prend point part à l'exercice que l'on croyait commun, et que le déplacement de l'écran, d'un œil à l'autre, est suivi d'un mouvement adéquat de l'œil redevenu libre pour poursuivre la lecture un instant interrompue.
2° Un second et excellent moyen, dans ce même ordre d'épreuves, consiste à faire épeler au malade la première ou la dernière lettre de la série de lignes successives d une page, de façon à maintenir son regard sur une même verticale pendant toute la durée de l'observiition ; en couvrant alors alternativement, pendant Li lecture, l'un des yeux, puis l'antre, on reconnaît bientôt la divergence si elle existe. Dans cette épreuve, en effet, l'œil qui ne fixait pas pendant la lecture se déplace pour fixer dès que l'œil qui lit est couvert.
3° Une épreuve tout à fait analogue peut se faire en se servant, pour écran mobile, d'un verre dépoli. La demi-transparence de cet écran permet à l'observateur de voir l'œil caché derrière lui et d'en suivre les mouvements, tandis que cette demi-transparence ne laisse, pour l'œil même qui est en contact avec lui, de passage qu'à la lumière diffuse. Le verre dépoli joue ainsi double rôle; écran parfait pour l'œil en contact avec lui, il n'est qu'un demi-écran pour l'observateur ; il est dès lors très-simple de juger par là de l'harmonie ou du désaccord des deux yeux. Ce procédé aussi simple qu'ingénieux est dû à M. E. Javal.
4" Ou peut encore mettre en évidence l'insuffisance des droits internes en étudiant le rapport du bulancement entre les forces de la convergence et celles de l'abduction, par une application des [iropositions développées au § 19. Ou a vu, dans ce paragraphe, que des yeux emmétropes dirigés sur un objet situé au loin pouvaient encore conserver une image unique de cet objet ou fusionner par leur divergence spontanée des prismes de 3 degrés à angle dirigé en dehors.
Or, d'après ce que nous avons dit, si le balancement des axes optiques l'emporte du côté de la divergence, cet angle sera plus ou moins facilement dépassé, et la prépondérance des muscles extérieurs s'accusera par la facilite qu'aura le sujet de vaincre, dans cette expérience, des prismes de 5, 6 et jusqu'à 7 ou 8 degrés de chaque côté.
Mais la méthode la plus précise est la suivante :
5" Méthode de von Graefe. Lorsque la vision simple binoculaire a été sus-
pendue pour une cause ou pour une autre, l'empire de la force accommodative sur la synergie musculaire se voit aussi, dans de certaines limites, suspendu. Or, il est un moyeu facile de suspendre tem[)oraiieaieut la vision simple et avec elle le besoin de la reconstituer. C'est de placer devant l'un des yeux un prisme dont on tourne l'angle directement, soit en haut, soit en bas. Ce prisme donne alors lieu à la vision de deux images inégalement élevées ; et ces images doubles par inégalité de hauteur, le sensorium ne témoigne nulle velléité de les fusionner. La nécessité de voir simple ne pèse dès lors plus sur le degré de convergence, et les axes optiques se placent d'eux-mêmes sous l'angle le plus en rapport avec le balancement musculaire que déterminerait la seule synergie accommodatrice. S'il y a concordance ou rapport régulier entre le balancement musculaire et raccommodation, les images restent doubles, mais par seule inégalité de la hauteur ; elles ne seraient pas, en outre, l'une à droite, l'autre à gauche. Ainsi, avec un prisme de 12 à lA degrés, dont l'angle serait dirigé en haut, un point noir marqué sur une ligne verticale et placé à 15 ou 20 centimètres des yeux donnerait heu à l'illusion de deux points situés l'un au-dessus de l'autre, sur cette même verticale, laquelle demeurerait simple.
Mais supposerons-nous une désharmonie entre les systèmes moteur et accommodatif, à l'instant où l'inégalité de hauteur des images s'accusera, on observera en même temps un écart latéral, ou de droite à gauche, entre les deux images.
Le prisme étant placé devant l'œil yauche, et son angle en haut, ce sujet nous dit : « Je vois deux points, l'un plus haut que l'autre; et chacun sur une ligne, l'un à droite, l'autre à gauche. » Vous jugez alors que les axes optiques dissociés par le prisme quant à la hauteur des images se sont dissociés eux-mêmes ensuite pour se mettre sous un angle de convergence moins pénible. Pour savoir si la dissociation a eu lieu par divergence ou, au contraire, par un accroissement de la convergence, vous n'avez qu'une question à faire au malade : « De quel côté (à droite ou à gauche) voyez-vous la plus haute image (celle afférente à l'œil armé du prisme à angle dirigé en haut)? — Le point le plus haut est à droite », vous est-il répondu. Vous en concluez que la diplopie produite est « croisée », c'est-à-dire qu'elle correspond à un état relativement divergent des axes optiques.
Conclusion. Les muscles se sont mis à l'aise en portant les axes en divergence. C'cît donc de ce côté qu'est la prépondérance, l'exemple donné se rapporte donc à un cas d'insuffisance des droits internes.
Inutile d'ajouter qu'on eût dû tirer la conclasion opposée si les images doubles, au heu d'être croisées, eussent été homonymes, c'est-à-dire la plus élevée du côté même du prisme élévateur. .
Cette méthode, très-précise, permet en même temps de mesurer le degré de la prépondérance de l'un ou de l'autre des systèmes adducteur ou abducteur. Il suffit, pour cela, de porter successivement devant l'un des yeux des prismes de plus en plus forts, dont l'angle soit dirigé en dedans ou en dehors {dans le cas précédent, en dehors), jusqu'à ce que la diplopie latérale se soit vue effacée et que demeure seule la diplopie par inégalité de hauteur. Le premier de ces prismes qui ramène les deux points sur les verticales mesure exactement l'insuffisance.
IV. PathogÉiMe. § 22. La myopie reconnaît pour un de ses facteurs le travail soutenu de près. La lecture des paragraphes précédents a suffisamment établi pour le lecteur que la myopie à marche progressive (et tel est son caractère
"énéral tnntqueses causes subsistent) était une maladie, et même fort sérieuse. Nous allons démontrer maintenant que cette maladie est un produit direct de la civilisation.
L'œil myope, en effet, ne se manifeste point tel à la naissance, ni même dans la première enfance. L'observateur exercé peut reconnaître chez un très-jeune sujet de 7 à 8 ans une prédisposition au ramollissement des membranes oculaires profondes. Un des signes les plus propres à la lui indiquer est la présence dans l'excav;ition physiologique du petit exsudât gélatineux, que nous avons signalé au § 7 a; mais il est véritablement rare d'observer une myopie supérieure à -^g ou l'existence d'un vrai staphylome avant cette époque de la vie.
Toutes les statistiques, — et non pas celles de ce siècle seulement, — témoignent de la rareté de la myopie parmi les populations rurales, pastorales, maritimes; elles constatent, au contraire, sa fréquence énorme dans les classes civilisées. Pour n'en citer qu'un exemple, les exemptions du service militaire pour myopie n'atteignent pas plus de 2 à 3 pour 1000 dans les campagnes; nous avons eu, par contre, connaissance d'une promotion à l'École Polytechnique contenant 35 myopes sur 100 conscrits.
Des relevés précis faits, dans ces dernières années, dans de nombreux étabhssemenls scolaires, jettent sur ces aperçus une éclatante lumière. Le docteur Hermann Cohn, de Breslau, s'est imposé la tâche d'examiner lui-même un nombre considérable (10,060) d'élèves et d'étudiants de toutes catégories, et d'en mesurer la vue.
Sur ces 10,060 sujets, il a relevé 1,334 anomalies fonctionnelles ; et sur ces dernières 1,004 myopes, dont 10 héréditaires et 58 devenus tels après d'autres affections oculaires. Ainsi premier résultat, dans les écoles, la myopie est cinq fois plus fréquente à elle seule que toutes les antres anomalies visuelles réunies.
Les analyses de cette intéressante statistique sont du reste résumées dans la série des propositions suivantes :
1" Il n'existe pas d'école sans myopes:
2" Ils sont relativement peu nombreux dans celles des villages (1,4 pour 100) ;
5° Ils le sont 8 fois plus dans celles des villes (11,4 pour 100);
4" Dans les écoles primaires des villes, il y a 4 à 5 fois plus de myopes que dans les écoles rurales ;
5° Dans les écoles urbaines, la proportion des myopes s'élève, en raison du degré des écoles :
Écoles primaires 6,7 p. 100.
Ecoles moyennes 10,3 —
Écoles normales 19,7 —
Gymnases 20,2 —
6° Pour un certain nombre d'écoles moyennes normales ou de gymnases, le nombre proportionnel des myopes diffère peu d'une école à l'autre;
7" Dans les gymnases plus delà moitié des élèves de première classe sont myopes ; dans toute école, n'importe à quelle catégorie elle appartienne, les classes supérieures contiennent plus de myopes que les inférieures;
8" Relativement à l'âge du sujet et au degré des écoles, l'auteur a obsei'vé que la myopie augmente de degré d'une façon assez régulière, de deux en doux années dans les écoles rurales, comme dans celles des villes. M. Cohn n'a pas trouvé de myope parmi les élèves qui n'avaient pas encore un demi-semestre révolu de fréquentation des écoles;
9" Eli ce qui concerne le degré do la myopie, les facteurs importants sont l'âge du sujet et le degré de l'école : le degré mojen de lu myopie suit une proportion ascendante des écoles rurales aux gymnases. Ajoutons enfin que, dans toute cette série de relevés numériques, toute myopie supérieure à ~ s'accompagnait de staphylome postérieur d'une étendue en rapport avec l'excès de la réfraction.
Une conséquence inéluctable de ces observations si nombreuses, coiitirmées d'ailleurs pour chacun de nous par notre pratique de tous les jours, doit faire reconnaître dans l'application continue de la viie aux objets rapprochés l'un des principaux facteurs, si ce n'est même le principal, de la production du staphylome postérieur et de son symptôme, la myopie.
Et nous ferons un second pas dans cette recherche pathogénique ou étiologique, en établissant la remarque suivante, à savoir : que les professions mêmes les plus délicates, comme celles de graveurs, horlogers, etc., mais qui s'exercent au moyei! de la loupe et par l'emploi d'un seul œil, comptent notablement moins de myopes que les aulres applications soutenues de la vue de près. L'application binoculaire se montre ici comme un second facteur de la myopie.
§ 25. Far quel mécanisme le travail de près devient-il une cause de V accroissement de la tension intra-oculQ-ire, même dans les conditions physiologiques ? Les propositions de fait qui précèdent étant établies, il est naturel de se demander (juels rapports peuvent exister entre l'exercice soutenu de la vision de près et une exagération de la tension intérieure de l'œil capable de produire des allérations anatomiques telles que celles que nous venons de décrire aux§§ 7 et 8. C'est ce que nous allons essayer de déterminer.
Et d'aboid, quelles sont les forces en jeu dans la vision rapprochée?
Il y eu a de deux sortes : l'accommodation et le mouvement de convergence mutuelle des yeux.
L'accommodation, chez le myope, n'a pas grand service à rendre et, par conséquent, grande fatigue à subir. Le myope a toujours plus d'accommodation qu'il n'en réclame. Il l'épargne ou la relâche plutôt qu'il ne la met en œuvre. 11 reste donc à examiner la convergence des axes optiques.
De la convergence mutuelle des axes optiques. Le globe oculaire est, comme on le sait, suspendu en équilibre entre deux groupes de muscles, les droits et les obliques. Une loi doit régir cet équilibre pendant le repos comme pendant le mouvement de l'organe : le respect, le maintien de la forme sphéroidale du globe; l'exactitude des notions fournies au sensorium par les images rétiniennes est à ce prix. Lors du mouvement de l'œil dans un sens ou dans l'autre, les muscles qui se raccourcissent pour déterminer ce mouvement accroîtraient la pression intérieure du globe et, par suite, le déformeraient si les muscles aniagonistes ne se relâchaient en proportion. Ce principe doit être présent à notre esprit dans les développements qui vont suivre : il appartient à M. Jules Guérin.
Dans l'acte de la convergence pure et simple, dans le plan horizontal, l'axe du mouvement est l'axe vertical du globe; la force dont l'activité le détermine est le raccourcissement du muscle droit interne. Quant au point d'appui, il est, dans cette circonstance, d'une espèce particulière. Ce point d'appui est à la surface même du levier sphérique mis en mouvement.
Cela posé, au moment où la contraction du droit interne tend à porter en arrière son point d'insertion scierai (action qui, s'exerçant seule, tirerait simplement le globe en arrière), la résistance développée par les muscles obliques et le droit externe retient le globe en place et le force à tourner autour de son axe ; la
cornée est alors portée dans l'adduction. Dans ce mouvement, le point d'insertion des obliques au globe est entraîné en sens inverse, c'est-à-dire d'arrière en avant et de dedans en dehors, de tout le chemin que fait, en arrière et en dedans, l'insertion antérieure du droit interne ; ainsi fait également, en avant et en dedans, l'insertion du droit externe.
Ce n'est pas tout : à mesure que se prononce le mouvement de convergence, la zone, le cercle que circonscrivent les muscles oblitjues autour du globe se rapproche de plus en plus d'un grand cercle de la sphère. Cela revient à dire que le globe lui-même tend, par le fait de sa forme, à distendre de plus en plus la somme des longueurs des obliques. Or pareil effet, produit par les muscles obliques sur une poche au contenu semi-lhiide, ne peut s'accomphr sans une réaction égale, manifestée par ce dernier. Cette réaction, c'est un accroissement de la pression intérieure. Le simple mouvement physiologique de convergence dans le plan Jtorizontal implique donc nécessairement la toidance à V accroissement de la pression infra-oculaire.
Influence de r élévation ou de l'abaissement du regard associé convergent. Mais cette tendance est bien autrement sensible, si le mouvement de convergence s'accomplit dans un plan dirigé de haut en b^s et d'arrière en avant, comme dans la plupart des occupations de la vie civilisée. Dans notre étude sur les mouvements physiologiques des yeux, au § 9 de nos Leçons sur le strabisme et la diplopie, nous avons analysé cette influence de l'abaissement ou de l'élévation du plan de la convergence sur la tension intia-oculaire.
Quand, pour le regard à distance, l'axe optique d'un œil se porte en bas et ea dedans, le méridien vertical de cet œil se voit incHné de haut en bas et de dehors en dedans. L'autre œil se met dans le parallélisme avec cette inclinaison, et nulle tension exagérée n'est ressentie. Lors de la convergence mutuelle, il en est autrement : les deux méridiens restent verticaux, TincUnaison susnotée n'a point lieu. 11 y a donc un muscle qui, dans ce dernier cas, rétablit ou maintient de chaque cô'.é la verticahté du plan méridien vertical. Un seul muscle e>t en position d'opérer cette action, lors du regard en bas, c'est celui dos abaisseurs de l'œil qui possède une composante propre à porter le globe dans la rotation de haut en bas et de dehors en dedans, le muscle oblique supérieur (s'il s'agissait du mouvement de convergence en haut, ce serait l'oblique inférieur).
Voilà une circonstance aggravante qui ne peut être méconnue, et qui pèse d'un grand poids sur la pression intra-oculaire ; car elle aussi tend à comprimer, par rétrécissement du périmètre, le cercle de la sphère circonscrit par les obliques. Nous pouvons donc conclure que la convergence physiologique des axes optiques réunit toutes les conditions propres à accroître la pression dans l'intérieur de l'œil .
§ 2i. De l'insuffisance des muscles droits internes comme cause d'accroissement de la tension intérieure de l'œil lors du mouvement de convergence des axes optiques. Le simple mouvement de convergence, venons-nous de voir, suffit, dans des yeux très-physiologiquement constitués, à amener un accroissement de la tension intérieure de ces organes. Tous Ijes yeux des personnes s'appliquaut à des travaux rapprochés ne sont pourtant pas affectés de myopie, ou atteints d'un excès dangereux de pression. 11 existe donc quelque autre circonstance qui se joint aux précédentes pour transformer la condition prochaine en fait pathologique accompli.
Celte circonstance, c'est l'insuffi-ancs des muscles droits internes, ou, anato-
miqiiemeiit, l'anomalie de position du point d'insertion scierai de la sangle des muscles obliques, insertion congénitalemeut plus ou moins portée en dedans, ou du côté de l'axe de l'orbite.
Supposons, en effet, pour un instant, le point d'appui fourni par les muscles obliques au globe oculaire, repoussé de quelques millimètres plus en dedans que ne comporte l'équilibre parlait des forces motrices, qu'en résultera-l-il pour les mouvements du globe? Evidemment un accroissement de puissance dans la somme des rotateurs du globe en dehors, et inversement pour l'effet antagoniste. On peut donc, au point de vue mécanique, représenter l'insuffisance des muscles droits internes par le recul en arrière et en dedans de l'insertion postérieure des muscles obliques.
Éludions donc cette circonstance dans ses conséquences sur la pression du glole.
Ce recul de l'insertion postérieure des oblifjues entraîne comme premier effet la diminution d'étendue soit en surface, soit en périmètre, du cercle de la sphère oculaire embrassé par la sangle des obliques. Ce cercle est, en effet, un peu plus (listant (lu centre que dans l'état physiologique.
Dès lors, dans un œil affecté de cette anomalie de rapports entre le levier (globe) et les forces qui lui sont a[ipliquées, l'accomplissement du mouvement de convergence des axes optiques, décrit dans le par.igraphe précédent, va rencontrer lui accroissement plus rapide et plus prononcé qu'à l'état physiologiciue, des diamètres successifs du globe qu'il doit embrasser. 11 est clair dès lors qu'avec ledit mouvement, on verra croître l'élongation ou plutôt la distension desdits muscles obliques et avec elle la réaction du contenu ou la tension intérieure.
L'insuffisance des muscles droits internes se rencontrant dans des ycnx destinés an travail rapproché, devient donc une cause très-directe à ajouter à celles que la physiologie recoimaissait à ce mouvement comme propres à amener l'excès de tension intra-oculaire.
§ 25. Mécanisme de la production du staphylome postérieur , dans les circonstances qui -précèdent. Pour se faire une idée précise de la relation mécanique qui rattaihe à l'insuffisance des droits internes, lors du mouvement de convergence, la production du staphylome postérieur, il faut jeter d'abord un coup d'œil sur les dispositions anatomiques particulières offertes par cette région. Cette étude nous apprend d'abord :
a. Etat physiologique. \° Que dans sa région postérieure, la sclérotique est constituée par deux lames fibreuses que sépare une zone peu étendue, mais trèsappréciable, de tissu conneclif ou lamineux qui forme, autour et un peu en arrière de la lame criblée, une espèce de disque plutôt étroit;
2" D'autre part que le névrilème du nerf optique présente une disposition analogue. Il est également formé par deux couches fibreuses annulaire?, séparées aussi par du tissu cellulaire, comme on voit, par exemple, la fibre nerveuse formée d'un périnèvre, d'un cylindre-axe, et enire eux, d'une zone annulaire de moelle. De ces deux couches fibreuses du nerf, la plus interne se relie intimement à la lame criblée, à la choroïde et enfin à la lame fibreuse intérieure de la sclérotique. La plus extérieure va, pendant ce temps, se fusionner avec la lame externe également de la sclérotique, et de la même manière, les lamelles plus lâches du titre connectif intermédiaire, appartenant à l'un et à l'autre organe, vont se fusionner entre elles.
La fig. 3, p. 255, donne une idée nette de cette disposition.
DICT. r.lic. 9» «. TT jg
b. Dispositions anatomiques constituant la région devenue staphylomateuse. Les figures A et 5, p. 256, représentent en coupe la région que nous venons de décrire, lorsque le staphylome est produit.
Au point même oîi rophthalmoscope nous a montré l'existence du croissant péri-papillaire, nous constatons que celte zone (le staphylome) est formée par la distension, l'amincissement et' enfin l'atrophie de la choroïde soudée par sou tissu conneclif avec la lame intérieure de la sciera et la zone du tissu lamineux sous-jacent intermédiaire. Ces parties distendues forment avec la lame criblée une vésicule plus ou moins prononcée, faisant saillie en arrière, et reposant sur la lame extérieure de la sclérotique : c'est le staphylome.
Maintenant, devons-nous nous demander, comment l'excès de pression intérieure déterminé par le mouvement de convergence, dans le cas d'insuffisance des droits internes, permet-il d'expliquer le passage du premier de ces états anatomiques au second? Voilà ce qu'il s'agit d'exposer.
c. Mécanisme. La chose est très-simple : sous l'influence de l'accroissement de la réaction intérieure, le sac choroïdien, fermé en arrière par la lame criblée à laquelle il est intimement uni, et rempli d'un contenu semi-fluide, est donc tendu de toutes parts, la pression s'y exerce imiformément en tous les points.
Cette pression est naturellement transmise à la tnniqne extérieure (la sciera) qui double la poche intérieure; et si tous leurs points, à l'une et à l'autre, étaient d'une constitution homogène, leur ensemble céderait ou résisterait d'une manière uniforme à la pression commune.
Mais on sait que cette homogénéité est loin d'exister. Si, en plusieurs points, les muscles ou leurs aponévroses d'insertion apportent un appui direct cà la sclérotique, dans d'autres, dépourvus de cet appui, se rencontrent au contraire des causes d'infériorité pour la résistance, infériorité résultant des variations mème^ du tissu en ces régions. Dans la calotte postérieure du globe, région la moins soutenue de toutes, nous voyons en outre (comparez la figure ci-dessus) accumulées les inégalités de tissus : d'abord le dédoublement de la sciera en deux lamelles prêles à glisser l'une sur l'autre, en second lieu l'attache ferme (la fusion même) de l'anneau choroïdien à la circonférence de la lame criblée.
Il y a donc dans cette région, entre la sangle des obliques et le droit interne, accuitiulation des conditions que la mécanique considère comme les plus propres à engendrer les distensions inégales, les séparations, les ruptures, à savoir : les différences de texture, d'homogénéité, et par conséquent de résistance.
Telle nous paraît être, dans son enchiilnement logique, la relation mécanique qui unit fatalement à l'insuffisance des droits internes, mise aux prises avec le travail de près soutenu, la production de l'ectasie progressive des membranes profondes de l'œil.
Vérification clinique. Sont-ce là des vues uniquement spéculatives? — Non. Le point de départ de ces recherches est dans la clinique elle-même.
Il n'est pas un ophthalmologiste qui n'ait eu l'occasion de rencontrer des sujets chez lesquels, à son grand étonnement, existaient des traces plus ou moins marquées de staphylome postérieur, coïncidant avec l'absence de toute myopie. Donders lui-même, à qui est due cette loi que le staphylome postérieur est à con- . sidérer comme le symptôme pathognomonique de la myopie, Donders a observé, et même assez fréquemment, de légères traces d'atrophie au bord externe de la papille, quelquefois même un anneau complet, en l'absence de toute myopie, deux fois même avec l'hyperopie. (Il invoque, pour expliquer ce
fait, en apparence paradoxal, la disparition de la myopie ou une iufîuence glaucomateuse).
C'est précisément la même remarque qui nous a conduit à scruter plus avant le problème. Notre attenlion étant dirigée de ce côté, nous avons pu, dans l'espace d'un an à dix-huit mois, recueillir trente-huit à quarante observations jetant mi jour nouveau sur ce point déhcat.
Dans le travail d'où nous extrayons ces lignes, nous avons inséré un tableau contenant 38 cas très-régulièrement ob>;ervés, comprenant huit cas de myopie légère^ c'est-à-dire inférieure à pg-, le plus généralement de 3V ^ 3V ' ^^^'^ ces huit cas, deux étaient manifestement des myopies acquises ; dans deux autres, la mvopie n'avait atteint qu'un œil. Quant aux trente autres, ils se partageaient en 20 cas d'œil emmétrope, et 10 cas d'œil hyperope.
Chez tous, le bord externe de la papille portait, comme dans le? observations de Donders, des traces plus ou moins marquées, mais indubitables, d'atrophie choroïdienne ou de staphylome postérieur au début. Tous ces sujets offraient, en outre, les symptômes de l'insuffisance des forces convergentes. Pour constater cette insuffisance, nous nous sonmaes toujours appuyé sur l'épreuve, par le .prisme à angle supérieur ou inférieur, indiquée par M. de Graefe. (Voir pour plus de détails le g 126 de notre Précis de la réfraction; supplément à Mackenzie.)
En présence de cet ensemble d'observations, nous avons cru pouvoir établir les deux propositions suivantes :
1° Si la myopie reconnaît généralement pour cause prochaine l'existence ou le développement de l'ectasie des membranes de l'œil, — le staphylome postérieur à tous ses degrés, — cette ectasie elle-même se produit sous l'influence d'une cause prochaine et d'une cause prédisposante. La première est le travail sur les objets rapprochés, la seconde l'insuffisance des muscles droits internes ;
2'' Au nombre des signes diagnostiques de l'insuffisance des droits internes, et comme un de ses principaux caractères, il convient donc de placer dorénavant la présence de tout staphylome, et particulièrement, au début, celle d'une petite érosion de la choroïde sur le bord externe du disque optique. En un mot, le staphylome postérieur est plutôt le symptôme de l'insuffisance des forces de la convergence que celui de la myopie ; ou bien encore ; myopie et staphylome postérieur relèvent de l'insuffisance des droits internes.
Depuis l'époque à laquelle ces lignes ont été écrites (1865), la pratique ophthalmoscopique courante nous a donné mainte occasion de confirmer ces premières vues.
§ 26. de certaines myopies {rares) symplomatiques de staphylome postérieur primitif, ou du moins exempt de toute insuffisance musculaire. Si la tension en excès du globe oculaire, mécaniquement amenée par le travail de près dans les conditions du strabisme divergent latent est, suivant nous, l'élément le plus nettement habituel de la production du staphylome postérieur ou de l'ectasie des membranes profondes, nous devons cependant dire que cette ectasie peut reconnaître et reconnaît, eif effet, des causes moins géométriques, des origines plus obscures et ressortissant à de tout autres conditions que les précédentes.
11 n'est, en effet, pas absolument rare de rencontrer des staphylomes postérieurs plus ou moins [)rononcés, peu élevés pourtant, en général, chez des sujets n'ayant que médiocrement appliqué leur vue, et dépourvus d'ailleurs de tous symptômes d'insuffisance des droits internes.
Dans ces cas l'observateur est en présence d'altérations idiopathiques de la cho-
roïde, et la caufe de celles-ci est à rechercher dans de tout autres voies que celles de la mécanique binoculaire.
A cet égard, toute circonstance propre à amener un trouble quelconque dans le rôle régulier et réciproque de l'artère et de la veine ophthalmiques ; — toute condition de nature à modifier les rapports normaux entre la résistance opposée à la systole artérielle ou les énergies motrices présidant à la tension veineuse, peuvent être suivies de stase ou d'hyperémie choroïdienne et consécutivement de choroïdite séreuse.
Indépendamment des lésions directement propres au globe oculaire et formant le groupe des affections localisées dans cet organe, nous trouvons dans l'économie générale nombre de perturbations en état d'amener ces mêmes effets. Telles sont par exemple : toutes les maladies aptes à déterminer une rupture notable de l'équilibre normal entre la circulation générale et les circulations spéciales à certains appareils, comme la circulation cardiaque d'abord, puis celle du foie (système de la veine-porte), des poumons, du système utérin (la ménopause), les maladies qui se rattachent au système vasculaire lui-même, la goutte^ par exemple, en conséquence peut-être des dépôts calcaires apportés par elle dans les troncs vasculaires de la base du crâne ; les hémorrhoïdes, les dispositions variqueuses, etc. (ces dernières affections diathésiques, étant héréditaires la prédisposition morbide se comprend d'elle-même).
La vieillesse, par son action générale et celle particulière qu'elle a sur la résistance des tuniques vasculanes.
La syphilis, cause si fréquente de choroïdite disséminée.
Tous ces états pathologiques et nombre d'autres moins l'réquemment observés devront donc être présents à l'esprit de l'ophlbalmologiste et exercer sa sagacité, lorsqu'il se trouvera en présence d'une myopie consécutive à des altérations choroïdiennes ou dans lesquelles Vintervenlion d'un travail soutenu de près ne pourra évidemment être invoquée comme élément causal.
Dans ces cas d'ailleurs la symptomatologie accuse des différences assez marquées. Ainsi la myopie comporte des degrés bien moins élevés ; d'autre part si la choroïdite n'est pas moins destructive, lestaphylome, plus généralisé, atteint une bien moindre profondeur. 11 y a, en somme, plutôt choroïdite chronique atrophique que développement rapide d'une ectasie aiguë.
Nous devons mentionner aussi les cas, non absolument rares, oii il existe autour de la papille et du côté externe un petit arc de l'espèce des staphylomes de début, et qui ne serait que la trace d'un arrêt de développement du globe au moment de la fermeture de la fente sclérale ; circonstance qui se rencontre parfois et plutôt avec l'hypeiopie. Dans cette espèce, la progression du staphylome est plutôt absente et on puise dans cette remarque un élément de diagnostic différentiel.
§27. Des causes indirectes de la myopie, et déterminant celle-ci par la nécessité de regarder de trop près. Si le travail rapproché est le fait déterminant de la myopie dont l'insuffisance en forces adductrices est le facteur prédisposant, les circonstances particulières de nature à obliger le sujet à se rapprocher plus qu'un autre de l'objet de son travail deviennent des causes accessoires ou secondaires de cette anomalie fonctionnelle.
Nous devons donc inscrire sous le chef étiologique de la myopie : Toutes les conditions qui, réduisant ou ayant réduit le pouvoir de perception visuelle, obligent à diminuer la distance des petits objets pour obtenirde plus
grandes images rétiniennes. Au premier rang, nous devrons placer les opacités se rencontrant sur le trajet des rayons lumineux, et, parmi ces dernières, celles ayant leur siège sur la cornée.
Les opacités cornéales à tous les degrés jsont un reliquat des plus fréquemment rencontrés des maladies de l'enfance, et jouant conséquemment un grand rôle dans le mécanisme précédemment décrit, au début des études. Quand nous découvrons ces traces dans un œil plus ou moins âgé, nous avons déjà un certain fondement à le soupçonner myope, pourvu qu'il ait eu l'occasion fréquente de l'exercice soutenu de la vision de près.
Il en est de même évidemment des dépôts plus rarement rencontrés sur ou dans le cristallin, à l'âge où les études deviennent sérieuses.
Les occupations prolongées dans des lieux nisuffisamment éclairés conduisent naturellement aux mêmes conséquences. Dans ce cas comme dans le précédent, c'est le défaut de lumière qui, forçant à se procurer de plus grandes images, impose la nécessité d'un plus grand rapprochement de l'objet.
IJamblyopie, quelle que soit sa cause, conduit naturellement aux mêmes conséquences. Nous n'insisterons pas.
Parmi les causes les plus ordinaires de la myopie, on a cité l'hérédité. Le fait est inconlestnble et sur une très-grande écbelle. Mais si nous avons vu juste jusqu'ici, nous devrons rapporter le fait héréditaire, pour une part au moins aussi notable, à la transmission par la race du fait de la prépondérance des aliducteurs ou de la disposition au strabisme divergent. Nous rencontrons effectivement cette influence héréditaire incontestable dans la transmission de la disposition au strabisme, convergent de l'hypermétropie. Le balancement musculaire inverse ne peut-il être aussi logiquement naturel ?
Ce point de vue n'écarte évidemment pas l'idée d'une transmission héréditaire, constatée d'ailleurs directement elle-même, des prédispositions morbides directes ou indirectes aux conijestions choroïdiennes.
Ajoutons que, dans la plupart de ces cas, l'obligation d'un travail rapproché qui a rendu myope le père se rencontrera aussi et comme un fait héréditaire chez l'entant. Il est rare, en effet, que les jeunes générations nées et élevées dans les villes retournent, devenues adultes, à la charrue.
§ 28. D'une forme particulière de myopie caractérisée par V absence de staphylome postérieur, jointe à la présence d'un strabisme convergent réel. Indépendamment des myopies simplement apparentes à rattacher à des spasmes de l'accommodation (myopie à distance), on lencontre encore une autre forme de myopie également progressive et, comme la myopie spasmodique, dépourvue de staphylome postérieur.
Le caractère particuher, et en quelque sorte pathognomonique de cette forme, est la concomitance avec elle d'un strabisme convergent, également progressif. La myo[ie ici est bien positive ; la vue, trouble au loin, est améliorée par les verres concaves, aussi bien après l'emploi de l'atropine qu'à l'état naturel, et elle progresse avec les années. En même temps, le ma'ade commence à se plaindre de diplopie quand il regarde au loin ; et si on analyse le sens de cette diplopie, on reconnaît qu'elle est homonyme, c'est-à-dire symptomatique d'un strabisme convergent des axes optiques.
Tous ces symptômes progressent ensemble et on arrive enûn à un strabisme des plus prononcés, et tel que le patient ne peut voir binoculairemeut qu'à trèscourte distance.
L'examen ophthalmoscopique à l'œil iiu (première épreuve du § 6) confirme l'existence d'une myopie adéquate au degré de convergence des axes ; mais l'intervention de la lentille ophthalmoscopique, en étendant le champ superficiel de l'ohservation, n'y fait point reconnaître de staphylome.
Le mécanisme de cette myopie est tout différent des circonstances que nous avons eues à envisager jusqu'ici et se comprend instantanément. Le rapport physiologique préétabli entre les forces accommodatives et celles qui président à la convergence mutuelle des axes optiques est ici rompu en sens contraire du partage ordinairement observé dans la myopie. A des forces accommodatives, normales par rapport à la longueur de l'axe oculaire, se trouve associée une prédominance des forces adductrices. Aucune lutte ne s'établit donc entre elles. Lors du travail rapproché, accommodation et convergence s'associent au lieu de se tenir en respect, et à la suite d'une longue habitude du travail de près, l'insuffisance des droits externes originelle a fait place au strabisme convergent confirmé.
L'histoire de cette maladie plutôt rare, tout à fait la contre-partie de l'association de l'insuffisance des droits internes avec l'hypermétropie, ressortit donc à l'étude des strabismes d'origine optique. Son remède assuré est aussi du ressort de ce dernier chapitre, et consiste dans le recul des insertions des droits internes (ou ténectopie du strabisme convergent).
V. Symptomatologie. §29. Complications on plutôt symptomatologie générale de la myopie actuellement ■progressive. Nous n'avons envisagé jusqu'ici la myopie qu'au point de vue de son diagnostic formel et absolu, et sans nous occuper de la symptomatologie, de ses complications consistant particulièrement dans les troubles accessoires qui amènent le |ilus souvent le malade au cabinet de consultation. Ce sont, en effet, ces symptômes accessoires qui provoquent son attention ou ses inquiétudes, la myopie, en elle-même, eu égard aux préjugés généraux régnant à son endroit, étant malheureusement encore considérée, par la plupart, comme un état de l'œil plutôt favorable que périlleux. La lecture des ^ 7 et 8 fera justice de ces préjugés, en même temps que la vue du tableau de l'anatomie pathologique inspirera aux médecins en général, et par suite à leurs clients, une tout autre opinion.
Quoi qu'il en soit, la myopie progressive , car c'est la seule forme importante à considérer, la myopie progressive s'accuse par un ensemble de complications dont il importe de tracer ici l'exposé.
Dans la myopie progressive on rencontre habituellement :
1" Des phases d'irritation et de congestion dues, indépendamment des autres causes, à la tension qui détermine l'élongation progressive, par ramollissement, des membranes profondes. Ces états s'accusent par une sensation fréquente de chaleur à l'œil, la pesanteur des paupières, l'humidité habituelle de l'organe, l'apparition de phosphènes, le soir, lors du mouvement rapide des yeux, des orgeolets, des blépharites ; enfin tous les signes de congestion de l'appareil.
2° L'amblyopie myopique ou diminution de l'acuité visuelle par lésion finale, anatomique, de la choroïde et de la rétine distendues et hyperémiées. Cette diminution de perception offre des caractères souvent particuliers : les contours et surfaces mêmes des petits objets sont interrompus ou distordus ; la fixation de l'attention n'est plus invariable; elle est comme oscillante, l'énergie visuelle de la fovea centralis atténuée par l'atrophie staphylomateuse lente et progressive qui envahit la région polaire, réduisant la qualité du point central au degré de celle des parties immédiatement voisines et l3ientôt au-dessous de celle des ré-
gions excentriques. L'oplilhalmoscope apporte simultanément le même renseignement. Cette région de l'œil, an lieu de sa netteté habituelle, se montre tomenteuse et rappelle le flou des photographies mal venues; on y voit de petites agglomérations, comme floconneuses, de pigment dissocié. Bientôt cet état et ses apparences objectives s'aggravent comme les symptômes subjectifs; l'œil na plus du tout d'acuité, de loin, au trou d'épingle, ni même avec aucun verre concave. Et cependant, mettant un livre entre les mains du sujet, ce dernier lit très-passablement. L'oplithalmoscope montre alors toute la région polaire érnillée, chagrinée, rappelant cette apparence des étoffes chinées. C'est un degré plus élevé d'atropbie. Le point le plus central est mort; mais tout autour de lui il en reste de plus ou moins vivants, et en assez grand nombre pour établir la continuité des impressions en surface, au moyen de laquelle la lecture peut avoir lieu.
Bientôt pourtant cette faculté elle-même s'émousse ou graduellement, ou tout d'un coup; dans le premier cas, les mots ne peuvent plus se voir dans leur entier; des lettres ou des syllabes complètes ne sont plus perçues ; dans le second, la fixation est tout à fait abohe, un scolome central s'est déclaré, après la formation duquel le malade ne jouit plus que de la vision périphéiique ou d'avertissement. La diminution de l'acuité, l'extension graduelle du nombre et de l'étendue des éro^ions disséminées dans la l'égion de la tache jaune et de celle du staphylome principal, imposent au médecin l'obligation de mesurer fréquemment les degrés de la myopie, de l'acuité de la vue et de l'étendue du champ en surface. L'examen ophlhalmoscopique donne bien à la vérité des notions comparatives sur le caractère stationnaire ou progressif de la choroïdite atrophique ; mais ces notions, même pour la mémoire la plus fidèle, ne sauraient équivaloir à l'enseignement fourni par les chiffres conservés d'une époque à l'autre.
5° Les mouches volantes, fréquentes causes de tourment [voy. leur description, art. Mviodopsie) ; elles suivent en général la marche des phases aiguës ou congestives de la choroïdite séreuse dont elles sont, en i-éalité, le premier symptôme révélateur. Nul état de l'œil n'y est plus soumis que la myopie progressive.
4° A des degrés plus élevés, ces mouches ou scotomes mobiles sont remplacés par de véritables opacités, des corps flottants, des niembranules reconnaissablés dans le corps vitré au moyen de l'ophtlialmoscope; l'hyaloïde perd sa transparence rompue par un tin pointillé qui la remplit ; enfin, la région polaire de la capsule postérieure se montre tachée et l'on assiste au début de la cataracte postérieure corticale. Toutes ces obscurités, matériellement interposées devant l'observateur, sont dues à la lésion de nutrition du vitré consécutive aux altérations éprouvées paria choroïde qui préside physiologiquement à cette nutrition. 11 n'est pas sans exemple que la lin de la scène se montre nettement glaucomateuse.
5"* Une des formes les plus tristes que prenne l'atrophie progiessive de la choroïde dans la myopie, c'est la cécité subite par épanchement sanguin dans les membranes et donnant lieu à un ou plusieurs scotomes étendus. Plus grave encore est l'épanchement séreux, non moins fréquent, qui s'observe entre la rétine et la choroïde, en d'autres termes, le décollement de la rétine; terrible accident, d"oni. la fréquence si regrettable est la meilleure réponse à faire au préjugé qui fait de l'œil myope un organe enviable !
VI. Ikfluekce de l'état siyopique sur la fonction visuelle. § 30. des caractères de la vision chez le mijope; des préjugés régnants à cet endroit. La
myopie est considérée dans le public, même médical, comme un simple état optique, et même comme une vue avantageuse; l'œil myope est un bon œil.
Cette opinion est un déplorable préjugé ; l'histoire anatomique de la myopie vient de démontrer que cette condition de la vue n'est pas simplement une condition optique, mais bien une maladie, une maladie grave tant que sa cause continue d'agir, et il est de la plus haute importance que le sentiment général change du tout au tout à cet endroit.
Il n'est point de jour ofi nous n'entendions quelque chose comme ce qui suit :
« J'ai des yeux excelUnts; je lis des caiactères que la plupart des personnes de mon âge ne peuvent distinguer : au crépuscule ou au clair de lune, cette supériorité de mes yeux se manifeste de façon plus étonnante encore; j'ai plus de cinquante ans et n'ai jamais éprouvé le besoin de lunettes; je vois positivement aujourd'liui à distance des objets qu'assurément je n'aurais pas distingués il y a vingt ans. L'œil myope est donc meilleur que Tœil commun, et de plus, il est évident qu'il s'améliore avec les années. »
Ces observations, considérées en elles-mêmes, sont exactes, et cependant leur conclusion est absolument fausse ; c'est ce que nous allons faire voir.
Premièrement, l'œil myope distingue des caractères minutieux que ne saurait voir un œil commun du même âge. La chose est simple : la supériorité dont il jouit en celte circonstance tient uniquement à la beaucoup plus courte distance à laquelle l'objet est rapproché de l'œil. L'image en est d'autant agrandie, de sorte qu'à une acuité réellement moindi'e peut correspondre une perception apparente supérieure, un plus ^eùi minimum visihile. Ce qui est effectivement le cas très-général. Chez l'immense quantité des myopes au-dessus de ^, l'acuité ne dépasse pas f . Loin d'être supérieure au taux normal, elle est, au contraire, dans la généralité des cas, notiblement moindre.
2° La faculté de lire ou travailler an crépuscule ou au clair de lune est-elle un signe d'une plus grande valeur de la supériorité de l'œil myojie? Aucunement.
Joignez au grand rapprochement de l'objet par le myope, et à l'agraudissement proporùonnel de l'image rétinienne qui s'ensuit, la qualité particulière propre aux myopes déposséder de larges pupilles, notablement plus grandes que celles des autres yeux du même âge, et vous comprendrez suffisamment qu'il réclame, tout étant égal d'ailleurs, moins de lumière.
3° L'excellence de l'œil myope est-elle démontrée par l'absence de la nécessité des lunettes (convexes) pour les occupations ra[)prochées, à l'âge oii le commun des hommes les requiert? Pas davantage. Dans les conditions moyennes, cette circonstance peut être un a\antage; mais elle ne préjuge riea quant à l'état même de l'œil. Elle signifie simplement que l'œil en question n'éprouve point les inconvénients de la presbytie pratique.
Expliquons- nous :
Il n'est personne qui ne devienne presbyte, puisque cette disposition de l'œil ne consiste que dans le recul du pimctum proximum avec les années et proportionnellement à leur nombre. Seulement cette diminution graduelle du pouvoir dynamique de l'accommodation ne dépasse naturellement pas la position du punctum remotum. Pour peu que ce dernier ne soit pas à plus de 12 à 14 pouces (myopie de ^ à j^), la presbytie du sujet ne saurait s'étendre au delà de cette limite; ce dernier pourra donc lire sans lunettes à ladite distance jusqu'à la fin de ses jours. Mais son acuité visuelle, ni la portée de sa vue, n'en sont aucunement affectés.
MYOPIE. '2Si
4° La faculté de distinguer de loin, à cinquante ans, par exemple, des objets qu'on n'aurait point pu qualifier à distance, lorsqu'on était de vingt années plus jeune, l'obligation de reculer le livre pendant la lecture, plus loin qu'on ne le faisait jadis, sont-elles, comme il le semblerait, en effet, des marques de la diminution, de la régression de la myopie?
Pas davantage ; le recul pbysiologique et régulier du punclum proximiim explique amplement la lecture un peu plus distante à l'époque normale de la presbylie; et d'autre part, la réduction graduelle avec les années de l'ouverture de la pupille, diminuant les cercles de diffusion inhérents à toute image empreinte d'aberration focale, rend non moins aisément compte de l'amélioration relative de la perception des objets situés au delà du piinctum remotum. Mais aucun de ces avantages n'est à rapporter à la diminution de la myopie, celle-ci ne pouvant pas rétrograder en réalité, plus que ne le saurait faire le stapliylome postérieur dont elle est le symptôme. Une seule exception très-bien défim'e , mais aussi tiès-limitée, peut être opposée à cette conclusion. Après 72 ans, on note assez régulièrement le recul (de près d'un vingt-quatrième) du punctum remotum lui-même (c'est l'hypermétropie acquise de Dondeis). Une myopie stationnaire bénéficie donc de ce résultat de l'évolution sénile, et diminue d'autant, relativement au degré qu'elle mesurait pendant la maturité de l'âge.
Telles sont les circonstances qui ont donné naissance à cette opinion générale que la myopie s'améliore ou diminue avec les années. La vérité est que nulle myopie ne rétrograde à proprement parler; mais en revanche, il est constant qu'une myopie siatiounaire, c'est-à-dire dont les causes mécaniques ont été détournées par un changement apporté dans l'exercice de la vision, peut éprouver, par le fait de l'âge, certaines transformations plutôt avantageuses.
Mais, si l'on considère en quoi consiste anatomiqueraent la myopie (choroidite séreuse à marche atropliique), ses caractères désastreusement progressifs tant que continuent à régner les causes qui l'ont fait naître; si l'on jette les yeux sur le tableau des conséquences régulières du stapliylome postérieur, on est promptenient obligé à porter sur l'œil myope un jugement directement opposé au préjugé régnunt. Le ramollissement du vitré, la disparition de la choroïde, couche par couche, dans le district et jusqu'au centre de la macula lutea (centre de perfection des images), les scotomes plus ou moins centraux par hémorrhagies choroidiennes, les opacités de la fossette hyaloïdienne et des couches postérieures de la lentille; enfin, le terrible décollement de la rétine, voilà notre réponse aux opinions encore généralement rép:mdues sur les qualités de l'œil myope.
Tout ce qu'on a pu en dire de favorable ne peut s'appliquer, avec les réserves mdiquées, qu'à la seule myopie stationnaire de degré léger, c'est-à-dire la myopie qui a succédé à la période progres.-ive depuis longtemps éteinte par le fait de la suspension des causes qui l'ont produite et plus ou moins développée.
Mais si Ton veut connaître exactement l'influence exercée sur le degré de l'acuité visuelle par le degré de la myopie, nous pensons satisfaire le lecteur en mettant sous ses yeux le tableau suivant :
Ce tableau reproduit, sous forme graphique, le résumé de nos propres relevés statistiques recueillis sur le journal de nos observations quotidiennes. C'est une statistique exactement clinique, portant sur tous les cas de myopie qui se sont présentés à notre cabinet de 1864 à 187-4 inclusivement, et dans lesquels ont été scrupuleusement notés le degré de la myopie et celui de l'acuité.
Ces observat.ons comprennent 898 yeux myopes, mesurés dans le cours de
TABLEiU FIGURATIF
DE LA PROPORTION DE l'aCCITÉ VISUELLE DANS SES RAPPORTS AVEC LE DEGRÉ DE MYOPIE
PROGRESSIVE d'après le relevé statistique de 898 cas de cette miladie.
aaoi.
Les lipnes verticales ou ordonnées représentent l'acuité visuelle.
Les horizontales ou abscisses le nombre de sujets ayant, au moins, l'acuité correspondante à l'intersection de la courbe.
La courbe bridée (elle n'est pas schématiriue, mais fournie par les nombres mêmes) réunit tous les points appartenant à chacune des cinq catégories de myopie variant par 1/1-2, entre lesquelles ont été distribués tous les cas relevés.
1" ligne, ou couche enveloppante extrême, M = 1/12 ou inférieure à 1/12.
2' — M compris entre 1/12 et 1/6.
5' — M compris entre 1/tJ et 1/1.
4" — M compris entre 1/4 et l/ô.
S" — M = 1/5 ou supérieure à 1/3. La ligne horizontale supérieure représenterait l'acuité =zi chez 100 sujets. Pour les myopies =1/12 et inférieures, elle se réduit à 28,94, presque le tiers. La ligne horizontale noire inférieure représente l'acuité absolument nulle ou les yeux pei-dus dans chaque catégorie.
ces onze années, et dont les données numériques sont conservées au point de vue de la surveillance clinique des phases de la myopie progressive.
Sur la verticale de gauche AS sont inscrits de haut en bas les chiffres {|, Të -iô et 0 représentant les variations de l'acuité par dixièmes.
Les lignes horizontales A\ comprises entre la verticale de gauche et le point
cones|Jondant de la courbe sont d'une longueur proportionnelle au nombre de sujets sur 100 possédant cette acuité au moins.
L'examen de ce tableau fait promptement ressortir les renseignements généraux à recueillir dans ces relevés.
On y remarque d'abord :
Que dans la première classe (myopies comprises entre l'emmétropie et yï), sur 100 cas, | an plus (28,94 p. 100) présente l'acuité normale ou ^ 1 = ff ; les| environ (79,10 p. 100) une acuité de |^. Au-dessous de ce dernier cbiflre, 21 seulement, mais avec 1,25 d'yeux j^erc/ws (gros trait noir lerniinant la ligne horizontale). — Dans la deuxième classe, comprenant les myopies de jV à }, l'acuité normale ne se rencontre plus que 10 fois sur 100 (soit 10,75). L'acuité
I y figure encore à peu près pour les f (64,75) ; mais au-dessous de |, on trouve .o4,25 p. 100, avec 1,85 d'yeux perdus.
De telle sorte que, à part la réduction de l'acuité au-dessous de l'unité, mais toujours entre 1 et ~, ces deux classes sont assez sensiblement comparables.
Continuons : Entre un quart et un sixième, les myopes commencent à fortement décliner, sous le rapport de l'acuité. Sur 100 d'entre eux, on ne compte plus que 3,62 doués d'une acuité normale. L'acuité ^ y figure toujours pour les |, soit 45,44 ; mais an-dtssous d'elle, les nombres correspondants aux degrés inférieurs d'acuité s'accroissent sensiblement et s'élèvent à 56,56 p. 100, dont
II au-dessous de ys et 4,54 entièrement perdus.
Entre \ et 3 la disproportion s'accentue ; plus un seul cas d'acuité physiologique; l'acuité I s'atténue et ne monte plus qu'à 22,80 p. 100, soit un quart. Au-dessous d'elle se montre des plus menaçants le chiffre de 77,20 p. 100, dont 22,80 au-dessous de ^, et 11,40 perdus.
Mais le tableau est plus sombre encore quand on aborde la dernière catégorie. Le nombre des cas oii l'acuité n'atteint pas \ s'élève à 95,55 p. 100, dont 51,15 au-dessous de ^^ et 28,48 perdus. En somme, 60,65 p. 100, sans valeur industrielle quelconque.
Et l'on notera que sous la rubrique ijeux perdus nous faisons allusion aux accidents suivants :
Scotomes centraux par hémorihagie choroïdienne, ou envahissement de la région polaire par le sHaphylome postérieur, décollement de la rétine, synchisis ou ramollissement opaque du corps vitré, cataractes consécutives, etc., etc.
Ces chiffres nous semblent ajouter quelque poids aux énonciations numériques, mais toutefois un peu vagues, formulées déjà par Donders dans son magiiifique ouvrage ; voici ses paroles textuelles :
« Sous le rapport de l'acuité, la vision des myopes est en général inférieure à celle des emmétropes. Dans les faibles degrés de M., la différence est extrêmement légère; mais, dans les degrés élevés, au moins avec le progrès des années, Ile devient considérable, même sans que l'anomalie soit compliquée de grands changements anatomiques.
« Si la myopie est > j, l'acuité est souvent imparfaite, à moins que la myopie ne soit congénitale et le sujet fort jeune. Si le degré de M dépasse \, l'imperfection est la règle; au-dessous de {, cette règle ne reconnaît plus d'exceptions. Dans les hauts degrés de M, l'acuité décroît avec les années bien plus rapidement que dans l'emmétropie. Et dans les cas oii M = { ou |, à 60 ans, cette acuité ne s'élève pas à plus de ^ » (voir en outre, à cet égard, le ^ 47).
§ 51. De l'étendue de l'accommodation chez le myope. Le myope a la
même étendue de pouvoir accommodatif que l'œil emmétrope; cela est rendu évident chez un jeune myope dont on neutralise exactement l'excès de réfraction statique au moyen d'un verre concave. Le sujet voit alors nettement depuis l'horizon jusqu'à une distance égale à celle du punctum proximum de l'oeil emmétrope du même âge. Cette faculté paraît cependant s'éteindre, chez lui, plus vite dans l'âge mûr ou avancé que dans l'œil physiologique. L'atrophie ex non iisu des fihres circulaires du muscle ciliaire, reconnue par Ivanoff à l'autopsie d'yeux âgés et affectés de hauts degrés de myopie, est d'accord en ce point avec les observations physiologiques. — Le peu de changement qu'éprouve la position du punctum remotum du myope, quand on neutralise son accommodation par l'atropine, montre en outre ce que 1 on doit penser de l'hypothèse — rencontrée encore parfois dans quelques écrits — de C accommodation négative.
L'atropine n'y fait apparaître, pas plus que chez l'emmétrope, cette force qui permettrait de reculer le punctum remotum au delà de ses limites préalablement déterminées.
§ 52. Rapport de la myopie avec la presbytie ; correction de ce second état.
D'après la définition nouvelle donnée à la presbyopie (recul graduel du punctum proximum) , il appert que tout œil, quel que soit son état de réfraction statique, y est nécessairement soumis. Cependant, pour être réelle, la presbytie peut ne pas se faire sentir par des effets pratiques. 11 suffit pour cela que le punctum proximum, dans son mouvement de recul ou d'éloignenient progressif avec les années, ne puisse pas parvenir à une distance en désaccord avec les obligations de la vie civilisée. Cette distance, au delà de laquelle la lecture et les autres occupations soutenues ne peuvent |>lus s'accomplir avec aisance, est communément de 8 à 12 pouces (25 à 33 centimètres); tout individu qui ne verra jamais son punctum proximum porté au delà de cette distance n'éprouvera donc jamais les effets désobligeants qui annoncent aux dames le passage du cap de quarante-cinq à cinquante ans. Or quel est cet individu? C'est le myope en deçà de 12 pouces.
Vers 60 à 65 ans, le punctum proximum se confond avec le punctum remotum; il est donc à 12 pouces chez le myope de 12 pouces ou -^. Ce dernier, à 60 ans, sans le secours de verres appropriés, ne saurait donc voir avec netteté, ni en deçà, ni au delà de 12 pouces.
Mais dans des myopies plus faibles, de -^ , par exemple, quand le punctum proximum se trouve entre 12 et 18 pouces, le sujet s'aperçoit de soi: état presbyopique; il réclame alors des verres convexes pour voir de près, et des verres concaves pour voir de loin. 11 est à la fois myope et presbyte : et on ne verra pas là de contradiction. La presbytie n'est point en effet, conmie ou l'admet dans le public, le contraire de la myopie. La myopie est une anomalie de la réfraction fixe ou statique ; la presbytie un état, variant physiologiquenient, de l'accommodation ou réfraction dynamique, c'est-à-dire le recul progressif , avec les années, du punctum proximum. Cette analyse a permis à M. Donders d'établir la loi suivante :
u Tout homme, dit-il, qui réclame avant 55 ou 40 ans des lunettes convexes pour la lecture est nécessairement hyperope; — inversement, tout homme qui, après 45 ans, lit et travaille sans lunettes, le soir surtout, qui se vante, avec une certaine coquellerie, d'avoir après 45 ou 50 ans sa vue de vingt ans, cet homme est assurément plus ou moins myope. »
^ous disions tout à l'heure que le sujet affecté d'une myojie plus forte que^,
c'est-à-dire ayant son punctum remotum en deçà de 12 pouces ou 55 centimètres, ne risquait point de voir son punctum proximum dépasser jamais cette distance, et se trouvait à jamais exempt, par conséquent, de la nécessité d'armer ses yeux de verres convexes. Cette proposition comporte deux exceptions ou plutôt deux remarques.
Premièrement, l'acuité de sa perception visuelle, faculté qui diminue avec les années, peut, après la cinquantième, lui imposer la nécessité de rapprocher davantage de ses yeux les petits objets, et, eu conséquence, de s'armer de verres propres à permettre ou faciliter ce rapprocliement.
Secondement, après 65 ans, comme nous l'avons vu, le punctum remotum, lui-même, s'éloigne et presque à une distance qui peut se mesurer en dioptrique par une lentille de -^ ou de 1,5 dioptries métriques (c'est l'hypermétropie acquise de Donders), ou la mesure de l'évolution sénile atrophique de l'organe. A cet âge, par conséquent, un myope qui a, depuis l'état stationnaire de sa myopie, constamment vu son punctum remotum à 12 pouces ou 53 centimètres, le voit désormais à 66 centimètres, et se trouve alors dans les conditions à la fois myopiques et presbytiques d'un myope de 66 centimètres, âgé de plus de 65 ans.
§ 53. Des myopies seulement apparentes, et de la nujopie {in Distanz). Nous avons, au chapitre consacré au diagnostic et à la mesure du degré de la myopie, appelé toute l'attention du médecin ophthalmologiste sur la nécessité, avant de prononcer sur une anomalie par excès de réfraction et sur son degré numérique, d'exclure les causes d'erreur qui peuvent se placer au devant du diagnostic.
Parmi ces causes, nous avons en premier lieu signalé l'absence d'un staphylome en rapport avec le degré de l'amétropie.
Secondement, chez un individu n'ayant pas atteint un âge très-avancé et chez lequel le muscle ciliaire peut et doit être supposé anatomiquement intact, une discordance marquée entre les positions relatives du point rapproché et du point éloigné du champ de l'accommodation (autrement dit une diminution de l'amplitude accommodatrice dans ses rapports avec l'âge du sujet) devra également conduire le médecin à scruter davantage le cas.
Dans ces circonstances, le médecin doit soupçonner ou redouter l'intervention d'un élément dynamique ou musculaire dans la question. Afin de s'en affranchir, il pratiquera dans les yeux à observer une ou plusieurs instillations d'atropine à quelques heures de distance et recommencera alors les épreuves tant subjectives qu'objectives {voy. les§§ 6 à 11).
Si, comme cela se rencontre assez souvent encore dans la pratique, il trouve, dans ce second examen, la myopie annulée ou diminuée, et un rapport normal entre le nouveau point éloigné de la vision et l'ancien point rapproché, il conclura naturellement à l'existence d'un spasme accommodatif s'exerçant sur la vision à distance.
Dans le cas contraire, c'est-à-dire si le point distant ne subit aucune influence de la part de l'atropine, il y aura lieu d'accuser l'existence, chez le sujet, d'une cause entravant l'exercice complet de l'accommodation rapprochée, c'est-à-dire une paresse de la réfraction dynamique. L'étude de cet état ressortit à l'histoire de la paralysie de l'accommodation [voy. cet article).
Parmi les formes de spasmes accommoda tifs on a, dans les premiers temps des études ophthalmologiques exactes, noté avec étonnement la suivante, assez
singulière pour lui avoir fait donner un nom spécial : la myopie pour la distance {Myopia in Distanz).
Voici l'exposé schématique d'un de ces cas :
Deux individus du même âge lisent nettement un même caractère typographique en rapport avec le degré de leur acuité visuelle, l'un et l'autre à une même distance de A pouces, limite extrême du rapprochement ; mais ils n'y voient nettement au loin ni l'un ni l'autre. En outre, dans leurs efforts pour découvrir les objets distants, l'un arrive à distinguer les objets bien plus nettement que le second.
On vient alors à leur secours avec des verres concaves, et l'on remarque que pour leur procurer une vision égale et parfaite il faut donner au second un verre de 9 pouces, tandis que le même résultat est procuré chez le premier avec un verre moitié moins fort, à savoir de 18 pouces.
Conclusion : l'amplitude accommodative qui devrait, physiologiquement, être égale chez ces deux sujets, est donc pathologiquement diminuée du côté de la distance chez le second. Cette diminution, consistant dans la difficulté ou l'impossibilité de relâcher son accommodation au maximum physiologique, ne peut être que symptomatique d'une contracture de l'agent dynamique; elle rentre entièrement dans le cadre des affections spasmodiques musculaires. Comme elles, elle doit être combattue, avant toute prescription d'hygiène ou d'administration du régime fonctionnel de la vue, par l'atropine.
On trouve également ici une application très-avantageuse des courants voltaïques continus.
Dans un récent travail (1872), le docteur Hock, après avoir énoncé quelques propositions tirées de son expérience et confirmatives de celles que nous venons d'énoncer nous-même, ajoute :
« La crampe accommodative ne consiste pas dans une contracture tétanique ûu muscle ciliaire, mais bien dans une activité exagérée et spasmodique pendaat l'acte visuel.
« Cette crampe disparaît pendant l'examen ophthalmoscopique et la réfraction naturelle vient au jour. Par conséquent, la détermination de la réfraction au moyen du miroir et à l'image droite est le seul moyen certain de diagnostic pour la myopie apparente. »
Nous acceptons la dernière de ces propositions, pour la généralité des cas; cependant il nous a été donné d'observer plus d'un cas où la crampe accommodative n'a cédé qu'à l'atropine ou aux courants continus.
L'auteur termine ainsi : « L'état réfractif naturel, ainsi que l'accommodation, peut se rétablir par l'usage énergique et longtemps prolongé de l'atropine. »
A ce travail, et sortant de la même école, a succédé un second mémoire plus complet de Schiess-Gemuseus (Bâle,1873) sur le même sujet et semblant avoir pour conclusion que toute myopie confirmée commence par un spasme de l'accommodation, en d'autres termes, que la myopie est seulement apparente avant de devenir réelle et anatomique. Nos observations, déjà assez longues sur ce sujet, ne nous permettent pas de nous rencontrer pleinement avec cette école. Sans nier que bien des myopies n'ont que cette forme, à laquelle a été donnée depuis quelque temps la dénomination de « myopie de courbure, » nous croyons qu'il faut continuer à la distinguer de la myopie axile, nouveau nom que l'on vient d'infliger à la myopie vraie ou avec staphylome, ou par ectasie des membranes profondes. Et cette distinction reposerait sur cette observation que la
myopie de courlnire ou apparente se lie beaucoup moins nettement que l'autre à la présence d'un stapliylome.
Vil. Hygiène et thérapeutique. § 54. Principes généraux du traitement. Si la véritable thérapeutique de tout état morbide est la suppression de sa cause, c'est dans la pathogénie de la myopie que nous devons aller rechercher les armes propres à la réduire.
D'après tout ce qui a été déjà dit à cet égard, il n'y a évidemment de traitement proprement dit à formuler qu'à l'endroit de la myopie progressive : celle-là seulement est une maladie active, la myopie stationnaire n'étant plus qu'un état fixe, une conséquence définitivement acquise, un processus arrêté dans sa marche.
L'élément causal de la myopie se décompose, comme nous l'avons démontré au§ 25, en deux, facteurs qui jouent à son égard le rôle de composantes, toutes les deux également nécessaires :
1° Une prédisposition, congénitale le plus souvent, et même héréditaire, à la divergence des axes visuels, un strabisme divergent à l'état latent, qui a reçu le nom d'insuffisance des muscles droits internes ;
2' La mise en jeu de cette insuffisance des muscles adducteurs par une apphcalion intempestive de la vue à des travaux soutenus de près.
Tout myope qui demeurera soumis à l'action continue de ces deux circonstances réunies ne pourra échapper aux progrès de l'ectasie des membranes qui résultent du conflit de ces deux énergies contradictoires : l'attention de près, d'une part, et de l'autre, l'excès d'énergie à développer par les adducteurs pour maintenir les deux axes visuels en convergence sur un point toujours trop rapproché pour eux (voyez pour le mécanisme même de ce conflit, et son action sur l'accroissement de la pression intra-oculaire, le g 23).
La cessation du conflit ne peut être amenée que parla suppression de l'une des causes composantes, à savoir : le travail rapproché, ou le strabisme latent.
L'observation journalière nous permet de surprendre la première de ces solutions sur le fait. Tous les jours nous constatons des myopies devenues stationnaires. Or dans quelles conditions les observons-nous? Toutes les fois qu'un changement radical a été introduit dans le genre de vie du sujet, et que ce changement a consisté dans le passage d'une vie de travail assis à une existence libre au grand air. La plupart des myopies stationnaires, qu'il nous a été donné de mesurer, se sont arrêtées, par exemple, à la fin des études de l'université ou des hautes écoles, chez des sujets qui ont quitté les bancs pour la vie astive.
Un second exemple de passage de la marche progressive de la myopie à l'état stationnaire s'oifre encore à nous dans certains cas moins communs, sans être pourtant très-rares. Nous voulons parler des cas dans lesquels l'effort musculaire en excès, appelé au secours du maintien des axes optiques en convergence rapprochée, cesse de fournir son concours, et où, par conséquence, Tun des yeux se placespontanément et franchement en strabisme divergent formel. Il arrive alors assez souvent, dans ces cas-là, que l'oeil qui demeure seul en exercice voit sa myopie passer à l'état stationnaire.
Ou observe plus particulièrement cette solution dans les circonstances où ce strabisme divergent suit une incapacité absolue de fixer, survenue plus ou moins subitement dans l'œil dévié, et ayant dès lors déterminé cette déviation, comme les hémorrhagies centrales, les scotomes de la fovea, et notamment le décollement rétinien, et c'est même par ce motif qu'on peut trouver, non une consolation, mais un adoucissement aux regrets causés par un tel accident, en voyant
dans cette cruelle circonstance un sérieux motif d'espérer que la marche de la myopie pourra suspendre ses progrès dans l'œil demeuré sauf. En imposant alors au malade un repos absolu de la vue pendant six mois ou un an, on pt'Ut espérer obtenir le passage à l'état permanent d'une myopie jusque-là progressive, et terriblement menaçante, puisqu'elle a déjà détruit un des organes de la vue.
Le premier conseil a donner est donc, s'il peut être suivi, — ce qui est fort rare, — de changer de genre de vie, de fuir toute occupation sédentaire apj ]iquant la vue de près. L'existence au grand air, dans de vastes horizons, loin des livres ou des objets minutieux de la vie civilisée, tel est le premier fondenieut d'une guérison assurée.
Mais on comprend combien un changement aussi radical d'habitudes e4 le plus souvent difficile, la plupart de nos consultants étant, par la force de mille considérations toutes-puissantes, dans l'impossibilité d'abandonner une carrière qui est toute leur fortune.
Il n'y a dès lors, comme moyen radical, qu'une conduite à tenir, à savoir : l'annulation du second facteur, l'insuffisance des droits internes ou strabisme divergent latent ; le moyen consiste dans le recul du tendon de l'un dos abducteurs de 2 à 3 millimètres {voy. Strabotosjie).
Cette conduite est absolument indiquée dans toute myopie supérieure à i, dans laquelle le strabisme latent est déjà presque du strabisme patent, et particulièrement si la région de la tache jaune se voit déjà menacée par l'extension du slaphylome, menace accusée par une diminution notable de l'acuité de la perception visuelle.
Dans de tels cas, l'un des yeux côtoie les plus graves accidents (voy. Complications de la myopie) s'ils ne le font même tous les deux.
Telle est la conduite radicale à tenir, et c'est assurément la plus raisonnable dans toute myopie très-élevce et oîi commencent à se montrer les désordres anatomiques des staphylomes étendus, ou bien dans lesquels la tension musculaire se manifeste avec intensité.
Mais les moyens radicaux ne sont pas toujours acceptés ou applicables, et l'on se voit souvent obligé soit à un ajournement, soit à recourir à dts méthodes moins sûres dans ces cas graves. Celle que l'on sera peut-être contraint de subir, au détriment possible du malade, et que l'on retrouvera exposée en détail dans le paragraphe suivant, c'est le traitement fonctionnel des myopies non im.médiatement menaçantes, celles qui seront inférieures à |-.
Dans le cas cependant oii le simple régime diététique laisserait trop de craintes au médecin, nous lui conseillerons d'y joindre V exclusion absolue et permanente de Viin des yeux de la vision associée. Un écran ou bandeau porté à demeure sur le même œil (le plus faible) y déterminerait une déviation en divergence qui pourrait devenir stable et préserver désormais l'œil de toute association funeste avec son congénère. Mais pour être efficace, ce moyen doit être appliqué d'une manière constante dans la vue de loin, comme dans celle qui s'exerce de près, et sans aucune interruption. On comprend, en effet, que si la vision associée trouve occasion de se reconstituer vingt fois par jour, l'harmonie synergique ne se voit pas assez longtemps suspendue })Ourse soustraire à l'empire de l'habitude.
§. 35. Régime fonctionnel à imposer à toute myopie progressive, moindre que ^et dépourvue de complications inflammatoires graves. Ne pouvant demander que le travail de près s'accomplisse, comme la vue distante, dans les conditions
du parallélisme des a\es optiques, ou se rapprochera le plus possible de cette formule, en fixant la distance de l'olijet de façon à procurer le moindre degré possible de convergence de ces axes, en daulres ternies en écartant l'objet le plus qu'il se pourra des yeux. Eu égard à l'outillage servant à la vie civilisée et à la longueur des bras, la distance de 12 à 14 pouces (35 à 40 centimètres) étant le maximum d'éloignement où l'on puisse communément tenir un objet maniable et de petite dimension, cette distance sera le minimum à fixer au myope, à moins de circonstances tout à fait particulières.
La première conséquence de ceite prescription sera le conseil à donner au sujet de modifier ses habitudes calligraphiques, de réformer son écriture en lui donnant un type plus large et de plus grand format ; il devra éliminer de son usage les livres à caractères trop menus, les instruments et les ouvrages trop minutieux. Nous n'ajouterons pas qu'il devra réformer les vicieuses attitudes, adoptées par lui depuis longtemps, ne plus courber la tête sur sa poitrine, et celle-ci sur sa table de travail ; cette réforme se trouve implicitement coir.prise dans l'exigence des occupations maintenues à ¥) centimètres. Mais il ne suffit pas d'édictei uu semblable conseil, il faut le rendre réalisable ; et un myope de i, par exemple, ne peut de lui-même lire un caractère d'imprimerie, même de gros-texte ou du gros-romain, à une distance de 12 pouces. Puisqu'on ne peut rapprocher de lui l'objet, il faut donc rapprocher son image, c'est-à-dire armer ses yeux d'un verre concave de force suffisante, autrement dit mesurant au moins la quantité de réfiaction qui correspond à la diiférence de distance entre 12 pouces ou 53 centimètres, position de l'objet, et 7 pouces ou 20 centimètres, lieu de l'image :
Soit, dans l'ancien système,
ou, en dioptries métriques,
en résumé, un verre de O'^jSO ou 18 pouces.
Cette nécessité a donné et donne naissance à la question suivante :
S'il faut que le myope porte des verres concaves dans le travail de près, comme il lui est, d'autre part, nécessaire ou au moins agréable et utile d'en porter pour la vue à distance, ne convient-il pas de lui faire porter constamment les verres qui neutralisent sa myopie? Par ce moyen l'oeil myope, pourvu comme tout autre d'un appared accommodateur, se trouverait dans les conditions de l'emmétropie, et y verrait, comme ce dernier, à toute distance comprise entre l'horizon et le punctum proximum afférent à son âge. C'est une question qu'il inqiorte, en effet, grandement d'examiner et dont la solution, débattue dans les écoles, domine tout le régime de la vision du myope.
§ 56. Le myope doit-il, pour toute distance, et constamment, porter le verre correcteur ou neutralisant de sa myopie. Cette question ne ferait pas doute si l'œil myope se présentait à nous sortant tel tout formé de l'œuf utérin, et sans les longs antécédents qui l'ont graduellement amené à l'état actuel.
[Or nous avons suffisamment établi que la myopie n'existe pas congénitalement ni même dans la première enfance, mais que le sujet en apporte seulement avec lui la prédisposition qui, dans des circonstances définies, doit y donner naissance.]
Malheureusement le cas n'est pas aussi simple. Un myope de degré plus ou moins élevé et qui n'a, — suivant les préjugés universeliemenl régnants, — - " 19
jamais employé les verres pour la vision de près, a pris l'iiabitude de relâcher son accommodation, autant que cela lui est possible, lors des applications rapprochées. Il y est contraint par la nature des choses. Un certain rapport primitivement établi existe, en effet, entre l'accommodation et, la convergence normales. Et à tout effort instinctif on volontaire de convergence des axes optiques correspond physiologiquement un effort réflexe ou sympathique de l'accommodation.
Il suit de là que dès qu'un individu affecté d'insuffisance des droits internes doit amener ses axes optiques en convergence, il est obligé, pour produire l'effet voulu, à un effort plus grand que ne l'exige un appareil noruialement équilibré. Cet effort supplémentaire dans les muscles ad'Iucteurs se reflète sur l'accommodation et celle-ci suit le mouvement. Le premier résultat de cette espèce de conflit est la rupture graduelle de l'équilibre physiologique établi entre ces deux forces. Sous peine d'obtenir, par l'excès du jeu accommodatif, une image située, pour chaque degré de convergence, en avant du plan rétinien, le myope est donc obligé de relâcher constamment son accommodation. D'oii la proposition suivante :
Pour un degré de convergence donné, le myope développe moins d'accommodation active que l'emmétrope et, a fortiori, que l'hyperope.
Cela posé, neutralisons subitement la myopie d'un sujet par les verres appropriés. Vu la longue accoutumance qu'il a de relâcher son accommodation quand il converge, le voilà tout d'un coup devenu relativement hyperope, c'est-à-dire dans un état de déficit accommodatif pour une convergence donnée. Aussi, en pareil cas, reçoit-on bientôt la réclamation suivante : « Les verres dont vous m'avez prescrit l'emploi me fatiguent horriblement ; ils me tirent les yeux ; je ne puis lire quelque temps avec eux sans éprouver des maux de tète. « Le malade, en un mot, tient le langage symptomatique de l'asthénopie accommodative.
Voilà pourquoi il nous faut avancer seulement pas à pas dans une réforme fonctionnelle, en réalité très-nécessaire et qui serait ici souveraine, n'étaient les habitudes contractées depuis longtemps et qui sont devenues une seconde nature. Dondei s a, en effet, depuis longtemps observé ce fait que les myopes qui, dès le début de la manifestation de degrés moyens ou légers de myopie, avaient neutralisé leur excès de réfraction, avaient ipso facto arrêté les progrès de l'amétropie, et à 40 ou 50 ans présentaient le même degré qu'à leur quinzième année; observation que nous avons eu l'occasion de vérifler plus d'une fois depuis.
§ 57. Conduite pratique à observer. Dans une myopie établie, on ne peut donc songer à armer, dès le début, le malade des verres qui neutralisent son excès de réfraction, en lui conseillant ou en lui permettant de travailler à 55 centimètres ou 12 pouces de distance avec les mêmes verres qui lui servent dans la vue dist.mle. On devra lui assigner des verres différents pour les deux usages, les uns neutralisant exactement l'excès de réfraction pour les rayons parallèles ou la vue à l'horizon, les seconds pour l'exercice de la vision à 55 ou 40 centimètres.
La formule suivie sera calquée sur l'exemple, que nous avons admis plus haut, d'une myopie de y :
Dans cette supposition : m = t^, ou 8, l'excès de la réfraction statique (étant de 5 dioptries métriques), la vue, à distance seulement, sera corrigée parle verre neutralisant, c'est-à-dire qui mesure 5 dioptries ( — 7 de l'ancien système), — 5 du nouveau ou ( — 20 centimètres).
Quant à la vue de près, c'est-à-dire de 12 pouces ou 33 centimètres, on a vu
au ^55 comment il fallait procéder; entre 0'",20 et 0'",55 cenlimèlres, la distance comporte une différence de réfraction de (5 — 3) dioptries ou 2 dioptries, c'est-à-dire un verre de 0"S50 ou 18". — La formule la plus simple de la correction sera donc la prescription de deux numéros distincts, l'un pour la vue de loin {n° 5 négatif de la série métrique, ou — 7 de l'ancien système) ; le second, pour le travail de près, ( — 2) de la même série, ou — 18 de l'ancien système, — le sujet ayant soin de changer de lunettes pour les objets spéciaux.
Telle est la méthode que le raisonnement le plus simple indique; mais elle comporte, comme on le voit, l'obligation pour le malade de changer de verres ou de lunettes chaque fois qu'il veut passer de la vision distante à la vision de près, ou réciproquement.
Cette obligation, le malade pourra s'y soustraire en tenant compte des circonstances suivantes.
C'est d'une manière constante, ou au moins très-suivie, qu'est imposé au myope l'usage des verres concaves. Ces verres ont pour objet non de lui procurer une vision plus parfaite : l'image que ces verres dessinent au fond de l'œil est au contraire plus petite que celle dont le sujet pourrait jouir s'il évitait de s'en servir. Leur unique objet est de permettre la vision ii une distance /j/î<s grande, et même de lui interdire le rapprochement exagéré. 11 faut donc que ces lunettes soient constamment portées, parce que les occasions de regarder de près avec attention sont de tous les instants chez l'homme civilisé.
Quant à la vue distante, il en est autrement ; sauf les nécessités se liant à l'exercice de la chasse, de la vue dans un musée ou au théâtre, du travail du peintre-paysagiste, les conditions d'une vision parfaite à distance ne sont que d'agrément et exclusivement momentanées.
Le myope doit donc porter constamment les verres nécessaires à la vision rapprochée, et par intervalles seulement les verres neutralisants. Eh bien ! rien n'est plus simple pour lui que de remplir cette double condition. Il n'a qu'à ne jamais quitter les lunettes de la vision de près, sauf à les compléter par l'apposition momentanée devant elles des verres qui formeraient avec les premiers une somme égale au chiffre neutralisant.
Dans le cas que nous avons tout à l'heure spécifié, par exemple, le sujet affecté d'une myopie de | ou de 5 dioptries, et qui porte pour le travail des lunettes de — 18 pouces ou 2 dioptries négatives, n'aurait, quand il lui plairait, et par instants, devoir très-nettement au loin, qu'à amener temporairement au devant de ses lunettes ( — 18) une face à main pendue à son cou, et armée de verres mesurant (5 — 2) = ou 5 dioptries métriques, c'est-à-dire des verres de 12 pouces ou 35 centimètres. Le malade, ai^mé de ses lunettes — 18, absolument à demeure, peut être alors comparé à un myope de ( — ■^) seulement pour la vue à distance, et qui corrigerait celle-ci seulement par instants, et quand il voudrait, pour un objet déterminé, y voir plus distinctement au loin.
§ 58. Des indications de l'emploi de l'atropine, comme adjuvant du traitement. Les premiers temps de l'usage des verres concaves dans les occupations rapprochées offrent une période délicate à traverser. Ce grand changement dans les habitudes est quelquefois difficile à conduire avec constance, et le sujet éprouve souvent le besoin de rapprocher de nouveau les objets et de reprendre les attitudes vicieuses.
Si Ton a quelque raison de redouter cet écueil, et pour assurer l'exécution des prescriptions précédentes, on fera bien de paralvser méthodiquement l'accom-
modatioii au moyeu d'une iuslillation journalière d'une goutte de sulfate d'ati opiue au ytïï- ^^^' ^^' verre et distance sont irrévocablement liés l'un à l'autre, et toute synergie de l'accommodation avec la convergence étant rompue, les habitudes anciennes ne viennent point se jeler à la traverse du plan à suivre.
Au bout de trois ou quatre mois le collyre d'atropine est employé à doses de plus en plus éloignées, et enlin abandonné, le reste du traitement demeurant conforme aux règles que nous venons d'établir.
g 59. Reconstitution graduelle [optique) de l'œil emmétrope. Au bout d'un temps suffisamment prolongé, six. mois au moins et même une année, le verre employé à la vision rapprochée sera changé pour un verre un peu plus fort ; on l'accroitra, par exemple, de 1 dioptrie (1"> ou 3G pouces) (en valeur absolue); on passera, par exemple, du verre ( — 18 ancien système) ou (0"',50), mesurant 2 dioptries, à 5 dioptries représentées par le verre ( — 12 ou — O'",o5).
Par contre, la face à main, destinée à compléter la correction pour la vue de loin, sera diminuée d'autant, c'est-à-dire d'une dioptrie, et passera de ( — 12) à (__ 18) ou 06(0"', 33 à 0'",50).
Par cette manière de faire, en même temps qu'on laisse jour à la réapparition d'une portion de l'accommodation, on lui permet un peu de jeu dans l'intervalle des deux verres. L'objet de celte conduite est de ramener graduellement la reconstitution de la vision binoculaire orthodoxe, eu conduisant progressivement le myope à Y usage permanent, et pour toute distance, des verres neutralisants. De cette façon, on rétablit les rapports réguliers de l'accommodation et de la convergence, et on neutralise l'excès de réfraction : le sujet sera, en quelque sorte, redevenu emiuétrope.
Ce résultat est aisément obtenu en trois ou quatre années; et le plan que nous traçons ici pour l'obtenir n'est point une simple affaire de théorie. Nous avons arrêté par son moyen nombre de myopies progressives et ne saurions trop le recommander à nos confrères .
g 40. Bécentration des verres concaves; prismes divergents, à joindre à la correction de l'excès de réfraction pour le soulagement des muscles adducteurs. La cause prédisposante de la myopie étant dans l'insuffisance des forces préposées à la convergence mutuelle des axes optiques, tout secours propre ;i soulager ces Forces devra être bien venu dans le traitement hygiénique ou fonctionnel de la myopie. De ce genre est l'adjonction aux verres correcteurs de l'excès le réfraction d'autres verres ayant pour effet de donner aux rayons partis de l'objet de l'attention de près une direction visuelle qui déplace l'image dans le sens de la divergence. Ces verres sont des prismes à sommet dirigé en dehors et dont nous étudierons l'action dans l'article consacré à la thérapeutique de l'insuffisance.
Ces prismes divergents peuvent, de diverses manières, être montés sur les nèmes branches que les verr'es concaves. Ou peut aussi produire un résultat analogue à leur action, en portant plus ou moins en dehors de chaque axe optique de centre du verre concave. On arrive par là à mettre l'axe de l'œil en r.ipport avec la région divergente prismatique du verre. Ainsi pour un écartement mutuel des axes de 62 millimètres, moyenne de notre race, on portera les centres des lunettes à 65 ou 70 millimètres (si le verre est faible) de distance mutuelle. Pour un objet distant de 12 pouces, les deux axes se rencontrant à cette distance seraient, dans le plan des verres, à 60 millimètres l'un de l'autre; ils couperaient donc les verres dans leur région prismatique à sommet externe de 2'"'", 5 à
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3 miliimclres en dedans de leur cenlre, ce qui suffit comme effet prismatique pour de^ verres à pouvoir réfringent élevé.
A la méthode de traitement ou plutôt de régime que nous venons d'exposer, on devra naturellement associer toutes les prescriptions édictées au chapitre des complications inflammatoires de la myopie {voy. § 29).
On mesurera naturellement la sévérité de ces prescriptions, leur degré, leur nombre, la durée de leur application, aux phénomènes accessoires présentés par le mMlarie, en partant de ce principe qu'il n'est point de myopie encore progressive qui n'offre })lus ou moins de ces phénomènes.
§ 41. Complications de la myopie. Traitement. La congestion choroïdienne étant Tàme de tous les troubles secondaires qui accompagnent la myopie, le remède le plus immédiat à y apporter consiste dans un traitement dérivatif jilus ou moins énergique; ce traitement pourra même être quelque peu déplétif, siles circonstances deviennent impérieuses (menaces d'hémorrhagie intra-oculaire, de décollement rétinien, etc.). Dans le premier cas, dérivatifs aloétiques ou autres sur le tube intestinal, répétés tous les deux ou trois jours; ventouses sèciies au nombre de six à huit appliquées sur la nuque et les épaules ; on les scaVifiera ou on emploira la sangsue Heurteloup aux tempes, si on a décidé d'y joindre l'effet déplétif. Ces applications seront faites tous les huit jours environ, et après chacune d'elles un repos absolu sera observé, dans une demi-obscurité, pendant 24 ou 56 heures.
Au point de vue hygiénique, on recommandera d'éviter toutes les causes de congestion vers la tête, comme la fatigue, l'intluence de l'éclat des lumières trop vives, du feu, les réunions nombreuses, la constipation, les émotions violentes, etc. On se rappellera l'activité conservatrice de la choroïde, cette éponge, sur le sang qui y aborde.
Les lampes seront garnies d'abat-jour; les foyers, d'écrans; les fenêtres exposées au soleil, de rideaux bleus. A la grande lumière, les lunettes seront teintées en cette dernière couleur.
Enfin on emploiera avec avantage les ablutions journalières, soir et matin, sur les yeux, soit au moyen d'une petite éponge, soit sons la forme de douches d'eau linement pulvérisée, à la température de la chambre (appareil de Richardsouj. Ces douches pratiquées sur les yeux fermés deux ou trois fois par jour, et pendant une à deux minutes chaque fois, sont d'un excellent effet.
La myopie progressive est, en somme, une affection glaucomateuse (choroïdite séreuse) ; on devra donc, surtout chez les sujets âgés dans la vie desquels les digestions tiennent une place souvent morbide, surveiller cette fonction. On leur recommandera de diriger ou choisir leur alimentation, de régler la boisson de façon à ne jnmais se sentir la tête lourde ou congestionnée après les repas '.
§42. Myopie très-élevée compliquée cltine diminution également notable de Vacuité visuelle. Quand la myopie atteint un degré très-élevé, l'acuité est trop souvent elle-même diminuée dans une proportion également considérable. A nioins de se condamner à la cessation finale de tout essai d'application de la vue aux objets qui animent la vie du civilisé, le myope doit donc s'en procurer une image suffisamment grande.
Pour de très-courts moments, pour une inspection pendant peu d'instants
' M. Salomon a annoncé en 1802 avoir obtenu de bons résultats de la ponction de Hancock dans la myopie progressive. Nous n'avons pas vu que, depuis, ces bons effets aient été vantés ou reconnus par d'autres observateurs [Med. Times and Galette]
d'un objet relativement délicat, on pourra lui jiermettre de rapprocher ledit objet de son visage ou [ilutôt de l'organe, pour ce très-court espnce de temps, mais sous l'expresse condition de n'y employer ^w'îm œil; et encore, pour assurer de f;içon plus formelle l'exclusion de l'autre, lui interdire toute participation à l'effort de son congénère, on devra le fermer avec la main ou un mouchoir faisant tampon et le comprimant légèrement.
Quant à des occupations plus soutenues, comme la lecture, au moins pendant une demi-heure passim, on devra essayer d'en obtenir la réalisation s'il est, sans trop de péril pour la conservation anatomique de l'organe, possible de procurer aux malheureux dans cette étroite condition quelques éléments de distraction.
Voici, à cet égard, les moyens que l'on peut recommander :
1'^ Une large loupe de Chamblant de 5 à 6 pouces de foyer, fournissant une grande image virtuelle ; cette loupe est tenue à distance fixe du plan du pupitre sur lequel on fera glisser le livre ou la feuille de lecture. Le myope, armé alors d'un verre concave presque neutralisant, se tiendra à quelque distance de la loupe et pourra lii'e; on réunit par là une amplification suffisante de l'image à une distance en rapport avec un attitude favorable ;
2° Les Allemands se servent aussi, à cet effet, du verre conique de Steinheil, de Munich ; cet instrument est formé d'un seul bloc de verre de 1 pouce environ d'épaisseur : la face tournée vers l'objet est convexe; celle en rapport avec l'observateur, concave. Les rayons de courbure en sont calculés de façon à ce que l'image soit prjésentée au sujet à une distance qui ne dépasse pas celle du punctum remotwn; cette image se trouve d'ailleurs amplifiée par un mécanisme géométrique de la nature de la loi de la lunette de Galilée;
3" On peut, du reste, calculer pour chaque sujet les éléments d'une lunette de cette dernière sorte, applicable aux dislances rapprochées, comme est la lou|ie dite de Brùcke, mais offrant un grossissement notablement moins élevé. Inutile d'ajouter qu'il faudra, dans chaque circonstance, mesurer le degré minimum des caractères typographiques à permettre d'après le degré, constaté préalablement, de l'acuité visuelle.
§ 45. Correction de la presbytie dans la myopie. D'après ce que l'on a vu au§ 52, la presbytie (recul progressif, avec les années, du punctum proximum) ne peut se faire sentir chez le myope, et de façon à lui interdire les applications rapprochées, que lorsque ce punctimi proximum est ai-rivéà atteindre uiiéloignement de 10 à 12 pouces, 27 à 30 ou 53 centimètres. Jusque-là le myope se voit bien obligé de reculer un peu son livre ou son travail, mais sans en éprouver aucun inconvénient, à moins d'une diminution exagérée de l'acuité.
Or pour que le punctum proximum puisse, à un moment donné de la vie, arriver à une distance de 12 pouces, il faut que le punctum remotum soit luimême au moins à cette distance, soit qu'il y soit naturellement, soit que le malade, déjà vieillard, ait éprouvé les effets de l'hypermétropie acquise ou sénile.
Il n'y aura donc en définitive, et d'une manière générale, de presbytie réelle à corriger, que dans les cas d'une myopie plus faible que -^, et encore ce cas ne se présentera-t-il que fort tard. Un myope de ^, par exemple, ayant perdu toute son accommodation, c'est-à-dire dont le punctum proximum a atteint le punctum remotum, pour lire à 12 pouces, aura besoin d'un verre de presbyte (convexe) de Y^ — Ys ou ■^, mais seulement vers sa soixante-cinquième année.
Dans les cas de myopie plus élevée, la correction de la presbytie n'aura plus
lieu par l'apport de verres convexes, mais par la diminution de force et même la suppression définitive des verres concaves dont nous avons, dans les paragraphes précédents, conseillé l'emploi pour la vision de près.
Les conseils formulés tout à l'heure pour la direction à donner à la myopie progressive ne sont donc plus de mise dans l'âge avancé, c'est-à-dire aux environs de cinquante-cinq à soixante ans. Alors l'accommodation est assez faible pour ne plus entrer en conflit avec la convergence, et c'est même à son secours qu'il faut venir pour lés dislances rapprochées. Aussi, dans ce cas-là, c'est-à-dire à l'époque où la presbytie pratique commence, vers 45 à 60 ans, la nécessité de garder les lunettes concaves dans la vision de près cesse, et la correction première à apporter à la presbytie consiste alors à ôler ses lunettes concaves pour les travaux rap- ]i roches.
En résumé, lorsqu'après quarante-cinq ans le myope peut hre à 10 ou 12 pouces sans lunettes, leur usage deprès ne peut qu'être pénible, et le myope ne les devra plus employer que dans la vue distante; mais alors c'est le verre neutralisant qu'il doit porter.
VIII. HvGiÈKE PUBLIQUE. § 44. Des droits et des devoirs de Vliygiène publique dans cette question. Voilà deux mots dont le raiiprocliement étonnera le lecteur qui tomberait sur ce passage sans avoir lu les articles qui précèdent. Mais, mis à sa place, ce chapitre acq\iiert immédiatement une importance qui ne saurait échapper à personne.
Si la myopie est un produit exclusivement artificiel de la civilisation, si cet état de la vue est une maladie, si, de plus, son caractère progressif en lait une maladie grave, menaçant d'autant plus sérieusement les sujets qu'elle a commencé à frapper, que son accroissement de degré devient lui-même une cause nouvelle d'aggravation ; si le degré de cette affection dangereuse se lie péremptoirement au degié des études dans nos écoles; si elle arrive à frappir jusqu'à 50 p. 100 et au delà des élèves de nos hautes études; si, par suite, l'intensité du danger delà myopie croît avec la valeur intellectuelle des sujets qu'elle atteint ou le capital acquis qu'ils représentent, il est, je crois, superflu d'insister sur le droit qu'a cette classe intéressante de malades à réclamer sa place dans les préoccupations publiques.
A titre d'intérêt général elle va donc frapper :
1° A la porte de tous nos établissements d'instruction publique, à commencer par les plus humbles ;
2*> A celle de tous les ateliers grands et petits réclamant une application de la vue sur des objets déhcats ou de menue dimension ;
5" Au seuil de toutes les administrations exigeant des occupations soutenues, prolongées, à courte distance des yeux ;
i'^ Enfin, et sans présomption déplacée, la myopie demandera à se faire représenter, non-seulement dans les conseils de révision pour le service militaire, mais même dans les conseils supérieurs de réorganisation ae l'armée; proposition que nous allons justifier dans un instant.
Mais avant toutes autres solhcitudes, elle devra éveiller l'attention des familles, donner et même souvent imposer son avis tant pour le choix d'une profession que pour la direction à donner aux études qui y conduisent.
Après lecture de l'article qui précède, ces questions n'exigeraient aucun développement; leur énoncé suffit à leur adoption. Mais qui, hors les gens spéciaux, s'avisera de parcourir cette longue dissertation ? Résumons donc eu quelques
lignes l'argumenlation générale qui domine cette grosse question et établit ses rapports directs avec l'hygiène publique.
§ -45. Devoirs des parents. Contrairement à l'opinion générale ou vulgaire, le myope ne naît point tel ; il apporte seulement en naissant une prédisposition qui, dans des circonstances données, donnera lieu plus ou moins inévitablement au développement de la myopie. Cette prédisposition sera une insulfisance primitive des muscles droits internes à procurer, sans péril, la convergence des axes optiques nécessaires aux applications du travail de près.
Dans beaucoup de cas, cette insuftlsance pourra n'être pas très-notable en elle-même ; mais elle sera rendue telle par l'obligation imposée au jeune sujet de se rapprocher plus que la généralité de ses camarades de l'objet de son attention ; obligation naissant de quelque imperfection de l'acuité visuelle, soit native, comme serait une faiblesse rétinienne de nature amblyopiqae quelconque, soit acquise (cas extrêmement fréquent), comme seraient des nébulosités ou taies cornéales, reliquat d'ofihthalmies de la première enfance.
Dès que des parents attentifs remarqueront qu'un enfant prend pour lire ou écrire une mauvaise attitude, qu'il rapproche d'un façon excessive ses yeux de son livre, qu'il incline sa tête de côté en écrivant, qu'il prend des tics toutes les fois qu'il veut examiner une chose attentivement, ou, circonstance plus posilive encore, que sa vue semble baisser^ leur sollicitude devra être éveillée et l'enfant devra être non-seulement repris, redressé, mais soumis à l'examen d'un homme spécial. Un vice fonctionnel quelconque se cache sous ces mouvements instinctifs, et, au point de vue qui nous occupe, se placent au premier rang l'insuffisance absolue des muscles adducteurs, ou leur insuffisance relative, c'est-à-dire déterminée par une cause quelconque de débilité de la perception visuelle.
Et si l'une de ces circonstances est démontrée, il n'est pas besoin d'ajouter qu'à un tel sujet un régime de vue est nécessaire, et que de ce régime va dépendre, non moins nécessairement, et la direction à donner aux études, et le choix de la profession ou du métier, soumis ultérieurement aux mêmes conditions fonctionnelles particulières.
Ce régime consistera dans l'imposition, non-seulement de certaines prescriptions à réaliser chez l'opticien, mais encore dans la réunion non moins impérieuse de conditions hygiéniques spéciales et déterminées. Ces conditions, dont les détails sont formulés au § 35 de ce travail, seront rappelées dans celui que nous allons consacrer à un point de vue plus général aux obligations imposées aux chefs d'établissements scolaires ; et l'éducation privée devra y aller puiser des renseignements spéciaux, les mêmes dans leur expression générale. Pour l'instant, nous nous bornerons à indiquer au chef de famille de quel intérêt il est pour l'avenir des jeunes êtres qu'il a introduits dans ce monde d'être à l'avance et de bonne heure dirigés d'après leurs aptiiudes ; combien il peut lui importer d'écarter à l'avance des dangers du travail de cabinet un sujet né pour la vie au grand air et façonné par la nature pour les larges horizons ; enfin, et à tout événement, la condition sociale étant imposée par d'autres droits ou d'autres devoirs, combien il est intéressant pour leur plein accomplissement de suivre dès le principe une conduite rationnelle et scientifique, et de réaliser les bienfaits de la civilisation productrice sans subir, avant l'heure, ceux de ses effets affectés d'un cachet délétère !
§ 46. Établissement d'instruction publique m Hygiène de la myopie. Moyens préventifs à opposer à son développement. Si le chef de tout établissement
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scolaire réunit en lui l'autorité et les rievoirs du chef de famille qu'il représente, sa sollicitude préventive devra être éveillée, au même titre que celle de ce dernier, par toute remarque provoquée par quelque attitude vicieuse d'un enfant lors de l'application de la vue de près, et signalée par nous dans le paragraphe qui précède.
liais mieux placé pour observer, et plus éclairé que les parents eux-mêmes, il lui sera facile de se procurer administrativement, en quelques heures, un tableau d'ensemble, qui abrégera singulièrement sa tàclie et la rendra moins susceptible d'erreur. 11 n'aura qu'à faire faire une fois par année, à l'ouverture des classes, l'examen ophthalmoscopique et fonctionnel de l'appareil visuel, par un homme spécial, de la totalité de sa population d'élèves. Le classement établi, il ne] lui restera plus, en dehors des cas particulièrement soumis à un régime visuel spécial, qu'à porter son attention sur les conditions générales d'une bonne administration de la vue de cette population.
Enumération de ces conditions générales. Parmi ces conditions sont celles qui se rattachent à l'éclairage qui devra être suffisant, sans être écrasant; nous désignons ainsi la lumière d'une lampe d'un bec de gaz trop r.qiprocbé du visage ou frappant directement le globe oculaire même à travers les paupières baissées.
Le chef d'établissement saura que la plupart des troubles visuels amenés par des anomalies fonctionnelles, lors des applications rapprochées, sont particulièrenienl et primitivement provoqués parles rayons jaunes de la lumière artificielle.
En surveillant les études du soir, qui d'ailleurs devront le moins possible être prolongées, ou exiger une attentinn oculaire trop soutenue, il reconnaîtra vite, à leur altitude, ceux des enfants dont Ja vue commencera à souffrir.
Un autre objet sérieux de son attention devra jorter sur les dispositions à établir dans son matériel de classe pour que l'écartement, habituellement fixe, (]ui sépare le banc du pupitre, permette, fOur chaque taille, le maintien aisé d'inie distance minimum de ciô centimètres entre les yeux de chaque enfant et ses livres ou ses cahiers. Sous aucun prétexte, une inclinaison de la tête sur le papier ne peut être tolérée, et les maîtres y doivent veiller scrupuleusement. Nous ajouterons que l'emploi méthodiciuement réglé et, par un homme spécial, des lunettes ivoij. le § 35) convenables, suffira à écarter ce danger. Il est bon, sous ce rapport, que les chefs d'institution soient affranchis du préjugé général qui règne encore dans le monde sur ce point d'une bonne administration de la vue.
Si la distance des yeux au livre doit être réglée aussi expressément, la dimensi'on des caractères de l'écriture et des livres d'étude, ficteur essentiel de cette distance, doit être elle-même soumise à une sélection attentive.
La responsabilité des chefs d'écoles est donc sérieusement engagée dans le choix ou l'adoption de telles ou telles éditions dans les livres scolaires. L'im[)ressioii de ces ouvrages doit être telle qu'à un éclairage relativement faible la lecture courante en soit facile à 40 centimètres de distance pour un homme de 40 ans, doué d'une vue normale. Qu'on écarte à jamais des mains des enfants ces livres dangereux dans lesquels on semble s'être proposé de réunir, sur mie page de couleur grisâtre, le maximum possible de lignes, contenant chacune le maximum de lettres, associés au minimum de noir dans l'encre d'impression et de blancheur dans le papier. Ces détestables produits d'une industrie qui serait criminelle, si elle était éclairée, doivent être absolument bannis de nos écoles. Nous ne craignons point d'appeler ici l'intervention du conseil supérieur de
l'Instruction publique pour la fixation administrative de modèles formels dans la justification typographique imposée aux établissements d'instruction publique.
Il reste un dernier point non moins important à établir ici : la durée quotidienne du travail de près, suivant les âges, ainsi que les maxima de durée non interrompue dans l'application de l'attention rapprochée.
Il n'est pas de médecin qui, dans son intervention journalière auprès des familles, n'ait occasion de protester contre la coutume toute souveraine encore, quoique diminuée déjà, nous nous empressons de l'avouer, dans les écoles soumises au régime univorsitaire, des études continues, prolongées outre mesure jusqu'à des trois ou quatre heures ininterrompues. Pour tout jugement médiciil, une telle continuité de tension cérébrale constitue évidemment une des plus hautes infractions qui se puissent faire aux règles protectrices de l'hygiène. L'anatomiste se représente instinctivement ce que devient au bout de ces longues heures la piemère congestionnée, les poumons gorgés de sang noir, et cette vue ne le rassure point. L'observateur moins spécial, ou l'homme du monde, au moment oii l'ouverture des portes pour la récréation donne issue à ce flot bruyant, où des clameurs confuses et universelles viennent étourdir et faire, en un moment, bourdonner les oreille>, comprend instinctivement aussi qu'une puissante réaction s'opère dans ces jeunes natures, réaction provoquée par un immense besoin de changement d'équilibre circulatoire. Les circulations pulmonaire et cérébrale s'insurgent à la fois et protestent par leur voie naturelle, le larynx.
Eh bien ! nous rappellerons au médecin que l'appareil de la vue a une pie-mère, lui aussi, la choroïde; la choroïde, cette fine éponge gorgée aussi de sang, mais moins habile à s'en débarrasser que le réseau vasculaire des voies respiratoires. Ah! si elle pouvait protester, elle ausssi! Mais, hélas! elle ne le fait que sous la lumière de l'ophthalmoscope ou par les progrès de la choroïdite séreuse, lesquels ne se montrent (ju'au jour où ils sont en droit d'alarmer.
Nous ne voulons pas insister : une question ainsi posée ne réclame pas de longs développements. Si les hauts conseillers de l'Instruction publique ne se sentaient pas ulfisamment incités à l'étudier par la gravité de ce simple aperçu, nous ne croyons pas à une influence plus efficace de vains frais d'éloquence.
j/47. De la myopie dans ses rapports avec le service militaire. Le titre seul de ce chapitre permet d'en saisir immédiatement toute l'importance ; et la plus brève réflexion fait embrasser avec la même rajiidité les nombreuses questions qu'il devra poser et résoudre.
De tous les états de la vue, la condition optique de l'organe qui rendra le sujet le moins propre à voir de loin sera évidemment celle offrant avec le service militaire le plus d'incompatibilités. Or de tous les troubles fonctionnels dépendant de la seule qualité réfringente de l'appareil, c'est la myopie qui remplit le plus entièrement cette fâcheuse condition.
D'autre part, comme on l'a surabondamment vu tout le long de cet article, la luyopie est une maladie de fabrique humaine; elle est une expression regrettable, mais incontestable, du degré de civilisation, et particulièrement du degré de culture intellectuelle d'une population donnée. On doit donc en voir le chiffre proportionnel s'élever progressivement, ainsi qu'il le fait visiblement depuis le commencement de ce siècle, dans le percentage de la population annuellement appelée à former les contingents de l'armée.
La première question qui se pose devant l'administrateur éclairé est celle de savoir si ce nombre proportionnel ne peut arriver à un chiffre tel que, sous peine
de réduction des contingents, il n'y ait obligation à incorporer un nombre plus ou moins grand de myopes. Elle est elle-même résolue par l'aifirmative, dans la pratique, car la seule question qu'en réalité se posent les gouvernements à ce propos est la suivante : à quel degré de myopie s'arrètera-t-on dans le départ à opérer entre les sujets atteints de cotte maladie à incorporer ou à exclure?
Mais la solution de cette question en suppose préalablement résolue une autre : à quel degré d'affaiblissement visuel jiour le fonctionnement au loin ou à distance correspond un degré de myopie donné? On comprend, en effet, qu'un myope jouissant d'une acuité parfaite dans la lecture à 25 centimètres, par exemple, soit absolument inhabile à remplir un service n'exigeant qu'une perception même de moitié inférieure à la précédente dans la vision à distance, si sa myopie n'est pas préalablement neutralisée.
Ces premières données doivent donc être préalablement fixées, avant que l'on puisse songer à définir le degré de myopie limite à inscrire dans la loi de recrutement.
a. Du minimum (Vacuité visuelle au loin^ compatible avec le service militaire. C'est pour cela que, dans un travail récemment produit devant l'Académie de médecine (juin 1875), nous demandions que l'autorité compétente vouliit bien réunir les éléments propres à l'établissement des coefficients visuels à imposer aux différentes catégories qui composent aujourd'hui l'armée, à savoir :
1° Le service actif ou armé chez le simple soldat ;
2" Les cadres ou les éléments de leur formation dans l'avenir (volontariat et écoles militaires) ;
5° L'armée territoriale ;
4° Les services auxiliaires et spéciaux de l'armée.
Ces questions, il semble qu'il soit presque naïf d'en réclamer la solutioji, et il est difficile d'imaginer qu'on en soit encore à les poser. Rien n'est plus vrai cependant; car un seul article du règlement organique du recrutement s'en occupe, et d'une manière aussi sommaire que dépourvue de be,-e critique. Ce règlement se réduit, en effet, à cette simple et unique disposition : « Rendra inapte au service :
« L'amblyopie ou réduction de l'acuité visuelle à un quart. »
En d'autres termes, l'autorité militaire se contente, pour le service, d'une vue distante ne mesurant que le quart de la vue normale.
Or comme, d'autre part, l'administration déclare dans les considérations générales, servant de préambule à son règlement, que pour être admis dans l'armée tout homme doit jouir de la plénitude de ses facultés physiques et intellectuelles, on ne peut s'empêcher de trouver entre ces deux énonciations une contradiction méritant tout au moins une explication.
Une vue, réduite au quart de sa valeur, ne permet point à un soldat de viser une cible au delà de 150 mètres ; telle est la limite imposée au service militaire parle règlement d'avril 1875. Cette limite est-elle véritablement bien choisie? La mission du soldat armé n'est-elle pas plus délicate que cela? Pour nous, il nous paraissait nécessaire qu'une sentinelle avancée put voir à la distance oià elle-même peut être vue. Et si, dans les armées européennes, l'acuité parfiiite, ou égale à l'unité, était admise quelque part, je crois qu'il deviendrait obhgé de la décréter aussi chez nous. Ainsi l'armée anglaise était disposée à admettre ce chiffre 1 ; mais nous voyons dans le Manuel publié par le chef du service de
santé de cotte armée, M. Loiigmore, qu'on a cru devoir l'abaisser à |, de peur de ne pas trouver de sujets en nombre suffisant pour son recrutement.
On sait d'ailleurs que ce recrutement est fondé sur le système des engagements à prime, et non sur la conscription de lous les citoyens.
On voit que la question, si sommairement trancbée par la circulaire du 3 avril 1875, est un peu plus complexe qu'il ne paraît au premier abord, et que si l'on demandait à un cbef.de corps quel minimum il serait disposé à accepter dans la vision des sentinelles avancées, ce n'est pas à coup sûr du quart d'une vision parfaite qu'il aurait l'idée première de se contenter.
Il demanderait assurément des vues parfaites et ne consentirait à une exigence moindre que sur la démonstration de l'impossibilité de lui procurer un nombre suffr-^ant de soldats doués de cette vue parfaite.
11 y a donc là bien des données à réunir et à emprunter à des sources différentes.
Pour ces motifs, ne considérant pas notre expérience d'ophthalmologiste comme sulfisante en matières aussi complexes, nous demandions pour les étudier la formation de commissions formées de physiologistes, de physiciens, d'administrateurs, d'officiers appartenant aux armes savantes, à la marine, etc.
Ces commissions auraient à déterminer à quels exemples ou à quels types, dans l'exercice de la vision commune à distance, et sous l'influence des différents degrés de pureté, d'hygrométrie ou de température de l'atmosphère, on peut comparer approximativement les échelles mathém;itiquement construites comme celles qui, dans nos cabinets, servent à la détermination de l'acuité visuelle.
Pour leur servir de point de départ, nous ajoutions, comme exemples pratiques :
Laissant de côté l'influence du degré de saturation de l'atmosphère par l'humidité ou les réflexions diffuses de la lumière, on peut considérer comme représentant l'acuité normale, ou égale à 1, une vue en état de comptera une distance de 660 mètres environ une file de 5 à 6 hommes se touchant par la poitrine. Leurs tètes, mesurant 20 centimètres, seront ainsi séparées par des intervalles de même valeur.
Pour doimer quelque élasticité aux expériences, admettons pour distance 500 mètres au lieu de 660, telle sera donc la mesure de l'acuité d. Les commissions de l'armée ou de la marine devront donc décider si cette base, qui s'approche de la condition physiologique, est de rigueur, ou bien s'il est permis, sans nuire au service, de se contenter du même résultat à 250 ou à 500 mètres, par e.\eni|)le ; ce qui équivaudrait à une réduction de l'acuité à ^, ou même à 130 mètres, distance qui correspondiait à une proportion de j.
Cette première question a fixé, dans les mêmes termes, l'attention du Congrès International, tenu à Bruxelles en 1875, et voici l'opinion à laquelle il s'est arrêté :
« La section est d'avis qu'il est nécessaire de déterminer exactement le degré minimum d'acuité visuelle compatible avec le service militaire, .\ussi, bien qu'il ressorte des débats que ce degré minimum est probablement compris entre \ et I de l'acuité visuelle normale pour l'œil droit, l'œil gauche pouvant ne posséder qu'une acuité moindre, il est désirable que ce point soit exactement détermine par des recherches nouvelles qui seraient basées sur une connaissance parfaite des exigences du service. »
iVous nous étions rangé à cet avis, moins par conviction que pour avoir une
première base établie, servant aux observations futures. Nous ne retirons pas cette adhésion, mais nous ne cesserons pourtant pas d'insister sur la nécessité d'une discussion approfondie, par des commissions compétentes, du point de savoir si on ne doit pas abandonner { pour j ou |, et peut-être pour le chiffre 1 luimême.
b. Équivalence fonctionnelle à établir dans la vision à distance entre Vamblyopie et la myopie. Si maintenant l'on suppose que l'acuité minima compatible avec le service militaire soit pour l'armée en campagne \ ou |, et pour les services auxiliaires \ de la vision physiologique, une question nouvelle surgit, la suivante :
Un myope doué de la vision parfaite ou de l'acuité = 1 pour une distance inférieure à celle de son punctum remotum, lorsqu'il cherche à voir au loin sans lunettes, devient pour cette distance rehitivement amblyope. Pour résoudre la question piincipale posée en tète de ce chapitre, — à quel degré de myopie poser la limite de l'incorporation, — il faut donc préalablement avoir déterminé à quel degré d'amblyopie peut-être assimilé, dans la vision à distance, un excès donné de réfraction.
Cette que-tion ayant donc été explorée préalablement, mais de façon tout à fait sommaire, et pour obtenir des limites approximatives (le temps nous manquait pour faire davantage), nous sommes arrivé à cette conclusion que : à des excès de réfraction croissant dans l'ordre suivant,
l'acuité visuelle correspondante, pour la vision à distance, décroissait dans la proportion suivante
Rapports que nous déclarions être loin de considérer comme définitifs ou absolus, mais qui nous paraissaient propres à montrer l'urgence des études que nous réclamions, et même à leur servir de base première ou provisoire.
Ces résultats, d'ailleurs, ont été trouvés concordants avec ceux recueillis dans quelques cliniques allemandes ; et les ayant visés, le Congrès de Bruxelles a pensé pouvoir assimiler provisoirement, au point de vue de la vision à distance, uneamblyopie de j^q à une myopie de o unités métriques ou de -pjà^.
Des recherches plus récentes, inspirées à M. le docteur Noël, secrétaire de la section ophthalmologique du Congrès de Bruxelles, par la discussion qui eut lieu sur celte question, ont conduit, dans cette même voie, cet honorable et savant confrère à des résultats reposant sur un plus grand nombre d'observations et, par conséquent, plus précis.
Voici les conclusions auxquelles est arrivé cet observateur :
« A des myopies de g^, ^â, xî, correspondent respectivement des acuités de
« Dans les myopies de g^ à gV' ^^ coeftîcient de l'acuité (S) tombe au-dessous de i. -
« Ce coefficient atteint seulement f en moyenne pour les myopies de^ à f^.
« Cette moyenne devient tV ^e S dans les myopies de ^ à ^^g-.
« Elle se soutient à -J^ de S pour les degrés de ^^ à g4^ ; mais elle tombe lourdement à 3^ chez les myopes de i et de |, »
On voit par ce tableau plus concluant que nos expériences, puisqu'il repose sur un nombre d'observations plus grand que les nôtres, qu'il faut quelque peu
réduire nos chiffres, en ce qui concerne les myopies de jîg- et au-dessus, et que la loi qui paraissait se dégager de nos expériences"exprimerait une diminution progressive de l'acuité un peu plus rapide que ne la donnent des nombres suffisamment grands.
Mais la différence qui s'observe entre ces deux séries de faits d'abord n'est pas assez grande pour infirmer nos résultats généraux, et secondement ne s'accuse qu'au delà des limites qui, d'un avis unanime, rendent impropre au service
militaire.
M. Noël conclut comme nous qu'à partir de -^ (nous mettions, nous, ^) la myopie non corrigée rend absolument inapte à servir en campagne.
M. Noël nous apprend encore que la loi de diminution progressive de l'acuité au loin, à mesure que la myopie augmente, n'est qu'une loi des moyennes; elle permet, en effet, des différences de 1 à 2, du simple au double, pour un même deoré donné d'excès de réfraction. 11 y a donc là un nouveau coefficient à chercher et que l'on pourrait appeler celui de Yéqualioii personnelle, et qui varie pour un degré donné de myopie entre | et -^.
De nouvelles études seront donc encore de quelque utilité avant que l'on soit tout à fait fixé sur la loi même qui préside à ces rapporls. 11 existe nécessairement quelque élément, dans le phénomène, dont l'influence variable se dérobe encore au calcul ; selon toute apparence, cette variable doit dépendre des différences de dimensions de la pupille suivant les sujets et suivant les circonstances.
Quoi qu'il en soit, nous réiiélerons avec plus d'autorité, en nous appuyant sur l'avis du Congrès de Bruxelles, ce que nous énoncions déjà en 1870 [Gazette hebdomadaire, 19 août 1870), a qu'un myope de jV peut difficilement, sans lunettes, reconnaître une personne déterminée, ou pointer une pièce d'artillerie, ou viser avec les nouveaux engins de guerre. Nous n'hésitons pas à dire, ajoutions-nous, qu'en proscrivant le port des lunettes dans le rang, une sentinelle, une vigie, affectées d'une myopie de |, nous paraissent exposées à de cruelles méprises »
« La mesure changerait, bien entendu, de base, si la question des lunettes recevait une solution nouvelle. Armé du n" 8, un myope de ce degré peut rendre les meilleurs services, et, a fortiori, toutes les myopies de degré moindre. »
C'était, si nous ne nous trompons, la première fois que se posait sérieusement en France cette question de l'admission régulière des lunettes dans les rangs de l'armée; nous étions alors à l'ouverture de la triste série de nos désastres, elles six mois qui commençaient allaient accumuler pour nous les raisons d'étudier administrativement ces réformes. Aussi, nous confiant dans une expérience avec laquelle nous croyions le public médical plus familier que depuis il n'a paru l'être, répétions-nous avec une pleine espérance, le 22 juin 1875, devant l'Académie de médecine :
(( Il est incontestable aujourd'hui que dans une population donnée, le nombre des myopes et le degré de la myopie sont en rapport constant avec le degré de sa culture intellectuelle.
« D'une façon sommaire, on peut dire que sur le nombre total des appelés, plus ou moins instruits, les myopes peuvent figurer dans les pro[)ortions du dixième au cinquième; et sur celui des très -instruits peuvent monter au tiers. Il n'est pas à croire que l'armée renonce délibérément à la possession d'un tel élément de force dans ses rangs.
« Une somme de connaissances de plus en plus élevées devient aussi nécessaire
aujourd'hui aux officiers et même aux sous-officiers, qu'une excellente portée de vue est indispensable au simple soldat. »
Or, l'acquisition de toutes ces connaissances est, comme nous l'avons surabondamment démontré dans cet article, grevée d'un coefficient fatal de myopie. Il est donc inévitable que, de jour en jour, les cadres de noire armée aient à s'ouvrir à un nombre plus grand de myopes, et par conséquent aux lunettes elles-mêmes. Et ces considérations nous conduisaient aux conclusions suivantes : « Di'sormais, au lieu de repousser du volontariat (pépinière des cadres) et d'admettre dans le service actif la myopie plus ou moins faible, ce serait directement le contraire qu'il faudrait faire : Repousser du service actif ou armé sim[ile la myopie, quel qu'en soit le degré, et ouvrir — par l'admission des lunettes dans les cadres — à la myopie de yï ^t peut-être même de | — l'accès du service militaire aux instruits. »
Ces conclusions n'étaient que l'avant-coureur de celles adoptées à Bruxelles et que voici :
« Avant de s'occuper des formes particulières d'amétropie, l'assemblée, après des débats prolongés, a voté à l'unanimité cette proposition préalable :
« l*^ Considérant que l'interdiction des lunettes dans les rangs peut priver l'armée active d'éléments utiles, et peut nuire considérablement au recrutement des cadres, en faisant reléguer bien des hommes intelligents dans les services auxiliaires, est d'avis qu'il y a lieu d'admettre l'usage des lunettes dans les armées. « 2° En supposant que l'usage des verres correcteurs soit admis dans les armées, la section prend les décisions suivantes :
« Le plus haut degré de myopie compatible avec le service militaire doit être corrigé complètement parle n° 5 de la nomenclature métrique; ce degré correspond à une myopie de ] ou l de l'ancienne nomenclature, basée sur la distance focale, en pouces, des verres correcteurs.
« 5° En supposant que l'usage des verres correcteurs ne soit pas admis dans les armées, le plus haut degré de myopie compatible avec le service militaire doit être au-dessous de 5 unités métriques ou de -j^ à ^îj de l'ancienne nomenclature. » Après l'éclat de la discussion intervenue sur ce sujet devant l'Académie de médecine de Paris, et l'admission implicite ou déclarée, par les représentants du conseil de santé dans l'Académie, de toutes les considérations qui précèdent, il est difficile de penser que l'administration de la guerre conserve les dispositions édictées par elle dans l'instruction du conseil de santé du 3 avril 1873, et qui fixaient à |- le degré limité de myopie compatible avec le service ; et difficile aussi, par conséquent, qu'elle ne mette pas à l'étude la question pratique de l'admission des lunettes dans ledit service. L'administration s'y est d'ailleurs publiquement engagée par l'organe de l'un de ses représentants les plus élevés {Bull, de VAcacL, 4 janvier 1876).
c. Des voies et moyens de diagnostic et de mesure de la myopie dans leurs applications au service militaire. Sur ia question d'application pratique renfermée dans ce titre, l'Instraction ministérielle du 3 avril 1875 s'exprimait ainsi :
« Le myope devra pouvoir lire à une distance très-rapprocliée du nez, sans verres, ou à 25 centimètres avec des verres bi-concaves 6 ou 7, et distinguer les objets éloignés, ou lire à une distance minima de 5 mètres de gros caractères d'imprimerie (le n° 20 de l'échelle typographique avec des verres bi-concaves w° ^]. »
En 1875, devant l'Académie, de même qu'en 1870, dans l'article précité, nous n'avons pas eu de peine à démontrer l'inanité d'un procédé aussi étranger que celui-là aux lois de la physiologie de la vision dans leurs rappoi ts avec la question pratique à résoudre. Parfait, si l'individu examiné est de bonne foi, il est absolument illusoire en matière de recrutement. Le médecin expert qui s'en tiendrait aux directions données dans cet article risquerait tout autant de faire incorporer comme dissimulateurs de vrais myopes d'un degré supérieur même à un quart, que de déterminer la libération de sujets affectés de myopies, soit très-légères, soit même nulles.
Si l'on consulte le tableau statistique exposé plus haut, et qui développe l'échelle de décroissance de l'acuité visuelle absolue correspondante à l'accroissement du degré de myopie, on voit même que parmi les myopes de f il n'eu est certainement pas un sur cent qui puisse avec le n" 4 lire à 5 mètres le n° 20 de l'échelle typographique. Strictement parlant, la méthode à sa limite serait donc fausse. Mais que devient-elle cette méthode, si on la compare aux résultats immédiats fournis par l'examen ophthalmoscopique? Ici plus de place à la fraude, plus d'hésitation dans le diagnostic. Non-seulement la détermination de la myopie , mais la mesure de son degré, se voient obtenues en quelques minutes par l'observation directe, et celasans la moindre question adressée au sujet. Le médecin-expert constate du premier cou[) d'œil l'existence du staphylome, et, par la distance à laquelle il en voit l'image renversée, juge instantanément de celle du jmnctum remolum du sujet, c'est-à-dire mesure le degré de l'excès de réfraction. 11 y a plus ; par l'aspect du staphylome, de son étendue, de sa profondeur, de l'état de la choroïde, il lui est permis de se faire une idée de l'état de l'acuité {voy. les g§ 6 et suivants).
Contrairement à toute légitime attente, cette proposition a trouvé devant l'Académie une contradiction énergiquement résolue, et l'objection suivante nous a été opposée :
« Autant le miroir oculaire est précieux pour établir le diagnostic de l'amétropie, a-t-il été dit, autant il est défectueux et peu pratique, surtout lorsqu'il est employé de la façon indiquée, pour en mesurer le degré. D'abord, en ce qui concerne la myopie, ce procédé n'est applicable qu'aux degrés qui sont assez élevés pour que l'image renversée soit à portée de la vue de l'observateur. » [On remarquera que ce sont ces degrés précisément qui doivent exclure de tout service militaire sans lunettes.] « Mais même dans ces cas particuliers, l'évaluation de la distunce de la susdite image à l'œil observé est-elle donc chose si facile et si sûre? 11 faut, pour y arriver, connaître exactement la distance de l'observé à l'observateur, et savoir la situation du punctum proximiim de ce dernier, lequel est loin d'être fixe. Et puis enfin, le plan de cette image si laborieusement déterminée ne marque le punctum remotum qu'autant que l'accommodation de l'œil observé est complètement relâchée, ce qui, je crois, n est pas fréquent. » Et l'orateur rapporte deux cas dans lesquels une myopie de l et de ^j-, d'après la mesure parle procédé de Donders, lui aurait fenriii par le procédé ophthalmoscopique ci-dessus décrit un punctum remotum à 4 pouces.
Néghgeant, par un légitime sentiment de convenance, la discussion de l'observation personnelle qui termine cette argumentation, et ne nous arrêtant qu'aux principes, il nous a été facUe défaire justice en leur nom de l'objection précédente.
Prétendre, disions-nous, que l'accommodation se contracte spontanément sous
l'iutluence tle la lumière ophthalmoscopique, sans l'intervention d'un objet rapproché qui provoque fortement l'attention du sujet, c'est se meltre gratuitement en contradiction avec les faits journellement observés, et avec une des lois les mieux établies (par Donders) dès les débuts de l'ophtlialmoscopie. Tous les jours cette loi se montre infaillible pour faire découvrir l'hypermétropie latente, quand toute épreuve de l'hypermétropie manifeste s'est montrée sans résultat. Comment se démentirait-elle dans le cas de la myopie, état dans lequel l'accommodation montre autant de dispositions à se relâcher qu'elle en déploie à s'exercer dans l'hypermétropie ?
Il iallait donc des raisons moins opposées que celle-là à l'expérience ophthalmoscopique, pour justilier l'abandon, fait p.ir l'auteur de ces objections, d'un principe dont il s'était autrefois fait lui-même le porte-voix dans les termes suivants : (( Le miroir ophthalmoscopique ( onduit à un diagnostic aussi sûr que rapide, lorsque la myopie est assez élevée pour que le punctum remotum soit situé à 6 ou 8 pouces; et le procédé, ajoutait-il, est d'autant plus précieux qu'il est exclusivement objectif. »
Or, ce n'est pas seulement jusqu'à 6 ou 8 pouces, mais bien jusqu'à 12 et même 16 ponces, que le procédé est applicable, même pour un presbyte, s'il a soin de corriger sa presbyopie. Et l'on peut dire (jue lorsque, dans cet examen, l'observateur est forcé à un recul gênant pour lui, lorsque les détails relativement grands de l'image lui deviennent trop confus, il est, lui-même, au delà cîe 18 pouces du sujet, et l'image au delà de l^ pouces.
Dans ce dernier cas, le médecin est donc certain que le sujet offre une myopie légère ou admissible dans le service, étant donné que j^, chiflre admis par le Congrès de Bruxelles, soit celui définitivement 'àxè. par la loi.
Si, au contraire, le médecin n'est pas obligé à se reculer, dans les conditions ordinaires de l'examen ophthalmoscopique par un emmétrojje, pour voir nettement l'imoge renversée, la myopie dépasse nécessairement -^^ et emporte ainsi l'exemption.
Si ces chiffres avaient été choisis tout exprès pour se prêter à l'examen ophthalmosco[iique, ils ne seraient pas plus concordants.
Ces conclusions sont d'ordre banal en ophtlialmologie et les Anglais, gens pratiques, les ont édictées eu règle dans leur règlement militaire :
« Dans les conditions d'exploration ci-dessus décrites, dit M. Longmore, chef du service de santé de l'armée anglaise, un œil emmétrope ne fournit que la lueur oculaire, sans détails visibles de ses parties profondes. — Si ces détails apparaissent à l'œil nu, on peut en conclure que l'œil est myope ou hypermétrope. — Pour savoir lequel des deux, l'observateur transporte doucement sa tête à droite ou à gauche, et remarque si les images vues et provenant du fond de l'œil se meuvent dans un sens contraire à son propre mouvement, ou dans le même sens.
« Dans le premier cas, sens contraire, l'œil observé est assurément myope; il est hypermétrope dans le second. »
Toutes ces propositions, disions-nous, sont aujourd'hui bnnales en ophthalmoscopie, et nous nous serions abstenu d'y insister, si l'opposition quelles ont rencontrée devant une haute assemblée savante ne nous obligeait à y re venir. L'autorité qu'elles pourraient emprunter à la scène sur laquelle elles st sont produites risquerait de fausser l'enseignement ; et un objet de cette impor tance efface toute autre considération.
DICT. ENC. 2° s. M. ^0
se
A la méthode opbtlialmoscopique ou objective si parfaitement appropriée, si exclusivement douée pour la question qui nous occupe, on a cru pouvoir proposer de substituer l'emploi de l'optomètre de MM. Perrin et Mascart. « Cet instrument, d'après une expérience quotidienne, a-ton dit, et vieille de plusieurs années, permet, en une ou deux minutes, de mesurer le degré de la myopie, et possède, e-u outre (qualité tout à fait supérieure si elle avait été fondée), l'avantage de déjouer mieux que tout autre moyen, les tentatives de simulation ou de dissimulation, et enfin de faire connaître du même coup l'étendue de l'accommodation, et le degré approximatif de Vacuité visuelle. »
Ces trois dernières propositions étaient-elles justifiées?
Pour la dernière, disons tout de suite que non. Dans l'exposé même des propriétés de leur instrument en 1869, MM. M. Perrin et Mascart établissent « que la grandeur de l'image supposée, égale à l'unité dans la position qui correspond à l'emmétropie, augmente progressivement dans les deux sens, avec le mouvement de la lentille mobile, de façon à atteindre aux deux extiémités de sa course le double de la grandeur première. » 11 est donc absolument impossible, sans une table particulière des grossissements répondant à chaque degré d'amétropie, de mesurer, même approximativement, l'acuité visuelle avec cet instrument.
Cette variation de grandeur de l'imnge, croissant, dans les deux sens, au fur et à mesure que l'on s'éloigne davantage de l'état emmétropique, ou du parallélisme des rayons, en d'autres termes avec chaque variation de la réfraction en plus ou en moins, présente un élément presque aussi incompatible avec la détermination précise de l'amétropic ou des limites de champ de l'accommodation qu'avec celle de l'acuité. Au moment, en effet, où la réfi'action atteint sa limite, et doit alors s'accuser par le trouble de l'image, l'accroissement de celle-ci, augmentant la facilité de perception, peut permettre au sujet de franchir, sans s'en rendre compte, cette limite ; et l'on est exposé ainsi à noter un chiffre excessif pour l'anomalie, ou à attribuer au champ accommodatif des limites trop étendues. Aidé d'une table des grossissements correspondants à chaque variation de la réfraction, on pourrait, à la rigueur, surmonter ces difficultés ; mais avec combien de temps et de calculs !
On peut donc affirmer, en s'appuyant sur la seule théorie, que les renseignements apportés par l'instrument en question, nuls en ce qui concerne l'acuité, deviennent, par cela même, plus que problématiques en matière même de réfraction.
Cela posé, comment pourrait-on admettre que l'optomètre en question fût plus en mesure que toute autre méthode subjective de déjouer la simulation ou la dissimulation ?
En supposant même que le champ de l'accommodation, que l'acuité visuelle, fussent aussi facilement déterminés au moyen de cet instrument qu'ils le sont peu, ou serait toujours en présence d'une méthode exclusivement fondée sur les réponses du sujet, c'est-à-dire de nature subjective, et soumise, comme ces dernières, à tous les mécomptes dépendant, soit d'un spasme, soit d'une intention, soit d'un apprentissage accommodatifs.
Sous ces trois rapports, la prétendue supériorité de l'optomètre proposé en sul)stitution à quelque méthode, même subjective, que ce soit, se résout en une insuffisance. Quelle peut donc être sa valeur si on la compare à l'épreuve opbtlialmoscopique ?
Ce que la discussion théorique pouvait à cet égard faire prévoir, l'expérimen-
tation le confirme promptement. Appelé, par une circonstance imprévue, à étudier la nouvelle combinaison optométrique proposée récemment par M. le docteur Badal, nous avons dû nous livrer à des essais comparatifs entre cet instrument et celui de MM. Perrin et Mascart , et il nous a été vite démontré que si le premier réalise exactement et avec moins de frais et de temps toutes les fonctions de la méthode de Donders, l'optomètre de MM. Perrin et Mascart est parfaitement inférieur à cette méthode classique en toutes les circonstances que nous venons d'énumérer.
Finalement, nous conclurons comme devant l'Académie :
« Il n'est pas admissible que les décisions formulées par les conseils de révision sur la portée de la vue ou les anomalies de la réfraction continuent à s'appuyer sur la seule analyse subjective de la fonction. L'intervention de l'ophthalmoscope y est absolument nécessaire : seule, cette méthode peut conduire à un jugement certain, et l'acte officiel qui dispose le contraire est en contradiction absolue avec l'état de la science. »
De r affaiblissement absolu de Vacuité visuelle dans ses rapports avec le degré de la myopie. Nous ne nous sommes occupé, dans les pages qui précèdent, que du degré de la myopie, et nous avons laissé de côté un autre des facteurs pathologiques que l'on rencontre fréquemment joints à cette anomalie de la réfraction.
Les chiffres que nous avons eus à débcittre jusqu'ici supposent, chez les individus appelés et examinés, une acuité absolue physiologique ou égale à l'unité. Or l'acuité physiologique est exceptionnelle dans la myopie, ou du moins ne se rencontre que dans les degrés peu prononcés de cet état. On voit représentés dans le tableau de la page 266 les progrès décroissants de l'acuité visuelle correspondant à la progression opposée de l'excès de la réfraction ou du degré de la myopie.
Les résultats frappants qui ressortent de ce tableau devront être présents à l'esprit du médecin expert, lors de l'examen des conscrits, comme à celui des commissions expérimentales lors de la fixation des coefficients visuels pour chaque catégorie des servives, soit actif, soit auxihaire.
Giraud-Tedlox.
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308 MYOSIS.
MYOScnTLOS, Ruiz et Pavon. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la raniille des Santalacées. Il ne contient qu'une seule espèce, le Myoschylos oblongus Ruiz et Pavon, qui vient dans le Chili et dans le Pérou. La plante y est appelée Codocoypu, c'est-à-dire nourriture du Mus Coypiis de Molina; c'est de là qu'on a fait le nom générique, qu'il conviendrait d'écrire ilfî/osc/u/os (fxôc-, yjïéa-). Le Myoschylos oblongus est un arbrisseau, à feuilles alternes, ovales ; à fleurs petites, rouges, sessiles et serrées les unes contre les autres sur des rameaux formant des espèces de chaton, qui naissent à l'aisselle des feuilles des années précédentes. Le fruit est drupacé, ovoïde, couronné par le périgone à 5 lobes ; de la gjosseur d'un pois et de couleur pourpre foncé.
Les feuilles de cette espèce sont purgatives et employées dans le Chili en guise de Séné.
Ruiz et Pavos. Prodromus, p. 41, tab. 34, et Flora Peruviana et Chilensh. III, p. 20, lab. 212. — Enplicher. Gênera plantarum, p. 527. — Cl. Gat. Histoire naturelle du Chili, V, p. 326. — De Candolle. Prodromus, XIV, p. 627. Pl.
MIOSIXE. Voy. Musculaire (tissu).
MTOSIS (^aiJcd, je ferme). On appelle ainsi l'état opposé à celui que nous avons décrit sons le nom de mydriase, à savoir un rétrécissement prononcé et permanent de l'ouverture pupillaire, indépendant de toute altération matérielle des tuniques oculaires, et accompagné d'une immobilité sinon complète, variable, du moins en de très-étroites limites, de ladite ouverture.
De même que dans la mydriase, mais en sens opposé, le rétrécissement myotique de la pupille se lie à l'action du muscle qui préside à l'accommodation.
Un coup d'œil jeté sur les effets produits par les substances myotiques sur l'iris et le muscle ciliaire, en physiologie expérimentale, jettera donc un grand jour sur la symptomatologie morbide et sa signification.
Un assez grand nombre de substances exercent sur le rétrécissement de la pupille une action incontestable, telles sont le semen santonirmm , le daphné 7nezereiim,le tabac, l'aconit, le seigle ergoté, la ciguë, la digitaline, la morphine (antagoniste de l'atropine en cette circonstance, comme dans ses autres elfits), mais, au premier rang, la fève de Calabar {Physostigma venenosum), et son alcaloïde, l'ésérine.
ISous choisirons donc la fève de Calabar pour type de ces recherches expérimentales.
Parmi les principaux effets observés après l'application de la solution de la fève de Calabar sur la conjonctive, on doit citer la contraction de la pupille, celle de l'appareil accommodatif, et, après quelques minutes, de légères convulsions de la paupière inférieure.
1» Action sur la pupille. La contraction de la pupille commence après cinq à dix minutes, atteint son maximum entre trente et quarante, diminue lentement après trois heures, et disparaît complètement en deux à quatre jours, remplacée quelquefois par un peu de dilatation. L'effet général est plus rapide que celui de l'atropine. L'effet myoliqne dépasse celui de la plus forte lumière ou de la plus puissante accommodation ; néanmoins l'influence de la lumière sur la pupille ne cesse pas pour cela de se faire sentir, et un excès nouveau de lumière rétrécit encore la pupille. La pupille est un peu déformée et on constate des irisations chromatiques; le milieu des cercles lumineux (surfaces blanches) est légèrement jaune. On reconnaîtra dans cette circonstance la présence' d'une discordance
MYOSIS. 309
entre la tension accommodalive et la distance de l'objet éclairé, et d'une discordance par excès d'action ciliaire : il y a myopie relative.
En même temps qu'une déformation, on observe des oscillations dans l'étendue de la pupille, au commencement de la contraction. Cette double circonstance et la diminution de l'éclairage rendent suffisamment compte de la diminution constatée clans l'acuité visuelle, les oscillations devant porter sur l'accommodation comme sur l'iris.
L'éclairage est donc diminué, cela se comprend de soi. Si l'autre œil est libre, on peut comparer les images de l'un et de l'autre en provoquant la diplopie au moyen d'un prisme. La teinte répandue sur les objets du côté myotique rappelle les éclipses de soleil.
Les cercles de diffusion étant fort rétrécis, la vision en tire avantage pour les objets situés au delà des limites de l'accommodation en exercice; la ligne d'accommodation de Czermak est notablement accrue.
Par la même raison la polyopie intro-oculaire se trouve, de fait, écartée de la scène : le faisceau lumineux y est trop réduit pour emprunter plusieuïs secteurs du cristallin.
2 " Action exercée sur r accommodation. L'action exercée sur l'accommodation se manifeste par le changement de position des points ;; (rapproché), r (éloigné). Le mouvement de ce dernier vers le sujet embrasse les | de l'étendue normale de cette fonction à l'âge du sujet. Le point /; (lapproché) suit la même marche, mais conserve un peu d'avance sur le point r, lors du retour à l'état antérieur. Il y a donc, pendant le retrait de Faction spécifique, accroissement relatif du champ accommodatif.
On doit aussi signaler ici le grand effet produit sur l'accommodation par la plus légère manifestation de la volonté. On accommode pour la vision de près, et, inversement, on relâche son accommodation (pendant cette période de retrait) avec une merveilleuse facilité.
Macropie relative. Nous avons exposé (art. Mïdriase) comment sous l'intluence de la paralysie de la force accommodative les objets paraissaient plus petits. Par un mécanisme inverse, sous l'influence d'un myosis soit naturel, soit artificiellement produit, les objets doivent paraître plus grands. Nous n'y reviendrons pas.
Comme l'atropine, la fève de Calabar, employée en collyre, agit par absorption directe : l'humeur aqueuse après sa pénétration devient elle-même un collyre myotique.
Pathogénie. Si l'on étudie l'action des myotiqnes dans leurs rapports avec les sources diverses d'influence nerveuse qui régissent tant les mouvements de l'iris que ceux des muscles ciliaires, on est conduit, en sens inverse, et comme principes, aux mêmes conclusions que dans l'analyse de la mydriase.
Le myosis peut ainsi se Toir attribué soit à une influence active des racines motrices spinales (oculo-moteur), soit à une action dépressive, parétique, exercée sur le grand sympathique ; mais toujours avec cette sorte d'anomalie expérimentale observée dans l'étude des agents mydriatiques, et qui s'accuse par ce fait : que, malgré la section de l'une ou l'autre de ces communications nerveuses, les effets qui leur correspondent se constatent encore, quoiqu'à un moindre degré.
En d'autres termes, les résultats expérimentaux forcent à invoquer, pour expliquer tous ces faits, l'existence de cellules nerveuses propres intra-oculaires, douées des facultés des cellules centrales.
310 • MYOSIS.
En pathologie, on reconnaîtra donc, comme pour la mydriase, un état myotique d'ordre spasmodique ou actif et portant sur les origines nerveuses spinales, et secondement, un myosis paralytique ou parétique et fixé sur le grand sympathique.
Le myosis se rencontre même à l'état physiologique : par exemple pendant le sommeil, et secondement dans l'âge avancé. Dans celte dernière circonstance, on peut l'attribuer peut-être à une dépression progressive et physiologiqne du système ganglionnaire.
Pathologiquement, il se présente plus fréquemment à la suite ou pendant le cours de certains états nerveux ou fébriles graves. Telles sont certaines affections cérébrales, l'apoplexie dans sa phase de réaction, les débuts de la méningite, le tétanos, l'hydrophobie, les accès convulsifs de l'hystérie.
Diagnostic. Pour le diagnostic de la nature de ces affections, et de l'origine du myosis, les caractères généraux du système nerveux du malade, les manifestations que ce système décrit lui-même dans les différents appareils soumis à son influence, devront naturellement diriger l'opinion du médecin et lui marquer le choix à faire entre la cause « paralysie n et la cause « spasme. » On se rappellera à cet égard les beaux travaux de M. Cl. Bernard. La section (paralysie) du grand sympathique est suivie d'une augmentation de caloiicité constante et notable, accompagnée d'une grande vascularisation des parties où se répandent ses branches; phénomène absent dans l'état de spasme du système moteur spinal. Four tout myosis dont la cause nerveuse est encore active, la température et la vascularisation de l'œil affecté pourront devenir un indice dans le sens de l'une ou l'autre de ces origines morbides.
Dans les inflammations de l'iris, par exemple, le myosis ne peut-il pas être attribué à la même cause qui paralyse les vaso-moteurs de la membrane?
Dans les circonstances contraires, c'est-à-dire en l'absence de toute augmentation de caloricité et de vascularisation des parties, il y a lieu de soupçonner un spasme du sphincter, et, par suite, des nerfs spinaux de la troisième paire.
On recherche dans ces cas-là, avec soin, s'il n'y a pas à accuser quelque intoxication par une de^ substances ci -dessous dénommées :
Santonine, tabac, aconit, seigle ergoté, ciguë, digitaline, morphine, et enfin, au maximum, la fève de Calabar.
Parmi les causes relativement communes de cette seconde classe de myosis (spasmodique), il y a heu de placer les efforts intempestivement soutenus de la tension accommodative. Dans ces cas-là, l'iiis, quoique contracté en excès, cède, sous ce rapport, le pas à la contracture accommodative.
On le rencontre assez souvent dans l'hypermétropie, et il forme à cet article un chapitre intéressant, connu sous le nom « d'accommodation douloureuse. » Dans ces circonstances, le muscle ciliaire, au lieu de tomber en syncope comme dans l'asthénopie accommodative, se tend et se contracture.
Ce même état s'observe au commencement de certains myosis : il forme le mécanisme même des myopies spasmodiques ou apparentes, décrit dans notre article sur ce sujet.
Comme dans l'hypermétropie avec accommodation douloureuse, il est mis en évidence par l'action de l'atropine qui met à nu l'état de la réfraction statique du sujet.
Nous avons vu, dans quelques cas de même ordre, l'anomalie visuelle se présenter sous les traits de l'astigmatisme. L'atropine, en rétablissant la vérité des
MYOTOMIE. 5H
faits, donnait lieu de conclure que le spasme ciliaire, inégalement réparti, et affectant diversement les méridiens oculaires, était la seule cause de l'apparente atymétrie de l'œil lui-même.
Dans cette même classe (comme nous l'avons vu à l'art. Mïopie), doit être rangée, sans doute, la tmjopia in distans des anciens. Ces derniers états pathologiques cèdent, en général, à l'emploi plus ou moins soutenu de l'atropine en collyre, au repos prolongé, aux verres convexes, aux verres cylindriques de l'astigmatisme.
Nous avons également retiré de très-rapides effets de l'emploi de l'électricité voltaïque, courants constants et continus (appareil de Remak). C'est peut-être encore la plus effective des méthodes : courants descendants, c'est-à-dire le pôle cuivre derrière l'oreille, le pôle zinc sur l'œil fermé. En quelques deux ou trois séances de une dizaine de minutes au plus, parfois en une seule, nous avons vu l'accommodation se détendre presque subitement, et luie myopie apparente de 5 à 6 dioptries descendre à une ou une demi-dioptrie seulement; de-hi ^ -h ou -^ [voij. l'article Macbopie et Micropie). Giraud-Teulon.
MYOSOTIS L. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Borraginées. Ce groupe, représenté dans nos pays par un assez grand nombre d'espèces, se reconnaît aux caractères suivants : calice quinquejiartite ou quinquefide ; corolle régulière, hypocratériforme, en infundibulifôriue, portant à la gorge cinq écailles obtuses, qui se rapprochent de manière à la fermer; limbe de la corolle quinquepartite ; tube droit et court. Étamines 5, égales entre elles, à anthères incluses. Fruit formé de 4 nucules, ovoïdes-tri gones, insérés sur le réceptacle par une surface plane et contenant chacun une seule graine dressée.
Les Myosoti^ sont des plantes peu employées en médecine ; Lémery cite comme détersive, astringente, et rafraîchissante, le Myositis alpiiia latifoUa de Tournefort. 11 ajoute que « sa racine est estimée propre pour les fistules lacrymales. » D'autre part Gmelin, dans sa Flore de Sibérie, indique comme étant employée dans le pays contre la syphilis le Myosotis scorpioides de Linné ou Scorpione, que les botanistes modernes ont divisé en plusieurs espèces : M. palustris With., M. cœspitosa Schultz, M. sylvatica Hoifm., M. intermedia, etc.
On sait que le Myosotis palustris With. porte plus particulièrement le nom de Ne m'oubliez pas : c'est le Vergiss mein nicht des Allemands.
Le Myosotis Lappula, qu'on appelle Langue de chien, est devenu maintenant [' Echinosperyyium Lappida Lehm.
Le Muo(7WTi(7 (oreille de souris) de Dioscoride s'applique bien à m\ de nos Myosotis. Mérat et de Lens pensent cependant que les anciens ont quelquefois désigné sous ce nom le Cerastiiim tomentosum Lam.
Li.^NÉ. Gênera, 180. Species, 188. — Lémery. Diclionnaire des Drogues simples, p. 593.
— Gmelin. Flora sibirica, IV, 73. — Sprengeu Historia rei herbariœ, I, 160. — Méra.t et De Lexs. dictionnaire de matière médicale, IV, 550. — Gaudin. Flora helvelîca, II, p. 47.
— De Candolle. Prodrotnus, X, 104. — Grenier et Godrox. Flore de France, n" 528.
Pl.
MYOSURtS. Voy. RA.T0KCULE.
niYOTO.viE Voy. Ténotomie.
3'i2 MYRIAPODES.
M-fiRACAKTKOS. Nom donné au Panicaut champêtre ou Chardon roUand [Enjngium campestre L.). Pl.
MTRCI4. Genre de jiantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Myrtacées. Ce groupe, établi d'abord par de Candolle aux dépens du vaste genre Myrtits de Linné, contient un nombre considérable d'espèces ; jusqu'à 300 d'après Bentham et Hooker. Ces plantes ont, comme la plupart des Myrtacées, des propriétés slimulanles, mais dans les limites où les botanistes ont renfermé actnellenipnt le genre, on n'y rencontre aucune espèce fournissant un produit spécial à la matière médicale. Les Mijrcia acris DC. et M. pimentoïdes DC. sont devenus des Pimenta, et c'est à l'article où nous traiterons de ce genre qu'il faut chercher les détails sur ces deux espèces {voy. Pimenta). Pl.
MYREPSUS (Nicolas) ou Nicolas d'Alexandrie. On ne sait que très-peu de chose sur ce médecin. D'après l'indication qui se trouve sur les manuscrits (Nicolaus, Myrepsus, Alexandrinus), ou pense qu'il était d'Alexandrie. Un contemporain, Georges Acropolite, historien et secrétaire (logothète) des empereurs d'Orient, alors à Nicée, pendant l'occupation de Constantinople par les Latins, parle de Nicolas Myrepsus comme d'un médecin fort habile, et qui remplissait, à Nicée, les fonctions d'Actuarius (sorte de sous-questeur), titre donné à beaucoup de médecins. 11 vivait donc sous Jean Duces, vers le milieu du treizième siècle. Ou sait qu'il voyagea en Occident, qu'il visita Salerne, alors dans tout l'éclat de sa gloire, et que c'est seulement très-âgé, sous le pontificat de Nicolas 111 (1277- 1280), qu'il écrivit l'ouvrage qui nous reste de lui sur la matière médicale, et dont on n'a imprimé que la traduction latine. Ce livre, dans lequel l'auteur s'est surtout inspiré de l'antidotaire composé près de deux siècles avant lui p'ir Nicolas Prœpositus, de Salerne {voy. Nicolas), et de celui de Mesué, est partagé en 48 parties; il traite de la composition et de l'action des médicaments, et ne contient pas moins de 2656 formules, dont un grand nombre attestent l'ignorance et la profonde, superstition de l'auteur. On en possède des traductions, dont la seconde l'emporte de beaucoup sur la première.
Liber de comjjosittone medicamentorum secundum loca, translatas e grœco in latinum a Nicolao Rhegino Calabro. Ingolstadii, 1541, in-4°, et Medicamentorum opus in quadraginta octo digestum, a Leonhardo Fuclisio e grœco in latinum recens conversum. Basileœ, 1549, in-fol. E. Bgd.
MYRIAPODES. On nomme ainsi des animaux de la grande division des Articulés à pieds articulés, c'est-à-dire des condylopodes, qui ont la respiration trachéenne à la manière des insectes proprement dits ou insectes hexapodes, ainsi que d'une partie des Arachnides, mais dont le corps, toujours multiarticulé, est pourvu d'un nombre de pattes plus considérable que celui d'aucune des autres espèces de cette division. Il y a en effet dix ou douze paires au moins de ces appendices et jusque cent cinquante et au delà chez les Myriapodes; c'est principalement à cette particularité que leur nom fait allusion. En outre leur corps ne se divise qu'en deux parties, la tête et le tronc. La tête porte une paire d'antennes, les yeux et les appendices buccaux ; le tronc est constitué d'articles semblables ou presque semblables entre eux chez chaque espèce, mais variables dans leurnombre, leur forme et leur composition, suivant les différentes familles. Simples dans toute une catégorie de ces animaux (Chilopodes), ils sont
formés dans une autre par la réunion de deux segments soudés entre eux et portent alors deux paires de pattes chacun (Diplo|iodes aussi appelés Chilognathes). Dans aucun cas les anneaux du corps des Myriapodes ne sont séparables en thoraciques et en abdominaux ; le dernier porte l'orifice anal et, dans les Chilopodes, il donne également accès dans les organes génitaux.
Ces animaux ont été pendant longtemps rapportés à la même classe que les insectes hexapodes, mais on s'est accordé pour les en séparer et les particularités qui les distinguent justifient parfaitement cette séparation, puisqu'ils ont à la fois des analogies avec eux et avec les crustacés par la forme de leur corps, bien qu'ils diffèrent de ces derniers par leur mode de respiration. Ils ne subissent qu'une demi-métamorphose consistant surtout dans l'augmentation du nombre de leurs articles et dans celui de leurs pattes. La cbisse qu'ils composent est peu nombreuse surtout si on la compare à celle des insectes. Elle a été le sujet de travaux intéressants parmi lesquels on remarque ceux de de Geer et auxquels plusieurs entomologistes contemporains ont ajouté de curieuses observations; aussi est-elle dès à présent suffisamment bien connue.
On partage les Myriapodes en deux grandes divisions regardées comme constituant deux ordres distincts, mais qui pourraient tout aussi bien former deux classes différentes l'une de l'autre ; ce sont les Diplopodes et les Cbilopodes.
Les Diplopodes (Chllognathes de Lalreîlle) , dont le corps est formé d'anneaux réunis deux à deux, d'oii il résulte que chacune de ses divisions porte en général une double paire de pattes, ce qui a suggéré ce mot, forment la première de ces divisions. Leurs antennes n'ont le plus souvent que sept articles ; leurs premières pattes ont plus ou moins l'apparence de pattes mâchoires ; leurs organes génitaux s'ouvrent sous l'un des segments de la partie antérieure du corps. La bouche de certains d'entre eux (polyzonies, etc.) est disposée en forme de suçoir. On distingue plusieurs familles parmi les Diplopoiles; elles ont reçu du genre principal propre à chacune d'elles le nom de Pollyvénidés, Gloméndés , Polijdesmidés, Julidés et Polyzonidés. Peut-être faut-il y apporter aussi les Pauropidés ayant pour objet le genre Pauropus de M. Lubbock dont on ne connaît qu'un très-petit nombre d'espèces. Cependant MM. de Saussure et Humbert font des pauropus un ordre à part de Myriapodes sous le nom d'Hétérognathes.
Les Chilopodes ont les anneaux déprimés au lieu de les avoir plus ou moins cyliudriques, comme c'est le cas pour les Diplopodes, et certains d'entre eux ressemblent assez extérieurement aux vers marins que l'on appelle des Néréides ; leurs antennes ont quatorze articles ou davantage ; leurs anneaux ne portent jamais qu'une paire de pattes chacun et leurs organes génitaux s'ouvrent dans le même article que l'anus, c'est-à-dire en arrière du corps; plusieurs d'entre eux ont sous le milieu des anneaux un appareil sécréteur comparable à ceux que les iules et autres Dipopodes présentent de chaque côté du corps et la seconde paire de leurs pieds mâchoires est modifiée en manière de pinces, ou forcipulei terminées en pointes acérées, ce qui forme un double crochet à l'aide duquel les scolopendres et les autres Myriapodes de cet ordre introduisent, sous la peau des êtres qu'ils piquent, le liquide vénéneux qui rend certains de ces animaux redoutables. Il y a deux groupes bien distincts de Chilopodes, dont le premier, celui des Schizotarses, répond aux Scutigères ou Cermaties, et le second, appelé Holotarses, comprend les différentes familles des Scolopendridés, des Lithobidés, des Geophilidés et des Scolopeudrellidés, dont les trois premières renferment chacune plusieurs genres. C'est uniquement aux Chilopodes qu'appartiennent
les Myriapodes vénéneux, et la division des Holotarses, plus particulièrement le genre Scolopendre, mérite surtout d'être citée sous ce rapport.
Les Scolopendres proprement dites, aujourd'hui partagées en plusieurs genres, sont les plus gros des insectes de cette classe; elles appartiennent à l'ordre des Chilopodes et possèdent une forte paire de pinces maxillaires à l'aide desquelles elles inoculent un venin qui les rend véritablement redoutables. Une espèce particulière à l'Amérique intertropicale, \e Scolopendra insignis?. Gerv., a le corps long de 2 décimètres, à quoi il faut ajouter encore 0,045 pour les antennes, et 0,56 pour les pattes postérieures; d'autres sont moins grandes sans être pour cela moins à craindre. 11 existe aussi des animaux de ce groupe dans le midi de la France, particulièrement dans le Languedoc et en Provence ; telle est la Scolopendre cingulée {Se. cingulata, Latreille), longue de 0,090. Les autres espèces du même genre sont principalement répandues dans les pays chauds. Dans certaines contrées leur piqûre passe pour être mortelle, mais on ne cite pas de faits bien authentiques à cet égard et d'ailleurs quelques soins bien ordonnés ne tardent pas à arrêter les accidents que cette morsure occasionne.
Un jeune homme récemment arrivé à Saint-Louis du Sénégal reposait sur un matelas placé sur le sol, lorsqu'une nuit, réveillé par une vive douleur, il jette un cri perçant, se lève brusquement et dit qu'il vient d'être piqué, se plaignant d'endurer au-dessus du genou des souffrances intolérables. La mnin portée sur l'endroit douloureux semblait, pour ainsi dire, repoussée parle gonflement survenu instantanément et qui, en moins de cinq minutes, avait acquis le volume du poing. Au centre de cette tumeur, on remarquait une taclie noire, large comme la tête d'une petite épingle. Aussitôt on versa de l'ammoniaque sur la partie malade et on l'en frotta vivement. Sous l'influence de cette médication le gonflement diminua peu à peu, toutefois la douleur se calmait plus vite que ne se dissipait l'enilure ; enfin le jeune homme s'endoi'mit et cinq heures après l'enflure avait disparu, la douleur avait également cessé. Miilgré les recherches que l'on avait faites on n'avait pas pu trouver l'animal cause de l'accident ; muis revenu de sa frayeur le blessé raconta qu'il avait senti en dormant une sorte de chatouillement et comme un corps mouvant qui rampait sur sa jambe, qu'il avait porté la main sur cet objet au moment où il passait sur son genou et qu'à l'instant même oîi il l'avait pressé, il avait senti la douleur de la piqûre. Appelé le lendemain des accidents éprouvés par le jeune Européen, un des médecins du pays dit qu'ils étaient indubitablement l'effet delà morsure d'un Mille-Pattes; que l'alcali appliqué de suite était le remède le plus efficace, et qu'à défaut d'ammoniaque liquide il fallait, après avoir fait une incision sur la tache noire, la cautériser avec le fer rouge; sans ce traitement l'enflure aurait, ajouta-t-il, gagné tout le corps, et une mort prompte eût pu en être la conséquence.
Les mêmes phénomènes s'observent aux Antilles après la piqûre de la grande Scolopendre propre à cet archipel, et de pareils moyens curatifs produisent de semblables résultats. Si dans notre climat l'aiguillon de l'abeille et de quelques autres Hyménoptères provoque quelquefois les symptômes les plus graves, il est prudent de ne pas entièrement nier les effets pernicieux que les insectes malfaisants peuvent produire sous la zone torride, et sans partager les craintes exagérées qu'ont souvent les habitants de ces pays, les médecins qui pratiquent dans les contrées équatoriales doivent se hâter de combattre hardiment les premiers accidents qui surviennent après la morsure ou la piqûre de tous les animaux réputés venimeux appartenant aux différents groupes des Articulés.
Les Scolopendres du midi de l'Europe ne sont pas moins à craindre que celles du nord de l'Afrique, de l'Asie Mineure et des autres pays où ces animaux abondent, et l'on a souvent l'occasion d'observer les accidents qui résultent de leur piqûre. L'observation suivante, dont l'exactitude nous a été confirmée par la persoime qui en avait été l'objet, a été publiée en 1843 par M. Bertrand d'Hers, dans sa thèse inaugurale soutenue devant la Faculté de médecine de Montpellier. Robelin, appariteur de la Faculté des Sciences, que j'ai eu moi-même sous mes ordres, en cette qualité, aimait à s'occuper d'entomologie : étant à Late, aux environs de cette ville, il trouva une Scolopendre de quatre poucus environ de longueur ; il voulut la mettre dans la boîte qui lui servait à enfermer les produits de sa chasse, mais il fut mordu à la face dorsale du médius, à la deuxième phalange. Une douleur très-vive, analogue à celle produite par la piqûre des guêpes, s'ensuivit immédiatement et il fut obligé de rentrer en ville, portant son bras en écharpe, tant à cause de ces douleurs que par suite de l'enflure qui s'était propagée dans tout le membre. Arrivé à Montpellier il fit cautériser la plaie par un pharmacien, mais les symptômes se sont maintenus pendant près de huit jours.
On a publié que des animaux de la division des IlololarsPs, mais appartenant à des espèces plus petites que les Scolopendres véritables, peuvent s'introduire dans les fosses nasales, dans les sinus frontaux ou même dans certains abcès, et occasionner pendant un temps assez long des douleurs très-violet>tes. Il y aurait plusieurs cas d'un semblable parasitisme, mais il faut bien reconnaître qu'aucun d'eux ne présente une authenticité suffisante. L'histoire de l'Académie des sciences de Paris, années 1708 et 1733, en rapporte déjà deux, Alexandre Lefèvre, entomologiste distingué, en a communiqué un troisième à la Société entomologique de France en 1853 et le D"" Scoutetten en a enregistré ua quatrième dans le comfite rendu des travaux de la Société médicale de Metz. Il a paru sous le titre suivant : Hémicranie due à la présence d'une scolopemlre dans les sinus frontaux.
Depuis plusieurs mois, dit le rapport, une fermière des environs de Metz, âgée de vingt-huit ans, ressentait dans les narines un fourmillonnement trèsincommode accompagné d'une sécrétion abondante de mucus nasal, lorsque vers la fin de 1827, de fréquents maux de tête vinrent s'ajouter à ces symptômes. Les douleurs, supportables dans les premiers moments, prirent bientôt de l'intensité et se renouvelèrent par accès. Ces accès, à la vérité, n'avaient rien de régulier dans leur retour ni leur durée. Ils débutaient ordinairement par des douleurs lancinantes plus ou moins aiguës, occupant la racine du nez et la partie mojenne du frontal, par une douleur gravative qui s'étendait dans la région frontale droite à la tempe, et à l'oreille du même côté, puis à toute la tète. L'abondance des mucosités nasales forçait la malade à se moucher continuellement. Ces mucosités fréquemment mêlées de sang avaient une odeur fétide. A cet état s'ajoutaient souvent un larmoiement involontaire, des nausées et des vomissements. Quelquefois les douleurs étaient tellement atroces, que la malade croyait être frappée d'un coup de marteau, ou disait qu'on lui perforait le crâne. Alors les traits de la face se décomposaient, les mâchoires se contractaient, les artères temporales b;ittaient avec force; les sens de l'ouïe et de la vue étaient dans un tel état d'excitulion, que la lumière et le moindre bruit devenaient insupportables ; d'autres fois la malade éprouvait un véritable délire, se pressait la tête dans les mains et fuyait sa maison, ne sachant plus où trouver un refuge. Ces crises se renouvelaient cinq
ou six fois dans la nuit, et autant dans la journée ; une d'elles dura quinze jours presque sans interruption. Aucun trditement méthodique ne fut employé. Enfin, après une année de souffrances, cette maladie extraordinaire fut subitement terminée par l'expulsion d'un insecte qui, jeté sur le plancher, s'agitait avec rapidité et se roulait en spirale; placé clans un peu d'eau, il y vécut plusieurs jours, il ne périt que lorsqu'il fut mis dans l'alcool. Cet insecte m'ayant été apporté tout de suite, je constatai qu'il avait deux pouces trois lignes de longueur, sur une ligne de largeur; qu'il portait deux antennes; que son corps de couleur fauve, aplati tant en-dessus qu'en dessous, était composé de soixante-quatre anneaux armés chacun d'une paire de pattes, que par conséquent c'était une scolopendre de la famille des Mille-pieds ou Myriapodes. L'ayant remis à MM. Hollandre et Roussel pour en déterminer l'espèce, ces entomologistes reconnurent que cet insecte réunissait les caractères que Fabricius, Linné et Latreille assignent à la scolopendre électrique (espèce du genre Géopliile).
Une figure que Scoutetten a jointe à son observation ne laisse pas de doute sur les caractères génériques du myriapode dont il parle et la détermination spécifique de l'insecte reste seule contestable à quelques égards, ce qui tient surtout à la difficulté avec laquelle on distingue les Géophiles les uns des autres.
D'après ce que m'ont rapporté les docteurs Chrestien et Jeanjean, de Montpellier, un fait analogue à celui-ci aurait été observé auprès de cette ville, il y a un certain nombre d'années.
L'observation due à Alexandre Lefèvre, que nous croyons aussi devoir rapporter avec détails, a comme les précédentes été fournie par une femme. Voici en quels termes elle a été publiée :
« La femme d'un peintre en bâtiment, nommée Lévolle, demeurant à Paris, ressentait depuis plusieurs années de violents maux de tête, principalement dans la région des sinus frontaux, où elle assurait sentir un être vivant se mouvoir. Malgré l'uicrédulilé générale avec laquelle on recevait une pareille assertion, elle n'en continuait pas moins d'affirmer la présence d'un corps étranger qu'elle sentit bientôt se fixer vers un œil ; après des douleurs atroces, ce dernier cessa bientôt ses fonctions. L'autre œil fut ensuite attaqué ; enfin, au bout de plusieurs années de souffrances continues qui privaient la malade de tout sommeil, ce corps étranger mouvant lui parut se fixer entre les deux yeux ; de vives démangeaisons, accompagnées de fréquentes envies d'éternuer, se manifestèrent, et un matin, après avoir éternué à plusieurs reprises, et rendu quelques gouttelettes de sang, elle sentit couler, avec ce dernier, comme un petit ver qu'elle recueillit dans son mouchoir : c'était une scolopendre de la longueur de deux pouces environ, de la grosseur d'un très-gros fil. Dès cet instant les douleurs cessèrent, la malade recouvra le sommeil, et éprouva un bien-être général dont elle n'avait pas joui depuis tant d'années, w M. Lefèvre vit la scolopendre en question, et la communiqua à Latieille. Malheureusement, ces entomologistes n'ont pas décrit les caractères de cette scolopendre, et il nous est impossible de décider à quel genre elle doit être rapportée. On peut pourtant admettre, ainsi que cela a eu lieu, que c'était quelque Géophilide de la division des Géophiles ordinaires, du moins si l'on s'en rapporte à ce qui est dit au sujet de la longueur et de la grosseur du parasite supposé ; mais l'animal avait il réellement vécu pendant le temps indiqué, dans les sinus frontaux de la malade ? c'est là ce dont on n'a pas la preuve, et il se pourrait bien que les faits se fussent passés tout autrement qu'on ne le raconte.
MYRICA. 517
Un autre exemple de géophile logée dans les fosses nasales a été signalé comme observé à Dijon, et c'est encore une jeune fille qui est censée lavoir fourni; en flairant un bouquet, elle avait, disait-on, aspiré non-seulement le myriapode dont il s'agit, mais encore plusieurs larves d'insectes hexapodes,
La scutigère [Scutigera coleoptrata), dont les pattes et les antennes sont si longues, et dont la forme générale rend si peu probable son introduction dans le nez et dans les sinus qui communiquent avec lui, a également donné lieu à un récit analogue à ceux que nous venons de reproduire. C'est en effet à celte espèce que se rapporte une communication faite à la Société enlomologique de France, en i 854, et dont il est ainsi rendu compte dans les Annales de celte société. « Le secrélaire, est-il dit dans le procès-\eibal, annonce de la part de iM. le docteur Huet, de Paris, que dans le précédent mois de mars, un enfant ayant tous les symptômes d'une maladie vermineuse, après avoir rendu (au dire de sa mère) un Scutigera coleoptrata (qui mourut aussitôt après son émission), se rétablit peu à peu, sans avoir jamais, ni avant, ni après la sortie de cet insecte, rendu aucun ver intestinal ». La Société, dans une discussion qui s'éleva à ce sujet, l'ut d'avis qu'il n'y avait pas beu à suivre cette observation, l'émission de la Scolopendre n'étant pas suffisamment prouvée, et selon toute probabilité l'insecte n'ayant pas séjourné dans le corps de l'enfant. Ces conclusions étaient les seules qui dussent être acceptées, si l'on tient compte de la forme même de l'animal, de ses caractères, [de sa taille et de ses habitudes, et nous y souscrivons] entièrement, pour notre part. Le fait rapporté par le docteur Huet ne saurait être rangé que parmi ces méprises si fréquentes pour lesquelles le vulgaire a tant de «propension et que l'on entend chaque jour raconter comme des faits incontestables. C'est ainsi qu'vm médecin nous parlait un jour, sansdouter de la vérité de son récit, d'un Geophilus Gabrielis, la plus grande de toutes les espèces de la famille des géopbilides, qui avait été rendu avec les selles pai- une grande personne, ce qui, dirait-il, avait été tr.ès-favorable à la guérison du malade.
P. Gervais.
Bibliographie. — Brandi. Tentameii. In Bull. Acacl. de Moscou, 185Ô. — Du îiême. Fiecueil de mémoires. in-S" ; Saint-Pétersbourg, 1841. — Leach. Trans. Linn. Soc. London,lS[3. — LccAS. Travaux divers. — Liebock. Genre Pamopus. In Trans. Linn. Soc. Lond., t. XXVI, 1867. — Kocii. Sijst. derMyriapoden, in-8° ; Regensbourg, 1847. — Du même. Die Myriapoden, in-S"; Halle, 1863. — Gervais (P.). Études pour servir à l'histoire des Myriapodes. In Ann, se. nat-, 1" série, t. VII, p. 35. — De même. Myriapodes. In Walkeiiaër et P. Gerv., Hist. nat. des Insectes aptères, t. lY, 1847. — ^'EWPORT. Monograph ofthe classis Myriapoda, order Chilopoda. In Trans. Linn. Soc. London, t. XIX, 1844. — De même. Monogr. of the classis Myriapoda, order Chilognatha. Ibid. — Sadsslre et IIcmbert. Études sur les Myriapodes. In Miss. se. au Mexique et dans l'Amer, centr. Paris, 1872. P. G.
lUTRlCA L. Genre de plantes Dicotylédones, formant presque à lui seul la famille des Myricacées. 11 comprend des arbrisseaux ou des arbres, à feuilles éparses, simples, dentées sur le bord, rarement pinnatifides, parsemées de glandes résineuses. Les fleurs sont unisexuées, dio'iques ou mono'iques, disposées en chatons axillaires simples ou composés. Les fleurs mâles, en chatons filiformes, se composent de 2 à 16 étamines, sessiles ou insérées sur un pédicule ramifié en épi, placées à l'aisselle d'une bractée et munies souvent de deux bractéoles. Les fleurs femelles en chatons ovo'ides ou c\lindriques sont également placées à l'aisselle d'une écaille florifère, à biquelle est adhérente la base de l'ovàire. Cet ovaire est sessile, uniloculaire, uniovulé, à ovule droit : il se termine par 2 styles
518 ' MYRICA.
courts. Le fruit est drupacé, couvert à la surface de papilles ou de rugosités sécrétant une matière cireuse, et entremêlée de poils.
Les Myrica sont représentées dans les diverses parties du monde : Amérique septentrionale et méridionale ; Afrique australe ; Asie méridionale et Europe. Dans nos régions nous n'en possédons qu'une espèce :
C'est le Myrica Gale qui croit spontanément dans les parties humides et marécao^euses de l'Europe occidentale, depuis Bayonne jusque dans le nord des Iles Brilanniques ; puis, dans les régions septentrionales de l'Ancien Monde, Russie et Sibérie; enfin dans l'Amérique septentrionale, depuis la Louisiane jusque dans le Labrador et le Groenland. Celte plante est vulgairement connue sous le nom de Myrte bâtard ou de Piment royal. C'est un petit arbrisseau de 1 mètre environ de hauteur, dont les feuilles sont oblongues, atténuées à la base et contractées en un court pétiole ; pâles à la face inférieure, elles portent des poils écailleux, résinifères, qui se détachent en une sorte de poussière jaunâtre; elles ont une forte odeur, ce qui fait qu'on les place dans les bardes pour chasser les insectes ; elles étaient autrefois employées en infusions théiformes, mais sont maintenant à peu près inusitées. Les fruits se recouvrent d'une légère couche cireuse, mais trop peu abondante, pour qu'on ait songé à l'utiliser.
Les espèces vraiment utiles du groupe sont exclusivement américaines. Ce sont :
Le Myrica cerifera Lam. et Myrica pennsylvanica Lam. que l'on réunit maintenant sous le nom commun de Myrica cerifera L. Ces plantes viennent dans les États méridionaux (Floride, Louisiane, Pennsylvanie, etc.) de la République américaine. Elles croissent en abondance, au voisinage de la mer, dans les terrains bas et humides, dans les prairies tourbeuses et les marais. Ce sont des arbustes de taille assez variable, toujours garnis de leurs feuilles obovales, denticulées vers le sommet, parsemées au-dessous de points résineux jaunâtres apparents. Les fruits, qui ont la moitié de la grosseur d'un grain de poivre, sont disposés sur les rameaux en paquets serrés : ils sont formées d'un noyau monosperme, épais, recouvert d'un brou jaunâtre, mince, tout papilleux à la surface. Ces petites protubérances, noirâtres, arrondies, d'une odeur et d'une saveur prononcées de poivre, se recouvrent d'une exsudation cireuse, d'un blanc de neige, qui forme tout autour du fruit une couche assez épaisse, et qu'on utihse sous le nom de Cire végétale ou de Cire de Myrica. Pour cela, on met les fruits dans l'eau bouillante : la matière grasse se tond, surnage et vient se figer à la surface. On obtient ainsi la cire jaune, qui est la plus aromatique et la plus pure. En faisant bouillir le marc des fruits dans l'eau, on en retire une cire inférieure, de couleur verdàtre, beaucoup moins aromatique, c'est la cire verte {voy. Cire).
Les Myrica cerifera sont regardés comme très-propres, par leurs émanations aromatiques, à purifier l'air des marais. Ils ont en outre des propriétés astringentes, qui les ont fait employer avec succès par quelques médecins contre la dysenterie et les hémorrhagiesj de l'utérus. Le tannin que contiennent les racines a permis de les utiliser, en guise de noix de galle, dans la préparation de l'encre.
On trouve au Cap de Bonne-Espérance le Myrica cordifoliah., arbrisseau très-élégant, dont les petites feuilles en cœur, ayant à peine la longueur d'un centimètre, couvrent toute la surface des rameaux. Les fruits ont, comme ceux du cirier d'Amérique, une exsudation cireuse blanche, qu'on peut en retirer par des moyens analogues. La matière grise, qu'on obtient ainsi, sert à l'éclairage.
MYRISTIQLE. 519
Elle a une saveur qui n'est pas désagréable, et les Hottentots, au dire de Tliuuberg, la mangent comme du pain, seule ou avec de la viande. La plante porte au Cap le nom de Buisson de cire.
On fait rentrer maintenant dans le genre Myrica, sous le nom de M. Comptonia DC.,une espèce que Linné avait placée dans les Liquidambnr [Liquidambar asplenifolium L.) et dont Banks avait fait un genre à part, celui des Comptonia. La plante croît dans les États-Unis. C'est un joli arbrisseau, de près d'un mètre de haut, à feuilles pinnatifides, stipulées, longues de 8 centimètres environ, larges de 7 à 8 millimètres. L'écorce est astringente et employée en décoction contre la diarrhée.
LisvÉ. Gênera, n" 746. Species, 1435 et 1418. — Duhamel. Traité des arbres et arbustes, édit. 18-2D, II, p. 46, tab. 11, et p. 190, tab. 55-57. — Thu.nberg. Voyages, l, 212. — A. P. De Candolle. Essais sur les propriétés médicales des plantes, 272. — Endlicher. Gênera plant., p. 272. — GuiBOHRT. Drogues simples, 6« édit., II, 281. Pl.
MTRICACÉFS OU DITRICÉES. Famille de plantes Dicotylédones, dont le senl genre important est le genre Myrica [voy. ce Mot). Pl.
mVRIClX'E. Éther palmitique de l'alcool myricique. Cette substance entre dans la composition de la cire d'abeille ; elle est peu soluble dans l'alcool bouillant. Schutz.
MYRICIQUE (Alcool). C'^IPO. S'obtient par la saponification, au moyen de la potasse fondue, de la myricine ou éther palmitique de l'alcool myricique. Cristallin, soyeux, fusible à 85''. Soumis à la distillation sèche, il donne un carbure fusible à 62° (G^^H^° mélène). Chauffé avec de la chaux potassée, il donne, avec dégagement d'hydrogène, du raélénate de potasse. C^^H^^O -(- KoII = CUH^^O^K + H*.
Ml'RlOPHiXLUM. Le nom de Myriophyllum, qui signifie dix mille feuilles [ii.voir/.-9''j)la) paraît avoir été donné par les anciens à un certain nombre de plantes à feuilles très-fines ou très-découpées. L'espèce que Dioscoride désigne sous ce nom (auoidyu»-ov) appartient très-probablement au genre que Linné a ainsi nommé et peut-être au Myriophyllum spicatum des botanistes actuels. Celte plante, qui fait partie de la famille des Hippuridées, et qui croit dans l'eau des fossés ou des marais, n'a pas d'intérêt au point de vue médical.
SvRENGEi. Historia rei herbariœ, I, 190. Pl.
MTRISTATES. Voy. MYRisirQUE (acide).
MYRISTICA. Voy. MasCADIER.
MYRISTIXE (C^H^)"' (G'*H-"'0^)^ Glycéride tringréitique contenue dans la noix de muscade. Soluble dans l'éther, peu soluble dans l'alcool, insoluble dans l'eau, cristalline, à éclat soyeux, fusible à 81°. On doit considérer ce corps comme un corps gras à acide très-clevé dans la série (l'acide myristique) des acides gras, comme une trimyristine (Playfair. Ann. Chem, Pharm., t. XXVII, p. 152). Schutz.
MYRISTIQUE (Acide) . C'^H'^O^ Acide de la série grasse CH'^O^ (n = 14) ; on le trouve à l'état de glycérule dans les beurres de muscade, de coco, de vache,
320 MYROIALANS.
la graisse d'otoba et de pain de \ika, et l'iiuile de croton. 11 se présente sous la forme de petits feuillets cristallins, blancs et brillants, fusibles à 55", 8, et se prépare par saponification des produits cités plus baut.
Les myristates alcalins sont solubles et les autres rayristates sont insolubles (Piayfair. inn. Chem. u. Pliarm., t. XXXVII, p. 153; Steintz. Journ fur pmct. C/iem.,t. LXVI,p. 10). Schutz.
MYRISTOXE. C^'^H^^O. Acétone correspondant à l'acide myristique ; s'obtient en distillant le myristate de chaux (Overbeek, Pogg. Ann., t. LXXXYI, p. 587). Schutz.
MYRMÉCIE. Voy- ÂRAIGKÉES.
MYRMÉCOBIE. Genre de Marsupiaux australiens, remarquables par le nombre de leurs dents qui est de 52, Il ne renferme qu'une espèce, d'assez faible taille, propre à la région parcourue par la rivière des Cygnes et que M. Waterbouse a nommée Myrinecobius fasciatus. P. Gerv.
IWTROBALAÎ^IÉES. Nom proposé par Robert Brown pour la famille des plantes, dont les Myrohalanus de Gaertner sont un des types. Les botanistes actuels font rentrer ce groupe dans les Comhrétacées {voy. ce mot). Pl.
MYROBALAXS. On désigne sous ce nom un certain nombre de fruits astringents et légèrement purgatifs, dont les principaux appartiennent à la famille des Combrétacées, et sont produits par des espèces que Gaertner rapportait à son genre Myrohalanus, et que l'on lait rentrer maintenant dans les Terminalia {voy. ce mot). Ce sont des espèces de drupes, dont le sarcocarpe charnu est devenu dur par la dessiccation. On en distinguait cinq espèces, venant toutes des Indes Orientales :
1" Les Myrobalans citrins {Myrobalani citrini, vel lutei.) C'étaient les plus employés, et ce sont les seuls qui soient restés parmi les médicaments de notre Pharmacopée française. Ils sont ovoïdes et pyrifornies, marqués à la surface de ■5 ou 10 côtes plus ou moins anguleuses. Ils ont un longueur de 2,5 à 4 centimètres, sur un diamètre de 1 ,5 à 2 centimètres. Leur couleur est d'un brun jaunâtre, verdàtre ou même foncé. Le sarcocarpe, d'épaisseur moyenne, est d'un vert brunâtre, le plus souvent il est creusé de nombreuses lacunes. Le noyau est très-épais, à cinq lobes obtus, de couleur blanchâtre. La graine contenue dans l'endocarpe remplit complètement la loge étroite qui limite cette partie. Elle est composée d'une membrane enveloppante rougeâtre et d'un embryon à cotylédons enroulés autour de la radicule. La saveur du sarcocarpe est astringente; celle de l'amande huileuse, un peu âpre et finalement ainère;
2° Myrobalans chébules {Myrobatani chebuli, quebuli, chepuli, cepuli) ; se distinguent des Myrobalans citrins par leurs côtes anguleuses et rugueuses ; la couleur est, en général, d'un brun foncé, la chair du sarcocarpe de couleur noirâtre. Leurs dimensions sont d'ordinaire plus considérables que celles des Myrobalans citrins. Ils sont très-pesants et un peu moins astringents que les Citrins. Les dimensions relatives du noyau et de l'amande sont à peu près les mêmes que dans la sorte précédente ;
5" Myrobalans bellerics {Myrobalani belkrici, belleregi, bellelegi,beUegu).
MYRABOLANS. 321
Ils se reconnaissent très-facilement à lenr forme arrondie ou ovoïde arrondie, à peine anguleuse, ou à côtes très-obtuses ; à une petite pointe courte qu'ils portent à leur base ; à la couleur gris-rongeàtre, mate ou cendrée de la surface ; au peu d'épaisseur relative de leur noyau ; à la forme arrondie de leur graine. Ils ont l'aspect d'une noix de galle. Le sarcoearpe est léger, poreux, friable ;
4" Myrobalans indiens [Mijrohalani indici, sive nigri, sive damasonii). Ils sont remarquables par leur petite dimension, les plus grands ne dépass^mt pas la grosseur d'une olive. Ils sont pyriformes, comme les cbébules ; tout à fait noirs, ridés à la surface, à cbair dure, brillante dans la cassure. Le noyau existe à peine, et il ne renferme pas de graine. La saveur est astringente et aigrelette.
Les divers Myrobalans que nous venons de décrire proviennent tous d'espèces de Terminalia. Le Myrobalan helleric, qui est très-nettement caractérisé, a certainement pour origine le Terminalia bellerica Roxb., qui est le Tani de Rheede. Les Myrobalans citrim et chébuies sont donnés probablement par les Terminalia Chebula Roxb. et citrina Roxb; mais il est difficile de dire exactement quelles sont les formes qui proviennent d'une espèce plutôt que l'autre. Quant aux Myrobalans indiens, ce sont très-pi'obablement des Myrobalans cbébules cueillis avant leur développement complet;
5^ La cinquième espèce des anciens auteurs, les Myrobalans Emblics, appartiennent à une tout autre plante. Ils sont donnés par une Eiipborbiacée du genre Emblica,Y Emblica of(icinalis Gaertn. {Phyllanthus Emblica L.]. Ce sont des fruits sphériques ou hexagonaux, composes de trois coques à endocarpe ligneux. Chaque coque renferme deux graines, luisantes, roiigeàtres, dont l'amande est formée d'un albumen huileux et d'un embryon. A la maturité les coques se séparent les unes des autres, et s'ouvrent elles-mêmes en deux valves. C'est à cet état qu'on les trouve dans le commerce. Le médicament est un mélange de graines et de valves, dans lesquelles le mésocarpe et l'cpicarpe noirâtre et poreux se sont séparés de l'endocarpe ligneux et rougeàtre.
« Les Myrobalans de toutes les espèces sont, dit Lémery, légèrement purgatifs et astringents, à peu près comme la rhubarbe; mais on estime les Citrins propres pour purger particulièrement l'humeur bilieuse; les Indiens pour purger l'humeur mélancolique, et les autres pour purger la pituite. » Chez les anciens, ils avaient de nombreux usages, qui sont tous tombés dans l'oubli. Us entrent dans un certain nombre de préparations pharmaceutiques : le sirop magistral astringent, la confection Hamech, les pilules sine quibus.
On a écrit diversement le nom de Myrobalans : tantôt Myrobalans, tantôt Myrabolans, mais l'étymoktgie {u.vpm, onguent ou parfum, et ^â}.avo;, gland) indique bien quelle est la véritable orthographe. On s'est cependant demandé si les Myrobalans des anciens étaient bien les nôtres, le nom de u.upov semblant indiquer des propriétés aromatiques, qu'on ne retrouve pas dans les fruits des Terminalia et de VEmblic. Quelques auteurs ont même prétendu, mais sans preuves suffis antes, que ce mot s'appliquait autrefois à la muscade. Ce qui paraît bien certain, c'est que Pline met sous la même dénomination les Myrobalans et la semence de Ben [voy. Moringa).
Le nom de Myrobalans s'est également appliqué à d'autres fruits, qui rappellent plus ou moins les précédents par leur forme ou leur structure intérieure ; tels sont :
Le Myrobalan d'Amérique ou prune d'Amérique, produit par le Chrysobalanus Icaco L. de la famille des Rosacées, qui rappelle le Myrobalan citrin par son
DICT. ENH. "' « '^'f -21
522 MYROSINEi
brou jaiuiàlre recouvrant un noyau décagone, uniloculaire et monosperme {voy. Icaquier).
Le Mijrobalan monbin, Spondias lutea, de la famille des Anacardiacés {voy. Monbin) .
Le Myrobalan d'Egypte ou datte du désert, fruit des Balanites œgypiiaca [voy. Balanites) .
Enfin le fruit de YHernandia Sonora.
DioscoBiDE. Materia medica, IV, 93. — Pline. \Historia 'naturalis, lib. XII, cap. xxi. — MattiholE. Commentaires sur Dioscoride, IV. 93. — Rheede, Hortus malabaricus, IV, 2>, tab. 10. — D'AcosTA. Traité des drogues, p. G5. — G^rtneb. \J}e fructibus et seminibus, II, !i7. — l,ÉjiERY. Dictionnaire des drogues simples, 5S6. — Guibodrt. Drogues simples, 6" édit., m, p. 282. Pl.
MYROLÉiS. Oïl appelle ainsi des mélanges d'huiles volatiles pures ou tenant en dissolution des substances médicamenteuses. D.
MYROi\[ATES. Voy. MïRGNiQUE (acide).
MlfROKiQUE (Acide). Cet acide existe sous forme de sel de potasse dans la graine de nioularde noire. C'est à ce sel et à la présence simultanée d'un ferment soluble, la myronine, qui en provoque le dédoublement, que la graine de moutarde noire doit la propriété de développer de l'essence de moutarde lorsqu'on l'humecte avec de l'eau.
Le myronate de potasse se convertit sous l'influence de la myronine, et en présence de l'eau, en glucose, sulfocyanate d'allyle (essence de moutarde), et en bisulfate de potasse.
C^oHi^A/KS^O'"
— C«[P^O« + C^fPAzS H- So*KH.
Myronate
Glucose. Sulfocyanate Bisulfate
de potassium.
d'allyle. de potassium.
On isole le myronate de potassium en faisant bouillir à ]dusieurs reprises la moutarde noire moulue avec de l'alcool à 85 pour 100. Le résidu exprimé est épuisé par l'eau froide et les solutions aqueuses sont concentrées à consistance sirupeuse. Le résidu est traité par l'alcool bouillant à 85 pour 100, qui fournit après concentration une cristallisation de myronate de potasse. On isole l'acide myronique du sel de potasse au moyen de l'acide lactique ou du sel barytique par l'acide sulfurique ; il est sirupeux, incristallisable, soluble dans l'alcool, insoluble dans l'éther.
Les Myronates sont généralement solubles. Les sels de baryte, d'ammonium, de potassium et de sodium, sont cristallisables (Bussy. Journ. de pharm. (2), t. XVt, p. 39; Wiiiokler. Jahresb., 1849, p. 436; Thielau. Jahresb., 1858, p. 507 ; H. Ludwig et W. Lange. Zeitsch. Chem. Pharm., 1860, p. 450 et 577 ; Will. etivoriier. Ann. der Chem. u. Pharm. ,GXll, p. 376, et CXXV, p. 257.
SCHUTZ.
iH¥itoiSi;VE. Ferment soluble contenu dans les graines de moutarde blanche et noire. Comme tons les ferments de cet ordre, il est ergoté, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. La chaleur (75 — 100°) lui fait perdre son activité propre .
Son caractère spécifique est de dédoubler le myronate de potasse en glucose, essence de moutarde et bisulfate de potassium. Schctz.
MYRRHE (pharmacologie). 523
raTROSPERME {Myrospevmmn Jacq., Stirp. americ, 120, l. 17-1, fig. 54). Genre de Légumineuses-Papilionacées , voisin des Mijroxijlon ou Toluifera {voy. ce mot), dont il a presque tous les caractères et dont il ne se distingue guère que par ses étamines. Celles-ci ont les aiUhères plus courtes que leurs filets, tandis qu'elles sont plus longues qu'eux dans les Toluifera. Il y a même plusieurs auteurs qui ont rapporté ces derniers au genre Mijrospermum et qui ont donné les noms de M. toluiferum et peruiferum aux arbres qui passaient pour fournir les Baumes dits de Tolu et du Pérou. 11 n'y a qu'un véritable Mijrospermum, originaire de l'Amérique tropicale; c'est le M. pubescens H. B. K., espèce balsamique, peu employée et seulement dans sou pays natal. Le M. emarginatum Kl., ou Guatamara de Sainte-Marthe, dont le baume est usité comme antirhumatismal, n'est qu'une forme de la même espèce. Les M. toluiferum A. RicH., peruiferum DC, pubescens DC, Pereirœ Royle, robiniœ folium Warcks., pedicellatum Lamk, etc., ne sont pour nous que des variétés ou Ibrmes du Toluifera Balsamum de Linné {voy. ce mot). H. Bn.
H. B. K., Nov. gen. et spec. pi. œquin. VI, S?^, t. 370, 571. — DC, Prodrom., II, 94. — ExDL., Gen., n. 6756 a. — Beniu. et Hook., Gen , I, 558, n. 285. — II. B.\. Hist. des piaules, II, 568.
MYROXTLiQtE (Acide). Ce uom a été donné, par Plantamour, au produit de l'action de la potasse alcoolique concentrée sur la cinnaméine. L'acide myroxy- Hque ou carbobenzoïque n'est probablement que de l'acide benzoïque impur.
IH1'R0X1X0\. Ce nom générique a été appliqué : 1" par Forster aux Xylosma, plantes abois odorant, stimulant, de la famille des Bixacées, et surtout 2" aux Légumineuses qui donnent les Baumes dits de Tolu, du Pérou, de San Salvador, de Sonsonate, etc., et qui sont des Toluifera {voy. ce mot).
H. Bis.
liHYROXOCARPl\'E. Principe cristallisable extrait par Stenhouse d'un baume blanc provenant d'une espèce de myrospermum des environs de Sonsonate (Amérique centrale). Formule C*^H'°0''(?) {Ann. Ckem. u. Pliarm.^ t. LXXVIU, p. 506). Insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther, fusible à 115». Neutre. Schotz.
MYRRHE. § I. Matière médicale et Pharmaeologie. Ori(;i>e. La myrrhe provient de l'Arabie et de l'Abyssinie, particulièrement dans le voisinage de la mer Rouge ; mais l'arbre qui la fournit a été l'objet d'opinions diverses. Bruce crut l'avoir découvert dans son mimosa sassa. Forskal approcha davantage de la vérité en attribuant la myrrhe à une térébinlhacée, VAmyris /iflta/'(.Mérat et de Lens). MM. Ehrenberg et Hemprich, naturalistes prussiens, rapportèrent d'Arabie des spécimens' de l'arbre à la myrrhe, et l'un de ces spécimens fut décrit par Nées d'Esenbeck sous le nom de Balsamodendron Myrrha ; cette dernière espèce vint alors figurer dans les ouvrages les plus récents comme la source authentique du produit en question. Mais en 1865, 0. Berg, étudiant les exemplaires d'Ehrenberg, s'aperçut que la plante indiquée par Ehrenberg lui-même comme laissant découler la myrrhe n'appartenait pas à l'espèce décrite par Xees d'Esenbeck, mais bien à une espèce voisine à laquelle il a donné le nom de Balsamodendron Ehrenbergianum (Planchon, additions à YEist. nat. des drogues simples de Guibourt, 6' édit., 1869, t. III, p. olO). Ensuite M, Oliver, en 1868.
524 MYRRHE (pharmacologie).
regarde le Balsamoâenâron Ebrenhergianum de Berg comme la même espèce que le Balmmodendron Opobahamum de Kunt (Fbra of tropical Africa. Guibourt et Planchon, loc. cil). Eufm, H. Bâillon dit que Y Amyris Kalaf de Forskal, oa Balsamodendroti Kataf Ae Kunt, fournit peut-être aussi une portion delà m\rrhe du commerce. {Voy. l'article Balsamodendron.) Il semble donc que l'origine réelle de la myrrhe n'est pas encore suffisamment précisée,
La myrihe la plus estimée est le produit d'une exsudation spontanée de la plante mère sous forme de suc gommo-résincu^, qui se concrète ensuite à l'air. C'est la myrrhe liquide, myrrhe staclée de Tbéophaste et de Pline. Un produit plus abondant, mais de qualité secondaire, résulte d'incisions faites à l'écorce. L. Marchand, dans une étude anatomique des tiges de Balsamodendron, a donné une explication ingénieuse de la manière dont s'opère l'exsudation naturelle de la myrrhe et du bdellium. {Voy. Balsamodendron.)
Pharmacologie. Propriétés physiques. La myrrhe se présente sous forme de larmes d'un volume très-variable, depuis la grosseur d'un pois ou d'un haricot jusqu'à celle d'un œuf de pigeon et même au delà ; les petites larmes, ou ce que l'on j)rend pour telles, sont souvent des fragments ou des quartiers des grosses, et celles-ci semblent parfois résulter de l'agglouiération de larmes plus petites. Les unes et les autres, à surface tantôt lisse, tantôt mamelonnée, sont recouvertes d'une poussière jaunâtre, plus ou moins foncée selon la qualité de la myrrhe, sorte d'efflorescence produite par la dessiccation des couches extérieures. En frottant les larmes avec une brosse, la couleur propre à la myrrhe apparaît. Celle-ci est rouge brun, dans lu qualité ordinaire que l'on trouve dans nos officines sous le nom de myrrhe rouge. Elle est plus claire, tirant sur le rouge orangé dans la qualité supérieure, myrrhe blonde, très-rare sur notre marché; j'ai été obligé d'en faire venir un échantillon de Londres, pour l'étudier et la comp;irer. Quant aux sortes inférieures, noirâtres, en masses agglomérées, mélangées d'écorces, de feuilles et autres impuretés, elles doivent être repoussées de tout emploi médical.
La bonne myrrhe est demi- transparente, fragile, cassant nettement, brillaute et comme, huileuse dans sa cassure. Sur cette cassure, on observe parfois des stries opaques et jaunâtres, demi-circulaires, qui paraissent dues à une dessiccation moins parfaite, et que l'on a comparées à des coups d'ongle, d"oti est veau à cette myrrhe le nom de unguiculée.
L'odeur est un arôme particulier, diversement apprécié, mais que l'on ne saurait, en définitive, classer dans les odeurs agréables ; elle ne parait pas trèsforte de prime abord, mais elle se développe par le frottement, par la chaleur, et elle imprègne d'une manière très-persistante les mains ou les différents corps avec lesquels la myrrhe a été mise en contact.
La saveur est aromatique, amère, légèrement piquante, très-persistante. La myrrhe, mâchée entre les dents, y adhère quelque peu, provoque la sécrétion de la salive, et s'y dissout en presque totaUté en formant avec elle une émulsion jaunâtre.
L'odeur et la saveur de la myrrhe blonde sont incomparablement meilleures que celles de la myrrhe rouge.
Enfin, brûlée sur des charbons ardents, la myrrhe donne une fnmée dont l'odeur rappelle un peu celle de l'encens, mais où domine néanmoins l'odeur propre à la myrrhe. C'est un fumigatoire désagréable, qu'il serait bon de corriger en le mélangeant avec un peu de benjoin ou d'encens.
MYRRHE (pharmacologie). 525
Propriétés chimiques. La myrrhe est une gomme-résine ; en cette qualité, elle se dissout, en partie dans l'eau, en partie dans l'alcool. La dissolution aqueuse est mucilagineuse, trouble, opaline; la dissolution alcoolique, claire, limpide, est d'une assez belle couleur jaune orangé, et offre tout le parfum caractéristique de la myrrhe, plus agréable ainsi que lorsqu'il s'exhale des larmes.
D'après l'analyse de Brandes, elle est composée de :
Huile volatile 2.60
Résine molle 22.24 i g- on
— sèche 5.56 j ^''^
Gomme solubie oi.ôS ) ^ „
— insoluble 9.52 j "*
Sels à base de potasse et de chaux 1.56
Impuretés 1.60
Perte 2.94
La proportion de gomme l'emporte donc de plus du double sur celle de résine.
On ne trouve guère l'essence de myrrhe dans le commerce. Piesse dit en avoir préparé à titre de spécimen intéressant. D'après Bodard [Cours de bot. me'd. comparée), Hoffmann a extrait deux gros d'essence d'une livre de myrrhe ; Neumanu en a obtenu trois.
La résine sèche est insipide, inodore, d'un brun rougeàtre, cassante, solubie dans l'alcool et l'essence de térébenthine, et insoluble dans l'élher ; elle se dissout aisément dans les alcalis caustiques. La résine molle s'en distingue par sa couleur jaune rougeàtre, sa saveur acre et amère et sa solubilité dans léther.
L'huile \olatile de myrrhe est incolore, très-fluide, d'une saveur balsamique et camphrée.
La gomme de la myrrhe est remarquable en ce qu'elle fournit avec l'eau un liquide plus mucilagineux que ne le fait la gomme arabique, et surtout en ce qu'elle ne donne pas d'acide mucique par l'acide nitrique (Soubeiran).
Suivant Hekmeyer, la myrrhe renfermerait trois gommes différentes : une ressemblant à l'adragantine, une à l'arabine, une autre précipitant par l'acétate de plomb.
Formes pharmaceutiques. Poudre de myrrhe. A préparer au moment du besoin. Celle qui a été faite longtemps à l'avance, après exposition à l'étuve comme l'indique le Codex, doit avoir moins d'activité par suite de la déperdition d'une partie de l'huile essentielle.
Teinture de myrrhe. Myrrhe, i ; alcool à 80", 5. — Faites macérer pendant dix jours ; filtrez (Codex). Je préfère une teinture au 10*.
Eau distillée de myrrhe. Myrrhe pulvérisée, i; eau, 12. — iiivisez la myrrhe dans l'eau et distillez pour retirer quatre parties de produit (Soubeiran).
Saccharure de myrrhe. Teinture de myrrhe, -i grammes; sucre, 50. Laissez sécher et pulvérisez (Jourdan, Pharmac. univ.).
Vin de myrrhe. Myrrhe en larmes choisies, 20; vin blanc généreux, 1 litre. Laissez macérer huit jours et filtrez (D. de Savignac). J'ai particulièrement employé ce vin, comme je le dirai plus loin, dans le traitement des affections nerveuses de l'estomac.
De même que dans le vin, la myrrhe se dissout aussi en bonne partie dans le vinaigre, dans le lait, ce qui peut prêter à certains modes d'administration de ce
526 MYRRHE (pharmacologie.)
médicament. Elle se dissout notablement dans l'eau bouillante, mais sa résine se précipite en grande partie par le refroidissement.
Les substances alcalines et terreuses favorisent sa dissolution dans l'eau. Ainsi l'eau de chaux, qui la dissout sensiblement, peut servir avec avantage pour sou administration à l'intérieur. D'anciennes préparations ont été basées sur cette propriété des alcalins de favoriser la dissolution de la myrrhe et, pour le dire en passant, témoignent de l'emploi rationnel, bien avant notre époque, des substances alcalines pour facihter l'absorption et l'action des substances résineuses. Nous rappellerons comme exemples les préparations suivantes, qui pourraient encore trouver leur emploi :
Baume de myrrhe. Myrrhe, 8 parties; potasse caustique, 1 ; eau, q. s. Broyez ensemble, décantez, et évaporez en consistance d'extrait (Jourdan, Pharmacopée universelle) .
Solution de myrrhe alcalisée. Myrrhe, 60 grammes ; carbonate de soude, 4; eau bouillante, 250. Filtrez au bout de deux jours (Jourdan, ihid.).
Teinture de myrrhe alcaline. Myrrhe, 150; carbonate de potasse, 240; eau, 540. Faites digérer pendant huit jours, au bain-marie, puis évaporez en consistance de miel ; ajoutez au résidu : alcool, 600. Filtrez après quelques jours (Piderit, Pharmacia rationalis) .
La myrrhe est l'une des substances que l'on faisait le plus entrer dans les formules des anciennes pharmacopées, et on la retrouve encore dans bon nombre de nos médicaments officinaux actuels. Nous citerons parmi les plus connus ou les plus usités, tant anciens que modernes : la thériaque, la confection d'Iiyacinthes, les pilules de cynoglosse, les baumes de Fioravanti et du commandeur de Fermes, l'emplâtre diabotanum, l'emplâtre de Vigo, l'élixir de Garus, etc.
La parfumerie emploie beaucoup la myrrhe, spécialement dans certains cosmétiques, entre autre le vinaigre de myrrhe (myrrhe, 1 ; vinaigre, J6); dans les opiats, éhxirs, poudres dentifrices ; dans les fumigatoires, tels que les clous fumants.
Elle entre aussi dans la composition de plusieurs masticatoires. Exemple : masticatoire aromatique de Rolland ; myrrhe, 4 ; camphre, 1 ; cannelle, 3 ; térébenthine cuite, 16.
Historique. La myrrhe, myrrha, iivppa., de //0/3ov, parfum, comme si elle était pour les Grecs le parfum par excellence, avait été de même, bien avant eux, Irès-estimée par les Orientaux. La Bible l'a prescrite sous le nom de mur comme l'une des substances exquises qui doivent composer l'huile sainte [Exode, chap. XXX, 25), et montre le haut prix que lui donnaient les Hébreux, en la mettant au nombre des présents offerts par les rois Mages à l'Enfant de Bethléem. Dans l'ordre profane, les Grecs la poétisent, en prêtant son nom à l'une de leurs beautés fabuleuses pour attribuer ensuite à ses la rmes l'origine du stacté. Ce mythe bien connu, et qu'il faut néanmoins dans cet historique, sous peine d'être taxé d'omission ou d'ignoz'ance, reproduire en peu de mots, est celui de Myrrha, fille de Gyniras, roi de Chypre ; poursuivie dans les pays des Sabéens par son père, indigné de la fraude incestueuse où elle l'avait entraîné, elle fut métamorphosée par Vénus en un arbre qui pleura la myrrhe et donna naissance à Adonis. C'était donc, pour toutes les contrées de l'Orient, une substance précieuse, parfumant les palais et les temples, se mêlant aux cosmétiques, servant aux embaumements, comme le prouverait, dit-on, sa présence dans plusieurs momies d'Egypte. Mais l'enthousiasme des anciens pour ce parfum a inspiré des doutes sur son origine réelle. Mérat et de Lens, par exemple, ont prétendu que
MYRRHE (emploi médical). 327
le mot rmjrrhe était un nom collectif iippliqué à divers végétaux odoriférants ou à leurs produits, et ils se sont appuyés surtout sur ce que Dioscoride a décrit huit espèces de myrrhe, PHne sept espèces. Cependant la plupart de ces espèces {Voy. Pline, lib. XII, cap. xxxni, xxxiv, xxxv, xxxvi) , se rapportent bien à la vraie myrrhe. Il est plus rationnel dadmettre, et le texte de Pline nous y autorise, que les anciens, très-amateurs de ce produit, recherchaient mieux les bonnes espèces, et que, par les soins apportés à la culture et à la récolte, ils en amélioraient encore la qualité. Leur stacté, ou myrrhe spontanément exsudée, qu'ils mettaient au premier rang, la myrrhe cultivée, M. saliva, qu'ils plaçaient au deuxième rang, la myrrhe sauvage du pays des Troglodytes, que Pline vante tout spécialement, ne ressemblaient probablement pas aux produits ordinairement très-inférieurs que l'on trouve aujourd'hui sur nos marchés d'Europe, et qui ne nous permettent déjuger qu'imparfaitement, non-seulement la myrrhe des anciens, mais celle de meilleur clioix que l'on consomme sur les lieux de production. Mais lors même que la myrrhe des anciens eût présenté les mêmes propriétés physiques «jue celle des modernes, il ne faudrait pas encore trop s'étonner qu'elle ait tant plu aux premiers et déplu aux seconds. Il y a là une question de goût et d'habitude qui se reproduit pour beaucoup d'autres substances analogues, et d'où résultent des différences d'a|)préciations entre nations comme entre individus. Quel exemple plus frappant que cette prédilection passionnée des Persans pour Y usa fœtida, dont l'odeur et la saveur détestables nous répugnent ! Et ne voyons-nous pas tel arôme, qui flatte l'odorat d'une personne en calmant ou en stimulant agréablement son système nerveux, déplaire à une autre jusqu'au point de provoquer des spasmes ou des syncopes ?
Je crois donc que la myrrhe des anciens était identique à la nôtre, sauf sa qualité supérieure. Les parfumeurs, unguentarii, choisissaient, au dire de Pline, les larmes distinguées par leur odeur et leur onctuosité. Nos myrrlies communes, peu odorantes, sèches et friables, sont évidemment loin de ce type.
Ce n'a point été seulemeut comme parfum que cette gomme-résine a été usitée dans l'antique Orient. Agent souvent cité de la matière médicale d'Hippocrate, elle a été fort employée par la médecine grecque, et successivement par les Romains et les Arabes; elle n'a cessé de l'être jusqu'à nous, tout en perdant de sa faveur dans ce siècle, qui semble l'avoir oubliée. Elle est resiée néanmoins dans quelques-uns de nos médicaments officinaux, où elle n'est pas sans avoir un rôle utile à remphr.
§ II. Emploi médical. AcTioN PHYSIOLOGIQUE. La myrrhe, par son action physiologique, est comparable, d'une part aux substances balsamiques, d'autre part aux gommes-résines fétides. Stimulante comme les premières, elle se rapproche davantage, sous ce rapport, de celles qui sont le plus actives ; ainsi ses propriétés stimulantes générales sont plus énergiques, son action locale est plus vive que celles du benjoinj du storax, des baumes de Tolu et du Pérou, et presque égales à celles du goudron. L'eau de goudron remplit parfaitement toutes les indications de la myrrhe, d'après Bodard ; je ne vais pas jusque-là ; je répète seulement que la myrrhe et le goudron peuvent être comparés pour leur activité, et même pour plusieurs indications communes ; mais je n'admets pas que ces deux médicaments puissent en tous cas se substituer l'un à l'autre. L'action excitante de la myrrhe, pour peu que l'on dépassât les doses modérées, aurait pour conséquences, au dire des anciens auteurs, d'accélérer la circulation, d'accroître la caloricité, de
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susciter en un mot une véritable fièvre, favorable si elle devait contribuer à ranimer les forces ou à provoquer quelque crise heureuse, nuisible au contraire dans les divers cas se rangeant sous l'un de ces deux chefs : suractivité physiologique ou éréthisme morbide. De même l'action locale de la myrrhe serait capable d'offenser des membranes trop délicates par une application inopportune, la muqueuse digestive, par exemple, si déjà elle était le siège de quelques phénomènes d'inflammation. Toutefois la proportion considérable de gomme que contient ce médicament doit beaucoup contribuer à mitiger les effets irritants de sa portion résineuse.
La plupart des médecins du temps de Cullen, d'après cet auteur, redoutaient les propriétés stimulantes de la myrrhe et, préférant l'employer dépouillée de ces qualités, se servaient d'un extrait aqueux. Cette préparation est justement tombée en désuétude. Si l'on craint une action trop stimulante, il suffit d'employer des doses modérées, progressives, et de surveiller leurs effets. Il importe d'ailleurs de conserver dans les préparations pharmaceutiques son principe odorant, c'est-à-dire son huile essentielle dans laquelle résident des propriétés antispasmodiques et calmantes ; c'est à elle que j'attribue la propriété antalgique que jai souvent constatée dans la myrrhe.
La myrrhe occupe donc un rang élevé parmi les excitants balsamiques. Son analogie d'action avec les gommes-résines fétides, quoique réelle, est moins prononcée; comme ces substances, la myrrhe est antispasmodique et calmante, et se montre telle, par exemple, dans la dysménorrhée et dans l'hystérie, mais encore une fois à un moindre degré. Si sa part d'influence sur l'utérus est inférieure à celle de l'asa fœtida et du castoréum, elle en a une au moins égale sur l'estomac, et elle l'emporte complètement, dans le domaine des voies respiratoires, sur les gommes-résines en question, sauf sur la gomme ammoniaque. Or comme nous trouvons dans celle-ci : action faible sur l'utérus, action notable sur le tube digestif, action la plus marquée sur les organes respiratoires, la gomme ammoniaque est manifestement, de toutes les gommes-résines, celle qui offre le plus d'analogie d'action avec la myrrhe. L'une et l'autre aussi sont anticatarrhales à un haut degré et se comportent ainsi, plus ou moins, sur toutes les muqueuses.
La myrrhe passe pour antiseptique, et capable à ce titre d'entraver la fermentation putride.
En résumé, tout en gardant son individualisme pharmacodynamique et ses indications spéciales, elle participe des propriétés générales de toutes les substances composées de ré-ine et d'huile essentielle, et dans leur série elle se place entre le goudron et la gomme ammoniaque. Sa propriété antiputride est due probablement à son essence ; l'analyse y découvrirait peut-être un principe analogue à l'acide thymique, découvert dans l'essence de thym et recommandé récemment comme un antiseptique de grande valeur. Acide thymique, acide myrrhique(?), acide phénique, seraient-ce des composés comparables par leur propriété commune d'entraver les fermentations putrides et d'en détruire les germes? S'il en était ainsi le goudron serait doublement synergique de la myrrhe, comme substance balsamique et comme composé phénique.
Action thérapeptioue. Alibert a enterré sommairement la myrrhe, en disant qu'on avait beaucoup trop préconisé son usage interne ; et il semble qu'on l'ait pris au mot en cessant de mentionner ce médicament dans les matières médicales, ou en en parlant si peu que les médecins de nos jours n'ont plus songé à en
MYRRHE (emploi médical). 329
tirer parti. Je n'ai point partagé ce dédain, et j'ai assez employé cette gommerésine pour apprécier son utilité en thérapeutique.
Ainsi que la plupart des composés résineux, elle était regardée autrefois comme fondante et désobstruante, et on l'administrait contre les engorgements viscéraux. Il est possible que, à la faveur de ses propriétés stimulantes, elle donnât plus d'activité à la résolution ; mais comme elle était ordinairement associée à des purgatifs, ceux-ci contribuaient pour une grande part à désobstruer les voies excrétoires et à faire fondre les engorgements. Quoique toutes les résines tendent à favoriser les évacuations alvines, plusieurs même, comme on le sait, étant franchement purgatives, celle-ci ne paraît pas avoir d'action marquée en ce sens; et lorsque j'ai employé la myrrhe, seule, sans aucun autre principe qui pût masquer ses effets, je n'ai remarqué aucune itifluence sensible sur les fonctions défécatoires de l'intestin. Elle ne purge pas, mais je ne crois pas qu'elle constipe, ce qui ferait exception à l'action ordinaire des résineux. Si elle a été prescrite contre certaines diarrhées, ou sur le déclin de la dysenterie, comme le rapportent Mérat et de Lens, elle aura agi, dans les premières, à l'instar des balsamiques contre les hypercrinies catarrhales ; dans la seconde, comme tonique du canal intestinal, selon l'opinion des auteurs précités, ou encore, soit comme modificateur cicatrisant des ulcères de la muqueuse intestinale, soit comme antiseptique dans les formes putrides et gangreneuses. Pringle regardait la myrrhe comme un excellent antiseptique.
La partie du tube digestif qui m'a paru le plus heureusement influencée par la myrrhe, c'est l'estomac. Mes expériences confirment pleinement les propriétés stomachiques que lui attribuaient les anciens. J'ai vu des dyspepsies douloureuses rapidement amendées, guéries même par l'usage de cette gomme-résine, tantôt unie à d'autres médicaments, tels que le bismuth, la magnésie, le bicarbonate de soude, etc., qui auparavant n'avaient pas réussi; tantôt employée seule, ce qui ne permettait pas alors le moindre doute sur l'eflicacité de son intervention. La myrrhe, dans ce cas, calme la douleur, réveille l'appétit, tonitie l'estomac, active et régularise la digestion. C'est, du reste, l'un des ingrédients de l'élixir de Garus, et probablement de plusieurs autres liqueurs de table, dont les inventeurs vantent les mérites, quelquefois réels, mais dont ils ne nous livrent pas le secret. C'était enfin un fréquent élément de divers remèdes ante ou post cibiim, dans lesquels il ap[)u\ait l'action apéritive et stomachique de l'aloès et de la rhubarbe, en mitigeant en même temps leur action purgative.
La myrrhe n'agit pas seulement comme modificateur de la sensibilité de l'estomac, comme excitant et régulateur des fonctions digestives ; elle agit aussi comme tonique général dans ces gastralgies liées à diverses maladies chroniques, et particulièrement à l'anémie et à la chlorose. Or, avec cette dernière, coïncide fréquemment l'aménorrhée. Souvent alors, en même temps que les forces se raniment, les règles reparaissent. Cullen n'attribuait qu'à cette influence indirecte l'effet emraénagogue de la myrrhe. Mais Sydenham et bon nombre d'auteurs n'étaient pas de cet avis, et reconnaissaient à ce médicament une action directe et positive sur la menstruation. 11 y a du vrai dans les deux opinions; la myrrhe ne in'a jamais paru un emraénagogue sur et puissant, et je crois qu'en ne comptant que sur elle, — c'est ainsi qu'il faudrait juger la question, — dans bien des cas de rétention des règles, on n'arriverait pas à une solution ; mais j'ai vu sa combinaison avec le fer, le safran, le castoréum, etc., contribuer si souvent à vaincre l'aménorrhée, ou bien encore à apaiser les douleurs de la dysraénor-
550 MYRRHE (emploi médical).
rhée, qu'il me serait difficile de lui refuser une certaine influence sur l'utérus.
Viennent maintenant les propriétés pectorales, dont cette gomme-résine a été gratifiée avec une exagération évidente. On admettra volontiers, avec sa composition connue et son assimilation ralionnelle aux composés analogues, qu'elle soit utile dans le catarrhe bionchiiiue ; pour si peu qu'elle entre dans les pilules de cynoglosse, souvent prescrites comme calmantes dans le cours des maladies de poitrine, elle peut contribuera calmer la toux et à faciliter l'expectoration; mais sa prétendue spécificité contre la phthisie ne peut être qu'une illusion passagère deCartheuser et de quelques-uns de ses contemporains.
Contre les flux muqueux et muco-purulents elle peut agir de deux manières : comme tonique général, contre l'état asthénique qui les détermine ou qui en est la conséquence ; comme modificateur des sécrétions morbides des "nmqueuses. Elle paraît spécialement utile contre les catarrhes vaginaux et utérins. Je l'ai constaté par l'emploi d'injections vaginales, soit avec une infusion aqueuse de myrrhe, soit de préférence avec un liquide aromatique ou astringent additionné de 5 à 10 grammes par litre de teinture ou de vinaigre de mjTrhe.
Stomachique ou toni-sédative de l'appareil gastro-intestinal, emménagogue et anticatarrhale, voilà donc les qualités principales que l'on peut reconnaître à la myrrhe, et dont il y a le plus d'intérêt à faire application à l'intérieur.
Je mentionnerai, en outre, que Mathioli et quelques autres prétendent avoir utilisé la myrrhe dans la cure des fièvres intermittentes. Agit-elle comme tonique amer contre l'anémie liée à ces fièvres, ou réellement comme antipériodique? C'est ce que de nouvelles expériences auraient à déterminer. Peut-être seraitil avantageux de l'associer au sulfate de quinine dont elle pourrait, soit renforcer la puissance fébrifuge, soit prévenir ou modérer l'action irritative sur la muqueuse gastrique. Je crois du moins avoir eu à me louer, sous ce double rapport, d'ajouter un peu de myrrhe au vin de quinquina.
A r extérieur, Alibert convenait que la myrrhe valait mieux. Les anciens l'ont beaucoup employée comme topique en onguents, emplâtres, baumes, en fomentations aqueuses, en solution alcoolique. Pour ses propriétés fondantes et résolutives, elle a été appliquée sur les tiuneurs, sur les engorgements articulaires ; comme tonique, iucarnative, sur les plaies et ulcères, particulièrement dans les cas de carie et de nécrose ; comme antiseptique, sur les plaies de mauvaise nature et contre la gangrène des parties molles.
On peut, dans ces divers cas, l'employer de plusieurs manières, l'employer seule ou comme ingrédient de médicaments composés.
Ainsi la teinture de myrrhe a été particulièrement préconisée pour le pansement des plaies entretenues par la carie et la nécrose ; et ceci nous montre l'ancienneté des pansements alcooliques, que nos prédécesseurs rendaient encore plus efficaces que ceux à l'alcool simple en ajoutant à l'alcool des substances balsamiques. Nous en avons un exemple dans la teinture balsamique composée, connue sous le nom de Baume du commandeur de Fermes, dont la myrrhe faisait partie, et qui servait à la fois de vulnéraire à l'intérieur et de topique cicatrisant sur les plaies; excellente préparation à l'usage de laquelle on est revenu aujourd'hui.
Je recommande pour le pansement des plaies une teinture à l'eau-de-vie, moins irritante que l'alcool, et dans laquelle on mettrait seulement 10 pour 100 de myrrhe; ou bien encore une eau-de-vie camphrée à laquelle on ajouterait la même proportion de myrrhe. La mjTrhe m'a paru être l'un des balsamiques les plus propres à calmer la douleur dans les plaies.
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On peut encore faire valoir plusieurs des avantages de la myrrhe, en la mêlant, finement pulvérisée, aux poudres toniques, désinfectantes, antiseptiques, usitées dans le pansement des plaies et composées de quinquina, charbon, camphre, espèces aromatiques, etc.
La myrrhe a été de longue date considérée comme l'un des meilleurs modificateurs de la muqueuse buccale. D'abord son action topique, légèrement irritante, sa saveur piquante, en font un sialagogue assez actif. Mais bientôt, par ses propriétés toniques et incarnatives, elle fortifie la muqueuse de la bouche et le tissu des gencives, cicatrise leurs ulcéi^ations, et, par une sorte d'embaumement, concourt à la conservation des dents. Elle a été et elle est en effet spéci;ilenient indiquée contre les affections scorbutiques de la bouche. Beaucoup de parfumeurs et de dentistes connaissent très-bien ces propriétés, et les médecins auraient tort de leur abandonner exclusivement l'emploi d'une substance appelée à rendre d'excellents services dans le traitement des affections de la bouche et des dents. Dans ces divers cas, la myrrhe peut être utilisée sous forme de masticatoires, d'opiats, poudres ou élixirs dentifrices, de collutoires et de gargarismes. Comme collutoire, je recommande : 4 grammes de poudre de myrrhe incorporée avec 50 de sirop de ratanhia; pour gargarisme, quelques grammes de teinture de myrrhe, soit une ou deux cuillerées à café, dans un verre de tel véhicule que l'on jugera approprié, l'infusion de feuilles de ronces, par exemple, édulcorée avec le sirop de mûres.
On a conseillé les fumigations de myrrhe contre la bronchite et la laryngite chroniques, la toux convulsive, l'asthme humide, sans beaucoup de succès, diton, et je le comprends : la fumée de cette gomme-résine est acre et d'une odeur fort déplaisante.
La myrrhe, même chez les anciens, a été plus souvent unie à d'autres médicaments qu'employée seule. Elle a cela de commun avec la cannelle et d'autres aromates, qui sont pour les médicaments ce que les condiments et les épices sont pour les aliments.
Les aromates et les condiments, en stimulant les sécrétions gastro-intestinales, procurent, les uns aux médicaments, les autres aux aliments, la quantité de sucs nécessaires pour les réactionner, les dissoudre et faciUter leur absorption. Les aromates, en outre, mitigent ce que l'action locale de certains médicaments a de trop vif, de tro}) irritant; et il semble qu'en les suivant dans le système absorbant, ils tempèrent leur action générale en favorisant leur action élective sur certains organes, surtout lorsqu'ils sont éliminés par les mêmes voies. La myrrhe est précisément un exemple de ces divers avantages ; elle stimule légèrement les muqueuses sur lesquelles elle est déposée ; elle corrige particuhèrement l'action irritante des purgatifs résineux ; adjuvante ou concurrente des substances balsamiques, elle se porte avec elles vers les muqueuses que leur ensemble est appelé à modifier. Ainsi la myrrhe sera rationnellement et utilement admise dans la composition des pilules, poudres, électuaires purgatifs, carminatifs, stomachiques; dans les remèdes contre la chlorose, l'aménorrhée, la leucorrhée, les catarrhes bronchiques. Ajoutons que par la propriété qu'elle possède de calmer, à dose modérée, l'excès de sensibilité de l'estomac, elle convient pour faire tolérer certains médicaments, notnmment les préparations de fer et de quinquina.
Ce rôle d'intermédiaire, dont on peut tirer un si bon parti en thérapeutique, lui est également reconnu dans l'art de la parfumerie. Là, les agréments que son emploi exclusif ne pouri'ait guère offrir à la sensualité moderne, généralement peu
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flattée par sa saveur ou par son parfum, se retrouvent dans des mélanges plus ou moins habiles auxquels elle donne à la fois du cachet et de l'utilité. Nous citerons comme exemples, empruntés à l'intéressant ouvrage de Piesse et Réveil [Des odeurs, des parfums et des cosmétiques, Paris, 1805) :
Poudre dentifrice à la myrrhe et au borax. Craie précipitée, 500 grammes ; borax en poudre, 250; myrrhe, 125; racine d iris, 125.
Teinture de myrrhe à l'eau de Cologne. Eau de Cologne, 1,13 litre; myrrhe en larmes, 140 grammes. — Je modifierais ainsi les proportions : eau de Cologne, 1 litre; myrrhe, 100 grammes.
Ces formules sont bonnes à porter à la connaissance des médecins, qui trouveront, ainsi que j'en ai fait l'expérience, dans la première, un bon dentifrice; dans la seconde, un moyen quelque peu résolutif et calmanf , en onctions, frictions ou simples applications sur les parties engorgées ou endolories.
La myrrhe, en définitive, est, parmi les substances balsamiques, une de celles qui se prêtent aux formes pharmaceutiques et industrielles ainsi qu'aux applications thérapeutiques les plus variées, et conséquemment elle ne mérite pas d'être laissée dans l'oubli.
Doses et modes d' administration. La myrrhe se donne, à l'intérieur, depuis 25 centigrammes jusqu'à 2 grammes; on peut aller jusqu'à 4, 6, 8 grammes. Les doses élevées doivent être surveillées, comme pouvant dépasser la tolérance de la muqueuse digestive.
La poudre est la forme pharmaceutique la plus usuelle ; elle sert d'ailleurs à la préparation des autres : pilules, bols, électuaires, infusion, décoction, etc.
L'infusion et la décoction aqueuses, chaudes, doivent s'employer avant leur refroidissement, c'est-à-dire avant que la myrrhe dissoute se soit précipitée.
L'eau de chaux à la myrrhe ]>eut s'employer à toute température ; elle dissout et retient dissoute, comme il a été dit antérieurement, plus de résine de myrrhe que l'eau simple. On peut la formuler en telles proportions que l'on désire administrer en même temps d'eau de chaux et de myrrhe ; en voici un exemple, avec le mode de préparation :
Pr : myrrhe pulvérisée, 2 parties; eau de chaux, 100; laissez 8 jours en contact, eu agitant souvent; filtrez.
Cette préparation est utile, surtout chez les enfants, dans les cas de diarrhées acides avec coliques.
La teinture de myrrhe, à la dose de 4 à 8 grammes, peut s'administrer dans une potion alcoolique ou vineuse ; moins bien dans une potion aqueuse, où la résine de myrrhe se précipite.
Le saccharure, préparé avec la teinture, est un bon mode d'administration.
L'eau distillée de myrrhe peut servir, en tout ou en partie, de véhicule à des potions.
J'emploie et je recommande d'une mnnière toute particulière le vin de myrrhe; rien qu'avec cette gomme-résine pour base, j'ai constaté, ainsi que je l'ai dit plus haut, son efficacité ; mais on peut augmenter ses propriétés et lui donner un goût plus agréable en y ajoutant de l'écorce d'oranges amères ; enfin, si au lieu de vin blanc on emploie un vin encore plus alcoolique et surtout un peu sucré, tels que les vins de Malaga, de Grenache, de Lunel, de Frontignan, etc., on obtient, sous le rapport de la saveur, une préparation encore plus satisfaisante, et l'effef stomacliique n'en est que mieux assuré. Voici une formule à laquelle, vu l'emplo'