TRIPLES
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France. . . .
en 1862
Autriche. . .
Belgique. . .
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Danemark. .
Id. légitime.
Id. illégitime
Gallicie (slave)
Hollande. . .
Hongrie. . .
Italie. . . .
Norvège. . .
Pru.sse. . . .
Suède. . . .
rapports moyens (12,5 et 14,5) soient assez rapprochés, ils ne se confondent pas une seule année. Le rapport le plus élevé en Prusse (15,1) est encore nettement distant du plus bas en Suède (13,4), tant ces proportions qui expriment la fréquence de grossesses doubles paraissent traduire les conditions inhérentes à chaque collectivité. A l'article Jumeaux, nous dirons les combinaisons sexuelles de ces naissances, et nous verrons qu'elles ne paraissent pas moins constantes dans un même groupe ethnique que leur rapport de fréquence.
56. Des influences qui agissent sur le taux de la natalité. Rapports entre la natalité et les deux autres mouvements de la popidation : matrimonialité et mortalilé. i° Natalité' et matrimonialité. Il ressort des pages précédentes: {" que c'est surtout la natalité légitime qui constitue la grande part de la natalité (95 à 90 pour 100). La Bavière propre, bien que bonne catholique, est (ou mieux était) le seul pays de l'Europe qui donne le spectacle affligeant d'une natalité illégitime contribuant pour près du quart (24 pour 100 en 1850-59) au renouvellement de la population ; mais c'était le fait tout artificiel d'une détestable législation, dont la modification a déjà, dans ces dernières années, fait descendre ce rapport à 14 pour 100 environ. Il résulte de là que, toute autre cause égale d'ailleurs, toute condition augmentant la proportion des mariages fera en même temps croître la natalité. Ainsi, on a dit et prouvé, documents en mains, que la natalité augmentait dans les années prospères et de bonnes récoltes; diminuait dans les années de chômage ou de cherté. Est-ce à dire que la puissance génératrice soit directement accrue par l'abondance? Ce serait bien difficile à établir; les gens qui vivent grassement sont au contraire moins féconds que les besogneux ; mais nous avons montré à l'article Mariage que les influences favorables ou fâcheuses ont d'abord pour effet d'augmenter ou de restreindre le nombre des mariages, et ensuite, celui d'accroître ou de diminuer le nombre des naissances.
57. Pourtant, ce sont exclusivement les nouveaux mariages qui, momen-
DICT. ENC. 2" s. XI. 51
482 NATALITÉ (démographie).
tanément, augmentent le nombre des naissances; les couples conjugaux qui existent dans une nation en plus grand nombre que dans une autre n'ont pasnécessairement cette vertu. C'est ce que prouve notre i" tableau numérique, p. 453, puisque (col. 11) on voit que c'est la France quia le plus grand nombre d'épouses (197 par 1000 hab.) et même le plus grand nombre d'épouscs^ nubiles (140 par 1000 liab., col. 15), et pourtant sa natalité est bien inférieure à celle des autres nations, tandis que la Belgique qui a le moins d'épouses et surtout d'épouses nubiles (105) a une natalité générale, sinon bien considérable, au moins supérieure à la nôtre ou à celle de la Suisse et du Danemark.
Ainsi toute accélération passagère dans la matrimonialité a pour corollaire presque nécessaire un accroissement correspondant dans la natalité : notre tableau, p. 458, le montre péremptoirement, mais ce sont là des fluctuations sans durée et je ne connais pas d'autres rapports entre ces deux mouvements.
58. Rapport entre la natalité' et la mortalité'. Cet article est déjà si surchargé de tableaux qu'il ne nous est pas possible de fournir ceux qu'il faudrait pour appuyer nos résultats sur ce point. C'est aux articles Fr.\kce et surtout Population qu'on les trouvera, d'ailleurs mieux à leur place, car c'est la différence de ces deux mouvements qui commande l'accroissement plus ou moins rapide des populations (migrations mises à part). Xous ne donnerons donc qu'un résumé de nos conclusions concernant les rapports de la natalité et de la mortalité.
Normalement, dans toute collectivité se développant dans son milieu naturel, les naissances surpassent les décès, sans quoi la collectivité ne tarderait guère à disparaître. Cependant, des circonstances adverses plus ou moins durables peuvent, pendant un temps plus ou moins prolongé, annuler ou renverser cet ordro naturel.
59. Mais ce sont là des phénomènes rares dans notre siècle. La règle, c'est que les naissances l'emportent sur les décès. — Je citerai seulement les exemples suivants en ce qui concerne l'Europe contemporaine : l'excès moven annuel des naissances sur les décès est, en France, de 5,68 par 1000 habitants, de 1811 à 1820; c'est-à-dire que, dans cette période (ainsi qu'on peut s'en convaincre à l'article Mortalité, p. 758), on comptait annuellement, par 1000 habitants, 31,75 naissances et 26,07 décès, dont la différence 5,68 est le profit de la natalité sur la mortalité; ainsi, pendant chaque année de cette décade, la population française s'est accrue en moyenne de 0,00568, c'est-à-dire de 5 à 6 personnes par 1000 habitants. Dans les décades suivantes, jusqu'en 1870 (exclu), le même excès des naissances a été de 5,8 — 4,1 — 4,1 • — 2,36 par 1000, et enfin de 3,16 pour 1861-69; c'est-à-dire que, pendant ces dix-neuf dernières années de paix et d'ordre matériel, notre population augmentait de 3 par 1000 vivants! Maigre accroissement, bien menaçant pour notre puissance à venir l
Cependant, dans cette même période (1861-69), ce même excès ou accroissement était de près de 13(12,92) en Angleterre; — de 8 en Autriche — de 9,8 en Bavière; — de 8,2 en Belgique; — de 10,8 en Danemark; — de 13,4 en Ecosse; — de 8,8 en Espagne; — de 8 en Italie; — de 13 à 14 en Norvège; — de 10 en Hollande; — de 9 à 10 en Prusse: de 13,8 en Russie; — de 10 en Saxe; — de II en Suède, — et, à prendre les documents au pied de la lettre, près de 10 (9,75) en Irlande.
NATALITÉ {démoguamiie). i^ô
Ainsi, notre taux d'accroissement, sous le dernier empire, à peine 3 par an et par 1000, ne serait que le tiers ou le quart de celui des autres nations de l'Europe !
60. Cependant ce grand excès des naissances sur les décès qui, au premier abord, paraît si certainement favorable, ne permet pas toujours, et à coup sûr, de formuler une telle appréciation ; et l'Irlande, qu'avec intention nous avons citée en dernier, avec son fort excédant de 10 naissances annuelles par 1000 babitants, va en faire la preuve. En effet la population irlandaise est loin d'être dans un état prospère; sa natalité générale de 26,5 naissances par 1000 babitants, c'està dire aussi exiguë que celle de la France, c'est là une natalité bien restreinte pour une population de prolétaires; cette circonstance fait soupçonner un état plus grave encore que la misère ordinaire. Mais comment une telle population aurait-elle seulement la mortalité de \Q h 17 qu'attestent les documents officiels, alors que la nôtre, une des moindres, est de 23 ? Si ces relevés sont exacts, uniseule cause peut rendre compte de valeurs si contradictoires, si paradoxales, c'est l'effroyable émigration, dont la \crlG Er in est le siège; cmigralion (jui, depuis les dix dernières années, lui a enlevé 870 410 individus, c'est-à-dire près du sixième de sa population. Ainsi, malgré ce fallacieux excédant des naissances, on naît peu en Irlande, mais on y mourrait bien moins encore, moins que nullr part en Europe. 11 n'en peut être ainsi; si telle est l'apparence, c'est qu'on va mourir ailleurs. Ainsi cet excédant des naissances donne ici une impression fallacieuse, il cesse d'avoir le caractère louable que, sans cette analyse, on lui eût d'abord attribué. Nous croyons que dans d'autres pays, à puissante émigration, comme l'Angleterre, la Prusse, l'Allemagne, mais surtout l'Ecosse et la Norvège, les excédants des naissances si prononcés, si élevés pour notre vieille Europe, déjà pleine, doivent pour les mêmes causes être acceptés et interprétés avec réserve. En effet, leur mortalité normale doit être certainement quelque peu atténuée par le grand nombre de ceux qui, chaque année, vont vieillir et mourir ailleurs; et, par suite, l'excès des naissances sur ces décès amoindris est rendu artificiellement plus élevé. Il résulte encore de là que le faible excédant de lu France s'en trouve comparativement un peu relevé.
61. Concordance des mouvements de la natalité et de ceux de la mortalité. Cette simultanéité peut s'établir par deux points de départ : tantôt c'est la natalité qui modifie la mortalité générale ; tantôt c'est la mortalité qui stimule la natalité. Expliquons la double cause des corrélations de ces deux mouvements. Nous disons d'abord qu'un accroissement soudain des naissances augmente nécessairement la mortalité générale. La chance de mort des nouveau-nés est extrême ; elle est la même que celle des octogénaires ; il en résulte que lorsqu'une collectivité enregistre beaucoup de nouveau-nés, elle a aussi à enregistrer beaucoup de leurs décès, la mortalité générale D/P en est accrue, sans que les dangers de mourir à chaque âge aient augmenté. II résulte de là ce fait que, dans une population donnée, si, d'une part, la natalité augmente un peu rapidement, la mortalité générale doit augmenter en même temps; si elle reste la même, c'est que concurremment la mortalité de certains âges a diminué d'autant ; et, inversement, si la natalité générale diminue, la mortalité générale doit diminuer ; et si elle reste la même, c'est que la mortalité de certains âges s'est accrue *.
* Pourtant un jeune et laborieux démographe,}!. Tscliouriloff, a montré expérimentalemeut, notamment pour la France, que si ces mouvements sont lent> et se prolongent un certain
484 NATALITÉ (démographie).
Cependant, dans tous ces cas, c'est la natalité qui a eu l'initiative ; c'est elle qui, en raison directe de son propre mouvement, a augmenté ou atténué Ja mortalité générale ; mais la mortalité peut aussi avoir l'initiative, et, par ses mouvements soudains de hausse ou de baisse, accroître ou modérer la natalité. En effet, qu'un fléau passager, guerre, peste, éclaircisse les rangs des ;»dultes, sans altérer les organismes ni les courages des survivants, le fléau passé et l'inquiétude avec lui, les positions occupées par les victimes se trouvent vacantes ; elles sont aussitôt remplies par les jeunes survivants non encore pourvus ; ces jeunes hommes, munis enfin d'une meilleure position, se marient, et, par suite, ces nouveaux ménages (nous l'avons établi) sont des agents qui augmentent la natalité légitime.
Ce sont là des mouvements connexes, qu'il plaît à quelques-uns d'appeler providentiels, mais qui au fond sont très-rationnels. En effet, cette natalité, qui tend toujours à se proportionner à la mortalité en la dépassant plus ou moins, est en harmonie nécessaire avec elle : c'est plus qu'une œuvre providentielle, c'est une condition d'existence : la collectivité qui ne se conformerait pas à cette nécessité serait bientôt anéantie et cesserait de faire exception à la loi. Si, pai' exemple, la Bavière, l'Italie, qui ont une mortalité générale de près de 30 par iÛOO, avaient notre faible natalité de 26, il est clair que perdant chaque année 4 par 1000, elle ne saurait subsister longtemps. 11 n'y a qu'une circonstance oi!i cette concordance des deux mouvements n'est pas nécessaire, et où elle manque souvent, c'est pour les groupes artificiels qu'alimente surtout l'immigration. Tel est le cas d'im bon nombre de grandes villes (Saint-Pétersbourg, Vienne, Venise, Rome, etc., etc.) et de certaines colonies insalubres dont nous avons liéjà parlé.
Dès que ces populations cessent d'être soutenues par l'immigration, on les voit décroître et s'éteindre plus ou moins rapidement. Tel a été le sort de toutes les riches colonies dont les Grecs ou les Romains avaient semé les côtes africaines, et qui, une fois les métropoles mortes, ont disparu sans laisser de vestiges vivants.
62. Rapport entre V aisance et la natalité. 11 faut encore ici considérer à part les mouvements passagers dont nous venons de citer plusieurs exemples et les mouvements durables, car, le plus souvent, leurs causes et leurs effets sont fort différents. — Quelquefois une cause qui était accélératrice des naissances devient ensuite restrictive, si de passagère elle devient durable ; c'est, par exemple, la double influence que semble avoir l'abondance nouvellement acquise, résultant par exemple d'une source nouvelle de richesse, de bien-être ; son premier effet est de soUiciter de nouveaux mariages et, par suite, la bonne natalité, la natalité légitime ; mais si cet exhaussement du bien-être persiste, il se fait je ne sais quel travail profond qui semble plus mental qu'organique, et qui modère, atténue cette même fécondité légitime. L'influence accélératrice d'une soudaine abondance est connue, les preuves abondent. Mais l'influence inverse est plus inattendue. Aussi vais-je en donner une preuve assez nette, malgré l'imperfection des documents.
L'administration a fait, en 1862, une enquête, imparfaite d'ailleurs, sur la
nombre d'années, il peut arriver que bientôt la plus forte proportion de gens de tO à 15 ans, etc., dans la collectivité étudiée, va, par la faible morlalilé propre à ces âges, neutraliser plus ou moins complètement l'aggravation due à un plus grand nombre de nouveau nés.
NATALITÉ (démographie). 485
distribution de la propriété agricole. Afin de neutraliser autant que possible les fautes de détail dont on a accusé cette enquête, nous avons réuni nos départements en trois grands groupes : le premier comprenant 50 départements chez lesquels plus du quart des paysans domiciliés sont dits propriétaires, soit en moyenne 285 par 1000 habitants (hommes, femmes et enfants] ; le dernier, comprenant 21 départements, où moins du cinquième des paysans (soit en moyenne 177 par 1000) possèdent; enfin un groupe intermédiaire comprenant 51 départements, où le nombre des paysans propriétaires est moins du quart et plus du cinquième, soit en moyenne de 240 sur 1000. En outre, nous avons dû écarter les départements dans lesquels l'influence prépondérante et complexe des grandes villes (Seine, Rhône, etc.) masque tout. Sur ces bases, noiis avons dressé le tableau suivant en rapprochant de la natalité les deux autres mouvements des décès et des mariages, ce qui met en lumière des rapports inattendus.
T.1BLEAU Xn.
MOUVEMENT DE POPULATION SUIVANT LE NOMBRE DE PAYSANS PROPRIETAIRES TERRIENS
EN FRANCE (l862).