‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.63Chapitre 58 sur 104 · S30 NATATION · texte numérisé non relu

S30 NATATION

IVATATÏOIV. Tout ce qui concerne la physiologie de la natation a été exposé d'une manière complète à l'article Locomotion. Nous devons donc ici nous borner à traiter la question au point de vue de l'hygiène.

Les anciens avaient en grand honneur la natation, qu'ils considéraient comme un exercice éminemment propre à développer et à fortifier le système musculaire. Ils méprisaient l'homme qui ne savait pas nager à l'égal de celui qui ne savait pas lire. Héritiers des Grecs et des Romains, nous avons, hélas! en ceci comme en beaucoup d'auti^e choses, oublié leurs traditions salutaires. S'il est grand le nombre des Français qui ne savent pas lire, plus grande encore est la foule de ceux qui ne savent pas nager. On dit même que la plupart de nos marins ignorent l'art de la natation qui est cependant pour eux de première nécessité. Nos voisins de la Grande-Bretagne ont moins que nous négligé les exemples légués par l'antiquité. C'est un de leurs plus grands poètes, Byron, qui renouvelait au commencement de ce siècle les exploits légendaires de Léandre sur le Bosphore, et c'est un de leurs marins, le capitaine Webb, qui, il y a quelques jours, renchérissant sur les prouesses de Byron, traversait la Manche à la nage, et devenait, pour ce fait, pendant toute une semaine, le lion de l'Angleterre.

Dans la natation, tout le système musculaire entre en exercice, les muscles du tronc et ceux des membres. L'activité déployée par les divers groupes des muscles varie d'ailleurs suivant les attitudes prises par le nageur ou plutôt suivant le mode de natation auquel il se livre.

L'attitude, connue sous le nom àe planche, est celle qui exige le moins d'effort musculaire, juste ce qu'il faut pour maintenir le corps raide et cambré. La proo^ression sur le dos se fait surtout à l'aide de mouvements énergiques des membres inférieurs.

Le mode de natation le plus ordinaire, celui dit en brasse, dans lequel la progression a lieu sur le ventre, met à peu près également en jeu les muscles des membres supérieurs et des membres inférieurs, ainsi que ceux de la poitrine et de l'abdomen ; c'est de tous les modes de natation le plus hygiénique en même temps que le plus usuel. Le pi'océdé dit de la coupe, qui consiste à fendre l'eau en projetant alternativement, en avant et en arrière, les deux membres supérieurs, provoque principalement l'action des muscles de ces parties. Enfin, quel que soit le mode de natation, l'effort musculaire nécessaire, soit pour maintenir le corps en équilibre, soit pour le faire progresser dans l'eau, variera suivant la profondeur de la masse liquide, suivant que l'on nagera à la surface d'une eau tranquille ou agitée, suivant que l'on descendra ou que l'on remontera le courant d'un fleuve ou d'une rivière, enfin, si l'on nage dans la mer, suivant qu'on aura ou non à lutter contre la vague ou la lame.

Les effets de la natation sur l'organisme sont de deux ordres. Les uns se rapportent aux effets de l'immersion dans l'eau; il en a été largement question à l'article Bains. Les autres se rapportent aux effets de la natation considérée en elle-même.

La natation, comme la gjmnastique, par les mouvements réguliers qu'elle imprime à toute la machine animale, contribue puissamment au développement du système musculaire, au maintien des proportions harmoniques des parties et à leur fonctionnement normal. Elle exerce une influence favorable sur les grandes fonctions de l'économie : la digestion et la nutrition, la respiration, la circulation et l'innervation. Elle constitue un exercice éminemment hygiénique

NATURISME. ô31

et des plus propres à conserver la santé et à fortifier l'organisme ; elle convient à tous les individus délicats, lymphatiques, nerveux, à la condition toutefois de ne pas tomber dans l'abus et de se conformer aux règles générales que nous avons indiquées à l'article Baiks.

La natation exerce également une influence des plus heureuses sur le moral de l'homme en développant le courage qui lui fait braver les périls auxquels il est exposé, la prudence, l'habileté, le sang-froid, qui l'aident à éviter le danger ou à le vaincre, le dévouement enfin qui porte l'homme à exposer sa vie pour secourir sou semblable. Combien d'hommes ont échappé à la mort grâce à leur habileté à nager, combien d'autres ont été sauvés par d'excellents nageurs qui joignaient à l'adresse le courage et le dévouement servis par leur confiance en eux-mêmes ! Celui qui se sait bon nageur n'hésite pas à se jeter à l'eau pour sauver un individu qui se noie, et le plus souvent il réussit dans sa tentative; mais un mauvais nageur qui se dévoue dans une circonstance semblable fait un acte d'héroïsme inutile et qui n'aboutit ordinairement qu'à livrer à la mort deux victimes au lieu d'une.

11 faut donc apprendre de bonne heure à nager aux enfants, dans le but de les fortifier et de les rendre plus tard utiles à eux-mêmes et aux autres; en outre des cours de natation, comme des cours de lecture et d'écriture, devraient être obligatoires pour les soldats et les marins, de telle sorte que tout individu, à l'expiration de son service dans l'armée ou la flotte, sache lire, écrire et nager.

A. Tartivel.

\ATCHEZ (Les). Voy. Amérique.

MATES (Fesses). Nom donné aux tubercules quadrijumeaux supérieurs.

XATRIX. Pline a désigné sous ce nom une plante qu'Anguillaria a rapportée à la Fraxinelle, Dictamnus alhiis L., mais que Lobel croit être une Bugrane à fleurs jaunes. Linné a admis cette dernière opinion et a donné ce nom spécifique à la Bugrane indiquée par Lobel : c'est VOmnis JSatrix L. Sprengel admet la même version {voy. Bdgrane).

Pline. Historia naturalis, XXVII, 12. — Lobei.. Observationes, 493. — Linné. Species Plantarum. — Sprengel. Historia Bel herbariœ, I, 205. Pl.

IV'ATROX. Carbonate de sodium CO^Na-. D.

IVA.TURISME. Si l'on voulait donner à ce mot toute l'extension dont il est susceptible, on pourrait, sans trop de violence, l'introduire jusque dans la cosmogonie et l'opposer aux systèmes généraux par lesquels on a essayé, dans tous les temps, d'expliquer l'ensemble de l'univers : corps bruts, corps organisés, homme, animal et plante. Si la philosophie de la nature a vu des esprits hardis, dédaigneux du fait, du particulier, du contingent, demander à leurs seules méditations la théorie du visible et de l'invisible, elle en a vu d'autres revendiquer avec plus ou moins de force ou de bonheur, contre ces superbes conceptions, les droits de l'observation et de l'expérience : ceux-ci sont les naturistes. Ils viennent tard dans l'histoire du progrès humain. Le mécanisme et le dynamisme de l'École d'Ionie ne sont guère moins hypothétiques que le rationalisme de l'É-

cole d'Élée, et Platon est encore bien idéaliste en physique ; mais Aristote marque une date dans une autre tendance; et si, au moyen âge, on abuse de son nom pour s'égarer de nouveau dans la spéculation et la subtilité, l'esprit d'observation reprend son cours avec Galilée, avec Bacon, avec Descavtcs, avec Newton, pour ne plus s'arrêter.

Mais c'est seulement dans ses rapports avec la médecine qu'il peut être question ici du naturisme. Encore devons-nous nous borner à en rappeller les caractères principaux ; car il en a été traité implicitement dans plusieurs parties de ce dictionnaire, notamment aux mots : Maladie, Lois de i.a pathologie, mais surtout dans le remarquable article consacré par M. Boyer à l'histoire de la médecine.

Le naturisme médical doit être considéré d'abord comme méthode. C'est une méthode qui consiste à observer attentivement, et sans idée préconçue, tous les phénomènes par lesquels se manifeste la nature vivante à l'état de santé et à l'état maladie ; c'est la méthode hippocratique. Hippocrate, qui l'opposait à la méthode spéculative des philosophes, n'entendait pas pourtant la réduire au simple exercice des sens et de la mémoire; il lui donnait comme instrument principal la déduction, le raisonnement, de manière à pouvoir tirer de l'observation, non-seulement le tableau des faits, mais les lois suivant lesquelles ces faits se produisent. Or, les faits d'une part, et d'autre part les lois qui régissent les faits, c'est toute la science. Et si l'on remarque que, dans c^ttc conception, l'état normal ou physiologique était toujours, comme il est de nos jours, maintenu enrogai-d de l'état anormal ou pathologique, on comprendra pourquoi cette grande figure du médecin de Cos reste encore, après tant de siècles, toujours vivante et toujours jeune.

De la méthode est sortie une doctrine.

Les causes des maladies viennent principalement du dehors ; elles sont de l'ordre que nous appellerions aujourd'hui, par une sorte d'antiphrase, hygiénique. L'air que nous respirons, les eaux que nous buvons, les lieux que nous habitons ont, à côté de leur action commune sur l'homme, des actions diverses sur l'individu, actions salutaires ou nuisibles suivant les qualités particulières dont ils sont doués. L'observation apprend qu'il y a entre ces qualités, nonseulement variables d'un agent à un autre agent de même ordre, de l'air d'un pays à l'air d'un autre pays, mais variables aussi, pour un même air, suivant les saisons ou d'autres circonstances, qu'il y a, disons-nous, entre ces qualités et certaines conditions de tempérament, de prédisposition ou d'état morbide, une corrélation directe. De là les endémies et les épidémies. Ces causes de maladies ont, sans doute, des manières d'agir, d'affecter l'économie, qu'il serait utile de connaître, et Hippocrate ne se fait pas faute de les rechercher. C'est le domaine de la théorie ; c'est là surtout qu'il est critiquable, parce que là il n'était plus fidèle à sa propre méthode ; mais l'autorité des règles qu'il avait tracées ne pouvait être aifiûblie par aucune infraction, même par celles qui venaient de lui.

La maladie, une fois engendrée, est soumise à des lois tout aussi bien que la santé. Elle a une évolution ; elle a des phases plus ou moins déterminées; elle augmente, elle s'àirèlc, elle décline ; et chacune des phases est marquée par des phénomènes qui lui sont propres. Parmi ces phénomènes, il importe de distinguer ceux qui sont l'expression d'un effort pour rejeter au dehors le principe du mal (l'humeur surabondante ou viciée, arrivée à coction), et qui constitue la

crise. La nature, en effet, est médicatrice : elle lutte contre tout ennemi qui l'assiège au dedans ou au dehors et répare même souvent le dommage qu elle a pu subir: témoin le cal et la cicatrisation des plaies.

Si l'on a appris à bien connaître les lois suivant lesquelles les agents externes entretiennent la vie ou produisent la maladie, ainsi que les lois suivant lesquelles la maladie elle-même se forme, se développe et se termine, on doit être en mesure de deviner (divinatio), de présager le sort d'une maladie donnée ; plus encore, de déduire de son présent son passé aussi bien que son avenir, et même d'annoncer des maladies futures, comme il est dit expressément au livre Des airs, des eaux et des lieux. On a coutume de rapporter à la prognose liippocratique tous ces modes de divination. « Ce mot, dit M. Littré, a été employé pour exprimer ce travail d'esprit, ce jugement médical qui avait pour but d'apprécier l'état passe, présent et futur du malade » (Introduction aux œuvres d'Hippocrate). C'est, en effet, ce qui paraît résulter des premières phrases du iT-poyvw(TTÎ/.ov. Il est néanmoins clair qu'on ne peut annoncer avant (ît-po) que ce qui viendra après, et que pour exprimer cet ensemble de déductions cliniques, à défaut du mot divination, celui de diagnose (qui n'est pas moins hippocratique) vaudrait mieux ici que celui de prognose ; d'autant mieux qu'IIippocrate fait du diagnostic la base des prédictions médicales, qui ne sont pas autre chose qu'une forme de pronostic. C'est ce qui nous faisait écrire il n'y a pas longtemps : « On considère successivement (dans les traités classiques) les divers aspects et les divers moments de la maladie; on passe de la symptomatologie à l'anatomie pathologique ; de là à la marche, de là au pronostic ; mais le praticien doit faire masse de tout cela dans un chapitre idéal, qui ne peut avoir d'autre nom que celui de diagnose, lequel est, étymologiquement, le discernement, la connaissance totale du mal qu'il s'agit de guérir ».

Quoi qu'il en soit, la conséquence pratique de la doctrine se tire d'elle-même. Discerner dans la maladie les signes favorables et les signes défavorables ; en cas de doute provoquer, par des moyens appropriés, l'apparition des signes dont l'absence rend incertaine la nature du mal ou l'opportunité d'agir [de Arte); ne pas troubler, par une intervention intempestive, les efforts de la nature qui tendent à une bonne solution ; les soutenir quand ils ne sont pas suffisants ; les provoquer quand ils manquent ; écarter les obstacles, ouvrir des voies à la crise, voilà la tâche du clinicien. Ce n'est pas certes une thérapeutique désarmée, et il ne faudrait pas confondre la médecine naturiste avec la médecine expectante. On peut dire cependant que la seconde est née de la première. La médecine expectante est un naturisme aveugle.

Voilà donc, dans ses traits généraux, la grande doctrine du naturisme, qui a traversé les siècles sans subir d'altération fondamentale, alors même qu'elle a été appropriée à des systèmes différents, en passant par un Stahl, un Bordeu ou un Sydenham. Nous le répétons, nous ne voulons pas en placer ici l'appréciation après celle de nos honorables collaborateurs. Deux remarques seulement nous paraissent indispensables : elles s'adressent à ce qu'il y a de plus général dans la doctrine, en passant par-dessus ce qu'elle tire des erreurs du temps, comme la coction ou le dépôt des humeurs.

La première, c'est que la valeur et la vraie signification des symptômes des maladies a bien changé depuis Hippocrate et change chaque jour par le fait des progrès de l'anatomie, de l'histochimie et de la physiologie; en sorte que les caractères de la prognose variant sans cesse, la prognose elle-même doit varier,

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et, si elle n'est pas anatomiste et physiologiste, esl exposée à de perpétuelles erreurs. Hippocrate, par exemple, reconnaît bien la gravité de l'anasarque : il déclare cette maladie incurable. Mais comment la traite-t-il ? Par l'usage d'aliments secs et échauffants, de viande de porc cuite avec du vinaigre, etc. C'est que la valeur du signe anasarque n'est plus la même depuis qu'on connaît bien les maladies du cœur et celles des reins.

Notre seconde remarque est relative à la nature médicatrice. Parmi les témoignages qu'on en donne, il faut bien distinguer, selon nous (car le sens même du mot en sera modifié), entre les caractères du cal ou de la cicalrice et le mouvement d'ensemble, le mouvement insurrectionnel de l'économie contre une cause de maladie. Le premier ordre de phénomènes est purement plastique ; il rentre dans le plan même de la génération; il accuse dans un coin de la nature naturée, selon le langage d'autrefois, un dessein de la wafwre naturante, comme celui que trahit, dans tout l'homme, l'harmonie de ses parties et, dans tout l'univers, la corrélation des êlres qui le composent. Mais, une plaie étant faite, un os étant fracturé, l'effort de la nature pour produire un cal ou une cicatrice est aussi fatal que le travail par lequel se développe ou tend à se développer un germe fécondé. La nature est médicatrice au même titre qu'elle est formatrice ; et si l'on ne peut pas plus lui contester la première vertu que la seconde, c'est à la condition de ne voir dans toutes deux qu'un même mode et une même nature. Combien la question change de face en présence de la réaction conservatrice ! C'est tout un autre ordre d'idées. La nature veille ; un mal l'atteint, elle sent le trait ; elle cherche à s'en délivrer : toutes les énergies vitales sont mises en mouvement ; la fièvre est le témoignage sensible de cette lutte intérieure. Le mal résiste; la nature multiplie ses ressources; si elle ne peut le détruire sur place, elle s'ingénie à l'expulser par une voie ou par une autre, par ce procédé-ci ou par celui-là, faisant preuve d'un véritable instinct. Et voilà la thèse que pourrait ruiner peu à peu la physiologie en rattachant les phénomènes dits de réaction à des opérations pathologiques qui n'ont absolument rien de conservateur. A. Dechambre.

MAUCHE (Jacqtjes-Louis). Né à Vigeois (Corrèze) le 18 mai 1776. Il entra en 1794 à l'École de Mars, puis à l'École de Santé, où son ardeur pour le travail lui mérita l'estime de ses professeurs et surtout d'Ant. Dubois qui l'avait particulièrement remarqué. Reçu docteur en 1801, il se livra immédiatement à la clientèle et, entraîné par son zèle charitable, il se fit annexer à plusieurs sociétés de bienfaisance ; c'est ainsi qu'il devint médecin consultant de l'Institut des Jeunes Aveugles, médecin de la Société maternelle et du bureau de Charité du quatrième aiTondissement, etc.. Il était, en même temps, attaché à diverses sociétés savantes, notamment à la Société galvanique et de vaccination; à la Société académique des sciences, à la Société de médecine pratique dont les comptes rendus renferment plusieurs mémoires de lui . C'est qu'en effet Nauche ne bornait pas exclusivement, son temps à ses travaux purement professionnels; «'étant attaché à l'étude des maladies de l'appareil génito-urinaire sur lesquelles il fît des cours de 1810 à 1812, il publia ensuite sur ces mêmes questions des travaux de longue haleine que nous allons faire connaître. Mais le plus grand service qu'il ait rendu à l'humanité, c'est son institution d'un bureau de vaccination, ouvert, chez lui, tous les mardis et pendant toute l'année. Là, pauvres et riches étaient reçus indifféremment, et les médecins étaient toujours certains

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