MUSCARINE
La solution soumise à l'évaporation fournit une niasse jaunâtre, tormée par des cristaux en aiguilles et en prismes qui nagent dans un liquide sirupeux. Pour séparer la muscarine de l'amaniLine on procède de la manière suivante : les cristaux de muscarine et d'amatiitine sont dissous dans une petite quantité d'eau, additionnée d'une proportion relativement faible de chlorure d'or. Le précipité, formé surtout de chlorhydrate d'amanitiiie, est fdtré et purifié par des cristallisations successives dans l'eau chaude. Le liquide est évaporé dans le vide et il se dépose une nouvelle quantité de chlorure d'or et d'amanitine. On ajoute une seconde fois du chlorure d'or, on chauffe et on filtre à chaiid : on obtient ainsi en dissolution le sel d'or et de muscarine qui cristallise lorsqu'on concentre et qu'on l'abandonne dans un milieu suffisamment refroidi. On le purifie par des cristallisations répétées. Pour obtenir la muscarine libre on décompose le chlorure d'or et de muscarine par l'hydrogène sulfuré ; puis on enlève l'acide chlorhydrique de la dissolution au moyen du nitrate d'argent.
La muscarine pure est une masse sirupeuse qui, dans un appareil à dessécher, se prend en une bouillie de petits cristaux ; elle forme avec l'acide carbonique des sels alcalins, avec les acides forts des sels neutres. Quand on traite la muscarine libre par l'acide iodhydrique, on obtient des cristaux cubiques ; en enlevant l'iode par l'oxyde d'argent on recueille une substance privée d'action physiologique, qui diffère de l'amanitine, mais qui présente beaucoup d'analogie avec cette dernière base et la muscarine. La muscarine est très-soluble dans l'eau et dans l'alcool.
L'analyse quantitative de la muscarine a été faite par Hartnack et SchmieJeberg, qui dans une communication provisoire donnent la formule suivante :
Az
CHOH-CHO ; OH
sans indiquer les chiffres qu'ils ont obtenus. Les mêmes auteurs ont découvert à propos de certains corps voisins de la muscarine des particularités intéressantes. En premier lieu la muscarine est isomère avec la Bétaine (oxyneurine) , mais l'action physiologique n'est plus la même ; l'amanitine , elle, est identique à la neurine. Cependant, par l'oxydation la Neurine fournit de la bétaine, et l'amanitine donne de la muscarine. La base qu'on tire de la lécithine de l'œuf n'est pas, comme on l'admettait jusqu'ici, de l'hydroxéthylentriméthylammonium, mais elle^est identique avec l'amanitine, car elle se transforme facilement en muscarine. On peut donc préparer la muscarine par l'albumine de l'œuf; jusqu'ici on n'a pu la reproduire par synthèse ; mais Hartnack et Schmiedeberg ont obtenu ainsi une substance plus riche en carbone que la muscarine par l'action du bromure d'isoanilinc sur la triméthylamine. Cette base agit sur les animaux comme la muscarine préparée avec les champignons ou l'amanitine de l'œuf, sauf qu'elle n'a pas d'action sur la pupille.
Propriétés physiologiques ettoxiques. La muscarine est unpoison très-puissant, et dont l'action sur les divers organes est assez bien définie.
Un animal auquel on a fait absorber une dose suffisante de muscarine meurt assez rapidement, mais sans présenter une agonie à grand appareil : il s'éteint. Peu de temps après l'absorption de la muscarine il s'affaiblit peu à peu, souvent il vomit ; le train postérieur fléchit, l'animal reste couché sur le côté sans pouvoir se relever, la respiration, les battements du cœur se ralentissent, la tem-
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pérature s'abaisse, les sécrétions tarissent et, comme nous le disions, la mort survient lentement.
Voyons maintenant quel est le rôle de la muscarine sur chaque appareil. Circulation. C'est surtout sur l'appareil circulatoire et plus spécialement sur le cœur que la muscarine agit ; elle produit l'arrêt du cœur en diastole, les cavités gorgées de sang; sur ce point aucune divergence : tous les expérimentateurs sont arrivés au même résultat. L'effet est le même chez les mammifères et chez les grenouilles ; mais c'est surtout chez ces batraciens qu'on a pu analyser en détail la physiologie de cet arrêt, constater que le cœur est arrêté également chez les animaux dont la moelle est détruite, et que par conséquent elle paraît agir sur les ganglions nerveux intra-cardiaques (Âlison). A une dose plus laible la muscarine accélère les battements du cœur chez les animaux (Prévost, Alison), chez l'homme (Schmiedeberg).
Respiration. A dose toxique la muscarine produit l'arrêt de la respiration, après avoir amené une dyspnée poussée jusqu'à l'asphyxie. Avec des doses trèsfaibles on obtient une accélération passagère des mouvements respiratoires ; aveu une dose moyenne, accélération suivie d'un ralentissement.
Calorifîcatio7i. Une heure ou deux après l'administration d'une dose trèsfaible de muscarine, on constate une élévation temporaire de la température. Une dose moyenne au contraire produit un abaissement immédiat, mais passager. Avec les doses toxiques il se produit un abaissement progressif jusqu'à la mort (Prévost).
Sécrétions. L'administration de la muscarine produit un abaissement de la tension sanguine, phénomène qui dépend de son action sur le cœur ; mais elle a sur la circulation glandulaire une influence élective qui se traduit par une suractivité dans les sécrétions presque aussitôt après l'absorption de la muscarine. Ce fait a été véritié pour la sécrétion sahvaire (Schmiedeberg et Kope, Alison, Vulpian), pour les sécrétions pancréatique et biliaire (Prévost). Pour M. le professeur Vulpian cet effet de la muscarine serait due à une action spéciale qu'elle exercerait en excitant les filets glandulaires de la corde du tympan, supprimant ainsi l'action modératrice des ganglions placés sur le trajet des nerfs glandulaires.
Organe de la vue. La muscarine provoque, d'après les recherches de AValdemar Krenchel, une contraction des muscles de l'accommodation, et un resserrement de la pupille, mais ce dernier phénomène est très-variable suivant les sujets, car il est tantôt très-prolongé et extrêmement prononcé, d'autres fois au contraire fugace et peu marqué.
Tels sont les effets physiologiques de la muscarine.
Antagonistes. Un certain nombre de substances jouissent de la propriété d'empêcher les effets de la muscarine; les plus importantes sont: l'atropine (Schmiedeberg et Kope, Prévost, Alison, Carville, Vulpian), la digitaline (Bœhm), l'ésérine (Prévost), la morphine quelquefois (Prévost), l'hyosciamine (Alison), l'ergotine (Alison). M. Alison attribue encore un pouvoir antagoniste à certains agents physiques tels que : la lumière, l'électricité, l'insufflation d'air; mais pour ces derniers agents il serait nécessaire d'avoir des faits beaucoup plus nombreux.
De toutes les substances antagonistes de la muscarine, l'atropine est incomparablement la plus puissante d'après tous les effets de l'alcaloïde de la fausseoronge, sans que celte dernière jouisse vis-à-vis d'elle de la réciprocité; voici le
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résumé de cet antagonisme (ce que nous disons de l'atropine, nous pourrions le répéter de toutes lei autres substances, mais à un degré bien inférieur) :
Quand au moyen de la muscarine on a produit l'arrêt diastoliqueducœur chez une grenouille, il suffit de faire absorbera l'animal, ou de mettre en contact avec le muscle cardiaque, une faible proportion de sulfate d'atropine pour voir les battements reparaître, et désormais, d'après presque tous les auteurs, il est impossible d'arrêter le cœur de nouveau par la muscarine ; seul, M. Alison pense que si la dose d'atropine est extrêmement faible, une très-forte dose de muscarine peut l'emporter, c'est du moins ce que lui auraient appris plusieurs expériences. Cette action sur le cœur serait due à ce que l'atropine excite dans le cœur les filets nerveux accélérateurs intra-cardiaques fournis par les nerfs pneumogastriques. Les autres effets de la muscarine sont également annulés par l'atropine, qui dilate la pupille resserrée par la muscarine (W. Krenchel), empêche l'arrêt de la respiration et l'abaissement de la température (Prévost). Mais un des effets les plus remarquables est certainement l'arrêt brusque de l'écoulement des liquides par les conduits sécréteurs des glandes excitées par la muscarine (Schmiedeberg et Kope, Prévost, Vulpian). Cet effet sur les glandes salivaires, par exemple, serait dû à ce qu'elle paralyserait les extrémités glandulaires des fibres sécrétoires de la corde du tympan, et permettrait ainsi aux ganglions modérateurs d'exercer le summum de leur influence (Vulpian).
Cette étude des antagonistes est certainement des plus importantes au point de vue pratique, puisqu'elle permet d'affirmer que le meilleur contre-poison de la m\iscarine et par conséquent de la fausse-oronge est l'atropine, et à son défaut les autres substances c{ue nous avons énumérées. H. Chouppe.
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Physiologie et toxicologie. — Schmiedeberg et Kope. Tj)c. cit. et Revue des sciences tnéd., t. VII, p. 53. — Prévost [de Genève). Effets de la muscarine (Société de biologie, 25 avril 1874). In Gaz. hehd. de méd. et de chirurg., n° 18, p. 295, 1874. — Du même. Action delà muscarine sur les sécrétions salivaire, pancréatique, biliaire. In Compt. rend. Acad. des se., 10 août 1874. — Waldemar Krenchel. Action de la muscarine sur le muscle de l'accommodation et sur la pupille. In Ondez. van het phijsiol. Labor. der Ltrechte Hoogesch., 1874, Derde Kecks, Ilf, p. 2-2-58. — .\lison-. Action physiologique de VAmanita muscaria. In Compt. rend. Académ. des sciences, 20 mars 1876, et Gaz. Iiebd. de méd. et de chir., n° 13, p. 199, 1876. — Do même. Contribution à l'étude physiologique de l'Amanita muscaria. In Bev. méd. de l'Est, t. IV, n» 6, p. 175; n" 7. p. 225 ; n-= 8, p. 255 ; n'' 9, p. 255 ; n° 10, p. 308 ; t. V, n° 2, p. 43, et Soc. de biolog., séance du 29 janvier 1875. — VuLPrAN. Action de la muscarine sur les sécrétions. In Soc. de BioL, p. 29, 1875. — Chouppe. Muscarine . In Gaz. hebd. de méd. et dechirur., n" 17 et 19, 1870. IL Ch.
miXES (Maladie des). Les médecins militaires allemands décrivent sous le nom de « Minenkrankheit » une affection qu'ils ont eu fréquemment l'occasion d'observer, lors des exercices importants de guerre des mines, qui se font chaque aimée dans différentes places de guerre de l'empire, et qui durent en général de quatre à six semaines. D'après eux, les symptômes de cette maladie seraient connus depuis longtemps des officiers et des soldats du génie, mais n'auraient attiré l'attention des médecins que vers le milieu de ce siècle ; les auteurs étrangers ne la connaitraient pas. En effet, malgré des recherches minutieuses, nous ne l'avons pas trouvée mentionnée dans les recueils spéciaux de la France et de
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l'Angleterre, où cependant la maladie des mines existe probablement, moins grave et moins fréquente sans doute qu'en Allemagne. C'est que dans ce dernier pays les exercices et les travaux de la guerre des mines ont pris une extension énorme depuis une vingtaine d'années ; c'est de la même époque que datent les travaux les plus importants sur le sujet qui nous occupe.
La première description connue est celle de Voigt, qui observa la maladie pendant les exercices d'Erfurt en 1855; un peu plus tard, en 1840, Kanzler en soigna plus de deux cents cas autour de Cologne. Les descriptions de ces auteurs, très-exactes mais trop courtes, passèrent inaperçues ; le premier ouvrage remarqué lut celui de Josephson, qui assista au démantèlement de la forteresse de Juliers, où il eut l'occasion d'en voir un grand nombre de cas. Il ne paraît pas avoir eu connaissance des travaux précédents, cependant il insiste sur l'ancienneté probable de l'affection et prétond en avoir cbercbé vainement la description dans les livres de patbologic ; il a pris avec tout aussi peu de succès des renseignements auprès des médecins militaires les plus expérimentés.
A partir de 1860, la maladie des mines inspire un grand nombre de travaux, parmi lesquels il faut citer ceux de Rawitz, Scheidemann et Poleck. Dernièrement encore, a paru un ouvrage capital sur cette matière : c'est le rapport d'une commission en\oyée par le gouvernement prussien aux exercices de Graudenz en 1873, dans le but d'éclaircir définitivement l'étiologie encore obscure de l'affection et d'en indiquer le traitement et la prophylaxie. Par le plus étonnant des hasards, cette commission put assister dès son arrivée à une catastrophe inouïe dans les fastes de la petite guerre des mines. Dès le premier pétard, l'officier qui commandait la défense, voulant pénétrer trop tôt dans les galeries, fut cause de la mort de six hommes qui le suivirent par devoir ou pai dévouement ; l'un deux survécut pendant près de quarante-huit heures. La commission était composée de deux médecins militaires distingues, les docteurs Schultze et Tliahvitzer, et du professeur de chimie Finkener; ses conclusions, prises à la suite d'expériences et d'observations minutieuses, présentent toutes les garanties scientifiques désirables.
Si l'on veut bien comprendre la pathogénie de cette affection, qui diffère absolument de ce que l'on observe dans les mines ordinaires, il est nécessaire de se rappeler la manière dont se fait la guerre souterraine, à notre époque, et surtout depuis les travaux du général Todleben à Sébastopol. L'assiégeant ari'ivé à proximité du glacis commence à creuser des galeries vers le rempart. Au bout d'une de ces galeries, il place des tonneaux de poudre, bouche hermétiquement en arrière, et provoque l'explosion, au moyen du fil électrique. Les résistances du terrain sont calculées de façon à ce que tout l'effort porte vers la superficie, il se forme alors un vaste entonnoir de 25 à 50 mètres de diamètre, dont la crête servira à établir de nouvelles batteries, et dont le fond pourra être le point de départ de galeries nouvelles. L'assiégé n'opère pas de la même façon, son but principal est d'empêcher la formation des entonnoirs. Chaque place de guerre possède en avant de l'enceinte un système de galeries construites à l'avance. Loi^s d'un siège, on creuse à leur extrémité des petits boyaux rayonnants de tous côtés, des écoutes, dans lesquelles les pionniers font sentinelle et cherchent à deviner, d'après les bruits souterrains, la direction des galeries assiégeantes. On ne se bat plus à l'arme blanche dans le sein de la terre, car lorsque l'homme d'écoute perçoit des bruits qui indiquent que les ennemis travaillent à 6 ou 8 mètres de lui, on place un pétard au bout de l'écoute et on provoque l'explo-
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siou comme ci-dessus, avec cette différence, cependant, que l'effort du pétard doit porter parallèlement à la surface du sol et détruire simplement les galeries assiégeantes et les hommes qu'elles contiennent.
On voit que les conditions sont à peu près les mêmes des deux côtés : cependant l'entonnoir nécessite l'emploi de 2 à 5 mille kilogrammes de poudre, tandis que le pétard n'en utilise que 2 à 5 cents kilogrammes. Ces fréquentes explosions disloquent le terrain, remplissent les galeries et le sol des gaz de la poudre, et les hommes, qui vivaient dans un air déjà très-confiné (car les galeries de mine n'ont guère que de 60 à 80 centimètres de haut sur 50 de large), tombent facilement malades, surtout lorsqu'après une explosion ils enlèvent les matériaux qui ont servi à boucher les galeries.
Les symptômes de l'affection sont très-variés. Avant tout, c'est la céphalée, intense, gravative, localisée d'une façon très-nette à la région frontale. Dès qu'ils la ressentent, les soldats s'empressent de quitter leur travail et d'aller respirer l'air pur, mais avant d'arriver au dehors ils éprouvent souvent du vertige, de l'abattement ; leur démarche devient chancelante et ils s'abattent quelquefois subitement au sortir de la galerie. A un degré plus avancé, il y a perte de connaissance très-rapide ; les camarades emportent le malade, qui d'ordinaire est immobile comme une masse, mais qui dans d'autres cas est agité de mouvements convulsifs, ou présente une raideur musculaire particulière. A côté de ces symptômes principaux, on en a décrit un grand nombre d'autres (sensation difroid, respiration stertoreuse, etc.), sur lesquels nous n'insisterons pas: on voit par ces quelques lignes que le tableau général de l'affection est celui d'une intoxication par des gaz délétères, spécialement par l'oxyde de carbone.
La terminaison peut être fatale, contrairement à ce que l'on croyait autrefois : la catastrophe de Graudenz l'a surabondamment prouvé. Elle a démontré encore que non-seulement le mineur peut succomber subitement, ce qui n'a rien d'extraordinaire, mais qu'il peut survivre à l'accident, plusieurs heures et même plusieurs jours, comme dans le cas du pionnier Kahlert, dont on trouvera lobservation curieuse dans le rapport de la commission. Généralement au bout de quelques minutes de repos en plein air, les hommes se sentent complètement remis : la céphalée cependant présente une persistance remarquable et trèsgênante, elle peut durer toute la journée.
L'étiologie a été très-discutée. Josephson et Rawitz pensent que l'agent toxique est l'acide sulfhydrique, tandis que pour Scheidemann et Poleck c'est l'oxyde de carbone. Eulenberg penche pour une action combinée de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone. Depuis les travaux de la commission de Graudenz, il n'est plus permis de douter: la maladie des mines est, en général, une intoxication par l'oxyde de carbone.
En effet, outre la similitude complète des symptômes, on observe encore cette particularité décisive, c'est que les hommes gravement atteints ou morts ont le sang vermeil, diffluent et contenant une quantité relativement considérable de CO, appréciable facilement au spectroscope. De plus, le professeur Finkencr ayant recueilli de l'air des galeries avant et après chaque explosion, \ constata une quantité extraordinaire de GO, chaque fois que des hommes y étaient tombés malades.
Il est donc bien certain que l'agent toxique est l'oxyde de carbone. Mais ce n'est pas tout. La maladie des mines ne présente pas les mêmes symptômes dans tous les cas. Souvent elle paraît relever d'un empoisonnement par d'autres gaz. ce qui
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n'est pas étonnant, si l'on songe que les produits de la combustion incomplète de la poudre sont très-nombreux, très-variables, et tous toxiques à divers degrés. Ainsi, en parcourant les ouvrages écrits sur ce sujet on trouve la description de certains cas insolites (Ranzler, commission de Graudenz) oïl les malades grimaçaient et chantaient comme des hommes ivres, circonstance qui rappelle l'intoxication par l'acide carbonique. En outre on cite ce fait, que plusieurs mineurs ont ressenti une saveur douceâtre dans la bouche, quelques instants avant de tomber en évanouissement, phénomène qui n'a jamais été signalé dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, mais bien dans celui par les carbures d'hydrogène, ou le bioxyde d'azote. Enfin les membres de la commission de Graudenz, tout en admettant en général l'action de l'oxyde de carbone, pensent que l'hydrogène sulfuré peut produire, quoique rarement, certaines intoxications, et qu'en tous cas il favorise d'une façon très-énergique l'action délétère de l'oxyde de carbone. Il faut donc s'attendre à rencontrer à côté des cas ordinaires, qui présentent d'une façon typique les symptômes de l'empoisonnement par CO, des cas plus rares où l'intoxication est en quelque sorte panachée (GO et SU, CO et C0-), et même des cas où elle est due à un gaz autre que CO (SH, CÛ^ AzOS etc.).
Traitement et Prophylaxie. Le traitement est simple ; il suffit de rendre à l'homme de l'air pur et de favoriser la respiration. Bender administrait à tous ses malades quelques gouttes d'ammoniaque dans un verre d'eau, contre la céphalée, qui est assez analogue à celle de l'ivresse: il se loue beaucoup de ce petit moyen. Dans les cas graves, comme celui de Kahlert cité plus haut, lorsque les globules sanguins, ayant absorbé des quantités considérables de CO, ne sont plus aptes à l'hématose, il n'y a qu'un moyen de remettre la circulation dans son état normal : c'est de pratiquer la transfusion, qui trouve peut-être ici sa meilleure indication. Il est bien regrettable qu'elle n'ait pas pu être pratiquée dans le cas de la commission.
Le point important est la prophylaxie. Dans les exercices de Coblenz en 1875, les Allemands, instruits par le malheur de Graudenz, prirent des dispositions qui peuvent passer pour un modèle de prophylaxie rationnelle. Aussi malgré le grand nombre d'explosions (5 entonnoirs, 12 grands et H petits pétards), il n'y eut que 41 cas de maladie, dont 15 seulement de médiocre gravité. Ce résultat est très-heureux, mais il n'en est pas moins vrai que, dans l'état actuel de la guerre des mines, il ne peut être question de faire entièrement disparaître la maladie des mineurs.
Yoici ces dispositions. On installa trois machines ventilatrices très-puissantes, pouvant agir indifféremment par aspiration ou par pulsion. Chaque homme avait à sa disposition un réservoir à air comprimé, dont il devait tenir constamment l'embout aux lèvres, et une lanterne spéciale, aussi à air comprimé, de façon à pouvoir s'éclairer dans tous les cas. L'utilité des mesures prises fut expliquée individuellement à chaque soldat, on leur permit d'enlever leur cravate, et de quitter la sape, aussitôt qu'ils ressentiraient le moindre malaise.
A la suite des explosions, on commençait par interdire d'une façon absolue l'entrée des galeries. Le conduit des ventilateurs étant posé à terre, à proximité des endroits suspects, on aspirait pendant une heure, puis un homme muni de son appareil s'avançait, adaptait le conduit au plafond de la mine, et se retirait. La machine fonctionnait par pulsion, pendant une heure ; au bout de ce temps un mineur revenait, oosait un pigeon sur le sol, faisait ses observations et au